Drainage des eaux en zones urbaines pauvres
Drainage des eaux en zones urbaines pauvres
(OMS, 1992)
Publié par
l’Organisation mondiale de la Santé
en collaboration avec
le Programme des Nations Unies pour l’Environnement
Grâce à la coopération technique qu'elle pratique avec ses Etats Membres ou qu'elle
stimule entre eux, l'OMS s'emploie à promouvoir la mise sur pied de services de santé
complets, la prévention et l'endiguement des maladies, l'amélioration de
l'environnement, le développement des ressources humaines pour la santé, la
coordination et le progrès de la recherche biomédicale et de la recherche sur les
services de santé, ainsi que la planification et l'exécution des programmes de santé.
Le vaste domaine où s'exerce l'action de l'OMS comporte des activités très diverses:
développement des soins de santé primaires pour que toute la population puisse y
avoir accès; promotion de la santé maternelle et infantile; lutte contre la malnutrition;
lutte contre le paludisme et d'autres maladies transmissibles, dont la tuberculose et la
lèpre; coordination de la stratégie mondiale de lutte contre le SIDA; la variole étant
d'ores et déjà éradiquée, promotion de la vaccination de masse contre un certain
nombre d'autres maladies évitables; amélioration de la santé mentale;
approvisionnement en eau saine; formation de personnels de santé de toutes
catégories.
Il est d'autres secteurs encore où une coopération internationale s'impose pour assurer
un meilleur état de santé à travers le monde et l'OMS collabore notamment aux tâches
suivantes: établissement d'étalons internationaux pour les produits biologiques, les
pesticides et les préparations pharmaceutiques; application du Règlement sanitaire
international; révision de la Classification statistique internationale des maladies et des
problèmes de santé connexes; rassemblement et diffusion d'informations statistiques
sur la santé.
Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y
figurent n'imp liquent de la part du Secrétariat de l'Organisation mondiale de la Santé
aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones,
ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites.
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Remerciements
1.1 Le problème
Dans les pays en développement, nombreuses sont les communautés à faibles revenus
qui estiment que l'évacuation des eaux de pluie constitue la mesure la plus urgente en
matière d'infrastructure urbaine. Cette attitude s'explique partiellement par le fait que
les habitations concernées sont souvent édifiées sur des terrains impropres à la
construction. Dans les zones suffisamment proches des centres urbains pour que les
habitants puissent se permettre de faire la navette entre leur domicile et leur travail,
les terrains tendent à être d'un prix excessif. Les seuls terrains auxquels ces personnes
peuvent prétendre ou sur lesquels les propriétaires toléreront la présence de squatters
sont des terrains inutilisables à d'autres fins, qu'il s'agisse de versants abrupts, sujets
à l'érosion et aux éboulements, ou de bas-fonds marécageux, souvent inondés.
Historiquement, la plupart des grandes villes des pays en développement sont des
ports implantés le long des côtes et situés le plus souvent à l'embouchure des fleuves,
qui servaient de voies commerciales pour le transport des marchandises vers l'intérieur
du pays et inversement. Or c'est précisément le long du littoral que l'on enregistre le
taux moyen de pluviométrie le plus élevé (Fig. 1), alors que l'absence de relief de ces
estuaires et la présence fréquente de terres alluviales meubles, souvent imperméables,
rendent l'évacuation des eaux difficile.
Même dans les zones arides où la pluviosité moyenne est faible, les pluies tropicales -
lorsqu'elles arrivent - sont plus intenses que les précipitations des climats tempérés et,
faute de végétation et de moyens d'évacuation adéquats, de véritables torrents d'eau
peuvent se former en quelques minutes, causant aux habitations et aux biens des
dommages qu'il faudra des années pour réparer. Les eaux de pluie ne constituent
cependant pas le seul problème. En effet, les fuites dans les canalisations du réseau
d'adduction d'eau, les eaux usées provenant de la lessive et de la toilette et le reflux
des fosses septiques qui débordent et des égouts bouchés font courir des risques à la
santé de la population, détériorent les bâtiments et peuvent provoquer des
inondations, s'il n'existe pas de système d'évacuation des eaux approprié.
Fig. 1. Régions enregistrant des précipitations annuelles moyennes
supérieures à 1,5 m
Le nombre des noyés en cas d'inondation ou des personnes ensevelies sous les
glissements de terrain ou les décombres des habitations est peut-être l'exemple le plus
dramatique des souffrances que l'installation d'un système d'écoulement des eaux peut
contribuer à alléger. Mais il y a aussi, moins visibles pour l'observateur extérieur, mais
plus graves pour l'habitant d'une modeste agglomération, les résultats de la stagnation
des eaux, avec son inévitable cortège de maladies, d'infirmités et de deuils.
Fig. 2. Eau stagnante et transmission des maladies - conséquences sanitaires
d'un mauvais assainissement
En termes de santé publique, les infections les plus importantes sont les nombreuses
infections à transmission «fécale-orale» dues à la consommation d'aliments ou de
boissons contaminés. Les pathogènes microscopiques responsables de ces infections
se trouvent dans les déjections des humains ou des animaux infectés. Ils contaminent
les eaux de surface lorsque les égouts sont bouchés ou lorsque les fosses septiques
débordent et ils proviennent souvent aussi des défécations du bétail ou des individus
qui ne disposent pas de toilettes. Les eaux de surface ainsi contaminées peuvent
infecter l'homme de diverses façons: par les mains, par les ustensiles de cuisine ou par
la source même d'approvisionnement en eau potable (Fig. 2). Les enfants qui jouent
ou se baignent dans une eau contaminée sont également particulièrement exposés à
l'infection.
Parmi les maladies à transmission «fécale-orale» figurent certaines maladies bien
connues véhiculées par l'eau, qui peuvent être mortelles, comme le choléra et la fièvre
typhoïde; mais il y a également les nombreuses maladies diarrhéiques qui affectent
spécialement les jeunes enfants des pays en développement et qui favorisent la
malnutrition et sont souvent bien plus meurtrières que n'importe quelle autre maladie.
L'amélioration des sources d'eau potable et l'assainissement constituent des mesures
de lutte efficaces, mais il est pratiquement impossible de les mettre en œuvre dans les
régions sujettes à de fréquentes inondations.
Dans les pays où la schistosomiase (bilharziose) est endémique, les zones urbaines
dont l'assainissement est médiocre offrent maintes occasions de transmission de la
maladie (Fig. 2). La contamination des eaux stagnantes par les fèces des individus
infectés (ou, dans l'une des manifestations de la maladie, par leurs urines) permet aux
schistosomes, parasites microscopiques responsables de l'infection, d'atteindre les
petits mollusques aquatiques dans le corps desquels ils vont se multiplier. Chaque
mollusque infecté libère à son tour dans l'eau des milliers de schistosomes qui vont
infecter les baigneurs en pénétrant sous leur peau.
On pourrait penser que la schistosomiase est une maladie des régions rurales, mais
elle est souvent tout aussi fréquente dans les zones urbaines où il n'existe pas de
dispositif d'évacuation des eaux. Certaines espèces de mollusques-hôtes se
développent et se reproduisent rapidement dans les eaux stagnantes fortement
polluées qui s'accumulent d'ordinaire en ce type d'endroit. Par ailleurs, en milieu
urbain, un seul individu vivant dans un quartier surpeuplé peut en contaminer
beaucoup d'autres, car les mollusques infectés, même s'ils ne sont pas très nombreux
au départ, peuvent, à la longue, donner naissance à des milliers de schistosomes.
Photo: S. Cairncross
Les maladies transmises par les moustiques forment un autre groupe important de
maladies liées à un mauvais drainage. Différentes maladies sont transmises par
différentes espèces de moustiques, chacune choisissant différents types d'eau pour se
multiplier. Certaines espèces préfèrent une eau fortement polluée, d'autres une eau
propre; certaines se développent en zone inondée, d'autres dans les caniveaux s'ils
sont bouchés par les détritus ou la végétation ou si leur niveau inégal favorise la
stagnation des eaux.
Le paludisme, qui est la plus connue de ces infections, est transmis par les anophèles,
dont beaucoup «piquent» indifféremment les animaux et les êtres humains. La
transmission peut être particulièrement intense en zone urbaine où les animaux sont
trop peu nombreux pour dissuader les insectes vecteurs de la maladie de s'attaquer à
l'homme. Les anophèles ne se développent généralement pas dans les eaux fortement
polluées, mais ils peuvent se multiplier dans les marécages, les plans d'eau ou les
mares ou dans les cours d'eau ou les canaux d'écoulement des eaux pluviales lorsque
l'eau y stagne. Les anophèles qui se reproduisent dans les endroits mal drainés
peuvent contaminer les quartiers adjacents jusque-là exempts de paludisme. Par
ailleurs, les nombreuses allées et venues de voyageurs internationaux constituent un
danger particulier et accroissent d'autant le risque d'importation de souches nouvelles
du parasite, qui seront peut-être résistantes au traitement habituel.
Enfin, la filariose qui provoque une hypertrophie irréversible des jambes, désignée
sous le nom d'éléphantiasis, et d'autres symptômes invalidants, pose un problème
particulier dans les villes. Bien qu'en zone rurale cette maladie soit transmise par les
anophèles, qui semblent être ses premiers vecteurs, il semblerait qu'elle puisse
maintenant être transmise en zone urbaine par les moustiques de l'espèce Culex
pipiens, qui se reproduisent généralement dans les eaux fortement polluées. Le
processus de transmission de la maladie est relativement inefficace, si bien qu'il faut
de nombreuses années d'exposition intense aux attaques nocturnes des moustiques
pour que le risque de développer la maladie soit significatif. Néanmoins, dans les pays
en développement, plus de 80 millions de personnes sont infectées (Fig. 3). Dans bon
nombre de pays, en Inde notamment, la maladie touche plus particulièrement les
zones urbaines. La transmission de la filariose par Culex pipiens, actuellement
courante en Asie, s'est étendue aux côtes orientales de l'Afrique et de l'Amérique du
sud et pourrait bientôt atteindre les vastes agglomérations urbaines d'Afrique de
l'Ouest où il n'y a guère de moyens de drainage et d'évacuation des eaux et où la
maladie et son moustique vecteur existent déjà.
Fig. 3. Répartition géographique des moustiques du genre Culex pipiens et de
la filariose à Wucheria bancrofti (source: Curtis, C. F. & Feachem, R. G. Sanitation
and Culex pipiens mosquitoes: a brief review. Journal of tropical medicine and hygiene.
84: 17-25 (1981))
Les pauvres des villes s'installent souvent sur des terrains qui présentent des
problèmes de drainage, mais un aménagement des lieux bien étudié permet d'éviter
l'aggravation de ces problèmes.
