L’engagement a été toujours l’apanage de la littérature, l’écrivain s’en sert pour traduire ses prises de
position touchant les débats qui marquent son époque. C’est également un truchement efficace pour
militer contre toute forme de cœrcition, aboutir à l’émancipation, ou résister à l’institutionnalisation.
Dès lors ; « l’engagement de l’écriture repose sur une conception transitive du langage, qui favorise
une communication directe et claire entre l’auteur, le texte, les personnages et le lecteur.
L’engagement de l’œuvre dans l’actualité historique et celui de l’auteur dans la réalité sociopolitique
de son temps doivent coïncider ». (Marie Bornard, Témoignage et fiction, Genève, Droz, 2004,
p.22).Néanmoins, la littérature engagée est un phénomène qui n'appartient pas exclusivement à
notre temps. Mais la prise de conscience, à la fin du XIXe siècle, de la spécificité de la « littérature »,
en opposition avec le langage utilitaire, va conduire le siècle suivant à des attitudes extrêmes.
Écrivains et critiques oscillent entre une conception de l'œuvre comme fin en soi et un rêve
d'efficacité, de prise directe sur le monde. L'œuvre devient, dans le second cas, une arme idéologique
tournée vers la vie sociale, politique, intellectuelle ou religieuse du moment. Au XIXe siècle, l'écrivain
se voit déjà en « mage » ou en témoin privilégié. Mais, défenseur de valeurs humanistes ou
esthétiques intemporelles, il tient le monde réel à distance, la gratuité de l'œuvre étant le garant de
sa spiritualité et la manifestation de sa rupture avec le temporel. Mais les intellectuels écrivains de
l'entre-deux-guerres et au-delà, jusqu'aux années 1960, ne se contentent plus d'être des clercs au
service de l'art ou les défenseurs de valeurs transcendantes. Ils vont au contraire empoigner la réalité
et l'actualité à bras-le-corps et intervenir directement par leurs écrits et par leurs actes. Plusieurs
facteurs ont entraîné ce renversement d'attitude.
C’est ainsi, dans la poésie, le poète s’engage à dénoncer les tares de la société et participe
pleinement à la marche de la cité. C’est un guide qui sort de sa torpeur l’individu qui contemple avec
ses yeux de simple spectateur l’injustice dont il est victime. A ce propos, Lamartine disait que « honte
à ce qui peut chanter pendant que Rome brule ». En outre, le romancier s’engage également à
dénoncer les tares de la société tout comme le poète et le dramaturge dans ses mises en scènes et
ses écrits. Ainsi, dans Une Vie de Boy de Ferdinand Oyono, l’auteur retrace la colonisation, la naïveté
des noirs exploités et dominés par les blancs qui usaient de leur mythe d’invincibilité. De même, le
dramaturge peint les vices et traditions de la société en dénonçant toute sa négativité. Dans Phèdre,
Racine fustige l’adultère et l’inceste, il tend à corriger les défauts pour une bonne marche de la
société.
D’ailleurs, en 1948, Jean-Paul Sartre élabore Qu’est-ce que la littérature ; le manifeste d’une
littérature engagée, où l’écrivain est muni d’un devoir « moral » envers sa société d’appartenance, et
les débats de son temps. La perspective sartrienne de l’engagement s’étaie sur le leitmotiv de la
responsabilité. Ainsi, dès qu’il accomplit un acte physique ou moral, le littérateur ne peut point
retourner en arrière, et doit assumer son choix jusqu’au bout, parce qu’un lettré qui faillit à sa
responsabilité est un être non récupérable, condamné à une non-existence, « l’écrivain a choisi de
dévoiler le monde, et singulièrement, l’homme aux autres hommes pour que ceux-ci prennent en
face de l’objet, ainsi, mis à nu leur entière responsabilité. » (Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la
littérature ?). Dès lors, on convient que la littérature a la vocation engagée en vue de participer à la
marche de la cité. Mais telle n’est pas la seule vocation de la littérature en partant ou se référant à
son sens principal actuel.
Par ailleurs, La littérature présente le paradoxe inhérent au fait qu’elle soit à la fois art et langage,
de s’inscrire dans une dimension universelle mais aussi actuelle. Nombre de polémiques ont eu lieu,
sur la fonction qu’elle devait ou non adopter, d’être utile ou d’être seulement expression artistique,
sans autre légitimité que d’exister. Théophile Gautier et les tenants de « l’art pour l’art » allaient
jusqu’à refuser toute utilité à la littérature, proclamant que « tout ce qui est utile est laid, il n’a de
vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ».
Qu’elle soit en prose ou en vers, la littérature, dans la continuité de ses origines magiques et
religieuses, devient le support d’une perpétuelle recherche sur les pouvoirs du langage. L’histoire de
la littérature, en se fondant sur la pérennité des œuvres écrites, recense les modèles de
représentation, les sujets, les thèmes, les genres, l’imaginaire et le style qui sont à l’origine d’une
civilisation.
Alors que la littérature moderne pourrait se comprendre à travers les rapports qu’entretiennent les
écrivains avec la société et la tradition, la popularisation de la culture par les mass média s’accomplit
surtout sous le signe du divertissement. Mais que l’on s’accorde à y voir un simple divertissement, un
artifice trompeur ou une nécessaire réponse aux préoccupations humaines, la littérature n’en met
pas moins en jeu toutes les virtualités du langage pour exprimer l’infini variété de l’expérience
humaine. Cependant, certains poètes considèrent que la poésie doit nécessairement être lyrique. Du
coup, cela traduit que la poésie n’a pas la seule vocation de se limiter à la dénonciation des maux de
la société, elle peut remplir d’autres fonctions. Par ailleurs, dans le roman, Descartes dit « le roman
n’a pas de délivrer un message mais le roman c’est l’évasion ». En plus, beaucoup de dramaturges
assignent au théâtre une finalité divertissante. Ainsi, Molière disait que le but du théâtre est de
« châtier les mœurs tout en faisant rire ». Cependant, la littérature, comme tous les genres
littéraires, a cette vocation première de divertissement, d’évasion et de distraction.