Théorème de Cauchy-Lipschitz en EDO
Théorème de Cauchy-Lipschitz en EDO
Notes de cours
Maxime Hauray
2010-2011
1 Introduction
1.1 Importance des EDO et EDT
EDO Les équations différentielles ordinaires sont connues depuis la Terminale. Très importantes en :
– Physique : Loi fondamentale de Newton, ..
– Chimie : Réactions chimiques...
– Biologie et écologie : Systèmes proies-prédateurs, propagations d’épidémies....
On étudiera des EDO pour des quantités à valeur dans Rn , Tn , le tore de dimension n, ou aussi Ω, un ouvert de Rn .
Avec la fonction champ de vecteur b, cela s’écrit
Comme nous allons utiliser des fonctions b définies seulement définies presque partout, on va chercher à résoudre le
problème globalement, et à définir un flot X : DX → Rn (DX ⊂ R × Rn ou DX ⊂ R × R × Rn ) solution de
( (
X 0 (t, x) = b(X(t, x)) X 0 (t, s, x) = b(t, X(t, s, x))
X(0, x) = x ∀s, X(s, s, x) = x
La première définition s’utilise quand le champ b est autonome, c’est-à-dire ne dépend pas du temps. La seconde dans
le cas générale. Comme le cas autonome est plus simple (une seule variable de temps), on l’utilisera souvent dans les
démonstration. Le cas générale demandant seulement plus d’attention mais pas d’idées nouvelles.
Le cas des fonctions localement lipschitziennes est bien connu (voir le fameux théorème de Cauchy-Lipschitz et les
rappels plus loins.) Les solutions existent jusqu’à explosion, le flot peut-Ãłtre correctement défini, de classe C k+1 si b
est C k ...
Le premier objectif de ce cours est d’introduire à la résolution d’EDO pour des champs définis seulement presque
partout. Comme on le voit dans les exercices 1 et 2, cela pose tout de suite des problèmes.
1
– 1926 : Critère de Nagumo qui donne l’unicité pour des champs singuliers en temps vérifiant
– 1960 Développement par Filippov de la théorie des inclusions différentielles qui donne des résultats d’existence pour
des champs discontinus.
– 1989 DiPerna et Lions démontrent l’existence et l’unicité d’un flot global pour des champs de vecteurs W 1,1 non
compressifs. Ils résolvent d’abord les équations de transport associées.
– 2004 Ambrosio étend ce résultat aux champs BV non compressifs.
– 2008 Crippa et De Lellis donnent une preuve directe pour des champs W 1,p , p > 1 et toujours non compressifs.
W 1,∞ (Rn ) = {f : Rn → R | f ∈ L∞ et ∇f ∈ L∞ } ,
où la dérivée est comprise au sens des distributions. Cependant, on peut montrer que cet ensemble est exactement
l’ensemble des fonctions lipschitziennes (c’est le but de l’exercice 3, qui est un bon exemple d’utilisation des distribu-
tions). Beaucoup de choses ssont vraies avec les distributions, et on peut aller vite sur ces points avec de l’habitude.
Mais il est bon de prendre le temps de les vérifier au début pour se familiariser avec ces objets très utiles.
Les résultats énnoncés ci-dessous sont valables pour des fonctions localement lipschitziennes, et intégrables en espace
1,∞
L1t,loc (Wloc (Rn )). Précisons d’ailleurs ce qu’on entend par ceci car cela sera très utilisé par la suite.
Définition 1. Soit f une fonction de R × Rn → R. Elle appartient à Lpt (Wx1,∞ (Rn )) si
i) Pour
R presque tout t ∈ R, f (t, ·) ∈ W 1,∞ (Rn ).
ii) R kf (t, ·)kW 1,∞ dt < +∞ .
L’indice loc signifie que ceci est uniquement local, et qu’il faut donc dans ce cas se restreindre à tous les compacts.
Par exemple, f ∈ Lpt (Wx,loc
1,∞
(Rn )) ssi les deux conditions précédentes, avec Rn remplacé par K sont vérifiées pour tout
n
K ⊂ R compact.
On peut définir de manière similaire beaucoup d’autres espaces. Par exemple, L1t (L2x (Rn )), Lpt (BVx (R2 )), . . .. Ils sont
très utiles en EDO où l’on a toujours besoin de beaucoup moins de régularité en t qu’en x sur les champs de vecteurs.
Avant d’énoncer les théorèmes d’existence, unicité et régularité, il faut rappeler un lemme classique qui est très
important dans la plupart des démonstrations des théorèmes et propositions ci-dessous.