L'une des mesures d'aménagement les plus simples consiste à délimiter des
lotissements réguliers, avant le démarrage des travaux de construction, en laissant
suffisamment d'espace pour le bon alignement des routes. La largeur et l'alignement
convenables des routes faciliteront la construction de fossés et de conduits
d'évacuation lorsqu'ils s'avéreront nécessaires. Les projets d'aménagement du
territoire et de voirie sont onéreux et longs à planifier et à mettre en œuvre, ce genre
de projet d'aménagement local devrait être à la portée de n'importe quelle
municipalité. Lorsque la configuration générale d'un quartier a été planifiée, on peut
montrer aux habitants (ou futurs habitants) comment dessiner des lotissements
rectangulaires en s'aidant d'un simple mètre ruban ou même d'une corde sur laquelle
on a fait des nœuds à intervalles réguliers. Il est indispensable de faire preuve d'une
certaine discipline lors de la construction des maisons afin de s'assurer que les limites
des lotissements soient respectées, d'éviter que les bâtiments n'obstruent les canaux
de drainage déjà existants ou n'occupent des terrains nécessaires à la mise en place
des futurs ouvrages de drainage. Les habitants eux- mêmes sont les mieux placés pour
faire respecter ces règles.
Les routes doivent être construites au-dessus du niveau des crues et les talus élevés à
cet effet peuvent faire obstruction aux voies de drainage naturelles ou canaliser l'eau
tout leur long et provoquer une érosion. Parfois, comme dans certains quartiers de
Bangkok, les routes ont été construites en remblayant les canaux d'évacuation
existants, donnant lieu à de graves inondations. Lorsqu'elles ne sont pas remblayées
ou encombrées par les constructions, les voies de drainage naturelles sont, par
ailleurs, souvent obstruées par les ordures ménagères.
D'un autre côté, l'amélioration d'un système d'évacuation des eaux en un endroit est
étroitement liée aux problèmes de drainage existant ailleurs et il est donc préférable
de planifier les aménagements à l'échelle de la ville entière ou, tout du moins, de
l'ensemble de la zone de captage des eaux. Un meilleur drainage dans un quartier
suppose l'écoulement plus rapide des eaux de surface et exige davantage de la
capacité du système situé en aval. Inversement, l'amélioration du drainage au niveau
local peut se révéler de peu d'utilité si les eaux refluent parce que la capacité
d'absorption en aval est insuffisante. Ce problème s'est posé avec beaucoup d'acuité à
Djakarta où les canaux d'évacuation des eaux améliorés à l'échelon local étaient
souvent submergés par les eaux arrêtées par des bouchons dans les canalisations
principales de la ville.
Une communauté peut, bien évidemment, procéder à des améliorations locales, même
sans faire vraiment appel aux services d'urbanisme de la ville, mais il lui faut toujours
réfléchir à l'endroit dans lequel se déverseront les eaux drainées par le nouveau
système mis en place. Qu'il s'agisse d'un égout collecteur, d'un fleuve, d'un lac ou de
la mer, le niveau maximum atteint en période de crue déterminera normalement le
niveau minimum du système de drainage. Les eaux d'écoulement affectent également
la qualité des «eaux de réception» dans lesquelles elles se déversent, notamment
lorsque l'effluent des égouts ou des fosses septiques s'écoule dans les canalisations
d'évacuation. A Bangalore, par exemple, le rejet des eaux d'égout dans plusieurs
barrages-réservoirs de la ville a donné lieu à une prolifération des moustiques, jusqu'à
ce que les mesures voulues aient été prises pour endiguer ou détourner le flot.
Néanmoins, la coopération des habitants ne suffit pas. En effet, pour une collaboration
efficace entre les services municipaux avec la participation de la communauté, il faut
que les dispositions correspondantes soient prises au niveau de l'administration locale
et il faut, avant tout, désigner un responsable. Dans nombre de villes, on ne sait pas
très bien qui est responsable du nettoyage et de l'entretien du système d'évacuation
des eaux, naturel et artificiel, et parfois même, de quel service relève la construction,
ou à quel ministère doit incomber le financement des gros travaux. C'est ainsi que l'on
en arrive à des situations aussi absurdes que celle-ci: un service est chargé de
nettoyer les canalisations et d'en retirer tous les détritus, mais, le service de voirie
refusant de les évacuer des rues avoisinantes où ils ont été déposés, le service chargé
de la propreté des rues finit par les rejeter dans les caniveaux!
Les deux premières phases revêtent une importance capitale, car elles sont
déterminantes pour la suite des opérations.
La planification est la phase la plus importante car c'est le moment des décisions
essentielles. Plus il y a de décisions prises à ce stade, mieux cela vaut pour l'avenir du
programme.
La communauté doit, avant tout, décider si elle entend mettre en œuvre le programme
officiellement en passant par les autorités locales ou si elle veut tenter de «se
débrouiller» toute seule. Les projets officiels ont tendance à être onéreux et le comité
devra donc, pour commencer, pressentir les autorités locales et tâcher de les
persuader d'apporter leur soutien au programme (à moins, bien entendu, qu'elles ne
soient, elles- mêmes, à l'origine du projet). En règle générale, les autorités locales
devront, à leur tour, obtenir des fonds de la part d'un autre organisme, ce qui
supposera probablement la réalisation d'une étude de faisabilité et d'un plan par un
ingénieur-conseil, avant qu'un entrepreneur ne soit chargé de la construction. Or tout
cela prend du temps - généralement de 3 à 10 ans - et il se peut qu'en attendant, la
communauté choisisse de procéder elle- même à certains aménagements provisoires
(Fig. 4).
Quelle que soit l'approche adoptée, il est important non seulement de déterminer le
tracé et la conception du nouveau système, mais aussi de définir le rôle de la
communauté dans la construction et l'entretien du réseau et les modalités de sa
participation.
La construction et l'entretien vont être traités en détail dans les chapitres suivants qui
sont résumés ci-après pour la commodité du lecteur.
1.6 Bibliographie
CURTIS, C.F. & FEACHEM, R. G. Sanitation and Culex pipiens mosquitoes: a brief
review. Journal of tropical medicine and hygiene, 84, pp. 17-25 (1981).
DAVIDSON, F. & PAYNE, G. Urban projects manual: a guide to upgrading and new
development projects accessible to low income groups. Liverpool, Liverpool University
Press, 1983.
HARPHAM, T., ed. In the shadow of the city: health care and the urban poor. Oxford,
Oxford University Press, 1988.
McAUSLAN, P. Urban land and shelter for the poor. Londres, International Institute for
Environment and Development, 1985.
TABIBZADEH, I. et al. Pleins feux sur les villes. Améliorer la santé dans les villes du
tiers monde. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1991.
2.1 Hiérarchie
Les problèmes propres à un quartier font partie de toute une série de problèmes liés
au réseau d'évacuation des eaux de la ville entière et correspondant aux divers
ouvrages qui le composent, des plus importants aux plus simples: des canaux
collecteurs ou canalisations principales, qui collectent les eaux usées de tous les
quartiers de la ville, aux petits fossés ou caniveaux qui sont aménagés le long des
routes ou desservent les propriétés privées.
C'est le milieu récepteur (ou exutoire), dans lequel se déversent finalement les eaux,
qui occupe la position principale dans la hiérarchie. Il peut s'agir de la mer, d'un lac ou
d'un fleuve. Le niveau de l'eau dans ce milieu récepteur détermine le niveau minimum
dans les canaux d'écoulement, le pompage des eaux pluviales n'étant réalisable que
dans les communautés les plus fortunées. Par ailleurs, même si certaines
communautés avaient les moyens de s'offrir des pompes suffisamment puissantes pour
éliminer les très grandes quantités d'eau déversées, ces appareils ne seraient guère
pratiques en raison de leurs nombreuses difficultés d'entretien et des dégâts possibles
en cas de panne ou de mauvais fonctionneme nt. Le niveau de l'eau dans le milieu
récepteur est très proche du niveau du sol en de nombreux endroits habités par des
familles à faibles revenus, où le terrain est plat, ce qui interdit de construire des
canaux d'écoulement profonds.
Vient ensuite le réseau de canalisations primaire, composé des gros collecteurs, parfois
appelés aussi intercepteurs, qui desservent des quartiers entiers ou la totalité d'une
ville et suivent généralement les voies d'écoulement naturelles de l'eau, comme les
fleuves et les rivières. La conception, la construction et l'entretien du réseau de
collecteurs dans une ville requièrent des connaissances étendues en génie civil ainsi
que d'importants moyens financiers et ne sont certainement pas à la portée d'une
petite communauté isolée. Il n'en sera donc pas question ici.
L'eau tombant sous forme de pluie n'est pas forcément drainée en totalité par le
réseau d'assainissement. En effet, une partie va s'infiltrer dans le sol, tandis qu'une
autre partie va stagner dans des flaques et dans des bas-fonds et finalement
s'évaporer. Le volume d'eau qui ruisselle à la surface du sol et qui doit être évacué est
appelé «coefficient de ruissellement». Dans la pratique, il y a peu de chances que l'eau
s'évapore pendant un orage, si bien que le coefficient à utiliser pour calculer la
dimension des collecteurs est fonction de la capacité d'infiltration du sol. Celle-ci
dépend essentiellement du type de sol, de la pente du terrain et de l'utilisation faite du
sol.
Type de sol: l'eau s'infiltre plus facilement dans un sol sableux que dans un sol
argileux ou rocheux.
Terrain: l'eau s'écoule plus rapidement le long d'une pente raide, où elle a moins le
temps de s'infiltrer que si elle stagne ou s'écoule lentement en terrain plat.
Utilisation du sol: la végétation retient une grande partie de l'eau et ameublit le sol,
facilitant l'infiltration. En revanche, les toits et surfaces revêtues empêchent
l'infiltration.
Les coefficients de ruissellement sont donc toujours plus élevés dans les régions au sol
argileux ou rocheux, sur des terrains en pente raide ou dans des zones fortement
construites, où il y a peu de végétation. A titre d'exemple, la quantité d'eau à éliminer
d'une zone fortement construite peut être cinq à six fois plus grande qu'elle ne l'était
lorsqu'il n'y avait pas d'habitations et que le sol était recouvert de végétation.
Le système d'évacuation des eaux qui serait conçu pour une pluie torrentielle dont la
période de récurrence est de 100 ans, pourrait ne jamais être pleinement utilisé
pendant sa durée de vie. En l'occurence, il aurait mieux valu dépenser l'argent investi
dans la construction d'un tel système pour installer des canalisations plus petites dans
des zones qui en étaient dépourvues. Le choix de la période optimale de récurrence en
vue de la conception d'un réseau d'assainissement urbain suppose une évaluation
délicate du risque de débordement et des dommages qui s'ensuivraient, par rapport au
coût de la construction de canalisations plus grosses qui permettraient d'éviter ce
débordement.
Les systèmes d'assainissement urbain sous les tropiques sont généralement conçus
pour une période de récurrence de 5 ans, mais pour les micro-raccordements mis en
place dans des quartiers d'habitation, où un débordement risque moins de causer des
dégâts importants, il est préférable de prendre l'hypothèse d'une période plus brève
(trois ans ou moins encore). Dans les zones de population à faibles revenus, où la
valeur des biens susceptibles d'être endommagés est relativement réduite et où les
fonds disponibles pour l'aménagement du réseau sont limités, la période de récurrence
appropriée est encore plus courte. A Mombasa, par exemple, une période de
récurrence de un an a été adoptée pour toutes les canalisations sauf les plus grosses.
