Sous commission Rédaction Journaux
Rubrique Polytech Innovation 2024-2025
Questions
1) Peux-tu te présenter brièvement et nous parler un peu de ton parcours
scolaire jusqu’à aujourd’hui ?
2) Qu’est-ce qui t’a motivé à participer à ce hackathon, et comment l’idée du
projet est-elle née au sein de ton équipe ?
3) Peux-tu nous présenter la solution innovante que vous avez proposée, et le
problème concret qu’elle cherche à résoudre ?
4) Comment vous êtes-vous organisés en équipe pendant le hackathon ? Et toi,
quelle a été ta contribution personnelle dans ce projet ?
5) Quels ont été les principaux défis rencontrés pendant la compétition, et
comment les avez-vous surmontés ensemble ?
6) Quel a été ton ressenti au moment de l’annonce des résultats ? Est-ce que tu
t’y attendais ?
7) Qu’as-tu retenu de cette expérience sur le plan personnel et professionnel ?
En quoi cela a-t-il enrichi ta vision d’élève ingénieur ?
8) Quelles sont les prochaines étapes prévues pour le développement de votre
projet ? Avez-vous identifié de nouvelles opportunités ou pistes à explorer ?
9) Comment envisagez-vous l’évolution de votre projet dans les mois ou les
années à venir ?
10) Quel conseil aimerais-tu partager avec tous les élèves ingénieurs pour les
encourager à participer à des hackathons et vivre ce type d’expérience
formatrice ?
1) Peux-tu te présenter brièvement et nous parler un peu de ton parcours
scolaire jusqu’à aujourd’hui ?
Bonjour,
Je m’appelle Abdou Salam MBOUP, actuellement en 3e année de formation à l’EPT,
option Génie Informatique et Télécommunication.
Concernant mon parcours scolaire, il faut savoir que je n’ai fréquenté que deux
établissements : le Complexe Scolaire Serigne Abass Sall (de la petite section à la
seconde S2), puis le Groupe Scolaire Machala (de la première S2 à la terminale S2).
Ce parcours peut être divisé en deux grandes phases. Si je devais donner un titre à
chacune, ce serait :
« Abdou Salam l’inconscient » et
« La prise de conscience d’Abdou Salam ».
Comme ces titres l’illustrent, durant la première phase, je suivais les cours
uniquement par obligation. Je ne savais pas exactement ce que je voulais faire de
mon avenir et j’avais d’énormes difficultés de compréhension en classe. En résumé,
les études ne m’intéressaient pas vraiment.
Mais tout a changé à partir de la classe de 3e. Mon grand frère a obtenu son bac, et
la fierté qu’il a apportée à nos parents, ainsi que la manière dont il avait planifié son
avenir (sans oublier la bourse mensuelle qu’il percevait ), m’ont beaucoup inspiré et
motivé.
C’est à ce moment-là que j’ai décidé de prendre ma vie en main. J’ai commencé à
m’investir à 100 % dans mes études tout en faisant des recherches sur les
établissements d’enseignement supérieur. Dès la 3e, j’étais déterminé : je voulais
faire de l’informatique.
Et à force de travail, de persévérance et de sacrifices, j’ai réussi à obtenir mon bac
S2 et à réussir plusieurs concours, dont celui de l’EPT.
Comme quoi, avec de la volonté, du travail et une vision claire, même les débuts les
plus hésitants peuvent mener aux plus belles réussites.
2) Qu’est-ce qui t’a motivé à participer à ce hackathon, et comment l’idée du
projet est-elle née au sein de ton équipe ?
Nous avons d’abord découvert ce hackathon grâce à notre responsable de classe,
qui avait partagé l’information dans notre groupe WhatsApp de classe. Avec mon
camarade de promotion Mouhamed El Amine Sembene, nous avons rapidement
décidé d’y participer, car nous avions déjà un projet qui correspondait à l’un des
thèmes proposés sur lequel nous étions en train de travailler.
Mais au lieu de nous limiter à ce seul thème, nous avons choisi de réfléchir à chaque
thématique une par une, en échangeant nos idées et en cherchant à innover. C’est
en combinant nos réflexions sur tous les sujets que l’idée de notre projet "MediGo"
est née. Un projet à la croisée de plusieurs besoins, qui apporte une réponse
concrète et originale tout en prenant en compte les populations rurales.
