MATHEMATICAL.
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MATHEMATIK-OLYMPIADE
OLYMPIADES DE MATHÉMATIQUES
OLIMPIADI DELLA MATEMATICA
Équations fonctionnelles II
Thomas Huber, Arnaud Maret
Actualisé: 1er août 2021
vers. 2.0.1
Table des matières
1 Les équations de Cauchy les quatre fantastiques 2
1.1 Solution générale de l'équation de Cauchy additive . . . . . . . . . . . . 8
2 Les équations de type Cauchy 9
3 Les monstres 11
1 Les équations de Cauchy les quatre fantastiques
Allons un bout plus loin dans la théorie des équations fonctionnelles. Ce script traite d'une
famille de quatre équations fonctionnelles, à première vue inoensives, connues sous le
nom d'équations de Cauchy. On les rencontre parfois après une réduction appropriée d'une
équation moins standard. Néanmoins, la résolution des équations de Cauchy requiert de
nouveaux outils d'analyse dont notamment les notions de continuité d'une fonction et de
densité dans le plan euclidien R2 . Nous introduirons intuitivement ces notions en temps
voulu.
Nous allons procéder de la manière suivante: nous traiterons tout d'abord de l'équation
de Cauchy la plus classique, puis nous étendrons nos résultats aux trois autres équations
par un simple jeu de substitutions. Voilà le problème que l'on se propose de résoudre:
Trouver toutes les fonctions f : R → R telles que pour tous x, y ∈ R
f (x + y) = f (x) + f (y).
Soit f une solution de l'équation de Cauchy ci-dessus. En gardant toujours les bons
réexes, on commence par identier les solutions potentielles. Une recherche rapide et
nous trouvons que toutes les fonctions linéaires x 7→ ax, avec a un nombre réel, sont
solutions.
L'étape suivante consiste à calculer quelques valeurs de base que prend f . On a facilement
f (0) = 0. Sans trop d'eort et en se souvenant du premier script, on arrive à montrer
que f (q) = qf (1) pour tout q ∈ Q. Cette étape est cordialement laissée en exercice ici.
De manière plus générale, f (qx) = qf (x) pour tout rationnel q ∈ Q et pour tout nombre
réel x cette fois.
C'est ici que le ciel nous tombe sur la tête. Sans hypothèse supplémentaire sur f , vous
ne déduirez rien de plus de concluant sur les fonctions solutions. Y aurait-il d'autres
solutions que les fonctions linéaires ? Eh bien, tenez-vous bien, oui ! Il en existe même
une innité. En revanche, on ne peut pas décrire ces solutions exotiques à l'aide d'une
formule explicite simple (comme pour les fonctions linéaires). Figurez-vous que si l'on
s'attelait à dessiner leur graphe sur le plan R2 et bien il y aurait des points absolument
partout (malgré le fait que chaque nombre réel a exactement une image via cette fonction
solution!). C'est le concept de densité déjà cité plus haut. Une intrigue digne d'un best-
seller pour collégiens ! La construction de ces solutions exotiques repose sur l'axiome du
choix. On y reviendra en n de script.
La linéarité de f sur Q repose essentiellement sur l'induction. Une méthode propre aux
nombres entiers que l'on ne peut pas étendre à R. Pour continuer à partir d'ici, on a besoin
d'imposer des conditions supplémentaires sur f . La condition de loin la plus importante
pour nous sera la monotonie.
2
Lemme 1.1 Soit f une solution monotone de l'équation de Cauchy f (x + y) = f (x) +
f (y). Alors f est une fonction linéaire, à savoir, il existe a dans R tel que f (x) = ax
pour tout x dans R.
Preuve. Si f est solution de l'équation de Cauchy, alors −f est aussi une solution. On peut
donc supposer sans perte de généralité que f est croissante. On sait déjà que f (q) = qf (1)
pour tout rationnel q . Noter que si f est croissante, alors f (1) ≥ f (0) = 0.
Supposons maintenant qu'il existe un nombre réel x tel que f (x) > xf (1). Si f (1) = 0,
alors par croissance de f , pour tout nombre rationnel q > x, on a 0 = f (q) ≥ f (x) > 0.
