Cours de Mathématiques Financières
Cours de Mathématiques Financières
Polycopié du cours
Mathématiques Financières
Par
Mohamed Boumazgour
2024 - 2025
Table des matières
1 Intérêts simples 5
1.1 La valeur nominale, la valeur acquise, la valeur actuelle . . . . . . . . 5
1.2 Le taux d’intérêt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.3 Calcul de l’intérêt simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Taux moyen de plusieurs placements . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.5 Escompte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2 Intérêts composés 13
2.1 Calcul de la valeur acquise . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.2 Taux d’intérêts proportionnels, taux d’intérêts
équivalents . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.3 Taux annuel continu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
3 Annuités 19
3.1 Annuités constantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
3.1.1 Annuités en fin de périodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
3.1.2 Annuités en début de périodes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
3.2 Annuités variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
3.2.1 Les annuités quelconques de fin de période . . . . . . . . . . . 23
3.2.2 Les annuités quelconques en début de période . . . . . . . . . 24
3.2.3 Les suites d’annuités en progression arithmétique . . . . . . . 24
3.2.4 Les suites d’annuités en progression géométrique . . . . . . . . 27
1
2
4.1 Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
4.2 Tableaux d’amortissements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
4.3 Principe général du remboursement d’un emprunt indivis . . . . . . . 31
4.3.1 Remboursement par annuités constantes . . . . . . . . . . . . 31
4.3.2 Remboursement par amortissements constants . . . . . . . . . 32
4.3.3 Remboursement in fine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
4.3.4 Comparaison du montant des intérêts des trois modes classiques
du remboursement d’un emprunt indivis . . . . . . . . . . . . 35
Introduction
3
4
Chapitre 1
Intérêts simples
La valeur nominale d’un capital est celle qui sert de base aux calculs.
Cette valeur doit être associée à une date appelée date d’origine.
5
6
L’intérêt s’exprime par une valeur de base appelée taux d’intérêt : c’est
l’intérêt rapporté par un capital égal à une unité monétaire placé pendant
une unité de temps (Au maroc par exemple, l’unité monétaire est le DH et
l’unité de temps est l’année). Nous désignerons souvent ce taux d’intérêt,
dit taux annuel, par la lettre t.
I = C × t × n.
Remarque 1.3.1. L’intérêt simple ne se calcule que pour des durées inférieures à
l’année, c’est pourquoi nous utilisons souvent le taux mensuel ou taux journalier.
7
L’année est prise pour 360 jours et les mois sont comptés par leur nombre de jours
exact.
Si la durée est comptée en jours, alors l’intérêt acquis à la fin du placement est donné
par
C ×j×t
I= ,
36000
où j désigne le nombre de jours.
Si la durée est comptée en mois, alors l’intérêt acquis à la fin du placement est donné
par
C ×m×t
I= ,
1200
où m désigne le nombre de mois.
Exemple 1.3.2. Calculons l’intérêt produit à intérêts simples par un placement d’un
capital de 12000 DH au taux de 10.5% pendant 96 jours.
Notons I cet intérêt produit. Puisque
12000 × 96 × 10.5
I= = 336,
36000
alors l’intérêt est 336 DH.
Remarque 1.3.2. Si la durée de placement s’exprime d’une date à une autre, alors
on calcule le nombre de jours qu’on a réellement en comptant le dernier jour et en
ignorant le premier jour. Si par exemple, on place un capital de 30000 DH à intérêts
simples du 17 mars au 20 juin de la même année N au taux annuel de 12.5%, alors
l’intérêt produit par ce placement est donné par
30000 × 12.5 × 95
I= = .... (DH ).
36000
8
Exemple 1.3.3. La valeur acquise par un capital de 3000 DH placé à intérêts simples
à 8%, est égale, au bout d’un certain temps, à 3200 DH. Calculons la durée de ce
placement en mois.
3000 × n × 0.08
3200 − 3000 = ,
12
donc n = 10, c’est à dire la durée de placement est 10 mois.
Donc P3
k=1 Ck × jk × tk
tm = P 3 ·
k=1 Ck × jk
Le taux moyen pour n placements se définit de la même façon :
Pn
k=1 Ck × jk × tk
tm = P n ·
k=1 Ck × jk
9
1.5 Escompte
L’escompte commercial
C’est l’intérêt simple calculé à un taux indiqué par le banquier sur une
somme égale à la valeur nominale de l’effet et une durée allant du jour de
la négociation jusqu’au jour de l’échéance ; c’est la méthode appliquée en
pratique.