Lemme 1 (Grönwall). Si a et b sont deux fonctions de R dans R localement intégrables, alors pour toute fonction
dérivable y : R → R+ vérifiant
y 0 (t) ≤ a(t)y(t) + b(t)
Rt Z t Rt
a(s) ds a(u) du
on a y(t) ≤ y(0)e 0 + e s b(s) ds .
0
De manière plus générale, si y(t) ≤ b(t, y(t)) alors y(t) ≤ ỹ(t), la solution de z 0 = b(t, z) avec conidtion initiale
z(0) = y(0).
Le caractère dérivable de y n’est pas essentiel. Il existe une version intégrale de ce lemme qui évite cette hypothèse.
Et dans l’écriture ci-dessus, on peut toujours remplacer y 0 par la limite sup des accroissements y(t+h)−y(t)
h qui existe
toujours. L’exercice 4 donne quelques indications pour la preuve de ce lemme.
Le lemme de Grönwall est très utile dans les démonstrations des théorèmes ci-dessous.
1,∞
Théorème 1 (Cauchy-Lipschitz). Si b ∈ L1t,loc (Wloc ), alors le flot X est bien défini et localement lipschitzien sur
2
un ouvert de R × Ω contenant {0} × R × Ω.
Preuve. Pour la démonstration du théorème de Cauchy-Lipschitz, nous renvoyons aux cours antérieurs (L3 ou M1 ?).
Pour le caractère lipschtizien du flot, remarquons que pour une solution X(t, x) = X(t, 0, x) définie au moins jusqu’à
t? , alors on peut trouver un compact K qui contient toute la trajectoire entre 0 et t? , avec une “sécurité“ notée ε.
Notons CK (t) la constante de Lipschitz sur ce compact.
K X(t*,y)
X(t*,x)
x
y
2
Pour une autre trajectoire partant d’un point de K (assez proche de x), on peut écrire tant que X(t, y) ∈ K
d
|X(t, x) − X(t, y)| ≤ |b(X(t, x)) − b(X(t, y))|
dt
≤ CK (t)|X(t, x) − X(t, y)| ,
Rt
CK (s) ds
ce qui implique que |X(t, x) − X(t, y)| ≤ e 0
Rt |x − y|.
− C (s) ds
Si on choisit y dans B(x, r) la boule de centre x et rayon r = εe 0 K , on se rend compte que :
– La trajectoire partant de y reste dans K entre 0 et t? , ce qui justifie le calcul précédent jusquà t? .
R t
CK (s) ds
– Le flot X(t? , ·) est alors lipschitzien sur B(x, r) de constante e 0 .
|b(t,x)| b(t,x)·x
Proposition 1 (Cas d’Existence globale). Si |x| ou |x|2 ∈ L1t,loc (L∞ ), alors le flot est définit sur tout
R2 × Ω.
b(t,x)·x
Preuve. Contentons nous d’utiliser la seconde condition plus générale. On notera M (t) = supx∈Rd |x|2 . Tant que la
solution partant de (t0 , x0 ) est définie, on a
d
|X(t, t0 , x0 )|2 = 2hb(X(t, t0 , x0 )), X(t, t0 , x0 )i
dt
≤ M (t)|X(t, t0 , x0 )|2 ,
1
Rt
M (s) ds
dont on déduit que |X(t, t0 , x0 )| ≤ |x0 |e 2 t0
. Et le théorème de sortie de tout compact implique l’existence
globale.
k,∞
Proposition 2 (Régularité du flot). Si b ∈ L1t,loc (Wloc ), alors le flot est W k,∞ par rapport à x et W 1,∞ par
rapport à t.
k−1 k,∞ k,∞
Si b ∈ Wt,loc (Wx,loc ), alors le flot est Wt,x,loc .
Démonstration. On va prouver seulement la première propriété dans le cas k = 2 (le cas k = 1 est résolu par le
théorème 1). Les autres cas se traitent avec les mêmes idées mais avec des calculs beaucoup plus complexes. Pour
encore simplifier la preuve, on va supposer que le champ est globalement lipschitz. Dans le cas général, il faudrait se
restreindre à un compact ad-hoc. Si note C1 (t) la constante de Lipschitz du champ au temps t et C2 (t) celle de la
dérivée du champ, on obtient d’après le théorème 1 que le flot X(t, 0, ·) est globalement lipschtzien avec une constante
R t
C1 (s) ds
e 0 .