A Calcutta, certains aménagements ont été conçus en fonction d'une période de
récurrence de deux mois seulement. Quelques centimètres d'eau plusieurs fois par an
peuvent, en effet, constituer une amélioration substantielle par rapport à des
inondations telles que le niveau de l'eau atteint la ceinture pendant des semaines.
La dégradation des routes due à des pluies torrentielles est souvent la raison majeure
pour laquelle on met en place un système d'évacuation des eaux dans les zones à
faibles revenus. Sur les terrains en pente abrupte, une seule pluie violente faisant
déborder les canaux peut causer d'énormes dégâts par érosion et, dans ces zones, une
période de récurrence plus longue qu'en terrain plat peut se justifier.
L'annexe 2 donne davantage de précisions sur la méthode d'évaluation du débit des
eaux pluviales et la manière dont celui-ci peut servir à calculer la taille des
canalisations en vue de la conception du réseau.
Les terrains en pente sont facilement sujets à l'érosion lorsque la couverture végétale
se dégrade ou lorsque l'exploitation intensive du sol le met à nu. C'est pourquoi il
importe de ne pas laisser les eaux dévaler la pente librement, car elles peuvent
déstabiliser des maisons et transformer les sentiers et les rues en ravines
impraticables. Empiriquement, on peut considérer les pentes supérieures à 5% comme
des pentes raides.
Sur les terrains fortement pentus, le seul moyen de retenir l'eau dans le sol consiste à
aménager des terrasses afin de réduire la pente. Pour lutter contre l'érosion des sols à
vocation agricole, diverses méthodes sont possibles, mais elles ne peuvent être
appliquées en zone urbaine que si les alentours ne sont pas encore complètement
bâtis.
c) Construire des gradins dans le canal d'écoulement (Fig. 6 b)). La surface sur
laquelle l'eau se déverse de marche en marche est conçue pour résister à la force de
l'eau. Ce type d'escalier est pratique lorsque la pente est supérieure à 30%, mais
devient trop onéreux dans le cas contraire.
d) La mise en place de seuils (Fig. 6 c)) constitue une solution plus économique et peut
être réalisée dans des canaux d'écoulement non revêtus. L'eau dépose du limon
derrière chaque paroi et finit par créer un canal en escalier. Les seuils doivent être
fermement ancrés dans le sol de chaque côté et au fond afin d'éviter que l'eau ne les
contourne. Il importe en outre, de veiller à ce que la base de chaque muret ne soit pas
plus haute que le haut du suivant, en aval.
Ces paro is peuvent être construites autrement qu'en béton ou en maçonnerie (Fig. 7).
Des tas de grosses pierres peuvent contribuer à disperser l'énergie de l'eau lorsqu'elle
se fraye un passage dans leurs interstices. Les pierres doivent toutefois être
suffisamment grosses pour ne pas être emportées par les eaux.
Fig. 5. Dérivation en cas de pente raide
A défaut de pierres assez grosses, on peut fabriquer ce que l'on appelle un gabion en
entassant les pierres plus petites dont on dispose dans une sorte de grand panier
rectangulaire en grillage métallique galvanisé d'une contenance d'environ un demi à un
mètre cube. Ces espèces de grandes cages peuvent alors servir à édifier un mur; mais
il est conseillé de les remplir après les avoir mises en place. Le bambou constitue un
bon matériau de remplacement pour le treillis, bien qu'il commence à pourrir au bout
de quelques années. Lorsqu'il se détériore, on peut appliquer un peu de béton maigre
à la surface du gabion en prenant soin de ne pas obturer complètement les interstices
entre les pierres. Lorsqu'un gabion vient d'être installé, les pierres se mettent en place
peu à peu; or le béton maigre se craquellerait facileme nt, alors que le grillage et le
bambou restent souples et flexibles.
Sur des terrains en pente douce (4 à 10%), les canaux d'évacuation peuvent être
revêtus de béton, de maçonnerie ou d'herbe afin d'éviter que le fond ne s'érode. Les
revêtements sont étudiés plus loin (section 2.6).
Dans les bas-fonds sujets aux inondations, le problème majeur tient souvent au niveau
relativement élevé du milieu récepteur. Celui-ci limite, en effet, la pente que l'on peut
donner aux canaux pour faciliter l'écoulement des eaux. Comme il est difficile en ce cas
de creuser des caniveaux d'écoulement profonds, ceux-ci doivent donc être
relativement larges pour avoir une capacité suffisante.
Parfois, il n'y a pas d'autre solution que de surélever le niveau du sol sur la totalité ou
une partie de la zone sujette à inondations. Si l'on se contente de surélever le niveau
du sol dans les rues, les terrains et les habitations seront davantage inondés. Il
convient donc de prévoir suffisamment de matériau de remblai à pro ximité des
habitations pour que les gens puissent l'emporter et surélever le sol chez eux. Il serait
bon de les aider à juger de la quantité de remblai nécessaire, en peignant à l'avance
sur chaque maison des marques indiquant le niveau à atteindre.
Que les gens entassent de la terre ou quelque autre matériau dans leur maison peut
paraître étrange à certains, mais dans certaines zones urbaines à faibles revenus, les
habitants se sont félicités d'avoir ainsi surélevé le sol de leur logis d'une hauteur
pouvant aller jusqu'à 50 cm. Ils devront sans doute par la suite apporter des
aménagements à la maison ou même la reconstruire, mais le travail de remblaiement
peut à ce point transformer un quartier que, souvent, ses habitants envisagent même
de construire des maisons neuves, convenant mieux à leur nouvel environnement, s'ils
sont convaincus d'être à l'abri de dégâts des eaux.
De même, on peut tirer parti des fluctuations du niveau d'eau dues aux marées en
installant, à la sortie du système de drainage, une vanne qui sera ouverte à marée
basse et fermée lorsque le niveau d'eau monte. Il est également possible d'éviter le
recours au remblai en construisant un grand talus ou une digue le long de la berge
d'un fleuve sujet aux crues ou tout autour d'une zone résidentielle pour former un
«polder» (Fig. 8). Un dispositif quelconque, une vanne par exemple, est alors, bien
entendu, nécessaire pour permettre à l'eau drainée d'être évacuée. Néanmoins, avant
de réaliser des aménagements de ce genre, il convient de charger un ingénieur
d'exécuter une étude approfondie et de s'assurer du bon fonctionnement et de
l'entretien approprié du système. Il est clair qu'une digue qui déborde, ou une vanne
qui ne fonctionne pas, peut causer des dommages considérables.
L'une des difficultés que pose l'évacuation des eaux en terrain plat réside dans le dépôt
de sédiments dans les caniveaux, car l'eau s'y écoule lentement. Si possible, les
systèmes d'évacuation doivent être conçus de manière à permettre un minimum
d'«auto-épuration», le flot emportant les sédiments, du moins quand les caniveaux
sont complètement remplis. Dans un caniveau à section rectangulaire, l'eau coulera
lentement, en couche mince, dans le fond, après une averse légère ou modérée. Par
ailleurs, toute irrégularité dans le fond plat du caniveau donnera lieu à la formation de
flaques dans lesquelles les moustiques peuvent se développer. Un caniveau à bords
pentus et à fond étroit contribue à maintenir un écoulement régulier quel que soit le
niveau de l'eau. On peut encore améliorer cette technique en construisant un caniveau
à section composite (Fig. 9). Le caniveau central dont le fond est étroit sert à entraîner
l'eau par temps sec ou en cas de faible pluie, tandis que la partie supérieure permet
l'écoulement des eaux en cas de forte pluie occasionnelle. Les bords de cette partie
extérieure devraient, de préférence, descendre en pente douce vers le caniveau central
ou «cunette».
Fig. 8. Le système de polder
Les ingénieurs et les administrateurs témoignent souvent d'un parti pris en faveur des
systèmes fermés, probable ment parce qu'ils ne sont guère familiarisés avec les
systèmes de canalisations à ciel ouvert. Les systèmes fermés présentent pourtant
certains inconvénients.
a) Ils sont plus onéreux à la construction, car ils demandent des travaux de
terrassement plus profonds, doivent supporter des charges de trafic considérables,
puisqu'ils sont construits sous les rues, et requièrent généralement des ouvrages
annexes tels que des trous d'homme et des regards de visite.
d) Les égouts fermés étant souterrains, la dénivellation vers le récepteur est plus faible
et il est donc plus difficile d'obtenir une pente minimum suffisante pour assurer la
vitesse d'écoulement d'autonettoyage.
e) La multiplication des moustiques est plus difficile à contrôler dans les réseaux
fermés.
f) Les eaux d'égout qui s'écoulent lentement dégagent des gaz susceptibles d'attaquer
le ciment et le béton dans les canalisations fermées imparfaitement ventilées.
Le principal avantage des réseaux fermés est qu'ils ne prennent pas de place en
surface. Les enfants, en outre, ne risquant pas de jouer ou de tomber dans leurs eaux
polluées et les véhicules ne risquent pas de les endommager ou d'y tomber. Pourtant,
dans des villes aussi soigneusement entretenues qu'Amsterdam et Singapour, des
caniveaux à ciel ouvert sont utilisés et entretenus dans de bonnes conditions d'hygiène
et sans nuire à l'esthétique. Dans les régions tropicales à faibles revenus, on ne devrait
donc construire un réseau fermé qu'après avoir très soigneusement étudié les autres
solutions possibles.
Si l'on construit des conduits à ciel ouvert, il convient d'accorder une attention
particulière à la mise en place de passerelles permettant aux riverains d'accéder sans
difficulté à leur logis, à pied ou en voiture. A défaut d'une telle précaution, on risque,
en effet, de voir les habitants combler les caniveaux en les remplissant de pierres ou
de terre ou de quelque autre façon. La construction d'un système partiellement ouvert
et partiellement fermé constitue la pire des solutions, car les détritus jetés dans la
partie ouverte bouchent le tronçon souterrain d'où il est plus difficile de les évacuer.
L'eau polluée qui s'accumule et stagne à l'ombre derrière le bouchon ainsi formé offre
aux moustiques un terrain de prolifération idéal.
Le niveau inférieur du tronçon couvert ne doit pas être situé plus bas que le fond du
caniveau en aval, car, en ce cas, l'eau ne s'écoulerait pas, ce qui permettrait la
prolifération des moustiques, et le conduit risquerait beaucoup d'être envahi de boues.
Si la conduite est de gros diamètre et devrait être enterrée trop profondément pour
pouvoir être protégée des dommages causés par le trafic, il faut recourir à une autre
solution et aménager une canalisation large et peu profonde recouverte d'une dalle en
béton.
Une technique classique qui est parfois utilisée consiste à construire un petit bassin
collecteur des boues à l'entrée d'un tronçon fermé. Mais, dans la plupart des zones à
faibles revenus, ces bassins se remplissent très rapidement de sable ou d'ordures et ne
servent en fait pas à grand chose. Ils favorisent en outre la prolifération des
moustiques et, à ce titre, devraient être évités.
