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Introduction à la sociologie et ses enjeux

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Sociologie

INTRODUCTION À LA SOCIOLOGIE
Introduction
- C’est quoi la recherche en sociologie ?
- Que cherchent les sociologies et comment ?
- Quelle place, quel rôle dans la société ?
• Plan du cours :
1. Qu’est-ce que la sociologie ?
2. Les fondations de la sociologie (-> les intentions)
1. Le contexte historique d’émergence de la sociologie
2. Les grands auteurs
2.1. Auguste Comte
2.2. Herbert Spencer
2.3. Emile Durkheim
2.4. Karl Marx
2.5. Max Weber
3. Quelques questions sociologiques
1. Comment ça tient ?
2. Tous égaux ?
3. Agir pour le changement ?
4. Être normal ?
• Fin d’année
- QCM à correction immédiate
- 3 types de questions :
Vrai ou faux
QCM à choix simple (quels auteurs qu’on a vu en cours parle de quoi,…)
QRM

Partie 1 : Qu’est-ce que la sociologie ?


 Définitions :
- Démarche de connaissance scientifique des phénomènes sociaux
- Etude de la vie sociale, des groupes et des sociétés
À travers des interactions sociales, les individus développent des relations interpersonnelles (niveau micro)  À
travers des relations, les individus forment des groupes (niveau méso) —> Forment des niveaux macros (la vie en
société)

 Pierre Bourdieu : Qu’est-ce que la sociologie ?


- Le sociologue essaye d’établir des lois, des régularités, des manières d’être et d’en définir des principes
(pourquoi et comment ça se fait que ?). Il s’intéresse à ce qu’il se passe de manière régulière dans le monde
qui nous entoure, il va observer les contemporains pour voir ce qui revient de manière régulière. Derrière ces
régularités on observe des déterminismes sociaux.
- La sociologie est comme un sport de combat contre les idées reçues, les stéréotypes et les évidences
trompeuses, elle cherche à déconstruire les préjugés et à révéler les mécanismes cachés qui structurent la
société. On s’en sert pour se défendre pour un monde plus juste.
- Déterminisme social : Il y a des évidences, des choses qui se font naturellement (un fils d’enseignant ira plus
loin dans ses études qu’un fils d’ouvrier). Pierre Bourdieu ne veut pas l’accepter comme une chose naturelle,
il y a des alternatives possibles.
- Concepts clés : régularités, actions/comportements, déterminismes sociaux, évidences, sociologie = sport de
combat

 On peut définir la sociologie comme la connaissance scientifique des phénomènes sociaux (3 notions)
1. Connaissance : qu’est-ce ?

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Sociologie

2. La connaissance scientifique : fait appel à la méthode scientifique


3. Phénomènes sociaux (-> le point de vue)
4. Méthode sociologique (découle du 2, -> les outils)

Chapitre 1 : CONNAISSANCE
La démarche de la connaissance passe par 3 étapes :
- Décrire une réalité : on cherche à définir ce qu’on observe (ex : la chaise)
- Mettre en relations : souligner les éléments qui entretiennent les aspects de cette réalité (les pieds sous
l’assise, le dossier au-dessus)
- Expliquer l’observation (si on sciait un des pieds, notre poids sera mal réparti et la chaise sera bancale)
La chaise devient un objet sociologique :
o La chaise du patron ne sera pas la même qu’un employé  Hiérarchie
o La construction des bancs dans les espaces publics  Partage et organisation de l’espace public

Chapitre 2 : SCIENTIFIQUE
2.1. La sociologie est une science
 Bruno Latour (sociologue scientifique) : « un fait scientifique est un énoncé qui a passé avec succès les tests qui
tendent à nier son existence »
Science = Sceptique : le scientifique est celui qui dans sa démarche de connaissance jamais rien n’est pris
comme acquis. Il va mettre en place des méthodes rigoureuses pour mettre en défi les évidences. La science
n’est pas définie par la certitude.
>< La sociologie étudie des faits/relation vérifiables
• Qu’est-ce qui fait la spécificité de la sociologie ?
Ce n’est pas l’objet qui définit une science mais le point de vue, outil et intention.
• Le point de vue pris pour représenter une réalité varie.
Ex : Intention pour représenter une chaise varie en fonction que ce soit un architecte, un designer ou un
artiste.

2.2. La sociologie est une science humaine et sociale


- Science humaine : Elle étudie les comportements humains
- Science sociale : Elle s’intéresse aux interactions de l’être humain avec d’autres groupes sociaux

Chapitre 3 : le point de vue de la sociologie = les phénomène sociaux


La sociologie s’intéresse à un objet d’étude, il le décrit et l’analyse. C’est son point de vue sur les phénomènes qui fait
la spécificité de la sociologie en tant que science.

Les phénomènes sociaux recouvrent 2 pôles de tension : Actions sociales  Faits sociaux
Héritage de 2 auteurs fondateurs : Max Weber  Émile Durkheim

 Il n’existe pas d’actions sociales sans faits sociaux, et il n’existe pas de faits sociaux sans actions sociales.

3.1. Les actions sociales - Weber


 Microsociologie, atomistique : il utilise la porte d’entrée de l’infiniment petit : l’individu
 Activité : quand et pour autant que les agents (ceux qui agissent) lui communiquent un sens subjectif.
 Activités sociales : toute action humaine (individuelle ou collective) qui prend sens dans le fait que les humains
vivent ensemble et tiennent compte de l’existence d’autrui pour agir ; On utilise les comportements des autres
pour banaliser les nôtres.
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Sociologie

Les relations sociales sont interdépendantes (interdépendance entre les individus), elles sont réciproques. Avant
d’agir on va réfléchir. On tient compte de l’existence des autres (poser les actions nécessaires pour ne pas faire de
mal, pour blesser,…). L’existence d’autrui n’implique pas nécessairement la nécessité d’être face à face.
• Sociologie compréhensive : comprendre le sens des actions des individus car ils s’inscrivent dans des relations
sociales (ce que les gens font ont du sens pour eux).

 Selon Weber, les actions sociales sont compréhensibles lorsqu’on les place dans un monde de relations sociales.
Les relations sociales sont un ensemble d’activités réciproques. Elles impliquent que les individus agissent en tenant
compte des autres dans leur esprits (même sans leur présence directe et adapte leur comportement).
Ex.1 : la façon dont on s’habille le matin, on ne s’habille pas pareil en cours, au travail, à la maison, …
Ex.2 : la prière, même si c’est une activité isolée on y apporte un sens de tradition et de culture (parfois
imposé), la collectivité reste donc en tête et il s’agit d’une activité sociale.
• Classement des comportements sociaux (basé sur leurs sources) :
A. Action rationnelle en finalité
Les individus poursuivent des objectifs et vont agir après avoir imaginé la réponse comportementale des autres.
Poser les actions adéquates pour atteindre ces objectifs.
- Exemple : choisir des vêtements, du maquillage pour aller en soirée,… - (choix stratégique de comment
être séduisant sans être choquant)

B. Action rationnelle en valeur


Repose sur la croyance de la valeur intrinsèque et inconditionnelle indépendamment de son résultat. Pas de
recherche particulière de résultat mais défendre des convictions fondamentales. On va pondérer ces valeurs pour que
ce choix soit rationnel.
- Exemple : honnêteté, courage, charité,… - (Pourquoi rationnel ? Car parfois en contradiction)

C. Action affective
Action repose sur des sentiments, passions ou émotions actuelles. Cela se fait dans l’immédiateté  Débordé
d’émotions et nous poussent à agir (pas rationnel)

D. Actions traditionnelles
Repose sur la coutume, action qu’on va poser car elle rentre dans nos traditions, pas de réfléxion pour la poser (pas
rationnel)

3.2. Faits sociaux – Durkheim


La société n’est pas réductible à la somme d’individus
 Macrosociologie, holistique : utilise la porte d’entrée des faits sociaux, du « tout ». Les individus se relient les uns
aux autres, des constellations apparaissent et font naître des forces. Approche par le tout.

 Les faits sociaux : Toute manière d’agir, de penser, de sentir, qui est extérieure à l’individu et qui est dotée d’un
pouvoir de coercition en vertu duquel il s’impose aux individus.
En s’associant, les individus font naître une force extérieure à eux. L’association de deux individus fait naitre
quelque chose de nouveau qui prend une vie propre et indépendante des deux individus qui va les surplomber et
obtenir un pouvoir de contrainte.
- Ex : délocaliser les activités d’une entreprise, licenciement d’employés. Le marché de
l’entreprise est une entité à part entière qui pèse sur la vie de l’entreprise et des
employés
- Ex : Organisations hiérarchisées dans le marché du travail. Structure hiérarchique limite
les libertés, respecter des ordres, en donner d’autres. La hiérarchie est extérieure aux
individus mais leur impose certaines contraintes
- Ex : le marché de l’immobilier. Certains quartiers sont plus chers, moins chers. Dépend
aussi des barrières culturelles et sociales dans certains quartiers. En recherche de
logement, cela influence les choix et pèse sur les individus.
Durkheim va plus loin : les contraintes collectives sont intériorisées et devenues inconsciente
(ex : fou rire collectif, modes vestimentaires).
Les faits sociaux passent par des instances de socialisation : la famille, l’école, les rites, etc.
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Sociologie

 Homogamie sociale : on est attiré par un partenaire du même milieu socio-économique que nous. On est
influencé par notre milieu social  Pas de liberté totale pour nos choix amoureux
S’impose par effet de nombre et de durée
- Si une manière d’agir, de penser , de sentir, est partagé par un grand nombre d‘individus, il a plus
d’influence sur la vie des individus.
- Les faits sociaux sont préexistants, ils sont là avant la naissance. On intègre les faits pendant l’enfance, il
s’agit également de traditions.

3.3. Articulations entre faits sociaux et actions sociales


En grossissant les traits, on peut croire que Weber tente de comprendre la société à travers les actions individuelles
tandis que Durkheim tente de comprendre la société à travers les cadres qui contraignent les individus. En réalité,
tous deux ont apporté de la nuance à leurs études et ont essayé de l’étudier de différentes façons.
 Les actions sociales sont vidées de sens si les individus ne se comprennent pas entre eux. Les individus ne peuvent
pas se comprendre sans se référer collectivement à un même ensemble de significations qui leur préexiste et qui leur
est extérieur.

3.3.1 Pas d’actions sociales sans faits sociaux


 Comment les actions sociales pourraient-elles être significatives si les individus ne se comprennent pas ?
 Comment pourraient-ils se comprendre mutuellement sans se référer collectivement à un même ensemble de
significations qui leur préexiste et leur est extérieur ?
Pour se faire comprendre en termes de valeurs il faut s’adresser à des personnes qui partagent les même valeurs que
soi.
Il nous faut puiser dans une bibliothèque de sens partagée par un grand nombre de gens et qui nous préexiste pour
nous permettre d’effectuer des actions sociales cohérentes et significatives par rapport à autrui.
- Ex : actions rationnelles en valeurs ; ok mais quelles valeurs ? Comment on se met d’accord sur la hiérarchie
de valeurs

3.3.2. Pas de faits sociaux sans actions sociales


- Comment les faits sociaux perdurent-ils si ce n’est parce que les individus continuent à les exister à travers leurs
actions (réactivation) ?
- Comment se transforment-ils sinon à travers nos actions ?
Le fait social dans lequel nous vivons aujourd’hui est issu d’une action sociale. Ce sont nos actions sociales
quotidiennes qui reproduisent et/ou transforment les faits sociaux, sinon on serait en perpétuel recommencement de
nos actions.
- Ex. 1 : Le système démocratique ; organisé en 3 pouvoirs au 18ème siècle s’impose encore
aujourd’hui comme un système contraignant la vie des individus. Mais au fil des
générations, le droit de vote à évolué permettant aux pauvres puis aux femmes de voter. Sans
des actions sociales, le fait social (vote) n’aurait pas pu évoluer ou même perdurer dans le temps.
- Ex. 2 : Les règles de politesse, dire bonjour et merci. C’est tellement naturel qu’on n’y
réfléchit plus mais il s’agit bien d’un fait social mais celui-ci ne se perpétue qu’à travers
nos actions.

Les actions sociales font exister les faits sociaux  Pas de fait social sans action sociale Pas d’action sociale sans
fait social.
Les effets de l’action sociale sur le fait social peuvent être conscients (ex : décisions politiques) et sera qualifié de
mouvement social ou bien involontaire.
 Raymond Boudon : effets pervers (non voulus/prévus, irrationnels) des actions sociales individuelles associées
Le fait de vouloir échapper à tout prix à la fatalité, crée en fait cette fatalité.
- Exemple : domaine économique : effets pervers dans le cas de l’anticipation d’une pénurie et d’une
augmentation des prix
 Si une pénurie est en vue, les gens vont se précipiter sur le marché économique et vont
accroisser cette pénurie

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Sociologie

Boudon s’est intéressé à l’échec de la démocratisation scolaire. La volonté de réduire les inégalités sociales à travers
un accès plus large à l’éducation, a produit en fait l’effet inverse. En poussant massivement les jeunes vers des
diplômes plus prestigieux pour accéder à un confort de vie supérieur à celui de leurs parents, les inégalités sociales
sont simplement déplacées « vers le haut ». Multiplier les diplômes les dévalorise ; sur le marché du travail, pour un
emploi similaire on prendra le meilleur diplôme (même s’il est surqualifié), la valeur des diplômes décroit alors.
- Exemple : drame du Heizel 1985 – Liverpool >< Juventus
Pour éviter les affronts entre les supporters italiens et anglais, on crée une tribune neutre avec des Belges entre
les tribunes des supporters. Cependant, il y avait beaucoup d’italiens de nature parmi les supporters belges. Les
Anglais ont poussé les grillages créant un mouvement de foule vers le terrain, équipé de bloc de béton. 39 morts
et 600 blessés.

 Il y a une articulation étroite entre les actions sociales et les faits sociaux
La sociologie, c’est de s’intéresser autant aux pièces individuelles qu’au puzzle dans son entièreté et la coordination
des pièces.

3.3.3. La notion de configuration (Norbert ELIAS)


Les individus s’inscrivent dans des relations d’interdépendance avec les autres. Ils dépendent et tiennent compte les
uns des autres.
Il illustre cela avec l’image d’un jeu d’échec :
- Échiquier = fait social préexistant, donne un certain nombre de contraintes et de règles qui s’imposent
sur les 2 adversaires
- 1er joueur déplace son pion, change la configuration des pièces sur l’échiquier et crée des contraintes
et/ou des opportunités pour son adversaire
- 2ème joueur déplace son pion et crée la même pour l’autre
Aucun des 2 joueurs n’a le contrôle complet sur le déroulé du jeu, du fait des règles, le jeu se crée comme un
3ème joueur qui vient surprendre les 2 premiers.

 La configuration c’est une situation spatio-temporelle (dans un temps/lieu donné) concrète d’interdépendance
(individus ne sont pas des électrons libres) associant des structures sociales et psychiques (façon dont
individuellement on donne du sens à nos actions).

CHAPITRE 4 : Méthode sociologique


Émile Durkheim est un des 1er à voir écrit un livre sur les règles de la méthode sociologique. 4 règles essentielles :
- Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses.
- La règle de totalité.
- La cause d’un fait social doit être recherchée dans d’autres faits sociaux.
- La règle de la construction du fait.

4.1. Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses
On doit s’efforcer de regarder les faits sociaux comme des choses (la chose s’oppose à l’idée comme ce que l’on
connaît du dehors à ce que l’on connait du dedans).

4.1.1. Ne dit rien de la nature des faits sociaux en soi, mais précise la façon de les observer.
 Drôle d’affirmation car :
- Les faits sociaux concernent des êtres humains. Mal comprise, cette affirmation pourrait nous faire
penser que la sociologie réduit les êtres humains à des choses. Mais cette règle ne signifie pas qu’il s’agit
de retirer toute forme d’humanité aux êtres humains. Il ne s’agit pas de considérer l’être humain comme
une chose sur laquelle on pourrait par exemple faire des expérimentations (du genre : retirer un enfant
de sa famille uniquement pour voir ce que ça fait et analyser les conséquences pour lui, ses parents, la
cellule familiale, etc.).
- Il existe des faits sociaux qui sont intériorisés par les individus (les faits de conscience). Cette règle,
toujours mal comprise, pourrait faire penser soit que la sociologie ne s’intéresse pas à ces faits de
conscience puisqu’ils ne sont pas des choses comme telles, soit que la sociologie en s’intéressant aux
faits de conscience les réduits à de vulgaires choses. Ce serait en quelque sorte réduire l’esprit, les idées,

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Sociologie

les valeurs, les modes de pensée au même rang qu’une chaise ou qu’un tabouret. Mais il ne s’agit pas de
ça non plus.
 Considérer les faits sociaux comme des choses, c’est-à-dire les appréhender avec une objectivité scientifique
plutôt qu’à travers nos impressions subjectives. Les faits sociaux ont une réalité propre, extérieure à nous, qui doit
être observée et analysée de manière distanciée. Cette approche implique de se détacher de nos prénotions ou idées
préconçues pour éviter une sociologie spontanée basée sur notre simple perception intuitive. La démarche
sociologique vise à adopter une attitude intellectuelle qui refuse le subjectivisme et cherche à objectiver les faits
sociaux afin de les comprendre scientifiquement.

Subjectivité de Durkheim : désigne l'ensemble des perceptions personnelles, des opinions et des impressions
subjectives que les individus ont sur les faits sociaux, c’est-à-dire leur point de vue personnel influencé par leur propre
expérience. Pour Durkheim, cette subjectivité est un obstacle à l’étude scientifique des faits sociaux.
Nous sommes tous des êtres sociaux et nous faisons tous de la sociologie sauvage (qui est partielle car elle est située
et peut être partiale car ne présente pas de stéréotypes).
- Ce risque de subjectivisme est en effet un souci pour le sociologue qui, en tant que scientifique, doit tendre vers
une forme d’objectivité
- Le sociologue est un être social comme tous les humains. Du coup, il pourrait être tenté de se satisfaire de son
vécu personnel, de ses propres expériences de la société pour en déduire une théorie globale du social.
Décalage venant de l’ethnocentrisme (une forme particulière de la subjectivité)

4.1.2. Nécessité de produire des concepts


Les mots du langage courant qui véhiculant le sens commun peuvent aussi être empreints d’a priori, de stéréotypes,
d’idées reçues peu favorables à une approche plus objective. Pour s’éloigner de ces prénotions, la sociologie va
produire des concepts (= termes abstraits construits pour rendre intelligible une réalité sociale complexe – il s’agit
d’un instrument de savoir révisable qui permet d’organiser des réalités diverses).
- Matière première du sociologue = parole recueillie dans le « monde profane »
- Ces mots du langage courant véhiculent des pré-savoirs, des prénotions, des stéréotypes, des jugements de
valeurs  Beaucoup de subjectivité
- Pour s’en prémunir (éviter de véhiculer des fausses informations), le sociologue doit produire un vocabulaire
rigoureux, utiliser des mots qu’il définit rigoureusement, des mots qui lui sont propres et donc produire des
concepts

4.1.3. Le concept de normalité

Selon Durkheim, la notion de normalité en sociologie diffère du jugement moral ou normatif. Pour lui, un fait social
est considéré comme normal s’il se produit régulièrement dans la majorité des sociétés similaires à un stade donné de
leur développement. Cela inclut des phénomènes comme le crime, qui, bien que jugé immoral dans le sens commun,
est perçu comme un fait social normal car il existe dans toutes les sociétés.
Durkheim ne considère pas que le crime soit acceptable, mais il souligne que c’est un phénomène inévitable dans
toute société, car celle-ci produit des normes et des valeurs qui rendent certains comportements inacceptables. Ainsi,
le crime est normal d'un point de vue sociologique parce qu'il est un produit inévitable de la structuration sociale.

4.1.4. La double herméneutique (la science du sens)

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Sociologie

 Ce schéma décrit une boucle d’échange entre le monde scientifique et le monde social : les idées circulent entre
ces deux sphères, elles sont adoptées par la société, impactent les comportements, et reviennent dans le monde
scientifique pour être étudiées à nouveau et évoluer.
 En sociologie, la discipline est profondément ancrée dans la réalité sociale, participant à un processus
d'interprétation constant et complexe, lié à l'herméneutique (la production de sens et d'interprétations). Les
sociologues ne se contentent pas d’observer des faits sociaux passifs, mais interagissent avec des acteurs sociaux qui
interprètent activement leur propre réalité. Ces acteurs, lorsqu’ils témoignent ou sont interviewés, partagent leurs
propres perceptions et interprétations de leur vécu. Le rôle du sociologue est alors d’interpréter ces interprétations et
de les traduire en concepts scientifiques.
Cependant, ce processus est cyclique. Une fois les recherches sociologiques publiées, les concepts développés sont
réinjectés dans le champ social. Les acteurs sociaux s’approprient souvent ces concepts et les réinterprètent, leur
donnant parfois un sens différent de celui initialement proposé par les sociologues. Par exemple, le concept d'«
incivilité », qui désignait au départ en sociologie la rupture des rituels sociaux de politesse, a été adopté dans le
langage courant et élargi pour inclure des comportements comme le vandalisme ou les regroupements de jeunes dans
les espaces publics.
 Ce phénomène souligne l'interaction continue entre la sociologie et la société. Les concepts sociologiques,
une fois diffusés, peuvent finir par sembler banals, comme s'ils ne faisaient que redire des évidences. Mais
plus profondément encore, ces concepts peuvent modifier les pratiques sociales et les réalités mêmes qu'ils
étudient. Ainsi, il se crée un cycle d'influence mutuelle, où la sociologie nourrit la société tout en étant, à son
tour, transformée par les interprétations et les usages sociaux.

4.2. La règle de la totalité


Un fait social ne peut être compris si on le considère comme une entité isolée. Il faut prendre en considération
toutes les relations significatives. On ne peut l’appréhender de façon isolée. Pour le comprendre, il est nécessaire de le
replacer dans un contexte qui lui donne du sens (décrire, mettre en relations, expliquer). Pour comprendre, il faut
s’efforcer de mettre en évidence des liens, par exemple des liens de causalité : Pourquoi c’est comme ça ? D’où ça
vient ? Comment ça s’explique ?
Si on ne fait pas cette démarche qui consiste à mettre un fait social en lien avec un contexte, on reste dans une sorte
de photographie simplement descriptive, avec le risque de réduire le fait social à des caractéristiques un peu
folkloriques, le risque de rester dans les « clichés ». On reste alors davantage dans le reportage ou le documentaire,
plutôt que dans l’analyse sociologique.
Toutes les relations significatives (qui donnent du sens au fait social que l’on cherche à comprendre) sont à prendre
en considération. Elles forment un tout. Les éléments de cette totalité qui intéressent le sociologue ne sont pas de
n’importe quelle nature. Il s’agit d’autres faits sociaux. On en arrive alors à la troisième règle de la méthode.
Exemple : « La culture du pauvre » (1970) de Richard Hoggart
Dans son ouvrage il remet en question les jugements rapides sur les pratiques de consommation des classes
populaires à travers une approche en trois étapes :
Étape 1 : À l'époque, les écrits scientifiques et journalistiques décrivaient la culture des classes populaires
comme imprévoyante. On estimait que leurs dépenses, perçues comme inconsidérées et superflues, étaient
responsables de leur pauvreté. Cela justifiait des politiques publiques visant à les éduquer à mieux gérer leur
budget.
Étape 2 : À travers son enquête, Hoggart observe que les ménages pauvres dépensent effectivement pour
des choses jugées futiles (mobilier confortable, repas festifs, cadeaux). Ces pratiques peuvent sembler
prodigues, mais elles sont justifiées par l'incertitude de l'avenir. Les ménages préfèrent profiter du présent
avec leurs moyens limités, au lieu de tenter de prévoir l'avenir incertain.
7
Sociologie

Étape 3 : Hoggart critique ces jugements moraux simplistes et fait valoir qu'il faut replacer ces pratiques dans
le contexte social. Les classes populaires, avec peu de moyens financiers, ne peuvent espérer épargner pour
faire face à des crises majeures comme la perte d'emploi ou la maladie. Leur véritable capital repose sur la
solidarité entre proches. Les dépenses jugées futiles, comme les repas ou les cadeaux, sont en fait un
investissement dans ces relations sociales, essentielles pour maintenir cette solidarité.

4.3. La cause d’un fait social doit être recherchée dans d’autres faits sociaux
Émile Durkheim soutient que pour comprendre un fait social, il faut chercher sa cause dans d'autres faits sociaux.
Cela signifie que, dans l'analyse sociologique, les explications pertinentes doivent être issues d'éléments eux-mêmes
de nature sociale. Par exemple, si l'on cherche à expliquer le taux de criminalité dans une société, un sociologue
cherchera des causes sociales comme l'influence des institutions, des normes sociales ou des inégalités plutôt que des
explications purement économiques, psychologiques ou géographiques.
Cette approche est spécifique à la sociologie, contrairement à d'autres sciences humaines qui peuvent se concentrer
sur des facteurs non-sociaux. Cependant, Durkheim admet que d'autres facteurs externes (comme les aspects
psychologiques ou biologiques) peuvent aussi avoir un impact, mais leur analyse relève de disciplines différentes.
Le sociologue, selon Durkheim, doit se concentrer sur les dimensions sociales et peut, si nécessaire, collaborer avec
des spécialistes d'autres domaines pour offrir une perspective plus complète dans une approche interdisciplinaire.
Exemple : Lorsqu’un sociologue s’intéresse à la violence dans les relations sociales, il prend en compte les
facteurs sociaux qui peuvent expliquer ce phénomène, tout en reconnaissant que d’autres disciplines, comme
la biologie, la psychologie ou le droit, abordent la question sous d'autres angles.
Perspectives sociologiques :
- Socialisation : Le sociologue examine si les individus ont bien intégré les normes sociales et les règles
imposées par la société. La violence pourrait-elle être le résultat d’une mauvaise socialisation, où certaines
personnes n’auraient pas appris à respecter les limites imposées par la communauté ?
- Violence institutionnelle : Il s’interroge également sur la possible violence des institutions elles-mêmes.
Certaines structures sociales ou organisations pourraient-elles, par leur nature, créer un environnement si
oppressif ou injuste qu’elles incitent les individus à adopter des comportements violents en réaction ?

 Cette approche met donc en lumière non seulement les relations interpersonnelles, mais aussi les
conditions sociales qui peuvent générer de la violence.

