Didactique interculturelle en français au Niger
Didactique interculturelle en français au Niger
Unité-Progrès-Justice
UNIVERSITÉ NORBERT ZONGO
ÉCOLE DOCTORALE : LABORATOIRE
D’ACCUEIL :
Lettres, Arts, Laboratoire Interdisciplinaire
Communication, de Didactique des Disciplines
Sciences Humaines (LABIDID).
et Sociales
(ÉD-LACOSHS)
MENTION : Didactique
SPÉCIALITÉ : Didactique du Français
DÉDICACE
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
SOMMAIRE
INTRODUCTION GÉNÉRALE.......................................................................................................1
PREMIERE PARTIE : ASPECTS THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE....................................10
CHAPITRE I : PROBLÉMATIQUE, OBJET DE LA RECHERCHE ET OUTILS CONCEPTUELS. .10
1.1 Problématique de la recherche............................................................................................................10
1.2 Constats, questionnement initial, objet et intérêt de la recherche.......................................................31
CHAPITRE II : REVUE DE LA LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE AUTOUR DE LA LECTURE....57
2.1. Considérations générales sur la lecture..............................................................................................57
2.2 Des outils critiques pour appréhender le texte littéraire......................................................................66
CHAPITRE III : ADOSSEMENT THÉORIQUE, ORIENTATION PÉDAGOGIQUE, DIDACTIQUE
ET MÉTHODOLOGIQUE...........................................................................................................119
3.1 Adossement théorique.......................................................................................................................119
3.2 Orientation pédagogique...................................................................................................................131
DEUXIÈME PARTIE :ASPECTS PRATIQUES DE LA RECHERCHE.........................................183
CHAPITRE IV : PRÉSENTATION DES DONNÉES RECUEILLIES À L’ISSUE DE
L’ENQUÊTE.185
4.1 Présentation des données issues de la consultation des documents officiels....................................186
4.2 Présentation des données quantitatives.............................................................................................199
CHAPITRE V : ANALYSE DES DONNÉES RECUEILLIES ET INTERPRÉTATION DES
RÉSULTATS OBTENUS............................................................................................................251
5.1 Analyse des données et interprétation des résultats issus du programme.........................................251
5.2 Analyse des données et interprétation des résultats issus de la consultation des cahiers de textes
….262
CHAPITRE VI : PROPOSITIONS PRATIQUES POUR AMÉLIORER L’ENSEIGNEMENT DU
FRANÇAIS, OBSTACLES À LA BONNE MARCHE DE L’ÉCOLE NIGÉRIENNE, SUGGESTIONS,
DIFFICULTÉS RENCONTRÉES, LIMITES DE LA RECHERCHE..............................................324
6.1 Propositions didactiques pour améliorer l’enseignement du français...............................................324
6.2 Canevas pour l’étude d’une œuvre intégrale.....................................................................................345
CONCLUSION GÉNÉRALE.......................................................................................................390
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
REMERCIEMENTS
Notre reconnaissance va aussi à l’endroit des membres du jury de cette thèse qui ont
consacré leur temps précieux et ce, malgré leurs multiples occupations, à la lire puis juger.
Nous tenons à remercier tous les participants au séminaire doctoral, membres des
laboratoires LABIDID et LAPAME, pour leurs nombreuses suggestions productives, leur appui
et leur accueil amical.
Nous adressons également nos sincères remerciements et notre reconnaissance à tous ceux qui
ont contribué à notre formation, de l’école primaire à ce stade où nous sommes. Ils nous ont
soutenu et ont toujours cru en nous. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre profonde gratitude.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Nous exprimons aussi notre gratitude à nos anciens élèves du Lycée d’excellence de
Niamey, aux élèves, au corps professoral, au personnel administratif et technique du CSP
Dogney de Kollo, aux enseignants, élèves et encadreurs pédagogiques ayant accepté de
répondre à nos questionnaires pour l’intérêt montré envers notre enquête sans oublier les
personnes qui ont collaboré avec nous pour faciliter les échanges.
Nous remercions les femmes et les hommes rencontrés sur le terrain qui ont partagé leur
vécu et donné à ce travail l'ancrage nécessaire dans la réalité des pratiques enseignantes dans
leurs relations avec les apprentissages, en contexte nigérien.
Last but not least, nous adressons notre gratitude infinie à tous ceux-là qui nous ont
particulièrement et patiemment soutenu dans tous les sens : dans la joie tout comme dans le
chagrin, très proches dans l’esprit même si physiquement lointains pendant toutes ces années
consacrées à la navette entre Kollo et Koudougou. Certains d’entre eux comme Chaibou DAN
INNA, notre professeur de poésie africaine et Louis MILLOGO, celui de sémiotique ou encore
nos trois instituteurs du cycle primaire à savoir : Adamou IDRISSA, Souley KANGUEY et
Mathieu COMBARY. Rappelés à Dieu, ils ne pourront pas lire ce modeste travail, fruit de leurs
efforts.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
AC : Approche Communicative
BM : Banque Mondiale
CP : Conseiller Pédagogique
CP : Cours Préparatoire
DENUDD : Décennie des Nations Unies pour l’éducation en vue du Développement Durable
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
LMD : Licence-Master-Doctorat.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
UE : Unité d’Enseignement
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
RESUMÉ
ABSTRACT
This doctoral research aims to describe, explain and provide understanding of the approach to
teaching and learning methodical reading with regard to the intercultural perspective in the
second cycle, in Niger. This approach reveals the difficulties that teachers and their students
encounter when understanding the literary text. Indeed, classroom observations reveal
approaches that are as numerous as they are disparate during the co-construction of knowledge.
This is how the theoretical part first presents the difficult context of the research and the
conceptual tools, then the theories of reading and its learning to finally lead to the theoretical
support, the research methodology and the data collection tools. As for the practical part, it
brings together, in the fourth chapter of the work, the data collected, presents the analysis and
interpretation of the results in the fifth before exposing, in the sixth and last chapter, practical
didactic proposals with a view to better support for methodical reading in the Nigerien context.
Key words: teaching and learning approach, methodical reading, intercultural approach,
teachers, students, literary text, didactic proposal, Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
INTRODUCTION GÉNÉRALE
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le Niger est un pays de l’Afrique occidentale, situé à cheval entre le Sahara au nord et le
Sahel au sud. Avec une superficie de 1.267.000 km2, c’est le plus vaste pays de la sous-région
occidentale. L’Institut National de la Statistique (INS : 2024), estime sa population à 26 212 034
habitants. Le pays est confronté, à l’instar des autres pays au sud du Sahara, à de sérieux problèmes
de développement et de satisfaction des besoins de la population en matière de services sociaux de
base notamment la santé et l’éducation. C’est justement de cette dernière qu’il est question à travers
ce travail de recherche doctorale. L’éducation constitue indéniablement l’un des secteurs-clés du
développement de base d’un pays. Elle en constitue l’épine dorsale comme en témoignent ces
propos d’Ukeju (1996, p.46) :
Toute nation qui n’investit pas de manière adéquate dans la formation et l’éducation des
enseignants, mais massivement plutôt dans la production d’ingénieurs, de médecins etc. et
dans l’armement, verra que les écoles produiront des hommes médiocres, que les barrages et
ponts s’effondreront souvent, que les routes seront des pièges à mort, que la fourniture en
énergie électrique sera irrégulière, que les hôpitaux tueront plus qu’ils ne soigneront et que la
justice sera contournée et corrompue.
Ce passage montre que l’éducation reste fondamentalement la clé de voûte du développement. C’est
en ce sens que la question d’une éducation de qualité pour tous est devenue une thématique
récurrente dans les grandes rencontres internationales. En ce qui concerne le Niger, plusieurs études
(Modibo : 2009 ; Galy : 2014, etc.) ont montré justement que la qualité des apprentissages s’est
considérablement dégradée au cours de ces trente dernières années. C’est la raison pour laquelle les
années d’après 1990 restent des années de grandes réformes du système éducatif nigérien. La baisse
de niveau croît d’année en année à un rythme inquiétant. En témoigne la concordance des différents
discours alarmistes tenus à propos de l’éducation. Ainsi, dès 2011, le Premier Ministre nigérien,
dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG) du 16 juin, souligne l’inefficacité du système
éducatif nigérien en ces termes : Notre système éducatif est peu performant et ne répond pas aux
besoins sociaux et économiques du pays. Il précise qu’il « est caractérisé par de faibles rendements
internes et externes et une disparité profonde entre zones urbaines et zones rurales et entre garçons
et filles. »
Force est d’admettre que le système éducatif du Niger peine à répondre aux attentes du
peuple et surtout de ceux-là mêmes qui ont pour mission de conduire la destinée du pays : les
hommes politiques. Nombre de chercheurs (Meunier : 2000, Malam Moussa : 2004, Modibo :
2009 ; Galy : 2014, etc.) ont abouti approximativement aux mêmes conclusions. Ils expliquent le
phénomène de l’inefficacité du système par l’avènement du volontariat suivi de la contractualisation
imposés (moyennant financement du système éducatif) par la Banque Mondiale au pays, au début
des années 1990 ; l’insuffisante mise en œuvre des multiples réformes initiées « hâtivement » par
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les différents gouvernements qui se sont succédé ; les modes de recrutement des enseignants ; etc.
Tout cela a eu pour conséquence l’accentuation de la crise de l’enseignement qui a perdu
aujourd’hui toute crédibilité dans ce vaste pays sahélien. L’investissement de l’État a également été
indexé par les chercheurs car il reste dérisoire sur un certain nombre de plans comme l’encadrement
pédagogique, les équipements ou encore les infrastructures. La question d’une éducation de qualité
se pose ainsi avec acuité. Pour atténuer ces multiples difficultés liées à l’inefficacité du système
éducatif, le Ministère des Enseignements Secondaires (MES) du Niger décide de s’engager dans
une réforme de tous les programmes d’enseignement, en 2015. Lorsqu'on parle d'éducation dans un
pays, la question du savoir-lire vient automatiquement à l’esprit. Ce savoir-lire est donc le premier
indicateur pour déterminer le degré d’instruction d’un peuple.
Faut-il le rappeler dans le contexte actuel de la mondialisation, l’on assiste de plus en plus
au développement des moyens de communication, à la mobilité des personnes et des biens, etc. Et,
conséquemment, comme chaque homme porte en lui une ou des culture (s), on assiste de plus en
plus à une rencontre des cultures, surtout dans les grandes agglomérations. Eu égard à ce
phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur, il est nécessaire et urgent de préparer le
« citoyen du monde » afin de lui faciliter sa cohabitation avec l’Autre. Si l’on veut mieux vivre dans
un milieu qui n’est pas le sien, il faut nécessairement avoir des lignes de conduite. Et pour gagner ce
pari, il est indéniable que l’école est le meilleur canal pour véhiculer certaines valeurs. À l’école
aussi, la lecture reste l’activité, la mieux indiquée pour inculquer ces valeurs aux enfants qui ont
pour vocation d’être un jour des hommes complets, consciencieux, utiles à la société. En effet, les
débats sur l’enseignement/apprentissage de la lecture n’ont de cesse d’animer tout le champ de la
didactique du français. La démarche d’exploitation du texte de lecture méthodique n’a jamais connu
une harmonisation chez les enseignants du secondaire nigérien. Elle a toujours été l’objet d’une
remise en question perpétuelle au point qu’on dénombre plusieurs démarches pour enseigner cette
activité. Ces démarches varient selon le contexte, le milieu, le temps ou encore la formation reçue.
La leçon de lecture porte naturellement sur un corpus, c’est-à-dire un ensemble de textes. Et chaque
texte porte en lui l’empreinte d’une langue qui véhicule la culture de la société peinte par l’auteur
du texte. C’est ainsi que la relation entre la langue et la culture va connaître un regain d’intérêt dans
les débats littéraires, pédagogiques et didactiques. À ce propos, Demougin (2008) souligne que la
didactique des langues - cultures (siglée DLC), concept mondialement reconnu, considère la langue
comme un objet d’enseignement et d’apprentissage qui porte en elle une dimension culturelle. Les
textes littéraires servent donc de « médium culturel ». Ainsi, loin de s’exclure, langue et culture
constituent deux volets qui se complètent et s'enrichissent mutuellement. C’est dans cette optique
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
que beaucoup de didacticiens et de chercheurs s’évertuent à trouver la position que devrait occuper
l’approche interculturelle dans l’enseignement/apprentissage de la lecture. Cette dernière constitue
un exercice qui se trouve au carrefour de tous les apprentissages. Il s’agit donc d’une activité qui
offre l’occasion d’appréhender l’ensemble des disciplines littéraires et même scientifiques.
Aujourd’hui, les recherches en sciences de l’éducation tentent de déterminer les procédés, les
techniques et les stratégies à mettre en place dans une démarche interculturelle, en lecture. C’est
cela qui a justement suscité notre intérêt pour la thématique suivante : Didactique de l’interculturel
en cours de français au second cycle au Niger.
On peut se créer quelque part. On arrive là, dans un pays qui devient le nôtre. Il n’y a
besoin de justifier d’une origine ou d’une généalogie. On peut tout aussi bien ne pas avoir
une race définie. Je sais qu’avant il y avait les Blancs et les Noirs, mais maintenant je vois
tellement de métis autour de moi, des gens qui restent mêlés, de toutes espèces de sang, que
je crois la notion d’une race même, unique, est en train de disparaître.
Le professeur de français a pour mission de motiver l'élève de manière à ce qu'il se familiarise
avec la culture étrangère. Il faut donc qu’il le sensibilise pour créer chez lui une véritable
conscience de la diversité culturelle et de l'altérité sans pour autant passer sous silence le volet
linguistique de l’enseignement du français. La finalité est d’aboutir à une « fusion
harmonieuse » des cœurs et des esprits aussi bien dans le contexte scolaire que socioculturel.
Les jeunes Nigériens avant de se lancer dans la vie active ont donc besoin de compétences
culturelles et linguistiques pour mieux vivre dans leur milieu et être en harmonie avec le reste
du monde. Pour ce faire, leur initiation à l’interculturel semble légitime et nécessaire. Le rôle
de la lecture peut se résumer donc en deux objectifs majeurs : l’initiation des élèves à l’étude
scientifique de la langue, la littérature et la civilisation francophones d’un côté et de l’autre, le
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La lecture des textes littéraires permet d’avoir des informations sur la culture étrangère et
de mieux connaître la nôtre. Il est souvent nécessaire d’avoir recours à la civilisation pour
mieux appréhender les textes littéraires ou pour approfondir certaines informations
transmises par ceux-ci. Cela permet de mieux percevoir l’Autre et de mieux le comprendre.
La compréhension et la perception de soi et de l’Autre, à travers la littérature, peuvent être
liées à la compréhension et à la compétence en interprétation des textes littéraires.
Ce passage reflète l’intérêt des textes littéraires dans la formation du citoyen afin qu’il puisse
vivre en parfaite harmonie avec son milieu de vie. C’est dans cette perspective que la
didactique des langues-cultures s’est retrouvée au cœur des débats didactiques. Les Nouveaux
programmes de l’enseignement du français au Niger (2015) s’inscrivent ainsi dans cette
dynamique de globalisation. Pour ce faire, l’on a assisté à l’introduction, dans le programme de
français, d’un certain nombre de concepts qui semblent être nouveaux pour les professeurs,
qu’ils soient chevronnés ou néophytes. Il s’agit de concepts tels que : décloisonnement, lecture
méthodique, groupement de textes, séquence didactique, transposition didactique, langues-
cultures, contrat didactique, etc. Ces concepts sont récurrents dans le discours de la formation
initiale et continue. L’engouement pour la didactique du français en général et celle de la
lecture méthodique en particulier a pour but de chercher les voies et moyens pouvant permettre
de faciliter la tâche du professeur et l’apprentissage des élèves. Le relativisme culturel et la
mondialisation vont relancer le débat sur la place de l’interculturel dans l’enseignement du
français. La langue est à la fois la productrice et le produit d’une culture. Quelques années
auparavant, le goût pour la culture de « l'Autre » n’a jamais suscité un quelconque intérêt dans
les programmes du français, langue seconde. Mais, la réaction de certains professeurs de
français n’a pas tardé à venir. Ils vont se montrer réticents vis-à-vis de l’approche
interculturelle qu’ils considèrent comme une innovation inutile, inefficace et contraignante. En
outre, il convient d’ajouter que tout comme la démarche de l’enseignement de la lecture, les
manuels utilisés par le corps professoral diffèrent d’un enseignant à un autre compte tenu d’un
certain nombre de facteurs dont le principal est l’absence de manuels propres conçus par/ou
pour le Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Nombreuses études (Moussa : 2017 ; Rabba : 2021...) ont montré que le scolaire
nigérien lit de moins en moins. Ce désintérêt des jeunes scolaires pour la lecture s’est surtout
accru ces dernières années avec ce qu’on peut appeler la concurrence des Nouvelles
technologies auxquelles les Jeunes accordent plus de temps qu’aux travaux de classe qu’ils
trouvent ennuyeux. D’autres études menées par Modibo (2009) ; le Ministère des
Enseignements Secondaires (2017) ; etc. expliquent le phénomène par le manque de vocation
des enseignants eux-mêmes, leur incapacité à motiver les élèves, à leur donner le goût pour la
lecture, l’amour du travail bien fait ou encore la fierté de l’œuvre réussie. En effet, la maîtrise
d'une langue étrangère ne signifie pas forcément connaître systématiquement les stratégies de
transmission du savoir à des élèves. Ainsi, nombre de professeurs de langue étrangère ou
seconde ne disposent pas des compétences nécessaires pour faire une bonne approche des
textes dans l’intérêt du plus grand nombre de leurs élèves.
La lecture littéraire entraîne naturellement l’élève dans un processus de créativité qui lui
demande un effort intellectuel. Sa tâche est d’apprendre à interpréter le texte tandis que celle du
professeur consiste à lui enseigner les techniques pour mieux l’appréhender, à lui offrir des
stratégies gagnantes. Cette recherche doctorale prend donc en charge la question de
l'interculturalité au secondaire, en portant un regard particulier sur l’implication de l'élève dans
le processus d'apprentissage. Pour atteindre cet objectif, l’étude s’appuie sur une diversification
des outils de recherche notamment l’analyse documentaire, les questionnaires, les entretiens et
les observations de classe. Pour l’essentiel, elle se focalise sur la lecture méthodique. Cela
permet de comprendre en profondeur la place de la démarche interculturelle dans les pratiques
enseignantes, en contexte nigérien. En tout état de cause, le regain d’intérêt que connaît la
revalorisation de la culture avec la réforme de 2015 peut être perçue comme l’indice d’une
éducation de qualité.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’intérêt scientifique du travail sera présenté dans le deuxième chapitre qui expose ainsi
la revue de la littérature en ayant recours naturellement aux travaux de nombreux chercheurs
ayant travaillé dans le domaine de la littérature : écrivains et critiques littéraires. Ce volet
théorique, présenté singulièrement dans ce chapitre, a pour but de refléter à la fois les apports
de la recherche dans le domaine de l’analyse et celui de l’interprétation des textes littéraires.
Cette démarche vise à donner des éclairages différents et complémentaires (approche
sémiotique, linguistique, démarche interculturelle…) sur l’appréhension des textes faite par les
professeurs et leurs élèves d’une part et de l’autre, à faciliter la description des leçons de lecture
méthodique observées dans les classes du second cycle, in situ. Un accent particulier est mis
sur l’approche interculturelle des textes littéraires.
Dans la deuxième partie du travail, le quatrième chapitre met au point les différents
résultats recueillis à l’aide des différents outils de recherche qui ont permis : l’exploitation du
programme de français et des cahiers de textes, l’administration des questionnaires adressés
aux professeurs et à leurs élèves, les observations de classe et les entrevues. Le cinquième
chapitre, laisse apparaître l’analyse suivie de l’interprétation des données présentées dans le
chapitre précédent. Ainsi, sont mises en lumière les forces et les limites du programme, les
démarches de la lecture méthodique que reflètent les cahiers de textes, les « pratiques
déclarées » et les « pratiques constatées ». L’étude ne perd pas de vue la critique des prescrits
ou contenus d’enseignement préconisés par le Nouveau programme et les manuels
d’enseignement avant de procéder à la vérification des hypothèses de recherche.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
[...] En Afrique, il faut faire face à la carence des uns et des autres : trop peu de
classes, trop peu d’enseignants compétents, trop peu de moyens en manuels et en
instruments didactiques et, en proportion inverse face à cette insuffisance des
infrastructures, trop d’élèves dans des classes surchargées, trop de méthodes
expérimentales, trop de déperditions des effectifs, trop d’abandons et d’échecs
scolaires.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La question de l’éducation a toujours été une préoccupation chez tous les décideurs politiques
même si les politiques éducatives, elles, varient d’un pays à un autre.
La fin du XXe siècle et le début du troisième millénaire ont surtout été marqués par de
grandes rencontres internationales portant sur l’amélioration des systèmes éducatifs : Forum de
Dakar (UNESCO : 2000) ; Les Objectifs du Développement durable (2015...). Tous les
chercheurs s’accordent à dire que les façons d’apprendre, dans ce nouveau millénaire doivent
être adaptées au contexte de la mondialisation. C’est ainsi que l’accès à l’école et les résultats
de l’apprentissage deviennent une préoccupation mondiale. Les chercheurs ont mis en exergue
la mobilité des personnes dans un monde devenu un « village planétaire », l’avancée rapide des
nouvelles technologies…en un mot l’épineuse question que pose la « globalisation ». En vertu
de tout ce qui précède, un changement dans les façons d’enseigner et d’apprendre s’impose à
toutes les nations. À ce sujet, Legardez et al. (2006) proposent l’enseignement des « questions
vives » à l’école. Mais, le plus souvent, ce sont des questions controverses ou d’actualité que
l’on retrouve dans les médias. Pour parvenir à un changement notable, il faut revoir aussi, en
dehors des contenus d’enseignement, la relation enseignant-enseignés. Ainsi, l’enseignant doit-
il passer de son rôle de « contrôleur à celui de facilitateur ». Dans la même optique, Lami
(2009) estime qu’aucune pédagogie ne peut se soustraire, à l'ère de la mondialisation et du
contact de la diversité culturelle, à l’enseignement de la compétence culturelle. C’est justement
dans cette optique que plusieurs conférences internationales se sont tenues dans l’espoir de
contribuer à l’amélioration de la qualité de l’éducation. À l’échelon continental, on peut citer
ces rencontres en fin de vingtième siècle avec pour toile de fond la question de la langue : la
Conférence d’Accra au Ghana (1996) qui a mis l‘accent sur les problèmes d’utilisation des
langues nationales africaines dans l’éducation, celle de Labé en Guinée-Conakry (1997), elle,
s’est penchée sur la promotion de la scolarisation des filles en Afrique. Quant à l’Académie
Africaine des Langues (ACALAN), elle voit le jour en 2001 et elle a aussi pour vocation la
promotion des langues. On peut citer également des grandes conférences mondiales dont la
scolarisation universelle primaire (Jomtien : 1990) ; le Forum Mondial sur l’Éducation Pour
Tous (EPT : 2000-2015), la Décennie des Nations Unies pour l’Alphabétisation (DNUA :
2003-2012), la Décennie des Nations Unies pour l’éducation en vue du Développement
Durable (DENUDD : 2005- 2014), les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD :
2015). La liste est loin d’être exhaustive. Comme on le constate, nombreux sont les conférences
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
et les séminaires relatifs à l’éducation qui se sont tenus dans plusieurs pays sous l’égide des
organismes internationaux tels que l’Union Africaine (U.A), l’Organisation des Nations Unies
(ONU) ou encore des organismes comme l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation, la
Science et la Culture (UNESCO). La question de l’éducation connait ainsi un regain d’intérêt
au 21e siècle. Au regard des conclusions de toutes ces rencontres, l’on s’aperçoit que tous les
systèmes éducatifs sont perfectibles. Par conséquent, l’on assiste à un pullulement de réformes
des programmes d’enseignement (Bénin : 2009 ; Mali : 2012 ; France 2012 ; Niger :2015 ; etc.)
et de discours officiels, le plus souvent alarmistes, dans tous les pays avec la langue-culture
comme toile de fond des enseignements-apprentissages. Dans le domaine pédagogique par
exemple, les auteurs des curricula estiment que les élèves doivent être initiés au « vivre
ensemble ». C’est dans cette perspective que s’inscrivent aussi les auteurs du Cadre Européen
Commun de Référence pour les Langues (CECRL : 2001). Ils introduisent deux compétences
spécifiques dans les textes : l’une langagière (la compétence multilingue), et l’autre culturelle
(la compétence pluriculturelle), auxquelles vient se greffer la médiation, une nouvelle activité à
la fois langagière et culturelle spécifique. Cela va contribuer à donner un regain d’intérêt à
l’enseignement de la lecture notamment dans une perspective interculturelle. Cette dernière
prend appui sur le respect mutuel entre les individus, la tolérance, l'ouverture et l'acceptation
des cultures propres à chacun. La problématique interculturelle va ainsi occuper une place
centrale dans le champ de la pédagogie. Chaque professeur, quelle que soit la matière
enseignée, joue aussi le rôle d’un « passeur culturel ».
Suivant Catroux (2009), c’est dans le souci de s’adapter aux besoins du moment,
dominés par la question des migrations et des échanges commerciaux que le Conseil de
l’Europe, par le biais du CECRL (2001) recommande, avec insistance, les mérites d’une
compétence à la fois plurilingue et pluriculturelle. Il privilégie ainsi l’enseignement des langues
et des cultures : il faut être compétent pour communiquer langagièrement et interagir
culturellement avec un acteur multilingue et multiculturel. Ces attentes conduisent les acteurs
des différents systèmes éducatifs à s'interroger sur les éventuels changements devant intervenir
dans la didactique des langues-cultures. Or, le meilleur canal pour opérer ce changement est
bien sûr l'enseignement-apprentissage des langues étrangères à l’école. Il s’agit donc du
français qui devient une langue seconde dans le monde francophone situé au sud du Sahara.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
On remarque ici une mise en exergue de l’intérêt d’une coopération entre les individus,
l’ouverture au monde et à l’Autre afin de vivre en parfaite cohésion dans la société. L’altérité
est ainsi perçue comme cette chance culturelle qui permet aux hommes de dominer leur
passion, leur instinct. Et l’école devient à ce titre le canal privilégier pour former des hommes
consciencieux capables de conduire la société vers la prospérité et le bonheur.
Suivant Encarta (2009), le Sahel est cette région d'Afrique qui constitue la zone de
transition entre la partie aride du Sahara au nord et les régions tropicales plus humides au sud.
Le Niger appartient à cette zone géographique et sert ainsi de carrefour entre le Maghreb et
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’Afrique au sud du Sahara. Dans le contexte actuel, les pays du Sahel souffrent de l’insécurité
résiduelle. Pour ce qui concerne l’éducation dans cette zone, bien avant cette crise sécuritaire,
l’UNESCO (2007) a appuyé sur la sonnette d’alarme avec un rapport très accablant dans ces
pays. L’organisme international précise que les systèmes éducatifs des pays comme le Mali, le
Burkina Faso, le Niger, le Sénégal et la Guinée se caractérisent par une efficacité faible à
l’interne parce que trop sélective et à l’externe à cause des inadéquations formation-emploi. Au
demeurant, précise L’UNESCO, les programmes sont non seulement « inadaptés » et
« déracinants » mais mieux ils ne sont point accessibles à tous. On y observe également un
manque de congruence entre la formation initiale et la formation continue auxquelles s’ajoutent
un faible taux de promotion, de forts taux de redoublement, d’abandons et d’exclusions aux
différents niveaux du cycle. En somme, l’UNESCO arrive à la conclusion que ces systèmes
sont tout simplement « budgétivores ». Devenant plus critique, l’organisme onusien rappelle
aussi clairement que le Sahel ne s’en sortira pas en perpétuant des systèmes de formation des
enseignants hérités de la colonisation. Un changement s’impose donc à tous les États. Pour ce
faire, elle propose que les langues maternelles des enfants africains et les stratégies de
formation du personnel enseignant soient prises en compte. L’on assiste ainsi à des tentatives,
le plus souvent timides, d’introduction des langues africaines, dans les systèmes
d’enseignement où le français est la langue officielle. Cela constitue une lueur d’espoir afin de
voir émerger une autre Afrique. Mais, tant que cela ne se concrétise pas, les décrets et autres
beaux discours politiques seront sans lendemain. Par ailleurs, l’UNESCO ([Link].) estime que
les pays du Sahel ont besoin d’une politique de langues d’enseignement adéquates et ce, dans
une perspective multilingue car la cohabitation est bien possible entre langues nationales
africaines servant de langue d’instruction et langues européennes. Cela nécessite
conséquemment une réforme des programmes de formation des enseignants, en tenant compte
de la culture des élèves et de l’utilisation des technologies de l’information et de la
communication (TIC).
Mais, avec les conflits armés au Sahel (dans la zone des trois frontières : le Gourma
situé entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger), ce rêve semble devenir une chimère en ce
début de siècle et ce, malgré l’effort qui est en train d’être fourni par des jeunes chercheurs
sahéliens qui préconisent la culture de la tolérance, le respect de l’Autre et le combat contre le
racisme et l’ethnocentrisme, des valeurs somme toute favorable à un « mieux vivre ensemble ».
15
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
terroristes devenues monnaies courantes. La cohabitation entre les communautés a pris une
allure conflictuelle avec des assassinats tous les jours. Nous pouvons présager qu’une éducation
des jeunes scolaires à l’interculturel pourrait éviter, à l’avenir, ces innombrables bains de sang
auxquels l’on assiste au quotidien. Cela a motivé une nouvelle génération de chercheurs
sahéliens qui s’intéressent désormais aux questions d’interculturalité. On peut citer entre
autres : André-Marie Manga au Cameroun, Jean Claude Bationo au Burkina Faso, Aissata
Kindo au Niger, etc. Les troubles occasionnés par les luttes intestines enlisent les pays du Sahel
dans l’inertie et la psychose. Eu égard à cela, une somme importante des budgets est consacrée
au volet sécuritaire, somme qui pourrait être utilisée pour développer des secteurs-clés comme
l’éducation ou la santé.
Évoquant l’importance de l’éducation dans une société, Ki-Zerbo (1992) estime qu’un
peuple n’a le choix qu’entre deux options qui s’offrent à lui : l’éducation ou le péril. Cela
prouve, si besoin est, que le développement d’une nation est tributaire de la qualité de
l’éducation qu’elle offre à ses enfants. Collinot et Mazière (1999) partagent entièrement ce
point de vue de l’historien burkinabé sur l’éducation. Ils y voient à la fois un enjeu politique,
économique et culturel. Cela rend la question de l’éducation beaucoup plus complexe. Pour ne
pas tomber dans le piège de l’illusion, l’étude aborde brièvement dans cette partie les réalités
sociopolitiques et économiques du Niger au cours de ces trente dernières années avant
d’évoquer la question de l’éducation à proprement parler.
sécuritaire très critique, près de 49 282 élèves de 583 établissements scolaires (primaire et
collège) ne vont plus à l’école dans la région de Tillabéri (Rapport DREN : 2022). À Diffa
également, à l’est du pays (à 1500 km de Tillabéri), plusieurs écoles sont temporairement
fermées. Nul besoin de rappeler qu’à l’instar des autres États du Sahel où règne l’insécurité,
l’économie du Niger est également menacée. Les défis à relever deviennent ainsi de plus en
plus nombreux et énormes.
C’est le gouvernement qui décide des politiques éducatives à adopter. Ainsi, la LOSEN
(Loi d’Orientation du Système Éducatif nigérien :1998), dans son article 12, dispose : La
politique éducative nigérienne a pour finalité l'édification d'un système d'éducation capable de
mieux valoriser les ressources humaines en vue d'un développement économique, social et
culturel harmonieux du pays. Et, pour améliorer les enseignements-apprentissages, le pays s’est
engagé à souscrire à de nombreux accords sur le plan international. Galy (2014) rappelle que
pendant près d’un quart de siècle (1990 -2014), le Niger a entrepris de multiples réformes avec
l’appui de la Banque Mondiale et ce, dans le cadre d’une série de cinq (5) programmes
d’ajustement structurel (PAS). L’une des conséquences sociales est la limitation de la masse
salariale de la Fonction publique. Avec les restrictions du recrutement des fonctionnaires
titulaires et le recours au système de contrat initié depuis 1998, ce sont surtout les hommes de
lettres que le phénomène a beaucoup touchés. Halté (1992) le préconisait déjà et ne cache pas
son désarroi face à la situation car, dira-t-il, la langue française est accusée d’être responsable
de tous les maux. C’est « l’homme de science » qui est dressé contre son frère, défenseur des
Humanités. Cela a eu des conséquences désastreuses sur l’éducation car aujourd’hui tout le
monde s’accorde à dire que le niveau des élèves baisse considérablement des aînés aux cadets.
À ce sujet, l’UNESCO (2007) souligne que les refontes des systèmes éducatifs initiées
s’inscrivent dans une dynamique sous régionale amorcée par les Perspectives de Ségou au
Mali, en 1995. Ces perspectives avaient pour ambition de créer un cadre propice à
l’harmonisation des points de vue et trouver des solutions idoines aux problèmes communs
identifiés dans la sous-région. En effet, les Perspectives de Ségou se sont focalisées sur un
certain nombre de questions dont entre autres : « Comment disposer d’enseignants en nombre
suffisant et de qualité et comment assurer leurs prises en charge ? ». C’est dans ce contexte que
le Niger initia le système de volontariat dans l’éducation en octobre 1998. Là, également, Galy
(2014) remarque que les droits et les devoirs des volontaires engagés en 1998 n’ont pas été
discutés au préalable, comme dans tout contrat, par les instances juridiques compétentes en la
17
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
matière. La gestion des volontaires devient par la suite problématique car ils refusent d’obéir à
leurs supérieurs hiérarchiques. Dès lors, il est difficile d’espérer des bons résultats dans de
telles circonstances. Mais, dès 2003, au bout seulement de cinq ans d’expérience, le volontariat
va céder le pas à la contractualisation suite à un décret ministériel (Décret
2003-234/PRN/MESSRT/MEBA du 26 septembre2003).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
formation des enseignants qui est l’un des facteurs explicatifs de ces contreperformances du
système éducatif nigérien.
Cette évaluation des professeurs du second cycle fait suite à une enquête réalisée par le
MES (2015-2016) qui montre aussi que seuls 7,44% des professeurs du secondaire ont le profil
requis (formation académique de la discipline accompagnée d’une formation pédagogique)
pour tenir les classes du niveau secondaire, 40% ont une formation dans la discipline mais sans
initiation pédagogique et enfin, 17% ont une formation dans une discipline apparentée sans
formation pédagogique. C’est ce qui est, estime-t-on, à la base des mauvais résultats réalisés à
l’issue des examens de fin d’année. En effet, lors des examens du BAC (session de 2020),
rappelle-t-on, sur 72.763 candidats inscrits, ils sont seulement 8.385 filles et 15.974 garçons qui
ont pu obtenir leurs parchemins, soit un taux global de réussite de 33,76%. Ce taux est revu à la
baisse à l’issue des épreuves du second groupe.
En outre, il convient de préciser que la population du Niger est d’une structure jeune
dont la conséquence est l’accroissement des effectifs de l’enseignement des premier et second
degrés. L’explosion de ces effectifs a mis en évidence l’inadéquation entre la demande très
forte à l’éducation et les moyens de l’État. L’on assiste alors à des changements notoires dans
la relation pédagogique : enseignement en double flux, classes multigrades, pédagogies des
grands groupes, volontariat, contractualisation, réformes curriculaires, etc. Par conséquent, la
scolarisation va coûter très chère à l’État. À titre indicatif, le budget du MEN « avalait » près de
25% du budget national, dit-on, dans les discours politiques même si la société civile avance le
chiffre de moins de 20%. Les besoins en éducation entraînent de trop lourdes charges tant pour
l’État, les familles que les collectivités.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Seront recrutés dorénavant au compte du MEP (MEN) seulement les Élèves-maîtres diplômés
des Écoles Normales d’Instituteurs (ENI). C’est dans cette optique que le nombre des ENI,
toutes publiques, est passé de quatre (4) à huit (8) puis à onze (11) à l’heure où se déroule la
recherche. La qualité de la formation initiale fera l’objet d’une attention particulière pour
permettre aux sortants des ENI de maîtriser les compétences nécessaires à l’exercice de «
notre beau métier ». En primaire, par exemple, les élèves bénéficient désormais d’un « passage
automatique » entre deux niveaux d’enseignement.
La massification des enseignements secondaires s’explique, elle, non pas par la qualité
de l’enseignement reçu par les élèves venant du primaire mais plutôt par la suppression du
Certificat de fin d’études du premier degré (CFEPD). Le choix des épreuves pour évaluer les
élèves du Cours moyen deuxième année (CM2), depuis juin 2015, relève d’une proposition du
Ministère de l’Enseignement primaire. Mais l’instituteur a, pour autant, le privilège d’évaluer
lui-même ses propres élèves et dans sa classe habituelle. Pour ce qui est du collège, après les
épreuves du Brevet d’Étude du Premier Cycle (BEPC), il revient au Ministère des
Enseignements Secondaires (MES) de déterminer la moyenne à laquelle le candidat, tombé au
second groupe, pourrait être repêché. Cette moyenne est tributaire des résultats globaux, à
l’échelon national. Depuis quelques années, les candidats admis au second groupe ne
connaissent plus d’échec lors des épreuves orales devenues elles-mêmes écrites pour, dit-on,
éviter la « corruption des examinateurs » par les candidats. Une note de service, accompagnant
les épreuves du second groupe, précise à ce sujet que « seuls les absents lors du déroulement
des épreuves du second groupe pourraient être refusés.
20
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
enfants. Il s’agit entre autres de la fameuse Loi d’Orientation du Système Éducatif Nigérien
(1998), du Programme Décennal de Développement de l'Éducation (PDDE : 2002-2012), etc.
Toutes ces institutions exercent des fonctions éducatives et transmettent des savoirs, selon des
modes qui leur sont propres. L’on sait que l’école dispense des savoirs qu’elle ne produit pas en
totalité. Elle les emprunte naturellement aux autres institutions et les accommode à ses besoins
de façon à ce qu’elles puissent être enseignées : c’est la transposition didactique. Elle
n’emprunte pas tous les savoirs ni ne les enseigne à tout le monde. Cela relève en partie du
débat politique sur les finalités éducatives. Sont donc enseignés les savoirs savants scientifiques
ou techniques dont le statut est généralement garanti par l’Université. Il s’agit des savoirs dits
de base dont le français est l’un des plus importants. La notion de scolarisation du savoir
renvoie à l’ensemble de la question du passage des savoirs de référence aux savoirs scolaires.
21
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’amener celui-ci à la maîtrise écrite et orale d’une langue standard à savoir la langue française
véhicule de la culture française. De nombreuses voix autorisées s’élèvent pour condamner ce
statut de la langue française en Afrique. Selon Ngalasso (1984, p.3), par exemple, le principal
obstacle à une didactique intégrée des langues nationales est le préjugé qui identifie « les
langues africaines à la sous-culture, voire à la non-culture ». Il soutient que c’est ce qui
explique grandement « l’attitude sinon hostile, du moins réservée des dirigeants politiques
africains d’hier comme d’aujourd’hui vis-à-vis des langues et littératures locales ». Loin de
constituer un facteur d’unité nationale, les langues africaines sont, à cause de leur grand
nombre, un facteur de division. Elles font obstacle à l’unité nationale. C’est d’ailleurs là,
l’origine de l’absence de motivation chez les apprenants, pour les langues et les littératures qui
sont dominantes dans la vie de tous les jours mais qui n’apportent ni le prestige, ni la promotion
sociale, encore moins le pouvoir ou le savoir.
Pour revenir à l’enseignement du français à l’école, Pescheux (2007) fait remarquer que
la recherche en didactique du français a besoin de mettre en relation les hypothèses externes
(constat de terrain) et les hypothèses internes (théories linguistiques) au sujet de la langue en
tant qu’objet d’enseignement. L’autrice soutient qu’analyser une pratique enseignante en
français Langue Seconde (FLS) renverra à la question de la relation et de l’écart entre « ce qui
était planifié » (tâche prescrite par l’institution, la méthode, le manuel ou encore par
l’enseignant lui-même par anticipation), et l’activité, avec les ajustements réciproques entre
apprenants et enseignant lors de l’interaction didactique. Le prescrit est ce qui est programmé
du point de vue pédagogique. Le travail enseignant est soumis ainsi à des préoccupations
complexes et dynamiques dont on peut tenter de comprendre la cohérence entre ce qui est au
programme et ce qui est constaté sur le terrain. C’est pourquoi, il est utile que l’enseignant en
formation fasse des visites de terrain, ne serait-ce que des stages d’imprégnation qui lui offrent
l’occasion de voir les difficultés auxquelles les enseignants et leurs élèves sont confrontés et
surtout comment ils les résolvent. C’est aussi l’occasion pour lui de trouver les réponses à
certaines questions qu’il se pose souvent. L’on est alors en droit de chercher à connaître le
profil du professeur de français au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Après quelques années de mise application du PDDE, les rapports d’évaluation ont abouti à la
conclusion que le système nigérien était jusque-là peu performant. Une autre alternative s’offre
à l’État du Niger en 2013. Il s’agissait de mettre en place le Programme Sectoriel de
l’Éducation et de la Formation (PSEF). Suivant un rapport du PSEF (2013), le taux brut de
préscolarisation est de 6,4 % en 2012. Un quart des effectifs est dans le privé et 76% des élèves
sont en milieu urbain, qui ne compte pourtant qu’environ 20% de la population du pays. Le
taux brut de scolarisation (TBS) au niveau primaire est de 79,2% en 2012 ; le taux
d’achèvement du cycle est de 55,8%. Suivant les statistiques du MEN (2021-2022), au second
cycle du secondaire le TBS est passé de 10,70 % à la rentrée 2020-2021 à 09,76 à la rentrée
2021-2022, et le taux d’achèvement est de 08,59 %. Tout laisse à entrevoir que la qualité de
l’éducation au Niger est très peu satisfaisante. Aussi, l’évaluation conduite par le projet
SMASSE-Niger (2010) a révélé que 86 % des élèves n’obtiennent pas la référence moyenne au
test de mathématiques et de sciences. En Français, aucun élève n’a atteint le seuil de maîtrise
souhaité (75 items sur 100) et seuls 1,4% d’élèves ont atteint le score de 50 sur 100. Au second
cycle du secondaire, le taux brut de scolarisation est d’environ 4% comparativement à une
moyenne de 14% dans la sous-région. Le taux d’achèvement de ce cycle se situe à 2,9 % en
2011. La couverture de l’enseignement supérieur au Niger est estimée à 135 étudiants pour 100
000 habitants en 2010 ; elle est l’une des plus faibles parmi les pays à faible revenu d’Afrique
subsaharienne. Par ailleurs, les résultats de l’évaluation internationale (PASEC : 2014) ont fait
ressortir le faible niveau des acquis des élèves nigériens. Selon les résultats de cette enquête, en
début de cycle, 90,2% des élèves sont en dessous du seuil « suffisant » en langue et 72,2% en
dessous du seuil « suffisant » en mathématiques. En fin de cycle, 91,5% des élèves sont en
dessous du seuil « suffisant » en lecture et 92,3% sont en dessous du seuil « suffisant » en
mathématiques. Or, l’avenir d’un pays dépend forcément de la qualité de l’éducation offerte
aux enfants. C’est en ce sens que Guichard (1993) souligne que l’institution scolaire est un lieu
privilégié d’apprentissage de la tâche « choisir pour son avenir ». Cet auteur met en exergue le
rôle de l’expérience scolaire dans la détermination des projets d’avenir des adolescents. Au
regard de tout ce qui précède, l’on remarque que le système éducatif nigérien fait face à un
problème de qualité et d’adaptation des formations au marché de travail. Selon Super (1964), la
carrière professionnelle d’un individu est déterminée par un ensemble de facteurs dont le
niveau socio-économique de ses parents, ses aptitudes mentales, son éducation, ses habiletés,
ses caractéristiques personnelles, les opportunités qui s’offrent à lui et enfin sa maturité
vocationnelle. (Cité par Guichard et Huteau : 2001).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
24
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
proposa des programmes qui seront adoptés cinq ans plus tard à Tananarive en 1972, par la
CONFEMEN. Ces programmes mettent l’accent sur l’enracinement dans la culture africaine,
l’ouverture au monde sans pour autant perdre de vue les problèmes d’expression, de niveau de
langue, etc. Ainsi, chaque État africain avait le choix de l’adapter en fonction de ses besoins, de
son contexte national. Les États ajoutent ou retranchent chaque année des objets d’étude en vue
de mieux adapter le programme aux réalités du milieu. Mais malheureusement, les
commissions nationales sont le plus souvent dominées par des coopérants français, gardiens de
leur langue et de leur culture. Ignorant presque tout, des richesses de la littérature africaine, ils
ont mené contre l’enseignement de la culture africaine par sa littérature qui la reflète un combat
qu’on peut appeler « d’arrière-garde ».
25
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
lieu de procéder à ladite évaluation, l’on a assisté en 2009 à une troisième réforme dite de
« SIDIKOU », du nom du ministre chargé de l’Enseignement supérieur et secondaire de
l’époque qui est l’initiateur. Comme la France sert toujours de modèle à ses anciennes colonies
en matière d’éducation, des enseignants n’ont pu s’empêcher, sur les media (Bonferey F.M,
TENERE F.M, etc.), de faire le lien entre le Programme Sidikou et les Priorités de Xavier
Darcos (2008-2009) intervenues en France. Mais à la différence du ministre nigérien, Darcos
déclinait ses objectifs en se montrant plus modeste et humble vis-à-vis des Français : « Je
n'entends pas lancer une énième réforme qui porterait mon nom… plutôt procéder par touches
successives, nettoyer les programmes, les améliorer au mieux, laisser aux enseignants toute
liberté pédagogique, mais en fixant des objectifs clairs ». L’on peut alors se demander si cette
réforme du programme nigérien n’est pas une simple imitation de l’ex-puissance coloniale,
modèle par excellence de ses ex-colonies. Dans les faits, la réforme de Sidikou était une
« simple réformette », ironisent les acteurs de l’enseignement. En effet, ne répondant toujours
pas à l’attente des Nigériens, on va assister dès 2015 à la Relecture des Nouveaux Programmes
d’enseignement, validée en avril 2017. Peut-être par modestie, ses concepteurs refusent de
l’appeler reforme en parlant plutôt de « Relecture » du programme de 2009 qui n’a duré que six
ans avant de céder la place au Programme Sidikou.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
toujours pas à faire des choix judicieux en matière de didactique du français. De toutes les
questions qui interpellent, avec acuité l’État du Niger, les parents, les enseignants tout comme
les élèves, celle qui nous semble la plus urgente porte particulièrement sur l’enseignement-
apprentissage de la lecture dans le nouveau programme de français avec les attentes de
compétences tant du point de vue linguistique, communicationnelle que culturelle chez les
élèves du second cycle. On peut donc conclure que le contexte scolaire nigérien actuel évolue
au rythme de légers ajustements curriculaires, pédagogiques et didactiques présentés par les
instances du MES (MEN) comme la solution à l’échec du rendement scolaire tant en français
que dans les autres disciplines d’enseignement. Mais la langue française a-t-elle réellement une
fonction utilitaire au Niger ?
À l’instar des autres pays de la sous-région, au Niger, les professeurs de français n’ont pas le
même profil. Ils proviennent de différentes formations universitaires.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le programme de formation est étalé sur une période de trois ans minimum, dans le but
d’obtenir une licence ès-lettres. Cette formation est essentiellement théorique. En d’autres
termes, les étudiants s’imprègnent rarement de la situation sur le terrain en dehors de quelques
stages d’observation qui ont lieu exclusivement dans le chef-lieu de région. Par contre, la
formation des professeurs certifiés (capésiens) qui a lieu exclusivement à l’ENS répond bien au
souci d'allier les connaissances disciplinaires aux méthodes et pratiques d'enseignement. Elle
comprend une phase théorique à l’ENS et une phase pratique dans les établissements scolaires
du second cycle sous la tutelle d’un capésien qui enseigne déjà en lycée. Ce stage est
sanctionné par une note chiffrée et confidentielle délivrée par le maître de stage. Quant au
contenu de la formation, il est articulé autour des différentes activités de la discipline français
(lycée et collège) : la lecture méthodique, l’histoire littéraire, la pratique des textes, les
exercices du bac, etc. Ils ont également recours à d’autres disciplines connexes telles que la
psychopédagogie, la psychologie des adolescents, les Techniques de l’Information et de la
Communication en Enseignement (TICE), les techniques de communication et d’expression
écrite et orale (TEEO), la sociologie de l’éducation, la méthodologie de la recherche, la
législation scolaire, etc. Les notions littéraires enseignées recouvrent aussi bien les savoirs
savants que les savoirs enseignables. La filière qui forme les professeurs de CEG a été retirée
du système en 2017 dans le but de se conformer au système LMD. Mais cette filière a rebondi
au niveau de la FSE de l’Université Djibo Hamani de Tahoua qui forme désormais des
professeurs de CEG (Sciences et littérature). Les programmes de formation des FSE sont les
mêmes que ceux de l’ENS à la seule différence qu’elles ne forment pas de capésiens encore
moins d’inspecteurs.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
appelés du service civique national. Il s’agit donc d’enseignants issus d’un environnement
géographique (arrondissement communal ou département) donné qui se retrouvent pour
partager leurs expériences. Ils sont regroupés, dans un système de zonage, en pôles
pédagogiques. Les discussions tournent autour de thèmes pédagogiques préparés à l'avance
sous la responsabilité d’un chef d’Unité pédagogique littéraire (UPL). L’UPL d’une école
donnée désigne un professeur pour rapporter le travail fait en commun. Cette présentation est
suivie d’autocritique et de critique émanant des collègues sous la supervision des conseillers
pédagogiques ou des inspecteurs. À la fin, le travail amendé va servir de leçon modèle pour
tous les enseignants de ladite entité administrative dans le but d’harmoniser leurs pratiques.
Souvent, le thème est préparé par un conseiller pédagogique qui présente son travail au public à
l’aide d’un vidéoprojecteur. La présentation est suivie de questions-réponses et des
contributions diverses pour l’enrichir. Il s’agit, en divers, d’une occasion pour échanger sur les
problèmes rencontrés par les uns et les autres dans leurs pratiques quotidiennes. Mais les
formations certificatives destinées aux enseignants contractuels, sans formation pédagogique
initiale, ont lieu généralement pendant les vacances scolaires. Elles sont surtout l’œuvre des
ONG et autres partenaires et très rarement de l’État du Niger. Les structures de la formation
continue au secondaire sont les suivantes :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
(ASCN). C’est au cours de l’UPL que sont élaborées les progressions (hebdomadaires,
mensuelles, trimestrielles ou semestrielles), les sujets des devoirs communs pour chaque
niveau, les fiches de préparation, le choix des textes, etc. Ce cadre offre également aux jeunes
enseignants l’occasion de rencontrer les enseignants chevronnés qui pourraient les aider à
peaufiner leurs pratiques. L’UPL joue le rôle d’encadrement pédagogique de proximité, entre
pairs d’une même discipline. Mais, comme toute entreprise humaine a ses lacunes, certains
enseignants trouvent ces regroupements ennuyeux voire inutiles, et par conséquent, ils y
deviennent réticents. Cette « fièvre » finit par gagner ce fructueux cadre du donné et du
recevoir. L’arrêté N° 0129/MEN/DEST du 24 juin 1999 portant attribution des responsables
des établissements du cycle de base II et moyen définit le fonctionnement des unités
pédagogiques, le choix de leurs responsables et précise les attributions de ces derniers.
À la lumière de tout ce qui précède, on peut remarquer que l'État nigérien a pris la
mesure du problème crucial de la formation des professeurs et de la contractualisation du
personnel enseignant. C’est dans cette optique que pour le primaire, le nombre des Écoles
normales d'Instituteurs (ENI) est passé de quatre à onze. C’est justement dans le souci de la
recherche de la qualité que l’État du Niger se réserve exclusivement le droit de créer une École
normale d’instituteurs.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
fait à jour sur le plan didactique. Aussi, cette précarité du statut peut impacter négativement sur
les résultats scolaires. Dans une étude, Dembélé et al (2004), ont montré justement que la
formation des maîtres et leur disponibilité psychologique, intellectuelle et physique ont une
influence sur leurs prestations didactiques. À la qualification pour la tâche d’enseignant
s’ajoute aussi son niveau de satisfaction morale et matérielle afin d’espérer un résultat
satisfaisant. Cette contractualisation va porter un coup dur, voire fatal au système éducatif
nigérien au cours de ces vingt dernières années. En somme, les conditions de travail, de
recrutement et de rémunération sont précaires. Cette précarité a un impact négatif sur les
prestations des contractuels car ils n’ont pas la vocation pour l’enseignement. Ainsi, à leurs
interminables grèves viennent « se greffer » les lacunes pédagogiques. Les enseignants
contractuels ont besoin de formation par des stages ou par la mise à leur disposition de matériel
didactique convenable afin de pouvoir les motiver davantage. La mise en place de structures de
formations systématiques et durables n’est pas à l’ordre du jour dans la mesure où le personnel
est très « mobile ». L’enseignement étant, le plus souvent, considéré comme un gagne-pain,
nombre de personnes s’y aventurent, juste le temps de trouver un emploi beaucoup plus
rémunérateur.
Nous déclinons à présent le constat fait, les questions, objectifs et hypothèses de recherche, la
pertinence du sujet et sa justification.
1.2.1 Constats
La problématique de l’étude se situe dans le contexte des nouveaux programmes de 2015.
Elle provient du constat qu’en français, la lecture méthodique est peu ou mal appliquée dans les
établissements du second cycle. Et cela aurait un impact considérable sur la formation de
l’élève. Le Rapport d’État du Système éducatif nigérien (RESEN : 2010) a révélé la faible
31
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
performance du système éducatif nigérien qui se manifeste par les constats ci-après :
l’insuffisance des manuels scolaires et autres matériels didactiques ; la faible qualité des
enseignements/apprentissages ; des taux de redoublement et d’abandon assez élevés, la faible
qualification des enseignants, etc. Ce rapport, très accablant, précise aussi que les élèves sont
faibles dans les disciplines fondamentales que sont les mathématiques et le français et
particulièrement en lecture et les résultats du bac 2023 illustrent bien cela. Suivant l’OBEECS
(2022), le taux de réussite au baccalauréat de l’enseignement secondaire général est de 26,69 %
contre un taux de réussite global de 28,65 %, toutes séries confondues où elle s’élève à environ
23 %. Mais, elle pourrait être améliorée avec la reprise de l’épreuve de mathématique le 24
juillet 2023 suite à une erreur de reformulation qui a glissé selon le ministre de l’enseignement
supérieur et de la recherche. C’est une première dans l’histoire du bac au Niger.
32
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les élèves du lycée et leurs professeurs rencontrent-ils des difficultés d’interprétation de texte
lors de la leçon de lecture méthodique ?
Question spécifique n°3
Quelles stratégies pédagogiques convient-il de mettre en œuvre pour atténuer les difficultés
rencontrées par les professeurs de français et leurs élèves ?
33
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Identifier les insuffisances ou lacunes observées chez les professeurs de français et leurs élèves
lors de l’exploitation des textes de lecture méthodique
La démarche de la lecture telle que préconisée par le nouveau programme de 2015 est
défavorable à la construction d’un pont entre les cultures locales et étrangères.
Les élèves tout comme les professeurs, faute de connaissances techniques de base, éprouvent
de difficultés à faire des inférences lors de la leçon de lecture méthodique.
Nous apprenons à la suite de Puren (2008) que les critères qui doivent être pris en
compte dans le choix d’un projet de recherche sont aussi nombreux qu’hétérogènes. Ils
interfèrent soit positivement soit négativement. Le méthodologue français soutient
d’ailleurs qu’une recherche n’aboutit que si la motivation reste forte. Cet investissement
personnel, ajoute-t-il, est le « carburant indispensable pour faire tourner assez vite et assez
longtemps la mécanique de la recherche. En effet, soucieux de la qualité de l’éducation au
Niger et surtout des difficultés cumulatives des élèves au cours de leur scolarité, nous nous
sommes fixé comme objectif dans la présente recherche doctorale, de chercher à comprendre
les stratégies d’enseignement et d’apprentissage de la lecture méthodique, question
emblématique de tout le cursus scolaire d’un élève. Nous conviendrons avec Thameur (2013)
quand il soutient que l’enseignement d’une langue étrangère vise la formation des apprenants-
citoyens. Ils doivent défendre leur patrie tout comme leur patrimoine culturel et en outre
connaître la littérature et la culture du pays en « s’ouvrant sur et à l’Autre ». Pour ce faire, les
apprenants doivent être formés à l’esprit de la citoyenneté notamment à l’histoire du pays et
aux valeurs culturelles. Cette vision de l’auteur témoigne, si besoin est, de l’intérêt d’une telle
recherche sur la didactique interculturelle. En somme, le choix d’un tel sujet de recherche, dans
le contexte actuel où le monde est devenu un village planétaire, s’explique par des critères
d’ordre personnel, disciplinaire, institutionnel et technique.
Au Niger, les acteurs du système éducatif manifestent leurs dégoûts pour le niveau des
élèves et personne ne veut endosser cette lourde responsabilité. C’est ainsi que de nombreuses
plaintes ont été enregistrées : plaintes du gouvernement, des parents d’élèves, des enseignants
de français eux-mêmes, des universitaires, des élèves et même des professeures d’économie
familiale, etc. sur les media : Voix du Sahel, Bonferey F.M, etc. Suivant Moussa (2017), ces
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
dernières étaient les premières à tirer sur la sonnette d’alarme lors de la session du Bac 2016 où
il a été demandé aux candidats de dessiner une paire de chaussures. À cet effet, nombre de
candidats au bac avaient dessiné une seule chaussure au lieu de deux. C’est la preuve évidente
que les élèves ont des difficultés avec certains mots familiers et au-delà avec certaines
consignes élémentaires. Alors, à qui la faute ? Où faut-il déposer ces plaintes ? C’est là une des
raisons qui nous ont motivé à chercher les causes profondes des échecs de nos élèves en nous
intéressant à une activité scolaire aussi complexe que la lecture, activité transversale par
excellence. Nous avons également remarqué que nombre de lycéens ne sont pas en mesure de
s’engager dans une conversation basique en français. Dans la cour, ils se sentent plus à l’aise en
langue nationale, même si là également tout reste à désirer, comme en français. Or, force est
d’admettre que la compétence communicationnelle est l’un des objectifs principaux de
l’enseignement du français. Comment peut-on comprendre que des élèves de lycée ne puissent
pas s’exprimer correctement en français après au moins dix ans de scolarité ?
Au demeurant, le choix d’un tel thème s’explique par notre expérience dans un domaine
qui nous est familier. Nous avons exercé le métier d’enseignant pendant plus d’un quart de
siècle. Nous avions été tour à tour Instituteur-adjoint puis Chargé d’enseignement avant de
devenir Professeur certifié, puis à nouveau Encadreur pédagogique du second degré. Nous
sommes donc avant tout, sans être prétentieux, un homme de terrain qui entretient des rapports
personnels et étroits avec le monde enseignant et celui des élèves. C’est donc une occasion pour
nous de recueillir l’expérience de nos collègues de tous bords confondus, partager leurs
expériences, comprendre leurs difficultés, leurs inquiétudes, leurs espoirs, etc. Il s’agit de
repérer la culture de soi dans les manuels du français (cycle secondaire) d’une part et de l’autre
comprendre les enjeux didactiques de l’exploitation du texte littéraire pour la formation des
citoyens interculturalistes. C’est dans cette optique que nous avons jugé utile de recueillir les
témoignages des uns et des autres, observer leurs pratiques, consulter les documents officiels,
etc. Et pour terminer, nous estimons qu’un thème comme celui de la lecture est bien en
adéquation avec notre profil de professeur de français. Nous adhérons ainsi à ces propos de
Giasson (2003, p.6) : De nos jours, il est difficile d'obtenir une reconnaissance sociale
complète si l'on ne possède pas une connaissance au moins fonctionnelle de la langue orale et
écrite. [...] C'est pourquoi la lecture a toujours été, et sera encore longtemps, une
préoccupation majeure pour les enseignants » (que nous sommes). La lecture reste la pierre
angulaire de l’apprentissage de toutes les activités de la discipline français et au-delà même
celles des autres matières d’enseignement.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le système éducatif nigérien a connu, ces trente dernières années, plusieurs soubresauts
« tantôt inopinés, tantôt programmés ». C’est le cas de tous les programmes d’enseignement du
second degré qui ont connu une modification légale en 2015. Faut-il le rappeler, les différentes
réformes initiées en ce début de troisième millénaire (TENERE, SIDIKOU et Relecture des
Nouveaux programmes d’enseignement) semblent n’avoir rien changé du point de vue de la
qualité de l’enseignement du français au Niger. La présente recherche doctorale a donc pour
vocation de faire l’état des lieux de l’enseignement du français en général, au bout de sept ans
d’application et en particulier celui de la lecture méthodique.
Il nous serait difficile de nous rendre dans toutes les huit régions d’un pays couvrant une
superficie de 1.267.000 km2 avec des moyens financiers très modestes. À titre d’exemple le
lycée d’Ayorou se trouve à environ 1.800 km de celui de Bilma. Parcourir une telle distance
demande naturellement des moyens colossaux. En outre, certains coins sont difficiles d’accès
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
compte tenu de l’insécurité résiduelle qui y règne, Le choix de trois régions (Dosso, Niamey et
Tillabéri) s’explique donc par le fait que nous estimons être à mesure d’accéder sans difficulté
majeure, malgré l’insécurité à Tillabéri, à ces trois régions pour nos enquêtes et ce, dans le
délai imparti. En somme, le choix du sujet s’explique par sa faisabilité, son originalité et sa
pertinence.
Après avoir présenté la problématique et l’objet de recherche, il nous semble plus opportun de
faire à présent un détour par les outils conceptuels dont dépend la compréhension et la
description de l’ensemble du travail de recherche.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
saisir au mieux le vocabulaire spécialisé de la didactique aux fins de décrire les pratiques
enseignantes. Cependant avant toute chose, il a lieu de tracer d’abord la frontière entre
pédagogie et didactique.
Suivant Tasra (2017), le terme de pédagogie vient des mots grecs paidós (enfant) et
gogia (conduire). Ainsi, la tradition nous enseigne qu’à Rome, le « paidagôgós » était un
esclave qui a pour mission de conduire les enfants chez l’éducateur afin de leur éviter le
mauvais sort qu’il pourrait croiser en cours de route. Suivant Besse (1995), cité par Tasra
(ibid.), le mot « Pédagogie » fait sa première apparition dans la langue française en 1485 avant
d’entrer dans le Dictionnaire de l’Académie Française trois siècles plus tard, en 1761. Il se
renvoyait « soit aux pratiques du pédagogue soit au discours plus ou moins savant qu’on peut
tenir sur elles ». De nos jours, ce terme garde encore le sens de cette relation à l’enfant qu’il
faut instruire chez le magister (l’enseignant) même s’il en a perdu l’autre (esclave). Dans une
étude, Koumene (2009) a essayé de rapprocher les termes de pédagogie et de didactique en se
référant au morave Comenius, celui-là même à qui revient la paternité du concept didactique,
adjectif substantivé. Suivant la définition donnée par l’auteur dans La Grande Didactique
(didactica magna universale omnes omnia), ouvrage paru en 1649 en langue tchèque,
didactique et pédagogie sont des synonymes au départ. Mais au fil du temps, elles finirent par
se séparer.
L’opposition entre pédagogie et didactique est devenue plus ouverte lorsque certains
didacticiens ont commencé à s’en prendre à la pédagogie et aux pédagogues en traitant
l’approche pédagogique d’« obsolète », de « peu scientifique » et de « trop idéologiquement
chargée ». Halté (1992) appartient à cette catégorie de didacticiens détracteurs de la pédagogie.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
À ce sujet, il souligne que le discours didactique serait « entendu comme le repli sur les
contenus » contre le « discours pédagogique » qui se cantonnerait aux « moyens
d’enseignement ». Il s’en prend plus ouvertement à la pédagogie en la qualifiant de terme
fatigué par un trop long usage (bien sûr depuis la Grèce antique). Pour ce faire, elle n’est pas
favorable à une pensée nouvelle. Par contre, Didactique, dit-il, est plus neuf, car il emporte
toujours l’idée de quelque chose qu’il s’agit d’apprendre. Toutefois, au bout de son
raisonnement, Halté finit par relativiser ses propos en reconnaissant, pour autant, que la
didactique n’est qu’un prolongement naturel de la pédagogie dont elle en est une région,
solidement attachée et dépendante. Au demeurant, le didacticien français ne ménage pas la
didactique aussi qui « hésite » encore, selon ses mots, sur ses « limites territoriales et sur ses
stratégies ». Koumene (2009) partage cette conception d’Halté quand il rappelle que la tâche
principale de la didactique consiste à chercher la méthode à appliquer pour tel ou tel
enseignement. Elle s'intéresse à « comment faire » ou à qu'est ce « qui va se passer si je
procède par telle autre démarche ou stratégie ». Mais bien avant Koumene, Astolfi (1997)
relativise aussi ses propos sur la différenciation entre pédagogie et didactique. Il s’agit d’une «
différenciation de postures » plutôt qu’une « délimitation de territoires ». Plus conciliant, il
estime qu’il n’existe pas de ligne de démarcation entre la didactique et la pédagogie. La
frontière est plutôt « poreuse qu’étanche » d’où ce « va-et-vient constant entre la didactique et
la pédagogie ». Chacune d’entre elle contient une part de l’autre.
Tasra (2017) rappelle que la réponse des pédagogues aux didacticiens par rapport à ce
qu’ils considèrent comme un « camouflet », ne tarda pas à tomber. Ce dont traitent « ces
nouveaux venus », diront-ils, n’est rien d’autre que « des questions anciennes de l’histoire de la
pédagogie ». Cela prouve que la didactique n’est rien d’autre qu’une imitation de la pédagogie.
Elle n’a donc pas un chemin qui lui est propre. Astolfi (1997) partage, en partie, l’avis de ces
pédagogues en précisant que la didactique ne peut pas ne pas « admettre son inscription dans
une lignée et reconnaître ses précurseurs ». Meirieu (1987), cité par Tasra (2017), joue
également à l’apaisement en rappelant que les nombreux débats qui opposent la pédagogie
centrée sur l'enfant et la didactique centrée sur les savoirs ne sont que stériles, parce que la
recherche a pour ambition de les mettre en contact. Elles sont donc complémentaires Et Ben
Kilani et Mustapha (2006) d’ajouter que la pédagogie et la didactique sont deux domaines
évidemment complémentaires. Le praticien a tout intérêt à s'intéresser aux résultats publiés par
ces deux branches de la recherche. C’est en ce sens qu’il pourra augmenter l'efficacité de son
enseignement, au plus grand profit de ses élèves. Il ne faut plus dire, déclare-t-il, : « plus je
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Didacticien et pédagogue doivent regarder tous dans la même direction même s’ils ne
procèdent pas de la même manière ou n’approchent pas les phénomènes d’enseignement et
d’apprentissage sous le même angle. Ainsi, une collaboration sereine entre eux pourra jeter un
éclairage nouveau sur l’objectif qu’ils partagent en commun notamment l’apprentissage des
enfants qui leur sont confiés. Cela sera profitable pour tous : didacticien, pédagogue, institution
scolaire, élèves, société, etc.
Suivant Puren (2016), le FLS est une langue qui est généralement léguée en héritage par
l’histoire coloniale pour ce qui concerne l’Afrique. Elle a été conservée dans ces pays colonisés
avec un statut plus ou moins officiel. Elle se trouve assez fréquemment utilisée par
l’administration de ces pays, l’enseignement et les médias. Le didactologue français précise que
les citoyens de ces pays ont une première langue considérée comme étant leur langue
maternelle (première) et la langue française devient ainsi leur seconde langue d’où l’appellation
de Français Langue Seconde (FLS). Et comme lorsqu’on enseigne une langue, l’on enseigne
forcément la culture de cette langue, les citoyens des pays francophones incarnent forcément
une part de la culture française.
Enseignement-apprentissage
Hatier français (2004) fait remarquer que l’enseignement et l’apprentissage, loin d’être
séparés, sont complémentaires. On parle certes d’enseignement-apprentissage, pour autant, il
n’y a pas de « cause à effet » car ces deux notions peuvent être utilisés séparément. Elles se
trouvent réunies au sein du triangle didactique : élaboration didactique, appropriation
didactique, intervention didactique.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Tâche et Activité :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
ou la mise en place d’un nouveau dispositif… Quant à la tâche, Nonnon, cité par Hatier
français (ibidem), la présente comme hiérarchisée à deux niveaux. Au second niveau tout
comme au premier, il n’y a véritablement de travail que si les élèves, dans l’espace classe,
arrivent à percevoir « en filigrane » la tâche de second niveau à partir de la tâche de premier
niveau, ou à se donner eux-mêmes une tâche de second niveau à partir du travail qui vient
d’être engagé. À ce titre, le travail de groupe a l’avantage de réduire, grâce à la mutualisation
des savoirs, l’écart entre la tâche assignée et la perception de la tâche.
L’interaction didactique
Le Littré définit l’interaction comme une action de deux ou plusieurs objets, l'un sur
l'autre et Le Grand Robert d’ajouter que c’est la réaction réciproque de deux ou plusieurs
phénomènes. Mais Hatier français ([Link].) va plus loin en précisant qu’en linguistique
pragmatique, le langage est considéré comme étant une action et dans le cadre de la
communication didactique, justement, le locuteur cherche à agir sur son interlocuteur en lui
demandant par exemple de « faire ou de dire ». On parle alors d’intentionnalité des énoncés.
Cette influence réciproque que les partenaires exercent les uns sur les autres, constitue une
interaction. Goffman, cité par Hatier français ([Link].), lui, catégorise les interactions : les
interactions « sans objet » comme les échanges entre les passants dans la rue et les interactions
« centrées » qui ont une finalité précise et se déroulent souvent dans un lieu institutionnel à
l’image de l’école. Aujourd’hui, la prise en compte des interactions en classe fait partie
intégrante des critères d’appréciation du travail de l’enseignant. À ce sujet, Hatier (Ibid.) nous
livre ces conseils : « …la gestion de ces interactions demande un savoir-faire pédagogique, une
capacité d’écoute et de reformulation, un filtrage nécessaire pour ne pas perdre de vue les
enjeux de l’apprentissage, tout en intégrant les propos des élèves, ainsi qu’une capacité forte
d’étayage. »
La notion de compétence
les ressources (...) à mobiliser mais dans la mobilisation même de ces ressources. Elle est de
l’ordre du savoir mobiliser (…). Elle n’est pas de l’ordre de la simple application, mais de celui
de la construction ».
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
créant ce concept, il fabrique ainsi un outil sociologique pour expliquer comment se conçoivent
et se mettent en place les programmes d’enseignement. Il montre également comment un savoir
théorique (savant) est transformé en savoir universitaire puis scolaire (enseignable aux
apprenants). Et cinq ans plus tard, on retrouve le concept chez Chevallard (1980), un
didacticien des mathématiques français à qui d’aucuns attribuent aussi, à tort ou à raison, la
paternité dudit concept. Il précise lui-même, dans Le processus de la transformation
didactique et théorique, qu’il a introduit le thème de la transposition didactique dans la
communauté française des didacticiens des mathématiques au tout début des années 1980.
Donc, l’auteur français était très modeste dans ses propos en reconnaissant l’avoir introduit et
non créé. En sus, il souligne que c’est en didactique des mathématiques et cela peut vouloir dire
que le concept existait ailleurs qu’en didactique des mathématiques. Puren (2001), par contre,
soutient que la transposition didactique n’est autre que l’« Analyse pré-pédagogique » proposée
en didactique du FLE par Sophie Moirand (1979). Dans son analyse, celle-ci précise : « Tout
texte destiné à être utilisé dans un cours de langue nécessite une analyse préalable par
l’enseignant. On l’appellera analyse pré-pédagogique, car elle concourt à la préparation de
l’acte pédagogique et ne sert, à la différence des analyses théoriques, ni à construire ni à tester
une théorie linguistique ». L’analyse pré-pédagogique a deux avantages : d’une part, il permet à
l’enseignant d’investiguer sur les fonctionnements d’un texte à différents niveaux d’analyse et
de l’autre, il lui offre l’occasion de répondre aux demandes, pas toujours prévisibles, des
apprenants. Au demeurant, le professeur aura l’occasion d’imaginer des stratégies
pédagogiques pour aider les apprenants à accéder au(x) sens d’un texte. En clair, l’analyse pré-
pédagogique consiste à poser sur le document en question plusieurs « regards successifs afin de
trouver l’angle d’attaque pédagogiquement le plus efficace » pour pénétrer le sens profond du
texte. Pour ce faire, la pédagogie différenciée semble être la démarche, la mieux adaptée.
Certes, les savoirs culturels, par exemple, ne peuvent s’appuyer sur aucune « théorie culturelle
» déterminée et opératoire, pour autant ils correspondent à la compétence culturelle.
Ben Kilani et Mustapha (2006) partagent le point de vue de Puren même si leurs sources
ne sont pas concordantes. Pour les auteurs algériens, le concept de transposition didactique fut
emprunté par Chevallard non pas comme le pense Puren, à Moirand mais plutôt au sociologue
Michel Verret. Ils citent également Halbwachs, dans : « La physique du maître, entre la
physique du physicien et la physique de l'élève ». Ce précurseur de la transposition didactique
évoquait aussi dans cet article la différence entre le métier de professeur de physique et celui
d'un physicien qui enseignerait. Au sens de Chevallard (1985), la transposition didactique
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
donc en fonction des élèves. Ourghanlian (2006) estime que tout savoir est construction et tout
objet de savoir, élaboration. Il décrit le cheminement possible de la transposition didactique qui
conduit des connaissances objectivées aux connaissances individuelles de la manière suivante :
dans un cadre social de référence, les chercheurs mettent à jour des savoirs « savants » et des
choix sont effectués au sein de l’institution scolaire afin d’élaborer des programmes notionnels
à faire acquérir aux élèves : ce sont les savoirs prescrits, ou « enseignables ». Enfin, par son
travail de préparation du cours, l’enseignant s’approprie ces savoirs prescrits et les formule de
telle manière qu’il puisse les transmettre à ses élèves : ce sont les savoirs enseignés. Selon une
organisation cognitive propre, l’élève réélabore ses savoirs antérieurs avec ces savoirs
nouveaux : ce sont les savoirs appris ou assimilés, au sens piagétien du terme. Du côté de
l’apprenant, tout se passe comme si le chemin suivi était le chemin inverse, « des conceptions
des apprenants aux concepts scientifiques », celui-ci remontant la chaîne ayant conduit aux
connaissances qu’il vient d’apprendre. Il découvrira un jour la source de ces connaissances
qu’on lui avait apprises quand il était encore élève.
Il s’agit de présenter ici quelques concepts qui relèvent du domaine de la pédagogie : pratiques,
techniques, méthodes, stratégies…
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La séquence pédagogique
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’objectif pédagogique
Suivant Hatier français (2009), « la notion d’objectif pédagogique est apparue vers
1970. Les grandes opérations de l’analyse des performances des élèves ont débuté dans les
années 1980. La notion d’évaluation apparaît dès 1985 ; elle remplace alors le terme «
appréciation scolaire ». Les objectifs pédagogiques sont « tout ce qu’un individu doit apprendre
». Les objectifs se situent « du point de vue de l’enseignant » : ils montrent une intention
pédagogique de l’enseignant à l’égard de l’apprenant. Aujourd’hui, les objectifs sont définis
selon : le niveau d’activité intellectuelle (connaissance, analyse, compréhension…) ; le type
d’apprentissage (méthode, stratégie, attitude…) ; une catégorisation des opérations cognitives
et affectives (savoir, savoir-faire, savoir-être).
Nous appelons concepts bivalents, les concepts qui peuvent être accompagnés de
l’adjectif didactique tout comme de l’adjectif pédagogique. Mais avant tout, il est utile de
montrer la différence entre le triangle didactique et le triangle pédagogique, deux concepts
dont la ligne de démarcation devant les séparer n’est toujours pas tracée de façon définitive.
D’ailleurs, nombre de personnes, y compris des professionnels de l’enseignement les
confondent ou n’y voient pas de différence.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Bien sûr, comme toute entreprise humaine, une telle « modélisation » ne peut être parfaite. Et,
vu ses insuffisances, l’on va tout de suite assister à la naissance du tétraèdre pour élargir
davantage le cadre. Certains auteurs incorporent donc le milieu (tétraèdre), l’environnement
social comme quatrième composante. Cela permet donc d'introduire une dimension
socioconstructiviste dans l'enseignement au sens vygotskien du terme. C’est ce que reflète le
schéma ci-dessous :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le Grand Robert de la langue française définit le contrat comme étant une « Convention
par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent, envers une ou plusieurs autres, à donner, à
faire ou à ne pas faire quelque chose ». Quant au Dictionnaire de pédagogie (1985), il remonte
à l’étymologie du mot : contractus qui signifie convention, pacte, accord mais aussi « tirer
ensemble » (cum et trahere). Il précise que le contrat indique un rapport interpersonnel,
juridique, moral ou social, lié à une obligation. Il peut s’agir donc d’un engagement
réciproque, implicite, coutumier ou inconscient. Le contrat dont il est question dans la présente
étude, est celle qui a trait à la clarification des règles du jeu didactique de la part du professeur
d’un côté et des élèves de l’autre, au regard du savoir. Pour Ginestié (1992) le contrat
didactique est l’ensemble des interactions qui existent dans la relation didactique entre le
professeur, ses élèves et le savoir. Il précise que les règles de ce contrat peuvent être pérennes à
la discipline ou introduites par l'enseignant dans des situations locales. Les règles qui régissent
le contrat didactique mis en œuvre, sont le plus souvent tacites et jouent directement sur les
performances des apprenants. Mais Barnier (2010) trouve les propos de Ginestié peu clairs et
souligne que le contrat pédagogique est une notion introduite en pédagogie pour signifier que
l'enseignement ne peut être fructueux que s'il y a accord entre l'enseigné et l'enseignant sur les
objectifs mêmes de la formation. À ce titre, l’élève doit savoir ce que le professeur attend de lui
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans une étude, Bloom (1956) parlait déjà en son temps de contrat de maîtrise qui se
doit de préciser « les objectifs et les critères d’évaluation ». Cela permet à l’apprenant de
s’engager dans ledit contrat », en toute connaissance de cause. En contrepartie, le professeur
s’engage aussi à accorder l’évaluation préétablie dans les normes de l’institution. À l’image de
Perrenoud ([Link].), Filloux (1977) insiste également sur les insuffisances de ce contrat en
défendant la position selon laquelle le contrat pédagogique est un contrat exceptionnel de
structure paradoxale au résultat différé pour l’élève. Il soutient que le profit revient à l’autorité
personnelle du professeur au détriment de la « loi ». Il ne s’agit pas donc d’un contrat à
proprement parler car il repose sur le jeu d’un consentement mutuel entre enseignant et
enseignés. En réalité, d’aucuns estiment qu’il s’agit, contre toute attente, d’un contrat de
soumission entre « apprenants obéissants et professeur faiseur », maître du jeu didactique.
Dans son Glossaire (2002, p.13), Brousseau propose une définition plus simple du
contrat didactique qui est « l’ensemble des comportements…du maître qui sont attendus de
l’élève et l’ensemble des comportements de l’élève qui sont attendus du maître ». Il estime que
ce contrat peut être négocié avec les élèves dans le cadre d'une « pédagogie du contrat ». Ce
concept règle les échanges entre enseignants et apprenants au sujet du savoir en jeu. L’avis de
Brousseau est partagé avec Astolfi (1990) qui assimile la classe à une société où les règles n'y
sont écrites nulle part, mais malgré tout, elles s'imposent à chacun, et que les transgressions
méritent une sanction. Cette catégorie de contrat fut l’objet de nombreuses critiques dont celles
de Ben Kilani et Mustapha ([Link].) qui assimilent ce contrat à une simple tradition qui se
transmet des ainés aux cadets même s’il ne fait pas l’objet d’un consentement entre les parties.
Ainsi, les élèves habitués par des années d'école à un contrat didactique classique, sont prêts à
accepter tout type d’enseignement, qu’il soit « formaliste », « dogmatique », « relativement
privé de sens et passablement ennuyeux ». Quant au professeur, il garantit que les résultats
moyens du groupe classe seront groupés autour d'une moyenne « pas trop basse ». Ainsi naît le
contrat. C'est ce qui se passe d'ordinaire dans la plupart des établissements scolaires. Les
auteurs citent comme exemple illustratif, cette expérience menée par I'IREM de Grenoble en
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le contrat pédagogique est constitué de l'ensemble des règles de vie en vigueur dans
une classe. La nature de ce contrat est transdisciplinaire. Par contre, le contrat didactique est le
résultat de la négociation des rapports établis explicitement et/ou implicitement entre un élève
ou un groupe d'élèves, un certain milieu et un système éducatif, dans l’optique de munir les
élèves d’un savoir constitué ou en voie de constitution. La classe ne peut fonctionner sans
l'existence d'un contrat didactique. Mais, l'effet le plus néfaste de ce contrat est que l'élève ne
cherche pas à apprendre mais simplement à faire plaisir à son professeur dans le but d’avoir une
bonne note. Le contrat didactique a donc comme conséquence une perte de sens.
