Impact humain et développement durable
Impact humain et développement durable
1. Vos préconceptions
Si vous suivez l'actualité, il ne vous aura pas échappé que les températures moyennes augmentent d'année en
année. Mais avez-vous conscience des raisons et de la temporalité de ce phénomène ?
Pour y voir plus clair, examinez les deux graphiques ci-dessous. Le premier représente l'évolution des émissions de
CO2; le second représente l'augmentation des températures. En analysant et en comparant ces deux graphiques,
que constatez-vous ?
Dans ces deux graphiques, on note une rupture. Les émissions de CO 2 augmentent depuis 1850 avec une forte
accélération de ce processus à partir de 1950. Si les Etats-Unis et l’Europe expliquaient plus de 80 % du total en
1980, la part de la Chine et de l’Inde sont aujourd’hui équivalentes aux émissions des Etats-Unis et de l’Europe.
La courbe des températures est moins régulière, différents phénomènes déterminant cette variable. On note
toutefois une rupture dans la courbe des températures à partir des années 1980. En trente ans, la température
moyenne a augmenté de 0,8 degré. Les analyses des climatologues lient ce gain de température à l’augmentation
de la concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère. En effet,le dioxyde de carbone (CO 2), et d’autres gaz
comme le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O), piègent le rayonnement infrarouge émis par la terre
(comme les vitres d’une serre) et contribue donc au réchauffement climatique qui se marque notamment par
l’augmentation de la température moyenne sur terre. Les émissions de CO 2 étant liées aux activités humaines, on
observe, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, une modification des conditions de vie à l’échelle
planétaire déterminée par l’action de l’homme.
Ce phénomène a amené à une prise de conscience de la responsabilité de l’homme sur les conditions de vie à
venir. Cette responsabilité est au cœur du concept de développement durable.
Aujourd'hui, nous pouvons affirmer que l'être humain a un impact de plus en plus fort sur la nature et sur la
planète.
Nous avons quitté une époque caractérisée par des conditions d’une clémence exceptionnelle, des millénaires de
relative stabilité (stabilité du climat, du niveau des mers, du dioxyde de carbone dans l'atmosphère,…). On donne
le nom d'holocène à cette époque géologique des onze derniers milliers d’années qui a succédé à la dernière
glaciation.
Nous sommes entrés dans une époque caractérisée par de grands changements, toujours en cours. Paul Crutzen
appelle cette époque l'anthropocène pour mettre l’accent sur l’empreinte humaine – l’anthropos – comme force
de transformation de la planète. L’anthropocène est donc une époque de l’histoire de la Terre caractérisée par des
évènements géologiques qui se sont produits depuis que les activités humaines ont une incidence globale
significative sur l'écosystème terrestre.
Quels débuts pour l'anthropocène ? Bien qu'il n'y ait pas de consensus, il existe différents marqueurs dont les trois
principaux sont :
1. le développement des pratiques agricoles qui ont conduit à des traces d’augmentation de dioxyde de
carbone et de méthane;
2. la fin du XVIIIè siècle avec la révolution industrielle;
3. le début des essais nucléaires massifs de la guerre froide (vers 1945) qui ont laissé des dépôts de
radionucléides partout dans le monde. D'aucun qualifie d'ailleurs la période après 1945 de période de «
la grande accélération » car de nombreux indicateurs y présentent des courbes de type exponentiel.
La séparation homme-nature
Urbanisés, cultivés, habitués à fonctionner dans des univers rectilignes, bétonnés, métalliques, aseptisés, nous en
arrivons presque à nous penser autonomes, indépendants de la nature. Comme les tomates que nous mangeons,
nous vivons, la plupart d’entre nous, « hors sol », sans contact avec la nature, avec les éléments, avec la terre, les
animaux, sans apercevoir la voûte céleste, sans entendre le chant des oiseaux. Ultra rationnels, efficaces, bons
gestionnaires, nous sommes souvent coupés de notre corps et de nos émotions. Nous sommes habitués à acheter
des steaks sous vide avec la même facilité que des pommes de terre, des blocs de feuilles ou de l’eau en bouteille.
Cette situation correspond à la situation des femmes et des hommes du XXIe siècle et s’intensifie avec les années,
mais elle a une histoire ancienne. Nous sommes héritiers d’une culture de la séparation humain-nature et nos
modes de vie contemporains en sont le prolongement, et la radicalisation : une culture qui bétonne les espaces
sauvages, assèche les marais, désinfecte, désherbe et défriche, comme si la nature représentait une menace que
l’humanisation apaise.
La crise écologique elle-même peut être perçue comme la conséquence d’une rupture de l’humain vis-à-vis de la
nature. Au sortir du Moyen-Age, la période moderne s’est construite autour d’un projet de maitrise et
d’émancipation vis-à-vis de l’ancien monde. Un projet d’autonomisation vis-à-vis de la tradition, mais aussi vis-àvis
de la communauté, et, c’est ce qui nous intéresse ici, vis-à-vis de la nature. Nous sommes encore aujourd’hui
façonnés par la vision anthropocentriste de la réalité caractéristique de l’ère moderne, c’est-à-dire une vision qui
place l’humain au centre et à distance de la nature. Ce n’est pas un hasard si le concept de « nature », ou même
plus anciennement de « cosmos », a cédé la place au concept d’« environnement ». Le mot l’exprime :
l’environnement, c’est ce qui environne, qui est autour et à la périphérie, ce qui est extérieur.
Face au paradigme de la séparation homme-nature, une nouvelle vision se développe et met l’accent sur
l’interdépendance et l’importance des liens qui nous unissent à la nature.
L’Occident s’est construit sur un imaginaire de séparation entre l’homme et la nature, où l’humain est vu comme
exceptionnel, central et dominant. Cette vision s’appuie sur des mythes (Genèse, Prométhée) et s’est renforcée à
travers quatre grandes étapes :
Depuis la fin du XXe siècle, cette séparation est remise en question par la prise de conscience écologique et l’idée
d’interdépendance entre l’humain et le vivant. Le développement durable représente une véritable révolution
culturelle, remettant en cause des siècles de pensée et demandant un changement profond dans notre rapport à
la nature.
3. Le développement durable
Le développement durable vise à traduire dans des politiques et des pratiques un ensemble de 27 principes,
énoncés à la Conférence de Rio en 1992, afin d’assurer que les êtres humains aient droit à une vie saine et
productive en harmonie avec la nature.
• Le principe de solidarité : Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement
les besoins relatifs au développement et à l’environnement des générations présentes et futures. La
solidarité se conçoit donc dans le temps (entre générations) et dans l’espace (entre les pays, entre régions
pauvres et régions riches, entre milieu urbain et milieu rural) ;
• Le principe d’information et de participation : "Tous concernés, tous décideurs, tous acteurs". Chacun doit
avoir accès aux informations relatives à l’environnement que détiennent les autorités publiques, et avoir
la possibilité de participer aux processus de prise de décision. La meilleure façon de traiter les questions
d’environnement est d’assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau de décision, du
local à l’international, qui convient.
• Le principe de précaution : "N’attendons pas l’irréparable pour agir". Pour protéger l’environnement, des
mesures de précaution doivent être largement appliquées par les États. En cas de risque de dommages
graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour
remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de
dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable (par ex., la
décision de limiter les émissions de CO2 pour lutter contre le changement climatique).
• Le principe de prévention : "Mieux vaut prévenir que guérir". Ce principe implique la mise en œuvre de
règles et d’actions pour anticiper toute atteinte à l’environnement, qui tiennent compte des derniers
progrès techniques.
• Le principe de responsabilité ou du pollueur - payeur : "Qui dégrade doit réparer". Les frais résultant des
mesures de prévention, de réduction de la pollution et de la lutte contre celle-ci doivent être supportés
par le pollueur. Ce principe a été adopté par l’OCDE en 1972 et consacré par le principe 16 de la
déclaration de Rio de 1992 qui dit : « Les autorités nationales devraient s’efforcer de promouvoir
l’internalisation des coûts de protection de l’environnement et l’utilisation d’instruments économiques,
en vertu du principe selon lequel c’est le pollueur qui doit, en principe, assumer le coût de la pollution,
dans le souci de l’intérêt public et sans fausser le jeu du commerce international et de l’investissement ».
Interdisciplinarité
Pour s’attaquer aux enjeux du développement durable de manière systémique, le dialogue entre les disciplines est
indispensable. Chaque discipline porte en effet un type de diagnostic sur la crise et ses causes et ouvre la porte à
une série de pistes d’actions et de solutions correspondantes. En plus du développement de connaissances
disciplinaires, des recherches interdisciplinaires sont également nécessaires. L'interdisciplinarité est une démarche
dans laquelle deux ou plusieurs disciplines vont croiser leurs compétences, leurs savoir-faire, et interagir pour
construire de nouvelles connaissances intégrées.
Le modèle en strates de l'écologie intégrale propose une vision globale des enjeux écologiques en intégrant divers
champs disciplinaires et niveaux de réflexion. Inspiré de la géologie, il permet d'explorer la crise environnementale
du plus visible au plus profond, en identifiant les causes, les facteurs déterminants et les pistes de solutions.
Chaque strate apporte un diagnostic spécifique et oriente vers des actions adaptées. Cette approche favorise une
compréhension holistique du développement durable en connectant différentes perspectives et en structurant les
interventions pour répondre efficacement aux défis écologiques.
Approche systémique
L’approche systémique est une approche holistique qui se concentre sur la façon dont les parties constitutives d'un
système sont liées entre elles et sur la façon dont les systèmes fonctionnent au fil du temps et dans le contexte de
systèmes plus vastes. En ce sens, elle se différencie de l’approche réductionniste, qui répond à un problème en
réduisant le système à un enjeu ou problème pour lequel une solution est à trouver.
L’analyse des systèmes est une approche qui étudie les interactions entre les éléments d’un système pour mieux
comprendre sa dynamique. Un système est défini par sa frontière, ses interactions avec l’environnement et ses
fonctions.
Les diagrammes de boucles causales sont un outil visuel permettant de représenter ces interactions. Ils montrent
des liens causaux entre variables avec des effets synergiques (+) ou antagonistes (-) et permettent d’identifier des
boucles de rétroaction :
L’exemple du feed-food competition illustre cette approche en montrant la tension entre l’utilisation des terres
pour l’alimentation humaine (FOOD) et animale (FEED). L’augmentation de l’un diminue la disponibilité de l’autre,
mais les co-produits alimentaires peuvent atténuer cette pression.
Les diagrammes de boucles causales sont utiles pour visualiser un système, explorer des scénarios, identifier des
incertitudes et modéliser des dynamiques complexes. Ils facilitent la communication et l’analyse stratégique pour
mieux comprendre les processus en jeu.
Objectifs de développement durable (ODD)
Les ODD offrent à chaque pays une marche à suivre et des cibles claires, en accord avec ses priorités et les défis
globaux. Pour réaliser ces 17 objectifs, 169 cibles ont été définies. Les indicateurs pour mesurer l’atteinte de ces
cibles ont été finalisés en mars 2017. Ces objectifs présentent trois caractéristiques :
1. L’universalité : ces objectifs s’appliquent à tous les pays et à tous les secteurs; les villes, les entreprises,
les écoles, les organisations sont tous mis au défi d'agir.
2. L’intégration : les objectifs sont tous interconnectés dans un système; nous ne pouvons pas viser un seul
objectif, nous devons tous les atteindre.
Comme vous l'avez constaté dans la présentation des objectifs de développement durable, le changement
climatique, bien qu'étant un enjeu majeur, n’est pas le seul enjeu de développement à résoudre : les inégalités, la
pauvreté, la santé et la sécurité de tous sont également des enjeux importants qui doivent être pris en compte et
ces différents enjeux sont interreliés entre eux.
Les interactions entre les ODD, qu'ils s'agissent de synergies (interactions positives) ou de compromis (interactions
négatives), constituent un défi pour les décideurs qui cherchent à mesurer l'efficacité de leurs actions. Sur ce sujet,
nous vous invitons à examiner la figure ci-dessous qui est basée sur la compilation de 65 évaluations mondiales
comprenant des rapports des Nations unies et des évaluations scientifiques internationales, ainsi que 112 articles
scientifiques publiés depuis 2015.
L’expression « développement durable » est aujourd’hui omniprésente, mais du coup elle est souvent servie à
toutes les sauces, jusqu’à parfois s’y perdre !
En pratique, les approches divergent parfois tellement fort – certaines n’étant qu’un simple verdissage de façade
(ou « greening ») – qu’il faut aujourd’hui distinguer derrière la bannière du développement durable, deux visions
distinctes :
1. Celle d’une durabilité forte, désignant des approches qui placent les objectifs de durabilité
intergénérationnelle avant tout, quitte à questionner le développement économique. La soutenabilité
forte recommande de maintenir – et si possible de faire croître – différents types de capitaux ou
d’éléments considérés comme critiques de ces capitaux (par ex. maintenir - quoiqu’il en soit des autres
piliers - le réchauffement terrestre au-dessous de deux degrés).
2. Celle d’une durabilité faible, désignant les approches qui se contentent de mitiger certains impacts
négatifs, mais sans véritablement permettre d’assurer une vie bonne aux générations futures et sans
questionner les modèles dominants. Cette vision autorise des substitutions entre des types de capitaux
différents du moment que la valeur de leur somme croit avec le temps, ce qui est synonyme de
développement dans cette conception (on peut perdre sur le capital naturel tout en gagnant sur le plan
économique). Une trop grande faiblesse de cette conception de la soutenabilité pourrait autoriser de
grandes dégradations des piliers moins prioritaires dans les décisions, càd environnementaux ou sociaux.
Certains théoriciens rejettent la notion de développement durable sur base d’une critique de la notion même de
développement. En effet, que souhaitons-nous rendre durable ? Il s’agit d’assortir une réflexion sur la durabilité à
une redéfinition profonde de notre conception du développement.
5. La/les transitions
L’objectif des initiatives de transition est de contribuer à la transformation de la société vers une société plus verte,
plus durable, plus écologique, plus soutenable. Même si les "transitionneurs" et les "transitionneuses" partagent
le même objectif, une grande hétérogénéité des discours existe sur les moyens de l’atteindre et les modes
d’engagement.
Dans la vidéo suivante, Emeline De Bouver – chargée de cours en sociologie – distingue quatre discours différents
qui placent les leviers de la transition vers une société plus écologique à un endroit différent :
Au travers de ces différents discours de la transition, on constate que les leviers du changement et les actions
prioritaires sont différents : actions individuelles pour transformer nos modes de vie; actions collectives au sein
des communautés locales et actions collectives pour transformer les systèmes économique et politique et les
institutions.
6. Parler et débattre du développement durable et de la transition
Le langage et l'image sont des véhicules puissants d'information. Parler, discuter, négocier les notions de
développement durable et de transition passent par des mécanismes linguistiques dont nous n'avons souvent pas
conscience, tellement ils sont ancrés dans notre appréhension cognitive du monde.
Dans cette partie, explorons le rôle de différents acteurs dans le développement durable et la transition, ainsi que
leurs différents modes d’engagement. Pour ce faire, partons du cas des vols aériens qui est largement inspiré de
l'ouvrage Deux degrés publié en 2019 par Edwin Zaccai.
Jusque l'arrivée de la COVID, les vols aériens connaissaient une croissance soutenue dans le monde. Pourquoi ? En
raison notamment de la baisse du prix des vols (par rapport au niveau de vie); de l’internationalisation de
l’économie et des modes de vie (professionnels et familiaux), et de l’accroissement du commerce en ligne. Malgré
cette croissance, les vols aériens ne représentent pas aujourd’hui une cause majeure d’impact climatique (2 à 3 %
des émissions de gaz à effet de serre). Notons cependant qu’un belge peut doubler son empreinte carbone
annuelle en effectuant seulement deux ou trois vols intercontinentaux, ce qui est loin d'être négligeable.
Que nous apprend ce cas des vols aériens sur le rôle de différents acteurs dans le développement durable et la
transition ?
Ce cas nous permet d'illustrer que les solutions se trouvent en général dans une combinaison d'actions
individuelles ("décider de ne pas prendre l'avion quand une alternative existe") et d'actions collectives mises en
place par l'Etat ("politiques de promotion d'alternatives en matière de mobilité et taxes") et par les compagnies
aériennes ("innovations technologiques").
En effet, aucune des propositions faite à la page précédente ne peut, à elle seule, solutionner le problème !
Il est vrai que les prix sont trop faibles car ils ne prennent pas en compte les externalités liées notamment aux
émissions de carbone. Cela conduit les acteurs à fermer les yeux sur les causes et conséquences des pollutions.
Cependant, d’une part cette solution défavoriserait les ménages ayant de plus petits budgets ; d’autre part, se pose
la question de savoir qui pourrait augmenter significativement les prix des vols aériens et comment ?
Cette taxation serait l’une des seules mesures en termes de prix du carbone qui ne soit pas directement défavorable
aux petits revenus. Les ressources perçues par la taxation pourraient être allouées à l’amélioration de la
performance des transports en commun et à des projets spécifiques de transition énergétique ; mais aussi
accordées aux plus bas revenus sous forme de compensations. L’État pourrait également baisser de manière
concomitante d’autres prélèvements (par ex., cotisations sociales plus faibles favorisant l’emploi). Cependant, les
compagnies aériennes s’opposent à cette taxation en proposant à la place des objectifs limités de réduction de
leurs émissions en justifiant les créations d’emplois qu’elles génèrent (et en tablant sur le désir des voyageurs).
Des progrès technologiques existent, ainsi le Solar Impulse de Bertrand Piccard a fait le tour du monde grâce à la
seule énergie solaire. Mais il n'est pas encore du domaine du possible de transporter des milliards de passagers
par an à travers le monde dans des avions commerciaux solaires. Les solutions en termes d’innovation
technologique ont souvent tendance à être surestimées par le public ; elles ne sont pas toujours guidées vers des
objectifs de décarbonation (elles s’exercent aussi sur d’autres domaines qui conduisent plutôt à des augmentations
d’émissions) et elles sont vulnérables à l’effet rebond (c'est-à-dire qu'une partie du gain d’innovation technique en
énergie est absorbée par la hausse des consommations permise par les bénéfices réalisés).
C’est en effet une piste si du moins ce biocarburant a un bilan écologique positif (ce qui n’est pas le cas si on
remplace des forêts tropicales par des plantations de palmiers à huile) et n’est pas fabriqué au détriment de la
production alimentaire.
Compenser financièrement pour financer les énergies renouvelables ou des zones de captage du CO2 via les forêts
?
La compensation financière peut représenter un réel apport financier mais présente plusieurs limites. Tout d'abord,
l’énergie renouvelable peut s’ajouter sans se substituer aux productions d’énergies existantes; des populations
peuvent être exclues de la jouissance de leurs forêts et cette absorption est temporaire puisque les forêts évoluent
(les arbres peuvent relarguer le CO2). Ensuite, les compensations sont volontaires et généralement impliquent des
montants relativement faibles. De plus, si l’augmentation du prix est vraiment significative, cette solution défavorise
à nouveau les ménages ayant de plus petits budgets. Enfin, cette solution consiste à déléguer un instrument de
politique climatique à des opérateurs tels que des ONG qui ont peu de pouvoir (contrairement aux Etats – dans le
cas de l’imposition d’une taxation du kérosène par exemple).
Nous vous invitons à analyser plus particulièrement le graphique représenté ci-dessous. Que retenir de celui-ci ?
Deuxièmement, la part restante de la baisse des émissions (3/4) relève d’investissements et de règles collectives
qui sont du ressort de l’État et des entreprises :
L’État doit assumer son rôle de régulateur, d’investisseur, et de catalyseur. Il doit montrer l’exemple en investissant
dans la rénovation des bâtiments publics et en enclenchant la décarbonation de ses services (en particulier la
santé, l'éducation, la défense). L’État doit édicter les règles qui permettent de réorienter les investissements dans
les filières décarbonées, et mettre en place les incitations fiscales et réglementaires adéquates.
Les entreprises (les grandes multinationales essentiellement) contrôlent les technologies et disposent d’immenses
capitaux financiers. Malheureusement, ces ressources sont aujourd’hui encore insuffisamment utilisées en
direction de la transition énergétique. Les entreprises doivent transformer leurs processus industriels, leur
approvisionnement énergétique, la conception de leurs produits, ou encore le choix des investissements et des
implantations géographiques… Elles sont capables de se poser en acteurs mondiaux à la différence des États dont
le pouvoir est circonscrit aux frontières nationales. De plus en plus d’entreprises prennent des engagements
volontaires publics. Mais cette logique d’engagements volontaires implique, par définition, que d’autres
entreprises ne sont pas tenues de souscrire à de semblables objectifs.
Résoudre la question climatique ne repose donc pas uniquement sur des changements individuels épars et
volontaires (qui sont principalement adoptés par les individus qui se sentent concernés et qui sont relativement
aisés), même si certains comportements individuels très impactants devront impérativement évoluer.
Action publique
Comme l’explique Tim Jackson dans son ouvrage « Prospérité sans croissance. La transition vers une économie
durable », nos choix individuels tendent à la myopie : nous favorisons trop aujourd’hui au détriment de demain.
Pour nous empêcher de renoncer à notre bien-être de long terme à force de plaisirs de court terme, la société a
développé des mécanismes sociaux et institutionnels qui influencent l’équilibre des choix au détriment du présent
et à l’avantage du futur (par ex., les comptes épargne, le mariage).