4.4. La règle de construction du fait


La méthode sociologique repose sur une tension constante entre empirisme et théorie.
- La théorie sociologique propose des modèles rationnels pour comprendre la réalité, basés sur des concepts,
des typologies et des hypothèses.
- L’empirisme, en revanche, stipule que toute connaissance provient de l’expérience sensible, mais à lui seul, il
ne suffit pas.
Si on se limitait à l'empirisme, l’analyse sociologique se réduirait à une simple description des faits sans apporter
d'explication profonde. Il est nécessaire d’établir des liens explicatifs et de dégager des modèles théoriques pour
comprendre les phénomènes observés. D’un autre côté, une théorie sociologique qui n’est pas basée sur des faits
empiriques serait une pure spéculation.

 La construction sociologique du savoir se situe à l’intersection entre ces deux pôles : l’empirisme pour observer
la réalité et la théorie pour lui donner du sens.
Approches empiriques :
Pour mener ses recherches, le sociologue dispose de deux grands ensembles d’outils :
1. Méthodes quantitatives : elles permettent de collecter des données mesurables, comme des statistiques
sur les comportements violents.

Les méthodes quantitatives en sociologie reposent sur les statistiques pour dégager des lois à partir
d'un échantillon représentatif. Un échantillon bien construit, même petit, est plus fiable qu'un grand
échantillon mal conçu. La taille de l’échantillon améliore la précision des résultats : plus il est grand,
plus les écarts avec la réalité sont réduits. Cependant, il faut être prudent avec les statistiques, car
leur apparente rigueur peut être trompeuse si la méthodologie est biaisée.

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Sociologie

2. Méthodes qualitatives : elles explorent plus en profondeur les expériences et les interprétations des
individus concernant la violence.
3. (Outils réflexifs)

4.4.1. Méthodes quantitatives


Permettent d’analyser des comportements, des opinions, des émotions, etc… en fonction de leurs régularités que l’on
peut déduire du recueil de données mathématiquement mesurables
A. Construction et représentativité
- Un échantillon est valide seulement si il est représentatif de la diversité de la population totale après seulement,
intervient le critère de la taille.
B. Interprétation
- !! Source des chiffres
- !! Contextualisation
 Source des chiffres : Il est important d’être attentif aux sources des chiffres que l’on exploite !
Les chiffres de la criminalité, souvent présentés dans les médias, reflètent surtout l'activité policière et non la
réalité complète des crimes. Ils sont basés sur les infractions signalées à la police, laissant de côté les crimes
non déclarés, connus sous le nom de "chiffre noir" (comme la violence domestique souvent cachée). De plus,
les priorités de la police influencent ces statistiques : si elle se concentre sur un type de délit, comme les vols
de vélos, les chiffres augmentent, sans indiquer une hausse réelle. Ainsi, ces statistiques montrent plus
l’action policière que la criminalité réelle.
 L’interprétation des chiffres : Il faut aussi se méfier des interprétations erronées ou hâtives !
Les chiffres, souvent perçus comme objectifs, nécessitent une interprétation prudente et contextualisée. Il ne
suffit pas de comparer des données brutes sans tenir compte des facteurs sous-jacents. Par exemple, affirmer
qu'il y a plus de vols de vélos à Amsterdam qu'à Bruxelles ne signifie pas nécessairement que les Hollandais
volent plus que les Belges, ou que les mesures de prévention sont meilleures à Bruxelles. Pour une analyse
pertinente, il faut replacer les chiffres dans leur contexte, en tenant compte, par exemple, du nombre total
de vélos en circulation dans chaque ville, ce qui relativise les conclusions hâtives.

4.4.2. Méthodes qualitatives


Permettent de recueillir des données fines qui visent à découvrir la nature plus profonde de ce que l’on étudie
(davantage que leur quantité ou leur fréquence).
Ce ne sont pas des données qui permettent d’évaluer la qualité, on parle de leur nature profonde, ce qui fait la
nature/l’essence d’une réalité.
Les méthodes qualitatives se concentrent sur la compréhension de la nature des phénomènes étudiés, plutôt que sur
leur quantité ou fréquence. Elles incluent principalement deux outils : l'observation et l'entretien sociologique.
A. Observation : Elle consiste à observer une réalité de manière passive ou active (participante), avec une grille
d'observation préétablie. Les notes recueillies servent ensuite à l'analyse sociologique.
B. Entretien sociologique : Il s'agit de recueillir des témoignages, de manière individuelle ou collective, selon un
cadre plus ou moins structuré (questions ouvertes ou fermées). Les données sont ensuite analysées à partir de
synthèses ou de retranscriptions intégrales.

Les méthodes qualitatives sont essentielles pour les études à petite échelle et pour contextualiser une analyse. Elles
permettent de comprendre le sens que les individus attribuent à leurs actions. La saturation (le seuil de saturation)
des informations, lorsque des données supplémentaires n'apportent plus d'éléments nouveaux, est un critère clé de
validité des résultats.
- Le seuil de saturation repose sur l’expérience du chercheur. C’est le moment où il sent qu’il n’obtient plus de
nouvelles données. Les données récupérées sont suffisantes.

4.4.3. Réflexivité
Permettent au sociologue de se prendre lui-même comme objet d’analyse, afin d’élucider son propre rapport aux
phénomènes qu’il étudie.

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Sociologie

La réflexivité en sociologie consiste à se considérer soi-même comme un objet d’analyse. C’est un processus essentiel
pour comprendre l’influence du sociologue sur ses recherches. Il doit être capable de s’interroger sur ses choix
méthodologiques, les biais potentiels et l’effet que son travail peut avoir sur la réalité qu’il étudie.
Cela implique de reconnaître que "connaître, c’est d’abord se connaître soi-même", afin d’éviter le subjectivisme et
de projeter ses propres expériences dans l’analyse. Le chercheur doit clarifier son rapport à l’objet étudié, se
demander pourquoi il privilégie certaines questions et en quoi sa position sociale ou son histoire personnelle
influencent ses perspectives. Cet effort de réflexivité est un travail scientifique, et non une simple question de bonne
volonté. Il faut objectiver son parcours personnel et professionnel pour mieux comprendre ses influences sur
l’analyse.
La réflexivité porte aussi sur les outils de connaissance. Le sociologue doit être conscient des avantages, mais aussi
des limites de ses méthodes. Enfin, il doit reconnaître que son intervention peut influer sur la réalité qu’il étudie. Les
analyses produites par les sociologues ne sont pas neutres : elles sont réinjectées dans la société et peuvent participer
à sa transformation.
Exemple : Élections françaises de 2002 : les analyses des experts avaient influencé les comportements
électoraux, notamment en renforçant l’abstention, ce qui a conduit à un résultat inattendu avec l'accession
de Jean-Marie Le Pen au second tour. Cet effet montre comment les productions sociologiques, en étant
réintégrées dans le discours social, deviennent elles-mêmes des actions sociales qui modifient les faits
qu'elles décrivent.

 La réflexivité est un outil méthodologique fondamental. Le sociologue doit appliquer à lui-même les mêmes
méthodes qu’il utilise pour étudier les phénomènes sociaux, afin de comprendre son propre impact sur l’objet d’étude
et, par extension, sur la société dans son ensemble.

Partie 2 : Les fondations de la sociologie

1. Contexte historique d’émergence de la sociologie


L'intérêt pour l'organisation des sociétés ne date pas du 19e siècle. Des penseurs comme Platon, Aristote, Ibn
Khaldoun, ou Rousseau ont longuement réfléchi aux structures politiques, sociales et culturelles. Cependant, ces
auteurs sont principalement des philosophes ou des historiens de la société, pas encore des sociologues au sens
moderne.
Montesquieu, par exemple, est parfois vu comme un précurseur de la sociologie. Dans L'esprit des lois (1748), il
étudie les systèmes d'organisation sociale, montrant que les sociétés sont régies par trois types d'institutions : la
coutume, la religion et la loi. Il observe qu'en l'absence de lois fortes, la coutume ou la religion prend le relais.
Certains, comme Raymond Aron, le considèrent comme le premier sociologue pour son approche plus systématique
et scientifique, bien qu'il soit souvent perçu comme un précurseur.
La sociologie proprement dite ne naît qu'au 19e siècle. Cette époque est marquée par des transformations profondes :
les révolutions politiques, la révolution industrielle et l'apparition de la "question sociale" (les conditions de vie et de
travail des classes populaires). Ces bouleversements, combinés au développement des sciences naturelles, créent un
terreau favorable pour une approche scientifique de l'étude des sociétés, marquant la naissance de la sociologie
comme discipline distincte.

1.1 (R)évolution des idées


1.1.1. Évolution de la philosophie sociale et politique (cartésianisme, rationalité́ et sécularisation).
 Conjonction de 3 révolutions :
Dans l’Ancien Régime Dieu était au centre de la compréhension du monde et de l’organisation politique.
Le rationalisme de Descartes a introduit une nouvelle manière de concevoir l’homme, en le plaçant au centre comme
siège de la rationalité. Cette approche a progressivement réduit l’influence de la religion dans la société. En effet, la
religion, autrefois principale source d’explication du monde, a vu son rôle se restreindre à la sphère privée, tandis que
l’organisation sociale s’est de plus en plus fondée sur la raison. Ce phénomène, appelé sécularisation, désigne la
laïcisation progressive des sociétés occidentales.
Dans ce contexte, une métaphysique sociale émerge, articulée autour de concepts comme le contrat social, la liberté,
la responsabilité, l'égalité et la fraternité. Ces idées, qui puisent leurs racines dans la redécouverte des philosophes
grecs à la Renaissance (XVIe siècle), se sont développées au cours des siècles suivants. L'âge classique (XVIIe siècle) a

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Sociologie

été marqué par des penseurs comme Descartes, Grotius (qui a posé les bases de la théorie du contrat social) et
Hobbes avec son Léviathan. Ensuite, le siècle des Lumières (XVIIIe siècle) a vu l’amplification de ces idées à travers des
auteurs comme Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Kant, Adam Smith et Bentham.

 Ces évolutions philosophiques ont fourni un cadre théorique qui a soutenu les grandes révolutions politiques de
l’époque moderne.

1.1.2. Développement des sciences et des techniques


Le développement d'une pensée rationnelle a entraîné une évolution significative des sciences naturelles et de leurs
applications techniques dans divers domaines comme la physique, la chimie, la biologie, et la médecine.
A. Développement des mathématiques et des probabilités : Depuis Blaise Pascal (XVIIe siècle), les
mathématiques ont progressé, soutenant à la fois la physique et des innovations dans les assurances et les
systèmes de sécurité sociale, en raison de l'utilisation des probabilités pour gérer les risques.
B. Développement de la physique : L'invention de l'énergie vapeur a marqué un tournant majeur. Elle a permis à
l’humanité de produire de l’énergie de manière indépendante de la nature, ce qui a été déterminant pour la
révolution industrielle en permettant de nouvelles formes de production (voir 1.3).
C. Développement de la médecine :
- Les scientifiques ont commencé à concevoir l’organisme humain comme un ensemble d’organes
interdépendants, chacun avec une fonction spécifique.
- Claude Bernard, médecin français, a introduit la notion d’homéostasie, expliquant que l’organisme maintient
un équilibre, et que la maladie représente une rupture de cet équilibre à laquelle le corps cherche à
remédier.
- Des recherches approfondies sur la cellule, vue comme l’unité fondamentale de la vie, ont montré que
chaque cellule a sa propre individualité tout en restant liée au fonctionnement global de l’organisme.
D. Théories de l’évolution : Les travaux de Lamarck (évolution par division et complexification), Von Baër, Darwin
et Wallace sur l'évolution des espèces ont montré que celles-ci s’adaptent à leur environnement à travers des
mécanismes de sélection naturelle, fondant ainsi une nouvelle compréhension de la biologie.

Ces progrès scientifiques et techniques ont alimenté des transformations économiques et sociales, favorisant
l’émergence de la révolution industrielle et la modernisation des sociétés.

1.2. Révolutions politiques et question de stabilité


Les révolutions politiques des XVIIe et XVIIIe siècles (comme celles de 1648 en Angleterre, 1775-1783 en Amérique, et
1789 en France) ont marqué des tournants majeurs en renversant l’ordre traditionnel au nom d’idéaux tels que la
liberté, l’égalité et la souveraineté populaire. Cependant, ces événements ont plongé l’Europe dans une période
d’instabilité politique durable à partir de la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle. Cette époque est
marquée par une alternance de régimes (monarchies, républiques, empires) et des affrontements idéologiques
intenses.
L’instabilité engendre de nombreux conflits, aussi bien internes qu’externes, tels que les guerres napoléoniennes et
les révolutions de 1848. Au milieu de ce chaos, la question de la stabilité devient centrale : comment ramener la paix
et instaurer un ordre politique stable tout en intégrant les idéaux révolutionnaires ? Les débats de l’époque se
concentrent alors sur la meilleure façon de gouverner et d'organiser la société pour éviter de nouvelles révolutions,
tout en préservant certains acquis des révolutions passées.

1.3. Révolution industrielle et question sociale


La révolution industrielle transforme l'économie et le travail, créant un prolétariat soumis à des conditions de vie très
difficiles (exploitation, travail des enfants, insalubrité). La misère des ouvriers, concentrée dans des quartiers
industriels, devient visible et provoque des mouvements sociaux et des émeutes. Face à ces tensions, la "question
sociale" émerge comme un enjeu majeur, exigeant des réponses pour éviter des crises politiques et sociales.

1.4. Deux crises, deux questionnements et la sociologie comme perspective de réponse


Au 19e siècle, 2 crises majeures marquent la société :
- la recherche de stabilité politique après des révolutions
- La réponse à la question sociale causée par l'industrialisation

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Sociologie

 Ces interrogations poussent des intellectuels à chercher des solutions rationnelles, au-delà de la religion ou de la
métaphysique. Ils envisagent la création d'une science de la société pour mieux comprendre et maîtriser son
fonctionnement.

1.4.1. L’influence de la physique : la physique sociale


Des penseurs comme Quételet (l’homme et le développement de ses facultés en 1835) développent la physique
sociale, utilisant des enquêtes et des statistiques pour analyser les conditions de vie des ouvriers. En France et en
Angleterre, des études similaires dénoncent l'exploitation ouvrière. C’est un outil rationnel.

1.4.2. L’influence de la biologie (et de la médecine) : la sociologie


D'autres, comme Comte et Spencer, sont influencés par la biologie. Ils comparent la société à un organisme vivant,
avec des organes sociaux interdépendants. Cette approche "organiciste" vise à traiter les pathologies sociales comme
des maladies à soigner, une idée centrale dans l'émergence de la sociologie.

2. Auguste comte (1798-1857)


Le terme « sociologie » est attribué à Auguste Comte, qui l'a utilisé pour la première fois en 1839. Son œuvre reflète
clairement l'influence des sciences naturelles, notamment de la biologie, sur l'analyse des phénomènes sociaux.
Dans le contexte de son époque, Comte rejette la religion et la métaphysique comme sources de vérité. Il propose
que la vérité repose sur l'expérience sensible et qu'une approche scientifique, fondée sur l'observation, est
nécessaire pour s'en rapprocher. Cette approche est au cœur de sa doctrine positiviste, qui cherche à établir des lois
sociales similaires à celles des sciences naturelles.

2.1. La loi des 3 états


Dès 1826, Auguste Comte présente sa loi des trois états dans son cours de philosophie positive, qui décrit l'évolution
de l'esprit humain à travers trois phases :
1. État théologique : Les phénomènes sont expliqués par des agents surnaturels ou transcendants, tels que la
magie ou les religions. C’est une étape par laquelle nous passons tous (enfance, crédulité, monde magique).
2. État métaphysique : Les explications reposent sur des entités abstraites, des causes ultimes ou des grands
principes philosophiques comme la liberté et la justice. On y arrive en sortant de la première phase
(adolescence, crise existentielle).
3. État positif ou scientifique : Les phénomènes sont expliqués par l'observation et la formulation de lois de
fonctionnement, sans recourir aux causes surnaturelles ou abstraites. On y arrive en sortant de la 2e phase
(adulte, maturité, pragmatisme).

Comte postule que cette loi de progression historique s'applique à la fois à l'histoire individuelle et à l'histoire
collective des sociétés. Par exemple, on peut assimiler :
- L’enfance à l’âge théologique, où l’on croit en la magie.
- L’adolescence à l’âge métaphysique, où l’on questionne les grandes idées.
- La maturité à l’âge positif, où l’on s’appuie sur la réalité observable.

Pour Comte, l'Ancien Régime représente l'âge théologique (avec sa monarchie de droit divin), tandis que les
révolutions politiques du XVIIIe siècle symbolisent l'âge métaphysique, marqué par des idées comme la liberté et
l'égalité. Cependant, cette période est également marquée par l'instabilité politique et la question sociale, indiquant
que l'âge métaphysique n'est pas en mesure de fournir la stabilité souhaitée.
Comte plaide ainsi pour un passage vers un âge positif ou scientifique. Pour réformer la société et introduire la
stabilité, il est nécessaire de dépasser les idéaux philosophiques et de découvrir les lois scientifiques qui régissent le
fonctionnement social par une observation méthodique.

2.2. La classification des sciences


Auguste Comte élabore également une classification des sciences, les organisant selon la complexité des matières
qu'elles étudient, allant des plus abstraites aux plus concrètes et vivantes.
1. Mathématiques : Considérées comme la science la moins complexe et la première à émerger, elles traitent de
concepts abstraits.

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Sociologie

2. Physique : Se concentre sur des phénomènes naturels concrets.


3. Chimie : Aborde des matières plus complexes, impliquant des interactions entre substances.
4. Biologie : Étudie des systèmes vivants et se rapproche de l'humain, ajoutant une couche de complexité
supplémentaire.
5. Comte veut instaurer une science nouvelle : la sociologie

Avec l'émergence de crises politiques et de questions sociales, un nouvel objet d'étude plus complexe fait surface,
traditionnellement abordé par la philosophie politique. Comte vise à faire passer l'étude des phénomènes sociaux de
l'état métaphysique à l'état positif.
Il considère la sociologie comme une nouvelle science capable d'analyser ces phénomènes sociaux. Cette discipline,
selon lui, représenterait un degré de complexité supérieur, car les phénomènes sociaux constituent la matière la plus
complexe à étudier.

2.3. Élaborer une nouvelle science sociologique en s’inspirant de la démarche synthétique de la biologie
Pour Auguste Comte, la fondation de la sociologie s'inspire des sciences naturelles, déjà établies en tant que sciences
positives. Initialement, il envisageait de nommer cette nouvelle discipline la "physique sociale", mais a finalement opté
pour le terme "sociologie" pour 2 raisons principales :
- Distinguer sa démarche de celle d'Adolphe Quételet, qui avait déjà utilisé le terme "physique sociale".
- S'inspirer de la biologie, une science plus complexe que la physique, car l’étude des phénomènes sociaux
serait plus enrichie par l'approche biologique, qui analyse les organismes vivants dans leur totalité.

Comte considère que la biologie est une science synthétique, tandis que les sciences inorganiques, comme la
physique et la chimie, sont analytiques. En biologie, un organe ne peut être compris qu'en relation avec l'ensemble de
l'organisme, car tout découpage artificiel d'un être vivant ne laisserait que de la matière inerte. Cette idée de la
primauté du tout sur les parties doit être appliquée à la sociologie : un phénomène social particulier ne peut être
compris en dehors de l’ensemble du système social.
- Physique = approche analytique
Comprendre par l’élément, en clôturant, en isolant

- Biologie = approche synthétique


Comprendre par le tout, en reliant

La sociologie a tout pour s’inspirer de la biologie et non de la physique (on peut le voir dans le classement
hiérarchique) car elle a une approche synthétique. On peut même parler parfois de sociologues organicistes
(établissent une analogie entre la société et les organismes vivants).

2.4. La dimension politique : le pouvoir spirituel du sociologue


Auguste Comte introduit une dimension politique majeure dans son œuvre en attribuant à la sociologie un rôle
fondamental dans la réforme et la gestion de la société de manière scientifique et positiviste. Selon lui, comprendre
les phénomènes sociaux permet de les anticiper, et ainsi de mieux maîtriser le cours de l’histoire humaine. Ce concept
est résumé dans son idée que "voir pour prévoir" est l'essence de l'esprit positif, basé sur la constance des lois
naturelles.
Comte s’inspire de la théorie des Deux glaives de Saint-Augustin, qui différencie deux types de pouvoir dans toute
société :
1. Le pouvoir temporel, fondé sur la force matérielle (richesse, institutions, armée, etc.).
2. Le pouvoir spirituel, qui repose sur la force des idées et des sentiments. Ce dernier a une double fonction :
légitimer et modérer le pouvoir temporel.

Dans l'Ancien Régime, l'Église jouait ce rôle spirituel en légitimant le pouvoir du roi, tout en rappelant les limites
morales et religieuses de son autorité. Pour Comte, dans une société positiviste, ce rôle serait dévolu aux sciences, et
en particulier à la sociologie. Les experts et savants remplaceront les prêtres, non seulement pour renforcer l’autorité
des dirigeants industriels, mais aussi pour les modérer et limiter leur pouvoir, les rappelant à leur responsabilité
sociale.
Comte pousse plus loin ce paradoxe en concevant la sociologie comme non seulement une nouvelle science, mais
également comme une nouvelle religion, conférant aux sociologues un pouvoir spirituel dans la société positive.

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Sociologie

2.5. La sociologie, une nouvelle religion ? Le sociologue, grand prêtre et prophète de la Grande Humanité
Auguste Comte, dans sa vision de la sociologie, imagine une réforme profonde non seulement de l'organisation sociale
mais aussi de la manière de penser des hommes. Il croit que l’évolution historique, selon sa loi des trois états, mènera
naturellement la société à l'âge positif, où les individus comprendront scientifiquement l'ordre social et s'y
conformeront. Cette vision fait du sociologue une sorte de prophète ou grand prêtre, instruisant les esprits et guidant
la société vers cette nouvelle ère.
En 1854, Comte formalise cette idée en publiant le Système de politique positiviste, où il institue la religion de
l'Humanité. Des "chapelles de l'Humanité", notamment en Amérique latine, adoptent ce nouveau catéchisme
positiviste. Même si le positivisme n’a pas véritablement remplacé les religions traditionnelles, son influence perdure,
notamment à travers la technocratie.
La technocratie = un système où les décisions politiques sont confiées à des experts, s’appuie sur l'idée que le
savoir scientifique est supérieur au débat public.
o Comte : tout comme il n'existe pas de liberté d'opinion en sciences exactes, il ne devrait pas y en
avoir en matière de sociologie ou de politique.
o Émile Durkheim : reproche à Comte d’avoir cru qu'il avait non seulement créé la sociologie, mais
qu'il l’avait achevée.

Herbert Spencer (1820-1903)


- Spencer est un sociologue organiciste.

3.1. Analogies entre organisme social et organisme vivant


En 1875, il publie Principes de Sociologie. Selon lui, les organismes sont constitués d’organes qui assurent une
fonction essentielle à la survie :

3.2. Évolution par la complexification


Herbert Spencer applique la loi de complexification (inspirée par Lamarck et Von Baër) à l’évolution des sociétés. Tout
comme les espèces biologiques évoluent du simple au complexe, Spencer soutient que les sociétés suivent un
processus similaire.

 Évolution des Sociétés :


1. Sociétés simples : À l’origine, les sociétés étaient homogènes, avec peu de différenciation entre les individus,
maintenues par une coercition exercée par une caste militaire dominante.
2. Croissance et division du travail : À mesure que les sociétés grandissent, la division du travail augmente, ce qui
entraîne une spécialisation et une différenciation des individus, comme l'explique aussi Durkheim.
3. Modernité : Les sociétés modernes deviennent plus hétérogènes et complexes. Contrairement à ce que l’on
pourrait penser, cette complexité ne renforce pas la régulation politique et militaire. Au contraire, la
spécialisation et l’interdépendance des individus les poussent à collaborer, ce qui mène à une autorégulation
naturelle.

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Sociologie

 Types de Sociétés :
- Sociétés militaires : Les sociétés moins évoluées sont basées sur la coercition et le pouvoir militaire.
- Sociétés industrielles : Les sociétés modernes, plus évoluées, sont orientées vers l’industrie, avec un accent
sur la distribution (commerce, communication) et le soutien (système industriel).
- Sociétés mixtes : Certaines sociétés, bien qu’industrialisées, conservent des traits coercitifs et militaires.
Spencer souligne que cette évolution n’est pas linéaire et que les sociétés évoluent à des rythmes différents,
expliquant la coexistence de nations à différents stades de développement à une même époque.

3.3. La dimension politique : contre l’intervention de l’État


 Éviter que les lois humaines pervertissent les lois naturelles de l'évolution, en particulier la sélection naturelle.
La perspective politique de Herbert Spencer découle directement de son analyse sociologique et de son application
des lois de la nature à l’évolution sociale. Il défend un modèle de moindre État, profondément libéral. Dans "THE
MAN VERSUS THE STATE" (1884), Spencer critique l'intervention étatique, affirmant que les lois humaines perturbent
les lois naturelles d’autorégulation et d'évolution des sociétés. Selon lui, le législateur devrait plutôt supprimer des lois
que d'en créer.

 Conséquences sociales :
Spencer adopte une vision radicale : il ne faut pas soutenir ceux qu'il considère comme des inadaptés sociaux, car cela
contredit la loi de la sélection naturelle. Seuls les plus aptes devraient survivre, tandis que les moins aptes sont
destinés à disparaître. Toute intervention pour aider les plus faibles affaiblirait globalement l'espèce humaine.
Cette approche dévoile la face sombre du darwinisme social, qui a eu une influence majeure sur les idéologies
racistes et eugénistes du 20ème siècle. Ces théories ont été utilisées pour justifier la croyance en une supériorité
raciale, notamment dans la doctrine nazie, qui a légitimé le génocide des Juifs, des Roms, ainsi que l’élimination des
handicapés et des homosexuels.

Émile Durkheim (1858-1917)


Nous avons abordé l'importance fondamentale du fait social pour Émile Durkheim et les règles méthodologiques qui
en découlent. Le principe sociologique clé qu’il défend est que « le tout est plus que la somme des parties qui le
composent ». Cela signifie que le fait social ne peut pas être réduit à la simple addition des individus qui composent
une société. Il possède une autonomie propre et exerce une influence extérieure et contraignante sur les individus.
Pour clarifier ce qu'est un fait social, Durkheim introduit la notion de conscience collective, qui reflète les croyances,
valeurs et normes partagées par une société et qui s'imposent aux individus.

