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Anticipations adaptatives en économie

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Anticipations adaptatives en économie

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INTRODUCTION

La notion d’« incertitude radicale » introduite par Keynes dans sa théorie macroéconomique a mis en
avant la dimension temporelle de l’économie : les décisions d’aujourd’hui dépendent de la situation de
demain et des constats tirés du passé. Tous les agents économiques sont alors amenés à anticiper les
comportements des autres agents ainsi que les variables macroéconomiques. Les politiques
économiques se doivent de prendre en compte ces anticipations dans la mesure où celles-ci vont
déterminer la réussite ou non de ladite politique, alors qu’inversement les agents économiques vont
anticiper le succès ou non d’une politique économique en cours ou annoncée. L’importance accordée
par les pouvoirs publics aux anticipations se traduit par exemple par l’attention portée au moral des
ménages, indicateur fourni régulièrement par l’INSEE.

Le double-jeu entre anticipations des acteurs économiques et politiques économiques fait que les
anticipations des agents influent et déterminent les politiques économiques alors qu’a contrario les
politiques économiques prennent leur origine dans ces mêmes anticipations tout en tentant de les
réguler.

1- Qu’est-ce qu’une anticipation ?


Les anticipations sont un élément important de l'analyse conjoncturelle, car elles sont le moyen par
lequel se crée un "chaînage" entre les périodes.
La façon dont la pensée économique voit la formation des anticipations a évolué dans le temps :
► Keynes, et beaucoup d'autres avec lui, considéraient que les anticipations sont aléatoires (Keynes
se référait à la notion "d'animal spirit", ce qui correspond plus ou moins au concept de "pulsion
vitale"...).
► Au cours des années 70 et 80, les modèles de prévision ont fréquemment intégré des mécanismes
"d'anticipations adaptatives», selon lesquelles les agents économiques font des prévisions en
intégrant une partie de l'erreur observée précédemment. Ceci introduit un mécanisme d'apprentissage,
mais atténué et introduit des délais de réaction plus ou moins long ("effets-retard).
► La plupart des économistes se réfèrent aujourd'hui à l'hypothèse que les anticipations sont
rationnelles, c'est-à-dire que les individus utilisent toute l'information disponible pour faire leurs
plans de consommation, d'investissement, d'épargne, etc…

Keynes est considéré comme le premier auteur ayant mis l’accent sur le rôle des anticipations des
agents, dans un contexte d’« incertitude radicale ». Mais Keynes n’explicite pas en tant que telle la
formation des anticipations, qui sont considérées comme exogènes.
Les économistes ont ainsi ensuite explicité les anticipations des agents par une loi de comportement, et
trois formes principales d’anticipations peuvent être distinguées.

1.1- Les différents types d’anticipations

1.1.1- Les anticipations adaptatives corrigent les erreurs passées


L’anticipation adaptative corrige les erreurs passées, ce qui suppose une certaine maîtrise de
l’information par les agents économiques.

1
Les monétaristes, dont Friedman, ne pouvaient s’accommoder d’une relation qui justifiait les
politiques de relance ; c’est pourquoi ils vont s’attacher à démontrer, en s’appuyant sur le concept
d’anticipations adaptatives, que l’arbitrage entre inflation et chômage existe à court terme mais
disparaît sur le long terme.
Le concept d’anticipation adaptative s’appuie sur l’idée qu’un agent, en contexte d’information
imparfaite, effectue une anticipation adaptative lorsqu’il adapte ses prévisions en tenant compte de
l’information dont il dispose sur les grandeurs observées dans le passé ainsi que des erreurs
d’anticipations commises sur ces valeurs passées.
La valeur future d’une variable est prévue à partir de sa valeur présente et de l’erreur de prévision faite
à la période passée. La théorie des anticipations adaptatives est critiquée par les tenants de la Nouvelle
Economie Classique, parce qu’elle heurte l’hypothèse de rationalité des agents ; en effet, des agents
rationnels ne devraient pas commettre d’erreurs de façon systématique.

