Exposé : Module II — Politiques budgétaires et Politique monétaire
Introduction
La politique économique conjoncturelle utilise principalement deux
outils fondamentaux : la politique budgétaire et la politique
monétaire. Ces deux instruments permettent d’influencer la
conjoncture économique d’un pays à court terme, en jouant sur la
demande globale.
I. Politique budgétaire
1. Définition et objectifs
La politique budgétaire consiste à utiliser le budget de l’État —
c’est-à-dire les recettes (T), les dépenses (G) et leur solde (T-G) —
pour influencer l’économie.
Ses objectifs sont :
• Stimuler la croissance économique
• Lutter contre le chômage
• Réduire les déséquilibres conjoncturels (inflation,
récession)
2. Instruments
• Le budget de l’État
• Les dépenses publiques
• Les recettes fiscales
• Le solde budgétaire (excédent ou déficit)
Ces éléments agissent aussi comme stabilisateurs automatiques,
c’est-à-dire qu’ils régulent l’économie sans action volontaire (par
exemple, les allocations chômage augmentent en période de
crise).
3. Types de politique budgétaire
• Politique budgétaire restrictive : utilisée en cas de
surchauffe économique pour réduire la demande globale
(diminution des dépenses, augmentation des impôts).
• Politique budgétaire expansive : utilisée en cas de
récession pour stimuler la demande globale (augmentation des
dépenses publiques, réduction des impôts).
4. Conditions d’efficacité
• Conditions politiques : clairvoyance, probité, bonne
gouvernance.
• Conditions techniques :
• Faible propension à importer
• Forte propension à consommer
• Demande de monnaie élastique au taux d’intérêt
• Investissement peu sensible au taux d’intérêt
Exemples de règles
• Règle d’or : le déficit ne doit pas dépasser l’investissement
net.
• Règle d’endettement : dette publique ≤ 40 % du PIB.
5. Contraintes
• Effet d’éviction : l’investissement public augmente les taux
d’intérêt et décourage l’investissement privé.
• Équivalence ricardienne : les agents anticipent que la dette
publique future sera financée par des impôts futurs, donc ils
épargnent plus, annulant les effets de la relance.
• Effets de fuite : relance budgétaire augmente les
importations.
• Effet cliquet : difficile de réduire les dépenses publiques
une fois augmentées.
II. Politique fiscale
1. Définition et objectif
La politique fiscale est une composante de la politique budgétaire
axée sur les impôts. Elle sert à :
• Financer les dépenses publiques
• Réduire les inégalités
• Influencer les comportements économiques
2. Instruments
• Impôt direct : prélevé directement (ex. : impôt sur le
revenu, sociétés).
• Impôt indirect : inclus dans les prix (ex. : TVA).
3. Fonctions économiques de l’impôt
• Financement de l’État (doctrine du bénéfice)
• Incitations fiscales : pour encourager ou décourager
certains comportements.
4. Contraintes
• Évitement fiscal (optimisation, évasion, fraude)
• Effets pervers :
• Distorsions économiques
• Réduction de l’offre de travail
Courbe de Laffer
Elle montre qu’un taux d’imposition trop élevé réduit les recettes
fiscales, car il décourage le travail ou pousse à la fraude.
III. Politique monétaire
1. Définition et objectifs
La politique monétaire ajuste l’offre de monnaie pour stabiliser
l’économie, notamment les prix et la croissance.
Objectifs :
• Lutte contre l’inflation
• Absorption du déficit extérieur
• Stabilité monétaire et taux de change
2. Instruments
Deux catégories :
• Instruments directs :
• Encadrement du crédit
• Sélectivité des crédits
• Instruments indirects :
• Taux d’intérêt : coût du crédit
• Taux de réserve obligatoire : pour limiter ou favoriser les
crédits bancaires
• Refinancement (réescompte) : les banques se refinancent
auprès de la Banque centrale
• Open Market : achat/vente de titres publics par la Banque
centrale pour ajuster la liquidité bancaire
3. Efficacité
Pour qu’elle soit efficace :
• L’augmentation de la masse monétaire doit faire baisser
les taux d’intérêt
• La baisse des taux doit stimuler l’investissement
• Mais l’efficacité dépend aussi de la confiance des agents
économiques et de la structure bancaire.
4. Politique monétaire de la BCEAO
• Objectif principal : stabilité des prix
• Instruments :
• Taux directeurs : 2,5 % (soumission), 3,5 % (prêt marginal)
• Réserves obligatoires
• Open Market et refinancement
5. Critiques
• Monétaristes (Friedman) : à long terme, la monnaie
n’affecte que les prix, pas la production.
• Courbe de Phillips : relation inflation-chômage n’est pas
stable dans le temps (anticipations).
• Crédibilité de la politique monétaire :
• Existence d’un taux de chômage naturel
• Nécessité d’une politique cohérente dans le temps (règle
de Taylor)
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Conclusion
La politique budgétaire et la politique monétaire sont des outils
puissants, mais chacun a ses avantages, limites et conditions
d’efficacité. Leur bonne coordination est essentielle pour garantir
la stabilité macroéconomique et favoriser une croissance durable,
surtout dans des économies ouvertes comme celles de l’UEMOA.