Nombreux sont les concepts qui ont été forgés à partir de la notion de culture. C’est le
cas entre autres des termes comme : interculturel, transculturel, etc. La connaissance de ces
concepts est nécessaire pour mieux appréhender la DLC. Cette définition de l’interculturalité
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
suivant le site [Link] réconforte le lecteur : c’est la rencontre d’au moins deux
cultures qui peut être violente ou intense. Souvent, elle est forte et pleine d’émotions. Et
justement, ces expériences, ces rencontres avec l’Autre, avec l’altérité, nous interrogent sur
nous-mêmes et le monde qui nous entoure. Se préoccuper de l’Autre fait « réfléchir sur soi ».
Nous sortons parfois enrichis de ces confrontations et des rencontres avec Autrui au sens
sartrien du terme. On peut apprendre avec lui. Toutefois, un simple regroupement de personnes
originaires de différentes cultures ne suffit pas à créer des apprentissages interculturels qui,
d’ordinaire, surgissent des difficultés, des processus de « différenciation, des antagonismes »
qui nécessite une conjugaison des efforts de chacun. S’il n’y a pas d’entente mutuelle, la
rencontre n’a pas lieu. Or, cette rencontre est forcément « transformatrice et parfois même
bouleversante ». Suivant De Carlo (1998), l'approche interculturelle peut donner actuellement
une réponse possible au défi lancé par les nouveaux scénarios socioculturels. Il souligne que
l'emploi du mot "interculturel" implique nécessairement une interaction, un échange, une
élimination des barrières, une réciprocité et une véritable solidarité entre les hommes. D’autres
concepts non négligeables sont encore utilisés en DLC. On peut citer entre autres :
La culture
Journet (2002) reconnaît que le concept de culture est certes couramment très utilisé par
les chercheurs mais sa définition semble leur échapper. Il rappelle les travaux de deux
chercheurs américains (Alfred Kroeber et Clyde Kluckhohn : 1952) qui ont publié une
compilation de différentes définitions possibles de la culture ou des notions proches, et en
trouvèrent « pas moins de 164 ». Journet privilégie ainsi deux définitions complémentaires.
L’une est héritée des philosophes des Lumières (Rousseau, Voltaire, etc.) et l’autre des
anthropologues. Pour les premiers, la « culture » est le patrimoine lettré accumulé depuis
l’antiquité sur lequel les nations occidentales annoncent avoir fondé leur civilisation. Quant aux
seconds (Edward B. Tylor, 1871) ils voient en la culture « la totalité des connaissances, des
croyances, des arts, des valeurs, lois, coutumes et de toutes les autres capacités et habitudes
acquises par l’homme en tant que membre de la société ». Le concept désigne également les
manières de penser et de sentir ou encore la façon d'assembler entre eux ces divers éléments.
Les héritages culturels sont donc lus comme des façons de s'adapter à un contexte écologique,
économique, technologique et social donné. Cuq et Gruc (2002, p.83) distinguent, quant à eux,
deux types de culture : la culture cultivée et la culture anthropologique. Ils estiment que la
culture c’est la littérature, la musique, la peinture, etc., tout ce qu’on appelle culture cultivée.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
On y intègre aussi toutes les façons de vivre et de se conduire regroupées sous l’expression de
« culture anthropologique ».
L’intra-culturel
C’est quand les participants appartiennent à une même culture. On n’envisage pas d’interaction
autre qu’à l’intérieur de cette même culture. Le didactologue français, Puren (2014), propose de
définir les compétences suivantes :
La compétence transculturelle
C’est la capacité à reconnaître dans les grands textes classiques le « fonds commun
d’humanité : c’est la méthodologie traditionnelle jusqu’à la fin du XIXe siècle.
La compétence métaculturelle
C’est cette capacité à mobiliser ses connaissances culturelles et à extraire de nouvelles
connaissances culturelles à propos et à partir de documents authentiques étudiés en classe ou
consultés chez soi. C’est la méthodologue active qui fut à l’honneur des années 1920 aux
années 1960 : parler sur, repérer, réagir, analyser, interpréter, extrapoler, comparer.,
La compétence interculturelle
C’est la capacité à repérer les incompréhensions qui apparaissent lors des contacts initiaux et
ponctuels avec des personnes d’une autre culture, en raison de ses représentations préalables et
des interprétations liées à son propre référentiel culturel. C’est l’approche communicative allant
des années 1970 aux années 1990 : Parler avec, découvrir, communiquer.
La compétence pluriculturelle
C’est la capacité à vivre harmonieusement dans une société multiculturelle avec des personnes
de cultures entièrement ou partiellement différentes. Ce sont les didactiques du plurilinguisme,
à partir des années 1990, et dans le CECRL de 2000 : Il faut chercher à Vivre avec.
La compétence coculturelle
C’est la capacité à agir efficacement dans la longue durée avec des personnes de cultures
entièrement ou partiellement différentes, et à cet effet d’adopter et ou se créer une culture
d’action partagée « coculture ». C’est la perspective actionnelle à partir du CECRL de 2000 : Il
faut agir avec.
L’éducation interculturelle
Elle est appelée aussi apprentissage interculturel. C’est un processus qui vise à construire la
compréhension des problèmes sociaux et éducatifs pour mieux les gérer. En effet, il est aisé de
constater que la meilleure façon de transmettre une doctrine, un message, une culture ou autre,
à un peuple, c’est de passer par l’école pour l’inculquer à la population.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’anthropologie culturelle
Suivant Puren (1999), il s’agit d’une dénomination englobante souvent utilisée par commodité
par les didacticiens de langues, mais qui juxtapose les disciplines très diverses qui doivent être
mobilisées dans la description des multiples dimensions de la culture : histoire, géographie,
sociologie, économie, littérature, histoire de l’art, histoire des idées...
La charge culturelle partagée (CCP)
Galisson (1991, p.122) appelle Charge Culturelle Partagée (CCP), le fait que la langue est un
ensemble de signes porteurs d’une culture. À ce sujet, il distingue la culture savante qui
renvoie à l’explicitation sémantique des termes de la langue à apprendre et la culture partagée
qui, elle, relève des connotations, des inférences, des référents etc.
Après avoir posé la problématique et défini les concepts entrant dans le cadre de l’appréhension
de la didactique interculturelle en cours de français, il semble plus intéressant de passer en
revue, un tant soit peu, les théories du texte littéraire.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Il est certains esprits dont les sombres pensées / Sont d'un nuage
épais toujours embarrassées ; / Le jour de la raison ne le
saurait percer. / Avant donc que d'écrire, apprenez à penser. /
Selon que notre idée est plus ou moins obscure, / L'expression la
suit ou moins nette, ou plus pure. / Ce que l'on conçoit bien
s'énonce clairement, / Et, les mots pour le dire arrivent aisément.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
lire consiste tout simplement à identifier les mots et les comprendre simultanément. Mais la
définition donnée par l’UNESCO (2007, p.48), est plus détaillée. Ainsi, « lire c’est traiter avec
ses yeux, un langage fait pour les yeux. » L’on attribue du sens à l’écrit sans pour autant passer
par le déchiffrement ou l’oral. Lire c’est questionner, faire des hypothèses de sens, à partir
d’indices de l’écrit comme tel, à partir d’une attente réelle (besoin-plaisir). Au cours de cet
exercice, le lecteur cherche des informations dont il a besoin dans de vrais écrits (livres,
journaux, affiches). Celui-ci joue, dans une situation de communication différée, le rôle de
récepteur.
La question de la lecture est très complexe. Suivant Dufays, Lisse et Meurée (2012), la
lecture est un exercice scolaire qui a pour objectifs, face à un texte, d’observer puis d’exposer
les procédés d’écriture et de composition à partir desquels le sens que l’on a perçu ou que l’on
cherche, peut être justifié ou trouvé. Faut-il le rappeler, le choix du mot est arbitraire comme le
fait remarquer Saussure (1916). Pour illustrer ses propos, le « maître genevois » prend
l’exemple du mot chat, composé de 4 lettres seulement alors même que moustique en a 9 et
pourtant, dit-il, l’animal est plus gros. Le lecteur ne doit pas donc perdre de vue cet aspect du
langage humain qui n’est qu’une convention. La lecture, comme on le voit, est conditionnée par
un certain nombre d’exigences. Elle nécessite forcément des compétences linguistiques,
culturelles, communicationnelles, etc.
Avoir une posture de lecteur permet à ce dernier de savoir pourquoi il lit. Puren (1988)
rappelle que certains ont voulu y introduire l’utilisation de l’image dont le pouvoir de
motivation a été signalé très tôt en Didactique des Langues Vivantes Étrangères (DLVE). Les
partisans de cette théorie estiment que ce qui ne frappe qu’à l’oreille touche beaucoup moins
l’esprit que ce qu’on apprendra par le rapport des yeux : la lecture.
L’histoire de la lecture est intimement liée à celle du livre car il n’y a pas de lecture sans
livre. Suivant Encarta (2009), le livre est un support qui permet de conserver et de transmettre
des informations et des connaissances aux générations présentes et futures.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’homme a d’abord inventé l’écriture puis s’est servi de différents supports pour porter
ses messages à travers le temps. Selon Berthélier et al. (2007), il a d’abord été écrit sur les
parois des grottes, sur des obélisques, sur des tablettes de pierre ou d’argile, sur des os, des
papyrus et pour finir sur du papier. Quant au mot « livre », il vient du grec biblos et du latin
liber, deux mots qui signifient « écorce d’arbre ». Pagès (1989) souligne que le livre se prend
d’abord et avant tout comme un objet. Il s’agit d’un volume relié ou broché, mince ou épais.
C’est aussi une couverture, avec ou sans illustration, avec un titre et un nom d’auteur, un nom
d’éditeur, quelle que soit la mention d’une collection. Ce contact matériel forme déjà l’amorce
d’une lecture. Le livre est né au moment où le support de l’écriture est devenu léger et portatif.
Les ancêtres du livre sont les tablettes et le papyrus. Les feuilles de papyrus qui ressemblent à
du papier sont fabriquées à partir des tiges broyées de roseaux. Ce matériau est utilisé dans les
anciennes civilisations égyptienne, grecque et romaine. Les « livres » sont constitués d’une
série de feuilles de papyrus collées bout à bout et enroulées autour d’un bâton ; ils sont appelés
rouleaux ou volumen.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Selon Lancrey-Javal et al. ([Link].), au XIXe siècle, les possibilités de lire sans acheter
engendrent une « fureur de lire ». La dernière révolution dans l’histoire du livre et de l’écriture
est celle de l’édition électronique qui domine actuellement le monde. Ainsi, l’on peut lire
aujourd’hui sur un écran d’ordinateur ou de téléphone portable toutes les informations
possibles. Cela modifie notre rapport intellectuel et physique au livre. Grâce au développement
de la technologie, le lecteur peut modifier un texte, le réécrire, le façonner à sa manière, et ce,
pour un usage personnel. Par exemple, le professeur peut le dompter en fonction des besoins de
ses élèves. L’électronique réalise désormais le rêve d’une bibliothèque universelle. Mais
malgré toutes ces opportunités, l’on peut remarquer que la jeunesse lit, aujourd’hui, de moins
en moins. Cela suscite l’inquiétude de nombre de personnes : écrivains, enseignants, parents,
hommes politiques, etc. Comment peut-on justifier ce manque de goût pour la lecture ? Ainsi,
des voix s’élèvent pour montrer que l’apprentissage de la lecture est tributaire de la méthode
utilisée lors des cours d’initiation et préparatoire (C.I et CP). Il nous paraît donc utile
d'esquisser un bref aperçu historique de ces méthodes de lecture à la base.
Suivant Weinrich (1988), tous les lecteurs n’ont pas la même façon d’aborder les textes.
Il propose ainsi une classification des lecteurs qu’il regroupe en huit (8) catégories dont les
trois sont passifs et les cinq autres actifs. Il s’agit notamment de : l’auditeur qui suit avec
d’autres le récit d’un chanteur, l’acteur du verbe qu’exigent les livres révélés, l’ami à qui
l’auteur donne lecture des pages qu’il vient juste d’écrire sont considérés comme étant les
lecteurs passifs. À l’opposé, se trouvent des lecteurs plus actifs. Il s’agit notamment de
l’écolier, du lecteur du dimanche, du critique, de l’historien de la littérature qui catégorise son
texte selon des critères, du philologue qui l’explique mot à mot et du profane qui voit dans la
lecture un simple passe-temps. Cette classification des lecteurs, proposée par Weinrich, sera
incomplète si l’on oublie d’y ajouter le professeur qui prépare son cours ou son examen
professionnel. À nos yeux, celui-ci est un lecteur atypique qui ne peut se mouler dans le tableau
proposé par cet auteur.
Suivant Del Guercio (1988), l’initiation à la lecture vise la formation d’un lecteur
capable d’utiliser des instruments critiques, une « personne consciente de ses choix et de ses
goûts ». Quant à Dufays, Lisse et Meuré ([Link].), ils retiennent deux sortes d’enjeux en
lecture : les enjeux rationnels axés sur les aspects cognitifs et intellectuels et les enjeux
passionnels portant sur les dimensions émotionnelles, relevant du psychoaffectif, de
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’imaginaire, voire de l’inconscient de l’écrivain. Ces deux types d’enjeux correspondent aux
deux faces du lecteur que Picard a appelées le lectant et le lu qui sont fondamentalement
complémentaires. La vraie lecture « littéraire » oscille entre « la lucidité et l’illusion, la
réflexion et la détente, la distanciation et la participation ». Contrairement à Weinrich, le site
[Link] (2014) répertorie essentiellement deux types de lecteur : le lecteur naïf qui
suit passivement le déroulement chronologique du texte et le lecteur averti qui utilise sa
connaissance du texte pour lui attribuer un sens. Il est « un relecteur » qui peut être un lecteur
professionnel, un critique, spécialiste de la littérature, etc.
Jouve (1998), lui, réduit la typologie des lecteurs proposée par Weinrich, à trois (3)
régimes de lecture au lieu de huit : le « lisant », le « lu » et le « lectant ». Le premier croit
naïvement et juge les personnages selon son propre code de valeurs. Le second lit pour
satisfaire sa curiosité de lecteur désirant combler un manque tout en cherchant à pénétrer dans
les détails de la diégèse, dans l’intimité des personnages. Enfin, le troisième type de lecteur, lui,
refuse de tomber dans l’illusion référentielle et considère le texte non pas comme le reflet de la
réalité mais comme un problème à résoudre. Le lectant prend donc ses distances avec le texte
pour mieux le regarder, le comprendre, l’analyser, le critiquer. En professionnel, il peut partir
de la connaissance qu’il a du romancier pour deviner sa stratégie littéraire : c’est la critique
biographique.
5 La lecture Elle suppose de la part du lecteur une soumission entière au texte, dont il
expliquée faut dégager l’unité interne. Elle est linéaire.
(explication
62
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
de texte)
6 La lecture Une lecture, bien faite sans commentaire, suffit à montrer qu’on mesure et
expliquante restitue l’effet émotif ou la valeur littéraire du texte.
7 La lecture Elle est une méthode qui permet à l'enseignante ou l'enseignant de soutenir
dirigée l'apprentissage des élèves et d'appliquer des techniques de lecture par le
biais d’interactions à propos des idées et des informations contenues dans
le matériel de lecture, et de leur interprétation.
9 La lecture Elle est une technique pour représenter concrètement une narration tirée
dramatique d'un roman, d'un récit, d'un livre d'illustrations ou d'un poème.
11 La lecture C’est une lecture réfléchie et organisée qui permet aux élèves d’élucider,
Méthodique de confirmer ou de corriger leurs premières réactions de lecteurs.
14 La lecture Elle a pour but la construction détaillée de la signification d’un texte. Elle
analytique constitue donc un travail d’interprétation. Elle vise à développer la capacité
(2000-2001 d’analyses critiques autonomes. Elle peut s’appliquer à des textes de
en France)
longueurs variées.
15 La lecture C’est une composante du programme de lecture qui permet aux élèves de
individuelle faire des lectures et des apprentissages à partir de textes choisis en fonction
de leur intérêt dans un ensemble de textes sélectionnés au préalable par
l'enseignant ou le bibliothécaire.
Source : synthèse de nos lectures
1.3.6 La querelle des méthodes d’enseignement de la lecture
Les méthodes de lecture sont multiples et complexes même si chacune d’elles a pour but
de faire de l’apprenant un lecteur autonome. Et comme la lecture est à la fois un « travail de
l'œil et du cerveau », sa compréhension pose des sérieux problèmes aux interactants, dans la
classe de langue. Surprise par l’absence de consensus, Charmeux (1987, p.13) ne cache son
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
embarras face aux méthodes d’apprentissage : « Tant d’idées reçues - et fausses naturellement !
- circulent sur la lecture et son apprentissage, tant d’affirmations fantaisistes et contradictoires,
qu’il est assurément bien difficile d’y voir clair ». En mal de trouver une méthode faisant
l’unanimité, l’autrice se dit surprise de voir que les parents se réfugient dans leur propre
expérience pour enseigner leurs enfants. Ils estiment que l’enseignement qui leur a été offert,
pendant le « bon vieux temps », était le meilleur et serait valable à leurs enfants. Ils ne savent
pas que la pédagogie est évolutive, dynamique donc changeante.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
n’est appliquée en France que par seulement 0,2% des enseignants. Plus tard, le ministère
français de l'Éducation nationale (2005) décide d’interdire catégoriquement le « séjour de la
méthode globale » dans la classe de langue. Il accuse cette méthode d’être responsable des
difficultés d'apprentissage rencontrées par les élèves français. Trahissant l’esprit de Decroly, les
manuels de l’époque proposaient des mots (au lieu des phrases) comme point de départ qu’il
faut ensuite analyser en syllabes, puis en lettres. Une telle méthode n’est pas loin de la méthode
syllabique. D’aucuns l’ont appelée la méthode mixte. Ses détracteurs parlent de « solution
bâtarde » qui n’a aucun fondement théorique. Foucambert, cité par Halté (1992) soutient que
l’entrée en lecture-écriture par la phonétique et la combinatoire des lettres est bannie :
« contestée, condamnée même par d’aucuns qui lui reprochaient de ralentir beaucoup d’élèves,
de les enfermer dans le déchiffrage du code graphique au détriment de la compréhension du
sens, sinon de les empêcher d’apprendre » (p.48). Selon ses détracteurs, la phonétique loin
d’être une aide, constituait un obstacle à l’apprentissage.
Aucune de ces trois méthodes citées supra, ne se souciait de la compréhension qui doit
venir de lui-même. C’est l’enseignant face à sa pratique pédagogique qui fait la différence. Il
semble donc inutile de changer des méthodes qui ont fait leurs preuves. À ce sujet, Hatier
(2004) propose une autre vision complémentaire en préconisant, dans les méthodes
synthétiques, d’aller du texte au sens. Il s’agit de la méthode syllabique pure, phonique et mixte
à départ global. Pour ce qui est des méthodes analytiques, on part du sens au texte : la méthode
est globale et idéo-visuelle. Enfin, dans le contexte des méthodes interactives, lire consiste à
faire interagir décodage et compréhension. Les didacticiens retiennent trois phases
incontournables qui se succèdent dans l’apprentissage de la lecture : la première est liée aux
connaissances et la seconde à l’automatisation. Quant à la troisième et dernière étape, elle est
celle du lecteur « expert », autonome, averti, professionnel. À ce stade, la lecture expressive et
la compréhension vont de pair avec le déchiffrage qui est quasi instantané. Dans une étude,
Gray (2007), montre que de multiples enquêtes d'un caractère scientifique aient été conduites
dans le domaine des méthodes d’enseignement. On n'a pas pu encore déterminer de manière
concluante quelle est la meilleure méthode d'enseignement de la lecture.
Toutefois, ces méthodes ne donnent pas les mêmes résultats dans tous les groupes. I1
apparait donc clairement que le rythme des progrès des élèves ne dépend pas uniquement de la
méthode appliquée. Ainsi, plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dont entre autres :
65
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’âge, le milieu, l’ouïe, la vue, la langue, etc. Rappelons, par ailleurs, que tout le monde ne lit
pas à la même allure.
Une étude menée par le service de soutien à l’apprentissage (l’UQAM : s.d), souligne que la
vitesse de lecture peut être déterminée de la façon suivante :
En effet, les lecteurs sont classés en trois catégories en fonction du nombre de mots lus pendant
une durée de soixante secondes (60 s).
L’étude menée par l’UQAM (ibid.) propose également une classification des lecteurs en
fonction du nombre de livres lus : il s’agit tout d'abord des « petits lecteurs » qui lisent un à
cinq livres par an. À l'opposé, se trouvent les « grands lecteurs » qui lisent 20 livres ou plus au
cours d’une année. Entre les deux, se trouvent les « lecteurs moyens » qui, eux, lisent six à
vingt livres par an. En général, les « grands lecteurs » appartiennent, pour la majorité, aux
catégories socioprofessionnelles élevées et / ou de niveau de diplôme important. Plus l’on
pratique, plus l’on devient un lecteur rapide et efficace. La lecture reste, tout de même, un
exercice fastidieux. Torailles (1991), par exemple, proscrit la lecture à haute voix qu’il trouve
« ennuyeuse et inefficace ». Il préconise ainsi la lecture silencieuse.
Dans son étude, Charmeux ([Link].) a longuement détaillé les difficultés liées à la lecture.
Elle estime que les différences constatées en vitesse de lecture sont négligeables. Elles varient
d’un à dix mots et ce, d’un individu à l‘autre, d’une part et de l’autre, tout le monde a la même
vitesse de déplacement oculaire. Expliquant le mécanisme de la lecture chez l’homme, l’autrice
fait remarquer que l’œil se fixe durant environ un tiers de seconde à un endroit du texte, se
déplace durant un quatrième de seconde au cours duquel aucune perception visuelle n’a lieu.
Puis, il se fixe de nouveau durant un tiers de seconde un peu plus loin. C’est donc au cours de
ces fixations que s’effectue le tri de détails à retenir pour construire le sens recherché par le
lecteur. Si la vitesse de déplacement oculaire est la même pour tous, la vitesse de lecture, elle,
dépend de trois facteurs, notamment : la capacité de concentration intellectuelle qui est faible
chez la plupart des adultes ; l’ampleur du champ couvert à chaque fixation oculaire et la
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
finesse de discrimination visuelle. Elle insiste longuement sur le fait que si certains lisent
jusqu’à dix fois plus vite que d’autres, c’est grâce au nombre réduit de fixation dont ils ont
besoin pour lire la même page. En d’autres termes, plus l’empan visuel est étendu, plus vite les
yeux seront au bas de la page. C’est pourquoi le lecteur rapide comprend et retient plus de
choses que celui qui est lent. Avec un empan réduit, le lecteur lent ne peut percevoir que peu de
détails à la fois. Ses fixations se touchent mais ne se recouvrent point. Il ne voit chaque détail
qu’une seule fois. Si sa mémoire n’est pas assez extraordinaire, il ne peut pas retenir grand-
chose. L’œil ne parvient pas à voir tous les détails qui n’ont pas la même importance. Il fallait
alors repérer les bons, déclare Charmeux.
Gray (UNESCO : s.d) soutient des recherches montrant que les milieux où l'habitude de la
lecture fait partie intégrante du quotidien des habitants sont plus favorables à la réceptivité des
élèves que les régions où la lecture est rare. De même, les conditions locales peuvent être
propices à l'emploi de certaines méthodes et contraires à d'autres. L'organisation et
l'équipement des écoles, la nature et l'étendue de la formation des maîtres et l'attitude des
parents et/ou des maîtres à l'égard de certaines techniques pédagogiques constituent également
des facteurs non négligeables pour l’éducation des enfants.
Les élèves n’ont pas les mêmes degrés de compréhension des textes. En effet, cette
compréhension varie en fonction de leur niveau d’étude. C’est dans cette perspective que
Tauveron (1999) assimile l'accès aux différentes strates du texte à « l'apprentissage de la
plongée sous-marine » qui se fait par paliers successifs, ménageant l'organisme. Les étapes des
grands fonds sont clairement indiquées par l’autrice. Ainsi, les élèves du cycle primaire auront
une compréhension littérale, fine. Quant à ceux des collèges et des lycées, ils sont conduits vers
les couches beaucoup plus profondes pour aboutir à l’interprétation du texte. Et comme le note
Rieuter (1996), cité par Tauveron (1999), l’évolution du réseau scolaire dépend de la croissance
de l’âge des apprenants. En termes clairs, le mode d'appropriation esthétique des textes
littéraires peut être tributaire de l’âge des élèves.
Les approches du texte littéraire que nous proposons dans cette partie sont à la fois
historiques et critiques. En d’autres termes, il est question de l’évolution de la critique au fil de
l’histoire. L’appréhension des textes littéraires relève de l’herméneutique, c’est-à-dire qu’elle
requiert une initiation en amont (avant de rencontrer le texte). Cela est nécessaire d’autant que
les finalités propres à l’enseignement du français sont la maîtrise de la langue, la connaissance
67
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
de la littérature et l'appropriation d'une culture. Ces trois finalités interdépendantes méritent une
égale attention au regard de la critique. Le B.O N° 28 (France : 2001) précise que l’enseignant
contribue, de manière significative à la constitution d'une culture par la lecture de textes issus
d'œuvres littéraires significatives. Il forme l'attention aux significations de ces œuvres, aux
questionnements dont elles sont porteuses et aux débats d'idées qui caractérisent chaque époque
dont elle en est le reflet. Par-là, le texte permet aux jeunes lycéens de construire une perspective
historique sur l'espace culturel auquel ils appartiennent.
Comme on peut le remarquer, il appert que la tâche du professeur de français est plus
ardue : il doit apprendre à l’élève la langue, la littérature et aussi la culture. Or, le texte littéraire
est le lieu où se manifestent ces trois notions. Il est donc tout à fait nécessaire, impératif et
légitime de parler des approches du texte littéraire.
Au début de la création littéraire, le public était le seul juge chargé d’apprécier les
œuvres. Le créateur n’a pas la possibilité de se défendre. Face à cette situation, les artistes ne
vont pas baisser les bras. L’idéal esthétique sera désormais leur exigence. Au fil du temps, la
critique s’est développée et s’est spécifiée jusqu’à devenir une sorte de science et même une
institution. Au demeurant, elle était détestée par les créateurs eux-mêmes. Le rôle du critique
consiste à se demander perpétuellement la finalité fondamentale de l’œuvre. A-t-elle une visée
esthétique, politique, sociale ou culturelle ? Cette forme de critique est réservée aux critiques
professionnels. À l’opposé, précisent Blachère et Sow Fall (1977), se trouve une autre activité
critique qui consiste à apprécier l’élément de sensibilité. Il s’agit d’aimer ou détester le produit
artistique. La première activité du critique serait naturellement la lecture qui permet de
connaître les auteurs. L’histoire littéraire nous apprend que c’est dans cette perspective qu’en
France Taine, par exemple, a fait connaître Henri Beyle dit Stendhal et Baudelaire, Allan Poe.
Autant la littérature est nécessaire pour la critique autant la lecture lui est collée d’où ce
triptyque : littérature - lecture - critique.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
aussi et surtout au plaisir de lire que ressent le public-lecteurs : c’est la théorie de l’effet et de la
réception. Dufays, Lisse et Meurée ([Link].), se sont intéressés à l’organisation de la critique
littéraire. Ils estiment qu’elle se subdivise en deux grandes catégories dont l’une est externe et
l’autre interne. La première tente d’expliquer l’œuvre par sa réception ou sa genèse, en
s’intéressant à l’amont ou à l’aval du texte tandis que la seconde s’intéresse à son contenu. Les
historiens de la littérature retiennent six types d’approches qui se sont succédé du moyen-âge
au XXe siècle. Suivant ces auteurs, c’est justement au Moyen-âge que l’approche exégétique
s’illustre dans le domaine religieux. Elle considérait que l’accès au sens exact nécessite des
connaissances plus ou moins savantes. Il faut attendre le XIX e siècle pour assister à la naissance
de la philologie. En France, cette approche avait pour ambition d’établir ou de rétablir le texte
dans son « intégrité », « ses variantes », « sa date », « ses sources... ». En Allemagne, par
exemple, la philologie désigne une science de la culture soucieuse de relier les documents aux
civilisations qui les ont engendrés. Chez les Romantiques allemands, une approche immanente
perçoit l’énoncé comme un système de signes clos sur lui-même et n’ayant d’autres fin que lui-
même. Au XXe siècle, cette approche a connu un succès considérable sous le nom d’analyse
structurale. Le structuralisme a longtemps été prolongé par une approche intertextuelle ou
transtextuelle qui lisait le texte comme une structure ouverte qui entretient un réseau de
relations avec d’autres textes. Pendant la même période, apparaissent les approches internes et
les approches externes. Ajoutons aussi qu’un cadre théorique de l’enseignement de la lecture ne
peut s’élaborer sans faire appel à d’autres disciplines connexes telles que la littérature, la
sociologie, la linguistique, la psychologie, la pédagogie, la didactique, etc.
[Link] Le biographisme
Dufays, Lisse et Meurée ([Link].) rapportent que c’est au XIX e siècle que remontent les
premières approches contextuelles qui perçoivent le texte comme l’expression ou le reflet d’une
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
réalité qui lui est antérieure, en particulier la vie de l’auteur et l’histoire de la littérature.
Toussaint-Dekker (1988) partage l’avis de ces auteurs en montrant dans une étude que
l’enseignement de la littérature a subi de longue date, l’influence des théories littéraires en
vigueur. Il cite l’exemple de la France où l’explication de texte s’est fondée sur le Lansonisme,
théorie selon laquelle, l’analyse d’un texte se rattache à l’œuvre, à son auteur et à l’histoire
littéraire en général. Ainsi, pour analyser un texte, le professeur tout comme les élèves doivent
tenir compte du moment où le texte a été écrit, celui où il est reçu, sa périphérie, ce qui entoure
le lecteur lui-même. Tout cela doit être pris en compte pour mieux l’appréhender. Rien n’est
fortuit. Les concepteurs des programmes du début du XXe siècle soutiennent que la
chronologie des écrivains assure une continuité historique. Pour d’autres encore, la notice
biographique est le paradigme le plus stable de l’enseignement du français. Le biographisme est
alors perçu comme un hors-texte qui pèse et oriente la lecture selon les partisans de la critique
biographique.
Pour les défenseurs de la critique thématique, le texte est considéré comme l’incarnation
de l’auteur qui l’a écrit, de sa vie spirituelle, de sa vision du monde. En d’autres termes, un
thème traité n’a de sens que s’il est relié à la conscience de l’écrivain qui est tantôt latente,
tantôt manifeste, mais dans tous les cas présente dans le texte.
La critique thématique postule la présence dans l’œuvre des thèmes qui ne sont pas les
« sujets » ou les préoccupations qu’aurait traitées un écrivain en toute conscience. Goffman,
cité par Hatier (2004), estime que si l’objectif de la formation culturelle et celui du
développement de la lecture sont isolés, l’histoire littéraire, elle, doit aller au-delà de la notice
biographique, l’instance auctoriale, au « discours d’escorte » qui précède la lecture. S’appuyant
sur les travaux de Meirieu, il admet que l’importance de l’enseignement de l’histoire littéraire
peut servir de situation stimulante. La démarche à suivre consiste à étudier les textes et leurs
auteurs en les comparant. Utilisée en Biologie (anatomie) à l’origine, le comparatisme a vite
gagné aussi la littérature. Il a l’avantage de faire aboutir à une meilleure caractérisation des
œuvres étudiées par les ressemblances et les différences, par l’appui sur une tradition ou au
contraire par la force d’innovation de l’écrivain. Au demeurant, l’étude des thèmes est très
intéressante dans la mesure où elle permet d’apprécier comment un même sujet a été traité
différemment par deux ou plusieurs auteurs. C’est le principe de la méthodologie directe où
l’élève ne reçoit pas les connaissances de son professeur mais il les induit lui-même de sa
propre étude des textes. Il s’agit là d’une méthode active.
70
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La sociocritique est une approche qui met en évidence les déterminations socio-
historiques qui pèsent sur les œuvres vu le lien étroit qui existe entre sociologie et littérature au
nom du procès du même terrain qu’elles partagent. En effet, l’un des thèmes phares de la
littérature reste la vie sociale. Dans cette même optique, des auteurs comme Bourdieu et
Passeron (1964, 1970), et avant eux Hippolyte Taine, ont toujours soutenu que les grandes
œuvres ne naissent pas in ex nihilo, de toute pièce de l’esprit d’un génie. Elles sont, au
contraire, le produit d’une société ou d’un milieu. Autrement dit, l’œuvre est à la fois le produit
du génie de l’écrivain et de la société qui l’a vue naître. L’objet de la sociocritique est donc de
définir justement la place occupée dans l’œuvre par les mécanismes socioculturels de
production et de consommation.
71
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
mieux à ses enfants. En termes clairs, ce sont les moyens matériels qui manquent à l’écrivain
pour prendre en charge l’éducation de ses propres enfants. Rousseau définit ainsi ce que seront
ses confessions en faisant de lui-même son propre préfacier : « Je forme une entreprise qui
n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes
semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. » Un peu
plus loin, il ajoute : « Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je
viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. ». Il conclue en ces mots :
« Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité ;
et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose ; je fus meilleur que cet homme-là. » Goldenstein (1988)
appartient également à cette catégorie de penseurs qui n’apprécient pas trop la critique
biographique qui, selon eux, peut avoir un impact négatif sur l’élève. Il soutient que cette
« utopie biographique » s’allonge pour les contemporains ou s’amenuise pendant les périodes
historiques. Par-delà tout, elle donne à l’artiste en général « l’image d’un individu génial,
maître de son destin » et qui, au terme de son trajet, aura marqué son époque.
[Link] La périodisation
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ténébreuse affaire de Balzac (1841). Il estime que le recours à la chronologie lui aurait évité
« cette sottise ». Un élève ouest-africain peut commettre la même erreur (l’anachronisme) en
disant par exemple que pour écrire Germinal (1885), Zola s’est inspiré des Bouts de bois de
Dieu (1960), le roman du sénégalais Ousmane Sembene alors même que Zola est mort avant la
naissance de ce dernier.
Selon Goldenstein (ibid.), la chronologie est tantôt séculaire, tantôt faite en fonction de
critères divers. Les subdivisions sont, dit-il, à « géométrie variable. » Le demi-siècle, le quart
de siècle, le tournant du siècle, les grands évènements ou la décennie constituent les principaux
repères. Au demeurant, les subdivisions sont atomisées en multiples notions : périodes, écoles,
époques, âges, courants, tendances, mouvements, générations... À titre illustratif, le XVIIe
siècle français commence non pas en 1600 qui correspond au début du siècle, mais en 1599
avec la signature de l’Édit de Nantes et prend fin non plus en 1700, mais en 1715 avec la mort
de Louis XIV, le Roi soleil. Pour ce qui est de la littérature africaine d’expression française qui
n’a qu’un siècle d’existence, elle est subdivisée en trois générations, soutient Séwanou
Dabla dans Les Nouvelles écritures africaines (1986) : le mouvement de la négritude,
l’Engagement (ou la littérature anticoloniale) et le désenchantement. Quant à Chevrier (2003),
un critique français, spécialiste de la littérature africaine, il y découvre aussi trois générations
qu’il nomme autrement : la négritude, la tigritude et la migritude (pour désigner la nouvelle
thématique de la mobilité des Africains : les mouvements migratoires de l’Afrique vers
l’Europe). Toutes ces « manipulations » ont pour but un usage didactique. C’est dans cette
optique qu’au Niger, le programme officiel de français (2015) propose d’étudier les auteurs qui
ont abordé la problématique de la société traditionnelle africaine en classe de Seconde, puis la
littérature anticoloniale en classe de Première et enfin, le désenchantement est, lui, réservé pour
la classe de Terminale. Rappelons que cette fixation de limites n’a jamais fait l’unanimité. Ces
limites sont toujours « contestables et d’ailleurs fréquemment contestées » même entre
chercheurs. Nous conviendrons bien avec Jean-Pierre Makouta Mbouka ([Link]
[Link]), lorsqu’il écrit que toute littérature est inséparable de l’histoire de la société qui la
produit. Il estime que la littérature africaine marche au rythme de l’histoire du peuple africain.
Cette littérature se présente sous les couples : « méconnaissance de la culture
africaine/revendication d’une identité ; colonisation/combat pour l’indépendance ;
Indépendances/déception du peuple et dénonciation. » Tout laisse à croire que pour mieux
comprendre la littérature africaine, il faudrait au préalable connaître l’histoire de l’Afrique. Le
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
principe de progression qui est ainsi mis en œuvre reste encore très présent jusqu’à nos jours
dans l’enseignement secondaire.
Corzani (1984) estime que les détracteurs de l’histoire littéraire n’ont pas bien compris
tout l’intérêt de cette excellente démarche. Il propose ainsi de tracer une ligne de démarcation
entre histoire littéraire et histoire des littératures. L’histoire littéraire ne consiste pas à dresser
une liste d’auteurs, d’œuvres et de dates. Il s’agit plutôt de mettre en rapport ces auteurs, ces
œuvres avec le milieu spécifique qui les a nourris, avec les mentalités, les mœurs, en un mot la
culture de ce milieu. Cependant, les partisans de l’étude intra et intertextuelle rejettent
catégoriquement cette conception de Corzani. Ils soutiennent que l’œuvre se suffit à elle-même
car tout y est. Dans la même optique, Barthes (1960) ambitionnait de rattacher l’histoire
littéraire à l’Histoire « pour réserver aux littératures les études de forme et de « psychologie ».
Mais incapable de se passer de l’Histoire littéraire, le sémioticien français s’appuyait justement
sur elle pour bâtir sa pensée. Ces auteurs considèrent l’analyse du texte comme une activité
« objective » qui ne suppose pas de différence d’interprétation.
On entend par approche interne, toute théorie qui cherche à appréhender un texte en se limitant
à son contenu. Les approches internes du texte littéraire sont multiples et multiformes. On peut
citer entre autres : le structuralisme, les approches sémiotique et linguistique, l’intertextualité,
etc.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
[Link] Le structuralisme
L’approche structuraliste du texte trouve ses origines dans les recherches du « maître
genevois », Ferdinand de Saussure (1916). Mais, dans le domaine littéraire, cette approche est
illustrée par les travaux de Roman Jakobson (1963). Les partisans de l’approche structuraliste
soutiennent que le texte est un ensemble clos sur lui-même : cette approche tient pour
négligeables les données externes : histoire littéraire, biographisme, périodisation, etc. Le
structuralisme a beaucoup contribué au renouvellement de l’approche des textes en lui
apportant notamment un souffle nouveau : une base scientifique. Suivant Eterstein et al. (1998),
l’apport principal du structuralisme est d’avoir montré que le sens est toujours un effet. La
notion même de structure repose sur l’idée que, dans un énoncé donné, un élément n’a de sens
que par ses relations qu’il entretient avec les autres. Ainsi, toute modification d’un élément
entraine une modification de l’ensemble du discours. Sans renier les avancées du
structuralisme, de nombreuses théories, conscientes de ses limites, ont cherché à le dépasser.
On réfléchit sur le rapport de l’œuvre avec les autres textes, l’énonciation, la sémiotique, etc.
Née au début du XXe siècle, la sémiotique est, selon Dufays, Lisse et Meurée ([Link].),
l’œuvre des formalistes russes et des structuralistes tchèques qui ont dominé la scène littéraire
jusqu’aux années 1960. En France, c’est surtout Todorov, Genette, Barthes, Greimas… qui
vont apporter une révolution dans l’approche des textes. La sémiotique s’inscrit ainsi dans la
droite ligne du structuralisme. Actuellement, on distingue trois « dimensions » de la
sémiotique : la sémantique, la syntaxe et la pragmatique. Selon Eterstein et al. ([Link].), le mot
texte vient d’un verbe romain (latin) texere qui veut dire tisser ou textus, ce qui est tissé. La
sémiotique littéraire attribue au mot texte trois significations différentes : le texte est d’abord ce
qui est écrit, il dénote ensuite l’idée proférée (parlée), et enfin texte signifie des idées
exprimées par des signes non verbaux. Toujours selon cette théorie, l’œuvre littéraire a deux
aspects : c’est un signe matériel polysémique et interprétatif d’une part et de l’autre un objet
esthétique. La théorie sémiotique est donc conçue pour rendre compte des articulations du
discours conçu comme un tout de signification. Pour mieux maîtriser ce « tout de
signification », il faut le segmenter en un certain nombre d'unités formelles : ruptures spatiales,
temporelles, actorielles, etc.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Mais, faut-il le préciser, même si le texte peut être interprété de différentes façons,
toutes les interprétations ne sont pas admises. Certaines peuvent entrer en contradiction avec le
contenu même du texte car le texte est constitué d’une multitude de signes. De ce fait, le sens
n'est pas donné facilement. Il se construit dans la relation entre le texte, le lecteur et
l'expérience sociale et culturelle dans laquelle celui-ci s'inscrit. Le sens du signe est, selon
Greimas (1966, 1970, 1976), tellement important qu’il ne peut pas ne pas être articulé.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les textes longs en parties tout en attribuant un titre à chaque partie. Cette dissociation des
parties est justifiée par le sens. La sous/partie s’appelle séquence : c’est la segmentation. Elle
est fondée sur le principe que tout objet intelligible se prête à l’analyse. La sémiotique part du
principe selon lequel le texte ne peut s’appréhender dans sa totalité en même temps. Les
séquences ainsi obtenues à l’issue de cette division constituent, avec les ruptures, les éléments
fondamentaux du rythme d’un long texte. L’unité sémantique ou thématique de la séquence et
la situation (l’actorialité, la spatialité et la temporalité) constituent les critères fondamentaux.
Avec Peytard (1988), le lecteur apprend qu’il est facile de découvrir le sens du texte. Il
soutient que celui-ci est là sous les yeux du lecteur et qu’il suffit tout simplement de l’extraire
de la « gangue discursive » où il se cache. Mais, cela n’est pas évident surtout pour des élèves
dont le français n’est pas la langue maternelle. L’auteur semble persévérer dans son analyse en
précisant que l’opération consiste simplement à repérer « les lieux où les ambiguïtés, les
connotations, les bifurcations, affleurent ». Il propose de lire le texte dans sa variance en
s’installant non pas dans sa « linéarité » mais plutôt dans sa « tabularité ». Les « entailles » sont
à construire dans leurs relations et partant de celles-ci, produire des hypothèses d’analyse de
lecture à conduire sur d’autres régions du texte. Certes, ce cheminement n’est pas prescrit au
départ mais « il se trace à la trace des traces », insiste Peytard. Et, ces « entailles » du texte
peuvent se présenter sous différentes formes : scriptovisuelles (titraison, typographie, etc.),
syntaxiques (pronoms personnels, contrastes de temps verbaux, ruptures de discours relatés,
etc.), para grammatiques (inscriptions insistantes de grapho-phonèmes).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Suivant Eterstein et al. ([Link].), les détracteurs de la sémiotique lui reprochent d’avoir
eu souvent cette maladresse de se présenter comme un modèle global de la production du sens
dans le texte littéraire. Elle se targue de donner une définition du sens susceptible de convenir à
l'ensemble des pratiques signifiantes qu'elle examine. Or, chacune d’elle constitue un objet de
connaissance pour des disciplines spécifiques comme la philologie, la critique littéraire, la
rhétorique, etc. Il ne revient aucunement à la sémiotique d’apprendre à chacune des disciplines
avec lesquelles elle collabore ce qui est significatif dans son propre domaine. En revanche, elle
est en mesure d'indiquer en quoi tel problème, dans telle discipline, fait écho à tel autre, dans
une autre. Elle propose donc des passerelles pour des échanges d'hypothèses, d'instruments
conceptuels et de solutions. S'agissant des études littéraires, les questions qui se posent ne sont
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
pas d'emblée sémiotiques. On peut citer entre autres : la cohérence du texte, la focalisation,
l'affectivité, l'intertextualité, les figures de rhétorique, le genre, le style, etc. Ce sont là des
notions, des questions ou des problématiques élaborées dans le champ littéraire souvent en
interaction avec d'autres champs. Finalement, la sémiotique ne peut en aucun cas prétendre
résoudre tous les problèmes de sens.
Le CECRL (2000) rappelle que la compétence linguistique est décrite par ses
composantes : lexicale, grammaticale, sémantique, phonologique et orthographique.
L’approche linguistique du texte s’intéresse à toutes ces notions. Halté (1999) et Tifour (2013)
partagent cette conception du CECRL. Ils soutiennent que le texte littéraire est une « création
artistique basée sur la théâtralisation des éléments linguistiques ». De là, résulte l’intérêt pour le
critique littéraire d’exploiter ces différents éléments. La langue entretient des rapports très
étroits avec la littérature. Certains critiques estiment d’ailleurs que toute explication littéraire
du texte est d’abord et avant tout une explication grammaticale. Et une étude grammaticale
consiste justement à « étudier dans une belle page de français la valeur expressive des mots et
des tours ». La connaissance des outils linguistiques facilite ainsi la compréhension des textes
littéraires car la grammaire est perçue comme étant l’internet de la langue. C’est à travers elle
que l’on peut s’aventurer dans le texte. Dans une étude, Puren (2013) a longuement insisté sur
la distinction entre les différents types de grammaires en didactique des langues-cultures. Ainsi,
la grammaire classique s’intéresse à la phrase, la grammaire textuelle à tous les phénomènes
qui apparaissent dans le cadre d’un ensemble de phrases orales ou écrites qui forment un
« texte ». Ces deux grammaires s’intéressent aux règles internes de fonctionnement de la
langue. Quant à la grammaire de l’énonciation, elle se focalise sur la manière dont
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Par temps linguistique, il faut comprendre les temps verbaux qui sont utilisés,
naturellement, dans un texte. Suivant Weinrich (1989), le texte en situation est pour la
linguistique textuelle la donnée première. C’en est le point de départ dans sa démarche
analytique et aussi le point d’arrivée de toute synthèse finale, puisque la linguistique textuelle
veut rendre apte à utiliser la langue dans les textes. Mais, l’honneur revient à Bernard
Combettes (1983), d’avoir inauguré, dans le cadre de ses travaux sur l’anaphore, une
grammaire textuelle fondée sur le principe de la continuité du sens. En effet, les temps verbaux
sont interprétables à partir d’un « présent » qui « coïncide avec le moment de l’énonciation ».
Le présent est proprement la source du temps, écrit Benveniste (1966, p.83). Il est cette
présence au monde que l’acte d’énonciation rend seul possible… Ce présent est noté, en
linguistique, T0, point de repère à partir duquel le passé (noté T-1) et le futur (T+1) sont
« présentifiés ». Suivant ce grammairien français, tout texte joue sur une dualité
temporelle notamment le temps du récit et celui du discours. Temps narratif, le passé simple
marque un énoncé dit « factuel » car il réfère à un fait d’observation ou de perception. Le
présent est, lui, commentatif car il renvoie à un commentaire du fait rapporté par l’énoncé
précédent.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Mais, Weinrich (1988) propose une autre classification des temps qu’il distribue en
deux listes : les temps commentatifs (le passé composé, le présent et le futur) et les temps
narratifs (le plus-que-parfait, l’imparfait, le passé simple, le conditionnel et le passé antérieur).
Cette bipartition des temps facilite la distinction entre une énonciation « narrative » et une
énonciation de forme « commentative », qui marque forcément l’intervention critique du
narrateur. D’aucuns parlent de conceptions objectivantes et de conceptions subjectivantes. Loin
de s’exclure, ces deux énonciations sont complémentaires l’une de l’autre, c’est-à-dire qu’elles
sont associées l’une à l’autre dans une séquence textuelle. Mais Benveniste ([Link].) rejette le
temps verbal du futur au profit d’un temps périphrastique : le prospectif. La connaissance de la
valeur des temps verbaux en tant qu’outils d’analyse du texte littéraire peut faciliter à l’élève un
exercice scolaire comme le commentaire composé qui se fonde sur une lecture méthodique
solide.
Collinot et Mazière ([Link].) mettent en garde contre une utilisation exclusive des
théories linguistiques lors de l’analyse des textes. Ils estiment que ces théories ne sont pas
immédiatement « monnayables » en cours à dispenser aux élèves, c’est-à-dire traduisibles en
pratiques pédagogiques. Il s’agit plutôt de fragments de savoirs en contact avec d’autres formes
de savoir notamment la psychologie cognitive, la sociologie, la psychanalyse, la poétique, la
sémiotique, etc. Ils insistent sur le fait qu’aucune linguistique ne peut prétendre à une maîtrise
absolue de la langue et des langues. Au contraire, chacune d’elle découpe son territoire dans le
champ du langage. Ces auteurs font remarquer que du côté de la grammaire, l’on assiste à un
tiraillement entre « tradition et modernité, entre héritage et innovation ». Ils plaident pour une
grammaire qui fait la synthèse entre acquis anciens et emprunts linguistiques nouveaux.
Dans une étude, Halté (1992) souligne que c’est la démarche applicationniste qui
complète l’application didactique. Le didacticien français précise que parler de linguistique
appliquée à l’enseignement ne signifie pas qu’on enseigne la linguistique mais que l’on
applique tel ou tel de ses concepts, de ses outils, de ses méthodes. Il estime qu’apprendre à lire
nécessite des capacités dans la maîtrise des univers de discours, la compréhension des mots,
comment comprendre un discours afin de l’interpréter, comment reconstruire les implicites qui
le cadrent, etc. La tâche devient ainsi plus ardue pour le lecteur qu’il soit enseignant ou
apprenant. La connaissance de ces théories linguistiques est donc un passage obligé pour
décortiquer le sens et la signification réelle et profonde des textes littéraires. À ce titre, les
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Cette partie de la grammaire a pour objectif de faciliter l’accès au texte. Fondée sur la
compréhension et l’interprétation du sens, elle met en place un dispositif constitué d’éléments
empruntés pour partie à l’énonciation, pour partie à la morphosyntaxe et pour partie à une
sémantique pragmatique. Suivant Collinot et Mazière ([Link].), c’est dans les années 1970,
avec notamment la vogue du structuralisme, que cette grammaire fait une entrée fracassante
dans l’apprentissage du français à l’école : plus jamais d’analyse de phrase hors contexte. Au
sens de Benveniste ([Link].), le discours ne saurait être analysé que par rapport au système de la
langue. Le texte apparaît ainsi comme le lieu privilégié d’où l’on observe concrètement « les
manifestations de la langue » et du sens. L’analyse de la phrase en contexte telle que
recommandée par la grammaire des textes, a conduit à une extension du champ d’observation
des phénomènes linguistiques.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les verdictifs font état de ce qui a été prononcé par voie officielle : acquitter, soutenir
(en vertu de la loi), décréter que…;
Les expositifs stipulent que le locuteur expose, explique sa façon de voir, clarifie
l’emploi et la référencé des mots : affirmer, remarquer, renseigner,
témoigner, accepter
Source : Collinot et Mazière (1999).
La maîtrise de cette classification peut aider donc l’analyste à mieux appréhender son texte.
L’on peut ainsi reconstruire dans une énonciation une hypothèse pragmatique engageant un
émetteur et son récepteur dans une logique d’action que l’on peut appeler contrat de
communication.
Les conclusions d’une étude, rapportées par Langrey-Javal et al. (2000), sont assez
édifiantes. Un questionnaire est adressé par des lycéens d’une classe de seconde de la banlieue
parisienne à une dizaine de romanciers vivants dont ils avaient lu un roman. Un premier item a
porté sur l’inspiration de l’écrivain. Les réponses données par les uns et les autres étaient très
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
variées. Ainsi, par exemple, l’auteur algérien Rachid Boudjedra dit écrire pour ne pas « se
suicider » et dans le même temps émouvoir et donner du plaisir à son lectorat. Jean Patrick-
Manchette (2000) déclare qu’il écrit par passion tout en reconnaissant que la fonction de
l’écrivain est historiquement variable. Quant à Antonine Maillet, il dit avoir été écrivain depuis
le « ventre de sa mère ». Un deuxième item a concerné l’identité du public-cible. À ce propos,
Salle neuve (2000) reconnaît qu’on n’écrit pas pour soi-même mais forcément pour l’Autre, «
celui qui n’est pas moi », ce « toi » imaginaire. Mais Manchette dira qu’il ne sait pas pourquoi
il écrit et sans doute il le « sait de moins en moins ». Boudjedra relativise la réponse de
Salleneuve (2000) en estimant qu’on écrit d’abord pour soi et une fois que le livre est publié, il
devient la propriété des lecteurs « voraces » qui l’attendent quelque part dans le monde même
s’ils ne savent pas d’où il sortira. Beaucoup plus modeste que ses pairs et connaissant aussi la
faiblesse du pouvoir d’achat de son public, Manchette dit avoir choisi de publier dans une
collection bon marché et dans un genre littéraire mineur pour que ses lecteurs puissent avoir
facilement accès à ses livres. Son objectif est donc d’atteindre le maximum de lecteurs
possibles. En effet, la communication n’a lieu que si un pacte s'établit entre le producteur et le
(s) récepteur (s). Cette situation permet au texte de s'instituer et de se faire admettre par ses
destinataires supposés. Le lecteur doit suivre les traces explicites pour enfin en arriver à
l’implicite, il ne faut surtout pas négliger ce qui est apparent, sous prétexte qu’il est mis en
évidence car c’est « à partir du patent qu’on arrive au latent » pour combler ainsi ce qu’on
appelle les « vides sémantiques ».
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
encore dans Les Confessions (1770) de Rousseau : « Je veux montrer à mes semblables un
homme dans toute la vérité de la nature et cet homme, ce sera moi ». Les auteurs annoncent
aux lecteurs un avant-goût du contenu de leurs œuvres, une façon de les mettre en confiance et
les inviter indirectement à la lecture.
Les critiques estiment qu’il y a une complémentarité entre l’auteur et le lecteur. C’est
dans ce sens que la méthode scientifique recommande d’étudier le texte non seulement à partir
de l’auteur mais aussi du point de vue du lecteur. À l’image de Weinrich, Bertrand et
Ploquin (1988) se réjouissent du fait que le statut du lecteur est désormais pris en compte dans
l’approche des textes. Autrefois, « parent pauvre » de l’analyse, le lecteur se retrouve
aujourd’hui au cœur des débats didactiques. Il n’est plus un simple récepteur et destinataire
passif de la communication mais « une instance valide et incontournable dans la construction
du sens du texte ». Il se définit par la relation particulière qu’il entretient avec le texte qu’il lit.
En réalité, dès les années 1970, des auteurs occidentaux ont montré que le sens du texte est
certes dans le texte mais aussi dans le lecteur. Nisin (1959) par exemple, cité par Weinrich
(1988.), soutient que le livre n’existe que sur des « pages imprimées » et tant qu’il n’est pas lu,
le texte est un produit inachevé, un message purement virtuel. Seule la collaboration active du
lecteur peut transformer le texte en « système ordonné de significations ». Weinrich ([Link].)
déclare que l’auteur, après avoir jeté son livre en « pâture », se cache quelque part pour
regarder le lecteur « vivre et aimer, souffrir et mourir ». Et la fierté du lecteur réside justement
dans son travail à parcourir le texte ligne après ligne pour découvrir le sens. On peut même dire
que l’auteur est au service du lecteur. Quant à ce dernier, il devient dépendant de l’auteur
auprès de qui il attend une consolation certaine, au nom de la fonction thérapeutique de la
littérature. L’œuvre littéraire est donc jugée en fonction des effets qu’elle vise et pense être en
mesure de produire.
Selon Weinrich ([Link].), l’esthétique de l’effet a plusieurs fois été montrée par
Wolfgang Iser. Mais, c’est Allen Poe qui l’introduit dans la littérature européenne au XIXe
siècle concurrençant ainsi l’influence romantique en vogue à l’époque. Blachère et Sow Fall
([Link].) ont montré aussi que pour les classiques français, « vouloir plaire, réjouir, émouvoir,
ou instruire » va de soi. Ils précisent que la poétique aristotélicienne est aussi une esthétique de
l’effet car elle provoque la pitié chez le spectateur de la tragédie quand deux amis ou deux
frères se battent avec l’épée. Par contre au cas où l’auteur fait battre l’ennemi avec l’ennemi,
cela ne suscite aucune réaction de pitié particulière chez le lecteur. La tâche du professeur de
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
langue est donc de rendre l’élève bienveillant, attentif et docile. Il doit capter son attention, le
motiver de cette façon pour faciliter la transmission des connaissances. Chez les partisans de la
sociologie littéraire comme théorie de recherche, chaque œuvre littéraire porte en lui l’image de
son lecteur qui devient ainsi un personnage de cette œuvre. C’est la raison pour laquelle,
nombre d’auteurs attribuent des titres métonymiques à leurs œuvres. En général, ils
s’intéressent à la foule dans leurs titres : Les misérables ou Le dernier jour d’un condamné de
Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer de Charles Baudelaire, etc. sont des exemples
illustratifs. Aux conditions spécifiques de certaines époques historiques, sont liés des types
spécifiques de lecteurs et dans la même logique, l’on peut dire que le livre est écrit en fonction
du goût du lecteur. Au lieu de « réception de l’œuvre », l’on parle souvent « d’horizon
d’attente ». Ce concept est un néologisme de Kharl Mannheim, introduit dans la science de la
littérature par Robert Jauss (1978, p.25).
Avant Jauss, Sartre (1948) a abordé la même question. Il soutient que la lecture et
l’écriture sont deux phases d’un seul et même processus : seule une partie de la création
appartient, en réalité, à l’écrivain car l’autre partie est le fruit du lecteur. Il serait faux de croire
que l’auteur puisse écrire pour lui, tout seul, insiste l’existentialiste français. Le fait d’écrire est
un « appel » qui scelle incontestablement un « pacte de générosité entre l’auteur et le lecteur ».
Dans ce contrat « fictif », dit Sartre, « tous deux sont libres », l’un d’écrire son livre ou non et
l’autre de lire l’écrit d’Autrui ou non. Si tous deux décident d’être libres, alors ils s’engagent.
Sartre vient de poser ainsi, de manière fort très intéressante l’épineuse question de la littérature
engagée, très discutée au XXe siècle en France. On se rappelle qu’en tant que français de souche
il avait apporté son soutien aux écrivains de la négritude, dans leur lutte pour la reconnaissance
des valeurs nègres.
Weinrich ([Link].) rappelle que, tout comme l’écrivain, le lecteur doit être aussi engagé
car l’auteur est un individu isolé alors que le lecteur est un groupe social capable de faire
bouger la société. Et, toujours pour revenir aux auteurs africains dans le contexte de la
colonisation, ils écrivaient pour inciter les peuples noirs à la révolte. L’écrivain était au service
de son peuple, comme en témoigne cette formule lapidaire de Césaire (1939, p. 22), symbole de
son engagement : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche et ma
voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. » Quels sont donc ces malheurs
qui n’ont point de bouche ? Comment l’écrivain peut-il être le porte-parole d’un peuple muet et
opprimé ? Ainsi, dans le poème intitulé « Debout la négraille », Césaire invite ouvertement les
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Noirs à se lever contre leur oppresseur, l’Homme blanc pour conquérir leur liberté : « Debout la
négraille, debout et libre ».
Sartre (ibid.) regrette que les relations entre l’écrivain et son public-lecteur étaient
meilleures dans les siècles passés qu’en son temps. Il estime que l’avenir des Lettres est sombre
dans la mesure où il dépend en grande partie des prolétaires qui seraient inéluctablement le
public adéquat au XXe siècle. Malheureusement, ces ouvriers ne savent pas lire la « belle
littérature ». Or, la tâche de l’écrivain consiste à amener la classe ouvrière à lire en galvanisant
les foules en grand nombre, au risque bien sûr d’être censuré, emprisonné ou assassiné. En
effet, lorsqu’elle est bien reçue par le public lecteur, l’œuvre littéraire atteint le titre de chef-
d’œuvre. On a dit de lui qu’il est immortel car il traverse tous les siècles. Mais Jauss ([Link].)
nie l’existence d’une œuvre qui ne s’éteint jamais. Il souligne qu’aussi grande qu’ait pu être au
départ la force provocatrice d’une œuvre littéraire, elle meurt à petit feu à mesure que le temps
passe car le temps dévore tout. En effet, la provocation initiale par laquelle l’œuvre autonome
contestait l’autorité de tout ce que la littérature avait produit auparavant sera, à la fin, victime
de la ruse de la tradition. Peu à peu la négativité originale inhérente à l’œuvre s’estompe et
c’est en ce moment que le temps l’élève au temps de canon classique. Écrire l’histoire de la
littérature, c’est écrire ce dialogue entre lecteurs d’époques différentes et les œuvres littéraires.
Pour Sarraute (1959) les phrases du roman sont un « appel » au lecteur et elles demeurent
incomplètes s’il n’y apporte pas sa « réponse ». Cela engage le lecteur et l’oblige ainsi à
coopérer avec le l’auteur, en tant que coauteur, à participer ainsi à la création littéraire. Elle
précise dans le même temps que le lecteur est maintenu à une certaine distance par rapport aux
évènements et au récit.
Dufays, Lisse et Meurée ([Link].), rappellent que dans le contexte allemand, l’on
distingue théorie de l’effet et théorie de la réception. Toutefois, même si elles ont tendance à
s’exclure mutuellement, les théories de l’effet et de la réception se présentent parfois comme
complémentaires. On passe sous silence le rapport auteur/lecteur sur le plan de la
« Communication », chapitre phare des programmes d’enseignement du français. Faut-il le
rappeler, sur le plan linguistique, l’émetteur et le récepteur doivent avoir forcément le même
code linguistique. Autant le premier encode autant le second décode. Ainsi, Collinot et Mazière
([Link].) soutiennent qu’il résulte de ce modèle que la communication n’aura véritablement lieu
qu’à partir du moment où le décodage a été réalisé.
Synthèse partielle
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C’est après avoir lu et compris le texte que le lecteur peut procéder à son interprétation.
Nombre d’élèves et même des professeurs (de langue et littérature) ont du mal à interpréter un
texte littéraire. C’est ce que rappellent Bertrand et Ploquin (1988) : la littérature forme, selon
ses détracteurs, « un bloc étanche, qu’elle est monopoliste, qu’elle paralyse les étudiants en se
présentant comme le vecteur impérial de la culture. Elle fausse également les réalités culturelles
de la langue ». Les auteurs rejettent en bloc cette mise en accusation de la littérature et
soutiennent qu’un tel « bloc » est en réalité une simple fiction qui n’a aucun fondement. Ils
estiment que ces détracteurs des Lettres n’ont pas encore compris ce qu’est la littérature. Son
élasticité fait en sorte qu’elle est disponible à tous les usages qu’on veut bien en faire. Mais,
une fois dispersé en pratiques distinctes, le texte perd son « aspect massif, élitiste et
terrorisant ». Il ne sert point de moyen pour humilier l’étudiant le jour de l’examen.
Les travaux de Tauveron (1999) sur l’interprétation des textes sont d’une pertinence
rare. Suivant cette autrice, l’interprétation consiste à « spéculer » et le lecteur « mise pour
posséder le texte ». Cette activité de spéculation exige qu’on sorte du texte pour fouiller dans sa
mémoire affective et culturelle, intra scolaire (intra et extra-disciplinaire) et sa mémoire extra-
scolaire. L’exercice consiste donc à mobiliser ses souvenirs livresques en établissant des ponts
entre ses lectures. Ainsi, l’apprenant doit-il disposer d’un certain nombre de préalables dont
entre autres des compétences de décodage, des compétences linguistiques, textuelles,
référentielles, stratégiques, culturelles, etc. Toutes ces compétences doivent être mobilisées
simultanément pour mieux appréhender un texte. Au demeurant, l’interprétation ne connaît pas
de frontière entre les différents niveaux d’enseignement. Elle n’est pas seulement un processus
second supérieur à la compréhension réservée aux grandes classes ayant cru avoir appris à
comprendre dans les petites classes. Il s’agit plutôt d’un processus intégré dialectiquement à la
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ducrot (1980) distingue pour sa part : sens et signification. Le sens est selon lui
uniquement ce qui apparaît ouvert, public, ce qui est présenté par le locuteur, dans l’énoncé. Il
est perceptible à la surface des énoncés déployés en discours dans l’espace public de
l’énonciation. Le sens relève du dire sous la forme d’un dit, c’est-à-dire des formes
linguistiques de l’énoncé, ses unités lexicales et leur agencement syntaxique et argumentatif. Il
pense que l’interprétation du sens d’un énoncé se fait en deux modes de saisie de l’énoncé,
selon l’ordre conjoint du dit et du dire. La signification se trouve, elle, au-delà du dire, elle est
indirecte. Les significations indirectes, construites par l'herméneute, n'ont pas le même statut
que les significations littérales.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Il est souvent nécessaire de recourir à la civilisation pour mieux appréhender les textes
littéraires ou pour approfondir certaines informations transmises par ceux-ci. Cela permet
de mieux percevoir l’autre et mieux de le comprendre. La compréhension et la perception
de soi et de l’autre, à travers la littérature, peuvent être liées à la compréhension et à la
compétence en interprétation des textes littéraires.
La connaissance de la culture de l’écrivain est une potentialité qui permet de mieux faciliter
l’interprétation des textes littéraires. Cependant, la question qui se pose par la suite est celle du
degré de liberté donnée aux jeunes lecteurs. Toutes les interprétations sont-elles acceptables ?
Certainement non, car certaines peuvent être fausses. Le lecteur a donc l’obligation de se laisser
« diriger » par le texte, sans tomber dans le subjectivisme qui n’a rien à voir avec ce que « le
texte dit, propose ou suggère ». C’est dans cette optique que Todorov (1984) plaide pour une
critique dialogique qui est- selon lui- « peu commune en littérature où l’on pense qu’il suffit de
contempler et d’admirer ». Tauveron (1999), en sa qualité de chercheuse patentée, préconise
l’initiation à l’interprétation des textes à tous les niveaux :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
senties » par lui. Or, pour accéder au texte, il est des passages obligés par d’autres textes. Cette
culture s’acquiert par accumulations de contacts répétés : elle ne pourra jamais ressortir à un
enseignement. Et enfin, on peut relever les difficultés qu’il a pour pénétrer les réseaux
connectifs qui nécessitent une connaissance affinée du fonctionnement de la langue et de la
diversité des champs socioculturels. Tauveron ([Link].) situe les difficultés à un autre niveau
même s’il y a des points de convergence entre les deux auteurs. Ainsi identifie-t-il quatre types
d’obstacles à la compréhension/interprétation du texte littéraire. Il s’agit notamment des
problèmes de compréhension non programmés, dépendant du lecteur et des problèmes du point
de vue cognitif et/ou culturel auxquels s’ajoutent les problèmes de compréhension
programmés, dépendant, eux, du texte. L’autrice française remarque que le texte littéraire a du
jeu et le sens du jeu. Pour ce faire, il réclame un partenaire pour que se joue réellement la partie
et que se parachève l’intention. Elle prévient qu’il existe dans toute littérature des récits ainsi
résistants et parmi ces récits résistants il y a des récits réticents. Au sens propre, un texte
réticent est un texte qui en dit moins qu’il ne devrait dire, « criblé qu’il est de béances à
combler », ajoute-t-elle.
Les problèmes d’interprétation programmés délibérément par le texte sont cités par
l’autrice en troisième position. Elle précise aussi qu’à côté des textes réticents » se trouvent
« les textes proliférants » qui en disent plus qu’ils ne devraient dire : ils sont ouverts à la
pluralité des interprétations. Certains auteurs recommandent les textes « proliférants » au
détriment des textes « réticents » du moment où ils permettent une pluralité d’interprétations.
Le quatrième et dernier point concerne les problèmes d’interprétation programmés,
délibérément par le lecteur lui-même. Selon Tauveron ([Link].) le lecteur-analyste peut rendre
le texte plus résistant qu’il ne paraît au premier abord en le problématisant lui-même. Pour ce
faire, il doit emprunter le sens inverse de l’opération qui consiste alors non pas à « rendre
transparente l’opacité » du texte mais plutôt « d’opacifier la transparence ». C’est à ce titre là
seulement qu’on atteint la forme la plus valorisée de la lecture littéraire. Il convient donc pour
le lecteur-élève d’aller de la compréhension littérale à l’interprétation en passant par la
compréhension fine. L’interprétation, niveau symbolique du texte, se situe dans la
compréhension. À cet effet, il faut chercher à dégager la morale, l’enseignement qu’on peut
tirer du texte, sa portée symbolique. Eu égard à l’ambiguïté et la polysémie du texte, le lecteur
peut imaginer une multitude de détails qui ne sont pas fournis en creusant dans la profondeur
du texte, en faisant des inférences, en fouillant dans sa mémoire. C’est de l’interprétation que
naît le plaisir de lire du lecteur. Todorov (1964) estime qu’il ne suffit pas seulement de
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
« contempler et d’admirer » le texte littéraire. Il faut chercher alors son sens, sa signification
profonde. Ricœur (1965), cité par Tauveron (2015), distingue compréhension et interprétation :
tout signe est porteur de la fonction signifiante qui fait qu'il « vaut pour autre chose ». Mais
comprendre n’est pas interpréter car l'interprétation se réfère à une structure intentionnelle de
second degré. Elle suppose qu'un premier sens est constitué où quelque chose est visé à titre-
premier. Et, ce quelque chose renvoie à « autre chose qui n'est visé que par lui ».
L’analyse de Gervais (1993)) est plus laconique. Il pousse beaucoup plus loin son analyse
en montrant qu’en fonction du « mandat » qu'il se donne, le lecteur peut adopter, face à un texte
littéraire, deux « régies de lecture » : comprendre plus ou progresser davantage. La lecture-en-
progression correspond à la borne inférieure et la lecture-en-compréhension à la borne
supérieure. Cette dernière est fondée sur le projet d'accroitre la compréhension du texte.
L’auteur assimile l'accès aux différentes « strates du texte » à l'apprentissage de la « plongée
sous-marine » par paliers successifs qui ménagent l'organisme. Les étapes qui jalonnent la
descente vers les grands fonds sont clairement indiquées. Il précise, à cet effet, que les plus
faibles en lecture progresseront en surface tandis que les élèves de niveau supérieur exploreront
les couches superficielles (compréhension fine). Il revient au collège et au lycée d'accompagner
les élèves dans les couches profondes : pour marquer la rupture, on parle alors d'interprétation
du texte. Reuter (1996) aborde dans le même sens que Gervais en faisant le lien entre
compréhension de texte et âge des apprenants. Il soutient que « plus l'âge des élèves est élevé,
plus le réseau scolaire est noble et plus on se rapproche du mode d'appropriation esthétique des
textes littéraires ». Et à l'inverse, moins le réseau scolaire est « noble », moins l'âge des élèves
est élevé, moins la visée d'apprentissage est d'ordre littéraire. Notre hypothèse est donc qu’une
lecture littéraire lucide se doit de mobiliser et combiner de manière équilibrée ces trois sources
de signification : les sens intentionnels voulus par l’auteur, les sens partagés et les sens
« projetés » plus ou moins volontairement par le lecteur.
La classe est un espace physique spacieux ou exigu, plus ou moins équipé pour
l’enseignement/apprentissage de la langue seconde. On y trouve des tables et des chaises pour
les apprenants, un bureau pour le professeur, un tableau qui sert de support pour l’écriture.
Dans cet espace se joue un jeu, un « duel aux effectifs inégaux » : l’enseignant d’un côté et les
élèves de l’autre. Mais tous les « joueurs » poursuivent le même but : acquisition des nouvelles
connaissances par les élèves. Suivant Cicurel (1996), c’est le professeur, interactant expert, qui
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
vérifier dans le texte (et/ou à rechercher dans les images) ce qui interdit ou permet
l’interprétation proposée.
Réservée à un cadre ésotérique, l’interprétation des textes, depuis les textes religieux,
n’a jamais été facile. Aujourd’hui, elle est devenue un objet d’enseignement qui occupe une
place centrale dans l’enseignement des langues qu’elles soient secondes ou étrangères. En effet,
dans le processus d’exploitation du texte littéraire, la découverte du sens du texte se déroule en
trois étapes : la compréhension, l’interprétation et l’application. Collinot et Mazière (1999,
p.68) apportent cette précision à propos de l’interprétation :
En deçà de ce que le texte dit, il y a ce que son auteur veut dire et sous-entend. Sous la
lettre, il y a l’intention. Sous la surface des mots, il y a la profondeur des émotions.
Derrière le sens auquel s’attache la glose, il y a les sentiments, plus ou moins cachés.
Quoi de mieux qu’une bonne lecture pour rendre audibles les nuances d’une composition
littéraire ? Plus qu’une oralisation, la lecture est une vocalisation du texte. Elle est son
interprétation, au sens musical du terme. Sans cette interprétation, le texte a une existence
incomplète.
Cet extrait montre que le texte littéraire se prête à une interprétation plurielle qui varie en
fonction du texte lui-même, du degré de culture du lecteur, etc. La compréhension du texte est
la porte d’entrée dans l’interprétation. Elle n’est pas aussi facile qu’on puisse le penser. Il ne
suffit pas de savoir lire, de décoder un texte pour comprendre le sens. Aussi faut-il distinguer
compréhension en surface et compréhension en profondeur. En effet, plusieurs facteurs
linguistiques et extralinguistiques entrent en ligne de compte dans l’appréhension du texte
littéraire. Différentes recherches indiquent que l’intérêt du lecteur, ainsi que ses connaissances
sur le sujet et sur la structure de textes facilitent la compréhension. Ces données sont
notamment utiles pour le professeur quand il doit choisir et présenter des textes littéraires. Pour
ce qui est de la lecture des œuvres intégrales, Besse (1988) pose quatre conditions comme
préalables à la compréhension du texte. La première condition est de disposer du temps qu’il
faut pour « parcourir des yeux et parfois de la voix, ligne après ligne, ces milliers de sillons que
(sic) constituent un roman ». L’auteur (ibid.) fait allusion à l’activité Proustienne de la lecture :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
On voit le jeune Proust lire « deux grandes heures avant le déjeuner » », « reprenait tout
de suite » après, s’interrompait à peine pour le goûter, et « quelque fois à la maison dans
(s)on lit, longtemps après le dîner, les dernières heures de la soirée abritaient aussi (s) a
lecture, mais cela, seulement les jours où (il) étai (t) arrivé aux derniers chapitres d’un
livre. » C’est pourquoi les charmantes lectures qui marquent à proprement parler
l’adolescence sont souvent des lectures de vacances. Besse (1988, p.57)
Comme on le constate, pour lire, il faut disposer du temps matériel. Cela veut dire qu’une
lecture ne se fait pas à la hâte. L’environnement du lecteur vient en deuxième position. Le loisir
de lecture nécessite une « appétence de l’âme » et des sens. La sensibilité est donc la troisième
condition pour lire un texte. Enfin, la compréhension du texte lu est la quatrième et dernière
condition dans le processus de lecture et d’interprétation. Encore faut-il comprendre le sens
littéral du texte, son sens évoqué ou le message que l’auteur veut faire passer. Pour ce faire, le
lecteur doit aller « à l’auteur pour atteindre sa pensée », non pour « trouver la sienne ». Une
fois que tous ces facteurs sont réunis, l’interprétation du texte est bien possible et même facile.
Nataf (1988) ajoute qu’une fois la première lecture achevée, l’échange a déjà eu lieu entre la
pensée de l’auteur et celle du lecteur. Mais cette relation n’est ni stable ni fixe. Dès la première
lecture, les « représentations formées » se trouvent progressivement confirmées ou
abandonnées, la mémoire de ce qui est déjà déchiffré vient structurer le texte en train d’être
découvert pour contribuer à la cohérence de la lecture de l’œuvre entière. L’auteur précise que
l’instabilité peut conduire le lecteur à une relecture et celui qui relit une œuvre ou pense à une
œuvre déjà lue n’est déjà plus le lecteur qu’il était auparavant. Il en sort autre. Tout se déroule
sous l’œil attentif du professeur dont Tauveron ([Link].) décline les attributions lors de
l’interprétation : favoriser le retour métacognitif sur le travail interprétatif, faire comparer les
voies empruntées par les élèves pour accéder à une signification, déterminer les lieux où le
texte contraint, repérer les zones qu’il laisse indéterminées ou incertaines, et voir comment
elles ont été remplies. L’objectif visé est d’amener les élèves à apprendre à évaluer la plus ou
moins forte pertinence avec leur interprétation, à partager dans la tolérance celles qui auront été
rejetées. L’interprétation des textes en classe nécessite donc un travail collectif où chacun
apporte sa pierre à l’édifice. Elle nécessite des prérequis notamment des compétences
linguistiques, culturelles et communicationnelles. Elle familiarise l’élève à la lecture
méthodique, au commentaire composé ou à la lecture de l’œuvre intégrale.
Le texte littéraire peut être interprété de différentes manières. C’est dans ce sens que
Collinot et Mazière ([Link].) soulignent qu’il y a des cas où le sens littéral de l’expression ou de
l’énoncé ne correspond pas à l’acte de langage produit en les prononçant. Il s’agit par exemple
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
du cas de l’ironie, l’allusion, etc. Ici, le locuteur veut dire autre chose que ce qui est exprimé
littéralement par l’expression utilisée. Lorsque le professeur dit, par exemple, à l’élève :
pouvez-vous me passer le seau ? Il s’agit là d’une demande polie et non la capacité de l’élève à
prendre le seau. Le sens de l’énonciation du locuteur peut diverger de diverses manières du
sens littéral de la phrase. Un locuteur peut, en énonçant une phrase, vouloir dire quelque chose
de différent de ce que la phrase signifie. En se référant par exemple au lecteur implicite, on
pourrait avancer que le roman policier inscrit dans son texte une lecture unique, qu’il est conçu
pour fonctionner à partir d’un seul déchiffrement. Dans une étude, Nataf (1988) s’est beaucoup
penché sur la lecture des différents genres littéraires. Il souligne qu’avant la solution de
l’énigme, le roman policier se présente comme un piège où le lecteur s’égare sur « de fausses
pistes, relève des indices trompeurs et en néglige de plus pertinents », etc. Il est rare que le
lecteur d’un roman policier entreprenne aussitôt une seconde lecture. Par contre, dans le texte
poétique, la lecture est toujours à renouveler car la poésie simple appelle le lecteur à se
remémorer, par plaisir, les paroles d’une chanson par exemple et la poésie savante éveille chez
le lecteur le désir de pénétrer le secret d’un texte d’abord mystérieux. Le lecteur averti se met
dans une position de transe. Il « salive » devant le plaisir du texte. Selon Nataf, (1988,
p.67) : « On relit soit pour se remémorer soit pour pénétrer le secret d’un texte d’abord
mystérieux ». En outre, ceux qui lisent un texte théâtral, ce sont surtout les professionnels qui
envisagent de le représenter. À leurs yeux, chaque réplique, chaque attitude d’un personnage et
chaque silence exige d’être commenté, mis en corrélation avec l’ensemble du spectacle à
produire. Il faut rendre les élèves désireux et capables, hors de la classe et une fois leurs études
terminées, de s’engager de façon autonome dans les lectures littéraires.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les énoncés littéraires ne reflètent pas les indices à base desquels on peut décider d’interpréter
un texte. Justement, dans un énoncé, tout n'est pas interprétable au même titre. Il y a des
éléments que les interprètes sont relativement contraints à interpréter s’ils veulent parvenir à
une signification satisfaisante, et d'autres qui relèvent plutôt d'un enrichissement facultatif des
significations de l'énoncé. Souvent, l’'interprétation peut être déclenchée par une tension entre
la signification de l'énoncé et les codes de valeur de celui qui interprète : bienséance, beauté,
moralité, etc. C'est notamment le cas avec des énoncés qui proviennent de contextes culturels
éloignés et dont le lecteur ne comprend plus les valeurs.
Synthèse partielle
L’enseignement du texte littéraire joue un rôle capital dans le dialogue des cultures.
C’est pourquoi, le patrimoine culturel et la culture de l’Autre doivent se côtoyer dans les
programmes d’enseignement tout comme les manuels du cycle secondaire. Il y a lieu de fournir
un effort pour accéder à un point de vue où formation linguistique et formation culturelle seront
liées pour mieux appréhender les textes. Le texte littéraire devient ainsi le « carrefour où se
côtoient, se confrontent, s’entrecroisent continuellement l’expérience » du professeur et celle
de l’élève. Au demeurant, il doit être abordé de façon graduelle dans les différents niveaux
d’apprentissage, en allant des textes brefs pour déboucher sur des textes relativement longs,
riches du point de vue culturel. En outre, il faut diversifier les genres et s’ouvrir largement et
graduellement à la littérature nationale, africaine, francophone, française puis autres.
1.6 L’approche interculturelle : une nouvelle donne dans l’approche des textes
littéraires
Plusieurs choix s’offrent à l’analyste quand il décide d’exploiter son texte : approches externes,
réception de l’œuvre ou approches internes. Une nouvelle approche a fait son apparition vers la
fin du XXe siècle et le début du XXIe. Elle se nomme « approche interculturelle » et elle peut
être classée parmi les approches internes.
1.6.1 Historique de l’approche interculturelle
Rappelons que la culture existe dans toutes les sociétés. Selon les anthropologues
culturels, la culture descend d’une origine commune. L’anthropologue culturel allemand
Graebner, cité par Shan (2004), estime qu’un rapprochement entre les cultures est bien
possible. En effet, la distance de deux zones culturelles ne peut en aucun cas constituer un
obstacle à la communication interculturelle que ces zones soient voisines ou éloignées dans le
temps ou dans l’espace. Shan (ibid.) parle d’ailleurs de l’existence d’une « vague culturelle »
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
mystérieuse. Il reconnaît que l’habitude et la coutume culturelle séparent les uns des autres,
mais d’innombrables « autrui » et « étrangers » culturels entrent en contact avec « nous » tous
les jours. Quant à Puren (1999), il offre un aperçu général sur ce qu’est la didactique des
langues-cultures (DLC). La DLC s’intéresse à l’enseignement/apprentissage du lexique, de la
grammaire, de la phonétique, de la littérature, de l’histoire, ... Elle dépend aussi de deux types
d’applicationnisme notamment psychologique et linguistique. Enfin, elle est un ensemble plus
ou moins cohérent et raisonné de techniques de classes. L’auteur propose le tableau ci-dessous
pour mieux présenter les différents aspects de la DLC.