Face à un problème systémique comme le changement climatique par exemple, une action collective forte est
nécessaire pour engendrer un changement plus radical et plus profond. Seuls les acteurs publics peuvent en effet
prendre des décisions collectives contraignantes. Les changements en matière de politiques publiques constituent
donc une clé primordiale pour une transformation d’ensemble du système.
Le cas du Protocole de Montréal est un bon exemple pour illustrer l'importance de la collaboration de tous les
acteurs face aux enjeux du développement durable. Dans le cadre de l’action pour la restauration de la couche
d’ozone, toutes les parties concernées ont joint leurs efforts pour parvenir à résoudre le problème, chacune avec
ses responsabilités spécifiques :
• les chercheurs ont produit des analyses scientifiques sur l’impact néfaste de certaines substances sur
l’ozone et ont largement contribué à inciter les responsables politiques à s’engager en faveur de l’ozone;
• les Nations Unies ont permis d’amener les différents gouvernements à la table des négociations et le
Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) devient le vecteur principal d’information
pour l’opinion publique mondiale;
• les Etats ont accepté de coopérer reconnaissant que l’enjeu (protéger la couche d’ozone) relevait d’une
responsabilité commune à tous les pays;
• les ONG ont fait du lobbying auprès des gouvernements et des entreprises, sensibilisé l’opinion publique,
et développé des coopérations avec les industriels (ne se limitant plus à la dénonciation);
• les industriels ont mis au point des produits substituts aux produits réduisant la couche d’ozone, en
collaborant entre eux et avec les gouvernements, les scientifiques et les ONGs pour parvenir à la
production de substances non néfastes à l’ozone.
L’aboutissement a été le Traité de Montréal en 1987, un succès unanimement reconnu. Pour préserver la planète,
la confiance réciproque et la coopération sont essentielles.
L’UCLouvain, en tant qu’institution, est également un acteur de la Transition. Notre université a pris la mesure de
cet enjeu. Ainsi, le Plan Transition de l'UCLouvain, publié en 2021, a pour but de refléter l’ambition de l’UCLouvain
d’être impactante et innovante dans son positionnement face à la transition écologique et sociale vers une
université durable.
Ce plan s’articule autour de trois piliers : l’enseignement, la recherche et les campus durables. Ce dernier se décline
en plusieurs thématiques: énergie, mobilité, consommation, investissements, alimentation, biodiversité,
développement territorial et culture. Chaque axe possède ses propres objectifs déclinés en actions concrètes.
Autant de buts à atteindre en l’espace de 5 ans (d'ici à 2026). Tous ces plans d’action découlent d'un processus de
co-construction engageant les réflexions et du travail mené par des membres du personnel académique,
scientifique, administratif et des étudiant∙es.
Vous pouvez également lire le rapport "L'UCLouvain en transition vers une université durable" (2023) qui donne
l’état d’avancement le plus actuel par rapport aux objectifs avancés.
Et enfin, découvrez le site internet de l'UCLouvain dédié au développement durable et plus particulièrement les
engagements, l'historique, la gouvernance et des exemples d'actions majeures de l'UCLouvain en matière de
développement durable et de transition.
8. Conclusion
Dans ce premier module, nous avons défini les concepts de développement durable et de transition. Nous avons
également retracé leurs origines dans l'histoire de la relation entre l'homme et la nature. À ce stade, vous devriez
avoir retenu les trois messages-clés suivants :
La transition vers des systèmes qui seraient soutenables sur le plan social et environnemental...
1. requiert des transformations qui nécessitent l’effort coordonné de la société dans son ensemble et la
responsabilisation croissante de tous les acteurs qui la composent : pouvoirs publics, entreprises,
consommateurs et société civile ;
2. exige une capacité de percevoir autrement les choses afin de résoudre des problèmes de façon créative,
et donc le développement de notre imagination. Pour développer celle-ci, nous avons besoin de temps
et d’un espace propice au débat d’idées : il faut se sentir en sécurité, entouré de récits pleins d’espoir sur
l’avenir, dans une société aussi égalitaire que possible, où la nature est présente au quotidien (Hopkins,
2019) ;
3. engage nécessairement une mise en lien des domaines d’actions et des secteurs d’activité. Cette mise en
lien est nécessairement interdisciplinaire et impose la recherche de nouveaux modèles systémiques.
Lexique
Anthropocène : L’anthropocène est donc une époque de l’histoire de la Terre caractérisée par des évènements
géologiques qui se sont produits depuis que les activités humaines ont une incidence globale significative sur
l'écosystème terrestre.
Anthropocentrisme : L'anthropocentrisme est une conception du monde qui place l'être humain au centre de toute
réflexion et considération. Il considère l'humanité comme la mesure de toutes choses, accordant une importance
primordiale à ses besoins, ses valeurs et ses intérêts par rapport aux autres formes de vie ou à l'environnement.
Approche systémique : L’approche systémique est une approche holistique qui se concentre sur la façon dont les
parties constitutives d'un système sont liées entre elles et sur la façon dont les systèmes fonctionnent au fil du
temps et dans le contexte de systèmes plus vastes. En ce sens, elle se différencie de l’approche réductionniste, qui
répond à un problème en réduisant le système à un enjeu ou problème pour lequel une solution est à trouver.
Développement durable : Le développement durable est un concept qui fait référence à une forme de
développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à
répondre à leurs propres besoins. Cette approche cherche à concilier trois grands objectifs : la protection de
l'environnement, la justice sociale et la croissance économique.
Durabilité faible : durabilité faible, désignant les approches qui se contentent de mitiger certains impacts négatifs,
mais sans véritablement permettre d’assurer une vie bonne aux générations futures et sans questionner les
modèles dominants. Cette vision autorise des substitutions entre des types de capitaux différents du moment que
la valeur de leur somme croit avec le temps, ce qui est synonyme de développement dans cette conception (on
peut perdre sur le capital naturel tout en gagnant sur le plan économique). Une trop grande faiblesse de cette
conception de la soutenabilité pourrait autoriser de grandes dégradations des piliers moins prioritaires dans les
décisions, càd environnementaux ou sociaux.
Durabilité forte : durabilité forte, désignant des approches qui placent les objectifs de durabilité
intergénérationnelle avant tout, quitte à questionner le développement économique. La soutenabilité forte
recommande de maintenir – et si possible de faire croître – différents types de capitaux ou d’éléments considérés
comme critiques de ces capitaux (par ex. maintenir - quoiqu’il en soit des autres piliers - le réchauffement terrestre
au-dessous de deux degrés).
Écologie intégrale : l'écologie intégrale propose une vision globale des enjeux écologiques en intégrant divers
champs disciplinaires et niveaux de réflexion. Inspiré de la géologie, il permet d'explorer la crise environnementale
du plus visible au plus profond, en identifiant les causes, les facteurs déterminants et les pistes de solutions.
Écosystème : Unité écologique de base formée par le milieu et les organismes qui y vivent
Interdisciplinarité : L'interdisciplinarité est une démarche dans laquelle deux ou plusieurs disciplines vont croiser
leurs compétences, leurs savoir-faire, et interagir pour construire de nouvelles connaissances intégrées.
Limites planétaires : Les limites planétaires sont les seuils que l'humanité ne devrait pas dépasser pour ne pas
compromettre les conditions favorables dans lesquelles elle a pu se développer et pour pouvoir durablement vivre
dans un écosystème sûr, c’est-à-dire en évitant les modifications brutales et difficilement prévisibles de
l'environnement planétaire.
Mdule 2 • Faire progresser le bien être humain
La Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement (1992) proclame dans son premier principe que
les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable et qu'ils ont droit à une
vie saine et productive en harmonie avec la nature.
Faire progresser le bien-être des êtres humains fait donc partie intégrante du développement durable, comme
l'illustre le troisième Objectif de Développement Durable, l'ODD 3 : "permettre à tous de vivre en bonne santé et
promouvoir le bien-être de tous à tout âge".
Comme vous l'aurez déjà constaté, les concepts de santé et bien-être sont liés. En effet, depuis 1946, l'OMS définit
la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une
absence de maladie ou d'infirmité ». Nous vous inviterons donc à faire des liens entre ce module et le suivant,
intitulé 'Repenser les systèmes agricoles, alimentaires et de santé'.
Le bien-être des êtres humains dépend donc du niveau de satisfaction de leurs besoins fondamentaux : "Toute
personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment
pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires
; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres
cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté" (Article 25 (1)
de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme).
Progresser dans la réalisation des ODD, c’est progresser dans la protection des droits humains et vice versa. Les
deux se renforcent mutuellement : un grand nombre d’objectifs et cibles des ODD correspondent à des standards
en matière de droits de l’homme.
Dans la vidéo suivante, Oliver De Schutter – professeur en droit – attire notre attention sur :
“les différents types d'indicateurs de mesure des progrès en matière des droits humains (indicateurs de résultats,
indicateurs structurels et indicateurs de progrès) et les différents types d'obligation étatique en la matière
(respecter, protéger et réaliser les droits de l'Homme).”
Il présente ensuite deux interprétations concurrentes concernant la place des Droits de l’Homme dans le processus
de développement.
• Les droits fondamentaux sont des droits accordés par un gouvernement à tous les citoyens conformément
au système juridique du pays sans aucune condition.
• Les droits de l'Homme sont des droits que tous les êtres humains devraient avoir, sans distinction de
nationalité, de lieu de résidence, de sexe, d'origine nationale ou ethnique, de couleur, de religion, de
langue ou autre. Les droits de l'homme sont des visions morales des droits que presque tout le monde
convient qu'un humain devrait avoir.
Souvent, les droits fondamentaux tels que protégés par la loi couvrent et protègent également les droits de
l'Homme. Cependant, certains pays autoritaires peuvent ne pas couvrir les droits de l'Homme au regard de leurs
droits fondamentaux.
1.3 Activité ▸ PIB, fragilité des Etats et droits de l'homme
A partir du graphique suivant, examinons les liens entre développement économique (tel que mesuré par le
PIB/habitant) et respect des droits de l'Homme sachant que :
Depuis la moitié du 21ème siècle, le Produit Intérieur Brut (PIB) et sa croissance ont été largement considérés
comme les principaux indicateurs de progrès économique et social. Le PIB peut être défini comme la valeur
monétaire de l’ensemble des biens et services finaux produits (et recensés) par une entité (généralement une
nation) sur une période donnée (généralement une année). La croissance économique correspond à
l’accroissement du PIB d’une année sur l’autre, une fois déduite l’inflation. Ce sujet sera discuté plus en détails
dans le module 4 'Développer des économies justes et durables' de ce MOOC.
Le score des droits de l'Homme fournit une mesure de la protection de l'intégrité physique des citoyens, en tenant
compte de la torture, des assassinats commis par le gouvernement, des emprisonnements politiques, des
exécutions extrajudiciaires, des massacres et des disparitions. Plus la valeur est élevée, meilleure est la protection
des droits fondamentaux.
Au vu des graphiques précédents, vous aurez constaté que la fragilité des Etats est liée négativement à leur
développement économique, et que les conflits, l’insécurité, les institutions faibles et l’accès limité à la justice
portent atteinte au respect des droits humains.
Dans la vidéo suivante, Michel Liégeois – professeur en sciences politiques – développe ces liens entre paix,
sécurité et développement durable. Il vous explique que sans la paix (ODD 16), il est et sera impossible d’atteindre
les autres objectifs de développement durable.
En particulier, il présente :
• les facteurs que le Conseil de sécurité de l’ONU prend en considération dans l’exercice de son mandat de
maintien de la paix et de la sécurité internationale : le rôle des femmes, des enfants, des ressources
naturelles, de la dimension culturelle et plus récemment le rôle de la dimension environnementale ;
• les liens entre pauvreté, inégalités, changements climatiques, dégradation des ressources naturelles,
violation des droits de l'homme, instabilité et conflits.
2. Le principe d'égalité et l'injustice sociale
La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du citoyen affirme l'égalité de tous les êtres humains, tout
comme la Constitution belge :
• " (...) les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de
l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des
femmes (...) " (Préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme) ;
• « Les Belges sont égaux devant la loi » (Article 10 de la constitution belge).
Le principe d’égalité est donc un principe de base du droit des États démocratiques contemporains et du droit
international des droits humains.
2.2 Débat ▸ Est-ce que certaines inéglités vous paraissent plus injustes que d'autres ?
Notons cependant que ce concept d'"égalité devant la loi" est un concept pauvre qui exige seulement que deux
personnes relevant de la même qualification juridique doivent être traitées de la même manière. Ce concept reste
donc compatible avec un droit sexiste ou raciste par exemple.
Dans les faits, les inégalités sont donc multiples et nombreuses. Elles concernent différents domaines (revenus,
éducation, emploi, santé...) et visent différentes catégories de population (genre, âge, race...).
Le problème n'est pas tant celui de l'inégalité, mais celui de l'injustice sociale : ce sont les inégalités que nous
percevons comme injustes qui heurtent nos valeurs. En effet, nous "acceptons" un certain nombre d'inégalités que
nous considérons comme "justes". Par exemple, les inégalités de salaires entre métiers de qualifications différentes
sont en général socialement acceptées.
La définition de ce que nous percevons comme plus ou moins juste dépend de considérations morales et peut
évoluer dans le temps : ce qui est perçu comme juste socialement peut être perçu comme injuste dans un autre
contexte.
Nous devons donc identifier les différences que l’on juge pertinentes pour assurer l’égalité et nous poser les deux
questions suivantes :
• À partir de quel moment le traitement différencié des personnes a-t-il pour effet de mettre l'accent sur
ces différences, et de stigmatiser ces personnes à cause de cette différence ?
• À partir de quel moment le traitement indifférencié des personnes a-t-il pour effet de faire preuve
d'insensibilité à leurs réalités et risque-t-il de les stigmatiser précisément parce qu'on ignore ces
différences ?
Dans son ouvrage Théorie de la justice (1971), John Rawls écrit qu'une société est juste si elle respecte trois
principes :
Notez que tant le principe d’égalité des chances (2) que le principe de différence (3) permettent le développement
d’inégalité à des conditions précises et pour des raisons différentes.
2.4 Comment approcher la suite de ce module ?
Dans la suite de ce module, nous avons décidé de mettre l'accent sur divers Objectifs de Développement Durable
en lien avec les questions de bien-être humain :
Ensuite, nous terminons ce module en faisant les liens entre inégalités sociales et dégradations environnementales
(en effet rappelez-vous les interactions entre les ODD - cfr module 1).
Nous vous invitons ensuite à prendre connaissance du graphique ci-dessous sur l'évolution à travers le temps du
nombre de personnes en situation d'extrême pauvreté (càd qui vivent avec moins de 2.15 dollars par jour). Que
constatez-vous ?
En Europe, on calcule le taux de privation matérielle sévère. La privation matérielle sévère comprend l’ensemble
des personnes qui vivent dans un ménage qui ne peut pas, pour des raisons financières, se permettre au moins
quatre des neuf « biens et services » suivants :
• payer à temps le loyer, l’emprunt hypothécaire, les charges du logement et les crédits à la consommation
• chauffer correctement son logement
• pouvoir faire face à des dépenses inattendues (d'environ 1100 euros)
• manger des protéines tous les deux jours
• partir une semaine en vacances une fois par an (pas nécessairement à l’étranger)
• posséder une télévision
• posséder un lave-linge
• posséder une voiture
• posséder un téléphone.
Sur le site [Link], on peut lire qu'en 2018, le taux de déprivation matérielle sévère des Wallons se situait à
7,8 %, un taux légèrement supérieur à celui des pays voisins (Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne et France) et des
pays scandinaves, mais inférieur à celui de pays méditerranéens (Chypre et Grèce) et d’Europe de l’Est (Serbie,
Roumanie et Bulgarie).
3.3 Comment lutter contre la pauvreté ?
La pauvreté est donc un phénomène multidimensionnel qui ne peut se résumer à un critère purement financier.
L’accès aux soins de santé, à l’éducation, à l’énergie ou à la sécurité sociale, l’exposition à des catastrophes
naturelles, le manque d’infrastructure ou d’institutions de qualité, la faible représentation politique, le manque de
choix et d’opportunité, l’état de stress et d’anxiété... sont des manifestations de la pauvreté !
Il existe donc un lien étroit entre pauvreté et inégalités: d’un côté, une petite minorité qui concentre des niveaux
de richesses gigantesques, et de l’autre, une multitude qui souffre et tente de survivre. Si on perçoit le problème
de la pauvreté sous le prisme de l’inégalité, on considère que le problème d’une personne pauvre réside dans le
fait qu’elle a moins qu’une autre. Notons cependant qu'on peut aussi aborder la question de la pauvreté
indépendamment de celle de l’inégalité. Dans ce cas, on dira que ce qui est injuste pour une personne pauvre n’est
pas qu’elle a moins qu’une autre, mais simplement qu’elle n’a pas assez pour mener une vie digne.
L'éradication de la pauvreté dans le monde et la réduction des inégalités sont des objectifs étroitement liés. Ceuxci
nécessitent des interventions et des mesures visant à traiter la nature multidimensionnelle de la pauvreté dans
l'éducation, les soins de santé, l'accès à l'eau potable et à l'énergie, l'exposition aux maladies infectieuses et de
nombreuses autres dimensions essentielles du bien-être.
Comment définir l’aide alimentaire ? Selon une définition communément acceptée dans la littérature, l’aide
alimentaire est "une série de pratiques mise en place par un mélange de politiques sociales et d’initiatives
caritatives afin de réduire l’insécurité alimentaire et la faim" (Hebinck et al. 2018). Il s’agit d’une prestation en
nature, non-contributive et souvent conditionnelle, fournie par une série d’acteurs publics et privés.
Comme nous pouvons le voir dans le graphique ci-dessous, l'espérance de vie mondiale a augmenté de manière
importante au cours des deux derniers siècles, avec des améliorations dans tous les pays du monde. Toutefois, il
existe encore d'importantes différences :
• dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, l'espérance de vie moyenne est encore inférieure à 60 ans,
contre plus de 80 ans dans les pays d'Europe ou au Japon.
• les pays à faibles revenus ont toujours, en moyenne, des taux de mortalité infantile plus de dix fois
supérieurs à ceux des pays à revenus élevés.
4.2 Inégalités sociales de santé
Les inégalités sociales de santé se focalisent sur les liens entre les inégalités sociales, telles que les inégalités de
revenus ou d’éducation, et les inégalités dans l’état de santé, l’espérance de vie, ou la présence de problèmes de
santé. Par exemple :
• dans un article paru le 14 janvier 2021 sur le site de l’observatoire belge des inégalités, on peut lire que «
l’espérance de vie est très inégale selon la profession. Les professeurs d’université sont de ce point de vue
les plus favorisés, avec une mortalité 46 % inférieure à la moyenne. À l’autre bout de l’échelle sociale, les
éboueurs sont les moins bien lotis, avec une mortalité 66 % supérieure à la moyenne. Entre ces deux
positions, on observe une variation continue de situations, la mortalité augmentant plus on descend dans
l’échelle sociale des métiers. Cependant, même si ces écarts de mortalité sont analysés au prisme de la
profession, leur existence ne suffit pas pour affirmer que c’est l’activité de travail en tant que telle qui a
cet effet inégalitaire sur la santé. On peut pourtant fortement suspecter que le travail contribue à produire
les écarts »
• dans un article paru le 30 novembre 2020 sur le site de l'observatoire belge des inégalités, on peut lire
que « que l’on soit riche ou pauvre, l’espérance de vie n’est pas la même. En fait, à 67 ans, un tiers des
hommes appartenant à la catégorie la plus pauvre… sont morts ».
Dans le texte suivant, Sandy Tubeuf – professeure en économie de la santé – définit les inégalités sociales de santé
et les outils permettant de les mesurer. Elle discute ensuite l’évaluation du caractère plus ou moins ‘juste’ de ces
différences de santé, évaluation qui est basée sur deux principes :
1. Un principe d’équité horizontale (« Des égaux doivent être traités également »).
2. Un principe d’équité verticale (« Des inégaux doivent être traités inégalement »).
Le graphique ci-dessous montre que les dépenses de santé ont un rendement d'autant plus fort sur la réduction
des inégalités dans l'espérance de vie que les niveaux de dépenses de santé sont faibles. Cela implique que les
dépenses en matière d'aide au développement pour la santé, si elles sont correctement ciblées et gérées, ont le
potentiel de réduire considérablement les écarts d'espérance de vie que l'on observe entre les pays les plus
pauvres et les plus riches.
Les dépenses de santé sont très élevées dans les pays riches comme les États-Unis et les pays européens et les
inégalités d’espérances de vie au sein du pays restent moins marquées que dans les pays pauvres. Néanmoins les
États-Unis qui sont en tête des dépenses de santé observent de plus importantes inégalités d’espérances de vie
que la plupart des pays européens. Ceci met en évidence l’importance de la question de l’efficience dans les
dépenses de santé notamment dans les pays riches, il ne s’agit pas de dépenser plus mais de dépenser mieux.