Les moins coûteuses sont les canalisations non revêtues qui peuvent être creusées le
long des routes au moyen d'une niveleuse. Les côtés ne devraient pas être inclinés à
plus de 50% si l'on veut garantir leur stabilité. Si la pente de la canalisation est
supérieure à 1%, l'érosion peut endommager la canalisation et il faudra généralement
la pourvoir d'un revêtement afin de protéger le fond contre la force des eaux. Dans le
cas de pentes oscillant entre 1% et 5%, il est probable qu'un revêtement partiel
suffira, et cette solution est moins onéreuse qu'un revêtement complet (Fig. 11). Dans
un conduit partiellement revêtu, des protections spéciales sont nécessaires aux points
les plus vulnérables (ponceaux, raccordements, coudes et sections en forte pente, par
exemple).
Les canalisations revêtues sont souvent peu efficaces, car le revêtement empêche
l'écoulement de l'eau contenue dans le sol. La pression de l'eau augmente alors et le
revêtement est détruit ou l'eau se fraie un passage parallèlement au conduit. Pour
résoudre le problème, il faut prévoir des barbacanes, de 10 mm de diamètre environ,
des deux côtés du revêtement. On peut se servir pour cela de morceaux de tuyau
disposés horizontalement dans la maçonnerie et encastres dans le mortier, à
intervalles de 1 m au plus.
Dans les rues très étroites où les véhicules lourds ne passent pas et où l'espace est
précieux, la rue elle- même peut être conçue de façon à servir de canal d'évacuation
(Fig. 13). Cette solution n'est toutefois possible que si la pente est inférieure à 5% et
si la route est protégée de l'érosion par un revêtement de gravillons ou de cailloux
compactés. On peut également installer des caniveaux équipés de couvercles
amovibles (Fig. 13), lesquels devraient être dotés d'orifices ou d'échancrures pour
permettre le passage de l'eau et les rendre plus faciles à soulever lors du nettoyage du
conduit. Cette dernière technique peut aussi être utilisée sur des tronçons en très forte
pente, des éléments préfabriqués étant mis en place pour former un conduit en
escalier sous un passage pour piétons. La Fig. 14 montre un aménagement de ce type
construit dans la ville de Salvador, au Brésil.
Fig. 12a. Types de revêtements
NOTE: sur pentes abruptes, les pierres peuvent être revêtues d'une couche de ciment
maigre ou d'un mélange de chaux et de sable
Les canaux d'évacuation les plus petits (moins de 300 mm de profondeur) n'ont pas
besoin de barbacanes et peuvent être aisément revêtus de briques ou d'éléments
préfabriqués en béton (Fig. 15). Ces éléments préfabriqués ne devraient pas peser plus
de 50 kg, afin de pouvoir être transportés et mis en place manuellement par deux
hommes. Les canaux préfabriqués devraient de préférence être posés sur un lit de
sable compacté (d'une épaisseur de 50 mm). Si l'on ne dispose que d'une seule taille
de conduit, on peut l'adapter à un débit plus important en le posant dans un trou plus
profond et en maçonnant les parois latérales.
Fig. 13a. Canalisations et voies de passage
Fig. 16. Raccordement de tuyaux de béton armé - (a) Tuyau de béton armé
normal
Fig. 16. Raccordement de tuyaux de béton armé - (b) Joint au mortier de
ciment pour tuyau en béton armé dans des égouts mixtes
Les tranchées dans lesquelles les conduites vont être posées doivent normalement être
au moins de 0,5 m plus larges que le diamètre des conduites; elles doivent également
être creusées à une profondeur suffisante pour que les conduites soient recouvertes
d'au moins 1 m de terre. Avant la pose des conduites, un lit de sable de 50 mm
d'épaisseur est mis en place dans la tranchée, compacté et soigneusement nivelé pour
assurer l'homogénéité de la pente. Les conduites sont posées sur le sable et un niveau
à bulle est placé sur chaque conduite afin de vérifier la régularité de la pente. Puis on
ajoute encore du sable que l'on compacte au-dessous et autour de chaque conduite
jusqu'à ce qu'elle soit à moitié enfouie. On remblaie ensuite avec la terre enlevée lors
des travaux de terrassement en procédant par couche de 150 mm d'épaisseur et en
tassant chaque couche avec soin. La mise en place d'un lit de sable et la profondeur
d'au moins 1 m ont pour but de protéger les conduites des dégâts que pourraient
provoquer les véhicules lourds passant par-dessus. Dans les endroits où ne circulent
que des véhicules très légers, on peut se passer du lit de sable et poser les conduites
moins profond.
Un système d'évacuation fermé doit être équipé de bouches d'entrée pour permettre à
l'eau de s'y écouler. Celles-ci devraient être recouvertes d'une grille pour retenir les
feuilles et les autres débris solides qui pourraient obstruer les canalisations. On installe
généralement une bouche d'entrée tous les 30 à 50 m le long de la route, selon le
degré de la pente et l'intensité des pluies. Tout comme dans certains cas, il n'est pas
recommandé de prévoir des bassins collecteurs des boues (section 2.5 ci-dessus), il
faut éviter d'installer des siphons de dépôt aux bouches d'entrée.
Pour faciliter le nettoyage et l'entretien, des regards de visite devraient être aménagés
à intervalles de 120 à 150 m pour les canalisations d'un diamètre supérieur à 0, 60 m
et à intervalles de 70 à 100 m pour les canalisations de plus faible section. Des regards
doivent être installés à chaque changement de direction, à chaque jonction de
canalisations, et à chaque variation du diamètre des canalisations. De plus amples
détails sur la conception et la construction des systèmes fermés sont fournis dans les
ouvrages classiques sur les systèmes d'égouts.
2.8 Construction
La construction d'un système d'évacuation des eaux exige une supervision qualifiée,
mais une bonne partie des tâches peut être exécutée par la communauté, notamment:
La plupart de ces tâches exigent peu de savoir-faire et peuvent être accomplies après
une heure d'instruction. La seule tâche qui demande une vraie formation est la
production des éléments préfabriqués.
Fig. 17. Méthodes de moulage des éléments de canalisations (a) Élément de
canalisation du type Bangkok
Fig. 17. Méthodes de moulage des éléments de canalisations (b) Élément de
canalisation de Roorkee
Les techniques de préfabrication peuvent facilement être assimilées par des membres
de la communauté semi-qualifiés pour qui ce travail peut être une intéressante source
de revenu. Dans bien des villes, il existe un marché pour ce type de produits.
1
HILLMAN, E. Pre-fabricated fibre-reinforced cement irrigation channels, Waterlines, 4
(4), 22-25 (1986).
Après deux jours de prise, les éléments sont retirés de leur moule et traités pendant 5
à 12 jours de manière à renforcer le béton. Le but de cette opération étant d'empêcher
l'évaporation trop rapide de l'eau à la surface du béton, le mieux est de mettre les
éléments dans un réservoir rempli d'eau. Mais on peut aussi couvrir les éléments en
les recouvrant d'une natte ou d'un morceau de tissu (sac, etc.) qui sera aspergé d'eau
chaque soir ou maintenu humide pendant 5 jours au moins.
La construction doit toujours être réalisée d'aval en amont. De cette façon, le lieu de
travail reste sec et il est plus aisé de vérifier la pente. Il est risqué toutefois de se
contenter de cette observation visuelle. En vérifiant simplement que l'eau s'écoule bien
dans la canalisation nouvellement posée, on est assuré d'avoir une pente correcte. En
terrain plat, cette méthode peut néanmoins conduire à poser la canalisation selon une
pente trop forte, ce qui empêche la réalisation d'une pente adéquate plus en amont.
Quand on ne dispose pas du matériel voulu, il y a une méthode simple qui consiste à
utiliser un long tuyau de plastique rempli d'eau (Fig. 18). Il faut s'assurer qu'il n'y a
pas de bulles dans le tuyau et relever les deux extrémités. L'eau dans les deux
extrémités s'établira alors au même niveau. Si l'on veut, par exemple, obtenir une
pente de 0,4% (0,004 m/m), la différence de niveau pour 10 mètres de canalisation
devra être de 0,004 x 10 =0,04 m. Si l'on tient le tuyau de manière à maintenir le
niveau de l'eau à 1 m au-dessus du fond de la tranchée à l'extrémité la plus basse, le
fond de la tranchée devrait donc se trouver à 0,96 m (1,00 - 0,04) au-dessous du
niveau de l'eau à 10 m en amont. On peut employer la même méthode pour vérifier le
niveau des éléments de canalisation posés, en utilisant une ficelle pour vérifier leur
alignement horizontal. Un niveau à alcool devrait être utilisé pour vérifier la pente des
éléments individuels.
Mais il n'est pas conseillé d'utiliser des méthodes aussi simples quand on pose des
canalisations enterrées. Il faut s'adresser à un géomètre qualifié qui dispose des
instruments nécessaires.
Fig. 18. Pose d'une canalisation sur une pente régulière à l'aide d'un tuyau à
eau
2.9 Le «système D»
Dans l'idéal, il faut élaborer les plans avec une autorité locale ou tout autre organisme
capable de fournir les compétences techniques nécessaires. Toutefois, certaines
communautés peuvent vouloir entreprendre elles- mêmes certains travaux
d'amélioration même si elles ne sont pas à même de se procurer une telle assistance
technique ou lorsqu'elles attendent de l'obtenir. La présente section donne quelque
idée des travaux que pourrait entreprendre la population, compte tenu de la possibilité
qu'elle a de veiller aux résultats de ses efforts et d'y apporter peu à peu certaines
modifications dans les années suivantes.
a) Avant de commencer, il est sage de se procurer une carte de la région, que l'on
peut généralement trouver au service d'urbanisme, au cadastre ou au service
géographique national. Si aucune carte récente n'est disponible, on peut se servir de
photographies aériennes ou de tracés faits à partir de photographies originales. Ces
photographies peuvent être prises au moyen d'un appareil photo ordinaire à partir d'un
petit avion, volant à une altitude d'environ 600 mètres. A une telle altitude, il suffit de
conditions atmosphériques raisonnables pour pouvoir voler et effectuer les relevés
voulus. Les ombres projetées par les nuages ne sont pas gênantes pour l'interprétation
des photographies. En dernier ressort, un croquis pourra être fait: le chapitre consacré
à la méthode des levés à la planchette dans un ouvrage traitant des levés
topographiques montrera comment procéder sans disposer d'un matériel très
compliqué.