L’évolution anticipée d’une variable à la période t dépend des anticipations


formées dans le passé et des erreurs commises sur ces anticipations. Dans le cas
de l’inflation anticipée, l’agent effectue une moyenne pondérée des taux
d’inflation passés (avec des coefficients de pondération décroissants dans le
temps), en tenant compte des écarts entre ces taux d’inflation passés et les
prévisions qu’il avait effectuées ; en raisonnant sur deux périodes, le taux
a a
d’inflation anticipé en t (P t ) est égal au taux d’inflation anticipé en t−1( Pt−1 ) ,
corrigé de l’erreur de prévision constatée en t−1 . :
Pat =Pat−1 −β (P t−1 −Pat−1 )

Un exemple d’anticipation adaptative adaptée à la courbe de Phillips

Le caractère naturel de ce chômage n'implique pas que le sous-emploi ne doive pas être combattu,
mais il devrait l'être de manière adéquate. Le taux de chômage naturel peut correspondre à n'importe
quel taux observé ; l'important est de déterminer celui à partir duquel le taux d'inflation augmente.

La courbe de Phillips de court terme reliait la variation du salaire nominal au taux de chômage. Les
salariés étaient donc supposés n'être sensibles qu'aux salaires nominaux alors que ce sont les salaires
réels qui leur importent. En outre, dans les économies modernes, les contrats de travail et le niveau des
salaires sont négociés pour des durées relativement longues. Pour préserver voire augmenter leur
pouvoir d'achat, les salariés doivent donc reformuler des anticipations sur l'inflation. Le graphique
présente la manière dont ces anticipations sont intégrées dans l'analyse et la courbe de Phillips de long
terme qui s'en déduit. Sur ce graphique, les anticipations sont adaptatives.

Les anticipations sont adaptatives lorsque les agents économiques forment des prévisions sur une
variable en se basant sur les valeurs passées de celle-ci et en réduisant progressivement leurs erreurs.

2
La courbe de Phillips de long terme

CP(10) est une courbe de Phillips de court terme tracée


pour des anticipations d'inflation constantes à 10% ; ces
anticipations sont le fait des agents économiques, et plus
particulièrement des salariés. Au point A, l'inflation
observée est de 10% et le chômage est de 8%. En ce point,
l'inflation n'accélère pas et elle est associée à un taux de
chômage qui peut être qualifié de chômage naturel.

Voulant réduire ce chômage, les pouvoirs publics


relancent l'activité économique par un accroissement de la
demande : le chômage baisse à 3% mais l'inflation
observée s'élève à 13%, alors que les anticipations
demeurent à 10% : c'est le trajet AB sur la courbe CP
(10). Cependant, au point B, l'inflation observée n'est plus
égale à l'inflation anticipée. De ce fait, les salariés
révisent leurs anticipations à la hausse. En effet, l'inflation
à 13% ayant réduit leurs revenus réels, ils demandent un
accroissement de leurs salaires nominaux, ce qui, pour un
taux d'inflation donné, augmente le salaire réel payé par
les entreprises. En conséquence, celle-ci réduisent leur
demande de travail ; le chômage revient a son taux naturel
; c'est le trajet BC. Cependant, le taux d'inflation s'est
accru de 10% à 13% ; c'est ce qu'illustre le trajet AC
(13) pour former la courbe de Phillips de long terme CPL,
qui est verticale.

Cette analyse met en évidence la responsabilité des politiques de relance de la demande dans le
développement de l'inflation et du chômage.

3
La courbe de Phillips de long terme et le concept de taux naturel de chômage, ce dernier sous le nom
de NAIRU (non accelerating rate of unemployment), ont été adoptés par les postkeynésiens. Pour ces
derniers, le NAIRU dépend des rapports de pouvoirs entre les employeurs et les salariés, alors que le
taux de chômage naturel chez les nouveaux classiques est le taux de chômage qui équilibre le marché
du travail. Mais fondamentalement, les deux notions sont considérées comme équivalentes. En France,
le NAIRU a été estimé à 4.4% en 1972. De 1978 à 1994, il s'est établi entre 7 et 8% de la population
active.