Prouvons maintenant son caractère C 1 . Pour cela on va d’abord chercher le bon candidat pour sa dérivée. Il s’obtient
formellement en dérivant l’équation différentielle : c’est la solution de l’équation différentielle linéaire (pour un x fixé)
(
d
dt Y (t, x) = Db(t, X(t, x))Y (t, x) ,
Y (0, x) = Id
où Y l’inconnue est une matrice n × n. Puisque le flot X est déjà connu, c’est même un système d’équations linéaires
sur les coefficients de la matrice Y . Comme b est globalement Lipschtizienne, la matrice Db(t, X) est uniformément
bornée, et donc pour chaque temps t l’application Y → Db(t, X(t, x))Y est linéaire et lipschitzienne de constante
C1 (t). On peut donc lui appliquer le théorème de Cauchy-Lipschitz, et obtenir une solution unique qu’on notera Y .
On ne sait pas encore que c’est la différentielle du flot, mais on va montrer maintenant que c’est bien le cas.
Pour h ∈ Rn , on définit g(t, h) = |X(t, x + h) − X(t) − Y (t, x)h|. En dérivant par rapport à t, on obtient
∂
g(t, x) ≤ |b(X(t, x + h)) − b(X(t, x)) − Db(t, X(t, x))Y (t, x)h|
∂t
Z 1
≤ Db (1 − t)X(t, x + h) + tX(t, x) (X(t, x + h) − X(t, x)) dt − Db(t, X(t, x))Y (t, x)h
0
Z 1
≤ |X(t, x + h) − X(t, x)| |Db (1 − t)X(t, x + h) + tX(t, x) − Db(X(t, h))| dt
0
+ |Db(X(t, x)) X(t, x + h) − X(t, x) − Y (t, x)h |
|X(t, x + h) − X(t, x)|2
≤ C2 (t) + C1 (t)g(t, x)
2
h2 t
R
2 C (s) ds
≤ C2 (t)e 0 1 + C1 (t)g(t, x)
2
ce qui entraîne comme g(0, x) = 0 et d’après le lemme de Grönwall
h2 2 t C1 (s) ds t
R Z
g(t, h) ≤ e 0 C2 (s) ds
2 0
3
et donc en particulier que g(t, h) = O(h2 ), ce qui est bien le résultat recherché (obtenir la dernière inégalité à partir
h→0
du lemme de Grönwall est un bon exercice).
où F est une fonction de ω ⊂ Rd dans Pc (Rd ), l’ensemble des parties compactes de Rd . Une telle fonction sera dite
bornée s’il existe R > 0 telle que ∀t, x, F (t, x) ⊂ B(0, R). Une équation différentielle n’étant plus qu’un cas particulier
d’inclusion, quand l’ensemble F (t, x) est toujours un singleton.
Ces inclusions ont interêt très pratique, et on été étudiée dans un premier pour des équations issue de l’électronique,
où des effets de seuils apparaissent souvent, une quantité pouvant brusquement passer d’une valeur à une autre,
avec éventuellement des phénomènes d’hystérésis. Elle est également en mécanique pour des problèmes impliquant des
frictions solides et elle est maintenant utilisée en théorie des jeux, par exemple pour le problème du chauffeur homicide.
Nous n’étudierons pas cette théorie initiée, pour le côté mathématique par Filippov [3] dans les années soixante, et
renvoyons par exemple au livre d’Aubin et Cellina [1] sur le sujet disponible en bibliothèque. Mais nous citerons
quand-même deux résultats qui montrent l’intérêt de cette théorie.
Théorème 2. Si la fonction F : Rd → Pc (Rd ) est semi-continue supérieurement (au sens de la distance de Hausdorff
sur Pc (Rd )), bornée et à valeurs dans les convexes compacts, alors il existe toujours une solution au problème (1.1).
La distance de Hausdorff est définie à l’exercice 5.
Preuve. Nous ne donnerons pas la preuve de ce théorème. Mentionons juste qu’elle utilise des arguments similaires
à ceux utilisés pour prouver la convergence de la méthode d’Euler. On construit des fonctions affines par morceaux
suivant cette méthode et passe ensuite à la limite grâce au théorème d’Ascoli (F est bornée). Les hypothèses de
semi-continuité, et de convexité permettent d’obtenir ainsi une solution du problème.