C'est une contradiction. Si f (1) > 0, alors on choisit un nombre rationnel1 q tel que
f (x)/f (1) > q > x. Par croissance de f , comme q > x, alors qf (1) = f (q) ≥ f (x). Mais
par construction, f (x) > qf (1). On obtient également une contradiction.
Le cas f (x) < xf (1) est similaire. On déduit donc que f (x) = xf (1) pour tous les réels
x.
Rappelez-vous de ce schéma de preuve par contradiction pour étendre une solution de Q
à R. C'est une méthode assez classique. Passons de suite à un exemple.
Exemple 1 (IMO 1992) Trouver toutes les fonctions f : R → R telles que pour tous
x, y ∈ R
f (x2 + f (y)) = y + f (x)2 .
Solution. Soit f une solution de l'équation. Nous avons déjà montré dans le premier
script (eh oui !) que f (0) = 0 (si vous ne vous souvenez plus comment, c'est un excellent
exercice!). Nous pouvons donc substituer x = 0 pour obtenir f (f (y)) = y . Avec y = 0,
on obtient de plus f (x2 ) = f (x)2 .
Astuce classique à essayer en ayant f (f (y)) = y : remplaçons les y par f (y) dans la
première équation. On obtient alors, après simplication et utilisant aussi f (x2 ) = f (x)2 :
f (x2 + y) = f (x2 ) + f (y).
Cela ressemble déjà à une équation de Cauchy, à la diérence près que x2 ne peut natu-
rellement prendre que des valeurs positives. En d'autres termes, nous avons "seulement":
f (u + v) = f (u) + f (v) pour tout u ≥ 0 et tout v ∈ R.
On va donc commencer par se débarrasser de la condition gênante u ≥ 0. Pour cela
nous allons utiliser l'imparité de f . (Posons v = −u avec u ≥ 0, il s'ensuit 0 = f (0) =
f (u)+f (−u), donc f (−u) = −f (u) pour u ≥ 0 a priori. Le signe "−" permet de conclure
l'imparité de f en général.) On obtient ainsi pour tout u ≥ 0, f ((−u) + v) = −f (u +
(−v)) = −f (u) − f (−v) = f (−u) + f (v). On conclut ainsi que f (u + v) = f (u) + f (v)
pour tous les réels u, v cette fois.
1 L'existence de q est une conséquence de la densité de Q dans R. Par densité on entend ici que quelque
soient x<y deux nombres réels distincts, alors il existe toujours un nombre rationnel entre deux. C'est
une conséquence du principe des tiroirs.
3
Il nous reste à montrer la monotonie de f . L'argument qui va suivre est assez fondamental
et mérite qu'on s'en souvienne. L'équation f (x2 ) = f (x)2 , implique en particulier que
f (x) ≥ 0 lorsque x ≥ 0.
Nous avons maintenant tous les ingrédients pour déduire la croissance de f . Soient donc
a ≥ b deux nombres réels. On a
f (a) = f (b) + f (a − b) ≥ f (b),
car a − b ≥ 0. On conclut que f est une fonction linéaire x 7→ cx et en remplaçant dans
l'équation de base on a c = 1.
La continuité de f en un point est aussi une condition susante pour garantir la linéa-
rité. Bien que dans le contexte des olympiades il est rare que le concept de continuité
apparaisse, nous allons quand même en parler ici.
Dénition 1.1 Une fonction f : R → R est continue en x0 si limx→x0 f (x) = f (x0 ). L'idée
de cette dénition est d'empêcher la fonction f de faire un saut brusque au voisinage de
x0
On dit que f est continue, si f est continue en x0 pour tout x0 ∈ R. En termes plus
visuels, f est continue, si l'on peut tracer le graphe de f sans lever le crayon.
Lemme 1.2 Soit f une solution continue en au moins un point x0 de l'équation de
Cauchy f (x + y) = f (x) + f (y). Alors f est une fonction linéaire, à savoir, il existe a
dans R tel que f (x) = ax pour tout x dans R.