Livre : Initiation à la macroéconomie - P 335-337 - La courbe de Phillips de long terme

Source annexe : [Link]

1.1.2- Les anticipations rationnelles


Commençons par les origines : l’article de John Muth, « Rational Expectations and the
Theory of Price Movements » (1961). Muth estime qu’un bon modèle ne peut pas
prêter aux agents un type d’anticipation différent de ses propres équations. Les
modèles qui concluent à des effets XYZ alors qu’ils prêtent aux agents un mode
d’élaboration de leurs anticipations les faisant prévoir WXY se méprennent. Les
agents ne peuvent répéter systématiquement la même erreur. « Expectations, since they
are informed predictions about future events, are essentially the same as the relevant
economic theory »

Les anticipations rationnelles s’appuient sur cette double justification :


- A la longue, les agents apprennent intuitivement comment fonctionne le
système économique ; leurs prévisions sont fondées sur cette compréhension, qui
n’a pas (nécessairement) un caractère scientifique, mais qui est néanmoins aussi
fiable que les modèles de l’économie politique.
- Les agents exploitent toute l’information disponible. « Information is scarce
and the economic system generally does not waste it ».

La rationalité des anticipations est cohérente avec les deux grands postulats de
l’économie politique : les agents sont rationnels et ils agissent selon leur propre intérêt.
Muth insiste sur le fait que l’hypothèse des anticipations rationnelles n’implique pas
que les prévisions des agents individuels sont parfaites ni qu’elles sont toutes
identiques. Les individus peuvent se tromper mais en règle générale, le marché ne se
trompe pas.

En calcul des probabilités, on appelle distribution une fonction qui attribue une densité
de probabilité à chaque valeur que peut prendre une variable. Les agents capables
d’anticipation rationnelle estiment correctement la distribution des variables telles que
les rendements, les prix etc. L’anticipation rationnelle se caractérise par ceci qu’à
information disponible égale, la probabilité SUBJECTIVE se règle sur la probabilité
OBJECTIVE. La probabilité objective n’est pas une caractéristique de la réalité
économique elle-même mais elle traduit les prédictions de la théorie économique.

4
Remarquons qu’il s’agit ici de probabilités conditionnelles, c’est-à-dire de probabilités
« sachant que … ». Prenons la probabilité que le dividende de telle action vaille 100 ;
il est évident qu’elle ne sera pas identique selon qu’on connaît ou qu’ignore telle
information relative à l’entreprise. Les probabilités conçues lors des anticipations sont
conditionnelles par rapport à l’information disponible.

Muth expose trois cas qu’il développe algébriquement. Ses exemples, de nature plutôt
microéconomique, n’ont pas la généralité de l’exposition par Sargent and Wallace
(1976) que je résume ici. Un agent forme à la période t-1, sur base de l’information
disponible, une anticipation sur la valeur que prendra une variable p (qu’on peut
supposer être le prix sur un marché ou le niveau général des prix) à la période t :

*
t-1p t
= Et-1pt + ut (7.38-A) Et-1ut = 0
(7.38-B)

L’astérisque accolé à la variable p marque une anticipation. L’indice préfixé (t-1)


précise le moment de la formation tandis que l’indice suffixé (t) indique la période
couverte par l’anticipation. La lettre E désigne une espérance mathématique sur base
de l’information disponible à la période en indice suffixé. L’équation (7.38-A) établit
que l’anticipation de p vaudra l’espérance mathématique de sa probabilité objective
plus un terme représentatif des erreurs de prévision, « allowing for what may be very
large random deviations from rationality ». Les erreurs de prévision sont purement
aléatoires, c’est-à-dire non corrélées entre elles. Leur espérance mathématique est donc
nulle, comme l’indique la deuxième équation. On peut en conclure qu’en moyenne, les
anticipations sont correctes, parce que la moyenne des erreurs individuelles est nulle.
L’hypothèse de la non-corrélation des erreurs est essentielle pour soutenir ce résultat.