Proposition 3. Si la fonction F vérifie de plus sur tout compact K ⊂ Rd , il existe une fonction CK (t) localement
intégrable en temps
∀t, ∀x, y ∈ K, ∀vx ∈ F (t, x), ∀vy ∈ F (t, y), hvx − vy , x − yi ≤ CK (t)|x − y|2
[v− , v+ ] désigne le segment de R2 . Montrer que ce champ vérifie les hypothèses du théorème et de la proposition
précédente. Quelle est alors l’unique solution si la condition initiale se trouve sur l’axe des réels ?
Le critère est-il toujours vérifié si l’on définit v+ = (−1, −3) ? Y a-t-il toujours unicité ?
Application à l’existence de solution dans un cadre très général.
Si b est une fonction L1loc ∩ L∞ n
loc (R × R ), on peut appliquer ce qui précède à la fonction
4
où l’enveloppe convexe essentielle est définie par
\ \
Conv ess a(t, x) := Conv{a(t, x) | x ∈ B(x, r)\N }
r>0 N,λ(N )=0
On peut montrer (voir l’exercice 6) que la fonction Fb ainsi définie vérifie bien les hypothèses du Théorème de Filippov.
Cela montre donc l’existence de solution en un sens certes bien particulier, mais qui coïncide avec la définition usuelle
dans le cas d’un champ continu.
Quelques propriétés :
– MR (αf ) = |α|MR f .
– MR (f + g) ≤ MR f + MR g
– Pour toute fonction g : R+ → R+ décroissante, s’annulant pour x > R et telle que Rn g(|z|) dz = 1
R
Z
|f (x − z)|g(|z|) dz = (f ∗ g)(x) ≤ MR f (x) (2.2)
Rn
Cela se montre d’abord pour des fonctions g constantes par morceaux en additionnant des contributions de boules
de différents diamètres.
Théorème 3. Soit f une fonction définie sur Rn .
(a) Si f ∈ Lp , 1 ≤ p ≤ ∞ alors M f est fini presque partout.
(b) Si f ∈ L1 , alors pour tout α > 0 :
3n
λ {x : M f (x) > α} ≤ kf k1
α
(c) Si f ∈ Lp , 1 < p ≤ ∞, alors M f ∈ Lp et :
p1
n p p
kM f kp ≤ 3 2 kf kp .
p−1
Remarque 1. Le point (b) signifie que la fonction M f est L1 faible. On défini la norme L1 faible par
kgk1,f := sup α λ {x : M f (x) > α} .
α>0
5
Preuve du lemme 2. On choisit la boule B1 de plus grand rayon, puis B2 la boule de plus grand rayon parmi celles
qui n’intersectent pas B1 et on continue ainsi de suite jusqu’à épuisement des possibilités. On obtient ainsi k boules
B1 , . . . , Bk . À chacune de ces boules on associe la boule B̃j obtenue en gardant le même centre et en triplant le rayon.
Alors
[n k
[
Bi ⊂ B̃j
i=1 j=1
En effet, si une boule Bi n’apparaît pas dans la sous-sélection, c’est qu’elle intersecte une boule Bj de rayon plus
grand, ce qui implique que Bi ⊂ B̃j . On a donc
k
X n
[ n
[
3n λ(Bj ) ≥ λ B̃i ≥ λ Bi ≥ λ(E).
j=1 i=1 i=1
Preuve du théorème 3. Prouvons d’abord le point (b). On pose Eα = {x : M f (x) > α}, et on choisit E ⊂ Eα compact.
Pour tout x ∈ Eα , on peut choisir une boule Bx contenant x telle que
Z
1
λ(Bx ) < |f (y)| dy (2.3)
α Bx
Grâce à la compacité de E, on peut choisir un nombre fini de ces boules P qui recouvrent E. Et grâce au lemme 2 on
m
peut encore extraire m boules disjointes B1 , . . . , Bm telles que λ(E) ≤ 3n k=1 λ(Bk ). Ce qui implique
3n
Z
µ(E) < |f (y)| dy .
α Rn
On obtient le point (b) en prenant le supremum sur tous les E ⊂ Eα .
Le point (b) nous dit donc que M : L1 → L1f est continue. Il est aussi vrai que kM f k∞ ≤ kf k∞ , c-à-d que
M : L∞ → L∞ est continue. Le résultat (c) va en découler grâce à un procédé d’interpolation.