4.1. La conscience collective


= l’ensemble des croyances et des sentiments partagés par la majorité des membres d’une société, formant un
système avec une vie propre. Ce concept est central dans son analyse du fait social, car il montre comment les
normes et valeurs collectives s’imposent aux individus.
Durkheim illustre cette notion dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912) à travers l’étude du totémisme
chez des tribus australiennes. En observant ces sociétés simples, il cherche à comprendre comment naissent les
religions et croyances collectives. Pour lui, c’est dans l’effervescence collective (célébrations et rites communs) que
les individus accèdent à l’intuition d’un monde sacré. Ces moments de transe collective, où l’individu se sent
dépossédé et transcendé par des forces extérieures, renforcent la conscience de l'existence d’un pouvoir supérieur.
Durkheim explique que cette force perçue dans les rituels est en réalité la manifestation de la conscience collective. La
religion, d’après lui, est une transfiguration de cette conscience, où les sociétés adorent inconsciemment la force de
leurs propres normes et valeurs. Les totems, représentant des animaux ou plantes sacrés, symbolisent la collectivité,
et les croyances religieuses sont ainsi une forme d'adoration de la société elle-même.
Durkheim va plus loin en affirmant que cette dynamique se retrouve également dans des formes modernes et laïques
de sacré. Par exemple, les révolutions politiques génèrent un enthousiasme collectif similaire, donnant naissance à
des idées sacrées telles que la Patrie, la Liberté ou la Raison, souvent symbolisées par des drapeaux ou autres
emblèmes nationaux.
Attention : Ici on parle des formes élémentaires de la religion, de sa force. (ne pas confondre avec Darwin)
15
Sociologie

4.2. Les formes de solidarité : mécanique et organique


Solidarité = forme de dépendance mutuelle entre les individus qui assure et maintient leur cohésion
Les formes de solidarité ont profondément changé à cause du processus de différenciation sociale.

Dans De la division du travail social (1893), Durkheim explore les changements fondamentaux dans les formes de
solidarité qui caractérisent la société du 19e siècle, marquée par l’industrialisation. Il soutient qu’une société existe
avant tout grâce à la solidarité qui relie ses membres, une forme de dépendance mutuelle assurant la cohésion
sociale.
 Solidarité mécanique
- Sociétés traditionnelles
- Peu de mobilité, on naît, vit et meurt dans la même petite localité  Interconnaissance entre les individus :
on connaît et on se reconnaît mutuellement
- On se ressemble (grande conformité) = solidarité fondée sur la similitude
- La conscience collective est très forte : on pense en termes de « nous »
Dans les sociétés préindustrielles, cette solidarité est de type mécanique, reposant sur la similitude entre les
individus. Ceux-ci partagent les mêmes croyances, valeurs et comportements, ce qui fait que la conscience collective,
très forte, domine l’existence de chacun. Les individus ne se définissent pas vraiment comme des entités distinctes,
mais plutôt comme partie intégrante d’un tout collectif, pensant en termes de « nous » plutôt que de « je ». Cette
solidarité mécanique, « machinale », s’impose naturellement à tous, unissant les individus par leur ressemblance.
 Solidarité organique
- La différenciation implique aussi une spécialisation des tâches  interdépendance plus importante entre
individus
- Nécessité de collaborer : au modèle de la compétition pour la survie (Malthus), Durkheim oppose celui de la
coopération
- La différence et l’individualisme deviennent le fondement de la cohésion sociale moderne
Avec l’industrialisation et l’augmentation de la densité matérielle et morale (nombre d’interactions sociales), la
société évolue vers une solidarité organique. Cette nouvelle forme de solidarité repose sur la différenciation entre les
individus, qui développent des rôles et des fonctions de plus en plus spécialisés. Contrairement à la solidarité
mécanique qui unit par la similitude, la solidarité organique se fonde sur la complémentarité. Chaque individu,
spécialisé dans une tâche particulière, dépend des autres pour assurer la survie et le fonctionnement de la société.
Cette interdépendance est ce qui garantit la cohésion sociale dans les sociétés modernes.
Pour Durkheim, cette différenciation sociale liée à la division du travail ne se limite pas au domaine technique ou
économique, mais touche tous les aspects de la vie sociale. Les individus se spécialisent non seulement dans le travail,
mais aussi dans leurs croyances, valeurs et rôles sociaux. Ce processus de spécialisation crée un tissu social où chacun
joue un rôle unique, renforçant ainsi l’unité de la société malgré les différences individuelles.
Durkheim souligne que, même dans les sociétés modernes, marquées par une plus grande liberté individuelle, la
conscience collective demeure présente. L'individualisme, qui semble au premier abord relever d'une volonté
personnelle, est en réalité un fait social. Il résulte de l'évolution des formes de solidarité, notamment la solidarité
organique, qui valorise la différence et l’autonomie. Ainsi, l'individualisme dans les sociétés modernes est moins un
choix personnel qu'une norme collective, imposée par la conscience collective qui incite les individus à se percevoir
comme autonomes et différenciés. Elle apporte de la régulation.

 Les sociétés industrielles ne sont pas des sociétés où la conscience collective disparaît au profit de l’individu. Au
contraire, la conscience collective subsiste, mais elle se manifeste différemment, en favorisant la coopération entre
individus spécialisés. C’est cette coopération qui permet de surmonter les défis posés par la compétition et la lutte
pour la survie, et de maintenir l'ordre social.

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Sociologie

4.3. Les types de suicide


Durkheim, dans son étude sur le suicide, démontre que cet acte, souvent perçu comme un comportement purement
individuel, est en réalité un fait social. Il reconnaît l'existence de prédispositions psychologiques, mais souligne que les
facteurs sociaux jouent un rôle déterminant. Si le suicide était strictement individuel, il se manifesterait de manière
aléatoire dans le temps et l'espace. Pourtant, Durkheim montre qu'il existe des taux de suicide constants dans
certaines populations et des variations significatives entre différentes régions ou catégories sociales. Ces observations
révèlent que le suicide est influencé par des facteurs sociaux, et non uniquement psychologiques ou pathologiques.
Il rejette également l'idée que le suicide puisse s'expliquer par l'imitation, théorie avancée par Gabriel Tarde, en
soulignant que les taux de suicide diffèrent d'une région à l'autre, même entre zones voisines, ce qui exclut une
hypothétique contagion du comportement.

 Les concepts d'intégration et de régulation


Durkheim construit son analyse sur deux concepts clés : l'intégration et la régulation.
- L'intégration = manière dont une société ou un groupe social unit ses membres autour d’un idéal commun
qui dépasse les intérêts individuels. Quand l’intégration est réussie, les individus se sentent liés à une cause
collective (comme la famille ou la nation), ce qui réduit le risque de suicide.
- La régulation = les limites imposées par la société aux désirs des individus. Selon Durkheim, les êtres humains
ont des désirs illimités, et la régulation sociale est nécessaire pour encadrer ces aspirations, assurant un
équilibre entre ce que les individus espèrent et ce que la société peut leur offrir.

Durkheim remarque que le suicide augmente dans les périodes où ces deux dimensions sont soit insuffisantes, soit
excessives, conduisant à quatre types principaux de suicide : altruiste, égoïste, fataliste et anomique.

• Le suicide altruiste
Se produit dans les sociétés où l'intégration sociale est excessive. Dans ces contextes, l'individu se sent tellement
subordonné à la conscience collective qu'il considère sa propre vie comme négligeable en comparaison des
exigences du groupe. Il est alors prêt à sacrifier sa vie pour ce qu'il perçoit comme le bien commun ou pour l'honneur
et le devoir imposés par sa communauté.
Exemples : on trouve les veuves indiennes qui se jetaient sur le bûcher de leur mari défunt, une pratique appelée
"sati", ou encore les officiers militaires qui, par un sens aigu du devoir, choisissent de périr avec leur navire en
perdition. De nos jours, les actes kamikazes, où des individus se sacrifient pour une cause collective ou

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Sociologie

idéologique, constituent un autre exemple de ce type de suicide, montrant jusqu’où l’attachement au groupe
peut pousser une personne à se détruire.

• Le suicide égoïste
Survient dans des contextes où l'intégration sociale est insuffisante. L'individu se sent déconnecté de la société et de
ses idéaux collectifs, ce qui entraîne une solitude et un manque de soutien qui peuvent le pousser au suicide. Sans un
cadre social fort, l'individu se retrouve isolé et en proie à un désespoir personnel.
Exemple : Durkheim observe que les célibataires ou les couples sans enfant sont plus enclins à ce type de
suicide, car la famille joue un rôle intégrateur en fournissant un réseau de soutien et un sens de
responsabilité. À une plus grande échelle, il note que le taux de suicide est plus élevé dans les régions
protestantes comparé aux régions catholiques, suggérant que le protestantisme, plus individualiste et moins
structuré autour d'une autorité centralisée, expose ses fidèles à moins de régulation sociale que le
catholicisme, qui offre un cadre communautaire plus contraignant.

• Le suicide fataliste
Survient dans des contextes où la régulation sociale est excessive. Les individus sont soumis à des règles tellement
rigides et oppressives qu'ils perdent tout sentiment de liberté ou de contrôle sur leur vie. Cette pression constante,
qui étouffe leurs désirs et leur autonomie, conduit certains à voir la mort comme la seule issue.
Exemple : les suicides en prison : les détenus vivent dans un environnement extrêmement réglementé, où
chaque aspect de leur vie est contrôlé. Cette absence totale de liberté et d’espoir peut les pousser à préférer
la mort à une existence sans issue.

• Le suicide anomique
Se manifeste lorsque la régulation sociale est insuffisante, c’est-à-dire lorsque les normes et règles sont floues,
absentes ou incohérentes. Dans ces situations, les désirs des individus ne sont plus encadrés, et ils se retrouvent
dans un état d'insatisfaction permanente. Ce type de suicide est particulièrement fréquent lors de bouleversements
socio-économiques majeurs.
Exemple : lors de crises économiques, les individus peuvent être confrontés à des difficultés soudaines sans
que des règles claires viennent ajuster leurs attentes. Paradoxalement, les périodes de croissance
économique peuvent aussi favoriser ce type de suicide, car la libération des désirs qui accompagne la
prospérité peut devenir excessive si elle n’est pas contenue par des normes sociales, créant un déséquilibre
entre les attentes individuelles et la réalité.

4.4. Le normal et le pathologique


Pour Durkheim, le suicide est un phénomène normal car il est présent dans toutes les sociétés, avec un taux
relativement constant. Les quatre types de suicides (égoïste, altruiste, anomique et fataliste) existent partout, mais
dans des proportions différentes. Par exemple, les suicides altruistes et fatalistes, liés à une régulation ou une
intégration excessive, sont plus courants dans les sociétés préindustrielles où la conscience collective est forte.
 Suicide et pathologie sociale
Le suicide devient pathologique quand son taux augmente de façon anormale, ce qui est le cas dans les sociétés
modernes industrialisées. Durkheim voit cette augmentation comme un signe de crise sociale due à l'effondrement
des anciennes structures sans que de nouvelles régulations sociales solides ne soient mises en place. Pour lui, cette
hausse révèle un malaise profond dans la société moderne.

 Types de suicides en hausse


Durkheim note surtout l'augmentation des suicides égoïstes et anomiques dans les sociétés modernes, liés à une
faible intégration et à un manque de régulation. Dans les sociétés à solidarité organique, où l'autonomie individuelle
est valorisée, les individus sont moins encadrés par des groupes sociaux solides, ce qui explique cette montée des
suicides.

4.5. Le crime et le droit


Pour Durkheim, le crime est un phénomène normal dans toute société, mais devient pathologique si son taux varie
fortement. Un acte est criminel seulement lorsque la société le définit comme tel, et ce qui est considéré comme un
crime change selon les époques et les cultures. Au 19e siècle, Durkheim voit l'anomie, c'est-à-dire un manque de
régulation des désirs, comme un facteur clé de la criminalité. L'égoïsme, ou faible intégration sociale, joue aussi un

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Sociologie

rôle. Il distingue deux types de droit : le droit répressif dans les sociétés traditionnelles et le droit restitutif dans les
sociétés modernes.
• Le droit répressif
C’est ce qui punit les fautes et crimes par des châtiments comme la torture, la mort ou l'exclusion. Pour lui, ces
sanctions ne servent pas tant à dissuader qu'à réaffirmer la conscience collective lorsqu'elle est transgressée. Le
châtiment agit comme un rituel permettant à la société de rétablir son équilibre moral et de renforcer la cohésion
autour des valeurs partagées.

• Le droit restitutif/coopératif
Il vise à rétablir l'ordre après une faute, en réorganisant la coopération entre individus plutôt qu'en infligeant des
punitions. Il s'agit de restaurer la situation telle qu'elle aurait dû être, notamment par le remboursement d'une dette
ou la correction d'un contrat non respecté. Ce droit contractuel remplace progressivement, au 19e siècle, les
châtiments publics de l'Ancien Régime, avec l'émergence des droits commerciaux, constitutionnels, sociaux et pénaux,
tous fondés sur le contrat social. Aujourd'hui encore, la tendance à la contractualisation et à la restitution, plutôt
qu'au châtiment, se retrouve dans des pratiques comme la médiation ou les travaux d'intérêt général.

4.6. Réforme proposée par Durkheim : le socialisme


Durkheim, face aux pathologies de la société moderne liées à un manque d'intégration et de régulation, propose des
solutions dans son "Cours de socialisme." Il ne prône pas un retour à une solidarité mécanique, mais estime que la
solidarité organique est une évolution positive. Il rejette l'idée que la division du travail ou la religion puissent
résoudre ces problèmes, et considère que la famille ne peut plus jouer un rôle régulateur aussi important
qu'auparavant.
Durkheim met en avant l'importance de l'éducation pour renforcer l'intégration en transmettant les valeurs
collectives (raison, liberté, responsabilité). L'éducation aide aussi à la régulation en apprenant aux individus à maîtriser
leurs désirs. Dans le domaine économique, il propose la création de "corporations," des organisations regroupant
employeurs, employés et l'État, afin de réguler et moraliser la vie économique. Ces idées ont influencé les premiers
socialistes français, notamment Jean Jaurès, en inspirant l'organisation de l'école républicaine, des syndicats et de la
sécurité sociale.

5. Karl Marx (1818-1883)


- Marx adapte la philosophie hégélienne à l’analyse économique, historique et sociologique de la société́
industrielle et capitaliste.
- On dit de sa sociologie qu’elle est matérialiste, historique et dialectique.

5.1. Matérialisme
Repose sur l'idée que le développement et les transformations sociales ne sont pas déterminés par le monde des
idées ou l'Esprit, mais par le monde matériel. Selon Marx, c'est en étudiant le monde matériel, en particulier le
système économique et les conditions de production, que l'on peut comprendre comment la société fonctionne,
comment ses membres pensent et agissent.
Cependant, Marx ne nie pas l'importance des idées, des sentiments ou des faits de conscience. Il considère que les
idées et les consciences ne sont pas purement subjectives, mais qu'elles sont également des faits sociaux collectifs.
Elles s'imposent aux individus comme des réalités objectives, indépendantes de leur volonté ou de leur conscience

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Sociologie

personnelle. Marx affirme que "ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais leur être social
qui détermine leur conscience", ce qui signifie que les conditions matérielles et sociales dans lesquelles les individus
vivent façonnent leur façon de penser et de percevoir le monde.
Dans le cadre du matérialisme historique, Marx fait une distinction entre l'infrastructure et la superstructure :
 L'infrastructure : Base économique de la société, composée des forces productives (les techniques et outils
disponibles, les énergies utilisées, les moyens de communication) et des rapports sociaux de production (la
répartition des tâches, des biens, des statuts sociaux et des rapports de propriété).
Ce sont les forces de productions matérielles. Elles doivent être mises en place par la force humaine
 Naissance des rapports sociaux.

 La superstructure : Regroupe les formes politiques, juridiques et idéologiques (comme les institutions et les
idéologies) qui sont le reflet de l'infrastructure économique. Cela inclut aussi la conscience sociale, c'est-à-
dire les valeurs, croyances et idéologies d'une société.
On a toutes les institutions (les organisations politiques, juridiques) et il y a le monde des idées. Il y a
des manières de penser qui sont communes aux individus et qu’on a intégré dans notre système. Il y
a un monde des idées qui nous entoure et nous influence (valeurs, croyances, certitudes, idéologies,
opinions partagées).

Marx soutient que c'est l'infrastructure qui détermine la superstructure. Ce sont les formes économiques et les
modes de production qui façonnent les institutions politiques, les systèmes juridiques, ainsi que les idées et les
consciences. Pour lui, les idées sont donc enracinées dans les conditions matérielles et économiques de la société, et
c'est pourquoi son analyse sociologique commence toujours par une étude des structures économiques.
 Les forces productives incluent à la fois les forces matérielles (outils, technologies, sources d'énergie) et les forces
humaines (le travail). Ces forces sont organisées par les rapports sociaux de production, qui déterminent
comment les tâches sont réparties et comment les richesses et outils de production sont partagés dans la société.
 Les modes de production sont la combinaison des forces productives et des rapports sociaux de production à un
moment donné de l'histoire. Marx montre que chaque mode de production (féodal, capitaliste, etc.) est
spécifique à l'état des techniques et des rapports sociaux de son époque, et c'est ce qui détermine la forme des
institutions et des idées dominantes dans la société.

5.2. Matérialisme historique : la matière est en mouvement


« le propre de toute matière est le mouvement, la transformation »
Le matérialisme historique de Marx repose sur l'idée que la matière est toujours en mouvement. Pour lui, la stabilité
n'est qu'un état temporaire, car la matière est constamment en transformation. Ce principe s'applique aussi aux
phénomènes sociaux : les sociétés humaines évoluent sous l'influence des conditions matérielles et économiques.

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Sociologie

 Pour Marx, comprendre les phénomènes sociaux exige de les replacer dans leur contexte historique. Les
structures sociales et les idées sont façonnées par les rapports de production, c'est-à-dire la manière dont les
ressources matérielles sont organisées et contrôlées à chaque époque.
Le temps est donc essentiel dans cette analyse : les sociétés se transforment au fil des luttes entre les classes,
déterminées par ces conditions matérielles. C'est ce qu’il appelle le matérialisme historique : une méthode pour
analyser l'évolution des sociétés en fonction des rapports matériels et économiques en perpétuel mouvement.

5.3. Matérialisme dialectique : le mouvement découle de la contradiction


« Le moteur du changement est le frottement, le conflit »
Le matérialisme dialectique de Marx repose sur l'idée que le mouvement et le changement dans la société résultent
des contradictions internes aux phénomènes. Chaque phénomène social est formé d'éléments opposés dont la
tension provoque des transformations. Marx s'inspire ici de la dialectique hégélienne, selon laquelle de la
confrontation entre une thèse (un état existant) et son antithèse (son opposé) émerge une synthèse (une nouvelle
réalité).

 En sociologie, cela signifie que les sociétés évoluent en fonction des contradictions entre les classes sociales et
les systèmes de production. Par exemple, dans la société féodale, une contradiction est apparue entre
l'aristocratie dominante et la bourgeoisie montante, enrichie par le commerce. Cette tension a fini par être
résolue à travers des révolutions qui ont instauré de nouveaux systèmes économiques et politiques, donnant lieu
à la société capitaliste.
Cependant, le capitalisme crée à son tour une nouvelle contradiction entre bourgeoisie (propriétaires des
moyens de production) et prolétariat (travailleurs). Pour Marx, cette opposition devait aboutir à la révolution
communiste, qui mettrait fin au cycle de luttes en instaurant une société sans classes ni exploitation, réalisant
ainsi la "fin de l'histoire".
Pour Marx, l'évolution des sociétés est guidée par des conflits internes qui se résolvent temporairement, avant de
céder la place à de nouvelles contradictions. C’est cette logique dialectique qui explique le mouvement de
l’histoire sociale.

5.4. Les contradictions du capitalisme


Le best-seller de MARX, Le Capital (3 volumes dont le premier fut publié́ en 1867 et les deux derniers en 1885 et 1894
par Engels, après la mort de MARX) analyse les contradictions internes au mode de production capitaliste.

5.4.1. Théorie de la plus-value :


Marx explique que dans le capitalisme, la force de travail humaine est une marchandise comme les autres. Sa valeur
(salaire des ouvriers) est déterminée par les biens nécessaires à leur survie (nourriture, logement, vêtements).
Cependant, le capitaliste fait travailler les ouvriers au-delà du temps nécessaire pour générer cette valeur, créant une
plus-value, qui constitue le profit du capitaliste. Cette plus-value est produite durant le temps de surtravail, où les
ouvriers créent plus de valeur que ce qu'ils reçoivent en salaire.
- La plus-value est le produit de l’exploitation de la force humaine de production = profit
- Les ouvriers produisent plus de valeur que ne coûte leur temps de travail (salaire)
L'exemple de Proudhon, qui illustre les forces collectives, est utilisé pour démontrer comment le travail
organisé produit une valeur supérieure à celle des contributions individuelles des travailleurs. Mais Marx
critique ce système, car les ouvriers ne sont pas rémunérés à la hauteur de la valeur totale qu'ils produisent,
créant ainsi une inégalité structurelle.

5.4.2. Première contradiction : la baisse tendancielle du taux de profit :


Marx observe que les capitalistes investissent de plus en plus dans des machines (capital fixe) pour augmenter la
productivité. Cependant, la plus-value est créée par le travail humain (capital variable). Ainsi, lorsque l'investissement
en machines surpasse celui en travail humain, le taux de profit diminue, car moins de valeur est produite par la force
de travail. C'est la première contradiction interne du capitalisme : à mesure que les capitalistes cherchent à maximiser
le profit par la mécanisation, ils réduisent leur propre source de profit.

21
Sociologie

5.4.3. Seconde contradiction : le décalage entre production et consommation :


Le capitalisme produit une situation où les ouvriers reçoivent des salaires faibles, tandis que la production augmente
pour maximiser les profits. Cela crée un écart entre la production de biens et le pouvoir d'achat des travailleurs, qui
ne peuvent pas consommer ce qu'ils produisent. Ce déséquilibre finit par mener à des crises de surproduction, où les
marchandises ne trouvent pas preneur, réduisant ainsi les opportunités de profit pour les capitalistes.

5.4.4. Troisième contradiction : le conflit de classes entre bourgeoisie et prolétariat :


Marx décrit la lutte entre les classes sociales comme étant la contradiction sociologique fondamentale du
capitalisme. D'une part, la bourgeoisie, propriétaire des moyens de production, et d'autre part, le prolétariat, qui n'a
que sa force de travail à offrir. Ce conflit découle de l'exploitation des ouvriers par la bourgeoisie, et Marx prédit que
cette lutte des classes conduira à la révolution prolétarienne, où le prolétariat prendra conscience de sa condition, se
constituera en une classe pour soi et renversera l'ordre capitaliste.

 Théorie des classes sociales : définies en fonction de l’activité économique et des modes de vie associés
Marx propose trois définitions de la classe :
- Classe en soi : un groupe qui partage objectivement les mêmes conditions économiques, mais qui ne se
perçoit pas comme une classe unie.
- Classe pour soi : un groupe qui prend conscience de son exploitation commune et qui s'organise pour
défendre ses intérêts collectifs.
- Aliénation : Marx explique que dans le capitalisme, les ouvriers sont dépossédés de leur propre travail, de ses
fruits et de la maîtrise des outils de production, ce qui entraîne un sentiment d'aliénation. De plus, la
superstructure (État, religion, idéologie, etc.), contrôlée par la bourgeoisie, sert à maintenir cette domination
et empêche les ouvriers de prendre conscience de leur exploitation.

 Marx considère que ces contradictions du capitalisme sont insoutenables à long terme et mèneront
inévitablement à son effondrement, remplacé par un système plus juste et sans exploitation.

5.5. La praxis : lien entre théorie et pratique


Pour Marx, la praxis est l’articulation essentielle entre théorie et pratique : une théorie n’a de valeur que si elle se
concrétise dans la réalité. Il considère que la pratique sociale nourrit la théorie, et vice versa. Ainsi, la théorie ne se
valide qu’à travers son application pratique, notamment dans le cadre de la lutte des classes et la révolution
prolétarienne, qui devraient, selon lui, abolir les rapports d’exploitation et aboutir à une société sans classes.
Cependant, Marx s’est trompé sur la fin inévitable du capitalisme. Ce dernier a prouvé une grande capacité
d’adaptation (expansion des marchés, capitalisme flexible, réformes sociales). De plus, les régimes communistes ont
souvent conduit à des formes de totalitarisme étatique, éloignées de son idéal.
Malgré ces erreurs, la pensée de Marx reste cruciale en sociologie, surtout pour analyser les contradictions du
capitalisme actuel. Pourtant, des penseurs comme Weber soulignent que l'économie ne doit pas toujours être
l’élément clé pour comprendre la société, privilégiant l’étude des faits de conscience et de la culture.

6. Max Weber (1864-1920)


Max Weber (1864-1920) se distingue des premiers sociologues comme Auguste Comte, qui voulaient modeler la
sociologie sur les sciences naturelles, en particulier la biologie. Pour Weber, la sociologie, tout comme l’histoire, la
science politique, l’économie et le droit, fait partie des sciences de la culture. Ces disciplines étudient des
phénomènes complexes et subjectifs, liés à la culture et à la signification que les individus donnent à leurs actions, ce
qui les éloigne des méthodes objectives et universelles des sciences naturelles.
- Les humains ne pensent pas comme des animaux (comme des organismes vivants), les animaux ont une pensée
instinctive et une pensée réflexe
- Influence de Kant, néo-kantiens, Dilthey
- Sciences de l’esprit =/ sciences de la nature
- Sociologie compréhensive
- La démarche de Weber est de créer une science de l’esprit

Pour Weber, la sociologie ne doit pas chercher à imiter les sciences naturelles, mais plutôt à développer des méthodes
propres aux sciences de la culture, centrées sur la compréhension des actions humaines et la signification qu'elles
revêtent dans leur contexte culturel.

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Sociologie

6.1. Sociologie compréhensive


Se concentre sur l’individu et ses actions sociales. Contrairement à Durkheim ou Marx, Weber affirme que les
structures collectives (État, marché) n'existent que par l'action des individus. Les actions sociales sont porteuses de
significations et prennent en compte autrui, ce qui leur confère du sens. La sociologie doit donc comprendre ces
actions et leurs motivations.
Weber propose quatre types d'actions sociales :
1. Affective : guidée par les émotions.
2. Traditionnelle : fondée sur les coutumes.
3. Rationnelle en valeur : motivée par des croyances.
4. Rationnelle en finalité : orientée vers des objectifs précis.
Cette approche met l’accent sur la compréhension des motivations individuelles pour saisir le fonctionnement des
sociétés.