Lors de son énoncé par Muth, l’idée des anticipations rationnelles était novatrice. La
conception la plus répandue parmi les économistes jusqu’au milieu des années
soixante-dix était celle d’anticipations qui extrapolent le passé et le présent, soit
naïvement, soit en lui appliquant une correction formée a priori. Pensons au modèle de
Phelps : à chaque période, on y voit l’anticipation s’adapter aux observations courantes
; elle a donc toujours une période de retard sur la réalité. L’anticipation rationnelle est
basée sur l’information présente et passée, mais elle cherchera à y déceler les éléments
prémonitoires de ruptures possibles.

De ce point de vue, l’analyse de Muth comporte un élément équivoque si pas


contradictoire. Bien dans la tradition néoclassique, il voit dans les prix eux-mêmes, en
ce compris les prix passés, la source d’information principale des anticipations. Dans
un de ses exemples, le producteur décide de la quantité offerte en anticipant le prix qui
égalise l’offre et la demande. Mais l’offre dépend partiellement d’un élément aléatoire
(par exemple, la météo). A titre de variante, Muth abandonne l’hypothèse que Et1ut = 0
et conçoit ut comme “a linear combination of the past history of normally and
independently distributed random variables ei with zero mean and variance σ 2”, ce
qu’exprime l’équation :

5
ut = ∑i=0∞ [Link]-i
La non-corrélation est reportée sur la variable e i. Pour anticiper correctement les prix,
les agents n’ont comme information que les prix passés entre lesquels, au-delà de leur
caractère aléatoire, il existe une relation fonctionnelle qu’ils doivent découvrir. Il s’agit
de déterminer les Vj de l’équation :

p*t = ∑j=1∞ [Link]-j


Il existe une relation objective entre le V j et les wi. Muth démontre qu’ayant déterminé
les Vj, les agents formeront la même anticipation p* t que dans le cas où Et-1ut = 0. Ce
développement me paraît ramener l’anticipation rationnelle à une anticipation adaptive
sophistiquée. Elle sous-entend que le public serait incapable de prévoir p t si la relation
future entre pt et ei devait emprunter un chemin différent de ce qu’elle était était dans
le passé. Ces anticipations ne sont alors que modérément rationnelles. Ou bien e i
représente la totalité du savoir possible, y compris celui qui était inutile dans le passé,
mais alors ce développement n’est qu’une tautologie inutile.

2. L’impact des anticipations sur la politique économique

2.1 L’introduction du modèle AS/AD

2.1.1 Equilibre général du niveau des prix : introduction d’un niveau de prix variable
L’objet du modèle AS-AD1 est de fournir un cadre de référence qui permette d’aller au-delà du modèle
IS-LM en intégrant n’importe quelle hypothèse d’anticipation de prix, alors que le modèle IS-LM est
basée sur une hypothèse de prix fixes.2
Selon le phénomène « d’illusion monétaire », les agents économiques modèlent leurs comportements
non pas sur les prix relatifs réels mais d’une part sur la perception qu’ils en ont au travers des prix
affichés (les prix nominaux), et d’autre part sur l’idée qu’ils se font sur ce que devraient devenir les
prix par le biais de leurs propres anticipations.
L’équilibre général qu’il en résulte sera différent de l’équilibre théorique qui devrait résulter de
positions d’offre ou de demande fondées sur des rapports d’échange « réels ». Les deux courbes AS et
AD expriment le rapport s’établissant entre le niveau des prix et la production pour que le marché des
biens et service et le marché financier soient en cohérence (AD) et pour que le marché du travail soit
en cohérence avec la valeur produite. (AS)

1
AD= demande globale et AS= offre globale
2
C'est-à-dire non pas que les prix sont toujours identiques mais que le niveau général des prix est stable.