Démonstration. Tout d'abord, noter que f () = f (x0 + ) − f (x0 ). Comme lim→0 f (x0 +
) = f (x0 ) par continuité de f en x0 , on conclut que lim→0 f () = 0 = f (0) et donc f
est continue en 0. De plus, f (x + ) = f (x) + f () → f (x) lorsque → 0 et donc f est
continue en x également. Comme x est arbitraire, f est donc continue. On a ainsi montré
qu'une fonction qui satisfait l'équation de Cauchy et qui est continue en un point est en
fait continue partout.
On sait déjà que f est continue et vaut qf (1) sur tous les rationnels q . Comment pouvons
nous dessiner le graphe de f continument en sachant qu'il doit passer par tous les points
(q, qf (1)) pour tout q ∈ Q ? Intuitivement, la continuité et la valeur connue sur tous les
rationnels forcent la forme de f à être linéaire partout.
Plus précisément, soit x ∈ R \ Q et > 0. On trouve un nombre rationnel q tel que
x < q < x + . Noter que lorsque → 0, alors q → x. Donc
f (x) = lim f (q ) = lim q f (1) = xf (1).
→0 →0
Ainsi, f (x) = xf (1) pour tous les réels x.
En plus de la monotonie et de la continuité, la densité est également un critère encore
plus général qui garantit la linéarité des solutions. Nous allons commencer par dénir
(enn) ce terme:
4
Dénition 1.2 Un sous-ensemble A ⊂ R2 est appelé dense dans R2 si tout disque ouvert
dans R2 de rayon strictement positif contient au moins un point de A. En d'autres termes,
les points de A se trouvent "partout dans R2 ".
Par exemple Q2 est dense dans R2 au même titre que Q est dense dans R. Ce critère nous
permet de donner une caractérisation complète des solutions de l'équation de Cauchy. La
preuve est un tant soit peu technique, mais le résultat en soi est très fort.
Proposition 1.3 Soit f : R → R une solution de l'équation de Cauchy f (x + y) =
f (x) + f (y). Alors, seulement deux cas mutuellement exclusifs peuvent se produire:
(a) la fonction f est linéaire,
(b) le graphe de f est dense dans R2 .
Démonstration. Supposons que f n'est pas linéaire. Il existe donc des nombres réels
x, y 6= 0 tels que a := f (x)/x et b := f (y)/y soient deux nombres réels distincts. Pour
des raisons techniques nous n'allons pas démontrer que tout disque ouvert contient un
point du graphe, mais que chaque carré ouvert contient un tel point (ce qui revient
naturellement au même). Soit donc (u, v) ∈ R2 un point xé et soit > 0 xé. Nous
prenons
v − bu au − v
ξ1 := , ξ2 := ,
a−b a−b
pour que les équations suivantes soient vériées:
ξ1 + ξ2 = u, aξ1 + bξ2 = v.
Choisissons des nombres rationnels r1 , r2 avec
n 1o n 1o
|r1 x − ξ1 | < min 1, · , |r2 y − ξ2 | < min 1, · .
|a| 2 |b| 2
Naturellement, si a = 0, on prendra r1 tel que |r1 x − ξ1 | < 2 (de même si b = 0.) Cela
revient à choisir r1 rationnel susamment proche de ξ1 /x et de même pour r2 . Nous
avons d'une part
|(r1 x + r2 y) − u| = |(r1 x − ξ1 ) + (r2 y − ξ2 )|
≤ |(r1 x − ξ1 )| + |(r2 y − ξ2 )| < + = .
2 2
D'autre part les facteurs rationnels peuvent, d'après le lemme 2.1., être sortis de f et
donc nous avons aussi
|f (r1 x + r2 y) − v| =|(r1 ax + r2 by) − (aξ1 + bξ2 )|
≤|a||(r1 x − ξ1 )| + |b||(r2 y − ξ2 )| < + = .
2 2
Il s'ensuit que le point (r1 x + r2 y, f (r1 x + r2 y)) du graphe de f se trouve dans le carré
de centre (u, v) et de côtés 2. Comme (u, v) et > 0 étaient arbitraires, chaque carré
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dans R2 , aussi petit soit-il, contient au moins un point du graphe de f . Le graphe de f
est donc dense dans R2 .