6.2. Sciences de la culture


Étudient l'ensemble des productions humaines, bien au-delà des œuvres d'art. Elles incluent les croyances religieuses,
théories scientifiques, valeurs, lois, institutions, et régimes politiques. Weber adopte une définition large de la
"culture", qui englobe les connaissances, symboles, valeurs et modes de vie partagés dans une société.
Les actions sociales sont influencées par la culture historique des individus, qui donnent du sens à leurs actes. En
agissant, les humains reproduisent et transforment continuellement ces œuvres culturelles, contribuant ainsi à
l'évolution de la société.

6.3. Sciences et subjectivité


Dans les sciences de la culture, Max Weber reconnaît la présence d'une part de subjectivité dans les actions sociales
(pas que), mais il insiste sur la nécessité d'une approche scientifique.
- Sens des actions : Weber distingue trois dimensions dans les actions sociales :
1. Sens visé subjectivement : lié aux expériences personnelles des individus.
2. Significations culturelles : partagées au sein d'un groupe, permettant une compréhension commune des
actions, reviennent de manière très régulière.
3. Sens fonctionnel : participation à la reproduction ou transformation de la culture.
- Neutralité axiologique : Weber prône une neutralité (ne pas prendre parti) dans l’analyse des valeurs. Le
sociologue ne doit pas porter de jugements de valeurs pendant la recherche, mais uniquement après, dans le
cadre de recommandations politiques ou normatives.
Axiologie = sciences des valeurs, dans ces sciences le sociologue doit s’obliger à rester neutre. Il
DOIT analyser les valeurs MAIS il ne peut PAS poser des jugements de valeurs sur les valeurs
qu’il observe.

6.4. L’idéal-type
Méthode d'analyse proposée par Max Weber pour rendre intelligible un phénomène social.
- Décrite par Julien Freund en référence au personnage de Harpagon dans L'Avare de Molière : Harpagon incarne à
l'extrême les traits de l'avarice, sans correspondre exactement à un avare réel, mais en mettant en lumière les
clés de compréhension de tous les avares. C’est une bonne représentation de l’idéal-type.

 Étapes de construction d'un idéal-type :


1. Sélection des traits pertinents :
Weber identifie les caractéristiques les plus marquantes du phénomène étudié.
2. Accentuation des traits :
Les caractéristiques sont poussées à l'extrême pour obtenir un modèle clair et distinct.  Caricature
3. Articulation en un tableau cohérent :
Les traits sont organisés de manière cohérente pour former une image complète et compréhensible du phénomène.

 Caractéristiques de l'idéal-type :
- Type "idéal" ne signifie pas "modèle à suivre" mais construction conceptuelle, éloignée d’un jugement de
valeur (compatible avec la neutralité axiologique).
23
Sociologie

- Il s’agit d’une fiction intellectuelle : rarement observable dans la réalité sous sa forme pure.
- Proche de la réalité : en simplifiant et idéalisant certains traits, il aide à comprendre les phénomènes réels,
en permettant des comparaisons et analyses.

 Application pratique : Weber utilise cette méthode dans L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, où il crée
un idéal-type de l'entrepreneur capitaliste influencé par l'éthique protestante, pour comprendre l'émergence du
capitalisme moderne.

6.5. L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904)


L'analyse de Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme pose une perspective novatrice sur le rôle de
la religion dans le développement du capitalisme et de la modernité, en opposition aux théories contemporaines qui
voyaient la religion comme un frein à cette évolution. Weber constate que, dans certaines régions d'Allemagne où
protestants et catholiques cohabitent, les protestants détiennent une proportion plus élevée de richesses et
d'influence économique. Il n'en conclut pas pour autant que la religion détermine directement la réussite
économique, mais il se questionne sur l'influence potentielle des valeurs religieuses sur les comportements et
orientations économiques des individus.
- La rationalité qui caractérise le monde moderne vient du monde religieux
- Rationalité radicalisée

6.5.1. Idéal-type de l'éthique protestante


Weber distingue deux éléments dans l’éthique protestante : la rationalisation et l'ascèse du travail.
A. Rationalisation et désenchantement
D'une part, la rationalisation se manifeste par le processus de désenchantement, où la religion et la magie cessent
d’être des réponses automatiques à tous les questionnements humains. En raison de l’influence du monothéisme,
l'individu doit désormais évaluer et choisir rationnellement ses valeurs et ses actions.
La Réforme protestante a accentué cette rationalisation, en rejetant les pratiques magiques et rituelles associées aux
moyens d'atteindre le salut. L'ascèse protestante valorise également le travail rigoureux comme un moyen de
renforcer la foi et d’obtenir une assurance personnelle de son statut d’élu, sans poursuite d’un enrichissement
personnel ostentatoire.
- La rationalité́ = la qualité́ d’une activité́ orientée de manière conséquente en fonction de principes de
direction élaborés consciemment.
- La rationalisation = le processus qui conduit progressivement à une approche rationnelle des activités.

B. Dogme de la prédestination et l’esprit de travail ascétique


Weber montre que le protestantisme, et surtout le calvinisme, a encouragé des pratiques et des valeurs propices à
l'essor du capitalisme. Contrairement à l'idée que la religion freine la modernité, Weber voit dans l’éthique
protestante une impulsion vers la rationalisation et le travail ascétique.
Le protestantisme, notamment par la doctrine de la prédestination de Calvin, crée une angoisse chez les croyants qui
cherchent des signes de leur salut. Le travail acharné devient alors un moyen de manifester leur élection divine. Cette
discipline personnelle et la rationalisation des actions favorisent l'accumulation et le réinvestissement des profits,
plutôt que la consommation personnelle. L’attitude protestante de réinvestissement continu rejoint ainsi l'esprit
capitaliste, où la croissance économique est fondée sur des actions rationnelles et méthodiques.
Weber conclut que, sans avoir créé le capitalisme, l’éthique protestante a facilité son développement en
encourageant une approche rigoureuse et rationnelle du travail et de la gestion des richesses.

6.5.2. L'idéal-type de l’esprit du capitalisme


Weber élabore un idéal-type de l’esprit du capitalisme en s’inspirant de Benjamin Franklin. Ce modèle valorise
l'accumulation de capital comme un devoir moral, où la gestion rationnelle, la comptabilité et la restriction des
dépenses inutiles deviennent des règles de conduite. Le capitaliste classique est appelé à ne pas profiter de sa
richesse de manière ostentatoire mais à la réinvestir pour générer davantage de profits.

6.5.3. Les affinités électives entre éthique protestante et esprit du capitalisme


Weber observe des affinités électives entre l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, même si aucun protestant
ou capitaliste réel ne correspond pleinement aux modèles « idéal-typiques » qu’il propose. En comparant l’éthique

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Sociologie

ascétique du protestantisme, qui prône une vie simple et un travail discipliné, avec l’esprit du capitalisme, qui valorise
le profit rationnel et son réinvestissement, Weber identifie des valeurs qui se renforcent mutuellement.
Il note que l’éthique protestante, notamment calviniste, encourage un comportement rationnel et austère, où les
profits sont réinvestis plutôt que consommés. Ce principe est essentiel au développement du capitalisme, car il
alimente un cycle de croissance économique. Weber ne dit pas que le protestantisme a créé le capitalisme, mais que
cette éthique a pu faciliter sa naissance en incitant les croyants à adopter des pratiques propices au développement
économique.
La rationalisation, centrale dans les deux modèles, se diffuse bien au-delà de l’économie, influençant les arts, les
sciences, le droit, la vie familiale, et même la politique, et contribue ainsi à l’essor de la modernité.

 Sans prétendre que le protestantisme a causé la naissance du capitalisme, Weber suggère que cette religion a pu
encourager un cadre favorable à son essor, libérant les forces économiques en favorisant une dynamique de
rationalisation et de travail discipliné. Le processus de rationalisation imprègne ainsi, selon Weber, tous les aspects de
la société moderne, bien au-delà de l'économie, pour transformer la science, la politique, le droit, et même la vie
personnelle.
- Max Weber dit que le capitalisme aurait vu le jour en dehors du protestantisme. Chez nous la rencontre entre
le capitalisme et le protestantisme a fait que les 2 se sont soutenus mutuellement.

6.6. Les formes de domination et la rationalisation


Weber identifie trois formes de domination qui permettent aux dirigeants d’asseoir leur autorité de façon durable : la
domination traditionnelle, charismatique et légale. Ces trois types diffèrent par leur source de légitimité et leur
relation à la rationalisation.
- Domination traditionnelle : Cette autorité repose sur la croyance dans le caractère sacré des traditions.
Le pouvoir est hérité et se transmet au sein d’une même famille, souvent incarné par des monarchies ou
chefferies. Les dirigeants, entourés d’aristocrates loyaux, exercent leur autorité par un droit ancestral.
- Domination charismatique : Elle s’appuie sur des qualités personnelles perçues comme extraordinaires,
telles que le courage ou le charisme du leader, ce qui engendre un dévouement intense de la part des
subordonnés. Toutefois, cette forme de domination est instable : à la disparition du leader, elle peut
entraîner des crises de succession. Des figures telles que Gandhi et Mandela illustrent ce type de
domination, basée sur une adhésion personnelle.
- Domination légale ou statutaire : C’est la forme la plus marquée par la rationalisation. L’autorité est
fondée sur la légalité des règlements et des fonctions. Ce modèle s’impose dans la modernité et repose
sur des institutions et lois définies par des procédures rationnelles et démocratiques, comme le vote. La
bureaucratie en est l’illustration parfaite : des fonctionnaires occupent des postes selon des critères
légaux et des concours, sans lien personnel avec le dirigeant.
Weber considère la bureaucratie comme le modèle d’organisation le plus représentatif de la
domination légale ou statutaire. Dans ce système, les fonctionnaires sont liés non à la personne du
dirigeant, comme dans la domination traditionnelle, mais à des fonctions définies par des lois et des
règlements. La bureaucratie se caractérise par une structure stable où les postes ne se transmettent
pas de façon héréditaire mais sont accessibles sur la base de qualifications spécifiques et de
concours, ce qui garantit une compétence rationnelle et un respect de la procédure.
Cette forme d’organisation vise à rationaliser les processus de coordination et de communication,
permettant ainsi de gérer efficacement des groupes humains de plus en plus larges. Elle instaure des
procédures précises pour chaque situation : des formulaires à remplir, des informations spécifiques
à communiquer, et des circuits à respecter. Weber soutient que cette rationalisation est ce qui a
permis le développement des sociétés modernes, en facilitant la gestion de structures complexes.
Cependant, Weber se méfie des dérives potentielles de la bureaucratie. Plus une organisation croît,
plus elle génère des règles et des documents administratifs, ce qui alourdit le système et peut
bloquer l’initiative individuelle. Cette rigidité extrême est au cœur de ce que Weber appelle la cage
d’acier : un processus de rationalisation si poussé qu’il emprisonne les individus dans un réseau de
règles et de procédures impersonnelles, menaçant leur liberté et leur capacité d’innovation.

6.7. La cage d’acier

25
Sociologie

La cage d’acier de Weber symbolise la crainte que la rationalisation, au départ destinée à organiser et libérer, ne
devienne une force écrasante pour les individus, déconnectée de toute valeur humaine et servie uniquement par des
fins utilitaires.
Weber distingue deux types de rationalité :
- Action rationnelle en finalité : recherche l’efficacité et l’optimisation pour atteindre un but spécifique
- Action rationnelle en valeur : oriente les actions selon des valeurs éthiques ou morales.
Dans une société dominée par la cage d’acier, l’efficacité utilitaire supplante peu à peu la recherche de valeurs,
engendrant des systèmes autonomes et techniques qui se justifient par leur propre fonctionnement,
indépendamment des valeurs humaines.
Cette évolution se manifeste dans le capitalisme moderne, qui a perdu sa connexion aux valeurs ascétiques d’origine
pour devenir une quête d’accumulation de richesses « pour elle-même », sans finalité morale. Weber utilise cet
exemple pour démontrer comment la rationalité, lorsqu’elle dépasse son objectif initial, devient une fin en soi,
contribuant ainsi à l'inhumanité de systèmes tels que la bureaucratie ou la justice procédurale. Cette dernière devient,
par exemple, si technique et rigide qu’elle en perd le sens de l’équité et de l’humanité.
Pour Weber, cette logique conduit à une soumission de l’individu aux exigences impersonnelles et systémiques de
l’organisation, soulevant des questions profondes sur la liberté individuelle. En réponse à Marx, Weber soutenait que
la rationalisation bureaucratique, et non la propriété des moyens de production, caractérisait le capitalisme. Ainsi,
même dans une société où les prolétaires seraient propriétaires, la structure bureaucratique persisterait, car elle est
indispensable à toute forme de planification économique, y compris dans le socialisme étatique. L’exemple soviétique,
marqué par une bureaucratie d’État massive et une perte de liberté individuelle, a confirmé, selon Weber, le potentiel
oppressif des structures rationnelles lorsqu'elles sont poussées à l’extrême.

Partie 3 : quelques questions sociologiques

1. Comment ça tient ? Rapports sociaux, groupes sociaux et organisation


Les raisons pour lesquelles le « social » persiste, malgré l'individualisation croissante. Il se demande ce qui relie les
individus : est-ce un besoin naturel d’appartenance, des relations affectives (proximité, empathie) ou une organisation
formelle (État, institutions) qui impose la cohésion ?

A. Nature sociale de l'humain : L’humain est-il naturellement sociable (Rousseau) ou doit-il être encadré par des
structures de pouvoir pour éviter le chaos (Hobbes) ?
B. Rôle des institutions : Le lien social repose-t-il sur des sentiments spontanés (naturels) ou doit-il être structuré
artificiellement par des institutions (État, entreprises) qui régulent les interactions ?
C. Apports sociologiques :
o Weber : La quête de sens pousse les individus à communiquer, renforçant ainsi les liens culturels.
o Durkheim : La conscience collective, fruit de l’association, s’impose aux individus, générant la cohésion
sociale.
o Spencer et Durkheim : Dans une société complexe, l’interdépendance des tâches rend la collaboration
vitale.
o Marx : La société est divisée en classes sociales en conflit, où la relation entre groupes repose sur des
rapports de force.
La question posée est de savoir si le social repose davantage sur des liens affectifs et spontanés ou sur des structures
organisées, et comment ces éléments cohabitent pour maintenir la cohésion sociale dans une société de plus en plus
individualisée.

1.1. Les liaisons complémentaires


 La théorie des « liaisons complémentaires » d'Eugène Dupréel (philosophe et sociologue) : examine la cohésion
sociale par les relations entre individus et groupes au sein d’un réseau complexe de liens et de conventions.
- Ordre et convention : Il propose que la réalité sociale ne résulte pas seulement de la nécessité
(déterminisme) ou du hasard (contingence), mais d’une combinaison de structure et d'actions
extérieures. La « convention » devient ce point de rencontre entre les volontés individuelles et l’ordre
social, produisant des règles et des normes collectives qui permettent la cohésion.

26
Sociologie

- Nature de la convention : Contrairement au « contrat social » (vision fondatrice), il voit la convention


comme une réalité dynamique et non absolue. Elle émerge de compromis et reste flexible, consciente
de l’existence d’autres ordres possibles.
- Rapports sociaux et influence : Les relations entre individus sont des « rapports sociaux » basés sur
l’influence réciproque, qui peut être exercée par la contrainte, la persuasion, ou l’échange. Ces liens sont
comme des fils dans le « tissu social », créant un réseau complexe de relations interdépendantes.
- Complémentarité et réseau social : Les rapports sociaux complémentaires – où deux relations partagent
un terme commun – forment des chaînes complexes de connexions. Par exemple, les membres d’une
équipe de travail, d’un club de sport, ou d’une classe sociale partagent un terme commun (objectif, loisir,
intérêts économiques) qui crée des relations interdépendantes et contribue à la cohérence du groupe
social.
- Interprétation marxiste : En prolongeant cette analyse, les rapports sociaux dans le domaine économique
(par exemple, la relation entre propriétaires et travailleurs) peuvent également être vus comme
complémentaires, où les moyens de production constituent le « terme commun » conditionnant les
relations entre classes sociales (rapports d’exploitation ou de conflit).

 Dupréel suggère ainsi que la cohésion sociale repose sur un tissage de rapports sociaux variés et complémentaires,
structurant le « tissu social » et permettant à la pluralité d’aspirations et d’intérêts de coexister de manière vivable.

1.2. Les groupes sociaux (=/ groupes nominaux)


La notion de groupes sociaux chez Eugène Dupréel : naissent de rapports sociaux complémentaires autour d’un terme
commun. Ces groupes sont distincts des groupes nominaux ou statistiques, qui ne sont que des regroupements
d’individus aux caractéristiques similaires mais sans relations sociales réelles.
- Différence entre groupes sociaux et groupes nominaux :
o Les groupes sociaux = ensembles d’individus liés par des rapports réels, fondés sur des
interactions et des objectifs partagés. Par exemple, le Paris Moustache Club est un groupe social
car ses membres interagissent autour de la valorisation de la moustache, avec des activités, des
rencontres, et des valeurs communes.
o Les groupes nominaux = regroupements abstraits, comme « les moins de 30 ans » ou « les
femmes de plus de 40 ans ». Ils partagent des caractéristiques statistiques mais sans
interactions ni sentiment d’appartenance.
- Rapports sociaux complémentaires : Un groupe social émerge lorsqu’un terme commun relie des
individus, favorisant l’établissement de relations complémentaires. Par exemple, un individu (A) qui est
ami avec deux autres (B et C) crée un pont entre eux, permettant leur rencontre et l’éventuelle
formation d’un groupe.
- Symbiose sociale : Les groupes sociaux peuvent s’associer autour de causes communes, formant ainsi un
réseau complexe. Par exemple, le Paris Moustache Club s’associe avec le mouvement Movember pour
soutenir la sensibilisation aux maladies masculines, et des groupes peuvent s’y ajouter, comme les
femmes atteintes d’hirsutisme. Cet ensemble de groupes constitue une symbiose sociale, un patchwork
dynamique d’interactions et d’engagements partagés.

 La notion de symbiose sociale, selon Dupréel, illustre comment les groupes sociaux s’agrègent pour former un tissu
social cohérent, unissant des groupes aux caractéristiques et aux intérêts divers autour de liens d’interdépendance et
de complémentarité.

1.3. Les organisations


Selon Dupréel, les organisations émergent des interactions sociales pour stabiliser les rapports entre individus et
groupes sociaux, les rendant ainsi plus durables et formels.
- Origine instinctive et culturelle de l’association :
o Dupréel, inspiré par De Greef, affirme que l’humain, social bien avant de devenir pleinement
humain, hérite d’un instinct grégaire. Cette sociabilité innée s’équilibre avec une nature
antagoniste héritée de ses origines animales.
o En se combinant avec des facultés humaines telles que la raison, le langage et la conscience de
soi, cet instinct social s’affine et dépasse la simple nécessité biologique, évoluant en une

27
Sociologie

structure culturelle où les individus cherchent dans les autres des compléments à leurs
manques personnels et une continuité dans le temps.
- Rôle de la convention dans les organisations :
o La convention joue un rôle crucial pour transformer des groupes éphémères en organisations
pérennes, en établissant un cadre formel et des règles de fonctionnement (mission, structure
juridique, répartition des rôles et responsabilités, gestion des ressources).
o Par cette formalisation, l’organisation devient une entité en soi, indépendante des
personnalités individuelles. Elle peut survivre aux fondateurs tant qu’une relève est assurée,
incarnant une stabilité au-delà des rapports interpersonnels.
- Organisation des complémentarités au niveau collectif :
o Dans les grandes structures (États, institutions publiques), la convention prend encore plus de
place pour gérer l’hétérogénéité et l’antagonisme inhérents à la société. Le terme commun
devient alors plus abstrait, reposant sur des notions comme la citoyenneté, la culture partagée
ou le recours à des administrations communes.
o Bien que ces institutions gagnent en stabilité, elles restent, selon Dupréel, des structures
probables et non déterminées, susceptibles d’être réformées.

 Les organisations stabilisent les rapports sociaux par des conventions structurées qui, tout en pérennisant l’ordre
social, demeurent souples et sujettes à l’évolution.

1.4. Rapports communautaires (primaires) et rapports sociétaires (secondaires)


La lecture de Dupréel offre l’avantage de penser ensemble, dans une même dynamique, ce qu’une lecture trop
évolutionniste de DURKHEIM tendrait à séparer : d’une part, une solidarité́ mécanique, qui s’imposerait de façon plus
naturelle, fondée sur des rapprochements par similitude ; et, d’autre part, une solidarité́ organique qui devrait
maintenir plus artificiellement le lien entre des individus plus distants parce que différenciés.

1.4.1. F. Tönnies : communautaire/sociétaire


Ferdinand Tönnies, dans son ouvrage Communauté et Société (1887) explore la distinction entre deux types de
relations sociales : les rapports communautaires et les rapports sociétaires, chacun ayant ses propres caractéristiques
et implications dans le cadre de la modernité.
 Rapports communautaires (ou rapports primaires) :
o Naturels et spontanés : Ces liens se forment de manière authentique et instinctive. Ils reposent sur des
relations de proximité, telles que celles entre les membres d’une famille ou d’un groupe local.
o Fondement des liens : Ils se basent souvent sur des connexions familiales et territoriales. Les relations
mère-enfant, les liens de fratrie, et l’appartenance à une communauté locale (comme un village) sont
des exemples typiques.
o Économie communautaire : L’économie est principalement domestique, centrée sur le foyer et les
échanges informels (troc). Les interactions sont basées sur la confiance et la solidarité, et les intérêts du
groupe sont prioritaires.
o Intériorisation de la pression sociale : Dans ce cadre, l’individu pense en termes de « nous », et la
pression sociale est acceptée sans remise en question. Les croyances et les traditions jouent un rôle
central, souvent sous l'influence de la religion, qui contribue au contrôle social.
 Rapports sociétaires (ou rapports secondaires) :
o Rationnels et réfléchis : Ces relations émergent dans des contextes plus vastes et sont basées sur des
considérations réfléchies, souvent influencées par des calculs et des intérêts individuels.
o Séparation des biens : Dans ce cadre, la propriété individuelle est reconnue, et les interactions
économiques reposent sur des mesures communes telles que l'argent, les contrats, et les conventions.
o Intérêts individuels dominants : Les individus pensent davantage en termes de « je », et la pression
sociale est perçue comme extérieure et contraignante. L’opinion publique et les doctrines sociales
remplacent les croyances traditionnelles comme principaux régulateurs de comportement.
o Relations impersonnelles : Les interactions deviennent plus formelles et distantes, caractérisées par un
manque d’intimité. Ce type de relations est souvent observé dans le monde commercial.

28
Sociologie

Tönnies soutient que la modernité se caractérise par une tendance à l'effacement des rapports communautaires au
profit des rapports sociétaires. Cette évolution reflète un passage d'une société basée sur des liens affectifs et
naturels à une société plus structurée par des relations économiques et des conventions formelles. Ce changement
peut entraîner une diminution de l'intimité et de la chaleur des relations humaines, conduisant à une expérience
sociale plus impersonnelle.

 La distinction entre rapports communautaires et sociétaires de Tönnies met en lumière les transformations
sociétales qui accompagnent la modernité. Elle souligne la complexité des relations humaines et les différentes façons
dont les individus s’organisent et interagissent dans des contextes variés, influencés par des dynamiques culturelles,
économiques et sociales

1.4.2. C.H. Cooley : primaire/secondaire


Charles Horton Cooley, dans son ouvrage Social Organization publié en 1909, propose une distinction qui enrichit la
compréhension des dynamiques sociales à travers les concepts de groupes primaires et groupes secondaires.
A. Groupes Primaires :
= Petits groupes où les interactions sont directes et personnelles (ex. : famille, amis).
o Caractéristiques : Relations intimes, profondes et chargées d’affectivité. Les membres s’engagent
totalement et partagent une forte cohésion.
o Exemple : Les interactions au sein de la famille ou entre amis proches.
Rapports primaires :
- Interpersonnels, directs, intimes, répétés, chargés d’affectivité, « chauds »
B. Groupes Secondaires :
= Groupes plus vastes, souvent formels, basés sur des relations utilitaires (ex. : partis politiques, syndicats,
entreprises).
o Caractéristiques : Relations superficielles, moins émotionnelles, fonctionnelles et sporadiques.
L'engagement personnel est limité.
o Exemple : Les relations professionnelles ou dans des organisations bureaucratiques.
Rapports secondaires :
- Plus anonymes, formels, superficiels, sporadiques, utilitaires, « froids »

 Coexistence des deux types de groupes


Interactions mixtes : Bien que les groupes secondaires soient souvent basés sur des relations utilitaires, des liens
primaires peuvent s’y développer (ex. : amitiés entre collègues). Cela souligne l’importance des pratiques
managériales qui favorisent ces interactions.

 Portée heuristique de la distinction


- Appartenance communautaire : Pour certains, l'identité nationale peut être vécue de manière affective,
liée à des liens familiaux ou territoriaux.
- Appartenance sociétaire : D'autres peuvent la percevoir de manière objective, fondée sur des critères
juridiques (ex. : carte d'identité), ce qui est plus distant.

 La distinction de Cooley entre groupes primaires et secondaires illustre la complexité des relations sociales, où les
dimensions affectives et utilitaires coexistent et s’influencent mutuellement.

1.4.3. Groupe d’appartenance/de référence


A. Groupe d'appartenance :
o Regroupe des individus en fonction de critères objectifs imposés à la naissance, comme les origines
sociales ou nationales.
o Cette affiliation est souvent contrainte, déterminée par des circonstances extérieures à l'individu.
B. Groupe de référence :
o Regroupe des individus choisis par affinité subjective, où l'individu s'identifie volontairement aux
valeurs, idées et modes de vie du groupe.
o Cette affiliation est personnelle et peut résulter d'un rejet de son groupe d'origine ou d'une attirance
pour un autre groupe.

29
Sociologie

 Mécanismes de choix
- Recherche de reconnaissance : Un individu peut chercher à se référer à un groupe de référence pour
obtenir une validation sociale, souvent en réponse à des sentiments de rejet par son groupe
d’appartenance.
- Promotion sociale : Dans une hiérarchie sociale, les individus peuvent aspirer à se référer à des groupes
supérieurs à leur groupe d'appartenance (ex. : des employés peuvent se tourner vers les cadres).

