Révocation dans la Fonction Publique au Cameroun
Révocation dans la Fonction Publique au Cameroun
Comment citer cet article : Djiogue Tiomela, L. (2023). Un Casse-tête du Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat : La
Notion de Révocation, Revue Camerounaise d’Administration Publique, 1, 1-22. [Link]
Résumé
L’efficacité et la rentabilité de l’Administration sont garanties par l’existence de la discipline. La mise
en œuvre de celle-ci ne doit pas se départir des principes fondamentaux de l’Etat de droit, tel le principe
du droit de la défense. De même, l’efficacité de la répression disciplinaire est conditionnée par
l’existence des définitions claires des sanctions qui peuvent être infligées au fonctionnaire. La
révocation, sanction ultime applicable au fonctionnaire, n’épouse pas à l’évidence ce besoin de clarté.
Dans le décret no 94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la Fonction Publique de l’Etat,
cette notion a reçu deux définitions aux articles 100 et 121. Les nuances de ces définitions sont subtiles
et la contradiction réelle. L’ambiguïté de la notion de révocation, que pose le statut général de la
Fonction Publique de l’Etat, impose de rechercher la définition de la révocation dans ce statut.
Abstract
The efficacy and productive nature of Administration is guaranteed by the existence of discipline. As a
result, these instituted disciplinary rules must concord or conform to the fundamental principles of a
state of law; the right to défense, the right to justice. In the same light, the effectiveness of disciplinary
measures is conditional on the existence of clear definitions to explain the kind of sanctions to be
inflicted on civil servants. Dismissal, the most severe sanction applicable to civil servants, does not
satisfy the requirement of clarity. According to decree no 94/199 du 07 octobre 1994 governing the
general statute of the Public Service in Cameroon, the notion of dismissal embraced two definitions; per
articles 100 and 121. The nuances inherent in these definitions are very fine but the contradictions
evident. The ambiguity faced by this notion of dismissal within the meaning of the general statute of the
Public Service enjoins and necessitates some research.
Mots clés
Révocation, Réintégration, Corps, Fonction publique
Introduction
Monstre aux yeux du fonctionnaire, arme redoutable entre les mains de l’Administration, la
révocation est, à une exception près, l’ultime sanction applicable au fonctionnaire 1. Cette
notion, à en croire M. Maurice KENGNE KAMGUE, a été introduite au Cameroun avec la
colonisation2. L’auteur affirme qu’avec « l’arrivée des colonisateurs au Cameroun la nécessité
s’est fait sentir, pour les nouveaux maîtres, de mettre sur pied une administration calquée sur
le model bureaucratique européen »3. C’est ainsi, qu’au Cameroun Oriental, en vertu de l’arrêté
du 4 février 1933 fixant le statut des chefs indigènes, les chefs traditionnels pouvaient être
révoqués4. De même, dans le Cameroun Occidental, les « natives authorities »5 pouvaient être
révoqués6.
Dès l’accession à l’autonomie interne du Cameroun et plus tard à son indépendance, la
notion de révocation fut consacrée dans les divers statuts généraux qu’a connu ce pays.
Seulement à la lecture de ces différents statuts une considération générale se dégage : la
révocation est un concept qui n’a pas eu une constance dans sa définition. Elle a ainsi connu
des fortunes diverses dans son contenu. Pas définie dans le statut de 19587 ni de 19598, mal
définie dans celui de 19669, mieux précisée dans le statut de 197410 et ambigüe dans celui de
199411, la révocation semble être un serpent de mer. Elle l’est d’autant plus qu’on la confond à
des notions comme le licenciement12, la suspension13, la relève14 et même la retraite d’office15.
1
La révocation est pour presque tous les corps de fonctionnaire la sanction la plus lourde qui puisse être infligée
au fonctionnaire. L’exception est faite dans le corps des Forces des Armées où la révocation est dans l’ordre de
gravité croissante l’avant dernière sanction, la dernière étant la retraite d’office. V. Article 133 du décret n°
75/700 du 06 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les Forces Armés.
2
Le mot colonisation est employé par l’auteur par abus de langage, puisque le Cameroun n’a jamais été une
colonie. Après avoir été sous protectorat allemand, le Cameroun a été respectivement placé sous mandat et
tutelle de la France et de la Grande Bretagne.
3
KENGNE KAMGUE M., Les origines de la Fonction Publique camerounaise, mémoire de maîtrise en Droit
Public, 1989-1990, p. 5.
4
Ibid. p. 23.
5
Dans le Cameroun Occidental, « quand une autorité coutumière était intégrée dans l’administration indigène, elle
était qualifiée de ‘‘native authority’’ ».
6
KENGNE KAMGUE M., Les origines de la Fonction Publique camerounaise, op. cit., p. 5.
7
V. art. 155 et suivant de la loi n° 58/84 du 22 juillet 1958 fixant le statut général des fonctionnaires de l’Etat du
Cameroun.
8
V. art. 64 et suivant de l’ordonnance n° 59/70 du 27 novembre 1959 fixant le statut général des fonctionnaires de
l’Etat du Cameroun Oriental.
9
V. art. 60 du décret n° 66/DF/53 du 3 février 1966 portant statut général de la Fonction Publique Fédérale.
10
V. art. 163 du décret n° 74/138 du 18 février 1974 portant statut général de la Fonction Publique.
11
V. art. 100 et 121 du décret n° 94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la Fonction Publique de
l’Etat.
12
« Le licenciement est une mesure d’exclusion définitive du fonctionnaire de la Fonction Publique pour des cas
ne relevant pas d’une sanction disciplinaire » (V. Art. 118 du décret n°94/199 du 07 octobre1994. « Le
licenciement du fonctionnaire à pour effet de mettre fin aux fonctions de l’agent pour des motifs non
essentiellement disciplinaires » V. NYAMA ALANG I. C., La distinction licenciement-révocation en droit de la
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La révocation, comme sus relevé, est la plus lourde sanction qui puisse être infligée au
fonctionnaire. Ce dernier16 devant être défini, dans la présente étude, dans son sens strict
comme « toute personne qui occupe un poste de travail et est titularisée dans un cadre de la
hiérarchie des administrations de l’Etat »17.
En règles générales, les fonctionnaires sont régis par le statut général de la fonction
publique. Celui-ci est la norme fondamentale qui organise la Fonction Publique. Il est mis en
œuvre, en raison de la diversité des corps qui composent la Fonction Publique, par les statuts
particuliers. Ceux-ci, en principe, régissent les conditions de recrutement, l’organisation du
corps, l’avancement. Ils n’énoncent pas les règles relatives à la discipline et aux modalités de
fin de carrière. Pour ces aspects, le statut général s’applique aux fonctionnaires régis par les
statuts particuliers. Mais du fait des « sujétions et les responsabilités exceptionnelles de
certains services »18 il est créé des statuts spéciaux qui peuvent déroger au statut général. En
nombre très réduit, les statuts spéciaux présentent la même structure que le statut général.