Soit V la valeur nominale de l’effet, valeur inscrite sur l’effet et payable
à échéance. Soit n la durée qui sépare la date de négociation (le jour de
la remise de l’effet à l’escompte) et l’échéance de l’effet. Soit t le taux
d’escompte. Alors l’escompte commercial, noté e, s’écrit comme suit
V ×n×t
e= ·
36000
10
a = V − e.
L’escompte rationnel
On dit que deux effets sont équivalents à une date déterminée, si escomptés
en même temps, ils ont la même valeur actuelle. Cette date est la date
d’équivalence.
Désignons respectivements par V1 et V2 les valeurs nominales des deux
effets, et par J1 et J2 les durées d’escompte en jour. Si t est le taux d’es-
compte, alors V1 –e1 = V2 –e2 , c’est à dire, que
V1 × j1 × t V2 × j2 × t
V1 − = V2 − ·
36000 36000
Exemple 1.5.1.
Détermonons à quelle date un effet de valeur nominale de 20000 DH à échéance du
15 avril est équivalent à un effet de 20435.68 DH à échéance du 14 juin de la même
année. Le taux d’escompte est supposé de 12, 6%.
Soit j le nombre de jours de la date d’équivalence au 15 avril. On sait que
V1 × j1 × t V2 × j2 × t
V1 − = V2 − ·
36000 36000
11
Donc on aura
20000 × j × 0.126 20435.68 × j × 0.126
20000 − = 20435.68 − ·
36000 36000
On obtient alors j = 43.985, soit 44 jours. Avant le 15 avril, les 44 jours corres-
pondent au 2 mars.
12
Chapitre 2
Intérêts composés
13
14
C1 = C + (C × t) = C(1 + t).
Cn = C(1 + t)n .
Exemple 2.1.1. Calculons la valeur acquise d’un capital de 5000 DH placé à intérêts
composés au taux annuel de 7% pendant 5 ans.
t
Puisque le taux périodique proportionnel au taux annuel t est k
, alors
d’après la formule de calcul des intérêts composés la valeur acquise en fin
d’année est
t
(1 + )k ≥ 1 + t.
k
Nous constatons donc qu’il y a pas équivqlences entre les deux modes de
versement d’intérêt. Pour avoir l’équivqlence la relation (1 + kt )k = 1 + t
doit être vérifiée. Le taux d’intérêt qui vérifie cette relation, noté tk , sera
appelé taux périodique équivalent au taux annuel t, et on a
1
tk = (1 + t) k − 1. (2.2.1)
Le produit ktk = jk est appelé taux annuel payable k fois par an.
Remarque 2.2.1. Puisque (1 + kt )k ≥ 1 + t = (1 + tk )k , on en déduit que t
k
≥ tk .
1
t4 = (1 + 0.14) 4 − 1 = 0.033299.
On sait que le taux équivalent tk d’un taux annuel t donné, vérifie (1+tk )k =
1+t. Il vient alors que k ln(1+tk ) = ln(1+t). Ces égalités sont valables quelque
soit le nombre de périodes contenues dans une année, et en particulier, si
ce nombre est suffisement large. Dans ce cas
t
Or 0 ≤ tk ≤ k
, donc limk→∞ = 0. On en déduit alors, que pour k assez
grand, ln(1 + tk ) ≈ tk . Par conséquent
Annuités
Définition 3.0.1. Les annuités sont des versements périodiques de sommes d’argent
pour soit pour rembourser une dette soit pour constituer un capital.
Lorsque les annuités sont égales, on parle d’annuités constantes, alors que lorsque leur
montant varie d’une période à une autre, on parle d’annuités variables.
Les annuités peuvent être perçues ou versées en début de période ou en fin de période.
19
20
La valeur acquise
La valeur acquise par une suite d’annuités constantes de fin de période
est la somme des valeurs acquises à la même date par cacun des termes
constituant cette suite.
(1 + t)n − 1
=a
(1 + t) − 1
(1 + t)n − 1
=a ·
t
car il s’agit de la somme de termes d’une suite géométrique de raison 1 + t.
Le capital total versé est 10 × 2000 = 20000, donc l’intérêt produit est
8973.124 DH.
21
La valeur actuelle
On appelle valeur actuelle d’une suite d’annuités constantes de fin de
période, la somme des annuités actualisées V0 exprimée à la date origine.
Dans ce cas nous avons
1 − (1 + t)−n
= a(1 + t)−1
1 − (1 + t)−1
1 − (1 + t)−n
=a ·
t
Quelle est la valeur actuelle de ses placements sur 5 ans ? On suppose que
le taux d’actualisation est 8%.