 Impact de la différenciation sociale


- Multiplication des groupes : Selon Durkheim, la différenciation sociale accroît les libertés individuelles,
augmentant ainsi la capacité de choix des individus concernant leurs affiliations.
- Évolution des priorités : Dans les sociétés modernes, les groupes de référence prennent souvent plus
d’importance que les groupes d’appartenance, bien que ces derniers continuent d'influencer les choix
individuels.

 Homogamie sociale
Tendances contemporaines : Malgré une plus grande mixité sociale, il persiste une tendance à choisir des partenaires
amoureux issus de milieux similaires (homogamie sociale), bien que les possibilités de mélanger les classes sociales
soient plus fréquentes qu'autrefois.

 La distinction entre groupes d'appartenance et de référence met en lumière la complexité des identités sociales et
le rôle des choix individuels dans un contexte de différenciation sociale. Bien que les groupes d'appartenance aient un
impact significatif, les groupes de référence reflètent les aspirations et les valeurs individuelles, illustrant ainsi une
dynamique sociale en constante évolution.

1.4.4. Le renouveau des communautés…


Bien que les rapports communautaires n'aient pas disparu avec la modernité, ils coexistent avec les relations
sociétaires. Le développement des institutions modernes a conduit à un renforcement des relations de type
sociétaire, affaiblissant les groupes intermédiaires entre les grandes institutions et les individus. En réponse, depuis
quelques décennies, on observe une volonté de revitaliser des formes de vie plus communautaires.
A. Déliances et reliances (Marcel Bolle de Bal)
Marcel Bolle de Bal décrit comment notre société actuelle, marquée par le désir de contrôle, est fondée sur la division
et la séparation. Cela a conduit à des déliances, soit à des ruptures des liens sociaux. Les individus se trouvent
déconnectés les uns des autres, d'eux-mêmes, de la nature, de leurs œuvres et même du système de production. Cela
engendre des carences de reliance, et tous mobilisent des ressources pour y remédier. Bolle de Bal s'intéresse aux
initiatives visant à renforcer les liens dans des projets communautaires depuis les années 70.
Ces déliances dont souffrent les êtres de notre temps sont polymorphes :
- Ils ne sont plus reliés aux autres, si ce n’est par des machines : la chaîne pour les producteurs, la
télévision pour les consommateurs.  Déliance sociale.
- Ils ne sont plus reliés à eux-mêmes, l’individu et le personnage ne sont plus reliés à la personne : les
frénésies de la carrière, de la consommation, de l’information surabondante ne leur laisse plus le temps
de s’interroger sur leur être profond, sur le sens de leur vie.  Déliance psychologique.
- Ils ne sont plus reliés ni à la terre (les espaces verts sont dévorés par le bitume des ville), ni au ciel (Dieu
ne semble pas répondre aux appels angoissés qui lui sont adressés).  Déliance cosmique.
- Ils sont menacés de n’être plus reliés ni au système de production (le chômage se fait de plus en plus
menaçant), ni à leurs œuvres (le travail devient de plus en plus abstrait et déshumanisé́), ni au devenir
de l’espèce (Société́ du risque).  Déliance ontologique.

B. Du temps des tribes... (Michel Maffesoli)


Michel Maffesoli, dans "Le temps des tribus", postule qu'un retour aux rapports communautaires plus intimes
pourrait survenir sans menacer l'ouverture des sociétés contemporaines. Les individus recherchent des expériences
communautaires fortes tout en restant libres d’adhérer ou de quitter ces groupes, qui peuvent se former autour de
diverses passions ou pratiques.
Il introduit alors la notion de « néo-tribus » = micro-entités fondées sur une socialité affective, un lien « chaud », c’est-
à-dire à partir d’expériences vécues en commun et dont l’objectif est l’entraide, le partage des sentiments et
l’ambiance affectuelle, éprouver des émotions collectives fortes, intenses.
30
Sociologie

Il ne s’agit pas d’un retour aux tribus du passé ; mais bien d’un tribalisme qualifié de « fluide », « nomade »,
« papillonnant », ; dans la mesure où les individus sont le centre d’un réseau de tribus auxquelles ils choisissent de
s’identifier mais qu’ils peuvent quitter à tout moment.
Les néo-tribus se réunissent autour d’images qui agissent comme des vecteurs d’une communauté des sortes de
« totems de rassemblement » en ce qu’elles permettent « d’éprouver des émotions en commun ».

C. ... aux Gated Communities : le repli communautaire


On observe aux États-Unis une multiplication de "gated communities" où les habitants partagent des points
communs, que ce soit une passion ou un mode de vie. Ces quartiers, souvent exclusifs, renforcent les inégalités
sociales et favorisent l'exclusion. Bien qu'elles semblent offrir une certaine sécurité, ces communautés peuvent aussi
affaiblir la symbiose sociale en limitant l'interaction avec des populations diverses.
- Quartiers/villages/villes entiers qui sont privatisés, encloisonnés
- Repli sur des identités communautaires
- Dans certaines déclinaisons, le mouvement wokiste peut apporter des écarts communautaires, refus de
distinction

D. La fondation de nouveaux communaux collaboratifs (Jeremy Rifkin)


Jeremy Rifkin envisage une transformation de nos modes de vie vers un modèle économique basé sur la
coopération et le partage, qui pourrait rivaliser avec le capitalisme traditionnel. Les avancées technologiques comme
l'Internet des objets et le développement d'énergies renouvelables favorisent une économie du partage. Rifkin
évoque des initiatives concrètes telles que les habitats groupés et les coopératives qui soutiennent cette vision. Cela
pose des questions sur la transition vers des modes de travail plus créatifs, l'égalité d'accès aux technologies, et la
nécessité d'adapter les institutions politiques et économiques.

 Ce nouveau modèle de société propose des opportunités pour créer un environnement durable, équitable et
respectueux de l'humain et de la planète, tout en soulignant les défis à surmonter pour y parvenir.

2. Tous égaux ? Rôles, statuts, stratification et mobilité sociale


1.2. Les classements sociaux
= Processus par lequel les individus organisent mentalement et socialement leur environnement en catégorisant
les autres selon divers critères (âge, sexe, profession, origine, etc.). Ces classements, bien qu’intuitifs, reflètent des
stéréotypes et participent à la construction d’une réalité sociale tangible.
= Méthode intuitive pour mieux se représenter notre environnement social et s’y positionner.
Opérations mentales qui participent à la production du réel.
En effet, les classements subjectifs s’objectivent dans l’existence concrète de catégories sociales multiples. En fonction
des catégories sociales on attend certains rôles sociaux ou on attribue une valeur dans une hiérarchie (=statut).

• Nature des classements sociaux :


- Ces classements sont des opérations mentales qui simplifient la perception de l’environnement social.
- Ils s’appuient sur des critères variés comme l’âge, la profession, l’origine, ou encore la religion.
 Répercussions des classements :
- Ces classements subjectifs deviennent concrets en donnant naissance à des catégories sociales (ex. : «
jeunes », « étrangers »).
- Ces catégories influencent les comportements, les attentes sociales et les rôles que les individus doivent
jouer.
 Hiérarchisation et statuts sociaux :
- Les classements assignent une valeur aux catégories, créant ainsi une hiérarchie sociale.
- Cela positionne les individus dans des rapports de domination ou de subordination et nourrit leurs
sentiments d’appartenance.
 Impact sur l’identité sociale :
- Les classements renforcent les identités sociales en permettant aux individus de se situer et de se distinguer.
- Cela explique pourquoi certains groupes ou environnements sont perçus comme plus accessibles ou
confortables.

31
Sociologie

 Exemples et implications pratiques :


- Les gated communities (communautés fermées) incarnent physiquement cette distinction sociale.
- Le choc culturel peut survenir dans diverses situations, même au sein d’une même société, par exemple
lorsqu’un individu est confronté à un milieu social étranger.
- La dynamique du « dîner de con » illustre que tout individu peut devenir étranger ou « inadéquat »
selon le contexte.
 Concept clé : la théorisation de William I. Thomas
- Sa maxime, « If men define situations as real, they are real in their consequences », souligne que nos
perceptions subjectives influencent concrètement la réalité sociale.
- En conclusion, les classements sociaux, bien qu’informels, ont un impact fondamental sur les interactions
humaines, la construction des identités, et l’organisation sociale.

1.3. De la différence à la l’exclusion sociale


La transition des différences sociales vers l’exclusion sociale : comment la différenciation peut passer de source
d’enrichissement à facteur de fragmentation sociale. Les théories de Jan Vranken et Robert Castel permettent de
mieux comprendre les processus qui mènent à cette marginalisation.

 La différence sociale : un potentiel d'enrichissement


- L’altérité (ou différence) n’est pas toujours source de conflit ; elle peut enrichir les échanges sociaux, ouvrant
sur la diversité culturelle et l’apprentissage.
- Cependant, lorsque certaines conditions apparaissent, la différence peut conduire à des formes de rupture et
de hiérarchisation sociale.

 Cadre conceptuel de Jan Vranken : de la différence à l’exclusion sociale


Vranken distingue quatre situations dans lesquelles la différence est perçue :
- Différenciation sociale : une diversité non hiérarchisée et sans rupture, où les relations restent équilibrées.
- Inégalité sociale : une hiérarchisation qui n’interrompt pas les interactions sociales, comme dans les rapports
professionnels (cadres/employés).
- Fragmentation sociale : une séparation sans hiérarchisation, où différents groupes vivent côte à côte sans
interaction, comme dans des quartiers ethniques distincts.
- Exclusion sociale : lorsque les différences entraînent à la fois une rupture des relations et une hiérarchisation,
marginalisant certains groupes.

 La désaffiliation sociale selon Robert Castel


- Castel préfère le terme de « désaffiliation » = l’éloignement progressif des individus des liens sociaux
essentiels (travail et réseau social).
- Selon lui, la solidité des liens au travail et dans le réseau social protège les individus de l’exclusion. Les zones
de cohésion sociale se répartissent ainsi :
o Intégration (emploi stable, réseaux relationnels forts) ;
o Vulnérabilité sociale (précarité de l’emploi, fragilité des liens sociaux) ;
o Désaffiliation (absence de travail et isolement relationnel).

 Les effets de la désaffiliation


- Les individus désaffiliés sont souvent relégués au bas de la hiérarchie sociale et deviennent, selon Castel, des
« surnuméraires » ou des « inutiles », exclus du réseau de solidarités sociales.
- Cette perte d’utilité sociale a des conséquences civiles et politiques : n’ayant plus d’influence, ces personnes
perdent leur « respectabilité » et ne peuvent plus influer sur leur environnement.

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Sociologie

- Vert : zone d’intégration


- Rouge : zone de désaffiliation
- Entre les 2 (dégradés orangés) : zones de vulnérabilité

 Hiérarchisation, peut engendrer des formes d’exclusion et de désaffiliation. Pour que la société reste inclusive, elle
doit éviter que la différenciation ne se transforme en marginalisation, en consolidant les réseaux sociaux et le lien au
travail.

1.4. Les rôles sociaux


 Rôle social = ensemble de comportements escomptés d'un individu en fonction de la situation sociale.
 Escompté = une attente de la société, mais sans définir précisément les comportements.
 Schéma de comportement : bien que les comportements ne soient pas rigides ou mécaniques, ils suivent des
modèles standardisés.
 Contexte social : les rôles varient selon les circonstances, les groupes sociaux, ou les statuts des individus
présents.
Les rôles sont étroitement liés aux statuts sociaux, qui représentent une position reconnue dans la société. Ces rôles
sont facilitants car ils :
- Permettent de décrypter les informations et comprendre les attentes.
- Fournissent des modèles de conduite adaptés pour stabiliser les interactions sociales.

2.3.1. Rôles institués


- Reposent sur des différenciations socialement reconnues.
- Modèles de comportement clairement définis par la société, liés à des statuts spécifiques.
- Exemples :
o Rôles sexuels (homme/femme).
o Rôles selon l'âge (enfant, adulte, senior).
o Rôles professionnels (hiérarchies, spécialisations).

2.3.2. Rôles issus des rapports sociaux


- Naissent des habitudes comportementales répétées dans des interactions récurrentes.
- Basés sur un répertoire culturel de rôles appris via socialisation et auto-imitation.
- À mesure que les comportements deviennent réguliers, ils cristallisent des attentes mutuelles durables.
- Improvisation puis cristallisation

2.3.3. Rôles subjectifs


- Influencés par les traits de personnalité et les expériences passées des individus.
- Exemples : être perçu comme boute-en-train, pessimiste, leader, etc.
- Ces rôles peuvent devenir des attentes sociales, exerçant parfois des contraintes significatives. Par exemple, un
boute-en-train peut se sentir prisonnier de cette image, surtout si son état émotionnel ne correspond plus à cette
attente.

 Les rôles sociaux, qu’ils soient institués, nés des rapports sociaux ou subjectifs, contribuent à structurer les
interactions et à réduire l'incertitude dans les relations humaines. Cependant, les rôles peuvent aussi enfermer les
individus dans des attentes qui ne correspondent plus à leur vécu ou à leur évolution personnelle.
Ce concept souligne ainsi l’interconnexion entre normes sociales, personnalité individuelle et dynamique
relationnelle.

1.5. Les statuts sociaux


33
Sociologie

 Définition et nature du statut social


- Statut social = place qu’un individu ou une catégorie d’individus occupe dans la société. Il reflète la
structure sociale, incluant les positions attribuées ou acquises.
- Les statuts fonctionnent comme des critères d’évaluation dans les relations sociales et influencent la
hiérarchie sociale.

 Types de statuts
- Statuts d’attribution (ou assignés)
o Attribués dès la naissance ou à travers des étapes de la vie.
o Dépendant de facteurs extérieurs et immuables comme :
- L’ascendance ou l’origine ethnique.
- Le sexe ou l’âge.
o Ces statuts prédominaient dans les sociétés préindustrielles, où l’individu était principalement défini par
ses caractéristiques reçues.
- Statuts de réalisation (ou acquis)
o Résultat des actions, choix, et performances individuelles.
o Dépendent des efforts, aspirations, et opportunités de l’individu.
o Plus valorisés dans les sociétés modernes, où la mobilité sociale permet de progresser ou de changer de
statut.

 Hiérarchie sociale
- Statuts et hiérarchie : La place occupée par les individus ou groupes dans la hiérarchie sociale dépend :
o Des rapports de pouvoir dans la société.
o Des valeurs et normes qui attribuent plus ou moins de prestige ou de valeur à certains statuts.
- Double hiérarchie :
o Intragroupe : Les statuts des membres d’un même groupe social (par exemple, une équipe de
travail).
o Intergroupe : La position d’un groupe social par rapport à d’autres groupes dans la société (par
exemple, ouvriers vs cadres).

 Multiplicité et incongruité des statuts


Dans une société différenciée, un individu peut appartenir simultanément à plusieurs groupes (par exemple, au
travail, dans un club sportif, dans une communauté religieuse).
Cela peut entraîner une incongruité de statut : un individu peut avoir un statut élevé dans un groupe (par exemple,
président d’un club de football) et un statut inférieur dans un autre (par exemple, ouvrier).
Cependant, on observe souvent une tendance au cumul des positions : ceux qui occupent des positions élevées ou
basses tendent à reproduire cette situation dans plusieurs groupes sociaux.

 Les statuts sociaux, qu’ils soient attribués ou acquis, façonnent la place des individus dans la société. Ils reflètent
les structures hiérarchiques basées sur le pouvoir, les normes et les valeurs. Si les sociétés modernes valorisent les
statuts de réalisation, les statuts d’attribution continuent d’exercer une influence significative, notamment en fonction
des contextes sociaux et des rapports de pouvoir.

 La stratification sociale
La stratification sociale décrit la structure hiérarchique de la société, comparable à des strates superposées de
couches sociales allant des moins favorisées aux plus favorisées. Cette hiérarchie repose sur des distinctions variées
et s’exprime à travers différents systèmes historiques et actuels.
 Les formes historiques de stratification sociale
o Esclavage : système basé sur la domination et la possession d’individus.
o Castes : hiérarchies rigides définies par la naissance, sans possibilité de mobilité sociale.
o Ordres sociaux : distinctions sociales médiévales fondées sur des privilèges juridiques (noblesse, clergé,
tiers état).
o Classes sociales : apparues avec l’industrialisation, elles reposent principalement sur des distinctions
économiques.

34
Sociologie

 La structure en quadrillé (DUPRÉEL)


Selon DUPRÉEL, la société peut être structurée en quadrillé, résultat de deux dimensions principales :
1. Domaines fonctionnels : division sociale basée sur les spécialisations professionnelles (ex. métiers, rôles
sociaux).
2. Positions hiérarchiques : relations de pouvoir et d’autorité au sein des groupes fonctionnels.
Aspects clés de cette structure :
- Similitude au sein d’un groupe : la vie collective dans un groupe social tend à homogénéiser ses membres,
renforçant leur égalité interne.
- Différences entre groupes : les interactions entre différents groupes sociaux génèrent des hiérarchies et des
asymétries de pouvoir.
- Rôle du tiers : certains individus ou groupes (chefs, juges, dirigeants) émergent pour gérer les relations
sociales, assumant des fonctions de contrôle et d’arbitrage. Ce phénomène favorise l’apparition d’une élite, à
la base de la formation des classes sociales.
Exemple d’inégalité entre groupes fonctionnels :
À statut hiérarchique égal, les rôles peuvent être valorisés différemment selon le domaine. Par exemple :
- Un directeur d’entreprise jouit d’un prestige supérieur à un directeur d’école, illustrant que les colonnes
du "quadrillé" ne sont pas toujours alignées.

 Les gratifications sociales


Le positionnement hiérarchique se traduit par une répartition inégale des gratifications sociales, regroupées en trois
grandes catégories :
- Gratifications matérielles
o Espèces : salaires, revenus mobiliers et immobiliers.
o Nature : avantages matériels comme voitures de fonction, logements, etc.
- Gratifications en termes de pouvoir
o Niveau d’autonomie et de capacité d’influence associé au statut.
- Gratifications psychologiques
o Prestige social : représentations de la valeur d’un individu, souvent symbolisées par des possessions
matérielles (grosse voiture, quartier de résidence).
o Cognitives : accès à l’éducation, l’information, et au développement personnel.
o Conditions de vie : sécurité, indépendance, créativité, épanouissement.

 Impact des inégalités sur les conditions de vie


Les inégalités de statut et de gratifications ont des conséquences objectives sur :
- La santé et l’espérance de vie : les individus avec un statut plus élevé jouissent généralement d’une
meilleure santé et d’une plus longue espérance de vie.
- Le vieillissement : les conditions de vie influent sur la manière dont les individus vieillissent, créant des écarts
importants entre les groupes sociaux.

 La stratification sociale structure les rapports humains en fonction de critères économiques, professionnels et
hiérarchiques. Les inégalités qui en découlent influencent directement les conditions de vie, renforçant les disparités
en matière de santé, de pouvoir et d’épanouissement personnel.

1.6. Les capitaux : Pierre Bourdieu


 L’espace social et les champs
- L’espace social est structuré en champs, régions où circulent des capitaux.
- Ces champs fonctionnent comme des marchés avec des rapports de force inégalitaires, contrairement à
l’idée d’égalité des agents économiques avancée par la théorie libérale.
 Les types de capitaux
Bourdieu distingue quatre types de capitaux :
- Capital économique : regroupe les revenus et les possessions matérielles.
- Capital culturel : inclut l’éducation, les savoirs et les expériences.
- Capital social : correspond au réseau relationnel mobilisable.
35
Sociologie

- Capital symbolique : représente la capacité de rendre visibles les autres capitaux (exemples : diplômes,
objets de prestige) et confère une plus-value identitaire, légitimant les positions sociales et le pouvoir.
 La violence symbolique et l’institutionnalisation des inégalités
- La violence symbolique légitime les inégalités en les rendant acceptables.
- L’institutionnalisation (par exemple, via l’école ou les statuts professionnels) garantit la pérennité des
rapports de force sociaux en objectivant les inégalités et en leur donnant une légitimité.
- Les institutions reproduisent les inégalités en distribuant les capitaux en fonction des positions sociales.
 L’habitus et la reproduction sociale
- Habitus = l’incorporation des différences sociales qui inculque à chaque individu le « sens de sa position ».
- Il favorise l’acceptation des hiérarchies sociales en traduisant les rapports de domination comme naturels
ou évidents.
 Les luttes culturelles et la distinction sociale
- Le champ culturel est un lieu de lutte pour la distinction sociale.
- Les pratiques culturelles différencient les classes sociales et renforcent l’écart entre celles qui accèdent à
une culture dominante (raffinement, ostentation) et celles davantage préoccupées par les nécessités
matérielles.
- Cette distinction se manifeste dans des choix symboliques (mode de vie, alimentation, art), qui reflètent
une mise à distance des contraintes matérielles par les classes dominantes.
 La culture dominante comme instrument de domination
- La culture dominante monopolise l’« expression légitime de la vérité sociale », masquant l’arbitraire des
inégalités.
- Elle incarne une revendication de supériorité sur les classes dominées, enfermées dans leurs contraintes
économiques et sociales.

 Bourdieu montre comment les différents types de capitaux structurent les inégalités sociales. Les institutions et la
culture dominante légitiment et reproduisent ces inégalités, notamment via la violence symbolique et l’habitus. Cette
analyse met en lumière les mécanismes subtils par lesquels les hiérarchies sociales sont maintenues.

1.7. Pauvretés et inégalités en Belgique


 Pauvreté et risque d'exclusion sociale
La pauvreté et l'exclusion sociale en Belgique sont mesurées à travers plusieurs indicateurs, principalement grâce au
programme EU-SILC (survey on income and living conditions). Les principales observations sont les suivantes :
- Risque de pauvreté monétaire :
o Déterminé pour les ménages vivant avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national.
o En 2022, ce seuil s'élevait à 1.207 €/mois pour une personne isolée, ou à 2.535 €/mois pour un
ménage composé de 2 adultes et 2 enfants.
o 13,2 % de la population (environ 1,5 million de personnes) est concernée.
- Indicateur de risque de pauvreté et d'exclusion sociale :
o Englobe la pauvreté monétaire, la privation matérielle sévère et la très faible intensité de travail.
o Ce phénomène touche environ un Belge sur cinq.
- Disparités régionales :
o Les régions de Belgique montrent des écarts importants :
 Bruxelles : particulièrement touchée avec des taux de pauvreté monétaire et de privation
matérielle bien supérieurs à la moyenne.
 Wallonie : aussi marquée par des taux élevés.
 Flandre : situation nettement meilleure, avec des taux plus faibles.

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Sociologie

- Privations matérielles
Couvrent des indicateurs relatifs aux difficultés économiques aux biens durables, au logement et à l’environnement
de l’habitation.
Privation matérielle = privation d’au moins 3 des 9 indicateurs
Privation matérielle sévère = privation d’au moins 4 des 9 indicateurs
2023 : taux de privation matérielle (10,4%) et sévère (6,1%)
- Très faible intensité de travail
= Personnes âgées de 0 à 59 ans vivant dans des ménages où les adultes ont travaillé moins de 20% de leur
potentiel de travail au cours de l’année écoulée.
2023 : Taux très faible d’intensité de travail (10,5%)
 Évolution des indicateurs de pauvreté
Les efforts pour réduire la pauvreté ont eu des effets limités :
- Depuis 2010, la Belgique visait une réduction du nombre de personnes en risque de pauvreté et d’exclusion
sociale à 1.855.000 en 2020. Pourtant, en 2020, 2.307.000 personnes étaient encore dans cette situation.
- Les indicateurs de pauvreté montrent une légère diminution au fil du temps, mais insuffisante pour atteindre
les objectifs fixés.

37
Sociologie

 Impact des transferts sociaux


Les transferts sociaux (allocations de chômage, pensions, etc.) jouent un rôle crucial :
- Sans ces transferts, 41,7 % de la population vivrait dans la pauvreté, contre 18,7 % après leur prise en
compte.
- Cela démontre l’importance de la sécurité sociale pour amortir les effets de la pauvreté.

Camara : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se
nourrir et l’on me traite de communiste »
 Inégalités de revenus et de patrimoine
Les inégalités en Belgique sont frappantes :
- Revenus :
o Les 10 % les plus riches captent environ un tiers du revenu total net imposable.
o Le tiers le moins riche ne bénéficie que de 10 % des revenus totaux.
o Les 1 % les plus riches concentrent 7,71 % des revenus.
- Patrimoine :
o Les 20 % les plus riches détiennent environ 60 % du patrimoine net total, tandis que les 20 % les
plus pauvres ont des patrimoines quasi inexistants ou négatifs (endettement).
 Conséquences des inégalités
Les écarts de revenus et de patrimoine ont des impacts concrets :
- Dépenses :
o Les 25 % les plus riches dépensent en moyenne deux fois plus que les 25 % les moins riches.
o Les ménages pauvres consacrent une proportion bien plus importante de leur budget aux postes
essentiels comme l’alimentation et la santé (65 %, contre 55 % pour les plus riches).
- Inégalités dans la consommation : elles limitent les possibilités des ménages les plus pauvres à investir dans
des biens non essentiels ou dans des activités améliorant leur qualité de vie.

 Indice de Gini
= L’indicateur des inégalités des revenus.
38
Sociologie

En Belgique, en 2022, l’indice de Gini se situait à 24,9.


L'indice de Gini est une mesure utilisée en économie et en
sciences sociales pour quantifier les inégalités dans la
répartition des revenus ou des richesses au sein d'une
population. Il a été développé par le statisticien italien
Corrado Gini en 1912. Cet indice varie entre 0 et 1 (ou parfois
entre 0 % et 100 %) :

- 0 indique une égalité parfaite, où tout le monde a


exactement les mêmes revenus ou la même richesse.
- 1 reflète une inégalité totale, où une seule personne
détient tous les revenus ou toute la richesse, tandis
que les autres n'ont rien.

 Le rôle de l'État :
- Les efforts de l'État belge pour lutter contre la pauvreté, notamment par le biais de transferts sociaux, ont
permis de limiter la pauvreté mais ne suffisent pas à la réduire drastiquement.
- Les politiques actives (emploi, cohésion sociale) et les mécanismes de redistribution mériteraient d’être
renforcés.
 Inégalités persistantes :
- Lutter contre la pauvreté implique aussi de s’attaquer aux inégalités structurelles.
- Les écarts de richesse, notamment en matière de patrimoine, restent un frein majeur à une société plus
équitable.
 Propositions :
- Renforcer les transferts sociaux pour mieux protéger les populations vulnérables.
- Encourager une fiscalité plus progressive pour réduire les inégalités de revenus et de patrimoine.
- Mettre en place des politiques ciblées pour améliorer l’accès à des services essentiels (santé, éducation,
logement) pour les ménages les plus pauvres.
La Belgique a des outils puissants pour limiter la pauvreté, mais des efforts structurels et des politiques volontaristes
seront nécessaires pour transformer l’impact actuel en résultats tangibles.

