Concours d’entrée à l’agrégation de Mathématiques 2016
Épreuve de l’algèbre
Mohameden Aly HAMMAH
Exercice I
1. Résoudre dans N2 , l’équation 7x − 4y = 4.
Soit (x, y) ∈ N2 une solution éventuelle. Par construction, 7x = 4(y + 1). Il s’en
suit que 7 | 4(y + 1) et 4 | 7x. Comme 7 ∧ 4 = 1, il vient d’après le lemme de
Gausse que 4 | x et 7 | y + 1. On en déduit alors qu’il existe un couple (p, q) ∈ N2
tel que x = 4p et y + 1 = 7q. Comme 7x = 4(y + 1), il vient que p = q et comme
y ∈ N, on voit que p ≥ 1.
Réciproquement, les couples (4p, 7p − 1) où p ∈ N \ {0} sont clairement des
solutions.
Conclusion : Les solutions dans N2 de l’équation 7x − 4y = 4 sont les couples
(4p, 7p − 1) où p est un entier naturel non nul.
2. Un entier a s’écrit 75 dans la base x et 49 dans la base y, un autre entier b s’écrit
310 dans la base x et 125 dans la base y. Déterminer x, y, a et b.
Par construction, 7x + 5 = 4y + 9 = a. Il s’en suit que 7x − 4y = 4. D’après ce
qui précède, il existe p ∈ N \ {0} tel que x = 4p et y = 7p − 1.
D’autre part, 3x2 + x = y 2 + 2y + 5 = b. Ceci implique que 48p2 + 4p = 49p2 + 4
et par suite (p − 2)2 = 0 et puis p = 2.
Il en résulte que x = 8 , y = 13, a = 61 et b = 200.
Exercice II
Soient p et n deux entiers naturels avec p premier et p ∧ n = 1.
1. Démontrer que les restes des divisions euclidiennes des nombres n, 2n, · · · , (p−1)n
par p sont différents et non nuls.
Raisonnons par l’absurde. Supposons donc qu’il existe (i, j) ∈ [[0, p − 1]]2 avec
i > j tel que in et jn ont le même reste de division euclidienne par p. Notons r ce
reste. Donc, il existe (k, `) ∈ N2 tel que in = kp + r et jn = `p + r. Ceci implique
p | (i − j)n. Comme p ∧ n = 1, il vient d’après le lemme de Gausse que p | i − j
(absurde car 0 < i − j < p). D’où le résultat.
2. Montrer que np−1 ≡ 1(mod p) et en déduire ap ≡ a(mod p) pour tout a ∈ Z.
D’après la question précédente, il existe (r1 , · · · , rp−1 ) ∈ [[1, p − 1]]p−1 tel que
∀k ∈ [[1, p − 1]], kn ≡ rk ( mod p)
De plus, ri 6= rj pour tout 1 ≤ i < j ≤ p − [Link] implique
n(2n) · · · (p − 1)n ≡ r1 · · · rp−1 = 1 · · · (p − 1) ( mod p).
1
Ce qui s’écrit (p − 1)!np−1 ≡ (p − 1)!(mod p). Autrement dit, on a :
p | (p − 1)! np−1 − 1 = 1 · · · (p − 1) np−1 − 1 .
Or, p ∧ k = 1 pour tout k ∈ [[1, p − 1]], il vient d’après le lemme de Gauss, que
p | np−1 − 1 . D’où np−1 ≡ 1(mod p).
Soit maintenant a ∈ Z.
Si p | a alors p | ap et par suite ap ≡ a ≡ 0(mod p).
Sinon, alors p ∧ |a| = 1. D’après ce qui précède, il vient |a|p−1 ≡ 1(mod p).
Si p > 2 alors p est impaire et par suite |a|p−1 = (±1)p−1 ap−1 = ap−1 et par suite
ap−1 ≡ 1(mod p).
Si p = 2 alors −1 ≡ 1(mod p) et par suite |a|p−1 = |a| = ±a = a(mod p).
En somme, ap−1 ≡ 1(mod p) et par suite ap ≡ a(mod p).
Exercice III
A tout polynôme P ∈ R[X] on associe le polynôme
f (P ) = (3X + 8)P + (X 2 − 5X)P 0 + (X 2 − X 3 )P 00
où P 0 et P 00 sont respectivement les dérivées première et seconde de P .
1. Montrer que f est un endomorphisme du R-espace vectoriel R[X].
f définie bien une application de R[X] dans lui même.
Soit (P, Q) ∈ R[X]2 et λ ∈ R. On a :
f (P + λQ) = (3X + 8)(P + λQ) + (X 2 − 5X) (P + λQ)0 + (X 2 − X 3 ) (P + λQ)00 .
Par linéarité de l’opérateur de dérivation, il vient que
f (P +λQ) = (3X+8)P +(X 2 −5X)P 0 +(X 2 −X 3 )P 00 +λ (3X + 8)Q + (X 2 − 5X)Q0 + (X 2 − X 3 )Q00
Donc, f (P + λQ) = f (P ) + λf (Q).
D’où f est linéaire et par suite f est un endomorphisme du R-espace vectoriel
R[X].
2. Si P est de degré n ∈ N, quel est le degré de f (P ), cas particulier de n = 3, en
déduire l’existence d’un sous espace vectoriel de R[X] invariant par f .