En gros c’est ce travail d’équipe, notre complémentarité et notre ouverture d’esprit
qui nous ont permis de créer ce projet avec lequel nous avons eu la chance et la
fierté de remporter le hackathon.
3) Peux-tu nous présenter la solution innovante que vous avez proposée, et le
problème concret qu’elle cherche à résoudre ?
MediGo est une application pensée pour faciliter l’accès aux soins, en particulier
pour les populations qui rencontrent des difficultés à se soigner, que ce soit par
manque d’informations, de moyens ou d’accès technologique.
L’application permet tout d’abord de géolocaliser facilement les hôpitaux et surtout
les pharmacies ouvertes autour de l’utilisateur. Mais on ne s’est pas arrêtés là, car
MediGo va plus loin en permettant à l’utilisateur de vérifier en temps réel si le
médicament dont il a besoin est disponible dans ces pharmacies. Il peut aussi
rechercher un médicament précis et voir où il est en stock, ce qui fait gagner
énormément de temps, surtout en cas d’urgence.
Ensuite, on a intégré une fonctionnalité de messagerie directe avec un personnel
médical, pour que l’utilisateur puisse poser des questions, obtenir un avis ou une
orientation, selon sa situation.
Mais surtout, on a voulu répondre à un problème bien trop fréquent : les difficultés
financières. Parfois, le souci n’est pas de trouver la pharmacie… mais de pouvoir
payer. C’est pour ça qu’on a mis en place un espace de solidarité dans l’app. Un
utilisateur peut y uploader anonymement son ordonnance, ce qui crée
automatiquement une cagnotte participative à laquelle toute personne peut
contribuer. C’est un geste humain, simple, mais qui peut sauver une vie.
En plus de cela, l’application propose aussi un certain nombre de services pensés
pour accompagner l’utilisateur dans son quotidien.
Par exemple, il peut renseigner les médicaments qu’il est en train de prendre, ce qui
lui permet de recevoir des notifications de rappel pour ne pas oublier ses prises.
Grâce à un calendrier intégré, il peut également programmer ses rendez-vous
médicaux et recevoir des rappels réguliers pour ne rien manquer.
Et enfin, parce que dans certains cas c’est la barrière de la langue qui complique les
choses, nous avons pensé à intégrer un modèle d’intelligence artificielle. Ce modèle,
après scan de l’ordonnance, sera capable d’identifier automatiquement les
médicaments qu’elle contient, puis de lancer une recherche pour savoir où ils sont
disponibles.
Enfin, MediGo a été pensée pour inclure tout le monde, même ceux qui vivent dans
des zones rurales sans connexion stable. C’est pourquoi l’application est offline-first,
avec une version accessible via code USSD, sans besoin d’Internet ni même de
smartphone.
4) Comment vous êtes-vous organisés en équipe pendant le hackathon ? Et toi,
quelle a été ta contribution personnelle dans ce projet ?
Déjà, il faut savoir qu’on était que deux dans l’équipe, et en plus on était en
vacances au moment du hackathon. Donc toute notre organisation s’est faite à
distance, via des rencontres en ligne. On était pratiquement H24 en appel, à discuter
des fonctionnalités, à brainstormer, et à avancer petit à petit sur le design de
l’application qu’on allait présenter.
Comme nous avons été informés de l’hackathon environ 72h avant le jour de la
présentation, on n’a pas eu le temps de développer techniquement l’application. Du
coup, on s’est concentrés à fond sur un design très détaillé, qui illustrait parfaitement
toutes les fonctionnalités de l’app.
La veille de la présentation, on est retournés à l’école, et c’est le soir même qu’on a
finalisé et préparé la présentation.
Tout le travail s’est vraiment fait en binôme, dans la collaboration, et on s’est
partagés les idées, les visuels, l’argumentation… On a presque tout fait ensemble.
5) Quels ont été les principaux défis rencontrés pendant la compétition, et
comment les avez-vous surmontés ensemble ?
La plus grande difficulté était de se démarquer. Lorsqu'on participe à une
compétition et spécialement une organisé au sein de l'EPT, il est important de mettre
sur la table des idées nouvelles et pertinentes qui pourraient convaincre. C'est
pourquoi nous avons décidé d'élever notre projet en ajoutant une touche d'humanité
à travers les appels à l'aide pour le payement des médicaments.
6) Quel a été ton ressenti au moment de l’annonce des résultats ? Est-ce que tu
t’y attendais ?
