The New peasantries : struggles for autonomy and sustainability in an era of Empire and Globalization
Extrait du Revue du Mauss permanente
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Jan Douwe Van der Ploeg
The New peasantries :
struggles for autonomy and
sustainability in an era of
Empire and Globalization
- Lectures - Recensions -
Date de mise en ligne : samedi 12 juillet 2008
Revue du Mauss permanente
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The New peasantries : struggles for autonomy and sustainability in an era of Empire and Globalization
Face à lempire de lagro-business : le principe
paysan
Louvrage de Jan Douwe Van der Ploeg analyse la situation, le rôle et le sens du paysannat dans un contexte de
globalisation, en particulier celui des « empires » des marchés agricoles et des multinationales de lagro-industrie. Il
défend lexistence dune condition paysanne caractérisée par la lutte pour lautonomie, moyennant lautogestion de
ressources partagées et des initiatives associatives. Cette condition paysanne conduit à adopter ou à adapter un
mode de production paysan qui est fondamentalement différent de celui de lentreprise agricole ou de
lagro-business.
Largumentation est fondée sur trois études longitudinales (sur 30 ans) au Pérou, en Italie et au Pays Bas, qui offrent
un matériel original dans des situations contrastées en matière de développement rural et dévolution des structures
agraires.
Lauteur montre comment les agricultures familiales du Nord et du Sud confrontées à la dépendance croissante de
marchés globalisés adoptent ou réactualisent des formes de résistance ou de distanciation de la logique
productiviste capitaliste. Le nouvel Empire, ce sont, entre autres, les firmes transnationales qui pratiquent un
capitalisme sauvage, prédateur de ressources naturelles et pour le moins agressif, y compris dans les pays
industrialisés (cf les relations aux producteurs des grandes centrales dachat des réseaux dhypermarchés). Ces
différentes pratiques de résistance caractérisent selon lauteur, un processus de reconstruction du paysannat ou «
re-peasantization », y compris dans des pays européens industrialisés, là où les sociétés paysannes telles que
décrites par lanthropologie (Wolf, 1966) ou la sociologie (Mendras, 1976, 2000) ont disparu.
Par ailleurs, Van der Ploeg considère que ce processus constitue une des alternatives aux crises économiques,
sociales, alimentaires et écologiques auxquelles conduit inévitablement la globalisation capitaliste des marchés et
des systèmes de production agricoles.
Les caractéristiques de ce processus de reconstruction paysanne qui semble à première vue paradoxal relèvent de
plusieurs facteurs. Mais le premier des paradoxes que pose Van der Ploeg est de comprendre pourquoi ce
processus a jusquà présent été ignoré par la science (pp 18-19), comme si il était caché (Martins, 2003) ou invisible
(Sabourin, 2007a)
Il avance plusieurs explications pertinentes. La première tient à lassimilation rapide mais « virtuelle » du fait que
lagriculture constituerait un secteur économique comme les autres (commerce et industrie) ignorant les réflexions de
Polanyi (1944) sur les impasses de la marchandisation de la terre et du travail (p 20). Or il constate au contraire :
Quil existe des limites de la transition du mode de production paysan au modèle de lentrepreneur agricole qui
tiennent aux différences essentielles (mais le plus souvent niées ou ignorées) entre la théorie économique et les
pratiques imposées par la nature de lactivité agricole : celle des réalités biologiques, mais également sociales et
humaines inhérentes à la production agricole.
La contradiction fondamentale entre ces pratiques incontournables et lidentité récente dentrepreneur agricole
conduit à des biais ou à des déviances par rapport à la théorie économique ;
Le fait que ces déviances, interprétées comme des imperfections temporaires, soient systématiquement ignorées
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du point de vue théorique, a conduit à créer des réalités virtuelles et un modèle dagriculteur virtuel (Ploeg, 2003),
qui, du coup, ne permettent pas dadapter les politiques publiques aux situations concrètes et ne contribuent en rien
au développement dunités de production durables.