Seconde étape : Interpolation. Soit f ∈ Lp , 1 < p < ∞. Pour α > 0, on sépare f en 2 parties, une bornée f1 , et
l’autre f2 dans L1 définies par
f1 = f (1 − χE ) , f2 = f χE
avec χ désigne la fonction caractéristique et E = {x : f (x) > α2 }. On a donc M f1 ≤ α
2 et M f ≤ M f2 + M f1 , ce qui
implique {M f > α} ⊂ {x : M f2 (x) > α2 }. D’après le point (b), on peut déduire que
3n
Z
λ x : M f (x) > α ≤ 2 |f (x)| dx
α {|f |≥ α2 }
6
Au lieu de considèrer un seul chemin entre deux points x et x0 , on va choisir une famille de chemin. De x, on passe à
~ 0 pour arriver en z 0 , d’où on repare vers x0 . En
z, point de la boule de centre x, et rayon r, puis on se translate de xx
faisant cela pour tout point z de la boule B(x, r), on obtient la propriété ci-dessous.
Proposition 4. Soit f une fonction W 1,1 . Alors pour presque tous points x, x0
Et en faisant la moyenne sur tous les z de B(x, r) on obtient après changements de variables et en utilisant des
inclusions entre diverses boules :
Z 1 Z ! Z 1Z ! Z 1 Z !
0 z 0 0 z
f (x) − f (x ) = − − Df (x + z) dz dt + − Df dt (x − x ) + − Df (x + z) dz dt
0 B(0,tr) t 0 B((1−t)x+tx0 ,r) 0 B(0,tr) t
n
|x − x0 | |x − x0 |
|f (x) − f (x0 )| ≤ r Mr (Df )(x) + 1+ Mr+ |x−x0 | (Df )(x) + Mr+ |x−x0 | (Df )(x0 ) + r Mr (Df )(x0 )
2 2r 2 2
0
0
n
|x − x | |x − x |
≤ r+ 1+ Mr+ |x−x0 | (Df )(x) + Mr+ |x−x0 | (Df )(x0 )
2 2r 2 2
|x−x0 |
Avec le choix particulier r = 2 , on obtient le résultat annoncé.
On a donc une inégalité qui ressemble au théorème des accroissements finis. Avec la différence importante que le terme
devant le |x − x0 | dépend de x et x0 et qu’on ne peut le borner uniformément. On ne peut avoir que des estimations
globales (Lp , p < ∞) sur ce terme. Cela nous oblige à utiliser un ”nouveau lemme de Gronwall“.
Pour comprendre cette notion, il faut imaginer que la mesure λ est une distribution de masse que l’on déplace par
l’application T . La nouvelle distribution de masse est alors donnée par la mesure image T# λ. Cela se voit mieux si on
écrit moins rigoureusement que X# λ(X(A)) = λ(A), pour un ensemble A du départ.
La mesure image vérifie aussi pour toute fonction f intégrable
Z Z
f (Xi (t, x)) dx = f (y) d(Xi (t)# λ)(y) .
Dans le cas où f est la fonction caractéristique d’un ensemble, cela correspond exactement à sa définition. Le résultat
général s’en déduit par convergence monotone sur des combinaisons linéaires de fonctions convexes. En particulier, si
X est un C 1 -difféomorphisme de Rn dans lui-même, alors la mesure image de celle de Lesbegue dx est la mesure de
densité |J(Xdy
−1 )(y)| , où J désigne le Jacobien, c’est-à-dire le déterminant de la matrice Jacobienne DX.
Proposition 5 (Formule de Jensen). Si f est une fonction intégrable sur X, µ une mesure de probabilité sur X
et J est une fonction convexe, alors
Z Z
J f (x) dµ(x) ≤ J(f (x)) dµ(x)
7
2.4 Un remplaçant global du lemme de Grönwall
Le lemme suivant va prendre la place du lemme de Grönwall dans la prochaine preuve d’existence et d’unicité. La
condition dite de quasi-incompresibilité joue un rôle très important que l’on essaiera d’expliquer ci-dessous.
Lemme 3 (en remplacement du lemme de Grönwall). Soit T > 0. Supposons que X1 et X2 sont deux applications
de [0, T ] × Rn dans Rn vérifiant
Rt
– Pour p.p. x, pour tout t, Xi (t, x) = x + 0 b(t, Xi (s, x)) ds
– Pour t ∈ [0, T ], Xi (t)# λ ≤ LT λ . (condition de quasi-incompressibilité)
Alors pour tout r > 0,
|X1 (t, x) − X2 (t, x)| |X1 (0, x) − X2 (0, x)|
Z Z
ln 1 + dx − ln 1 + dx ≤ 2LT kM (Db)k1 t
r r
Il n’est pas demandé dans ce lemme que les deux flots vérifient la condition initiale Xi (t, x) = x. C’est normal car on
va aussi utiliser ce lemme en modifiant légèrement les conditions initiales.
