Amélioration du transfert thermique convectif dans les conduites
cylindriques
Ailettes internes
Les ailettes internes (surfaces prolongées fixées à la paroi interne d’un tube)
accroissent la surface d’échange et génèrent de la turbulence locale. Cette
technique passive, étudiée dès les années 1970 (Masliyah & Nandakumar
1976, Webb & Scott 1980…), permet d’augmenter significativement le
nombre de Nusselt sans recourir à des systèmes actifs. Par exemple, Webb &
Scott ont montré qu’un échangeur muni de tubes à ailettes internes en
convection forcée turbulente surpasse un échangeur équivalent sans
ailettes. Plus récemment, Pai et al. ont simulé un tube avec 4, 6 ou 8 ailettes
longitudinales (flux turbulent) et observé une amélioration du transfert
jusqu’à +189 % (Re≈1000) et +256 % (Re≈1500) par rapport au tube nu. Les
ailettes internes peuvent être de différentes formes (triangulaires,
rectangulaires, hélicoïdales, interrompues…), optimisées pour maximiser le
Nusselt tout en limitant la perte de charge. En régime laminaire, Fabbri,
Sakalis et al. ont proposé des corrélations analytiques, tandis qu’en régime
turbulent Huq et al. ont rapporté expérimentalement des gains importants.
De nombreux travaux (Al-Sarkhi & Abu-Nada 2005, Papadopoulos et
Hatzikonstantinou 2001, etc.) ont affiné ces résultats.
Gains typiques : Nusselt multiplié par 2–3 (dépend du nombre et profil des
ailettes).
Limites : Augmentation de la perte de charge (généralement +20–100 %).
Bilan énergétique quantifié par le critère PEC (performance vs perte de
charge).
Exemples de références : Webb & Scott (1980), Pai et al. (2013), Sakalis &
Hatzikonstantinou (2001).
Ailettes externes
Les ailettes externes (fixées à l’extérieur de la conduite) sont classiques en
échangeurs à air ou gaz pour augmenter la surface de contact avec le fluide
externe. Elles n’interviennent pas directement sur l’écoulement interne, mais
augmentent l’aire d’échange avec l’environnement. On les trouve dans les
condenseurs et radiateurs où le liquide circule à l’intérieur du tube et l’air à
l’extérieur. Leur conception (matériaux cuivre ou aluminium, pas des ailettes,
forme ondulée) vise à maximiser l’efficience thermique tout en limitant la
résistance mécanique et le volume. Les travaux de Webb et al. ont
également traité ces échangeurs à ailettes externes, mais de nombreuses
publications techniques (industrielles) se concentrent sur des calculs
standards de surface étendue (fin tube). En général, les ailettes externes
font augmenter la surface échange et peuvent améliorer le coefficient global,
au prix d’un coût de fabrication supérieur et d’une perte de charge
additionnelle sur le fluide externe.
Gains typiques : supérieur d’environ 50–150 % de surface d’échange par
rapport à un tube lisse.
Limites : poids et encombrement accrus, résistance accrue à la corrosion,
perte de charge externe plus élevée.
Références type : études industrielles sur échangeurs à ailettes (ex. fin-coil),
voir littérature sur les « finned tube heat exchangers » (ex. Jacobi & Shah).
Mousses métalliques
Les mousses métalliques à cellules ouvertes (par ex. mousses d’aluminium
ou de cuivre) forment une structure poreuse à très grande surface
spécifique. Les pores alvéolaires forcent le fluide à traverser de minuscules
passages et perturbent la couche limite à chaque ligament, ce qui intensifie
le transfert thermique. Calmidi & Mahajan (1999) et Boomsma & Poulikakos
(2003) ont montré que ces structures peuvent être considérées comme un
solide qui crée du mélange interne et augmente notablement le coefficient
de transfert. Lin et al. ont constaté qu’un radiateur plein de mousse
d’aluminium est significativement plus efficace qu’un radiateur à ailettes
classiques. Boomsma et Poulikakos ont rapporté qu’une mousse compressée
réduit de moitié la résistance thermique totale, et Mahjoob & Vafai insistent
sur le fort gain de Nusselt (plusieurs dizaines de %), au prix d’une perte de
charge accrue. Ces mousses font l’objet d’études théoriques et
expérimentales (Calmidi, Vafai, Tien, Kaviany, etc.) pour quantifier leurs
paramètres hydrodynamiques et thermiques.