Au Royaume-Uni comme ailleurs dans le monde, les enfants vivant dans des circonstances socioéconomiques
défavorisées sont en moins bonne santé mentale et physique que leur pairs plus favorisés. Ceci est non seulement
vrai pour les enfants dont les parents appartiennent au quintile de revenu le plus faible mais tout au long de la
distribution des quintiles de revenus, mettant en évidence un gradient social de santé. Ces inégalités
socioéconomiques en matière de santé sont particulièrement injustes puisque les enfants ont peu de contrôle sur
leur santé et les facteurs qui l’influencent ; il s’agit d’inégalités des chances en santé. Des politiques de prévention
et de promotion de la santé mises en œuvre auprès des parents à risque et des milieux les plus modestes ou auprès
de leurs enfants pourraient aider à réduire ces inégalités des chances en santé.
5. Mettre fin aux discriminations (ODD 5)
Des progrès ont été réalisés au cours des dernières décennies : davantage de filles sont scolarisées, moins de filles
sont contraintes de se marier précocement, davantage de femmes siègent dans les parlements et occupent des
postes de direction, et les lois sont réformées afin de faire progresser l’égalité des sexes.
En dépit de ces avancées, de nombreux défis subsistent : les lois et les normes sociales discriminatoires restent
omniprésentes et les femmes restent sous-représentées à tous les niveaux du pouvoir politique. À ce jour pas un
seul pays n’a réalisé l’égalité de genre et selon le Global Gender Gap Report de 2024 il faudra encore attendre 134
années pour atteindre la parité entre les genres.
1. la santé reproductive, basée sur le taux de mortalité maternelle et le taux de natalité des adolescentes ;
2. l'autonomisation, basée sur la proportion de sièges parlementaires occupés par des femmes et la
proportion de femmes adultes âgées de 25 ans et plus ayant au moins fait des études secondaires ;
3. le statut économique, basé sur les taux de participation au marché du travail des populations féminine et
masculine âgées de 15 ans et plus.
Mais on considère que c’est dans la sphère familiale que s’enracinent le plus les inégalités. En effet, les tâches
domestiques, de soin et d’attention (on dit aussi le « care ») y reposent principalement sur les femmes. Ceci
contraint très souvent les femmes à « opter » pour un travail à temps partiel (ou parfois même à quitter le marché
du travail) pour assurer ce travail non rémunéré de soins aux autres, ce qui les expose à une précarité financière
accrue.
Selon le rapport mondial sur les salaires 2022/23 publié par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), dans le
monde, l’écart salarial mensuel moyen (le rapport entre la moyenne des salaires masculins et la moyenne des
salaires féminins sur un mois) n’a pas changé significativement depuis les résultats de 2018/2019 qui déclarait que
l’écart était de 20,5 % en faveur des hommes. Dans certains pays cela a augmenté comme au Panama, en Colombie
ou encore au Paraguay; dans d’autres, cet écart à diminué comme en Bolivie, République Dominicaine ou encore
aux Etats-Unis.
Les revenus disponibles d'un ménage au cours d'une année donnée se composent :
Les impôts sur le revenu et les cotisations de sécurité sociale payés par les ménages sont déduits, et les revenus
du ménage sont attribués à chacun de ses membres, avec un ajustement pour tenir compte des différences de
besoins des ménages de tailles différentes.
Dans le graphe ci-dessous sont repris les coefficients de Gini pour différents pays, y compris la Belgique en 2022.
Vous pouvez donc analyser la position de la Belgique par rapport à d'autres pays de l'OCDE.
6.3 Cas ▸ Inégalités Nord-Sud
La désignation Nord-Sud est apparue en 1980 dans un rapport intitulé "Nord-Sud : un programme de survie" de la
Commission indépendante sur les problèmes de développement international. Cette différenciation entre le Nord
et le Sud ne fait pas référence à la situation géographique des pays par rapport à l’équateur, mais à des données
économiques et politiques beaucoup plus complexes. Ainsi l'Australie qui se trouve dans l'hémisphère Sud est
économiquement au Nord.
Cette désignation fait référence à une séparation entre d’un côté, les pays du Nord, généralement plus
industrialisés et économiquement plus riches, et de l’autre, les pays du Sud généralement moins développés
économiquement et plus appauvris. Comme en témoigne le graphique ci-dessous, depuis 1980, certains pays du
Sud comme les Émirats arabes unis ont atteint un indice de développement humain supérieur à celui de la
Roumanie ou de l’Ukraine. Les termes de Nord et de Sud sont des généralisations et on trouve beaucoup de
différences entre les pays de chacun de ces groupes.
Selon Arnaud Zacharie, le transfert progressif du centre de gravité de l’économie mondiale des États-Unis et des
pays occidentaux vers la Chine et les pays émergents a entraîné depuis la fin du XXe siècle une réduction des
inégalités Nord-Sud – alors qu’elles n’avaient cessé d’augmenter depuis le début du XIXe siècle. Bien qu’en baisse,
les inégalités Nord-Sud restent très élevées, à un tel point que le lieu de naissance est considéré comme le principal
facteur d’inégalité mondiale.
Toutefois, la réduction des inégalités à l’échelle planétaire des dernières décennies ne doit probablement pas
grand-chose aux politiques d’aide au développement prodiguées par l’Occident aux nations du Sud, comme vous
l'ont illustré Marie-Paule Kestemont et Félix Ouédraogo. Les stratégies de réduction des inégalités devraient mettre
l'accent sur les éléments suivants :
2. La mise en place de systèmes de protection sociale performants pour corriger les injustices du marché en
redistribuant les richesses entre les différentes catégories de populations (riches et pauvres, jeunes et
vieux, bien-portants et malades, employés et chômeurs).
3. La justice fiscale. Réduire les inégalités passe par le mode de prélèvement et une révision des politiques
fiscales (notamment les taxes sur les hauts revenus et les taxes des héritages). Ainsi par exemple la TVA
pourrait jouer un rôle davantage redistributif, par une modulation des taux en fonction des biens. Ces
mesures relèvent principalement du champ des politiques nationales. Néanmoins la coordination, au
moins au niveau européen, est indispensable pour éviter la concurrence fiscale, la déflation salariale et le
dumping social. Sur la base de ses recherches, l'économiste Thomas Piketty a même proposé la mise en
place d'un impôt mondial sur le patrimoine.
4. La mise en place de politiques de redistribution primaire des revenus pour garantir un meilleur équilibre
entre la distribution des revenus du capital et du travail. En effet, le chômage de masse et la précarité ont
fait basculer le rapport de force en faveur des directions d’entreprise, au détriment des salariés les plus
fragiles et les moins qualifiés. Il faut donc redonner du pouvoir aux syndicats de salariés et aux
associations de consommateurs, pour favoriser la concertation sociale et l’adoption de salaires minimums
et maximums légaux garantissant la cohésion sociale. Il faut lutter contre les situations de monopole et la
promotion de tout ce qui peut renforcer le pouvoir de négociation de ceux qui sont en bas de l’échelle
des revenus.
Les conclusions du rapport 2020 de Development Finance et Oxfam intitulé : "Combattre les inégalités en période
de COVID" sont claires. Face à la pandémie de coronavirus, les gouvernements doivent améliorer
considérablement leurs efforts en matière de progressivité des dépenses publiques, de fiscalité, de salaire et de
protection des travailleuses et des travailleurs dans le cadre des plans nationaux de réduction des inégalités (pages
16-17). Ces plans doivent inclure des mesures telles que :
• augmenter l’imposition des entreprises les plus riches et des particuliers les plus fortunés et mettre fin à
l’évasion fiscale et au « nivellement par le bas » de l’impôt
• accroître les dépenses consacrées aux services publics et à la protection sociale et améliorer leur impact
sur la couverture et les inégalités
• contrôler systématiquement les dépenses publiques, en sollicitant la participation des citoyen-ne-s à la
surveillance budgétaire
• donner des salaires décents aux travailleurs, en particulier les femmes et les filles, et une meilleure
protection de leurs droits du travail (droits à l’égalité salariale, à la non-discrimination et à la protection
contre le harcèlement sexuel et le viol).
Les États, les institutions internationales et d’autres parties prenantes doivent collaborer en vue d’améliorer
rapidement et radicalement les données sur les inégalités, et de permettre le contrôle précis et régulier des progrès
réalisés dans la réduction des inégalités.
• En effet, comme l’a montré Elinor Ostrom, les sociétés inégalitaires ont tendance à détruire leur
environnement : les plus riches surexploitent les ressources naturelles pour en tirer une utilité individuelle
et en reportent le coût sur la collectivité.
• Les inégalités sont également un puissant facteur d’injustice environnementale : ce sont les populations
les plus pauvres qui sont les plus vulnérables aux risques écologiques.
• En outre, les inégalités représentent un enjeu démocratique. Dans les sociétés inégalitaires, les «
puissants » influencent les politiques. C’est pourquoi la réduction des inégalités fait partie des 17 Objectifs
de développement durable adoptés en 2015 par les Nations unies.
Ainsi, l’écologie politique questionne les finalités du développement de nos sociétés et les inégalités sociales en
relation avec les dégradations environnementales, en particulier dans le cas des inégalités entre le Nord et le Sud
du globe. Ainsi, de nombreux travaux en écologie politique se sont concentrés sur les effets du développement
capitaliste global sur les populations pauvres des pays de l’hémisphère Sud vivant dans des environnements verts.
Ces travaux appellent à une profonde transformation du modèle économique et social actuel ainsi qu’une remise
à plat des relations entre l’homme et son environnement.
La perspective de régions devenant difficilement habitables, en raison des chaleurs extrêmes, rend vraisemblables
d’importants mouvements de la population. S’il est vrai que les impacts des changements climatiques poussent
parfois à migrer, les personnes qui en sont victimes essaient souvent de s’adapter sur place avant d’opter pour
cette solution. Pour d’autres, les déplacements sont inscrits dans une longue tradition, telle que le pastoralisme,
et les changements qu’ils observeront dans l’environnement ne seront pas la cause de leur déplacement, mais les
amènera peut-être à modifier leur trajectoire. D’autres encore, qui gagnaient leur vie dans une migration circulaire
par exemple, cesseront au contraire de se déplacer parce qu’ils n’en auront plus les moyens, se retrouvant ainsi «
piégés ».
La migration est donc motivée par divers facteurs. C’est le cas pour tout type de migration, mais c’est d’autant plus
vrai en ce qui concerne le facteur environnemental qu’on décrit souvent comme un multiplicateur de menace,
c’est-à-dire que la dégradation environnementale ne va pas créer de nouvelle vulnérabilité mais va exacerber des
vulnérabilités préexistantes. Par exemple, dans le cas d’un agriculteur qui doit faire face à la désertification alors
qu’il disposait déjà de très peu de revenus, le facteur environnemental ne va pas créer une nouvelle vulnérabilité,
mais va exacerber sa vulnérabilité économique et peut-être l’amener à migrer.
On a tendance à parler de la migration climatiquecomme s’il s’agissait d’un phénomène en soi alors que le terme
couvre une grande variété de scénarios, tant du point de vue de l’événement qui mène au déplacement (qu’on
classe souvent entre événement à évolution lente et à évolution rapide) que du point de vue de la forme que prend
la mobilité (qu’elle soit temporaire ou permanente ; interne ou internationale ; forcée ou volontaire).
• les changements climatiques ne créent pas automatiquement des déplacements (et peuvent même les
empêcher)
• les migrations sont toujours motivées par un mélange de facteurs
• les migrations liées aux changements climatiques recouvrent des scénarios très variés.
Le droit n’a pas encore réussi à traiter adéquatement la question, parce qu’il n’est pas armé pour répondre à un
phénomène qui ne rentre pas dans ses schémas habituels.
8. Conclusion
Il n’est pas possible de mettre en œuvre une véritable stratégie de développement durable dans des régions
marquées par l’instabilité politique et la violence armée. L'interdépendance entre le développement et la sécurité
est souvent considérée comme évidente. Pourtant articuler ce lien s'avère difficile tant au niveau conceptuel
qu'empirique.
2. Les relations entre droits humains et développement durable sont étroites mais complexes
D’une part, progresser dans la réalisation des ODD, c’est progresser dans la protection des droits humains et vice
versa. D’autre part, la priorité donnée à certains droits fondamentaux au nom de la liberté individuelle peut
constituer un frein à une transition écologique juste et inclusive.
3. Les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre restent préoccupantes
Malgré quelques signes positifs en faveur de la réduction des inégalités dans certains domaines tels que la
réduction des inégalités de revenus dans plusieurs pays, des inégalités persistent entre les sexes ou dans l'accès
aux soins de santé. La pandémie de la COVID a en outre contribué à creuser les inégalités et à amplifier leurs
conséquences. En effet, ce sont les groupes les moins aisés de nos sociétés (femmes, personnes racisées, migrants,
travailleurs pauvres) qui souffrent le plus de cette crise.
4. Les inégalités ne sont pas seulement néfastes pour les groupes qu’elles touchent directement mais font
du mal à la société dans son ensemble
Elles affectent toutes les dimensions de la vie, comme le développement social et humain, la santé, l’éducation, et
la croissance économique. Des mesures doivent être prises pour éliminer les privations et renforcer la résilience,
en particulier grâce à des interventions ciblées où la pauvreté et la vulnérabilité sont concentrées. Aller vers plus
d’égalité est la pierre angulaire et le prérequis pour construire des sociétés et des économies florissantes et pour
préserver notre planète. Un monde plus égalitaire est aussi un monde plus sain et plus prospère.
5. Faire progresser le bien-être humain nécessite coopération, collaboration et dialogue entre plusieurs
acteurs et l'utilisation de nombreux leviers de changement différents
Il n'y a pas de voie unique; différentes combinaisons d'efforts sont nécessaires selon les régions et les pays. Faut-il
réduire toutes les inégalités ? Lesquelles en priorité ? Ces questions sont de nature politique et doivent être
tranchées par un processus politique. La réponse peut être différente selon les pays et les cultures.
• En Afrique, les objectifs liés à la pauvreté, à la sécurité alimentaire, la santé et l'éducation sont parmi les
principaux défis.
• Au Moyen-Orient, les défis sont liés aux conflits en Syrie et au Yémen qui ont augmenté le taux de
pauvreté de la région, l'insécurité et la dégradation du développement humain.
• L’Asie a progressé en ce qui concerne l'éradication de la pauvreté, une éducation de qualité, et une énergie
propre et abordable, mais les progrès ont été lents dans des domaines comme l'égalité des sexes, et la
région a pris certaines mesures dans des domaines tels que l'eau potable et l'assainissement, la croissance
économique et la production et la consommation responsable.
• En Europe et dans d'autres pays développés, les défis portent notamment sur la réduction des émissions
de dioxyde de carbone, les inégalités démographiques, notamment en termes du marché du travail et de
salaires.
Lutter contre les inégalités implique de sensibiliser les citoyens à ces inégalités, en ce compris les plus défavorisés.
Si la prise de conscience est une étape nécessaire à une lutte contre les inégalités injustes, elle peut aussi accroitre
les souffrances qui en résultent si l’accroissement de sensibilité ne s’accompagne pas de vraies politiques de
réduction des inégalités.
Module 3 • Repenser les systèmes agricoles, alimentaires et de santé
• de décrire et d'analyser les liens entre la santé et les systèmes agroalimentaires et de santé
• d'expliquer comment les comportements individuels et sociétaux peuvent contribuer à une alimentation
durable et à une nutrition optimale
• de citer et d'expliquer des trajectoires d'agriculture durable favorables pour la santé unique
• d'envisager des initiatives qui permettent d'améliorer l'accès à la santé de manière équitable et durable
• d'analyser en quoi les inégalités sociales, environnementales et biologiques compromettent la santé.
Dans ce module, les concepts et éléments clés que vous allez découvrir et que vous devrez maîtriser sont les
suivants (par ordre alphabétique) :
• Aliments ultra-transformés
• Alimentation durable
• Agriculture biologique
• Agroécologie
• Déprescription
• Économie de la Santé
• Malnutrition
• Nutrition optimale
• Prévention
• Recommandations nutritionnelles et alimentaires
• Santé
• Santé Unique (One Health)
• Syndémie globale
• Systèmes agricoles (durables)
• Systèmes de soins de santé
La définition de la malnutrition par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) inclut les carences, les excès ou les
déséquilibres dans l’apport énergétique et/ou nutritionnel d’une personne. Les composantes de "surnutrition" et
de "dénutrition" sont donc toutes deux incluses dans la définition de la malnutrition. Une nutrition optimale doit
couvrir les besoins :
• en micro-nutriments (dont les nutriments essentiels tels que les vitamines, minéraux, oligoéléments,...)
• en macro-nutriments, sources d’énergie (protéines, glucides, lipides).
Couvrir ces besoins est une condition importante pour le maintien de l’état de santé chez l’adulte, et la croissance
optimale chez l’enfant. Les données objectives de la gestion des apports en nutriments et en aliments qui
permettent d'adhérer à une nutrition optimale sont décrites par le Conseil Supérieur de la Santé, dans les
documents "recommandations nutritionnelles et alimentaires pour la Belgique", dont les liens sont présentés ci-
dessous et que nous vous invitons à consulter.
Par ailleurs, près de 30% des femmes en âge de procréer dans le monde sont anémiées (manque d’apport en fer),
ce qui entrave à la fois leur état de santé et celui de l’enfant à naître. Les carences en nutriments les plus fréquentes
– qui touchent principalement les femmes, les enfants, les populations déportées ou en guerre – ont des effets
délétères sur l’immunité, et augmentent le risque de morbidité et mortalité associées aux infections. De plus, ces
carences peuvent engendrer des altérations de la fonction intestinale et compromettre la digestion et l’absorption
de nutriments, ce qui entretient le cercle vicieux de malnutrition chronique. Des problèmes de dénutrition
touchent également, tous pays confondus, les personnes âgées, isolées, ou atteintes de maladies sévères (cancer,
infections virales persistantes,…).
Pour des raisons économiques, géographiques, ou autres, de nombreuses familles ne disposent pas des quantités
suffisantes d’aliments riches en nutriments d’intérêt (fruits et légumes frais, légumineuses, viande, lait), alors que
les aliments et les boissons riches en graisses, en sucre et en sel sont moins chers et plus faciles d’accès notamment
dans les métropoles et zones industrialisées. Cela entraîne une augmentation rapide du nombre d’enfants et
d’adultes obèses et en surpoids, aussi bien dans les pays pauvres que dans les pays riches. On trouve ainsi
fréquemment des cas de dénutrition et de surpoids dans la même communauté, dans le même foyer, voire chez
le même individu. Une personne peut présenter conjointement un surpoids et une carence en micro-nutriments.
Dans ses différentes composantes, la malnutrition augmente dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
L'urgence climatique et la pandémie de COVID-19 s’ajoutent à la malnutrition comme facteurs à impact significatif
sur la santé mondiale et augmentent le risque de maladies. En avril 2016, l’Assemblée générale des Nations Unies
a adopté une résolution dans laquelle elle proclame 2016–2025 « Décennie d’action des Nations Unies pour la
nutrition ». Ceci vise à générer des engagements politiques entraînant des mesures concrètes visant à lutter contre
toutes les formes de malnutrition. L’objectif est de garantir un accès universel à une alimentation plus saine et plus
durable afin d’éradiquer toutes les formes de malnutrition dans le monde.
Changer son comportement alimentaire n'est pas aisé, encore moins à long terme. Il existe toutefois des pistes
intéressantes qui peuvent nous y aider. Olivier Luminet – professeur en psychologie de la santé – nous explique
comment le nudging, c'est-à-dire des changements de l'environnement pour promouvoir certains comportements,
peut, lorsqu'il est appliqué à bon escient, s'avérer utile pour promouvoir des modifications de l'alimentation au
profit de denrées intéressantes pour la santé.
Les Restaurants universitaires sont composés de selfs services sur les différents campus de l’UCLouvain (i.e.
Louvain-la-Neuve, Woluwe, Mons), des sandwicheries « D’un pain à l’Autre » sur les campus de Louvain-la-Neuve
et Woluwe, et d’un service traiteur à destination des membres du personnel. Ils tiennent compte des différentes
habitudes alimentaires en proposant dans leurs sandwicheries des options végétariennes et un sandwich sans
gluten. Deux plats végétariens sont mis à l’honneur dans le menu des self-services chaque semaine (le mardi et
jeudi) et il existe toujours une option végétarienne les autres jours de la semaine.
2.4 Les pistes pour améliorer l'alimentation
L'objectif de cette section était de vous présenter des initiatives concrètes de promotion d'une alimentation
durable, dans ses composantes en lien avec la santé et l'environnement. Voici trois idées phares à retenir :
• Implémenter la transition vers des systèmes agroalimentaires durables est essentiel pour permettre
l'accès à une alimentation respectueuse de la santé et de l'environnement.
• L'UCLouvain met en place des projets de recherche et de formation pour promouvoir et concrétiser la
transition vers davantage de durabilité, comme l'illustrent le projet des Fermes universitaires de Louvain
et l'implication des Restaurants Universitaires dans l'élaboration d'outils alliant transparence et durabilité.
• Changer les comportements alimentaires au niveau individuel n'est pas aisé. Nous avons illustré comment
l'application des techniques de nudging au profit d'aliments-santé peut avoir des répercussions sur la
manière de s'alimenter.
Améliorer la nutrition fait partie des objectifs de prévention primaire des maladies.
Des initiatives se discutent au niveau d’instances fédérales et internationales, en vue d’assurer une plus grande
transparence et lisibilité quant à l’impact pour la santé et l’environnement des aliments et boissons. Citons le travail
sur l’étiquetage des aliments pour attirer l’attention sur les composantes nutritionnelles, écologiques et des
conditions de travail des personnes impliquées dans la chaîne alimentaire (par ex. les logos Nutriscore, commerce
équitable, Agribalise, Ecoscore,…). Évoquons également les débats sur la taxation des denrées alimentaires «
néfastes » et la diminution de taxe pour les aliments « sains ». Ces initiatives font débat, de par la difficulté
d’adhérer à des critères unanimement reconnus pour classer de manière adéquate les comportements et denrées
alimentaires.