Quel est le rapport avec le lemme de Grönwall ? La formulation n’est pas la même, mais si on se replace sous l’hypothèse
b ∈ W 1,∞ , alors on pourrait écrire le lemme de Gronwall
|X1 (t, x) − X2 (t, x)| |X1 (0, x) − X2 (0, x)|
ln 1 + − ln 1 + ≤ kDbk∞ ,
r r
ce que l’ona beaucoup plus intérêt à écrire avec des exponentielles. En notant h(t) = |X1 (t, x) − X2 (t, x)|, cela donne
h(t) h(0)
1 + r ≤ 1 + r ekDbk∞ t . On obtient le plus classique h(t) ≤ h(0)ekDbk∞ t en prenant la limite quand r → 0.
Preuve du lemme 3. On se place dans le cas plus général où il y a deux champs de vecteurs b1 et b2 . On pose
|X1 (t, x) − X2 (t, x)|
Z
Q(t) = ln 1 + dx
r
Le ln sous l’intégrale est très important. Si on essaie d’estimer une autre quantité comme
Z
R(t) = kX1 (t, ·) − X2 (t, ·)k1 = |X1 (t, x) − X2 (t, x)| dx ,
On peut toujours utiliser l’inégalité de Hölder dans le produit, mais si on veut obtenir une inégalité différentielle sur
kX1 − X2 k1 , il faut prendre q = 1, et donc p = +∞. C’est-à-dire qu’on ne peut estimer cette quantité que dans le cas
classique des champs lipschitziens. Le ln qui fait disparaître le produit est donc très utile.
8
2.5 Sur la condition de quasi-incompressibilité
La condition de quasi-compressibilité est indispensable pour obtenir l’unicité d’un flot solution, comme le montre
l’exemple de l’exercice 1. Si on change un champ b défini sur R en un seul point, on peut obtenir de nombreux flots
différents. Mais on peut remarquer que sur cet exemple il n’y a qu’un seul flot qui vérifie la condition d’incompressibilité.
Pour tous les autres des Dirac apparaissent dans la mesure image (voir exercice ).
Quasi-incompressibilité dans le cas régulier
Dans le cas régulier, la mesure image qui nous intéresse est continue par rapport à la mesure de Lebesgue et sa densité
est
dx
dX(t)# λ = .
|JX(t, X(−t, x))|
On peut obtenir des estimations sur le Jacobien grâce à l’équation qu’il vérifie :
Proposition 6. Soit X le flot associée au champ b(t, x) ∈ L1t (W 1,∞ ). Le Jacobien de ce flot vérifie l’équation
d
JX(t, x) = J(t, x) div b(X(t, x))
dt
et il est quasi-incompressible avec la constante
RT
k(div b)− (t,·))k∞ dt
LT := e 0
Démonstration. Dans cette preuve on va supposer que le champ b est autonome (ne dépend pas du temps), ce qui va
simlpifier les notations.
Rappelons d’abord que DX vérifie l’EDO
d
DX(t, x) = Db(X(t, x))DX(t, x) .
dt
avec la condition initiale DXε (0, x) = Id. Pour passer au déterminant, il faut connaître la dérivée de celui-ci. L’ex-
pression est plus simple lorqu’on se place en une matrice inversible A.
9
Lemme 4 ( Critère de compacité de Riesz-Fréchet-Kolmogorov). Soient p ∈ [1, +∞] et (fn )n∈N une suite de
fonctions de Lp (Rn ) (ou Lp (Tn )). Supposons que
et un résultat similaire pour kfn,m − fn,m0 kp . Le sup en n permet de passer à la limite, et de conclure que la suite
des limites (fm−1 )m∈N est de Cauchy donc convergente dans notre espace complet. Sa limite f est aussi la limite de la
suite (fϕ(n) )n∈N (car... ?).
On peut maintenant se lancer dans la démonstration du théorème 4.
Démonstration du Théorème 4. Unicité : On commence par la partie la plus facile. Supposons que deux flots X1 et
X2 vérifient les conditions du théorème. On peut alors appliquer le remplaçant 3 du lemme de Gronwall et obtenir
pour tout r > 0 et t ≤ T
|X1 (t, x) − X2 (t, x)|
Z
ln 1 + dx ≤ 2LT kM (Db)k1 t
r
en faisant tendre r vers 0 on obtient que pour tout t ≥ 0, X1 (t, x) = X2 (t, x) pour presque tout x.