Tableau 3 : Les différents aspects de la DLC
Les acteurs du Les apprenants, les enseignants (individus, associations, syndicats), les
éditeurs et auteurs de matériels, les responsables politiques, administratifs
Domaine
et pédagogiques de l’institution scolaire, les parents d’élèves (opinion
publique et associations), les formateurs, les inspecteurs, les didacticiens.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
apparues au sujet des difficultés scolaires des enfants de travailleurs migrants ont donné peu à
peu naissance à l'idée que les différences ne constituaient pas un obstacle, mais pouvaient, au
contraire, devenir un enrichissement mutuel pourvu qu'on puisse s'appuyer sur elles. Quand la
didactique des langues étrangères s'est emparée du concept d'interculturalité dans les années
quatre-vingt et quatre-vingt-dix, son succès s'est accru au point de s'étendre aux autres
disciplines et de devenir un des axes essentiels de toute pédagogie.
Galisson (1991) est l’un des pionniers de l’approche culturelle ou interculturelle. Il part
du postulat selon lequel nombre de professeurs qui ne sont pas nés sur le territoire français
partagent avec leurs élèves une certaine « insécurité linguistique et culturelle ». C’est pourquoi,
il propose que l’entrée dans le texte commence par une entrée dans la culture afin de
« solidariser et d’intégrer langue et culture dans un même enseignement/apprentissage ». Cette
démarche interculturelle a pour ambition d’initier les élèves à la pertinence du culturel dans les
stratégies d'encodage et de décodage du message littéraire : le texte. La tâche du professeur
consiste d’une part, à faire voir aux élèves l’omniprésence de leur culture dans les textes et
d’autre part de les faire entrer dans la « culture seconde », celle de l’Autre identifiée par les
anthropologues. Loin de s’exclure, ces deux catégories de cultures sont complémentaires.
D’autres chercheurs annoncent la naissance d’une nouvelle forme de culture atypique. Elle est
appelée « culture troisième ». Cette forme de culture est le fruit des usages marchands. Lami
(2009) va plus loin en soutenant que l'interculturalité peut constituer le moteur de
l’apprentissage dans l’enseignement au secondaire. C’est pourquoi, les élèves doivent être au
cœur du processus d'apprentissage de l'éducation interculturelle. Cela leur offre l’occasion de se
familiariser à la culture étrangère et connaître ainsi davantage la diversité culturelle et l'altérité
pour une "fusion harmonieuse" aussi bien dans le contexte scolaire que socioculturel. À ce
sujet, Collinot et Mazière ([Link].) font remarquer que l’éducation est subalternisée à la culture.
Ces valeurs doivent infuser des éléments expérimentaux ou empruntés à d’autres cultures. À
l’école, l’on a besoin d’une diversité d’approches mettant l’accent sur la question de l’altérité
culturelle qui permet à l’élève de reconnaitre l’Autre, de faire des observations précises pour
enrichir les débats du groupe-classe. Cette démarche, dans un esprit socioconstructiviste,
facilite les échanges entre élèves ou entre professeur et élèves. Chacun a droit à la parole. Le
but est d’aboutir à une véritable intercompréhension. Chaque pays élabore ses programmes
scolaires et ses orientations didactiques et pédagogiques en fonction de ses réalités, sociales
historiques, culturelles, politiques et économiques. Une approche thématique et comparée
permettra de mieux appréhender la question interculturelle.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour ce qui le concerne, Khane (1984) remarque que même si la société africaine a
changé et continue de changer, il existe une littérature spécifique propre à l’Afrique et qui est
fonctionnelle. Le critique sénégalais refuse que la littérature africaine soit considérée comme
étant un prolongement des littératures occidentales car l’Afrique a une culture qui lui est
propre. C’est pourquoi, en aucun cas, la culture africaine ne peut être moulée dans la culture
française. Ainsi, une pédagogie de la littérature africaine doit emprunter à la fois à la littérature
traditionnelle (synonyme de culture) et à la littérature française. Il souligne que toute référence
à la tradition constitue un facteur d’enracinement et un moyen d’implication du public africain.
En effet, la dimension esthétique de la littérature africaine est inséparable de la tradition. Et la
pédagogie de cette littérature ne peut pas tenir compte du contexte où elle s’exerce. C’est une
chose de l’enseigner à des enfants africains en Afrique (en FLS), une autre d’y initier un public
français ou québécois. Pour ce qui est de la démarche interculturelle, l’on a affaire à une
diversité d’approches dont certaines d’entre elles problématisent clairement la question de
l’altérité culturelle à laquelle l’école confronte les élèves ; d’autres soulèvent le dialogue entre
les cultures et d’autres enfin avancent des propositions concrètes éprouvées dans des classes.
Pour rappeler la définition, encore une fois, la culture est suivant le dictionnaire
Encarta (2019) l’ensemble des traditions, des valeurs, des acquis intellectuels et des savoir-
faire propres à une société donnée. Elle se confond à la civilisation. Elle est également perçue
comme un ensemble d’éléments communs à un groupe d’êtres humains qui ont en commun une
langue, une religion, une vision du monde, etc. Chaque société a sa culture qui lui est propre
mais on rencontre des cultures qui ont des points communs. Cependant, d’autres sont
diamétralement opposées. La définition donnée par Tholliez (2007) semble plus claire et
concise : la culture, c’est la « somme des modes de pensée, de comportement, de valeurs, de
signes, de codes et d’automatismes » que notre groupe social nous a inculqués. Tout cela
gouverne nos façons de penser, d’être ou d’agir. L’étude des phénomènes culturels est
ancienne, mais elle a surtout pris de l’ampleur ces dernières années sous l’impulsion des
« hommes d’affaires » soucieux de mieux connaître la psychologie, la mentalité de leurs clients
qui sont issues pour la plupart de cultures étrangères. Suivant Shan (2004), le sociologue
allemand Georg Simmel est l’un des premiers à s’intéresser à la place de l’« étranger » dans la
communication interculturelle. Celle-ci concerne fondamentalement la relation de l’individu
avec l’étranger. Pour cet auteur, quand un étranger arrive dans un groupe, il a l’obligation
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’abandonner une certaine individualité pour se conformer à la norme du groupe afin que le
partage des valeurs soit réalisé et qu’un certain système de valeur culturelle soit formé.
L’étranger apporte un avantage original avec son recul tout en observant de manière différente
le système culturel et social où se trouve l’Autre. L’on a toujours des préjugés sur « l’étranger »
et cela peut avoir pour conséquences : la xénophobie et le conflit. Il faut donc travailler à
prendre des précautions pour un meilleur « vivre ensemble ». Selon Puren (2015) la culture
englobe la « culture cultivée », mais aussi toutes les façons de vivre et de se conduire qu’on
réunit sous le vocable de culture anthropologique. Tout laisse à croire qu’il n’existe pas une
culture mais des cultures qui voyagent dans le monde par l’intermédiaire des hommes, des
langues et aussi des livres. Le contact effectif de ces cultures différentes constitue
l’interculturalité défini par Cuq (2003, p.136-137), comme étant l'échange entre les différentes
cultures, l'articulation, les connexions, les enrichissements mutuels. L’interculturel est perçu
comme un antidote contre le racisme de certains occidentaux qui ne voulaient pas reconnaître
par exemple l’existence d’une culture propre à l’Afrique, « continent barbare et sans histoire »
selon les mots du philosophe allemand Hegel. La diversité culturelle demeure une réalité à
laquelle le « monde ne pouvait se soustraire ». Il faut donc chercher à la gérer convenablement.
Eu égard à tout cela, Puren (2014a.) se dit surpris par ces didacticiens des langues-cultures qui
attachent plus du prix à la compétence communicative qu’à l’acquisition de la compétence
culturelle. En outre, d’autres chercheurs opposent « compétence(s) culturelle(s) » et «
compétence(s) interculturelle(s) ». Le didactologue français précise qu’aucune culture, quelle
qu’elle soit, collective ou individuelle, n’est « stable ni homogène ». En d’autres termes, il
n’existe pas de culture « pure » sans emprunt. Aussi, pour qu’il y ait contact interculturel, il
faut qu’il y ait d’abord des cultures différentes, c’est-à-dire du multiculturel. Et pour que ce
contact se maintienne dans le temps, il faut qu’il y ait un intérêt commun entre les deux
groupes, un « minimum de valeurs partagées ». Cela passe par l’ouverture à l’Autre.
Demougin (2008), cité par Puren (2014), évoque les insuffisances de l’interculturel tout
en louant le multiculturel et le transculturel. L'interculturel en tant que pôle s'érige comme
totalité. Or le multiculturel est irréductible parce qu'il concerne les cultures juxtaposées,
séparées, ségréguées, voire hostiles. Le transculturel est, lui aussi, impossible à supprimer
puisqu'il renvoie au dénominateur commun que les gens, dans les situations multiculturelles,
sont obligés d'inventer s'ils doivent, au minimum, communiquer et agir ensemble.
Traditionnellement, les grandes religions, les grandes idéologies, les héros fédérateurs, ont
tenté d'intégrer ces trois dimensions (...).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Puren (2004) s’inscrit ainsi dans le sillage de Porcher et Abdallah-Pretceille (1996) pour
lesquels toute culture nationale est composée de « subcultures variées ». Ces variations peuvent
s’observer au niveau « des genres, de la génération, de la profession, de la religion, etc. ». Dans
le contexte actuel de mondialisation, une des finalités de l’école est l’éducation à l’interculturel.
Elle est désormais au cœur des enjeux culturels et son devoir est de voir quel est le type de
citoyen qu’il faut former pour la société de demain. Ces citoyens doivent être capables de vivre
ensemble dans leur milieu : l’administration, l’école, le marché, l’armée, l’église ou la mosquée
et ce, en dépit des différences linguistiques, sociales, ethniques, religieuses ou culturelles qui
les caractérisent.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
langues africaines à « la sous-culture, voire à la non-culture ». L’auteur ([Link]. p.8) accuse les
hommes politiques qui ne sont pas animés de bonne volonté :
Ceci explique grandement l’attitude sinon hostile, du moins réservée des dirigeants
politiques d’hier comme d’aujourd’hui vis-à-vis des langues et littératures. Les langues
africaines constituent, à cause de leur grand nombre, un facteur non pas de force mais de
division et donc un obstacle à l’unité nationale. De là, cette absence de motivation chez
les apprenants, pour les langues et les littératures qui sont dominantes dans la vie de tous
les jours mais qui n’apportent ni le prestige, ni la promotion sociale, ni le pouvoir, ni le
savoir.
Selon Ngalasso, ce sont les Africains eux-mêmes qui ne valorisent pas leur culture. Un autre
prétexte est que les langues et les littératures africaines ne sont pas écrites. Par conséquent,
elles ne disposent pas de manuels de lecture pouvant contribuer à véhiculer les cultures locales.
Il estime que ces prétendus « documents ne sont nulle part une donnée de la nature » donc
« tombés du ciel ». C’est pourquoi, il propose de commencer tout simplement à les élaborer un
jour. Cela a un impact négatif sur la vie scolaire de l’enfant notamment sur les plans
psychologique et social. La conséquence s’appelle : « rupture brutale » chez l’enfant partagé
entre le milieu familial et l’école ; retards et déperditions scolaires ; déculturation de plus en
plus profonde et généralisée surtout des populations urbaines. L’auteur s’érige en avocat du
peuple noir et se dit inquiet face au mutisme complice des décideurs politiques car, jusque-là,
aucune décision courageuse n’a été prise pour faire accéder les masses africaines à la culture du
livre, ni pour « préserver les structures socio-traditionnelles susceptibles d’accueillir, une fois
l’échec consommé, les rescapés de l’école ». Aux yeux de ce critique, les problèmes de
l’enseignement des langues et des « littératures africaines sont donc tributaires d’une décision
politique », d’un certain état d'esprit avant de concerner les méthodes pédagogiques ou les
moyens matériels et humains à proprement parler. Mais le critique français, Mouralis (1984,
p.60) refuse d’accepter cette position de Ngalasso. Il estime que le problème se trouve déjà
résolu avec l’empreinte de la culture qui est omniprésente dans les livres : « L’on voit dans
toutes les introductions d’anthologies, dans toutes les présentations de poèmes, fleurir les
sanglots du jazz » ou « les battements du tam-tam » dont le « rythme syncopé » porte ces « cris
rauques » proférés par des « voix chaudes et profondes ».
Les livres reflètent donc la culture sous toutes ses formes même si un auteur comme
Corzani (1984) ne croit pas à l’existence d’une culture universelle. Il estime qu’il n’y a pas une
culture mais des cultures qui varient d’un pays à l’autre, d’un moment à l’autre. Par ailleurs, les
mentalités, les idées, les croyances changent et comme la littérature est elle-même dans
l’Histoire, elle est alors tributaire de l’Histoire. Toutes les sociétés n’ont pas la même vision
103
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
des choses. Pour comprendre une œuvre, la connaissance de la culture du milieu de l’écrivain
est capitale comme le souligne Corzani (1984, p.9) en prenant l’exemple de la culture
religieuse. Il soutient que quoi qu’on fasse (eux, les thuriféraires de la négritude), il n’y a pas
« un nègre mais des nègres ». Ainsi par exemple, un nègre d’Afrique « catholique, animiste ou
vaudouisant » aura beaucoup de difficultés à lire et comprendre l’Aventure ambiguë que
n’importe quel Européen. Par contre, cela sera beaucoup plus facile pour le musulman. Il
estime que l’idée de « littérature noire est purement mythique ».
En ce qui concerne « l’école étrangère », les Africains y sont enseignés dans les langues
européennes. Or, il est pratiquement impossible d'enseigner une langue étrangère en faisant fi
de l'importance de la compétence culturelle. À ce titre, la culture occidentale est transmise aux
Africains à travers l’enseignement dans les langues occidentales. C’est ainsi que nombre
d’auteurs (Demougin : 2008 ; Puren : 2014 ; etc.) ont balayé d’un revers de la main l’avis de
Corzani. Ils rejettent toute ligne de démarcation entre les cultures et recommandent plutôt de
faire la somme de la culture « seconde » et de la culture « première » pour devenir ainsi un
« métis culturel », au sens de Senghor. La signification d’une œuvre est fonction du contexte
culturel. Et l’appréhension d’un texte littéraire, elle, nécessite aussi bien une compétence
linguistique qu’une compétence culturelle du moment où culture et langue riment ensemble.
Suivant Some, (dans Bationo : 2017) l’étude d’une langue s’accompagne naturellement
de celle de sa littérature en tant que vecteur d’une langue, de sa culture, de son histoire, de son
actualité, et même des rêves portés par cette culture. Désormais, la classe de langue est certes
perçue comme un lieu technique d’enseignement mais elle est aussi un lieu d’éducation sociale
et culturelle. Évoquant cette plurifonctionnalité du texte littéraire, Bationo (dans Bationo :
2017) soutient que l’enseignement des langues étrangères facilite aussi « un dialogue entre
cultures locales et étrangères en classe de langue étrangère car la littérature contient des
potentialités linguistiques et culturelles incommensurables ». Aujourd’hui, les cultures
voyagent dans le monde par l’intermédiaire des personnes, des livres et également avec
l’Internet. Le chercheur burkinabé reconnaît ainsi au texte littéraire son statut de matériel
didactique mais regrette que certains professeurs l’exploitent peu ou mal dans leurs classes.
Enfin, Bationo finit par conclure que les textes littéraires facilitent l’acquisition de la
compréhension auditive, la compréhension en expression écrite et orale et le développement
d’une compétence en traduction. Pour son compatriote Manga, toujours dans Bationo (2017,
p.27), la culture « … est diffusée par les chants, les récits, les contes, les poèmes, dans les livres
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le texte littéraire est le produit d’un contexte socioculturel bien défini. Il s’agit d’un
discours linguistique qui porte en lui le stigmate de la culture qui l’a vu naître. Bationo (2010,
2021) partage cette conception de la littérature. Il estime que les textes littéraires offrent
efficacement aux apprenants « l’acquisition des connaissances socioculturelles et des
compétences interculturelles et empathiques ». L’approche interculturelle de l’enseignement
touche aussi bien les élèves que les professeurs, qui doivent s’inscrire dans un rapport vivant à
la culture et un réinvestissement historique, social et culturel des savoirs scolaires. Cuq (2003,
p.136-137) estime que l’interculturalisme est un facteur de cohésion sociale : l’échange entre
les différentes cultures, l'articulation, les connexions, les enrichissements mutuels. Le contact
effectif des cultures différentes constitue un apport où chacun trouve un supplément à sa propre
culture à laquelle il ne s'agit bien sûr en rien de renoncer, soutient Cuq (2003). Une
harmonieuse cohabitation sociale contribue au développement de la société. En effet, soucieux
de la bonne marche de cette société, Voltaire, dans le chapitre XXIII de Traité sur la tolérance
(1763), s’adresse, non pas aux hommes mais directement à Dieu, lui-même et ce, en faveur de
toute l’humanité. Dans cette prière, justement, le philosophe des Lumières demande au
Seigneur, tout puissant, d’éliminer certaines tares de la société comme la jalousie, l’envie, les
guerres de religion et autres faits qui sont à la source des conflits. Il souhaite que les petites
nuances qui distinguent les « atomes appelés hommes » ne soient pas des signaux de haine et
de persécution. La diversité des religions ne doit pas être une source de discorde entre les
hommes. Ces propos de l’auteur de Candide illustrent bien ce que vivent, en ce XXIe siècle,
certaines parties du globe comme l’Afrique ou l’Asie où on tue justement presque tous les
jours.
Le devoir principal de la civilisation consiste, selon Bredella, cité par Bationo (2017,
p.197), à expliquer à l’élève pourquoi les personnes de l’autre culture agissent et comment elles
se comportent de la sorte. Le rôle de l’école est d’initier les élèves à la dimension culturelle des
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
textes afin de mieux les préparer à la vie future. Il pourra ainsi vivre en symbiose avec l’Autre
même s’ils ne partagent pas les mêmes réalités culturelles. Le Rapport Corbo, (1994), cité par
Sorin N., Pouliot S. et Dubois D. (2006), précise que le but de l’éducation interculturelle dans
la formation de l’individu est de nourrir l’élève de culture en lui permettant de s’adapter et de
s’insérer plus rapidement dans ce monde complexe où il est appelé à vivre. L’assimilation de
cette culture lui permet de construire une identité intellectuelle et personnelle afin d’être à son
tour innovateur et même créateur.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
débats dans la classe à travers une comparaison des formes argumentatives dans les groupes
multilingues, variabilités culturelles obligent. Il est donc interdit de nier ou de critiquer la
culture de l’Autre qui vaut la tienne. Montaigne, dans les Essais (1595) s’érige en précurseur de
ce relativisme culturel. Il estime qu’il n‘y a pas de « barbare ou de bon sauvage » dans le pays
mais c’est que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de sa culture. En clair, toutes les
cultures se valent. Nous apprenons aussi à la suite de Puren (2015) que dans un monde
plurilingue et pluriculturel, la compétence centrale, « stratégique », de l’individu, n’est plus la
capacité à pouvoir parler avec les autres, même si cela va de soi, mais la médiation : c’est la
capacité à servir d’intermédiaire langagier et culturel entre des personnes de langues et de
cultures différentes. Il ajoute que chaque homme porte en lui la forme de l’humaine condition.
Sherrington (1984) s’inscrit dans le sillage de l’auteur des Essais en mettant en garde contre un
cloisonnement des différentes formes de cultures. Il estime que le fait d’enfermer la culture
populaire et la culture d’élite dans des « ghettos respectifs » peut porter atteinte à la créativité.
Même hybrides, soutient-il, elles ont besoin l’une de l’autre pour « se vivifier, se fortifier, se
consolider » car c’est à travers leur rapport qu’une société parvient à définir progressivement
ses valeurs esthétiques et parfois même ses valeurs sociales. L’auteur propose pour l’Afrique
une rénovation des programmes accompagnée d’une rénovation de l’histoire littéraire africaine.
C’est la raison fondamentale pour laquelle, en France, les repères culturels constituent les
premiers chapitres des manuels de français. La compétence interculturelle est une vertu qui
nous permet de dominer nos passions, nos désirs… afin de mieux vivre avec « l’Autre ». Le
Cadre Européen (2001, p.83-84) explicite cette compétence interculturelle en ces termes :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
télévisuelles qu’on regarde, etc. Toutefois, il peut arriver souvent que les élèves soient
réticents par rapport à une remise en question de leur vision du monde à cause de leur fougue.
Ainsi, c’est par des propositions dialogiques entre la culture privée et la culture scolaire, par
l’entremise d’activités créatives personnelles et impliquées, que les élèves s’approprieront cette
culture nouvelle que leur propose l’école. Beisbart et al. (1975), cité par Some (dans Bationo :
2017, p.316), de préciser le rôle de la littérature :
La littérature ne dicte pas et ne s’oblige pas à proposer des solutions. Elle présente des
situations que le lecteur, en toute liberté et responsabilité, accepte, rejette, reconstruit, ou
utilise comme source d’inspiration pour ses expériences futures. Il serait prétentieux de
remettre en cause ce rôle d’alerte sociale. C’est pourquoi la littérature est considérée comme
une composante non négligeable de notre société contemporaine, à peu près comme la
technique et la politique. Pour mieux vivre avec l’Autre dans la société, il faut chercher à le
connaître et l’accepter tel qu’il est et non tel qu’on veut qu’il soit. L’on peut retenir que
comprendre l’Autre ne signifie pas qu’il faut le posséder mais plutôt chercher à établir une
relation d'enrichissement mutuel. Comprendre l’Autre suppose ainsi un désir de
compréhension réciproque et aussi le respect de « son altérité, sa dignité, sa liberté, ses
croyances » qui fait tout « son mystère ». Pour le philosophe, comprendre autrui semble être
tout simplement, saisir son projet, la signification de son comportement et ce qu'il éprouve
comme sentiments de haine ou d’amour. Sartre (1943) estime que nous ne pouvons saisir
l'Autre comme sujet qu'en étant objectivé par lui. C'est d'ailleurs à cause de cela que l’auteur de
L’Être et le néant envisagera les relations à autrui comme conflictuelles. Comprendre autrui
signifie d'abord comprendre qu'il est Autre. Ahouli (dans Bationo 2017, p. 299) soutient que
l’approche critique de la culture étrangère est gage d’une interculturalité réussie, car elle
permet d’éviter les risques d’assimilation. Cela est valable aussi pour l’introduction des
langues étrangères européennes en Afrique car elles sont synonymes de « politique coloniale
d’assimilation ». L’auteur burkinabé rappelle que les relations entre l’Europe et l’Afrique sont
restées verticales et chargées de complexe de supériorité dans l’imaginaire des Blancs et
d’infériorité chez les Noirs. Aussi, tout cela est accompagné de préjugés. Toutefois, Some
essaie rassure les citoyens :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour un « mieux-vivre ensemble », Some (2017, p.115) rappelle à ses lecteurs cette règle d’or
d’André Couture : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse ». Le
raisonnement par analogie a alors bel et bien sa raison d’être.
Dans une étude, Demougin, ([Link].) critique la façon d’enseigner la culture. Il montre
que les méthodes didactiques sont le résultat de longs travaux de recherche dans plusieurs pays
pendant que celles d’enseignement de la culture étrangère sont encore au stade de balbutiement.
Il souligne également qu’en dépit d’un large éventail de publications, « il manque à l’étude de
la culture un axe précis » notamment, celui des recherches théoriques. L’auteur ne cache pas sa
déception face à la recherche empirique existante effectuée seulement sur une petite échelle.
Cela vient souvent de la pratique individuelle des professeurs. Encore plus dramatique, elle est
non seulement sans considération théorique mais pire elle s’intéresse plus aux résultats qu’aux
processus d’enseignement et d’apprentissage. Pour conduire la présente recherche doctorale,
nous allons suivre l’itinéraire suggéré par Galisson et Puren (1999). Ils perçoivent
l’interculturalité comme une compétence dont la dimension essentielle est la décentration. Elle
est aussi une activité dans laquelle la variable « culture » intervient comme une donnée
subjective organisée en deux axes : l’intellectuel et l’affectif.
La littérature joue un rôle de premier plan dans l’émancipation des élèves. Pour toutes ces
raisons susmentionnées, le texte littéraire occupe un rôle central dans les programmes scolaires
et les examens officiels. Malheureusement, la didactique du texte littéraire ne suscite pas assez
l’engouement escompté chez certains professeurs qui se rabattent sur les écrits fonctionnels au
détriment des écrits fictionnels. Dans le cas où le professeur y attache du prix, les élèves en
tireront un profit inestimable. Bourdet (1988) montre que la position de la littérature a toujours
été difficile à définir au sein de l’ordre social dans lequel elle s’exprime et que par la force des
choses sinon par vocation, elle exprime. L’auteur précise qu’au lendemain de la seconde guerre
mondiale, le texte littéraire s’est vu parfois carrément « interdit de séjour dans la classe de
langue ». Mais, ce sont l’impact de la linguistique sur les méthodologies, les voies ouvertes par
la psychopédagogie et les philosophies de l’apprentissage, etc. qui vont apporter une révolution
dans l’enseignement du texte littéraire. Quant au public, il s’est diversifié. Certains présagent
même une mort probable de la littérature avec la parution d’œuvres comme les romans de
Robbe-Grillet, les pièces de Beckett. (Bourdet, 1988, p.145).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le critique français Barthes, cité par Kheir, Meziane, et Tifour (2013) a, lui, une vision
positive de la littérature. Il y voit « un espace de langage qui « s’articule dans et sur la langue »
avec pour objectif non pas une visée esthétique mais avec pour finalité l’exploration des
ressources de la langue. Le rôle de l’enseignement du texte littéraire dans le dialogue des
cultures est donc capital. En effet, ces textes offrent aux apprenants l’occasion de vivre « la
beauté stylistique, la majesté de la langue, la critique, l’émission des hypothèses interprétatives,
etc. ». Ces auteurs reconnaissent principalement trois dimensions au texte littéraire : les
dimensions esthétique, linguistique et culturelle. Le texte littéraire, à travers les livres et
l’internet, parcourt le monde à la recherche de lecteurs potentiels. Il vise la beauté. Sa littérarité
passe par son aptitude à pénétrer les esprits du lectorat. Les meilleurs serviteurs d’une langue
sont les écrivains qui la manipulent à leur guise.
Ayant une finalité esthétique et rhétorique, le discours littéraire est un lieu où les mots
ne disent pas tout d’où la nécessité d’une interprétation afin de découvrir leurs sens cachés.
L’identité linguistique du texte littéraire demeure indiscutable. Ainsi, pour chaque mot, pour
chaque construction phrastique, il existe une pluralité de lectures et d’interprétations et c’est là,
la différence entre le texte littéraire et le texte scientifique. Enfin, la troisième et dernière
dimension du texte littéraire reste la dimension culturelle. Il est au carrefour des cultures. Il est
le miroir du monde par excellence comme l’écrivait Stendhal (1830) : le roman est le miroir de
la société. Sa fonction sociale est donc indéniable. Abdallah-Pretceille et Porcher (1996, p.138)
reprennent cet argument en insistant sur l’utilité de la littérature et les enjeux de son
enseignement : « la littérature, c’est l’humanité de l’homme, son espace personnel. Elle rend
compte à la fois de la réalité, du rêve, du passé et du présent, du matériel et du vécu. Il faudrait
probablement qu’elle s’enseigne sous des formes neuves, inédites, correspondant aux besoins
des hommes d’aujourd’hui ». L’étude des textes passera par la comparaison des œuvres entre
elles, par l’étude des emprunts et des influences qui s’exercent d’un pays à l’autre et d’un
auteur à un autre. Mais la langue constitue justement dans la plupart du temps le principal
obstacle à la découverte des textes étrangers. En effet, pour être plus accessible, une œuvre doit
être traduite dans la langue maternelle. À ce sujet, Dansereau (1964, p.110) remarque :
Les valeurs culturelles auxquelles nous nous rattachons sont en plein devenir, elles sont
mal définies et ne nous fixent guère d’orientation reconnaissable. Il me semble infiniment
plus important, en ce moment, d’établir de bonnes communications, d’assurer un échange
continu entre le peuple et son élite- éducation, économie, gouvernement et un contrôle
continuel des méthodes d’éducation et d’administration-puisque nos buts eux-mêmes sont
mis en question. Ceci ne diminue en rien le rôle des éducateurs qui devront manifester
plus d’imagination et d’énergie que jamais, mais devrait les empêcher de fonctionner dans
le vide académique qui a si longtemps caractérisé nos débats sur l’éducation.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Del Guercio ([Link].) s’inquiète de la situation de l’adolescent qui, dit-il, risque de ne pas
« grandir » du point de vue culturel dans sa formation littéraire, si on n’y prend pas garde. Il
précise qu’en dehors de l’école, l’enfant se nourrit de chansons, films, bandes dessinées, etc. et
tout cela témoigne bien sûr de sa « faim de narrativité, de fantaisie, de sentiments et même de
connaissance ». Il s’agit, insiste-t-il, de produits de types très divers où la frontière entre
esthétique et non esthétique (littéraire et non littéraire) sont très difficiles à déterminer. L’auteur
regrette malheureusement que le système n’a pas encore légitimé les codes de ces produits
contemporains pour que les élèves puissent en tirer profit.
L’école est le lieu où se croisent les cultures par l’entremise des livres et des personnes
issues d’aires culturelles différentes. Skipper (1984) souligne que valeurs et traditions sont
elles-mêmes devenues objet de recherche, entendons par-là, la culture. Par contre, Mouralis
(1984) accuse les chercheurs d’étudier et considérer trop souvent comme littérature les
prétendus chefs-d’œuvre de leur culture. Pour revenir à l’’éducation, elle est l’art d’élever les
enfants. Elle les prépare à devenir des hommes complets, consciencieux, utiles à la société. Et
l’école demeure la première institution sociale où se poursuit l’éducation commencée en
famille. Au demeurant, la meilleure façon de transmettre une doctrine, un message, une culture
ou autre, à un peuple c’est de passer par l’école. C’est pourquoi beaucoup de pays préconisent
de mettre en avant la dimension culturelle dans les programmes d’enseignement. Sorin, Pouliot
et Dubois (2006) soutiennent que l’éducation est une voie privilégiée de transmission et
d’épanouissement de la culture d’un peuple comme d’un individu. Aussi, l’un des buts de
l’enseignement d’une langue étrangère est la formation des apprenants-citoyens au patriotisme.
Ils devront être les défenseurs du patrimoine culturel et littéraire tout en s’ouvrant au monde.
Lami (2009) s’inscrit dans le sillage de ces auteurs en estimant que l'interculturalité doit être
prise en charge dans l’enseignement au secondaire. Les apprenants doivent être initiés à
l'éducation interculturelle. En outre, chaque discipline d’enseignement est censée être porteuse
d’une culture autant par son histoire que par les questionnements qu’elle suscite. La classe de
langue est alors perçue comme un carrefour de toutes les disciplines notamment les arts,
l’histoire et la géographie, pour ne nommer que celles-ci. À propos de cette dernière, par
exemple, Bavoux, (2002). cité par Assagaye (2018, p.54) reprend les arguments ci-après :
La géographie doit faire partie de la culture de l’honnête homme parce que sans elle, nous
deviendrons comme des étrangers sur la terre, mais aussi parce que, comme le disent tant
d’adages, le monde appartiendra à celui qui le connaîtra le mieux. La géographie fournit
111
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
pour cela des clés, des références et des valeurs… Elle est une bonne préparation à la
décision et à l’action dans un monde complexe et mouvant.
La culture est donc présente partout dans toutes les matières d’enseignement. C’est pourquoi
son enseignement interpelle tout le corps professoral. À l’école, justement, le professeur de
français joue le rôle de passeur de culture. E effet, dans le cadre d’une approche interculturelle,
sa tâche est de stimuler la curiosité des apprenants pour la découverte d'autres peuples, d'autres
cultures. Cela revient à proposer la confrontation avec d'autres jugements de valeurs, rechercher
l'intérêt de la différence culturelle. Il faut aussi amener les élèves à prendre conscience
des « stéréotypes qui sont véhiculés et de les démystifier », tant ceux qui concernent l’Autre
que ceux qui s'appliquent à « soi-même ». L’élève doit être amené à découvrir le concept
de "noyau dur" (ce qui n'est pas négociable) et apprendre à identifier le noyau dur d'une
personne, d'un groupe humain, d'un problème collectif. Cela lui permet de ne pas « piétiner » ce
noyau dur. Il faut aussi expérimenter le métissage culturel. Le professeur doit clarifier à ses
élèves les éléments qui composent l'identité d'une personne, d'un groupe social tout en les
amenant à découvrir que la culture doit constamment être recréée par rapport aux traditions
existantes, pour s'adapter aux nouvelles conditions de vie. Il faut aussi leur montrer que « les
pesanteurs » qui caractérisent beaucoup de groupes humains ne viennent pas du manque
d'imagination des individus qui les composent mais du frein que constituent les normes, les
habitudes et les institutions en place qui sont figées. L’élève est appelé à découvrir les notions
de culture « d'élite » et de culture « populaire ». Prendre l'habitude de se préoccuper des
problèmes de l'autre en découvrant que le métissage culturel est à l'œuvre chez chaque individu
tout au long de sa vie et que la culture d'un individu est la résultante de la combinaison sans
cesse à l'œuvre de multiples courants culturels.
Suivant Shan ([Link].), chaque homme porte en lui un jugement négatif sur les autres
cultures. Le préjugé est justement un jugement irrationnel sur une autre culture sans avoir
obtenu l’information exacte et complète. Ainsi se forme l’attitude niant l’autre culture. Ce qui
est « affreux dans le préjugé », souligne Shan, ce n’est pas le préjugé lui-même, mais le
système psychologique de la culture sociale qu’il cache. Un individu qui a préjugé contre un
autre d’une autre culture a quelquefois pour but de se dissimuler. Par exemple, un professeur
incompétent a facilement préjugé contre un groupe d’élèves afin de dissimuler son
incompétence. Il a aussi pour objectif de renforcer une certaine foi ou valeur, car un être
humain a préjugé contre une autre culture. Un des objectifs du professeur est justement
d’amener les élèves à combattre leurs propres préjugés.
112
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
1.6.7 L’approche (inter) culturelle comme une nouvelle donne dans l’appréhension des
textes littéraires
Suivant Koumene (2009), une approche est définie comme une action de s'approcher.
L’on effectue un mouvement pour se diriger vers quelque chose ou quelqu'un. L’approche
interculturelle consiste à entrer dans un texte en s’inspirant de la culture pour l’appréhender.
Force est d’admettre que dans le contexte actuel de la mondialisation, la question de la culture
anime tous les débats politiques, littéraires et didactiques. Sa définition, son acquisition par les
élèves, son intérêt pour la société, les approches pédagogiques y afférentes, la formation à
l’enseignement interculturel, etc., sont autant de questionnements perpétuels qui préoccupent
les théoriciens de la Didactique des Langues-Cultures. Il s’agit d’évoquer ici la relation que la
culture entretient avec la langue. L’étude s’intéresse également à la démarche interculturelle à
proprement parler, aux enjeux de l’acquisition de la compétence interculturelle en classe de
langue, aux principes de la pédagogie interculturelle, aux compétences attendues des élèves,
etc. Ne sera pas perdue de vue l’éducation à l’interculturel qui pourrait être un moyen de
prévenir : l’insécurité résiduelle, la xénophobie, l’ethnocentrisme, le régionalisme, le racisme,
etc. autant de maux dont souffrent nos sociétés en ce début de troisième millénaire marqué par
des guerres fratricides au Sahel et dans le reste du monde.
D’ordinaire, tout le monde sait qu’un texte ne naît pas ex nihilo. Chaque texte prend
naissance dans un contexte social ou idéologique bien déterminé : c’est le réfèrent littéraire.
Del Guercio (1988, p.149) apporte cette précision : « Au plus haut degré, la littérature est
synonyme de culture ». Or il arrive souvent que les élèves ne maîtrisent pas ce référent et le
champ culturel qui ont conduit à ce « produit artistique encodé par les mots ». Kheir, Meziane,
et Tifour, (2013) distinguent trois zones autour de la notion de culture lors de l’exploitation
culturelle du texte littéraire : une Zone possible de tension culturelle, une Zone de communion
culturelle et une Zone de partage. La non-maîtrise du référent et du champ culturel peut
conduire à une mécompréhension de « l’effet de sens ». Cela pourrait provoquer un
« quiproquo interprétatif ». Et nul n’ignore que la langue est un système de signes dotée d’une
Charge Culturelle Partagée au sens de Galisson. Celui-ci estime que la culture se subdivise en
deux catégories : la culture savante et la culture partagée. Alors que la première s’attache à
fournir une explicitation sémantique des termes de la langue à apprendre, la seconde attribue à
ces mots leurs usages sociaux et leurs « référents culturels intrinsèques ». Cette signifiance
culturelle, si elle n’est pas maîtrisée conduit à la tension culturelle. Souvent, un texte littéraire
113
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
fait l’objet d’une incompréhension et/ou d’un rejet de la part d’un lecteur potentiel issu d’une
culture différente de celle de l’auteur. C’est la raison pour laquelle, en Afrique, le plus souvent,
les apprenants n’ont pas de goût pour les textes issus d’une aire culturelle qui se situe hors du
continent. Ils ont du mal à comprendre par exemple les textes français. En revanche, une zone
de compréhension culturelle se construit quand le référent culturel de l’auteur est identique ou
proche de celui de l’élève-lecteur. Kheir, Meziane, et Tifour (ibid.) soutiennent que les
membres appartenant à une grande communauté ayant un référent culturel commun peuvent se
comprendre entre eux, même s’ils cohabitent avec des groupes ethniques minoritaires. Au cas
où l’auteur et le lecteur contribuent à une compréhension des phénomènes culturels en
présence, le lecteur peut même se projeter aisément dans ce qui est dit dans le texte. C’est le cas
par exemple dans l’Enfant noir de Camara Laye (1954). Les thèmes majeurs abordés dans ce
roman autobiographique sont : l’initiation, l’école coranique et étrangère, la moisson du riz, le
travail de l’or à la forge, l’école des blancs, la solitude, le voyage, etc. Ce sont là autant des
réalités décrites par l’auteur et où chaque élève issu du milieu africain y voit en filigrane sa vie
de petit écolier de la « brousse africaine ». On peut donc dire que les auteurs africains écrivent
pour leur peuple comme l’a si bien souligné Saravaya ([Link].). En effet, le statut de l’écrivain
en Afrique n’est pas le même qu’en Europe. Ainsi par exemple, dans la littérature française,
l’écrivain qui parle se définit au nom d’un « moi individuel ». Il parle à son nom, souvent de sa
vie à lui. Par contre, dans la littérature francophone noire celui qui parle se situe hors du
système et le fait au nom d’une collectivité : le peuple noir uni et solidaire. Les écrivains noirs
se veulent avant tout « panafricanistes » et solidaires à leurs sociétés. C’est dans cet esprit
qu’un mouvement comme la négritude a vu le jour sur les bords de la Seine parisienne autour
des années 1930.
Comme toutes les cultures se valent, le bon sens voudrait que l’on respecte la culture de
l’Autre pour qu’il respecte en retour la vôtre. Si nous prenons l’exemple de l’incipit du conte,
genre littéraire universellement connu, dans la tradition française, il commence par « Il était
une fois ». Chez les arabes libanais, c’est un paradoxe : « Il était, il n’était pas ». En effet, cela
peut paraître un peu bizarre aux yeux d’un français. En pays Sonraï, on débute toujours le conte
par l’intermédiaire d’un substantif : « une année…, un jour… ou une personne... (anonyme au
début, il sera nommé un peu plus loin dans la suite du récit) ». Si les élèves de ces trois aires
culturelles différentes se retrouvent dans une même classe, les débats pourront être riches dans
le respect et l’acceptation mutuels. Ils doivent éviter toute critique porter des jugements
négatifs sur la formule de l’un ou de l’autre membre du groupe-classe.
114
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans deux études, Puren (1988, 1999.) s’est évertué à analyser l’évolution historique de
la didactique des langues et des enjeux actuels liés à la prise en compte des compétences
plurilingue et pluriculturelle et ce, dans une perspective actionnelle. Le didacticien français
arrive à la conclusion que toutes les méthodologies qui se sont succédé au cours de l’histoire de
l’enseignement, chacune en ce qui la concerne a mis en valeur une compétence liée à la culture.
Ce qui fait leur différence, c’est simplement la conception qu’on fait de cette culture. Ainsi, les
premières méthodologies ont mis l’accent sur la compétence transculturelle qui consiste à
reconnaître dans les grands textes classiques le « fond commun d’humanité ». Cette
méthodologie a régné jusqu’à la fin du XIXe siècle avant de céder la place à la compétence
métaculturelle. Là, il s’agit de mobiliser ses connaissances culturelles afin d’extraire de
nouvelles connaissances culturelles à propos et à partir de documents authentiques étudiés en
classe ou consultés chez soi. La compétence métaculturelle était en vogue des années 1920 aux
années 1960. Et c’est la compétence interculturelle qui va succéder à cette dernière. L’objectif
est d’amener le lecteur, à parler sûr, repérer, réagir, analyser, interpréter, extrapoler,
comparer, etc. Donc, il doit être à mesure de repérer les incompréhensions qui apparaissent lors
des contacts initiaux et ponctuels avec des personnes d’une autre culture. Vient ensuite la
compétence communicative qui va couvrir la période allant des années 1970 à 1990. Le but est
de « parler avec, découvrir, communiquer ». Cette compétence va à son tour céder sa place à la
compétence pluriculturelle qui est la capacité à vivre harmonieusement dans une société
multiculturelle avec des personnes de cultures entièrement ou partiellement différentes. Le
CECRL (2000) recommande de savoir « vivre avec ». Enfin, il y a l’approche coculturelle qui
vient en dernière position. Elle ambitionne de chercher à agir efficacement dans la longue durée
avec des personnes de cultures entièrement ou partiellement différentes, et à cet effet d’adopter
et ou se créer une culture d’action partagée : la « coculture » qui consiste à Agir avec. Dans ses
recherches, Puren (2015) a aussi montré que la didactique des langues s’intéresse à plusieurs
domaines aussi variés que complexes comme en témoigne le tableau-ci-dessous :
115
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Didactique
Pratique d’enseignement/apprentissage
L’auteur français précise que la flèche verticale indique les différents niveaux éventuels
de recours à des disciplines extérieures à la DLC. C’est le cas, par exemple, de la didactique qui
peut y puiser certaines données dont elle aura besoin pour se développer.
116
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’altération de leurs propres conditions de vie. Ces trois modes d’acculturation « s’interfèrent,
s’entremêlent », sauf qu’un aspect peut dominer les autres. Lorsque deux cultures entrent en
contact, il est difficile de les isoler et par conséquent, l’une restera dominante et l’autre
dominée. L’évolution d’une culture est fonction de son « homogénéité ou de son
hétérogénéité ». Lorsque l’individu se trouve face à une telle situation, Marrou (1957), cité par
Dansereau : (1964, p.107), souligne qu’il n’y a que deux options qui s’offre à lui. Il se retrouve
ainsi dans une sorte de dilemme cornélien :
117
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
être avec leur alphabet… Avec l’école, il est facile de changer les mentalités. La culture est ce
qu’un peuple a de plus cher pour s’identifier, s’affirmer, s’authentifier. Mais, souvent il arrive
que des blancs soient aussi fascinés par les cultures africaines. L’exemple du français Jean
Rouch est très frappant. En effet, cet ingénieur des ponts et chaussées arrive dans ce vaste pays
du Sahel qu’est le Niger et fit la connaissance de la culture sonrai. Impressionné par ses
traditions, il abandonne sa profession d’ingénieur et se convertit en anthropologue, allant
jusqu’à soutenir une thèse de doctorat sur la Magie sonrai au musée de Louvre à Paris. Il s’est
confié à une prêtresse sonrai qui lui a enseigné le langage ésotérique de la chasse, le secret de
l’eau (pluie, fleuve, mare…), la géomancie, etc. Rouch finit par être « possédé ». Ainsi,
prendra-t-il la nationalité nigérienne et écrivit dans son testament que son plus grand désir est
de mourir au Niger, coupant ainsi le cordon ombilical avec son pays d’origine. Il meurt
effectivement au Niger dans un accident de la circulation en 1993 et fut inhumé à Niamey. La
force de l’Afrique, c’est que les cultures se ressemblent beaucoup et se moulent facilement les
unes dans les autres. C’est dans ce sens que Saravaya (ibid. p.173) remarque que le statut de
l’écrivain en Afrique est différent de celui des auteurs occidentaux. Elle précise à ce sujet :
118
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
C’est par la culture qu’un individu, un groupe s’identifie. Cette culture s’acquiert dans
la société et se transmet de génération en génération. Le groupe culturel auquel appartient
l’individu est fondé sur l’âge, le sexe, la famille et la race. Il repose aussi sur des critères
d’alliance professionnelle ou politique ou de goût, sur la religion, la nationalité ou l’état
économique et social. Parmi ces groupes contrastés, l’interaction culturelle serait soit « positive
ou intéressante », soit « négative ou sans intérêt ».
Shan (2004) estime que l’homme n’est pas en mesure de confirmer ses propres
caractéristiques dans un cadre de repérage culturel jusqu’à ce qu’il rencontre et contacte un
individu provenant d’une autre culture. Il est tout à fait logique que la communication entraîne
aussi le conflit, la concurrence, la tension et la nervosité jusqu’à l’instabilité du système
culturel et social. L’auteur souligne que l’individu pense que le groupe auquel il appartient lui-
même est supérieur à celui provenant d’autres cultures. En effet, le complexe de supériorité
nationale et la foi dans le centralisme national ne sont pas innés mais acquis dans le groupe
culturel auquel l’on appartient. La foi en sa propre culture se forme de manière naturelle. La
confiance en sa propre culture n’est pas mauvaise et d’ailleurs, elle favorise au cours de la
communication la transmission de la valeur estimée importante. Cependant, le centralisme
national qui semble extrême pense qu’un individu ne peut pas croire à d’autres bonnes valeurs
culturelles. Elle doit donc servir d’exemple aux autres et il n’est pas nécessaire de respecter les
valeurs et les mœurs des autres cultures. C’est ce à quoi ont cru les « Grands Hommes »
comme Hitler. Celui-ci estime que la nature a fait de la race arienne la race supérieure aux
autres avec lesquelles elle doit prendre ses distances, dans tous les sens du terme. La nature,
dit-il, refuse que les individus faibles s’accouplent avec les forts. Elle veut donc moins qu’une
race supérieure se mélange à une race inférieure dont le résultat sera toujours la ruine du
« peuple civilisateur ».
119
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
du Sud, le génocide rwandais, etc. sont des exemples palpant de discrimination dans l’histoire
récente de l’Afrique. Le centralisme national, le stéréotype, le préjugé et la discrimination
constituent des outils d’analyse sur l’obstacle à la communication interculturelle. La question
est de savoir comment l’on peut parvenir à surmonter l’obstacle et réaliser une communication
interculturelle dynamique, gage d’une coexistence pacifique entre les hommes.
Quand l’hypothèse est soumise à la méthode expérimentale, elle devient une théorie ; tandis que
si elle est soumise à la logique seule, elle devient un système.
120
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Nous précisons ici les théories sur lesquelles nous nous appuyons pour observer, comprendre,
décrire et analyser les pratiques enseignantes en fonction des démarches que nous estimons
rencontrées dans les salles de cours.
Les choix théoriques présentés ici sont : les théories de l’apprentissage et celles de
l’interaction didactique. D’abord, pour ce qui est des théories de l’apprentissage, notre choix est
porté sur le constructivisme piagétien et le socioconstructivisme vygotskien. Ensuite,
l’interaction didactique a trait à la théorie des situations didactiques et de l’action conjointe de
Brousseau. Cette théorie a l’avantage de faciliter la caractérisation de l’interaction didactique
dans la classe de langue. À cela s’ajoutent les travaux des partisans de l’école de Genèse
(Cicurel et autres : 1996). Ces théories facilitent la description des échanges qui ont lieu entre
le professeur et ses élèves au cours de l’interaction didactique. Enfin, les travaux de Puren,
Clanet et de Bationo aideront à caractériser les stratégies interculturelles lors de
l’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique.
121
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
méthodes pour des recherches en didactique d’où l’intérêt de ces théories. Des nombreuses
approches portant sur le processus de l’enseignement/apprentissage qui ont été élaborées au
cours de l’histoire, nous privilégierons deux dans le cadre du présent travail de recherche
doctorale. Il s’agit du constructivisme et du socioconstructivisme.
Suivant Piaget (1975), cité par Hatier (2004), l'assimilation et l'accommodation forment
un couple indispensable à l'activité cognitive de l’homme. Le père de la psychologie de l’enfant
propose cette définition : « l'assimilation désigne la réintégration d'éléments externes nouveaux
dans une structure interne préexistante ». L’accommodation est, quant à elle, « l'adaptation de
l'organisme aux variations externes qu'il ne réussit pas à assimiler ». L’avantage du
constructivisme piagétien, c’est qu’il prône les méthodes actives dont le secret est justement de
« faire agir ». Constatant lui-même les insuffisances de sa théorie, à la traditionnelle triade :
environnement-expérience-maturation, Piaget propose une quatrième qui est l’équilibration. Il
montre que dans une situation nouvelle, un sujet peut modifier une situation connue
auparavant, par assimilation et accommodation pour parvenir à un nouvel équilibre.
S’inscrivant dans la même perspective que Piaget, Ourghanlian (2006) estime que ce travail de
modification de ses représentations lui permet d’intégrer des schèmes nouveaux et de modifier
sa structure cognitive.
SAVIE inc. (2008) propose une synthèse des principales propositions du constructivisme :
La connaissance est construite de manière active par le sujet dans son milieu social.
La connaissance est plutôt fabriquée que découverte.
Nous construisons notre compréhension du monde à partir de nos propres expériences.
Cette compréhension est fortement influencée par notre structure cognitive.
La vérité est provisoire et limitée.
Mais très tôt, le constructivisme est accusé, par ses détracteurs, de ne pas prendre en compte
l’aspect social des apprentissages. Les travaux de Piaget ont été repris et développés en
psychologie sociale génétique par un groupe de ses élèves notamment Perret, Clermond, Doise
et Mugny. Vu ces insuffisances, une nouvelle théorie vient compléter celle de Piaget, même si
elle n’est pas aussi si parfaite. Cet auteur est d’origine russe et il est né la même année que
Piaget (1896).
122
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Suivant Ourghanlian (2006), c’est à Bruner que revient le mérite et l’honneur d’avoir
découvert l’auteur russe, Lev Semionovitch Vygotsky, resté dans l’ombre pendant longtemps.
En effet, il l’a fait connaître en préfaçant la version anglaise de son ouvrage intitulé Pensée et
Langage (1997). Ce psychologue russe accorde une place capitale à l’aspect social des
processus cognitifs permettant l’apprentissage. Il estime qu’en s’intéressant aux interactions
sociales, Vygotski devient un précurseur des théories actuelles de l’interaction. Le modèle qu’il
propose, s’appuie justement sur les principes du constructivisme piagétien en y ajoutant
simplement du « tonus » : le rôle social des apprentissages. L’auteur russe perçoit
l'apprentissage comme l'acquisition de connaissances grâce aux échanges qui s’effectuent entre
le professeur et ses élèves ou entre élèves. La classe constitue donc une sorte de société en
miniature où l’élève apprend avec les autres : le professeur et aussi ses pairs. Vygotski (1990)
souligne aussi que les apprentissages doivent être compris dans leur zone proximale de
développement. D'après lui, il existe une zone appelée "Zone proximale de développement" qui
est propre à chaque individu. Cette zone correspond au niveau de connaissance et de maturité
atteint par une personne donnée.
Lors des apprentissages, le professeur doit poser à l'enfant un problème situé forcément
dans cette zone. L’auteur de Pensée et langage précise que si le problème est en dessous de
cette zone, « il sera inefficace, s’il se situe au-dessus, il sera inaccessible ». Il n'est
véritablement utile que s'il appartient à la zone proximale de développement de l'individu.
Ladite zone comprend les tâches que les élèves peuvent réussir avec l'aide d'un adulte, « elles
ne sont ni trop difficiles, ni trop faciles ». Il revient donc au professeur de langue d’identifier et
de délimiter cette zone afin de donner des exercices appropriés naturellement au nom du contrat
didactique. L’opération consiste à faire travailler les élèves en atelier (groupe), il s’agit d’un
cadre d’échanges très fructueux entre pairs. Dans ce modèle, les erreurs sont bénéfiques dans la
mesure où, elles correspondent également à un nouveau point d'appui d’où vont émerger
d’autres nouvelles connaissances. Elles ne sont pas punies car très productives. Nous sommes
loin des méthodes transmissives où les erreurs sont bannies et passibles d’une punition.
Vygotski voit aussi en l'homme un « acteur culturel et social » qui se développe grâce au
processus social et historique. Ainsi, « la vraie direction du développement » va de la société à
l'individuel. Il soutient que ce que l'enfant sait faire aujourd'hui en collaboration, il saura le
faire tout seul demain. La mission de l'école consiste donc à proposer aux enfants des tâches à
123
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
un niveau supérieur de ce qu'ils savent faire. À ce titre, Ourghanlian (ibid.) rappelle que
l’'enfant peut imiter de nombreuses actions qui dépassent de loin les limites de ses capacités.
Des nombreux travaux de l’auteur russe, l’on peut retenir que l’apprenant a besoin de comparer
ce qu’il fait avec celui de ses camarades de classe sous l’appréciation du professeur. Cela crée,
provoque l’émulation intellectuelle à l’école, donc une sorte de concurrence positive naît entre
les élèves. L’avantage du socioconstructivisme c’est que l’enfant apprend efficacement quand il
est en interaction avec ses pairs ou sous tutorat. Aussi peut-il être mis en relation concrète avec
l’environnement réel afin que les apprentissages aient un véritable sens pour lui et
subséquemment qu’ils lui assurent une meilleure réussite. Pour les partisans du
socioconstructivisme vygotskien, l’être humain est éminemment social.
L’enseignement/apprentissage de la lecture est la voie royale qui conduit à l’autonomie de
l’élève aussi bien dans sa vie scolaire que professionnelle car il a besoin de communiquer avec
les Autres. Diabaté (2017) souligne qu’il doit, dans la vie réelle, aux écrits authentiques ou de
communication sociale réelle. Sa réussite dans les activités intellectuelles dépend des
conditions dans lesquelles il se trouve. Ces conditions devraient être proches, ou du moins
provenir de la vie réelle-même. Les socioconstructivistes soutiennent que ce n’est plus
tellement le contenu qui est déterminant pour les apprentissages, mais bien sûr les situations
dans lesquelles l’élève peut l’utiliser comme « connaissance viable ».
Il convient de préciser que nous nous inscrivons dans une Analyse A priori. L’analyse
a priori définit un monde possible et un ensemble organisé de jeux possibles. Elle permet de
comprendre quelles sont les « règles définitoires/constitutives » qui doivent nécessairement
figurer dans un jeu et de quelle manière le professeur va pouvoir réguler l’activité des élèves
vers des stratégies gagnantes au sein du jeu, jeu postulé par l’analyse a priori. Brousseau (1998)
appelle milieu : « tout ce qui agit sur l’élève ou/et ce sur quoi l’élève agit » Ce milieu est
constamment aménagé pour faciliter la transmission des connaissances à enseigner. Le
professeur ne doit en aucun cas révéler à l’élève ce qu’il veut faire au risque de le réduire au
statut d’un perroquet. L’élève ignore pour sa part l’intention du professeur et ce, pour faciliter
mieux l’interaction didactique. Chacun d’eux s’engage pour accomplir sa part de contrat.
Nombreux sont aussi les auteurs qui orientent leurs recherches vers la didactique des langues-
cultures. Le choix de cette étude est porté sur deux d’entre eux : Claude Clanet et de Jean-
Claude Bationo.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Moulinié, cité par Bationo (2012), distingue trois niveaux de lecture du texte littéraire ou
du moins, trois modèles de réception. D’abord, textes littéraires et textes non littéraires peuvent
être lus au même niveau, là, ils ont pour objectif commun, la transmission des informations
vérifiables à l’image des journaux. Vient ensuite, la littérarité du texte qui se révèle à travers la
lecture. Le troisième niveau de lecture est caractérisé par la lecture de textes qui n’ont pas de
statut particulier. L’auteur burkinabé montre dans son analyse que les textes choisis dans la
littérature africaine francophone seraient considérés comme parallèles aux autres extraits de
textes d’auteurs allemands et auraient pour fonction de permettre des analyses contrastives sur
des thèmes communs. Il cite entre autres : la forêt, le paysage, l’amour, la vie familiale, le
mariage, le divorce, l’excision, les vacances, la religion, l’anniversaire, l’amitié, le travail,
l’école, la corruption, l’environnement, le conflit de générations, etc. Ces thèmes énumérés,
décrits selon diverses perspectives, permettent des comparaisons très intéressantes qui ne
pourront que motiver les élèves à s’intéresser davantage au cours de langue et à optimaliser
leurs compétences linguistiques et culturelles. L’auteur insiste, par exemple, sur le rôle central
de l’école où les élèves de deux confessions différentes peuvent se retrouver dans une même
classe afin de poursuivre un objectif commun : l’apprentissage de la langue, la culture et la
littérature. Bationo (2007, 2008, 2012, 2017, 2021) estime qu’une approche contrastive
(thématique) et interculturelle doit être privilégiée afin de casser les barrières « culturelles »
négatives qui constituent des lignes de démarcation qui sont souvent sources de conflit
125
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
interreligieux. Cela permet aussi d’éviter de tirer sur la ficelle de la langue. En somme, le
chercheur burkinabé insiste sur l’utilité des textes littéraires auxquels il attribue des vertus
thérapeutiques pour pallier les éventuels conflits sociaux.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Selon Luzzati (1996), le modèle genevois oppose deux axes dans l’interaction
didactique : l’axe régissant et l’axe incident qui correspondent respectivement aux complétudes
interactives et interactionnelles et sur lesquels interviennent des questions/réponses régissantes
ou incidentes. Roulet et autres (1985) précisent que ce modèle est fondé sur l’opposition entre
la complétude interactionnelle ou tendance à faire progresser le dialogue vers la satisfaction des
deux intervenants et la complétude interactive lorsqu’il y a désaccord à la résolution des
conflits pour pouvoir revenir au dialogue principal et envisager de satisfaire la complétude
interactionnelle. En clair ce modèle considère que toute interaction dialogale se meut dans un
espace à deux dimensions. Lorsque demande d’information et délivrance de renseignements
s’enchaînent sans difficulté, le dialogue est dit régissant. Par contre lorsque des demandes de
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans une étude, Cicurel (1996) montre ce à quoi l’observateur doit s’attendre dans la
classe de langue, au cours de son observation. Elle précise que les professeurs ont tendance à
hésiter, à faire des erreurs ou des corrections quand il s’agit de les observer. À cela s’ajoute une
rupture du débit de parole qui pourrait être expliquée par le souci de ne pas perdre la face et
d’appliquer des stratégies pour donner une bonne impression de soi lorsqu’ils abordent un
chapitre aussi délicat que celui de la poésie, par exemple. Les différents acteurs engagés dans le
processus communicatif, la cohérence interne des différentes interventions, les activités
« réparatrices » et « régulatrices », etc. doivent être pris en compte. L’autrice rappelle que la
distance entre les interactants est soit horizontale soit verticale. Les règles d’alternance de tours
de parole, le fonctionnement de la politesse etc. ne doivent pas être négligées. En outre, les
discours en classe de langue sont constitués de données en langue-cible, données en langue
maternelle, commentaires métalinguistiques, « dire de faire » pédagogique, constructions
fictionnelles, etc. Aussi, la récurrence d’un certain nombre de phénomènes permet-elle certes
de caractériser le discours d’enseignement mais le paradoxe est que tout n’est pas justement
dans le dit, c’est-à-dire ce qui est prononcé. Les actes du « faire langagier » et du « dire sur le
faire » sont en partie confondus. Il y a d’un côté la transformation souvent lente et progressive
du savoir langagier des élèves et de l’autre, la modification du parler du professeur lui-même
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
qui doit au nom du contrat didactique, adapter son discours à celui de ses élèves. Cela passe par
la simplification syntaxique, la lenteur du débit et l’exhibition des « balises interactionnelles ».
Enfin, Cicurel (ibidem) précise que la dimension interactionnelle est marquée par l’alternance
des tours de parole, par les phénomènes de coconstruction, etc. Les commentaires sont destinés
à encourager l’apprenant - élève, à le mettre sur une autre voie ou à le corriger si cela s’avère
nécessaire. Ces stratégies peuvent être des « paraphrases », « des reformulations, des
définitions, des répétitions, des reprises, des gloses, des explications ; des pannes
communicationnelles de l’apprenant ; des rituels communicatifs liés à l’acte d’enseigner ;
traces d’un effort d’intercompréhension », etc.
Cicurel (ibid.) évoque aussi l’asymétrie des compétences et des rôles, au cours de
l’interaction didactique. Ainsi, le professeur, « interactant expert » représente l’institution. Il est
responsable de l’efficacité de l’apprentissage. Les élèves en position d’apprentissage doivent se
conformer aux règles communicatives en usage. Ils sont en prise avec la langue-cible, ici le
français. L’existence d’un contrat didactique tacite stipule l’acceptation par l’ensemble des
interactants d’une action commune pour qu’il y ait transmission des savoirs. La perspective
interactionnelle prend en compte l’effet que la parole d’un interactant a sur la parole d’un autre
interactant. Le tour de parole est envisagé en fonction de ce qui vient d’être dit ou de ce qui
suit : il y a continuité de tours de parole à l’autre selon un schéma global.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
s’étonne en établissant des parallèles, souligne des divergences, fait des remarques sur l’usage.
L’enseignant tente de réduire les difficultés de la description ou souvent les signaler pour
guider l’apprenant ou le mettre en garde. Le sujet apprenant, lui, veut comprendre les raisons
d’un fonctionnement, d’un contexte, il est le « locuteur du pourquoi ». Il se met à distance de la
langue et aussi de la culture pour les apprendre. Cicurel souligne que pour apprendre ou faire
apprendre, il faut « se reprendre soi-même ou reprendre le dire de l’Autre », ce qui donne
l’illusion d’un mouvement de « sur place langagier ». Et lorsque l’enseignant ne doit pas
intervenir pour aider et corriger sous peine de briser la relation directe entre les participants-
élèves, ou lorsque l’apprenant se conforme à une manière de parler qui lui est « dictée » par
l’objectif pédagogique, il brime sa capacité à parler autrement. Souvent la langue prime sur le
discours. L’instance communicationnelle ou culturelle semblent être stoppées au profit de la
focalisation sur le code.
Blondel (1996) estime que lors de l’interaction didactique, l’ensemble des participants
concentrent leur attention sur le code linguistique utilisé, quitte à rejeter au deuxième plan
l’examen du contenu du message. On assiste donc à un phénomène de « bi-focalisation ». Les
131
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
échanges portent alternativement sur le code et le contenu car l’attention est portée sur
l’intercompréhension. L’auteur rappelle que la paraphrase a pour avantages de permettre aux
enseignants de se poser d’autres questions, sur les rapports entre enseignement et apprentissage
de la langue étrangère et ce, en relation avec les recherches acquisitionnistes. Du côté de l’élève
les multiples déplacements du sens rendu possible par la paraphrase témoignent de la richesse
et de la « « plasticité des langues naturelles » ainsi que de leur pouvoir d’action sur le monde.
Toutefois, aucune grammaire ne permet de décrire de façon satisfaisante la paraphrase dans les
interactions orales. Certains moments du discours de l’enseignant apparaissent ainsi comme
saturés de paraphrases.
Develotte (1996), soutient que la confrontation directe entre des apprenants réels et des
enseignants réels, est toujours une négociation de sens dans laquelle s’ajustent des
représentations. Tout se déroule dans un espace d’exposition discursive. C’est en fonction de
cet espace d’exposition discursive que chaque agent du système éducatif configure à un
moment donné son espace de production discursive, c’est-à-dire les discours qu’il peut tenir
dans l’institution, en fonction de son espace d’exposition discursive. L’interaction discursive
désigne, quant à elle, le processus d’appropriation qui s’exerce lors du passage d’un terme
« x » de l’espace d’exposition discursive à celui de production discursive du locuteur.
La relation professeur-élèves est un « duel » aux effectifs inégaux : d’un côté l’on a le
professeur et de l’autre le groupe-classe. Dans ce jeu, aussi paradoxal que cela puisse paraître,
on peut dire que les adversaires ont un destin commun car ils gagnent ou perdent aussi
ensemble selon le cas. Tout le monde concourt à la réalisation du même objectif, du même but.
Les didacticiens estiment qu’il est dangereux que l’élève répète sans comprendre, ne découvre
rien par lui-même. Et pourtant il ne peut pas tout inventer comme le veut Émile, le personnage
de Rousseau. Dans la pédagogie active, l’élève doit s’exercer afin d’appliquer ce qu’on lui a
appris, échanger avec son professeur. Il faut éduquer par le plaisir, la curiosité, et ce par
équipes bénéficiant d’une large initiative. Montaigne propose un élève par maître, par petits
groupes selon l’école de Port-Royal. Il rend le livre assimilable, vérifie si l’élève l’a compris,
développe son activité. Il ajoute au livre sa pensée, son exemple personnel, sa vie intérieure.
C’est un juge idéal qui facilite le passage de l’éducation livresque à celle de l’expérience. Le
sport, l’informatique, le cinéma, la télévision, etc. concurrencent dangereusement les livres en
réduisant l’efficacité de l’éducation aussi bien familiale que scolaire. Moirand (1996, p.5)
132
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
précise que les enjeux du discours didactique peuvent paraître « moins ambitieux », lorsqu’il
s’agit de décrire plutôt que d’interpréter. Beaucoup de facteurs entrent en jeu dans l’interaction
didactique. Ainsi par exemple, les « oublis » dans une énumération, les « sauts » dans une
argumentation, les « glissements de signification » etc. donnent du fil à tordre à l’analyste du
discours didactique tant il est difficile de les interpréter. Nonobstant tout, apprenants et
enseignants s’engagent (Cicurel et Bouacha : 1984) pour jouer, chacun en ce qui le concerne,
son rôle, à signer au préalable un « contrat de communication ». En effet, les sujets, élèves
comme professeur, pour être compris de leurs interlocuteurs doivent non seulement s’engager à
organiser leur propos mais mieux justifier leur droit à la parole lors de l’interaction didactique.
Évoquant la position du professeur et des élèves lors de l’interaction didactique, Moussi (2016)
remarque qu’au cours de l’interaction didactique, il n’est pas rare de constater une répartition
inégale de la parole entre les élèves. Certains monopolisent la parole pendant que d’autres sont
plus effacés, devenant ainsi des spectateurs passifs des interactions qui se déroulent dans
l’espace-classe. Il revient alors au professeur d’amener à solliciter les « petits parleurs » et à
créer les conditions pour favoriser leur prise de parole.
Dans ses travaux sur l’analyse du discours didactique, L. Sprenger Charolles (1984)
s’est intéressée au schéma global des tours de parole et remarque que c’est l’enseignant qui
choisit ses interlocuteurs et qu’il s’adresse directement à eux. Elle qualifie la position du
professeur de « position haute », car c’est lui qui décide de qui va parler, de ce qui va être dit et
c’est lui qui juge de la pertinence de la réponse. L’élève serait en « position basse » puisqu’il se
contenterait de prendre en charge la consigne donnée par le professeur. Cette position du
professeur dans l’interaction serait liée à sa position dans l’institution scolaire. Il est « le maitre
» du jeu car il a toujours le premier et le dernier mot. Il prend en charge pratiquement toutes les
phases d’ouverture et de clôture du dialogue. C’est lui qui pose les questions, attend la réponse
de l’élève et prononce une évaluation pour signaler que l’acte réponse est satisfaisant ou non
(Sinclair et Coulthard, 1975). C’est ainsi que l’échange pédagogique se définirait. Ce
phénomène peut s’observer dans les corpus étudiés qui montrent une alternance réglée
d’intervention élève et d’intervention du professeur avec pour résultat un professeur qui produit
à lui seul au moins autant de tours de parole que l’ensemble des élèves, et des élèves qui se
cantonnent souvent à la production de réponses. Ce constat serait encore plus visible chez des
professeurs débutants qui auraient tendance à conserver leur « position haute » tout au long des
échanges sans favoriser la coopération des élèves lors de conduites discursives.
133
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans la suite du travail, nous aurons recours surtout aux théories de nombreux
pionniers de l’éducation moderne : Montaigne, Rousseau, Decroly, Freinet, et bien d’autres.
L’étude propose une synthèse globale de ces théories dites de références (pédagogie,
didactique, psychologie, etc.) relatives au schéma de la classe : méthodes, climat, conseils,
comportement, démarche, stratégies etc.
La pédagogie moderne s’appuie sur les travaux de Rousseau (1762). Elle vise, en
s’appuyant sur la psychologie, principalement trois objectifs : l’étude des conditions de
croissance de l’enfant ; mieux connaître l’enfant pour mieux l’éduquer ; à travers la
connaissance de l’enfant, comprendre sa mentalité et ses problèmes. On aboutit ainsi à la
naissance de la psychologie scolaire avec la généralisation de l’enseignement et les recherches
éducatives sur les aptitudes des enfants. L’apparition de la psychologie scolaire au XX e siècle
va révolutionner la pédagogie moderne. De nos jours aucun pédagogue ne peut faire fi de la
psychologie. La pédagogie active a fortement séduit Piaget et les constructivistes. Ils font
comprendre que le savoir de l’élève se construit au départ de son activité manuelle ou
intellectuelle. Pour les constructivistes, l’apprentissage se déroule en trois temps :
l’assimilation (toute nouvelle connaissance sera assimilée à quelque chose que l’on connaît
déjà), l’accommodation (il faut ajuster les informations : nouvelles et préexistantes) et
l’équilibration (la nouvelle information du départ, après avoir été assimilée et différenciée fait
maintenant partie intégrante, distincte des autres informations que possède l’individu).
134
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
militaire, Le Littré situe la stratégie en amont de la tactique lorsque les armées sont face à face.
Ces deux termes militaires sont donc transposables en didactique. Ce sont les stratégies
d’apprentissage qui nous préoccupent dans le présent travail de recherche. Dans tous les cas, le
terme désigne un ensemble d’actions partielles mises en ordre pour atteindre un but (Bange,
1992). Pour Forcier (2003), une stratégie d’enseignement est « un ensemble de méthodes
harmonieusement agencées selon certains principes ». L’enseignement individualisé,
l’enseignement en grand groupe, l’enseignement par résolution de problèmes constituent des
stratégies d’enseignement. Le MES (1993) souligne que ce sont les stratégies qui déterminent
l'approche que doit suivre un professeur pour atteindre les objectifs d'apprentissage qu’il
souhaite atteindre. L'enseignement direct, l'enseignement indirect, l'enseignement interactif,
l'apprentissage expérientiel ou l'étude indépendante sont des stratégies d’enseignement.
Suivant Puren (1988), le terme de méthode est généralement employé dans le discours
actuel avec trois sens distincts : le matériel d’enseignement, l’ensemble de procédés et de
techniques de classe et enfin l’ensemble cohérent de procédés, techniques et méthodes qui s’est
révélé capable, sur une certaine période historique. Il existe une pléthore de doctrines ou
méthodes pédagogiques.
Méthodes Caractéristiques
d’enseignement
Les méthodes L’apprentissage se fait par absorption des connaissances transmises.
expositives
Les méthodes L’apprentissage se fait par imitation d’un modèle.
démonstratives
Les méthodes Drill : l’apprentissage se fait par la reproduction et la répétition de
d’entraînement connaissances et de procédures.
découverte projet
À la limite, chaque pédagogue a sa façon de faire ou de voir les choses. Altet (2006) souligne
que tous ont les mêmes objectifs car toute pédagogie se soucie principalement de cinq
éléments : l'apprenant, l'enseignant, le savoir, la communication, la situation. Le rôle du
professeur consiste donc à instruire, éduquer, former l’élève. Celui-ci doit apprendre ou se
socialiser, s'épanouir, s'autonomiser.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les partisans de la méthode transmissive estiment que cette technique permet aux
apprenants d’être sur un même pied d’égalité, car le cours est dispensé intégralement. Aussi,
cette façon d’enseigner est-elle plus adaptée à des classes à effectif élevé, qui donne à chaque
élève le maximum de connaissances. Elle permet de gérer convenablement le temps imparti et
d’épuiser le maximum du contenu de la leçon. Suivant Raymond et Macaire (1964), les
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
détracteurs de l’école traditionnelle l’accusent d’élaborer des programmes et des méthodes sans
référence « à l’enfant, à sa nature, à ses goûts, à sa curiosité, à ses besoins et à sa forme d’esprit
variable d’un âge à l’autre ». Le centre d’intérêt des enseignements est pris hors de la vision de
l’enfant : il est soit « dans le maître » soit « dans le livre ». Or, il y a une différence entre ce qui
est vécu par l’enfant et le savoir clair, livresque et magistral. La rupture semble être totale entre
l’école et la vie de l’enfant. Les rapports entre les buts assignés à l’action éducative et
l’individu formé se trouvent ainsi rompus. L’école traditionnelle favorise l’émulation et la
compétition entre les élèves. Elle défavorise le travail en groupe, la solidarité, la collaboration,
l’esprit coopératif et l’initiative. En outre, les méthodes traditionnelles installent chez les
enfants la dépendance, la facilité ainsi que l’indifférence à l’égard des disciplines enseignées.
Elles sont source d’inadaptation scolaire. Le culte des examens, l’esprit général attribué aux
notes et diplômes provoquent dans la classe rivalités et tensions. On ne forme ni le jugement ni
l’esprit. Et Alain d’ajouter : « L’enfant qui lit ne pense pas. Il ne fait que lire, il ne s’instruit
pas, il apprend des mots ». « Esclaves du livre », les enseignants sont coupés de la réalité
vivante. Cette manière d’enseigner l’enfant l’ennuie et il se distrait, alors son esprit vivant
échappe au maître. D’autres accusent les méthodes traditionnelles de favoriser le culte du
diplôme, le gavage de l’esprit ainsi que la prédominance des enseignements livresques. La
rupture est totale entre l’école et la vie de l’enfant. Le procédé transmissif est basé sur l’exposé
du maître et le résumé qu’on applique à faire apprendre par cœur à l’élève. Les leçons étaient
considérées comme des ensembles qu’on doit fixer dans la mémoire et que les élèves doivent
reproduire lors des évaluations. S’instruire avec les méthodes traditionnelles revient à
photocopier, à enregistrer des textes. Vu toutes ces critiques, les méthodes traditionnelles vont
céder le pas aux méthodes actives qui vont voir le jour.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
guide ; il stimule les « énergies et encourage les efforts » ; il suggère parfois une solution mais
ne la donne pas toute faite ; jamais « il n’enlève la joie de la découverte personnelle ».
Toutefois, rappelle Léon, cette liberté accordée à l’enfant doit être limitée. Le maître doit
parfois s’imposer. Les méthodes actives requièrent de la part du professeur compétence
professionnelle et autorité. La méthode active exige du professeur tout comme des élèves une
activité constante.
Pour réussir avec la méthode active, il faut que le professeur entretienne jalousement ses
connaissances, qu’il les approfondisse et les élargisse sans cesse, qu’il ne soit ni verbeux, ni
muet, qu’il ne cherche pas à s’imposer en magister, qu’il ne s’efface pas tout à fait. Il faut qu’il
raisonne son travail, qu’il sache s’adapter, qu’il ait du tact et de la volonté, et qu’il ne craigne
pas la fatigue. Un enseignement actif n’est réalisable que dans ces conditions. Suivant Muchelli
(1998), les méthodes actives ont trois principaux avantages : d’abord, les apprenants sont actifs
et motivés parce qu’ils travaillent en groupe. Ensuite, le professeur joue un rôle de facilitateur,
de catalyseur. Et enfin, le contrôle prend la forme d’une auto-évaluation des individus ou des
groupes. Faire agir tel est le secret des méthodes actives, le secret de l’étude attrayante et
féconde. Montaigne le préconisait déjà, en son temps. Il ne veut pas que le maître invente et
parle seul mais qu’il laisse son disciple parler à son tour. Il est bon qu’il le « fasse trotter devant
lui » pour le jauger. Le maître amène l’enfant à trouver par lui-même ce qui est à sa portée. Il
ne doit pas « subir son instruction » mais y prendre une part active. L’auteur des Essais devient
ainsi le précurseur des méthodes actives dans une France renaissante. À quoi sert le savoir
théorique s’il ne s’intègre pas dans l’action et dans la pratique de la vie ? Les méthodes actives
facilitent l’épanouissement de l’enfant ; son expression. Elles développent l’esprit d’initiative
de l’enfant en l’amenant à agir par lui-même. Puren (1988, p.181) suggère :
[...] C’est ainsi qu’il (le professeur) prépare les élèves à l’intelligence des textes, et, en
premier lieu, du point de vue matériel. Il ne donne pas encore de préparations à faire à la
maison ; il attend que l’élève ait appris à en faire sous sa direction. Mais à ce stade, il
ébauche déjà des discussions (les élèves continuent toutefois, comme au degré inférieur, à
questionner et à mettre les textes en dialogues). Il fait aussi faire de petites causeries, «
dramatiser » et « jouer » les textes étudiés, rechercher les idées contenues dans les textes.
La correction des fautes se fait toujours en commun.
Le méthodologue français essaie de frayer un chemin aux enseignants en vue de les aider à
mieux exploiter les textes. Il précise que l’étude des faits grammaticaux, lexicologiques,
stylistiques et autres se fait naturellement en même temps que l’étude de la matière qui sert de
base à la lecture ou à la conversation. Déjà on analyse grammaticalement certains passages
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Puren (ibid.) estime que dans la perspective de la « longue durée didactique », qui
s’intéresse tout autant aux continuités qu’aux ruptures et aux pratiques de classe effectives
qu’aux constructions théoriques, la méthode active a déjà fait ses preuves. Par conséquent,
qu’elle « nous plaise ou non », elle ne peut plus être ignorée. Les partisans des méthodes
actives soutiennent qu’une bonne méthode écarte le tâtonnement, évite le temps perdu,
simplifie et coordonne l’enseignement. Elle contribue à donner aux enfants des habitudes
d’ordre de logique et de réflexion. Toutefois, les méthodes restent des instruments dont l’utilité
dépend de la main qui les utilise. De même, les procédés ou techniques pédagogiques varient
selon les objectifs fixés et les outils utilisés. Pour autant les méthodes actives n’ont pas échappé
à la critique. Ainsi, comme toute entreprise humaine, l’efficacité des méthodes actives a aussi
ses limites. Selon ses détracteurs, leur rôle consiste à faire admettre le plus joyeusement
possible ce que certaines acquisitions comportent de fastidieux. Faire sentir à l’enfant l’intérêt
que présente la tâche qu’on lui offre n’est pas l’inciter à opter pour la facilité.
Suivant le dictionnaire Le Robert, la situation est l’ensemble des relations concrètes qui,
à un moment donné, unissent un sujet ou un groupe au milieu ou aux circonstances dans
lesquelles il doit vivre et agir. Justement l’objet de la pédagogie, ce n’est ni l’enseignement ni
l’apprentissage, mais la situation qui les permet. Cette situation peut être modélisée selon
différentes dimensions : autour d’un seul ; l’autodaxie (auto-instruction) et la traditionnelle
relation duelle : maître-élève. On peut citer également le modèle ternaire ou triangle
pédagogique de Jean Houssèye (1988) : la situation pédagogique peut être définie comme
‘ « un triangle composé de trois éléments, le savoir, le professeur et les élèves, dont deux se
constituent comme sujets tandis que le troisième doit accepter « la place de mort » ou, à défaut,
se mettre à faire le fou ». Le modèle quaternaire et systémique est le plus large. Hérité de
Legendre (1988), il soutient l’existence de quatre composantes en interrelations : le sujet-élève,
l’objet (l’objectif à atteindre : le savoir) ; le milieu (enseignants, conseillers, administration,
140
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
évaluations, locaux, matériel didactique, temps, finances…) et enfin « l’agent et les ressources
d’assistance » (enseignants, autres élèves, livres, matériel audio-visuel, travail individuel ou
collectif, cours magistral…). Il n’existe pas de modèle quinaire, pour l’heure, mais les
théoriciens parlent plutôt de modèles écologique et culturel. Pour les théoriciens de ce modèle,
comme Morin, (1977), la situation pédagogique est un « tissu de constituants inséparablement
associés », un milieu complexe et ouvert du jeu informel des acteurs. Mais Postic (1979)
propose une définition beaucoup plus claire de la situation. Il la définit comme étant l’ensemble
des rapports sociaux qui s’établissent entre l’éducateur et les enfants pour aller vers des
objectifs éducatifs ou une structure institutionnelle donnée. Il estime que ces rapports possèdent
des caractéristiques cognitives et affectives identifiables, qui ont un déroulement, et vivent une
histoire. Cette définition donne l’impression d’un contrat didactique tacite entre le professeur et
les élèves.