Cette carte doit être dressée à une échelle adéquate, de préférence au moins au 1/5
000. Une échelle du 1/1 000 est préférable. On peut agrandir une carte dont l'échelle
est trop petite au moyen d'un pantographe, ou en la divisant en carrés que l'on
reproduit sur des carrés plus grands. On peut la compléter ensuite en visitant la région
pour voir si certains éléments manquent ou doivent être modifiés.
b) Il faut circuler ensuite à travers le district et demander aux résidents quelles sont
les causes probables des inondations ou des glissements de terrain récents. Même s'ils
n'ont aucune formation technique, les résidents peuvent généralement identifier la
source de l'eau qui est à l'origine du problème. Les résidents de longue date peuvent
même établir parfois la relation entre ce problème et des événements précis du passé,
en particulier les grands travaux de génie civil effectués dans les environs:
construction des remblais ou de tranchées pour une route ou une voie de chemin de
fer, ou travaux de nivellement, par exemple.
c) Il faut alors essayer de déterminer le niveau atteint par l'eau pendant une certaine
inondation. Les habitants peuvent indiquer la hauteur atteinte par rapport à leur
propre corps (jusqu'à la cheville, jusqu'au genou, jusqu'à la ceinture) ou en indiquant
ce niveau sur leur clôture ou leur habitation. Les marques laissées par les inondations
peuvent parfois être encore visibles sur les murs. On se sert alors d'un mètre pour
mesurer la profondeur de l'eau en centimètres et l'on reporte ces chiffres sur la carte
de la région au point correspondant. Etant donné que l'eau s'établit d'elle- même à son
niveau maximal, ces mesures donneront une bonne idée de la topographie de la zone:
les plus grandes profondeurs se trouveront dans les terrains situés à l'altitude la plus
basse.
d) Il faut noter la direction naturellement prise par les eaux usées en provenance des
maisons et les eaux de ruissellement après une pluie d'orage. On marque aussi les
voies d'écoulement existantes sur la carte, en indiquant à la fois les émissaires
naturels et les exutoires artificiels et en notant, le cas échéant, les problèmes qui se
posent: tronçons de collecteurs obstrués par des ordures, sections érodées, points
d'eau stagnante et éboulements, par exemple. Et l'on prend note des structures
édifiées le long des voies d'eau, qui pourraient faire obstacle à l'écoulement des eaux
ou empêcher l'élargissement ultérieur de la canalisation.
Légende
X Eau à hauteur de cheville lorsque la rivière déborde
Y Eau à hauteur de cheville en cas d'orage
Z Eau à hauteur du genou en cas d'orage
------- Limites approximatives
Canalisations existantes posées
Nouvelle canalisation proposée
g) Il faut convoquer une réunion des résidents et leur présenter le plan proposé, afin
de connaître leurs suggestions et d'obtenir leur approbation. La connaissance intime
que les habitants ont de leur région les met à même de donner des conseils pratiques.
Sur les terrains en pente raide, de gros blocs de pierre d'au moins 30 cm de diamètre
peuvent servir à construire des chicanes maintenues en place par des pieux en bois
(cf. Fig. 7, page 20). Si les pierres sont entraînées par le courant, on peut les
récupérer et les entasser dans des gabions. Les interstices entre les pierres ne doivent
pas être scellés par du mortier, car cela ne servirait qu'à dévier le courant de l'eau et à
favoriser l'érosion ailleurs. Il est préférable que l'eau s'écoule entre les pierres et perde
ainsi de sa force.
i) On entreprend alors de creuser les tranchées en allant d'aval en amont. Pour drainer
des terrains plats, il faut mettre l'extrémité aval du système au point le plus bas
possible qui ne soit pas submergé par une inondation type provenant du milieu
récepteur, même si ceci implique que l'eau doive parcourir une certaine distance en
amont à marée haute. La pente doit être contrôlée avec soin, à l'aide d'un tuyau plein
d'eau (voir section 2.8). Pour commencer, des dénivellations de 0,2 m par 100 mètres
de canalisation large de 1 m et de 0,5 m par 100 mètres de canalisation large de 0,3
m semblent correspondre à une pente minimum raisonnable. Si la pente du terrain le
permet, une déclivité plus importante est néanmoins préférable. Si la pente est de plus
de 5 m par 100 m, il convient de placer des chicanes aussitôt que possible après avoir
creusé la canalisation, à raison d'une chicane par dénivelée de 1 m.
Fig. 21a. Recherche et diagnostic pour remédier aux imperfections d'une
canalisation non revêtue - Coupe transversale d'un canal non revêtu
Remède: entretenir régulièrement la canalisation pour évacuer les dépôts; rectifier les
parois ou élargir le canal
j) Une fois la canalisation creusée, lorsque la pluie a commencé à tomber, il faut visiter
le chantier et noter les endroits où l'eau stagne. Ces endroits correspondent aux points
les plus bas du tracé du réseau. Il faut donc soit relever le fond en le remplissant de
gravillons ou de terre, soit creuser en aval afin que l'eau puisse mieux s'écouler. Il faut
aussi repérer les signes avant-coureurs d'érosion: eau contournant les chicanes ou se
frayant un chemin parallèlement au caniveau.
m) Au bout d'un an ou deux, les dimensions et pentes des canalisations devraient être
plus ou moins stabilisées. La communauté pourra alors décider de poursuivre les
travaux et, par exemple, de poser des revêtements, de mettre en place des grilles
permanentes, des croisements, des chicanes, etc.
2.10 Bibliographie
CHATTERJEE, S. & BHUNIA, A.K. Drainage problem of metropolitan Calcutta and its
solution. Journal of the Institution of Civil Engineers (India), 50 (10, part PH3), pp. 83-
92 (1970).
OKUN, D. A. & PONGHIS, G. Collecte et évacuation des eaux usées des collectivités.
Genève, Organisation mondiale de la Santé (1976).
WATKINS, L. H. & FIDDES, D. Highway and urban hydrology in the tropics, Londres,
Pentech Press, (1984).
- au dépôt de boues dans les sections basses du fait du mauvais alignement des
tuyaux, de l'insuffisance de la pente et du manque de régularité du nettoyage.
Pour arriver à remettre en état un système défaillant avec quelque chance de succès, il
importe de diagnostiquer et d'éliminer les causes originelles de la défaillance et de
traiter en même temps les symptômes immédiats. Il existe un remède à toutes les
causes d'effondrement.
a) L'érosion dans une canalisation non revêtue, ainsi que les moyens d'y remédier,
sont illustrés par la Fig. 21 (page 42). Des symptômes d'érosion dans une canalisation
revêtue peuvent signifier que le revêteme nt n'est pas suffisamment solide et qu'il faut
le renforcer. Les points de raccordement entre les tronçons de canalisations ou de
tuyaux sont fréquemment des points faibles, qu'il faut sceller avec du mortier de
ciment. Lorsque la pente est supérieure à 10%, des tranquillisateurs ou des gradins de
différents types (voir Fig. 6, page 19) doivent être installés. L'affouillement des parois
extérieures du revêtement d'une canalisation peut signifier que l'eau ne suit pas le
trajet prévu et s'écoule parallèlement à la canalisation. Si le revêtement dépasse le
niveau du sol, il faut pratiquer des entailles dans ses parois pour permettre à l'eau de
passer. De petites levées de terre, placées en diagonale de la route, permettent
également de guider le flot dans la direction voulue. Des signes d'affouillement sur les
bords peuvent signifier que la canalisation déborde pendant les averses d'orage et qu'il
faut procéder à des curages plus fréquents ou mettre en place des canalisations plus
larges ou prévoir davantage de circuits de délestage (Fig. 5, page 18). Dans les tuyaux
fermés qui sont surchargés, l'eau peut s'échapper dans le sol à travers les joints, du
fait de la pression régnant à l'intérieur de la canalisation. Lorsque la pression baisse,
l'eau se réinfiltre dans la canalisation, en charriant de la terre et en créant au-dessus
de la canalisation, une cavité qui risque de s'effondrer par la suite. La solution consiste
à sceller les joints au moyen d'un coulis de mortier ou, mieux encore, à construire une
canalisation de plus grandes dimensions.
d) Les racines des arbres voisins ont tendance à envahir les canalisations, en
particulier si celles-ci contiennent de l'eau stagnante et si les revêtements ne sont pas
imperméables. La protection la plus efficace, si les problèmes persistent, consiste à
éliminer tous les arbres situés à moins de 5 m de la canalisation.
e) La corrosion coronaire se produit dans les égouts couverts contenant des eaux
vannes dont les gaz peuvent attaquer le ciment et le rendre fragile, surtout à la partie
supérieure de la canalisation.
Il est assez facile de voir comment remédier à la plupart des causes d'obstruction: en
ramassant les ordures, en faisant disparaître les constructions et en enlevant la
végétation. Si les conduits ont une pente uniforme et adéquate, il ne devrait
généralement pas être nécessaire d'enlever les boues; une fois éliminée la végétation
dont les racines retenaient les boues en place, il devrait suffire d'une averse un peu
forte pour entraîner la vase.
Mais la pente n'est pas toujours uniforme. Il peut arriver que la canalisation ait été mal
posée, que le lit de sable sous certains tronçons se soit érodé, provoquant
l'affaissement de ces tronçons, ou qu'en l'absence de barbacanes ou d'un lit de sable,
le revêtement se soit soulevé sous l'effet de la pression de l'eau contenue dans le sol.
Un tassement inégal du sol est fréquent. En terrain plat, les sols argileux ont, par
ailleurs, tendance à se tasser inégalement, ce qui compromet la régularité de la pente.
Le passage des véhicules et les secousses des tremblements de terre peuvent
également perturber ou rompre l'alignement de certains tronçons qui sont alors
bouchés par des sédiments ou d'autres déchets solides. Dans ce cas, il faut
reconstruire pour rétablir l'harmonie de la pente bien que certaines irrégularités
légères puissent être corrigées en comblant les creux avec du mortier de ciment.
Il peut enfin arriver que le conduit lui- même soit en bon état, mais ne fonctionne pas
correctement faute de capacité suffisante. Même si le conduit était, au départ, de
bonnes dimensions, l'afflux d'eaux de ruissellement faisant suite au développement de
la construction dans le bassin versant peut finir par dépasser sa capacité.
Il faut retirer les dalles de couverture des canaux de drainage, en veillant à ne créer
aucun risque d'accident pour les piétons ou les véhicules. En partant de l'extrémité la
plus basse du système, il faut alors commencer par débarrasser le conduit des boues
et des déchets solides qui peuvent l'obstruer. Les outils spéciaux utilisés pour le curage
des égouts sont décrits plus loin dans la section consacrée à l'entretien. Après les
opérations de curage, la canalisation doit être rincée à grande eau et l'on peut
éventuellement demander l'aide des pompiers.
L'inspection des canalisations fermées est plus difficile et plus dangereuse et ne devrait
être effectuée que sous la surveillance de personnes expérimentées. S'il n'existe aucun
plan du réseau, la première chose à faire est d'en établir un croquis indiquant
l'ensemble des regards de visite, des entrées et des autres ouvrages existants. Si la
distance entre deux regards est particulièrement longue par rapport à la normale entre
les autres tronçons, il est probable qu'un ou plusieurs regards ont été enterres ou
détruits. En se basant sur l'espacement régulier des regards subsistants, il est souvent
possible de déterminer l'emplacement probable du regard manquant. Il importe aussi
de questionner la population qui peut se rappeler l'emplacement des regards qui ont
été enterrés. Il faut alors creuser aux emplacements probables pour essayer de
retrouver l'ouverture perdue.