Naguère, leur rédaction devait s’inspirer19 du statut général. Aujourd’hui, cette obligation a été
Fonction Publique camerounaise, Mémoire de DEA en Droit Public, Université de Yaoundé II, Octobre 2011, p.
46. Il se distingue de la révocation en ce sens qu’il ne constitue pas une sanction et ne résulte pas d’une faute Son
fondement est l’inaptitude physique, ou l’insuffisance professionnelle, ou enfin la suppression des postes de
travail sans possibilité de redéploiement des effectifs.
13
La suspension « est une mesure conservatoire qui ne produit d’effets définitifs qu’à la suite d’une sanction
prononcée par l’autorité compétente » (Art. 108 al. 2 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994). C’est un élément
ou un acte d’une procédure et non le résultat d’une procédure. Elle pourrait être considérée comme un trait
d’union entre la faute et la sanction, selon que la faute est ou non grave. En effet, l’hypothèse d’une suspension
n’est envisagée qu’en cas de faute grave13. En clair, il s’agit d’une « mesure provisoire, non disciplinaire qui ne
préjuge pas de la suite de la procédure ». Seulement, « dans les faits, la suspension peut être une mesure
disciplinaire déguisée »V. TEKAM G. J., Fonction publique camerounaise : Statut Général et textes
d’application. Recueil commenté, février 2006 p. 76.
14
La relève, renvoie à une perte de la fonction qu’occupe le fonctionnaire. Elle n’est pas, contrairement à la
révocation, une exclusion de la Fonction Publique et encore moins une exclusion du corps auquel appartient le
fonctionnaire. Toutefois, comme la révocation, elle peut trouver son fondement dans une faute commise par le
fonctionnaire.
15
La retraite d’office est, comme la révocation, une sanction disciplinaire. Elle n’existe au Cameroun que dans les
Forces Armées. Dans l’ordre croissant, elle est la dernière sanction qui puisse être infligée à un militaire. « La
mise à la retraite d’office sanctionne des fautes majeures professionnelles ou des services », V. Article 133 du
décret no 75/700 du 06 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les Forces Armées. Dans
les Forces Armées, la retraite d’office se distingue de la révocation en ce que « les personnels militaires mis à la
retraite d’office conservent leur grade et leurs droits à pension ». Pourtant la révocation, « outre l’exclusion des
Forces Armées, (….) entraîne automatiquement la perte du grade ». V. art 131 et 130 du décret n° 75/700.
16
Pour l’imagerie populaire, le fonctionnaire est toute personne qui travail pour le compte de l’Administration.
Pourtant, « la diversité est le maître mot qui caractérise » le personnel de l’Administration. V. OWONA J., Droit
de la Fonction Publique Camerounaise, Yaoundé, l’Harmattan, Collection Droit africains et malgache, P. 63. Ce
personnel se compose de collaborateurs occasionnels, des agents de l’Etat relevant du code du travail, et des
fonctionnaires appelés encore « agents publics titulaires ».
17
Art. 3 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994.
18
MADIOT Y., « Les tendances récentes du droit de la fonction publique », chronique, recueil Dalloz Sirey,
1974, p 252.
19
article 3 al 2 du décret n° 74/138 du 18 février 1974 portant statut général de la Fonction Publique.
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supprimée. Mais, « en cas de silence ou de vide juridique (…) » il faut se référer, comme
d’antan, au statut général. Ce dernier est l’édifice sur lequel repose la réflexion.
Dans le statut général actuel de la Fonction Publique de l’Etat, la notion de révocation est
ambigüe, constituant de la sorte un véritable casse-tête. En effet, cette notion a reçu deux
définitions différentes dans ce statut. C’est ainsi qu’elle est définie à l’article 100 de ce texte
comme « une mesure d’exclusion définitive du fonctionnaire du corps auquel il appartient » et à
l’article 121 comme « une mesure d’exclusion définitive du fonctionnaire de la Fonction
Publique ». La nuance semble être légère, mais la conséquence qu’entraîne chacune des
définitions sur le sort du fonctionnaire révoqué traduit la différence profonde qui existe entre
les deux définitions, qui en réalité procède de deux conceptions distinctes. A cet effet,
l’adoption de l’article 100 implique pour le fonctionnaire révoqué une possibilité d’intégrer un
autre corps de la Fonction Publique à l’exclusion du corps dans lequel il était anciennement
intégré20. En clair, d’après l’article 100 en cas de révocation il y a possibilité de réintégrer la
Fonction Publique. Par contre, l’adoption de l’article 121 exclu toute possibilité pour le
fonctionnaire d’intégrer un autre corps de la Fonction Publique.
A dire vrai, la définition de l’article 100 est celle qui avait été consacrée par l’ancien
statut général (1974), et reprise par les statuts spéciaux rédigés sous l’empire de ce statut.
Aujourd’hui, seuls les statuts spéciaux de l’Assemblée Nationale et de la Sûreté Nationale ont
conservé cette définition en prévoyant les modalités de réintégration.
N’ayant pas aménagé les conditions de réintégration et donnant une autre définition à la
révocation contraire à l’article 100, il convient alors de s’interroger sur la définition de la
révocation que donne le statut général de la Fonction Publique. Cette définition devant être
applicable à tous les autres fonctionnaires à l’exclusion de ceux de l’Assemblée Nationale et de
la Sûreté Nationale. Concrètement, quelle définition retenir pour la révocation selon le statut
général ? Autrement dit, d’après le statut général qu’est-ce que la révocation d’un
fonctionnaire ? Est-ce une exclusion d’un corps ou une exclusion de la Fonction Publique ? Les
questions ainsi posées, révèlent en elles même l’intérêt du sujet.
20
Pour bien comprendre cette analyse, il faut garder à l’esprit que la Fonction Publique se compose d’un
ensemble de corps. Et par conséquent si l’exclusion porte sur un corps et non sur la Fonction Publique, il y a
possibilité d’entrer dans un autre corps. Il faut également dire que cet article implique aussi, lorsque cela est
clairement précisé dans un texte juridique, la possibilité de réintégrer le même corps (V. l’article 111 du décret
n° 200/065 du 12 mars 2001 portant spécial du corps des fonctionnaires de la Sûreté Nationale). Ceci est quelque
peu surprenant car la révocation est une exclusion ‘‘définitive’’ et non ‘‘temporaire’’ ou ‘‘provisoire’’ du corps.