Gains typiques : coefficient de transfert convectif multiplié ~2× ou plus
(après compensation de la chute de pression).
Limites : perte de charge très élevée, fabrication chère, encrassement
possible. L’optimisation porte sur la porosité, taille de pore (PPI) et débit
optimal.
Exemples de références : Boomsma & Poulikakos (2003), Mahjoob & Vafai
(2008), Lin et al. (2011).
Nanofluides
Les nanofluides sont des fluides de base (eau, antigel, huile…) contenant en
suspension quelques % volumétrique de nanoparticules métalliques ou
oxydes (Al₂O₃, CuO, carbone, etc.). Leur intérêt est d’augmenter la
conductivité et la capacité thermique du fluide. Les premiers travaux de Choi
(Argonne National Lab) et Eastman ont popularisé ces solutions dans les
années 1990. De nombreuses études expérimentales récentes rapportent un
gain modeste du transfert convectif (typiquement +5–15 % sur le coefficient
de Nusselt) pour de faibles concentrations, bien que certains résultats très
élevés aient été remis en question. En effet, une revue de Alami et al. (2023)
souligne que les améliorations parfois revendiquées (20–50 %) retombent
souvent autour de quelques % après analyse critique. Les nanofluides
restent un sujet controversé, tributaire de la stabilité des suspensions, du
débit et de la géométrie. En pratique, leur application nécessite de peser le
faible gain par rapport au surcoût des nanoparticules et aux pertes de
charge accrues (viscosité plus élevée).
Gains typiques : augmentation du Nusselt de l’ordre de +5–10 % pour 1–
2 %vol en nanoparticules (selon la littérature).
Limites : augmentation de la viscosité et de la corrosion ; coagulation
possible. Difficulté de stabiliser la suspension.
Exemples de références : Choi & Eastman (1995), Buongiorno et al., revue
critique par Alami et al..
Inserts hélicoïdaux (rubans torsadés)
Les inserts hélicoïdaux (ex. rubans torsadés ou fils hélicoïdaux) introduisent
un écoulement tourbillonnaire secondaire dans le tube. Le ruban torsadé
enveloppe le flux dans une hélice allongeant la trajectoire, assurant un
mélange longitudinal constant et rompant la couche limite. Manglik &
Bergles (2003) montrent que ces inserts induisent des flux spiraux et
secondaires, augmentant la vitesse locale du fluide et l’échange thermique.
D’autres auteurs (Bhuiya et al., Zhang et al.) rapportent des rapports de
Nusselt comparé à tube lisse allant jusqu’à ~3–4. Les inserts hélicoïdaux
existent en versions simples (courbure régulière), coupés (V-cut, perforés) ou
doubles hélices, parfois combinés avec ailettes internes. Ils sont étudiés dans
des laboratoires comme ceux de Manglik (Georgia Tech) et de Promvonge
(KMUTT, Thaïlande) pour optimiser le pas et le taux de torsion.
Gains typiques : Nusselt multiplié ~2–4× selon le rapport de torsion.
Limites : forte perte de charge (blocage partiel du tube), coût de fabrication
(intégration d’insert rigide). Souvent MES (méthode de l’énergie) utilisé pour
analyser le compromis (facteur d’amélioration Nusselt vs perte de charge).
Références clés : Manglik & Bergles (2003), Bhuiya et al., Zhang et al.
(2019), Liu et al., Promvonge, Su et al.
Écoulement pulsé
L’écoulement pulsé ou périodique est une technique active : on impose une
composante oscillante du débit (via pompe ou générateur de fluctuations)
pour perturber la couche limite. Des études (ex. Sorin et al.) montrent que la
convection pulsée peut accroître le transfert jusqu’à plusieurs dizaines de %
(avec pénalité de pression moindre que pour les inserts fixes). Par exemple,
une étude rapportait jusqu’à +39 % de transfert convectif par rapport à un
écoulement continu comparable, avec une augmentation modérée de la
perte de charge. Ce gain provient de la re-désorganisation périodique des
profils de vitesse et de température à l’entrée du tube. Cette technique exige
un système de pompage contrôlé (ou oscillateur de débit) et reste complexe
à mettre en œuvre en continu.