Les soins de santé s'attèlent non seulement à des aspects de prévention, mais également de traitement approprié
et équitable. C'est ce que nous allons découvrir dans la suite de ce module.
Anne Berquin - Professeure en médecine - amorce les questions clés : notre système de soins de santé est-il
résilient ? équitable ? durable ? Elle évoque les pistes de solutions qui seront développées ultérieurement, telles
que la nécessité de réduire le besoin de soins de santé, d’utiliser plus efficacement nos ressources et de développer
des alternatives écologiques.
L’objectif de faire du mieux possible avec les ressources dont on dispose est au cœur de l’économie de la santé. La
recherche de l’efficience dans les décisions concernant la santé se traduit par une maximisation de la qualité de
vie ou du bien-être dans la population tout en utilisant le moins de ressources possibles. Derrière cette idée
d’utiliser le moins de ressources possibles pour chaque décision, l’économiste de la santé cherche à identifier des
économies possibles qui pourraient être investies dans d’autres interventions de santé. Le développement durable
dans la santé est donc dans un premier temps de dépenser chaque euro du mieux possible.
Cependant au-delà de la recherche de l’efficience dans le budget, il est clair que le secteur de la santé pourrait
faire beaucoup mieux en ce qui concerne la durabilité.
Les enjeux climatiques sont des enjeux sanitaires. Les changements climatiques favorisent le développement de
nombreuses maladies qui conduisent à des décès prématurés dans la population mondiale. Le secteur des soins
de santé lui-même génère de la pollution qui contribue à ces effets sur la santé. La pollution pharmaceutique par
les usines de fabrication, l’excrétion des principes actifs par les patients, l’élimination des médicaments inutilisés
ainsi que les établissements de soins et l’incinération des déchets médicaux sont responsables de pertes de
chances de bonne santé et de bien-être dans la population.
Développer un environnement moins toxique permettra d’améliorer la santé dans la population par une réduction
de la mortalité prématurée tout en faisant des économies sur le budget sanitaire. Ainsi la durabilité ne passe pas
nécessairement par un accroissement du budget du secteur de la santé, mais par un secteur qui dépense mieux et
qui se dote d’outils qui peuvent évaluer les gains de santé associés à de meilleurs résultats environnementaux.
Dans le module 2, Sandy Tubeuf – professeure en économie de la santé – nous révélait les inégalités d'accès aux
soins de santé dans la population. À présent, elle aborde les aspects d'économie des soins de santé qui sous-
tendent les choix stratégiques de recherche et développement dans le domaine du médicament.
Nous avons vu également que l’industrie agroalimentaire pouvait jouer un rôle important en nutrition via le type
d’aliments qu’elle met à disposition des consommateurs et des consommatrices. Entre développement
d’ingrédients alimentaires de choix pour l’équilibre nutritionnel et mise sur le marché d’aliments transformés,
l’industrie agroalimentaire veut-elle se positionner pour participer à une alimentation durable ?
4. Conclusion
Dans le domaine des soins de santé, nous avons évoqué les problèmes de la prescription adéquate de
médicaments. Le défi est de permettre un accès pour l’ensemble de la population à des schémas thérapeutiques
(prévention, diagnostic, traitements...) qui prennent en compte les composantes économiques, écologiques et
sociétales.
Ce phénomène compromet l’état de santé des individus qui souffrent soit de dénutrition, soit de surnutrition. Ces
deux composantes peuvent se déployer simultanément dans les régions du monde où les inégalités sociales et
économiques s’ajoutent à des conditions environnementales dégradées. L’éducation à la nutrition en général, et
à l’alimentation durable, devrait prévaloir afin de conscientiser l’ensemble de la population et des instances
politiques au fléau de la malnutrition. Ceci afin de promouvoir la mise en place d’actions efficaces et coordonnées,
pour permettre l’accès à l’alimentation optimale pour toutes et tous, et pour aider les individus et les populations
souffrant de dénutrition et/ou d’obésité.
Les initiatives de changements d’agriculture et d’environnement alimentaire pour plus de développement durable
sont à promouvoir et sont réalisables. Parmi les initiatives élaborées dans ce module, on peut citer l’intérêt de :
Vous avez pu apprécier deux initiatives concrètes menées dans le cadre de projets de l’UCLouvain, d’une part
l’élaboration du projet d’envergure des Fermes universitaires, d’autre part la contribution des Restaurants
Universitaires à une alimentation durable.
Guider des choix stratégiques pour le développement de soins de santé durables ne pourra qu’améliorer l’état de
santé globale de la population et des écosystèmes. Ces principes ont été illustrés par quelques exemples de
développements en recherche à l’UCLouvain. Ils proposent de :
• développer des alternatives et des innovations dans la gestion de la lutte contre les infections
microbiennes pour l’homme ou l’animal, en substitution à l’utilisation inappropriée des antibiotiques
• revisiter la manière dont la prescription médicamenteuse est envisagée, avec une politique de «
déprescription » motivée qui permettrait d’éviter les écueils pour la santé et l’environnement d’une
polymédication qui croît avec l’âge des individus
• prendre en compte dans la recherche et le développement pharmaceutiques des maladies dont la rareté
rend difficilement rentable la commercialisation, ouvre le débat de « la santé pour tous et toutes » à
l’heure où des pandémies telles que celle de la COVID-19 concentre la majorité des efforts pour tenter
de disposer d’une vaccination et d’un traitement qui pourrait profiter au maximum de personnes sur
terre.
Ce ne sont que quelques exemples. On attribue également un grand nombre de maladies dites « non
transmissibles », telles que les allergies, les syndromes immunitaires et inflammatoires, et même l’obésité à une
exposition importante aux polluants atmosphériques. Les changements de condition de vie, alliant le stress
biologique, le stress mental et le stress environnemental, contribuent certainement à des transitions inadéquates
de l’état de santé global de la population. Parler de développement durable en santé demande de réviser les
fondements de la prévention et du traitement des maladies, en y implémentant d’emblée la composante
environnementale.
Module 4 • Développer des économies justes et durables
• d'expliquer les différences et les liens entre les concepts de croissance, prospérité et développement,
ainsi que leurs mesures
• d'analyser les rôles et interactions des différents acteurs (entreprises, financiers, acteurs politiques,
• consommateurs, travailleurs, citoyens) au sein de l'économie
• de citer des pistes de réduction des impacts négatifs et d'augmentation des impacts positifs des acteurs
économiques sur la société.
Dans ce module, les concepts et éléments clés que vous allez découvrir et que vous devrez maîtriser sont les
suivants (par ordre alphabétique) :
• Capabilités
• Croissance économique
• Croissance verte
• Découplage absolu
• Découplage relatif
• Economie circulaire
• Economie sociale
• Effet rebond
• Equation d'Ehrlich (IPAT)
• Externalité
• Finance sociale
• Organisation d'intérêt général
• Organisation d'intérêt mutuel
• Parties prenantes aux activités d'une organisation
• Produit Intérieur Brut
• Prospérité
• Responsabilité sociétale de l'entreprise
1. Croissance et prospérité
Dans la vidéo ci-dessous, David de la Croix – professeur en économie – précise ce qu'est la croissance économique
et présente ses déterminants et ses conséquences. Il y présente la croissance économique comme un moteur
d’amélioration de la vie en général, en passant par la santé et l’éducation.
Ainsi,
• la qualité de vie augmenterait avec le revenu par habitant, du moins jusqu'à un seuil de 20 000 $ par an.
• la diminution rapide de la pauvreté dans le monde dans la seconde moitié du 20ème siècle serait
largement due à la croissance économique, selon la Banque mondiale.
• l'augmentation de la richesse permet aux gouvernements de collecter des impôts et ainsi de fournir des
services publics à la population dans les domaines de la santé, de l'éducation, du logement social ou des
infrastructures de communication.
• une forte croissance économique peut entraîner une rentabilité accrue pour les entreprises, ce qui
permet une augmentation des dépenses en recherche et développement. Une croissance économique
soutenue augmente la confiance des entreprises et les encourage à prendre des risques et à innover.
• avec une production élevée et une croissance économique positive, les entreprises ont la capacité
d’employer plus de mains d’œuvre, ce qui entraîne la création d'emplois.
• dans une économie fondée sur la croissance, la croissance est essentielle pour maintenir la stabilité
économique et sociale.
Le PIB est défini comme la valeur monétaire de l’ensemble des biens et services produits (et recensés) par une
entité (généralement une nation) sur une période donnée (généralement une année). Il peut aussi être calculé en
faisant la somme de toutes les dépenses finales consenties pour acquérir des biens et services dans l’économie
(dépenses totales des ménages et du gouvernement et investissements dans le pays) ou en faisant la somme des
revenus générés au sein de l'économie : salaires, dividendes et bénéfices.
Dans la vidéo ci-dessous, Géraldine Thiry – chargée de cours en économie – nous explique pourquoi l'indicateur
du PIB, en tant que mesure de l'activité économique, est devenu un outil de pilotage économique incontournable.
• Le PIB ne reflète pas l'ensemble des richesses engendrées par l'activité humaine; il ne prend par exemple
pas en compte les activités non monétaires comme le travail domestique (ménage, cuisine, bricolage,
éducation des enfants ou prise en charge des aînés) réalisé à l'intérieur des foyers encore essentiellement
par les femmes.
• Le PIB repose sur la prise en compte de toutes les productions y compris les plus toxiques.
• Le PIB ne mesure que les apports de valeur ajoutée dans l'immédiat (sur une année). Les effets de long
terme, notamment dans des services tels que l'éducation ou la santé, ne sont pas ou mal comptabilisés à
travers leur impact sur la production.
• Le PIB n'est pas affecté par les inégalités de consommation ou de production : que 10% de la population
surconsomment pendant que d’autres manquent de tout ou que seulement 10% de la population en âge
de travailler participent à la production, cela n’a pas d’importance.
• Le PIB n’accorde aucune attention aux coûts environnementaux ou sanitaires de la pollution ni même la
déplétion des ressources naturelles.
• Le PIB est un indicateur qui mesure des flux, qui ne dit rien des stocks de ressources que ces flux peuvent
contribuer à épuiser (pas de prise en compte de la dépréciation des stocks, pas de prise en compte de la
dépréciation du capital naturel).
Dans le texte suivant, Géraldine Thiry présente donc les limites du PIB et de sa croissance, en examinant de plus
près les liens entre croissance et inégalités de revenus, entre croissance et bien-être de la population ainsi que les
dommages écologiques associés à la croissance. Ce faisant, elle remet en cause l'hypothèse selon laquelle la
croissance économique serait, dans tous les cas de figure, une condition nécessaire et suffisante pour fournir les
conditions d'une vie prospère et d'un progrès matériel et humain pour tous, ou au moins pour le plus grand
nombre.
La prospérité a des dimensions matérielles : il faut de la nourriture pour manger, de l'eau pour boire et se laver et
des matériaux pour se vêtir et s’abriter. Mais nous avons besoin de plus que la sécurité matérielle pour nous
épanouir : la prospérité comprend des dimensions sociales et psychologiques. Plutôt que d'associer la prospérité
à l’opulence (dans une conception de type 'Plus = mieux'), Tim Jackson l'associe au développement des capabilités
d’épanouissement, une vision où chacun·e a la possibilité de s’épanouir, mener une vie bonne, en tenant compte
de deux contraintes : la nature finie des ressources à l’intérieur desquelles la vie sur terre est possible et l’échelle
de la population mondiale. Une prospérité durable et équitable ne peut être envisagée indépendamment de ces
deux conditions et revêt des dimensions à la fois intra- et intergénérationnelles.
La philosophe Martha Nussbaum (2012) a établi une liste de 10 capabilités centrales nécessaires pour mener une
« vie humainement digne » :
• la vie : être capable de vivre jusqu’au terme d’une vie humaine de longueur normale
• la santé du corps : être capable d'être en bonne santé, d'avoir un abri décent, et d'être nourri
convenablement
• l'intégrité du corps : être capable de se déplacer, d'être protégé·e, d'avoir des satisfactions sexuelles et de
faire des choix en matière de reproduction
• les sens, l'imagination et la pensée : être capable d'utiliser ses sens, d'imaginer, de penser, d'être
informé·e, de recevoir une éducation adéquate
• les émotions : être capable d'attachement, d'amour
• la raison pratique : être capable de se forger une conception du bien et de la vie bonne
• l'affiliation : être capable de vivre avec et tourné vers les autres, de développer des interactions sociales,
avoir les bases du respect de soi, être traité avec dignité
• les autres espèces: protection des animaux
• le jeu : être capable de rire, de jouer, d'avoir des loisirs
• le contrôle de son propre environnement : par ex., être capable de participer à la vie politique, d'avoir un
emploi.
Dans cette conception de la prospérité, il s'agit de considérer les capabilités des individus à faire et à être (leurs
choix dans différentes dimensions), et les ressources nécessaires pour qu'une personne puisse traduire ses
potentialités en réalisations effectives (aptitudes des institutions à créer les conditions du déploiement de ces
capacités).
« la voie à suivre pour passer de l’économie actuelle à une économie durable » : elle consiste à « promouvoir la
croissance et le développement tout en réduisant la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, en limitant
le plus possible la production de déchets et le gaspillage des ressources naturelles, en préservant la biodiversité et
en renforçant la sécurité énergétique ».
Pour cela, il nous faut définir comment mesurer l'impact des activités humaines sur l'environnement (I) par
l'équation d'Ehrlich, dite IPAT, où I est le produit de :
Ainsi, l'impact environnemental du carburant utilisé dans le secteur automobile est mesuré par le produit du
nombre de véhicules (P), du nombre de kilomètres parcouru par véhicule (A) et de la consommation de carburant
par kilomètre (T).
Dans le cas du découplage relatif, il s'agit de "faire plus avec moins" (faire baisser le facteur T), développer plus
d’activité économique avec moins de dégâts environnementaux; plus de biens et services avec moins de ressources
consommées et d’émissions. Dans ce cas, les impacts sur les ressources baissent par rapport à la consommation,
mais ne déclinent cependant pas nécessairement en termes absolus. Les impacts peuvent encore augmenter, mais
à un rythme plus lent que celui de la croissance du PIB.
Pour avoir un découplage absolu, il faut que l'impact des activités humaines (I) baisse et cela ne peut se produire
qu’à condition que T baisse assez vite pour dépasser le rythme auquel la population (P) et l'affluence (A)
augmentent.
Notez que le découplage relatif peut parfois diminuer les chances d’atteindre le découplage absolu à cause de ce
qu'on appelle l'effet rebond. L'effet rebond décrit le phénomène où les améliorations environnementales (par
exemple, les économies d'émissions) sont inférieures aux économies potentielles induites par l'efficacité. Un effet
de rebond se produit donc lorsque la réduction réelle des ressources résultant d'une amélioration est inférieure à
celle attendue en raison de réactions comportementales ou systémiques. L'augmentation de l'efficacité rend le
prix de certains biens (par exemple, l'énergie) plus faible avec comme conséquence que la consommation
augmente. Cette utilisation accrue diminue les avantages environnementaux attendus et peut même entraîner une
augmentation de l'utilisation qui est proportionnellement plus importante que l'augmentation de l'efficacité.
Examinez le graphique issu de l'ouvrage de Tim Jackson (2010, p. 90), qui présente les intensités en carbone
actuelles et requises pour atteindre l'objectif de 450 ppm (objectif du GIEC en matière d'émissions) en considérant
4 scénarios portant sur :
Leurs résultats montrent qu’à l’heure actuelle les pays qui performent le mieux en matière sociale sont aussi ceux
qui performent le moins bien en matière écologique. Et aucun pays ne parvient à l’heure actuelle à satisfaire à la
fois un grand nombre de dimensions sociales tout en ne dépassant pas les limites écologiques.
Inscrire nos économies, nos modes de production et de consommation dans le Donut implique donc de revoir en
profondeur nos conceptions de prospérité et leurs indicateurs, nos manières de consommer et de produire et de
réfléchir aux nouvelles formes de gouvernance susceptibles de faire advenir une économie où chacun.e
s’épanouirait collectivement et individuellement sans mettre en péril les soubassements biophysiques et matériels
qui rendent la vie sur Terre possible et désirable.
• la main invisible du marché concurrentiel, décrite en 1776 par Adam Smith, qui exploite la poursuite de
l'intérêt personnel pour obtenir l'efficacité économique au sens de Pareto
• l’État - c'est-à-dire l’ensemble des pouvoirs publics (administrations centrales, collectivités locales, etc.) -
qui met en place un cadre institutionnel qui assure le bon fonctionnement des marchés, pallie leurs
défaillances et corrige leurs inefficacités.
La théorie économique néo-classique — théorie dominante en sciences économiques — repose sur le théorème
du « rendement social » selon lequel l'allocation des ressources par le marché est efficace pour autant que ce
marché réponde aux conditions de la concurrence pure et parfaite : absence de monopole, information parfaite,
absence d'externalités, et absence de biens collectifs (c'est-à-dire consommables simultanément par au moins
deux individus et accessibles à tous sans condition). On dit que l'optimum de Pareto est atteint lorsqu'une
allocation des ressources est telle qu'il n'est pas possible d'augmenter le bien-être d'un individu sans diminuer
celui d'au moins un autre individu. Cependant, il suffit qu’une des conditions (de la concurrence parfaite) ne soit
pas remplie pour que l'allocation des ressources par le marché ne soit plus efficace au sens de Pareto. Le marché
est alors en situation d’échec. Ces échecs du marché expliquent l'intervention de l'État ainsi que celle des
organisations sans but lucratif dans l’économie réelle.
Les quatre rôles classiques de l’État sont particulièrement importants pour la transition écologique et sociale. En
effet, les fonctions d'assurance et de redistribution restent essentielles pour encourager les individus à prendre
des risques et à inventer des solutions, tout en étant à l'abri de la privation matérielle, en jouissant d'un niveau
d'éducation élevé et d'un accès à des services de santé adéquats. L’État doit aussi faire évoluer les règlementations
pour fixer des normes sociales et environnementales strictes (par ex., plafonds d’émissions et de ressources,
objectifs de réduction, normes de gouvernance interne) et mettre en place des taxations pour intégrer dans la
valeur marchande le coût des externalités sociales et environnementales (des externalités se produisent quand
l’activité d’un agent économique affecte le bien-être d’un autre agent économique sans que ni l’un ni l’autre ne
reçoive ou ne paye de compensation pour cet effet).
Dans leur article "Vers un État partenaire. Soutenir les innovations sociales citoyennes pour une transition juste",
Olivier De Schutter et Tom Dedeurwaerdere proposent donc un nouveau rôle de l’État, celui du soutien à
l'expérimentation sociale. Selon cette conception de l’État partenaire, l’État doit en outre donner aux
communautés locales les moyens d'expérimenter de nouvelles façons de produire et de consommer contre la
dégradation des écosystèmes. Plutôt qu'un État qui prétend savoir et qui impose une transformation par le haut,
il s’agit d’un État qui accepte d'apprendre en soutenant l'expérimentation locale et en donnant à celle-ci les moyens
de se déployer.
Les défaillances de marché peuvent être classées en 6 catégories (Tirole, 2016, pp. 214-218) :
1. L'échange peut affecter des tierces parties non consentantes : par exemple si une entreprise pollue
l'environnement pour fabriquer son produit, elle impacte la population qui subit les inconvénients. Le
marché doit être complété par une politique de protection de l'environnement.
2. L'échange peut ne pas être effectué en toute connaissance de cause et de façon consentante : l'acheteur
ne dispose pas toujours d'une information correcte sur ses achats (par ex., il n'a pas les connaissances
pour apprécier la dangerosité d'un médicament) ou il peut avoir conclu un achat sous la contrainte. Les
acheteurs doivent donc être protégés.
3. L'acheteur peut être sa propre victime car il peut manquer de contrôle de lui-même et adopter des
comportements impulsifs : l'individu fait généralement preuve d'une préférence excessive pour le présent
et il peut choisir de consommer maintenant aux dépens de demain. Il est donc nécessaire de protéger les
consommateurs contre eux-mêmes. Ceci justifie par exemple le recours aux taxes sur les aliments gras ou
sucrés, le fait que la loi requiert pour certains achats de biens durables un délai de réflexion; ou encore le
fait de forcer (dans certains pays) les individus à cotiser pour leurs pensions.
4. La mise en œuvre d'un échange peut dépasser la capacité de l'individu : l’État organise la surveillance des
activités des entreprises étant donné que les individus n'ont pas le temps ni l'expertise nécessaire. En
outre, une assurance de l’État garantit les créances des déposants et épargnants jusqu'à un certain seuil.
5. Des entreprises peuvent disposer de pouvoir de marché, c'est-à-dire d'une capacité de faire payer aux
consommateurs des prix bien au-dessus des coûts ou d'offrir des produits de qualité médiocre : c'est le
cas par exemple dans les marchés en monopole. C'est ainsi par exemple que la Direction générale de la
concurrence de la Commission Européenne contrôlent les pratiques anticoncurrentielles.