Dans son Glossaire (2002), Brousseau propose cette définition qui semble plus claire et
concise : « Une situation est l’ensemble des circonstances dans lesquelles une personne se
trouve, et des relations qui l’unissent à son milieu ». Au regard de tout ce qui précède, l’on
s’aperçoit que la situation met en rapport au moins deux actants avec un milieu. Celle qui nous
concerne est celle du professeur et de ses élèves à propos du milieu scolaire. Brousseau précise
que leur succès commun exige que l’un des actants formule la connaissance en question à
l’intention de l’autre qui en a besoin pour la convertir en décision efficace sur le milieu. Pour ce
théoricien des situations didactiques, la formulation consiste pour ce couple d’actants à utiliser
un répertoire connu pour formuler un message original, mais la situation peut conduire à
modifier ce répertoire. En effet, la situation peut être l’environnement de l’élève mis en œuvre,
manipulé par l’enseignant qui le considère comme un outil, soit l’environnement entier de
l’élève, le professeur et le système éducatif lui-même. Dans les deux cas, le professeur est là
pour enseigner. Quant à la situation didactique, elle peut être propice lorsque l’élève sait qu’il
est au centre et que c’est lui qui en tire le meilleur profit. Le professeur sera également fier
quand il constate que son objectif est atteint, sa mission accomplie : l’élève arrive à produire les
réponses appropriées aux questions qui lui sont posées, à franchir les obstacles. Selon
Brousseau (2002), la situation didactique consiste en une modélisation du cadre
d'enseignement. Elle existe chaque fois qu'on peut caractériser une situation d'enseignement.
Brousseau (ibid.) parle aussi de situation a-didactique lorsqu’elle concerne l'intention cachée
d'enseignement. L'élève construit son propre savoir en essayant de trouver une solution. Il
s’engage tout seul, sans l’aide de quelqu’un d’autre.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Si votre enfant n'a pas soif de connaissances, s'il n'a aucun appétit pour le travail que vous
lui présentez, ce sera peine perdue que de lui « entonner » dans les oreilles vos
démonstrations les plus éloquentes. C'est comme si vous parliez à un sourd. Vous pouvez
flatter, caresser, promettre ou frapper, le cheval n'a pas soif. Et méfiez-vous : par votre
insistance ou votre brutale autorité, vous risquez de susciter chez vos élèves une sorte de
dégoût physiologique pour la nourriture intellectuelle, et vous boucherez à jamais peut-être
les chemins royaux qui mènent aux profondeurs fécondes de l'être.
Par contre, lorsque l’enseignant donne soif aux élèves, les motive, par quelque manière que ce
soit, il rétablit les « circuits ». La machine est ainsi mise en branle. Célestin, promoteur de la
démarche naturelle et universelle, insiste sur les « vertus » de la motivation qui catapulte
l’apprenant dans une sorte de transe :
Suscitez un appel du dedans vers la nourriture souhaitée. Alors, les yeux s'animent, les
bouches s'ouvrent, les muscles s'agitent. Il y a aspiration, et non atonie ou répulsion. Les
acquisitions se font désormais sans intervention anormale de votre part, à un rythme qui est
sans commune mesure avec les normes classiques de l'École. Toute méthode est regrettable
qui prétend faire boire cheval qui n'a pas soif. Toute méthode est bonne qui ouvre l'appétit
de savoir et aiguise le besoin puissant de travail. Freinet (ibid. p. 102).
La motivation constitue donc un préalable indispensable à tout apprentissage. Puren ([Link].)
estime qu’il serait une erreur de situer la motivation seulement au début de la tâche. En effet,
elle se situe non seulement au début de la tâche mais aussi dans la tâche elle-même. Il voit dans
les travaux de groupe passés souvent sous silence par les Instructions Officielles qui y font
rarement allusion, une technique ponctuelle de motivation par l’émulation et la mise en
compétition. Le « didactologue » français estime que l’autonomie ou la responsabilité parfois
octroyées à des groupes restreints d’apprenants ou à un apprenant sont une délégation de
pouvoirs provisoires mais cela n’affecte en rien les statuts et les rapports de force. La
motivation de l’élève se construit donc à travers le contexte scolaire.
Remarque
Le problème de méthodologie pour enseigner s’est toujours posé en Afrique, comme
partout ailleurs. Ngalasso (1984) a essayé de répertorier les problèmes auxquels sont confrontés
les systèmes éducatifs en Afrique. Il cite entre autres : l’excessive pluralité des méthodologies,
leur caractère expérimental, leur inadéquation au contexte africain. L’auteur évoque aussi le
déferlement vertigineux des méthodes d’enseignement du français, davantage inspirés par la
recherche effrénée du « neuf » plutôt que de l’efficace : l’enseignement de la littérature, qu’il
soit thématique plutôt qu’historique ou fondé sur des œuvres complètes plutôt que sur des
morceaux choisis, ne s’en porte pas beaucoup mieux aujourd’hui plus qu’hier. Toutes les
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Souvent, il arrive que ce professeur rencontre lui-même des problèmes théoriques. Que
certains textes lui offrent des résistances, cela est bien normal, précise l’autrice. Qu’il ressente
le besoin de mieux maîtriser ces outils, d’expérimenter de nouvelles approches, « c’est ce qui
légitime la recherche et la formation continue » de l’enseignant. Ce n’est pas du côté du
professeur que nous avons choisi de placer l’action mais plutôt du côté des lecteurs-élèves qui
doivent franchir le seuil du texte pour rentrer dans la « cour des Grands ». Évoquant les lacunes
de l’enseignement des littératures africaines en Afrique, Sherrington (1984, p.23) fit cette
remarque :
On ne dit pas ce qu’on veut enseigner à travers les contenus comme si la littérature va de
soi sauf à une ou deux exceptions près, on n’a pas tenté d’approfondir la question de savoir
ce que l’on voulait exactement enseigner dans ces littératures. En fait tout enseignement,
même élémentaire, est informé par des modèles implicites, un enseignement efficace
répondant aux buts que l’on s’est proposés, exige que le sujet traité découle dans une
progression logique de modèles aussi cohérents et complets que possible. Sinon, on
s’embourbe dans un empirisme de mauvais aloi, sans même disposer d’instruments de
contrôle des effets ou des progrès éventuels.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Il faut remarquer ici que les objets d’étude ne sont pas clairement définis dans les programmes
d’enseignement. L’enseignement manque de démarche adéquate. L’état actuel des modèles
dans leurs rapports avec des programmes scolaires éventuels aurait fait une belle série de
débats. En pédagogie, il est important de savoir ce que l’on enseigne, ce que l’on vise, ce que
l’on veut. La littérature joue un rôle capital dans le fonctionnement de la société. Les historiens
de la littérature nous apprennent qu’elle était au chevet de l’Angleterre pour la sauver à un
moment critique de son histoire. Une solide connaissance des théories didactiques est un
préalable pour mieux enseigner la lecture.
Comme la pédagogie, la didactique a aussi une longue histoire. Elle était d’abord générale
avant de s’intéresser aux matières, aux différentes disciplines. Aujourd’hui, on parle de
didactique des mathématiques, du français, etc. Et au sein de la didactique du français, nous
avons la didactique de la grammaire, de la lecture, etc. Et c’est justement cette dernière qui fait
l’objet de la présente recherche doctorale.
1.9.1 La didactique des langues à l’ère de la mondialisation
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’études, de manuels, pour acquérir le statut de discipline. Ne pouvant répondre à toutes ces
exigences, il demeure un savoir primaire. Collinot et Mazière (ibid.) précisent qu’aux yeux du
monde enseignant, le français ne dispose d’aucune des vertus « formatrices pour l’esprit ». Les
référents majeurs de la configuration didactique sont la langue et la littérature où par exemple,
l’élève doit identifier un texte célèbre, le nommer, lui attribuer son auteur et le situer dans
l’histoire. Pour le reste, il s’agit de manipuler des notions indéfinissables relevant le plus
souvent d’une « stylistique impressionniste et « d’une psychologie triviale » des personnages-
personnes ». La disciplinarisation du français a eu pour effet de distinguer dans la matière
d’enseignement deux grands domaines : le français comme langue et le français comme texte.
Le français-langue est composé du mot et de la phrase : la syntaxe s’occupe de la phrase et la
morphologie et le vocabulaire du mot. Le français-texte est issu de l’explication de textes,
carrefour des savoirs sur la langue et de la littérature d’où l’ambivalence de l’objet texte.
Suivant Puren (1988), la didactique des langues étrangères se définit comme étant
l’ensemble des méthodes, hypothèses et principes pédagogiques, qui permettent d'optimiser les
processus d'enseignement/apprentissage des langues étrangères. La méthode grammaire et
traduction fut la première méthode d’enseignement. Ses partisans estiment que la connaissance
des règles grammaticales d'une langue constitue un réel gage pour apprendre le vocabulaire.
Les élèves peuvent ainsi développer des compétences de lecture et d'écriture dans cette
nouvelle langue. Très vite, cette méthode fut remplacée par la méthode directe. Ici, comme son
nom l’indique, l’apprenant est directement confronté à une seconde langue. Il n’utilise pas sa
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
J’appelle stratégie le calcul (ou la manipulation) des rapports de force qui devient possible à
partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir (une entreprise, une armée, une cité,
une institution scientifique) est isolable. Pour qu’il y ait stratégie, il faut qu’il y ait intention
stratégique, choix entre plusieurs possibles, calcul. La tactique ne se donne pas de projet
global, elle fonctionne au coup par coup, elle profite des occasions, se faufile, s’apparente à
la ruse. La classe de langue voit la mise en place de pratiques qui se situent entre la
stratégie, connue d’avance, planifiée, et la tactique, qui surgit dans le vif de l’échange et
pousse les protagonistes à improviser des solutions.
On peut dire que la stratégie se situe au niveau de la tâche tandis que la tactique n’intervient
qu’au cours de l’activité en cherchant à surmonter les obstacles éventuels. La stratégie peut être
changée au cours de l’activité, lorsqu’il y a une difficulté. Rançon (2009) situe le lexique au
centre des difficultés de transmission des connaissances par le professeur d’un côté et de l’autre
celle de compréhension de la part des élèves. Il soutient que le lexique représente une part
importante des explications pédagogiques. Au demeurant, la richesse lexicale constitue un
moyen d’être reconnu comme étant un locuteur expérimenté dans une langue. C’est la raison
pour laquelle les apprenants y accordent beaucoup d’importance. La vision de Rançon est la
suivante : les œuvres littéraires contiennent assez de mots à expliquer pour lesquels le
professeur va opérer des choix pendant deux moments différents : lors de la planification du
cours mais aussi lors de l’interaction en classe. Aux yeux de Rançon, ces opérations de
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
sélection du lexique sont intéressantes car elles permettent non seulement de mieux identifier
les pratiques enseignantes mais de comprendre les processus de co-construction et de
négociation du sens entre les interactants : professeur d’un côté et élèves de l’autre. En outre,
le professeur n’explique pas sans qu’il ait une raison précise de le faire et sans qu’il ait un but à
atteindre. Son rôle consiste à savoir faire comprendre et faire apprendre des informations
nouvelles portées à la connaissance des apprenants. Charaudeau, cité par Rançon (Ibid.),
classifie les formes logiques d’explication en quatre catégories : l’explication par syllogisme
(c’est une déduction), l’explication pragmatique (qui fonctionne également de la même façon
que la déduction pragmatique avec un « mode d’enchainement » causal qui peut être ponctuel,
un désir ou une expérience personnelle) ; l’explication par calcul (On revient en arrière pour
remonter vers la cause) et l’explication hypothétique (où il s’agit de dire que c’est la cause qui
est le début de la supposition). En outre, l’explication peut être explicite ou implicite.
L’explication explicite est celle « par laquelle les acteurs sociaux justifient ce qu’ils sont en
train de faire en termes de raisons, de motifs ou de causes ». Par exemple, un professeur de
sciences et un autre de langue ne construisent pas le discours explicatif sur les mêmes substrats.
L’observation d’une situation d’enseignement/apprentissage en contexte de langue étrangère
montre que le professeur dispose d’un éventail plus large de stratégies. Et Causa (1996)
s’inscrit dans cette perspective en soutenant que la stratégie contrastive occupe une place
médiane dans le « container » des stratégies d’enseignement. Elle estime que quatre stratégies
d’enseignement sont à privilégier dans l’enseignement d’une langue : la stratégie de
réduction (formelle et fonctionnelle de la langue-cible) ; la stratégie d’amplification (en faisant
appel à la langue-cible, à la synonymie, à la paraphrase et à l’exemplification) ; la stratégie
contrastive (où il s’agit de comparer en ayant recours à deux ou plusieurs langues) et enfin la
stratégie d’appui (qui fait systématiquement appel à la langue maternelle du public-élève, si
nécessaire).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
« purifier les dires ». Les stratégies d'enseignement peuvent se regrouper en cinq grandes
catégories.
Lorsque le professeur choisit un type de stratégie pédagogique, il doit aussi examiner la nature
du sujet d'étude, les ressources à sa disposition, l'âge, le degré de maturité et les styles
d'apprentissage des élèves, ainsi que son propre style d'enseignement (IGEN : 2006). Ces
stratégies doivent être variées car souvent, le processus d'apprentissage est aussi important que
les notions enseignées. La parole et le cours ont une place non négligeable parmi ces stratégies
d’enseignement. Il est recommandé de ne pas donner la solution quand les choses deviennent
difficiles pour ne pas tomber dans l’effet Topaze. Ainsi, une leçon sera plus réussie lorsque les
élèves s'impliquent eux-mêmes en appliquant les informations qu'ils viennent d'apprendre.
L'apprentissage exige la participation active de l'apprenant. Faut-il le rappeler, l'être humain
apprend de manières diverses et à des rythmes différents d’où la nécessité d’avoir recours à la
pédagogie différenciée. L’IGEN (ibid.) précise que l'apprentissage en groupe ouvre des
possibilités pour de multiples formes d'intelligence et encourage l'indépendance, les
interactions directes, la responsabilité individuelle et les capacités de travail en groupe. Il existe
plusieurs approches pour grouper les élèves en vue d'activités d'apprentissage :
la recherche en groupe : des groupes de deux à six élèves travaillent ensemble, effectuant
des recherches, des discussions, une planification coopérative et des projets ;
le « jigsaw » : des élèves apprennent une partie du matériel, en discutent avec leurs
homologues dans d'autres groupes, puis l'enseignent à leur groupe ;
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les équipes et les jeux : des membres d'une équipe s'entraident pour maîtriser le matériel et
la compétence en question afin que leur équipe prenne part à un concours contre d'autres
équipes.
Certaines stratégies permettent au professeur de bien faire passer son message et aux élèves de
mieux comprendre les notions qui leur sont enseignées. Ils développent ainsi des stratégies
d’apprentissage.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L'apprentissage par projets Cet apprentissage permet aux élèves de s'engager dans la
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L'apprentissage par la Le professeur tente d'amener l’élève à découvrir les faits, les
découverte concepts ou les règles qu'il prévoit d’enseigner. Cette approche est
inductive
L'apprentissage par la Il a pour but d'aider les élèves à « apprendre à apprendre ». Cette
résolution de problèmes pratique les amène à trouver, en groupes, des solutions à des
problèmes concrets à l'aide de ressources pertinentes et de
stratégies efficaces
Les élèves n’ont pas le même type d’intelligence. Force est de reconnaître que la connaissance
des différents types d'intelligence est un atout dans la planification et le choix des stratégies
permettant de soutenir l'apprentissage des élèves. En voici les principales caractéristiques, dans
le tableau ci-dessous.
Intelligence Aime faire des expériences, résoudre des problèmes, travailler avec
logicomathématique des chiffres, poser des questions, explorer des modèles et des
relations, excelle en mathématiques, en raisonnement, en logique, en
résolution de problèmes
Intelligence spatiale Aime dessiner, construire, imaginer et créer des choses, rêvasser,
et visuelle regarder des photos, des diapositives et des films, jouer avec des
machines, excelle à visualiser des choses, à prévoir des modifications,
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
à faire des casse-tête, à résoudre des énigmes, à lire des cartes et des
diagrammes.
Intelligence Aime bouger, toucher, parler et utiliser le langage non verbal, excelle
corporelle et dans les activités physiques (sports, danse, art dramatique), artisanat.
kinesthésique
Intelligence Aime avoir beaucoup d'amis, parler aux gens, faire partie d'un group
interpersonnelle en excelle dans la compréhension des gens, dirige, organise,
communique.
Intelligence Aime observer la nature, les végétaux, les animaux, les minéraux et
naturaliste les phénomènes naturels en général, et collectionner des objets de la
nature,
Cette partie présente les caractéristiques du texte d’étude à savoir sa typologie, son choix et la
démarche à suivre pour l’exploiter au grand profit des élèves.
Pour parler des structures séquentielles, nous nous inspirons des travaux de nombreux
auteurs de manuels, d’ouvrages critiques ou même de dictionnaires. Ainsi, Eterstein et Lesot
156
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
(1996), Berthélier, Charbonnier et Varin (2002), Encarta (2004), Fouquet, Potelet et Jeunon
(2006), etc. sont des auteurs qui se sont beaucoup intéressés à la question du choix des textes.
En effet, il est extrêmement important de parler de séquence textuelle, expression qu’on
retrouve dans le quotidien du professeur de français car le texte soumis à l’appréciation du
candidat est composé de plusieurs structures. Adam (1998, p.87-88) retient six types de
structures séquentielles de base dans l’organisation d’un texte (narrative, instructionnelle,
descriptive, argumentative, explicative et conversationnelle). L’auteur met en garde contre une
confusion entre une structure séquentielle et une typologie des textes qui relève plutôt d’une
théorie des genres. D’où sa deuxième définition du texte qu’il présente comme « une structure
hiérarchique complexe comprenant des séquences-elliptiques ou complètes- de même type ou
de types différents ». Les trois structures les plus fréquemment utilisées pour la lecture
méthodique des textes dans les classes sont : la descriptive, la narrative, et l’argumentative. La
vision d’Adam semble être lacunaire dans la mesure où il est difficile de classer la poésie qui
ne peut se mouler dans aucune de ces structures.
Suivant Collinot et Mazière (1999), pour qu'il y ait un récit, il faut qu' un événement au
moins, grand ou petit, ait lieu. Cette histoire a un début et une fin et entre les deux, la situation,
par étapes, a naturellement évolué, soit positivement, soit négativement. Au demeurant, dans
chaque histoire, il y a un ou plusieurs personnages qui agissent sur les événements ou bien qui
en sont les victimes : ce sont les actants. Dans les contes, par exemple, on trouve toujours un
héros, des ennemis, une victime. Chacun, ainsi, a un rôle dans l'histoire. Cette histoire se
déroule dans certains lieux et à une certaine époque, qu'on peut ou non déterminer. Les verbes
et les indications de temps montrent la succession des actions et leur progression. Lorsque le
récit se déroule dans un ordre chronologique, le schéma narratif est dit linéaire. Souvent le
narrateur choisit de ne pas respecter la chronologie, en bouleversant le déroulement linéaire
(analepses) ou des anticipations (prolepses). Le retour en arrière peut entretenir le suspense :
l'auteur montre d'abord les conséquences d'une action, puis remonte dans la chronologie pour
en raconter les circonstances. Par ailleurs, lorsque le narrateur raconte, la focalisation peut être
interne, externe ou omnisciente. Le schéma narratif permet de guider le lecteur dans la
construction du sens.
157
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La description est considérée comme étant tout simplement une pause dans la narration.
Collinot et Mazière (1999) soulignent que la description se caractérise par une propriété inverse
à celle de la narration. Au trajet narratif s’oppose donc « l’arrêt sur image » du descriptif. Elle
« introduit dans l’énoncé (narratif) des indices explicatifs, prospectifs ou récapitulatifs, des
séquences d’action antérieures ou postérieures des personnages ». Ainsi dans une séquence
descriptive, les propositions entretiennent entre elles des liens interprétables en termes de traits
sémantiques récurrents configurés en système ou en champs lexicaux. Et Adam (1998,
p.222) d’apporter cette précision :
La description nous paraît (…) être un type de séquentialité fondamentalement régi par
deux types d’opérations. Par l’opération d’aspectualisation, les différents aspects de l’objet
(parties/et ou qualités) sont introduits dans le discours. Par la mise en relation, l’objet est
d’une part, situé localement et temporellement et, d’autre part, mis en relation avec d’autres
par divers procédés d’assimilation que constituent la comparaison, la métaphore et la
reformulation.
On trouve également des descriptions insérées dans les récits. Quand on raconte une histoire,
on a besoin en effet de faire imaginer au lecteur les lieux où elle se déroule (paysages,
habitations), les personnages, hommes ou animaux, qui en sont les acteurs. Cette tâche revient à
la description. Le portrait est une forme particulière de description. Il concerne seulement les
hommes ou les animaux. La connaissance de l’ordre de la description est capitale dans la
construction du sens. Dans un portrait par exemple, il faut montrer que le narrateur commence
par la désignation (identification), le portrait physique, moral, voire psychologique, le rôle ou la
fonction.
Tout texte comporte une orientation argumentative. Il faut entendre par là que narration
et description ont une valeur argumentative, au sens large. Ainsi pour Adam (1999), une
séquence est argumentative, au sens strict, si elle porte les marques formelles de
l’argumentation définie en termes de démonstration ou réfutation d’une thèse : Pour ce faire, on
part de prémisses qui, d’ailleurs, ne sont pas toujours explicites, censées incontestables (…)
qu’on ne saurait admettre aussi telle ou telle conclusion (…) Et, pour passer des prémisses aux
conclusions, on utilise diverses démarches argumentatives (…) qui sont visibles et descriptibles
dans une forme particulière de liage intra et inter-phrastique dont les opérateurs sont des mots
ayant un statut linguistique de connecteurs : conjonctions de coordination (mais, car.), de
subordination (parce que, puisque…), et d’expressions adverbiales (d’ailleurs, en effet, …), des
158
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
déictiques, etc. Adam (1992) distingue sa démarche textuelle (linguistique) d’une démarche qui
relève de la rhétorique : d’abord, la première s’intéresse aux descriptions pendant que la
seconde ambitionne de présenter des modèles littérairement acceptables. Ensuite, la démarche
linguistique est résolument interne, alors que celle des rhétoriciens est guidée par des principes
externes notamment esthétiques. En outre, il convient de faire la distinction entre structures
séquentielles et types de texte. L’exploitation des textes choisis se fait à l’aide de la lecture
méthodique, un exercice qui a vu le jour en 1984, en France.
[Link] Le choix des textes attractifs comme gage d’une exploitation de texte réussie
Tout bon professeur de français expérimenté doit se demander quels sont les voies et
moyens auxquels il peut avoir recours pour susciter chez les jeunes apprenants d’aujourd’hui
un regain d’intérêt pour la lecture. Se pose alors la question de savoir s’il faut proposer les
textes d’étude en fonction du contenu ou de la forme. Doit-on privilégier les textes littéraires au
détriment des textes non littéraires ? Puren (1988) souligne que depuis le morave jusqu’aux
méthodologues directs français, on peut dénombrer trois grands principes qui sont récurrents
dans les textes des auteurs et restent de nos jours à la base de tout enseignement moderne des
Langues Vivantes Étrangères (LVE), comme de toute pédagogie scolaire. D’abord, il s’agit de
prendre en compte les capacités des élèves, de leurs intérêts et de leurs besoins en sélectionnant
les premiers contenus thématiques dans le monde concret qui leur est familier. Aussi faut-il
progresser en allant du plus facile au plus difficile, du connu à l’inconnu, du particulier au
général. À ce sujet, Du Marsais (1797, T. 1. p. 30), cité par Puren (ibid.) apporte cette
précision : « Le grand point de la didactique, c’est-à-dire de la science d’enseigner, c’est de
connaître les connaissances qui doivent précéder et celles qui doivent suivre, et la manière dont
on doit graver dans l’esprit les unes et les autres. » Au demeurant, les contenus linguistiques
doivent être présentés dans des textes suivis authentiques ou fabriqués, ou tout au moins dans
des phrases complètes, et non dans des listes. L’on aperçoit comment toutes ces idées tendent à
imposer en enseignement grammatical à la fois, la démarche inductive (des exemples aux
règles), et la gradation des contenus, qui peuvent être présentés au fur et à mesure de ce qui est
nécessaire à la compréhension des textes successifs. Ensuite, le professeur doit faire appel non
seulement à l’intelligence des élèves, mais aussi et d’abord à leurs facultés d’appréhension
directe par les sens. Comme l’écrit Comenius dans sa Didactica magna. : « Il n’y a rien dans
l’entendement qui n’ait été auparavant dans les sens ». C’est déjà la « méthode par l’aspect »
ou la « méthode intuitive » que les Allemands appellent Anschauungsmethode que l’on retrouve
à la suite de Comenius chez beaucoup de réformateurs allemands de l’enseignement des LVE.
159
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Puren estime que la vue et l’ouïe sont les deux sens auxquels il est le plus facile de faire appel
en classe. Il faut, enfin, solliciter permanemment la collaboration des élèves : la méthode
socratique - le dialogue oral professeur/élèves - comme forme privilégiée du travail en classe.
Tout laisse à croire que le malaise de l’enseignant de littérature passe largement par la difficulté
à choisir des textes attractifs susceptibles à établir le rapport entre culture de l’élève et culture
de l’école dans la construction de la motivation. Il revient donc aux concepteurs des
programmes de choisir les textes qui seront inscrits audit programme d’étude et cela dans le
souci de mieux coordonner les activités de la classe de français. Pour ce faire, ils doivent
s’appuyer sur un certain nombre de critères objectifs.
Selon Toussaint-Dekker (1988, p.156), le critère de choix doit être celui de la valeur
significative de textes qui, dans une situation donnée, peuvent être considérés comme de
véritables « producteurs de culture ». L’aspect culturel est très important dans un contexte de
mondialisation. Tenir compte des formes de la culture contemporaine ne signifie pas qu’il faut
attendre du professeur de français qu’il ait une compétence spécifique dans un « domaine
impossible à contrôler » comme la culture. Bationo (2010) propose de privilégier dans
l’enseignement de la littérature les textes « appropriés à des approches interculturelles »
pendant que Diabaté (2017) préconise les « modèles attractifs » non littéraires qui proviennent
de la vie quotidienne : la presse, les légendes ne possédant pas d’image, les cartes postales, les
faits divers, les notices de jeux, la presse, la BD, les manuels, les différentes sortes de recettes,
les instructions diverses, etc. L’auteur burkinabé estime que l’utilitaire a aussi une place de
choix dans l’enseignement des langues étrangères ou secondes. Mais un auteur comme
Perrenoud (1997), cité par Diabaté (2017), se montre plus conciliant. Il pose deux conditions
pour tout apprentissage scolaire : être utile et avoir un ancrage social faute de quoi l’apprenant
ne tardera pas à les oublier. Mais encore faut-il vouloir et pouvoir lire. Comme pour tout
produit, la « consommation du texte littéraire » nécessite la connaissance de quelques
caractéristiques ou « règles du jeu ». Ahouli (dans Bationo : 2017) essaie de tracer le canon par
rapport au choix des textes. Il propose que le canon soit adapté aux contextes locaux
d’enseignement, aux profils spécifiques des apprenants, à l’actualité, à la disponibilité et à
l’accessibilité des textes anciens comme nouveaux, aux matériels didactiques disponibles, etc.
Thiam (dans Bationo : 2017) recommande, pour sa part, l’emploi des supports textuels les plus
variés et de sources diverses. Mais il met en garde contre la pratique de la pratique des textes
isolés et fragmentés sans aucun lien car ils ne parviennent pas à éveiller l’attention de l’élève
encore moins sa motivation. L’auteur sénégalais estime que l’enseignement de la langue
160
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’objectif premier est donc de développer chez l’apprenant ou élève le goût de lire, ainsi
que la curiosité pour aiguiser le plaisir de lire. Les élèves n’ayant pas les mêmes niveaux
de compétences, il est nécessaire de considérer le niveau le plus faible, tout en ne perdant
pas de vue les autres niveaux. Souvent, au lieu de renforcer les compétences des
apprenants, les textes littéraires deviendront un blocage pour les finalités en perspective
pour l’activité de lecture en classe de FLE.
Pour cet auteur, les textes d’étude doivent être très attractifs pour servir de motivation aux
élèves. Il met l’élève en contact direct avec la langue. L’auteur sénégalais propose des
thèmes favorables au développement de la société dont entre autres : l’obéissance, la discrétion,
l’hospitalité, le respect des engagements, la serviabilité, la justice, la reconnaissance, la bonté,
l’amour, l’intelligence, etc. L’ensemble de ces thèmes sont donc développés dans les contes
africains pour meubler la mémoire des futurs responsables de la société comme le souligne
Calame, cité par Yameogo (dans Bationo : ibid. p.109) : « ... il n’y a pas de développement
authentique, d’un enfant comme d’un peuple, sans estime de soi et de sa propre culture, sans
possibilité d’exprimer son identité individuelle et collective, sans mobilisation de son acquis,
mais aussi sans incorporation permanente d’apports extérieurs. »
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dubois (dans Bationo, ibid.) soutient que le texte d’étude doit se mouler forcément dans
le discours institutionnel. C’est à cette condition seulement que les programmes pourraient
« dédouaner » en quelque sorte les professeurs, accusés de tous les maux. Il est nécessaire,
insiste Dubois, de donner aux élèves des stratégies variées qui leur permettent d’établir des
contacts avec d’autres cultures. Ces textes doivent avoir une pertinence didactique, plaire au
professeur qui devra les transmettre et répondre aux objectifs pédagogiques souhaités, prescrits.
L’auteur précise que le texte littéraire a une « dimension transfrontalière, voire
transculturelle car, il s’adresse à tous, à toutes les générations et peut être réceptionné dans
n’importe quel espace culturel du globe, pourvu qu’ils soient bien choisis, mais aussi que les
informations civilisationnelles servant souvent d’arrière-plans du texte soient connues des
élèves-lecteurs. Mais encore faudrait-il faire un bon usage de ses lectures en restant toujours
objectif. Les référents culturels représentent une catégorie de difficultés rencontrées par les
élèves et leurs professeurs, de même que les implicites dans le texte qui, tout comme les
reprises anaphoriques, peuvent perturber la compréhension. C’est pourquoi la lecture requiert
un certain nombre de « sous-compétences » : linguistique, sociolinguistique, culturelle et
discursive. Cuq et Gruca (2002, p.387), précisent :
Lieu de croisement des langues et des cultures, l’espace littéraire est également un espace
de plaisir et de liberté qui invite à l’épanchement de l’affectivité, de la sensibilité, et au
déploiement de l’imaginaire. L’apprenant, au centre de cette approche, peut engager toute
sa personnalité et son vécu dans la construction du sens, à condition qu’il soit guidé et
qu’on lui donne les moyens d’établir une connivence avec l’objet texte et de se construire
dans la culture dont il apprend la langue étrangère.
La culture occupe donc une place centrale dans le texte littéraire et par conséquent dans
l’enseignement des langues. Quant au texte, il est perçu comme un médium culturel.
Bourdet (1988, p.145) reproche aux didacticiens d’avoir donné la priorité aux grands auteurs. Il
parle même d’un véritable « texte sacré », des « dogmes du bien écrire » dont, dit-il, les
représentants sont Hugo, France ou Rousseau. Ces auteurs règnent en maîtres absolus et
incontestables dans les manuels. Ils font partie du corpus des auteurs certifiés par la
« noosphère », au sens de Chevallard. Cela s’impose avec la notion de grand écrivain à la
« biographie édifiante ». Mais, la plupart des didacticiens condamnent le critère d’œuvres
« canoniques » dont le caractère prend une valeur idéologique contraignante. Bourdet (ibid.),
estime que le choix devrait se porter plutôt sur des aspects tels que les conditions
d’apprentissage, les prérequis linguistiques et culturels, de l’âge des élèves et des éléments
relatifs à la motivation. Allant au-delà de la distinction entre « grands auteurs » et « auteurs
mineurs », le critère de choix doit être celui de la valeur significative de textes qui sont de
162
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
... dans le texte littéraire, les mots quittent leur sens dénotatif (porteur de sens, que l’on peut
définir dans le dictionnaire), pour se revêtir d’images qui relèvent d’une manière implicite
du contexte culturel, des allusions, des appréciations positives ou négatives de l’auteur.
Bref, les mots prennent vie, le texte est vivant, expressif, riche en tournures lexicales, grâce
aux figures de style et d’autres procédés littéraires. L’auteur crée son propre style
d’écriture, que chaque lecteur peut appréhender à sa manière, selon les différentes
approches d’un texte littéraire. Un texte littéraire est une création personnelle, au style
particulier, pour une intention précise.
Le texte littéraire est un objet propre et autonome mais on éprouve tout de même un plaisir
esthétique en le lisant.
163
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Galisson, cité par Pescheux (2006), souligne que le travail didactique se déroule en trois
phases : le préméthodique (thésaurisations des matériaux et des informations nécessaires à
l’émergence ultérieure de la méthode), le méthodique (construction de la méthode proprement
dite) et le post-méthodique (mise en œuvre et adaptation de la méthode dans une classe et par
un enseignant donné). Et Dargirolles, cité toujours par Pescheux (2006), s’inscrit dans la même
optique en distinguant trois temps majeurs dans le travail du professeur. Mais, il les nomme
autrement : une phase pré-active de planification qui sert d’aide-mémoire, de mode d’emploi
ou de guide, une phase interactive, autre forme de planification qui peut se faire entre deux
leçons ou entre deux moments de la classe ; et une phase post-active permettant d’établir un
bilan sur lequel le professeur s’appuiera pour planifier une nouvelle phase préactive.
Pour Sabbah (1993, p.12), la lecture méthodique est consciente de ses démarches et
de ses choix et comme la construction progressive de la signification d’un texte, la constatation
de ce qui est l’unité complexe et profonde. En termes plus clairs cela signifie que lors d’une
lecture méthodique, on détermine le sens du texte à partir de l’observation de « sa structure et
de son écriture ». Selon le programme de français du Niger de 2015, l’objectif spécifique
terminal de la lecture méthodique consiste à amener l’élève à être capable d’analyser de façon
164
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
pertinente tout type et genre de texte et d’acquérir progressivement des compétences pour
devenir un lecteur autonome. Et pour atteindre cet objectif, le professeur doit amener ses élèves
à observer et caractériser un texte. L’élève pourra ainsi formuler et vérifier ses hypothèses de
lecture, faire des repérages en l’analysant avant de faire la synthèse et conclure. La lecture est
régie par l’exercice de lecture méthodique, l’écriture celui de la dissertation. Ce sont les deux
exercices sacrés qui ont une fonction formatrice chez nombre de professeurs et d’apprentis du
FLS.
Selon Eterstein et Lesot (1996), la lecture méthodique est une explication raisonnée et
ordonnée d’un texte, qui prend en compte les procédés spécifiques de l’écriture du texte pour
conduire ses analyses. Elle ne prétend pas tout dire sur le texte par contre, elle choisit des
perspectives, des axes de lecture à partir de l’observation attentive et réfléchie des formes mises
en œuvre dans le texte. Les axes de lecture doivent être dégagés des traits spécifiques du texte.
Pour ce faire, l’élève doit être outillé : le genre littéraire, le type de texte et les critères qui s’y
attachent, l’emploi des champs lexicaux, le système d’énonciation, etc.
La première approche du texte consiste d’une part à l’observer, à repérer les traits
spécifiques de son écriture. Ces repérages permettront de déterminer les instruments d’analyse
appropriés. Dans un deuxième temps, l’on organise ces relevés dans des ensembles signifiants.
L’on établit des classements, des rapprochements. Et, ces groupements permettent de dégager
les constantes, les lignes de force qui donnent sens au texte. D’autre part, la construction d’une
signification du texte s’impose : c’est l’étape de l’approfondissement et de l’interprétation. À
partir des indices relevés dans le texte, il devient possible d’émettre des hypothèses de lecture à
l’aide de questionnements simples. Grâce à ces questionnements, l’outil d’analyse guide vers
un sens du texte. Les perspectives se précisent. Les analyses vont permettre de proposer une
interprétation d’ensemble. Au contraire, c’est précisément cette démarche d’exploitation
raisonnée et ordonnée qui doit être présentée avec clarté au cours de l’épreuve.
Pour Labouret et Meunier (1995), la lecture méthodique choisit une perspective sur le
texte, celle qui permet de mieux accéder à son intérêt essentiel. Comme pour le commentaire
composé, deux types de questions permettent de « faire parler » le texte. Parmi les différents
centres d’intérêt repérés, on retiendra les plus importants qui seront choisis comme axes de
lecture. Les auteurs proposent de présenter un tableau récapitulatif (avec quatre entrées :
procédés, indices textuels, identification et interprétation) pour avoir une vision globale des
procédés littéraires avant de procéder à leurs interprétations.
165
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Suivant Labouret et Meunier (1995) l’observation du texte commence par une lecture
par balayage, première étape de la lecture méthodique. Son but est d’établir la carte d’identité
du texte qui doit forcément avoir un rapport avec l’un des objets d’étude au programme. Pour
autant, il ne doit pas avoir été abordé en amont par le professeur et ses élèves. L’objectif visé à
travers cette observation est de le situer dans l’histoire littéraire, identifier son genre et le type
de texte dont il relève. Ce travail préalable permet d’éviter les erreurs d’interprétation et autres
anachronismes. Les éléments du paratexte auctorial facilite ce premier travail. À ce niveau, il
faut vérifier le sens des mots difficiles ou qui ont changé de signification au fil de l’histoire et
se poser la question de savoir si l’auteur est contemporain des faits qu’il rapporte ou non. Dans
le cas contraire, comment l’auteur reconstitue-t-il l’histoire ? Quel est l’aspect privilégié ?
Ainsi, le candidat passe de l’observation à l’analyse.
Poletti (1988) propose sept critères au professeur pour mener à bien son projet.
D’abord, la mise en scène doit « coller » au texte. Pas ou difficilement transférable à un autre
texte, elle trouve sa source et sa justification dans le texte lui-même. Ensuite, cette mise en
scène doit créer une situation dans laquelle, c’est le lecteur-élève qui est amené à se poser des
questions ou à interroger le texte. Troisièmement, la mise en scène doit permettre de faire lire
mais surtout de faire relire spontanément, parce qu’on en a besoin pour accomplir la tâche
proposée. La règle n°4 propose que la mise en scène favorise la construction d’outils
d’analyse : repérer, identifier, classer, mettre en relation, déduire, etc. Cinquièmement, elle doit
tenir compte des moyens d’expression réels des lecteurs, capables, bien évidemment, de lire des
textes qu’ils ne sont pas à mesure de produire eux-mêmes. Sixièmement, elle doit permettre
d’évaluer la lecture sans passer par le seul questionnement, sans exiger l’alignement sur une
unique signification. La septième et dernière règle exige que « l’émetteur ancien » se souvienne
166
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
de sa propre démarche quand il était encore jeune. À la suite de sa lecture, il a réorganisé ses
observations sur le texte, ses réactions, et les a replacées dans un réseau logique.
La lecture à haute voix doit être expressive afin de mettre en évidence le sens du texte.
Une lecture bien faite est déjà un début de commentaire. Il faut une lecture précise où tout est
prononcé à l’inverse de la pratique orale familière, ne pas avaler des morceaux de mots comme
certaines voyelles, respecter les transcriptions écrites des emprunts, d’incorrections lexicales ou
syntaxiques, respecter les liaisons. Il faut aussi veiller au rythme en marquant les pauses ou les
silences, indiqués par les points de suspension. Les textes les plus fréquents sont les textes :
prosaïque, théâtral et poétique. Dans un texte en prose, le rythme est marqué par la ponctuation,
les alinéas et les paragraphes, etc. Pour ce qui concerne un texte théâtral, il faut respecter les
indications fournis par les didascalies. Enfin, dans un texte en vers, il faut tenir compte des
syllabes, faire attention aux diérèses et aux synérèses, adopter le ton de voix qui convient à la
tonalité du texte (voix légère pour le comique, voix grave pour le pathétique, etc.), souligner de
la voix, les expressions et mots importants, lire les indications fournies par les didascalies, qui
seront elles-mêmes lues sur un ton neutre. Selon Labouret et Meunier (1996), un texte
poétique dispose de quatre niveaux de lecture (sémantique, syntaxique rythmique et phonique)
tandis que le récit en compte trois (le plan du style, de la narration et de l’histoire). Develotte
(1996) a répertorié plusieurs critères de classement du texte littéraire. Elle estime qu’il peut être
abordé sur plusieurs angles notamment en fonction du thème, du genre textuel, des auteurs, des
opérations cognitives impliquées. Quant à Gray (s.d n.l), il distingue trois niveaux de sens au
texte littéraire : le sens littéral ; le sens complémentaire, c'est-à-dire toutes les connaissances
que le lecteur possède ou peut acquérir, et qui sont propres à éclairer ou à enrichir le sens
littéral ; et le sens implicite qui peut se déduire des termes choisis et des indications fournies
par l'auteur. Le lecteur peut réfléchir sur ce qu'il lit et les idées qu'on lui présente suscitent alors
chez lui des réactions personnelles. Lire nécessite aussi un certain nombre de compétences :
être familier aux textes, disposer d’une banque de mots de vocabulaire, etc. Gray (ibid.) fait
remarquer que des facteurs individuels peuvent influer sur le rythme des progrès des élèves.
C’est le cas de l’âge de l'élève, ses aptitudes intellectuelles, ses connaissances linguistiques, son
expérience et son état affectif.
Nataf (1988) estime pour sa part qu’une fois la première lecture terminée, il a eu un
échange même si cela n’aboutit pas forcément à une relation stable et fixe. Au cours de la
167
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Suivant Bertrand et Ploquin (1988, p.123), dès que la compétence linéaire du texte est
chose acquise, la signification se donne comme une évidence et une nécessité. Plutôt que
d’expliquer des mots ou d’expliciter des figures de « manière locale et atomisée », une méthode
qui s’appuie sur une théorie globale du texte permet d’adopter une démarche hiérarchisée,
beaucoup plus cohérente. Ces auteurs précisent que chaque observation ponctuelle est alors
intégrée dans un ensemble plus large : le mot, la figure ou la tournure grammaticale se trouvent
ainsi « contextualisés, désambiguïsés et enrichis » de tout environnement sémantique dans
lequel ils sont ancrés. L’apprenti-rédacteur n’acquerra la maîtrise du jeu textuel que par la
familiarisation avec ses « coups » les plus efficaces. Faire l’économie de quelques « passages
obligés » de la pédagogie traditionnelle des textes : les « explications lexicales, le mot mal
orthographié, lexicalement approximatif, grammaticalement erroné, un texte peut néanmoins
être en germe, excellent ». Le professeur peut prendre appui sur des fragments littéraires de son
choix, adaptés à son public, ou extraits même de la littérature en langue maternelle. Il pourra
remodeler certains exercices, et surtout tenir compte, dans l’appréciation des résultats, de la
démarche mise en œuvre plus que de la perfection stylistique.
168
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
couchant et ce pour renforcer la chaleur. Certes, les savanes ont une végétation pauvre mais, la
« gazelle » et l’ « aigle » représentent respectivement la beauté terrestre et aérienne pour donner
à l’Afrique une connotation paradisiaque. Quant au tam-tam, il est un symbole de ralliement, de
cohésion sociale entre vivants d’un côté et entre esprits et vivants de l’autre. C’est aussi le
symbole pour manifester leur joie à l’occasion des bonnes récoltes et autres cérémonies de
réjouissances. Ce poème est tout simplement une ode intemporelle à la femme africaine. La
mise en relation de ces différentes informations consiste à faire converger ces éléments repérés,
pour comprendre comment l’auteur construit un sens, il faut donc : faire attention aux questions
posées, étudier comment le texte fonctionne (types, genres et tonalités se combinent-ils ?
Déterminer ce que le texte veut dire et ce qu’il nous apporte, restituer les informations du
texte). La recherche des patrons lexicaux et l’examen de la densité lexicale de textes divers est
pertinente dans la sélection des textes de lecture ainsi que dans l’apprentissage de l’écrit.
Beaucoup de textes n’appartiennent pas à un genre unique mais plusieurs genres peuvent
coexister de façon imbriquée.
Remarque : même si les deux formes de lecture se ressemblent au niveau des deux premiers
points (longueur du texte), une grande différence réside au niveau des troisièmes points.
169
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
170
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
fonction du programme concerné ; les contenus énoncés dans le programme qu’il désire
enseigner à ses élèves pendant la séance en cours ; les caractéristiques des élèves auxquels il
s’adresse ; les modalités d’enseignement adoptées pour atteindre ses objectifs ; les ressources
auxquelles il doit faire appel pour assurer cet enseignement ; les critères et les indicateurs qui
feront l’objet d’une appréciation et comment l’exploitation du texte sera-t-elle réalisée
constituent des points très importants. .
Nous présentons ici brièvement les régions concernées par l’étude, la population scolaire
effective, celle des professeurs et l’échantillon pris.
171
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
correspondant environ à 28,35% de la population totale du Niger. Rappelons que cette partie du
pays, située au cœur du Sahel, souffre de l’insécurité résiduelle.
NIAMEY 1 175 446 hab. 0,20% 255 km² 4609 hab. /km2
TOTAL 6 238 974 hab. 29,70 % 131.250 km2 47,53 hab. /km2
Ce tableau ci-dessus récapitule les informations sur le terrain de l’étude. Le choix de cet
espace géographique n’est pas fortuit. Il s’agit d’une zone d’insécurité, donc très difficile
d’accès car près de 74,09 % de cet espace se situe en zone rouge. Cette zone abrite près de
48,53 % des établissements du second cycle du secondaire de l’ensemble du pays. Certes, au
Niger, chaque région a ses particularités géographiques, démographiques, économiques,
socioculturelles, sanitaires et sécuritaires qui lui sont propres mais elles partagent, pour autant,
des points communs. Le pays compte au total 10 langues nationales. Ainsi, mise à part Niamey
la capitale (un microcosme linguistique) où l’on trouve des locuteurs des 10 langues nationales
parlées dans le pays (Zarma, hausa, fulfuldé, tamasheq, arabe, kanuri, tubu, buduma,
gulmantchema et tasaouak), six d’entre elles sont parlées dans la Région du Fleuve (Zarma,
haousa, fulfuldé, tamasheq, arabe et gulmancema) et 4 dans la région de Dosso (Zarma, haousa,
fulfuldé et tamasheq). Le « métissage linguistique » est très important dans ces régions où la
cohabitation pacifique a toujours prévalu entre les populations. Ces régions tout comme les
autres sont dotées d’institutions décentralisées et déconcentrées dans les différents domaines
administratifs dont l’Éducation.
172
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
communes réparties sur une superficie de 1.267.000 km2, avec des moyens modestes. La
prudence nous commande le choix d’un terrain de proximité. Cette proximité est d’un avantage
certain dans la mesure où elle est censée amoindrir le coût de l’étude et faciliter la collecte des
données. Certains établissements sont situés en zone urbaine ou périurbaine, d’autres en zone
semi-urbaine et d’autres encore en zone rurale notamment dans les chefs-lieux de commune. À
Niamey, nous avons un nombre important de lycées et, par conséquent, de professeurs
expérimentés en quantité et en qualité. Ce qui présage de la richesse d’informations sur la
problématique de l’étude. Ces professeurs étant dans la capitale, ils ont la possibilité de se
documenter et de disposer de connaissances qui soient à jour. Les nombreuses bibliothèques et
librairies de la place, la facilité d’accès à internet, tout cela constitue, à n’en point douter, des
atouts inestimables. Dans les autres régions, par contre, force est de reconnaître que certains
professeurs ne disposent pas de moyens matériels adéquats pour accomplir aisément la mission
qui leur est confiée dans les règles de l’art et de la déontologie. Ils se débrouillent donc avec les
moyens de bord.
La population est l’ensemble des individus concernés par une étude. Celle dont il est
question dans la présente étude est composée de professeurs de lycée : hommes et femmes,
contractuels et titulaires, ou appelés du service civique national, ayant reçu une formation
initiale et pédagogique ou non. Ils ont des parcours très variés mais ont aussi en commun
l’obtention de la licence qui leur permet d’être dans le corps des chargés d’enseignement. La
recherche concerne aussi les élèves du second cycle communément appelés « Lycéens ». Ils
sont au nombre de 70 831 soit 48,53 % de l’effectif total du pays qui s’élève à 145 925 élèves
du second cycle. Un goût d’inachevé si les avis de quelques universitaires et encadreurs
pédagogiques qui constituent deux autres maillons de la chaîne, n’ont pas été demandés. Tous
les professeurs des établissements où nous avons déposé le questionnaire ont la possibilité de
répondre dans la mesure où le dépôt tient compte du nombre de professeurs par UP, intervenant
au lycée et un délai d’une semaine leur est accordé pour remplir le questionnaire. L’un des
deux questionnaires est destiné aux élèves.
[Link] L’échantillonnage
Suivant Dépelteau (2000, p.213), la population mère dite aussi « population de
référence », désigne l’ensemble des individus théoriquement concernés par les objectifs de
l’étude. L’échantillon est « une partie ou un sous-ensemble de cette population mère. Il doit
173
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Figure 4: L’échantillonnage
Population de référence
(Population mère : 70 831 lycéens
et 2699 Professeurs de français)
174
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
élèves, 20 personnes-ressources.
L’échantillon a concerné quatre catégories de population : les professeurs, les élèves, les
universitaires et les encadreurs pédagogiques. Certaines personnes à la retraite ont joué aussi le
rôle de parent.
175
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’avantage de favoriser la collecte des données fiables venant des avis émis par les enquêtés, de
l’observation de classe et des documents analysés. Pour une bonne raison, la difficulté réside
dans les faits qu’elles font intervenir des personnes qui doivent être à la fois consentantes et
informées au préalable des buts de l’expérience. Or, cela pourrait influencer les résultats car le
comportement de l’Homme n’est pas toujours aisé à maîtriser. C’est sur la base de ces deux
modèles de recherche (mixed method) que nous avons conçu les instruments de collecte des
données. Le tableau ci-dessous, inspiré de Creswell (2014), résume intégralement la
méthodologie décrite au cours de la recherche.
Identification de
Interprétation Interprétation à partir
Interprétation thèmes statistique de l’ensemble des
des résultats Interprétation de bases de données
régularités perçues
Source : (Creswell, 2014, p. 17)
La stratégie, que d’aucuns appelleraient méthode, technique ou mode d’investigation,
renvoie au choix d’un type particulier de recherche à conduire afin de pouvoir procéder à la
vérification de l’hypothèse. Il reste entendu que la stratégie choisie nous orientera vers le choix
d’instruments précis de collecte des données.
Par analogie, une triangulation est une notion utilisée dans le domaine des
mathématiques. En sciences sociales, la triangulation des méthodes qualitatives fait référence à
l'usage croisé de techniques de recueil de données. Koners et Goffin (2007)
appellent triangulation ou mixed-methods «la combinaison de méthodologies dans l'étude d'un
même phénomène ». Elle a pour avantages de : éliminer ou réduire les biais et augmenter ainsi
la fiabilité et la validité de l'étude ; améliorer la compréhension d'une étude et fournir ainsi une
176
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ils sont au nombre de cinq : l’analyse du programme de français, celle des cahiers de
textes, les observations de classe, les entrevues et les questionnaires. Suivant Rabardel
(1997), « l’instrument n’est pas seulement un objet de forme particulière, aux propriétés
physiques déterminées, il est surtout un objet social avec des modalités d’emploi élaborées au
cours du travail collectif. Il est porteur des opérations de travail qui sont comme cristallisées en
lui » (p. 37). Dans le cadre de ce travail de recherche, le terme d’instrument est utilisé dans le
sens connoté que lui attribue justement Ribardel. Il convient de préciser que dans le souci de
ficeler des instruments efficaces qui puissent apporter les informations nécessaires et
pertinentes et du coup tester les hypothèses de recherche, les questionnaires et les grilles
d’observation ont fait l’objet d’un test avant de nous en servir de façon définitive. Après ledit
test, les instruments ont été amendés, finalisés et c’est leur forme finale qui a servi à produire
les données analysées. En effet, nous avons mené l’enquête à l’aide de questionnaires auprès
des enseignants et de leurs élèves ; réalisé des entrevues avec les responsables pédagogiques ;
observé des séances de lecture dans les classes de langue ; analysé des documents officiels.
L’analyse du programme de français de 2015 permet de vérifier si ledit programme est respecté
ou non par les enseignants, convenable ou non à une démarche interculturelle. La consultation
des cahiers de textes offre un avant-goût aux démarches et stratégies de l’enseignement-
apprentissage de la lecture. Quant à la grille d’observation, elle a permis de vérifier s’il y a une
adéquation satisfaisante entre le « dire et le faire » du professeur, entre les « pratiques
déclarées » et les « pratiques constatées ». Le guide d’entretien, réservé aux encadreurs
pédagogiques permet de recueillir des informations complémentaires, des regards croisés sur
l’enseignement de la lecture méthodique à proprement parler. Pour faciliter le travail de terrain
et collecter les informations dans la même période et dans toutes les régions concernées par
l’étude, nous avions demandé un congé de deux semaines à deux reprises. Nous avions
également profité de la période de « l’évaluation des enseignants » pour exécuter certaines
tâches comme l’administration des questionnaires, la réalisation de entrevues ou encore la
177
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
consultation des cahiers de textes. Nous avions pu visiter aussi des zones les plus reculées,
difficiles d’accès avec souvent des escortes militaires lors de l’évaluation.
Nous estimons que la consultation des cahiers de textes et celle du Programme de 2015
peuvent servir de « miroir » dans lequel l’on peut regarder pour vérifier la conformité avec les
observations de classe. On s’intéresse non seulement au contenu manifeste du discours mais
aussi à son contenu latent. C’est en ce sens que Pescheux (2006) remarque que si l’enseignant
n’est pas toujours capable d’expliciter sa propre pratique, les objets dont il se sert peuvent, eux,
parler en son nom ». C’est dire que le cahier de textes est témoin de ce que le professeur dit
avoir fait avec ses élèves. Si le programme d’étude prescrit au professeur la voie à suivre, les
objets à enseigner, le cahier de textes doit refléter le contenu des cahiers d’élèves et vérifier
conséquemment le respect du programme d’étude. Ainsi, la recherche documentaire devient la
première démarche de l’étude. Il est utile d’insister sur cette phase en ce sens qu’elle permet de
voir ce que préconise le programme d’une part et de l’autre les différentes étapes de la leçon de
lecture que reflète le cahier de textes. Ces deux éléments donnent à « l’enquêteur » une idée de
ce à quoi il doit en principe s’attendre. L’expression « analyse documentaire » est de Mace
(1988). Elle renvoie au recueil des données documentaires existantes. Il appelle document,
toute trace, déjà existante, de l’activité humaine. Cette trace peut être sonore, visuelle ou
informatique. Le type d’analyse de documents retenu est celui de dépouillement d’archives et la
méthode d’analyse des documents privilégiée est celle de contenu. Les documents dont il s’agit,
sont le Programme d’enseignement du français et les cahiers de textes des années d’après la
réforme de 2015. Une fois les informations issues de ces deux sources collectées, il s’est agi de
les analyser, puis de les interpréter.
Les cahiers de texte sont les documents par excellence, témoins de l’effectivité des
enseignements réalisés au cours d’une année donnée. Ils constituent pour l’étude, des sources
de première main. Pour cette raison, nous avons procédé à une consultation de ces documents
dans une quarantaine d’établissements publics et privés. Cette consultation, même si elle n’est
pas exhaustive, donne pour autant un aperçu sur l’effectivité de l’étude de la lecture
méthodique dans les classes et du coup l’investissement des professeurs en termes de temps et
d’approche. Ces cahiers reflètent les contenus, objectifs, compétences mises en œuvre,
progression… Le cahier de textes reflète : le travail effectué en classe et celui qui est donné à
178
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce sont les données recueillies à l’aide de la grille d’observation qui permet de savoir ce
qui se passe réellement en classe lors des séances de lecture méthodique. Les observations in
situ ont été réalisées dans 23 établissements secondaires (Seconde, Première et Terminale),
dans une seule activité transversale : la lecture méthodique. Selon Angers (1992), l’observation
en situation de classe est une technique directe d’investigation scientifique utilisée
habituellement auprès d’un groupe. Elle permet d’observer et de constater de façon non
directive des faits particuliers et de faire un prélèvement qualitatif en vue de comprendre des
attitudes et des comportements du groupe classe : enseignants et élèves. Et Grawitz ([Link].)
d’ajouter : l’observation est un mode d’investigation direct qui permet d’appréhender une
réalité vécue, plutôt que d’en obtenir un écho éventuellement déformé au travers des
représentations que les gens s’en font. Elle peut être directe ou indirecte. Dans le cadre du
présent travail de recherche, c’est l’observation directe qui a été privilégiée compte tenu de son
utilité et de sa pertinence même si elle demeure, avant tout, très contraignante. Elle consiste à
recueillir des informations sur des agents sociaux en captant leurs comportements et leurs
propos au moment où ils se produisent. Cette technique a l’avantage de saisir les
179
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
comportements des individus et les événements dans leur état vif. Altet (2014) souligne qu’il
est moins lourd du point de vue méthodologique de procéder à des questionnaires ou des
entretiens que « de recueillir in situ des données qu’il faudra ensuite traiter
« scientifiquement », avec tout ce que cela suppose de « contraintes de temps, d’espace,
d’interférence avec une classe qui a sa vie propre et qui n’est pas au service du chercheur,
etc. ». Et avant elle, Pescheux (2006) reconnaissait que la multiplicité et la diversité des
composantes de la classe est grande. C’est pourquoi, la sélection des données dépendra
naturellement, dit-il, des finalités, des hypothèses et des moyens de la recherche entreprise.
Pour autant, l’étude a procédé à une observation des séances de lecture. La démarche choisie a
consisté à relever de façon plus ou moins exhaustive les observables en choisissant des
« entrées » notamment : les interactions verbales, les tours de parole entre professeur et élèves,
les allusions à la culture et à la langue, l’aspect pédagogique...
Cette grille a servi à reconstituer les verbatim privilégiés et retranscrits et qui ont fait à leur tour
l’objet d’analyse et d’interprétation. L’observation est axée sur les points ci-après : l’efficacité
de l’enseignement dispensé par le professeur, la conformité de l’enseignement de la lecture au
Programme, à ses méthodes, stratégies et démarches propres, une communication dans la classe
180
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce sont au total 30 séances de lecture qui ont été observées dans 23 établissements
différents des trois régions concernées par l’étude. Nous nous sommes entendus avec les
professeurs pour qu’ils présentent des séances de lecture méthodique. Les dates ont été arrêtées,
à chaque fois, de commun accord. Un entretien d’environ cinq minutes est demandé à la fin de
chaque séance d’observation en vue d’éclaircir les zones d’ombre. Cet entretien est axé sur la
démarche, les difficultés et les propositions pour revaloriser l’approche interculturelle en
lecture méthodique. À la fin des observations, les verbatim ont été retranscrits, présentés,
analysés et interprétés.
Dosso 65 55 84,61 %
Niamey 95 81 85,26 %
Tillabéri 75 69 92,00 %
Nous avons administré 225 questionnaires aux professeurs et nous en avons recueilli 205, soit
un taux de recouvrement 91,11%
182
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce sont 520 questionnaires qui ont été administrés à 520 élèves et nous en avons recouvrés 468
soit un taux de recouvrement de 90,00 %. Tous les questionnaires ont été prétestés et corrigés.
Les entretiens avec les enseignants ont tourné principalement autour de deux aspects :
d’un côté sur les prestations du professeur et de l’autre sur la démarche interculturelle suivie.
Chaque question peut donner lieu à discussion entre l’enseignant et l’observateur. Ce dernier
est libre de poser d’autres questions qu’il juge utiles pour mieux comprendre la démarche
d’apprentissage. Ce type d’entretien a l’avantage de permettre à l’enquêté de s’exprimer
aisément et librement afin de donner des réponses appropriées, riches et profondes. Aussi
permet-il à l’enquêteur au cas où l’interviewé s’écarte du sujet, de l’y ramener. En outre, un
guide d’entretien a été élaboré pour faciliter le travail. À chaque sous-groupe (enseignants,
élèves, encadreurs, etc.) de la population cible correspond un guide d’entretien. Ces guides ont
permis de voir la place de la lecture dans l’imaginaire de la population, et au-delà la manière
dont elle est enseignée dans les classes du secondaire au Niger. Le tableau ci-dessous fait le
point du nombre d’encadreurs pédagogiques avec lesquels nous nous sommes entretenus.
1 Dosso 2 3 3 8
2 Niamey 3 4 5 12
3 Tillabéri 2 3 5 10
4 Total 7 10 13 30
Nous avons observé trente séances de lecture dans le but d’en avoir vingt-cinq mais finalement
nous nous sommes retrouvés avec 23 séances de lecture méthodique.
183
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
[Link] La pré-enquête
La pré-enquête est une étape qui donne au chercheur l’occasion d’avoir le premier
contact avec le terrain d’étude. Elle lui permet de faire un sondage afin d’avoir quelques
opinions c’est-à-dire des avis émis portant sur le sujet de recherche. L’objectif est de rendre
plus précise la problématique et d’énumérer les outils de collecte des données. En effet, après
avoir conçu ces outils qui puissent apporter les informations nécessaires et pertinentes en vue
de tester les hypothèses de recherche, nous les avons testés avant de nous en servir de façon
systématique. Après le test, ces instruments ont été finalisés et c’est leur forme finale qui a
servi à collecter, de façon systématique, les données de terrain. Il convient de préciser que
pendant la conception de ces instruments, la possibilité de pouvoir observer les indicateurs, le
genre de traitement et d’analyse que les données vont occasionner n’ont pas été perdus de vue.
Le pré-test nous a permis de vérifier l’efficacité des premiers outils notamment les
questionnaires. Ces derniers étaient destinés exclusivement aux professeurs et leurs élèves.
Enfin, la triangulation théorique permet aussi de mettre à profit plusieurs cadres théoriques, et
plusieurs points de vue disciplinaires, en vue d’analyser et interpréter les résultats de la
recherche : la didactique, la pédagogie, la sémiotique, la sociologie… La mise en commun de
de ces différentes catégories de triangulation vise la saturation qui, suivant Savoie-Zajc, (1996),
cité par Sawadogo (2020), renvoie au point où, dans une recherche, toute donnée nouvelle
n’apporte aucun élément nouveau à la compréhension du phénomène à l’étude.
[Link] Le dépouillement
L’étude a eu recours à deux types de dépouillement : le dépouillement informatique et le
dépouillement manuel.
184
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
185
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
lecture et la relecture des données recueillies ; le marquage des passages les plus intéressants ;
le classement ou la mise en commun des données identiques ; le croisement qui a consisté à la
mise en commun de plusieurs variables afin de passer à leur analyse. Une fois les différentes
informations collectées, il s’est agi de les présenter d’abord puis les analyser avant de les
interpréter afin d’en tirer des conclusions éventuelles.
186
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
187
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
(Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas,
c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles).
188
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
189
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
décidés une fois pour toute avant d’être confrontés à la réalité du terrain. Dans cette optique,
les grilles d’observation et les questionnaires ont été conçus au préalable, au même titre que
les procédures expérimentales même si elles ont été élastiques. Les objectifs des interactions
observées ont été ficelés en amont en s’inspirant notamment des théoriciens de l’Approche Par
Objectif, (Carrette, V & Rey, B. : 2010 ; MEN (Québec : 2006), etc. Il s’agit donc d’exposer
les données recueillies lors de l’analyse des contenus. Elles proviennent principalement de
cinq sources différentes : une analyse du Programme d’enseignement du français, une
consultation des cahiers de textes auxquelles viennent s’ajouter des questionnaires d’enquête,
des observations de classe et des entrevues réalisées pour la circonstance.
Il faut entendre par consultation documentaire l’exploitation des contenus des cahiers
de textes et du programme officiel de français ayant conduit à la production de données très
utiles à la recherche. Toutefois, l’on ne peut observer une leçon quelconque in situ sans
connaître au préalable les textes sur lesquels l’enseignant s’est basé pour préparer sa leçon : le
programme, les I.O, etc. Pour ce faire la connaissance du programme d’enseignement est
obligatoire. Quant au cahier de textes, ils sont les témoins de l’effectivité d’un enseignement
donné.
190
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
191
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour ce qui est des horaires hebdomadaires, il convient de rappeler que l’année scolaire
dure vingt-six semaines. Avec cinq (5) heures de français par semaine, le volume horaire
annuel de cette discipline s’élève à 130 heures pour toutes les classes des séries littéraires, 104
heures pour la classe de Seconde C et 78 heures pour le reste des autres séries scientifiques
(1ere et Tle : C et D). Eu égard à tout ce qui précède, l’on remarque que la place assignée au
192
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
programme de langue française dans le cadre du système éducatif général est peu séduisante
quand on la compare aux sept (7 h) heures de philosophie par semaine.
193
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Enfin, l’enseignement de la lecture, objet de la présente étude vise principalement quatre (4)
objectifs :
Favoriser la maîtrise des différents registres de langue et des différents procédés de style
dans les textes littéraires ou non ;
En classe de Seconde, Les élèves sont initiés à connaître la vie quotidienne, les structures
de la société, la famille, la condition humaine et la sagesse africaine. Sont également étudiées
des thématiques comme les figures historiques et légendaires, le surnaturel et le sacré, les
métamorphoses de la société traditionnelle ou encore la société coloniale vue par les Africains.
Pour ce qui est des œuvres inscrites au programme, on peut citer entre autres : Soundjata ou
l’épopée mandingue de D.T. Niane, Les contes d’Ahmadou Koumba et les Nouveaux contes
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’Ahmadou Koumba de B. Diop, Crépuscule des temps anciens de N. Boni, Kotia Nima de B.
Hama, Le Horla de Maupassant, etc.
Pour ce qui est de la classe de Terminale, l’étude porte sur la déception des peuples
africains après les indépendances de 1960 : c’est la littérature du désenchantement. Les
romanciers de cette génération s’intéressent à la mauvaise gestion des pouvoirs après le départ
du colon. En littérature française, l’on aborde la littérature du XXe siècle portant sur le
surréalisme, le théâtre de l’absurde ou encore le Nouveau roman. L’engagement de l’homme
face à son destin dans le roman français, l’anticonformisme dans la poésie surréaliste du
siècle, les figures historiques et les tragédies ; la farce dans le drame social, etc. sont entre
autres les thématiques recommandées. Pour ce qui est des exercices de langue, ils sont les
mêmes à tous les niveaux mais avec des difficultés de degrés variables. Ainsi, les élèves sont
initiés à la narratologie, la grammaire des textes, la grammaire du discours, la versification,
l’interprétation des textes, etc., au cours de l’étude des textes littéraires. Les outils d’analyse
sont certes les mêmes à tous les niveaux d’enseignement, mais ils sont enseignés de façon
graduée de la seconde à la Terminale, c’est-à-dire en allant des plus simples aux plus
complexes. En outre, l’accent est mis sur les trois genres majeurs de la littérature en
l’occurrence le roman, le théâtre, et la poésie. Les trois exercices du bac sont également
enseignés à tous les niveaux à l’exception du commentaire composé qui est exclu du
programme de seconde et le théâtre, des séries scientifiques.
195
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Au Niger, les manuels en usage dans les établissements scolaires sont ceux proposés
par les programmes et les réformes adoptés par la CONFEMEN en 1972 à Tananarive. Le
souci des participants à cette conférence était de remédier à la détérioration du niveau des
études littéraires qui doivent être liées au contexte culturel. Il fallait, à tout prix, harmoniser
aussi les programmes en vue de l’équivalence des diplômes. Si en Europe par exemple, c’est
l’État qui fixe les programmes et il revient aux professeurs d’élaborer des manuels conformes
aux Instructions Officielles et adaptés aux établissements scolaires, en Afrique francophone,
ce n’est point le cas. Force est de constater qu’un pays comme le Niger ne dispose pas de
manuels propres. Il est donc obligé d’emprunter des manuels qui, le plus souvent ne cadrent
pas entièrement avec les réalités du terrain. Ces précieux documents sont quasi-absents dans
certains établissements scolaires nigériens depuis l’avènement du multipartisme intervenu
autour des années 1990. À partir de cette date, l’école et la démocratie ont commencé à « avoir
196
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans le Déracinement, les auteurs dévoilent les causes du déracinement des jeunes
Africains qui sont entre autres : l’école, l’église, le séjour en France, etc. Ces mêmes causes
conduisent l’individu à se métamorphoser. Cet ouvrage propose 21 sujets de dissertation vers
la fin du livre sous forme d’exercices pour s’entrainer. Il contient également une dizaine de
questions portant sur le contenu thématique et linguistique des textes d’étude. Elles sont
suivies d’exercices ayant traits aux débats ou aux exposés. On y trouve également un guide
bibliographique, des images illustratives pouvant être source de motivation.
Quant à l’Engagement, il relate l’évolution de la littérature africaine en montrant
chronologiquement ses hauts et ses bas. Ce manuel présente un peuple paisible qui se réveille
parce que menacé. Pour ne pas disparaître à jamais, ce peuple revendique une identité
culturelle qui lui a été volée. Il fait ainsi le procès du colonialisme avant de présenter un
peuple qui se révolte pour conquérir sa liberté. Au-delà de cette révolte devant conduire à son
autonomie, l’homme noir propose à son bourreau une « civilisation de l’universel » au XXIe
siècle, thème cher à Senghor (1971). À ce sujet, l’auteur sénégalais affirme que les Africains
197
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
2 Le français en Bicol F. N., Nicolle 1-Littérature (française (XIX et XXe siècle) et africaine :
première et en M. et Senghor R. Littérature orale : l’épopée, chronologie de 1960 à nos jours ;
terminale (2000) le monstre hybride, le désenchantement, perspectives
nouvelles, littératures : maghrébine, anglophone, sud-
360 pages
africaine et lusophone
2-Pratique de la langue
3-À l’épreuve du bac
198
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
199
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
textes des classes de Seconde, 176 de Première et 136 de Terminale qui ont été concernés par
l’étude. Le tableau ci-dessous donne un aperçu global sur la situation de l’enseignement de la
lecture dans les trois régions concernées par l’enquête. Ledit tableau présente les données par
niveau d’enseignement et par DDEN.
Tableau 17: Nombre de cahiers de textes consultés par région et par niveau.
DREN Niamey Tillabéri Dosso
DDEN NY1 NY2 NY3 NY4 NY5 Tillabéri Téra Torodi Boboye Dosso
Niveau
Sde A 15 15 15 15 15 15 7 3 3 15
Sde C 10 10 10 10 10 10 2 2 2 5
1ere A 15 15 15 15 15 15 10 10 10 10
1ere D 5 5 5 5 5 5 1 1 1 7
1ere C 1 1 1 1 1 0 0 0 0 1
TA 10 10 10 10 10 10 6 6 6 10
TD 5 5 5 5 5 5 3 3 3 5
TC 1 1 01 0 0 0 0 0 0 1
Total 62 62 62 61 61 60 29 25 25 54
200
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
14%
Dosso
Tillabéri
18% Niamey
69%
Tableau 18: Les types de plans observés dans les cahiers de textes
2- Analyse 5- théorisation
3- Interprétation
201
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
1- Lecture du texte; 20 %
2- Exploitation du paratexte ;
3- Établir les constituants du texte ;
4- Questionner le texte : selon le type, la tonalité, le genre, les contextes
Type n° II
On remarque ici que le plan n° 4 est le plan le plus répandu. Cette démarche est acceptable
pour conduire une leçon de lecture. En effet, pour présenter une telle leçon, l’enseignant se
focalise sur un ou plusieurs aspects : les thèmes dominants, la langue, la culture, etc. comme le
reflète le tableau suivant.
Tableau 19: Récapitulatif des points d’ancrage adoptés par les professeurs
Région Ancrage Ancrage linguis- Ancrage Ancrage linguis- Total
thématique tique et thématique interculturel tique et
intercuturel
Dosso 21 17 0 11 49
202
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Plan 4; ; 40%
Plan 3; ; 10%
Pour les besoins de l’analyse, nous avons essayé de répertorier et classifier les cahiers
de textes en fonction des traces linguistiques, thématiques et culturelles que reflètent les
leçons. Malheureusement, dans les établissements situés, pour la plupart, en zone rurale ou
semi urbaine, certains cahiers de textes ont disparu tandis que d’autres ont vu leurs premières
pages, réservées en général à la discipline Français, s’envoler. Cette consultation, même si elle
n’est pas exhaustive, donne un aperçu sur les aspects mis en exergue lors de la séance de
lecture méthodique. Et à cela s’ajoute l’investissement du professeur en termes de temps et de
stratégies d’enseignement/apprentissage de la lecture.
Deux types de questionnaires ont été administrés aux enquêtés. Le premier était destiné
exclusivement aux professeurs qui interviennent au second cycle et le second à leurs élèves.
203
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
professeurs qui ont été visités qu’à d’autres qui ne l'ont pas été. Au demeurant, des collègues
évaluateurs (une partie de la période de recherche a coïncidé avec l’évaluation des enseignants
« craie en main ») ont été mis à contribution pour ventiler les questionnaires dans 7
établissements situés en zone rurale où nous n’avions pas pu nous rendre comme prévu lors de
notre deuxième passage (pendant la période de ratissage en novembre 2021). C’est durant
cette période que nous avons enregistré le plus grand délai de remplissage. Pour ce qui
concerne les autres cas, nous avons pu collecter les questionnaires lors de notre premier
passage pour les observations de classe. Faut-il le souligner, l’apport des chefs d’établissement
et des collègues enseignants a été très précieux. En effet, nous avons trouvé des hommes et des
femmes très affables et courtois sur le terrain et qui nous ont chaleureusement reçu. Mais, ce
sont au total dix (10) professeurs de français qui nous ont retourné les fiches vierges pour
certains ou qui n’ont pas donné suite à notre demande, pour d’autres. Pour les autres cas, les
professeurs ont cherché à se justifier par des alibis, genre : « j’ai oublié… » ; « j’ai mal
rempli… » ; « je vous l’enverrai par WhatsApp, E-Mail, ... » ; « les enfants ont saccagé mon
sac », « nous étions en devoir », etc. En prévision à des pareilles situations, nous avons
distribué 225 (deux cents vingt) exemplaires du questionnaire, dans l’espoir d’en recueillir au
moins 200 (deux cents).
Le choix du nombre deux cent dix (225) n’est pas basé sur un calcul, mais nous l’avons
pris au hasard sur le principe qui veut que la « taille de l’échantillon soit indépendante de la
taille de la population en ce qui concerne l’erreur échantillonnale ». Au demeurant, nous
estimons qu’un échantillon de 225 professeurs de français (soit 17, 11 % des enseignants de
français que comptent les 3 régions de Niamey, Dosso et Tillabéri) peut être représentatif des
1315 enseignants). Faut-il le rappeler, 48,72 % des professeurs de français du pays se trouvent
dans la zone concernée par l’étude. Et précisons au passage que suivant une étude menée par
le MES (2020), le Niger compte au total 36,63 % de professeurs titulaires ; 62, 92 % d’agents
contractuels et 0,45 % d’appelés du service civique national.
Le questionnaire adressé aux enseignants, joint en annexe, est une fiche de quatre (4)
pages, composée de cinq (5) rubriques sur lesquelles les professeurs sont appelés à répondre à
des questions fermées et/ou ouvertes. Ces rubriques sont le profil, la formation initiale et
continue, l’enseignement-apprentissage de la lecture méthodique en classe de langue,
l’initiation à l’interculturel et les perspectives pour une prise en charge conséquente de la
204
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l
Tota
Établissements
23
de
Nombre
11 3 9 8 7 3 5 2 2 5 8 6 6 5 7 5 4 4 2 3 3 5 2 11
5--
La répartition des 51 répondants de la région de Tillabéri est présentée dans le tableau ci-
dessous :
205
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
CES Tillabéri II
CES de Sakoira
CES de Sinder
CES de Sarakoira
CES d’Ayerou
CES de Namaro
CES de Torodi
CES
Haousa
CES
CES de Kollo
Kollode Ouallam
CES
CSP
CSP Yoro
CSP Al Falah
15
de Gothèye
de
Dogney
Sansane
de
8 6 2 1 1 3 2 7 1 2 7 4 2 3 2 51
Région de Dosso
La répartition des 44 répondants de la région de Dosso est présentée dans le tableau ci-
dessous :
Lycée Mangou
CES Tondobon
CES de Yeni
CES de Moko
CES
K............................
CES
CES de Sokorbé
CES de Loga
CES de Falwal
Lycée de Gaya
CSP Tagour
CSP Dan-Tata
CSP Humanité
15
de Kiota
de
de
Nombre
8 5 2 2 3 1 2 1 2 1 5 4 3 2 3 44
Il ressort de ces trois tableaux, présentés ci-dessus, que les répondants viennent de 53
établissements dont 42 relevant du public et 11 du privé. Nous avons pu nous rendre dans les
quarante-six (46) établissements et envoyé nos questionnaires dans sept autres où nous
n’avons pas pu nous rendre compte tenu de certaines contingences. Ces établissements
relèvent de quinze (15) Directions départementales de l’Éducation nationale (DDEN)
différentes comme le reflète la figure cette graphique :
206
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
24,28
Dosso
Tillabéri
Niamey
54, 76
20,95
Parmi les enseignants soumis à l'enquête, Niamey, la capitale détient le plus grand nombre
avec un taux de 54,76 % de professeurs contre 24,28 % et 20,65 %, respectivement pour les
régions de Tillabéri et Dosso. Les 210 répondants se répartissent entre les établissements
publics (180 enseignants) et les établissements privés (30). Cependant, il ne s’agit là que d’un
clivage apparent dans la mesure où les professeurs du privé proviennent dans la plupart du
temps, du public. Nous avons d’ailleurs rencontré au privé, des enseignants déjà visités au
public qui n’ont pas été soumis à l’enquête. En outre, comme les professeurs ont des tableaux
de service relevant d’établissements différents et eux-mêmes ayant des occupations multiples,
il est difficile, voire impossible de retrouver tous les professeurs dans un même cadre de
travail comme les rencontres de l’UPL. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes
surtout appesanti sur les établissements publics au sein desquels, les rencontres hebdomadaires
desdites rencontres sont plus ou moins régulières. Ils se regroupent donc, très souvent, ne
serait-ce que lors de l’élaboration des progressions mensuelles, trimestrielles ou semestrielles
ou encore en prélude à des évaluations internes pour désigner les professeurs qui vont choisir
les sujets.
207
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
% pour les linguistes tandis que les diplômés de Lettres modernes (LAC) n’occupent que la
troisième place avec 15 % de l’effectif et les 7 % restants reviennent aux spécialités non
précisées.
7%
15% Sociologie
Linguistique
48% LM ou LAC
Autres
30%
Officiellement, les diplômes reconnus pour enseigner dans la classe de français au lycée sont
la licence, la maîtrise, le master et le CAPES ou leurs équivalents. Les diplômes de Lettres
modernes (aujourd’hui LAC) sont rares.
208
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce sont les données recueillies lors des observations de classe in situ et les entrevues réalisées
auprès des enseignants et responsables pédagogiques.
209
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Prytanée militaire
CES Tiota
Lycée Mangou
CES Boboye
CSP Ki-Zerbo
CSP Yoro
20
CES Liboré
visitées
Classes
2 3 1 1 1 3 2 1 2 1 1 1 1 2 3 1 1 1 1 1 30
210
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
privé ou celui dont il dépend. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes orienté
davantage vers les UP des établissements publics au sein desquels les enseignants se
réunissent au moins en début d’année et lors de la préparation des devoirs communs ou des
compositions pour échanger sur la vie de l’établissement.
211
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
11 M 43 9 ET LICENCE SOCIOLOGIE
12 M 31 2 EC LICENCE DROIT
13 M 37 6 EC MAITRISE SOCIO ANTHROPO
15 M 36 7 EC LICENCE DROIT
16 F 32 2 EC LICENCE SOCIO ANTHROPO
17 M 33 2 EC LICENCE SOCIOLOGIE
18 M 39 10 EC MASTER I LINGUISTIQUE
19 M 35 20 EC LICENCE 2 DROIT
20 M 42 9 EC LICENCE SOCIOLOGIE
21 M 71 22 ET MAITRISE SOCIOLOGIE
22 M 31 5 EC LICENCE SOCIOLOGIE
23 M 29 2 EC LICENCE GEOGRAPHIE
212
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
213
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les séances ont fait l'objet d'une observation à l’aide d’une grille afin d'analyser les
interactions élèves-enseignant et élèves-élèves. À ce stade de l'étude, il n'y a pas eu
d'entretiens avec les élèves, leur réflexion n'étant pas suffisamment aboutie. Pour des
commodités de lecture, nous faisons apparaître pour chaque savoir l'analyse des interactions
en Seconde suivies de celles de Première pour terminer avec celles de Terminale.
214
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Micro-séquence n° 1 : « Comme une nuée de... » dans Les Soleils des indépendances (1970)
d’Ahmadou Kourouma
E2 : (sans demander la parole) Oui, comme ici dans les pays du Sahel notamment au Niger par exemple.
P1 : Attention ! // Le cours porte sur l’ensemble des pouvoirs politiques en Afrique//donc ne citez pas de nom de
pays/surtout pas le Niger. (Rires des élèves.) « Hum ! Ils veulent me pousser encore à parler de la politique
215
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
nigérienne. Bien/alors/ ces genres de pratiques faites par Fama (un chat noir dans un puits) existe-t-il chez
vous ? ». (Un élève souffle dans l’oreille de son voisin que Monsieur a peur du régime de Bazoum).
P 1 : En bon français, on dit dépassé ou révolu // Ok / c’est plus approprié. C’est ce qui n’existe plus, qui est
complètement achevé, accompli.
E4 : Oui/des marabouts/des Boori, etc. Leur « traite » / c’est la période des concours ou examens comme le bac.
E5 : Cette femme a tantôt l’image d’une mère, tantôt celle d’une amante et souvent même celle d’une épouse.
E6 : La femme désigne aussi d’autres réalités africaines : elle est la savane, elle frémit, elle gronde, c’est une
personnification de la savane africaine ou une chosification de la femme noire.