La seconde explication réside dans linadaptation des « peasant studies » (p21) :
par la séparation artificielle entre un système paysan dautosubsistance « sous-développé » et un système
agricole dentreprise dit « développé » et lié au marché capitaliste, alors que les deux systèmes évoluent selon une
articulation dynamique ;
par la survalorisation du modèle de la société paysanne négligeant létude des pratiques spécifiques au mode de
production paysan (techniques, institutionnelles et symboliques) ;
par linsistance donnée à la subordination du paysannat plutôt quà ses capacités de résistance et dorganisation
au Nord comme au Sud ;
par les difficultés de lanalyse marxiste comme de lapproche néo-classique à intégrer la capacité de
modernisation du mode de production paysan : adaptation à diverses catégories de marchés, mobilisation de
sources de revenus via des activités complémentaires (pluriactivité), valorisation dactivités multi-niveau,
multidimensionnelles et multifonctionnelles (Losch 2004, Groupe Polanyi, 2008).
par la difficulté à appréhender les systèmes paysans comme des processus dynamiques présentant une
hétérogénéité et donc, divers « degrés de paysannat ».
Van der Ploeg insiste sur le besoin dune définition positive et substantive des paysans, en fonction de ce quils sont
et non « de ce quils ne sont pas ».
Il propose une définition de la condition paysanne, définie par six caractéristiques : une relation de coproduction avec
la nature (p 24) ; la construction et autogestion dune base autonome de ressources propres (terre, fertilité, travail,
capital) (p25) ; une relation différenciée avec des marchés diversifiés autorisant une certaine autonomie (p27) ; un
projet de survie et de résistance lié à la reproduction de lunité familiale (p30) ; la pluriactivité (Schneider, 2003) ; la
coopération et les relations de réciprocité (p 48) (Sabourin, 2007 a et b).
Cest donc lexpression diversifiée de la nature hétérogène de cette condition paysanne qui conduit à différents types
de mode de production paysan, construits autour de caractéristiques communes : une relation intime avec des
ressources naturelles vivantes, mais limitées (capital écologique) ; lintensification du travail et la valorisation de
lentraide réciproque ; une distanciation institutionnalisée des règles du marché capitaliste associée à la capacité
dautonomie par rapport au monde capitaliste.
Mais le principal intérêt de louvrage, cest quà partir de cette réflexion théorique et méthodologique critique, au long
des trois cas, Van der Ploeg parvient à construire les fondements dun principe paysan qui est enrichi et développé,
en approfondissant les bases théoriques proposées au départ. Cet enrichissement est possible à partir des études
de cas extrêmement travaillées et documentées de par la richesse du matériel analysé sur le temps long, notamment
les pratiques paysannes et les raisons ou justifications de ces pratiques en particulier face au système agro-industriel
transnational.
Ce principe paysan correspond à un projet économique et social rustique mais robuste car éprouvé par plusieurs
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millénaires de pratiques et de résistances, en ce sens il donne une orientation à la notion de condition paysanne : «
The peasant condition assumes agency in order to realize the choreography &It is only through active and
goal-oriented involvement that the peasant condition will progressively unfold ».
Van der Ploeg oppose cette continuité et robustesse des systèmes paysans à la fragilité ou précarité du système des
empires agro-industriels qui en quelques décennies sont parvenus à détruire une grande partie des ressources
naturelles agraires de notre planète. Lauteur montre comment lEmpire Parmalat détruisait également la valeur du
travail paysan et la valeur ajoutée des coopératives ou des agro-industries de taille humaine (pp.98-99).
Ce principe paysan est caractérisé par une série de réponses des agriculteurs concernés par la condition paysanne.
La première est la capacité de coordination et de coopération en matière de résistance à lEmpire (luttes collectives,
communautaires, défenses de patrimoines communs naturels ou identitaires, (cf p 260 et Scott, 1976 et 1986). En ce
sens, lEmpire provoque de nouvelles agressions, donc de nouvelles résistances qui conduisent à la reconstruction
de formes de paysannat par les luttes, à lexemple des petits irrigants de Piura au Pérou ou des Sans Terre au Brésil
(pp 261-262). Dans plusieurs des cas étudiés, la résistance ne se limite pas à la défense des facteurs de production
mais à la relation identitaire et symbolique à la terre, qui parfois, pour se perpétuer doit emprunter des stratégies de
contournement via la pluriactivité ou la migration.