6. Le marché n'a aucune raison de produire l'équité : le marché n'a aucune raison de produire par exemple
une distribution des revenus correspondant à ce qu'on désirerait pour la société.
Un tel système à niveaux multiples présente des limites puisqu’aucun gouvernement ne dispose de la totalité des
leviers décisionnels pour mettre en place une transition écologique. Mais cette situation constitue également une
opportunité pour la transition écologique, à condition de bien maîtriser les rouages du système. C’est ce que nous
explique David Aubin – professeur en sciences politiques – dans la vidéo suivante : la reconnaissance d’une
gouvernance à niveaux multiples au sein de notre système politique rend possible l’innovation institutionnelle sous
des formes plus adaptées à la résolution des problèmes complexes qui marquent notre époque.
En effet, dans les années 1970, Milton Friedman, célèbre économiste américain, prix Nobel d'économie en 1976,
écrivait ceci :
“Dans un système de libre entreprise, de propriété privée, un dirigeant d'entreprise est un employé des
propriétaires de l'entreprise, dont la responsabilité est de gérer l'entreprise conformément à leurs désirs, qui
seront généralement de gagner autant d'argent que possible tout en se conformant aux règles de base de la
société, à la fois celles énoncées dans la loi et celles qui sont énoncées dans la coutume éthique.”
Dans cette conception, la finalité de l'entreprise est de maximiser la valeur pour les actionnaires, avec pour seule
contrainte le respect de la loi, le bénéfice ainsi généré contribuant au progrès de l'humanité. Pourtant, trois
questions se posent :
1. Est-ce que les actionnaires sont vraiment les propriétaires de l'entreprise ? De nombreux juristes (par ex.,
De Cordt, 2008) contestent l’idée surtout lorsqu’il s’agit de grandes entreprises ; les actionnaires ne sont
propriétaires que des actions émises par les sociétés commerciales qui servent de support juridique aux
entreprises, pas de l’entreprise en soi. Cela leur accorde d'ailleurs une limitation de leur responsabilité.
2. Est-ce que les dirigeants sont les employés des actionnaires et doivent satisfaire tous leurs "désirs" ? Non,
les dirigeants sont les employés de la société et ils dépendent du conseil d'administration. En outre, le
conseil d'administration ne peut agir qu'en fonction de l'intérêt social (c'est-à-dire la création de valeur à
long terme) et pas uniquement en fonction des désirs des actionnaires actuels.
3. Est-ce que "le bénéfice ainsi généré contribue au progrès de l'humanité" ? Les scandales et les crises
récentes qui ont été causés par une focalisation excessive sur l'argent et le profit ont clairement prouvé
que ce n'est pas le cas. L'entreprise semble être prise au piège dans une approche dépassée, étroite, de
la création de valeur, ne se concentrant que sur l'optimisation de leur performance financière à court
terme. Cette perspective montre une vision très étroite des responsabilités sociétales des entreprises.
Une approche soucieuse des parties prenantes est essentiellement une approche soucieuse de l'impact de
l'entreprise sur la société, une approche soucieuse d'aller au-delà d'une simple préoccupation pour les
actionnaires.
Dans son ouvrage "Repenser la finalité de l'entreprise" publié en 2014, Philippe de Woot - professeur en gestion -
nous propose également une vision élargie et plus positive de la finalité de l'entreprise comme étant :
“la création d'un progrès économique, technologique, environnemental, social, culturel et humain, d'une façon
durable.”
Pour aller plus loin, nous vous invitons à lire l'introduction et le deuxième chapitre "Repenser la finalité de
l'entreprise" de son livre, ainsi qu'à écouter son explication orale dans la vidéo ci-dessous.
Ensuite, dans le cadre de cette finalité élargie, Valérie Swaen – professeure en gestion – définit les responsabilités
sociétales de l'entreprise (RSE) en précisant les six caractéristiques clés de ce concept de RSE. En particulier, elle
insiste sur l'importance de la vision stratégique à long terme, compatible avec le développement durable, et sur
un comportement vertueux de l'entreprise, désiré par ses parties prenantes.
3.3 L'obligation européenne de rendre des comptes sur ses responsabilités sociétales
Selon la Commission Européenne (2011), la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est de contribuer au
développement durable.
Pour assumer cette responsabilité, il faut au préalable que les entreprises respectent la législation en vigueur et
les conventions collectives conclues entre partenaires sociaux. Cependant, la communauté européenne soutient
que si la règlementation est importante, elle est insuffisante pour atteindre les objectifs ambitieux de
développement durable, et qu'il est nécessaire d'instaurer de nouveaux rapports avec les entreprises en passant
d’une logique de contrainte à une logique de responsabilité partagée.
Afin de s’acquitter pleinement de leur responsabilité sociale, il convient donc que les entreprises aient engagé, en
collaboration étroite avec leurs parties prenantes, un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière
sociale, environnementale, éthique, de droits de l’homme et de consommateurs dans leurs activités commerciales
et leur stratégie de base, c'est-à-dire dans leur cœur de métier.
En 2014 puis en 2021, la Commission européenne a énoncé deux directives qui imposent aux grandes entreprises
et aux sociétés cotées (à l'exception des micro-entreprises cotées) de rendre compte de leurs performances en
matière environnementale, sociale et de gouvernance, de lutte contre la corruption et de droits de l'homme, ainsi
qu’en matière de diversité :
• la directive européenne 2014/95/UE sur l'information non financière (ou directive INF)
• la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD).
L'objectif de ces directives est de permettre à la communauté des investisseurs, aux consommateurs et aux autres
parties prenantes d'évaluer les performances non financières des grandes entreprises et d'encourager ces
dernières à développer une approche plus responsable des affaires. Les entreprises doivent divulguer non
seulement la manière dont les questions de durabilité peuvent affecter l'entreprise, mais aussi la manière dont
l'entreprise affecte la société et l'environnement (concept de la double matérialité).
Les entreprises cibles sont tenues de publier un état non financier qui comprend les informations nécessaires pour
comprendre l'évolution de l'activité, les performances de l’entreprise et l'impact de ses activités, au moins en ce
qui concerne :
En exigeant une certaine diversité des organes d'administration, de gestion et de contrôle de l'entreprise, le
législateur entend lutter contre le phénomène de "pensée de groupe". L'objectif est de favoriser l'émergence de
points de vue différents au sein de ces organes afin de permettre une critique constructive des décisions et une
ouverture aux idées novatrices.
Les plus petites entreprises, en qualité de fournisseurs des entreprises soumises à ces obligations, sont souvent
contraintes de développer de telles politiques à leur tour, parce que les entreprises qui recourent à leurs services
doivent pouvoir démontrer que toute leur chaine de valeur a une attitude conforme en matière de développement
durable.
• d'une part, les organisations qui avaient une mission sociétale (sociale et/ou environnementale), qui ne
menaient pas d’activité commerciale et qui n’avaient aucun objectif de profit,
• d’autre part, les entreprises privées qui avaient pour finalité principale la maximisation de leurs profits,
en respectant les contraintes légales minimales de protection sociale et de l’environnement.
Progressivement, cette frontière est devenue de plus en plus floue. Face aux multiples crises sanitaires, sociales,
environnementales, économiques et politiques, certaines entreprises privées ont fait le choix d’aller plus loin que
les projets de RSE, en adaptant le cœur même de leurs activités pour pouvoir générer des impacts positifs sur la
société. D’autres entreprises privées ont suivi la même trajectoire sans spécifiquement souhaiter contribuer à un
monde durable. Elles peuvent avoir identifié les populations pauvres comme de nouveaux marchés intéressants à
exploiter vu le nombre conséquent de consommateurs même s’ils ne disposent que de moyens limités. Elles
peuvent également développer et commercialiser des solutions technologiques car elles sont intéressantes
commercialement, et accessoirement car elles jouent un rôle positif sur la préservation de l’environnement.
Elles sont devenues des entreprises hybrides dont les activités, les structures et les processus combinent de
multiples formes organisationnelles :
3.5 L'économie sociale
“D’après vous, quel est le point commun entre un repair café, une coopérative maraîchère, une entreprise
d’insertion par le travail, une banque coopérative, ou encore un café citoyen ?”
Et bien, ces initiatives relèvent toutes de l’économie sociale, un troisième secteur qui se distingue tant du secteur
à but lucratif que du secteur public. L’économie sociale désigne des catégories d’organisation, privées mais non
capitalistes (coopératives, mutuelles, associations, sociétés à finalité sociale) qui reposent sur une autonomie de
gestion, une finalité de service aux membres ou à la collectivité plutôt que de profit, un processus de décision
démocratique, et la primauté des personnes et du travail sur le capital dans la répartition des revenus.
À travers leurs dynamiques entrepreneuriales, ces organisations défrichent de nouvelles activités porteuses de
sens. À travers leurs valeurs – finalité de service, gestion démocratique, autonomie – elles inspirent également
confiance aux citoyens comme aux pouvoirs publics, qui leur confient de multiples missions d’intérêt général.
L’économie sociale pourvoit en emploi sur huit en Belgique. L’emploi dans ce secteur croit plus rapidement que
dans les autres secteurs de l’économie. Il est à la source de 20 % de la création nette d’emploi ces dernières années.
Face à la crise multiforme que traversent nos sociétés, il est, en effet, urgent de réfléchir à un projet de
transformation à la hauteur des défis écologiques, économiques et sociaux qui sont les nôtres. L’histoire nous
enseigne qu’il n’existe pas de modèle de développement économique idéal : il nous faut donc identifier les leviers
multiples qui permettront d’assurer la transition vers un état durable de notre système productif, de nos pratiques
de consommation et de nos modes de vie. Cela suppose, notamment, de concilier les dynamiques économiques
avec des finalités sociales et/ou écologiques.
L’économie sociale peut-elle devenir un moteur de la transition ? La réponse est assurément positive, à condition
de reconnaître que nos sociétés ont déjà engagé un large mouvement de pluralisation des dynamiques
économiques.
Dans la vidéo suivante, Marthe Nyssens – professeure en économie sociale – vous présente une typologie des
organisations de l'économie sociale et les conditions de leur survie et de leur contribution à la transition.
L’économie circulaire consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation
et le gaspillage des ressources et la production des déchets. Ce modèle repose sur la création de boucles de valeur
positives à chaque utilisation ou réutilisation de la matière ou du produit avant destruction finale. Il met
notamment l’accent sur de nouveaux modes de conception, production et consommation, le prolongement de la
durée d’usage des produits, l’usage plutôt que la possession de bien, la réutilisation et le recyclage des composants
(Institut National de l'Economie Circulaire).
D’après Jeremy Rifkin, l’économie circulaire permet de concilier la préservation des ressources naturelles et le
dynamisme de l’économie.
L’économie circulaire a donc pour objectif de boucler les cycles de matières et d’énergie notamment grâce au
réemploi et au recyclage. Au-delà du recyclage, il est important, dès la conception des produits, de se préoccuper
d’optimiser leur usage et de réduire les consommations de ressources (matière et énergie) induites. Il s’agit
également d’augmenter la durée de vie des produits, de faciliter leur maintenance et les réparations, de permettre
le réemploi des composants et des pièces détachées tout en utilisant des matériaux renouvelables ou faciles à
recycler. L’économie circulaire repose également sur l’écologie industrielle territoriale ou la symbiose industrielle
qui vise à favoriser l’organisation de coopérations et de synergies entre des entreprises physiquement proches
pour optimiser l’usage des ressources (matière et énergie) et le réemploi des déchets sur un territoire.
Dans la vidéo suivante, Yves De Rongé – professeur en gestion – vous en dit plus sur l’économie circulaire comme
alternative au modèle d’économie linéaire (extraire – produire – utiliser – jeter) qui génère de nombreuses
externalités négatives. Il vous invite cependant, en fin de sa vidéo, à rester critiques quant à l’efficacité de ce genre
d’approche qui, plutôt qu’une rupture, risque de s’inscrire en continuité avec l’objectif de croissance économique
et d’augmenter les quantités consommées qui transitent par le système économique.
Explorons ensemble les dégâts causés par la finance avec l'aide d'Anaïs Périlleux – professeure en économie.
• Une cadre réglementaire pour faciliter l’identification des investissements durables. Ce cadre a pour
ambition de créer une classification (taxonomie) des activités économiques en fonction de leur caractère
durable. Cela permettra de créer un langage commun pour tous les acteurs du système financier.
• Une réglementation sur les informations à fournir à propos des placements durables et des risques liés à
la durabilité (i.e. la manière dont les investisseurs institutionnels et les gestionnaires d'actifs intègrent les
facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance dans leurs processus d'analyse et de gestion du
risque). L’objectif de cette réglementation est de clarifier les obligations des gestionnaires de fortune et
des investisseurs institutionnels en matière de durabilité.
• L'établissement de labels européens pour les produits financiers verts. Cela aidera les investisseurs à
identifier les produits qui respectent les critères écologiques ou à faible émission de carbone.
• Un renforcement des obligations d’information des sociétés cotées sur leurs politiques
environnementales, sociales et de gouvernance. La Commission ambitionne de publier des référentiels
de reporting ESG (Environment, Social, Governance) et de faire contrôler la qualité de cette information
par un audit externe.
• L’introduction d'un "facteur de soutien vert" ou d’un "facteur de pénalisation vert" dans les règles
prudentielles de l'Union Eeuropéenne pour les banques et les compagnies d'assurance. Il s'agit d'intégrer
les risques climatiques dans les politiques de gestion des risques des banques et de soutenir les
institutions financières qui contribuent au financement de projets durables ou de pénaliser celles qui
soutiennent des projets qui ont un impact négatif.
Cette stratégie de « finance durable » devrait aboutir à de nouvelles réglementations applicables aux marchés
financiers et aux intermédiaires financiers et imposer la prise en compte plus systématique dans les décisions
d’investissement de critères de durabilité.
Le but poursuivi est de changer la culture des marchés financiers pour combattre le court-termisme et encourager,
voire obliger la prise en compte de critères de durabilité dans l’évaluation et le choix des produits financiers.
Notons cependant que pour l’instant, l’accent est mis principalement sur les questions climatiques et
environnementales. La Commission Européenne annonce travailler sur l’intégration des questions sociales.
5.1 Introduction
Dans l'économie, les entreprises emploient des travailleurs et du capital (des bâtiments et des machines) pour
produire les biens et services dont les ménages ont besoin. Dans ces entreprises, des hommes et des femmes,
entrepreneurs, se battent ensemble pour rassembler des ressources et les transformer en biens et services qui
améliorent les conditions de vie de leurs bénéficiaires.
Les recettes tirées de la vente de biens et de services permettent aux entreprises de fournir des revenus aux
personnes. Les travailleurs offrent leur travail et leur capital (épargne) aux entreprises en échange de ces revenus.
Ils dépensent une partie de ces revenus pour acheter des biens de consommation et mettent une partie de côté.
Cette épargne est investie soit directement soit par un intermédiaire (une banque, une société immobilière ou une
société de placement) dans des entreprises pour générer du profit.
Les 'individus' jouent donc un rôle clé dans l'économie. Ils participent au fonctionnement de l'économie et des
entreprises et en échange, ils espèrent recevoir des capabilités d'épanouissement (cf la vision de la prospérité de
Tim Jackson décrite dans le 4.2.8) : des moyens de subsistance, un emploi rémunéré, une participation à la vie de
la société, un certain degré de sécurité, un sentiment d'appartenance, la capacité de partager une entreprise
commune, le développement de leur potentiel individuel d'être humain.
Dans cette partie du module, nous allons donc explorer comment les travailleurs et les consommateurs participent
au système économique et sont impactés par lui, mais aussi comment ils peuvent contribuer à faire évoluer le
système pour qu'il devienne plus durable.
5.2 L'entrepreneur
Pour le Prof. Philippe de Woot, depuis l’origine de l’humanité, l’Homme cherche à améliorer ses conditions de vie,
et le vieux mythe grec de Prométhée - qui vola le feu aux dieux pour apporter des bienfaits aux hommes - est celui
qui fonde le concept d’entrepreneur agent du progrès.
L’entrepreneur entrevoit le progrès possible et il a l’énergie et le goût du risque suffisant pour le mettre en œuvre.
Il s’engage en vue de répondre concrètement aux dysfonctionnements du système et d’avoir un impact sociétal
positif. Il s’efforce de donner un sens à l’action collective dans laquelle chacun·e trouve une place qui l’épanouisse.
5.3 Le travailleur
“À travers le travail, nous créons et recréons sans cesse le monde social tout en y trouvant une place crédible.–
Jackson, 2010, p. 192”
Le travail compte dans l'économie d'aujourd'hui et de demain, car il contribue aux moyens de subsistance sous la
forme d'emplois rémunérés ; le travail fait également partie de notre participation à la vie de la société. En effet,
les travailleurs ont de nombreuses aspirations : des aspirations matérielles(avoir un revenu, une sécurité), des
aspirations symboliques (reconnaissance, pouvoir d’agir, d’être informé…), des
aspirations spirituelles (appartenance à une communauté de sens, solidarité). Les activités productives devraient
contribuer positivement à l'épanouissement des travailleurs ; leur garantir des moyens de subsistance décents et
des flux de matières et d'énergies faibles.
Cependant, les travailleurs sont traités comme des 'ressources', des coûts ou une « variable d’ajustement » plutôt
qu’un investissement précieux. Emplois rares, emplois précaires, licenciements secs conduisent à des relations
entre employeurs et travailleurs qui deviennent souvent conflictuelles, générant stress au travail et quantité de
burn-out.
Ce que recherche des entreprises comme Uber, c’est une radicalisation du projet capitaliste de réduction de
l’entreprise à la seule structure de la société anonyme ; c’est la tentative de faire croire qu’une entreprise se limite
à être une société anonyme, ce que Isabelle Ferreras appelle la stratégie de « Reductio ad Corporationem ». Or,
qu’est-ce qu’une société anonyme ? Le juriste Jean-Philippe Robé le démontre, il s’agit du véhicule juridique qui
structure les rapports des apporteurs de capitaux entre eux.
Dès lors, réduire l’entreprise à la société anonyme, c’est nier une partie de la réalité – sa seconde partie
constituante : sans les « investisseurs en travail » de Uber, que sont les chauffeurs et coursiers, il n’y a pas de
services Uber. Et ne pas reconnaître la relation de dépendance de l’entreprise vis-à-vis de cet investissement en
travail consenti par ses chauffeurs, c’est évidemment une manière d’échapper à sa responsabilité vis-à-vis de ces
derniers. C’est bien l’effet recherché car c’est une évidence, sans tabler sur l’existence de ces chauffeurs prêts à
prendre les courses, personne ne serait prêt à mettre 1 $ dans une action Uber.
En France fin 2020, le Rapport Frouin sur les travailleurs de plate-forme est intéressant en ceci qu’il valide l’idée
que les travailleurs de la plateforme devraient pouvoir se structurer, au travers d’une coopérative gouvernée par
eux-mêmes, pour entrer en négociation avec la plateforme. De la sorte, l’institutionnalisation collective de
l’investissement en travail pourrait permettre de construire un interlocuteur représentant la partie constituante
des investisseurs en travail face à la plateforme qui sera alors contrainte de sortir de son despotisme actuel.
5.4 Le consommateur
S'il on s'intéresse maintenant aux consommateurs, la culture du consumérisme transmise par les institutions, les
médias et les normes sociales encouragent souvent les consommateurs à chercher une identité et un sens à leur
vie via l'achat et l'accumulation de biens matériels non durables. Certains théoriciens de la décroissance, comme
Serge Latouche, considèrent d'ailleurs que les gens sont drogués par les marchés, la publicité et l'obsolescence
programmée et qu'il faudrait changer de système économique.
Que l’on soit concerné par l'écologie ou pas, il nous arrive tous les jours de faire des choix que l'on considère être
« non-écologiques ». Par exemple, acheter une bouteille en plastique, des produits emballés ou provenant de
destination lointaines, utiliser des capsules ou des filtres jetables pour le café, se déplacer en voiture plutôt qu’en
transports en commun, prendre des longues douches, etc. Au moment où l'on a ces comportements, chacun·e de
nous invoque spontanément des raisons qui justifient notre décision.
Ce mouvement général est désigné par le terme de « transitions soutenables ». Il est généralement employé au
pluriel, l’une des raisons étant qu’il y a plusieurs domaines d’activité concernés et plusieurs voies de transition.
Depuis le début des années 2000, un nombre important de travaux - regroupés sous le terme de « Sustainability
transitions studies » (STS) - portent sur la façon de mener ces transitions soutenables. Des travaux multi- et
interdisciplinaires évaluent notamment le potentiel d’innovations menées à petite échelle, en termes de
transformation et de soutenabilité au niveau des systèmes dans leur ensemble. Ils analysent ainsi les différentes
trajectoires qui permettent à des innovations d’enclencher des transitions soutenables dans les systèmes.
7. Conclusion
Incontestablement, la croissance économique fut une source de progrès considérable pour une partie de
l’humanité qu’elle a tirée de la pauvreté, étant un moteur d’amélioration de la vie en général, notamment en
termes de santé et d’éducation. Mais aujourd’hui, la liaison entre croissance économique et le Bien Commun est
devenue moins claire. Nos modèles socio-économiques engendrent des perturbations dans les équilibres
écologiques, du fait de la surexploitation des ressources naturelles ainsi que de la pollution et des déchets générés.
Redéfinir la prospérité, c’est s’interroger sur le mode de développement qu’on veut poursuivre collectivement.