21
Article 2 alinéa 1 du décret 94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat.
22
De cette définition, il apparaît qu’un corps de fonctionnaires se détermine par son appartenance à un secteur
d’activité précis dont la fonction est spécifique. Il se détermine également, par sa soumission aux mêmes
dispositions réglementaires. Ainsi, la multiplicité des secteurs d’activités, régis par des textes différents induit
également une diversité de corps de fonctionnaires.
23
V. CS/CA, jugement no 71/81-82, du 30 septembre 1982, Mlle Ngonde Pauline contre Etat du Cameroun.
Avant le statut de 1974, aucun autre statut régissant la Fonction Publique n’avait adopté la
conception de la révocation exclusion définitive du corps. De même, ces statuts n’avaient pas
clairement défini la notion, ni précisé ses implications26. Par rapport à ses devanciers, le statut
de 1974 avait donné au concept de révocation un contenu non ambigüe et dont la portée était
clairement définie. En effet, il découlait ainsi de l’article 163 de ce statut que « la révocation est
24
CÔTE P-A., Interprétation des lois, 2e édition, édition Yvon Blais, Québec, 1990, p. 48.
25
Ibid., p. 49.
26
L’ordonnance n° 59/70 du 27 novembre 1959 fixant le statut général des fonctionnaires de l’Etat du Cameroun
Oriental, et le décret n° 66/DF/53 du 3 février 1966 portant statut général de la Fonction Publique fédérale
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27
V. CS/CA, jugement no50/83-84 du 19 juillet 1984, Avondo Martin contre Etat du Cameroun.
28
V. BRETON J-M., Droit de la fonction publique des Etats d’Afrique francophone, EDICEF, 1990, p.137 ;
OWONA J., Droit administratif spécial de la Fonction Publique du Cameroun, op. cit., pp. 73-74.
29
CORNU G., Vocabulaire juridique, Op. Cit., p. 62.
30
NYETAM TAMKA (A., Le pouvoir de sanction administrative au Cameroun, Th. Doctorat IIIème cycle en
Droit Public, université de Yaoundé II, 1998-1999, p. 66.
« pour tout juriste une tâche quotidienne et essentielle »31. En effet, « interpréter la loi signifie
(….), bien élucider un texte obscur que spécifié un texte général. Il faut, pour appliquer la loi
l’accommoder, comme un système optique, aux situations concrètes, en éliminer le flou, en
‘‘régler la netteté’’ comme celle d’un appareil photographique »32.
Ainsi, après interprétation du texte de 1994, des arguments formels (1.2.1) et matériels
(1.2.2) se dégagent. Ils permettent de faire tomber le masque qui couvre l’article 100.
Les arguments formels, sont ceux qui reposent sur la présentation du texte de 1994 et la logique
que le pouvoir réglementaire a suivi dans la rédaction du décret de 1994.
La structure formelle du texte et l’absence de prise en considération de l’article 100,
amènent à penser que la conception de la révocation « exclusion définitive du fonctionnaire du
corps auquel il appartient » ne peut être considérée comme une définition retenue par le
pouvoir réglementaire. La structure formelle du texte de 1994 ne saurait être négligée pour
démontrer l’illusion, puisque « le mode conventionnel de présentation du texte législatif, de
division et d’agencement de ses divers éléments, intéresse évidemment celui qui rédige, mais
l’interprète ne peut négliger ces considérations, car la structure formelle de la loi33 a un
impact sur son interprétation. »34. Ainsi, à travers l’étude de la structure formelle ou de la
présentation des articles définissant la révocation, il surgit des arguments qui pour banals qu’ils
puissent paraître pourraient traduire une volonté inavouée : celle d’écarter l’ancienne
conception de la révocation. L’analyse de la structure du texte dévoile des réponses qui tendent
tantôt à infirmer la thèse de l’illusion, tantôt à la confirmer. En effet, en considérant que la
première définition est l’exclusion du corps cela pourrait laisser croire qu’elle sied à la
définition de la révocation. Pourtant, cette croyance s’effondre à la vue de la seconde
définition. En effet, parce que l’importance conférée aux idées varie selon l’ordre
d’énonciation35, on pourrait très vite affirmer que l’article 100 s’impose. Ce dernier étant
antérieur à l’article 121, il peut très vite être considéré comme celui retenu par les rédacteurs du
texte de 1994. Ceux d’autant plus qu’il est contenu dans la section réservée à la clarification
31
BERGEL J-L., méthodologie juridique, op. cit., p. 233.
32
Ibid.
33
Il faut entendre le mot loi dans un sens général englobant la loi stricto sensu et les règlements.
34
CÔTE P-A., Interprétation des lois, op. cit., p. 45.
35
L’ordre d’énonciation des idées est fondamental. Il marque la volonté de leur auteur d’affirmer quelque chose,
de conférer aux idées évoquées une importance
des sanctions prévues à l’article 94 au décret de 1994. Mais cette conviction s’effrite lorsqu’on
aperçoit la seconde définition contenue à l’article 121.
Il est surprenant ou étonnant de constater que plus loin à l’article 121, les rédacteurs du
texte de 1994 ont de nouveau défini la révocation. Est-ce que cela sous-entend qu’ils ont
consacré pour cette notion une double définition ? Ou peut-être ont-ils oublié qu’ils avaient
déjà défini la révocation à l’article 100 ? L’analyse immédiate qui peut être faite à propos de
l’article 121, eu égard aux différents titres du décret, serait qu’il ne peut être considéré comme
la définition de la révocation puisque n’étant pas énoncé dans la section relative au contenu des
sanctions. Cette analyse a cependant le défaut de faire croire qu’il n’y a qu’un seul lieu de
définition des concepts dans un texte. Pourtant, dans le même texte on peut revenir sur la
définition d’un concept, pour le compléter par exemple. S’il en est ainsi, il y a lieu également
de considérer que l’article 121 doit être retenu pour la définition de la révocation. Ceci en
raison aussi du fait que cet article est contenu dans la section intitulée « de la révocation » du
chapitre relatif à la cessation d’activité. D’ailleurs, il est admis l’idée selon laquelle « les
intitulés des textes répondent généralement à une volonté d’exactitude, de clarté et de
simplification »36. En vertu de cette idée, une conclusion se dégage. En définissant la
révocation à l’article 121, dans la section qui lui est réservée, les rédacteurs du texte ont
entendu retenir cet article comme indiqué pour la définition de cette notion.
