Ch.
VII – Identiication - p1
IDENTIFICATION DES SYSTEMES
LINEAIRES CONTINUS ET INVARIANTS
I – Fonctionnement non linéaire d'un système
1. Introduction
Nous avons vu les cas les plus courants de non-linéarité, dans le chapitre III – Modélisation des
systèmes asservis. En pratique sollicité par un signal, un système fonctionne quasiment toujours en
saturation sur une partie de son domaine de fonctionnement. Cela ne l'empêche évidemment pas de
fonctionner, mais ses caractéristiques en terme de réponse, ne peuvent se retrouver sur un modèle, en
simulation, qui lui fonctionne exclusivement dans le domaine linéaire.
Ceci est particulièrement important lors d'une identification : il conviendra toujours de savoir si la
réponse réelle observée sur un système est représentative d'un fonctionnement linéaire ou non.
2. Phénomène de saturation : bande proportionnelle
Au départ, lorsqu'un système est sollicité par un signal, l'écart en sortie du comparateur est
souvent important. Cet écart est ensuite amplifié, ce qui conduit l'interface de puissance à
fonctionner en saturation.
On parle de bande proportionnelle, c'est à dire le domaine dans lequel le système ne sature pas.
L'exemple traité ci-dessous met en évidence ce phénomène.
Exemple : On considère le système bouclé suivant :
U ε1 ε2 Interface de Im Ωm
+
- α puissance
Moteur
Capteur
L'interface de puissance possède un domaine de fonctionnement, décrit ci-dessous :
Im
-Um ε2
Um
[Link] – Identiication - p2
Si ε2 dépasse Um (par exemple 10V), la sortie de l'interface de puissance ne sera plus
proportionnelle à l'entrée, le moteur sera commandé par une valeur constante, et non par la valeur
qui serait nécessaire. Ainsi les résultats de l'étude théorique ne seront plus conformes aux résultats
des essais. Le temps de réponse réel sera plus grand que le temps de réponse théorique.
La bande proportionnelle définie les valeurs limites de ε1.
Um U
− ≤ ε1 ≤ m
α α
Lorsque la valeur du correcteur proportionnel augmente, la bande proportionnelle diminue.
Conclusion : Lors d'un essai, lorsque le système est saturé, il n'est pas possible de procéder à une
identification. Une solution consiste à réaliser un essai avec une consigne suffisamment faible,
pour que le système démarre déjà en domaine linéaire.
II – Identification d'un système du premier ordre
1. A partir d'une réponse indicielle
A partir d'un essai de réponse indicielle sur un système, l'identification consiste à reconnaître
dans le comportement du système étudié, un système connu, puis à en déterminer les
caractéristiques. L'identification d'un premier ordre porte sur l'observation de la tangente inclinée
en zéro, de l'asymptote horizontale à l'infini et de l'absence de dépassement. Il y a deux
caractéristiques à déterminer : K et τ.
# La valeur de K est déterminer à partir de l'asymptote horizontale (ne pas oublier de diviser par la
valeur de l'échelon A).
On lit → AK
# Détermination de τ : il y a plusieurs solutions, certaines sont plus précises. L'idéal est de
combiner deux méthodes, cela permet d'éliminer le problème de la bande proportionnelle (cf. 3.).
a – On lit l'abscisse du point qui correspond à 95% de AK → 3τ. Méthode peu précise, car au
niveau du point mesuré, la courbe est trop "horizontale".
b – On lit l'abscisse du point qui correspond à 63% de AK → τ. Méthode assez précise, car
au niveau du point mesuré, la courbe présente une tangente éloignée de zéro.
c – On trace la tangente en zéro, on sait qu'elle coupe l'asymptote pour t = τ. Là encore la
méthode n'est pas précise, le tracé d'une tangente est délicat.
d – Une dernière méthode est déterminante : on relève les coordonnées de deux points
(judicieusement choisis), et on utilise l'expression temporelle de la sortie.
[s(tA) ; tA] - [s(tB) ; tB]
[Link] – Identiication - p3
t
−
L'expression temporelle est : s( t ) = AK(1 − e τ ) . On peut alors écrire en A et B :
−t A − tB
AKe τ
= AK − s(t A ) et AKe τ
= AK − s(t B )
En faisant le rapport membre à membre :
t A − tB
AK − s(t B )
e τ
=
AK − s(t A )
On obtient ainsi une valeur de τ, qu'il convient de corréler avec celle trouvée par une autre
méthode. S'il y a un trop gros écart, c'est que le système lors de l'essai, a connu une phase de
saturation.