Définir la prospérité est donc une tâche fondamentalement politique. Dans ce module, nous avons présenté une
vision de la prospérité comme une capacité à nous épanouir et à participer à la vie de la société, en tant qu'êtres
humains à l'intérieur des limites écologiques d'une planète finie. Cette vision ne repose pas uniquement sur des
dimensions matérielles (nourriture, logement, moyens de subsistance,…) mais aussi sur un sentiment
d'appartenance, la capacité de partager une entreprise commune, tout en cherchant à développer notre potentiel
d'être humain.
3. Promouvoir le développement durable passe aussi par une modification des indicateurs qui servent de
boussole
L'utilisation du PIB comme indicateur de développement avec comme idée implicite que le développement des
richesses est l'élément clé du bien-être a montré ses limites. De nombreux autres indicateurs de développement
peuvent être utilisés pour enrichir les indicateurs socio-économiques traditionnels. N’oublions pas cependant que
la publication d'indicateurs complémentaires est intéressante si elle a une influence concrète sur les décisions
économiques et politiques qui sont prises. Derrière le choix d'un indicateur se cache les finalités de l'action et les
objectifs que se donne notre société.
4. Les perspectives d'une prospérité durable et équitable reposent sur une nécessaire reconstruction
individuelle, sociale et institutionnelle
Nous n’avons pas d’autre choix que travailler au changement, à la transformation des structures et des institutions
qui façonnent la société. Les dimensions de cette tâche sont à la fois individuelles et sociétales. Cela passe
notamment par nos choix de consommation et d'investissement (nos modes de vie, nos achats, nos activités), à
travers notre travail, mais aussi notre comportement électoral, notre engagement dans la communauté. Cela
nécessite aussi et surtout un effort collectif impliquant les autorités publiques, les entreprises, les associations, la
communauté scientifique et la société civile, pour notamment poser les limites écologiques à l'activité humaine et
transformer la logique du consumérisme.
5. L’État joue plusieurs rôles particulièrement importants pour la transition écologique et sociale
Malgré des évolutions notables vers la durabilité, les mécanismes de marché s'avèrent insuffisants pour atteindre
la durabilité. La régulation est nécessaire car les défaillances de marché entravent souvent l'évolution vers le
développement durable. Si le marché n'est pas régulé, le libre accès entraînera une surexploitation des ressources
communes et donc une chute du bien-être pour les générations futures.
6. Les entreprises, quels que soient leur statut juridique et leur mode de gouvernance, prennent de plus en
plus la mesure des enjeux du développement durable
Les entreprises en tant qu’acteurs centraux du système économique ont une responsabilité majeure dans la
production et la distribution de la valeur. La maximisation du profit comme seule critère montre ses limites. Les
entreprises ont un rôle à jouer dans sa transformation et dans la production d'activités qui contribuent à
l'épanouissement de tous (santé, nourriture, transports, enseignement, loisirs).
Cette approche est d’autant plus réaliste qu’aujourd’hui la créativité, l’innovation et l’activité entrepreneuriale
débordent largement du cadre de l’entreprise capitaliste (économie sociale et solidaire, entreprenariat social,…).
En plus, beaucoup d’entreprises capitalistes ont entamé cette évolution en transformant leur mission, leur culture
et leurs activités pour consacrer davantage d’attention à la durabilité. Les décisions de ces entreprises continuent
à se prendre sous contrainte de profit mais en se posant aussi des questions éthiques et politiques pour éclairer
leurs choix et guider leurs comportements (de Woot, 2013).
Cependant, la conduite d'une stratégie de développement durable en entreprise met à jour des tensions souvent
complexes à gérer : tension entre les impératifs de compétitivité et ceux de développement durable; tension entre
le pilier environnement et le pilier social; tension entre les demandes des différentes parties prenantes ou même
des exigences au sein d'un même groupe de parties prenantes.
Ces tensions illustrent encore une fois que, seules, les entreprises ne peuvent y arriver; elles ne sont qu’un acteur
parmi d’autres. Les pouvoirs publics, les forces sociales, la société civile sont tous appelés à contribuer à cette
transformation.
Nous devons reconnaître que nous sommes liés aux marchés à la fois comme entrepreneurs, travailleurs,
consommateurs et acteurs dans des initiatives citoyennes. Le fait que nos décisions individuelles reflètent des
valeurs environnementales et prosociales aide ces marchés à évoluer dans la bonne direction. Mais la
transformation de la logique sociale ne peut être simplement renvoyée aux seuls choix individuels sans
modifications de la structure sociale. Il est important de corriger les incitants pervers à la concurrence non durable
et d’établir de nouvelles structures qui offrent aux personnes les capabilités de s'épanouir, et notamment la pleine
participation à la vie de la société, de manière moins matérialiste.
8. Des « innovations soutenables de système » sont donc nécessaires pour répondre aux problèmes
persistants de soutenabilité et modifier en profondeur les structures du système existant
Nous devons rechercher des innovations de système, plus radicales, pour davantage de soutenabilité.
Module 5 • Limiter les impacts sur le climat et l'environnement
• expliquer ce que l'on entend par la notion de changement climatique et détailler ses causes.
• analyser les liens entre économie, énergie et changement climatique
• citer et expliquer des solutions possibles pour réduire les impacts des activités humaines, en particulier
en lien avec l'énergie et la pollution, sur l'environnement.
• distinguer différents types de pollution et différents types d'impact sur la santé humaine et les
écosystèmes.
Dans ce module, les concepts et éléments clés que vous allez découvrir et que vous devrez maîtriser sont les
suivants (par ordre alphabétique) :
• Changement climatique
• Contaminants
• Effet cocktail
• Effet de serre
• Empreinte carbone
• Energie fossile
• Energie primaire
• Energie secondaire
• Energie renouvelable
• GIEC
• Justice climatique
• Justice intergénérationnelle
• Justice rectificative
• Justice redistributive
• Mix énergétique
• Plastique
• Polluant primaire
• Polluant secondaire
• Problématique de l’ozone
• Sobriété énergétique
• Système énergétique
• Toxicité aigüe
• Toxicité chronique
En 1987, était signé à Montréal un protocole pour lutter contre la disparition de la couche d'ozone. Cet accord
international que nous avons déjà évoqué dans le module 1, a été complété par d'autres traités, a modifié les
pratiques industrielles et, aujourd'hui, la couche d'ozone se reconstitue.
Pierre Defourny, professeur en géomatique et aménagement du territoire à la Faculté des bioingénieurs (AGRO)
de l’UCLouvain, nous détaille les étapes de ce processus qui articule connaissances scientifiques, accords
internationaux et couverture médiatique. Une dynamique exemplaire pour d'autres enjeux ?
Points important de la vidéo :
L’histoire du trou dans la couche d’ozone illustre comment la société peut identifier, comprendre et résoudre un
problème environnemental global.
Conclusion
L’histoire montre l’imbrication entre science, politique, économie et médias.
Le succès du Protocole de Montréal repose sur une adaptation constante des décisions politiques aux nouvelles
connaissances scientifiques.
Cette approche évolutive pourrait inspirer la lutte contre d’autres crises environnementales, comme le
changement climatique.
2. Changement climatique
Conclusion
L’augmentation du CO₂ due aux activités humaines entraîne un réchauffement global.
La science a permis d’identifier clairement notre rôle dans ce phénomène.
Une action est nécessaire pour limiter ces émissions et éviter des conséquences climatiques graves.
5. Impact en Europe :
• D’ici 2100, ⅔ des Européens seront exposés chaque année à des catastrophes climatiques (contre 5 %
aujourd’hui).
• Les décès dus aux événements extrêmes pourraient atteindre 100 000 à 150 000 par an.
• L’élévation des mers exposera 2 millions de personnes aux inondations en Europe (20 fois plus
qu’aujourd’hui).
• Les dégâts pourraient coûter 240 milliards d’euros par an.
6. Autres conséquences majeures :
• Sécheresses plus fréquentes.
• Pluies plus intenses et inondations accrues.
• Incendies de forêts.
• Disparition d’espèces et destruction d’écosystèmes.
• Nouvelles maladies liées au climat.
• Risques accrus pour l’agriculture, l’élevage et la production d’électricité.
7. Solutions possibles :
• Des politiques ambitieuses peuvent diviser par 4 le nombre de personnes exposées et par 20 le coût des
dégâts.
• Il est encore temps d’agir, mais chaque retard aggrave la situation.
Pour y parvenir, il faut réduire les émissions nettes de CO₂ de 100 % d’ici 2050 et diminuer fortement les autres
gaz à effet de serre.
2. Des transformations majeures nécessaires
Les gouvernements doivent faciliter ces actions, en rendant ces choix accessibles et abordables.
• Exemples : plus de pistes cyclables, transports en commun efficaces, aides à la rénovation énergétique.
5. Un appel à l’action
Nous sommes tous responsables de protéger la seule planète habitable du système solaire.
Il est urgent d’agir avec courage et sagesse pour éviter des catastrophes climatiques encore plus graves.
3. Énergie
30 % de l’énergie primaire est perdue lors des conversions, surtout dans la production d’électricité.
Les limites physiques (thermodynamique) rendent ces pertes inévitables.
L’énergie finale est utilisée principalement pour :
• Industrie (~30 %)
• Transport (~30 %)
• Résidentiel & services (~30 %)
• Autres usages (engrais, chimie, etc.)
Conclusion
L’énergie est indispensable à notre mode de vie, mais notre dépendance aux fossiles est un frein climatique.
Une transition massive vers les renouvelables est nécessaire, mais pas encore suffisante.
Il faut repenser nos usages, nos infrastructures et nos modes de production pour concilier énergie et climat.
Le travail physique que peut fournir un être humain moyen sur une journée est assez faible. Si on l’exprime en
kWh, il est équivalent à environ 2 kWh. Pour l'exprimer en unité plus souvent utilisée dans les comparaisons, ce
travail correspond à 7200 kJ. Cette quantité d'énergie permet par exemple de monter 490 sacs de sable de 50kg
au dixième étage (environ 30m de haut) d’un immeuble.
On suppose en effet qu’un être humain peut développer une puissance de 200W pendant 8 heures. Le produit donne
1600 Wh soit 1.6 kWh que l’on arrondit à 2 kWh soit 7200 kJ. En pratique vous pouvez retenir qu’un être humain
peut développer journellement entre 1 et 2 kWh de travail. Par comparaison, chaque litre de pétrole peut
développer une énergie de 10 kWh.
Le recours à d’autres sources d’énergie a été primordial pour le développement de nos sociétés. Par exemple, le
bois représente une source d’énergie assez dense. Un kilogramme de bois sec contient environ 18500 kJ soit
l’équivalent du travail journalier de 2.6 êtres humains. Le bois a été supplanté dans les sociétés modernes par du
pétrole dont un kilogramme contient environ 2.3 fois l’énergie d’un kilogramme de bois. Cela représente donc 12
kWh.
La valeur énergétique du bois est son pouvoir calorifique ; elle vaut 18500 kJ/kg. 1 kg de bois fournit donc 2.6 fois
le travail journalier d’un être humain (18500/7200=2.6). La valeur pour le pétrole est 43500 kJ/kg soit environ 2.3
fois la valeur du bois. Sachant q’1 kWh vaut 3600 kJ, un kilogramme de pétrole correspond à 12kWh d’énergie.
Passons à nos utilisations de l’énergie, une voiture parcourt en moyenne en Belgique autour de 10.000km par an.
Cela représente environ 600 litres de carburant et donc 6000 kWh par an.
Une voiture consomme environ 6 litres par 100km soit 600 litres par an. Un litre de carburant est plus léger qu’un
kilogramme. On peut dire qu’un litre vaut environ 10kWh. L’énergie par an est donc de 6000 kWh pour une voiture.
En moyenne chaque ménage consomme une énergie 3 fois supérieure pour se chauffer tandis que la
consommation électrique moyenne est de 3500 kWh (Total Energie, 2024). Si on additionne tous les ménages et
toutes les utilisations commerciales et industrielle de l’électricité, la Belgique consomme au total 75 TWh
d’électricité (SPF Economie, 2024) dont aujourd’hui 40 pourcent sont fournis par l’énergie nucléaire (IEA, 2022).
L’énergie électrique n’est pourtant pas la consommation la plus importante puisqu’elle représente seulement 17
pourcent de la consommation finale d’énergie en Belgique (IEA, 2022).
Le chauffage est plus énergivore encore et environ 3 fois supérieur (environ 2000 l par an). La consommation
électrique est bien plus faible puisqu’elle se situe à 3500kWh. Les autres valeurs sont directement obtenues à partir
du site de l’IEA et arrondies et du SPF Gouvernement.
Intermittence :
• Le solaire varie selon l’heure et les saisons.
• L’éolien est plus présent en hiver, mais ne compense pas toujours le manque solaire.
• Besoin de solutions de stockage d’énergie coûteuses.
• La biomasse a l’avantage d’être stockable facilement.
Diffusion et infrastructures :
• Il faut énormément d’installations pour remplacer les énergies fossiles.
• Des millions d’éoliennes et centaines de km² de panneaux solaires seront nécessaires.
• Les biocarburants demandent des milliers d’hectares de cultures énergétiques.
Conclusion
Le potentiel des énergies renouvelables est suffisant pour couvrir les besoins humains. Leur mise en place nécessite
une refonte des infrastructures énergétiques et des changements sociétaux majeurs. La transition prendra du
temps et exigera des investissements et des innovations technologiques.
3.5 Exercice ▸ Les éoliennes pourront-elles fournir toute l'énergie dont la Belgique a besoin ?
L’énergie est actuellement déjà très visible dans notre environnement. Des lignes électriques parcourent la plupart
des campagnes. Les panaches de vapeur d’eau des centrales électriques sont aperçus de loin. Les stations-services
sont dans toutes les villes. Le passage aux énergies renouvelables ne diminuera pas cette pression. L’énergie restera
omniprésente dans nos sociétés. Le nombre d’installations sera conséquent tant pour l’éolien que le solaire. Si les
éoliennes sont visibles de loin, les panneaux solaires peuvent heureusement être intégrés aux bâtiments, même si
des centrales photovoltaïques seront aussi mises en œuvre, y compris en Belgique.
Conclusion
La défossilisation du système énergétique est le principal enjeu de la transition. Il faut développer les énergies
renouvelables et réduire la dépendance aux fossiles. Cette transition demande des changements structurels et des
investissements massifs.
Conclusion
La transition énergétique nécessite une transformation complète du chauffage, des véhicules et des centrales. La
technologie existe déjà et son coût est acceptable. Le principal défi est l’acceptation sociale du changement et des
nouvelles habitudes énergétiques.
4. La pollution
• la pression de vapeur caractérise la volatilité d’un polluant, c’est-à-dire la capacité à être transféré vers
l’atmosphère : plus la valeur est élevée, plus le polluant est volatil ;
• la solubilité caractérise la capacité d’un polluant à être transféré du sol ou de l’air vers l’eau : plus la valeur
est élevée, plus le polluant est soluble ;
• le coefficient de partage carbone organique/eau (KOC) caractérise la capacité d’un polluant à être fixé sur
le carbone organique du sol : plus la valeur est élevée, plus l’affinité avec le carbone organique du sol est
grande ;
• le facteur de bioconcentration (BCF) caractérise la capacité d’un polluant à être bioconcentré dans les
organismes vivants : plus la valeur est élevée, plus la bioconcentration du polluant est grande.
• Le naphtalène (HAP) est volatil (pression de vapeur de 7,2 Pa) favorisant son transfert vers l’atmosphère.
Sa solubilité moyenne (31,8 mg∙L−1) le rend mobile depuis le sol vers l’eau du fait de son adsorption
modérée sur la matière organique (KOC de 1 300 L∙kg−1). Le naphtalène est faiblement biodégradable et
se bioconcentre peu dans les organismes vivants (BCF de 168).
• Le PCB-1260 est relativement insoluble (0,003 mg∙L−1) et présente une forte affinité avec le carbone
organique du sol (KOC de 350 000 L∙kg−1) ce qui le rend peu mobile dans le sol. Par ailleurs, il se
bioconcentre facilement dans les organismes vivants (BCF de 12 260) et est peu biodégradable.
• Le glyphosate est très soluble (11 000 mg∙L−1) ce qui favorise son transfert depuis le sol vers l’eau. Il peut
cependant être retenu dans le sol par certaines particules. Il est peu transféré vers l’atmosphère (pression
de vapeur de 0,000 013 Pa), bien qu’il se retrouve sous forme de fines gouttelettes émises lors de la
pulvérisation, et peu bioconcentré dans les organismes vivants (BCF de 0,5).
• La cyperméthrine est peu volatile (pression de vapeur de 0,006 8 Pa) et faiblement soluble
(0,009 mg∙L−1). Elle est donc fortement retenue dans le sol, notamment par le carbone organique du sol
(KOC de 310 000 L∙kg−1). Cette molécule est faiblement dégradable et se bioconcentre peu dans les
organismes vivants (BCF de 331).
En 2015, la production globale de matières plastiques était de 380 000 000 tonnes [soit la masse de plus d’un
million d’Airbus A380], soit plus de dix fois celle de 1970. Si aujourd’hui 30 % de la totalité du plastique produit
depuis 1950 sont encore en cours d’utilisation, nous générons chaque année autant de déchets plastiques que de
plastiques synthétisées. Ainsi, un citoyen belge jette chaque jour 80 g de plastique, ce chiffre s’élève à 480 g pour
un Allemand.
Il est estimé que près de 12 % des déchets plastiques sont soumis à une mauvaise gestion en zones côtières. Ceci
constitue une porte d’entrée vers les océans pour 3 % des plastiques produits annuellement. Leur faible densité
leur permet d’être transportés sur de longues distances, atteignant de gigantesques zones de concentration au
milieu des océans, appelées gyres. Quelques 270 000 tonnes [soit la masse de 900 Airbus A380] de plastiques s’y
retrouvent réparties en plus de cinq mille milliards de fragments flottants de tailles diverses : les macroplastiques
(diamètre >0,5 cm) et les microplastiques (diamètre <0,5 cm) issus de la fragmentation des macroplastiques.
Par leur surface réactive, ils constituent, au gré des flots, des vecteurs de transfert pour d’autres polluants, tels que
les PCB, ou encore pour des algues, des bactéries, voire des pathogènes. De plus en plus petits, ces fragments
peuvent facilement être ingérés par les organismes vivants, s’accumulant dans les denrées alimentaires provenant
de la mer. À titre d’exemple, un amateur de fruits de mer peut ingérer jusqu’à 11 000 fragments [soit 1/3 du nombre
d’étudiants inscrits à l’UCLouvain] de microplastiques par an, dont 60 pouvant traverser les parois intestinales pour
atteindre les tissus biologiques.
4. Conclusion
• L’évaluation des risques environnementaux et sanitaires est essentielle mais complexe.
• Les effets à long terme et les interactions entre polluants sont encore mal connus.
• Des outils comme les bioindicateurs permettent de mieux surveiller la qualité des écosystèmes.
5.6 Conclusion
Nous avons dans ce module abordé trois enjeux essentiels du développement durable : le climat, l'énergie et la
pollution. A l'interface entre monde physique, chimique et biologique, ces enjeux s'inscrivent dans des dynamiques
à long terme. Si leurs conséquences peuvent être anticipées, l'ampleur des effets restent souvent à déterminer.
Les activités humaines entrent en interaction avec des cycles pré-existants. Ces cycles peuvent déjà présenter des
variations, comme les ages glaciaires pour le climat, mais l'ampleur des processus en cours actuellement et le
rythme auxquels ils se déroulent dépassent largement les phénomènes observés précédemment.
Des solutions existent pour répondre à ces enjeux mais leur mise en oeuvre à grande échelle est urgente. Cette
mise en oeuvre dépend surtout de décisions politiques mais des changements de comportement individuel
peuvent aussi avoir une contribution à la transition vers des systèmes plus durables.
Faites le point sur votre apprentissage
A ce stade de votre apprentissage, vous devriez être capable d'expliquer avec vos mots les éléments clés suivants :
Changement climatique
Contaminants
Effet cocktail
Effet de serre
Empreinte carbone
Energie fossile
Energie primaire
Energie secondaire
Energie renouvelable
GIEC
Justice climatique
Justice intergénérationnelle
Justice rectificative
Justice redistributive
Mix énergétique
Plastique
Polluant primaire
Polluant secondaire
Problématique de l’ozone
Sobriété énergétique
Système énergétique
Toxicité aigüe
Toxicité chronique
Une façon d'approfondir votre apprentissage peut également être d'essayer de répondre aux questions suivantes
(et d'en discuter avec des collègues du cours) :
La biodiversité, l'eau, les nappes phréatiques, les pâturages, les forêts, etc. sont des ressources partagées par les
humains - on parle dès lors de ressources communes ou de biens communs - qui jouent un rôle essentiel dans le
maintien de la vie sur Terre sous toutes ses formes.
L’enjeu de ces ressources communes concerne leur exploitation. Il existe en effet une tendance à la surexploitation
de ces ressources : c’est ce que l’on appelle « la tragédie des biens communs ».
Quels sont les meilleurs moyens de gérer les ressources naturelles utilisées en commun par plusieurs individus ou
entités de manière à assurer leur viabilité à long terme ? Est-ce par un contrôle par l’Etat que nous éviterons la
destruction des ressources naturelles ? Est-ce plutôt par leur privatisation, ou encore en les confiant aux mains de
collectivités qui ne ressemblent ni à l’Etat ni au marché ?