Existence : Comme très souvent en EDP, on va raisonner par approximation et utiliser ce que l’on sait dans le cas
régulier. On commence donc par convoler b par notre noyau de convolution ρε préféré pour obtenir un bε régulier, qui
admet d’après la théorie classique un unique flot que l’on note Xε . Il nous reste à montrer que la suite des (Xε )ε>0
est compact pour obtenir une sous-suite convergente, et ensuite à montrer que la limite est bien un flot solution. On
va utiliser le lemme de Grönwall global 3 pour montrer qu’on peut utiliser le critère RFK 4, mais avant il faut montrer
que les flots Xε sont uniformḿement quasi-incompressibles, c’est-à-dire qu’il existe des constantes LT , T ≥ 0 telles que
Xε (t)# λ ≤ LT λ, si t ∈ [0, T ] .
Or, la Proposition 6, donne pour un ε fixé une constante LT,ε qui convient. Mais comme supε>0 k(div bε )− (t, ·))k∞ =
k(div b)− (t, ·))k∞ , on voit que la constante
RT
k(div b)− (t,·))k∞ dt
LT := e 0
convient pour tous les flots Xε , ε > 0. On va maintenant appliquer le nouveau lemme de Grönwall 3, entre le flot Xε
et ce même flot ”shifté“ de h, désigné par Yε , pour tous ε > 0, h ∈ Rn . Précisément, Yε est défini par
(
Yε0 (t, x) = b(Yε (t, x))
.
Y (0, x) = x + h
ln 2 + 2LT kM (Db)k1 T
kXε (t, ·) − Xε (t, · + h)k1 ≤ := αT (h) −→ 0 .
1 h→0
ln 1 + |h|
D’après le critère RFK 4, l’ensemble Fα des applications f de Tn dans T n qui vérifient kf (· + h) − f k1 ≤ αT (h) est
un compact. On a donc une famille d’application Xε (t, ·) de [0, T ] dans L1 (Tn , Tn ) qui est :
– uniformément absolument continue car
Z t Z t
|Xε (t, ·) − Xε (s, ·)| ≤ kb(u, Xε (u, ·))k1 du ≤ LT kb(u, ·)k1 du
s s
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– à valeur dans un compact de L1 (Tn , Tn ).
D’après le théorème d’Ascoli-Arzela, on peut-en déduire que la famille (Xε ) est compacte et donc en extraire une
sous-suite (Xε0 ) qui converge vers un X(t, ·) pour la norme de C([0, T ], L1 (Tn , Tn )). Cela implique la convergence
au sens de la norme L1 ([0, T ] × Tn , Tn ), et donc quitte à extraire encore une sous-suite, on peut en déduire que la
convergence est simple :
En utilisant la convergence dominée, on obtient que X vérifie la condition de quasi-incompressibilité. En effet, pour
une fonction f bornée et régulière, on aura pour presque tout t
Z Z
LT kf k1 ≥ f (Xε (t, x)) dx −→
0
0
f (X(t, x)) dx .
ε →0
Une première étape est d’écrire grâce à la quasi-incompressibilité et pour un champ b̄ régulier qui approche b en norme
L1 Z t
Xε0 (t, x) = x + b̄(s, Xε0 (t, x)) ds + O(kb̄ − bε0 k1 )
0
Rt
Ensuite, si ε0 est choisi suffisamment petit, le terme définit par l’intégrale sera proche (en norme L1 ) de 0 b̄(s, X(t, x)) ds,
Rt
lui même proche de 0 b(s, X(t, x)) ds. Cela permet de passer à la limite dans l’équation, (en norme L1 ou presque
partout (C’est un bon exercice de rendre ce raisonnement rigoureux).
3 Exercices
Exercice 1. Non-unicité du flot pour des champ définis p.p..
On définit sur R deux champs de vecteurs b1 et b2 par
(
0 si x = 0
b1 (x) = 1 , b2 (x) =
1 sinon
avec la notation −V = |V1 | V et | · | pour la mesure de Lebesgue. Les points où ceci est vérifié sont les points de Lebesgue
R R
de f .
1) Dans l’exo 1, quel est le représentant qui contient le plus de points de Lebesgue ?
2) Pour la fonction Hr définie sur Rn par
0 si |x| > 1
x
H(x) = |x| si 0 < |x| ≤ 1 ,
e1 si x = 0
où e1 = (1, 0, . . . , 0), calculer le flot associé. Trouver la fonction H̄ égale à H presque partout qui a le plus de points
de Lebesgue et calculer le flot associé. Pour t fixé les deux flots sont-ils égaux presque partout ?