Personne ne devrait pénétrer dans un regard de visite sans que celui-ci ait été bien
ventilé auparavant. Par prudence, il faudrait ouvrir au moins deux heures à l'avance
les regards de visite situés en amont et en aval de la section à inspecter. Pour gagner
du temps, un certain nombre de regards peuvent être ouverts simultanément. On peut
améliorer la ventilation en se servant d'un compresseur, pour autant que l'on dispose
d'un tel équipement. L'inspection doit commencer à partir du point situé le plus loin en
aval possible et se poursuivre en remontant vers l'amont. L'eau des regards inondés
devrait être pompée jusqu'au regard le plus proche en aval, au moyen d'une pompe à
assécher du type utilisé par les entreprises de terrassement. On peut également
évacuer l'eau en écopant à l'aide de seaux ou en la siphonnant, mais cette opération
risque de prendre beaucoup de temps.
Après avoir ventilé le regard, il faut vérifier qu'il ne présente plus aucun danger. Il
suffit pour cela d'y descendre une bougie allumée ou une lampe de mineur. Si la
flamme s'éteint, c'est qu'il n'y a pas suffisamment d'oxygène dans la canalisation; celui
qui y pénétrerait risquerait donc d'être asphyxié par les gaz émanant des eaux usées
et des dépôts. Mais il ne faut pas introduire une flamme nue dans le regard avant qu'il
n'ait été bien ventilé, car on risquerait de provoquer une explosion.
L'alignement d'une canalisation fermée peut être vérifié par deux personnes placées
dans des regards de visite contigus et munies d'une torche électrique et d'un miroir,
comme le montre la Fig. 23. La torche électrique et le miroir sont d'abord tenus à une
hauteur de 5 à 10 cm au-dessus du fond de la canalisation (le «radier»), puis élevés
jusqu'à un point situé juste en dessous de la couronne. S'il y a quelque irrégularité
dans l'alignement vertical de la canalisation, elle sera décelée dans l'une ou l'autre de
ces positions, car la lumière de la torche électrique sera occultée. Ce procédé permet
également de repérer les défauts et les blocages mineurs.
Fig. 24. Points faibles sur des canalisations enterrées
C'est à l'endroit le plus proche du raccordement au regard de visite que l'on trouvera
sans doute le plus de fissures et de défauts d'alignement en raison du tassement
inégal du sol après la pose des canalisations (Fig. 24). La corrosion de la couronne
pose un autre problème que l'on peut facilement repérer en essayant de creuser, au
moyen d'un canif ou d'un gros clou, le matériau dont la canalisation est faite sur les
côtés et au sommet.
Il est dangereux de pénétrer dans une canalisation de diamètre inférieur à 1 m et
même les canalisations de plus grandes dimensions ne devraient être inspectées
qu'avec énormément de prudence. Les dangers peuvent être de différente nature: gaz
toxiques, éboulements, inondations brutales provenant de tronçons obstrués ou de
pluies d'orages et même animaux sauvages. Il ne faudrait jamais allumer une flamme
nue (allumettes ou bougies, par exemple) dans un égout fermé ou à moins de 3 m
d'un regard ouvert. Pour écarter tout risque d'explosion, il est préférable d'utiliser une
lampe de mineur plutôt qu'une torche électrique.
Si le système comporte des vannes (Fig. 25), il faut contrôler les poignées, les plaques
et glissières et enlever la rouille et la vieille peinture au moyen d'une brosse
métallique. Tous les trous doivent être colmatés par une plaque d'acier soudée. La
porte et le cadre doivent être recouverts de trois ou quatre couches de peinture époxy
ou d'une autre peinture aussi solide. L'axe et les plaques directrices doivent être bien
graissés.
L'opération d'entretien la plus importante est d'enlever les détritus, les boues et les
autres matières solides qui obstruent les canalisations. Celles-ci doivent être curées au
moins deux fois par an, de préférence au début et à la fin de la saison des pluies.
Certaines canalisations, spécialement les canalisations secondaires et les
branchements doivent être nettoyés plus fréquemment. Les petits canaux à ciel ouvert
construits en terrain plat doivent, en règle générale, être cures toutes les semaines.
Les canaux non revêtus ont besoin d'être régulièrement débarrassés de la végétation
qui les envahit.
Le curage doit être coordonné à la collecte et à l'élimination des déchets solides, afin
d'éviter que les déchets évacués ne s'amoncellent à proximité et ne soient à nouveau
entraînés dans les canalisations par la pluie, ou qu'ils ne deviennent source de
nuisances et de danger pour la santé, en favorisant la pullulation des rats et des
mouches.
Fig. 26. Outils utilisés pour le curage des canaux - Houe à long manche
Fig. 26. Outils utilisés pour le curage des canaux - Pelle Ahmed - Davis
Parmi les outils qui se sont avérés utiles pour nettoyer les canaux profonds et étroits,
citons une sorte de houe agricole munie d'un très long manche (Fig. 26). La figure
montre aussi un autre outil appelé «pelle Ahmed-Davis». Cette pelle a été mise au
point à Tunis (Tunisie) où l'on s'est aperçu qu'elle réduisait de 30% le temps de
nettoyage. Il faut, pour la manier, deux personnes dont l'une la pousse par la poignée
en raclant le fond du conduit tandis qu'une autre la tire à elle et vers le haut, en se
servant des fils d'acier attachés à l'avant. Les dimensions et la forme de l'outil sont
déterminées par la configuration des canalisations. Il peut être utile de percer plusieurs
petits trous dans le fond de la pelle, afin que l'eau dans laquelle les matières solides
sont en suspension puisse s'écouler.
Canalisations fermées
Lors du nettoyage des canalisations fermées, tous les conseils de sécurité donnés plus
haut (section 3.2) doivent être scrupuleusement respectés.
Figure
Photo: S. Cairncross
Grille dans un caniveau. Ce type de grille retient les débris et facilite la répartition des
responsabilités en matière d'entretien.
L'outil le plus couramment utilisé pour enlever les sédiments et les matières solides est
un seau attaché au milieu d'un câble d'acier (Fig. 27). Ce câble doit être au moins
deux fois plus long que le plus grand espacement entre les regards de visite. On fait
passer l'une de ses extrémités dans le collecteur, l'ouverture du seau étant tournée
vers l'aval, et on l'enroule autour d'un treuil placé à côté du regard suivant. En tirant
sur le câble, on fait avancer le seau qui racle les matières solides et les boues
contenues dans la canalisation. Le seau doit avoir un diamètre inférieur au moins de 5
cm à celui de l'intérieur de la conduite, pour permettre à l'excédent de déchets solides
de passer par le côté et éviter que le seau ne se trouve coincé par quelque obstacle. Il
faut éviter de tirer brutalement sur le seau s'il se bloque, car on risque de tasser les
matières solides et de les rendre encore plus difficiles à enlever. Il est préférable de
ramener le seau en arrière au moyen du treuil et d'utiliser un seau plus petit ou une
sorte de foret (comme décrit plus loin) pour le premier passage. Lorsque le seau
atteint le regard de visite situé en aval, il faut le hisser à la surface avec les matières
solides qu'il contient, le détacher du câble et le vider. Le câble est alors réenroulé et le
seau rattaché. L'opération doit être répétée jusqu'à ce que la canalisation soit
entièrement curée.
Si le tuyau est obstrué ou si les matières solides sont trop dures pour être enlevées à
l'aide d'un seau, on peut se servir d'un furet (Fig. 28), instrument comparable à une
grosse pointe de foret que l'on fait tourner au moyen d'un levier inséré dans une
chaîne de bielles directrices connectées les unes aux autres. Les barres sont
généra lement en acier inoxydable et d'un diamètre de 10 à 15 mm. Il n'est pas
nécessaire d'évacuer l'eau bloquée en amont de l'obstruction: lorsque la tarière
pénètre dans les matières solides qui bloquent la canalisation, cette eau aide à les
éliminer en les entraînant au loin.
3.5 Bibliographie
Safety in sewers and at sewage works. Londres, Institution of Civil Engineers, 1967.
4. Participation de la communauté
Participation à la planification
Les système s d'assainissement sont très vulnérables et leur bon fonctionnement peut
être compromis même par une seule personne. Un résident peut, en effet, entièrement
bloquer une canalisation en y déversant même une petite quantité de détritus et en
rendant ainsi inutile l'ensemble du système situé en amont. Il peut y avoir des cas
d'obstruction délibérée et de sabotage, mais l'apathie et la négligence peuvent, à long
terme, avoir des conséquences tout aussi dévastatrices. La participation de la
communauté à la planification est le moyen le plus efficace de susciter son intérêt et
de l'amener à contribuer aux travaux; elle est indispensable pour le succès d'un projet.
Participation à la construction
Participation à l'entretien
Le comité de l'assainissement
En règle générale, il sera nécessaire de créer un comité pour organiser la participation
de la communauté à un projet d'assainissement. Pour mettre le maximum de chances
de son côté, le comité ne devra pas être entièrement nouveau, mais se greffer sur les
institutions communautaires existantes dont l'autorité est reconnue de tous. Il
bénéficiera de l'autorité établie des dirigeants de la communauté s'il est responsable
devant eux.
Bien souvent, les membres du comité seront disposés à travailler bénévolement, mais
une certaine rémunération pour le travail effectué au sein du comité pourra se justifier
dans certains cas, notamment lorsque le travail du comité permet à la municipalité de
réaliser des économies considérables.
L'Annexe 4 donne quelques sources d'information qui pourraient être utiles au comité.
On peut recourir à toute une série de méthodes pour faire connaître le comité de
l'assainissement et ses objectifs: réunions publiques, affiches, porte-à-porte, etc. Les
écoliers sont des auxiliaires particulièrement utiles; ils sont généralement plus ouverts
aux idées nouvelles; ils ont du temps et de l'énergie que l'on peut mobiliser pour
diverses activités et ils peuvent influencer les membres de leur famille.
- confort et sécurité;
- gain financier;
- statut social;
- pression du groupe.
Confort et sécurité
Gain financier
Photo: S. Cairncross
Statut social
Que les résidents aient ou non l'intention de vendre ou de louer leurs maisons, les
progrès accomplis peuvent conférer au quartier l'attrait de quartiers plus prospères et
rehausser le statut social de la communauté et de ses membres. Ceux qui auront joué
le rôle le plus actif dans le projet pourront aussi en retirer un prestige accru.
Pression du groupe
La pression exercée par le groupe peut être l'un des facteurs de motivation les plus
puissants pour inciter à participer à un effort communautaire, lorsque le consensus
s'est fait sur un projet. Chaque communauté exerce une pression considérable sur ses
membres pour qu'ils respectent ses normes et ses décisions: ceux qui s'en écartent
peuvent être marginalisés, ridiculisés ou humiliés, mais, dans la plupart des cas,
l'exemple de la majorité suffit à les persuader d'adhérer au groupe. Toutefois, cette
dynamique de groupe ne fonctionne que si la majorité a déjà été motivée à participer,
en parvenant à un consensus par la discussion.