39
Sociologie

1.8. La concentration des richesses


• Justifications traditionnelles des inégalités
Les inégalités économiques sont souvent expliquées ou justifiées par des arguments traditionnels basés sur :
- Le mérite et le risque : Ceux qui assument plus de responsabilités ou prennent des risques mériteraient une
rémunération plus élevée.
- L’utilité sociale : Les inégalités encourageraient l’effort et la contribution individuelle au progrès de la
société.
Limites de ces justifications :
- Certains bénéficiaires de revenus disproportionnés, comme certaines célébrités ou dirigeants peu
compétents, n’apportent pas une réelle contribution sociale.
- Les professions essentielles (enseignants, agriculteurs, personnels de santé) sont sous-évaluées
financièrement, malgré leur importance pour la société.
• Effets économiques des inégalités
- Impact sur la croissance économique
o Les inégalités excessives freinent le développement économique.
o Un rapport de Standard & Poor’s (2014) montre que la concentration des richesses ralentit le PIB des
États-Unis en aggravant les récessions.
o Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, explique que les inégalités engendrent une mauvaise allocation
des ressources et rendent l’économie plus fragile.
- Inefficacité de la répartition des ressources

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Sociologie

o Les inégalités favorisent :


 Une concentration de la richesse au sommet, entraînant une consommation limitée pour les
classes inférieures.
 Une instabilité économique, car une grande partie de la population a peu de pouvoir d’achat.

• Impacts sociaux et politiques des inégalités


- Perte de confiance dans les institutions : Lorsque les inégalités deviennent trop importantes, les citoyens perdent
foi dans les institutions, perçues comme biaisées en faveur des élites.
- Menaces pour la démocratie
o Une concentration extrême des richesses transforme les sociétés modernes en oligarchies.
o Cela mine les fondements des systèmes libéraux et démocratiques en limitant la voix de la majorité.

• Critique du modèle économique dominant


- L’économie du ruissellement : un mythe réfuté
o Cette théorie affirme que l’enrichissement des plus riches profite à l’ensemble de la société, via des
investissements et des créations d’emplois.
o En réalité, le système actuel fonctionne davantage comme une "économie aspirante" : les richesses se
concentrent en haut de la pyramide sans se redistribuer efficacement.
- Capital contre travail
o Thomas Piketty démontre que les rendements du capital (intérêts, dividendes, investissements) sont
supérieurs à la croissance économique.
o Résultat : les inégalités structurelles se renforcent. La richesse se transmet par héritage plutôt que par le
mérite, ce qui va à l’encontre des principes de justice sociale et de méritocratie.

• Les coûts de l’inégalité


Les inégalités économiques ont des répercussions négatives à plusieurs niveaux :
- Coût économique : Les inégalités freinent la croissance et augmentent les risques de récession, car la majorité
de la population dispose d’un pouvoir d’achat limité.
- Coût politique
o Les citoyens, frustrés par les injustices sociales, perdent confiance dans les politiques.
o Cela conduit à un vote de rejet, encourageant les extrémismes, les populismes et l’instabilité politique.
- Coût pour le modèle libéral
o Le libéralisme, basé sur la concurrence et la motivation par des rémunérations justifiées, perd sa
crédibilité :
 Les rémunérations extravagantes (parachutes dorés) ne sont souvent ni méritées, ni liées à une
réelle contribution économique.
 Les crises spéculatives (exemple : crise des subprimes) enrichissent les spéculateurs au
détriment des plus vulnérables.

• Une interdépendance souvent ignorée


La richesse individuelle repose sur une contribution collective, qu’il s’agisse :
- D’infrastructures publiques (routes, écoles, hôpitaux).
- De services de base (sécurité, justice, éducation).
Pourtant, cette interdépendance est souvent occultée dans les discours qui glorifient les réussites individuelles.

• Vers une remise en question systémique


Pour préserver la cohésion sociale et l’équilibre économique, une révision des fondements du système capitaliste est
nécessaire :
- Une certaine dose d’inégalité peut stimuler la motivation et l’innovation.
- Mais les inégalités actuelles, disproportionnées et injustifiées, mettent en péril la société.
Problèmes soulevés :
- Critère d’utilité sociale : Pourquoi les métiers liés au divertissement (par exemple, certains influenceurs
ou acteurs) sont-ils plus rémunérateurs que des métiers essentiels comme l’agriculture ou la santé ?

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Sociologie

- Critère de mérite : Les parachutes dorés (indemnités extravagantes pour certains dirigeants) et les gains
liés à la spéculation financière contredisent l’idée de mérite.

• Une nouvelle perspective : de l’économie du ruissellement à l’économie aspirante


- L’économie du ruissellement, qui suppose que la richesse des élites bénéficie à tous, a été largement
discréditée.
- Le modèle actuel ressemble davantage à une "économie aspirante", où les richesses sont captées par
une minorité, aux dépens des classes moyennes et populaires.

 Les inégalités, dans leur forme actuelle, ne sont plus justifiées par des critères de mérite ou d’utilité sociale. Elles
constituent un frein à la croissance, une menace pour la démocratie et un danger pour la stabilité économique et
sociale. Une redistribution plus équitable des richesses est essentielle pour restaurer la confiance et rétablir un
équilibre durable.

1.9. La mobilité sociale


Mobilité sociale = les déplacements individuels ou collectifs au sein de la structure sociale
Les positions dans la structure sociale ne sont pas immuables. Une perspective dynamique doit être adoptée pour
comprendre les déplacements individuels et collectifs au sein de cette structure. La mobilité sociale pose des
questions essentielles : quelle est la fluidité des déplacements sociaux ? Dans quelle mesure notre origine sociale
influence-t-elle notre position actuelle ? Existe-t-il une hérédité sociale ? Ces réflexions sont au cœur de l'étude de la
mobilité sociale.
C'est le sociologue Pitrim Sorokin (1889-1968) qui a introduit ce concept en 1927, en le comparant à des
déplacements dans l’espace physique (s’intéresse aux physiciens), impliquant des notions comme direction, distance,
masse et temps.
On distingue différents types de mobilités :
- Horizontale et verticale (direction)
- Collective et réelle (individuelle) (masse)
- Intentionnelle ou provoquée
- Intragénérationnelle ou intergénérationnelle (temps)

1.10.1. Mobilité horizontale et verticale


- Mobilité horizontale : Déplacements entre groupes fonctionnels sans changement de strates sociales (exemple :
changer de métier tout en restant dans la même catégorie sociale).
- Mobilité verticale : Déplacements dans la hiérarchie sociale entre strates sociales (déplacements verticaux dans
la structure en quadrillés), sans nécessairement de déplacement entre les groupes fonctionnels.
o Ascendante : si la mobilité conduit à un statut supérieur, plus enviable.
o Descendante : si la mobilité conduit à un statut inférieur, moins enviable
Ces mobilités peuvent être combinées : un déplacement horizontal peut s’accompagner d’un changement de statut
social, et vice-versa.

1.10.2. Mobilité collective


La mobilité collective concerne les déplacements de catégories sociales entières, avec deux types principaux :
- Intentionnelle : résultat d’actions collectives qui revendiquent une amélioration du statut (revalorisation des
revenus, davantage de reconnaissance, etc.).
- Provoquée : par des modifications/changements profondes de facteurs d’ordre :
o Socio-culturelles (ex. : dégradation du statut des instituteurs avec la démocratisation de
l’éducation).
42
Sociologie

 Pendant la 2e moitié du 20e siècle, en primaire, l’instituteur était une figure respectable car
le niveau d’institutionnalisation était bas : les instituteurs avait un haut capital culturel et
leur fonction était positionnée assez haute dans la vie sociale. Plus tard avec la promotion
d’avoir des diplômes, la majorité des gens vont avoir un diplôme plus « haut » qu’eux et
donc leur capital culturel ne sera plus vu comme aussi haut.
o Socio-économiques (ex. : passage du secteur industriel au secteur tertiaire)
 Avec la fermeture des mines de charbon, tous les anciens miniers ont dû être réorienté
dans d’autres secteurs d’activité  Mobilité horizontale
o Socio-démographiques (ex. : Ethnicisation de la stratification sociale).
 Migration qui souhaite envisager un meilleur avenir ; on va voir de nouvelles migrations
(des gens qui pensent qu’en Europe c’est mieux ou des gens qui pensent qu’ils ne sont pas
assez gratifié socialement) ; des masses d’individus venant de l’étranger vont être placé
tout en bas de la hiérarchie sociale quel que soit leur capacité intellectuelle  Provocation
de la mobilité vers le haut pour ceux qui se trouvaient en dessous avant l’arrivée des
migrants
Ces phénomènes illustrent l’ethnicisation de la stratification sociale, renforcée par des discriminations à l’emploi et
des taux de chômage différenciés selon l’origine.

1.10.3. Mobilité réelle (Individuelle)


- Intragénérationnelle : déplacements d’un individu dans la structure sociale au cours de son existence
43
Sociologie

- Intergénérationnelle : déplacements d’un individu dans la structure sociale par rapport à son milieu d’origine
(déplacements que l’on observe entre la génération des parents et celle des enfants)
o L'accès à un niveau d’étude ou de statut directement supérieur est plus fréquent, mais la mobilité à de
plus grandes distances reste limitée.

Le niveau d’instruction s’est augmenté


de génération en génération  Mobilité
verticale ascendante

Le niveau d’instruction du papa va avoir


une influence d’instruction sur le fils.
 Il y a une influence du niveau
d’instruction des parents sur les enfants

On calcule cette influence avec le taux de


mobilité intrinsèque

44
Sociologie

Tableau :
Pour obtenir un chiffre on divise le pourcentage qu’on veut voir par le total de sa colonne.
- Reproduction sociale (diagonale) : Les fils ayant le même niveau d'instruction que leur père montrent une
absence de mobilité intergénérationnelle.
- Mobilité verticale :
o Ascendante (au-dessus de la diagonale) : Le fils atteint un niveau supérieur à celui du père, mais
souvent limité à un degré immédiatement supérieur.
o Descendante (en dessous de la diagonale) : Moins fréquente, elle traduit une baisse du niveau
d’instruction par rapport au père.
- Taux de mobilité :
o Proches de 1 : Faible influence du niveau d’instruction du père sur celui du fils.
o Plus on s’éloigne de 1 vers le haut, plus le parent a d’influence en augmentant le niveau d’instruction
(et inversement)
 Analyse des données
Les tableaux sur la mobilité montrent que :
- La mobilité ascendante existe mais reste limitée à des distances courtes (ex. : passer du secondaire supérieur
à l'université est moins fréquent que de passer d’un niveau primaire à secondaire). La mobilité verticale
ascendante reste réduite , ils obtiennent un niveau d’instruction plus haut que le papa mais de distance
courte
- La reproduction sociale reste forte, notamment dans les catégories socioprofessionnelles.
- Le niveau d’étude des parents influence considérablement celui des enfants. Un père universitaire donne
près de trois fois plus de chances à son fils de devenir lui-même universitaire.
Bien qu’un diplôme puisse améliorer les opportunités, l’insertion professionnelle reste un enjeu distinct. Le tableau
des statuts socioprofessionnels révèle une mobilité intragénérationnelle et intergénérationnelle limitée, avec des
disparités importantes selon les origines sociales.

1.10. Reproduction sociale

Il y a une forte reproduction sociale.

45
Sociologie

• BOUDON (rappel) : échec de la démocratisation scolaire car effet pervers de l’agrégation d’une même stratégie
d’ascension sociale des enfants de la part des familles (syndrome du Heizel)
• Boudon et l'effet pervers de la démocratisation scolaire
- Hypothèse principale : L'élévation générale du niveau d'instruction ne garantit pas une mobilité sociale
accrue. L'agrégation des stratégies individuelles des familles pour la promotion sociale a des effets contraires.
- Raisonnement : Lorsque davantage de personnes obtiennent des diplômes, la valeur relative de ces diplômes
diminue sur le marché du travail. Les inégalités sociales, bien qu'apparaissant sous une forme différente,
persistent.

• Bourdieu et les mécanismes de la reproduction sociale


- Habitus et distinctions :
o Habitus = un ensemble de dispositions culturelles durables, propres à une classe sociale,
inculquées dès l’enfance.
o Il relève d’une prédisposition à agir qui influence les pratiques des individus au quotidien : leur
manière de se vêtir, de parler, de percevoir, de se nourrir, de se divertir, etc.
o Ces prédispositions sont intériorisées inconsciemment durant la phase de socialisation, pendant
laquelle l’individu s’adapte et s’intègre à un environnement social caractérisé par sa classe sociale
d’appartenance.
o Les habitus de classes = moyens de distinguer les différentes classes sociales en fonction de leurs
modes de vie
o Les pratiques sociales permettent donc à l’individu de s’intégrer à une classe en se distinguant
d’autres classes.
o Le champ culturel devient aussi un champ de bataille où se jouent des luttes stratégiques de
distinction : pour rester supérieures, les classes nanties vont produire des critères de jugement et de
légitimité (goûts et dégoûts); ainsi, certaines pratiques vont être considérées comme plus nobles,
plus raffinées; tandis que d’autres seront considérées comme plus frustres, plus « basiques ». Les
pratiques sociales permettent dès lors de renforcer le système de hiérarchies sociales.
- La culture comme enjeu de pouvoir :
o La culture dominante joue un rôle crucial dans les classements sociaux.
o L'école véhicule cette culture dominante, ce qui favorise les élèves déjà familiarisés avec ces codes
et désavantage ceux qui en sont éloignés.

- La reproduction : violence institutionnelle de l’école


o Violence symbolique = type de pouvoir qui permet d'imposer des significations tout en escamotant
les rapports de force sur la base desquels elles reposent.
o ≠ violence volontaire. Un objectif de l’école est de donner à chaque enfant tous les outils pour
pouvoir se positionner au mieux dans la société à l’âge adulte. Ce but passe par :
 L’inculcation des matières de base (lecture, écriture, calcul, etc.)
 La transmission des codes culturels dominants (culture majoritaire dans la société)

46
Sociologie

o Or, alors que les enfants de classe moyenne et supérieure baignent dans ces codes culturels
dominants depuis leur tendre enfance, ce n’est pas le cas des enfants de classes populaires qui y
sont bien étrangers.
 Ces derniers doivent donc vivre un double apprentissage. Le temps qu’ils doivent consacrer pour
intégrer les codes culturels dominants provoque rapidement un retard dans l’acquisition des
matières de base.

• L'intériorisation des limites sociales


Les enfants des classes dominées finissent par intégrer les inégalités comme naturelles, adoptant un "sens des
limites".
Ce processus les pousse à adapter leurs ambitions en fonction de ce qu’ils perçoivent comme accessible pour eux.
Par contraste, ceux issus de classes favorisées internalisent des aspirations correspondant aux opportunités que leur
position sociale leur permet d'envisager.

• Conséquences sur la mobilité sociale


La reproduction des inégalités s'opère à travers les mécanismes scolaires et l'intériorisation des positions sociales.
L'idée de "vocation" ou de "destin social" renforce les choix d'orientation et d'aspiration en fonction de la classe
d'origine, limitant les possibilités de changement social significatif.

 Les analyses de Boudon et Bourdieu montrent comment, malgré la démocratisation de l'accès à l'éducation, les
structures sociales et culturelles maintiennent les inégalités à travers des mécanismes subtils mais puissants de
reproduction sociale.

3. AGIR POUR LE CHANGEMENT ? DES CATÉGORIES SOCIALES AUX


AiiACTIONS COLLECTIVES
Film : tous au Larzac

3.1. Le conflit participe au lien social

• La double nature des rapports sociaux selon DUPRÉEL


- Rapports sociaux positifs : Basés sur l’accord, la coopération et la complémentarité, ils renforcent la force
sociale d’un groupe et son unité.
- Rapports sociaux négatifs : Antagonismes et conflits, considérés a priori comme destructeurs de la force
sociale. Cependant, leur rôle est plus nuancé lorsqu’on observe les groupes au niveau collectif.
• Le rôle du conflit dans le lien social
- Selon DUPRÉEL, un groupe social est une force collective, influençant ses membres et la société. Les rapports
sociaux, qu’ils soient positifs ou négatifs, façonnent cette force.
- SIMMEL et la positivité du conflit :
o Affirme que le conflit, loin de rompre le lien social, contribue à le maintenir en opposition à
l’indifférence, qui est véritablement destructrice. Il renforce les liens sociaux.
o Le conflit est un moment dialectique, une confrontation qui articule des enjeux communs entre les
parties impliquées.
- Les rapports négatifs (comme les conflits) sont souvent accompagnés d’éléments positifs (un enjeu partagé
ou des compromis possibles). De plus, ils peuvent générer des alliances au sein du groupe.
• Le conflit : destructeur ou moteur de transformation ?
- Complémentarité des rapports positifs et négatifs : Les phénomènes sociaux ne se limitent pas à une
dichotomie stricte ; les rapports positifs et négatifs s’entrelacent. Par exemple :
o Un conflit entre deux parties peut renforcer les liens entre alliés.
o La recherche de solutions ou de compromis issus d’un conflit peut aboutir à un renforcement du lien
social.
- Le danger du consensus mou :
o Une absence de conflit, une recherche constante de consensus ou une indifférence totale peut être
plus nuisible qu’un conflit actif. Le conflit, en mobilisant les énergies autour d’enjeux partagés, évite
la désagrégation sociale.
47
Sociologie

• Le conflit et la violence : une distinction clé


- Le conflit ne doit pas être assimilé à la violence. Bien que tous deux soient des expressions de tension, le
conflit peut être structurant, tandis que la violence tend à détruire le lien social.
- Éviter systématiquement le conflit peut paradoxalement entraîner une fragmentation du lien social et, in
fine, générer davantage de violence, en raison de frustrations ou de tensions inexprimées.

Le conflit joue un rôle ambivalent mais essentiel dans les dynamiques sociales. Loin d’être uniquement destructeur,
il peut contribuer à la transformation et à la cohésion sociale lorsqu’il est canalisé et encadré. Il apparaît donc comme
une composante inévitable, voire bénéfique, du lien social, en contraste avec les dangers liés à l’indifférence ou au
rejet systématique du conflit.

3.2. Ralph DAHRENDORF : La notion de quasi-groupe et de groupe d’intérêt


Ralph Dahrendorf propose une analyse des conflits sociaux et des dynamiques de groupes, qui complète et actualise
les idées marxistes en se concentrant sur la répartition de l’autorité, plutôt que sur la propriété des moyens de
production.
3.2.1. La formation des groupes sociaux
Pour qu’un groupe social se constitue, il ne suffit pas que des individus partagent des caractéristiques ou des intérêts
communs :
- Prise de conscience : Les individus doivent être conscients de ces intérêts partagés pour agir collectivement.
- Terme commun : Ce point commun doit devenir un centre d’organisation et de complémentarité.
Cette notion prolonge l’idée marxiste selon laquelle une classe sociale nécessite une conscience de classe pour exister
pleinement.

3.2.2. L’évolution des conflits sociaux


Dahrendorf met à jour l’analyse de Marx sur les conflits de classes :
- Déplacement de l’enjeu : Les conflits actuels concernent moins la propriété des moyens de production (qui
est désormais plus dispersée) que la répartition de l’autorité.
- Relations modernes : Les conflits entre directions et employés reflètent une autorité déléguée (par les
actionnaires aux managers) et des rapports moins directs entre propriétaires et travailleurs.
Ces conflits reflètent une dynamique universelle dans les organisations sociales :
- Classes dominantes : Défendent leur position pour maintenir le statu quo.
- Classes subordonnées : Cherchent à modifier cette situation en contestant les structures d’autorité.
3.2.3. Les types d’intérêts et de groupes
 Intérêts latents :
o Propre aux groupes, mais non encore conscients ou exprimés.
o Ils peuvent se manifester à tout moment.
 Intérêts manifestes :
o Intérêts latents devenus explicites et conscients.
o Ils se traduisent par des objectifs et des actions collectives.
 Dahrendorf distingue deux types de regroupements :
- Quasi-groupes (classes en soi chez Marx) :
o Rassemblent des individus partageant des intérêts latents, des habitudes ou des conditions sociales
similaires.
o Ils ne sont pas organisés autour de ces intérêts communs.
- Groupes d’intérêt (classes pour soi chez Marx):
o Formés par des individus ayant pris conscience de leurs intérêts communs, maintenant manifestes.
o Ces groupes sont organisés, définissent des objectifs et des actions pour défendre ou modifier les
structures d’autorité.

48
Sociologie

3.2.4. La chronicité et l’institutionnalisation des conflits


 Multiplication des conflits :
- Les conflits deviennent plus fréquents dans une société moderne où l’autorité est répartie.
- Ils opposent de moins en moins deux classes clairement identifiées, perdant ainsi de leur intensité (par
dilution ou neutralisation mutuelle).
 Institutionnalisation :
- Les conflits, notamment économiques, sont souvent régulés au sein même de l’économie grâce à des
organes de négociation (syndicats, arbitrage).
- Cela contribue à une séparation accrue entre sphères politique et économique.

3.2.5. La multiplicité des appartenances et les conflits individuels


Les individus appartiennent souvent à plusieurs groupes, ce qui peut les placer en position :
- De sujétion dans un groupe.
- De domination dans un autre.
Ces situations peuvent générer des conflits psychologiques ou d’intérêts personnels.
Cependant, ces cas restent rares, car les individus tendent à cumuler des positions d’autorité ou de subordination
dans différents domaines.

 Pour Dahrendorf, les conflits sont inhérents à la société, car ils découlent de la distribution inégale de l’autorité.
Leur intensité et leur forme évoluent, mais ils restent une force structurante. La distinction entre quasi-groupes et
groupes d’intérêt met en lumière les étapes par lesquelles des intérêts latents deviennent des mouvements
organisés, capables de modifier ou de défendre les structures sociales. L’institutionnalisation des conflits tend
toutefois à réduire leur dimension politique, reflétant la séparation croissante entre les sphères économiques et
politiques.

3.3. THOMPSON, La formation de la classe ouvrière anglaise


Thompson, dans La formation de la classe ouvrière anglaise (1963), propose une analyse approfondie de l’émergence
de la classe ouvrière anglaise comme sujet collectif au cours de la période de 1790 à 1830. Il réfute les visions
simplistes selon lesquelles la classe ouvrière serait apparue de manière soudaine et homogène sous l’effet de
l’industrialisation ou qu’elle pourrait être comprise uniquement à travers une opposition rigide entre prolétariat et
bourgeoisie. Son approche met en lumière un processus complexe, marqué par des étapes progressives et des
nuances significatives.

- Conscientisation = processus long et complexe


- Cette prise de conscience est un long processus complexe pétri de paradoxes
 Une classe ouvrière initialement fragmentée
- Hétérogénéité des origines : Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les premiers acteurs des luttes
sociales n’émanent pas des grandes manufactures, mais des métiers traditionnels (comme les tisserands ou
les peigneurs de laine).
- Diversité des formes de lutte : Le luddisme, les sociétés de secours mutuel, les grèves et les manifestations
illustrent des modalités d’action variées et souvent limitées à un contexte local ou sectoriel.

 Paradoxes et ambivalences dans le processus de conscientisation


A. La répression comme catalyseur
Des événements comme le massacre de Peterloo (1819) renforcent la conscience collective en montrant un
antagonisme global : la bourgeoisie industrielle et commerçante apparaît clairement comme l’ennemi commun à tous
les ouvriers.
B. La religion comme levier inattendu
Bien que la religion ait souvent été utilisée pour maintenir l’ordre social (via l’enseignement de l’obéissance et de la
discipline), elle a également permis aux ouvriers de développer des outils intellectuels. Apprendre à lire les textes
religieux leur a donné accès à une culture plus large, leur permettant de s’informer et de s’organiser.

 De la diversité à l’unité

49
Sociologie

- Création d’une culture ouvrière intellectuelle : La lecture et l’échange d’idées, au-delà des frontières locales,
permettent de reconnaître des similarités dans les conditions d’exploitation et les revendications entre
différents secteurs et régions.
- Passage à une lutte politique : Ce processus de maturation amène à dépasser les revendications spécifiques
pour se concentrer sur des enjeux plus généraux, comme la lutte pour le suffrage universel. Cette
revendication devient un point de ralliement national, unifiant des initiatives auparavant dispersées.
 Une temporalité longue et évolutive
Thompson insiste sur le caractère lent de cette évolution. La classe ouvrière ne naît pas d’un seul coup, mais se
construit au fil du temps, à travers des expériences multiples et des interactions complexes.
Cette analyse montre que la conscience de classe n’est pas une donnée immédiate mais le fruit d’un long processus
d’apprentissage, de luttes et de structuration collective.

3.4. Augmenter le pouvoir en élargissant les réseaux


Dans l'article de L. Van Campenhoudt (2010), la question du pouvoir dans les réseaux sociaux est explorée à travers
une série d’hypothèses et d’analyses, mettant en avant les dimensions actantielles et structurelles des dynamiques de
pouvoir. Cette réflexion s’appuie sur l’idée que le pouvoir dans un réseau est un phénomène complexe et multi-
facettes, nécessitant une approche combinée pour en comprendre les mécanismes.
 Les hypothèses sur le pouvoir dans les réseaux sociaux
1. Capacité de faire réseau (dimension actantielle) : Le pouvoir repose sur la capacité des individus ou des
groupes à se connecter, à établir des liens et à intégrer des réseaux existants.
2. Position structurelle dans le réseau (dimension structurelle) : La centralité, les "trous structuraux" (espaces
non connectés entre des sous-groupes), et la capacité à relier différents sous-réseaux confèrent un avantage
stratégique.
3. Mobilisation et responsabilisation : Le pouvoir dépend de la capacité à mobiliser les membres du réseau tout
en évitant soi-même d’être mobilisé de manière excessive, permettant une gestion optimale des ressources
et des responsabilités.
4. Position des pôles et capital : Les pôles dans le réseau acquièrent du pouvoir en fonction de leur position
dans des champs spécifiques (économique, politique, social) et de leur accès aux différentes formes de
capital (social, culturel, économique).
5. Capacité du réseau à politiser ses enjeux : Un réseau peut acquérir du pouvoir en politisant des questions
initialement micro-localisées, en les transformant en enjeux de société. Cela implique des mécanismes de
micromobilisation (McAdam et al., 1988), où des groupes restreints constituent les blocs de base d'une action
collective élargie.
- On rejoint le début du 1er chapitre : il faut mobiliser les individus pour créer des groupes d’actions
collectives (niveau méso) et les relier au niveau macro mais cela n’a pas de sens si on ne donne pas
d’importance au concept de « micromobilisation ». On prend conscience que notre participation en
tant qu’individu est importante.