Gains typiques : amélioration jusqu’à +20–40 % du coefficient de transfert
(selon fréquence et amplitude).
Limites : nécessité d’ajout d’équipements actifs (pompe pulsatile),
complexité du contrôle. Les études récentes évaluent le PEC pulsé pour
comparer au régime stationnaire.
Références : Sorin et al. (ASME Turbomachinery), Becker & Kaye
(modélisation pulsée), travaux de Setoguchi (Hirossi, Japon).
Texturation de surface
La texturation de surface consiste à usiner la paroi interne du tube (rainures
longitudinales ou hélicoïdales, motifs en nid d’abeilles, stries, bosses) pour
provoquer de la rugosité et du mélange local. Ces modifications fixes
génèrent des tourbillons microscopiques dès la laminaire et augmentent le
cisaillement du fluide. Des chercheurs (Kim et al., Pang et al.) ont testé des
tubes striés ou clavés, mesurant souvent +20–50 % de Nusselt en régime
turbulent, avec des pertes de charge plus élevées. Par exemple, des rainures
en spirale ou des dimples (« cratères ») sur la paroi interne ont montré des
gains de transfert modérés. En pratique, la texturation dépend de la
méthode (usinage, collage de grains fins, laser) et de l’application : elle est
souvent combinée à un faible coût énergétique supplémentaire pour
améliorer la compacticité.
Gains typiques : de l’ordre de +10–50 % en Nusselt (selon la rugosité et la
géométrie) en régime turbulent.
Limites : augmentation de la rugosité moyenne entraînant une perte de
charge supplémentaire, usure possible. Coût modéré de fabrication comparé
aux inserts volumineux.
Exemples de références : Kim et al. (1991), Pitla & Webb (2001), Chang et
al., études sur tubes rainurés ou criblés.
Comparaison succincte des méthodes
En comparant ces techniques passives, on observe que les mousses
métalliques et les inserts hélicoïdaux donnent généralement les plus fortes
améliorations du transfert (facteurs de Nusselt ≫ 2), suivis par les ailettes
internes complexes. Les nanofluides et la texturation de surface fournissent
des gains plus modestes (< +20 %). Les ailettes externes améliorent surtout
l’échange avec un fluide extérieur (importantes surface, +50–100 %), mais
n’aident pas directement la convection interne. Chaque méthode implique un
compromis gain de chaleur/perte de charge : les mousses et inserts
augmentent beaucoup le transfert mais au prix d’une circulation plus
difficile, tandis que les nanofluides et la pulsation exigent un apport
énergétique externe minimal. Un bilan de l’efficacité peut se faire via le
critère PEC (Performance Evaluation Criterion) qui tient compte de ces deux
effets.
Taux d’amélioration typiques : par ex. nanofluides ~+5–10 %, ailettes
internes ~+50–200 %, inserts hélicoïdaux ~+100–300 %, mousses
métalliques ~+100–200 % (dépendant de la configuration).
Pertes de charge : faibles pour les nanofluides, modérées pour ailettes,
élevées pour mousses et inserts rigides.
Remarques finales : Les travaux fondateurs (Webb & Scott, Calmidi &
Mahajan, Choi/Eastman) et les récentes études (Pai et al., Alami et al. pour
les nanofluides, Manglik & Bergles) confirment la tendance générale : il
n’existe pas de solution unique, mais le choix dépend des objectifs (gain max
vs contrainte de pression) et du contexte (industrie A/C, génie nucléaire,
solaire, etc.).
Références (exemples) : Webb & Scott (1980), Al-Sarkhi & Abu-Nada (2005),
Huq et al. (1998), Pai et al. (2013) (ailettes internes); Boomsma & Poulikakos
(2003), Mahjoob & Vafai (2008) (mousses métalliques); Manglik & Bergles
(2003), Bhuiya et al., Zhang et al. (inserts hélicoïdaux); Alami et al. (2023)
(nanofluides). Ces études illustrent l’évolution récente de la recherche et ses
fondements historiques.