Soit P = an X n + · · · + a1 X + a0 ∈ R[X] de degré n ∈ N. On trouve que
f (P ) = (3 + n − n(n − 1)) an X n+1 +· · ·+8a0 ) = (3−n)(n+1)an X n+1 +· · ·+8a0 .
Si n 6= 3 on trouve que f (P ) est de degré n + 1.
Si n = 3 on trouve que
f (P ) = (3a2 − a3 )X 3 + 4a1 X 2 + 3(a1 + a0 )X + 8a0 .
Donc, f (P ) est de degré m ∈ [[1, 3]] ∪ {−∞}.
On en déduit que l’espace R3 [X] est stable par f .
2
3. L’application f est elle surjective ?
Non. En effet, d’après la question précédente, quelque soit P ∈ R[X], le degré de
f (P ) est non nul. Donc, le polynôme constant 1 n’a pas d’antécédent par f .
4. Déterminer le noyau de f .
Soit P ∈ ker(f ). Donc, f (P ) = 0. Supposons que P 6= 0. D’après la question 2, P
est nécessairement de degré 3. On écrit alors P = a3 X 3 + a2 X 2 + a1 X + a0 .
Il s’en suit que f (P ) = (3a2 − a3 )X 3 + 4a1 X 2 + 3(a1 + a0 )X + 8a0 et par suite
a1 = a0 = 0 et a3 = 3a2 . Donc, P = a2 (3X 3 + X 2 ).
Conclusion : ker(f ) = vect(3X 3 + X 2 ).
5. Déterminer les vecteurs propres de f .
D’après la question précédente 0 est une valeur propre de f et
E0 = ker(f ) = vect(3X 3 + X 2 ).
Soit maintenant P un vecteur propre de f associé à une valeur propre λ non nulle.
Donc, f (P ) = λP et par suite f (P ) et P on le même degré. Ceci implique que P
est de degré 3. On écrit alors P = a3 X 3 + a2 X 2 + a1 X + a0 .
Il s’en suit que
8a0 = λa0
3(a + a ) = λa
1 0 1
4a1 = λa2
3a2 − a3 = λa3 .
Il en résulte
que f admet trois valeurs
propres non nulles à savoir 8, 3, −1.
1 3 1 2
E8 = vect X + X +X +1 .
6 2
3 4 2
E3 = vect X + X + X .
3
E−1 = vect X 3 .
Exercice IV
On désigne par Q le corps de nombres rationnels et par R le corps de nombres réels.
√
1. Démontrer que l’ensemble E des nombres réels de la forme a + a0 2 où a, a0 sont
des rationnels quelconques est un sous corps de R.
En effet, on√a :
- 1 = 0 + 0 2, donc√ 1 ∈ E. √
- Soient x = a + a0 2 et y = b + b0 2 deux éléments de E. On a :
√ √
x − y = a − b + (a0 − b0 ) 2 et xy = ab + 2a0 b0 + (ab0 + a0 b) 2.
3
Donc, x − y et xy √ sont des éléments de E car (Q, +, ×) est un anneau.
0
- Soit x = a + a 2 un élément de E \ {0}. On pose
a a0 √
y= − 2.
a2 + 2a02 a2 + 2a02
Donc, y ∈ E et xy = 1. D’où x est inversible.
D’où E est un corps.
2. On désigne par E 0 l’ensemble Q2 muni des lois de composition internes suivantes :
(a, a0 ) + (b, b0 ) = (a + b, a0 + b0 ) et (a, a0 )(b, b0 ) = (ab + 2a0 b0 , ab0 + ba0 ).
Montrer que E 0 muni de ces lois est un corps et que et que l’application f : E → E 0
définie par
√
∀(a, a0 ) ∈ Q2 , f (a + a0 2) = (a, a0 )
est un isomorphisme de corps.
3. Montrer que tout homomorphisme g non nul de E dans lui même vérifie g(1) = 1.
Soit g : E → E un homomorphisme non nul. Il existe donc x0 ∈ E tel que
g(x0 ) 6= 0. Donc, g(x0 ) est inversible car E est un corps. Comme g(x0 ) = g(x0 )g(1),
il s’en suit que g(1) = 1.
4. En déduire que g(r) = r pour tout r ∈ Q.
Montrons par récurrence que
∀x ∈ E, ∀n ∈ N, g(nx) = ng(x).
Soit x ∈ E. Comme g(0) = g(0 + 0) = 2g(0) , il vient que g(0) = 0.
Soit n ∈ N. Supposons que g(nx) = ng(x). Il s’en suit que
g((n + 1)x) = g(nx + x) = g(nx) + g(x) = ng(x) + g(x) = (n + 1)g(x).
Ce qui achève la récurrence.
Comme g(0) = 0, il s’en suit que g(x) + g(−x) = 0. Ceci implique
∀x ∈ E, ∀n ∈ Z, g(nx) = ng(x).
p
Soit maintenant r = ∈ Q. On a :
q
g(qr) = qg(r).
p
D’autre part, g(qr) = g(p) = pg(1) = p. D’où g(r) = = r.
q
4
5. Montrer que les seuls homomorphismes (non nuls) √ de E dans lui √même sont l’iden-
0 0
tité et l’application qui à tout élément a + a 2 associe a − a 2.
Soit g : E → E un homomorphisme non nul. On a :
√ √ √
∀x = a + a0 2, g(x) = g(a) + g(a0 )g( 2) = a + a0 g( 2).
√ √ √
D’autre part, g( 2)2 = g(2) = 2. Donc, g( 2) = ± 2. D’où le résultat.