6
L’équilibre général s’obtient à l’intersection des deux courbes, lorsque tous les marchés sont en
cohérence. Au point N, l’économie est à un régime de croissance équilibrée, sans tension
inflationniste ni déflationniste. En ce point le niveau de prix est égal au niveau de prix anticipé et
correspond à la Production Yn où le taux de chômage est égal au taux de chômage structurel.

2.1.2 L’intérêt du modèle en ce qui concerne la politique économique et les anticipations


Pour évaluer une mesure de politique économique, la meilleure hypothèse possible est que les agents
feront du mieux qu’ils pourront pour en mesurer les implications. C’est le principe même des modèles
avec anticipations rationnelles, où le présent dépend des anticipations futures et le futur de ce qui se
passe dans le présent. C’est cette hypothèse qu’utilise le modèle économétrique AS-AD.
Le fait que le niveau des prix soit susceptible de varier permet de prendre en compte dans l’analyse les
anticipations et d’analyser les enchaînements de situation dans l’impulsion d’une dynamique absente
du modèle IS-LM.
Ce modèle est beaucoup plus global et finalement plus neutre idéologiquement que le modèle IS-LM,
tout en n’y étant pas opposé puisque IS-LM est un cas particulier. Il permet à la fois d’intégrer les
résultats de la courbe de Phillips, d’effectuer des analyses conjoncturelles et de simulations de mesures
de politique économique et enfin d’intégrer les phénomènes d’anticipations en laissant leur
quantification libre. Le modèle IS-LM, pour sa part, supposait que les salariés n’anticipaient pas les
variations de prix.
En distinguant le court-terme et le long-terme il autorise une synthèse entre les thèses keynésiennes
traditionnelles et les thèses monétaristes. D’une part, à court terme l’économie peut ne pas être à son
niveau structurel d’équilibre, et d’autre part à moyen terme, si aucun choc exogène n’intervient et que
la politique économique est inchangée de même que les paramètres structurels, l’économie devrait
converger vers son point d’équilibre « naturel ».
Dès lors que les modèles représentatifs de l’équilibre intègrent les anticipations et que celles-ci sont
liées aux évolutions des variables telles que le taux de croissance ou le taux d’inflation par exemple, il
est possible d’exprimer les logiques d’équilibre des 3 paramètres (biens, services et travail) en termes
de croissance plutôt que de niveau de production ou de prix. La courbe de demande AD lie le taux
d’inflation au taux de croissance du PIB et la courbe d’offre globale AS lie le taux d’inflation au taux

7
de croissance et aux anticipations de taux d’inflation en y intégrant les mécanismes de « la courbe de
Phillips augmentée des anticipations ». Le taux de croissance fluctue alors autour du taux de
croissance potentielle de l’économie et la régulation conjoncturelle a pour but d’éviter les écarts trop
importants avec ce potentiel.
Le modèle AS-AD permet ici de lier les problématiques de régulation conjoncturelle et les réflexions
sur les principaux déterminants de la croissance.

2.2 La pratique : Le cas d’une politique budgétaire restrictive (réduction du déficit public)

La dimension temporelle est cruciale en macroéconomie et, a fortiori en matière de politique


budgétaire où le paramètre politique entre en jeu.
Traditionnellement, les effets pervers d’une politique de réduction du déficit public sont bien
connus : c’est une mesure efficace sur le moyen et long terme par sa stimulation de l’investissement et
de la production. Il n’en reste pas moins que sur le court terme, non seulement la baisse du déficit
mène à une baisse de la demande et une réduction de la production s’il n’y a pas expansion de la
masse monétaire dans le même temps, mais en plus l’impopularité des hausses d’impôts freine la
prise de décisions politique.
Cette théorie peut être remise en cause par la prise en compte même des anticipations
rationnelles. En effet, si les consommateurs anticipent l’effet attendu de la baisse du déficit sur leur
richesse, leurs anticipations des revenus futurs peuvent suffisamment s’améliorer pour conduire à une
hausse de la consommation et faire donc qu’une baisse de déficit accroît le niveau de production,
même dans le court terme.
La critique de Lucas implique que si la politique économique annoncée est « crédible » les
anticipations seront « auto réalisatrices ». C’est donc une bonne crédibilité des autorités qui peut
éviter des mesures de correction et des sacrifices trop lourds pour l’économie.