 Les dynamiques de micromobilisation et de montée en généralité


Van Campenhoudt souligne l’importance des petits réseaux dans la genèse des mouvements sociaux. Ces groupes
initiaux, souvent modestes, jouent un rôle fondamental :

50
Sociologie

- Ils créent des connexions étroites entre leurs membres, favorisant l’engagement, l’échange d’idées, et
l’expérimentation d’actions.
- Ils transforment les revendications personnelles et locales en causes collectives, puis en enjeux globaux. Ce
processus est décrit comme une attribution collective.
En fédérant ces petits groupes (ou "blocs de base") dans des réseaux élargis, les souffrances individuelles peuvent
devenir des préoccupations publiques, donnant naissance à des acteurs collectifs capables d’influencer les
macrostructures.
 Du microacteur au macroacteur : le rôle des alliances
Van Campenhoudt, en s’appuyant sur Callon et Latour (2006), montre que les petits acteurs (microacteurs) peuvent
devenir des forces majeures (macroacteurs) grâce à leur capacité à :
- S’allier à d’autres forces.
- Créer des structures relationnelles et des systèmes de flux entre individus et groupes interconnectés. Ce
passage du micro au macro est essentiel pour résister aux grandes forces établies (économiques, politiques,
etc.), décrites comme des Léviathans.
 Les mouvements sociaux selon Alain Touraine
D’après Touraine, un mouvement social repose sur trois principes :
1. Principe d’identité : définition claire du groupe et de ses objectifs.
o Exemple : « nous sommes les défenseurs du Larzac »
2. Principe d’opposition : identification des adversaires ou forces contre lesquelles le groupe lutte.
o Exemple : « qui sont nos ennemis ? »
3. Principe de totalité : formulation d’une vision globale du changement social recherché.
o Exemple : « qu’est-ce que je propose comme alternative à la réalité contre laquelle on lutte ? »
L’intervention sociologique proposée par Touraine vise à accompagner les mouvements sociaux dans la clarification
et l’articulation de ces trois principes, renforçant leur capacité à agir efficacement.

 Le pouvoir dans les réseaux sociaux est une dynamique plurielle, nécessitant une combinaison de connexions
actives, de positions structurelles avantageuses, et de capacités de mobilisation et de politisation. À travers ces
mécanismes, de petits groupes peuvent devenir des acteurs collectifs influents, et leurs actions peuvent évoluer
pour provoquer des transformations sociales à grande échelle.

3.5. La mobilisation : Mançur OLSON et la notion d’incitation sélective


Mancur Olson, dans son ouvrage The Logic of Collective Action (1966), explore les dynamiques d’engagement dans
l’action collective, en insistant sur les défis posés par les intérêts individuels dans des contextes où les bénéfices
sont partagés par l’ensemble du groupe. Il identifie plusieurs obstacles à l’engagement collectif et propose des
solutions pour les surmonter, notamment grâce à la notion d’incitation sélective.
- La conscience collective est nécessaire mais n’est pas suffisante
 Les obstacles à l’engagement dans l’action collective
- La stratégie de la défection : Les individus peuvent choisir de ne pas s’engager dans la collectivité, préférant
une solution individuelle qui leur semble moins coûteuse ou risquée. Par exemple, un habitant mécontent
d’un aéroport peut déménager au lieu de participer à une mobilisation collective pour réduire les nuisances
sonores.
- Le coût et les risques de l’engagement : Lorsque les risques ou les coûts perçus (perte de temps, d’argent,
exposition à des représailles, etc.) semblent trop élevés comparés aux bénéfices attendus, les individus
hésitent à s’impliquer.
- L’effet de dilution dans les grands groupes : Dans les quasi-groupes (groupes larges sans structure formelle),
les individus peuvent penser que leur contribution individuelle est négligeable ou qu’ils peuvent se reposer
sur les efforts des autres.
- Le problème des passagers clandestins (free riders) : Certains préfèrent bénéficier des résultats obtenus par
l’action collective sans y participer. Par exemple, un travailleur profite d’augmentations salariales obtenues
par ses collègues grévistes, sans prendre le risque de faire grève lui-même.

 Les conditions favorables à l’action collective


Olson identifie plusieurs facteurs qui peuvent faciliter l’émergence d’une action collective malgré ces obstacles :

51
Sociologie

- Taille restreinte des groupes : Dans des groupes réduits, l’importance de chaque individu est plus manifeste,
et leur engagement personnel semble essentiel au succès.
- Loyauté et liens sociaux forts : Lorsque les membres d’un groupe partagent des liens solides (familiaux,
amicaux, culturels), ils sont plus enclins à participer.
- Intervention d’organisations externes : Une organisation extérieure peut mobiliser, structurer, et
conscientiser un groupe latent (des individus partageant un intérêt commun mais pas encore organisés).
Cependant, cette intervention peut aussi dissuader l’engagement si les membres du groupe latent s’en
remettent entièrement à cette organisation.

 Les techniques d’incitation sélective


Pour encourager l’engagement, Olson propose des incitations sélectives, qui ciblent spécifiquement les individus et
leur permettent de dépasser les dilemmes d’action collective. Ces techniques peuvent inclure :
1. Réduction des coûts ou des risques : Offrir un soutien logistique, une protection contre les représailles, ou
des ressources pour faciliter la participation.
2. Augmentation des coûts de la non-participation : Introduire des sanctions pour ceux qui ne participent pas
(exclusion sociale, perte de certains avantages).
3. Répartition des bénéfices en fonction de l’engagement : Faire en sorte que les gains obtenus soient
proportionnels à l’investissement de chacun dans l’action collective. Par exemple, ceux qui participent
activement à une grève pourraient recevoir une part plus importante des bénéfices obtenus.

 Mancur Olson met en évidence que l’action collective n’est jamais automatique, même lorsque des intérêts
communs existent. Les individus doivent être motivés à dépasser leur intérêt personnel et leur tendance à la défection
ou au passager clandestin. Les incitations sélectives, qu’elles soient coercitives ou positives, jouent un rôle crucial
pour mobiliser les membres d’un groupe, en rendant leur engagement personnel plus attractif ou la non-participation
plus coûteuse.

3.6. Anthony OBERSCHALL : les formes de l’action collective


Anthony Oberschall (1973) propose une typologie des formes d’action collective en croisant deux dimensions
essentielles :
1. Les rapports sociaux internes au groupe :
Ces rapports peuvent être :
- Communautaires : Les membres sont liés par des relations de proximité et de solidarité fortes, souvent
basées sur des valeurs, une culture ou une identité partagées.
- Sociétaires : Les liens sont davantage formels et institutionnalisés, caractérisés par une organisation
structurée (syndicats, associations).
- Peu organisés : Les relations internes manquent de cohésion ou d’organisation, et les interactions sont
épisodiques ou dispersées.

2. Les relations externes avec les groupes sociaux influents :


Ces relations peuvent être :
- Proches (intégration) : Le groupe a des relais efficaces auprès des groupes sociaux influents, facilitant la
transmission de ses revendications.
- Distantes (segmentation) : Le groupe est isolé ou marginalisé par rapport aux groupes influents, avec peu ou
pas de relais pour faire entendre ses revendications.

Ces deux dimensions permettent de dégager six cas types :


 Cas de proximité (intégration) avec les groupes influents :
- Cas A : Modèle communautaire
o Rapports internes communautaires : Cohésion forte basée sur l’identité ou la solidarité.
o Mobilisation : Le potentiel de mobilisation repose sur les porte-paroles de la communauté, qui
peuvent efficacement transmettre les revendications grâce à leurs relais.
o Exemple : Les leaders religieux ou culturels dans une communauté bien intégrée.
- Cas B : Peu d’organisation
o Rapports internes peu organisés : Interactions informelles et personnalisées, comme le clientélisme.
o Mobilisation : La mobilisation repose sur des réseaux personnels et des relations individualisées.
52
Sociologie

o Exemple : Mobilisation à travers des figures charismatiques ou des notables locaux.


- Cas C : Modèle sociétaire
o Rapports internes organisés : Groupes structurés, comme des syndicats ou des fédérations.
o Mobilisation : Les organisations existantes disposent des moyens nécessaires pour porter les
revendications.
o Exemple : Mobilisation syndicale dans des secteurs où les syndicats sont puissants.
 Cas de distance (segmentation) avec les groupes influents :
- Cas D : Modèle communautaire
o Rapports internes communautaires : Cohésion forte, souvent basée sur un sentiment
d’appartenance et une identité commune.
o Mobilisation : Les actions sont rapidement déclenchées en réaction à une menace perçue.
o Exemple : Une communauté marginalisée qui se mobilise contre un projet perçu comme menaçant
son mode de vie.
- Cas E : Peu d’organisation
o Rapports internes peu organisés : Faible structuration et cohésion.
o Mobilisation : Les actions sont spontanées, souvent brèves et violentes, comme des émeutes.
o Exemple : Soulèvements spontanés en réponse à une injustice perçue.
- Cas F : Modèle sociétaire
o Rapports internes organisés : Organisation structurée et méthodique.
o Mobilisation : Les actions se distinguent par leur originalité et leur créativité, en dehors des cadres
classiques (grèves originales, campagnes médiatiques).
o Exemple : Actions non conventionnelles pour attirer l’attention, comme des manifestations
symboliques.

 L’apport de la typologie d’Oberschall


Cette classification met en lumière que :
- La forme des rapports sociaux internes influence la capacité d’un groupe à se mobiliser (solidarité
communautaire, organisation sociétaire, ou dispersion).
- Les relations avec les groupes influents déterminent la manière dont les revendications peuvent être
relayées et entendues.
- Les actions collectives diffèrent selon ces deux dimensions, allant de mouvements organisés et intégrés à
des actions spontanées ou créatives visant à compenser un manque de relais externes.

 Cette typologie enrichit notre compréhension des dynamiques d’action collective en soulignant les interactions
entre la structure interne des groupes et leur position dans l’espace social.

4. Être normal ? Normes et déviances


4.1. Des valeurs aux normes
 Valeurs et hiérarchie sociale :
- Les valeurs (le vrai, le bien, le beau) sont souvent invoquées pour justifier les hiérarchies sociales.
o Par exemple, certaines catégories sociales revendiquent une supériorité basée sur un « surplus »
dans ces valeurs (intelligence, vertu, raffinement esthétique).
- Cependant, cette hiérarchie est contestée sur deux fronts :
o Critique des conditions sociales : Les classes inférieures subissent des conditions de vie qui
contreviennent aux valeurs invoquées.

53
Sociologie

o Critique des valeurs elles-mêmes : Certaines contestations vont plus loin en remettant en cause
l’ordre des valeurs ou leur interprétation.

 Relativité des valeurs selon DUPRÉEL :


- Les valeurs absolues n'existent pas dans la réalité sociale. Les idéaux sont relatifs car :
o Ils acquièrent leur importance dans un rapport de comparaison avec d’autres idéaux.
o Leur hiérarchie dépend des rapports de force et d’influence entre groupes sociaux.
- Ainsi, l’ordre des valeurs est sujet à controverse et évolution.

 Contradictions dans les idéaux :


- La triade républicaine « liberté, égalité, fraternité » illustre bien les tensions entre valeurs. Par exemple :
o La liberté individuelle peut entrer en conflit avec l’égalité, notamment dans la redistribution des
richesses (via la fiscalité).
- Ces tensions révèlent que les idéaux, bien qu'inspirants, sont parfois irréconciliables dans leur application.

 Différentes conceptions de la justice :


- Aristote et Saint Thomas d’Aquin distinguent deux formes principales :
A. Justice commutative : Traiter tout le monde de manière identique (« à chacun la même part »).
B. Justice distributive : Prendre en compte les différences individuelles pour donner « à chacun la part
qui convient ».
- La justice distributive évolue selon les critères appliqués :
o Selon les besoins : Aider ceux qui ont plus de besoins (mais cela peut être perçu comme injuste par
d’autres).
o Selon les mérites : Récompenser les individus en fonction de leur contribution ou de leur valeur
reconnue.


- Les valeurs et les normes sociales sont toujours contextuelles et en débat. Elles dépendent des rapports de
force entre groupes sociaux, qui façonnent ce qui est considéré comme « juste » ou « légitime ».
- Cette dynamique rend l’ordre des valeurs instable et soumis à des luttes sociales.

4.2. Les normes


4.2.1. Les normes sociales : formelles et informelles
Les normes = règles de conduite qui balisent les comportements, déterminant ce qui est prescrit (ce qu’il faut faire) et
proscrit (ce qu’il faut éviter). Elles visent à stabiliser l’ordre des valeurs, bien que cet ordre reste contestable et
évolutif.
 Types de normes :
- Formelles : Écrites, explicitement codifiées (lois, règlements, codes éthiques). ; s’instituent des conventions
o Exemple : Constitution, lois nationales ou règlements religieux (charia, droit canon).
- Informelles : Tacites, implicites, basées sur les coutumes, habitudes, ou habitus au sens de Bourdieu
(schèmes incorporés de comportement). ; S’expriment dans des rapports sociaux (relations sociales) 
tacites (écrit nulle part)
o Exemple : Politesse, usages vestimentaires, habitudes alimentaires.

4.2.2. La relativité des normes


Les normes sont contextuelles, liées à une époque (temps), un lieu (espace), une culture ou une classe sociale. Elles
évoluent avec le temps.
- Les normes formelles varient entre pays et régions, même au sein d’un même État.
- Les normes informelles sont encore plus variables :
o Ce qui est normatif en milieu urbain peut ne pas l’être en milieu rural.
o Les normes diffèrent également entre classes sociales (Bourdieu).

 Évolution des normes :


Les normes changent avec le temps, tant dans leurs formes formelles (lois) que dans les mœurs informelles
- Législation (SOROKIN, 1913) : Évolution des lois sur le mariage, les droits civiques, etc.
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Sociologie

- Mœurs (ELIAS, 1973) : Transformation des interdits culturels et sociaux.

4.2.3. Contrôle social et sanctions


 Les normes sont maintenues par des mécanismes de contrôle social, qui peuvent être :
1. Formels :
- Institutionnalisés (police, tribunaux)
- Professionnalisés (gardiennage, vidéosurveillance).
- Techniques (éclairage public, urbanisme pour surveillance).
2. Informels :
- Fondés sur les relations interpersonnelles : regard des autres, pression sociale, voisinage.

 Interaction entre contrôle formel et informel :


- L’urbanisme peut favoriser le contrôle informel (espaces bien éclairés pour faciliter la vigilance).
- Des comportements informels (plaintes des voisins) peuvent conduire à des interventions formelles (police).

 Sanctions associées aux normes : Dès qu’un individu s’écarte de la norme il peut faire face à des sanctions
- Sanctions explicites : Amendes, peines judiciaires, mesures administratives.
- Sanctions implicites : Réprobation sociale, exclusion, honte, dédain.

Normes Contrôle Sanctions


Formelles Formel Explicites
Informelles Informel Implicites

 Les normes sociales, en tant qu'incarnation des valeurs, jouent un rôle central dans la régulation des
comportements individuels et collectifs. Cependant, leur relativité et leur variabilité montrent qu'elles ne sont jamais
fixes ni universelles. Le contrôle social et les sanctions, explicites ou implicites, garantissent leur respect, mais leur
évolution constante reflète les changements dans les valeurs et les rapports de force au sein des sociétés.

4.3. Les déviances


Déviant = Un comportement est déviant lorsqu’il s’écarte des normes (formelles ou informelles) admises dans un
groupe ou une société.
- Relativité de la déviance :
o Relativité sociétale : Un acte considéré comme déviant dans une société peut être banal dans une autre
(e.g., le vol n’a pas de sens dans une société sans propriété privée).
o Relativité contextuelle : Certains actes, comme tuer ou saboter, peuvent être condamnés ou valorisés
selon les circonstances (paix vs guerre).
o Production sociale : Ce n’est pas la nature intrinsèque d’un acte qui le rend déviant, mais la réaction
sociale qui le condamne.
 Aucun acte n’est en soi déviant par nature. Un acte ne devient déviant que lorsqu’il fait l’objet
d’une réprobation sociale (=réaction sociale)

 Perception de la déviance et variations sociales


- Groupes sociaux et tolérance :
o Dans les quartiers ouvriers (DUBET, 1987), une conscience de classe et une solidarité permettent de
donner du sens à certains actes déviants, perçus comme l’expression d’une lutte sociale. Cela réduit
la peur et favorise des modes de régulation informels (dialogue avec les voisins).
o Dans les nouvelles cités HLM, l’absence de solidarité et de conscience commune engendre
incompréhension et peur. Les habitants sont moins tolérants et privilégient des réactions sociales
institutionnalisées (recours à la police ou à la justice).

 Explications sociologiques de la déviance


Plusieurs théories sociologiques tentent d’expliquer (comprendre et pas justifier/excuser) la déviance. Ces approches
ne sont pas exclusives et peuvent être combinées pour offrir une compréhension plus complète (complémentaires) :
A. Déficit de socialisation
La déviance est interprétée comme le résultat d’une socialisation incomplète ou inadéquate. Les individus n’ont pas
intégré les normes et valeurs dominantes de la société.

55
Sociologie

B. Approches fonctionnalistes
Inspirées de Durkheim, ces théories considèrent que la déviance peut avoir une fonction sociale :
o Elle met en évidence les limites des normes sociales.
o Elle peut être un moteur de changement social, en incitant à réviser les normes ou les institutions.
C. Inégalités sociales
La déviance est vue comme une réponse aux inégalités structurelles.
o Les classes défavorisées sont souvent plus susceptibles d’être perçues comme déviantes, car elles
n’ont pas les mêmes opportunités pour atteindre les objectifs valorisés par la société.
D. Interactionnisme
Cette perspective met l’accent sur la construction sociale de la déviance :
o Un acte devient déviant parce qu’il est étiqueté comme tel par la société.
o Les interactions entre individus et institutions (police, justice) participent à la définition des
comportements déviants.

 Implications et démarche analytique


- Interprétation non légitimiste :
o Expliquer la déviance ne signifie pas la justifier.
o Comprendre ses causes permet d’envisager des solutions et d’éclairer les mécanismes sociaux sous-
jacents.
- Critique des jugements simplistes :
o Considérer les déviances comme « gratuites » ou « insensées » limite la réflexion.
o Une approche sociologique approfondie permet d’ouvrir des perspectives en identifiant les facteurs
sociaux en jeu.

 La déviance, bien que souvent perçue comme une transgression individuelle, est une construction sociale
profondément influencée par les normes, les contextes et les rapports sociaux. Les différentes théories sociologiques
offrent des cadres d’analyse complémentaires pour mieux comprendre ses causes et ses implications.

4.4. Déviances et déficit de socialisation


Le rôle de la socialisation dans la construction individuelle et collective, ainsi que les liens entre un déficit de
socialisation et les comportements déviants, notamment chez les jeunes.
 Socialisation =
- Processus d’intériorisation des normes et valeurs :
o La socialisation permet aux individus d’apprendre les normes, valeurs et modèles de conduite
propres à leur société ou à leurs groupes d’appartenance.
o Elle est essentielle à la formation de la personnalité et de l’identité individuelle.
- Rôle collectif :
o La socialisation garantit la reproduction sociale, en transmettant un héritage culturel commun
intégré par les individus.

 Les instances de socialisation


La socialisation est un processus continu qui intervient à toutes les étapes de la vie, mais qui varie selon les institutions
ou les contextes sociaux :
A. L’enfance : période propice à la socialisation
Les enfants apprennent principalement à travers deux sphères fondamentales :
- La famille : Première instance de socialisation, elle enseigne les bases de la vie en société (langage, règles,
valeurs fondamentales).
- L’école : Transmet des savoirs académiques et des valeurs citoyennes, tout en façonnant des comportements
normatifs.
B. Socialisation à l’âge adulte
- Milieu du travail : Instance clé de socialisation à l’âge adulte, il contribue à l’apprentissage des rôles
professionnels et des relations sociales propres à l’entreprise.
C. Groupes de pairs :
- Importants à toutes les étapes de la vie.
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Sociologie

- Enfants et adultes apprennent des normes et des comportements par leurs interactions avec leurs
semblables.
- Exemples : cour de récréation à l’école, vestiaires ou réfectoires au travail.
D. Rôles des loisirs et des médias
Les loisirs et les médias de masse (télévision, réseaux sociaux, jeux vidéo, etc.) jouent un rôle de plus en plus
important dans la socialisation contemporaine.

 Liens entre déficit de socialisation et déviance


- Critique des institutions traditionnelles
Lorsque des comportements déviants apparaissent, notamment chez les jeunes (e.g., désordres juvéniles), on attribue
souvent leur origine à un déficit éducatif :
o Rôle des parents : Une éducation insuffisante ou inadéquate est perçue comme un facteur
favorisant la déviance.
o Échec de l’école : Une école qui ne transmet plus efficacement les normes sociales est également
critiquée.
- Conséquences de l’absence de travail
Le travail est une instance importante de socialisation. Son absence peut entraîner une désorganisation des individus,
les privant de repères et favorisant des comportements déviants, tels que la délinquance.

 Implications sociologiques
- Approche explicative, non justificative
Pointer les déficits de socialisation ne vise pas à justifier les comportements déviants mais à en comprendre les
causes pour identifier des solutions.
- Responsabilité partagée
La déviance n’est pas uniquement le produit d’un individu mais peut refléter une défaillance collective, où
plusieurs institutions sociales échouent à remplir leur rôle.

 La socialisation est un processus clé pour intégrer les normes et valeurs d’une société. Lorsqu’elle est déficiente,
que ce soit en raison de lacunes dans l’éducation familiale, scolaire ou professionnelle, elle peut entraîner des
comportements déviants. Ces analyses soulignent la nécessité d’un équilibre entre les différentes instances de
socialisation pour prévenir la désocialisation et ses conséquences.

4.5. Les fonctions de la déviance : R. MERTON


Prolonge la notion d’anomie de Durkheim en ajoutant que les désirs sont aussi normés (et non illimités par nature)
 La perspective de Durkheim : la déviance comme phénomène normal
- Phénomène normal : Durkheim considère que la déviance est une composante inévitable et constante dans
toute société, tant qu’elle reste dans des proportions stables.
- Pathologie sociale : La déviance devient problématique lorsqu’elle augmente de façon soudaine, signe d’un
état d’anomie.
o Anomie : Absence ou affaiblissement des normes qui encadrent les désirs des individus, entraînant
un déséquilibre social.
 La théorie de l'anomie de Merton
- Développement des idées de Durkheim : Merton approfondit l’anomie en analysant le déséquilibre entre :
o Les buts valorisés par la société : Ce que la société considère comme désirable (ex. : richesse,
réussite).
o Les moyens légitimes d’y parvenir : Les moyens socialement acceptés (ex. : travail, éducation).
- Origine sociale des besoins : Pour Merton, les besoins des individus ne sont pas seulement naturels mais
également créés par la société. Les normes sociales définissent les objectifs à atteindre et les moyens
acceptables pour y parvenir.

Les modes d’adaptation selon Merton


Merton propose cinq types d’adaptation en fonction de l’acceptation ou du rejet des buts et des moyens valorisés :
1. Conformisme : Adhésion aux buts et utilisation des moyens légitimes (ex. : suivre les règles pour réussir).
2. Ritualisme : Abandon des buts sociaux, mais respect des moyens légitimes (ex. : bureaucrate sans ambition).
3. Innovation : Adhésion aux buts mais recours à des moyens illégitimes ou illégaux (ex. : dopage, travail
clandestin).
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Sociologie

4. Évasion : Rejet des buts et des moyens, souvent associé à des conduites de fuite (ex. : toxicomanie,
vagabondage).
5. Rébellion : Rejet des buts et des moyens en faveur de valeurs alternatives et de nouveaux systèmes (ex. :
communautés hippies).

 Déviance et société de consommation : Chombard de Lauwe


- Différenciation des besoins :
o Besoins objectifs : Nécessaires à la survie (ex. : alimentation, logement).
o Besoins culturels : Indispensables à l’intégration sociale (ex. : possession de biens symboliques).
o Besoins-obligations : Maintien des conditions actuelles d’existence.
o Besoins-aspirations : Désirs d’amélioration ou de progrès.
- Effet du développement technique :
o La satisfaction des besoins-obligations engendre de nouveaux besoins-aspirations.
o Ces aspirations, devenues accessibles, deviennent à leur tour des obligations culturelles, alimentant
un cycle infini dans la société de consommation.
 Exemple : avoir un téléphone chez soi
o Les désirs sont produits et vont devenir des normes – on n’a pas tous les moyens d’acquérir ces
objets

 La fonction sociale de la déviance


Merton, s’inscrivant dans le courant fonctionnaliste, s’oppose à l’idée que les déviances sont dysfonctionnelles et
perturbent l’équilibre social. Pour lui, les déviances existent parce qu’elles remplissent des fonctions sociales
- Peuvent renforcer le respect des normes par contraste
o Consolidation du groupe : Le rejet ou la sanction des déviants renforce l’unité du groupe.
o Clarification des règles : La déviance force les sociétés à réaffirmer ou adapter leurs normes.
- Peuvent exprimer les contradictions sociales (signal , alerte, symptôme/soupape)
o Soupape de sécurité : La déviance peut soulager les tensions sociales accumulées.
o Sonnette d’alarme : Elle révèle les carences ou injustices dans l’organisation sociale.
- Permettent l’adaptation, le changement et l’innovation
o Individus : adaptation au décalage entre buts et moyens
o Organisations : adaptation à l’environnement changeant et imprévu (>< Disfonctionnements
bureaucratie)
o Société globale : criminalité antérograde
o La transgression des règles peut être un moteur de changement social :
 Adaptation à des environnements changeants : Les bureaucraties rigides sont inefficaces
face aux imprévus, tandis que la déviance offre des réponses nouvelles.
 Progrès social : Exemples de figures historiques déviantes, comme Galilée, dont les idées
ont été rejetées avant d’être reconnues comme révolutionnaires.