Le fil directeur de ce module sera donc la question de la gestion durable et équitable des biens communs :
comment faire pour que les biens communs environnementaux soient préservés tout en satisfaisant les besoins
fondamentaux de tous ?
Dans ce module, les concepts et éléments clés que vous allez découvrir et que vous devrez maîtriser sont les
suivants (par ordre alphabétique) :
Biodiversité
Communs
Eau grise
Eau virtuelle
Ecologie
Gestion de l'eau : par l'offre ou par la demande
Gestion intégrée des ressources
Land sharing
Land sparing
Nationalisation
Nexus
Privatisation
Rareté de premier et de second ordre
Résilience
Tragédie des communs
Le concept de "communs"
L'origine du concept de "communs" est liée à l'utilisation terres en commun par des communautés villageoises, en
particulier pour le pâturage extensif. Ce mode d'utilisation de ressources a donné naissance à deux trajectoires :
1. Une réflexion sur la tension que peut représenter cette usage de la ressource quand la pression devient
trop forte. On parlera de la tragédie des communs. Dans ce cas, un bien commun est une ressource ou
un service géré collectivement par une communauté selon des règles communément établies et
applicables.
2. Ce terme de "communs" a été mobilisé dans le cadre d'une prise de conscience des limites planétaires.
L'idée que notre planète est un patrimoine commun sur lequel les actions humaines ont un impact
structure la réflexion sur le développement durable.
La gestion de l'eau, des semences illustrent la première acception du terme de communs et permet mobiliser des
outils de gouvernance.
La question de la biodiversité au sens large correspond plutôt à la seconde acception. La biodiversité est un
patrimoine commun de l'humanité mais n'est pas gérée comme une ressource.
• la notion de rivalité d’usage entre consommateurs, la consommation d’un bien par un consommateur
limitant la capacité des autres à consommer le même bien,
En fonction de ces deux critères, on peut distinguer quatre types de bien dont les biens communs :
• les biens privés qui sont rivaux et exclusifs (par ex., une voiture, une maison),
• les biens de club qui sont non-rivaux, mais dont on peut exclure certains utilisateurs (par ex., une
autoroute à péage),
• les biens publics qui sont non-rivaux et non exclusifs (par ex., l'air que chacun respire en même temps),
• les biens communs (on parle aussi parfois de 'ressources communes') qui sont rivaux - la quantité de
ressources disponibles est limitée et leur consommation par un individu ou une entreprise réduit celle
des autres - et non exclusifs - l’on ne peut pas facilement exclure quelqu’un de leur usage. Les biens
communs sont donc différents des biens privés où l’accès est limité. Ils sont également différents des
biens publics où la consommation de l’un n’exclut pas qu’un autre peut consommer également autant.
Un premier enjeu des biens communs concerne leur exploitation. Comme les biens communs appartiennent à
tous, ils n'appartiennent à personne, n'ont pas de prix et peuvent être utilisés pour un coût nul ou faible partagé
par tous, alors que le gain de leur exploitation est purement privé. Il existe donc une tendance individualiste à
utiliser de manière intensive cette ressource avec le risque de surexploitation. C’est ce que l’on appelle la tragédie
des biens communs.
Un second enjeu consiste donc à trouver les meilleurs moyens et institutions permettant de limiter, gérer, réguler
l’utilisation des biens communs, de manière à assurer leur viabilité économique à long terme.
Question #1
Il y a rivalité quand la consommation d’une unité du bien par un individu empêche la consommation simultanée
de la même unité par un autre consommateur.
Explication
En effet, la notion de rivalité d’usage entre consommateurs indique que la consommation d’un bien par un
consommateur limite la capacité des autres à consommer le même bien.
Question #2
Un bien commun est :
Explications
Non exclusif et rival : Les biens communs sont rivaux - la quantité de ressources disponibles est limitée et leur
consommation par un individu ou une entreprise réduit celle des autres - et non exclusifs - l’on ne peut pas
facilement exclure quelqu’un de leur usage.
Question #3
Quels sont des exemples de biens communs ?
Explication
Le poisson et les nappes phréatiques sont des biens communs.
La tragédie des biens communs symbolise la dégradation de l'environnement à laquelle il faut s'attendre dès que
plusieurs individus utilisent en commun une ressource limitée.
Dans le texte suivant, An Ansoms – professeure en études du développement – présente l'approche économique
de la tragédie des communs qui soutient l'idée qu'un centralisme juridique est essentiel pour la gestion des
ressources naturelles, soit sous la forme de la nationalisation ou de la privatisation des ressources naturelles. Son
propos repose sur un article publié en 1968 par Garrett Hardin « The Tragedy of the Commons ».
L’approche néo-institutionnelle remet en question l’hypothèse de la tragédie des biens communs et de la centralité
nécessaire de l’Etat pour éviter cette tragédie. Elle part du constat que ni l'Etat ni le marché ne réussissent dans
tous les cas à permettre aux individus une utilisation productive à long terme des systèmes de ressources
naturelles. Ainsi, dans le cas d'une nationalisation, l'Etat ne dispose pas toujours des informations pertinentes et
fiables pour prendre les décisions, ni des capacités de surveillance nécessaires à coûts raisonnables ; alors qu'une
privatisation des ressources peut générer un accroissement des inégalités.
Selon l'approche néo-institutionnelle, dans certaines conditions, les usagers peuvent plus efficacement gérer les
ressources naturelles que l’Etat. Une troisième possibilité de gestion des ressources communes consiste donc en
la création d'un arrangement au niveau local de la gestion de ces ressources. On parle alors d'une gestion collective
des biens communs. Dans ce cas, les usagers confient à des collectivités qui ne ressemblent ni à l’état ni au marché
le soin de gouverner les systèmes de ressources naturelles sur des périodes de temps plus ou moins longues, avec
plus ou moins de succès.
Dans le texte suivant, An Ansoms – professeure en études du développement – présente cette approche néo-
institutionnelle inspirée du livre publié par Elinor Ostrom en 1990, intitulé "Governing the commons. The Evolution
of Institutions for Collective Action", Cambridge University Press.
3. Eau
Eau et développement
En tant que ressource disponible en quantité limitée et dont les usages peuvent générer des conflits, l'eau est un
bien commun. Vu la pression accrue sur cette ressource, aucune proposition de gestion n'est totalement
satisfaisante.
L’eau est nécessaire au développement économique, tout comme le développement économique est (dans une
certaine mesure) nécessaire à l’approvisionnement en eau et à sa bonne gestion. Mais la croissance économique
génère son lot de pressions quantitatives et qualitatives sur la ressource, ce qui rend le rapport eau /
développement hautement complexe et fait que la problématique de l’accès à l’eau et de la disponibilité de l’eau
en qualité et quantité satisfaisantes concerne une multitude de pays riches et moins riches (bien que sous des
modalités variables).
Dans le texte suivant, Philippe Roman – professeur en économie – illustre les difficultés persistantes en matière
d'accès à l'eau et à des réseaux d'assainissement des eaux usées. Sur cette base, il discute les menaces qui pèsent
sur la sécurité hydrique et leurs effets sur d'autres enjeux comme la production d'énergie.
Eau politique
L’accès à l’eau, le développement des ressources en eau, la gestion de l’eau sont des objets éminemment politiques
et l’eau est souvent prise dans un nœud complexe de rapports de force, d’institutions, de jeux politiques.
Pour ne prendre qu’un exemple, Pincetl et Hogue (2015) montrent combien l’eau en Californie est inégalement
répartie et comment la sécheresse entretient et accentue les inégalités sociales sous-jacentes. Pour certains
observateurs, la rareté est autant un fait physique et climatique qu’un fait socialement construit. Elle peut en effet
être définie comme un rapport entre des besoins, ou demandes en eau, et une disponibilité de la ressource.
Or cette demande en eau dépend de choix de développement économique qui favorisent certains acteurs, souvent
puissants, au détriment des autres. En outre, certains acteurs économiques puissants jouent parfois le jeu du
“discours de la rareté” : pour justifier la création d’infrastructures hydrauliques, ils mettent l’accent sur la rareté
supposément “naturelle” de la ressource en eau.
Dans le texte suivant, Philippe Roman – professeur en économie – présente une analyse historique des différents
cadres normatifs et de gouvernance associés à l'eau. Il analyse la ressource en eau 1) comme un droit humain et
2) comme une ressource et présente ensuite les modalités de gouvernance de l'eau selon ces deux approches.
Les normes et modes de gestion qui viennent d’être présentés sont des idéaux régulateurs. Ils viennent se greffer
sur, remettre en cause ou conforter, des pensées et pratiques « réellement existantes » liées à des mouvements
sociologiques, économiques et techniques de fond. Certains spécialistes de l’eau ont essayé de typologiser,
thématiser et historiciser ces « âges de l’eau ».
Dans le texte suivant, Philippe Roman – professeur en économie – synthétise les grandes tendances historiques de
la gestion de l’eau. Cette gestion a évolué au fil du temps pour répondre à une pression de plus en plus forte sur
une ressource qui n'était plus en mesure de répondre à l'ensemble des usages. Mettre au point des modalités de
gouvernance pour réponse à cet enjeu a été un processus d'apprentissage.
Les normes et modes de gestion qui viennent d’être présentés sont des idéaux régulateurs. Ils viennent se greffer
sur, remettre en cause ou conforter, des pensées et pratiques « réellement existantes » liées à des mouvements
sociologiques, économiques et techniques de fond. Certains spécialistes de l’eau ont essayé de typologiser,
thématiser et historiciser ces « âges de l’eau ».
Dans le texte suivant, Philippe Roman – professeur en économie – synthétise les grandes tendances historiques de
la gestion de l’eau. Cette gestion a évolué au fil du temps pour répondre à une pression de plus en plus forte sur
une ressource qui n'était plus en mesure de répondre à l'ensemble des usages. Mettre au point des modalités de
gouvernance pour réponse à cet enjeu a été un processus d'apprentissage.
L'avenir de la biodiversité est préoccupant : les incertitudes sont nombreuses mais de façon globale le taux de
perte de biodiversité dépasse largement ce qui a été connu tout au long de 3,5 milliards d'année depuis l'apparition
de la vie sur terre.
Dans le texte suivant, Philippe Baret – professeur en génétique et en agroécologie – retrace les fondements de la
biodiversité et l'importance des concepts d'écosystème et de résilience.
Les enjeux de la biodiversité
Beaucoup de voix s'élèvent pour demander une action rapide pour préserver la biodiversité. Quels sont aujourd'hui
les enjeux de la biodiversité ? Quelles sont les principales causes de son érosion ? Quelles sont les actions possibles
pour contrer la tendance actuelle ?
Découvrez des réponses aux questions posées dans la vidéo suivante de Philippe Baret - professeur en génétique
et agroécologie.
Les semences utilisées par les humains sont le fruit du processus naturel d'accroissement de la biodiversité et de
l'action humaine pour domestiquer cette biodiversité et la gérer pour satisfaire des attentes agricoles et
alimentaires. Les races animales et les semences agricoles sont à la fois des constructions sociales et naturelles.
La gouvernance internationale des semences touche à plusieurs questions : la problématique de nos modes de
production agricoles ; l’idéal de sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale ; la protection de l’environnement ;
et la conservation de la biodiversité agricole, nécessaire à la production alimentaire.
Plusieurs organisations internationales s’occupent de la gouvernance internationale des semences avec tout un
arsenal d’instruments juridiques. Cependant, les objectifs de conservation et d’utilisation durable de
l’agrobiodiversité sont loin d’être atteints. La manière dont ces forums internationaux fonctionnent, avec l’État
comme acteur principal, peut l’expliquer en partie. Ainsi, certains acteurs primordiaux de la conservation et de
l’utilisation durable de l’agrobiodiversité sont exclus des négociations : les petits agriculteurs, les coopératives
paysannes, les syndicats agricoles ou encore les organisations citoyennes ou non gouvernementales défendant les
droits des agriculteurs.
Dans la vidéo suivante, Christine Frison – chercheuse en droit – identifie les limites de la gouvernance
internationale des semences et examine comment la gouvernance par « les communs » peut apporter des
solutions à ces limites. Cette vidéo est complétée par un texte qui précise de façon plus détaillée le fonctionnement
des conventions et traités internationaux mentionnés dans la vidéo, et qui apporte les sources et justifications
nécessaires pour soutenir l'argumentaire.
La crise de la biodiversité décrite dans les séquences précédentes a pour cause principale la disparition des
habitats liés à l'emprise de l'agriculture sur les espaces terrestres.
L'agriculture est l'une des principales causes de la perte de biodiversité, à la fois par son extension spatiale et par
l'émission de polluants. Cette tendance devrait se poursuivre, étant donné que la demande en denrées
alimentaires, aliments pour animaux, fibres et produits devrait augmenter au cours des prochaines décennies.
Une partie importante du débat scientifique et politique sur la biodiversité et l'agriculture au cours de la dernière
décennie s'est articulée autour de discussions sur la biodiversité et l'agriculture et notamment du cadre de partage
des terres proposé par Green et al. (2005). Ce cadre vise à comprendre dans quelle mesure l'agriculture doit
être concentrée sur les terres exploitées de manière intensive afin de conserver des espaces naturels plus riches
en biodiversité ailleurs(land sparing), ou à l'inverse, être plus respectueuse de la faune et de la flore mais moins
productive, conservant ainsi moins d'espaces naturels sauvages (land sharing). De fait, une agriculture plus
respectueuse de la Nature : agroécologie, agroforesterie est moins productive qu'une agriculture intensive (la
différence est de l'ordre de 25% en moyenne) et il faudra donc plus de surface pour la même production dans un
système où l'agriculture est en alliance avec la Nature que dans un système intensif et à rendement élevé. A grande
échelle, les États-Unis illustrent le modèle du land sparing : une agriculture extrêmement productive à l'est laisse
de grands espaces sauvages et naturels à l'ouest (grands parcs nationaux). L'Europe et notamment la Grande
Bretagne correspond plus à un modèle de land sharing, agriculture et biodiversité se partagent le même espace et
donc il n'y a plus beaucoup de zones totalement naturelles. A l'échelle du Benelux, Pays-Bas et Flandres seraient
dans un modèle de land sparing, alors que la Wallonie et le Grand-Duché du Luxembourg seraient dans un modèle
de land sharing.
L'hypothèse de Green est que la biodiversité par unité de terre est une fonction décroissante du niveau de
production. Dans ce cas, les deux archétypes de systèmes agricoles conduisent au même niveau de biodiversité.
Dans le cas d'un passage de l'agriculture extensive (plus en alliance avec la Nature) à l'agriculture intensive, par
exemple, la biodiversité est perdue par l'intensification de l'agriculture est compensée par le retour à l'état naturel
d'une partie des superficies.
Si on débat de l'usage des terres à l'échelle planétaire (6.5.1), il s'agit d'un patrimoine commun qui n'est pas géré.
En effet, aucune instance ne gère l'usage des terres au niveau mondial mais l'évolution de cet usage, résultante de
décisions à plus petite échelle, a un impact sur les équilibres planétaires d'un point de vue à la fois écologique et
social.
Par contre, les choix d'aménagement du territoire à l'échelle nationale ou régionale (en Belgique) peuvent être
inspirés par la théorie des communs. On notera, par exemple, que les Pays-Bas ont clairement fait le choix du land
sparing, avec une agriculture intensive d'un côté et des espaces sauvages de l'autre, alors que la Belgique est
beaucoup plus proche d'un modèle land sharing, où les espaces strictement réservés à la biodiversité sont limités
mais où l'agriculture est moins intensive globalement.
La même problématique passe du statut de patrimoine commun à bien commun en fonction de la possibilité de la
gérer. On peut imaginer que sur le long terme, une gouvernance de l'usage des terres se mettrait en place au
niveau mondial. Dans ce cas, les concepts de land sharing et de land sparing pourraient être mobilisés.
6. Conclusion
Dans ce sixième module, nous nous sommes interrogés sur la gestion des communs environnementaux. En nous
focalisant sur les problématiques de l'eau, de la biodiversité, des semences et de la terre, nous avons mis à jour la
tension dans les différents usages qui pouvaient être faits de biens communs.
La tension sur l’usage de l’eau mais aussi sur le patrimoine que constituent la biodiversité et les semences est
croissante. Dans certaines régions du monde, les ressources disponibles ne sont pas suffisantes pour couvrir les
besoins minimaux des humains.
2. La gestion des communs peut impliquer la prise en compte de plusieurs dimensions en interaction.
Le concept de Nexus décrit l’interaction réciproque entre des ressources différentes. L’eau peut-être mobilisée
pour produire de l’énergie, d’une part, et son usage (pompage, désalinisation, ..) peut demander de l’énergie,
d’autre part. Le concept d’écosystème illustre aussi l’interaction réciproque entre le biotope physico-chimique et
le monde vivant.
Ils peuvent être à la fois un droit humain et une ressource. L’arbitrage entre les usages nécessitent des outils
spécifiques de gouvernance et ces outils dépendent du statut que l'on donne aux communs et des priorités de
développement. Ces arbitrages peuvent varier d'un pays à l'autre et d'une ressource à l'autre.
La reconnaissance du statut de commun oblige à penser des modèles de gouvernance spécifique. La privatisation
des ressources peut leur donner une valeur et aider à leur préservation mais peut aussi générer un accroissement
des inégalités. Une gouvernance étatique présente aussi des limites. Une troisième voie s'appuierait sur une
gestion collective des ressources par les communautés. Mais trouver les bons modes de gouvernance est un
processus difficile, chronophage et parfois erratique. Cela requiert une information fiable en termes de variables
de temps et de lieu ainsi qu’un vaste répertoire de règles culturellement acceptables. Nous ne disposons pas
encore de tous les outils nécessaires à la compréhension des problèmes associés à la gouvernance et à la gestion
des biens communs, et des raisons pour lesquelles certaines collectivités semblent fonctionner dans certaines
configurations et pas dans d'autres.
5. Les différentes propositions de gouvernance des communs se distinguent par des visions différentes des statuts
qu'on donne à la ressource.
L’évaluation de l’impact de l’usage actuel des communs et le potentiel qu'apporteraient les innovations techniques
sont déterminants pour débattre des trajectoires possibles. Une vision optimiste de la capacité des innovations à
diminuer l'impact sur la ressource et à maximiser son utilité pourrait entrainer un report de nécessaires arbitrages
dans le cadre d'une gouvernance prospective (on se rappellera la discussion vue dans ce cours sur le découplage).
A l'opposé, une approche très alarmiste conduit parfois à des positions d'abandon ou de radicalisation qui
privilégient des logiques d'urgence et des approches individuelles en contradiction avec le potentiel que représente
pour le long terme la mobilisation des outils de gouvernance issus de la réflexion sur les communs. Des options
très opposées sont aujourd'hui en débat, par exemple la privatisation de l'eau vs. la gestion collective d'un bien
commun, ou le land sparing vs. le land sharing.
La gestion de ressources communes à petite échelle (collectif d'agriculteurs, périmètre irrigué de petite taille...)
peut se construire entre individus qui communiquent et interagissent entre eux de manière répétée et habituelle
sur base de relations de confiance. Ils peuvent apprendre à qui ils peuvent se fier, comment s’organiser pour
générer des bénéfices et limiter les préjudices. Le capital social construit localement et dans la durée les aide à
mettre en place des dispositifs institutionnels pour résoudre leurs problèmes de ressources communes.
Quand les systèmes deviennent plus grands ou impliquent des interactions complexes (échanges internationaux,
traités internationaux, multiplication des intermédiaires), les modes de gouvernance sont plus formels et plus
complexes.
Une façon d'approfondir votre apprentissage peut également être d'essayer de répondre aux questions suivantes :
• Il est non exclusif : il est difficile, voire impossible, d’exclure quelqu’un de son usage.
• Il peut être exploité de manière collective, mais sans régulation, il risque d’être surexploité (ex. : nappes
phréatiques, forêts, pâturages).
La biodiversité : elle est un patrimoine partagé qui bénéficie à tous, mais elle est menacée par l’activité humaine.
Les semences : elles résultent d’un processus naturel et d’un savoir collectif, mais leur accès est limité par les
brevets et la privatisation.
Selon Hardin, quelles sont les deux approches à suivre pour éviter la tragédie des communs ?
La privatisation : attribuer la ressource à des propriétaires privés qui en assureraient une gestion responsable.
Le contrôle par l’État : une régulation stricte pour éviter la surexploitation (quotas, restrictions d’accès).
Quelle troisième voie propose Oström ? En quoi consiste cette troisième voie ?
La gestion collective par les communautés locales : les usagers peuvent établir des règles de gestion et de
préservation adaptées à leur contexte, sans intervention étatique ou privatisation.
Elle met en avant des solutions de gouvernance basées sur la coopération et la participation des acteurs locaux.
Quelles sont les difficultés persistantes en matière d'accès à l'eau et à des réseaux d'assainissement des eaux
usées ?
• Manque d’infrastructures dans certaines régions.
• Inégalités sociales et économiques dans la distribution de l’eau.
• Pollution des ressources en eau.
Quelles sont les menaces qui pèsent sur la sécurité hydrique et leurs effets sur d'autres enjeux comme la
production d'énergie ?
• Le changement climatique entraîne sécheresses et pénuries.
• La surconsommation d’eau dans l’agriculture et l’industrie.