En termes de politique budgétaire, quatre facteurs sont pertinents à observer : la crédibilité du


programme, son échelonnement dans le temps, sa composition et l’Etat des finances publiques ex-ante.

Si l’on prend le cas actuel de gouvernements perdant la maîtrise des finances publiques, avec de fortes
dépenses publiques et de faibles recettes fiscales, un programme crédible de réduction du déficit peut
accroître la production, même dans le court terme. La baisse des dépenses publiques conduit
naturellement à la baisse du produit toute la question est celle de l’ampleur de la modification
des anticipations. (Déplacement d’IS vers la gauche). Dans le moyen terme, une baisse du déficit est
neutre pour la production car d’une part les déséquilibres produisent aussi leur propre
autocorrection (puisque la baisse des dépenses publiques ne fait pas varier le taux de chômage
structurel) et d’autre part la théorie de l’équivalence ricardienne veut qu’en cas de financement par
emprunt, les agents anticipent le surcroit d’impôt ultérieur et épargnent le montant actualisé
correspondant, ce qui fait que leur richesse globale comme leur consommation reste inchangée. Cette
baisse conduit cependant à une baisse du taux d’intérêt et donc une hausse de l’investissement privé.
Le déficit public crée un « effet d’éviction » sur l’investissement privé. La production globale étant
égale à la somme des dépenses publiques et de la demande privée, si les premières sont plus faibles,
les secondes doivent compenser, ce qui implique une baisse du taux d’intérêt et par là-même une
hausse de l’investissement et une hausse de la demande.
Sur le long terme, la hausse de l’investissement conduit à une hausse du stock de capital et donc
à une hausse de la production.
L’échelonnement de la réduction du déficit pose donc aussi et surtout la question de la
crédibilité du gouvernement (cf. Lucas) qui lui impose d’implémenter une baisse des dépenses assez

8
importante aujourd’hui pour convaincre les électeurs de son intention ainsi que d’une baisse des
dépenses assez reportée dans l’avenir pour réduire les effets sur la demande globale en période
courante. Tout ce qui améliore les anticipations diminue le coût de la réduction du déficit. Des
mesures comme la baisse des allocations chômage peuvent être perçues par les marchés financiers et
les entreprises comme réduisant des distorsions dans l’économie, améliorant les anticipations et
accroissant la dépense privée à court terme. (Cette mesure ne prend en compte que l’effet sur le revenu
et non l’effet redistributif : la consommation des chômeurs va baisser).
Si les consommateurs, les entreprises et les acteurs des marchés financiers ont des anticipations
rationnelles, alors, en réponse à l’annonce d’une réduction du déficit, ils vont anticiper tous ces
effets. Ils réajusteront leurs anticipations de la production future à la hausse et celle du taux à la
baisse.
Il est important de noter que le contexte actuel dément complètement ce raisonnement. Il se
passe aujourd’hui exactement l’inverse.