Fig. 29 Participation communautaire, condition indispensable au succès du
projet
Les images et les questions sont deux moyens efficaces d'encourager la discussion,
tout en aidant à la canaliser. Le matériel visuel peut revêtir diverses formes: dessins,
tableaux sur lesquels on place ou déplace des illustrations adhésives, diapositives,
films ou vidéofilms montrant les problèmes posés par l'évacuation des eaux et les
quartiers dans lesquels l'assainissement a été amélioré. Les résidents peuvent être
invités à commenter ce matériel, à l'a rranger, à le redisposer ou à inventer des
histoires à son sujet. D'autres supports visuels peuvent être improvisés à partir
d'objets locaux: un bocal en verre contenant des larves de moustiques, par exemple,
ou deux maquettes en relief de la topographie locale, l'une montrant de petits canaux
de drainage dans lesquels on peut verser de l'eau au moyen d'un arrosoir pour simuler
la pluie.
- «Si un système d'assainissement était construit ici, est-ce que nos maisons
vaudraient plus cher?».
Ce processus prend du temps et peut conduire dans des directions inattendues. Mais il
est incontournable. La communauté à laquelle on se contentera de dire ce qu'elle
devrait faire pourra sembler réagir positivement pendant les réunions et lors des
enquêtes, mais pourra s'abstenir de collaborer, une fois venu le moment de passer à
l'action. Il est préférable de ne pas précipiter les décisions et de laisser à la population
le temps de débattre du problème et de parvenir à un consensus.
Planification et conception
- Collecte de données
- Esquisse de solutions techniques
- Choix de la meilleure option technique
- Conception détaillée
- Calcul des coûts
- Récolte des fonds
Construction
- Acquisition du terrain
- Transfert des bâtiments
- Préparation des installations de stockage, de l'atelier de fabrication, etc.
- Achat de matériaux et d'équipements
- Travaux de construction spécialisés et supervision
- Travaux de construction ne demandant pas de qualifications
- Approvisionnement du chantier en eau
- Entreposage, comptabilité et gardiennage des matériaux et des équipements
- Fourniture de repas aux ouvriers bénévoles.
Entretien
- Nettoyage courant des canalisations
- Rapports sur les défauts et les blocages
- Inspection semestrielle
- Réparations
- Paiement de l'entretien
- Adoption d'arrêtés municipaux sur l'utilisation des canalisations
- Application des arrêtés.
Pour chaque activité, il faut une décision: il faut désigner les exécutants et les
personnes auxquelles ils devront rendre des comptes et arrêter un calendrier
d'exécution ainsi que le mode d'organisation. Cela veut dire que, dès le stade de la
planification, des décisions doivent être prises au sujet de ce que la communauté devra
faire. Plus les décisions prises à ce stade seront nombreuses, mieux cela vaudra pour
l'avenir du projet.
Il n'est pas nécessaire, ni même souhaitable, que le comité prenne seul ces décisions.
Certaines d'entre elles dépendront, dans la pratique, de la contribution de la
municipalité, mais bien des activités devront être accomplies par la communauté elle-
même ou par les personnes qu'elle recrute à cette fin et il vaut mieux laisser à une
assemblée de la communauté ou à ses représentants le soin de prendre la décision
finale à ce sujet. Néanmoins, la communauté devrait tout d'abord examiner les
solutions qui s'offrent à elle, afin de pouvoir conseiller une telle assemblée quant aux
avantages et aux inconvénients de diverses formules possibles.
- les résidents se font une idée claire de ce qu'ils sont en train de décider et ne se fient
pas à des rumeurs ou à des comptes rendus de deuxième main qui risquent d'être
erronés;
- le meilleur parti possible peut être tiré des connaissances locales, de manière à
arriver à la solution la plus avantageuse du point de vue coût-efficacité.
Chaque réunion devrait commencer par la présentation des options à l'étude. Il est
préférable de solliciter les commentaires et suggestions des participants avant de leur
soumettre la solution préconisée par le comité pour chaque problème. De cette
manière, la réunion peut prendre la forme d'une séance de «brainstorming» très
favorable au jaillissement d'idées. Les idées suggérées par les participants sont
inscrites au tableau noir. Le secret d'une séance de discussion réussie tient en quatre
règles de base:
3) Encouragez toutes les idées, même si elles sont «tirées par les cheveux», car elles
peuvent en déclencher d'autres plus pratiques.
4) Plus il y a d'idées, mieux cela vaut: n'arrêtez pas le débat dès qu'il y a une pause
dans la discussion.
Une fois qu'une liste de suggestions a été dressée de cette façon, on peut inviter les
participants à la réunion à commenter ces suggestions et demander au comité de se
pencher sur les plus valables.
Sur cette base, un programme plus détaillé peut être mis au point et présenté à une
autre réunion. L'ensemble du processus peut prendre un mois ou deux et devrait
déboucher sur la rédaction d'accords écrits entre les parties concernées, désignant les
responsables de la conception et de la construction, ainsi que de l'exploitation et de
l'entretien. Si on doit faire appel aux services d'ingénieurs-conseils ou d'entrepreneurs,
il faut demander l'aide de spécialistes pour l'élaboration de contrats et de mandats
appropriés. Les accords et contrats devront comporter des dispositions prévoyant de
nouvelles réunions de concertation avec la communauté, en particulier pendant la
phase de conception. L'Annexe 3 récapitule certains des points à vérifier lorsque l'on
rédige les conditions d'une étude de faisabilité pour un projet d'assainissement
communautaire.
Avant de commencer la construction, il faut s'assurer que des fonds suffisants seront
disponibles. La collecte de fonds au sein de la communauté et les déma rches en vue
d'obtenir des fonds de sources extérieures peuvent commencer pendant la mise au
point du programme d'action.
Bien des tâches peuvent être accomplies par la communauté elle- même durant la
construction d'un système d'assainissement (voir section 2.8), mais sa participation
doit être planifiée avec soin. Il importe tout spécialement de bien spécifier dans les
plans qui est responsable de telle ou telle tâche et qui doit superviser le travail.
Certaines tâches doivent être organisées par rue ou pâté de maisons: les résidents
d'une même rue peuvent travailler à l'assainissement de leur propre rue ou travailler
un certain jour, selon un système de roulement. Certains travaux légers pourraient
être confiés aux écoliers ou aux personnes âgées.
Le comité pourra décider de convoquer une autre réunion lorsque le système sera
achevé, pour fêter l'événement, mais peut-être aussi pour examiner la question de la
maintenance des installations sous sa direction ou celle d'un nouveau comité.
Photo: R. Reed
4.6 Bibliographie
CHAUHAN, S.K. Who puts the water in the taps? Community participation in Third
World drinking water, sanitation and health, Londres, International Institute for
Environment and Development, 1983.
MUIR, J. Rural health in Northern Pakistan. Waterlines, vol. 5, no. 2, pp. 10-14 (1986).
Annexes
Annexe 1. Glossaire1
1
Les définitions données ici ne sont applicables qu'aux fins de la présente étude et
peuvent ne pas être utilisables dans d'autres contextes. Les mots en italiques sont
également définis dans ce glossaire.
Affouillement Enlèvement du sol par la pluie (érosion) autour et au-dessous
du lit d'une canalisation ou dans ce lit.
Alluvions Dépôts formés par une rivière près de son em bouchure,
normalement sur les terrains inondés.
Arrêté Décision émanant d'une autorité administrative locale.
Notions de base
L'intensité de la pluie varie à chaque averse et sa valeur de pointe est très supérieure
à la moyenne relevée pour toute la durée de l'averse. Des précipitations d'une très
forte intensité peuvent tomber en trombes durant quelques minutes, pas assez
longtemps toutefois pour provoquer une inondation ou une érosion grave. L'important
est donc de savoir quand évaluer l'intensité de la pluie. Pendant quelques minutes, des
intensités très élevées peuvent être atteintes: établi sur cette base, le réseau serait
d'une inutile ampleur et par trop coûteux. En revanche, si l'on se base sur une
intensité de pluie égale à la moyenne calculée pour toute la durée de l'averse, le chiffre
serait trop bas et les canalisations calculées d'après ces chiffres seraient surchargées
une grande partie du temps. Le lien entre l'intensité de la pluie et sa durée et la
période de récurrence est illustré à la Fig. A2.1 établie à partir des relevés de la ville
de Cebu, aux Philippines. (Note: les courbes de la Fig. A2.1. ne peuvent pas être
utilisées dans d'autres villes, car les caractéristiques des précipitations varient
beaucoup suivant les régions du globe).
Toutefois, il est peu probable que des trombes d'eau très brèves (moins de 15
minutes) causeront des dégâts importants. Donc, une règle empirique pour les petits
bassins versants (moins de 5 ha) consiste à se baser sur un temps de concentration de
15 minutes. Lorsque la déclivité moyenne des pentes est supérieure à 0,5%, on peut
se servir de ce temps pour des bassins d'une superficie allant jusqu'à 20 ha. En terrain
plus plat, des temps de concentration plus longs peuvent être utilisés pour des aires
supérieures à 4 ha. Une approximation raisonnable consisterait à ajouter une minute
pour chaque hectare additionnel jusqu'à 20 ha. Pour des bassins plus grands, il est
préférable de consulter un ingénieur spécialisé.
Pour concevoir une canalisation, il faut tout d'abord calculer le débit maximum de l'eau
de pluie qui y devra transiter. Ce calcul se décompose en cinq étapes:
c) Bassin versant. La méthode la plus pratique consiste à le calculer d'après une carte.
Il faut, tout d'abord, tracer les limites du bassin, ce qui peut exiger des enquêtes sur
place afin de déterminer la superficie totale de l'aire d'où les eaux superficielles
s'écouleront jusqu'à la canalisation projetée. On peut alors mesurer l'aire délimitée sur
la carte au moyen d'un planimètre ou l'estimer en la divisant en carrés. Les carrés dont
les côtés sont équivalents à 100 m sur la carte auront chacun une superficie de un
hectare. Pour les superficies plus restreintes, on peut utiliser des carrés plus petits.
Chaque carré de 10 m de côté correspondra à une superficie de 0,01 ha.
Q = 2.78 CIA
dans laquelle
Pour les bassins d'une superficie supérieure à 5 ha, il existe des méthodes de calculs
plus précises, mais qui tendent à être plus complexes.
i. Régions humides
Perméabilité
Pente moyenne Très lente Lente Moyenne Forte
du sol (roche et (glaise (glaise (sable et
argile) argileuse) sableuse) gravier)
Plate: 0-1% 0,55 0,40 0,20 0,05
Douce: 1-4% 0,75 0,55 0,35 0,20
Moyenne: 4-10% 0,85 0,65 0,45 0,30
Abrupte: > 10% 0,95 0,75 0,55 0,40
Perméabilité
Pente moyenne Très lente Lente Moyenne Forte
du sol (roche et (glaise (glaise (sable et
argile) argileuse) sableuse) gravier)
Plate: 0-1% 0,75 0,40 0,05 0,0
Douce: 1-4% 0,85 0,55 0,20 0,0
Moyenne: 4-10% 0,95 0,70 0,30 0,0
Abrupte: > 10% 1,00 0,80 0,50 0,05
a
D'après: WATKINS, L.H. & FIDDES, D. Highway and urban hydrology in the tropics.