P2 : ça ne vient pas ? En quoi la femme est-elle utile à la société ? // Quel est son rôle ? Hé ! les filles, vous
n’avez pas de rôle à jouer dans la société ? Et bien// Protectrice, la femme protège l'enfant et accueille l'homme
mûr. Oui, elle apporte la douceur à l’homme //le calme et le réconfort// Elle apporte une lumière spirituelle. Elle
est source de vie, associée à l’au-delà et à l’ici-bas par le poète. Jeux de correspondances horizontales et
verticales//La femme est condition de toute vie.
P2 : Très bien//Elle est mère et aussi éducatrice. Donc, elle a plusieurs rôles... //Mais les rôles de la femme
diffèrent d’un continent à un autre. Oui, oui, oui... En Europe, l’enfant vit de biberon et grandit à la crèche tandis
qu’il boit le lait de sa mère et grandit à côté d’elle, en Afrique. Voyez-vous ? La femme donne apaisement et
sérénité. Elle est un sujet maternel et de séduction. //Elle protège l’enfant qui deviendra un homme ou une
femme. Le cycle naturel est présent. Lisez le commentaire de ce texte sur le net.
E8 : Mais en Afrique aussi, ç’a commencé avec les femmes qui travaillent au bureau.
216
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P2 : Oui Moussa, tu as bien raison, avec les femmes fonctionnaires. Elles n’ont pas de temps pour le foyer.
NB : Un autre professeur a étudié le même texte mais avec des angles d’attaque différents.
P3 : C’est tout ? Il y a aussi le Midi (partie sud de la France : les Pyrénées et autres) // la Terre promise est tout
simplement une métaphore pour désigner l’Afrique, C’est une allusion à l’Israël. Il y a une symbolique autour de
ces noms. Écoutez bien // c’est très important. Le poète se trouve dans le sud de la France, pendant l’été, la saison
la plus chaude d’Europe. Comme l’hiver, l’été pousse aussi les écrivains à la réflexion, à l’écriture. Le poète
assimile l’Afrique, sa terre d’origine, à une « terre promise » // celle de Canaan (actuelle Palestine) que Dieu a
promis au prophète Abraham et sa descendance (Ibrahim chez les musulmans) une terre pleine de succès même
étant aride...L’histoire est racontée dans deux livres révélés : le coran et la bible en parlent de façon concordante.
Alors, le poète Senghor a la nostalgie d’une Afrique qu’il a laissée derrière lui. Il a passé seize ans en Europe. Il
parle particulièrement du Mali, un des plus grands empires. Il se distingue de l’Europe par ces traits
géographiques et culturels : la savane africaine dont la faune est composée de gazelles, de l’aigle, etc. Le tam-tam
qui résonne pour les vainqueurs ou à l’occasion des grandes cérémonies n’a pas été oublié par le poète défenseur
farouche de la culture africaine. C’est le symbole de la joie. En chantre et pionnier de la négritude, il ne doit pas
passer l’aspect culturel sous silence. C’est une façon de mettre en relief la richesse culturelle de l’Afrique.
217
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Micro-séquence n° 5 : « La case de mon père » dans L’enfant noir (1953) de Camara Laye
P5 : Que décrit-on ?
P5 : Non, on fait le portrait des êtres vivants et pour les choses, on parle de description. Ok ? Alors, à qui
appartient la case ?
E 18 : Elle appartient au père de celui qui raconte, euh... le narrateur, Laye, l’auteur.
P5 : Attention ! Le narrateur n’est pas toujours l’auteur. Sauf si c’est une œuvre autobiographique. La case
appartient au père du narrateur. Où trouve-t-on les cases, en général ?
E19 : La case appartient au père ou à la mère ? On les retrouve surtout au village, en campagne.
E22 : Non, non... Au village, ma grand-mère vit dans une case. Elle ne veut pas les maisons en banco. Elle a peur.
Mais monsieur j’ai une question : le père du narrateur est un musulman ou un féticheur ?
E23 : (sans demander la parole) Monsieur, Moussa a raison car on voit « peau de prière » et « chapelet de cauris »
ensemble.
P5 : Très bien Ali. On appelle cela du syncrétisme religieux ou cultuel. Oui mais l’islam récuse l’association.
218
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P6 : Comment le savez-vous ?
E26 : Non, il ne s’y retrouve pas. Il prend ses distances avec l’utilisation du possessif de 3 e personne « leur ».
Donc il s’habille comme eux malgré lui.
P6 : Très bien. //Oui justement. Pour ceux qui ne le connaissent pas, on va aller rapidement, il nous reste encore
dix minutes, Damas est l’un des pionniers du fameux mouvement de la négritude. / Il est certes né en Guyane
française mais il est descendant d’esclaves emportés lors de ce honteux commerce qui priva l’Afrique de ses bras
valides, je veux dire la traite négrière. // Avez-vous vu ce chapitre en Histoire ? Oui la traite a eu lieu avec la
complicité des chefs traditionnels africains comme ça se passe aujourd’hui avec les chefs d’État africains. //
Alors, ses grands-parents se sont retrouvés en Guyane et il a toujours défendu la cause des noirs. // Sur le plan
grammatical, on observe une utilisation abusive de l’adjectif possessif « leur ». Le poète ne réclame point la
paternité de ces pratiques auxquelles il semble prendre parti comme s'il pointait du doigt, des habitudes qu’on lui
impose mais qui ne sont pas les siennes. Ce déterminant se répète, au total, treize fois dans le poème. Il est
omniprésent dans les strophes : 1, 4 et 6. Les répétitions permettent à la fois de donner un rythme au poème et de
dénoncer la colonisation. / Ils sont également complétés par la répétition de “eux” ou de “ils”. « L'auteur tente de
nous montrer son mal-être, dû à ces codes dans lesquels il ne se sent pas du tout à l'aise : « dans leurs souliers »
(v.2). Il n'énonce pas qu'il en possède, or c'est lui qui porte ces vêtements décrits. » Il prend ses distances avec la
culture occidentale. // Bon, Damas est un peu... difficile pour des élèves du lycée. « Le poète se voit dévalorisé
devant les colonisateurs et désormais, dévalorisé par son propre corps. L'énonciation de ses particularités
physiques amène le lecteur à ressentir de la pitié et de la compassion pour Damas, notre part et finalement
dénigrer les causes du mal-être qui persiste chez le poète (l'exposition coloniale et toutes ses conséquences). »
E 27 : il parle de la projection d’un voyage par le poète. Il veut aller pour des condoléances ou bien des
funérailles.
E 28 : Il y a plusieurs indices : d’abord on voit le départ du poète, très tôt le matin, dès le début du texte, je crois
qu’il a un RDV urgent. Il dit : « je sais que tu m’attends ». On a aussi beaucoup de verbes au futur : neuf (9) au
total.
E 28 : Oui monsieur. Si on regarde bien, on voit le départ, à « l’aube : « je partirai » et l’arrivée à la tombée de
« l’or du soir », le soleil couchant : « Et quand j’arriverai ». C’est la fin du voyage qui a va durer du lever au
coucher du soleil soit une journée.
219
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P 7 : Exactement, Amadou. Voilà les bons redoublants. Justement, on voit le poète quitter la maison, traverser la
forêt, escalader les montagnes, ses différents mouvements dans la brousse, il est seul, sans compagnon, il est
triste. Il n’est pas content durant ce voyage, il semble être frappé par un malheur. Ah ! le grand Hugo.
E29 : Oui, oui, monsieur, notre prof. de l’année passée nous a dit que c’est sa fille, Léopoldine, qui est morte
noyée dans la Seine, un fleuve parisien et il veut aller déposer des fleurs sur sa tombe.
E30 : C’est pour montrer son affection pour sa fille et aussi la rendre immortelle au nom de l’amour filial.
E28 : C’est par l’évocation de la nature à laquelle, Hugo semble être très attaché.
E39 : Les Aznas sont des habitants de l’Arewa (département de Dogondoutchi). Ce sont des Maouris. Ils parlent
haoussa. Moi ma mère est maouri et mon père est sonrai. C’est même là-bas que j’ai passé mes vacances cette
année.
P8 : Très bien, ce matin, on a une personne ressource qui peut nous aider à comprendre la signification de notre
texte.
P8 : Ok. Qui peut nous expliquer le passage suivant : « ...nous nous battons aussi pour l’honneur de tous les
Aznas, pour le NOM des Aznas (…) Honte à celui qui n’a pas laissé un nom (…) »
E4 : On comprend qu’ils ne luttent pas seulement pour sauvegarder leur « liberté » ils veulent aussi marquer
l’histoire. Cette femme est brave, elle est dynamique, exceptionnelle. Elle se bat contre les colons de France.
C’est une grande guerrière.
P8 : voiiiiilà ! Kaka a tout dit. Aujourd’hui l’histoire a donné raison à la Sarraounia. Elle a refusé de céder aux
menaces de l’agresseur français. Elle s’est dressée à côté des grands Hommes comme Ahmadou Omar, Samory
Touré, Alfa Seybou, bref tous ces héros du Soudan central dont on vous a enseigné le courage, la témérité et la
bravoure. // Pour le professeur Tandina (1991) de l’Université Abdou Moumouni, « l’écrivain cherche à faire
revivre son héros, le héros de son groupe. // Il fait également de la terre de la reine, une terre symbolique, une
terre promise, une terre de réconciliation, une terre nourricière, une terre de justice. Il s’agit d’un peuple arraché
aux forces pressantes de la colonisation. // Mamani exalte tous les héros qui ont dit non à la pénétration
coloniale ». Nous devrons être fiers de notre héroïne. Elle a marqué l’histoire de notre pays.
220
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
E31 : on a le champ lexical de la famille focalisé sur le mariage forcé et le portrait de Mariama où on évoque sa
beauté inégalable.
P9 : Exactement ! On dit que le récit a cédé la place à la description. Mais quand vous regardez, il y a plus de
description que de narration en termes d’espace occupé, de volume. On dit alors que le texte est à dominante
descriptive. Alors revenons-encore sur la famille de Mariama. Qui est le fiancé de Mariama ? L’aime-t-elle ? Et
pourquoi ?
E33 : C’est le vieux Boukary, tuberculeux et âgé de 70 ans mais, c’est le plus riche du village. Elle ne l’aime pas.
E34 et 35 (2 voisins en chœur) : Elle ne l’aime pas mais le vieux Boukary a corrompu son père. Oui, oui, la
corruption comme cela se passe dans notre pays et à tous les niveaux.
P9 : Comment appelle-ton le pouvoir du père dans la famille ? Qui pour répondre ? Les redoublants là, hein. Bon,
c’est la phallocratie, son père est un phallocrate, on dit aussi qu’il est phallocratique tous ces mots viennent du
grec « Phallus » qui désigne l’organe sexuel mas...cu...lin. Euh... connaissez-vous d’autres romans qui parlent du
mariage forcé ?
E35 : Oui, on a le mariage de Fatou dans Camisole de paille d’Adamou Idé, Maïmou ou le drame de l’amour de
Diado Amadou, le mariage de Birama, non de Kany dans...
E36 : C’est dans Sous l’orage de Seydou Badian Kouyaté, un autre auteur malien.
P9 : C’est très bien, votre collègue est un bon lecteur apparemment. Il faut lire. La lecture est la clé qui ouvre
toutes les serrures. En effet, toutes ces œuvres parlent justement du mariage forcé. On dit que le mariage forcé est
un thème récurrent dans la littérature africaine. Il revient plusieurs fois sous la plume des auteurs. C’est un
véritable problème de société. Doit-on choisir au garçon sa femme comme à la fille son mari ? Des volontaires
pour faire des recherches sur la thématique du mariage forcé dans notre société. Ils sont dans la plupart du temps
la cause des divorces à Niamey. Connaissez-vous d’autres causes ?
E36 : Attendez, j’ai des chiffres pour vous. On me les a envoyés l’autre jour. SVP Monsieur ça y est dans mon
phone, je peux ?
P9 : Oui allez-y.
E36 : (sort son téléphone et commence à lire) Donc on a ici les divorces déclarés officiellement dans la ville de
Niamey : 2018 : 962 divorces ; 2019 : 856 divorces ; 2020 : 905 divorces ; 2021 : 3000 divorces ; en 2022, on
était à 600 divorces au mois de mai et les raisons principales évoquées sont le matérialisme, l’infidélité, mais le
mariage forcé n’a pas été évoqué. Ce ne sont ici que les divorces déclarés officiellement.
P9 : Merci pour toutes ces précisions. Vous avez entendu ? Le mariage forcé est fréquent surtout au village. Mais
là-bas, les divorces ne sont pas recensés. Ils sont rares parce que les parents s’y opposent. Chez certains croyants,
221
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
le divorce est inadmissible, donc impossible. Seule la mort peut séparer le couple. Alors voyons l’ordre de la
description.
Hyperthème MARIAMA
Nomenclature Sa peau sa peau ses yeux cils sourcils ses lèvres Ses dents ses dents un sourire cheveux le nez
yeux
rouge douce noirs longs unis grosses blanches rangées fin et beau frisés beau gros
Expressions latérite fruit du eau fils miroir auriculaire coton graines de lune ombre perle œuf
de
Prédicatives
du Béléya rônier profonde indigo gombo pintade
222
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
qui vous plaît, priez vos dieux de la manière qui vous convient. Faites salam, adorez le ciel, la terre, le feu, la
foudre ou le crocodile si le cœur vous en dit. Nul ne troublera vos prières et vos méditations, car vous êtes
seul responsable de votre âme. »
Ah quel magnifique texte ! Ce discours de la Sarraounia adressé aux exilés représente un style et une réalité
africaine. / Des comportements culturels implicites sont consignés dans ce beau et magnifique discours :
venez, dit-elle aux exilés, on va vivre ensemble pour l’éternité. Vous êtes chez vous. // Une nouvelle vie
commence pour vous. Nous avons un ennemi commun à combattre. Oubliez vos terres que vous avez
abandonnées. L’union fait la force. Notre pays est laïc. // On procédera à un brassage dans tous les sens du
terme. Sarrounia est à la fois guerrière, personnage modeste, fédératrice, démocrate qui n’hésite pas parfois à
bousculer les tabous. Elle... a un sens politique aigu, une pluralité d’opinions. Elle est panafricaine. Elle est
humaine, consciente que l’union fait la force. Elle sait que s’unir pour bâtir c’est une façon de grandir
ensemble. On a toujours « besoin d’un plus petit que soi » comme dit l’adage...
P11 : Dans ce couple, pourquoi la femme souffre plus ? Est-ce que son mari l’aime ?
E39 : C’est pour défendre l’honneur de la famille quand elle est menacée en cas d’attaque extérieure.
C’est aussi pour aller travailler dans les champs.
E40 : Non, c’est le contraire. Dans des pays comme la Chine, il y a même la » politique de l’enfant
unique ». C’est-à-dire que si tu as un seul enfant, c’est le gouvernement qui le prend en charge. En
Afrique c’est pas ça.
P11 : Non, on dit l’État et non le gouvernement. L’État, c’est toute la nation soumise à la loi et un
gouvernement commun. Hé ! les redoublants, là, vous n’avez pas vu l’État en philosophie ? Le
gouvernement c’est un ensemble de personnes qui dirigent l’État. Oui c’est important de les nuancer.
Ok ?
E.41 : Si, on a vu l’État, celui qui ment au peuple d’après Kant, non, non, plutôt Nietzsche.
E 42 : Monsieur, on dit que le taux de natalité au Niger est le plus élevé au monde avec environ sept
enfants par femme. C’est notre prof « d’Histoire-Géo » qui le dit. Même le Président a dit qu’il ne veut
pas de polygame dans son gouvernement.
223
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P11 : Revenons-en au sujet, on parlait plutôt de Loutaya, une femme stérile que son mari frappe chaque
matin. Mais, si l’enfant est un « porte-malheur » en Europe, il est source de bonheur en Afrique, une
véritable providence. En occident, seule la politique de l’enfant unique est raisonnable, c’est pourquoi il
y a même des mariages gay. Dieu ne fait rien au hasard.
E43 : c’est une étendue d’eau peu profonde. Elle peut être douce ou salée.
P12 : Hama, tu as consulté ton portable ou c’est dans la tête ? D’accord. C’est vraiment bien. Qui parle
dans ce texte ?
E44 : C’est un passage poétique donc c’est Maupassant qui parle, c’est l’écrivain donc le poète.
P12 : Pourquoi c’est un poème puisque c’est en prose ? ...suis pas d’accord.
E 44 : Mais monsieur, on nous a dit qu’il y a des poèmes en prose, non ? Le texte est très beau. Il y a un
jeu de mots.
P 12 : Ok d’accord. C’est tout à fait exact, Ali a raison. Ici, le poète joue avec les mots. C’est la fonction
poétique du langage qui est mise en valeur. Ce texte est très beau justement pour ceux qui sont bien
initiés, il est magnifique, il est vraiment poétique, éminemment poétique. Alors, relevez quelques figures
de style contenues dans le texte. Qui va relire le texte d’une façon beaucoup plus expressive ? Un bon
lecteur ou une bonne lectrice. Ce texte a une fonction poétique, oui, donc poétique.
E45 : (Mina lit le texte en faisant des gestes, ses camarades l’applaudissent)
P 12 : On y va il est l’heure. Vous avez math après, c’est ça ? Ok. Bien. Remplissez vite ce tableau.
Un commentateur de ce poème écrit : le lecteur constate que l'étang fonctionne comme un creuset
(l'instrument de base de l'alchimiste) dans lequel viennent se fondre tous les éléments de la nature pour
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
permettre au poète penché sur cette matière en pleine activité de percevoir comme un indice de l'origine de
la vie, à sa dimension primitive. Le rôle du poète est bien toujours le même : permettre au lecteur ordinaire
de rêver, mais l'amener aussi à s'interroger sur le monde qui l'environne. C'est le poète qui nous apprend à
regarder ce monde avec d'autres yeux, moins usés par l'habitude pour nous restituer ce regard d'enfant
émerveillé, et qui chante devant le mystère de la création dont il découvre la réalité sans en comprendre
réellement le mécanisme et l'origine véritable.
225
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P 15 : Répète, il s’agit d’un poème. Faites une phrase quand même, bon sang ! ounh !
Fication
1. Un poète « je fais souvent Confusion et contradiction car ce qui est
confus ce rêve » ; familier n'est en général pas étrange :
« familier » et Verlaine rêve d’un monde différent
« étrange » ("étrange") mais dans lequel il se
retrouve ("familier").
2. C'est le présent qui domine "et que j’aime
Atemporalité et qui m’aime" (vers 2) : présent de vérité
du poème générale.
Ruptures aux vers 11 et 14 avec l'emploi
du passé : caractère insaisissable de la
femme, présente et absente (vie/mort).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Versification Rimes
croisées Un
sonnet
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P 17 : De quelle figure de style l’auteur fait-il usage pour évoquer l’état du nègre ?
E 66 : C’est avec ironie que l’auteur évoque l’état du nègre.
P 17 : Candide est indigné et étonné du sort du nègre. Il reste ainsi sensible à son état. Le nègre dénonce
l’inhumanité du Blanc vis-à-vis des noirs, exprime son mépris à son égard et montre sa déception. L’auteur met à
nu les difficiles conditions de vie du nègre et interpelle Candide. Voltaire se sert de l’ironie pour se moquer des
Noirs et de tous ceux qui éprouvent un sentiment d’affection à leur égard. L’auteur, à travers les éléments
stylistiques et syntaxiques, évoque l’indignation.
Micro-séquence n° 18 : « Le mariage de la discorde » dans Sous l’orage (1956) de Seydou
Badian Kouyaté
P 18 : Quelle est la place de la femme dans la société traditionnelle africaine ?
E 67 : Elle semble être marginalisée. Elle ne prend pas part aux débats quand il s’agit de prendre les grandes
décisions. Elle s’occupe essentiellement du foyer.
P 18 : Les mentalités, ont-elles évolué par rapport à cette philosophie ?
E 68 : Dans certains milieux, elles ont changé mais dans d’autres, elles sont encore figées.
P 18 : En quoi l’affrontement entre Birama et Sibiri relève-t-il plus d’un conflit idéologique (conflit des
valeurs) que d’un conflit de générations ?
E 69 : C’est la survie même de la tradition qui est menacée
P 18 : Un pays peut-il se construire s’il n’existe pas un dialogue entre jeunes, vieux, adultes, femmes ?
E 70 : Non, il faut des échanges entre tous les membres d’une communauté pour mieux se comprendre.
P 18 : En quoi le conflit, s’il est bien géré, peut-il être porteur de fruits positifs ?
E 70 : Cela conduit à une coexistence pacifique car personne ne se sentira humiliée, frustrée ou rabaissée.
E 18 : Pour ceux qui ont lu ce livre comment s’est terminée l’histoire ? Personne ?... Oui... Bon écoutez
bien :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Devant la réticence de Kany, le père Benfa l’envoie au village chez son oncle Djigui. C’est alors l’occasion
pour la jeune fille de reprendre contact avec certaines traditions ancestrales, délaissées, oubliées et de plaider
sa cause auprès de Djigui qui, finalement décide d’intervenir en sa faveur. Devant l’autorité de son frère
ainé, le père Benfa s’incline et les deux jeunes peuvent enfin se marier.
E 19 : Très bien, Amadou. Quelles sont alors les figures de rhétorique contenues dans le texte ?
R 71 : « ...c’est à toi Dieu : » : c’est une prosopopée. Le narrateur s’engage dans un dialogue fictif avec Dieu
R 72 : « Les atomes appelés hommes » : chosification de l’homme face à la puissance divine. C’est aussi
une métaphore.
R 19 : Regardez ici : on a une pléthore de figures de style de plusieurs sortes : des périphrases, des
parallélismes, etc. :
... robe d’une toile blanche / chose sous un manteau de laine noire ; une ancienne langue, ou dans un jargon
plus nouveau ; l’habit est teint en rouge ou en violet, possèdent quelques fragments arrondis d’un certain
métal, /les autres les voient sans envie.
Ici vous avez des périphrases, des euphémismes, des antithèses pour parler de la différence entre les
religions, entre les riches et les pauvres, entre les races, etc. L’auteur français des Lumières estime que
toutes ces différences ne doivent point être sources de divergence. Il se montre humaniste, citoyen du monde
comme ses pairs du 18e siècle. Voltaire est l’écrivain de la tolérance. Il s’érige en homme de Dieu.
Dans ce texte, Voltaire s’élève contre le fanatisme religieux et contre l’intolérance. « Traité sur la
tolérance » peut être lu comme un texte argumentatif dans la mesure où Voltaire cherche à convaincre son lecteur
tout en se montrant émouvant. Après avoir fait le tableau des fanatiques religieux à travers les âges, il plaide en
faveur des protestants et du retour des calvinistes en France au nom de la tolérance universelle. Dans un dernier
élan, le philosophe des Lumières s’adresse directement, en dernier recours, à Dieu lui-même qui apparaît comme
le mieux placé pour ordonner cette tolérance tant convoitée. Il s’agira de se demander comme Voltaire, plein
d’ironie à l’égard des institutions religieuses et de leurs autorités qu’il déteste, si l’on peut néanmoins s’adresser à
Dieu et se mettre à le prier ? S’agit-il de la seule forme de prière capable d’exhorter les hommes à la tolérance ?
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
P20 : Est-ce pareil chez les autres croyants des autres religions révélées ?
P20 : Vous n’êtes pas des hommes de culture. Vous n’avez pas d’amis chrétiens ? Pas de chrétien dans la
classe ?
P 20 : Répète : j’en connais deux. Connaître est un verbe transitif. Le « en » remplace élèves qui est censé
être le COD. Voilà.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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l’enseignant et limite les distractions. Toutefois, la disposition des tables en rangs d’oignon a
aussi ses inconvénients. Elle ne convient pas trop pour les méthodes actives préconisées par le
Programme de 2015. En effet, on peut lui reprocher le fait que tous les élèves ont certes, les
regards tournés vers l’enseignant qui a le sentiment de contrôler et maîtriser sa classe, mais en
réalité, il ne contrôle point la salle de classe puisqu’il n’occupe pas le terrain.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
termes subjectifs, les figures de rhétorique, la syntaxe et les tournures de phrases, les emplois
des modes et temps verbaux, la ponctuation et la construction des phrases/ vers, les
connecteurs, la typologie des textes, les tonalités, le genre, etc.
Le professeur aide ses élèves à pratiquer une lecture personnelle. Pour ce faire, il a
recours aux références biographiques et historiques indispensables à la construction
progressive du sens, à la découverte des caractéristiques formelles et des faits de
langue notamment les réseaux lexicaux, les traits énonciatifs, les moyens stylistiques, etc. Elle
conduit pour l'essentiel à deux activités importantes : l'observation et l'interprétation. Observer
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
revient à s'arrêter sur les éléments présents dans le texte. Ils sont de deux ordres : les éléments
de contenu et ceux de forme d'expression. Les éléments de contenu sont les thèmes, les figures
de style et les éléments d'intertextualité. Les éléments de forme d'expression sont le mode de
présence de l'énonciateur, les faits de langue lexicaux et grammaticaux, la construction de
phrase, les rythmes et les sonorités. Interpréter un texte, c'est donc partir de ces observations
pour construire une signification ou des significations successives du texte.
Chez nombre d’enseignants (50%), les élèves travaillent en atelier. Après les échanges
entre les membres des différents groupes, sous le contrôle du professeur, chaque groupe
désigne un rapporteur qui va présenter son travail au tableau. Leur proposition est soumise à la
critique de la classe. Pour ce qui est du niveau de compréhension, les élèves qui fréquentent
les établissements situés en milieu urbain semblent être plus éveillés que ceux du milieu rural
ou semi-urbain. Ils ont un niveau de compréhension supérieur par rapport à leurs camarades
des établissements situés en zone rurale. Chez ces derniers, les enseignants leur donnent
fréquemment les réponses aux questions posées laissant ainsi les élèves tomber dans une sorte
de fainéantise car, ils attendent tout du professeur. L’on assiste ainsi à une sorte « d’effet
Jourdain », c’est-à-dire une situation où l’enseignant enlève à ses élèves tout désir d’apprendre
par eux-mêmes.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les enseignants même les plus expérimentés n’arrivent pas à gérer toutes les
situations didactiques. Ils s’en tiennent à la compréhension des deux tiers de leurs élèves et
souvent même moins de la moitié, les plus avancés bien sûr. Mais, ils n’y parviennent pas
avec les autres. Tout laisse à croire qu’ils tentent de protéger les élèves contre les distractions,
l’ennui en maintenant leur attention sur les points d’ancrage. Ils se heurtent néanmoins à un
écart trop important entre les compétences nécessaires pour traiter la tâche et les capacités
réelles dont disposent les élèves de la classe. Ils ne se préoccupent point des autres car la
relation didactique oblige qu’on avance même si souvent, on assiste à ce que Cicurel (1996)
appelle des « sur place langagiers ». Pour autant, ils assurent un étayage en cherchant à
alléger la tâche proposée, en protégeant les élèves contre les distractions et en maintenant leur
attention sur les points de focalisation du groupe. Malheureusement, ils se heurtent à un écart
très considérable entre les compétences requises pour surmonter la tâche et les compétences
réelles dont disposent ces élèves.
Sur le plan linguistique, la rhétorique des enseignants porte sur les outils d’analyse du
texte littéraire : les réseaux lexicaux, les registres de langue, les figures de rhétorique ; la
ponctuation et construction des phrases/ vers ; etc. Une investigation des rôles discursifs, au
cours des séances, a permis de constater que certains professeurs (55 %) s’érigent en
« gardiens » de la langue française. En effet, ils focalisent leur enseignement sur la langue
avec une « boulimie de savoirs » comme on peut l’observer dans les micro-séquences n° 1 et
18 : L’enseignant de langue n’est pas un éternel stylisticien car, on assiste fréquemment à la
présentation d’un procédé de « faisceaux explicatifs » à propos de certains thèmes. Les
échanges portent alternativement sur le code linguistique et le contenu thématique sans qu’il
soit facile, pour l’observateur non averti, de délimiter les deux niveaux. Le plus souvent, la
focalisation se fait sur l’un ou l’autre code. En allant de l’énoncé source vers l’énoncé
reformulant, le professeur fait appel à d’autres textes, d’autres connaissances, d’autres cultures
qui facilitent la compréhension des textes aux élèves.
Sur le plan culturel, on observe une focalisation sur la culture africaine à travers le
cours de lecture méthodique. Cela se manifeste à travers les thèmes abordés dans les textes
issus de la prose africaine. Toutefois, les enseignants tout comme les élèves ont du mal à faire
des rapprochements entre les cultures africaines et celles d’ailleurs, peut-être par manque de
culture littéraire solide, encore moins entre cultures africaines issues de zones différentes.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ainsi par exemple, du point de vue de l’accoutrement, on voit N’Dèye et Damas tous deux
d’origine africaine s’habiller comme des occidentaux, la première de son propre gré et le
second malgré lui. Si la jeune fille noire désire être comme une blanche, Damas se voit
« ridicule » dans une tenue qui ne lui sied point. À travers ces deux personnages, nous avions
deux visions différentes du monde occidental. En outre, dans le texte intitulé « un nouvel
élève » de Flaubert, on découvre cette différence dans la façon de s’habiller entre les élèves
français du milieu parisien et ceux qui viennent des provinces. La critique des premiers, portée
sur le second a trait à son habillement.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
(avec une ancienneté qui varie entre 8 et 25 ans) décidés à assurer un enseignement de qualité
à leurs élèves. La plupart d’entre eux ont un tempérament relativement modéré.
Chaque interactant s’exprime avec aisance lors de l’interaction didactique. Il est aussi
important de noter que dans ces classes, les élèves s’expriment oralement entre eux en français
bien qu’ils font beaucoup de fautes qui sont le plus souvent corrigées entre eux et très
rarement avec l’aide de l’enseignant. Le plus souvent, les enseignants les incitent, les
stimulent, les motivent à participer au cours et cela contribue à les motiver davantage créant
ainsi une sorte d’émulation entre les élèves. Ill convient de souligner que la prise de parole
entre les enseignants et les élèves est inégale même si l’on est dans les méthodes actives où
l’élève doit travailler beaucoup plus que l’enseignant. Nous comprenons bien, à la suite de
Cicurel (2002) que cela va de soi puisque les instructions données par l’enseignant sont
nécessaires pour que les tâches puissent être réalisées. Aussi le discours de la classe est-il
émaillé d’injonctions ou de questions poussant les apprenants à devenir des protagonistes de
l’interaction didactique. Au demeurant, la mise en place d’une activité requiert de la part du
professeur la coordination simultanée de plusieurs éléments. C’est particulièrement probant
lors de la mise en train d’une activité pédagogique comme la lecture méthodique où il se
charge de « désigner le locuteur, de décrire la tâche à accomplir, d’indiquer le support, l’item
sur lequel on travaille ».
[Link].2 Récapitulation
Les professeurs du lycée enseignent dans des contextes comparables, ont des
anciennetés tantôt voisines, tantôt différentes et utilisent tous les mêmes manuels. Ils
consacrent ainsi à peu près le même temps global à l’enseignement de la lecture (1 h ou 2 h
selon la série) et la structurent de façon analogue. Ils traitent approximativement le même
éventail de tâches et introduisent les mêmes techniques. Dans toutes les classes, on note un
nombre important d’interactions verbales entre professeur et élèves et une dynamique qui
privilégie un séquençage en courts épisodes des séances de 55 minutes. Mais ils ne se
retrouvent point dans une approche interculturelle en lecture méthodique.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ainsi, 15% des enquêtés soutiennent que la lecture méthodique pose énormément de
problèmes aux professeurs qui ont du mal à l’enseigner à leurs élèves. Ils estiment que la
lecture expliquée est l’exercice le mieux indiqué pour enseigner la « lecture à proprement
parler ».
Bon...moi j’enseigne plus mais... si je ne me trompe...je crois qu’il faut entrer dans le
texte par le paratexte après avoir relevé ses premières impressions de lecture pour
aboutir à la carte d’identité du texte : contexte/genre/ forme de discours/ registre
principal... Vient ensuite le questionnement du texte de façon analytique : contexte,
situer le texte dans le livre, le système d’énonciation... Vous venez ensuite à l’analyse
détaillée : traitement du temps (relevez les connecteurs temporels), tu vois bien ? ; la
syntaxe (la longueur des phrases), les personnages, les temps verbaux (valeur), les
champs lexicaux, les images. ben, écoute, je crois que c’est tout (rires).
Un autre inspecteur résume les différentes étapes de la lecture méthodique à quatre : « Il s’agit
de l’observation, la manipulation, le classement et la théorisation ». Un troisième enquêté
donne son point de vue en ces mots :
La démarche de la lecture est toute simple. On a beau expliquer cela aux enseignants mais
ils ont des têtes brûlées. Non... Non..., vraiment certains là, ce n’est pas la peine, bon sang
(la colère monte). Ben, c’est très simple fah : on a la motivation, la lecture silencieuse des
élèves, la lecture magistrale et l’explication collective du vocabulaire, la compréhension
globale, l’étude méthodique, la synthèse, la lecture finale par quelques élèves et la trace
écrite. Ça fait huit non ? Donc, c’est tout.
[Link].3 Les méthodes et stratégies d’enseignement-apprentissage en lecture
méthodique.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Mais écoutez... Sophie Moirand, je ne sais pas si vous la connaissez, a été très claire,
elle en a répertorié cinq notamment : le repérage, l’écrémage, le survol,
l’approfondissement et la lecture de loisir. Selon l’objectif que l’enseignant souhaite
faire acquérir, il peut choisir de faire travailler une seule de ces stratégies, ou plusieurs,
ou s’il le souhaite l’une après l’autre. Lorsqu’elles seront comprises et maîtrisées,
l’apprenant choisira, de lui-même, selon la nature du texte à lire et en fonction de la
tâche qu’on lui demande de réaliser, celles qui lui conviennent le mieux. Voilà ce que je
pense.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les sessions de formation ont lieu généralement pendant les grandes vacances et
concernent les contractuels sans formation ou souvent à la fin de l’année quand les
crédits allaient être retournés aux partenaires. Il est absurde d’apprendre qu’un pays
pauvre comme le Niger n’arrive pas à consommer ses crédits et qu’il faille les retourner
aux partenaires à la fin de l’année. Ces gens-là, hum !
Les sessions de formation sont de courte durée. Elles ont lieu, le plus souvent pendant
les congés de Noël pour éviter que cela n’impacte sur les cours ou peut-être c’est
l’astuce pour consommer les crédits en fin d’année qu’il va falloir retourner aux
247
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
partenaires. Elles n’excèdent guère une semaine. Sinon elles durent en général de 1 à 3
jours. Mais exception est faite pour la formation des contractuels sans formation
initiale. Là ça peut aller jusqu’à 2, voire 3 semaines.
Tout le reste des enquêtés interrogé sur la même question partagent le même point de vue que
celui-ci. Ils ont la même vision de l’école.
Je crois que cela (révision du Programme de français) sera vital pour notre système éducatif.
Les différentes réformettes qui se sont succédé n’ont rien changé. Il faut donc une réforme
en profondeur. L’on aura ainsi l’occasion d’y introduire des nouveaux objets d’étude
comme le théâtre ou la communication, euh... ou même le droit. Les enseignants, les
conseillers pédagogiques, les inspecteurs, les enseignants-chercheurs, tous auront leurs mots
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
à dire. Je crois qu’on doit par exemple abandonner l’Approche Par les Objectifs en
préconisant l’Approche par les compétences.
Au nombre des problèmes dont souffre l’éducation au Niger, ils ont cité aussi citer :
l’usage du français à l’école comme langue d’enseignement inadaptée ; l'incohérence et la
multiplication des programmes scolaires ; l’absence de profil chez les professeurs ;
l'insuffisance de l’enveloppe allouée à l’Éducation nationale, elle-même ; le recrutement
massif des candidats non qualifiés à l’enseignement. Au demeurant, l’image (films), une
« déesse de notre époque », le système de contractualisation, la démission des parents et de
l’État ont également été énumérés par les enquêtés.
Parmi tous les problèmes de l’école cités, c’est celui de la baisse de niveau qu’on
retrouve sur toutes les lèvres. À ce sujet, le système de volontariat puis de contractualisation
sont perçus par 85% des enquêtés comme étant les causes principales de la baisse de niveau au
Niger. Ils reconnaissent que cela a certes permis de rehausser le taux de scolarisation mais
l’aspect qualité reste à désirer. En effet, le « nouveau corps » d’enseignants manque de profil
pour enseigner. Un enquêté affirme qu’ « au lieu de mettre l’accent sur le volet formation des
professeurs, l’État préfère engager les contractuels venus de tous bords comme ils lui coûtent
moins chers ». À ce sujet, un autre renchérit : « Les contractuels sont venus accidentellement à
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’éducation et c’est pourquoi ils manquent de vocation pour le métier. Ils attendent tous un
lendemain meilleur pour regagner des services autres que l’éducation. »
Ce sont les grèves répétitives qui impactent sur la bonne exécution des programmes. Et
pour y remédier des cours de rattrapage sont organisés en faveur des candidats au bac.
Quant aux élèves des classes intermédiaires, ils seront admis en classe supérieure à la
rentrée scolaire de l’année suivante, trainant ainsi derrière eux des lacunes difficiles à
combler. Les doués arrivent à s’en sortir pendant que les faibles sombrent dans la
léthargie. La conséquence est que le système les vomit et la plupart se retrouve dans la rue
formant souvent des bandes très nuisibles à la société. Ils se retrouvent ainsi dans la
drogue pour noyer leurs soucis.
Pendant qu’il s’exprimait, son téléphone portable sonne et il nous demande de l’excuser. Il
décroche, échange avec son interlocuteur, puis raccroche avant d’enchaîner :
Vous savez quand un pays ne finance pas lui-même son éducation, le bailleur lui impose
sa ligne de conduite qui n’est autre que le piratage du système éducatif. C’est ce qui est
arrivé au Niger. C’est comme le dit un adage africain, « le pauvre ne choisit pas sa
femme, on la lui impose. »
Parmi les causes secondaires, la faiblesse du pouvoir d’achat des parents (dans un pays où près
de 80% de la population sont des paysans vivant en milieu rural) a aussi été citée. Certaines
personnes interviewées estiment que la langue française constitue un obstacle à la tradition,
surtout celui qui s’y attache peut remettre en cause même sa confession pour s’éloigner ainsi
des siens. En vue d’élargir notre échantillon, d’autres personnes ont été interviewées sur les
problèmes de l’éducation au Niger en tant que parents d’élèves jouant ainsi le rôle de
personnes ressources. Quelques-uns de leurs avis sont les suivants :
250
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Des échanges avec des élèves, pendant que j’enseignais, m’ont permis de comprendre
que les thèmes d’exposés donnés par les professeurs à leurs élèves sont confiés aux
« cybernautes » qui reçoivent en contrepartie une certaine somme de la part du groupe
qui cotise pour payer ladite somme. En effet, l’élève ne lit jamais le livre sur lequel
porte l’exposé. Il se contente du résumé que lui propose le cybernaute. Son rôle consiste
juste à lire, le jour de l’exposé, un texte dont il n’a jamais pris connaissance en amont.
Une telle pratique ne contribue en rien à l’autoformation qui est l’objectif premier visé à
travers les exposés. En outre, on ne saurait parler des programmes et des pratiques
pédagogiques sans évoquer, au passage, le problème de la qualification des enseignants
qui manquent d’expérience car il y a plusieurs manières de faire lire les apprenants. Je
veux dire par-là que la responsabilité est partagée.
L’État du Niger n’a pas été épargné par les enquêtés. Cette accusation porte sur la mauvaise
gestion des affaires publiques qui a plongé le pays dans une crise économique sans précédent,
font-ils croire. Et, il est tout-à-fait logique que cela ait des répercussions sur tous les secteurs
dont l’éducation.
Hassana, une professeure de français aujourd’hui, elle dirige un CSP de la ville de Niamey :
Jusqu’en... 2015 encore, je crois... la pédagogie s’appuyait sur une démarche magistrale
et l’Approche Par les Objectifs (PPO) qui a prévalu jusque-là n’a pas changé la donne.
Regardez, par exemple, la photocopie a remplacé le traditionnel cours dicté tout comme
le manuel de lecture. En effet, les manuels sont devenus rarissimes dans les
établissements scolaires. Et cela va porter un coup dur au système éducatif nigérien.
251
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Aussi les techniques pédagogiques qui ont peu évolué en profondeur ou encore les
reformes des structures qui sont restées très superficielles sont venues bouleverser tout
le système. Faute d’un système éducatif digne de ce nom, l’on a assisté à une sorte
de « nomadisme pédagogique » conduisant les professeurs à s’embourber dans une
démarche pédagogique de mauvais aloi.
Ibrahim, un conseiller pédagogique à la retraite cite trois grands freins au système éducatif
nigérien.
Les grèves intempestives et autres arrêts de travail font en sorte que les bons élèves
s’ennuient quant aux faibles, ils désespèrent ou se dégoûtent. Au demeurant, une
hiérarchie s’est établie entre les séries, avec la série « C » en tête de peloton, la « D » au
milieu, et la série littéraire (A) ferme la marche. En effet, nombre de parents obligent
leurs enfants à s’inscrire dans les séries scientifiques même si leurs résultats scolaires ne
leur permettent pas cela. Face au vide juridique qui existe du point de vue de
l’orientation, il revient à l’élève de s’inscrire librement en Seconde, soit en série « C »
soit en série « A ». La série « A » a fini par disparaître, c’est le cas par exemple au
Lycée d’excellence, une école de référence où les élèves sont admis sur la base d’une
évaluation critériée. Or les élèves de cet établissement sont très bien doués pour les
lettres.
Enseignant de formation, Ali est un ancien cadre de commandement qui est désormais au
bureau.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Souleymane un inspecteur de français estime que les examens marquant la fin des étapes jouent
un rôle capital dans la formation de l’élève :
À titre d’exemples : les sujets d’examen sont souvent choisis par des personnes
« étrangères » aux établissements d’enseignement c’est-à-dire qui sont assis au
bureau, n’étant pas en contact avec les centres où sont faits les cours, et n’ayant aucun
contact avec les professeurs concernés, il leur revient de proposer des sujets
d’examens. Donc, le plus souvent, certaines questions qui tombent sont hors
programme. En outre, il arrive de voir des sujets qui sont corrigés par une autre
personne, qui ne sait donc ni comment le cours a été conçu et fait, ni dans quel esprit
le sujet a été décidé. Dans ces conditions, on ne peut parler de renouvellement de
méthodes d’enseignement ou d’innovation de programme d’étude.
En définitive les différentes personnes qui avaient été interviewées avaient beaucoup de
choses à dire sur les problèmes de l’éducation au Niger en général et l’enseignement de
la lecture en particulier. Le thème était intéressant à leurs yeux. Cela a provoqué
conséquemment une boulimie verbale chez la plupart d’entre eux.
254
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Quand l’hypothèse est soumise à la méthode expérimentale, elle devient une théorie ;
tandis que si elle est soumise à la logique seule, elle devient un système.
On ne peut rien apprendre aux gens. On peut seulement les aider à découvrir qu’ils possèdent
déjà en eux tout ce qui est à apprendre.
Cette partie du travail présente l’analyse des différentes données recueillies, suivie de leurs
interprétations.
Il s’agit de présenter d’abord les données issues des cahiers de textes et du programme
officiel de français pour les classes de Seconde, Première et Terminale. Les données avant
255
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’être interprétées à la lumière des questions de recherche. Les méthodes d’analyse et celles
d’interprétation sont complémentaires l’une de l’autre. L’avantage de l’analyse est de
représenter la voix des enquêtés et d’être basée sur un protocole rigoureux de codification et
de traitement des données. Cependant c’est l’interprétation qui donne à l’analyse toute sa
puissance. C’est elle qui permet d’explorer toutes les facettes de la réalité et d’obtenir des
résultats authentiques et vrais. Elle sert aussi à aller de l’avant et à découvrir de nouvelles
pistes. Grâce aux réflexions et à la subjectivité du chercheur, les données prennent tout leur
sens et échappent à des raisonnements éloignés des faits réels.
256
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
non littéraires, français ou traduits d’une langue étrangère, modernes ou anciens, prose, poésie,
théâtre ou dialogues, articles de journaux, textes scientifiques, etc. Il gagnera à regrouper les
textes de manière cohérente, par exemple autour des thèmes qui font apparaître des
rapprochements significatifs.
Sur un tout autre plan, le Programme de 2015 va jusqu’à préconiser des projets d’étude
comme le groupement de textes qui consiste à réunir autour d'une problématique ou d'un
thème commun, quatre ou cinq passages autour desquels va s'organiser, pendant quelques
séances, le programme de travail. Les nouveaux programmes déconseillent ainsi l'étude de
fragments isolés et invitent à replacer les textes dans le cadre de l'étude d'une œuvre intégrale
ou d'un groupement de textes. L’avantage du groupement de textes c’est qu’il permet de réunir
quelques textes, cinq ou six, pris solidairement comme objet de travail. Cela incite l'élève à
chercher entre eux des principes de rapprochement. Mais, le Programme précise que rien
n'oblige à figer dès le départ ces rapprochements. Au contraire, le jeu des lectures parallèles
entre les textes, suggère en général, une pluralité de confrontations possibles, mettant en cause
le genre littéraire, le type de texte, les thèmes abordés, les techniques littéraires ou stylistiques
utilisées, etc. Les mêmes textes, au nombre de cinq par exemple, peuvent susciter plusieurs
groupements. La formulation définitive du groupement peut se situer au bout du travail et non
dès le point de départ. Toutefois, une telle démarche laisse présager que le professeur a
préalablement choisi les textes proposés aux élèves en ayant à l’esprit les effets que produit
257
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
leur rapprochement. Cela nécessite la connaissance des travaux sur les diverses façons de
classer et catégoriser les textes. Le professeur peut s’inspirer des travaux sur la Trans-
textualité au sens de Genette (1972). Ces savoirs l’aident à orienter les effets que peut produire
le rapprochement des textes et à répondre à des questions qui déterminent une stratégie
didactique bien appropriée. Il peut alors se poser des questions comme celles-ci : comment
introduire, dans la classe de langue, les textes qui ont été choisis ? Faudrait-il les introduire
tous à la fois ou bien l’un après l'autre ou encore l’un puis les autres ? En ce cas, lequel
d'abord ? Ces textes véhiculent-ils le même message ? Sont-ils issus de la même ère
culturelle ? Plusieurs possibilités de choix s’offrent donc au professeur qui optera pour
l’approche qui lui convient le mieux. Mais comme toute entreprise humaine, le programme de
2015 a aussi ses limites.
258
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
semble avoir été bafouée. À ce titre justement, il convient de rappeler que l’étude du théâtre a
été supprimé du programme de français des séries scientifiques tout comme en classe de
Seconde littéraire. La lecture du Programme donne l’impression d’avoir affaire à l’école
traditionnelle qui élabore des méthodes et des programmes établis sans « référence à l’enfant,
à sa nature, à ses goûts, à sa curiosité, à ses besoins et à sa forme d’esprit variable d’un âge à
l’autre » (Macaire : 1979). À l’école traditionnelle, on le sait, le centre des enseignements est
pris hors de la vision de l’enfant : il est « dans le professeur » ou dans les livres. Il est bon par
exemple qu’il y ait un corpus d’œuvres centré essentiellement sur la littérature nigérienne
avant de déboucher sur la littérature sahélienne puis africaine et ainsi de suite. On peut noter
une différence entre l’expérience vécue par l’enfant et le « savoir clair, livresque et
magistral ». Le programme ne s’est pas trop soucié du lycéen nigérien, de son milieu, ainsi
que de ses besoins et de ses intérêts qu’on pouvait connaître en menant, en amont, une analyse
des besoins dans les établissements scolaires. Les leçons sont considérées comme des
ensembles qu’on doit fixer dans la mémoire et que les élèves doivent reproduire lors des
contrôles. L’on est alors loin des méthodes actives où l’élève prend part à la construction des
savoirs. Le Programme de français mentionne avec intérêt la maîtrise de textes écrits à un
niveau élevé et cela permet justement à l’élève d’être un lecteur autonome. Par contre, il aurait
dû proposer concrètement, ne serait-ce qu’à titre indicatif, une liste de textes à aborder au
cours de l’année scolaire dans l’ensemble des établissements scolaires du pays.
Au demeurant, l’on sait que la classe de français, langue seconde, doit être un des lieux
de découverte de l’espace littéraire français. Or, mis à part la dissertation, certains manuels de
littérature africaine, inscrits au programme de 2015, ont passé sous silence deux des trois
exercices du baccalauréat en l’occurrence, le commentaire composé et le résumé de texte. Ils y
ont été à peine effleurés sans aucun commentaire pédagogique. Quant aux exercices de langue
à proprement parler (les outils d’analyse du texte littéraire), ils n’en font aucune mention. Ils
se sont contentés seulement de poser quelques questions de compréhension globale portant sur
les thèmes, la structure du texte, etc.
En ce qui concerne les œuvres littéraires inscrites au programme, on peut relever une
anomalie au niveau des repères culturels avec le silence complice sur des grands auteurs
nigériens comme Boubou Hama, Mamani Abdoulaye, Adamou Idé, etc.… qui ont été à peine
évoqués, une fois maximum. En tout état de cause, les NPE sont nés à la suite d’un certain
259
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
nombre de constats mais malheureusement, aujourd’hui encore plus qu’hier, leur pertinence
est loin de faire l’unanimité chez les professionnels en la matière tout comme les amateurs.
Suivant Plane (2018), les « enjeux littéraires » tout comme les « enjeux de formation » sont
envisagés comme ayant pour foyer de convergence l’élève, qu’il s’agit d’aider à se
développer. Cependant, une autre interprétation de la tension affectant l’enseignement de la
littérature est possible. L’on aperçoit l’enseignement comme tiraillé entre une mission de
conservation du patrimoine - qui se fait à travers la transmission aux élèves d’un corpus
d’œuvres intangibles - et une mission de formation proprement dite. Chaque locuteur
(enseignant, parent, chercheur) estime qu’il peut donner son avis sur la manière dont la langue
française doit être enseignée. En tant que membre d’une communauté culturelle, chacun se
sent en mesure de choisir ce qu’il convient que les élèves aient lu au cours de leur scolarité.
Des explications auraient été nécessaires, en marge des programmes, ne serait-ce qu’un guide
pour le professeur. Or, les auteurs du programme se targuent d’avoir tout dit dans le nouveau
programme. Si l’on n’y prend pas garde, l’objectif de l’enseignement de la lecture qui est de
contribuer à l’intégration culturelle de l’élève en lui offrant un champ de références pour
nourrir sa propre pensée, risque d’être un projet chimérique. La formation d'une culture et la
connaissance de la littérature demandent des lectures aussi nombreuses que diversifiées et ces
lectures sont chronophages. Un coup d’œil sur l’emploi de temps des séries scientifiques
montre qu’avec seulement 13 heures de lecture méthodique sur toute l’année scolaire, les
élèves de séries C et D sont lésés quand on sait que la lecture offre à l’apprenant l’occasion de
développer sa curiosité et nourrir son imagination, tout en lui faisant acquérir les éléments
d'une culture commune. En toute logique, ces élèves des séries scientifiques doivent bénéficier
aussi des 56 heures de lecture prévues en série littéraire (A) car le français est avant tout la
langue d’enseignement d’où l’intérêt de chercher d’abord à le maîtriser. Cette inégalité
observée dans l’attribution des heures consacrées au cours de français est une aberration voire
une discrimination. En effet, le bon sens voudrait que tous les élèves jouissent du même
volume hebdomadaire. Qu’ils partagent le même sujet lors des évaluations internes ou
externes est donc un paradoxe même s’il y a une légère différence au niveau des coefficients.
Par ailleurs, force est de reconnaître que la maîtrise de la langue est la condition première de
l'accès aux textes et de la formation de la pensée. Elle engage l'identité individuelle et
collective. Aussi représente-t-elle une finalité essentielle qui doit être enrichie sans cesse pour
260
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
répondre aux besoins des élèves. Une meilleure maîtrise du vocabulaire, de la syntaxe et des
formes de discours est à la fois une spécificité de l'enseignement du français et la condition de
la réussite dans les autres disciplines. Encore plus dramatique, le programme ne prévoit pas de
lecture d’œuvre intégrale dans les séries scientifiques.
Au nombre des insuffisances, vient se greffer le groupement de textes qui est loin de
faire l’unanimité. Ainsi, d’un point de vue didactique, la démarche la plus pauvre consiste
justement à grouper cinq textes autour d'un thème commun présenté comme tel dès le départ
aux élèves, par exemple : « La thématique du mariage forcé dans le roman africain », puis à
étudier successivement les cinq textes, quitte à suggérer ensuite une rapide « synthèse ». On
peut, à la lumière de recherches contemporaines, préférer une autre approche du groupement.
Le danger est que l’élève qui s’y habitue va toujours chercher à faire un rapprochement entre
les textes qui, souvent n’ont rien de commun. Ce groupement est déconseillé voire interdit
lorsqu’il s’agit de textes issus de genres littéraires différents comme par exemple un extrait de
roman et un passage poétique.
Le discours de l'image n’a pas aussi été pris en compte dans l’élaboration du
Programme de français de 2015. À cela s’ajoutent le silence sur « la Communication » en
classe de seconde ou la suppression de l’étude de l’œuvre intégrale dans les séries
scientifiques. Tout cela constitue une « atteinte gravissime » à l’enseignement du français,
langue seconde, en contexte nigérien. On peut également y ajouter l’absence d’un corpus de
textes ou d’auteurs à lire impérativement en cours d’année scolaire dans le souci d’une
harmonisation des savoirs enseignés et ce, en prélude aux évaluations internes et externes.
L’avantage d’un tel corpus, c’est qu’il permet non seulement au corps professoral de mieux
coordonner leur enseignement, mais mieux de permettre aux élèves d’être au même niveau de
connaissances. Ce corpus de texte sera lu par tout le monde scolaire dans la mesure où ils
savent que c’est dudit corpus que les sujets d’examen seront tirés.
261
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
sur les apprentissages car elle est une des causes réelles de la baisse de niveau fulgurante
observée chez les élèves d’aujourd’hui. En effet, la plupart des professeurs eux-mêmes ne
disposent pas de connaissances suffisantes en pragmatique, stylistique, sémiotique,
narratologie, etc. leur permettant de faire des interprétations pertinentes et intéressantes sur
l’écriture littéraire. Ils auront donc du mal à faire goûter leurs élèves au « charme et au plaisir
» des textes littéraires. Et, cela dégoûte certains élèves qui n’auront que mépris et dégoûts pour
le cours de français. Cette baisse progressive et criarde du niveau des élèves tout comme celle
des professeurs de français n’est pas de nature à favoriser l’enseignement/apprentissage du
français dans le second cycle du secondaire au Niger.
L’on peut remarquer aussi que la liste des thèmes émergents ne s’affiche pas dans le
programme de 2015 tout comme celle des textes choisis pour être étudiés. Certes, l’on constate
qu’au Niger, les programmes ne sont pas figés. Au contraire, ils font l’objet de fréquents
réexamens qui relèvent de la responsabilité de l’État, et des plus compétents cadres de
l’Éducation nationale qui doivent veiller à concilier le souci d’objectivité scientifique et la
volonté d’enracinement de certaines valeurs parmi les futurs cadres de la nation. Pour ce faire,
les programmes d’enseignement doivent s’appuyer sur l’environnement de l’élève, afin d’en
faciliter sa compréhension et sa transformation positive et l’ouvrir au monde extérieur. Ainsi
seront développés outre les savoirs enseignables, la curiosité, l’imagination, l’altruisme et le
jugement.
262
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Par ailleurs, le bon professeur doit connaître : les disciplines à enseigner, les objectifs
qu’il vise dans ses leçons, les moyens didactiques pour les atteindre, les notions fondamentales
de pédagogie, la psychologie des adolescents, etc. La connaissance des instruments
d’évaluation est aussi très importante. Au demeurant, il est pertinent de s'interroger sur les
dispositifs didactiques mis en œuvre par le manuel scolaire selon les modèles préconisés. Si ce
dernier n'est pas conçu comme un substitut sur le plan didactique et pédagogique, d’aucuns
estiment que l'autonomie de l'élève par rapport à la consultation des contenus est réduite. C'est
à l’enseignant que revient la tâche d'établir un itinéraire d'apprentissage à travers les nombreux
cheminements proposés par le manuel et selon des finalités qu'il a lui-même déterminées, mais
en conformité avec un contrat didactique qui n’a jamais été signé par l’élève. C’est dire que le
manuel ne constitue pas un réfèrent qui permet à l’élève d’entreprendre une démarche «
autonome » de construction de ses connaissances, au sens piagétien du terme.
L'école doit avoir une fonction socialisante et la conception des programmes doit être
mis au point en fonction des activités pratiques et pédagogiques, des actions telles,
face à aucune communauté, l'interactivité et l'intentionnalité dans l'enseignement et
l'apprentissage, dans la compréhension des faits historiques du passé mais aussi la
diversité culturelle présente dans différents contextes sociaux.
Toutes les contraintes sont fécondes et peuvent stimuler l’ingéniosité didactique. Pour
certains acteurs de l’éducation, le Nouveau Programme n’est rien d’autre qu’un réajustement
récent imposé du dehors, sans examen approfondi des besoins réels et actuels du Niger ni une
consultation préalable des autres acteurs pour qu’ils puissent apporter aussi leurs diverses
contributions. Cela est le signe d’une résistance à bien des valeurs et des principes sur lesquels
les Nigériens ont fondé espoir. Plus que la lecture, c’est l’enseignement et la pratique de
l’écriture qui sont affectés par des conceptions qui voient dans la littérature « un bien figé,
inaccessible, qu’on ne peut que louer et commenter », quand on est un élève. Pour mettre le
système en adéquation avec la réalité existante, nous estimons qu’une nouvelle réforme
s’impose. Certaines omissions graves sont le signe qu’il reste beaucoup à faire pour
263
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
convaincre ceux qui en sont restés à des conceptions bornées et peu ouvertes de la littérature et
de son enseignement en contexte nigérien.
Au demeurant, le fait que la littérature nigérienne n’est dans le programme qu’à « titre
indicatif peut s’expliquer par deux raisons fondamentales : soit parce que les enseignants
estiment qu’elle n’est pas assez riche, soit parce qu’ils l’ignorent. Au cours de nos enquêtes,
justement, nous avons trouvé des classes entières où aucun élève n’a lu une seule œuvre de la
littérature nigérienne. Cette dernière se trouve ainsi biaisée au profit des classiques africains
qui ont occupé royalement le « sommet de la pyramide ». Or, cela n’est point un signe de bon
264
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
augure pour les Lettres nigériennes qui doivent servir d’appui aux élèves pour aller vers
d’autres littératures.
Après l’analyse et l’interprétation des données issues du programme, l’on peut retenir
que l’enseignement apprentissage de la lecture méthodique est certes préconisé par le
265
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
programme de français du Niger mais il ne précise point les savoirs à enseigner aux élèves
dans le cadre d’une éducation à l’interculturel. Il n’indique pas non plus sa démarche, les
techniques et les procédés à suivre encore moins les objectifs visés. Comme ressources,
l’enseignant dispose de manuels qu’on lui prescrit ou encore des œuvres littéraires regroupées
par thèmes. Il revient donc à l’enseignant de créer les conditions favorables au dialogue des
cultures, à l’interculturel au cours de la leçon de lecture méthodique. Rappelons que c’est
seulement 15 % des enseignants qui ont une démarche plus ou moins acceptable de la lecture
méthodique.
Synthèse partielle
Nous avons essayé d'analyser les différents éléments explicités dans les programmes,
ainsi que leur validité dans un contexte d’éducation de qualité axé sur le développement des
compétences dont la compétence interculturelle. En effet, les objectifs d'apprentissage visés
dans le programme ont été abordés avant d’analyser le choix et la distribution des contenus et
les types d'activités d'apprentissage qui pouvaient le mieux répondre aux caractéristiques d'un
programme favorable à la démarche interculturelle. Force est de constater que les matériaux
pédagogiques ne sont pas clairement précisés, les aides pédagogiques proposées ne sont pas
suffisamment riches et variées pour permettre au professeur d'être plus efficace. En outre, le
professeur et l'élève disposent du même matériel pédagogique en l’occurrence le manuel de
littérature africaine qui fait fi de toute littérature étrangère au continent noir. L’absence de
guide pédagogique pour l’enseignant est également un gros handicap. Toutefois, le
programme regorge de beaucoup de potentialités pour qui sait l’exploiter et permet de faire
des choix ouverts et diversifiés. Mais nous avons aussi besoin du témoignage des cahiers de
textes sur les pratiques enseignantes.
1.15 Analyse des données et interprétation des résultats issus de la consultation des
cahiers de textes
La consultation des cahiers de textes offre au chercheur une idée des pratiques enseignantes
dans les classes du secondaire. Ils sont les témoins de ce que l’enseignant a fait avec ses élèves
dans la classe de langue ou du moins ce qu’il dit avoir fait avec ses élèves.
266
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Parmi les 401 cahiers de textes (soit 80,15 %) qui font mention de la lecture
méthodique, on observe une grande différence d’approche entre les professeurs qui
l’évoquent. Ainsi, 19 cahiers (soit 7,10 %) d’entre eux reflètent seulement le titre du texte
(Lecture méthodique.), suivi des mentions : exploitation du paratexte (en guise
d’introduction), Étude détaillée et conclusion. Lesdits cahiers ne précisent pas les contenus de
ces trois parties classiques pour étudier un texte littéraire dans le cadre de la lecture
méthodique. Par contre, 344 cahiers de textes (88,56 %) présentent la mention lecture
méthodique avec des sous-titres. Ce plan est plus ou moins conforme aux prescriptions du
Programme de 2015. On peut donc remarquer que la plupart des professeurs négligent la
lecture méthodique qu’ils enseignent une seule fois par mois au lieu de quatre conformément
au programme. Certains cahiers de textes contiennent seulement le titre de la leçon (Lecture)
sans aucun détail. Souvent, les professeurs ne prennent pas soin de mentionner le type de
lecture dont il s’agit d’où la confusion entre lecture méthodique et lecture expliquée.
267
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Au nom, peut-être de la liberté pédagogique, tous les enseignants n’adoptent pas la même
démarche pédagogique. Nous les avons catégorisés en quatre groupes.
[Link] Cahiers de textes reflétant une démarche « iconoclaste » : ancrage sur les thèmes
et les outils
Ce sont au total 72 cahiers de textes dont 17 de la région de Dosso, 21 de Tillabéri et 35 de
Niamey qui reflètent une démarche en déphasage avec ce qui est préconisé par le Programme
de français de 2015. L’on peut lire dans lesdits cahiers de textes, les sous-titres jusqu’aux
petits sous-points comme : procédés littéraires (avec insistance sur la correction de la langue)
ou allusions à la culture (locale ou étrangère, littéraire ou anthropologique), etc. Mais le
problème se pose au niveau de l’ordonnancement des différentes étapes de la lecture
méthodique. Il n’y a pas de cohérence entre les étapes. Ils passaient, comme on dit, du coq-à-
l’âne.
268
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
l’intertextualité au sens de kristeva (1982). En outre, on trouve 115 cahiers de textes dont 21
de la région de Dosso, 26 de Tillabéri et 68 de Niamey où l’accent est mis sur l’étude
linguistique et le rapprochement la complémentarité entre les cultures.
Synthèse partielle
On observe donc une différence d’approche du texte de lecture entre les enseignants
du lycée au Niger. Certains écrivent seulement le titre de la leçon dans le cahier de textes sans
mentionner le contenu de ce qui a été enseigné. D’autres présentent une étude détaillée avec
un plan conforme aux normes (5 %). Une autre catégorie d’enseignants font mention
d’exercices d’application portant sur la pratique de la langue notamment les outils d’analyse
du texte littéraire. On peut donc conclure que la plupart des enseignants négligent
l’enseignement de la lecture méthodique qu’il enseigne une seule fois par mois au lieu de
quatre voire huit fois conformément au programme. Partant de ces constats, il y a lieu de
souligner que 15, 08 % des professeurs enseignent, au cours de la leçon de lecture méthodique,
des notions qui sont hors programme. Ils choisissent les textes où ils se sentent à l’aise,
sacrifiant ainsi ces innocents qui leur sont confiés. Il revient à l’enseignant de trouver les
stratégies idoines qu’il peut adopter lors des activités de remédiation qu’il propose. Il s’agit là
d’une marge de manœuvre qu’il doit mettre à profit pour planifier de façon pragmatique les
stratégies pouvant favoriser chez les élèves des aptitudes leur permettant de réaliser un travail
de lecture méthodique efficace et au-delà préparer ces élèves à l’un des exercices du bac (type
III) à savoir le commentaire composé. Ces activités sur lesquelles nous reviendrons dans les
pages ultérieures, doivent être clairement ressorties dans le cahier de texte. Or, ce n’est pas le
cas chez la plupart des enseignants. Certains ne remplissent même pas les cahiers de textes soit
par méconnaissance soit par négligence.
269
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’étude du commentaire composé n’apparait que 10 fois dans les cahiers de 2019-2020
et 8 fois dans ceux de 2020-2021. Les enseignants n’adoptent point les mêmes démarches
d’enseignement. Le cadre qui devrait permettre d’assurer cette harmonisation est l’unité
pédagogique. Cependant, ce cadre bien que règlementaire, ne fonctionne pas dans presque
tous les établissements scolaires. Et ce dysfonctionnement entraîne l’absence de collaboration
entre les enseignants. C’est pourquoi, chacun aborde à sa façon l’étude du commentaire. Pour
les classes de terminale, nous avons relevé plusieurs types de plans présentés dans le tableau
suivant :
270
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
271
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
participe le mieux à la formation de professeur de lettres. Elle est au cœur de cette formation.
En initiant les élèves à la critique des textes littéraires, en les formant à l’interculturalité, l’on
développe chez eux l’éducation interculturelle qui, une fois acquise, leur permet de sortir de la
passivité face à n’importe quel problème. Pour les quatre (4) cas de plans quelque peu
défectueux (n°1, 2, 3, et 5) rencontrés dans les cahiers de textes, il y a lieu d’y voir plusieurs
causes plausibles. Ainsi, certains ne savent pas comment remplir les quatre colonnes d’un
cahier de texte : la date, la période, les étapes de la leçon et la signature. D’autres n’ont jamais
reçu une formation sur la lecture méthodique et d’autres encore le font par une simple
négligence. En outre, grèves intempestives, jours fériés ou d’évaluations, le temps scolaire
réel, consacré à l’exécution du programme, ne dépasse guère le tiers du temps normal quand
on sait qu’au Niger, l’année scolaire dure 26 semaines, avec 130 heures de cours de français
dont les 52 sont consacrées à la lecture. En y soustrayant au minimum 6 semaines pour les
évaluations internes, il reste 20 semaines. Pour le cas des classes de la série A, l’on rate vingt-
cinq séances (soit 5h5) de cours, soit 23,07% du programme. Ces perturbations font partie
des facteurs qui amènent les enseignants à ne s’appesantir que sur les trois exercices du bac
même si là encore, ironie du sort, la lecture est au carrefour de tous ces exercices. Eu égard à
tout ce qui précède, les enseignants trouvent le remplissage du cahier de textes inutile et
consacre ses cinq minutes à autre chose comme l’appel des élèves puisqu’ici, le censeur ou le
directeur des études lui demandera des comptes à rendre. Il ignore que le cahier de texte qui
doit être gardé dans l’établissement pendant au moins cinq ans pourra le couvrir dans certaines
situations. En conséquence, l’absence du remplissage des cahiers de texte laisse présager des
problèmes d’ordre pédagogique et administratif. Cela rend la vérification de la présence de
l’approche interculturelle chez les enseignants, difficile. En principe pour une activité prévue
par le programme, l’obligation de l’exécuter ne doit souffrir d’aucune ambiguïté. Sa non-
exécution ou sa mauvaise exécution méritent qu’on s’y interroge. Mais, les professeurs de
français, disposent-ils de compétences pédagogiques requises pour enseigner la lecture
méthodique ? Ignorent-ils la déontologie ? Le contrôle administratif et l’accompagnement
pédagogique censés former et outiller les enseignants sur les tâches qui leur sont dévolus,
sont-ils effectifs ? Une telle lacune incombe-t-elle à l’enseignant ou au directeur des études,
censé avoir un œil vigilant sur le travail des enseignants ? L’encadreur pédagogique tout
comme M. l’inspecteur sont responsables de cet état de fait. Dans ces conditions, il est donc
272
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
difficile de rendre les enseignants seuls responsables des insuffisances observées chez eux tout
comme chez leurs élèves.
Synthèse partielle
Le tableau non reluisant du remplissage du cahier de textes que nous venons de dresser, avec
pour toile de fond la leçon de lecture méthodique peut être compréhensible pour les années
antérieures à la réforme de 2015, c’est-à-dire jusqu’à l’année scolaire 2014-2015. Mais, dans
le cadre du programme de 2015 qui est entré en vigueur à la rentrée scolaire 2015-2016, année
à partir de laquelle un changement radical devait s’opérer dans les pratiques enseignantes dans
leur relation avec les apprentissages, cela est inconcevable. Tel n’est pas le cas à la lumière de
nos consultations. Les raisons qui expliquent cette situation sont multiples et complexes. L’on
peut citer entre autres : le non- respect du programme, les insuffisances liées aux contenus
mêmes du programme, le dysfonctionnement de la chaine de contrôle administratif,
l’insuffisance de la formation initiale et continue des enseignants qui sont autant des facteurs
qui influencent sur l’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique.
Il faut entendre par données provoquées, les données issues des questionnaires soumis
aux différents enquêtés. Il s’agit ici des professeurs et de leurs élèves. Au regard de la
multiplicité des réponses données à la suite des questionnaires, il sera plus utile de commenter
les propos privilégiés des différents enquêtés au fur et à mesure. Cela nous permet d’éviter des
propos incohérents, donc décousus, sans suite, ni logique.
273
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
- est un gros handicap, difficile à combler. Et cela n’est pas du tout étonnant puisqu’il s’agit
d’une démarche qui a vu le jour vers la fin du XXe siècle. La jeune génération ne l’avait pas
connue. Et d’ailleurs, en France par exemple, la lecture méthodique a déjà cédé le pas à la
lecture analytique depuis bientôt un quart de siècle. Il est donc du devoir de l’État de recycler
les enseignants sur la didactique du français.
Le manque de profil pédagogique est un phénomène qui concerne toutes les disciplines
enseignées et cela est une preuve évidente qui montre que les enseignants n’ont pas été formés
pour embrasser la carrière de professeur de français. Cette observation rejoint les conclusions
d’une étude conduite par la DFIC en 2015-2016 sur les diplômes des enseignants du
secondaire, au Niger. Cette étude a révélé que la majorité des enseignants ne sont pas de
véritables professionnels de l’enseignement. Ils sont, pour l’essentiel, titulaires de divers
diplômes souvent peu ou pas adaptés à leur discipline d’enseignement (par exemple, chez les
enseignants de SVT, on dénombre 45 types de diplômes différents). Une autre étude menée
par le MES (2020) a révélé que leurs difficultés résident essentiellement dans la
compréhension de l’oral et de l’écrit et au niveau de la production orale et écrite. La même
étude précise que seuls 12% des enseignants ont reçu une formation dans une institution de
formation initiale du Supérieur. Il s’agit donc de renforcer chez ces enseignants les capacités
274
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
de comprendre des messages et des discours oraux et écrits dans des situations de
communication diversifiées.
Les réponses aux questions relatives à une éventuelle formation sur la didactique du
français en tant que « nouvelle donne » n’ont pas répondu à l’attente de « l’enquêteur ».
Quand il s’est agi de définir la didactique du français, les enseignants n’étaient pas à la hauteur
de la tâche. En effet, 52 % d’entre eux y ont vu un synonyme de la pédagogie avec laquelle ils
l’ont confondue ; 44 % n’ont pas du tout renseigné l’item et 4 % d’entre eux ont répondu par
des propos tout décousus et insensés. En clair, les enseignants ne font pas la distinction entre
pédagogie et didactique. Ne connaissant pas la didactique à plus forte raison ses principes, il
n’est pas facile d’enseigner en ayant en vue ce qu’il est recommandé d’enseigner.
Les différentes réponses concordantes montrent que d’une part les enseignants n’ont
pas été formés sur la lecture méthodique ni en formation initiale ni en formation continue. Or,
ils sont obligés à dispenser le cours de lecture méthodique comme l’exigent les termes du
contrat qui les lie avec l’État et qui risque d’être « violé ». Ce qui est plus inquiétant, c’est que
le commentaire composé au bac s’appuie sur la lecture méthodique pour pouvoir être réalisé.
On peut donc déduire que la chance des candidats est réduite de 33,33 % puisque qu’ils ont le
choix entre trois sujets : la dissertation littéraire, la contraction de texte et le commentaire
composé. En tout état de cause, les objectifs de la lecture méthodique, ayant été déjà mal
formulés en amont puisqu’ « on ne sait pas ce qu’on fait » (la didactique de la lecture),
risquent de ne pas être atteints. En définitive, la formation des professeurs de français est
défaillante à plus d’un titre car ils ignorent les concepts fondamentaux comme : didactique,
contrat didactique, séquence didactique, langues-cultures, démarche interculturelle, etc., des
notions et des concepts somme toute indispensables pour un enseignement de qualité. Cela est
un gros handicap et il revient au pouvoir politique de le combattre en formant les enseignants
275
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
sur les notions élémentaires de la didactique et la pédagogie. La troisième rubrique porte sur la
démarche pratique pour conduire une séance de lecture méthodique.
276
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
1%
linguistique
thématique
37%
culturel
ling. Et cult.
61%
Ici, certes, les enquêtés (3 %) ne parlent pas d’approche interculturelle mais le fait d’avoir pris
conscience du fait que le texte littéraire véhicule une culture est déjà un très bon signe. Ils
parlent plutôt de rapprochement entre les cultures. En outre, l’approche thématique effleurée
par certains est également une voie qui peut conduire à l’approche interculturelle notamment
par l’évocation des thèmes, l’insistance sur les faits culturels qui varient en fonction du milieu.
À titre d’exemple, trois textes qui ont pour thème commun le mariage offrent l’occasion de
voir le rituel en vogue dans chacune des trois aires culturelles différentes. C’est ce que
Kristeva appelle l’intertextualité. L’analyste ou le candidat peut faire le rapprochement du
thème abordé dans le texte avec les réalités de son milieu à lui. Il pourra ainsi découvrir les
ressemblances et les différences entre les cultures qui ne sont guère supérieures les unes aux
autres mais se valent. Cela facilitera l’acceptation et le respect de l’autre dans sa particularité
coutumière et traditionnelle : c’est la décentration.
277
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Stratégies privilégiées
5%
28%
23% paraphrase
Répétition
Reformulation
Exemplfication
autre
21%
25%
278
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
paraphrase recueille le taux le plus élevé avec 28 %. On rencontre ces différentes stratégies
chez tous les enseignants chevronnés. Le but de l’enseignement de la lecture est d’amener
l’élève à « voler de ses propres ailes ». Selon l’objectif que l’enseignant souhaite lui faire
acquérir, il peut choisir de faire travailler une seule de ces stratégies, ou plusieurs, ou l’une
après l’autre. Lorsqu’elles seront comprises et maîtrisées, l’apprenant choisira, de lui-même,
selon la nature du texte à lire et en fonction de la tâche qu’on lui demande de réaliser, celles
qui lui conviennent le mieux.
[Link] Différence entre investissement actuel en lecture méthodique et celui d’avant les
programmes de 2015
Les différentes réponses données par les enseignants montrent qu’il n’y a pas eu de
changement véritable dans les pratiques même après la réforme des programmes
d’enseignement en 2015. À ce sujet, 83,7 % des enquêtés ont déclaré qu’il n’y a eu aucun
changement dans leurs pratiques. Mais 16,3 % d’entre eux reconnaissent qu’avec quelques
formations reçues à certaines occasions, ils sont en train d’améliorer leurs pratiques surtout
dans l’enseignement-apprentissage de la lecture méthodique. Cela est renforcé par la
formation continue : animation pédagogique, réunion d’UPL, etc. L’on constate que les
enseignants n’ont pas reçu une formation spéciale sur les nouveaux Programmes qui ne sont
même pas accompagnés de guide pédagogique, à proprement parler. À l’allure où vont les
choses, l’on a l’impression qu’au Niger, « l’âge d’or n’est pas pour demain ».
Force est de constater que le commun des Nigériens ne lit pas beaucoup. Cela constitue
un gros handicap qu’il va falloir corriger en initiant déjà les jeunes scolaires à la lecture. Mais
279
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
lorsque c’est l’enseignant et de surcroit celui de français qui ne lit pas lui-même, cela constitue
une entorse grave à la déontologie. La lecture est la clé de la connaissance. Elle est
multifonctionnelle. Montaigne (1582) recommande de limer son savoir à celui des autres.
L’enseignant qui ne lit pas ne peut pas être à jour tout comme ses élèves. Pour l’être, il doit
constituer sa propre petite bibliothèque. Les bibliothèques sont rarissimes en ville et
inexistants en milieu rural. Or, le champ de la didactique tout comme celui de la pédagogie
s’élargit de jour en jour. Le bon enseignant peut se mettre à jour en s’inscrivant dans la
perspective des « lecteurs voraces » pour qui, il n’existe pas de mauvais livre.
280
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Difficultés rencontrées
stratégies
problématique
8% 17% hypothèse et axes
5%
7% interprétation
procédés
15%
Introduction
5% conclusion
43%
281
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
le commentaire composé. Le reste des enseignants, soit 25 %, déclarent qu’en lecture, ils
évaluent leurs élèves sur la base de petites questions de compréhension relatives au texte
consacré à la lecture. Ces questions tournent autour du paratexte auctorial, du système
d’énonciation, des figures de rhétorique, des champs lexicaux, etc. L’exploitation du texte de
lecture méthodique constitue une séquence didactique à part entière et à la fin, elle doit être
évaluée sur la base d’un commentaire de texte littéraire. Comme raison avancée pour justifier
le peu d’intérêt accordé par les enseignants à la lecture méthodique, 52 % d’entre eux
déclarent n’avoir jamais suivi une formation portant sur elle. En clair, s’ils ne l’appliquent pas,
c’est parce qu’ils ne connaissent pas la démarche.
Tout l’intérêt de la lecture méthodique réside dans la maîtrise de ce tableau qui fait
appel, en fonction des centres d’intérêt, aux instruments d’analyse du texte littéraire. C’est
donc l’occasion pour le candidat de faire appel à : la typologie des textes, les registres
littéraires, la versification française, les réseaux lexicaux, la focalisation, les temps verbaux, la
pronominalisation, la ponctuation, les types de progression, etc. La lecture méthodique fait
donc appel aux outils linguistiques les plus frappants dans le texte. Le commentaire composé
se fait justement sur la base de la maîtrise de ces outils d’analyse : on parle ainsi d’ancrage ou
d’approche linguistique. Quant aux approches thématique et culturelle ou interculturelle, elles
requièrent que le candidat ou l’élève ait des connaissances culturelles préalables. Nous
apprenons à la suite de Sabbah (1993), que les textes littéraires appartiennent à des époques,
des courants et des mouvements différents dont ils portent forcément la marque. Et leurs
thèmes sont le plus souvent indissociables d’un environnement socioculturel qu’il est
important de connaître. : il est donc difficile de réaliser une lecture méthodique sans
282
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE LITTERAIRE
Phase 2 : Interprétation
LECTURE MÉTHODIQUE
COMMENTAIRE COMPOSÉ
283
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
copies corrigées révèlent le sujet de commentaire composé. Et le reste (55 %) est partagé entre
la dissertation littéraire (25%) et le résumé de texte suivi de discussion (20 %).
[Link] Les types d’erreurs fréquentes dans les travaux des élèves en lecture
méthodique
Les types d’erreurs les plus fréquentes chez les élèves, répertoriées par les enseignants,
sont entre autres : la mauvaise interprétation, l’anachronisme, la confusion entre les courants
littéraires, etc. Cette liste s’élargit avec la fréquence des fautes de grammaire, de conjugaison,
d’orthographe, etc. En clair, les enseignants se plaignent tous du faible niveau de leurs élèves
qui ne disposent pas de compétences ni en expression écrite ni en expression orale pour
pouvoir appréhender les études supérieures.
Par rapport à cette question, la lecture méthodique recueille 25% des opinions des enquêtés
contre 50 % pour la lecture expliquée et l’alternance entre les deux modes de lecture occupe
quant à elle 15 % des voix. C’est la lecture cursive qui occupe le bas de l’échelle avec un taux
de 10 %.
Tableau 39 : Les modes de lecture repertoriés
Taux 25 % 10 % 50 % 15 %
Ce tableau est traduit en graphique afin de mieux apercevoir les privilèges accordés par les
enseignants aux différents modes de lecture.
284
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
15%
25%
L méthodique
10% L expliquée
L cursive
Alternance exp et méth
50%
285
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
veille et viennent improviser devant des « innocents ». Souvent ils n’actualisent pas leur cours
et travaillent avec des cahiers de préparation des années antérieures considérés comme des
acquis dont ils peuvent se servir chaque année. En outre, nombre d’enseignants ayant fait des
stages à l’Université trouvent les cours de certains professeurs ennuyants, voire inutiles car
souvent, ils sont sans lien avec les programmes d’enseignement. D’autres stagiaires reprochent
aux enseignants-chercheurs leur manque de pédagogie, leur défaut de talent, voire leur
sadisme. Souvent, ils estiment qu’ils sont en train de désapprendre en Faculté. Enfin, l’autre
talon d’Achille des encadreurs pédagogiques étalé au grand jour par les enseignants, c’est que
certains « conseillers » n’ont pas le profil de conseiller pédagogique. Ils sont pris parmi les
enseignants supposés être les plus expérimentés (durée dans la carrière) afin de combler le
déficit de conseillers pédagogiques sur le terrain.