1 − (1 + 0, 08)−5
Va = 5000 ×
0, 08
= 19963, 55.
La valeur acquise
Si on considère que les flux sont versés en début de période, alors la valeur
22
(1 + t)n − 1
= a(1 + t)
(1 + t) − 1
(1 + t)n − 1
= a(1 + t) ·
t
La valeur actuelle
La valeur actuelle dans ce cas est donnée par
1 − (1 + t)−n
=a
1 − (1 + t)−1
1 + t 1 − (1 + t)−n
=a
1 + t 1 − (1 + t)−1
1 − (1 + t)−n
= a (1 + t) ·
t
Exemple 3.1.3. On décide de placer, régulièrement, à la fin de chaque année, la
somme de 5250 DH. Calulons la valeur actuelle de nos placements sur 5 ans. Le taux
d’actualisation est t = 8 %.
−n
Notons V0 la valeur actuelle recherchée. On sait que V0 = a 1−(1+t)
t
, où a = 5250
DH, n = 5 et t = 8 %. Donc V0 = 20961.73 DH
On sait que
(1 + 0.08)20 − 1
V20 = 10000 ×
0.08
23
La valeur acquise
Soit
n
X
Vn = ap (1 + t)n−p ·
p=1
La valeur actuelle
Soit
n
X
V0 = ap (1 + t)−p ·
p=1
24
La valeur acquise
Soit n
X
Vn = ap (1 + t)n−p+1 ·
p=1
La valeur actuelle
V0 = a1 + a2 (1 + t)−1 + · · · + an (1 + t)−n+1 .
Soit n
X
V0 = ap (1 + t)−p+1 ·
p=1
La valeur acquise
On pose
L = a + a(1 + t) + · · · + a(1 + t)n−1
et
S = (n − 1)r + (n − 2)r(1 + t) + · · · + 2r(1 + t)n−3 + r(1 + t)n−2 .
(1 + t)n − 1 (1 + t)n − 1
S=a =a ·
(1 + t) − 1 t
(1 + t)n − 1
= − nr
(1 + t) − 1
(1 + t)n − 1
= − nr.
t
Il vient alors que
r (1 + t)n − 1 r
S= −n ·
t t t
Puisque Vn = L + S, nous arrivons ainsi à
(1 + t)n − 1 r (1 + t)n − 1 r
Vn =a + −n
t t t t
r (1 + t)n − 1 r
=(a + ) −n ·
t t t
Exemple 3.2.1. Calculons le capital acquis par une suite de 5 annuités en progression
arithmétique de raison r = 100 DH sachant que le montant du premier versement est
a = 1000 DH et le taux t = 5%.
26
r (1 + t)n − 1 r
V5 =(a + ) −n
t t t
5
100 (1 + 0.05) − 1 100
=(1000 + ) −5
0.05 0.05 0.05
=6576, 894 (DH).
La valeur actuelle
V0 =Vn (1 + t)−n
r (1 + t)n − 1 r
=(1 + t)−n (a + )
−n
t t t
r 1 − (1 + t)−n r
= a + + nr −n ·
t t t
La valeur acquise
Puisque
(a + (n − 1)r) + (a + (n − 2)r)(1 + t)
+ · · · + (a + 2r)(1 + t)n−3 + (a + r)(1 + t)n−2 + a(1 + t)n−1
r (1 + t)n − 1 r
= (a + ) −n ,
t t t
alors
r (1 + t)n − 1 r
Vn = (a + )(1 + t) − n (1 + t)·
t t t
La valeur actuelle
r 1 − (1 + t)−n r
V0 = a + 1+t − n (1 + t)−n+1 ·
t t t
Si q ̸= 1 + t, alors
(q −1 (1 + t))n − 1 (1 + t)n − q n
Vn = aq n−1 = a ·
q −1 (1 + t) − 1 (1 + t) − q
Vn = naq n−1 .
La valeur actuelle
a (1 + t)n − q n
Vn = ·
(1 + t)n (1 + t) − q
La valeur acquise
(1 + t)n − q n
Vn = a(1 + t) ·
(1 + t) − q
La valeur actuelle
4.1 Définition
An = Mn + tRn−1 ,
29
30
Ap = Mp + Ip = Mp + (Cp−1 × t)
31
et
Ap+1 = Mp+1 + Ip+1 = Mp+1 + (Cp × t).
Donc
A = (1 + t)Mn .