Le théorème 1.3 est un résultat plus fort que les lemmes précédents. Par exemple, si f
est une solution croissante de l'équation de Cauchy, alors le graphe de f ne contient
aucun point des deux régions (−∞, x) × (f (x), ∞) et (x, ∞) × (−∞, f (x)), et donc n'est
pas dense.
De même, si f est minorée (ou bornée par en-dessous), c'est-à-dire qu'il existe C ∈ R
tel que f (x) ≥ C pour tout x ∈ R, alors le graphe de f ne contient aucun point de la
région R × (−∞, C), et donc de nouveau n'est pas dense. On en déduit que f est linéaire
et comme f est minorée, nécessairement f ≡ 0. Il en va évidement de même pour les
solutions majorées de l'équation de Cauchy.
D'ailleurs, il sut que f soit minorée (ou majorée) sur un intervalle I de longueur
non nulle. Dans ce cas aussi, le graphe de f n'est pas dense car il ne contient aucun point
de la région I × (−∞, C). À noter qu'en particulier toute fonction continue est bornée
sur tout intervalle compact de R.
Si l'on revient à l'exemple 1, nous avions établi f (x2 ) = f (x)2 . Cette équation implique
que f est minorée par 0 sur R≥0 et donc f est linéaire par le théorème 1.3.
Introduisons à présent les trois autres équations de Cauchy:
f: R → R, f (x + y) = f (x) + f (y), (1)
f: R>0 → R>0 , f (xy) = f (x)f (y), (2)
f: R>0 → R, f (xy) = f (x) + f (y), (3)
f: R → R>0 , f (x + y) = f (x)f (y). (4)
Noter bien que les domaines de dénition et d'arrivée sont diérents selon l'équation. Par
exemple, dans l'équation (3), s'il on cherchait des solutions f : R≥0 → R, alors substituer
x = 0 donnerait immédiatement l'unique solution f ≡ 0.
Les trois nouvelles équations de Cauchy ne sont en fait pas ontologiquement diérentes
de la première. En eet, supposons que f soit une solution de l'équation (3), alors la
fonction g : R → R, x 7→ f (exp x) est une solution de l'équation (1). En eet,
g(x + y) = f (exp(x + y)) = f (exp x · exp y) = f (exp x) + f (exp y) = g(x) + g(y).
De même si f est une solution de (4), alors log f est une solution de (1). Si f est une solu-
tion de (2), alors x 7→ log(f (exp x)) est une solution de (1). La morale étant que lorsque
vous êtes confrontés à une équation (2) à (4), alors une substitution permet de revenir
à l'équation de Cauchy standard. Les solutions non-pathologiques sont donc: x 7→ xa ,
a ∈ R, pour (2), x 7→ a log x, a ∈ R, pour (3) et x 7→ ax avec a > 0 pour (4).
Le théorème 1.3 s'applique donc aussi aux équations (2),(3) et (4) avec une modication
approriée du terme "linéaire" et du domaine de densité. Par exemple, une solution de (4)
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n'est pas de la forme x 7→ ax si et seulement si son graphe est dense dans R × R>0 .
Voyons encore un dernier exemple pour la route:
Exemple 2 Trouver toutes les fonctions f : R → R≥0 , telles que pour tous x, y ∈ R
f (x + y) − f (x) − f (y) = (f (x) + x)(f (y) + y).
Solution. Soit f une solution de l'équation. Il n'est pas très clair a priori quelle fonction
peut bien satisfaire cette équation. Quelques substitutions de base nous permettent de
calculer quelques termes, mais sans faire de progrès très concret. Pas sûr non plus que
l'injectivité ou la surjectivité potentielles soient d'un grand secours ici. Tentons une sub-
stitution.
Les parenthèses du côté droit nous donnent l'idée d'introduire la fonction g : R → R,
x 7→ f (x) + x. Noter que malgré que le domaine d'arrivée de f soit R≥0 , on ne peut pas
a priori restreindre le domaine d'arrivée de g . L'équation se simplie alors en
g(x + y) − g(x) − g(y) = g(x)g(y).