2. A partir d'une réponse harmonique
2.1. Introduction
Pour une étude harmonique p = jω ω, afin de pouvoir étudier le comportement du système sollicité
par un signal sinusoïdal dont on fait varier la pulsation. On sait que la réponse est aussi de forme
sinusoïdale, de pulsation identique, mais d'amplitude différente, et déphasée par rapport au signal
entrant.
e(t) = E0 sin (ωω t) et s(t) = A sin (ω ω t+ϕϕ)
[Link] – Identiication - p4
S0 j ϕ
On démontre que : H( j ω ) = e . On étudie alors le nombre complexe H(jω) dont le module est le
E0
S0
rapport d'amplitude et l'argument est la phase ϕ. Cette étude permet de caractériser complètement
E0
le système. Une des études possibles consiste à tracer les diagrammes de Bode1 : 20 log | H(jω) | et
Arg( H(jω) ).
2.1. Utilisation des tracés asymptotiques des diagrammes de Bode d'un 1er ordre
K K
H(p) = ⇒ H( jω ) =
1+ τ p 1 + jτ ω
Etude du module (en dB) : 20 log | H(jω) | = 20log(K) – 20log(1+jτω)
# Comportement du terme 20log(K) pour 20 log | H(jω) |
ω → 0 et ω → +∞
20log(K) = Cste Asymptote horizontale log(ω)
# Comportement du terme - 20log(1+jτω) pour 20 log | H(jω) |
ω→0
− 20log(1 + jτ ω ) → 0
ω →0
Asymptote horizontale 1/τ
ω→∞
log(ω)
− 20log(1 + jτ ω ) → − 20log(τ ) − 20 log( ω )
ω→∞
En abscisse semi-log, posons X = log(ω), ainsi le comportement à l'infini est une droite
d'équation :
Y = 20log(τ) + X Asymptote, droite de pente –20 dB par décade
1
Remarque : ces deux asymptotes se coupent en ω =
τ
Synthèse : on obtient le diagramme asymptotique de Bode par somme des deux précédents :
20 log | H(jω) | 20 log | H(jω) | 20 log | H(jω) |
+ =
log(ω) 1/τ log(ω) 1/τ
log(ω)
1
Hendrik Wade Bode (24 décembre 1905 - 22 juin 1982) Ingénieur, chercheur et inventeur américain d'origine
hollandaise. Diagramme de Bode mis au point en 1938.
[Link] – Identiication - p5
Etude du module : Arg(H(jω)) = Arg(K) - Arg(1+jτ ω) = - Arg(1+jτ ω)
ω → 0 : Arg(1 + jτ ω ) → 0
ω →0
π
ω → +∞ : Arg(1 + jτ ω ) → -
ω → +∞
2
1 π
Valeur particulière : ω = ⇒ Arg(1 + j) = -
τ 4
Arg ( H(jω) )
1/τ
log(ω)
- π/2
Remarque : ces deux graphiques sont placés l'un en dessous de l'autre.
Exemple de diagramme de Bode
[Link] – Identiication - p6
Conclusion : à partir de cette étude, il est simple d'identifier un système du premier ordre à partir de
sa réponse harmonique :
# Le gain est déterminé à partir de l'asymptote horizontale pour ω → 0, 20log(K)
# La valeur de la constante de temps est déterminée à l'intersection des asymptotes en 0 et en +∞,
avec pour plus de précision, la valeur de la pulsation obtenue pour un déphasage de –π/4.
III – Identification d'un système du second ordre pseudo-oscillant
L'identification d'un deuxième ordre pseudo-oscillant porte sur l'observation de la tangente
horizontale en zéro, de l'asymptote horizontale à l'infini, et des dépassements. Il y a trois
caractéristiques à déterminer : K, ξ et ω. On utilise pour cela l'étude mathématique de l'expression
temporelle de la sortie.
# La valeur de K est déterminée par lecture de la valeur finale, (asymptote horizontale) sans
oublier de diviser par A.
# Détermination de ξ : on utilise l'abaque des dépassements. Là encore il est judicieux de
vérifier sur deux dépassements, lorsque c'est possible.
# Détermination de ω : la mesure de la pseudo-période fournit une relation entre ξ et ω.
2π
On a : ω a = = ωm 1 − ξ 2 , on peut alors déterminer ω.
Ta
Une autre solution consiste à utiliser l'abaque du temps de réponse réduit en fonction de ξ. Le
temps de réponse réduit est : Trr = tr 5% × ωm .
# Enfin une étude détaillée de la fonction temporelle donne :
ξ πk
−
1− ξ 2
Dk % = e
[Link] – Identiication - p7
Abaque du temps de réponse réduit d'un système du deuxième ordre
Le temps de réponse réduit est : Trr = tr5%ωm
Abaque des dépassements d'un système du deuxième ordre
D%
100
50 D1
D2
D4
D3
10
D5
1
ξ
0,01 0,1 0,2 0,5 0,7