Au-delà de cette structure formelle, plus convainquant est l’absence de prise en compte
de l’article 100 par le pouvoir réglementaire. En effet, l’article 121 qui à redéfinir la révocation
n’a pas évoqué l’article qui immédiatement lui est antérieur et qui définit la notion de
révocation, il a plutôt évoqué l’article 94. Cela peut supposer que les rédacteurs ont rejeté la
définition du texte de 1974. En effet, la contradiction entre l’article 121 et l’article 100 laisse
jaillir une interrogation. Cela conduit à se demander alors si l’autorité administrative a entendu
garder la conception de la révocation telle que consacrée dans le statut de 1974. Si une réponse
affirmative est donnée à cette question il faut alors simplement dire que, le fait pour le pouvoir
réglementaire d’avoir défini la révocation à l’article 121 sans faire allusion à l’article 100 peut
simplement être un oubli ou plutôt une volonté de se référer à l’article originel qui consacre
cette notion. S’il en est ainsi, il faut alors admettre que le pouvoir règlementaire a retenu deux
(02) définitions contradictoires pour une seule et même notion.
A contrario, si une réponse négative est avancée à cette question, il faut alors voir en la
définition de l’article 100 une reconduction par inadvertance de la conception du statut de
36
BERGEL J-L., méthodologie juridique, op. cit. p. 298.
1974. Dans cette hypothèse, l’existence de deux définitions contraires de la révocation dans le
texte de 1994 se comprend aisément. Celle reconduite par inadvertance ne pouvant en réalité
être prise en compte lorsqu’il faut définir la révocation. Ceci conforte alors l’idée selon laquelle
le pouvoir réglementaire ignore la définition de l’article 100 et donne non pas une, mais la
définition de la révocation à l’article 121. C’est ce qui justifie d’ailleurs le fait qu’en définissant
la révocation à l’article 121, les rédacteurs du décret de 1994 ne se soient pas référés à l’article
100 qui est antérieur à l’article 121.
A côté de ces arguments formels subsistent également des arguments substantiels.
Généralement, la mise en œuvre d’un texte ou d’une disposition s’accompagne des règles
permettant son application. Celles-ci peuvent être contenues dans de textes différents ou dans le
même texte. S’il en est ainsi, la mise en œuvre de la définition de l’article 100 nécessite qu’elle
s’accompagne des règles permettant son application.
Seulement après une lecture attentive du décret no94/199, on cherche sans jamais trouver,
le régime devant accompagner la définition de l’article 100. De ce fait, il se dégage des
arguments substantiels qui permettent de faire échec à cette définition. Les arguments
substantiels sont des raisons de fond évoquées, qui tendent à démontrer que l’article 100 ne
peut être considéré comme servant de définition pour la notion de révocation dans le statut
général.
Les arguments substantiels dont il est question ici sont de deux ordres : d’une part on
observe un mutisme du décret de 1994 sur les conditions de sortie du corps et d’autre part un
silence sur les conditions de réintégration dans la Fonction Publique.
Sur les conditions de sortie du corps, précisons très vite que la définition de l’article 100
ne permet pas d’identifier le fait générateur qui conduit à la révocation. De plus, on relève
l’absence de précision des typologies de révocation conduisant à l’exclusion du corps. Pourtant
on sait très bien que la révocation peut être d’office ou sous conditions. C’est d’ailleurs ce que
relève nombre d’auteurs qui s’intéressent à la Fonction Publique. Il s’agit par exemple de M.
Joseph OWONA37, de M. LEKENE DONFACK38, de M. André NYETAM TAMGA39. De
même, tous les statuts spéciaux consacrent ces deux (02) types de révocations.
37
OWONA J., Droit administratif spécial de la République du Cameroun », op. cit., p. 73. ; V. OWONA J., Droit
de la fonction publique camerounaise, op. cit., p. 155.
38
LEKENE DONFACK, « Réflexions sur le nouveau statut général de la fonction publique (A propos dudécret n o
94/199 du 07 octobre 1994) », op. cit., p. 56.
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En plus de cette imprécision sur les conditions de sortie du corps, on note l’absence de
condition de réintégration du fonctionnaire, ce qui est paradoxale quand on sait l’implication de
l’article 100. Cette définition entraine notamment la possibilité de réintégration du
fonctionnaire. C’est la raison pour laquelle le texte de 1974 avait prévu des conditions de
réintégration, toute chose qui manque manifestement au texte de 1994. En effet, le statut de
1974 imposait au fonctionnaire révoqué qui voulait réintégrer la Fonction Publique, d’avoir
l’âge requis pour entrer à la Fonction Publique ; d’être de bonne moralité, bref, de respecter les
conditions générales de recrutement à la Fonction Publique. Outre ces conditions, le statut de
1974 posait comme autres conditions de réintégration l’interdiction de postuler pour l’entrée
dans l’ancien corps du fonctionnaire ; l’observation d’un délai de réintégration après la
révocation qui était de cinq (05) ans ; et enfin la réhabilitation en cas de condamnation pénale.
Le constat de l’absence de conditions gouvernant les modalités de réintégration du
fonctionnaire laisse surgir de nombreuses interrogations. Le rédacteur du texte de 1994
ignorait-il ce qu’implique la définition de l’article 100 ? Avait-il oublié de mentionner le
régime qui devrait accompagner cette définition ? La présomption de connaissance dont
bénéficie le rédacteur d’un texte juridique empêche de considérer que le mutisme du texte
provient de l’ignorance, et autorise plutôt à penser qu’il n’avait pas entendu conserver cette
ancienne conception, qui permettait au fonctionnaire révoqué de retrouver la Fonction Publique
lorsqu’il observait certaines conditions. Si non, pourquoi donc n’avoir pas posé les conditions
de réintégration ? Pourquoi avoir donné une définition autre que celle de l’article 100 à l’article
121. A dire vrai, le pouvoir réglementaire n’a pas reconduit l’ancienne conception de la
révocation contenue à l’article 100. Si tel n’est pas le cas, pourquoi avoir reconduit l’ancienne
conception en inhumant le régime juridique qui devait nécessairement l’accompagner ? Ce
régime aurait même pu être exhumé lors de la révision du statut de 1994 par le décret no
2000/287 du 12 octobre 2000, ce qui n’a pas été fait. Ce refus manifeste de reconduire les
conditions de réintégration nécessaire à l’application de l’article 100 confirme l’idée du rejet de
la définition de l’article 100. C’est alors une définition illusoire, puisque ne pouvant être
appliquée. Il s’en suit alors que la définition de l’article 121 est opératoire.
39
NYETAM TAMGA A., le pouvoir de sanction administrative au Cameroun, op. cit., p. 66.
En présence de deux définitions distinctes, il aurait fallu également avoir deux régimes
juridiques différents consacrés par le décret no 94/199. Ce n’est malheureusement pas le cas.