Cela fait penser à un mélange entre les équations de Cauchy additive et multiplicative. En
modiant l'équation nous trouvons la forme équivalente g(x+y) = (g(x)+1)(g(y)+1)−1.
Allez ! Substituons encore h(x) := g(x) + 1 et pour nalement obtenir
h(x + y) = h(x)h(y).
C'est à présent que l'on sait que nos substitutions étaient judicieuses. Il s'agit évidement
de l'équation de Cauchy (4). Attention toutefois, a priori h est uniquement une fonction
de R vers R. Il ne s'agit donc pas encore exactement du problème de Cauchy (4).
Heureusement, on peut remédier à ce petit problème. En posant x = y dans l'équation
pour h, on obtient h(2x) = h(x)2 ≥ 0 pour tout x, donc h ne prend jamais de valeur
négative. Si, de plus, il existait un x0 avec h(x0 ) = 0, alors en substituant x = x0 , on
obtient h(x0 + y) = 0. Ceci est vrai pour tout y et donc h ≡ 0. Cependant, dans ce cas,
en remontant nos substitutions, on aurait f (x) = −x − 1 ce qui n'est pas permis.
Nous cherchons donc bien des fonctions h : R → R>0 comme il est requis. Les solutions
classiques sont dans ce cas les fonctions h(x) = ax avec une constante positive a. Pour
exclure les solutions exotiques, nous devons encore montrer que le graphe de h n'est pas
dense dans R × R>0 . Rappelons nous que l'on a supposé que f (x) ≥ 0. Ainsi, g(x) ≥ x
et donc h(x) ≥ x + 1 pour tous les nombres réels x. Ainsi le triangle inni
{(x, y) ∈ R × R>0 : y < x + 1},
borné par l'axe horizontal et la droite y = x + 1, ne contient aucun point du graphe de
h. Le graphe de h n'est donc pas dense dans R × R>0 . Finalement, on a bien h(x) = ax
pour un certain a > 0 et donc f (x) = ax − x − 1.
Remplaçons dans l'équation initiale et l'on remarque qu'une telle fonction f satisfait
7
l'équation de départ. Mais attention ! On doit avoir f (x) ≥ 0 pour tout x. C'est-à-dire
qu'il faut trouver tous les nombres positifs a pour lesquels l'équation ax ≥ x + 1 est
vériée pour tout x.
Pour cela nous utilisons des méthodes analytiques: les graphes de ax et x + 1 passent
par le point (0, 1) et doivent donc être tangents en ce point. En particulier la fonction
l(x) := ax doit avoir pour dérivée 1 en x = 0. Comme l0 (x) = log(a) · ax , il faut que a = e
(constante d'Euler). La fonction x 7→ ex est bien convexe et admet précisément en x = 0
la droite tangente y = x + 1 ce qui implique ex ≥ x + 1 pour tout x. La seule solution de
notre équation est donc la fonction
f (x) = ex − x − 1.
1.1 Solution générale de l'équation de Cauchy additive
Pour nir, nous discutons encore de la solution générale de l'équation de Cauchy addi-
tive. L'élément clé de tout cela est l'existence de ce qu'on appelle une Q-base de R. Un
ensemble B de nombres réels est appelé une Q-base, si tout nombre réel s'écrit de manière
unique comme une combinaison linéaire rationnelle nie d'éléments de B, i.e. pour tout
x ∈ R, il existe des nombres αb ∈ Q, b ∈ B uniquement déterminés, tels que seul un
nombre ni de αb sont non-nuls et tels que x = b∈B αb · b. L'existence d'une Q-base de
P
R découle de l'axiome du choix et ne peut donc pas être explicitée. De plus, il est facile
de voir qu'une Q-base est nécessairement indénombrable.
Soit maintenant f unePsolution de l'équation de Cauchy additive et B une Q-base de R.
On a alors, pour x = b∈B αb · b,
X X
f (x) = f αb · b = αb f (b), (5)
b∈B b∈B
où l'on a utilisé que seul un nombre ni de αb était non-nul et qu'ils étaient tous rationnels.
On en déduit que f est entièrement déterminée par les valeurs prises sur l'ensemble B.
