Emmanuel Kant (en allemand : Immanuel Kant /ʔɪˈmaːnu̯eːl kant/1), né le 22[ ]
avril 1724 à Königsberg en Prusse (aujourd'hui appelée Kaliningrad en Russie),
et mort le 12 février 1804 dans cette même ville, est un philosophe prussien,
fondateur du criticisme et de la doctrine dite « idéalisme transcendantal »2. [ ]
Grand penseur de l'Aufklärung (Lumières allemandes), Kant a exercé une
influence considérable sur l'idéalisme allemand, la philosophie analytique,
la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général.
Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des
trois Critiques – à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison
pratique et la Critique de la faculté de juger – fait ainsi l'objet d'appropriations et
d'interprétations successives et divergentes.
Biographie
[modifier | modifier le code]
Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse dans un milieu modeste :
son père, Johann Georg Kant (né en 1683 à Memel ; mort en 1746 à
Königsberg) d'origine écossaise, est sellier, et sa mère, Anna Regina (née en
1697 à Königsberg, morte en 1737 ibid.), née Reuter, s'étaient mariés le 13
novembre 1715. Emmanuel qualifia sa mère de très intelligente et
foncièrement piétiste. Il est le quatrième des onze enfants du couple. Il fréquente
durant sept ans le Collège Fridericianum, alors dirigé par Franz Albert Schultz,
pasteur piétiste qui considère la piété de l'âme comme supérieure
au raisonnement.
L’université Albertina de Königsberg, où Kant a
enseigné.
En 1740, il entre à l'université de Königsberg afin d'étudier la théologie. Il suit les
cours de Martin Knutzen, professeur de mathématiques et de philosophie ; ce
professeur, lui aussi piétiste et disciple de Wolff, combat le dualisme et en revient
à la pure doctrine de Leibniz, suivant laquelle la force représentative et la force
motrice participent l'une de l'autre et se supposent réciproquement.
C'est là qu'il découvre Newton et la physique, preuve, selon lui, qu'une science a
priori de la nature (c’est-à-dire les mathématiques et la physique) est possible3. [ ]
Plus tard, il créditera aussi l'astronomie de nous avoir « appris bien des choses
étonnantes », dont la plus importante est qu'elle nous a « découvert l'abîme de
l'ignorance, dont la raison humaine, sans [cette connaissance], n'aurait jamais pu
se représenter qu'il était aussi profond ; et la réflexion sur cet abîme doit produire
un grand changement dans la détermination des fins ultimes à assigner à notre
usage de la raison »4.
[ ]
En 1746, la mort de son père l’oblige à interrompre ses études pour donner des
cours : il est engagé comme précepteur par des familles aisées, tâche qu'il
accomplira pendant neuf ans. Il publie également cette année-là sa première
dissertation : Pensées sur la véritable évaluation des forces vives5. En 1755, il
[ ]
obtient une promotion universitaire ainsi qu'une habilitation, grâce à une
dissertation sur les principes premiers de la connaissance métaphysique6. Il [ ]
commence à enseigner à l’université de Königsberg avec le titre
de Privatdozent (enseignant payé par ses élèves).
Kant est le premier grand philosophe moderne à donner un enseignement
universitaire régulier7. Ses cours et ses publications à cette période sont très
[ ]
diversifiés : ils portent sur les mathématiques et la physique (apprises chez
Newton), la morale (d'après Shaftesbury, Hutcheson, Hume et Rousseau), mais
aussi sur la pyrotechnie et la théorie des fortifications. À partir de 1760, ses
cours ont pour nouveaux objets la théologie naturelle, l'anthropologie, la critique
des « preuves de l'existence de Dieu », ainsi que la doctrine du beau et
du sublime.
En 1766, Kant demande et obtient le poste de sous-bibliothécaire à
la Bibliothèque de la Cour, fonction qu'il occupe jusqu’en avril 1772. C’est la
seule démarche qu’il ait jamais faite pour obtenir une faveur8.[ ]
En 1770, il est nommé professeur titulaire, après avoir écrit une dissertation
intitulée De la Forme des principes du monde sensible et du monde intelligible9. [ ]
En 1781 paraît la première édition de la Critique de la raison pure. Cet ouvrage,
fruit de onze ans de travail, ne rencontre pas le succès qu'il espérait. Une
seconde édition voit le jour en 1787. En 1786, il devient membre de l'Académie
royale des sciences et des lettres de Berlin. En 1788 est publiée la Critique de la
raison pratique et, en 1790, la Critique de la faculté de juger. Toutes ses autres
œuvres majeures (Fondements de la métaphysique des mœurs et Vers la paix
perpétuelle notamment) sont écrites durant cette période.