[Link].2 Les textes des manuels proposés par le programme sont tous à la portée
des élèves
Tous les professeurs de français (100 %) reconnaissent que les textes proposés dans les
manuels de littérature africaine correspondent bien aux réalités du milieu des élèves nigériens
d’une part ; et de l’autre, ils sont favorables à la mise en place d’une démarche interculturelle
réussie. En effet, ils permettent de construire un pont entre la culture première de l’élève et la
286
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
culture-cible notamment celle de la langue française qui est avant tout la langue de
l’enseignement. Ils parlent ainsi de complémentarité entre les cultures. Les enseignants savent
pertinemment que le texte littéraire est un excellent vecteur de culture. Mais, ils n’ont pas cette
idée de faire le rapprochement entre la culture première de l’enfant et la culture seconde, au
sens de Dumont, apprise à l’école. L’élève est alors confronté à l’expérience de l’altérité.
Selon le modèle de la convergence de la communication, les personnes ou groupes convergent
vers une compréhension commune, sans toutefois atteindre la compréhension parfaite. À la
suite de Puren (2014), nous apprenons que les mots d’une langue renvoient à des significations
à l’intérieur d’une culture donnée par et dans une relation sémantique que l’élève doit être
amené à comprendre. Lorsque l’enseignant, passeur culturel, ne maîtrise pas cet aspect,
l’enseignement/apprentissage de la langue perd une grande partie de sa valeur.
287
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Initier les élèves dès la classe de seconde en développant chez eux les aptitudes favorables
à la démarche interculturelle.
Donner un contenu clair et détaillé aux leçons consacrées à l’étude du texte de lecture
méthodique.
Accorder plus de temps à la lecture méthodique en classe de terminale.
Concevoir un guide méthodologique avec des exemples pratiques pour les enseignants.
Enseigner la grammaire (du discours, de texte, de phrase…) au lycée pour mieux
appréhender les textes littéraires.
Proposer, au bac un texte de lecture méthodique au second groupe
1.17 Analyse des données et interprétation des réponses données par les élèves
Cette partie présente les résultats issus de l’ensemble des données analysées et leur
interprétation. Elle expose les « dires » des élèves sur les pratiques
d’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique dans leur établissement respectif. Elle
comprend quatre parties : l’identification des élèves, leur culture littéraire, les compétences
linguistiques et les compétences culturelles au sens large du terme.
288
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
12.5
officielle
promotion sociale
20 unité nationale
civilisation
52
15.5
De prime abord, il convient de préciser que le français, perçu comme langue du colonisateur,
apparaît dans le tableau mais non dans le graphique parce que personne ne l’avait choisi en
tant que tel. Le tableau montre ainsi qu’aucun élève (0 %) n’aime la langue française parce
que c’est la langue du colon. Cette langue est perçue comme étant la langue du bourreau d’hier
et même d’aujourd’hui avec le système de néocolonialisme que vit actuellement l’Afrique
francophone. Aujourd’hui, l’impopularité de la France ne fait que s’accroitre avec l’insécurité
qui sévit au Sahel depuis la chute du Guide libyen, Khaddafi. Ainsi, dans l’imaginaire des
populations, surtout les scolaires et les étudiants, la France est vue comme étant la cause du
retard de tous les pays francophones qui se trouvent au sud du Sahara. Aujourd’hui, seuls
certains gouvernements africains coopèrent avec le « diable » français malgré les
meurtrissures des populations qui sont victimes chaque matin. Voilà pourquoi l’on déteste
cette langue. Toutefois, cette langue perçue comme langue officielle occupe la première place
puisqu’il est difficile voire impossible de parler une langue nationale dans l’administration
sans que cela ne provoque la colère des autres groupes ethniques qui se verront marginalisés.
En effet, quoiqu’on dise, la langue française demeure un facteur d’unité nationale car aucune
des dix langues que compte le pays n’est prête à céder sa place à une autre dite dominante
pour avoir le statut de langue officielle. Au demeurant, il est incontestable que la langue
289
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
française est une langue de promotion sociale dans la mesure où tout le monde prétend au
fonctionnariat. Enfin, le français comme langue de la civilisation se comprend bien du
moment où les élèves lisent et écrivent en français et les livres sont les véhicules de cette
civilisation. Mais faut-il le rappeler, la langue de Molière est sérieusement menacée par celle
de Shakespeare qui est devenue la « langue de l’ONU », des « Affaires » et même de la
civilisation, à proprement parler.
1.17.2 Le genre littéraire préféré des élèves
De tous les trois genres majeurs de la littérature, le roman est le plus aimé des élèves. Il est
suivi de la poésie, le genre noble, et le théâtre occupe la dernière place.
Graphique N° 10: Genre littéraire préféré
18%
5%
77%
Que le genre narratif soit privilégié au détriment des autres, cela n’étonne personne puisque
les professeurs n’enseignent que la prose qu’ils estiment maîtriser eux-mêmes. Quant à la
poésie, genre noble, elle semble être réservée à une « élite ». Les enseignants ont compris qu’il
s’agit d’un « terrain glissant » où il n’est pas conseillé de « se promener » sans une formation
littéraire solide car les élèves doués peuvent découvrir facilement les limites de l’enseignant.
Ainsi, pour paraphraser Senghor, les enseignants de français ont « jeté les vers nobles aux
chiens noirs de la prose. ». En définitive, à force d’enseigner exclusivement la narration aux
élèves, ils finissent par y prendre goût. Et par conséquent l’enseignement d’un autre genre ne
290
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
sera pas apprécié du moment où ils connaissent déjà le genre narratif avec l’enseignement du
conte par la grand-mère après le repas du soir.
1.17.3 Les trois romans de la littérature africaine les plus aimés des élèves
Comme réponse à la question de savoir le roman le plus aimé de la littérature africaine, les
élèves ont cité essentiellement des romans de la prose africaine dont un de la Guinée, un autre
du Sénégal et un troisième du Niger.
Ces trois classiques de la littérature africaine étaient les œuvres les plus citées par les élèves de
Seconde, de Première et même de Terminale. Les deux premiers peuvent être considérés
comme étant des romans d’initiation où on évoque l’enfance des personnages principaux qui
peut être assimilée à la leur et quant au troisième, il aborde l’épineuse question du mariage
forcé.
291
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
En
Camisole de
paille; 27 Roman préféré
L'enfant noir
41%
Maimouna
L'enfant noir
32% Maimouna Camisole de paille
définitive, les trois romans cités relatent tous des thèmes ayant une relation avec la vie des
enfants qui y trouvent des modèles à suivre, à imiter. L’on constate ici que ces romans
reflètent tous un pan de la culture africaine dans laquelle chaque élève de l’Afrique se
retrouve. En effet, les réalités évoquées dans ces œuvres sont les mêmes qu’on rencontre
partout en Afrique. Il s’agit des thèmes comme l’école, la vie en milieu traditionnel africain
puis le départ pour la ville, ou encore le mariage, la condition de la femme africaine, etc. Tout
cela constitue un atout pour l’apprentissage interculturel. Le fait de reconnaître la similitude
entre les cultures africaines constitue déjà un début de décentration et de respect mutuel à
l’égard des cultures. L’on remarque ici l’absence de la littérature occidentale. Elle n’apparaît
pas dans la mesure où les élèves ont du mal à comprendre les œuvres de l’Occident tout
simplement parce qu’ils ne partagent pas la même aire culturelle avec ces auteurs blancs.
1.17.4 Une œuvre française lue pour chacun des trois genres majeurs de la
littérature cités ci-dessus tout en précisant les noms de leur auteur et le
thème principal abordé dans l’œuvre.
Les œuvres françaises les plus citées sont : Germinal de Zola, Mme Bovary de Flaubert et le
Rouge et le noir de Stendhal. Une grande confusion est née autour de cette question. Ce sont :
Hugo, Apollinaire et Stendhal qui reviennent le plus souvent dans les réponses données par les
292
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
élèves. Les thèmes les plus récurrents sont la lutte, l’amour ou la religion. Aucun élève n’a
trouvé la bonne réponse.
Tableau 42: Romans français préférés
Germinal (1885) V Hugo La grève
Là, il est difficile, voire impossible de centraliser les données dans un tableau ou un graphique
dans la mesure où tantôt, ce sont les noms des auteurs qui ne concordent pas avec les œuvres,
tantôt les titres avec les thèmes proposés. En effet, comme réponses, les élèves ont cité : le
Rouge et le noir de Stendhal, Mme Bovary de Flaubert, et Germinal de Zola. Ces œuvres
énumérées sont certes les plus populaires dont ils ont entendu parler mais ils n’ont jamais
retenu les noms de leurs auteurs respectifs encore moins les thèmes abordés puisqu’ils ne les
ont jamais lues. Ainsi, aucun répondant n’a pu trouver convenablement le nom de l’auteur, le
titre de l’œuvre et la thématique principale abordée. Cela s’explique par le fait que les
enseignants eux-mêmes ont du mal, faute de connaissances culturelles solides et au-delà
négligence de la lecture, à comprendre les œuvres issues des aires culturelles situées hors de
l’Afrique.
1.17.5 Un roman africain qui vous rappelle (ressemble à) un autre roman français
dont l’auteur se serait inspiré.
À ce niveau, un seul élève de la classe de Terminale A a pu dire qu’il s’agit de
Sembène Ousmane qui se serait inspiré de Germinal de Zola pour écrire les Bouts de bois de
Dieu. La réponse à une telle question nécessite non seulement une culture littéraire « bien
assise » mais aussi une bonne écoute au moment où l’enseignant dispense son cours. Ce genre
d’information est donné par le professeur lors des explications. Il n’existe pas des rubriques
dans le déroulement du cours où l’enseignant est appelé à en parler. Cela relève donc de la
culture générale.
293
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
16 % 64 % 10 % 10 %
294
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Approches du texte
10% 16%
10%
Figures de rhétorique
Thème
Réséseaux lexicaux
Situation d'énonciation
64%
Il existe divers moyens pour entrer dans un texte littéraire : l’approche thématique,
linguistique, sémiotique, interculturelle, etc.
Nombre d’élèves estiment, à tort, que la lecture méthodique et le commentaire composé se
résument à un relevé des figures de rhétorique contenues dans le texte. Sans ces dernières, le
commentaire du texte sera impossible. Mais même s’ils parviennent à identifier les figures de
style, ils ne connaissent pas leurs effets. Ils ne savent pas non plus que la ponctuation, la
pronominalisation, les temps verbaux, etc. sont autant des « portes d’entrées » dans le texte
littéraire pour mieux l’appréhender.
1.17.9 Les difficultés auxquelles sont confrontés les élèves lors de la lecture
méthodique
Par cette question, nous avons voulu savoir ce qui déroute les élèves lors de la lecture
méthodique dans la classe de français langue seconde. Les difficultés rencontrées par les
élèves en lecture méthodique sont multiples et se répartissent comme suit :
295
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
6%
3% 16%
75%
Comme le reflète le tableau ci-dessus, la plupart des élèves ont des difficultés à interpréter un
texte c’est-à-dire à faire des inférences, à découvrir ce qui y est dissimilé. Faut-il le
reconnaître, la maîtrise de la lecture méthodique requiert tout d’abord une connaissance solide
de la langue française aussi bien à l’oral qu’à l’écrit du moment où, elle conduit au
commentaire littéraire qui est sa forme écrite. Aujourd’hui, tout le monde se plaint de la baisse
de niveau qu’on observe au niveau de tous les ordres d’enseignement, au Niger. C’est la raison
pour laquelle d’aucuns estiment qu’il faille ramener la grammaire de la phrase au lycée en vue
de combattre ce phénomène de baisse de niveau criarde. La maîtrise des outils d’analyse n’est
pas aussi facile qu’on le pense car tout l’enseignement du français repose là-dessus.
296
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La grammaire du discours (5 %)
Compétences linguistiques
5%
10%
85%
« La grammaire, dit-on, est l’internet de la langue ». Elle permet au locuteur d’une langue
donnée de se promener avec aisance dans toutes les directions. Or, la majorité des élèves et
même des professeurs manquent de compétences linguistiques orales. Il est difficile voire
impossible de décrypter un texte littéraire sans une maîtrise de la langue. Dès la classe de
Seconde, la grammaire de phrase, enseignée pendant tout le collège, cède le pas à la
297
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Commentaire composé (5 %)
pas d'évaluation
13%
commentaire composé
5% Questions autour du texte
commentaire composé
pas d'évaluation
Questions autour du
texte
82%
298
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans l’imaginaire des enseignants, il n’existe pas une évaluation à proprement parler de la
lecture méthodique, mise à part une série de petites questions de compréhension globale
autour du texte. Or le commentaire composé reste l’aboutissement de la lecture méthodique.
Et pour y arriver, nombre d’enseignants et d’élèves estiment qu’il faut tout simplement
demander par exemple de relever les figures de style contenues dans le texte ou de déterminer
les champs lexicaux dominants. Ils ne pénètrent pas les « profondeurs abyssales » du texte,
faute de compétences linguistiques, stylistiques et culturelles.
La contraction de texte 45 %
La dissertation littéraire 20 %
Le commentaire composé 35 %
299
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Contraction de texte
35% Commentaire composé
Dissertation
45%
20%
L’on remarque que le commentaire composé occupe la deuxième place dans le choix des
candidats au bac, loin derrière le résumé de texte. La raison est toute simple : le résumé n’est
autre qu’un tri des phrases de l’auteur (plagiat ou paraphrase : aucun effort personnel), le
commentaire de texte est un exercice où se réfugient les élèves paresseux qui n’ont rien appris
pendant l’année scolaire et enfin la dissertation littéraire, elle, exige du candidat une culture
littéraire digne de ce nom. Mais les enseignants interrogés sur la question déclarent que près
de 50 % de leurs élèves choisissent le commentaire composé au bac alors que 45 % des
intéressés eux-mêmes disent porter leur choix sur le sujet de contraction de texte contre 35 %
pour les partisans du commentaire composé. Entre 50 % et 35 %, la différence est de taille : 15
%. Cet écart entre dires des enseignants et dires des élèves donne à réfléchir davantage.
1.17.14 Les textes ou thèmes préférés et leur origine
Les réponses à cette question montrent que le choix des élèves porte sur les textes issus de la
littérature africaine.
Textes nigériens 25 %
Textes africains 67 %
300
Textes français 5%
Autres littératures 3%
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTES PEFERES
5% 3%
25%
textes nigériens
textes nigériens
textes français
autres littératures
67%
Le choix des élèves porte sur les classiques africains plutôt que sur les textes des auteurs
nigériens et cela s’explique par plusieurs raisons. D’abord, le Programme lui-même ne fait pas
la promotion de la littérature nationale et les arguments ne manquent pas : elle « est pauvre »,
elle « n’est pas inscrite au programme », il ne lui accorde pas un grand intérêt, etc. Ensuite les
enseignants, au nom de la liberté pédagogique ont toujours choisi depuis les classes du
primaire et du collège, les extraits des classiques africains au détriment de la littérature
nigérienne dont « les œuvres sont indisponibles dans les librairies et bibliothèques de la place,
etc. Par contre la littérature africaine, elle, « se porte bien ». Tout cela s’explique par le fait
qu’au primaire tout comme au collège, les élèves, à l’image de leurs enseignants ont été initiés
exclusivement à la littérature africaine où ils se retrouvent. Et d’ailleurs, soif, peut-être
301
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’exotisme, les derniers ne cherchent pas à connaître la littérature nationale. L’on constate
justement que près de 90 % des textes d’étude sont issus de la prose africaine.
1.17.15 Les principaux thèmes de prédilection
Par cette question, nous avons voulu savoir le goût des élèves c’est-à-dire le genre de roman
qu’ils préfèrent lire.
Thème taux
la nature 5%
le voyage 28 %
l’amour 57 %
la politique 2%
l’éducation 8%
Thèmes préférés
2% La nature
8% 5% Le voyage
L'amour
28% La politique
L'éducation
57%
Le thème de l’amour et celui du voyage ont été les thèmes les plus cités par les élèves. Dès
lors, l’on s’aperçoit que l’enseignement de ces thèmes devient une priorité aux yeux des
enseignants. Les adolescents ont besoin de lire les textes qui évoquent les thèmes qui sont liés
à leur vie. Le choix des textes d’étude doit être très sélectif. Cela facilitera les
302
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
enseignements/apprentissages car les élèves vont se focaliser sur le cours. Ils vont bien écouter
l’enseignement et la distraction n’aura point de place jusqu’à la fin du cours. La motivation et
la concentration feront la réussite du cours.
Approche Pourcentage
Interculturelle 1%
Linguistique 37 %
Thématique 42 %
Mixte 20 %
Approches
interculturelle
1%
mixte
20%
linguistique interculturelle
37% linguistique
Thématique
mixte
Thématique
42%
Pour la plupart des élèves, la lecture méthodique consiste à faire ressortir les thèmes majeurs
d’un texte par l’intermédiaire des champs lexicaux. Une fois cette étape franchie, l’on a déjà
303
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les indices textuels qu’il suffit d’analyser à la lumière des instruments d’analyse. Ce choix
permet également de déterminer les axes de lecture. Une fois ces deux étapes franchies, l’on
s’achemine désormais vers le champ du commentaire composé dont la démarche est bien
connue des élèves qui savent bien identifier les indices textuels. Ils peuvent également les
analyser. Mais, c’est l’interprétation qui constitue leur principal obstacle. En effet, soit ils font
des interprétations erronées soit ils font de la paraphrase. Et, la cause de ce phénomène doit se
trouver du côté des enseignants qui, eux-mêmes, reconnaissent avoir des difficultés à faire des
interférences.
304
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
305
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Cérémonie préférée
Syncretisme Traditionnel
18% Moderne
Traditionnel Syncretisme
42%
Moderne
40%
On voit ici que malgré le développement fulgurant de la modernité, nombre d’élèves restent
encore très attachés à leur culture. Cela est un bon signe. La façon de s’habiller compte
beaucoup dans un milieu où se pratique l’islam. Il convient de rappeler que près de 99 % de la
population de l’enquête est de confession musulmane.
Les données issues des observations de classe et des entrevues sont appelées données
naturelles ou qualitatives.
306
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
1.18.1 Analyse des données et interprétation des résultats issus des observations de
classe
L’Analyse de Contenu est la méthode qui consiste à chercher à rendre compte de ce qu’ont dit
les interviewés de la façon la plus objective et la plus fiable possible. Elle est héritée de
Berelson (1952), son fondateur qui la définit comme « une technique de recherche pour la
description objective, systématique et quantitative du contenu manifeste de la communication
».
307
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
modèle genevois (1985) qui vise à décrire des conversations complexes, aussi bien littéraires
qu’orales et spontanées.
M-S 1 :
M-S 2 :
Le professeur cherche à amener ses élèves à voir comment le poète célèbre la femme
en général et l’Africaine en particulier. Il leur fait comprendre que la femme noire a trois
images différentes selon l’auteur : elle est tantôt mère, tantôt épouse et souvent même amante.
308
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour ce faire, il ne trouve pas mieux que de monopoliser la parole. Il oublie ses interlocuteurs
qui sont appelés à l’écouter. Soudain, l’on assista à un glissement du cours passant de la
méthode active à la méthode magistrale. Avec cette boulimie verbale, le dialogue, régissant au
départ devient réticent. Le professeur sous-estime ses élèves, il n’a plus confiance en eux. Il
questionne ou du moins il se questionne et donne lui-même la réponse. Il est à l’aise dans sa
logique. Les multiples rôles joués par la femme l’amènent à engager un débat sur la
compatibilité entre le rôle de ménagère et celui de bureaucrate. La femme donne apaisement et
sérénité. Elle est un sujet maternel et de séduction. Elle protège l’enfant qui deviendra un
homme ou une femme. Les objets du quotidien et des cérémonies sont présents. Le tamtam est
« symbole de ralliement, de cohésion sociale entre vivants et aussi entre esprits et vivants. »
M-S 3 :
309
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’enseignant met en relief l’aspect stylistique de la langue sans oublier son aspect culturel. Il
explique à ses élèves qu’en voyageant, Albaka est sorti de sa « coquille ». Il découvre d’autres
réalités qu’il ne connaissait pas auparavant : les jeunes filles dans leurs corvées. La question
de la colonisation rebondit : le blanc est supérieur au Noir. Cela va à l’encontre des valeurs
universelles. On revoit l’Afrique et l’Europe que tout oppose.
M-S 5 :
Le Professeur explique à ses élèves que le narrateur, Laye, décrit la case de son père de
l’extérieur vers l’intérieur. Pour ce faire, il utilise abondamment des verbes à l’imparfait, des
adverbes de lieu (pour situer l’emplacement des objets à l’intérieur de la case) et aussi des
expansions du Groupe Nominal. L’on s’aperçoit que l’emploi de la virgule à plusieurs reprises
marque une juxtaposition de mots, c’est-à-dire une superposition des objets se trouvant dans la
case. Cette description fait ressortir le point de vue mélioratif que le personnage-narrateur
porte sur cette case de l’Afrique traditionnelle pleine de symboles. Un élève questionne le
professeur sur la confession du père du narrateur cumulant cauris et chapelet dans ses mains. Il
est partagé entre islam et charlatanisme. Un autre élève demande et prend la parole pour
expliquer à son camarade que le recours aux ancêtres est très fréquent dans toutes les sociétés
africaines traditionnelles qui sont pour la plupart polythéistes ou athées. L’islam ou le
christianisme vient donc pour compléter cette culture première : on parle de syncrétisme.
M-S 6 :
Le professeur précise que « Solde » de Damas met en valeur le rôle de l’accoutrement dans
l’identification de l’individu. C’est le hasard de l’histoire qui a fait en sorte que le narrateur
s’est retrouvé dans une tenue vestimentaire qui ne lui sied point. Par conséquent, il y
« respire » très mal. Cette tenue l’étouffe. Mais après quelques questions de compréhension
globale, le professeur reprend la parole ipso facto en montrant que c’est la fonction poétique
du langage qui est mise en exergue. À cet effet, il s’inscrit dans une la perspective de la
méthode magistrale oubliant que les élèves ont aussi envie d’apporter leur contribution. Pour
ce faire, il prend d’abord comme repère culturel la négritude pour situer l’auteur. Ensuite, il
met relief, le rythme du poème. Le professeur rappelle aux élèves l’utilisation abusive (13
fois) de l’adjectif possessif de troisième personne « leur » comme pour tracer une ligne de
310
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
démarcation entre le poète et les Blancs qui s’habillent de la sorte. L’on observe à la fois une
mise en relief de l’aspect culturel et linguistique.
M-S 7 :
À toutes les questions qui leur ont été posées, les élèves ont répondu favorablement.
L’analyse de ce poème prouve à suffisance que les élèves de Première ont aussi un bagage
« littéraire » qui n’est pas à négliger. Ils ont précisé au professeur que toutes les actions sont
projetées dans le futur avec l’utilisation du futur simple : il s’agit donc d’un projet de voyage
dont la réalisation est inéluctable. Un adverbe de temps et deux autres expressions montrent
qu’il s’agit d’un voyage qui ne peut plus être reporté : « Demain dès l’aube, à l’heure où
blanchit la campagne... ». Il a un rendez-vous : « Vois-tu je sais que tu m’attends ». Ensemble,
élèves et professeur parviennent à la conclusion que c’est au nom de l’amour filial qui lie une
fille à son père que ce voyage ne peut plus être reporté. L’utilisation de 8 verbes conjugués au
futur confirment la réalisation de ce projet. La mort et le voyage sont deux thèmes récurrents
en littérature. Au demeurant, l’évocation du voyage et de la nature (la forêt, la montagne)
montre que l’auteur est quelque peu romantique. Le professeur a mis l’accent sur l’aspect
linguistique et culturel feignant d’oublier que Hugo était une figure de proue du romantisme
français. Cela relève de la culture littéraire.
M-S 8 :
Le professeur montre d’abord aux élèves que « Azna » est un mot clé dont la
compréhension du concept est capitale pour mieux assimiler le cours. Il s’agit bien
évidemment d’un sous-groupe ethnique du Niger parlant la langue haousa et qui habite le sud-
ouest du pays, dans la province de l’Arewa. Ces renseignements ont été déjà fournis par le
professeur de géographie. Ils reviennent aussi en français en vue de consolider les acquis.
L’élève, E39, a deux parents dont l’un est djerma et l’autre haoussa, les deux ethnies
majoritaires du pays. Il demande la parole et apporte sa modeste contribution en vue de
construire le sens du texte. Cela est un bon signe pour une coexistence pacifique. Le
professeur insiste sur l’importance des brassages entre les différents groupes ethniques.
D’autre part, l’image de cette Reine guerrière qui monte les chevaux et se bat contre les
garçons depuis sa plus tendre enfance est la preuve que les femmes peuvent avoir les mêmes
311
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
compétences que les hommes. La reine veut marquer l’histoire, laisser un nom avant de
mourir. La reine nous rappelle les amazones de l’armée de Béhanzin.
M-S 9 :
Avec ce texte de Ly, le professeur a mis le doigt là où il fallait : la vie. Ce que les élèves
peuvent tirer comme leçon de morale dans ce texte c’est qu’ils ont abordé deux thèmes chers
aux adolescents : le mariage et la beauté. Tout le monde est attentif. L’enseignant montre qu’il
est difficile d’avoir une entente dans un foyer polygame. Le professeur précise qu’étant
capricieuses, les femmes épousées en seconde noce veulent toujours conquérir le cœur de leur
conjoint au détriment de celles qu’elles ont trouvées. En outre, il insiste sur la corruption en
montrant que l’argent est devenu comme on dit : « la clef qui ouvre toutes les serrures. » Un
élève prend la parole pour montrer qu’aujourd’hui, le mariage est devenu une question
d’intérêt et non d’amour. C’est pourquoi un vieillard de 70 ans, certes maladif, mais richissime
peut prétendre concurrencer les Jeunes. Le professeur rappelle que l’héroïne bénéficie d’un
portait fait exclusivement d’un vocabulaire mélioratif. Tout en elle indique la beauté, la
« bonne race », la femme idéale. On se trouve en présence d’une série d’adverbes et
d’adjectifs, que l’on ne peut, en aucun cas, transformer en description péjorative. Ce texte
montre que le monde devient de plus en plus capitaliste. L’Afrique est en train de perdre ses
valeurs face au matérialisme occidental. Les élèves attachent un prix à ce thème. Le professeur
se focalise souvent sur la langue quand il juge cela nécessaire : « la phallocratie, son père est
un phallocrate// on dit aussi qu’il est phallocratique tous ces mots viennent du grec « Phallus »
qui désigne l’organe sexuel masculin. Il déclare qu’en Afrique, ce sont les hommes qui
dominent les femmes contrairement à l’Europe où l’homme et la femme jouissent des mêmes
pouvoirs. C’est pourquoi la mère de Mariama s’est totalement soumise à son mari. Un élève
éveillé (E 36) rappelle les statistiques et tente de lier la cause de nombreux divorces au
manque d’affection et d’amour entre les époux. En effet, dans la seule ville de Niamey, ce sont
6323 divorces qui ont été enregistrés entre l’année 2018 et le mois de mai 2022. Les
principales causes de ces divorces sont : le matérialisme, l’infidélité... Cette séance a un
ancrage à la fois linguistique et culturel.
M-S 10 :
312
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le professeur, ému par l’exposé oral de la Sarraounia au regard de la situation qui prévaut
dans l’Arewa de l’époque, procède à une lecture magistrale très expressive et dans laquelle on
peut apercevoir déjà en filigrane un début d’explication du message de la Reine. Par le
truchement de ce texte, il cherche à cultiver chez les élèves l’esprit de solidarité qui a toujours
prévalu entre les Africains qui ne connaissent point de frontière entre les régions avant la
colonisation, explique-t-il. Il précise que partout en Afrique, l’homme noir se sent chez lui et il
est bien accueilli sans qu’il ne paye ni frais d’hôtel ni de restauration. Tout lui est offert
gratuitement au nom de la fraternité entre les peuples. En fine stratège de guerre, poursuit la
professeure, la Sarraounia demande aux Africains l’union sacrée en soulignant l’importance de
se sentir chez eux, en Afrique. « La terre azna, dit-elle, est laïque. Ce discours représente un
style et une réalité africaine. Des comportements culturels implicites sont consignés dans son
message. : « venez, on va vivre ensemble pour l’éternité, oubliez vos terres que vous avez
abandonnées ». L’union fait la force. Un élève relance le débat en rappelant que les Européens
ne sont pas solidaires comme les Africains. Ils ne vivent pas de la même manière La
Sarraounia est panafricaine, humaine et convaincue que seule l’union fait la force. Elle attache
du prix à la tolérance et à la liberté de culte.
M-S 11 :
Le professeur, par un jeu de questions-réponses amène ses élèves à porter un jugement sur les
maternités répétitives, « source de bonheur en Afrique et causes de problème en Occident ».
Au cours des débats, un élève, musulman, semble-t-il, affirme qu’il est inutile de contrôler les
grossesses puisque c’est Allah qui en a décidé ainsi. Il a aussi posé la question de savoir ce
que deviendra l’humanité si l’on s’en tient, par exemple, à la « politique de l’enfant unique »
ou si tout le monde était homosexuel. Le phénomène concerne de nombreux hauts dirigeants
de ce monde comme Macron. Cela provoqua la réaction de toute la classe qui a commencé à
grouiller. Chacun avait son mot à dire. Tout est une question de culture, reprend le professeur
qui ajoute que dans l’Afrique traditionnelle, la femme souffre de sa stérilité car elle ne peut
assurer la progéniture. C’est le cas de Loutaya dans le texte de Manga. Son mari a tout d’un
dangereux psychopathe qui fait subir à sa femme des brimades de toutes sortes. En effet, il
313
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
rappelle que cette question de la maternité oppose l’Afrique et l’Occident qui ne partagent
point les mêmes visions sur les questions de la maternité.
M-S 12 :
D’entrée de jeu, le professeur demande à ses élèves de relever les indices textuels
pouvant renvoyer à des référents littéraires. Ils exécutent en identifiant ensemble les procédés
littéraires avant de les interpréter. Au bout d’une quinzaine de minutes, ils parviennent à la
conclusion que le texte est surtout marqué par une abondance des figures de rhétorique telles
que la répétition, la gradation, l’accumulation, des pléonasmes, etc. Le cours est focalisé sur
deux aspects : culture littéraire et linguistique. Il explique aux élèves que le temps ne leur
permet pas de passer par la méthode du tableau à quatre entrées, préconisée dans le cadre de la
lecture méthodique inscrite au programme de 2015. Que révèle ce texte ? se demandait-il. Le
professeur précise que l'observation du vocabulaire permet de distinguer de très nombreux
termes antithétiques. Au départ, le poète évoque un marais au coucher du soleil qui va prendre
progressivement l’allure d’un monde merveilleux qui devient par la suite le symbole de la
naissance de la vie. Il rappelle également à son auditoire que le rôle du poète est bien toujours
le même et partout, celui de permettre au lecteur ordinaire non seulement de rêver, mais aussi
de s'interroger sur le monde qui l'entoure. Maupassant apprend au lecteur à regarder ce monde
avec d'autres yeux.
M-S13 :
En s’adressant à ses élèves de seconde, le professeur (P 13) utilise un langage qui est
bien adapté à leur niveau. Quant aux élèves, ils sont attentifs et personne n’ose faire bouger le
petit doigt au cours de la lecture. L’enseignant demande de lui retracer les schémas quinaire et
actantiel et les élèves exécutent. Il s’est donc focalisé essentiellement sur l’aspect narratif.
Quant à la morale de ce conte, elle s’adresse aux hommes qui, par négligence oublient ou
négligent de se préparer suffisamment avant de faire leur entrée dans une carrière.
M-S14 :
314
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le professeur a axé son analyse sur la valeur des temps verbaux dominés par
l’imparfait et le passé simple qui sont employés ici pour décrire les tâches de l‘orpheline et
raconter les actions passées. Il explique aux élèves que le décor est planté dès le début du texte
avec les référents : la petite Aïwa, l’héroïne, les personnages, les lieux, l’époque sont
présentés. Les élèves les ont identifiés. Ils semblent avoir acquis beaucoup d’expériences sur
ces genres d’exercices. Ils rappellent au professeur que l’histoire racontée est vraisemblable
même s’il s’agit d’un conte et cette vraisemblance amène les élèves à interroger leur
professeur sur le dénouement de l’histoire qui semble être inachevée. Mais ce qu’ils trouvent
plus absurde c’est la lâcheté d’un père qui abandonne sa propre fille dans la brousse à la merci
d’une femme qui n’a rien d’humain. Cette situation est celle de beaucoup de jeunes filles
africaines même si la mère est vivante
M-S 15 :
Pour étudier le texte intitulé « mon rêve familier », le professeur pose quelques
questions de compréhension globale avant de tracer un tableau à quatre entrées au tableau
noir. Il s’agit d’une sorte d’exercices à trous. En effet, certaines cases du tableau sont vides
pendant que d’autres sont remplis. Il revient donc à l’élève de remplir les cases vides avec les
bonnes réponses. Cet exercice prépare au commentaire composé, l’un des trois exercices du
baccalauréat. Avec la collaboration de ses élèves, il fait ressortir quelques règles de
versification. L’objectif est d’amener les élèves à analyser ce texte poétique dont l’amour est
le thème central. Il s’agit de mettre aussi en relief la richesse stylistique. Ensemble, élèves et
professeur ont procédé au commentaire des indices relevés dans ce sonnet de Verlaine.
M-S 16 :
315
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
retour au pays natal. L’objectif visé par le professeur est d’amener les élèves à réfléchir sur
les conditions de vie du Noir, son existence. Il s’agit donc d’un poème qui s’inscrit dans la
veine de la poésie de l’engagement, ont-ils fini par conclure.
M-S 17 :
M-S 18 :
316
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce texte est extrait du premier chapitre de l’œuvre. Ainsi, permet-il d’imaginer les
différentes oppositions (Conflits de génération, thème central de l’œuvre) qui se dessine à
l’horizon à travers le comportement du père Benfa et de sa fille Kany. Le narrateur apprend au
lecteur que devant la réticence de Kany, le père Benfa l’envoie au village chez son oncle
Djigui. C’est alors, l’occasion pour la jeune fille de reprendre contact avec certaines traditions
ancestrales oubliées et de plaider sa cause auprès de son grand-oncle qui, finalement décide
d’intervenir en sa faveur. Devant l’autorité de son frère ainé, Benfa s’incline et les deux jeunes
peuvent enfin se marier. C’est cela le pouvoir de la tradition : le droit d’aînesse.
M-S 19 :
Par un jeu de questions-réponses, le professeur montre aux élèves que Voltaire s’érige
en avocat pour plaider en faveur de la société ou du moins en prêtre pour s’adresser
directement à Dieu lui-même. Celui-ci apparaît comme le mieux placé pour ordonner l’amour
entre les hommes : fraternité, tolérance, entraide. Le philosophe des Lumières, précise le
professeur, enfile la robe de médiateur entre les créatures et le créateur. Pour ce faire, il
commence par célébrer et louer d’abord la grandeur du Très Haut, le tout miséricordieux
comme le ferait aussi un marabout qui veut l’invoquer. Le tutoiement de Dieu n’est pas un
signe de familiarité mais a une valeur solennelle soulignée par l’anaphore : « à toi... toi
qui… ». Cela montre la magnificence de Dieu. Comme on le voit, le philosophe est au service
de la société, finit-il par conclure avec cette monopolisation de la parole.
M-S 20 :
Par un jeu de questions-réponses, le professeur amène ses élèves à découvrir les référents
littéraires qui transportent le lecteur dans une aire culturelle fortement islamisée. L’islam est le
point d’orgue de la leçon du jour ou du moins le thème central du texte. Selon les explications
de l’enseignant, le mot « Livre » est la traduction littérale du mot arabe « Kitaab » qui est
utilisé dans le coran pour désigner le Coran, lui-même. Par extension, lorsqu’on parle de ahlal-
kitaab, c’est pour désigner les croyants de l’ensemble des quatre livres révélés. Les enfants ont
du mal à répondre aux questions posées sur le judaïsme, le christianisme, ... Avec l’aide du
professeur, ils découvrent que le chef prend tout son courage pour préparer sa mort qu’il
pressentait. Et, en croyant averti, il demanda pardon à tout le peuple : « À tous, je demande
que me soient pardonnés les maux particuliers que j'ai pu commettre et le grand mal qui a tenu
317
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
à ma fonction de chef des Diallobés. Hâtez-vous, s'il vous plaît, je vous attends. » Quelques
minutes après, il « mourut en prononçant le nom de Dieu ». Et c’est cela la mort du vrai
croyant. Chez les musulmans, tout celui qui meurt en prononçant la profession de foi comme
sa dernière parole sera au paradis.
M-S 21 :
L’analyse de ce texte fait ressortir une image négative de la femme africaine qui renie
sa culture et cherche à épouser celle du colon. Selon le professeur, N’Dèye n’a rien
d’Africaine si ce n’est le sang qui coule dans ses veines. Elle rêve d’un pays où tout serait
rose. Elle estime que les coutumes de ses ancêtres sont barbares. Elle vit avec les Blancs dans
ses livres et ses films. Le professeur fait une sorte de mise en garde à ses élèves en leur
expliquant le danger qu’il y a d’épouser la culture occidentale en abandonnant la culture
africaine. Mais, il leur conseille de chercher la juste mesure : un métissage culturel modéré. Il
précise qu’en ce XXIe siècle, les Occidentaux ont « tué » Dieu. Ils ne croient qu’en deux
choses ; la science et l’argent. Il n’existe plus de solidarité entre frères, plus d’humanisme,
plus d’ouverture à l’Autre sans intérêt. Le monde semble perverti. La Morale n’y est plus.
M-S 22 :
Au cours de cette séance de lecture, le professeur et ses élèves conviennent sur le fait que le
narrateur a rencontré lors de son voyage un paysage pittoresque, une ville admirable et
admirée : Ouagadougou. Mais ce qui l’a le plus dégoûté c’est justement ce service obligatoire
et pénible de ces jeunes filles noires qui travaillent, à longueur de journée au soleil. Et le mal
est que leurs bourreaux ne sont autres que leurs propres frères mais à l’insu de la
représentation coloniale. Le narrateur, dit le professeur, regrette que la France ne soit pas au
courant du drame qui se joue en pays moré. Il s’agit d’une exploitation du Noir par le Noir. Il
assimile cela à ce qui se passe aujourd’hui au Sahel où, le Noir n’hésite pas à égorger le Noir
sans raison et ce sous l’effet de la drogue et à la grande satisfaction de certaines puissances
occidentales hypocrites qui les pousse à agir de la sorte.
M-S 23 :
Le professeur (P 23) commence par demander à ses élèves de faire le rapprochement entre la
vie de l’élève en milieu rural et sa vie en milieu urbain. Il déclare qu’en arrivant en ville, le
premier est complètement dépaysé. On voit que son comportement à l’école est quelque peu
318
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
perturbé. Il est difficile pour lui de s’adapter dans l’immédiat à son nouveau milieu d’accueil.
Ses camarades de classe ne lui accordent pas cette chance : ils le trouvent ridicule. Ils ne
partagent pas les mêmes réalités. Son accoutrement est différent de celui de ses hôtes. En
outre, il semble ignorer les règles du jeu de la classe. Certains élèves jugent le comportement
de leurs camarades insensés et déplacés. Ali, connaissant bien le milieu rural demande la
parole et explique à ses camarades que leurs accoutrements n’ont pas leurs places en
campagne ; que le port de la jupe est assimilé à un crime, qu’ils ne peuvent pas se déplacer
seuls dans la brousse une fois le soleil tombé. Un débat très constructif est né entre les élèves :
les uns préfèrent la vie en milieu rural et les autres la vie en milieu urbain.
319
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
peuvent faire facilement des inférences quand ils étudient un texte. Leur interprétation est
convaincante. Par contre, les autres (83 %) ont de difficultés pour interpréter les textes. Ils se
limitent à une explication linéaire et très superficielle. Au cours des échanges, l’on se rend à
l’évidence qu’ils n’ont pas reçu de formation pédagogique requise pour enseigner au lycée.
Les mauvaises réponses des élèves sont mal rejetées sans aucun respect pour leur personnalité.
Ils évitent les questions et souvent l’observateur remarque une sorte de colère quand ils
essaient de répondre à certains soucis des élèves. Cela dissuade souvent les élèves qui
souhaiteraient avoir des éclaircissements.
Autres écueils qu’on peut relever, c’est qu’au cours de l’interaction didactique, dans
95% des cas, lorsqu’un élève « prend l’initiative » de parler, il s’adresse à l’enseignant et très
rarement à ses pairs. Les professeurs ne savent pas créer les conditions pour que les échanges
aillent aussi dans le sens élèves-élèves. En clair, dans la quasi-totalité des cas, l’élève prend la
parole soit pour répondre à une question qui lui a été posée, soit pour faire suite à une
interpellation de l’enseignant. En effet, seuls 17% des élèves prennent leur courage à deux
mains pour poser des questions à l’enseignant. Ce taux varie en fonction des régions. Il est de
20 % dans la région de Niamey, 15 % à Dosso et 16 % dans la région du Fleuve, Cela montre
que les élèves de la région de Niamey sont plus éveillés que ceux des deux autres régions qui
peuvent être considérées comme étant des provinces comparativement à la capitale. En
général, tous les bons enseignants sont répertoriés par l’administration qui les affecte dans les
agglomérations où se trouvent les établissements célèbres du pays.
Faut-il le rappeler, c’est l’Approche Par les Objectifs (APO) qui est en vogue dans le
pays. La maitrise d’une activité par les élèves n’est que la traduction des conditions
didactiques et pédagogiques dans laquelle elle a été réalisée. Ces conditions dépendent en
partie de la formation et de l’expérience de l’enseignant. De ce fait, le fort taux d’échec des
élèves en français, discipline transversale, ne peut découler en grande partie que de la non
maîtrise de la lecture méthodique. D’où l’intérêt de mesurer la place de la lecture dans leur
formation initiale et continue. La lecture doit être en lien avec les autres enseignements car le
manque d’interdisciplinarité, de décloisonnement constitue un gros handicap. Et cela empêche
aux élèves de faire des transferts de connaissances, d’une discipline à l’autre. Chaque
discipline, chaque activité, chaque notion, chaque difficulté, comme dans les méthodes
traditionnelles, fait l’objet d’une leçon formant un tout. Il est donc impossible de partir du
320
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
connu, des acquis pour accéder aux notions nouvelles. L’évaluation de la leçon par deux ou
trois petites questions autour du texte est un simulacre de contrôle d’acquisition des
connaissances. Nous ne sommes pas loin des méthodes traditionnelles qui favorisent le culte
du diplôme, le gavage de l’esprit ainsi que la prédominance des enseignements livresques.
Sur le plan thématique, la rupture est totale entre l’école et la vie de l’enfant car le texte
est exploité de façon superficielle. Le procédé transmissif est basé sur l’exposé de l’enseignant
et le résumé qu’on applique à faire apprendre par cœur à l’élève. Les leçons étaient
considérées comme des ensembles qu’on doit fixer dans la mémoire et que les élèves doivent
reproduire lors des contrôles. La leçon magistrale favorise le gavage. On ne forme ni l’esprit
ni le jugement de l’élève et comme disait Aristote : « on verse dans les têtes comme dans des
entonnoirs ». S’instruire avec les méthodes traditionnelles revient à photocopier, à enregistrer
des textes. Beaucoup de professeurs 83,15 % sont « esclaves du livre », ce qui les coupe de la
réalité vivante. Cette façon d’enseigner sans s’intéresser à l’enfant, l’ennuie. L’enfant qui
s’ennuie se distrait comme il faut et son esprit vivant échappe au professeur. L’enseignement
expositif est perçu comme une mémorisation.
1.18.2 Analyse des données et interprétation des résultats issus des entrevues
Les interviews réalisées dans le cadre de la collecte des données ont été réalisées à
domicile pour certains, à l’école pour d’autres ou dans les places publiques pour d’autres
321
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les résultats issus des entretiens nous donnent une idée du fonctionnement du système
éducatif nigérien en général et de l’enseignement-apprentissage de la lecture méthodique en
particulier. Ce qui est frappant, c’est qu’à quelques divergences près, autour de la lecture
méthodique, tous les encadreurs ont une vision commune sur l’école et les méthodes et
stratégies d’enseignement. Ils sont au même degré d’information. La lecture qu’on peut faire
de leur vision, c’est que si l’école ne produit pas les résultats qu’on attend d’elle, les
responsabilités restent partagées : les parents, les élèves, les enseignants, les encadreurs et
l’État ont chacun sa part de responsabilité. Toutefois, ce dernier reste le premier responsable
des échecs scolaires car elle ne garantit pas le minimum comme les infrastructures d’accueil
ou des enseignants à la hauteur de la tâche. La conséquence est que le citoyen, malgré un
pouvoir d’achat très faible, se débrouille pour inscrire son enfant dans les établissements
privés où non seulement l’enseignement est de qualité mais mieux les élèves sont assis sur des
tables-bancs et ce, dans des classes construites en matériaux définitifs, les mettant ainsi à l’abri
des intempéries et autres dangers. Donc, il est inutile de rappeler que le cadre d’étude
constitue un point capital pour les enseignements/apprentissages.
323
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour ce qui est du Programme officiel, il comporte plusieurs lacunes d’après les
personnes interviewées et du coup son amendement devient une obligation. Elles proposent un
programme d’étude où chaque chaîne du maillon que constitue l’enseignement doit être
suffisamment analysé et bien ficelé. À ce titre, chaque professeur est invité à apporter sa pierre
à l’édifice. Cela permettra de voir les réalités de chaque coin du pays, de la région ou du
département afin que les réalités de l’école soient liées à celles du milieu, une alliance très
favorable aux enseignements/apprentissages. Les encadreurs connaissent les valeurs
culturelles de la société et cela est un bon signe. Il leur suffit tout simplement de faire le
rapprochement entre les cultures qui loin de s’exclure les unes, les autres vont se compléter
afin de prétendre à une bonne cohésion sociale et participer dans le même temps à la cohésion
sociale et à un meilleur vivre-ensemble.
Interrogés, les responsables pédagogiques déclarent que les préparations sont détaillées
dans certains cas et dans d’autres, elles ne le sont pas. Certains cahiers de préparations
confirment justement que les préparations sont livresques. On peut également citer le non-
respect des critères de formulation des objectifs ou encore la non maîtrise des contenus, etc.
Au demeurant, l’évaluation ne cadre pas souvent avec les objectifs définis. Pour ce qui est des
méthodes, les plus utilisées sont la méthode active, la méthode traditionnelle et le travail en
groupe. La majorité des inspecteurs et conseillers s’accordent à dire que dans bien des écoles
publiques, les manuels d’élèves sont en quantité insuffisante voire quasiment absents. Certains
constatent aussi que quelquefois, il y a un problème de choix de support adapté. Beaucoup de
responsables pédagogiques (85%) précisent que majoritairement, les devoirs écrits sont
organisés conformément à l’emploi du temps mais les corrections ne suivent pas toujours. Ils
ajoutent aussi que souvent, les évaluations ne cadrent pas avec les objectifs définis pour les
séances des leçons. Certains trouvent que ces évaluations manquent souvent de pertinence car
mal dosées. Dans certaines classes, la majore partie des autorités font le constat que les
évaluations sont irrégulières et les contrôles en fin de séance ignorés.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Suivant les responsables pédagogiques, les établissements publics et privés font face à des
problèmes spécifiques dont entre autres : l’emploi très souvent d’un personnel non qualifié, le
non-respect des instructions officielles car certains de ces établissements ne répondent pas aux
normes réglementaires, les locaux sont quelques fois inadaptés, le manque de soutien politique
et la mentalité des parents par rapport à l’appellation de certaines de ces écoles. Concernant la
participation aux réunions et/ou aux rencontres en faveur de l’amélioration de la qualité de
l’enseignement secondaire, la quasi-totalité des responsables académiques reconnaissent que
ces genres de rencontres sont insuffisantes, voire inexistantes.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
interculturelle n’est pas à la portée de n’importe quel enseignant. La tâche revient donc aux
concepteurs des programmes de proposer des « mises en scène » dont les professeurs peuvent
s’inspirer.
Le programme de français en vigueur au Niger depuis 2015 a certes ses forces mais
elle a aussi ses limites qui montrent qu’il ne répond point aux besoins du moment. Ses lacunes
sont multiples et multiformes. Ainsi, les observations de classe montrent que les professeurs
du second cycle nigérien enseignent la prose, certes, par questionnement, mais lorsqu’il s’agit
d’un poème, ils ont recours à la méthode magistrale. L’élève devient réceptif tout le reste de la
séance, donc nul besoin de le « faire agir ». Tout laisse à croire que l’enseignant ne veut pas
perdre son « fil conducteur » en interrogeant l’élève. Dans tous les cas, les questions posées
autour du texte sont simples voire simplistes et ne permettent pas d’aller à la découverte de la
vraie signification du texte. Faute d’un bagage littéraire solide, professeurs comme élèves ont
donc du mal à interpréter le texte, à faire des inférences à en profiter pour montrer la relativité
des cultures et des civilisations. Il y a lieu de préciser que 73,91 % des textes sont africains
contre 26,08 % de textes français, c’est dire que même la littérature francophone n’est pas
couverte et par conséquent la construction d’un pont entre les cultures s’amenuise de plus en
plus. À tout cela s’ajoute la méconnaissance de la démarche interculturelle. En outre, le refus
d’enseigner un genre comme le théâtre ou la poésie ou le fait de se limiter à l’enseignement de
la prose africaine et de la poésie française au détriment d’autres littératures (prose et poésie)
sont autant des lacunes qui ne permettent pas de créer un pont entre les cultures véhiculées par
les œuvres littéraires. Ainsi se confirme notre première hypothèse selon laquelle : la démarche
de la lecture telle que préconisée par le nouveau programme de 2015 est défavorable à la
construction d’un pont entre les cultures locales et étrangères.
Soulignons tout d’abord que parmi les 30 leçons de lecture observées, seul un
enseignant de la ville de Niamey s’est particulièrement distingué en se focalisant dans sa
conduite de la leçon, sur une démarche véritablement interculturelle pour présenter son cours
portant sur le poème Femme noire de Senghor. Il a su mettre en exergue l’onomastique, la
toponymie, les réseaux lexicaux, etc. pour voyager avec ses élèves de la France à la Palestine
327
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
en passant par le Mali. Un accent particulier a été mis sur la richesse culturelle de l’Afrique,
thème cher à Senghor, chantre et pionnier de la négritude. La démarche suivie par le
« magister » lui a permis d’aller jusqu’à séduire les élèves qui ont acclamé ce professeur
passionné et passionnant, charismatique et cultivé à chaque fois qu’il « plonge » avec ses
élèves dans les « profondeurs abyssales du texte ». Mais il ignore lui-même ce qu’est la
démarche interculturelle. Ce sont 60 % 󠅹 des enseignants qui mettent l’accent sur l’aspect
linguistique du texte, 34 % privilégient un ancrage thématique et 󠅹6 % seulement mettent en
relief les faits culturels lors d'une leçon de lecture. Aussi les enseignants se limitent-ils à
l'étude des textes de la prose africaine et cela ne permet pas de faire un rapprochement entre
les cultures. Pour les autres enseignants, l'exploitation du texte consiste à poser des questions
sur le schéma narratif, le paratexte auctorial, la situation d'énonciation et à la fin tirer une
conclusion. Le bon professeur doit connaître : les disciplines à enseigner, les objectifs qu’il
vise dans ses leçons, les moyens didactiques pour les atteindre, les notions fondamentales de
pédagogie, la psychologie des adolescents. La connaissance des instruments d’évaluation est
aussi très importante. L'ensemble de tous ces facteurs nous amènent donc à confirmer notre
deuxième hypothèse selon laquelle : les élèves tout comme les professeurs, faute de
connaissances techniques de base, éprouvent de sérieuses difficultés à faire des inférences
interculturelles lors de la lecture méthodique.
En outre, la hiérarchie n’est pas respectée. On peut par exemple confier une
responsabilité à un chargé d’enseignement au détriment d’un capésien à qui il donne par
328
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
exemple des conseils d’ordre pédagogique en cas de besoin. En outre, le volume horaire
hebdomadaire de certaines femmes surtout n’excède gère 8 h alors qu’elle peut aller à 21 h
chez les hommes qui eux « ne sont pas protégés ». Tout cela s’explique par la politisation du
système, un fléau qui mine l’école nigérienne. Eu égard à tout ce qui précède, nous confirmons
notre troisième et dernière hypothèse de recherche qui est : une révision en formation initiale
et continue, accompagnées de décisions politiques courageuses et fortes contribueront à
améliorer l’enseignement-apprentissage de la lecture méthodique dans le secondaire nigérien.
329
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce chapitre présente une proposition d’initiation des élèves à l’analyse des genres écrits
et oraux, quelques obstacles à la bonne marche de l’école nigérienne, les difficultés
rencontrées lors de la recherche et les limites de ce travail de recherche doctorale. Nous
souhaitons que cette modeste contribution serve de repère aux étudiants en lettres et autres
professeurs néophytes. Elle pourra les aider, osons-nous espérer, à améliorer leurs pratiques
330
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
quotidiennes. Ils trouveront, dans la partie annexe, une liste de « textes choisis » pouvant leur
servir de réservoir où ils pourront puiser des textes-supports. Ces textes répondront aux goûts
des élèves. Au demeurant, nous espérerons que les équipes pédagogiques consulteront
également cette thèse et prendront en compte les observations faites en vue de faire, à leur
niveau, des propositions concrètes et pertinentes susceptibles d’améliorer la qualité des
enseignements/apprentissages.
La baisse de niveau est une réalité indéniable dans tous les pays du monde. En ce qui concerne
des pays comme le Niger où les enfants ne sont enseignés ni dans leur langue, ni dans le conte
de leur milieu, le phénomène est plus inquiétant. Pour combattre ces fléaux, nous estimons que
le recours aux genres oraux constitue une excellente voie de salut.
L’enfant apprend à parler en parlant ; le moteur de cette activité est le besoin, l’intérêt
ou le plaisir, et son objet le monde familier et concret qui l’entoure, Avec les méthodes
actives, l’enseignant n’est plus considéré comme le détenteur du savoir absolu qu’il vient
transmettre seulement de manière magistrale ou frontale. Il encourage l’épanouissement,
l’éclosion d’idées, l’échange entre apprenants, entre apprenants et professeur et entre
331
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le français au lycée doit donner une culture active. Elle est nécessaire pour que se
développe la curiosité des lycéens, condition première du goût de lire et de s'exprimer et du
plaisir pris aux lettres et aux langages. L’enseignement du français vise : une maîtrise sans
cesse accrue de la langue, la connaissance de la littérature, la constitution d'une culture et la
formation d'une pensée autonome. Les objectifs définis permettent de déterminer les éléments
langagiers á apprendre, qui peuvent se décomposer en éléments lexicaux et structures
grammaticales, mais doivent aussi respecter les utilisations prévues. A travers cette innovation
pédagogique, ce sont les compétences les suivantes sont ciblées :
Compétence intermédiaire : Le français au lycée doit donner une culture active. Elle
est nécessaire pour que se développe la curiosité des lycéens, condition première du goût de
lire et de s'exprimer et du plaisir pris aux lettres et aux langages. L’enseignement du français
vise : une maîtrise sans cesse accrue de la langue, la connaissance de la littérature, la
constitution d'une culture et la formation d'une pensée autonome. Les objectifs définis
permettent de déterminer les éléments langagiers á apprendre, qui peuvent se décomposer en
éléments lexicaux et structures grammaticales, mais doivent aussi respecter les utilisations
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
prévues. A travers cette innovation pédagogique, ce sont les compétences les suivantes sont
ciblées :
Compétence intermédiaire : A la fin de chaque niveau, l’élève du lycée doit pouvoir résoudre
des situations problèmes qu’il rencontre dans son parcours.
Compétence terminale : A la fin de sa formation, l’élève du lycée doit être capable de mener
une enquête en littérature orale
Ce chaque niveau, l’élève du lycée doit pouvoir résoudre des situations problèmes qu’il
rencontre dans son parcours.
Compétence terminale : A la fin de sa formation, l’élève du lycée doit être capable de mener
une enquête en littérature orale
1.19.2 De l’utilité de recourir à la théorie socioculturelle de Vygotsky
Lorsqu’un système éducatif semble être inefficace, il est nécessaire de changer les
méthodes, les techniques et les stratégies. L'éducation traditionnelle en Afrique utilise diverses
techniques qui se rapportent aux méthodes dites « nouvelles » : elles s'attachent non seulement
à faire acquérir à l'enfant les connaissances utiles à l'âge adulte, mais étendent leur action à la
formation de la personnalité. Cette nouvelle perspective nécessite une redéfinition de la
profession enseignante, favorisant les méthodes actives reposant sur la logique des
compétences et l’Approche par les situations. Pour y parvenir, les programmes doivent
proposer aux enseignants des éléments utiles au développement des compétences par les
élèves, décrivant des familles de situations, des activités, et des ressources. En outre,
l’Approche par compétence (APC) recommande des apprentissages en action à partir de
situations complexes, significatives et contextualisées, permettant aux élèves de développer
des compétences durables.
L’enfant apprend à parler en parlant ; le moteur de cette activité est le besoin, l’intérêt
ou le plaisir, et son objet le monde familier et concret qui l’entoure, Avec les méthodes
actives, l’enseignant n’est plus considéré comme le détenteur du savoir absolu qu’il vient
transmettre seulement de manière magistrale ou frontale. Il encourage l’épanouissement,
l’éclosion d’idées, l’échange entre apprenants, entre apprenants et professeur et entre
apprenants ou d’autres ressources humaines différentes de l’enseignant de la discipline. La
méthode qui sied mieux pour répondre à ces desiderata d’auto-épanouissement dans
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Le français au lycée doit donner une culture active. Elle est nécessaire pour que se
développe la curiosité des lycéens, condition première du goût de lire et de s'exprimer et du
plaisir pris aux lettres et aux langages. L’enseignement du français vise : une maîtrise sans
cesse accrue de la langue, la connaissance de la littérature, la constitution d'une culture et la
formation d'une pensée autonome. Les objectifs définis permettent de déterminer les éléments
langagiers á apprendre, qui peuvent se décomposer en éléments lexicaux et structures
grammaticales, mais doivent aussi respecter les utilisations prévues. A travers cette innovation
pédagogique, ce sont les compétences les suivantes sont ciblées :
Compétence intermédiaire : Le français au lycée doit donner une culture active. Elle
est nécessaire pour que se développe la curiosité des lycéens, condition première du goût de
lire et de s'exprimer et du plaisir pris aux lettres et aux langages. L’enseignement du français
vise : une maîtrise sans cesse accrue de la langue, la connaissance de la littérature, la
constitution d'une culture et la formation d'une pensée autonome. Les objectifs définis
permettent de déterminer les éléments langagiers á apprendre, qui peuvent se décomposer en
éléments lexicaux et structures grammaticales, mais doivent aussi respecter les utilisations
prévues. A travers cette innovation pédagogique, ce sont les compétences les suivantes sont
ciblées :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Compétence intermédiaire : A la fin de chaque niveau, l’élève du lycée doit pouvoir résoudre
des situations problèmes qu’il rencontre dans son parcours.
Compétence terminale : A la fin de sa formation, l’élève du lycée doit être capable de mener
une enquête en littérature orale
Ce chaque niveau, l’élève du lycée doit pouvoir résoudre des situations problèmes qu’il
rencontre dans son parcours.
Compétence terminale : A la fin de sa formation, l’élève du lycée doit être capable de mener
une enquête en littérature orale
1.19.3 De l’utilité de recourir à la théorie socioculturelle de Vygotsky
La théorie socioculturelle du développement cognitif explore l’influence du monde sur
le développement individuel. Suivant cette théorie l’apprentissage est un processus
essentiellement social où le développement se produit par l’interaction avec des personnes
possédant plus de connaissances ou de compétences que l’apprenant. En classe, c’est le
moment du cours pendant lequel, les différents groupes essaient d’échanger entre eux sur un
thème donné et ce, sous la supervision du professeur. Il s’agit d’un cadre d’échanges à deux
niveaux : entre les apprenants eux-mêmes et entre les apprenants et le professeur.
Sur le plan pédagogique, les orientations du PDDE et les attentes des acteurs sociaux
nigériens lors des forums reposent sur les principes du socioconstructivisme, définissant le
cadre général de référence du curriculum nigérien, avec pour objectif l’amélioration de la
qualité de l’éducation. Pour ce faire, les programmes d’études du secondaire, révisés en 2015,
se concentrent sur des contenus peu en phase avec la culture nigérienne et les compétences
attendues des élèves. La présente contribution met l’accent sur le socioconstructivisme, une
approche permettant aux élèves de construire des connaissances et de développer des
compétences, plutôt que de simplement recevoir des contenus. Les grandes orientations de la
réforme curriculaire du Niger en éducation considèrent les connaissances culturelles comme
fondamentales dans la formation de l’individu. Selon, Vygotsky ([Link].), le père fondateur du
socioconstructivisme, toute connaissance est un processus de construction, dont l’apprenant
est le principal acteur, influencé par les interactions sociales. Il retient les caractéristiques
principales ci-après : la comparison avec les autres ; l’importance de l’interaction entre l’élève
et ses pairs ou avec l’enseignant ; la dimension relationnelle de l’apprentissage ; le caractère
social de l’être humain ; l’importance de la communication et des conditions
335
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’apprentissage… Selon Vygotsky, la réussite dans les activités intellectuelles dépend des
conditions dans lesquelles se trouve l’apprenant. Ces conditions devraient être proches, ou du
moins provenir de la vie réelle. Tricot ([Link].) partage l’avis de l’auteur russe en apportant
cette précision : pour que l’éducation puisse être un facteur de développement en Afrique, il
est extrêmement opportun de promouvoir une pédagogie qui exploite certains textes du
patrimoine littéraire qui véhiculent des valeurs culturelles locales. Pour une meilleure
innovation dans l’enseignement du français, nous préconisons une prise en compte effective
des travaux de Tricot ([Link].). Il estime que :
Nous présentons ici un canevas d’analyse du texte littéraire, l’étude d’une œuvre
intégrale (roman, poésie...) ; une proposition de quelques fiches pédagogiques pour les classes
de Première et Terminale. Pour y parvenir, nous nous adossons aux travaux de nombreux
auteurs et chercheurs : Ngalasso (1984), Greimas (1992), Collinot et Mazière (1999), Puren
(2014), Tauveron et Bianco (2016), Diame (2020), Bationo (2021), etc. Nous nous sommes
également inspirés des programmes d’enseignement du français de certains pays dont le
Bénin, le Burkina, le Canada, la France, le Niger, etc.
Il est utile de rappeler que cette proposition didactique est conçue à l’intention des
professeurs tenant les classes du lycée en français, langue seconde. Il s’agit d’un outil pratique
336
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
pour la mise en œuvre du programme de 2015, centré sur l’Approche (Pédagogique) Par les
Objectifs (APO) dans les classes du second cycle du secondaire en contexte nigérien. Elle
vise : à apporter au professeur de français des outils nécessaires à ses pratiques de classe
fondées sur l’APO ; à lui suggérer une planification de ses activités ; à lui indiquer des pistes
pédagogiques pour ses interventions... L’enquête de terrain nous a permis de comprendre que
les nouveautés didactiques et pédagogiques sont ignorées par nombre de professeurs de
français, au Niger. Dans ce vaste champ didactique, chaque acteur du système peut apporter sa
modeste contribution comme nous le concède Huberman (1964). Selon cet auteur, le
changement dans l’éducation prend sa source à l’extérieur des institutions. C’est pourquoi, il
ne faut pas sous-estimer les apports de la « créativité individuelle plus silencieuse », en
l’occurrence, celle produite par le « bricolage expert » que les enseignants sont susceptibles de
mettre en œuvre au jour le jour, seuls ou dans le cadre de projets d’établissement. On prendra
ainsi, comme exemple, celui des activités « comparatives » des enseignants. L’innovation est
nécessaire pour que la langue de l’École ne soit plus un obstacle à l’acquisition des
connaissances dans le cadre des matières scolaires, pour que l’acquisition d’une nouvelle
langue soit un facteur accompagnant les élèves.
Le professeur chevronné utilise plusieurs outils, stratégies et techniques lors des
pratiques quotidiennes dans sa classe. Cela lui permet non seulement de dispenser un
enseignement de qualité à ses élèves mais mieux, il ne se fatigue pas assez du moment où il
connaît bien le chemin pour y arriver. L’on ne peut nullement étudier un texte littéraire sans
des acquis antérieurs. La définition de l’exercice montre qu’il faut avoir forcément des
connaissances stylistiques (instruments ou outils d’analyse) et culturelles comme pré-acquis.
La lecture suit souvent un processus qui peut se résumer ainsi en deux phases : l’élève planifie
sa lecture et la prépare en précisant son intention de lecture. Il peut par exemple décider de lire
rapidement un texte pour le plaisir. Pour ce faire, il fait des prédictions sur le contenu du texte
en se faisant une idée du contenu à partir du paratexte auctorial, l’illustration ou encore les
premières phrases. Il émet donc ce qu’on appelle des hypothèses de lecture en faisant appel à
son vécu et à ses connaissances antérieures. Il gère sa lecture en utilisant les informations du
texte pour ajuster sa compréhension et faire de nouvelles prédictions. Il utilise les indices
linguistiques pour comprendre davantage. Il fait un retour sur sa lecture pour juger de
l’efficacité des stratégies qu’il a utilisées tout en s’engageant et en réfléchissant de façon
337
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
critique. L’élève établit des liens entre son vécu et les œuvres écrites et médiatiques. Il fait des
rapprochements entre les textes. Il réagit de façon personnelle et critique aux œuvres écrites et
médiatiques. Comme il est fréquemment suggéré dans les fiches, toute la classe ne se livre pas
toujours à la même activité. Il est bon parfois de permettre aux élèves de choisir leur activité et
de proposer de nouvelles tâches qui les motivent personnellement, à condition qu’elles
rejoignent les résultats d’apprentissage du cours de français. Le professeur s’assurera qu’au
cours de l’année chaque élève s’engage dans un nombre équilibré d’activités orales et écrites,
de façon individuelle et en groupe. La pratique de l'ensemble des activités, écrites et orales
favorise l'acquisition des compétences nécessaires à la réussite des exercices codifiés auxquels
on initie progressivement les élèves dès la seconde, en vue des épreuves du bac de français.
Suivant Sabbah et al. (1992), l’identification d’un texte se fait à partir de l’observation
de caractéristiques précises. L‘application des instruments d’analyse complète l’étude de ces
caractéristiques. Quant aux procédés d’écriture, ils génèrent les sens et les effets qu’il faut
savoir interpréter. Ces effets renseignent sur l’intention de celui qui écrit et provoquent des
réactions chez le lecteur. Faut-il le rappeler, les caractères narratifs, descriptifs, argumentatifs
figurent bien dans les textes poétiques, théâtraux que dans les romans. L’appréhension d’un
texte littéraire requiert la connaissance d’un certain nombre d’outils. Le tableau ci-dessous
présente des outils indispensables à son interprétation.
Tableau 45 : Quelques outils d’analyse pour une bonne appréhension du texte littéraire
N° Outils d’analyse Champs lexicaux, connotations, termes appréciatifs, ...
1 Outils grammaticaux. Pronominalisation, temps verbaux, style direct, structure
des phrases...
2 Sonorités. Reprise de sons identiques.
3 Rythme. Ponctuation.
4 Figures de rhétorique Comparaison, métaphore, redondance, anaphore...
5 Registres littéraires Comique, ironique, lyrique, etc.
6 Versification Sonnet, ballade, strophe, rimes, rejet, etc.
7 Système d’énonciation. Qui parle ? ; À qui ?; De quoi ?, etc.
8 Focalisation Interne, externe, zéro (omniscient).
9 Type de raisonnement Déductif, inductif, etc.
338
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Pour mettre en œuvre des activités, certains choix de mises en réseaux pourraient s'appuyer sur
ces difficultés, et notamment, celles liées à la structure narrative, la désignation des
personnages, au système d'énonciation... Par ailleurs, la mise en réseau concertée de textes est
un moyen privilégié de construire une culture littéraire. Un livre ne peut prendre racine qu'à
partir d'une mémoire culturelle spécifique à chaque enfant, d'où l'intérêt de construire une
culture commune dans la classe, afin d'échanger à partir de cette mémoire culturelle commune.
Les mises en relation, les comparaisons, à force de pratique, de rencontres, gagnent
progressivement en précision et en pertinence : l'enfant met en réseaux en ce sens qu'il
exprime une relation perçue entre tel livre présenté et d'autres livres précédemment rencontrés.
Il compare les éléments du récit : présence d'un même personnage, similitude de la structure
narrative (répétitive notamment), thèmes récurrents… Il fait partager sa propre démarche de
pensée en réseaux. Cette manière de penser est au cœur de tout apprentissage. Elle consiste à
repérer les analogies et les différences. Sur les textes, la mise en réseaux procède des mêmes
principes, elle ne peut être que le fait de l'enfant. Elle a besoin de temps de réception et de
temps de production sous forme de partages avec les pairs, de relectures, de feuilletages…
pour permettre aux enfants d'exprimer ce qu'ils ont perçu.
Suivant Fayol (2004), les inférences sont des interprétations qui ne sont pas
littéralement accessibles, des mises en relation qui ne sont pas du tout explicites. Il revient au
lecteur de les introduire dans l’interprétation des mises en relation qui ne sont pas
immédiatement accessibles. Les données de la recherche montrent que les lecteurs en général,
et les faibles « compreneurs » en particulier, tendent à n’effectuer qu’un nombre restreint
339
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’inférences. Fayol (ibid.) distingue deux grandes catégories d’inférences : Les inférences
logiques fondées sur le texte et les inférences pragmatiques fondées sur les connaissances ou
schémas du lecteur. Les spécialistes en la matière identifient dix catégories d’inférences
pragmatiques : le Lieu, l’Agent, le Temps, l’Action, l’Instrument la Catégorie, la Cause, le
Problème-solution, le Sentiment. Les inférences requièrent un enseignement à systématiser le
plus tôt possible et à répartir dans les différents niveaux, sur une durée suffisante. Dans un
enseignement explicite, le professeur explique et verbalise sa stratégie pour effectuer
l’inférence, puis par étapes les élèves prennent en charge l’activité jusqu’à l’effectuer
totalement.
Les stratégies spécifiques apprises sont réinvesties dans les situations habituelles de
lecture. On peut par exemple expliquer aux élèves que le but de la séance est de retrouver à
quel moment a eu lieu l’action décrite dans le texte. Le professeur met en évidence les indices.
Il effectue l’inférence. Il justifie l’inférence. Il verbalise le fait qu’il réfléchit pour trouver la
réponse, à partir des mots du texte et à partir de ce qu’il sait. On explique aux élèves que le but
de la séance est de retrouver un évènement qui a produit le résultat dont on parle dans le texte.
1.20.2 Des outils méthodologiques pour appréhender le texte littéraire
Comme dit, ci-haut, pour mieux exploiter un texte littéraire, la connaissance d’un
certain nombre d’outils, de stratégies et de techniques d’analyse s’avèrent incontournables :
Outil méthodologique n°1 : des stratégies diverses pour lire un texte :
Moirand ([Link].) répertorie cinq stratégies de lecture : le repérage, l’écrémage, le survol,
l’approfondissement et la lecture de loisir. Selon l’objectif visé, l’enseignant peut choisir de
faire travailler une seule de ces stratégies, ou plusieurs, ou l’une après l’autre. Lorsqu’elles
seront comprises et maîtrisées, l’apprenant choisira, de lui-même, selon la nature du texte à
lire et en fonction de la tâche qu’on lui demande de réaliser, celles qui lui conviennent le
mieux.
Outil méthodologique n°2 : la technique des sept clés.
Il s’agit d’interroger le texte en lui posant sept petites questions. Il est dit que le texte littéraire
« sait parler », il faut seulement savoir l’interroger. Ainsi, l’analyste doit se poser les questions
suivantes :
Qui parle dans le texte ? ; De quoi parle-t-il ? ; Quand parle-t-il ? ; où est-il ? ; Comment
s’exprime-t-il ? ; Et pourquoi ?
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
romans historiques…
2 Autour des symboles particulièrement vivaces dans notre imaginaire collectif (eau, feu, mur, couleurs,
saisons…) et présents dans la littérature.
3 Autour des mythes et fondateurs de notre société et présents en filigrane dans la littérature de jeunesse.
legends
4 Autour de traités dans notre littérature comme des figures, et de l'imagerie qui les accompagne
personnages types, (l’hyène, la sorcière, le héros invincible, la jeune fille)
Des réseaux pour faire identifier des singularités
5 Singularité d'une qui conduit à regrouper dans le réseau le texte et son intertexte (citations explicites ou
reformulation allusions, adaptations, réécritures, plagiats, parodies, détournements.). Il s'agit de
(réseaux mieux saisir les clins d'œil adressés au texte source, les variations, les recréations.
hypertextuels)
6 Singularité d'un permet d'aborder avec les élèves la notion de point de vue, la figure du silence, la
procédé d'écriture place et le rôle du narrateur, le désordre chronologique, le schéma narratif en
alternance, la structure répétitive…
7 pour peu que cet auteur ait un univers singulier, permettant de regrouper dans sa
Singularité d'un production, les œuvres qui s'éclairent mutuellement. La connaissance de l'œuvre d'un
auteur auteur permet d'affiner la compréhension, l'interprétation de chacune de ses
productions. Les histoires entendues s'inscrivent dans la mémoire ; et deviennent des
références. Les enfants s'imprègnent de l'univers langagier de l'auteur, tissent une
relation de connivence avec lui, comprennent son intention d'écriture, et par là même,
construisent peu à peu la notion d'auteur, si difficile à mettre en place, en repérant les
thèmes, les personnages les procédés familiers comme les innovations et les écarts.
342
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
perdent trop de temps pour aborder le texte considéré comme « un adversaire de taille dont il
faut se méfier ». Pour être à bout de tout cela, nous recommandons aux collègues enseignants
quelques pistes pouvant contribuer à faciliter la pénétration du texte littéraire. Comme nous
l’enseigne l’inspecteur général Manuel, cité par Collinot et Mazière ([Link]., p. 68), la lecture
bien faite est déjà un commentaire et pas n’importe lequel : « le plus savant, le plus ingénieux,
le plus approfondi même » (Ibid.). Il précise que l’accent, la nuance dans le ton, le
ralentissement ou la pause sont autant d’indications, de révélations sur la pensée de l’auteur,
ou sur les sentiments qu’il veut exprimer. L’on remarque ainsi que la lecture ou plutôt la
bonne lecture fait découvrir déjà le sens du texte. L’auteur ajoute qu’« en deçà de ce que le
texte dit, il y a ce que son auteur veut dire et sous-entend. Sous la lettre, il y a l’intention.
Sous la surface des mots, il y a la profondeur des émotions. Derrière le sens auquel s’attache la
glose, il y a les sentiments, plus ou moins cachés. » (Ibid.) La bonne lecture rend audibles les
nuances d’une composition littéraire. La lecture est un processus ternaire : on commence
d’abord par le déchiffrage, puis vient la lecture courante et enfin la lecture expressive. C’est
pourquoi, il est vivement recommandé aux enseignants de repérer et soigner les troubles de la
parole, particulièrement le bégaiement, le zézaiement ou la blésité quand ces troubles se
manifestent chez certains élèves.
345
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
est difficile à saisir, l'enseignant peut et doit, d’un point de vue pédagogique, l’« élaguer », le
« tailler » selon le niveau de ses élèves et ce, autant que possible.
Au demeurant, le texte ne doit pas être perçu par l’enseignant comme un texte déjà là,
avec un sens qui préexiste et sur lequel lui et ses élèves n’ont pas prise mais comme un texte
véhiculant un sens à construire. Ils peuvent interpréter l’attitude d’un personnage, proposer un
autre déroulement, donner une suite au texte. Le texte a un effet sur le lecteur et celui-ci peut
manifester comment il réagit, ce qu’il ressent, il peut indiquer comment lui, il aurait réagi, il
peut s’identifier à un personnage. Il dira ce que le récit évoque pour lui ou s’il a fait une
expérience similaire, etc. Le troisième aspect est l’interaction entre les membres du groupe-
classe qui comparent leurs différentes hypothèses. On favorisera le travail en groupe, les
tâches diversifiées : un groupe fera une recherche sur les lieux de l’action, un autre sur les
paroles d’un personnage, sur ce qui est dit de lui, sur l’intervention du narrateur... Cela
donnera lieu à un échange pendant lequel les différents groupes font état des résultats de leurs
recherches et donnent leurs mutuels points de vue.
346
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
milieu dans lequel les personnages évoluent. Les écrivains dont les extraits sont proposés sont
aussi excellents, mais leurs œuvres n’ont pas encore atteint certains coins du monde et par
conséquent ils sont mal connus du grand public.
Une liste d’ouvrages à étudier au cours de l’année doit être constituée et constamment
remise à jour dans l'objectif de permettre à tous les élèves de partager une même culture
littéraire, de guider les choix des enseignants, et de proposer des trajets et parcours de lecture
adaptés aux élèves. Il est important, tout au long du cycle, de créer un réseau de références qui
abordent des genres très différents. La liste en question se compose de romans, textes de
théâtre, textes poétiques, contes... C'est autour de ce réseau de références que peuvent
s'agréger petit à petit de nouvelles lectures, pour constituer une culture littéraire. Une liste ne
peut être idéale ni même exhaustive, mais le principe même de la liste permet de s’interroger
sur les critères qui peuvent présider au choix des titres pour les élèves de lycée. Nous
proposons, à titre indicatif, une liste d’œuvres et des thèmes. Il faut choisir des ouvrages de
niveaux de difficulté variables pour s'adapter aux niveaux hétérogènes de compétences en
lecture des élèves.
Cette contribution, visant les différents niveaux d’enseignement en lycée, propose des
stratégies pour éveiller l’intérêt des élèves, capter leur attention, susciter un engagement
personnel envers la lecture, leur donner le goût du travail bien fait. Pour ce faire, l’enseignant
peut s’inspirer des fiches pédagogiques proposées ici pour en créer d’autres qu’il adaptera à
d’autres textes et contextes, c’est-à-dire en fonction de ses besoins. En effet, pour préparer une
fiche de lecture méthodique, dans une perspective interculturelle, l’enseignant tiendra compte
des éléments suivants : le contexte (classe, programme, progression, séquence, niveau des
élèves, etc.), les objectifs visés, le support, le déroulement de la leçon... La lecture suit souvent
un processus qui peut se dérouler en deux temps : la planification et la gestion.
La planification de la lecture.
- l’élève prépare sa lecture en précisant son intention de lecture (ex. : il décide qu’il veut lire
rapidement, pour le plaisir ; il étudie le texte dans le but de bien saisir les détails ; etc.).
- Il fait des prédictions (hypothèses) sur le contenu du texte (ex. : il se fait une idée du contenu
en regardant le titre, l’illustration, les premières phrases).
347
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
- Il fait appel à son vécu et à ses connaissances antérieures (ex. : il se souvient d’avoir vécu
telle ou telle émotion évoquée dans le texte ; il se souvient d’avoir fait une recherche sur le
sujet, dans un autre contexte, etc.).
La gestion de la lecture.
- L’enseignant utilise les informations du texte pour ajuster sa compréhension et faire de
nouvelles prédictions.
- Il utilise les indices linguistiques pour comprendre.
- Il vérifie sa compréhension.
- Il fait un retour sur sa lecture pour juger de l’efficacité des stratégies qu’il a utilisées.
- L’élève réagit au texte, en s’engageant et en réfléchissant de façon critique.
- Il établit des liens entre son vécu et les œuvres écrites et médiatiques.
- Il réagit de façon personnelle et critique aux œuvres écrites et médiatiques.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Synthèse (5 mn)
[Elle est tirée par les élèves à partir des interprétations faites lors de l’étude de l’axe].
Lecture finale (à haute voix) (5 mn)
2 ou 3 élèves lisent (selon le temps disponible)
Trace écrite : les élèves prennent la synthèse dans leurs cahiers.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La connaissance des outils d’analyse facilite la construction du sens du texte comme le montre
le tableau ci-dessus.
Situation : Pendant les congés de Noël, Moussa est allé passer quelques jours dans son village
natal situé dans le Gourma nigérien. Une nuit, vers 22 h, des tirs d’armes automatiques ont été
entendus. À la reprise des cours, afin d’informer ses camarades de classe, Moussa décide de
leur raconter cet événement par écrit.
Séance 1 : Rédiger un récit simple.
Séance 2 : Rédiger un récit simple en rapport avec un thème des contenus intégrés.
Séance 3 : Rédiger un récit complexe.
Séance 4 : Rédiger un récit complexe en rapport avec un thème des contenus intégrés.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Compétence visée : Traiter des situations relatives à la construction du sens de textes divers.
Habiletés Contenus
Introduire l’étude de l’œuvre
intégrale.
Présenter - L’auteur et son œuvre.
Situer - L’œuvre dans son contexte.
Formuler - L’axe d’étude.
Déterminer - des hypothèses de lecture (lecture suivie et lecture
méthodique)
Développement de l’œuvre intégrale.
- Le type de texte ;
- Les personnages et les thèmes majeurs.
Identifier - Les outils grammaticaux pertinents ;
- Les indices lexicaux pertinents ;
- Les figures de style pertinentes.
Analyser - Les indices textuels relevés.
Interpréter - Les indices textuels relevés.
Inférence - Recours aux connaissances antérieures
Appliquer - La démarche des activités de lecture.
Conclure l’étude de l’œuvre intégrale.
Rappeler - Les thèmes étudiés.
Relever - Les faits d’écriture étudiés.
Préciser - La portée de l’œuvre.
Porter - Un jugement critique sur l’œuvre (thème, écriture, visée,
etc.).
Activité 2 : la description.