Inversement on peut choisir f (b) comme l'on veut et dénir f par l'équation (5). Le fait
que f est alors vraiment bien dénie et additive découle de l'existence et l'unicité de
l'expression de chaque x comme une Q-combinaison linéaire nie des éléments de B.
L'ensemble des fonctions solutions comprend ainsi tous les degrés de liberté pour le choix
de f (b), pour tous les b dans B. Le cas d'une solution linéaire correspond alors au cas
f (b) = a · b pour tous b ∈ B . Cela signie que l'on est dans le cas particulier où toutes les
valeurs f (b), choisies librement, sont 'coordonnées'. Il s'agit vraiment ici d'une exception
rare. On peut ainsi armer que les solutions linéaires (non-pathogènes) forment une
inme minorité!
8
2 Les équations de type Cauchy
Certains problèmes ressemblent fortement à des équations de Cauchy. Seulement, leur
résolution n'utilise pas les résultats de la section précédente. Il faut donc adapter les
schémas de preuve aux problèmes en question. On s'attend donc naturellement à devoir
appliquer un argument proche de la continuité pour étendre nos solutions de Q à R par
exemple. Il n'y a à nouveau pas de théorie à présenter ici, seulement des exemples clés.
Exemple 3 Trouver toutes les fonctions f : R → R, telles que pour tous x, y ∈ R
f (x + y) + f (x)f (y) = f (x) + f (y) + f (xy).
Solution. Soit f une solution de l'équation. A priori, l'équation de base est obtenue par
addition de deux équations de Cauchy. Après une courte recherche, on identie trois
solutions: la fonction identité et les constante 2 et 0. Commençons comme toujours par
quelques substitutions de base.
Poser x = y = 0 mène à f (0)2 = 2f (0) et donc f (0) = 2 ou f (0) = 0. Si f (0) = 2, alors
substituer x = 0 donne immédiatement la solution constante f ≡ 2.
Il nous reste à séparer les deux solutions 0 et l'identité. Supposer que f (1) = 0 amène à
la solution f ≡ 0 et si f (1) 6= 0, alors on peut montrer que f (q) = q pour tout rationnel
q . Cette partie n'est pas présentée ici et laissée en exercice. Attention ! C'est un exercice
standard, mais pas trivial. Vous êtes donc vivement encouragés à essayer.
Nous avons donc à présent que si f n'est pas constante, alors f est l'identité sur Q. Poser
y = 1 donne f (x + 1) = f (x) + 1. Par induction, f (x + n) = f (x) + n pour tout réel x et
entier n. Avec y = n, on déduit f (nx) = nf (x) pour tout entier n. En particulier, f est
impaire. En particulier f (x) = nf (x/n) et donc f (qx) = qf (x) pour tout rationnel q et
réel x. Finalement, y = q fournit f (x + q) = f (x) + q pour tout réel x et rationnel q . Vous
noterez qu'il faut eectuer les choses dans l'ordre pour arriver aux bonnes déductions
dans cette section. Substituer y = −x donne f (x2 ) = f (x)2 et donc f (x) ≥ 0 pour des
réels x ≥ 0.
On passe maintenant à la meilleure partie: l'extension de Q à R. C'est une manière de
faire standard. Il est donc judicieux de savoir la reproduire. Supposons qu'il existe un
nombre réel x tel que f (x) < x. On prend alors un rationnel q tel que f (x) < q < x. On
a alors
q > f (x) = f (x − q) + q ≥ q,
car x − q ≥ 0. On obtient ainsi une contradiction. On obtient la même contradiction en
supposant f (x) > x. On conclut comme souhaité f (x) = x.
Le prochain exemple peut être vu comme un système d'inégalités de Cauchy. Ici, il est
intéressant et non-trivial d'étendre nos déductions de N vers Q>0 . La partie clé est bien
plus subtile.
Exemple 4 (IMO 2013) Trouver toutes les fonctions f : Q>0 → R, telles que pour tous
9
x, y ∈ Q>0
f (x)f (y) ≥ f (xy)
f (x + y) ≥ f (x) + f (y)
et telles qu'il existe a > 1 avec f (a) = a.
Solution. Soit f une solution du problème. Ces inégalités annoncent de suite la couleur.