 Limites et nuances de la déviance


- Déviance partielle : La plupart des individus ne s’écartent des normes que dans certains domaines, tout en
respectant les règles dans d’autres (ex. : parrain mafieux, bon père de famille).
- Tolérance institutionnelle : Certaines organisations acceptent des déviances mineures pour en tirer profit.

 La déviance comme phénomène nécessaire


Pour Merton et les fonctionnalistes, la déviance n’est pas un dysfonctionnement pur, mais un phénomène qui remplit
des fonctions sociales essentielles :
- Renforcer les règles existantes.
- Exprimer les contradictions sociales.
- Favoriser l’innovation et le changement.
- Maintenir un équilibre dans des sociétés où le conformisme absolu serait synonyme de stagnation.
Ainsi, dans une société moderne marquée par des inégalités structurelles et des aspirations exacerbées, la déviance
apparaît comme une réponse inévitable, parfois constructive, aux contradictions inhérentes.

4.6. Déviances et inégalités sociales : l’école de Chicago

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Sociologie

 La surreprésentation des populations d'origine étrangère dans les statistiques criminelles :


Il est observé qu'il existe une surreprésentation des personnes d'origine étrangère dans les statistiques criminelles,
ce qui amène certains chercheurs à proposer des explications endogènes. Ces explications, souvent culturalistes,
suggèrent que les comportements déviants pourraient être liés à des caractéristiques culturelles propres à certains
groupes sociaux (comme les cultures méditerranéennes ou balkaniques), réputées pour être plus violentes.
 Les critiques de cette approche :
Cependant, ces théories culturalistes ont été largement critiquées pour leur caractère réducteur et stéréotypé. Elles
ont tendance à attribuer la déviance à des traits internes des groupes sociaux, ignorants les causes structurelles qui
sous-tendent la criminalité. Les critiques soulignent qu'en se concentrant sur les caractéristiques des groupes sociaux
en tant que facteurs explicatifs, ces théories occultent les facteurs socio-économiques plus larges qui influencent le
comportement criminel.
 L'importance de la condition socio-économique :
Une étude de Walgrave et Vercaigne (2001) met en lumière que la vulnérabilité sociale, en particulier la condition
socio-économique des parents, est le facteur clé déterminant la déviance chez les jeunes. Ainsi, l'origine ethnique,
bien qu'elle puisse jouer un rôle secondaire, n'est pas un facteur primaire dans la criminalité. La stratification sociale
et les inégalités économiques sont donc des éléments fondamentaux dans la compréhension des phénomènes de
déviance, bien plus que l’ethnicité.
 Les inégalités socio-économiques dans le système carcéral :
Il est également souligné que les personnes issues de catégories socio-économiques modestes sont surreprésentées
dans les prisons. Par exemple, une proportion importante des détenus n'ont pas de diplôme, et beaucoup
proviennent de familles ouvrières ou sans emploi. Cela montre que les inégalités socio-économiques sont largement
sous-jacentes aux phénomènes de déviance, plutôt que des causes culturelles internes à certaines populations.
 La critique des explications endogènes :
Les explications endogènes, basées sur des théories culturelles ou génétiques, sont considérées comme trop
simplistes. Elles masquent les véritables dynamiques sociales qui génèrent et perpétuent les inégalités, et en
particulier la manière dont ces inégalités se manifestent dans les comportements déviants. Selon certains sociologues,
ce sont les rapports sociaux inégalitaires qui génèrent les désordres sociaux, bien plus que les caractéristiques
intrinsèques des groupes sociaux.
 Deux perspectives sur la déviance et les rapports sociaux :
Deux perspectives expliquent la surreprésentation des populations défavorisées dans les statistiques criminelles :
1. La déviance chez ces populations pourrait être une forme d’adaptation ou de réaction face à un ordre social
qui produit et maintient l'inégalité.
2. La surreprésentation dans les statistiques criminelles pourrait refléter un traitement inégal des différentes
catégories sociales par la justice et la police, où les populations défavorisées subissent un contrôle accru et
sont davantage criminalisées.

 Citation de Bertolt Brecht :


La citation de Bertolt Brecht, "on parle toujours de la violence du fleuve, mais jamais de celle des rives qui
l’enserrent", souligne que la violence et la déviance doivent être analysées dans le contexte des structures sociales qui
les produisent. Au lieu de se concentrer sur les comportements violents des individus, il serait plus pertinent
d'examiner les conditions sociales, économiques et politiques qui engendrent ces comportements.
En conclusion, la réflexion s'oriente vers l'idée que les phénomènes de déviance et de criminalité doivent être compris
à travers l'analyse des rapports sociaux, des inégalités économiques et du traitement différencié des catégories
sociales, plutôt que par une focalisation sur des caractéristiques culturelles internes à certains groupes.

4.6.1. Adaptation et réaction à un ordre social inégalitaire

A. L’École de Chicago : écologie urbaine et processus migratoires


L’École de Chicago a été pionnière dans l'étude de la relation entre la ville, la migration et la déviance. Fondée en
1892, cette école de sociologie a étudié les processus sociaux dans une ville en pleine expansion, Chicago, qui a connu
un afflux massif de migrants européens et afro-américains, notamment entre 1840 et 1930. Cette croissance
démographique a entraîné des problèmes sociaux majeurs tels que la ghettoïsation, les conflits raciaux, et la
délinquance.
Les sociologues de l’École de Chicago, comme Burgess, Park et McKenzie (1925), ont développé des théories pour
expliquer la formation des ghettos dans les grandes villes. Selon eux, les ghettos sont le produit de processus
externes (comme les contraintes économiques ou sociales poussant les populations les plus fragiles à vivre dans
59
Sociologie

certains quartiers) et de processus internes (où les individus choisissent, parfois consciemment, de vivre dans des
zones homogènes culturellement).
Burgess et ses collègues ont décrit l’expansion de la ville de Chicago selon un modèle de cercles concentriques. La
population pauvre s’installe dans la zone II (zone de transition), un espace dégradé et peu valorisé, où les logements
sont accessibles à faible coût. Ces zones sont souvent abandonnées par les autorités publiques et les investisseurs
privés, entraînant un processus de ghettoïsation. Par conséquent, les populations migrantes, souvent issues de
milieux économiques précaires, sont confinées dans ces zones de pauvreté.
Ce processus est similaire à ce qui se produit dans d’autres grandes villes comme Bruxelles, où des poches de pauvreté
ethniques se concentrent autour de certaines zones urbaines (par exemple, le long du canal). Cependant, la
gentrification, phénomène par lequel les quartiers pauvres sont réaménagés et revalorisés, peut également entraîner
l’éviction des populations les plus pauvres, exacerbant ainsi les inégalités.

 Le cycle de l’assimilation des migrants:


Les sociologues de l’École de Chicago, tels que Thomas & Znaniecki et Park & Burgess, ont également étudié le
processus d’assimilation des migrants, qui se déroule en quatre étapes :
1. Compétition : Les migrants, arrivant souvent avec peu de ressources, cherchent à s'intégrer dans l’ordre
économique, notamment en se regroupant avec des personnes de même origine pour maximiser leurs
chances.
o Regroupement entre soi = phase nécessaire à l’intégration dans la population d’accueil
2. Conflit : Une fois leur culture propre établie, ils deviennent visibles et revendiquent leur place dans la société
d'accueil, ce qui génère des tensions et des conflits avec les populations locales.
3. Accommodation : À mesure que les tensions s'apaisent, des échanges culturels ont lieu, et des compromis
sont faits pour permettre la coexistence des différentes communautés.
4. Assimilation : La dernière étape voit une fusion des cultures, avec l’intégration des migrants dans la société
d’accueil, sans suppression totale de leur culture d’origine.
Cependant, ce cycle n’est pas universel. Warner (1936) a montré que pour certaines populations, comme les Noirs
américains, la ségrégation raciale empêche une assimilation complète, même pour ceux qui parviennent à s’enrichir.

B. Réaction à un ordre social inégalitaire


Une autre perspective importante dans l’analyse de la déviance est celle de la réaction à un ordre social inégalitaire.
Selon certains sociologues, la déviance et la violence peuvent être des réponses à des injustices perçues. Lorsque
l'ordre social ne parvient pas à garantir l'équité et la justice, en particulier pour les populations défavorisées, ces
dernières peuvent se révolter contre ce système.
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Sociologie

Les violences collectives ou individuelles qui en résultent ne sont pas vues comme gratuites, mais plutôt comme une
expression du mécontentement face à des inégalités économiques, sociales et raciales. Ces violences peuvent se
manifester par des émeutes, des affrontements avec les autorités, des dégradations de biens publics ou encore des
attaques contre les symboles de l’élite (les nantis, la bourgeoisie, etc.).

Ces formes de révolte se comprennent mieux si l’on prend en compte les conditions sociales sous-jacentes qui
génèrent ces comportements. L’absence d’organisation politique ou de relais pour exprimer ce ressenti peut entraîner
l’utilisation de la violence comme mode d’expression. En ce sens, la déviance peut être vue comme une forme de
réaction à un ordre social perçu comme injuste et illégitime.

 Les sociologues de l’École de Chicago ont joué un rôle crucial en exposant comment les inégalités sociales et les
processus de ghettoïsation influencent la formation de comportements déviants, en particulier dans des contextes
urbains où les migrants et les populations défavorisées sont concentrées dans des zones spécifiques. Ils ont aussi mis
en lumière que les réactions violentes peuvent être une réponse aux inégalités perçues, soulignant ainsi l'importance
de comprendre les conditions sociales sous-jacentes à ces comportements pour éviter des explications simplistes
basées uniquement sur la culture ou l’origine des individus.

4.6.2. Du contrôle des inégalités à l’inégalité des contrôles


La relation entre les inégalités sociales et les mécanismes de contrôle social met l'accent sur l'influence des
statistiques criminelles. Il est précisé que ces statistiques ne reflètent pas nécessairement une plus grande criminalité
parmi les populations défavorisées ou d'origine étrangère, mais plutôt un contrôle accru exercé par les autorités sur
ces groupes. En effet, les services de police portent une attention particulière à certains quartiers et catégories
sociales, comme les jeunes ou les migrants, perçus comme des sources potentielles de désordre ou de risques. Cette
attention disproportionnée génère une surreprésentation de ces groupes dans les données criminelles, non pas parce
qu'ils sont intrinsèquement plus criminels, mais en raison d’un contrôle renforcé.
Ce phénomène conduit à un cercle vicieux : la surreprésentation dans les statistiques nourrit un contrôle social encore
plus strict sur ces populations, ce qui renforce la perception d'injustice et crée davantage de tensions sociales. Ce
sentiment de révolte, souvent dû à des discriminations systématiques, peut se manifester sous forme de violence
collective ou individuelle, augmentant à son tour l'intensification du contrôle. Ce double cercle (surreprésentation
statistique et renforcement du contrôle social) génère une spirale où les populations ciblées sont toujours plus
contrôlées et marginalisées.
Le texte relie ce phénomène à la mondialisation et à l’affaiblissement de l'État face à des inégalités économiques et
sociales grandissantes. Dans ce contexte, l'État semble moins capable de réguler les causes profondes des inégalités,
comme le marché du travail, l'accès au logement ou la distribution des richesses. Confronté à ces limites structurelles,
l'État se tourne donc vers des politiques de gestion des conséquences. Cela se traduit par des actions sociales visant à
améliorer les conditions de vie des populations défavorisées (comme des programmes de formation ou d'animation
de quartier), mais aussi par un renforcement du contrôle répressif (augmentation du nombre de policiers,
délocalisation de la justice dans les quartiers sensibles, dispositifs "socio-pénaux" intégrant des approches sociales et
répressives).
Ainsi, au lieu de traiter les causes profondes des inégalités, l'État choisit de maintenir un contrôle accru sur les
individus et leurs comportements, comme une manière de gérer les tensions sociales croissantes. Ce modèle, selon
les sociologues critiques, montre un recul de l'État dans la régulation des structures sociales et une priorisation du
contrôle des comportements individuels, créant ainsi une gestion réactive des effets des inégalités plutôt qu’une
action préventive sur leurs causes.

4.7. Déviances et interactions : Howard BECKER


Howard Becker, dans son ouvrage Outsiders publié en 1963, explore la déviance en s'intéressant particulièrement aux
fumeurs de marijuana dans le milieu des musiciens de jazz. Lui-même pianiste dans un jazz-band et chercheur à
l'université de Chicago, il a réalisé son étude en observant minutieusement ce groupe spécifique. Becker propose une
définition de la déviance qui va au-delà de la simple transgression d’une norme. Il la conçoit comme un produit
d'interaction : ce n'est pas l’acte en soi ou la personne qui est déviante, mais le résultat de l’interaction entre
l'individu et ceux qui réagissent à son acte, que ce soit en le condamnant ou en l'acceptant.
Dans cette optique, la déviance se construit à travers les rapports sociaux. D'un côté, il y a ceux qui, par leur réaction,
créent des normes de comportement considérées comme acceptables, et, de l'autre, il y a ceux qui partagent l’acte
déviant, l’acceptent ou le valorisent. En somme, la déviance naît des interactions entre un individu et les autres :
61
Sociologie

l’étrangeté provient du regard des non-participants qui condamnent, tandis que la similitude se crée au sein du
groupe de pairs qui accepte ou valorise ces actes déviants.
Ainsi, selon Becker, l’acte déviant est fondamentalement lié à un processus social de définition et d'interaction
entre différents groupes au sein de la société.
- Interactionnistes : s’intéressent au niveau micro, Durkheim est interactionniste

4.7.1. Interaction entre soi et les autres


Dans la perspective de Howard Becker, la déviance est une construction sociale qui résulte d'interactions complexes
entre l'individu et la société. Selon lui, il existe dans toutes les sociétés des "entrepreneurs moraux", des acteurs
(politiques, juristes, enseignants, médecins, médias, etc.) qui définissent et imposent des normes de comportements
jugés "normaux" et, par contraste, des comportements considérés comme "anormaux" ou déviants. Ces acteurs
jouent un rôle central dans la production de ce qu'il appelle l'étiquetage (ou labelling).
Lorsqu'un individu transgresse une norme, il est souvent perçu par la société comme un "étranger" ou un outsider,
exclu des pratiques sociales dominantes. Cette étiquette peut être renforcée par des experts (comme un psychiatre ou
un juge), ce qui donne plus de légitimité à la définition de la déviance. Ce processus d'étiquetage n'est pas anodin, car
il modifie l'image de soi de l'individu. Selon Georges Herbert Mead, la personnalité de l'individu se construit en grande
partie à travers le regard des autres, qui lui renvoient une image de lui-même. Lorsqu'il est perçu comme déviant, cet
individu devient principalement défini par ses caractéristiques négatives, telles que "criminel", "toxicomane", "folie",
etc.
Le stigmate attaché à cette étiquette est profond et durable. Un individu étiqueté comme déviant risque de voir sa vie
sociale marquée par cette identité négative, ce qui peut mener à l'exclusion de certaines sphères sociales (école,
travail, famille). La définition de l'individu comme déviant peut même devenir une prophétie autoréalisatrice, dans
laquelle l'individu finit par adopter ce rôle social imposé, renforçant ainsi la déviance.
 Becker distingue plusieurs manières dont un individu peut réagir à ce stigmate :
1. Amendement : L'individu tente de se réhabiliter, espérant que son stigmate s'effacera avec le temps.
Cependant, les processus d'exclusion associés au stigmate rendent cette réhabilitation difficile.
2. Retournement du stigmate (résistance) : Certains individus choisissent de résister au stigmate et de
renverser l'étiquette qui leur a été collée, en revendiquant leur mode de vie atypique. Cela peut être vu dans
des mouvements sociaux comme les gay prides ou dans des initiatives de résistance au regard social.
3. Endossement du stigmate (chronicisation) : Certains, au contraire, acceptent leur étiquette de déviant et se
conforment au rôle social qui leur a été attribué. Cette conformité renforce souvent le cycle de la déviance,
car l'individu peut se retrouver à adopter des comportements encore plus déviants.
Becker met en évidence que l’étiquetage n’est pas une simple conséquence de la transgression des normes, mais que
ce processus en lui-même a un impact majeur sur la trajectoire de l'individu. Cela peut rendre difficile pour celui-ci de
retrouver une place dans la société, et le stigmate finit par se substituer à son identité globale. Par exemple, un
toxicomane peut être exclu de la vie professionnelle ou familiale, son identité de toxicomane dépassant toute autre
identité qu’il pourrait avoir.
Il est important de noter que Becker ne voit pas les entrepreneurs moraux comme étant les seuls responsables de la
déviance. L’individu lui-même, en interaction avec son environnement et ses pairs, joue également un rôle central
dans le processus. Cela reflète une vision plus complexe de la déviance, où la réaction sociale, l’étiquetage et l’identité
jouent des rôles essentiels dans la dynamique sociale.
Ainsi, la théorie de Becker propose une vision qui met en lumière les conséquences du jugement social, tout en
soulignant la manière dont les individus réagissent à cette étiquette et comment cette dynamique influence la
manière dont la déviance se perpétue ou se transforme.

4.7.2. Interaction entre soi et les pairs


Dans la théorie de Becker, une fois qu’un individu est stigmatisé et exclu des sphères sociales dominantes en raison de
son étiquetage comme déviant, il a tendance à se tourner vers des groupes déviants où sa déviance est non
seulement tolérée, mais parfois valorisée. En s'intégrant à ces groupes, l'individu trouve un environnement social qui
partage ses pratiques et ses valeurs déviantes. Ce processus est un aspect clé de ce que Becker appelle la carrière
déviante.
 Le processus d'intégration à un groupe déviant
Le déviant, au fur et à mesure qu'il rencontre d'autres individus partageant les mêmes comportements, commence à
apprendre des techniques et des valeurs associées à sa déviance. Ce processus se fait souvent par des contacts
62
Sociologie

épisodiques qui se transforment progressivement en interactions régulières, formant ainsi des liens sociaux avec des
pairs. C’est dans ces groupes qu’il va découvrir les subtilités de sa déviance, les techniques spécifiques (par exemple,
pour la consommation de drogues ou le vol) et les justifications idéologiques qui permettent de rationaliser ces
comportements.
Le groupe déviant joue un rôle fondamental dans l'apprentissage de la déviance, en enseignant à ses membres
comment intégrer leur déviance dans leur quotidien. Par exemple, dans le cas des toxicomanes, un débutant apprend
à apprécier les effets d’une substance, à comprendre son rôle au sein du groupe et à adopter des justifications qui
rendent son comportement acceptable. Ce processus peut conduire à l’acquisition d’un statut déviant au sein du
groupe, où l'individu progresse à travers des étapes comme "fumeur débutant", "usager occasionnel", puis "usager
régulier". Chaque étape renforce l'identité déviante de l'individu et le rend plus intégré dans le groupe.
 La création d’une sous-culture déviante
Le groupe déviant, composé de membres ayant un destin commun lié à leur déviance, développe une sous-culture
déviante. Cela inclut un ensemble de normes, de valeurs et d'idées sur la manière de vivre en marge de la société
dominante. Cette sous-culture permet aux membres de se justifier dans leur déviance, de renforcer leur identité
déviante et de maintenir leur statut dans le groupe. Cette sous-culture peut également créer des routines déviantes :
par exemple, la manière dont les membres s’approvisionnent en drogues, ou comment ils échappent à la surveillance
sociale.
 L'importance de l’intégration à un groupe organisé
Lorsque l'individu pénètre dans un groupe déviant organisé, comme une communauté de toxicomanes ou de
délinquants, il bénéficie d’un système d’organisation et de soutien qui renforce sa déviance. Il y apprend à éviter les
pièges, à se protéger des risques, et à renforcer ses motivations pour continuer à mener une vie déviante.
L’apprentissage au sein du groupe peut permettre à l'individu de progresser dans son parcours déviant, tout en
recevant des justifications qui lui permettent de rationaliser ses actions et de les voir comme normales dans le
contexte de son groupe.
 La carrière déviante et ses trajectoires possibles
Cependant, comme le montre Becker, toute carrière déviante n'est pas inéluctable. L’exemple des tagueurs illustre
bien cette dynamique : de jeunes individus, au départ considérés comme des déviants pour leurs actes de vandalisme,
peuvent transformer leurs activités en une pratique professionnelle reconnue. Certains deviennent même des
artistes célèbres, comme Banksy, qui a su capitaliser sur son passé de "déviant" pour devenir une figure de l'art
contemporain. Ce phénomène montre qu'un parcours déviant peut parfois se réorienter vers des voies
professionnelles et sociales acceptées, ce qui permet à l’individu de se réintégrer dans la société.
 Valorisation des compétences acquises dans la déviance
Becker souligne également que certains éducateurs, notamment ceux travaillant avec des jeunes délinquants, peuvent
choisir d’"inverser" le regard sur la déviance en valorisant les compétences et aptitudes développées par les individus
à travers leurs activités déviantes. Par exemple, des compétences en communication, en gestion de budget ou en
sens du commerce, acquises par des jeunes délinquants, peuvent être réorientées vers des activités professionnelles
légales. Cette approche permet aux individus de transférer leurs compétences vers un cadre plus conventionnel et
ainsi faciliter leur réintégration sociale et professionnelle, en leur offrant des alternatives à la déviance.

 En somme, la théorie de Becker sur la déviance et l’interaction avec les pairs met en lumière un processus
complexe où les individus, après avoir été stigmatisés et étiquetés, peuvent se réorienter vers des groupes déviants
qui leur offrent non seulement une identité sociale mais aussi des moyens de justifier et de maintenir leur
comportement. Toutefois, comme l'illustrent certains exemples de parcours comme celui des tagueurs ou des
éducateurs sociaux, il est possible de "positiver" un parcours déviant et de permettre à l’individu de se réinsérer dans
la société de manière constructive.

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Common questions

Alimenté par l’IA

Durkheim et Weber apportent des perspectives complémentaires en sociologie. Durkheim se concentre sur les faits sociaux, supportant une approche macro-sociologique où les structures sociales primaires affectent les comportements individuels. À l’inverse, Weber se concentre sur les actions sociales et la microsociologie, analysant comment les significations subjectives façonnent les interactions sociales. Combinées, leurs approches montrent que les actions individuelles (microsociologique) et les structures sociales (macro) sont interdépendantes ; il n'y a pas d'actions sociales sans faits sociaux, et vice-versa .

La stratification sociale moderne est décrite par une structure en "quadrillé" selon Dupréel, où les positions hiérarchiques et les domaines fonctionnels s'entrecroisent. Historiquement, des systèmes tels que l'esclavage, les castes, les ordres sociaux et les classes sociales ont été les formes principales de stratification. Chaque système se distingue par ses critères de hiérarchie : la possession individuelle pour l'esclavage, la naissance pour les castes, les privilèges juridiques pour les ordres sociaux, et l'économie pour les classes sociales .

Durkheim identifie la subjectivité des chercheurs et les préjugés culturels comme les principaux obstacles à l'objectivité dans l'étude des faits sociaux. Pour surmonter ces obstacles, il propose de considérer les faits sociaux comme des "choses", en les analysant avec une objectivité scientifique et une méthode rigoureuse visant à évincer les perceptions subjectives. Il insiste sur l'importance de se détacher des prénotions et des idées reçues qui peuvent influencer l'analyse sociologique .

Pour Howard Becker, la déviance n'est pas inhérente à un acte mais est le résultat des interactions sociales et de l'étiquetage. La déviance se construit lorsque certains comportements sont définis comme inacceptables par d'autres, créant ainsi un processus d’étiquetage. Becker souligne que ce sont les interactions entre celui qui commet l'acte et ceux qui en jugent qui définissent la déviance. Ce processus socialement défini est influencé par les "entrepreneurs moraux" qui imposent des normes .

Eugène Dupréel distingue les groupes sociaux des groupes nominaux en insistant sur les rapports sociaux réels qui unissent les membres autour d'un terme commun ou d’un objectif partagé. Les groupes sociaux émergent par le biais de relations complémentaires, structurant un réseau complexe qui soutient la cohésion sociale. Un exemple pratique est le Paris Moustache Club, qui s'organise autour d'une passion commune. Dupréel met en avant le concept de symbiose sociale, où les groupes s'associent pour former un tissu social cohérent, permettant à la diversité des intérêts de coexister .

La sociologie est qualifiée de science humaine parce qu'elle étudie les comportements humains individuels et collectifs. C'est également une science sociale car elle examine les interactions entre les individus et les groupes sociaux. Bruno Latour souligne que la sociologie, en tant que science, utilise une méthode sceptique pour examiner les faits sociaux, exigeant que ses énoncés passent des tests rigoureux, rappelant la démarche méthodique des sciences dures. Elle se distingue par sa capacité à comprendre la complexité des comportements humains dans le contexte social .

La sécularisation a joué un rôle clé dans le développement de la sociologie en déplaçant la compréhension du monde de la sphère religieuse vers une approche basée sur la raison et l’analyse rationnelle. En réduisant l’influence de la religion dans l'interprétation du social, la sécularisation a permis d'analyser les phénomènes sociaux sous l'angle de la rationalité et de la science. Ce changement a établi le terrain pour que la sociologie émerge en tant que discipline séparée des systèmes explicatifs théologiques et centrée sur des concepts rationnels comme le contrat social, l’égalité et la liberté .

La sociologie fonctionnaliste voit la déviance jouer plusieurs rôles positifs dans la société. Elle renforce les règles existantes en soulignant leurs limites, catalyse le changement social en incitant à réviser des normes obsolètes, et favorise l'innovation en rompant avec le conformisme. Finalement, elle maintient un équilibre social en exprimant les contradictions et les conflits internes à une société, stimulant des ajustements et des adaptations nécessaires pour évoluer .

Pour Durkheim, la normalité sociologique est définie par la fréquence d'un fait dans la majorité des sociétés à un stade donné de leur développement, indépendamment de tout jugement moral. Ainsi, un phénomène comme le crime, bien qu'immoral, peut être sociologiquement normal s'il est répandu et stable dans une société. Cette perspective oriente l'analyse vers une compréhension des structures sociales sous-jacentes plutôt que vers des jugements éthiques ou moraux .

Les explications endogènes de la déviance, souvent culturalistes, sont critiquées pour être réductrices et pour ignorer les causes structurelles des comportements déviants. Elles attribuent à tort des caractéristiques culturelles internes aux groupes sociaux comme explications principales, négligeant l'impact des inégalités socio-économiques qui sont plus déterminantes. Ces explications masquent ainsi les dynamiques sociales qui engendrent la déviance, telles que les conditions socio-économiques défavorables qui sont des facteurs clés influençant le recours à des comportements perçus comme déviants .

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