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Giacometti : L'horreur de la guerre

Cacahuètes

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Comment Giacometti montre t’il l’horreur de la guerre dans ses œuvres ?

Au début des années 1930, Alberto Giacometti créé trois sculptures horizontales,
« famille », « circuit » et « on ne joue plus ». On peut parler de rupture avec la
sculpture traditionnelle. En effet, par leur taille et leurs formes plates, ces œuvres
novatrices évoquent des plateaux de jeu sur lesquels le sculpteur joue avec
différentes pièces amovibles. Dans ces œuvres, Giacometti développe son idée
de « sculpture comme lieu », un terrain de jeu et non un objet ou une personne
où l’artiste explore les liens entre l’art la vie et la mort.
Aujourd’hui, on va s’intéresser à « on ne joue plus », crée en 1932. Cette œuvre,
faite de marbre, de bronze et de bois a une dimension de 4,1cm de hauteur, 58
cm de longueur et 45,2 cm de largeur.
En entendant ce titre « on ne joue plus » on peut s’imaginer des pions perdus, un
plateau cassé ou un mauvais joueur qui aurait quitté la partie. Cependant, tout
semble en ordre. Pourquoi le sculpteur ne l’a-t-il pas appelé « jouons » ?

On peut tout d’abord penser à une critique de la guerre, une œuvre


antimilitariste. Le titre « on ne joue plus » rappellerait aux soldats de prendre la
guerre plus au sérieux et de ne pas y aller la fleur au fusil. Le marbre utilisé nous
évoque celui d’une pierre tombale. On constate d’ailleurs trois tombes au milieu
de cet espace de jeu. Deux ouvertes et une fermée qui renferme surement déjà
un corps. Les deux pièces amovibles sont à l’opposé l’une de l’autre, seules dans
cet espace désolé. Les cratères creusés dans le marbre nous rappellent les trous
d’obus en temps de guerre, comme si les deux personnages étaient des
combattants sur un champs de bataille.

Ce jeu, dont les règles ne sont pas indiquées ne semble avoir d’issue que la mort.
On peut supposer que si les pièces avancent comme dans un jeu de dame, il n’y
aura pas de vainqueur puisqu’elles rencontreront les tombes avant leur
adversaire. Il est important de rappeler qu’il y a le même nombre de pions que de
tombes non utilisées, comme si elles avaient été conçues exprès pour eux. En
tant que simples observateurs, nous ne pouvons rien faire contre le sort qui leur
a été destiné.

Cette œuvre surréaliste nous emmène dans un lieu sinistre, dévasté, figé dans le
temps ou seule l’imagination dépasse le pouvoir de l’action.
En effet, tout comme dans un cadran solaire, les ombres des personnages figés
changent de place selon l’exposition de la lumière. L’œuvre étant exposée dans
un musée, les ombres restent statiques ce qui renforce l’idée de jeu suspendu
dans le temps, suspendu entre la vie et la mort.
Le personnage de droite lève les bras de manière à rendre les armes face à
l’ennemi. Son unique jambe, semblable à une épée plantée dans le sol pourrait
signifier la fin des rivalités.
On peut aussi imaginer une tout autre version ou les bras levés seraient
employés comme signe victorieux. Du coté de son adversaire, qui baisse les bras,
on constate un plus grand nombre de trous d’obus. Peut être que les règles du
jeu consistent en la destruction du camp adverse.
Enfin, cette position des bras et les pieds en pointes rappellent les mouvements
d’une danseuse.

En parlant de danse, le chorégraphe Jiri Kylian s’est inspiré de cette scène pour
son ballet « No More Play » (« on ne joue plus » en anglais) dont la musique a été
composée par Anton Webern. Il dit de l’œuvre de Giacometti « on pourrait avoir
l’impression d’avoir été invité à un jeu dont les règles sont tenues secrètes, ou
bien n’ont jamais été fixées ».

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