C'est un problème de type-Cauchy. La méthode standard est donc de commencer par
travailler sur N, puis étendre à Q>0 . Mais évidement on garde les bons réexes. A priori
seule l'identité parait être une solution. Commençons par quelques substitutions.
Poser x = y = 1 donne f (1)2 ≥ f (1). Comme l'on ne sait rien du signe de f (1), il y a
trop de cas à traiter à partir de ce résultat. Quelle autre valeur de base est intéressante
mis à part 1 dans ce problème ? Bien sûr a ! Poser y = a donne af (x) ≥ f (ax) et donc
avec x = 1, on obtient f (1) ≥ 1. Inductivement, grâce à f (x + y) ≥ f (x) + f (y), on
conclut que f (n) ≥ n pour tout entier positif n.
Peut-on étendre cette relation à Q>0 ? Appliquons la méthode standard:
p p p
f (p) = f + ... + ≥ qf .
q q q
Donc f (p/q) ≤ f (p)/q ce qui ressemble plutôt à l'inégalité renversée. Avec x = pq , y = q ,
on obtient
p
f f (q) ≥ f (p).
q
Noter que f (q) ≥ q > 0, nous pouvons donc diviser et obtenir f (p/q) ≥ f (p)/f (q).
En particulier, on déduit que f (p/q) > 0. Cette observation parait triviale ici, mais il
n'est pas facile de réaliser en examen que l'équation précédente implique la positivité des
images.
Dans le contexte des équations de Cauchy comment avait-on utilisé que l'image de f
était positive (pour des valeurs positives) ? On avait déduit la monotonie des solutions
! Dans notre cas, on sait que f (x + y) ≥ f (x) + f (y) > f (x) et donc on peut déduire
que f est strictement croissante. Jusqu'ici tout était standard. On passe à présent à la
partie technique pour étendre nos déductions de N à Q>0 . Fixons x ∈ Q>0 . L'idée est
d'introduire la partie entière bxc de x:
f (x) ≥ f (bxc) ≥ bxc > x − 1,
où nous avons utilisé que x ≥ bxc > x − 1. On a donc établi que f (x) > x − 1. Ce n'est
pas ce que l'on souhaitait et la relation parait trop large pour être utile. Pourtant, dans
ce contexte, on peut l'utiliser de manière décisive. Par induction, l'inégalité de départ
nous dit que f (x)k ≥ f (xk ). Ainsi
p p
k
f (x) ≥ k f (xk ) > xk − 1.
√ √
Or, pour x > 1, k xk − 1 = x k 1 − x−k converge vers x lorsque k → ∞. Ainsi, on doit
avoir f (x) ≥ x pour tout x ≥ 1. Voilà l'argument du type analyse auquel on s'attend
10
dans ce genre de problème.
Le plus dur est maintenant derrière. Que dire s'il existait x0 ≥ 1 tel que f (x0 ) > x0 ? La
deuxième inégalité nous donne
f (x0 + y) > x0 + f (y) ≥ x0 + y.
C'est-à-dire, f (x) > x pour tout x ≥ x0 . En particulier, on doit avoir x0 > a > 1, car
f (a) = a. En partant du point xe a, peut-on construire d'autres points xes de f ? On
sait que
a2 = a · a = f (a) · f (a) ≥ f (a2 ) ≥ a2 .
On déduit que f (a2 ) = a2 et par induction, f (ak ) = ak . Comme a > 1, les ak deviennent
arbitrairement grands. Donc il existe k tel que x0 ≤ ak . C'est une contradiction. On
conclut que l'on a bien f (x) = x pour x ≥ 1.
Qu'en est-il des valeurs x < 1 ? Fixons x < 1. On sait que 1/x > 1. Donc
f (x) · 1/x = f (x)f (1/x) ≥ f (1) = 1
et par conséquent f (x) ≥ x. De plus, il existe un entier k tel que kx > 1, ce qui donne
kx = f (kx) ≥ kf (x)
et ainsi f (x) ≤ x. Finalement on a bien f (x) = x et on conclut que l'identité est bien
l'unique solution.
3 Les monstres
coming soon
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