Londres, Pentech Press, 1984.
b
En cas de doute, le tableau i peut être appliqué aux régions du monde qui sont
ombrées en noir dans la Fig. 1 et le tableau ii aux autres régions.
Tableau A2.2. Valeurs types de P, pourcentages d'occupation des surfaces
revêtues dans les agglomérations urbaines à faibles revenus
Exemple
Calculer la capacité de débit nécessaire pour une canalisation destinée à évacuer l'eau
d'une zone plate et à sol argileux de Cebu (Philippines). Le but est de desservir un
bassin versant de 3 ha où vivent 600 personnes.
a) Le terrain est plat: il n'y a donc aucun danger d'érosion. Il convient, par
conséquent, de retenir une période de récurrence relativement courte (3 ans par
exemple). La zone est inférieure à 4 ha: on peut donc prendre un temps de
concentration de 15 minutes.
b) D'après la Fig. A2.1 et pour une période de récurrence de 3 ans et une durée de 15
minutes, l'intensité de la pluie s'établira à I = 107 mm/ha.
c) Bassin-versant A = 3 ha.
d) Les Philippines font partie des régions humides. D'après le tableau A2.1, pour un
terrain argileux plat, Cu = 0,55.
Q = 2,78 CIA
Q= 687 l/s
Une fois le débit calculé, il est possible d'en déduire la section de la canalisation. A cet
effet, les ingénieurs utilisent fréquemment la formule de Manning:
dans laquelle
Toutefois, bien des lecteurs trouveront plus facile d'utiliser la Fig. A2.3. Il s'agit d'une
abaque de calcul d'un canal à section tranversale trapézoïdale (voir dessin) sans
revêtement ni végétation (n = 0,025). La profondeur du canal D obtenue à partir de la
Fig. A2.3 peut servir à calculer les dimensions de canaux et de tuyaux de diverses
formes et différemment revêtus. On procède alors comme suit:
c) Utiliser la Fig. A2.3 pour trouver la valeur de D pour cette pente et ce débit;
d) Si le canal n'est pas trapézoïdal, multiplier D par le facteur indiqué dans la Fig. A2.4
pour obtenir les dimensions d'une section de forme appropriée. Si la section du canal
ne correspond exactement à aucune des formes indiquées à la Fig. A.2.4, prendre
l'équivalent le plus proche et suivre la méthode conseillée afin de trouver les
dimensions requises pour la section standard. Dimensionner alors la canalisation pour
obtenir la même aire de section que dans la section standard.
- pour des canaux non revêtus, avec herbe courte et peu de mauvaises herbes,
multiplier les dimensions par 1,13 (c'est-à-dire majorer de 13%);
D'un autre côté, un écoulement trop lent empêcherait l'autocurage et laisserait les
sédiments s'accumuler. Si possible, une vitesse d'au moins 0,5 m/s devrait donc être
atteinte dans toutes les canalisations débitant à plein rendement. Et si l'on pouvait
atteindre une vitesse de 1 m/s, cela serait encore mieux.
Fig. A2.4 Calcul des dimensions de divers types de canalisations, compte tenu
de la profondeur du canal D (Fig. A2.3) a) canal trapézoïdal
Largeur la base =
Pente latérale = 1
Trouver D d'après la Fig. A.2.3.
Fig. A2.4 Calcul des dimensions de divers types de canalisations, compte tenu
de la profondeur du canal D (Fig. A2.3) b) Canal semi-circulaire
Rayon r = 1.2 D
Trouver D d'après la Fig. A.2.3.
Puis multiplier par 1.2
(c'est-à-dire ajouter 20%) pour trouver r
Fig. A2.4 Calcul des dimensions de divers types de canalisations, compte tenu
de la profondeur du canal D (Fig. A2.3) c) Canal carré
Côté x = 1,56 D
Trouver D d'après la Fig. A.2.3.
Puis multiplier par 1.56
(c'est-à-dire ajouter 56%) pour trouver y
Fig. A2.4 Calcul des dimensions de divers types de canalisations, compte tenu
de la profondeur du canal D (Fig. A2.3) d) Canal rectangulaire
Profondeur y, largeur 2y
y = 1.1 D
Trouver D d'après la Fig. A.2.3.
Puis multiplier par 1.1
(c'est-à-dire ajouter 10%) pour trouver y
Fig. A2.4 Calcul des dimensions de divers types de canalisations, compte tenu
de la profondeur du canal D (Fig. A2.3) e) Canalisation circulaire tannée à
plein débit
Diamètre d = 1.34 D
Trouver D d'après la Fig. A.2.3
Puis multiplier par 1,34
(c'est-à-dire ajouter 34%) pour trouver d
Une fois que les dimensions de la canalisation ont été fixées, on peut s'en servir pour
calculer l'aire de la section transversale. La vitesse moyenne de l'eau peut être
obtenue grâce à la formule suivante:
dans laquelle
a
D'après: CHOW, V. T. Open-channel hydraulics, New York, McGraw-Hill, 1959; et
WATKINS, L. H. & FIDDES, D. Highway and urban hydrology in the tropics, Londres,
Pentech Press, 1984.
Exemple
Calculer les dimensions d'un canal en béton carré pour un débit de pointe de 687 l/s.
Le niveau du fond du canal s'abaisse de 40 cm sur une longueur de 50 m.
b)
c) Dans la partie gauche de l'abaque (Fig. A2.3), trouver la pente de 0,8% et, au bas,
trouver le point qui correspond appro ximativement à 687 l/s (très légèrement à
gauche du point de 700 l/s). Trouver le point d'intersection des lignes horizontales et
verticales correspondantes; ce point est marqué dans la Fig. A2.3.
45 × 1.56 = 70 cm
e) Le revêtement étant en béton, la largeur peut être ajustée pour tenir compte de la
friction réduite due aux parois lisses du canal. Les dimensions peuvent être diminuées
de 17%:
70 × 0.83 = 58 cm.
Les schémas d'assainissement sont très fréquemment conçus par des ingénieurs-
conseils. Ils ne sont toutefois généralement pas destinés aux communautés à faibles
revenus. Si les termes de leur mandat qui doivent guider leur travail ne sont pas
rédigés de manière à bien préciser le genre de solution recherchée, les ingénieurs-
conseils risquent donc de concevoir pour les quartiers peuplés de familles modestes
des systèmes qui soient inadaptés ou inabordables. La municipalité qui a déjà obtenu
des fonds pour la construction d'un réseau d'égouts aura généralement une idée assez
claire de ce qu'il lui faut et sera, en général, parfaitement satisfaite du travail des
ingénieurs-conseils, si ces derniers ont été engagés pour accomplir des tâches
clairement spécifiées dans le cadre de ces besoins.
- la construction des parties du réseau qui sont requises d'urgence ne sera pas
retardée plus longtemps que nécessaire en raison de la longueur du processus de
préparation, d'agrément et de conception du projet;
Avantages
Compte tenu des conséquences que peut avoir un assainissement inapproprié, comme
les décrit la section 1.2, l'amélioration de la situation dans ce domaine présente, pour
la santé, des avantages que les ingénieurs-conseils pourront démontrer en se servant
des statistiques existantes ou des résultats des enquêtes sanitaires éventuellement
réalisées auprès de quelques communautés.
Outre une meilleure salubrité, on relèvera les avantages économiques les plus
marquants qui découleront de la prévention des dégâts causés par les inondations ou
l'érosion:
Ces avantages peuvent être chiffrés en termes monétaires. Les biens privés d'une
communauté à faibles revenus seront évalués en fonction d'un pourcentage donné du
salaire minimum.
Les options techniques esquissées plus haut (section 2) montrent qu'un système
d'assainissement n'est pas nécessairement onéreux. Les critères de conception
présentés dans ce chapitre peuvent être variés en vue d'offrir des options aux coûts et
avantages différents et de permettre d'opter pour la meilleure solution. Ceci vaut en
particulier pour les paramètres suivants:
L'étude de faisabilité devrait comporter une analyse des coûts et avantages des
options possibles, afin que les décisions ne soient pas prises arbitrairement. Il est
difficile de calculer exactement dans quelle mesure les nombreux bienfaits modifiés du
système d'assainissement seront modifiés par les changements apportés aux critères
de conception pour tenir compte de l'éventualité d'inondations occasionnelles sans
gravité. Le problème peut être simplifié en supposant que les dommages causés par
une inondation seront proportionnels à un «indice des dégâts» D:
D=F×Q×T
dans lequel
F = la fréquence des inondations (nombre des inondations sur une période de 10 ans,
par exemple)
Q = la quantité d'eau qui ne peut pas être évacuée immédiateme nt (en mm de pluie)
T = la durée de l'inondation (en heures).
Le coût estimatif C de chaque option peut être comparé à la valeur de D pour trouver
l'option pour laquelle le ratio C/D est le plus élevé.
Entretien
La question est examinée plus haut (section 3). Le coût annuel type de l'entretien est
d'environ 8% du coût de construction du système. L'étude de faisabilité doit comporter
une estimation plus précise, avec une évaluation en main-d'œuvre et en équipement.
On peut autoriser les ingénieurs-conseils à établir les plans détaillés des éléments les
plus urgents du système (d'une valeur égale à 10 ou 20% de la valeur totale estimée,
par exemple) dès que le choix d'une solution a été arrêté sans devoir recourir à un
nouveau contrat ou à une nouvelle approbation de la part de l'organisme de
financement.
Participation de la communauté
Dans tout accord concernant les services de consultants, il est habituel de stipuler à
quels stades l'opinion ou l'approbation du client doit être recherchée. Le client ici sera
généralement la municipalité. Il n'y a aucune raison de ne pas faire participer la
communauté à ce processus.
OKUN, D. A. & PONGHIS, G. Collecte et évacuation des eaux usées des collectivités.
Genève, Organisation mondiale de la Santé, 1976.
Catalogue des organismes de soutien extérieurs. Document OMS non publié, 1986
(Décennie internationale de l'eau potable et de l'assainissement, Publication N° 7).
Water supply and sanitation for developing countries. An international source list of
audiovisual materials. Document de l'OMS non publié, avril 1987 (Décennie
internationale de l'eau potable et de l'assainissement, Publication N° 8).
Environmental aspects of water management in metropolitan areas of developing
countries. Document non publié, Centre des Nations Unies pour les établissements
humains (Habitat), Nairobi, 1984.
Pour plus de détails sur ces ouvrages et sur les autres publications de l'Organisation
mondiale de la Santé, s'adresser au Service de Distribution et de Ventes, Organisation
mondiale de la Santé, 1211 Genève 27, Suisse.
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