Seul l’article 121 de ce décret prévoit le régime juridique de la définition qu’il donne de la
révocation. Ainsi, il faudrait considérer cet article comme celui qui sied à la définition de la
révocation, puisqu’il donne le régime juridique de cette sanction. C’est la raison pour laquelle
la conception de la révocation contenue dans cet article est qualifiée d’opératoire. Cette
qualification ne procède donc pas d’un choix affectif mais d’une interprétation stricte du texte
de 1994.
A l’aune de cet article, et eu égard à la conception de la révocation dans le statut de
1974, force est de reconnaître que c’est une sanction conditionnée (2.1) et une sanction
aggravée (2.2).
Dans le statut général, comme dans les statuts spéciaux qui aménagent un régime juridique à la
révocation, est qualifiée de révocation d’office, celle qui est immédiatement prononcée sans
procédure disciplinaire. Ainsi pour ce type de révocation la seule formalité à réaliser est la mise
en demeure. Celle-ci est une formalité péremptoire, en ceci que son absence entraîne
40
V. article 121 alinéa 2 a et b du statut général de la Fonction Publique de l’Etat ; article 139 du décret n°
2001/065 du 12 mars 2001 portant statut spécial du corps des fonctionnaires de la Sûreté Nationale ; article 162
de l’arrêté du bureau n° 6-BAN-75 portant statut général de la Fonction Publique de l’Assemblée Nationale.
l’annulation de l’acte de révocation41. Mais pour que soit prononcée la révocation d’office, il
faut soit l’existence d’une faute professionnelle, soit l’absence de faute professionnelle.
La faute professionnelle est un manquement aux obligations professionnelles. Seulement,
tous les manquements aux obligations professionnelles n’ont pas le caractère de faute
professionnelle ou faute disciplinaire. En effet, certains manquements aux obligations
professionnelles résultent en réalité de l’insuffisance professionnelle de l’agent42. « En d’autres
termes, ce n’est pas la faute de l’agent s’il n’est pas capable de remplir les obligations mises à
sa charge ; ces obligations sont au-dessus de ses capacités, même s’il a fait de son mieux »43.
C’est, d’ailleurs cette considération qui justifie l’existence du licenciement qui ne constitue pas
une sanction. La « faute professionnelle d’un fonctionnaire peut entraîner, à la fois, une
répression disciplinaire et une répression pénale »44.
La faute professionnelle qui entraîne la révocation d’office est l’abandon de poste.
Maintenant il faut savoir : Quand est-ce qu’il faut parler d’abandon de poste ? Qu’est-ce qui en
constituent les caractéristiques ? Trois (03) conditions doivent être réalisées pour évoquer
l’abandon de poste. Il s’agit des conditions cumulatives et non alternatives.
D’abord, il faut la volonté de l’agent qui, pour une raison ou pour une autre ne se présente
plus au service. Ceci est d’autant plus vrai que si le fonctionnaire a la volonté de ne plus servir
ou de rompre son obligation de servir, il ne voudra pas au préalable prendre une permission, ou
demander un congé de longue durée pour maladie, avant de s’absenter de son poste de travail.
C’est peut-être du fait de cette manifestation de volonté du fonctionnaire de cesser de se rendre
au service que la France ne considère plus l’abandon de poste comme une faute 45. S’il en est
ainsi, un fonctionnaire qui s’absente pour une longue durée de son poste de travail, en cas de
41
Le juge administratif camerounais n’hésite pas à annuler toute décision de révocation d’office qui n’a été
précédée de la mise en demeure. C’est ainsi qu’il a annulé la décision de révocation du Sieur Baboule Pierre, il
dit en substance, « considérant au demeurant, que lorsqu’une décision administrative prend le caractère d’une
sanction et qu’elle porte une atteinte assez grave à une situation individuelle, comme en l’espèce, la doctrine
autant que la jurisprudence exige que l’intéressé ait été mis en demeure de discuter les motifs de la mesure qui le
frappe », Arrêt n° 71/A du 22 février 2007, affaire Etat du Cameroun (MINAT) contre Baboule Pierre.
42
V. BANDET P., Le droit disciplinaire dans la fonction publique territoriale, Collection l’AJ, éditions du
Moniteurs, 1990, p. 29.
43
Ibid. p. 29.
44
DUPUIS G., GUEDON M-J., Droit administratif, 4è édition, Armand Colin, Paris, 1993, p. 315.
45
Dans une série de décisions, relève M. Serge SALON, le conseil d’Etat « a estimé qu’en abandonnant son poste,
un fonctionnaire rompt de sa propre initiative le lien qui l’unissait à l’administration et se place en dehors du
champ d’application des lois et règlements édictés en vue de garantir l’exercice des droits inhérents à son
emploi. Dès lors, la radiation des cadres peut être prononcée à compter du jour où l’abandon a été constaté, sans
que soientles formalités prescrites en matière disciplinaire. Toutefois, préalablement à la décision, l’intéressé
doit être invité à fournir ses explications et informé de la mesure à laquelle il s’expose s’il ne reprend pas ses
fonctions », SALON S., Délinquance et répression disciplinaires dans la fonction publique, op. cit., p. 82.
force majeur46, ne devrait pas être frappé d’abandon de poste. Il faudra cependant qu’il apporte
la preuve du fait l’ayant empêché de se présenter au service47.
Ensuite, il faut que l’absence soit continue, c’est-à-dire qu’elle soit sans interruption. Des
absences intermittentes ou interrompues ne sauraient constituer un abandon de poste. Il s’agit là
non pas d’abandon de poste, mais d’absence irrégulière, d’absentéisme48. L’absence continue
ou même temporaire met en mal le principe de la continuité du service. En effet, « la nécessaire
continuité du service rend absolument indispensable la présence assidue de chaque
fonctionnaire dans l’emploi qui lui est assigné »49.
Enfin, il y a la durée. En effet, la durée de l’absence n’est pas indéfinie, elle n’est non
plus fixée de façon discrétionnaire par le chef hiérarchique. Depuis l’avènement du statut
général de 1994 cette durée est fixée à « 30 jours consécutifs »50. Sous l’empire du statut
général de 1974 cette durée était de six (06) mois51. Aujourd’hui, seul le statut spécial des
fonctionnaires de l’Assemblée Nationale a conservé cette durée.
La révocation d’office au Cameroun peut aussi être prononcée alors même que le
fonctionnaire n’a pas commis de faute. Les faits conduisant à la révocation d’office, dépourvus
de faute professionnelle, ont fait l’objet d’une énumération par le décret de 1994. L’article 121
alinéa 2b pose que la révocation d’office est prononcée « en cas de perte de l’une des
conditions prévues à l’article 13 a et d du présent décret pour le recrutement à la fonction
publique ».