J’étais vraiment très content. Certes, j’avais confiance en notre projet et en tout le
travail qu’on avait accompli, mais en même temps, les autres équipes avaient
proposé des projets très pertinents, bien structurés et parfois impressionnants. Du
coup, c’était difficile de savoir avec certitude si on allait se démarquer ou non. On
espérait, bien sûr, mais on restait humbles, parce que la concurrence était sérieuse.
C’est justement ce qui a rendu la victoire encore plus belle : savoir qu’au milieu de
toutes ces idées brillantes, notre projet a su retenir l’attention du jury.
7) Qu’as-tu retenu de cette expérience sur le plan personnel et professionnel ?
En quoi cela a-t-il enrichi ta vision d’élève ingénieur ?
Je dirais que l’une des choses les plus précieuses que j’ai apprises pendant cette
expérience, c’est l’importance d’être parfaitement synchronisé avec son coéquipier.
Le temps qui nous était imparti était très court, donc chaque minute comptait, et on
ne pouvait pas se permettre de perdre du temps dans des malentendus ou des
désaccords.
Heureusement, avec El Amine, on partageait le même enthousiasme et la même
vision pour ce projet. On y travaillait dès qu’on en avait l’occasion, et tout s’est fait
dans un vrai esprit de collaboration. Ce qui a rendu les choses encore plus simples,
c’est que je savais exactement ce dont il était capable, et je pouvais lui faire
entièrement confiance. Cette complicité a vraiment été un atout majeur dans la
réussite de notre projet.
8) Quelles sont les prochaines étapes prévues pour le développement de votre
projet ? Avez-vous identifié de nouvelles opportunités ou pistes à explorer ?
La prochaine étape serait bien sûr de trouver un mentor mais heureusement pour
nous, l'entreprise Intouch compte incuber notre projet, mais nous avons aussi
contacté des anciens qui ont accepté de nous aider dans ce projet. Donc je pense
qu'on peut dès à présent commencer à mettre la main dans la pâte.
9) Comment envisagez-vous l’évolution de votre projet dans les mois ou les
années à venir ?
Nous espérons pouvoir finaliser le développement de l’application dans les mois à
venir, afin de la déployer dans un premier temps sur une zone pilote. Cela nous
permettra de réaliser des tests en conditions réelles et de recueillir des retours
d’expérience pour continuer à l’améliorer.
L’objectif est ensuite de lancer progressivement le projet à l’échelle nationale, mais à
long terme, notre vraie ambition est de l’étendre à toute l’Afrique, en particulier pour
venir en aide aux populations rurales, qui rencontrent souvent des difficultés à
accéder aux structures de santé.
10) Quel conseil aimerais-tu partager avec tous les élèves ingénieurs pour les
encourager à participer à des hackathons et vivre ce type d’expérience
formatrice ?
Sincèrement, je pense que chaque élève ingénieur, et plus particulièrement chaque
étudiant de l’École Polytechnique de Thies, devrait vivre au moins une fois
l’expérience d’un hackathon. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas
simplement en train de suivre une formation classique : nous sommes formés pour
être des leaders de l’innovation, des porteurs de solutions concrètes aux défis de
notre société.
Et pour être capable de proposer des solutions innovantes et impactantes, il faut
sortir de sa zone de confort, apprendre à penser vite, à structurer des idées, à
collaborer sous pression, à transformer un simple concept en une solution claire et
utile. C’est exactement ce que t’offre un hackathon. Ce sont des heures intenses,
mais incroyablement enrichissantes, où tu apprends à pousser tes limites
d’imagination, de rigueur et de persévérance.
Participer à un hackathon, ce n’est pas forcément attendre d’être “le meilleur
développeur” ou “le meilleur designer” : c’est savoir observer un problème, proposer
une idée, et croire en sa capacité à faire une différence, même en 48h. Ce sont
aussi des moments où tu renforces ton esprit d’équipe, où tu apprends à écouter, à
adapter ta vision, et à défendre un projet avec conviction.
En tant que polytechniciens, nous avons la responsabilité de nous dépasser, de
rester curieux, de tester, d’innover. Et les hackathons sont un terrain parfait pour ça :
ils nous entraînent à construire des projets utiles, viables, humains… et parfois
même révolutionnaires.
Alors à tous les élèves ingénieurs : osez ! Lancez-vous, expérimentez, ratez, faites-
vous deub sec, recommencez… mais surtout, ne restez pas spectateurs. Ce sont
ces expériences-là qui forgent l’ingénieur engagé que vous rêvez de devenir.