Parmi les réponses « nouvelles » ou modernes, le principe paysan compte des innovations technologiques de nature
paysanne comme lagro-écologie ou de nature institutionnelle comme les coopératives territoriales en Frise, les
réseaux de semences paysannes ou les marchés citoyens. Ce sont autant dinitiatives « solidaires » qui donnent de
la visibilité aux paysans (qui créent du nom, du prestige, comme dans le cas des dispositifs de qualification des
produits) au contraire des structures de lEmpire qui les maintiennent anonymes, invisibles et exploités (p 269).
Le principe paysan est également associé aux performances supérieures du mode de production paysan par rapport
à celles de lentreprise agro-industrielle en termes defficacité dutilisation des ressources (eau, terres, travail), de
relation nature/société, de qualité des produits, de qualité de la vie et dintégration ou dinclusion sociale (cf le cas
des sans terre au Brésil) (p 276 et suivantes).
Une première synthèse des caractéristiques du projet paysan pour le troisième millénaire, rigoureusement exposé
par Ploeg au long des trois cas, renvoie invariablement à deux principaux types de relation : coopération et
réciprocité dune part, partage de ressources dautre part, qui peuvent être considérées, de par leur récurrence,
comme des structures sociales et économiques des mondes paysans.
Mais les études de cas font toutes également référence à une série de valeurs partagées :
valeurs communales à Catacaos (Pérou) (p 61) : unité et indestructibilité de la communauté, responsabilité
démocratique de tous les membres, égalité des droits et devoirs, accès à la richesse par le travail, priorité à la
satisfaction des besoins élémentaires de tous, solidarité de classe ;
valeurs partagées en Frise-Pays Bas (p 190) : force de la communauté, unité entre homme et nature,
responsabilité vis-à vis des ressources naturelles, du territoire et des générations futures, efficacité dans lusage des
ressources et qualité des produits, confiance entre partenaires et résilience de lorganisation coopérative, solidarité,
qualité de la vie et amitié : « satisfaction et joie » ou encore valeurs esthétiques : « la beauté de lengagement dans
la production agricole » (p 275).
économie morale des entrepreneurs agricoles et des paysans de Parme (pp 114, 140, 162) : qualité du travail
bien fait, qualité des produits, qualité de la vie, références à la tradition et au savoir faire ancestral, respect des
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normes, des contrats (y compris ceux du marché)&
Ces valeurs, même si elles ont, bien sur, une incidence directe sur la production, la circulation des produits et sur le
bien-être des familles, sont autant de valeurs morales, éthiques ou affectives. La diversité des lieux, de lhistoire, des
contextes sociopolitiques et des formes de paysannat permet-elle détablir une corrélation entre la défense de ces
valeurs éthiques partagées et la nature paysanne des modes de production ? Quel serait donc le point commun ?
Pour moi ce sont les relations sociales et économiques structurantes que lon retrouve derrière ces valeurs.
En effet, si lon examine les propositions récentes de la théorie de la réciprocité (Scubla, 1985 ; Temple, 1998 et
2003, Godbout, 2004 et 2007), il existe bien une relation entre les structures de réciprocité décrites (entraide,
coopération, partage de ressources, transfert de patrimoine, marchés de proximité et de réciprocité, contrôle social
de filières courtes et de marchés de proximité diversifiés) et la nature des valeurs éthiques qui y sont associées&
La question, qui se pose également à propos du concept de capital social, est bien de savoir doù proviennent ces
valeurs ? Selon la théorie de la réciprocité, ces valeurs éthiques ne sont pas données culturellement ou innées. Elles
sont construites, socialement et politiquement, dans la mesure où elles sont engendrées et reproduites par certaines
formes de réciprocité. Il sagit des structures de réciprocité symétrique (structures en équilibre par opposition aux
formes de réciprocité inégalitaires ou asymétriques).