D’après les alinéas a et d de l’article 13, pour être recruté dans la Fonction Publique
camerounaise, il faut posséder la nationalité camerounaise et n’avoir pas fait l’objet de
condamnation pénale. En clair, pour qu’un fonctionnaire soit sanctionné de révocation d’office,
46
La force majeur est un événement imprévisible dans sa survenance et irrésistible dans ses effets. V. JACQUOT
H., « Le contentieux administratif au Cameroun », op. cit., p 138.
47
Le juge camerounais exige toujours du requérant, qui estime qu’il a été révoqué pour abandon de poste, alors
qu’il était malade, qu’il rapporte la preuve de sa maladie. Le défaut de certificat attestant la maladie conduit au
rejet de la demande. V. CS/CA, jugement no 69/2008, du 18 juin 2008, affaire Otse Ntonga contre Etat du
Cameroun.
48
Même si l’abandon de poste résulte d’une absence irrégulière, l’on ne saurait conclure qu’une absence
irrégulière est un abandon de poste. Sur la distinction entre l’abandon de poste et l’absence irrégulière V.
NYETAM TAMGA A., le pouvoir de sanction administrative au Cameroun, op. cit., p. 52.
49
SALON S., Délinquance et répression disciplinaires dans la fonction publique, op. cit., p. 81. C’est en vertu du
principe de la continuité du service qu’on peut comprendre que l’abandon de poste conduit à la sanction de
révocation d’office. M. Serge SALON, note d’ailleurs que « c’est (…) le principe de la continuité du service qui
a fait longtemps considérer l’abandon de fonction comme une faute d’une particulière gravité justifiant la
révocation ».
50
Article 121 alinéa 6 du décret n°94/199.
51
Article 121 alinéa 6 du statut de 1974.
il suffit qu’il perde la nationalité camerounaise ou qu’il fasse l’objet d’une condamnation
pénale.
L’hypothèse d’absence de faute conduisant à la révocation ne se conçoit qu’en matière de
révocation d’office. Elle n’existe pas s’agissant de la révocation sous conditions.
L’article 121 alinéa 2(a) du décret n° 94/199, a prévu une autre modalité de la sanction de
révocation. Il ressort de cet article que la révocation peut intervenir « (…) à la suite d’une
procédure disciplinaire devant le Conseil Permanent de Discipline de la Fonction Publique ».
La dénomination révocation sous condition52, tire son origine du fait que cette sanction ne peut
être infligée sans la tenue d’une procédure disciplinaire. Celle-ci devra être engagée en raison
du fait que le fonctionnaire a commis une faute. La faute est le fait générateur qui va entraîner
la responsabilité disciplinaire du fonctionnaire. Elle peut être professionnelle ou extra-
professionnelle.
La faute professionnelle résulte des manquements aux obligations professionnelles du
fonctionnaire53. Selon l’article 93 du décret de 1994, la faute professionnelle est « un
manquement par action ou inaction ou négligence, aux devoirs et obligations auquel est
assujetti le fonctionnaire ». En clair, la commission ou l’abstention d’un acte contraire à ses
devoirs ou ses obligations54 ou même la négligence du fonctionnaire sont constitutives de faute
professionnelle. Seulement, la faute professionnelle entraînant la sanction de révocation n’a pas
fait l’objet d’énumération par l’autorité réglementaire. Ceci ouvre donc la voie à un énorme
pouvoir discrétionnaire de l’autorité ayant compétence de révoquer. « L’autorité administrative
dispose d’un pouvoir qu’on qualifie de discrétionnaire chaque fois que, en présence d’une
situation de faits donnés, elle a la faculté de choisir, en fonction de son appréciation propre, le
sens ou la portée de la décision qu’elle prendra ou les moyens qu’elle utilisera pour accomplir
52
l’on pense que La révocation sous condition devrait être le seul type de sanction, en matière de révocation,
devant exister dans notre droit. En effet, « une sanction ne peut (…) être prononcée légalement sans que
l’intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense qu’il doit, par suite, au préalable, recevoir
connaissance, sinon du texte même du rapport établi ou de la plainte déposée contre lui, du moins de l’essentiel
des griefs qui y sont contenus, de manière à être en état de formuler à ce sujet toutes observations qu’il juge
nécessaire », v. Arrêt Aramu du 26 octobre 1945, Rec. P231, citée par SALON S., Délinquance et répression
disciplinaires dans la fonction publique, p.115.
53
V. SALON S., Délinquance et répression disciplinaires dans la fonction publique, op. cit., p.70.
54
La juxtaposition des notions devoir et obligation n’est pas fortuite. C’est qu’en réalité le fonctionnaire n’a pas
que des contraintes légales, il en a d’autres qui sont sociales et morales. En effet, une obligation, au terme de
l’article 1101 du code civil, est un lien de droit par lequel une personne est tenue de faire ou de ne pas faire
quelque chose ; alors qu’un devoir renvoie davantage à une notion sociologique, c’est un lien moral ou social par
lequel une personne est tenue de faire ou de ne pas faire.
16 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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L. DJIOGUE TIOMELA
55
GREVISSE S., « Rapport pour la France, pouvoir discrétionnaire et opportunité des décisions administratives,
étendue et limites du contrôle juridictionnel », op. cit., p. 59.
56
BOCKEL A., « Contribution à l’étude du pouvoir discrétionnaire de l’administration », AJDA, Juillet – Août
1978, p. 355.
57
Le conseil permanent de discipline de la fonction publique n’est pas le seul organe chargé de mettre en œuvre la
procédure disciplinaire. Il n’est compétent que pour les corps de fonctionnaires dépourvus de statuts spéciaux.
En effet, tous les statuts spéciaux prévoient l’organe disciplinaire chargé de mettre en œuvre la procédure
disciplinaire.
58
« A l’exclusion des sanctions disciplinaires du premier groupe, le Conseil Permanent de Discipline de la
Fonction Publique donne son avis sur toute sanction disciplinaire susceptible d’être prononcée à l’encontre d’un
fonctionnaire », article 2 du décret n°2000/685/PM du 13 septembre 2000 portant organisation et fonctionnement
du Conseil Permanent de Discipline de la Fonction Publique et fixant les règles de la procédure disciplinaire, in
Statut général et textes d’application, recueil des textes commentés, de TEKAM G. J., p.103. Dans le même
17 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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A la lecture de l’article 121 du statut de 1994, la révocation n’est pas seulement une
sanction conditionnée. Mais elle est aussi une sanction aggravée.
sens, V. l’article 89 alinéa 2 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la fonction publique
de l’Etat.
