INTRODUCTION
Les milieux aquatiques d’eaux douces, écosystèmes les plus complexes et les plus
dynamiques, jouent un role essentiel dans la conservation de la biodiversité, le fonctionemment
des organismes et les cycles de matieres organiques et minerales (Sahli et al., 2012; Brhoumi et
al., 2019). Leur qualité dans une region est largement determinée à la fois par les processus
naturels (caracteristiques hydrologiques, precipitations, alteration des roches, etc.) et par les
impacts anthropiques (activités industrielles, urbaines, agricoles, rejets d’eaux usées non traitées,
etc (Gantidis et al., 2007; Arain et al., 2008; Marthe et al., 2015). Ces processus anthropiques
sont souvent à l’origine de divers polluants toxiques, tels que les élements traces métalliques
(ETM), qui s’accumullent dans ces hydrosystèmes et se transferent dans la chaine alimentaire
(Briton Bi et al., 2006; Ayah, 2015).
Les ETM sont naturellement présents dans l’environnement (sol, l’eau et l’air) en très
faibles quantités, et ne sont pas biodégradables (Naseem et Tahir, 2001). En raison de leur non
biodégradabilité et persistance dans l’environnement, ces éléments s’accompagnent des
conséquences néfastes sur les organismes vivants et induits des effets devastateurs sur la balance
écologique (Kashimbo et al., 2016). Dans les milieux aquatiques, ces elements se concentrent
dans l’eau et les sediments, entrainant ainsi leur bioaccumulation dans les ressources aquatiques,
notamment les ressources halieutiques (Kamilou et al., 2014).
La consommation des ressources halieutiques et plus précisement celles des poisons de
par leur valeur nutritive et leurs effets bénéfiques pour la santé, est en nette progression à travers
le monde où son offre mondiale est passée de 9,8kg/personnes/an dans les années 1960 à
20,5kg/personnes/an en 2018 (FAO, 2020). Cependant, la consommation des poissons peut etre
une source importante d’exposition à des contaminants métalliques présent dans l’environnement
(Storeli, 2008).
En République Démocratique du Congo, des nombreuses études ont porté sur le niveau
de contamination métallique des ressources halieutiques dans different écosystèmes d’eaux
douces du pays (Katemo et al., 2010; Muteba et al., 2011, Foxall et al., 2000). La ville province
de Kinshasa, n’échappe guère à cette problematique, des études menées par Monama et al.,
1985; Nsimanda et al., 2015 a et b ; Nzapo et al.,2017 ; Nakweti et al., 2021, sur la pollution
métallique, avec comme biomoniteur, plusieurs espèces des poissons, ont mis en evidence
l’existence de la contamination de certains écosystèmes d’eaux de surface par les ETM.
La rivière N’djili, est l’un des affluents le plus important du fleuve Congo, et constitue
la principale source d’usages domestiques, de baignade, de peche, d’approvisionnement en eau
potable et d’irrigation pour l’agriculture urbaine (Tshibanda et al., 2021). D’après Mwanamoki
et al. (2014 et 2015), ce milieu est pollué par les rejets industriels et hospitaliers non traités, des
eaux usées domestiques, des ruissellements agricoles et des eaux pluviales urbaines, ainsi que
des déchets solides. Bien que la rivière N’djili soit contaminée par les élements traces (Falasi,
2017), il existe très peu d’informations sur le niveau d’accumulation de ces éléménts dans les
organismes d’espèces des poissons de cet écosystème.
Cette situation suscite deux interrogations majeures, notamment celles de savoir si : (1)
Les poissons pêchés dans la rivière N’djili sont contaminés par les éléments traces
métalliques toxiques ? (2) Ces poissons sont-ils propres à la consommation humaine ?
Au regard de ce qui précède, nous estimons que (‘) :
(1) Certains ETM toxiques contenus dans la rivière N’djili s’accumulent dans les
poissons et pourraient atteindre des concentrations supérieures aux seuils tolérables.
(2) Ces poissons commercialisés dans les marchés à proximité de la zone des pêches
seraient impropres à la consommation humaine et constitueraient un problème pour
santé publique.
La présente étude a pour objectif principal d’évaluer le niveau de concentration en
éléments traces métalliques (Cd, Pb, Hg, Cu) contenus dans les muscles de quatre espèces de
poissons à intérêt commercial Parachana insignis, Chiloglanis sp, Clarias gariepinus et
Oréochromis niloticus pêchés dans la rivière N’djili dans la ville de Kinshasa en République
Démocratique du Congo.
Spécifiquement il s’agit de :
Evaluer les paramètres physico-chimiques des eaux de la rivière N’djili précisément à la
station de Ngwele;
Quantifier les teneurs en ETM (Cd, Pb, Hg et Cu) dans les muscles des poissons étudiés
(Parachana insignis, Chiloglanis sp, Clarias gariepinus et Oréochromis niloticus ;
Comparer les valeurs obtenues aux standards fixés.
Cette étude s’inscrit dans une logique d’évaluation des risques toxicologiques et
sanitaires liés à la consommation des produits halieutiques, mais aussi d’informer la population
locale des risques sanitaires liés à la consommation des poissons issus des zones polluées. Les
résultats de cette étude fourniront des nouvelles connaissances sur les teneurs en éléments traces
métalliques chez quatre espèces des poissons à intérêt commercial dans la ville de Kinshasa. Ces
résultats constitueront un argument solide pour la sensibilisation de la population Kinoise aux
risques toxicologiques et sanitaires auxquels elle est exposée.
Ce travail est subdivisé en trois chapitre, hormis l’introduction et la conclusion
accompagnée des quelques perspectives. Le premier chapitre traite de la revue de la littérature
sur les quatre espèces de poissons sous étude ainsi que les ETM étudiés, le deuxième chapitre
porte sur le matériel utilisé et les méthodes mises en œuvre pour collecter et traiter les données
de l’étude et enfin, le troisième chapitre est consacré à la présentation des résultats obtenus et
leur discussion.