3) Trouvez une fonction intégrable dont au moins un point n’est pas de Lebesgue.
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Exercice 3. W 1,∞ est l’ensemble des fonctions lipschtiziennes.
Le bt de cet exercice est de démontrer que
W 1,∞ (Rn ) = {f : Rn → R | f ∈ L∞ et ∇f ∈ L∞ } ,
C’est cette formule qu’on utilise pour définir le gradient au sens des distributions.
(b) Montrer que pour un champ de vecteur radial →−v (x) = v(r)−
→ en dimension n, la divergence est radiale et
ur
1 d n−1
vaut div v(r) = rn−1 dr r v(r) .
(c) Dans la suite, on se contentera de faire les calculs pour x = 0. Pour tous ε, ε0 > 0, on définit un champ de
vecteur radial par Z r
1 1 u 1 u n−1
Vε,ε0 (r) = n−1 φ − 0n φ 0 u du .
r 0 εn ε ε ε
→
−
Montrer que div Vε,ε0 (r) = ε1n φ uε − ε10n φ εu0 et que k V ε,ε0 k1 ≤ C max(ε, ε0 ).
(e) En déduire que la suite (fε (0))ε est de Cauchy, puis que l’on peut définir ainsi un représentant de la classe
de f dont tous les points sont de Lebesgue.
2. Il reste à montrer que ce représentant est lipschitzien.
(a) Pour une fonction φ : Rn → R, et h ∈ Rn , calculer div(φh).
R1
(b) Utiliser que g(z + h) − g(z) = 0 ∇g(z + th) · h dt pour montrer que
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2. On définit ensuite la distance de Hausdorff entre deux parties A et B par
dH (A, B) = inf{ε ≥ 0| B ⊂ Aε et A ⊂ Bε }
est également une fonction à laquelle on peut appliquer le théorème de Filipov. Montrer que pour tout x,
Gb (x) ⊂ Fb (x).
6. Attention, Gb ne vérifie pas Gb (x) = {b(x)} pour presque tout x. Pour le voir, on peut considèrer le champ b
défini sur R par b = ξC , la fonction indicatrice du Cantor C définit comme suit. On part du segment [0, 1] auquel
on enlève en son milieu un intervalle de longueur 41 . Puis on procéde par récurrence et en enlevant à chaque rang
l
au milieu de chaque intervalle restant (de longeuur l), un intervalle de longueur (n+1) 2 centré au milieu. À la
limite on obtient un ensemble C de mesure non nulle (pourquoi ?), et Gb = {0, 1} sur C (à démontrer).
au besoin pour simplifier les calculs on pourra travailler uniquement avec α = −1, 0, 1...
1. Calculer la divergence des champs ai , i = 1, . . . , 4 en fonction de α. Dans quels cas la divergence est bornée
inférieurement ? Dans quels cas est-elle localement bornée inférieurement ?
1,p
2. Pour quelle valeur de α et p les champs ai , i = 1, 2, 3 sont-ils dans Wloc (R2 ) ?
Et quand est-ce que a4 ∈ L1t,loc (Wx1,p (R2 )) ?
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3. Pous quels champs peut-on appliquer le théorême d’existence et d’unicité d’un flot quasi-incompressible ? Écrire
ces flots, calculer leur Jacobien et vérifier qu’il vérifie bien l’équation attendue.
4. Pour ai , i = 1, 2, 3, montrer qu’il existe pour tous les α un unique flot défini pour t ≥ 0 (la théorie des inclusions
différentielles et ses critères d’unicité peut-être utile dans certains cas). Écire les mesures images dans ces cas
également.
5. Pour a4 et dans le cas où le théorème général ne s’applique pas, montrer qu’on peut construire de nombreux
flots solutions (une infinité en fait). Calculer leur mesure image au cours du temps pour quelques exemples.
Références
[1] Jean-Pierre Aubin and Arrigo Cellina. Differential inclusions, volume 264 of Grundlehren der Mathematischen
Wissenschaften [Fundamental Principles of Mathematical Sciences]. Springer-Verlag, Berlin, 1984. Set-valued
maps and viability theory.
[2] Gianluca Crippa. The flow associated to weakly differentiable vector fields, volume 12 of Publications of the Scuola
Normale Superiore. Edizioni della Normale, Pisa, 2009.
[3] A. F. Filippov. Differential equations with discontinuous righthand sides, volume 18 of Mathematics and its
Applications (Soviet Series). Kluwer Academic Publishers Group, Dordrecht, 1988. Translated from the Russian.
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