59
En France, pour la radiation du fonctionnaire (qui a les mêmes effets que la révocation d’office au Cameroun),
pour cause de perte de la nationalité française, de déchéances des droits civiques, d’interdiction par décision de
justice d’exercer un emploi public, de non réintégration à l’issue de la période de disponibilité, le fonctionnaire
peut solliciter sa réintégration. Il l’a sollicite auprès de l’autorité ayant pouvoir de nomination, qui recueille
l’avis de la commission administrative paritaire. Il peut solliciter cette réintégration à l’issue de la période de
privation des droits civiques ou de la période d’interdiction d’exercer un emploi public ou en cas de réintégration
dans la nationalité française. V. AUBY J-M., DUCOS-ADER R., Droit public op. cit., p. 302.
60
M. Jean-Marie BRETON relève qu’en Mauritanie aucune réintégration ultérieure n’est possible, sauf dérogation
réglementaire et qu’au Tchad et au Cameroun il est autorisé, dans des conditions variables, le recrutement
ultérieure de l’agent au sein de la Fonction Publique. V. BRETON J-M., droit de la fonction publique des Etats
d’Afrique francophone, op. cit., pp. 136-137.
61
Cf. supra.
62
Les fonctionnaires soumis au statut général ne peuvent prétendre réintégrer la Fonction Publique. Car, il n’existe
pas dans ce texte un aménagement permettant au fonctionnaire révoqué d’être à nouveau recruter dans la
Fonction Publique comme c’était le cas sous l’empire du statut général de 1974.
18 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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Pour faire partie de la Fonction Publique, il faut, pour celui qui veut être fonctionnaire, être
recruté dans un corps de la Fonction Publique63. Le recrutement établi un lien entre l’individu
recruté et l’Etat. En vertu du lien établi, l’individu possède la qualité de fonctionnaire. La
qualité désigne ici un titre inhérent à une fonction64. Seulement, ce lien peut se désagréger du
fait de la cessation des fonctions. Il faut souligner que la désagrégation du lien statutaire entre
l’Etat et son personnel en cas de cessation des fonctions, est propre au fonctionnaire. En effet,
dans la diversité des agents qui travaillent pour l’Etat seul le fonctionnaire bénéficie du lien
statutaire. Les agents de l’Etat relevant du code du travail n’ont qu’un lien contractuel 65 ou
décisionnel selon la catégorie concernée66. De la sorte, en cas de cessation de fonction pour ces
agents de l’Etat, il faudra alors parler de désintégration soit du lien contractuel soit du lien
décisionnel. La sanction de révocation entraîne à l’encontre du fonctionnaire la destruction
totale et définitive du lien statutaire. Elle est totale parce que l’individu perd d’emblée la qualité
de fonctionnaire que le lien lui conférait. Elle est également définitive parce que le
fonctionnaire ne peut plus faire partie de la Fonction Publique.
La perte définitive de la qualité de fonctionnaire suppose la perte du poste de travail, la
levée de la titularisation dans un cadre de la hiérarchie des administrations de l’Etat.
L’on observe en plus l’impossible réintégration du fonctionnaire dans la fonction
publique.
Au plan de ses droits, on note qu’au plan financier le fonctionnaire cesse de percevoir une
rémunération. A ceci on ajoute la perception ou non des droits à pension. Le droit à pension
permet de jouir de la pension retraite à laquelle a droit tout fonctionnaire, qui à régulièrement
63
Contrairement au système anglo-saxon d’emploi « le fonctionnaire n’est pas recruté pour occuper un emploi
déterminé. Il est recruté dans un corps, dont il sera membre, et dans lequel il fera carrière ». CHAPUS R., Droit
administratif général, tome 2, 15e édition Montchrestien, Paris, 2001 p. 124.
64
CORNU G., Vocabulaire juridique, op. cit., p. 748.
65
V. TIMSIT G., « L’évolution des droits de la Fonction Publique dans les Etats d’Afrique noire francophone »,
op. cit., 1979, p. 55.
66
La catégorie I à VI est recrutée par décision et la catégorie VII à XII par contrat. V. article 6 du décret n o 78/484
du 09 novembre 1978, fixant les dispositions communes applicables aux agents relevant du code de travail.
19 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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cessé son activité. « La pension retraite est définie comme une allocation pécuniaire accordée
aux fonctionnaires compte tenu des services qu’ils ont rendu jusqu’à la cessation régulière de
leurs fonctions, aux auteurs des droits (les fonctionnaires) ou aux ayant- cause après le décès
des auteurs des droits »67.
Les droits à pension sont des prérogatives reconnues aux fonctionnaires de percevoir
après la cessation d’activité, une somme d’argent mensuellement. Ils se justifient par la
nécessité de procurer à l’ancien fonctionnaire, jusqu’à son décès des conditions matérielles
d’existence en rapport avec la dignité de son ancienne fonction68. Les droits à pension résultent
des cotisations mensuelles qui s’effectuent par prélèvement obligatoire sur le salaire du
fonctionnaire.
Lorsque le fonctionnaire est révoqué, il garde en principe son droit à pension. Si la faute
du fonctionnaire a entrainé un préjudice matériel et/ou pécuniaire à la charge de
l’Administration, il ne pourra entrer en possession totale de sa pension, qui est le produit des
cotisations versées par le fonctionnaire tout au long de sa carrière69. Dans ce cas, la pension du
fonctionnaire en cause, est saisie sans discontinuité dans la limite de la quotité saisissable
jusqu'à l’extinction du préjudice70.
La suppression de la suspension et de la déchéance des droits à pension constitue une des
originalités du décret de 1994 par rapport à celui de 1974 à propos de la révocation, c’est
d’ailleurs ce que pense M. LEKENE DONFACK71. La distinction entre suspension et
déchéance des droits à pension étant que, la première n’entraîne pas la perte de ce droit,
pourtant la deuxième emporte l’idée contraire. Autrement dit, la suspension entraîne une perte
temporaire de la perception de la pension, alors que la déchéance implique la perte définitive de
ce droit. Il y’a lieu de relever que la suspension autant que la déchéance des droits à pension
existent néanmoins dans certains statuts spéciaux72.
Pour ce qui est des droits non financiers on relève l’évaporation des droits visant
l’épanouissement du fonctionnaire, à l’instar du droit à la santé73, du droit à la protection74, du
67
Ibid. p. 78.
68
AUBIN (E), Droit de la fonction publique, op. cit., p. 190.