32
= M1 × 1 + (1 + t) + · · · + (1 + t)n−1
(1 + t)n − 1
= M1 × ·
t
D’où
t
M1 = C0 × ·
(1 + t)n − 1
Puisque la valeur actuelle des annuités est égale à C0 , alors
1 − (1 + t)−n
C0 = A × ,
t
ou encore,
t
A = C0 × ·
1 − (1 + t)−n
C0
1. La suite des annuités (ak )1≤k≤n est arithmétique de raison −t × . Cela
n
découle de l’équation
ak+1 − ak = mk+1 − mk (1 + t)
C0
en posant mk+1 = mk = ·
n
n−k+1
2. Le montant des intérêts Ik , supporté à la date k, s’élève à : t × C0 × ·
n
En effet, on utilise Ik = tCk−1 et Ck−1 = mk + · · · + mn ; sans oublier bien sûr
C0
que l’on a mk = · · · = mn = ,
dans le cas du remboursements par amortis-
n
sements constant. Il vient alors que le montant total des intérêts, nk=1 Ik ,
P
n+1
vaut t × C0 × 2
·
Exemple 4.3.1. Soit un emprunt de 150 000 Dhs contracté sur une durée de
5 ans à un taux annuel de 4% et remboursable par amortissements annuels
constants. Son tableau d’amortissement est le suivant :
k Ck−1 Ik mk ak
1 150 000 6 000 30 000 36 000
2 120 000 4 800 30 000 34 800
3 90 000 3 600 30 000 33 600
4 60 000 2 400 30 000 32 400
5 30 000 1 200 30 000 31 200
la façon suivante :
k Ck−1 Ik mk ak
1 20 000 26 300
2 120 000 25 400
.. .. .. .. ..
. . . . .
7 20 000 20 900
On a :
— La durée de cet emprunt est 7 ans, car m7 = C6 et C6 > 0.
— Le principal C0 = C1 + m1 s’èlève à 120 000 + 20 000, soit 140 000 Dhs
— Le taux d’intérêt est de 4, 5% : on a
I
z }|7 {
a7 − C 6 20 900 − 20 000
t= × 100 = × 100 = 4, 5.
C6 20 000
4, 5 7+1
— Le montant des intérêts s’élève à × 140 000 × , soit 25 200 Dhs.
100 2
m1 = m2 = · = mn−1 = 0 et mn = C0 .
Exemple 4.3.3. Soit un emprunt de 150 000 Dhs contracté sur une durée de 5
ans à un taux annuel de 4% et remboursable in fine. Son tableau d’amortisse-
ment est le suivant :
k Ck−1 Ik mk ak
1 150 000 6 000 0 6 000
2 150 000 6 000 0 6 000
3 150 000 6 000 0 6 000
4 150 000 6 000 0 6 000
5 150 000 6 000 150 000 156 000
Une comparaison, du montant des intérêts des trois modes classiques du rem-
boursement d’un emprunt indivis, est donnée par la double inégalité suivante :
Ik amortissement constant ≤ Ik annuités constantes ≤ Ik in fine .
Lemme 4.3.1. Soient a et b deux nombres réels tels que 0 < a ≤ b ; la fonction
1 − λa
λ −→ est décroissante sur ]0, 1[. Par conséquent, on a :
1 − λb
a 1 − λa
≤ ≤ 1.
b 1 − λb
λa − 1
f (λ) = b · Le calcul de la dérivée de f (λ) est :
λ −1
aλa−1 · (λb − 1) − bλb−1 · (λa − 1)
f ′ (t) =
(λb − 1)2
λa−1 (a − b) λb + b λb−a − a
= ·
(λb − 1)2
Donc, sur ]0, 1[, le signe de f ′ (λ) dépend de celui de u(λ) = (a−b) λb +b λb−a −a.
Pour parvenir à étudier le signe, sur ]0, 1[, de u(λ), on commence d’abord
par étudier celui de u′ (λ) sur l’intervalle ]0, 1[ : on a
L’hypothèse 0 < a ≤ b conduit à u′ (λ) ≥ 0 sur ]0, 1[. Cela entraı̂ne que
u(λ) est croissante sur ]0, 1[. Par conséquent, on a u(λ) ≤ u(1) = 0, pour
tout λ ∈]0, 1[. Dès lors, on obtient f ′ (λ) ≤ 0 sur ]0, 1[. On conclut alors
que f (λ) est décroissante sur ]0, 1[. On en déduit que l’on a limλ→1 f (λ) ≤
f (λ) ≤ limλ→0 f (λ). Or limλ→1 f (λ) = ab , en vertu de la règle de Guillaume De
L’Hospital ; cela achève la preuve du résultat ci-dessus.