Exemple de situation :
De retour des vacances de Noël, un élève a visité la réserve de Kouré, un site touristique très
bien entretenu. Impressionné par ce qu’il a vu, il décide de présenter séparément par écrit
l’objet puis le lieu visité à ses amis.
353
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Production écrite
Séance 1 : Rédiger la description d’un objet familier.
Séance 2 : Rédiger la description d’un lieu non animé.
Tableau 54 : Production d’un texte descriptif
Habiletés Contenu
s
- L’objet / le lieu à décrire.
- Le lexique lié à l’objet / au lieu décrit.
Connaître
- Les différentes parties de l’objet à décrire.
- Les différentes composantes du lieu à décrire.
Identifier
Organiser - Les informations sur les différentes parties de l’objet / du lieu.
Utiliser - Le lexique lié l’objet / au lieu décrit.
- Les outils grammaticaux appropriés.
Appliquer - Les caractéristiques de la description.
Source : conçu par nous-même
Situation : Les élèves de Seconde découvrent une quantité suffisante d’extraits de l’œuvre
intégrale d’étude. Ils l’empruntent pour la lecture puis s’organisent pour en construire le sens.
NB : contextualiser la situation en précisant le nom de l’établissement, la classe et le titre de
l’œuvre intégrale à étudier.
o La situation d’apprentissage est valable pour toutes les séances : elle annonce l’œuvre
intégrale.
o La situation d’évaluation devra varier d’une séance
Tableau 55 : Traitement de situations
Techniques Moyens
Contenus Consignes pour conduire
pédagogique et
les activités
s supports
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
La première condition de ce projet est que ces questions et ces attentes deviennent
conscientes, explicites chez le lecteur. Toutes les lectures ne nécessitent pas la mise en forme
explicite d’un projet : les textes littéraires s’offrent souvent à nous pour le plaisir et la
satisfaction de notre curiosité. Mais il peut arriver dans le cadre des études par exemple que le
texte abordé présente une réelle complexité. En présence d’un texte riche et complexe, la mise
en forme d’un projet de lecture méthodique s’impose pour en découvrir le ou les sens. Dès
lors, un certain nombre de précisions préalables sont requises. Il s’agit de l’identification et de
la caractérisation du texte ; sa situation dans son contexte culturel et l’analyse de son paratexte
auctorial. L’étude de ces différents points a plus ou moins d’importance selon le texte. Le
lecteur doit savoir qu’il dispose d’un certain nombre d’outils qu’il peut utiliser mais qu’il ne
doit pas prendre systématiquement l’un après l’autre sans réfléchir (Outils méthodologiques).
Activité n° 2 : Exprimer ses premières impressions après la première lecture : phase
d’introduction ou de mise en situation (1 séance).
Cette phase correspond à l’introduction ou la mise en situation. C’est le lieu
d’exprimer ses premières impressions de lecture. Le premier impératif est de faire une
première lecture vraiment « personnelle ». La raison d’être de la formation à la lecture du texte
argumentatif est tout entière dans cet impératif : acquérir peu à peu la capacité d’apprécier tout
seul la qualité et la valeur d’un texte : ce qu’on appelle l’autonomie de lecture. Rappelons que
c’est cette attitude qui sera évaluée au baccalauréat. L’expression « première lecture » signifie
qu’on ne lit pas le texte une seule fois mais que l’on est seul avec le texte avant d’admettre
qu’un autre vous en parle. Le second impératif est de prendre conscience de ses attentes de
lecture. L’expression précise, autant que possible, que ces premières réactions de lecture ne
sont pas toujours aisées. C’est pourtant un exercice à répéter souvent puisqu’il est la base de la
lecture méthodique. Les émotions, l’agacement, l’indignation, la pitié, et l’amusement…, tout
ceci conduit le lecteur à l’analyse des tonalités ou registres littéraires. Ce qu’il pressent doit
également être pris en compte. Il s’agit des non-dit, l’ironie, l’essai de manipulation, la
dissimulation, l’exagération… Tout ceci conduit le lecteur à débusquer l’intention cachée de
l’auteur.
La compréhension du thème, de la thèse, des arguments et des exemples, tout cela conduit à
l’étude de l’argumentation. Quant aux ambiguïtés, décalages, tensions, transgressions…, ces
différentes interrogations conduisent le lecteur à se poser des questions essentielles.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
On peut aussi utiliser la grille de lecture suivante élaborée sur la base de questions (questions
sur la typologie, sur le lexique…).
Axe 1 : Le fond Axe 2 : La forme
- Personnages - Actions - Le livre comme objet
- Temps - Lieu - Les textes liminaires
- Thèmes - Espace - Narratologie
Démarche à suivre
Pour réussir son « pari », il faut confirmer ou corriger ses premières impressions de lecture ;
établir le bilan du projet de lecture et de ses spécificités et apprécier les enjeux culturels du
texte. Ce bilan pourrait s’articuler autour des questions suivantes :
- Quels sont les intérêts du livre ?
- Tes réactions ? As-tu aimé le livre ?
- Quelle est la signification du livre ? (À dégager en cinq lignes)
- Qu’est-ce qui t’a plu ou non à la lecture de cet ouvrage ?
- Toutes les hypothèses du début, sont-elles vérifiées ?
- Quel est l’état d’esprit de l’auteur ?
- Quelle position philosophique et religieuse prend l’auteur ?
- Quels sont tes sentiments personnels ?
Activité n° 6 : Réagir par rapport au texte (1 séance) :
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
le texte littéraire. Le débat interprétatif est, lui, basé sur un questionnement qui porte sur
l'implicite du texte et sur la façon dont le lecteur s'empare des informations pour construire son
interprétation. Il faut, dit-on apprendre aux élèves à réfléchir, surligner le texte photocopié
lorsqu'ils sont dans une situation réflexive, avec une mise à distance du texte pour comprendre
comment s'élabore ce qu'on pense. Les élèves partent d'une hypothèse de lecture pour revenir
au texte et tenter de confirmer et justifier cette hypothèse. Il arrive que le lecteur se rend
compte, en y regardant de plus près, qu'il s'est laissé entraîner par ses émotions, ses sentiments
et qu'il a mal lu ou lu trop vite (exemple des fausses pistes).
Le rôle de l'enseignant est de susciter cette interrogation chez l'enfant : je pense cela,
pour quelle raison ? Force est de reconnaître que certains points de vue se justifient mieux que
d'autres. Les « droits du lecteur » doivent être respectés mais ne doivent pas aller à l’encontre
des « droits du texte ». On ne dit pas n'importe quoi, mais ce qu'on pense être juste et on le
justifie. Les points de vue erronés sont intéressants car pour les justifier, l'élève va faire appel
à un passage du texte où il y a eu un problème d'interprétation. Les erreurs d'interprétation sont
intéressantes, non pas pour les légitimer mais pour permettre de comprendre comment s'est
faite la lecture de l'élève. On se situe dans la métacognition : à partir de ce que je pense,
j’analyse le cheminement de ma pensée.
1.22 Bref aperçu sur les réalités sociopolitique, éducative et culturelle au Niger
Meunier (2008), un sociologue français écrit qu’au Niger, la forme scolaire importée par
la France colonisatrice n’a pas été ajustée aux réalités socio-économique et culturelle du pays.
C’est dire que les savoirs traditionnels n’ont pas été intégrés dans les programmes
d’enseignement, y compris au lendemain des Indépendances. Avant cet auteur, Ki-zerbo (1990)
recommandait aussi la décolonisation de l’éducation formelle en Afrique qui doit passer par une grande
incorporation des aspects socio-culturels locaux telles que les langues, les valeurs locales. L’auteur
burkinabé précise qu’une éducation adaptée au contexte africain doit mettre l’accent sur : les aspects
socio-culturels locaux, une plus large massification et un maintien des filles à l’école. L’école
nigérienne est donc restée toujours calquer sur le modèle français. Cela a provoqué une
rupture entre l’enfant et son milieu familial, communautaire et même religieux. Or,
l’enracinement de l’enfant dans son environnement est facile avec l’enseignement des genres
oraux à l’école. Ils sont le miroir de la société. Suivant Driss & Hanini (2023), les genres
oraux jouent un rôle déterminant dans la construction de l’apprentissage du langage, la mise
360
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
en place des structures discursives et logiques et de l’identité culturelle à travers laquelle une
société se fait connaître et s’affirme. Puren (2014 ; 2015), Yaméogo (2017), Some (2017),
Bationo (2010 ; 2017 ; 2021), insistent également sur l’importance des textes littéraires dans
l’enseignement-apprentissage des langues-cultures. Ils soutiennent que l’exploitation des
textes facilite l’acquisition des compétences : linguistique, littéraire et même culturelle. La
mauvaise qualité des enseignements-apprentissages du français avec son corollaire de résultats
scolaires très peu satisfaisants lors des différentes évaluations tant internes qu’externes, nous
amène à faire les quatre propositions suivantes : d’abord l’enseignement des savoirs locaux à
l’école, ensuite, une initiation des élèves aux méthodes d’enquête en littérature orale, puis un
changement des approches et démarches pédagogiques et enfin une initiation des élèves aux
nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Cette proposition
didactique a lieu dans un contexte particulier correspondant à un moment où l’AES en général
et le Niger en particulier cherchent à se démarquer de certaines pratiques, héritées de la
période coloniale, qui persistent encore en ce début de troisième millénaire. Ces pratiques sont
d’ordre politique, économique et culturel.
361
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Situé à cheval entre le Sahel au sud et le Sahara au nord, le Niger se présente comme
un carrefour des cultures africaines. Les richesses culturelles du pays trouvent leur expression
dans la diversité ethnique de sa population composée essentiellement de deux mondes qui se
côtoient : les nomades et les sédentaires, avec chacun ses particularités culturelles. Les
coutumes, l’accoutrement, les bijoux, les dialectes, mais aussi la création artisanale,
l’architecture et les cérémonies comme le mariage, le baptême, le décès, la composition du
sérail et autres rites des travaux champêtres, la pêche, la chasse, etc. témoignent de la richesse
culturelle du pays. Pour connaître ce pays, il va falloir découvrir toutes ces richesses
culturelles « jalousement » préservées depuis des siècles. Des festivités à l’image de la cure
salée, le hotoungo, le guerouel, le biano, dans les musées des différentes régions du Pays,
l’architecture des villes et campagnes, l’art rupestre, etc. reflètent le trésor culturel nigérien.
D’autres fêtes et non des moindres méritent d’être signalées. il s’agit notamment de :
362
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
wassakara ou fête Haoussa costumée, la fête Azna des animistes à Massalata, les Fantasias, la
lutte traditionnelle, le hotoungo, la boxe traditionnelle ou dambé, le charro (duel aux coups de
bâton) et le paka (ou catch), le martchandé chez les wogo, ou encore le sardjambadjo en pays
sonraï, etc.
Parmi les moments les plus forts des festivités, on peut aussi retenir les courses
effrénées des Touaregs à dos de dromadaires ou la danse des Peuhls bororos exposant leur
beauté, leur maquillage et leurs parures excentriques. Ils profitent des célébrations pour vivre
leurs traditions, célébrer des mariages, participer à des chants et des danses ou prendre part à
diverses compétitions. Le festival de la jeunesse et le concours Dan Gourmou de la musique
traditionnelle nigérienne sont aussi des moments de grands rassemblements. Rappelons aussi
que epuis la fin des années 1990, le ministère nigérien de la Culture organise la « semaine de
la parenté à plaisanterie », assortie d’un concours annuel. Nombre de jeunes Nigériens
méconnaissent cette industrie culturelle.
La littérature nigérienne, orale et écrite, est le miroir de la culture nigérienne. Les genres
littéraires préconisés pour atteindre les objectifs fixés sont : l’épopée, la fable, le conte, la poésie le
mythe, les proverbes, les devinettes, les chants, etc. En littérature écrite, les grands noms sont
Boubou Hama, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages portant pour la plupart sur la tradition
orale au Niger et en Afrique, Mamani Abdoulaye, Ibrahim Issa, Amadou Ousmane, Idé
Oumarou ou encore Amadou Ousmane. Aussi, les textes des grands apôtres de l’oralité sont à
inscrire au programme. Il s’agit, entre autres, de : Djado Sékou, Tombokoye Tessa, Djéliba Badjé,
Koulba Baba, Tinguizi, Seini Molo, Mundjo Tamtalé, Souley Konko, Sogolo, Bouli Kegsi, Laki
Tamtalé, Waybi Karma ... L’étude des héros qui ont marqué l’histoire du pays doit être également
inscrite au cœur du programme de français. Nous faisons allusion à Issa Korombé, Hama Fandou,
Oumarou Karma, Firoun, Agaba, Sarraounia Mangou, Dan Kassawa, etc., tous ceux-là qui ont opposé
une résistance farouche à la pénétration coloniale.
1.22.4 La parenté à plaisanterie : gage d’un climat social apaisé au Niger
Nous apprenons, à la suite de Kélétégui (1992), qu’avec ses dix groupes
ethnolinguistiques individualisés, le Niger est l’un des pays de l’Afrique occidentale dont
l’unité nationale a précédé la naissance de l’État moderne. En effet, outre l’appartenance de la
très grande majorité de la population à la religion musulmane, il existe de relations diverses
entre les Nigériens : alliances, cousinages, etc. Cela a créé entre eux ce que tous reconnaissent
363
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
À nos yeux, les propos du chercheur franco-nigérien sont réfutables et n’ont aucun
fondement scientifique. Il a du mal à comprendre une culture nigérienne qu’il vient à peine
d’épouser, une culture qui n’est pas la sienne propre. Sa vision nous semble limitée, déplacée
au regard de « l’essence même » de la parenté à plaisanterie. Certes, cette dernière n’est
nullement la formule magique qui permet d’éradiquer définitivement les tensions sociales
inhérentes à la nature humaine. Toutefois, la parenté à plaisanterie a fait ses preuves. Des
indépendances à nos jours, le pays n’a jamais connu de conflits inter-ethniques comme dans
364
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
365
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
d’instruction dans l’Afrique traditionnelle, aujourd’hui, les chercheurs (Tricot : 2017 ; Diame :
2020 ; Bationo : 2021 ; Driss & Hanini : 2023, etc.) sont unanimes : ces techniques
d’enseignement peuvent être transférés à l’école des Blancs. Elles constituent des
connaissances de seconde main que l’on peut utiliser à bon escient dans la classe de langue
pour mener à bon port l’action éducative.
Dans une étude, Thiam ([Link].) rappelle cette mise en garde du Journal Officiel du
Sénégal (1973) contre une éventuelle aliénation culturelle par le truchement de l’enseignement
de la langue française. Ce journal précise que toute réforme d’enseignement des langues
vivantes devra s’attacher à faire acquérir aux élèves une langue correcte, moderne,
idiomatique et adaptée, aux besoins des enfants tout comme des adultes. Ceux-ci seront, dans
un contexte où la civilisation africaine l’emportera sur celle de l’Europe. Tricot (Ibid.) estime
que les enseignants peuvent, au nom de la liberté pédagogique, organiser leur enseignement en
développant, chaque fois que cela est possible, des rapports entre éducation traditionnelle et
éducation scolaire. Les élèves sont alors directement concernés par le développement de leur
territoire, par le biais de leur famille et par celui de l’école, cette dernière permettant de faire
le lien entre la communauté et le monde extérieur. On parlera ainsi d’interculturalité.
Paré/Kaboré (dans Bationo : 2021) sont plus précis en déclarant qu’ il s’agirait en fait de
promouvoir des habitudes d’ouverture, de tolérance, d’acceptation, de comportements
citoyens, en faisant prendre conscience de l’interdépendance émotionnelle et fonctionnelle
entre les individus. Comment y arriver ? Par l’enseignement certes, mais surtout par
l’éducation au sens large, dans des cadres divers. C’est dire que toutes les formes d’éducation
peuvent être mises à contribution, l’éducation formelle, non formelle, informelle, en prenant
en compte des préoccupations aussi bien locales qu’universelles. En effet, Yaméogo (Ibid.)
estime que puiser au tréfonds des sources culturelles pour asseoir les bases d’une éducation
moderne de qualité, présente un véritable enjeu. Il faut que les fruits de cette école ne soient
pas culturellement en déphasage. Il précise que le conte, par exemple, sert à l’apprentissage du
code social (apprentissage des valeurs de la communauté) et la maîtrise de la parole (figures
de style, parabole, leçon de vie). On retrouve dans le conte : le chant, la poésie, la musique.
Les contes africains sont accompagnés de musique en sourdine, de chant et comporte un style
poétique. L’étude du conte permet de mieux comprendre ainsi le monde africain, sa vision de
l’univers, de Dieu, de l’Homme, des êtres et des choses.
366
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Selon Soares, cité par Tavarès (2017), la société désireuse de s’innover, redéfinit les
finalités et les objectifs et considère le système d’enseignement comme un facteur de
changement social. Il est alors chargé de la tâche de promouvoir les innovations souhaitées. Il
apparaît alors un nouveau type de réforme éducative : une tentative d’adéquation du système
d’enseignement avec une réalité encore inexistante, mais souhaitée. La culture est diffusée par
367
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les chants, les récits, les contes, les poèmes, dans les livres et d’autres supports comme les
instruments audio-visuels. La littérature joue un rôle primordial dans l’émancipation des
apprenants, et fait partie des disciplines de premier rang dans les programmes scolaires et les
examens officiels dans certains pays. Malheureusement la didactique du texte littéraire ne
suscite pas d’engouement chez certains enseignants. qui ont du mal à en faire des matériaux
didactiques. Pourquoi et comment faut-il enseigner ces techniques d’enseignement au Lycée ?
Quelle démarche faut-il adopter pour enseigner les contenus du programme de lycée en se
servant de ces genres oraux ?
La littérature orale d’Afrique noire regroupe aussi bien les devinettes, les formules
divinatoires, les maximes et dictons, les louanges, et enfin, les plus connus, les contes, les
fables, les épopées, les proverbes, les chants, les comptines et les mythes. Ces genres oraux
ont une grande importance sociale. Les proverbes sont bien souvent la source d’un conte et le
conte africain est souvent l’illustration d’un proverbe. Outre l’aspect collectif de la lecture des
contes, la lecture est quant à elle très théâtralisée, l’émetteur fait vivre le texte. La présence
d’un auditoire est ainsi indispensable : on ne dit pas un proverbe pour soi, on ne conte pas sans
public. Cette littérature orale impose une interaction entre l’émetteur et les récepteurs qui
doivent manifester leur présence. La littérature traditionnelle est plein d’enseignement. Elle
aborde des problèmes comme la hiérarchie, les conflits de générations, les problèmes liés à la
polygamie, etc. Elle a une fonction thérapeutique. En mettant en scène la société, la littérature
orale renseigne sur le milieu écologique, les habitudes, les structures, les croyances, la
technologie de la société.
1.23.4 Le recours aux genres oraux ou le sauvetage de la culture traditionnelle menacée
de disparition
En Afrique, les Hommes ont recours à l’oralité pour instruire et éduquer les Jeunes
d’où la nécessité de les initier aux enquêtes dès la classe de Seconde. L’enquête en littérature
orale passe par l’enregistrement, la transcription, la traduction, l’analyse et l’interprétation.
Tout cela exige du chercheur en littérature perspicacité et rigueur. Il s’agit d’un travail
fastidieux qui requiert beaucoup de patience et d’ingéniosité. Le travail de recherche a pour
vocation d’immortaliser le texte oral même s’il arrive qu’il perd souvent, par la traduction, une
368
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
grande partie de sa saveur en l’occurrence : l’humour, les gestes, les rythmes et l’engagement
de l’audience qui sont les principales caractéristiques de l’oralité. C’est cette forme de
littérature hybride qui a permis aux écrivains africains de plus insérer des contes, chants,
proverbes, et pratiques locales dans leurs productions littéraires et être acceptés dans le monde
de la littérature écrite notamment dans la langue du « Maître d’hier ». D’autres auteurs ont
joué un rôle important à faire connaitre la littérature orale traditionnelle à côté du mouvement
de la Négritude qui prônait la valorisation du patrimoine culturel africain tant chanté par
Senghor, la « grande Voix du Sud ». Avec la disparition des grands « maîtres de la parole »,
les jeunes d’aujourd’hui qui se veulent « civilisés » n’ont ni le courage, ni la volonté d’être
leurs héritiers. Il revient donc à l’école des Blancs qui a assassiné l’école traditionnelle de
prendre la relève. Et nous estimons que cela doit passer par l’initiation des élèves au recueil et
à l’analyse des genres oraux : conte, fable, etc.
Dans la présente contribution, nous nous intéressons d’abord aux spécificités du conte
en tant que genre à part entière avant de porter un regard sur sa place dans le contexte scolaire
nigérien, tout en mettant l’accent sur ses fonctions et ses enjeux en termes d’apprentissage.
Les enquêtes à mener par les élèves porteront sur le recueil des genres oraux : le conte, la
fable, la parenté à plaisanterie, etc. Nous estimons qu’une initiation des élèves aux méthodes
d’enquête en littérature orale peut être salvatrice. L’enquête requiert à son tour la maîtrise des
langues nationales. Le recueil et l’étude du conte et de la fable, l’enseignement de la parenté à
plaisanterie pour la classe de seconde sont également favorables à l’apprentissage
interculturel.
Dans une étude, Mungala (1982) rappelle que les légendes, à l’image des contes, ont
aussi un contenu très riche et très varié. À travers elles l’enfant acquiert les connaissances
diverses notamment la généalogie, l’histoire, la géographie, la cosmogonie, etc. Les devinettes
sont à la fois un jeu et un exercice intellectuel. Elles supposent une connaissance très large du
milieu : noms des personnages illustres célèbres, Elles font appel à la mémoire, à
l’imagination, à l’esprit d’observation et reposent sur les principes éducatifs suivants : le
pédocentrisme : l’enfant est considéré comme le principal artisan de son apprentissage ;
l’émulation : chaque jour, les enfants cherchent à se surpasser ; la démocratisation : car chacun
peut répondre à la question posée. Les devinettes, tout comme les contes et les légendes,
touchent à la fois aux différentes disciplines telles que l’histoire, la géographie, l’anatomie, la
369
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
zoologie, la botanique, etc. Quant aux proverbes, ils sont porteurs de valeurs, de
comportements et d’attitudes souhaitables à transmettre aux enfants. Ils jouent rôle un rôle
didactique : ils forment l’homme en lui donnant une ligne de conduite conforme aux règles qui
régissent la société. Souvent les vieux s’en servent comme une sorte de métaphore pour
s’adresser à la foule, pour trancher. Il joue ainsi et un rôle juridique. Les proverbes et les
devinettes peuvent être inclus dans les autres genres. Il s’agit des genres comme : l’épopée, la
devinette, le proverbe, le mythe, la légende ou encore le conte. Pour ce qui est de ce dernier, il
est le plus connu et tous les autres genres se rapprochent de lui. On distingue principalement
quatre catégories dans le contexte de l’Afrique où la frontière entre certains genres oraux est
souvent poreuse : la légende, les contes philosophiques, les fables, les contes initiatiques. Les
mythes sont liés aux croyances collectives des Africains (cosmogoniques, théogoniques ou
fondateurs). Quant aux contes philosophiques, ils posent la question de l’être, celle de la
nature et du devenir de l’homme, de sa mort ainsi que les problèmes existentiels de l’angoisse
et de la joie. Pour ce qui est des fables (avec leurs héros : kacou Ananzé, l’araignée, Kaïné le
lièvre, Bouki l’hyène...), ils permettent, selon les cas, de décrire les travers des hommes, de
dénoncer une situation d’injustice, d’ouvrir un débat philosophique, politique, social ou de
débattre des problèmes qui accablent le village ou le royaume. Enfin, les contes initiatiques
évoquent la quête de vérité des personnages, avec les épreuves spécifiques qui jalonnent leur
chemin. Rappelons que tout conte peut être initiatique dans la mesure où il nous apprend
toujours quelque chose. Nous proposons ici l’enseignement de quelques genres oraux
notamment : le conte, la fable, la parenté à plaisanterie et les langues nationales. Le conte est
un genre complet car on y retrouve : les devinettes, les proverbes, la poésie, etc. Il est
« multifonctionnel ». Il a une fonction économique, politique, philosophique, sociale,
éducative, etc.
370
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
le passé, il est le narrateur de l’histoire du monde, le détenteur des récits relatifs aux
fondations d’empires, aux généalogies, aux faits et aux gestes des hommes célèbres. Il était un
acteur avant d’être un conteur. On reconnaît un le conteur à ses qualités théâtrales. Il cherche à
capter l’attention du public par un ensemble de procédés suggestifs : position du corps,
gestuelle, intonations, débit et volume de la voix, apostrophe du public, musicalité des mots,
… Le conteur s’efforce de de rendre vivante la scène afin que le public puisse réellement
s’imaginer la situation et coller ses propres images mentales sur les mots prononcés par le
conteur. L’implication du public est alors capitale.
Derrière le conte, plus qu’une forme plaisante, distrayante et divertissante, se cache
une portée plus didactique. Le conte est un jeu cosmique qui reprend les grands mythes de la
nature. Le conte a donc pu être une manière voilée de parler des choses sacrées, une manière
de mettre les grandes vérités à la portée de tous ». Les contes sont très souvent émaillés de
proverbes qui servent alors à souligner une finalité morale ou bien à mettre en évidence une
leçon tirée de la sagesse populaire. Le conte trouve son origine dans un proverbe. Le proverbe
est une vérité imagée et se fond avec le conte en un tout. Naissant l’un de l’autre et s’appuyant
l’un sur l’autre, tous les deux servent à définir la place de l’homme dans la société.
Les contes en classe de seconde constituent une référence littéraire au même titre que
les fables, les œuvres poétiques et théâtrales. Ainsi, sont-ils inscrits dans les nouveaux
programmes de français de 2015. Comme la fable, elle divertit et instruit. Sa fonction
éducative peut prendre des formes diverses : délivrer une leçon de vie fondée sur des valeurs
morales, alimenter l’imagination, expliquer une particularité du monde tout en permettant aux
enfants de s’identifier aux personnages types dès leur plus jeune âge. Nous tenons à souligner
que le plaisir est ce qui a fait le succès de ce genre mondain. Lorsque la morale est invoquée,
elle apparaît comme un alibi. En effet, la lecture en réseaux permet de rapprocher des œuvres
et de former un lecteur cultivé. Plusieurs objectifs pédagogiques sont visés, à travers l’analyse
du conte : l’étude de la langue et de la structure du conte, la lecture analytique, la lecture de
l’image et l’expression écrite. Le conte n’est pas seulement appréhendé comme un genre
littéraire, il est également convoqué pour servir de support à l’apprentissage de la grammaire
ou comme point de départ d’une expression écrite.
371
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
développer des conduites sociales acceptables en inculquant aux jeunes générations des
valeurs fondamentales de la société. Une édification morale est assignée au message du
conteur qui prend le soin de baliser les bonnes conduites aux jeunes afin de contribuer à leur
plein épanouissement. Nous conviendrons avec Yaméogo que la morale enseignée peut servir
pour cultiver la paix, l’harmonie, la tolérance, le sens de la justice, de la responsabilité et de la
solidarité chez les enfants. Le Sahel en a besoin en ces moments critiques de son histoire.
Activités périscolaires avec les conteurs traditionnels : ateliers de conte : initiation à la
mimique appropriée, aux intonations vocales. L’atelier d’écriture peut être un outil
complémentaire.
Selon Lebrun (1994), les chants, les rythmes et les danses sont présents dans les contes
africains et ont pour dessein d’inculquer et de perpétuer la culture traditionnelle locale. Au
demeurant, ces chants et danses sont très souvent accompagnés de messages ludiques pour
tenir en haleine l’audience et leur faire participer activement dans le conte. Dans le cas
spécifique des contes africains, même s’ils sont traduits et étudiés en français comme suggéré
dans cette étude, les faits socio-culturels y sont toujours présents d’où la nécessité d’en faire
des supports pédagogiques capables de répondre effacement aux besoins du moment. Ainsi,
l’utilisation d’une partie de la littérature et à travers elle, la culture, peut-être une excellente
source de motivation pour les élèves. Pour y parvenir, il suffit de laisser aux élèves la liberté
de parler de leur vie en famille, au village... sous l’angle traditionnel et coutumier. En les
écoutant raconter justement les réalités de leur village (leur enfance, la cueillette des fruits, le
ramassage du bois, les travaux champêtres, les parties de chasse, la baignade dans le marigot,
etc.) dans ou à l’extérieur de la cour de l’école, l’on se rendra à l’évidence qu’ils ont l’amour
de leur patrie, de leur culture, surtout dans le contexte actuel de crise sécuritaire, de « lutte de
libération » dans l’espace sahélien.
Il est important d’étudier le conte non seulement sous sa forme écrite mais aussi orale
pour mieux faire ressortir les différents aspects socio-culturels et éducatifs qu’il renferme.
Quelles que soient leurs origines, les contes sont riches en vocabulaire, structures
grammaticales et ils constituent une « aubaine pédagogique » pour apprendre et/ou enseigner
372
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
appréhendé en tant que genre littéraire. En effet, une étude peut être menée sur les
personnages.
Comme pour toute leçon, l’enseignement du conte a aussi sa démarche, ses règles et
ses exigences. Le conte est un précieux support didactique. Selon Yaméogo (2017), la classe
de langue peut être une tribune d’expression pour les conteurs professionnels. Les élèves ont
besoin d’être en contact avec des personnes ressources d’où l’intérêt pour l’enseignant
d’inviter un griot ou un vieillard à l’école en vue d’entretenir les élèves sur le conte. Ce
dernier peut être dit aux élèves en langue nationale ou en français. Toute la classe est tenue de
prêter l’attention. L’écoute des contes permet d’exercer l’écoute active et la mémorisation, de
se former des images mentales, d’appréhender la structure logique du récit. Elle permet
également à l’élève d’enrichir son vocabulaire, de découvrir des tournures de phrases, des
manières d’articuler les énoncés. Elle lui permet de meubler sa mémoire. Pour s’approprier
l’histoire racontée, il va falloir l’écouter à plusieurs reprises. Au fil des séances, grâce à
l’écoute active, il est possible que la perception de l’histoire puisse évoluer ainsi qu’il suit :
Le conte en tant que genre littéraire particulier correspond au premier projet d’enseignement.
Son étude peut se dérouler sur quatre séquences qui peuvent être intitulées comme suit :
375
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Cette répartition des séquences s’appuie sur le schéma narratif de Propp (1970), démarche
qui, à nos yeux, peut favoriser l’assimilation de la progression narrative du genre de
conte chez les élèves. Cette conception du conte lui attribue une structure fixe en
insistant sur les trois phases classiques de toute histoire qui sont : « la situation initiale,
le déroulement des évènements et la situation finale ». À cela, peuvent s’ajouter deux
autres éléments importants dans le conte : le premier est appelé « l’élément perturbateur ».
Il est à mi-chemin entre la situation initiale et les péripéties. Il marque un changement négatif et
brusque dans l’ordre des choses. Le deuxième élément est « la morale » qui est aussi très
importante dans le conte puisqu’elle explicite sa visée pragmatique : son objectif est
didactique. La résolution est aussi une étape du récit. Il désigne la résolution du problème.
Paillier (2014) se réjouit du fait que grâce aux livres, aux enregistrements et à internet, contes,
légendes et mythes du monde entier nous sont disponibles. La difficulté consiste à en faire un
bon usage de ces récits en prenant en considération le contexte dans lequel ils sont émis.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
internet, contes, légendes et mythes du monde entier nous sont disponibles. La difficulté
consiste à en faire un bon usage de ces récits en prenant en considération le contexte dans
lequel ils sont émis.
C’est une approche didactique très efficace qui consiste à encourager la lecture en réseaux.
Cela facilite le rapprochement des œuvres et la formation d’un lecteur cultivé. Ici, le conte est
perçu à la fois comme un genre littéraire et un genre scolaire. Il est à la fois objet et outil
d’apprentissage. Le conte détourné s’inspire de l’histoire originale tout en s’éloignant de celle-
ci plus ou moins fortement. Les contes détournés ont tous un point commun : celui de faire des
« clins d’œil aux récits originaux ».
Cette approche didactique aide à réduire la peur et l’angoisse que peuvent engendrer certains
récits à caractère menaçant, chez les élèves. C’est le cas par exemple du « Horla » de Guy de
Maupassant. Arranger les contes, c’est toucher à leur structure, les dénaturer, par exemple en
faisant de l’hyène un être intelligent qui peut tromper le lièvre considéré, dans la culture
nigérienne, comme étant le plus malin des animaux.
Ils sont également utiles. Là, il s’agit d’inverser les rôles. Les parodies, les
transpositions, le repérage des différentes formes de détournement, de changement dans le
déroulement de l'histoire et l’inversion des rôles s’avèrent importants à ce stade
d’apprentissage. À l’école primaire, tout travail d’analyse et de comparaison doit être centré
sur les personnages, les objets, le lieu, l'époque, les épisodes principaux. Au collège, les élèves
pourront aborder un travail sur la structure du récit. Travailler à partir des interprétations sans
texte pourrait aussi être appréhendé dans un stade d’apprentissage plus avancé notamment au
collège et au lycée. Il s’agit d’une interprétation avec illustration qui suppose la reconstruction
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
du sens par l'image, tout en le comparant avec le texte source. Le professeur peut enseigner le
conte par le truchement d’autres astuces :
Le conte complet : comme son nom l’indique, c’est un conte comportant une histoire
achevée. Il figure dans les séances de compréhension de l’écrit et de la lecture plaisir. Il
est destiné à être analysé et étudié.
Le conte inachevé : C’est un conte dont des parties ont été supprimées intentionnellement en
vue d’atteindre un objectif déterminé ou pour servir de support à une brève activité. Il
figure globalement dans les activités métalinguistiques (vocabulaire, grammaire,
conjugaison, orthographe) et celle aussi de la préparation à l’écrit.
Le conte en désordre : c’est un conte qui est considéré comme activité de préparation à
l’écrit. Dans ce sens, on met en désordre une partie d’un conte dont il incombe à
l’apprenant de la reconstituer. Cet exercice permettrait de faire appel à l’intelligence et à
l’intériorisation du schéma narratif du conte chez l’apprenant voulant remettre en ordre
l’histoire en question.
L’enseignant peut aussi transformer un conte étranger par exemple, en remplaçant les
noms des personnages par des noms nigériens ou autre. Mais il faut que ces noms renvoient à
des caractéristiques physiques et/ou morales. Il y a lieu d’effectuer toutes les adaptations
nécessaires pour constituer un texte cohérent. L’objectif visé est de permettre à l’élève de
réinventer l’histoire d’un conte étranger en utilisant les éléments qu’il connaît et qui existent
dans son milieu immédiat. Il ne serait plus en position de simple lecteur, mais aussi de co-
créateur au sens de Weinrich ([Link].). Cette activité peut favoriser le développement des
techniques rédactionnelles chez lui tout en l’amenant à réfléchir sur les phénomènes culturels
en présence dans le texte étudié. L’enseignant travaille à amener les élèves à comprendre que
l’étude du conte expose les problèmes de famille et la description de la savane africaine en
général. C’est un exemple pertinent de l’approche communicative pour enseigner le
vocabulaire et la compréhension de texte.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’enseignant travaille à amener les élèves à comprendre que l’étude du conte expose les
problèmes de famille et la description de la savane africaine en général. C’est un exemple
pertinent de l’approche communicative pour enseigner le vocabulaire et la compréhension de
texte.
- L’activité de brainstorming :
Il suscite une réflexion personnelle des apprenants sur leur propre famille et la répartition des
tâches ménagères. On les guide à comprendre et á produire un vocabulaire relatif á la famille,
la savane, les tâches ménagères mais aussi une réflexion sur le découpage du conte.
- La deuxième activité.
Elle consiste á répondre aux questions de compréhension du texte. Il faut alors pousser les
élèves à développer leur aptitude à résoudre des problèmes. Le travail en groupe permet de
favoriser les discussions entre élèves et donner une opportunité aux timides de partager leur
opinion avec leurs camarades de classe. Cette activité en groupe au sens Vygotskien du terme,
développe aussi les compétences interpersonnelles des élèves. L’utilisation d’images permet
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
de motiver les élèves qui comprennent vite. Pour ce faire, le vocabulaire doit être étudié de
manière á comprendre les mots difficiles en fonction de leur contexte. Cette compréhension
préalable du vocabulaire pourra permettre de mieux comprendre le texte avant de répondre
aux questions de compréhension
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
comparaison doit être centré sur les personnages, les objets, le lieu, l'époque, les épisodes
principaux. En classe de seconde, les élèves pourront aborder un travail sur la structure du
récit. Travailler à partir des interprétations sans texte pourrait aussi être appréhendé dans un
stade d’apprentissage plus avancé comme le lycée.
Nous invitons tous les acteurs du système éducatif, y compris les décideurs politiques,
à sauvegarder et à valoriser la culture par l’enseignement du conte, ce précieux héritage oral,
en l’introduisant d’une manière rationnelle dans les programmes d’enseignement. Au
demeurant, il faut former les enseignants à l’exploitation didactique des contes. Un recueil de
contes pour chaque cycle d’enseignement, adaptés au niveau des élèves, est une nécessité.
Encore une fois, il convient d’enquêter sur les détenteurs de l’oralité pour mieux les repérer et
les répertorier dans le but de les interroger. Des chantiers de collectage avec la collaboration
des pédagogues, psychologues, linguistes, didacticiens, etc. sont des propositions de solution
pertinentes pour la réhabilitation de ce riche patrimoine ancestral et de cette littérature orale
aussi riche que variée mais menacée de disparition.
Consigne de travail : à partir du texte support, identifiez les caractéristiques du texte narratif.
Durée : 55 mn
Mise au point sur la formation (récapitulatif : 15 mn)
R.A. : Le paratexte est composé du titre du texte (L’enfant terrible) ; le titre du recueil : Contes du Niger ; et les
noms des deux coauteurs : Kélétigui Mariko et Boubou Hama.
R.A. : Oui : le premier est un vétérinaire de formation et le second, un instituteur (le premier du pays en 1929).
Ils étaient tous les deux, anciens élèves de la célèbre école normale William Ponty de Dakar. Boubou Hama est
né en 1906 et Kélétégui Mariko en 1921. Ils furent deux écrivains, deux hommes politiques mais aussi de culture
qui ont beaucoup marqué l’histoire du Niger.
R.A. : Naturellement, c’est Boubou pour avoir été tout à tour l’instituteur chevronné qui a formé beaucoup de
cadres nigériens, puis député du Niger au palais Bourbon à Paris, avant de devenir le premier président de
l’Assemblée nationale du Niger qui porte aujourd’hui son nom. Boubou Hama compte à son actif une
cinquantaine d’œuvres allant du conte aux essais en passant par les récits historiques. Il a écrit l’histoire de toutes
les ethnies du Niger. Il s’est rendu dans toutes les régions du pays pour recueillir les documents ajami qu’il a faits
conserver au Centre d’étude linguistique et historique de tradition orale (CELTHO). Il était un grand homme de
culture. Le vétérinaire est donc moins connu que l’instituteur.
R.A : les personnages sont : la mère de l’Enfant Doigt, l’Enfant Doigt lui-même (personnage principal), son
père, le chef, et Dieu.
- L’emploi des verbes d’action : pria, accorda, accoucha, nomma, appela, conduisit, expliqua, prit, se rendit, …
- Les indicateurs de temps et de lieu : un jour, dès lors, quelque temps après, depuis, devant sa maison, à la
maison, chez lui. Ces indicateurs situent les événements relatés dans le temps et dans l’espace.
- Les étapes du récit ou le schéma narratif (ou encore le schéma quinaire).
Situation initiale : présentation des personnages : la mère, Dieu, l’Enfant Doigt
Élément modificateur ou perturbateur : un jour le chef du village appela le père de l’Enfant Doigt et lui
demanda de traire ses taureaux, tâche impossible.
Les péripéties : les différentes réactions de l’Enfant Doigt face à cette perturbation, la méchanceté du chef du
village.
La résolution ou le dénouement : réalisant qu'il avait affaire à un enfant extraordinaire, le chef du village, ne
désirant plus lui causer de mal, finit par lui pardonner.
382
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Situation finale : Voilà comment deux ennemis purent devenir des amis. Depuis ils se sont associés pour débattre
et résoudre les problèmes de la communauté.
Morale :
Le conte est un texte à travers lequel, les élèves peuvent apprendre beaucoup de choses notamment sur
le plan stylistique, linguistique, interculturel, etc. Exploiter un texte littéraire stylistiquement est incontournable :
roman, poème, conte, etc. Ève-Marie Halba affirmait que c’est par convention stylistique que celui qui s'adresse
au lecteur pour raconter une histoire (réelle ou imaginaire) est appelé le narrateur. » (2008, p.11). Cette précision
nous permet de comprendre qu'il est indispensable de distinguer la voix de chaque personnage dans le texte dont
l'objectif est d'identifier celui qui raconte l'histoire et qui n'est pas forcément l'écrivain (excepté les œuvres
autobiographiques). Cette identification des personnages conduit à la compréhension du texte. Par conséquent, la
voix du narrateur est un élément important dans la perception de l'histoire. Elle permet de comprendre la
focalisation ou point de vue. Ainsi, le professeur peut, par exemple, demander aux élèves de comparer l’œuvre
étudiée avec celle d'un autre écrivain qui appartient à la même école littéraire ou à d'autres écoles littéraires. Pour
réaliser ce but nous proposons des questionnements suivants :
2- Connaissez-vous un écrivain nigérien qui appartient à la même génération que ces deux auteurs ou à d'autres
générations et qui a déjà écrit des contes ?
3- Comparez la biographie des deux auteurs. Ces questionnements poussent les apprenants à chercher hors de la
classe. Ils se mettent à se trouver dans une perspective littéraire permettant de connaître la vie et le style de
chaque écrivain littéraire. Dans ce cas l'apprenant prendra son autonomie au fur et à mesure. D'une part, cette
recherche lui permet de découvrir d'autres écoles littéraires et d'autres écrivains, d'autre part, elle aide à avoir une
véritable expérience.
Exploiter un conte en adoptant une approche interculturelle est indispensable parce que
la maîtrise de la langue exige des connaissances des traditions et des coutumes (Pensée,
croyance, comportement) voire la nature de la société de la langue dont il est question. L’on
rencontre certes, des procédés stéréotypés visant au démarrage ou à l'achèvement d'une
communication comme l’incipit ou l’épilogue. Les composants culturels sont intéressants dans
383
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les contes, donc comment exploiter ces différents composants avant de se mettre à apprendre
aux apprenants les contes ?
La fable, la légende, et d’autres récits comme les proverbes ou les devinettes jouent
aussi un rôle similaire à celui du conte. Ces genres appellent plus à un travail d’esprit. Ils sont
à la fois un jeu et un exercice intellectuel. Ils jouent aussi un rôle didactique car utilisés pour
conseiller ou enseigner l’histoire, la géographie et l’anatomie. Les mythes, les fables, et les
légendes peuvent parfois se substituer, l’un à l’autre, parce qu’ils partagent souvent des
aspects communs. En effet, certains contes sont désignés comme des mythes, des fables ou des
légendes et vice versa à cause des nombreuses similitudes dans certains de leurs attributs.
Nous invitons tous les acteurs du système éducatif, y compris les décideurs politiques,
à sauvegarder et à valoriser la culture par l’enseignement du conte, ce précieux héritage oral,
en l’introduisant d’une manière rationnelle dans les programmes d’enseignement. Au
demeurant, il faut former les enseignants à l’exploitation didactique des contes. Un recueil de
contes pour chaque cycle d’enseignement, adaptés au niveau des élèves, est une nécessité.
Encore une fois, il convient d’enquêter sur les détenteurs de l’oralité pour mieux les repérer et
les répertorier dans le but de les interroger. Des chantiers de collectage avec la collaboration
des pédagogues, psychologues, linguistes, didacticiens, etc. sont des propositions de solution
pertinentes pour la réhabilitation de ce riche patrimoine ancestral et de cette littérature orale
aussi riche que variée mais menacée de disparition.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Depuis des décennies, les genres dits traditionnels accompagnent les élèves à chaque
étape de leur parcours scolaire et ce, de l’école primaire à l’université. Comme les contes, les
fables sont un excellent outil pédagogique pour plusieurs raisons. Souvent, la frontière est
même poreuse entre les deux genres. Comme dans certains contes, les fables mettent l’accent
sur des personnages animaux ou fictifs pour représenter des situations de la vie réelle. Les
enfants peuvent facilement s’identifier aux personnages et comprendre les situations, ce qui
rend les leçons de morale plus accessibles. Les fables peuvent aider les enfants à apprendre et
intégrer des valeurs comme l’honnêteté, la générosité, la patience, le respect et la compassion.
Ces valeurs sont importantes pour le développement personnel et social des enfants. Elles les
aident aussi à meubler la mémoire en mémorisant certaines belles phrases, par exemple.
Les fables peuvent servir d’introduction à la lecture pour les enfants. Ces enfants
peuvent commencer par lire des fables simples avant de passer à des histoires plus complexes.
Elles sont aussi un excellent moyen de stimuler la mémoire chez les enfants. Les fables sont
mémorisées comme poèmes ou récitations à l’école pour développer la capacité des enfants à
retenir des informations de manière structurée et ordonnée. Les enfants se rappellent
facilement les personnages et les événements de la fable, ainsi que la morale de l’histoire, ce
qui peut les aider à améliorer leur capacité à se souvenir de l’information. Les fables utilisent
le plus souvent des personnages animaux pour transmettre leurs messages : le corbeau et le
renard, l’hyène et le lièvre, le serpent et le hérisson, ... Cela aide les enfants à comprendre la
nature, les différentes espèces animales et leur comportement. On les amène ainsi à respecter
385
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
et à protéger leur environnement. Les fables peuvent être utilisées pour stimuler la discussion
en classe. Les questions du professeur peuvent porter sur les personnages, les thèmes et les
leçons de morale pour aider les enfants à réfléchir et à exprimer leurs opinions. Cela peut aussi
aider les enfants à développer leurs compétences en communication et à apprendre à écouter
les points de vue des autres. Les fables sont un outil pédagogique efficace pour enseigner des
valeurs morales et pour encourager les enfants à développer leur créativité, leur vocabulaire et
leurs compétences de communication.
L’enseignant reprend la définition en ces termes : une fable est un genre littéraire qui
utilise des personnages animaux ou fictifs pour transmettre une morale ou une leçon de vie.
Les fables sont des histoires courtes qui ont un ton allégorique, c’est-à-dire que les
personnages et les événements représentent des idées ou des situations dans la vie réelle. Les
fables sont généralement écrites en vers, mais certaines sont écrites en prose. Il existe aussi
des fables en langue nationale. Qui en connaît une ?
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Phase de lecture :
Dans une première phase, le professeur demande aux élèves de procéder d’abord à une
première lecture silencieuse pour s’imprégner du texte. Ensuite, une deuxième lecture
silencieuse également s’avère utile pour souligner les mots inconnus. Intervient, enfin,
l’utilisation du dictionnaire pour chercher le sens des mots difficiles.
Dans une deuxième phase, l’enseignant lit, à haute voix, la fable. Cette lecture doit être
expressive et accompagnée de gestes. Une troisième lecture, à haute voix également, mais
cette fois-ci par les élèves, peut être une source de compréhension qui facilitera
l’interprétation. À ce niveau, les élèves imitent la lecture et les gestes du professeur.
Une troisième et dernière phase est réservée à l’évaluation de la compréhension de la fable
suivie de la morale à extraire du comportement des personnages.
1.25.2 Séquence didactique sur la fable
Les élèves analysent des fables recueillies, transcrites et traduites en français.
Séance n° 1
Il s’agit d’introduire le travail avant de dégager les caractéristiques des personnages et la
morale.
Matériel : Texte support
Activité 1 : Activité d’introduction de la séquence (15-20 minutes)
Les objectifs de cette activité sont les suivants :
- Amener les élèves à dégager certaines caractéristiques de la fable : morale, histoire courte,
peu de personnages, valeurs associées aux personnages, présence de rimes, etc.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Description :
Seuls ou en équipe, les élèves relèvent les champs lexicaux dominants dans le texte. Quant au
professeur, il fait observer certains éléments importants aux élèves : les marques de modalité :
phrases de type exclamatif et de type interrogatif (et impératif) ; discours rapportés ; mots qui
montrent la supériorité ou la hiérarchie ; les figures de style, plus précisément la métaphore,
les adjectifs ; l’idée d’inversion pour mieux comprendre la fable et pour faire des rimes.
Morale (ou leçon de vie) : faire le lien entre les types et formes de phrases (formulation des
morales). Pour amener les élèves à bien repérer les morales dans les activités de lecture et
rédiger correctement des morales dans des fables, il faut mettre l’accent sur les types de
phrases utilisées par l’auteur. Le professeur fait un retour sur les notions importantes de la
séance (oral et écrit).
Séance n ° 3
Objectifs de la séance :
• Comprendre la symbolique des personnages (animaux) dans la fable ;
• Repérer les chaînes de reprise de l’information pour comprendre les relations entre les
personnages ;
• Dégager la morale de la fable.
Matériel : Texte support
Activité 5 (articulation) : la symbolique des animaux (15-20 minutes)
Objectifs de l’activité :
- Amener les élèves à faire des liens entre les caractéristiques des animaux et leurs actions.
- Amener les élèves à distinguer le sens propre du sens figuré.
Description :
Le professeur peut décider de ne pas utiliser ce document. Il peut demander aux élèves
d’utiliser les dictionnaires qui sont disponibles dans la classe. Il mentionne aux élèves qu’ils
devront refaire ce travail lorsqu’ils auront à rédiger leur fable.
Activité 6 (articulation) : Activité de prédiction (15-20 minutes)
Objectif : amener les élèves à faire des prédictions à partir des caractéristiques des animaux.
Description :
Le professeur demande aux élèves de prédire les relations qu’il y aura entre les personnages à
partir des caractéristiques trouvées dans l’activité précédente (discussion) ; lecture à haute
voix de la fable ; confrontation et confirmation des prédictions.
390
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Diame (2020) rappelle que la littérature orale a véhiculé au fil de l’histoire, à travers
notamment les veillées villageoises et les événements qui jalonnent la vie de la communauté,
nombre de savoirs : l’histoire des généalogies, les traditions familiales, les formules du droit
coutumier, tout comme le rituel religieux et les règles de la morale. Elle reste donc le
témoignage vivant des usages qui rythment la vie quotidienne. Aujourd’hui encore plus
qu’hier, cette littérature orale vit et s’adapte aux transformations de la modernité. Pour autant,
l’on assiste de plus en plus à la disparition de certaines de ses formes très anciennes,
conséquence de la mort de ses grands apôtres : vieillards, vieux griots, gardiens des trésors de
ce précieux « patrimoine culturel ». Et cela doit interpeller chaque Africain soucieux de
l’avenir de son continent.
391
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
doivent relever. Force est de reconnaître que les plus compétents de la société traditionnelle
nigérienne restent les vieillards qui utilisent les langues locales pour enseigner les contes, les
fables, les légendes, etc. Aujourd’hui, il est grand temps que l’école moderne prenne la relève.
Nous recommandons que cela passe par l’intégration, dans les programmes d’enseignement,
des textes en langues nationales, que ceux-ci soient oraux, écrits ou transcrits, etc. Certes,
certains hommes politiques, nous dirions des valets de l’impérialisme occidental, y verront
« une provocation ou une menace à la langue française dont ils sont les garants ». Mais, il est
incontestable qu’une revalorisation de la culture nigérienne passe forcément par l’utilisation
des langues nationales à l’école à la fois comme objet et moyen d’enseignement et ce, du
Primaire au Supérieur.
Au vu de tout ce qui précède, nous recommandons donc une didactique intégrée des
langues nigériennes, reflet par excellence d’une culture typiquement nigérienne. N’étant pas
enseignés dans leurs langues, les élèves perdent une grande partie de leur culture au profit de
la culture française qui, au regard de ce que l’on peut appeler une perversion, semble ramener
les Français en arrière : mariage gay, lesbianisme, etc. Au Niger, il existe déjà un alphabet et
de signes phonétiques simples et pratiques. Des études préliminaires ont été faites dans des
écoles bilingues dont la première a ouvert ses portes en 1973 à Zinder et la seconde en 1976 à
Tillabéri. En effet, pour un meilleur enseignement/apprentissage de la culture nigérienne,
menacée de disparition avec la mort des grands dépositaires des savoirs, nous préconisons une
didactique intégrée des langues nationales avec l’introduction du haousa dans l’est et du
djerma-Songhaï dans l’ouest du pays, les deux premières langues, dans les classes de 4e, 3e et
Seconde. Durant les deux premières années (4e et 3e), l’accent sera mis sur la grammaire et la
conjugaison. Puis, en classe de Seconde, les élèves sont initiés aux méthodes d’enquête en
littérature orale : collecte, transcription, traduction, analyse et interprétations des textes
oraux notamment les contes, les épopées, les Fables et la poésie... Pour y parvenir, nous
recommandons deux séances de deux (2) heures par semaine en classe de 4e tout comme en 3e
et trois (3) heures de langue nationale pour la classe de Seconde comme suggéré à travers le
tableau ci-dessous.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Conjugaison
Analyse/interprétation 1 heure
Les genres préconisés pour atteindre les objectifs sont : l’épopée, la fable, le conte, la poésie.
Pour ce faire, les textes des auteurs de la littérature orale nigérienne sont à privilégier : Djado
Sékou, Tombokoye Tessa, Djéliba Badjé, Koulba Baba, Tinguizi Mabo, Seini Molo, Mundjo
Tamtalé, Souley Konko, Sogolo, Bouli Kegsi, Laki Tamtalé, Waybi Karma ... De même,
l’étude des héros qui ont marqué l’histoire du pays doit être inscrite au cœur du programme de
français. Nous faisons allusion à Issa Korombé, Hama Fandou, Oumarou Karma, Firoun,
Agaba, Sarraounia Mangou, Dan Kassawa, etc
Les thématiques recommandées pour relever le défi sont entre autres : la tolérance,
l’entraide, le patriotisme, la politique, la santé, l’éducation, la guerre, l’obéissance, la
discrétion, l’hospitalité, le respect des engagements, l’honnêteté, la serviabilité, la justice, la
reconnaissance, la bonté, l’amour, l’intelligence, la probité, etc. Pour aller plus loin, dans une
politique de décentralisation, des choix pourraient être faits au niveau de chaque région, voire
des départements et des communes. Ces choix sont formulés clairement par des organes
régionaux voire municipaux, en prenant attache avec les structures pratiques et les ONG plus
intéressées par les questions d'éducation. Faut-il l’admettre, l'État du Niger ne peut à lui seul
définir un statut des langues, formuler une politique linguistique et fournir les moyens pour
mettre en œuvre ces nouvelles orientations. Un changement des mentalités tant chez les élèves
et leurs parents que chez ceux qui détiennent les pouvoirs de décision devient une impérieuse
nécessité. Les résistances seront certainement tenaces mais pas invincibles. Il y a toujours des
raisons d’espérer. Étant donné que les langues nigériennes sont le reflet par excellence de la
culture nigérienne, ne pas enseigner les Nigériens dans leurs langues leur fait perdre une
grande partie de leur culture au profit de la culture occidentale qui, contre toute atteinte,
semble conduire les sociétés occidentales vers une perte des valeurs morales.
393
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
On peut aisément se rendre compte que les sources principales des dépenses éventuelles pour
une telle entreprise sont :
En somme, la scolarisation rapide est bien possible mais à condition qu’on accepte d’y
investir, et aussi qu’on révise complètement dans sa conception, sa structure, ses programmes,
le système d’éducation au Niger. La maîtrise des langues nationales est un atout et aussi un
préalable à une enquête sur la littérature orale. Force est d’admettre que les difficultés de
collecte et de conservation des genres oraux se heurtent très souvent au handicap des langues
locales qui, pour la plupart, ne sont pas écrites. En sus, en traduisant une langue, elle perd une
grande partie de sa « saveur ».
politiques les plus meurtriers qu’ait jamais connus le Niger, les touaregs ne s’en sont jamais
pris aux sonraïs encore moins aux djermas au nom du cousinage à plaisanterie. Le faire aurait
signifié rompre un pacte millénaire, ce qui est potentiellement générateur de malheurs. Mais,
ces touaregs reprochaient aux militaires de l’ethnie djerma-sonraï, braves, redoutables et
redoutés sur le champ de bataille, de s’attaquer à leurs cousins touaregs.
395
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
taquiner un vieillard mogobiri d’un certain âge. Le cousinage à plaisanterie est un cadre
d’échanges privilégié pour une conjuration de l’ethnocentrisme et de l’intolérance. Il s’agit
d’un garde-fou contre toute forme de dérapage physique. Les sociologues voient cette liberté
de parole comme un solide antidote aux conflits.
Les pratiques du cousinage à plaisanterie sont sans doute un moyen de désamorcer les
tensions entre ethnies voisines ou entre clans familiaux et par-là entre les élèves, selon
l'interprétation de l'anthropologue français, Marcel Griaule (1938). Il a désigné ce phénomène
comme une « alliance cathartique ». Le cousinage à plaisanterie est une pratique culturelle qui,
au-delà de la prévention et la gestion des conflits, constitue un élément fédérateur pour
construire une nation multiculturelle. Il écrit à ce propos que toute revendication qui a un
caractère ethnocentrique se transforme automatiquement en une négation de sa propre
appartenance à son groupe identitaire, et à une instrumentalisation pure et simple des membres
dudit groupe. Ainsi, loin de devenir un vestige, le cousinage à plaisanterie peut bien servir de
modèle pour mieux construire une nation multiculturelle. Les affrontements verbaux sont
analysés par les anthropologues comme des moyens de décrispation, de cohésion ou
réconciliation sociale, voire une pratique sacrée. La violation est considérée comme source de
malheur par les populations. Il faut distinguer la parenté à plaisanterie entre les membres de la
même ethnie de la parenté à plaisanterie inter-ethnique dépassant le plus souvent les frontières
du pays avec les mêmes ethnies se trouvant de l’autre côté de la frontière, dans d'autres pays.
Les ethnies sahéliennes sont « cousines » les unes des autres : c’est le cas entre les gourounsis
du Burkina Faso et du Ghana et les djerma-sonraï de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger).
Rappelons que la « parenté à plaisanterie » est un champ « en friche » qui reflète les
réalités socioculturelles de l’Afrique. C’est vers la fin du XXe siècle qu’elle a commencé à
intéresser les chercheurs en sciences sociales. Il s’agit d’une thématique dont la vulgarisation
est très favorable à la coexistence pacifique dans un monde où le matérialisme occupe le
sommet de la pyramide. En effet, dans la société actuelle, l’argent est perçu comme étant « la
clef qui ouvre toutes les serrures ». Dès lors, le pauvre devient jaloux du riche et le riche, lui,
se targue d’être un « élu de Dieu. Au service, le subalterne en veut au patron et les pays riches
aux pays pauvres. Notre monde est un monde de jalousie, donc de conflits divers. Nous
estimons que l’enseignement de la parenté à plaisanterie peut contribuer à moraliser les
396
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
hommes. Mais comment peut-on enseigner un savoir difficile à saisir comme le « cousinage à
plaisanterie » ?
Pour une meilleure prise en charge de l’enseignement du « cousinage à plaisanterie »,
l’enseignant peut diviser sa classe en petits groupes de cinq (5) élèves. En amont, nous avons
déjà évoqué la nécessité d’initier les élèves à l’apprentissage des langues nationales en vue
d’être plus proches des réalités socioculturelles du Niger. À chaque groupe d’élèves,
l’enseignant attribue un thème d’exposé portant sur l’origine du cousinage à plaisanterie entre
deux groupes ou sous-groupes donnés : Djerma/Sonraï ; Kanouri/Peul ; Kallé/Gollé,
Touareg/Sonraï, etc. Ceux-ci entreprennent une enquête auprès des vieillards, des griots, des
historiens, etc. Pour chaque cas, la charpente suivante peut servir de démarche à suivre en vue
d’une éventuelle présentation de la recherche devant ses pairs, sous la forme d’un exposé.
- Répartition des deux groupes ethniques sur le territoire national ;
- Origine du cousinage : parenté, amitié solide, mariage, bravoure, religion, etc. ;
- Manifestations du cousinage ;
- Principales règles à ne pas violer, etc.
Les résultats de la recherche sont communiqués à la classe lors d’un exposé présenté en classe
devant le professeur de français.
Exemples de thèmes d’exposé :
Thème 1 : La préservation des langues africaines face à l’initiation des enfants en langues
européennes dans les familles africaines.
397
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’enseignant invite un groupe d’élèves à faire des recherches sur l’importance de préserver les
langues locales tout e faisant aussi la promotion de la langue officielle. Le jour de la
présentation en classe, ils lisent trois textes relatifs au sujet, à la classe, présentent leurs
conclusions et demandent à leurs camarades d’y réagir.
Thème 2 : Un groupe d’élèves discutent du cas des Africains qui s’en vont vivre ailleurs dans
une autre culture que celle de l’Afrique.
Consignes : À quel point est-ce que cela signifie une perte d’identité culturelle ? À quel point
la langue française en souffre-t-elle ? Connaissez-vous des gens à qui cela est arrivé ? Des
membres de votre famille ? Vos parents ? Les élèves résument par écrit les points soulevés et
les conclusions auxquelles ils sont arrivés. Ils font ensuite une présentation devant le reste de
la classe et écoutent les commentaires des autres.
Thème 3 : Un groupe d’élèves cherchent des histoires qui portent sur le dépaysement culturel
en s’inspirant des œuvres lues et de leur propre expérience.
Thème 4 : Par le truchement des livres lus, un personnage du roman, les Bouts de bois de dieu
de Sembène Ousmane, semble connaître l’Europe, où il n’y a jamais mis pied, mieux que
l’Afrique, sa terre natale : Vous expliquerez quels dangers peut présenter une culture qui se
nourrit de livres plus que d’expériences vécues.
398
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
- Un pays peut-il se construire s’il n’existe pas un dialogue entre jeunes, vieux, adultes et
femmes ?
- En quoi le conflit, s’il est bien géré, peut-il être porteur de fruits positifs ?
- N’est-ce pas le prix à payer pour l’émergence de la démocratie en Afrique ?
Thème 8 : Comparaison entre le rôle de l’école au Niger et dans les autres pays francophones.
Un délai de deux semaines est accordé aux élèves pour préparer leurs exposés en vue d’une
éventuelle présentation en classe devant le professeur et leurs camarades.
Lors du déroulement d’une séance de lecture, il peut arriver que des thèmes pertinents
retiennent particulièrement l’attention du professeur ou celle d’un élève. Le professeur peut
même prévoir des thèmes de discussion dans sa fiche de préparation. Il est donc tout à fait
logique de s’y arrêter pour que les élèves échangent entre eux. Cette interaction didactique
appelée débat interprétatif a son mode d’organisation.
Rappelons que le thème choisi ne l’est pas au hasard. Il pose un problème de lecture. Il
s’agit, pour le professeur de français de poser une question centrée sur un obstacle à la
compréhension et à l’interprétation. Un temps de réflexion individuelle est imposé aux élèves.
Ensuite, il organise la confrontation des représentations en petits ou grands groupes et chacun
peut donner son interprétation. Il faut faire argumenter en s’appuyant sur des relectures
attentives tout en respectant les droits du lecteur et les droits du texte. Les délires interprétatifs
sont à écarter.
La morale enseignée peut servir pour cultiver la paix, l’harmonie, la tolérance, le sens
de la justice, de la responsabilité et de la solidarité chez les enfants. Le Sahel en a besoin en
ces moments critiques de son histoire. Des activités périscolaires avec les conteurs
traditionnels sont favorables aux apprentissages interculturels. Des ateliers de conte devront
être tenus : initiation à la mimique appropriée, aux intonations vocales. L’atelier d’écriture
peut être un outil complémentaire. Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication doivent contribuer aussi à l’amélioration de l’enseignement des genres oraux
en servant au filmage, aux enregistrements des veillées de conte dans un contexte traditionnel
comme l’ont recommandé des auteurs comme Puren, Yaméogo, etc. Les supports audio et
audio-visuels seront mis à la disposition des enseignants en vue d’une exploitation didactique
en classe de langue.
399
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Conclusion partielle
Il apparait clairement que les genres oraux présentent un intérêt pédagogique et
didactique incontournable, servant au développement des compétences langagières et à la
construction de l’identité culturelle de l’élève. Leur faible utilisation en classe de langue, la
méconnaissance de leurs stratégies d’utilisation, par les enseignants, et aussi l’intérêt porté par
les élèves servant à l’amélioration de leur niveau de langue française, nous ont conduits à
l’élaboration de cette proposition. Ils sont porteurs de codes sociaux et de valeurs morales que
tout peuple assimile. Les genres oraux restent insuffisamment exploités dans les classes.
Avec cette recherche doctorale, nous estimons avoir identifié quelques difficultés, obstacles
qui entravent la bonne marche du système éducatif nigérien en général et celle de la lecture
méthodique en particulier. Ces difficultés se sont accrues en ce début de XXIe siècle où la
baisse de niveau observée aussi bien chez les professeurs que leurs élèves est l’expression la
plus concrète. Nous énumérons d’abord quelques obstacles à la bonne marche de l’école
nigérienne avant de proposer des solutions envisageables.
400
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
• L’absence d’assiduité et de ponctualité observée chez les agents de l’État que sont les
enseignants. Nous avons observé, par exemple, des cours qui ont duré 30 :mn. Pour
expliquer cela, il y a deux cas de figure : soit le professeur arrive en retard, soit il se
précipite pour finir son cours avant la fin de l’heure. Les chefs d’établissement nous
expliquent que c’est pour aller faire la vacation au privé où ni les absences non justifiées ni
les retards ne sont tolérés.
• La politisation de l’administration où la compétence n’est plus un critère pour
« distinguer » les agents de l’État. Ce qui importe, c’est la coloration politique.
L’administration n’exerce aucun droit sur eux sous peine de s’exposer à la « foudre » de
leur « protecteur ».
• Le « statut précaire » du contractuel qui est tout sauf un enseignant « complet » dans
l’imaginaire des Nigériens. La société a une mauvaise image de lui : il ne mérite ni respect,
ni considération chez les parents et leurs enfants encore moins chez ses collègues
enseignants titulaires.
• Le non-respect de la hiérarchie doublé d’une mauvaise collaboration surtout chez les
femmes.
• L’absence de recyclage afin qu’ils soient à jour du moment où les pratiques pédagogiques
et didactiques sont dynamiques.
• Le programme d’enseignement du français qui a vu le jour en 2015 es aussi jugé non
conforme aux réalités locales et aux exigences liées au développement des sciences
pédagogiques et didactiques actuelles.
• La contractualisation n’a pas été bénéfique au système. C’est en tout cas l’appréciation
qu’en font 60,15 % des enseignants et 90,28 % des encadreurs pédagogiques.
• L’insuffisance des structures d’accueil des élèves et leurs enseignants que l’État doit
construire en quantité et en qualité revient aussi très souvent sur les lèvres. À titre
d’exemple, dans une classe de seconde A, en paillotte, d’un établissement relevant du
quatrième arrondissement de la capitale (DDEN Niamey IV), nous avons compté, au mois
d’octobre 2022, 143 élèves alors que la norme est de 45 élèves au Niger. Ces classes
pléthoriques ne sont pas favorables à un enseignement/apprentissage de qualité.
• Des problèmes ont été repérés chez les enseignants eux-mêmes en l’occurrence : le peu de
temps disponible pour les élèves ; le cloisonnement des activités d’apprentissage ; le peu
401
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
402
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
culture générale. Le souci de l’enseignant doit être plus orienté vers la transmission des
savoirs à ses élèves et non vers des projets chimériques. C’est en sachant distribuer
équitablement la parole à ces innocents qui lui sont confiés qu’il les rend artisans de leur
propre formation. Il convient de préciser que les méthodes d'enseignement se sont heurtées à
une farouche opposition voire agressive de la part des enseignants d’un certain âge et aussi
chez ceux d’une nouvelle génération qui les trouvent souvent très contraignantes.
Si l’on veut que les élèves réussissent, il faut faire l'effort de limiter les effectifs dans
ces classes en construisant suffisamment des salles de cours. Aussi faut-il y mettre des
enseignants qualifiés, ayant le profil, le courage, la volonté et le goût du travail bien réussi. À
ce prix, nous osons espérer que les taux de réussite seront rehaussés à tous les niveaux. Sans
entrer dans une diatribe enflammée avec les concepteurs des programmes, nous dirions
volontiers à propos des méthodes préconisées qu’elles doivent être « revisitées ». En effet, les
lacunes constatées sont le plus souvent dues à une mauvaise compréhension ou interprétation
des théories : pédagogiques, didactiques, psychologiques, littéraires, linguistiques, etc. La
méconnaissance de ces théories conduit inévitablement à une application maladroite d’où
l’impérieuse nécessité de recycler les enseignants afin d’actualiser leur formation. Aussi, tout
le monde s’accorde à dire que les méthodes s’appuyant sur des données scientifiques gagnent
beaucoup plus en efficacité. Certes, ces théories ont connu, au cours de l’histoire de
l’enseignement du français, des « hauts et des bas, des percées et des reculs », de « gloire » et
de « déshonneur », pour autant, l’on peut retenir quelques méthodes, stratégies et approches
d’enseignement consensuelles comme : la méthode active, l’APC, le socioconstructivisme, le
décloisonnement, etc.
Faut-il le rappeler, les pédagogues sont unanimes là-dessus : une méthode ne saurait
être imposée à tous mais le simple bon sens, au sens cartésien du terme, nous amène à voir que
l'évolution actuelle de la pédagogie incline vers la recommandation d'une méthode active :
vivante, attrayante, pratique et féconde. Ici, l'élève doit jouer un rôle très actif dans le
développement de ses qualités intellectuelles et autres. L'objectif global de l'éducation est de
doter chaque élève de fondements intellectuels, pratiques et moraux très solides qui lui
serviront de base pour son épanouissement. En conséquence, le système éducatif nigérien doit
s'efforcer de proposer un programme complet d'études et d’activités pour promouvoir un
développement complet et harmonieux de chaque élève. Pour ce faire, nous recommandons
403
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
pour la classe de Seconde, la lecture des textes courts : contes, fables, nouvelles, poésie, etc.
L’étude de l’œuvre intégrale -roman, poésie, théâtre, etc.- doit intervenir en classe de Première
pour être plus approfondie dans celle de la Terminale.
En sus, nous recommandons très vivement aux dirigeants de l’AES (Alliance des États
du Sahel) l’enseignement du cousinage à plaisanterie dans les classes du lycée en adoptant une
démarche interculturelle commune dans l’espace AES. Pour ce faire, il n’est pas inutile
d’exhorter, dans le contexte actuel où l’insécurité défraie la chronique dans les pays du Sahel,
les enseignants, les écrivains, les chercheurs à apporter leurs contributions en produisant des
textes ayant pour thèmes phares : la liberté, le patriotisme, la fraternité entre les peuples,
l’humanisme, la bravoure, l’esprit de la citoyenneté notamment (l’histoire du pays), les valeurs
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
sociales et culturelles, l’acceptation de l’Autre dans sa différence etc. Ces textes doivent être
enseignés à tous les niveaux en l’occurrence de l’école primaire à l’université. Pour y arriver,
nous recommandons une uniformisation de tous les programmes d’enseignement dans l’espace
AES. Les enseignants auront pour tâche de sensibiliser, moraliser les élèves et les étudiants.
Ils raisonneront aussi toute cette partie de la jeunesse africaine menacée par la perversion
occidentale. Les occidentaux ont dressé certains jeunes contre leurs propres frères qu’ils
prennent pour cibles. Les enseignants leur expliqueront que l’Afrique noire en général et le
Sahel en particulier, pour se développer, ne peut encore compter que sur ses enfants et le seul
obstacle à cet épanouissement, c’est l’homme blanc qui cherche à tout prix à les diviser pour
mieux les exploiter. Toutefois, l’on ne peut que s’en réjouir : l’Afrique noire est en train de se
réveiller de sa léthargie. Il faut leur faire comprendre également l’intérêt de l’hospitalité
légendaire des Africains qui dans un passé très récent ne connaissait ni ces frontières
artificielles, ni ces hôtels ou encore les titres de séjour. À cette époque-là, l’Africain qui
voyage en Afrique est hébergé dans la première concession du village sur laquelle il tombe et
souvent, il est même reçu dans la cour du Roi où il est traité avec tous les honneurs possibles.
Il y est reçu comme un membre de la famille qui peut y rester autant de jours qu’il voudra. Le
Blanc est venu, malheureusement un jour pour créer la haine et l’inimité entre les Africains.
405
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
établissements scolaires situés en zone rurale. Dans ces milieux, les moyens de déplacement
sont souvent rarissimes et pour s’y rendre, il faut attendre les jours de marché hebdomadaire
pour emprunter les taxis de brousse. Au demeurant, les pistes reliant les villages entre eux sont
impraticables. Et justement pour y faire face, nous avons prolongé le séjour sur le terrain et
mis à profit l’évaluation des professeurs du secondaire qui a lieu à la même période pour
rencontrer davantage d’enseignants dans cette zone. Cette stratégie a permis d’atteindre les
quotas de professeurs en intégrant quelques-uns en poste dans des établissements qui n’étaient
pas programmés.
406
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
justement par des rendez-vous non respectés, des parties de questionnaires non renseignées, le
refus de remettre le questionnaire à temps, etc. Nous étions obligé de remplacer certains
professeurs qui ont refusé de ramener les questionnaires, par d’autres collègues plus
disponibles et sympathiques. Il convient de souligner aussi que nombre d’enseignants ne
savent pas remplir ou ne remplissent pas du tout les cahiers de textes. À cela s’ajoute la
réticence de certains chefs d’établissement par rapport à la consultation des cahiers de textes.
Il arrive de tomber souvent sur des établissements scolaires où les cahiers de textes ont été
endommagés soit par les termites, soit par les eaux de pluie et dans le pire des cas ils ont
complètement disparu.
Sur un tout autre plan, le manque de temps ou l’absence de certains responsables
administratifs et pédagogiques, le refus de la communication et du partage, le soupçon, etc.
ont aussi contribué à rendre la mission beaucoup plus délicate que prévue. À titre d’exemple,
pour avoir l’annuaire statistique de l’année scolaire 2021-2022, il nous a fallu attendre la fin
du mois d’octobre 2022. Et cela n’a été possible qu’avec l’utilisation de nos propres relations.
1.30.4 Le recueil des données : une « étape dissuasive » dans la recherche
Comme pour toute recherche scientifique, le recueil des données est l’étape la plus
décisive. La plupart des difficultés ont été rencontrées justement à cette étape car d’une part,
nous ne sommes pas aguerris dans la recherche en sciences sociales et de l’autre, la
manipulation de l’outil informatique nous a posé problème lors du traitement des données
informatisées. Il nous a fallu avoir recours à un informaticien qui nous a beaucoup aidé.
Conséquemment, la garantie d’anonymat qui a guidé notre conception du questionnaire a
constitué pour nous un véritable obstacle pendant le dépouillement que nous étions obligé de
reprendre avec l’informaticien. Aussi, certaines informations ont été omises, peut-être de
façon volontaire ou involontaire par les répondants. Ainsi par exemple six (6) enquêtés n’ont
pas précisé leur profil et trois (3) autres n’ont pas donné le nombre d’années d’expérience.
Comme le questionnaire ne comporte aucune mention sur l’état civil du répondant, et du fait
de l’anonymat que nous voulons préserver, nous nous en sommes tenu aux réponses fournies.
En définitive, convaincu du fait que la recherche ne se fait pas sans embûches, ces
difficultés multiples et multiformes n’ont fait que renforcer notre expérience étant donné que
nous nourrissons beaucoup d’ambitions pour la recherche en didactique des langues-cultures.
Nonobstant ces quelques difficultés, nous avons quand même pu aboutir à des résultats
407
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Ce travail de recherche doctorale ne fait pas l’exception quant aux limites qui la
caractérisent. Ainsi, force est d’admettre que plusieurs facteurs peuvent influencer
naturellement les résultats. Malgré toutes les mesures de précaution prises pour éviter les
éventuels obstacles (anonymat, révisions et consultation de professionnels), nous ne pouvons
confirmer l’idée que tous les résultats obtenus lors des enquêtes correspondent
incontestablement aux « pratiques déclarées », au sens de Clanet (2007). Entendons par
« pratiques déclarées » tout ce que les enseignants ont eu à dire sur leurs propres pratiques de
classe. La fiabilité de leurs propos (professeurs et élèves) peut donc être mise en cause car l’on
n’a pas les moyens de les vérifier même si à propos de certains points, nous les avons vus à
l’œuvre notamment lors des observations de classe in situ. Les questionnaires adressés aux
élèves n’ont pas permis de relever véritablement le niveau de connaissance qu’ils ont en
culture littéraire. L’on aurait pu leur demander par exemple un résumé succinct de chaque
œuvre ou leur poser des questions spécifiques sur son contenu. Nous sommes convaincu qu’il
peut avoir un décalage entre les réponses et les connaissances de ces élèves sur les œuvres lues
et les œuvres étudiées en classe avec leurs professeurs. En outre, un outil de production de
données comme les entretiens peut générer aussi plusieurs insuffisances : ce que disent les
enquêtés ne peut pas être assimilé à la parole de l’Évangile. En clair, le recueil d’informations
choisi, avec des instruments divers, offre des données multiples et complexes dont la
confrontation pour aboutir à des conclusions générales n’est pas chose aisée pour le chercheur
« novice » que nous sommes. Cela nécessite naturellement un temps relativement suffisant
mais aussi des compétences en interprétation. Or, la formation que nous avons reçue en faculté
(Littérature générale et comparée : LGC) est différente de celles des sciences sociales. En plus,
si la recherche avait porté sur l’ensemble des huit régions du pays, nous allions être plus à
l’aise pour faire des rapprochements plus intéressants entre les résultats obtenus auprès des
personnes concernées par l’étude. En tout état de cause, nous émettons le vœu que d’autres
chercheurs pourront développer cette étude en élargissant leur champ de recherche et surtout
en ciblant d’autres objectifs spécifiques. Eu égard à tout ce qui précède, nous suggérons de lire
408
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
les résultats avec prudence car d’autres informations pourraient émerger au cas où nous
mènerons par exemple d’autres recherches complémentaires. Au niveau du questionnaire
destiné aux enseignants également, nous n’avons pas suffisamment insisté sur certains aspects
de leurs pratiques qui auraient pu permettre une description plus éclairante. Nous pensons au
contenu du cours d’histoire littéraire, à comment se pratiquent les exposés, de même qu’à leur
contenu ou celui des autres activités comme la lecture d’œuvre intégrale, le commentaire
composé, etc. La seconde limite de cette étude est que nous n’avons pas expérimenté la
démarche d’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique que nous avons proposée
afin de corriger les insuffisances. La troisième et dernière limite que nous relevons est que les
observations de classe ont porté essentiellement sur une trentaine de séances observées dans
les établissements du second cycle de l’enseignement général. L’enseignement du français au
franco-arabe et dans les écoles professionnelles et techniques n’ont pas été concernés par
l’étude. Nous nous sommes donc intéressé exclusivement aux séries de l’enseignement
général.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
CONCLUSION GÉNÉRALE
410
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Dans le souci de donner plus de crédibilité à cette étude, nous avons eu recours à
411
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
L’étude aura révélé qu’après huit années de mise en œuvre des nouveaux
programmes d’enseignement au second cycle du secondaire (2015-2023), l’approche de la
lecture méthodique a encore du « plomb dans l’aile ». Elle ne fait point l’unanimité chez les
enseignants de français. Il est à noter que le programme de français de 2015, censé apporter
un changement notoire dans la qualité des enseignements/apprentissages, n’a pratiquement
rien changé dans les pratiques enseignantes. Une lecture en diagonale du programme de
2015 amène le lecteur à remarquer que, mis à part les contenus d’enseignement qu’il
présente, il a la prétention de jouer aussi le rôle de guide pédagogique. Il a ses forces et ses
limites qui sont nombreuses et diverses. On peut citer au nombre des insuffisances de ce
programme : la suppression d’un objet d’enseignement aussi précieux que le genre théâtral
dans le programme de Seconde A, en série littéraire et dans toutes les séries scientifiques. De
même, le chapitre sur la communication dans les classes de Seconde a été retiré de la liste
des objets d’enseignement. Au demeurant, l’analyse du programme montre que les textes
proposés sont puisés de la prose africaine, reflétant fortement la culture africaine au
détriment de la culture étrangère. Certes, cela est un bon signe même si ce n’est pas
favorable à une démarche interculturelle plus large où l’on assistera par exemple à un
rapprochement entre les cultures africaines et occidentales. Force est de constater que la
démarche d’enseignement de la lecture préconisée dans les classes du lycée n’est pas
favorable, en tout cas de façon ouverte, à une démarche interculturelle. En effet, seul un
412
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
travail de fond abattu par un enseignant « chevronné, expert » peut amener à voir en filigrane
les indices susceptibles d’amener l’analyste, professeur ou élève, à s’inscrire dans la
perspective interculturelle. Pour autant, les allusions à la culture sont omniprésentes dans les
finalités, les objectifs généraux et dans les exigences des exercices de discussion et de
lecture. C’est ce que reflètent les thèmes de la littérature africaine dans lesquels se moulent
les manuels dits de Littérature africaine. Quant aux littératures étrangères, elles occupent
une place peu enviable dans le nouveau programme. Mais toujours est-il que le professeur
chevronné peut lui-même choisir des textes pouvant lui permettre de s’inscrire dans une
démarche interculturelle.