69
LEKENE DONFACK, « Réflexions sur le nouveau statut général de la fonction publique (A propos du décret
no94/99 du 07 octobre 1994) », op. cit., p. 53.
70
V. article 122 du décret no94/199 du 07 octobre 1994.
71
LEKENE DONFACK, « Réflexions sur le nouveau statut général de la fonction publique (A propos du décret
no94/99 du 07 octobre 1994) », op. cit., p. 53.
72
V. article 95 du décret no2001/065 du 12 mars 2001 portant Statut Spécial du corps des Fonctionnaires de la
Sûreté Nationale ; article 52 du décret no 93/035 du 19 janvier 1993 portant Statut Spécial des Personnels de
l’Enseignement Supérieur ; article 47 du décret no 95/048 du 08 mars 1995 portant Statut de la Magistrature.
73
V. article 30 du décret de 1994.
20 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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L. DJIOGUE TIOMELA
droit au congé75. On note également la perte des droits visant l’amélioration du statut du
fonctionnaire et l’efficacité du service76.
Sur le plan des obligations, on constate la destruction de l’obligation de servir et de se
consacrer au service ; la possibilité d’exercer toutes activités lucratives de son choix. Il est mis
un terme à l’obligation de réserve. Toutefois, on note la persistance de l’obligation de
discrétion professionnelle. En effet, aux termes de l’article 41 du décret de 1994, « tout
fonctionnaire doit faire preuve de discrétion professionnelle pour ce qui concerne les faits,
informations ou documents dont il a eu connaissance dans l’exercice ou à l’occasion de ses
fonctions ». Cette obligation peut trouver sa source dans la nécessité de préserver l’ordre public,
qui pourrait être compromise par la divulgation d’information par le fonctionnaire. De même
pour permettre à l’Administration de réaliser ses missions sereinement et en toute objectivité il
est important de conserver certaines informations qui pourraient compromettre son
fonctionnement. Il faut d’ailleurs relever que « l’activité de l’administration est (…) largement
soumise à la règle du secret. Cette rétention de l’information, perceptible à tous les niveaux de
la hiérarchie, constitue pour l’administration l’un des fondements de son autorité et de son
pouvoir »77. C’est fort de ces diverses considérations que l’article 41 du même texte pose
qu’« en dehors des cas expressément prévus par les textes en vigueur, le fonctionnaire ne peut
être délié de cette obligation que par une décision expresse de l’autorité dont il relève ».
Conclusion
L’ambigüité qu’offre le statut de 1994 à propos de la notion de révocation ne devrait ni
surprendre, ni choquer, puisque « les textes sont immanquablement souvent obscurs, ambigus,
ou incomplets »78. Pour cette raison, ils « doivent être interprétés et complétés »79. C’est ce qui a
74
V. article 25 du décret de 1994.
75
V. article 33 du décret de 1994.
76
le droit à la participation prévu à l’article 34 du décret de 1994 permet l’amélioration du statut du fonctionnaire.
En effet, selon l’article 34 « les fonctionnaires participent, par l’intermédiaire de leurs représentants élus et
siégeant dans des organes consultatifs, à l’élaboration des règles statutaires relatives à leur carrière ou au
fonctionnement des services publics ».
Le fonctionnaire a également des droits qui lui permettent d’accroitre l’efficacité du service à travers
l’amélioration de ses performances. C’est ainsi qu’il lui est reconnu un droit à la formation permanente. D’après
l’article 32 du décret de 1994, l’Etat assure au fonctionnaire au cours de son activité, une formation permanente
en vue d’accroître ses performances, son efficacité et son rendement professionnel.
Ces différents droits sont perdus par le fonctionnaire lorsqu’il cesse définitivement ses fonctions. Par
conséquent, lorsqu’il est révoqué, le fonctionnaire ne bénéficie nullement d’un droit à la formation permanente,
ni même du droit de participation.
77
MADIOT (Y), « Les tendances récentes du droit de la fonction publique », op. cit., p 253.
78
BERGEL (J-L), Méthodologie juridique, op. cit., p. 19.
79
Ibid. p. 19.
21 Revue Camerounaise d’Administration Publique
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été fait. En effet par l’exégèse du texte de 1994 on a été emmené à trouver et à prouver que
l’une des définitions était illusoire et l’autre opératoire. Bien que consacré, l’on a, à travers des
arguments formels et matériels, démontré que l’article 100 ne pouvait convertir comme
définition de la révocation dans le statut général. Et par conséquent, même si le texte de 1994 a
consacré deux définitions à la révocation l’une d’entre elle, en l’occurrence celle contenue à
l’article 100, ne peut être applicable. En revanche, la définition de la révocation applicable au
fonctionnaire soumis au statut général est celle que contient l’article 121 du décret de 1994. En
réalité, le statut a simplement changé la philosophie de cette sanction en la durcissant. Ce qui
en principe ne doit pas étonner, au regard du contexte de parturition de ce décret, qui est celui
de l’Ajustement Structurel80. En effet, cette politique postulait une plus grande rigueur dans la
gestion de la Res publica, mais également une plus grande efficacité et rentabilité de
l’Administration. Ceci a certainement justifié, avec la naissance du texte de 1994, que la
discipline soit renforcée81.
Au demeurant, l’étude a certainement permis de jeter un pavé dans la mare de la
définition de la révocation dans le statut général de la Fonction Publique de l’Etat. Cependant,
il faut reconnait avec Hans KELSEN que, « l’interprétation purement intellectuelle de la
science juridique est (….) incapable de combler de prétendues lacunes dans le droit. Le
comblement d’une soi-disant lacune dans le droit est une fonction de création du droit qui ne
peut être accomplie que par un organe d’application du droit ; et ce n’est pas par voie
d’interprétation du droit en vigueur que se réalise cette fonction. L’interprétation scientifique
ne peut rien faire d’autre ni de plus que dégager les significations possibles des normes
juridiques. En tant que connaissance de son objet, elle ne peut pas opter et décider entre les
possibilités qu’elle a fait apparaître ; elle doit abandonner le choix et la décision à l’organe
juridique qui a compétence d’après l’ordre juridique pour appliquer le droit »82.
80
V. LEKENE DONFACK, « Réflexions sur le nouveau statut général de la fonction publique (A propos du
décret no 94/199 du 07 octobre 1994) », op. cit., p. 23.
81
V. YEPMOU Jean Jacques, « Service public : discipline renforcée, le régime disciplinaire du nouveau statut
général de la fonction publique de l’Etat (Décret n°94/199 du 07 octobre 1994) », Dossier, in LE COMMIS de
l’Etat, janvier-février-mars, 1998, n°03 p.6.
82
KELSEN (H), Théorie pure du droit, op. cit., p. 462.