• Dépendance de certaines énergies (ex. hydroélectricité) à la disponibilité de l’eau.
Comment la gouvernance par « les communs » peut-elle apporter des solutions à ces limites ?
• Reconnaissance des droits des agriculteurs sur leurs semences.
• Développement de banques de semences locales et de systèmes d’échange.
• Mise en place de régulations limitant la privatisation abusive.
7.1 Introduction
• d’identifier les défis et les enjeux associés à la transition durable des villes et des territoires
• de comprendre la transformation durable de l’environnement bâti aux différentes échelles spatiales au
travers des projets d’urbanisme et d’architecture
• de développer une analyse critique des modèles urbains et territoriaux passés et actuels et de citer les
alternatives possiblespour qu’ils rencontrent les objectifs du développement durable
• d’expliquer les actions potentielles pour rendre les territoires, les villes et le bâti durable
• d'expliquer comment adapter le bâti pour qu’il s’inscrive dans les objectifs du développement durable et
de la sobriété énergétique.
Dans ce module, les concepts et éléments clés que vous allez découvrir et que vous devrez maîtriser sont les
suivants (par ordre alphabétique) :
• Artificialisation
• Espace public
• Etalement urbain
• Îlot de chaleur
• Microclimats artificiels
• Mobilité durable
• Performance énergétique des bâtiments
• Recyclage foncier
• Renaturation
• Système sociotechnique
• Territoire
• Urbanisation
Les villes et les espaces bâtis sont particulièrement concernés pour atteindre l’ODD 11. La définition des quatre
composantes de cet objectif permet de bien en cerner le contenu.
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à toutes et tous
Un concept a été développé fin des années 1960 par Henri Lefebvre (1901-1991) qui illustre cet objectif : le droit
à la ville. Le droit à la ville est un droit supérieur aux autres droits qui comprend notamment : le droit à la liberté,
à l’habitat et à l’habiter (c’est-à-dire que tous les habitants doivent pouvoir s’approprier la ville, en avoir les usages
qu’ils souhaitent), le droit de tous les habitants à participer à la conception de la ville et que les espaces soient
partagés et n’entraînent pas de ségrégations.
A partir du concept de justice spatiale, Jacques Levy, Jean-Nicolas Fauchille et Ana Povoas identifient les fractures,
les fragmentations des territoires. Ces fractures se marquent par les capacités ou non qu’ont les individus et les
ménages de choisir leur lieu de résidence, les contraintes sociales liés à l’urbanisation ou à la conception
architecturale, les services disponibles en fonction des quartiers, les usages des espaces publics etc.
Ces deux concepts (droit à la ville et justice spatiale) englobent l’ouverture des villes aux individus quels que soient
leurs nationalités, leurs genres, leurs conditions socioéconomiques, leurs cultures... L’accès aux droits
fondamentaux reconnus par l’article 24 de la Constitution belge, comme le droit au logement, marque cette
reconnaissance du droit à la ville pour atteindre plus de justice spatiale.
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient sûrs
L’insécurité est un concept global qui comprend l’insécurité environnementale, socioéconomique qui a
notamment des conséquences sur l’accès au logement, physique, alimentaire, routière, sanitaire, financière etc…
L’insécurité a donc des conséquences systémiques sur l’usage des espaces urbains et ruraux par l’être humain.
Cette insécurité est accentuée par les crises. La crise sanitaire du COVID illustre les conséquences d’une décision
sur le fonctionnement des villes et des établissements humains. En effet, le confinement a eu des impacts sur le
développement du télétravail, la mobilité, les besoins en surface de bureaux, la demande d’espace extérieur pour
les logements etc. La crise climatique revoit également la manière dont les espaces et le bâti doivent s’adapter
pour atténuer les risques qui y sont liés et faire les choix en conséquence.
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient résilients
Les risques environnementaux liés au réchauffement climatique obligent les villes et les établissements humains à
s'inscrire dans la transition écologique. Il faut dès lors prendre en compte les préventions possibles pour limiter les
risques subis par les villes et les établissements humains, et ainsi de projeter les actions et leurs adaptations pour
faire face aux défis du développement durable.
Les capacités de résilience des systèmes ont d’abord été observées par Crawford Stanley Holling à partir des
écosystèmes en les resituant dans leur processus d’adaptation au cours du temps. Cette capacité d’adaptation
explique leur survie et leur croissance. En s’inspirant de ces travaux, on définit la résilience des villes et des
établissements humains comme leur capacité à anticiper ou absorber un choc, qui peut-être dû entre autres à une
ou des crises et les perturbations qu'elles pourraient causer.
La résilience des villes et des établissements humains s’appuie sur leurs trajectoires pour anticiper les chocs à venir.
Historiquement, ces trajectoires se sont constituées par sélection cumulative. La sélection cumulative est la
conservation de certaines parties de la ville et l’effacement d’autres pour répondre aux besoins de chaque époque.
C’est à partir de ces trajectoires que les projets de transition des territoires, du bâti et des techniques de
construction sont conçus à des horizons fixés, comme par exemple l'année 2050 pour la plupart des stratégies de
ce début des années 2020.
Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient durables
Pour atteindre la durabilité des villes et des établissements humains, le chemin est encore long à parcourir. Le
module donne quelques propositions et pistes dans la conception des projets territoriaux et d’architecture, dans
les actions à y mener et dans leurs adaptations.
Stefano Boeri (2009) a identifié cinq défis écologiques auxquels les villes contemporaines sont confrontées :
• La durabilité des villes et du bâti par la maîtrise des émissions de CO2 en ne recourant plus aux énergies
fossiles tout en diminuant la consommation énergétique; ainsi que la démocratie en concevant une ville
de la proximité où tous les acteurs sont impliqués ;
• La préservation des surfaces non bâties, notamment des surfaces agricoles, en ne construisant plus sur
ce qui n’est pas encore urbanisé tout en développant la biodiversité ;
• La restauration de la nature en ville et les relations entre l’homme et son environnement naturel ;
• Une densification qui s’articule avec les dessertes en transports collectifs et qui intègre la végétalisation
des villes pour répondre entre-autre à l’exode urbain ;
• L’accès à des logements abordables dans les villes tout en les rendant attractives afin de lutter contre
l’exode urbain.
Les mutations démographiques et la lutte contre les inégalités sont des défis majeurs à prendre également en
compte.
C’est en répondant à ces défis que les villes et les établissements humains pourront atteindre les objectifs du
développement durable et faire face aux chocs et crises actuels et à venir, liés entre autres aux changements
climatiques.
Dans le texte suivant, Alain Malherbe -chargé de cours en aménagement du territoire et urbanisme- nous présente
un état des lieux de la durabilité des villes et analyse quatre tendances thématiques (la mobilité, le logement,
l’occupation des sols et les inégalités) expliquant les trajectoires dans lesquelles nous sommes.
La Commission européenne a pris plusieurs initiatives phares pour modifier ces trajectoires et atteindre les
objectifs du développement durable. Elles ont fait l’objet de feuilles de route, puis ont été intégrées dans des
stratégies et enfin sont reprises dans des projets de directives ou règlements.
La feuille de route du 20 septembre 2011 de la Commission européenne pour une Europe efficace dans l'utilisation
des ressources a défini les grandes lignes stratégiques de la Commission Européenne qui ont été reprises par la
suite dans le Green Deal et différents documents.
1. Qu’il faut stimuler la demande et la pratique de construction efficace dans l’utilisation des ressources.
2. Qu’il faut atteindre en 2050 le zéro artificialisation nette.
Voici un dessin qui montre ce transfert entre sol non artificialisé vers un sol artificialisé et inversement pour
atteindre le zéro artificialisation nette.
Pour atteindre le zéro artificialisation nette, il faut donc compenser toute nouvelle artificialisation des sols
par une désartificialisation des sols déjà artificialisés.
3. Que l’ensemble des secteurs (énergie, logement mobilité, économie…) doit réduire drastiquement les
émissions de gaz à effet de serre.
Ces choix individuels sont influencés par de nombreux facteurs externes : infrastructures, politiques publiques,
économie locale.
Transformer un territoire implique donc de modifier simultanément des milliers de trajectoires de vie, tout en
prenant en compte d'autres enjeux majeurs (biodiversité, gestion de l'eau, migrations climatiques).
Nécessité d'une méthodologie adaptée pour éviter la simplification excessive tout en gérant la complexité.
Transformer la rue implique donc une approche globale, intégrant ces différentes dimensions.
Conclusion
Le rapport du Club de Rome rédigé par Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jorgen Randers et William W.
Behrens Ill (1972) démontre les limites de la croissance ; croissance qui impacte les territoires. Un territoire est un
espace approprié par un individu ou un groupe d’individus. Cette appropriation induit une identité à cet espace
qui se construit à partir d’un projet, c’est-à-dire ce que cet espace peut devenir pour satisfaire les visions et besoins
qui auront été identifiés en l’aménageant.
Le rapport du club de Rome souligne que plus le territoire est grand et plus l’horizon temporel est lointain, moins
les individus se sentent concernés par les questions environnementales et territoriales. La sensibilisation aux
priorités du développement durable dans le projet d’aménagement du territoire, d’urbanisme et d’architecture est
donc plus importante si ces priorités concernent un territoire proche et dont la temporalité est maîtrisable. L’enjeu
est de trouver les bonnes méthodes pour que les habitants d’un quartier et d’une ville, les citoyens d’un pays ou
d’un continent puissent participer et s’approprier le projet de territoire pour concevoir un projet d’aménagement
durable. Thierry Paquot, philosophe français, préfère d’ailleurs le concept de ménager à la notion d’aménagement.
Il propose que ménager le territoire, c’est prendre soin de ses ressources, être frugal et respecter le contexte dans
lequel on agit.
Le processus d’urbanisation correspond, quant à lui, à l’extension des villes et des périphéries de ville par le secteur
résidentiel et par les activités économiques et les services. Cela fait suite à la croissance démographique du baby
boom, aux mutations des activités économiques -où l’industrie lourde commence à être supplantée par les parcs
d’activités économiques et le secteur des services ayant des besoins en bureaux-, et à un accès plus généralisé aux
activités de loisirs. Ce processus d’urbanisation a été rendu possible notamment grâce à un accès à une énergie
abondante et bon marché, comme le pétrole et le nucléaire qui ont permis le développement notamment d’une
mobilité démocratisée.
Pour le club de Rome, pour qu’un territoire soit durable, il se doit d’être économe dans l’utilisation des ressources
et/ou utiliser des ressources renouvelables. Ceci nécessite des arbitrages entre les besoins des humains et
l’utilisation des ressources du sol, des ressources naturelles, des matières premières, des ressources humaines…
C’est un processus qui se doit être réflexif et de co-construction ; qui doit prendre en compte les besoins et attentes
des différentes parties prenantes et dialoguer de façon continue avec ces dernières ; et ce tout au long des
différentes étapes.
L’urbanisme durable vise à créer des villes offrant un cadre de vie de qualité tout en respectant l’environnement,
l’économie, le social et la culture.
• Problèmes :
o Vie privée menacée par la collecte de données.
o Exclusion sociale (réservée aux plus riches).
o Dépendance technologique (risque en cas de panne ou de piratage).
• Problèmes :
o Manque de mixité sociale (les prix ont augmenté, favorisant les plus riches).
Conclusion
L’urbanisme durable doit s’adapter aux contraintes environnementales, sociales et technologiques. La meilleure
solution pourrait être un équilibre entre innovations technologiques et sobriété écologique.
Conclusion
La transition vers une mobilité soutenable nécessite une réduction de la place de la voiture.
Un équilibre entre solutions technologiques, aménagement urbain et évolution des comportements est essentiel.
• Défis environnementaux : usage intensif de la voiture, maisons énergivores, consommation des sols
agricoles.
• Réalité territoriale : impossible de la supprimer, il faut donc l’adapter à un modèle plus durable.
1. Le périurbain :
• Situé en périphérie des grandes villes.
• Principalement résidentiel, dépendant des centres urbains pour le travail et les services.
• Modèle de la ville diffuse : améliorer la mobilité et la répartition des services tout en préservant la
souplesse.
• Modèle de la ville durable : favoriser la densité et la proximité pour limiter l’usage de la voiture.
• Solution idéale ? Probablement un compromis entre ces deux extrêmes.
Comme cela a été vu précédemment, les villes émettent plus d’émissions de CO2 que les autres territoires. L’ONU
met en évidence que les villes sont d’une grande fragilité car elles subissent en première ligne les risques liés au
changement climatique comme les catastrophes naturelles. Selon les quartiers urbains, les conditions de vie
socioéconomiques et environnementales sont plus difficiles avec des conséquences importantes sur la santé des
populations concernées.
Par contre, les villes sont une ressource pour atteindre les objectifs du développement durable. Les aménagements
des villes peuvent atténuer les effets des fortes chaleurs notamment au travers de la conception des espaces
publics. En effet, lorsqu’ils sont trop minéralisés, les chaleurs sont encore plus intenses. Selon le revêtement des
espaces publics, l’absorption ou l’augmentation de la chaleur ambiante varie. Des actions peuvent cependant être
mises en place pour remédier à ces îlots de chaleur. En outre, les espaces laissés vacants sont susceptibles d’être
recyclés et réhabilités. La rénovation des quartiers est également un des moyens de limiter l’étalement urbain et
donc de diminuer les besoins de mobilité avec des impacts sur les émissions de CO2 . Enfin, l’urbanité favorise
l’intégration des différentes populations. Les villes sont également un levier important pour répondre aux besoins
en logement, en lieu de travail, de services et de loisirs en travaillant sur les densités de logements, c’est-à-dire le
nombre de logements sur un hectare.
Les villes sont dès lors en première ligne pour atteindre les objectifs mondiaux et européens. L’ONU a mis en
évidence que "nous devons aujourd'hui saisir l'opportunité et exploiter le potentiel des villes pour réaliser un
avenir durable pour tous" (chronique de l'ONU). Les actions à mener au sein des villes pour les rendre plus durables
sont larges.
Vous allez maintenant découvrir quelques pistes pour atteindre l'objectif de l'ONU d'exploiter le potentiel des villes
pour un avenir plus durable, via :
• le recyclage foncier
• la réhabilitation des quartiers
• l’amélioration de la qualité de l’air
• les îlots de chaleur
Le recyclage foncier consiste à réhabiliter des terrains désaffectés (friches industrielles, agricoles, culturelles…)
pour leur donner une nouvelle fonction. Cela permet de limiter l’étalement urbain et de préserver les sols naturels
en réutilisant des espaces déjà artificialisés.
En juin 2023, les friches occupaient 3 207 hectares (0,22 % du territoire wallon). Elles se situent principalement
dans les anciens bassins industriels des vallées de la Meuse et de la Sambre.
Environnemental : protection des sols agricoles, de la biodiversité, lutte contre la fragmentation des paysages.
Social : renforcement de la cohésion sociale, projets collectifs, équipements communautaires.
Économique : développement de nouvelles fonctions (logements, activités économiques, loisirs).
6. Contraintes et arbitrages
Certains sites ont un intérêt historique et architectural (ex. charbonnages wallons classés à l’UNESCO).
Objectifs : conserver la mémoire, mettre en valeur le patrimoine urbain et industriel.
Conclusion
Le recyclage foncier est une solution clé pour répondre aux besoins en logement, activités économiques et
préservation de l’environnement.
Cependant, il implique des coûts élevés, des arbitrages complexes et une approche stratégique pour maximiser
ses bénéfices.
Le climat urbain désigne les conditions climatiques spécifiques aux villes, qui diffèrent des zones rurales. Les villes
modifient les vents, précipitations et températures (ex. : New Delhi crée un trou dans les nuages).
La qualité de l’air urbain est souvent plus mauvaise qu’en milieu rural à cause des émissions humaines (trafic,
industries…). 98 % des villes des pays à faibles revenus dépassent les limites de pollution de l’OMS. Bruxelles est
l’une des villes européennes les plus touchées par la pollution de l’air.
Vagues de chaleur urbaines de plus en plus fréquentes → stress thermique (incapacité du corps à réguler sa
température).
Facteurs aggravants :
• Manque de végétation (peu d’ombre, pas de rafraîchissement par évapotranspiration).
• Matériaux urbains (asphalte, béton) piégeant la chaleur.
• Îlot de chaleur urbain (ICU) : villes plus chaudes que les campagnes (jusqu’à +10°C).
Risques accrus pour les personnes vulnérables (enfants, personnes âgées, malades chroniques).
Certains quartiers subissent plus de chaleur et de pollution (ex. Bruxelles : quartiers moins riches et denses plus
touchés).
Étude Curieuzenair (2021) : pollution très variable selon l’école fréquentée par les enfants → inégalités sanitaires.
Conclusion
L’adaptation du bâti est également indispensable. Le secteur de la construction est un des plus gros émetteurs de
CO2 . Quelles sont les principales sources d’émissions de CO2 du secteur de la construction et du bâti ?
• Les fortes déperditions énergétiques. Le chauffage des bâtiments (résidentiels et tertiaires) représentait
20,2 % des émissions de CO2 en 2021, juste derrière le secteur des transports (21,5 %) ([Link])
• Les flux engendrés lors de la construction des bâtiments sont à maîtriser par l’utilisation de matériaux
biosourcés et recyclables. L’outil TOTEM permet d’évaluer les impacts environnementaux des bâtiments
et de leurs composantes tout au long de leurs cycles de vie.
Une approche alternative à la démolition du bâti jugé obsolète doit être privilégiée selon les cas de figure. Une
évaluation est nécessaire qui prend en compte tous les matériaux qui sont fabriqués en amont de la construction
et l’impact environnemental de sa démolition. Enfin les adaptations dans les usages du bâti permettent de favoriser
la sobriété énergétique tout en répondant aux conforts des habitants des bâtiments.
Au cours de cette séquence vous cernerez mieux les concepts clés qui sont régulièrement utilisés dans la pratique,
comme les concepts de "performance énergétique des bâtiments" et d' "énergie grise" consommée sur la période
du cycle de vie du bâtiment.
La production d’énergie repose encore majoritairement sur les énergies fossiles, ce qui entraîne des émissions de
CO₂.
L’analyse de cycle de vie (ACV) permet d’évaluer l’impact énergétique total d’un bâtiment, en tenant compte de
l’énergie primaire injectée dans le système.
Historiquement sous-estimée, on pensait qu’elle représentait 20 % de l’énergie totale d’un bâtiment sur 50 ans.
Avec une meilleure prise en compte, elle représente en réalité 40 % (voire 100 % pour les bâtiments passifs et zéro
énergie, qui utilisent beaucoup de matériaux isolants et de panneaux photovoltaïques).
Difficile à évaluer, car elle dépend de chaînes d’approvisionnement complexes (ex. : acier extrait en Australie,
transformé en Chine, utilisé en Belgique).
1. Rénover plutôt que construire : réutiliser un bâtiment existant consomme beaucoup moins d’énergie.
2. Réduire la taille des bâtiments : moins de surfaces = moins d’énergie grise et opérationnelle.
3. Utiliser des matériaux à faible énergie grise : éviter béton, acier, aluminium et privilégier les matériaux
biosourcés, recyclés ou réutilisés.
4. Maximiser la durabilité des matériaux pour limiter leur remplacement.
5. Concevoir des bâtiments bioclimatiques : utiliser les flux énergétiques naturels (ex. : capter la chaleur du
soleil en hiver, rafraîchir avec la ventilation naturelle).
6. Bien isoler avec des matériaux recyclables et à faible impact.
7. Adopter des systèmes de chauffage et refroidissement performants (ex. : pompes à chaleur avec fluides
peu polluants).
8. Installer des énergies renouvelables pour compenser la consommation énergétique.
L’énergie grise et l’énergie opérationnelle doivent être évaluées ensemble pour une vraie performance
énergétique.
Les professionnels du bâtiment doivent être conscients des impacts globaux de leurs choix (matériaux, conception,
systèmes énergétiques).
Une vision systémique et durable est essentielle pour réduire l’empreinte énergétique des bâtiments à long terme.
La sobriété et l’efficacité énergétique sont deux approches distinctes pour réduire la consommation d’énergie.
• L’efficacité repose sur des solutions technologiques : meilleure isolation, équipements performants,
énergies renouvelables.
• La sobriété concerne les comportements et habitudes, souvent évoquée lors des crises énergétiques
(baisser le chauffage, éteindre les lumières).
Le projet Slowheat explore comment réduire la consommation sans nuire au bien-être. Des volontaires ont diminué
leur chauffage à 15°C en privilégiant des solutions alternatives (chauffage direct du corps, vêtements adaptés) et
en redéfinissant les normes de confort. Il s’appuie sur 8 principes, incluant la liberté de chauffage, la maîtrise
consciente de la consommation et la mutualisation de la chaleur.
Le logement représente la plus grande part du bâti urbain, impactant fortement la durabilité des villes. Construire
un logement durable signifie concevoir des espaces adaptés aux besoins actuels et futurs des habitants. Cela évite
la démolition prématurée et réduit les impacts environnementaux et sociaux.
7.6 Conclusion
Néanmoins des alternatives existent et ne nécessitent pas forcément de recourir à des technologies très pointues.
Changer nos comportements ou s’appuyer sur les ressources existantes sont également des solutions possibles
pour atteindre les objectifs du développement durable. Les actions sur les espaces publics, le recyclage et les
adaptations des modes de production de la ville et des logements sont autant de leviers à activer dans le cadre de
la transition des territoires, de la ville et du bâti.