« La réduction de la dépense publique signifie que la


courbe IS, alimentée par une demande globale moindre,
se déplace vers la gauche en IS'.
Si le niveau des prix restait inchangé, l'équilibre se
situerait en Eprov. Mais les prix baissent, ce qui
augmente la valeur réelle des encaisses (M/P' > M/P) et
équivaut à une injection de liquidités, qui déplace la
courbe LM vers le bas, en LM'; l'équilibre passe en E1.
La baisse des prix a également pour effet de faire monter
le salaire réel: les salariés peuvent obtenir le même
pouvoir d'achat avec un salaire nominal moindre, ce qui
accentue la baisse des prix et se traduit dans le bloc AS-
AD par une baisse de la courbe AS, en AS'. Ceci va de
pair avec le fait que la composition de la demande
globale a changé : il y a désormais moins de dépense
publique et plus d'investissement (la consommation n'a
pas de raison de changer puisque le revenu Yn est
identique, ainsi que les impôts), la baisse de l'une étant
arithmétiquement égale à l'augmentation de l'autre.
Dans IS-LM, ceci conduit à pousser de nouveau la courbe
LM vers le bas , puisque ce "nouveau tour" de baisse des
prix réaugmente la valeur réelle des liquidités, ce qui
équivaut à une injection de monnaie. Le processus
d'autocorrection continue jusqu'à ce que la production
revienne à son niveau naturel Yn, en E2. A ce point, la
courbe LM est "descendue" en LM", et le taux d'intérêt i'
est inférieur au taux initial. »3

Conclusion

En conclusion, les anticipations adaptatives et les anticipations rationnelles sont deux approches
théoriques qui visent à expliquer comment les agents économiques forment leurs anticipations sur les
événements futurs. Ces deux approches ont des implications importantes pour la politique économique
et la compréhension du comportement des agents économiques.

3
Extrait du cours de Patrice Vial, Automne 2007, La problématique de la régulation économique à la lumière
des modèles d’équilibre général. Du modèle IS-LM au modèle AS-AD, Le rôle et l’importance des anticipations.

9
Les anticipations adaptatives supposent que les agents économiques ajustent leurs anticipations en
fonction des erreurs passées, en utilisant des règles de décision simples. Cette approche est basée sur
l'idée que les agents économiques ne disposent pas d'informations parfaites et ne peuvent pas traiter
les informations de manière optimale. Les anticipations adaptatives impliquent que les politiques
économiques peuvent être utilisées pour manipuler les agents économiques, mais avec des limites.

Les anticipations rationnelles, en revanche, supposent que les agents économiques ont des
anticipations parfaites sur les événements futurs, en tenant compte de toutes les informations
disponibles. Cette approche est basée sur l'idée que les agents économiques sont rationnels et ont des
préférences bien définies. Les anticipations rationnelles impliquent que les politiques économiques ne
peuvent pas être utilisées pour manipuler les agents économiques, car ceux-ci anticipent parfaitement
les conséquences des politiques.

Les principales différences entre les anticipations adaptatives et les anticipations rationnelles résident
dans les hypothèses faites sur la rationalité et l'accès à l'information des agents économiques. Les
anticipations adaptatives supposent que les agents économiques sont limités dans leur capacité à
traiter les informations, tandis que les anticipations rationnelles supposent que les agents
économiques sont parfaitement rationnels et ont accès à toutes les informations pertinentes.

En termes d'implications pour la politique économique, les anticipations adaptatives suggèrent que
les politiques économiques peuvent être utilisées pour manipuler les agents économiques, mais avec
des limites. Les anticipations rationnelles, en revanche, impliquent que les politiques économiques ne
peuvent pas être utilisées pour manipuler les agents économiques, car ceux-ci anticipent parfaitement
les conséquences des politiques.

En fin de compte, la choix entre les anticipations adaptatives et les anticipations rationnelles dépend
de la vision que l'on a du comportement des agents économiques et de la complexité de
l'environnement économique. Les deux approches ont leurs forces et leurs faiblesses, et il est
important de les considérer toutes les deux lors de la conception de politiques économiques.

Sources :
- Olivier Blanchard et Daniel Cohen in Macroéconomie, Pearson Education, 4ème édition
- Cours magistral de Patrice Vial, Automne 2007, La problématique de la régulation
économique à la lumière des modèles d’équilibre général. Du modèle IS-LM au modèle AS-
AD, Le rôle et l’importance des anticipations.
- Emmanuel Combe, in Précis d’économie, PUF, 2007, 9° édition

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