Les résultats issus de l’analyse des contenus des cahiers de textes révèlent que la
démarche de la lecture méthodique est loin de faire l’unanimité chez les professeurs de
français. Ainsi, seulement 15 % d’entre eux connaissent et respectent convenablement la
démarche de la lecture méthodique. Le taux restant d’entre eux éprouve des difficultés pour
conduire convenablement une telle leçon. En outre, les démarches suivies sont aussi
nombreuses que disparates et décousues. Si le programme, malgré son souci d’être le plus
complet possible, ne préconise pas ouvertement la démarche interculturelle, la consultation
des cahiers de textes, elle, montre que la didactique de l’interculturel est bien en vigueur, en
contexte nigérien, même si elle demeure encore au stade embryonnaire : les cours dispensés
par certains professeurs reflètent bien des velléités d’une démarche interculturelle. Le texte de
lecture méthodique est favorable à la construction d'une compétence interculturelle qui ne
serait pas seulement réduite à des compétences culturelles atomisées mais qui reposerait plutôt
sur des habiletés, des savoir-faire, des manières d’être, etc. Vu la démarche suivie en lecture
méthodique, l’on peut catégoriser les professeurs de français en trois générations ayant
chacune ses convictions propres : la génération d’avant la Conférence nationale souveraine
(1991), celle de l’après conférence (1991-1998) et celle des contractuels (de 1998 à nos jours).
Partant des résultats issus des différentes analyses/interprétations des cahiers de textes, l’on
peut également classer les types de savoirs enseignés, selon les professeurs, en différentes
catégories d’ancrage : linguistique, culturel, thématique, etc.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
justement que ce sont seulement 15 % d’entre eux qui ont entrepris des études supérieures au
département de français. Le plus grand nombre vient d’autres filières comme la sociologie (48
%) ou la linguistique (30 %). Cela laisse présager qu’ils sont devenus des professeurs de
français au hasard des circonstances et non par vocation. Dès lors, l’on ne peut attendre d’eux
des prestations de qualité. Ils n’hésitent pas d’ailleurs à quitter l’enseignement dès qu’une
nouvelle opportunité s’offre à eux. Il est donc intéressant d’étudier ce que disent faire les
praticiens même s’ils « ne font pas exactement ce qu’ils disent faire » comme l’a si bien
remarqué (Clanet : 2009). Ainsi, l’analyse des différentes réponses données par les professeurs
montre qu’il existe un écart considérable entre ce qu’il est recommandé de pratiquer et la
réalité de la classe. Il ressort effectivement des analyses que l’intégration des approches
pédagogiques dans les pratiques enseignantes ne se fait pas d’une façon identique et générale.
Ainsi, les résultats montrent que l’application de l’approche interculturelle, en classe de
français au Niger, reste encore floue. Et pour nombre de professeurs de français, cela est dû à
son inscription peu claire dans les programmes officiels et dans les formations qui la passent
sous silence.
Pour ce qui concerne les « pratiques constatées », nous avons restreint notre travail à
une observation de trente (30) séances de lecture afin de découvrir la co-construction des
savoirs chez les élèves et leurs professeurs. Au cours de ces observations, nous avons tenu à
nous baser sur des faits réels et observables en regardant uniquement nos transcriptions
focalisées sur l’interaction didactique dans l’espace classe. Nous nous sommes donc limités à
ce qui se produit durant la séquence d’enseignement/apprentissage de la lecture. Il n’a pas été
question d’analyser le processus interne de construction des savoirs chez les élèves mais les
observations étaient basées sur les interactions professeur-élève(s) et élèves-professeur avec
pour toile de fond la démarche interculturelle. Ainsi, le repérage des interactants, la manière
dont s’installent les interactions, de leur contenu et leur forme…, ont permis de faire une
caractérisation fine des pratiques dont la conclusion est que les élèves et leurs enseignants ne
disposent pas de compétences littéraires, pédagogiques et didactiques nécessaires pour mieux
appréhender les textes littéraires. De tous les professeurs, un seul (soit 04,34 %) a fait montre
d’une démarche interculturelle exemplaire, avec ses élèves. Le texte est titré « Femme noire »,
le fameux poème de Senghor tiré de Chants d’ombre (1945).
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Les résultats issus des observations de classe montrent que la gestion de la classe, la
maîtrise de la langue écrite et orale et la méthode pédagogique privilégiée étaient les grands
défauts qu’on retrouve chez les professeurs de français. Cela vient corroborer les conclusions
auxquelles a abouti une étude du Ministère de l’éducation nationale (MEN : 2020), à savoir
que les professeurs de français du second cycle ne disposent pas de compétences littéraires
requises en expression écrite et orale. Par conséquent, ils ont du mal à appréhender les textes
littéraires. Cela confirme, donc, notre deuxième hypothèse de recherche qui a consisté à dire
que les élèves comme leurs professeurs ne sont pas en mesure d’appréhender correctement un
texte littéraire.
L’analyse des réponses recueillies auprès des élèves montre également que les
professeurs ne disposent pas de compétences nécessaires pour exploiter un texte littéraire.
Cela a pour conséquence des difficultés de compréhension chez les élèves dont certains voient,
dans l’apprentissage de cette langue, une contrainte voire de l’ennui. Ainsi, plus de la moitié
des élèves (52 %) aiment le français parce qu’il s’agit de la langue officielle et seulement 15
415
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
% s’y intéressent parce qu’elle donne accès à une promotion sociale. Un goût d’inachevé si
l'évaluation des élèves est passée sous silence dans un sujet aussi important que
l’enseignement de la lecture. Dans tout acte pédagogique, l’évaluation est une nécessité et le
processus d'évaluation doit être intégré à celui d'enseignement/apprentissage. En effet, les
résultats de l’étude montrent effectivement que la culture d'évaluation fait cruellement défaut à
l'ensemble du système éducatif en général et à la lecture méthodique en particulier. Or, elle
mérite d'être installée dans tout dispositif d'enseignement. Le fort taux d’échec, observé chez
les élèves en commentaire par exemple et même en dissertation, découle en grande partie de la
non maîtrise de la lecture. L’étude aura révélé également que 55 % des professeurs disent
n’avoir jamais évalué la lecture méthodique, 15 % l’évaluent par l’intermédiaire du
commentaire composé et 25 % estiment que les questions posées au cours de l’exploitation du
texte constituent déjà une forme d’évaluation d’où l’intérêt de mesurer la place de la lecture
dans leur formation initiale et continue.
Sur un tout autre aspect, les personnes interviewées n’ont pas manqué aussi de relater
tous les manquements qu’ils ont constatés dans l’ensemble du fonctionnement du système
éducatif en général et particulièrement en lecture méthodique. Ainsi, la baisse « drastique » du
niveau des élèves qui s’amenuise d’année en année était le point d’orgue de leur intervention
car l’instruction d’un homme se mesure couramment par sa capacité à lire et à écrire. Or, la
plupart (85 %) des élèves des établissements visités ne savent « ni lire ni écrire ». Cela est lié,
d’abord et avant tout, au système de contractualisation, laissent entendre le plus grand nombre
des personnes enquêtées (85%). Ils estiment également que le passage automatique des élèves
d’une classe à une autre, la profusion des établissements privés qui « volent la vedette » à
l’école publique, le manque de profil des enseignants, la fraude et la corruption pendant les
concours et autres évaluations externes, les classes pléthoriques, etc. font partie des
déterminants fondamentaux qui portent atteinte à la bonne marche de l’école nigérienne.
C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle un grand nombre d’acteurs clés de l’éducation (élèves,
enseignants et responsables pédagogiques) sont peu favorables aux nouvelles méthodes
d’enseignement préconisées par les nouveaux programmes. En lecture méthodique, la
quatrième colonne du tableau à quatre entrées, par exemple, est réservée à l’interprétation des
indices textuels retenus. Selon eux, un tel exercice requiert, incontestablement, des
connaissances solides dans le domaine. Il arrive que cet exercice cause du tort même à certains
416
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
professeurs de français et pas des moindres. Faut-il le rappeler, les personnes interviewées ont
souhaité passer sous silence la réponse à la question relative à la démarche interculturelle car
le concept leur semble étranger.
Cette recherche a permis de comprendre que les problèmes de la lecture ne sont pas
résolus avec la révision du programme en 2015 et par conséquent, les réflexions doivent se
poursuivre encore davantage, en vue de rendre le système éducatif nigérien beaucoup plus
performant et susceptible de répondre à l’attente des Nigériens. Les résultats issus de
l’analyse des données recueillies montrent que la persistance de la faiblesse du niveau des
élèves en lecture est due à d’innombrables facteurs. Ces facteurs découlent, pour la plupart,
des politiques éducatives ou reformes mises en œuvre par l’État et pratiquées dans le
secondaire. Et cela sans compter le profil de l’enseignant et de l’apprenant qui jouent aussi
un rôle déterminant dans le rendement (interne et externe) et la réussite scolaire. L’étude
montre, de manière spécifique, que le refus de la mise en application intégrale des nouveaux
programmes par les enseignants a plusieurs degrés d’explication : l’absence de documents
d’accompagnement, le manque de formation des enseignants sur la lecture méthodique, les
lacunes du programme, etc. Quant à l’apprenant, il doit être à mesure de mettre en relation ce
document ou ces comportements avec d'autres comparables dans son groupe social : ce
chemin est celui de la didactique de l’interculturel. À ce sujet, l’on doit dire que le choix du
texte est capital. Quel que soit le type de texte ou le genre d'extrait choisi, il importe qu'il
soit motivant, adapté, de longueur raisonnable et de préférence d'auteur peu connu du grand
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
public. Il est utile de rappeler que le choix des textes de lecture doit tenir compte aussi des
intérêts et des motivations des élèves car « véhiculant les intérêts et les fantasmes des
apprentis lecteurs » que sont les élèves. Pour apprendre à lire aux adolescents du lycée, il
n'est pas absolument nécessaire de les considérer comme des individus qui ont tout à
apprendre, ni de les obliger à lire des histoires qui ne tiennent point compte de leurs réalités
et de celles de leurs parents ou de leurs milieux. Les objectifs visés, à travers la leçon de
lecture méthodique, étaient d’amener les élèves à : diversifier les formes de lecture, acquérir
des connaissances sur les genres et les sources culturelles, accéder pleinement au « plaisir de
lire » comme dirait Barthes (1974). Au demeurant, les apports théoriques obtenus resteront
vains s’ils ne sont pas pris en considération.
Il est important d’éviter ce qu’on appelle le piège des « illusions pédagogiques » et
donc de faire régulièrement le point sur la méthode pédagogique qu’un acteur ou une
institution valorise à un moment précis. Il convient de rappeler que les enseignants ont
souvent recours à plusieurs méthodes pédagogiques : expositive, démonstrative,
interrogative, de découverte et expérientielle. Elles sont pratiquées dans une séquence
pédagogique soit individualisée soit en nombre restreint ou en grands groupes avec la
médiation d’outils pédagogiques et des rôles des acteurs bien différents. En sus, des
pratiques pédagogiques, comme l’explication linéaire, révolues existent encore chez certains
professeurs. Une telle approche ne favorise nullement l’autonomie et n’encourage point la
participation active des élèves. La conséquence est que beaucoup d’élèves se trouvent en
situation de dépendance et d’automatisme voire de dépaysement lorsqu’ils se retrouvent
seuls, par exemple, en face d’un texte de commentaire composé. Finalement, l’on comprend
avec aisance pourquoi l’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique hante
beaucoup l’esprit des responsables de l’éducation et dérange, de façon générale, tous les
acteurs du système. Il dérange tant et si bien qu’il a conduit à de nombreuses réformes et à
l’élaboration de nouveaux programmes d’enseignement. Les problèmes ne sont pas pour
autant résolus et les réflexions se poursuivent encore, en vue de rendre le système éducatif
nigérien beaucoup plus performant. Tout laisse à croire que le pays doit encore se frayer un
nouveau chemin beaucoup plus favorable à l’enseignement/apprentissage de la lecture qui a
du mal à répondre aux attentes du peuple nigérien. Il est important de rappeler aussi aux
concepteurs des programmes que : un programme ne se résume pas à des contenus, mais
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
comporte aussi des capacités à initier ou à développer afin d'assurer une formation
intellectuelle satisfaisante. L'acquisition de connaissances et la construction de capacités
vont de pair. En français, dans le secondaire, l’objectif est de former des « têtes bien faites »
et non pas des « têtes bien pleines », de former des citoyens intègres et non pas des
spécialistes de la littérature française. Au regard de tout ce qui précède, nous sommes d’avis
avec ces Instructions officielles (IO) des années 20 qui soulignent : « Dans la hiérarchie des
disciplines qui sont l'objet de notre enseignement primaire, la lecture est incontestablement
celle qui doit tenir la première place (...). L'enfant ne peut rien apprendre s'il ne sait pas lire ;
il n'apprend rien volontiers s'il ne sait pas lire aisément... Il faut lui donner le plus vite
possible l'habitude de lire sans effort... » (I.O. de 1923). Et celles de 1928 de conclure : «
L'objectif est de conduire chacun, dès l'école et pour toute la vie, à vouloir lire, à savoir lire,
à aimer lire. »
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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l’Éducation.
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- CRÉPIN, F., LORIDON M., POUZALGUES-DAMON E. Français, Méthodes et
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- FOUET, F. & RENAUDEAU, R. (1988), Littérature africaine (Le déracinement), Dakar :
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9. OUVRAGES PÉDAGOGIQUES
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10. WEBOGRAPHIE
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2.4.7 L’approche (inter) culturelle comme une nouvelle donne dans l’appréhension des textes littéraires
……………………………………………………………………………………………………………..111
2.4.8 Place de la compétence (inter) culturelle dans l’enseignement de la lecture.................................113
2.4.9 Les risques de l’approche interculturelle.......................................................................................114
CHAPITRE III : ADOSSEMENT THEORIQUE, ORIENTATION PEDAGOGIQUE,
DIDACTIQUE ET MÉTHODOLOGIQUE............................................................................119
3.1 L’adossement théorique.......................................................................................................119
3.1.1 Choix d’une théorie de l’enseignement/apprentissage de la lecture..............................................119
[Link] Le modèle constructiviste de Piaget.....................................................................................120
[Link] L’approche socioconstructiviste de Vygotski......................................................................120
[Link] La théorie des situations didactiques de Brousseau.............................................................122
[Link] L’approche interculturelle chez Clanet et Bationo...............................................................122
3.1.2 Des approches pour caractériser le dialogue didactique................................................................123
[Link] L’interaction didactique : une possible coopération entre professeurs et élèves..................127
[Link] La relation professeur-élèves : un duel aux effectifs inégaux..............................................130
3.2 Orientation pédagogique......................................................................................................131
3.2.1 Les Stratégies, méthodes et modèles pédagogiques.......................................................................132
[Link] Les stratégies pédagogiques.................................................................................................132
[Link] Les méthodes pédagogiques.................................................................................................133
[Link] Le modèle pédagogique ou de transmission.........................................................................133
[Link] Les méthodes actives............................................................................................................136
3.2.2 Situations pédagogiques et motivation de la classe.......................................................................138
[Link] Situations pédagogiques.......................................................................................................138
[Link] La motivation ou posture d’apprentissage............................................................................140
3.3 Orientations didactiques.......................................................................................................143
3.3.1 La didactique des langues à l’ère de la mondialisation..................................................................143
[Link] Panorama des approches didactiques du texte littéraire.......................................................147
[Link] Les stratégies d’enseignement et d’apprentissage de la lecture...........................................147
[Link] Quelques stratégies d’apprentissage.....................................................................................150
[Link] Autres stratégies gagnantes..................................................................................................151
3.3.2 Structures séquentielles, choix des textes attractifs, démarche de la lecture méthodique.............154
[Link] Structures séquentielles........................................................................................................154
[Link].1 La structure narrative.......................................................................................................154
[Link].2 La structure descriptive....................................................................................................155
[Link].3 La structure argumentative..............................................................................................155
[Link] Le choix des textes attractifs comme gage d’une exploitation de texte réussie...................156
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[Link] Différence entre investissement actuel en lecture méthodique et celui d’avant les
programmes de
2015…………………………………………………………………………………………………274
[Link] Les documents personnels sur la lecture méthodique..........................................................274
[Link] Difficultés rencontrées dans l’enseignement de la lecture méthodique...............................275
[Link] Du temps consacré à la lecture méthodique.........................................................................276
[Link] L’évaluation des élèves en lecture méthodique....................................................................276
[Link] Critères de choix du texte destiné à la lecture méthodique..................................................277
[Link] Appréciation des prestations des élèves en lecture méthodique...........................................278
[Link] Les types d’erreurs fréquentes dans les travaux des élèves en lecture méthodique.............278
[Link] Le meilleur mode de lecture pour les élèves........................................................................279
[Link] De la prise en compte des observations faites par les responsables pédagogiques..............280
[Link] La lecture méthodique perçue comme un calvaire par les enseignants................................280
[Link].1 Le programme de français de 2015 n’est pas adapté au contexte actuel du Niger........281
[Link].2 Les textes des manuels proposés par le programme sont tous à la portée des élèves....281
[Link].3 Les textes privilégiés au programme d’étude................................................................281
[Link].4 Perspectives pour une meilleure prise en charge de la démarche interculturelle en lecture
méthodique 282
5.4 Analyse des données et interprétation des réponses données par les élèves........................282
5.4.1 Culture littéraire des élèves............................................................................................................283
5.4.2 Le genre littéraire préféré des élèves.............................................................................................284
5.4.3 Les trois romans de la littérature africaine les plus aimés des élèves............................................285
5.4.4 Une œuvre française lue pour chacun des trois genres majeurs de la littérature cités ci-dessus tout
en précisant les noms de leur auteur et le thème principal abordé dans l’œuvre.........................................287
5.4.5 Un roman africain qui vous rappelle (ressemble à) un autre roman français dont l’auteur se serait
inspiré...........................................................................................................................................................287
5.4.6 Rapprochement entre Sous l’orage de Seydou Badian Kouyaté et Camisole de paille d’Adamou
Idé
……………………………………………………………………………………………………………..288
5.4.7 Aspect linguistique.........................................................................................................................288
5.4.8 Aspect privilégié lors de la lecture.................................................................................................288
5.4.9 Les difficultés auxquelles sont confrontés les élèves lors de la lecture méthodique.....................289
5.4.10 Les problèmes liés à la maîtrise de la langue française.............................................................291
5.4.11 Le contrôle de la lecture méthodique........................................................................................292
5.4.12 Lecture méthodique et commentaire composé..........................................................................293
5.4.13 L’exercice du bac préféré..........................................................................................................293
5.4.14 Les textes ou thèmes préférés et leur origine............................................................................294
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ANNEXES
Nota Bene : Ce questionnaire est élaboré dans un cadre purement scientifique. Il vise à
recueillir des informations sur la problématique de l’enseignement-apprentissage de la
lecture au lycée. Ces informations seront traitées dans l’anonymat total. Nous vous
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Consigne : veuillez remplir les espaces et/ou cocher les cases selon le cas.
I. Identification du professeur
Diplôme……………….........................Formation
universitaire…………….............................
Ancienneté : …………Niveaux tenus : …… Statut : T 󠅹󠅹 CE 󠅹 󠅹󠅹 ASCV 󠅹󠅹
Si oui
o Lecture méthodique (ou expliquée) 󠅹 󠅹󠅹
o Cours théoriques suivis d’exercices d’application 󠅹󠅹 󠅹
o Pratiques de textes 󠅹en classe 󠅹 󠅹 󠅹
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o Conférence 󠅹 󠅹 󠅹󠅹
o Exposés󠅹 󠅹󠅹
- À l’Université : oui 󠅹 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
Si oui 󠅹
o Unité d’Enseignement (U.E) 󠅹󠅹 Unité de valeur (U.V) 󠅹󠅹
o Cours théoriques suivis d’exercices d’application󠅹 󠅹󠅹
o Conférence 󠅹󠅹
o En micro-enseignement 󠅹 󠅹󠅹
- En formation continue Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
o Si oui, en UP 󠅹󠅹 Lors des animations pédagogiques 󠅹󠅹
Autres 󠅹󠅹à préciser.................................................................................................................
Autre cadre de formation
4. Avez-vous reçu une formation sur la lecture méthodique avec pour toile de fond une
approche interculturelle ? Oui 󠅹 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹 󠅹
Si oui
à préciser……………………………………………………………..........................................
III. L’enseignement/apprentissage de la lecture méthodique
5. Avez-vous l’habitude d’enseigner la lecture méthodique au lycée ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹 󠅹 󠅹󠅹
Si oui quelles sont les différentes étapes d’une leçon de lecture méthodique ?
1- ………………………………………. 6 - ……………………………………………
2- ………………………………………. 7 -…………………………………………….
3- ………………………………………. 8 -…………………………………………….
4- ………………………………………...9- ……………………………………………
5- ………………………………………. 10-……………………………………………
6. Sur quel aspect insisteriez-vous en lecture méthodique ?
L’aspect linguistique 󠅹 󠅹 󠅹󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 l’aspect culturel 󠅹󠅹
7. Quelle (s) stratégie (s) d’explication privilégieriez-vous, en lecture méthodique ?
Paraphrase 󠅹󠅹 Répétition󠅹 󠅹 󠅹󠅹 Reformulation 󠅹󠅹 󠅹
La déduction 󠅹󠅹 Gloses 󠅹󠅹 Analogies 󠅹󠅹
Autre 󠅹 󠅹 󠅹󠅹(à préciser) ....................................................................................................
xvi
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
8. Existe-t-il une différence entre votre investissement actuel pour la lecture méthodique
et celui d’avant les programmes de 2015 ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
Si oui, c'est : en termes de temps 󠅹󠅹 en termes d’exercices pratiques 󠅹󠅹 en termes de
nombre d’évaluations de la lecture méthodique 󠅹󠅹 en termes d'’efficacité 󠅹󠅹.
9. Disposez-vous de documents sur la lecture méthodique ? Oui󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
Si oui, ils sont de quelle(s) nature(s) ? Manuels 󠅹󠅹 Annales 󠅹󠅹 Articles 󠅹󠅹 Modules 󠅹󠅹
Autres 󠅹󠅹(à préciser) ..........….….….….….….….….….….……………….…
Si non, comment procédez-vous pour préparer la lecture méthodique en classe ?
.….….….
…...............................................................................................................................................
................................................................
……………………………….................................................................................
……………………………………………………….
10. À quel(s) niveau(x), éprouvez-vous de difficultés dans l’enseignement de la
méthodique ?
o dans l’explication de la démarche 󠅹󠅹
o dans le choix de stratégies 󠅹󠅹
o uniquement dans la formulation de la problématique 󠅹󠅹
o dans la formulation des hypothèses de lecture 󠅹󠅹
o dans l'’interprétation du texte 󠅹󠅹
o dans l’identification des procédés littéraires 󠅹󠅹
o uniquement au niveau de l'’introduction 󠅹󠅹
o uniquement au niveau de la conclusion 󠅹󠅹
o dans la détermination des centres d’intérêt 󠅹󠅹
o autre(s) difficulté(s) (à préciser)
…………………………………………...................................................................................
...................................................................................................................................................
o aucune difficulté 󠅹󠅹
11. Le temps consacré par le programme à la lecture méthodique est-il suffisant ?
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Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
Si non, que préconisez-vous pour y pallier ?
................................... ………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………….
..................................................................................................................................................
12. Avez-vous l’habitude d’évaluer les élèves spécifiquement sur la lecture méthodique ?
Oui 󠅹󠅹 Non
󠅹󠅹
Si non, pourquoi ?
………………………………………………………….........................................................
………………………………………………………………………………………………
13. Qu'est-ce qui explique cet état de fait et comment y remédier ?
.....................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................
..................................................................
Si vous donnez aux élèves un travail sur la lecture méthodique, comment choisiriez-vous le
sujet ?
o Je cherche des anciens sujets. 󠅹󠅹
o Je choisis moi-même mes textes. 󠅹󠅹
Êtes-vous satisfaits des résultats de vos élèves en lecture méthodique ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹 󠅹
󠅹 󠅹
Si non, quelles sont les lacunes identifiées et comment peut-on y
remédier ? ...............................................….….….….….….….….
…...............................................................................................................................................
............................................................
.....................................
………………………………………………………………………………………………...
.............................................................................................................
xviii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
14. De votre expérience de correcteur du bac, est-ce qu’avec le regain d’intérêt qu’a connu
la lecture méthodique depuis 2015, y a-t-il plus d’élèves qui choisissent le commentaire que
les deux autres exercices du bac ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
15. Avec les nouveaux programmes, la performance des élèves󠅹 en commentaire a-t-elle
augmenté ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
16. Quels sont les types d’erreurs qui sont fréquentes dans les travaux de vos élèves sur la
lecture méthodique ?
Fausse interprétation 󠅹󠅹 anachronisme 󠅹󠅹
Autres (à préciser)
………………………………………………………………………………………………..
17. À partir de 2016, avez-vous constaté un changement dans la performance de vos élèves
en lecture méthodique ?
Aucun changement, les mêmes erreurs persistent. 󠅹󠅹
Seulement certains aspects de la démarche sont maîtrisés. 󠅹󠅹
IV. De l’utilité des textes inscrits au programme
18. Pensez-vous que les textes des manuels proposés par le programme, sont tous à la
portée de vos élèves ?
Oui 󠅹󠅹 Non 󠅹󠅹
Pourquoi ?
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………….
19. Les textes proposés dans le(s) manuel(s) scolaire(s) inscrits au programme permettent-
ils de construire un pont entre la culture de l’élève et celle de l’Autre ?
oui 󠅹󠅹 non 󠅹󠅹
Si oui, Donnez un exemple de textes susceptible d’inspirer et orienter vos élèves vers la
découverte d’autres textes.
.....................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................
xix
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
20. Quels sont les textes au programme que vous privilégiez le plus ? Pourquoi ?
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………………………………...............................................................................
21. Utilisez-vous les mêmes textes pour tous les niveaux ?
Si oui Pourquoi ?
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………….
………………………………………………...........................................................................
..
22. Les textes proposés dans les manuels de lecture sont-ils adaptés, selon vous, à
l’apprentissage de la lecture ? Oui 󠅹󠅹 Non
󠅹󠅹
23. Vous arrive-t-il d’exploiter ces textes d’une autre manière (personnelle) ?
󠅹 Jamais 󠅹Parfois 󠅹󠅹 Souvent 󠅹󠅹 Toujours 󠅹󠅹
24. Les textes proposés dans les manuels scolaires permettent-ils à vos élèves de devenir de
lecteurs autonomes ?
Oui 󠅹󠅹 Non.
󠅹󠅹
Pourquoi ?
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
………………………
V. Perspectives pour une meilleure prise en charge de la lecture méthodique, dans
une perspective interculturelle
25. Donnez votre position concernant les mesures suivantes en cochant ‘’ Accord’’ ou
‘‘Désaccord’’
xx
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
xxi
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Nota Bene : Ce questionnaire est élaboré dans un cadre purement scientifique. Il vise à
recueillir des informations sur la problématique de l’enseignement-apprentissage de la
lecture au lycée. Ces informations seront traitées dans l’anonymat total. Nous vous
remercions d’avance pour votre compréhension et votre contribution à l’avancée de la
science.
Consigne : veuillez remplir les espaces et/ou cocher les cases selon le cas.
I. Identification de l’élève
xxii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
…………………………
5. Citez une œuvre française lue pour chacun des trois genres cités ci-dessous tout en
précisant les noms de leur auteur et le thème principal abordé.
Roman : Titre........................................................ Auteur ……………………….................
Thème principal…..............................................……………...................................................
Théâtre : Titre ………………………… Auteur ………………............................
……………
Thème principal : ............. …………….....................................................................................
Poésie : Titre ........................................ Auteur ..............................
……....................................
Thème principal : ………...............................................................................................….........
6. Citez deux romans africains qui vous rappellent (ressemblent à) deux autres romans
français dont se seraient inspirés les auteurs :
1……………………………………………………………………………………….............
2.................................................................................................................................................
................
7. Quel rapprochement peut-on faire entre Sous l’orage de Saidou Badian Kouyaté et
Camisole de paille d’Adamou Idé ?
…………………………………………………………………………………………………
………...………………………….
……………………………………………………………………………….
8. Dites quel est votre roman préféré et le thème principal qu’il aborde.
…………………………………………………………………………………………………
………..
III. Aspect linguistique
9. Quels sont les procédés littéraires que vous privilégiez dans un texte de lecture
méthodique ?
Figures de rhétorique Focalisation Réseaux lexicaux
La situation d’énonciation Autres (à préciser)…………………………….
10. Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés au cours de la lecture
méthodique ?
Le choix des axes de lecture l’interprétation
Les implicites les réseaux de signification
11. Vos problèmes avec la langue française, c’est :
La grammaire de la phrase La grammaire de texte La grammaire du discours
12. Comment votre professeur vous évalue-t-il (contrôle vos connaissances) en lecture
méthodique ?
xxiii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
xxiv
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………..
22. Préférez-vous vous habiller comme un Africain ou un Européen ? Justifiez pourquoi.
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………………………
23. Quel type de cérémonie préférez-vous ? Et pourquoi ?
Traditionnel moderne syncrétisme culturel
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………..
24. Selon vous qu’est-ce que la culture ?
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
……………………
25. Avez-vous entendu parler de l’interculturel ?
Oui non
Si oui qu’est-ce que c’est ?
…………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
………………………
26. Quelles cultures préférez-vous ?
Les cultures locales les cultures étrangères le métissage culturel
Donnez les raisons :
………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………
…………………………27. Avez-vous des propositions pour améliorer votre système
d’apprentissage ?
Oui Non
Si oui,
lesquelles ?................................................................................................................................
...................................................................................................................................................
...................................................................................................................................................
............................
Faut-il réinstaurer l’anticipé de français en classe de Première ? Oui Non
Si oui pourquoi ?
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
RÉPUBLIQUE DU NIGER
FRATERNITÉ-TRAVAIL-PROGRÈS
MINISTÈRE DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRES
DIRECTIONS RÉGIONALES DES ENSEIGNEMENTS SECONDAIRES DE :
ASPECTS LEGENDE
II.1. Lancement de la séance 0 1 2 3 NP
1- Préparation matérielle et documents
2- Existence de la fiche pédagogique
3- Préparation des supports
4- Vérification des prérequis
5- Mise en situation (motivation)
6- Présentation des objectifs aux élèves
II.2. Contenu abordé
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
II.7. Évaluation
39- Qualité des exercices
40- Congruence entre objectifs pédagogiques et objectifs
d’évaluation
41- Adaptée au niveau des élèves
42- Exercices de maison : thèmes de recherche
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Zinder
xxix
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
RUBRIQUE QUESTIONS
xxx
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Conclusion Monsieur, Madame, encore une fois, merci pour vos réponses et
a u s s i pour le temps que vous nous avez accordé. Bien entendu,
c’est promis, nous vous ferons part de nos conclusions, comme
vous l’aurez souhaité. Au revoir.
xxxi
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
6. Comment as‐tu fait pour vérifier que les élèves ont compris ce que tu souhaitais leur enseigner ?
7. Appliques-tu ces nouvelles méthodes pour l’enseignement d’autres contenus du programme ? Si oui
lesquels ?
8. Selon vous, la notion d’interculturel a-t-elle été clairement défini dans le programme de 2015 ?
9. Initiez-vous vos élèves à la connaissance des cultures locales et étrangères ?
10. En enseignant vos élèves conformément au programme, avez-vous réellement le sentiment d'être en
didactique de l’interculturalité ?
11. Quelle stratégie adoptez-vous pour bien transmettre le savoir interculturel à vos élèves ?
12. Êtes-vous fidèle au programme ou vous accordez-vous une certaine liberté pour mieux transmettre le
savoir interculturel ?
13. Vos élèves sont-ils intéressés par l’enseignement des cultures étrangères ?
14. Quels objectifs visez-vous à travers l’enseignement de l'interculturel ?
15. Quels sont les thèmes que vous privilégiez à travers l’enseignement de l’interculturel ?
16. Selon vous, l’enseignement des cultures étrangères ne comporte-il pas des risques d’acculturation chez
les apprenants ?
17. Pensez-vous que la langue et la culture sont complémentaires dans l’enseignement de la lecture
méthodique ?
18. En enseignant, privilégiez-vous la langue ou la culture ?
TEXTE N° 1
Les soleils des Indépendances s'étaient annoncés comme un orage lointain et dès les
premiers vents Fama s'était débarrassé de tout : négoce, amitiés, femmes pour user les nuits,
les jours, l'argent et la colère à injurier la France, le père, la mère de la France. Il avait à
venger cinquante ans de domination et une spoliation. Cette période d'agitation a été appelée
les soleils de la politique. Comme une nuée de sauterelles les Indépendances tombèrent sur
l'Afrique à la suite des soleils de la politique. Fama avait comme le petit rat de marigot creuser
le petit trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perle car
comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les Indépendances une fois acquises,
Fama fut oublié et jeté aux mouches. Passaient encore les postes de ministres, de députés,
d'ambassadeurs, pour lesquels lire et écrire n'est pas aussi futile que des bagues pour un
xxxiii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
lépreux. On avait pour ceux-là des prétextes de l'écarter, Fama demeurant analphabète comme
la queue d'un âne. Mais quand l'Afrique découvrit d'abord le parti unique (le parti unique1, le
savez-vous ? ressemble à une société de sorcières, les grandes initiées dévorent les enfants des
autres), puis les coopératives qui cassèrent le commerce, il y avait quatre-vingts occasions de
contenter et de dédommager Fama qui voulait être secrétaire général d'une sous-section du
parti ou directeur d'une coopérative. Que n'a-t-il pas fait pour être cooptée ! Prier Allah nuit et
jour, tuer des sacrifices de toutes sortes, même un chat noir dans un puits ; et ça se justifiait !
Les deux plus viandes et gras morceaux des Indépendances sont sûrement le secrétariat
général et la direction d'une coopérative... Le secrétaire général et le directeur, tant qu'ils
savent dire les louanges du président, du chef unique et de son parti, le parti unique, peuvent
bien engouffrer tout l'argent du monde sans qu'un seul œil ose ciller dans toute l'Afrique.
Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970.
TEXTE N° 2 (le même texte a été utilisé par deux enseignants différents)
Femme noire
Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle
xxxiv
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du
Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or rouge sur ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
Texte n° 4
Travail forcé à Ouaga
En 1952, Albarka arrive à Ougadougou pour poursuivre ses études. Il a quinze ans.
Pour la première fois je vis le travail forcé. Nous venions de passer devant la résidence
du gouverneur, en banco, comme toutes les résidences des blancs à cette époque. Une grande
avenue en construction en partait. Des jeunes filles, arrachées à leurs familles, portaient sur la
tête des paniers remplis de terre. Elles les vidaient, revenaient, recommençaient, sous les cris
humiliants des gardes et, quelques fois, sous les coups. Elles étaient salies par la terre, et leur
visage disait leur peine. La peine de leurs corps, la peine de leur cœur.
Je frémis d’indignation, de honte, d’impuissance. J’appris bien plus, ensuite sur le travail forcé
qui, ici, n’était pas trop dur, car le gouverneur habitait la ville et des journalistes pouvaient y
passer. Et on ne voulait pas que la France apprenne toute la vérité sur certains aspects de la
colonisation. Maintenant je sais qu’une armée de conquête, quel que soit son pays ne se
conduit jamais autrement…qu’en armée de conquête. Avec un cortège d’humiliations,
d’exactions, d’horreurs, de crimes. Même si, à côté, existent des gestes bienveillants, des
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
actions utiles, des œuvres d’envergure, la colonisation n’est toujours qu’une exploitation. On
n’a qu’à regarder l’histoire du monde. Autrefois ou maintenant.
Boubou HAMA/ André CLAIR, L’Aventure d’Albarka, Paris, Julliard,
1972
TEXTE N° 5
La case de mon père
Mon père avait sa case à proximité de l’atelier, et souvent je jouais là, sous la
véranda qui l’entourait. C’était la case personnelle de mon père. Elle était faite de briques en
terre battue et pétrie avec de l’eau ; et comme toutes nos cases, rondes et fièrement coiffées de
chaume. On y pénétrait par une porte rectangulaire. A l’intérieur, un jour avare tombait d’une
petite fenêtre. A droite, il y avait le lit, en terre battue comme les briques, garni d’une simple
natte en osier tressée et d’un oreiller bourré de kapok. Au fond de la case et tout juste sous la
petite fenêtre, là où la clarté était la meilleure, se trouvaient les caisses à outils. À gauche, les
boubous et les peaux de prière. Enfin, à la tête du lit, surplombant l’oreiller et veillant sur le
sommeil de mon père, il y avait une série de marmites contenant des extraits de plantes et
d’écorces. Ces marmites avaient toutes des couvercles de tôles et elles étaient richement et
curieusement cerclées de chapelets de cauris […]
xxxvi
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
De la véranda sous laquelle je jouais, j’avais directement une vue sur l’atelier, et en retour on
avait directement l’œil sur moi.
Camara Laye, L’Enfant noir, Paris, Plon, 1953
TEXTE N° 6
Solde (Pour Aimé Césaire.)
J’ai l’impression d’être ridicule
dans leurs souliers
dans leurs smoking
dans leur plastron
dans leur faux-col
dans leur monocle
dans leur melon
xxxvii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE N°° 7
Demain, dès l'aube …
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
xxxix
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE N° 8
Appel à la résistance
Je tapisserai mon trône de leur peau de singes. Qu’ils viennent, nous les recevrons comme on
reçoit les bandits de leur espèce. Nous leur briserons les reins définitivement comme nous
l’avons fait aux fanatiques du Sud. Ne craignez rien, dogoua nous protège de sa puissance
occulte. Ne craignez rien, nous vaincrons les bandits assoiffés de sang. Fermez toutes les
portes de la cité, déployez les archers les plus habiles sur les donjons, amassez des tonnes de
poudre de pierres pour vos fusils.
La lutte sera dure, mais nous nous battrons jusqu’au dernier, car on ne dira jamais que
les Aznas se sont rendus sans combat. N’oubliez pas qu’en luttant pour défendre nos foyers et
notre liberté, nous nous battons aussi pour l’honneur de tous les Aznas, pour le NOM des
Aznas ! oui ! nous nous battrons jusqu’à la mort pour que, quand nos os auront blanchi dans le
sable, nos griots, les fils de nos griots, les petits fils de nos griots chantent le courage et
xl
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE N° 9
Un mariage forcé
La vie changea quand une deuxième épouse entra dans la maison. Hawa devint
malheureuse et son sourire s’envola comme un oiseau chassé par le mauvais temps. Il ne
revint plus. Le père de Mariama n’osait pas lui manifester sa tendresse, jamais plus il ne lui
demanda d’épiler ses aisselles. La marâtre jeune, à peine plus âgée que Mariama, devenait la
maîtresse de la maison. La tristesse, l’injustice et la lâcheté déplorèrent sur la maison un voile
noir sans lune ni étoiles. Mariama subissait toutes les avanies de sa marâtre sans que son père
osât bouger. La mère lui conseillait la patience : « La patience triomphe de tout ! », lui disait-
elle. (…) Il y avait à peine quinze jours que sa mère lui avait annoncé qu’elle devait épouser
son fiancé le vieux Boukary, âgé de soixante-dix ans et de surcroît tuberculeux. C’est l’homme
le plus riche du village, et, depuis sept ans, il n’avait cessé de combler de cadeaux la famille
de Mariama. Le père en a profité pour convoler avec une fillette de seize à dix-sept ans.
xli
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Mariama était assurément belle. Dans le pays, on disait que sa mère devait être présente quand
le bon Dieu dessinait le portrait du futur enfant. Après chaque touche, il demandait l’avis de
Hawa. Aimes-tu ce front, ce nez, les yeux te plaisent-ils ? Hawa répondait invariablement et
avec respect : « Seigneur, faites seulement qu’elle soit belle ! ... » Dieu eut la gentillesse de
faire d’elle une beauté bien de chez nous, une vraie beauté du terroir. IL la fit aussi rouge que
la latérite du Béléya ; sa peau aussi douce et tendre que celle qui recouvre le fruit du rônier.
Des yeux noirs couleur d’eau profonde. La gazelle de Cuvier elle-même les lui envierait. Des
cils longs, fils indigo qui frangent les fins rideaux de ses paupières. Des sourcils, unis comme
la surface d’un miroir, font penser, entre le front et les yeux, aux ailes d’un oiseau planant au-
dessus d’un grand lac. Ses lèvres sont aussi grosses que l’auriculaire de sa main aux doigts
fins et bien moulés. Ses dents aux dimensions des ongles de ses doigts, sont aussi blanches que
le coton et aussi bien rangées que les graines du gombo dans leur gousse. La bouche se ferme
facilement sans qu’aucun pli n’apparaisse aux coins. Un sourire très fin et très beau, véritable
nouvelle lune dans un ciel bien dégagé. Ses cheveux frisés et noirs, sont une ombre posée sur
sa tête et recouvrent le reste du corps d’un voile que le soleil caresse.
Autour de son cou long, un simple fil blanc devient aussi beau qu’un collier de
diamant. Le nez qui descend en pente douce des deux côtés du visage, a le dessus non pas
rectiligne, mais suggère une longue perle. Le soleil a sur ce corps l’effet du feu sur le tam-
tam ; il le tend et rend sa voix métallique, angoissante et gaie. (…) Les yeux de Mariama
sont aussi gros que des œufs de pintade. (…) Tout homme, en la voyant, se croit beau et la
veut pour soi. Toute femme souhaiterait voir son frère ou son fils l’épouser. Un jeune
homme, Lamine, lui avait dit un jour qu’il l’aimait, et il était parti loin, dans la capitale. On
raconte que là-bas, les maisons sont grandes et spacieuses avec des fenêtres grandes comme
des portes et certains bâtiments sont comme des calebasses posées les unes sur les autres.
Toiles d’araignées, L’Harmattan, 1982. Ibrahima Ly (auteur malien). P. 42-
44.
xlii
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE N° 10
Un discours de bienvenue
Frères et sœurs venus d’ailleurs, vous êtes les bienvenus en terre azna. Nous n’avons pas le
même parler, nous n’avons pas les mêmes croyances, mais nous avons la même volonté ;
celle de vivre libres. Vous appréciez encore plus que nous le prix de la liberté pour l’avoir
perdue une fois (…) votre décision de fausser compagnie à vos maîtres vous honore et
honore tous les hommes du pays noir.
Frères et sœurs venus d’ailleurs, vous êtes les bienvenus en terre azna. Ici, nul ne vous
méprisera et méprisera vos coutumes et l’usage que vous faites de vos biens et de votre corps
n’étonnera personne. Adorez qui vous plaît, priez vos dieux de la manière qui vous convient.
Faites salam, adorez le ciel, la terre, le feu, la foudre ou le crocodile si le cœur vous en dit.
Nul ne troublera vos prières et vos méditations, car vous êtes seul responsable de votre âme.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Nous avons nos fétiches et nos totems, respectez-les, nous respecterons les vôtres… Vous
bâtirez vos maisons à côté des nôtres, vous boirez dans nos puits et vous chasserez dans nos
forêts. Nos rivières sont poissonneuses. Vous pêcherez dans nos goulbis… Frères et sœurs,
noirs de peau comme nous, soyez les bienvenus. Vos enfants grandiront avec les nôtres. Des
liens familiaux se tisseront entre nous. Nous serons cousins, époux et parents dans la
postérité. Frères et sœurs venus d’ailleurs, vous êtes les bienvenus en terre azna.
Mamani Abdoulaye, Sarraounia, 1982.
TEXTE N° 11
Je veux des enfants
Loutaya ne dormit pas aussitôt. Ce n’était pas les coups reçus qui lui faisaient
tambouriner la tête et battre rapidement les tempes, qui l’avaient tenue éveillée mais les
paroles terribles de son mari : « je veux des enfants et non de ta beauté… » Son charme donc
ne comptait plus pour son époux ; ses sourires et regards ne lui plaisaient plus ; il lui fallait des
enfants. Des enfants ! Mais elle en voulait, elle aussi ! Elle attendait depuis des lunes
l’heureux moment où elle deviendrait mère… Le jour où elle aurait un enfant…des enfants…
Elle en aurait, elle en était sûre. Était-ce possible qu’elle n’en eut point ? N’était-elle pas issue
des deux lignées réputées les plus productrices d’enfants ?
Sa mère était pour Loutaya le livre le plus précieux et elle y avait lu que chaque
membre de ce groupement avait le devoir sacré de continuer cette œuvre. Gare à qui faillirait.
xliv
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Cet avertissement s’adressait surtout aux femmes. Gare à celle qui se laisserait emporter par le
seul plaisir de la chair et se déroberait ainsi au devoir de la procréation ; elle serait sévèrement
punie et en ce monde et dans l’autre. L’œuvre de procréation est sacrée et toute personne qui
s’y refuse, doit subir le supplice et le châtiment prévus par la coutume. Voilà ce que Loutaya
avait lu dans le livre d’histoire qu’était sa mère. Voilà pourquoi elle espérait fermement
qu’elle aurait des enfants. Mais quand ? Cela devenait inquiétant car ne voilà-t-il pas plus
d’une saison sèche qu’elle vivait avec Voita ? Ne voilà-t-il pas que ce retard commençait à
susciter des passions ? Qu’attendaient les mânes de son clan pour lui envoyer un enfant afin de
dissiper les soupçons et de barrer la route au sarcasme des hommes qui commençaient à
murmurer ? « Je ne suis pas stérile, moi. Ma grand-mère me l’aurait dit en songe, finit-elle par
murmurer tandis que les larmes mouillaient ses joues… pourquoi veut-il m’accuser ? ... »
Loutaya éclata en sanglots.
Guy Manga, La palabre stérile, Clé, 1968.
TEXTE N° 12
Un marais au crépuscule
À l'heure où le soleil se couche, le marais m'enivre et m'affole. Après avoir été tout le jour le
grand étang silencieux, assoupi sous la chaleur, il devient, au moment du crépuscule, un pays
féerique et surnaturel. Dans son miroir calme et démesuré tombent les nuées, les nuées d'or,
les nuées de sang, les nuées de feu ; elles y tombent, s'y mouillent, s'y noient, s'y traînent.
Toute la couleur donnée au monde, charmante, diverse et grisante, nous apparaît
délicieusement finie, admirablement éclatante, infiniment nuancée, autour d'une feuille de
nénuphar. Tous les rouges, tous les roses, tous les jaunes, tous les bleus, tous les verts, tous les
violets sont là, dans un peu d'eau qui nous montre tout le ciel, tout l'espace, tout le rêve, et où
passent des vols d'oiseaux.
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Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
TEXTE N° 13
Balla et le buffle-génie Le combat de Balla contre un buffle-génie fut épique. Dans les
lointaines plaines du fleuve Bafing, Balla déchargea entre les cornes d’un buffle les quatre
doigts de poudre. Quel fut l’ébahissement du chasseur lorsqu’il vit la bête foncer sur lui
comme si le coup n’avait été que le pet d’une grand-maman. L’homme savant et expérimenté
qu’était Balla comprit tout de suite qu’il avait affaire à un buffle-génie, et il sortit le profond
de son savoir. Combat singulier entre l’homme savant et l’animal-génie ! L’homme prononça
une incantation grâce au pouvoir de laquelle il balança son arme qui se maintint à hauteur
d’arbre entre ciel et terre ; une autre incantation, et Balla fut transporté et assis sur son fusil
aussi confortablement que dans un hamac et trop haut pour être inquiété par le buffle. Mais le
buffle était aussi savant que l’homme et l’animal se métamorphosa en aigle et piqua ses serres
xlvi
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
en crochets sur Balla qui ne dut son salut qu’à une nouvelle incantation, grâce à laquelle il se
transforma en aiguille, le chasseur n’échappant toujours pas aux poursuites du buffle qui se fit
fil, et le fil rampa promptement pour pénétrer dans le chas et soulever l’aiguille. Rapidement,
d’aiguille Balla se métamorphosa en brindille pour se soustraire au fil rampant, et la brindille
disparut entre les herbes. Le buffle pourchassa toujours et se fit flamme et la flamme se mit à
consumer la brousse, la fumée de l’incendie s’éleva, le crépitement de la flamme se mit à
assourdir et le remue-ménage gagna toute la brousse. Profitant de ce remue-ménage, Balla,
grâce à une dernière incantation, surprit la bête par un avatar de maître. Notre chasseur se fit
rivière et la rivière noya la flamme, éteignit le dja de l’animal, le [souffle ?] vital de l’animal,
qui perdit magie et conscience, redevint buffle, souffla rageusement, culbuta et mourut. Une
fois encore, Balla était le plus savant et il sortit aussitôt du marigot qui sécha, dégaina son
couteau et trancha la queue de la bête.
Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances, Paris, Seuil, 1970.
Texte n ° 14
Le pagne noir
Il était une fois, une jeune fille qui avait perdu sa mère. Elle l’avait perdue, le jour même où
elle venait au monde. Depuis une semaine, l’accouchement durait. Plusieurs matrones avaient
accouru. L’accouchement durait. Le premier cri de la fille coïncida avec le dernier soupir de
la mère.
Le mari, à sa femme, fit des funérailles grandioses. Puis le temps passa et l’homme se
remaria. De ce jour commença le calvaire de la petite Aïwa. Pas de privations et d’affronts
qu’elle ne subisse ; pas de travaux pénibles qu’elle ne fasse ! Elle souriait tout le temps. Et
son sourire irritait la marâtre qui l’accablait de quolibets. Elle était belle, la petite Aïwa, plus
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belle que toutes les jeunes filles du village. Et cela encore irritait la marâtre qui enviait cette
beauté resplendissante, captivante.
Plus elle multipliait les affronts, les humiliations, les corvées, les privations, plus Aïwa
souriait, embellissait, chantait - et elle chantait à ravir - cette orpheline. Et elle était battue à
cause de sa bonne humeur, à cause de sa gentillesse. Elle était battue parce que courageuse, la
première à se lever, la dernière à se coucher. Elle se levait avant les coqs, et se couchait
lorsque les chiens eux-mêmes s’étaient endormis.
La marâtre ne savait vraiment plus que faire pour vaincre cette jeune fille. Elle cherchait ce
qu’il fallait faire, le matin, lorsqu’ elle se levait, à midi, lorsqu’elle mangeait, le soir
lorsqu’elle somnolait. Et ces pensées par ses yeux, jetaient des lueurs fauves. Elle cherchait le
moyen de ne plus faire sourire la jeune fille, de ne plus l’entendre chanter, de freiner la
splendeur de cette beauté. Elle chercha ce moyen avec tant de patience, tant d’ardeur, qu’un
matin, sortant de sa case, elle dit à l’orpheline :
- Tiens ! Va me laver ce pagne noir où tu voudras. Me le laver de telle sorte qu’il
devienne aussi blanc que le kaolin.
Aïwa prit le pagne noir qui était à ses pieds et sourit. Le sourire pour elle, remplaçait les
murmures, les plaintes, les larmes, les sanglots.
Et ce sourire magnifique qui charmait tout, à l’entour, au cœur de la marâtre mit du feu. Le
sourire, sur la marâtre, sema des braises. A bras raccourcis, elle tomba sur l’orpheline qui
souriait toujours. Enfin, Aïwa prit le linge noir et partit. […]
Bernard B. Dadié, Pagne noir, Présence Africaine, 1955
TEXTE N° 15
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TEXTE N° 16
Si nous devons mourir…
Claude McKay (1889 -1948) est un romancier et poète américain d’origine jamaïcaine, un
des militants les plus engagés de la renaissance nègre de Harlem. Ce poème, dont le titre en
anglais est « If we must die », est publié dans le contexte des émeutes raciales qui ont éclaté
aux Etats Unis de 1910 à 1920.
Si nous devons mourir, pour nous, point de vile mort
Comme un troupeau de porcs ignoblement traqués
Tandis qu'aboie sur nous la meute affamée des chiens
Raillant de son mépris le malheur qui nous tient.
Si nous devons mourir, mourons de noble mort !
Que ne coule pas en vain notre sang précieux.
Alors jusque dans notre mort nous forcerons
Au respect les maîtres qu'aujourd'hui nous défions.
Frère ! Debout ! Il est là, l'ennemi commun
Courage ! Il vient en foule immense.
À ses coups innombrables rendons un coup mortel.
Qu'importe si la tombe s'ouvre sous nos pas !
Hommes de courage, affrontons la canaille lâche et meurtrière.
Adossés au mur, mourants, oui, mais résistants.
Claude McKay, cité par J. Jahn, Manuel de littérature africaine, Le Centurion-Resma, 1969
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TEXTE N° 17
Le nègre de Surinam
En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la
moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue, il manquait à ce pauvre homme la
jambe gauche et la main droite. « Eh ! mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu
là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ?
-J’attends mon maitre, monsieur Venderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.
- Est-ce monsieur Venderdendur dit candide, qui t’a traité ainsi ?
- Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout
vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape
le doigt, on nous coupe la main ; Quand nous nous enfuyions, on nous coupe la jambe : je me
suis trouvé dans les deux cas. C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe.
Cependant, lorsque ma mère me vendit dix écus patagons sur la côte de Guinée, elle me
disait : « mon cher enfant, bénis nos fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux ; tu
as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les blancs, et tu fais par-là la fortune de ton père
et de ta mère. » Hélas ! Je ne sais pas si j’ai fait leur fortune, mais ils n’ont pas fait la mienne.
Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous. Les
fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous
enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste, mais si ces prêcheurs disent vrai,
nous sommes tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user
avec ses parents d’une manière plus horrible.
- Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination, c’en est fait, il faudra
qu’à la fin je renonce à ton optimisme
- Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo.
- Hélas ! dit Candide, « c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Et il
versait des larmes en regardant son nègre, et en pleurant, il entra dans Surinam
Voltaire, Candide ou l’optimisme, Paris, Bordas, 1998.
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TEXTE N° 18
Un mariage difficile
Le père Benfa se mit à inspecter sa maison, case après case. Il cherchait à se rendre
compte des réparations qu’il y’avait à faire, car il savait déjà le visage qu’il devrait donner à
l’ensemble, afin que le grand événement qui se préparait eût un cadre éblouissant. « Tous les
murs ont besoin de kaolin, pensa-t-il. La margelle du puits doit être entièrement refaite. Je
parlerai de cela à Fadiga le muezzin. Pourvu qu’il ne me pose pas de question, il a la langue
trop légère.
Je ferai balayer la cour tous les jours pendant une semaine, les chanteurs s’installeront là, juste
à côté du manguier, le petit singe ira ailleurs. » Le père Benfa s’arrêta à côté de sa fille et la
considéra longuement. […] Aujourd’hui, elle est une jeune grande fille ; elle sera sous peu une
femme, oui dans quelques jours seulement, elle sera la femme de Famagan le marchand. Le
père Benfa aimait bien Kany. Il parlait de son savoir à tous les vieux du quartier. Il leur disait
comment elle savait manier l’écriture du blanc et avec agilité elle savait lire les lettres d’où
qu’elles vinssent. De temps en temps, il la faisait appeler devant la mosquée, et au milieu de
ses compagnons, lui faisait lire et traduire tout ce qui lui passait par la main.
Alors d’un ton mystérieux, il disait :
-Elle sait lire tout ce qui est écrit par la machine.
Mais le père Benfa n’aimait pas voir sa fille en compagnie des garçons qui fréquentaient
l’école et sa colère éclata à ce propos lorsque Samou, le fils de Koumba osa demander la main
de sa fille.
- Que je ne vous voie plus ensemble, avait ordonné le père de Kany, tu auras le mari que
je voudrai.
Kany n’était pas exactement de l’avis de son père, en cela, elle paraissait donner à Fadiga le
muezzin, lequel disait à qui voulait l’entendre que l’école était l’ennemie de la famille. Le
muezzin ajoutait que les filles qui fréquentent ce milieu cherchent à tout résoudre par elles-
mêmes et que certaines vont jusqu’à vouloir choisir leur mari !
« Ma fille à moi ne verra jamais les portes de ce lieu », concluait le muezzin en crachant sa
cola et en se tapant sur les cuisses.
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Alors que le père Benfa regardant sa fille pensait à Famagan le marchand, Kany au fond
d’elle-même se sentait liée à Samou, liée pour la vie…oui, pour la vie. Ce mot ils se l’étaient
maintes fois dit depuis qu’ils s’étaient vus.
Seydou BADIAN, Sous l’orage, Paris, Présence Africaine, 1957.
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TEXTE N° 19
Prière à Dieu
Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de
tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans
l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi
qui a tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en
pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne
nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous
nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les
petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages
insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos
opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales
devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient
pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi
pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui
couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui
disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un
jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit
est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce
monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil
de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais
qu’il n’y a dans ces vanités ni envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la
tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force
le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous
haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons
l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la
Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.
Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763.
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TEXTE N° 20
La mort du chef
Un jour, il me fit appeler. Lorsque je parus, après qu'il m'eut longuement salué, que nous
eûmes causé comme à l'accoutumée, il se leva, alla à une malle qu'il ouvrit et en sortit une
grande pièce de percale. « Ceci, me dit-il, est mon linceul et je voudrais que vous m'indiquiez
la façon rituelle de le tailler. ». Je cherchais son regard. La paix et la gravité que j'y observai,
anéantirent, dans mon esprit, les vaines paroles de protestation que j'allais prononcer. Je me
félicite de les avoir tues, tellement, aujourd'hui encore, je sens en moi leur ridicule, devant cet
homme qui dominait sa mort de toute sa stature.
J’obéis donc et lui donnai les indications du Livre. Il tailla son linceul de sa propre
main. Ayant fini, il me pria de l'accompagner en un lieu retiré de sa demeure ; et là, en sa
présence, me demanda d'indiquer à son esclave MBare les gestes et le détail de la toilette
funéraire. Nous revînmes dans sa chambre alors et causâmes longuement, comme si la
souffrance n'eût pas visiblement martyrisé son corps. Quand je me levai pour partir, il me
demanda de bien vouloir l'assister quand viendrait l'heure.
Deux jours après, on vint me quérir de sa part. Je trouvai une famille silencieuse et
consternée, une maison remplie de monde. Votre père était dans sa chambre, étendu sur une
natte à terre et entouré de beaucoup de personnes. Ce fut la seule fois qu'il ne se leva pas à
mon entrée. Il me sourit et, après m'avoir salué, me demanda de réunir tous ceux qu'il avait fait
convoquer dans sa maison. « Je les supplie de me dire, avant que je meure, ce que je pourrais
leur devoir et que j'aurais oublié de rendre. S'il en est qui conservent le souvenir d'une injustice
de moi, qu'on me prévienne et je m'en excuserai publiquement. À tous, je demande que me
soient pardonnés les maux particuliers que j'ai pu commettre et le grand mal qui a tenu à ma
fonction de chef des Diallobé. Hâtez-vous, s'il vous plaît, je vous attends. »
« M'a-t-on pardonné ? » s'enquit-il à mon retour et tout le monde vit l'inquiétude qui l'agita
alors. Je répondis que tous avaient pardonné. Il me posa trois fois cette question. Il eut ensuite
la force de saluer tous ceux qui étaient autour de lui. Il me demanda mon bras qu'il serra fort,
souhaitant que je fisse de même du sien, et mourut en prononçant le nom de Dieu.
Cheikh Hamidou Kane, L’Aventure ambiguë, 1961.
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TEXTE N° 21
Une évoluée
N’Deye Touti est une jolie fille d’à peine vingt ans. Avec sa peau lisse d’un noir presque bleuté
elle respire force et santé. Depuis le début de la grève, elle a quitté l’école normale et habite
chez sa tante Ramatoulaye à Dakar. Elle accepte mal son milieu : ses lectures lui ont donné le
goût d’un autre monde semblable à celui d’Européens riches et cultivés.
N’Deye Touti, après avoir sur l’ordre de Ramatoulaye, préparé le lait de « Grève » retroussa
les manches de sa blouse dont elle n’avait pas mis les boutons supérieurs et posa sur sa tête un
foulard à fond vert semé de grains de café noirs dont elle noua les deux extrémités sous son
menton. Par-dessus la blouse, elle enfila un pagne et considérant d’un œil rêveur ses
escadrilles, les trouva trop larges pour ses pieds qu’elle avait longs et bien cambrés. N’Deye
comme on l’appelait, était jolie et savait qu’elle était la coqueluche des garçons des environs.
Avant la grève elle fréquentait l’école des jeunes filles, ce qui lui donnait une nette supériorité
sur les garçons et en même temps faisait d’elle l’écrivain public du quartier. En écrivant leurs
lettres d’amour et leurs requêtes, en remplissant leurs feuilles d’impôts, elle se sentait de plus
en plus éloignée de tous ceux qui formaient son entourage, Elle vivait comme en marge
d’eux ; ses lectures, les films qu’elle voyait la maintenaient dans un univers où les siens
n’avaient plus de place, de même qu’elle n’avait plus de place dans le leur. Elle traversait
l’existence quotidienne comme dans un rêve, un rêve où se trouvait le Prince Charmant des
livres. N’Deye ne savait pas exactement qui serait ce Prince Charmant, ni quelle serait la
couleur de sa peau, mais elle savait qu’il viendrait un jour et qu’il lui apporterait l’amour. Les
gens parmi lesquels elle vivait étaient polygames et N’Deye n’avait pas tardé à comprendre
que ce genre d’union exclut l’amour du moins l’amour tel qu’elle le concevait. Et cela lui avait
permis de mesurer ce qu’elle appelait leur « absence de civilisation ». Dans les livres qu’elle
avait lus, l’amour s’accompagnait de fêtes, de bals, de week-ends, des promenades en voiture,
de somptueux cadeaux d’anniversaires, des vacances sur des yachts, de présentations de
couturiers, là était la vraie vie et non dans ce quartier pouilleux où à chaque pas, on rencontrait
un lépreux, un éclopé, un avorton. Lorsque N’Deye sortait d’un cinéma où elle avait vu des
chalets faîtés de neige, des plages où se bronzaient des gens célèbres, des villes éclaboussées
de néon et qu’elle rentrait dans son quartier, elle avait comme des nausées, la honte et la rage
partageaient son cœur. Un jour, s’étant trompée de programme, elle était entrée dans un
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cinéma où l’on projetait un film sur une tribu de Négrilles. Elle s’était sentie rabaissée au
niveau de ces nains et avait eu une envie folle de sortir de la salle en hurlant : « Non, non ! Ce
ne sont pas de vrais Africains ! » Un autre jour alors qu’étant apparues sur l’écran les ruines de
Parthénon, deux hommes derrière elle, s’étaient mis à parler à haute voix. N’Deye s’était
dressée comme une furie et leur avait crié en français : « Taisez-vous donc, ignorants ! Si vous
ne comprenez pas, sortez ! » En fait N’Deye Touti connaissait mieux l’Europe que l’Afrique,
ce qui, lorsqu’elle allait à l’école, lui avait valu plusieurs fois le prix de géographie. Mais elle
n’avait jamais lu un livre d’un écrivain africain, elle est sûre d’avance qu’une telle lecture ne
lui aurait rien apporté. (…)
Le soir, sous la couverture, elle mesurait du doigt la croissance de ses jeunes seins et se
torturait à la pensée qu’un jour ils tomberaient comme ceux des autres femmes dont elle
regarderait à la dérobée les poitrines plates balloter sous les pagnes. À cette idée, elle
éprouvait un véritable malaise. Un soir, par négligence, elle rentra à la maison avec le soutien-
gorge. Ce fut Mama Sofi à la langue pointue qui l’aperçut :
-Hé, venez voir, venez voir : il y a une vache pleine qui se promène toute habillée sur deux
pattes ! Ndèye Touti avait pleuré de honte…
Ousmane SEMBENE, Les Bouts de bois de Dieu, 1960.
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TEXTE N° 22
Pouvoirs mystiques
Une fois, j’avais été piqué au pied par un serpent. Heureusement, c’était dans notre cour.
Maman, morte d’angoisse, envoya chercher, tout de suite, l’homme qui savait guérir. J’étais
paralysé de peur. L’homme accourut. Il demanda à ma mère un vieux van, dont elle se servait
depuis longtemps pour vanner le mil et le fer d’une vieille houe usée. Le guérisseur glissa le
van sous mon pied et exécuta des passes descendantes du genou à la plante du pied, en
répétant les paroles magiques. Enfin, après une dernière passe, il joignit ses deux mains, puis
en tapota la lame de la vieille houe usée, posée elle aussi, sur le van. Ainsi, il déposait le mal
dans le métal. Un vieux couteau pouvait remplacer la houe.
Les séances durèrent trois jours, je fus guéri. Par la science du guérisseur et la puissance
des maîtres-mots. Il garda le van et la vielle houe. C’était son seul salaire, il ne voulut rien
d‘autre.
Aujourd’hui, encore, à Fonéko, son petit-fils agit de la même façon. Son petit-fils, car le
secret se transmet uniquement dans la famille.
D’autres faisant pousser chez eux une plante, le « léma », dont les feuilles et les tiges brûlées
donnent une cendre noire. Ils la faisaient absorber, délayée dans du lait caillé ou de l’eau.
Elle détruit le poison dans le sang.
À la fin de la saison sèche, j’accompagnai mon père chez le géomancien, à qui il porta un
pagne noir. Le géomancien jeta sept cauris sur la terre et dit à mon père.
- Touche le pagne en pensant à ce que tu veux me demander.
L’homme ramassa les cauris, les jeta à nouveau, médita.
- Bon ! il s’agit d’un champ. Il se trouve à l’ouest du village. Il y a une termitière à l’est et
un grand arbre à l’ouest.
- Oui, fit mon père, surpris
- Il faut faire un sacrifice rouge à l’esprit de la termitière : le sang d’un coq ou d’un
bouc roux. Si tu ne les possèdes pas, pose trois noix de kola rouges sur la termitière. Au
génie du grand arbre, du lait. Si tu fais cela un vendredi matin, tu auras une récolte
abondante.
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Une femme se lamentait toujours de ne pas avoir d'enfant. Elle pria Dieu de lui en donner un,
même si c'était par une simple imposition du doigt. Dieu lui accorda cette grâce. Le miracle
eut lieu, la femme accoucha d'un garçon qu'on nomma « l'Enfant doigt ».
Des jours, des mois, des années passèrent. L'enfant avait grandi et était devenu le soutien de la
famille.
Le père conduisit les animaux chez lui et expliqua les ordres du chef à son fils qui prit une
hache et se rendit chez le chef. Là, il se mit à abattre l'arbre qui se trouvait devant sa maison.
Pan ! Pan ! Pan ! Des branches, des rameaux, des feuilles tombèrent. Au bruit qu'ils firent, le
chef accourut à sa porte et hurla :
— C'est mon père qui a accouché, je désire donc lui apporter du bois de chauffage.
Le jour de la décision arriva. L’enfant fut enterré par les hommes du chef. Dès lors, tout le
monde était sûr que l'Enfant Doigt était mort. Quant au chef, il croyait que, débarrassé
de lui, il allait retrouver la paix.
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Mais quelque temps après, quelle ne fut la surprise de tous de voir reparaître l'enfant terrible.
[(…)]
Réalisant qu'il avait à faire à un enfant extraordinaire, le chef du village, ne désirant plus lui
causer de mal, lui pardonna.
Voilà comment deux ennemis purent devenir des amis. Depuis ils se sont associés pour
débattre et résoudre les problèmes de la communauté.
A Beisbart., 95 Clauzard, 48 E
Belguechi, 160 Collinot, 16, 72, 77,
Abdallah-Pretceille, Ben Kilani, 41, 46, 80, 81, 82, 87, 89, Eco, 59, 113
92, 100 49, 53 106, 110, 113, Edward, 55
Achebe, 192, 376 Benveniste, 59, 81, 117, 125, 126, Eterstein, 75, 78,
Adam, 154, 155 82, 114, 126 143, 144, 154, 154, 162
Ahouli, 95, 157, 158 Berthélier, 61, 154 155, 332, 371
Akapla, 172 Bertrand, 83, 84, Comenius, 40, 156 F
Allen Poe, 85 110, 112, 115, Conchon, 207
Altet, 40, 59, 124, 117, 160, 165 Condé, 3 Faerber, 52
133, 139, 177, 323 Besse, 40, 76, 111 Corzani, 74, 98 Ferréol, 89
Anderiani, 207 Bianco, 150, 151, Creswell, 173, 174 Filloux, 53
Andreani, 213 332 Cuq, 43, 55, 91, 92, Flanders, 178, 208
Angers, 168, 177 Blachère, 68, 85, 194 140, 159 Flaubert, 192, 230,
Anouilh, 192 Bloom, 53 233, 239, 290, 377
Anta Diop, 99 Boni, 192, 375 D Forcier, 132
Assaguèye, 103 Bouacha, 130 Fouquet, 154
Astolfi, 39, 41, 53 Bourdet, 99, 159 Dadié, 223, 233 Freinet, 131, 136,
Bourdet,, 100 Damas, 192, 217, 141
B Bourdieu, 59, 71 231, 239, 308, 376
Bredella, 93 Dansereau, 100, 106 G
Bachelard, 43 Brousseau, 53, 119, Darcos, 25
Badian Kouyaté, 123, 138, 139, 323 Dargirolles, 161 Galisson, 57, 89, 93,
220, 227, 291, 376 De Certeau, 147 96, 104, 146, 161,
Badot, 207 C De Ketele, 49 178, 393
Bakabé, 355 Decroly,, 65, 131 Galy, 1, 17
Balzac, 73 Camara Laye, 105, del Guercio, 104, Germain, 50
Bandura, 240, 269 216, 233, 288 110 Gervais, 116
Bange, 132 Campenhoudt, 178 Del Guercio, 62, 95, Giasson, 36
Bardin, 213, 243 Catroux, 12 101 Ginestié, 52
Barnier, 52, 134 Causa, 124, 148 Demougin, 2, 91, 93, Goffin, 174
Barthes, 74, 75, 77, Césaire, 86, 312, 96, 98 Goldenstein, 72, 73
100, 399 376, 377 Depelteau, 172 Graebner,, 88
Bastide, 106 Charadeau, 142 Dépelteau, 171 Grawitz, 172, 177
Bationo, 4, 14, 36, Chekour,, 119, 134 Develay, 47, 51 Gray, 66, 67, 165
59, 92, 93, 95, 98, Cherqui, 74, 160 Develotte,, 124 Greimas, 59, 75, 76,
113, 114, 119, Chevallard, 46, 47, Diabaté, 122, 157 332
122, 157, 158, 54, 146, 159 Diame, 332, 333 Gruc, 55
159, 161, 178, Chevrier, 73, 363 Diarra, 43 Guichard, 23
323, 393, 398 Cicurel, 59, 323 Diop, 192, 375 Guimfac, 64, 160
Baudelaire, 68, 85, Clair, 216, 229, 233 Du Marsais, 156
376 Clanet, 44, 49, 59, Dubois, 93, 102, 159 H
Bavoux, 103 119, 122, 178, Dufays, 60, 62, 69,
Bazoum,, 24 323, 326, 393, 70, 75, 77, 87 Halba, 349
Beckett, 99 397, 398 Durkheim, 39, 59
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
Halté, 17, 41, 50, 59, Kouyaté, 233 143, 144, 154, Puren, 10, 33, 34, 42,
65, 79, 80, 145, Kroeber, 55 155, 332, 371 45, 46, 57, 59, 60,
151 Meirieu, 41, 70, 190 79, 88, 91, 92, 93,
Hama, 192, 216, 222, L Meunier, 1, 163, 165 94, 96, 98, 101,
229, 233, 257, Meurée, 60, 69, 70, 102, 117, 132,
337, 348, 350, L’Ecuyer, 182 75, 77, 87 136, 137, 141,
375, 376 Laafou, 119, 134 Moirand, 46, 124, 145, 146, 156,
Hameline, 255 Labouret, 163, 165 130, 245, 373 178, 284, 323,
Hatier, 39, 42, 43, Ladjili, 133 Montaigne,, 84, 94, 332, 393
44, 45, 50, 60, 65, Lami, 11, 89, 103 131, 136
70, 120, 140 Lancrey-Javal, 61, 62 Mouralis, 98, 102, Q
Hegel., 91 Landsheere, 255 147
Herbert, 76 Langrey-Javal, 69, Moussa, 1, 4, 35, Quivy, 178
Houssaye, 51 83 215, 217
Houssèye, 50, 138 Lanson, 72 Moussi, 130 R
Huberman, 332 Le Boterf, 44 Muchelli, 136
Hugo, 61, 84, 85, Le Meunier, 140 Mustapha, 41, 46, 49, Rabardel, 174
159, 212, 218, Legardez, 11 51, 53 Rabba, 4
232, 290, 376 Legendre, 138 Rançon, 148
Huteau, 23 Lesot, 154, 162 N Ravez, 16, 393
Levy, 171 Raymond, 133, 134,
I Lewin, 140 Nataf, 111, 117, 165 135, 136
Lima, 147, 151 Ngalasso, 7, 21, 97, Renaudeau, 106, 107,
Iser., 85 Lopès, 192 98, 142, 332 195
Lussault, 171 Niger, 331 Reuter, 116
J Luzzati, 124, 151 Nisin, 85 Riffaterre,, 78
Ly, 219, 232, 347, Robbe-Grillet, 99
Janati-Idrissi, 119 376 O Rouch, 107, 249
Jauss, 85, 86 Roulet, 124, 178
Jeunon, 154 M Ourghanlian, 48, Roumain, 192, 377
Journet, 55 120, 121 Rousseau, 55, 71, 84,
Jouve, 63 Macaire, 133, 134, Ousmane, 73, 107, 130, 131, 146,
Jucquois, 89 135, 136, 256 229, 231, 260, 290 159, 196, 203,
Mace, 176 Oyono, 192, 376 251, 303, 376
K Mackay, 225, 232,
312 P S
Kane, 24, 107, 196, Makouta Mbouka, 73
228, 232, 363, 376 Mamani, 218, 219, Pagès, 61 Sabbah, 162, 279,
Kélétégui, 348, 350, 221, 231, 232, Paillier, 340, 342 367
361 257, 358, 359, Passeron, 59, 71 Saravaya, 97, 105,
Kélétigui, 348 377, 378 Paulme, 345 107
Kerbrat-Orecchioni, Manchette, 83 Perrenoud, 53, 157 Sarraute, 86
93 Manga, 14, 99, 221, Pescheux, 22, 39, 79, Sartre, 86, 95
Kesteloot, 363 232 139, 161, 175, Saussure, 60, 75, 76
Khane, 90 Mannheim,, 85 177, 178 Savoie-Zajc, 182
Kindo, 14 Martin, 340 Philipps, 44, 45, 49 Sawadogo, 182
Ki-zerbo, 333 Maslow, 140 Piaget, 43, 120, 132 Seck, 43
Kluckhohn, 55 Maupassant,, 192 Plane, 187, 257 Senghor, 98, 166,
Koners, 174 Mazière, 16, 72, 77, Porcher, 92, 100 194, 195, 212,
Koumene, 40, 41, 87 80, 81, 82, 87, 89, Postic, 49, 138 214, 215, 231,
Kourouma, 214, 223, 106, 110, 113, Potelet, 154 267, 288, 305,
231, 245, 302, 117, 125, 126, Pouliot, 93, 102 306, 325, 339,
305, 377 Propp, 342 376, 396
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
260, 266, 296, 144, 160, 174, Le biographisme, 68, 17, 18, 19, 20, 21,
320, 326, 327, 177, 187, 190, 69 22, 23, 24, 25, 26,
339, 346, 366, 199, 233, 236, Le structuralisme, 27, 29, 30, 31, 32,
368, 373 237, 248, 257, 68, 73, 74 34, 35, 36, 37, 54,
Enquêtés, 170, 172, 270, 276, 277, Lecture littéraire, 5, 58, 72, 106, 168,
179, 181, 199, 292, 293, 294, 86, 109, 114, 115 178, 180, 186,
208, 240, 241, 314, 317, 322, Lecture méthodique, 187, 188, 192,
242, 243, 244, 324, 329, 330, 4, 5, 28, 31, 32, 200, 211, 219,
245, 247, 250, 335, 338, 352, 33, 34, 81, 111, 239, 243, 244,
267, 269, 271, 353, 354, 371 152, 154, 159, 245, 246, 247,
273, 275, 279, Exercice, 3, 19, 59, 160, 161, 165, 248, 250, 256,
317, 323, 326 62, 65, 81, 111, 166, 172, 174, 257, 258, 260,
Enseignant, 5, 11, 14, 134, 154, 160, 175, 176, 177, 263, 266, 281,
22, 24, 27, 28, 30, 161, 166, 187, 178, 180, 185, 286, 290, 302,
32, 35, 36, 40, 44, 237, 238, 240, 189, 194, 197, 313, 314, 319,
46, 48, 49, 50, 53, 264, 266, 278, 198, 199, 200, 320, 324, 325,
62, 63, 64, 67, 78, 282, 293, 294, 208, 230, 232, 326, 327, 331,
79, 87, 108, 126, 309, 328, 330, 235, 239, 240, 335, 337, 341,
128, 129, 130, 334, 335, 347, 241, 244, 253, 363, 365, 368,
131, 132, 137, 353, 360, 369 255, 258, 260, 370, 371
139, 141, 142, 261, 262, 263,
152, 155, 159, G 264, 265, 266, O
174, 179, 186, 267, 268, 269,
190, 192, 198, Groupement de 270, 271,272, 273, Objectif, 33, 144,
207, 210, 211, textes, 4, 252, 255, 274, 275, 276, 186, 209, 210, 351
230, 231, 233, 256, 347 277, 278, 279,
234, 235, 236, 281, 282, 283, P
237, 238, 239, H 288, 289, 290,
241, 242, 244, 292, 293, 294, Pédagogie, 6, 7, 11,
245, 246, 249, Hypothèses, 33, 34 297, 298, 302, 40, 41, 46, 49, 50,
251, 254, 257, 308, 312, 314, 52, 53, 58, 68, 70,
258, 259, 260, L 316, 320, 322, 86, 87, 89, 120,
261, 263, 264, 324, 328, 329, 128, 129, 130,
265, 267, 268, L’anthropologie 330, 331, 332, 131, 132, 134,
269, 271, 273, culturelle, 57 333, 334, 335, 136, 138, 140,
274, 279, 281, L’approche 336, 337, 340, 141, 143, 144,
282, 285, 288, interculturelle, 3, 350, 351, 354, 148, 154, 156,
299, 308, 309, 4, 81, 86, 87, 104, 359, 360, 365, 164, 181, 237,
311, 312, 313, 177, 205, 242, 366, 367, 368, 243, 247, 257,
314, 317, 319, 258, 266, 271, 370, 371, 372, 373 268, 269, 270,
320, 321, 327, 282, 317, 330, 371 274, 281, 314,
329, 330, 333, La vitesse de lecture, M 318, 322, 325,
336, 338, 339, 65 333, 338, 341,
340, 342, 347, Langue seconde, 4, Métaculturelle, 56, 347, 355
348, 350, 352, 25, 42, 108, 145, 100 Première, 72, 176,
353, 356, 367, 254, 256, 290, Méthode syllabique, 178, 190, 195,
369, 370, 372 333, 344, 366 64 209, 210, 227,
Esthétique de la Langues-cultures, 4, 228, 231, 250,
réception, 81, 86 12, 36, 42, 78, 87, N 282, 287, 305,
Évaluation, 18, 22, 90, 92, 95, 120, 334, 335, 346, 350
25, 43, 45, 50, 53, 143, 177, 271, Niger, 1, 3, 4, 5, 6, 7, Professeurs, 4, 5, 18,
95, 123, 129, 135, 317, 326, 329 10, 12, 13, 14, 16, 20, 24, 26, 27, 28,
Didactique de l’interculturel en cours de français au second cycle au Niger.
29, 30, 32, 33, 34, 336, 337, 368, 258, 267, 273, Situations
36, 43, 88, 91, 93, 370, 371, 372 337, 352 d’enseignement/ap
95, 97, 98, 111, Programmes, 2, 4, 6, Régimes de lecture, prentissage, 42
118, 125, 129, 7, 12, 13, 15, 17, 59, 61
157, 160, 161, 20, 24, 25, 26, 28, Sous-culture, 21, 96
168, 169, 170, 31, 33, 37, 6, 48, S
171, 172, 175, 69, 71, 85, 87, 88, T
177, 178, 180, 93, 98, 101, 109, Second cycle, 3, 22,
181, 182, 188, 117, 133, 141, 24, 25, 26, 27, 31, Tension culturelle,
192, 193, 195, 142, 155, 157, 32, 146, 165, 168, 103
197, 198, 199, 158, 185, 186, 169, 185, 189, Terminale, 72, 176,
200, 203, 204, 187, 189, 190, 194, 195, 199, 178, 188, 191,
205, 206, 207, 192, 200, 244, 205, 206, 232, 195, 204, 210,
208, 227, 231, 245, 246, 247, 240, 248, 256, 225, 227, 232,
232, 234, 235, 248, 249, 251, 268, 312, 315, 242, 250, 276,
236, 239, 240, 252, 253, 254, 321, 324, 325, 282, 287, 288,
241, 244, 245, 257, 258, 260, 333, 336, 340, 299, 332, 334,
246, 247, 249, 273, 276, 278, 366, 367 339, 346, 350
251, 253, 256, 281, 320, 327, Seconde,, 72, 176, Transculturalité., 3
258, 259, 261, 328, 332, 336, 178, 190, 195, Transposition
263, 264, 267, 337, 342, 357, 227, 248, 287, didactique, 4, 20,
268, 270, 275, 362, 363, 367, 292, 302, 350, 367 45, 46, 47, 244,
276, 277, 281, 369, 371, 372, 373 Sémiotique, 6, 58, 322
282, 285, 291, 73, 74, 76, 77, 81,
301, 302, 312, R 86, 141, 160, 181, V
313, 314, 318, 242, 244, 256,
319, 320, 321, Réforme, 2, 5, 14, 289, 340, 370 Verbatim, 177, 182,
322, 323, 324, 24, 25, 34, 175, Sémiotique d, 77 206, 210, 211, 230
325, 326, 329, 195, 237, 244, Séquence didactique,
332, 334, 335, 4, 270, 277