Ces structures peuvent être binaires et bilatérales (compérage, entraide), ternaires et unilatérales (transmission de
patrimoine et solidarité entre génération), ternaires et bilatérales (partage de ressources ou de responsabilités). On
rencontre également des structures de réciprocité généralisée ou multilatérale (Gardin, 2006) dans le cas des
marchés de réciprocité (typiques des systèmes andins ou africains) où la formation des prix est socialement
contrôlée en fonction des besoins de la communauté.
Si ces structures de réciprocité se sont perpétuées ou peuvent être reconstruites et actualisées par les paysans au
cours des siècles, cest bien, entre autres, parce quelles permettent de reproduire des valeurs éthiques auxquelles
ils sont attachés. Cest bien parce que les paysans défendent un projet social et humain autour de ces valeurs, un
projet de vie et de production.
Cest dailleurs à ce type dapprofondissement de la notion de « principe paysan » quinvite lauteur en conclusion de
louvrage. Pour Jan Douwe van der Ploeg, le principe paysan doit-être considéré comme la capacité de la condition
paysanne à se projeter dans le futur, c'est-à-dire à défendre des valeurs, matérielles mais également éthiques et
morales, à défendre un projet social.
Parmi les caractéristiques du principe paysan lauteur qualifie de « mécanismes alternatifs de conversion de la valeur
» (p269) des dispositifs qui permettent aux paysans (et aux consommateurs) au moyen de relations de réciprocité (p
270), de ne pas avoir recours au marché déchange capitaliste dans lequel lEmpire transforme tout bien et toute
relation en valeur déchange marchand.
Lexpression « conversion de la valeur » prend tout son sens au regard de la théorie de la réciprocité. En fait il sagit
de deux principaux types de dispositifs. Dun côté on retrouve des mécanismes fondés sur des relations de
réciprocité symétrique (entraide, partage de ressources, mutualisation de services) qui associent à la production ou à
la circulation de valeurs matérielles, la production de valeurs éthiques. De lautre on voit apparaître des dispositifs «
de conversion » ou dinterface qui permettent une articulation entre système déchange marchand et système de
réciprocité, comme la vente directe (relation directe producteurs/consommateurs), la qualification des produits (qui
protège de la concurrence du système déchange capitaliste et créée de lidentité) ou encore des formes hybrides
combinant échange marchand et réciprocité, comme le mouvement Slow Food (p 270).
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En conclusion, parmi les principales contributions de louvrage, je retiendrai trois éléments clef :
La critique des « peasant studies » montre que la fin des sociétés paysannes ne signifie pas automatiquement la
fin des paysans et leur transformation en entrepreneurs agricoles ou familiaux au Nord comme au Sud. Et ce, pour
établir un parallèle, de même quun indien des Andes émigré dans les barriadas de Lima ne se transforme pas non
plus forcément en prolétaire mobilisé dans la lutte des classes.
La construction du concept de condition paysanne et lactualisation au contexte du troisième millénaire, du mode
de production paysan comme antithèse du modèle de lempire agro-industriel : « Parmalat a-t-elle produit de la
valeur ? » (p 96)
Lébauche dun principe paysan, qui permet de dialoguer avec le principe de réciprocité (au sens de logique ou
principe économique et social) en particulier avec lidentification récurrente dans les cas étudiés de structures de
réciprocité symétrique (entraide, partage de responsabilités, partage de ressource&) associées à la production de
valeurs éthiques (amitié, égalité, confiance, responsabilité&) considérées par les communautés rurales ou
paysannes comme des valeurs partagées.
Jajouterai en ce qui concerne la forme que ce livre est écrit comme un roman à facettes. Chaque chapitre raconte
une histoire, celle de paysans, dentrepreneurs et dentreprises et lanalyse est illustrée à la fois par de nombreuses
données et par des témoignages dacteurs.
Brasília, juin 2008
Eric Sabourin, CIRAD, Département Environnement et Sociétés, UPR Politiques et marchés
sabourin@[Link]
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