Portant au pouvoir !
Fort de ce parallèle, il est permis de croire aux dires du Capitaine Blaise
Compaoré, lorsqu’il prétend que dans la soirée du 15 Octobre 1987, il a
été
Surpris par le bruit des tirs venant de l’enceinte du Conseil de l’Entente :
- Lorsque j’ai entendu les bruits de tirs en provenance du Conseil de
l’Entente,
Me dira-t-il lors d’un tête-à-tête, deux semaines après les événements du
15
Octobre 1987, j’ai d’abord cru que c’était contre ma résidence qu’ils
étaient
Dirigés. Je me suis saisi d’une Kalachnikov, et j’ai couru au coin de la rue à
côté
Du Ministère de l’Administration Territoriale. Les gardes sont venus m’y
Chercher pour me faire réintégrer la résidence pour des raisons de
sécurité. Avec
La persistance des tirs, je suis ressorti de nouveau. C’est seulement après
que j’ai
Songé à téléphoner au Commandant Lingani afin qu’il me rejoigne à mon
Domicile. Ensemble, ne sachant pas l’origine des attaquants, nous avons
entrepris
De mettre toutes les garnisons militaires en état d’alerte. J’ai
personnellement eu
Au bout du fil, le Lieutenant Kouama Michel qui se trouvait à Kamboïnsé. Il
m’a
Demandé ce qui se passait. J’ai répondu que je n’en savais rien :
- Ça tire au Conseil de l’Entente et nous ne savons pas pourquoi et par
qui.
C’est pourquoi, il faut que toutes les troupes soient mises en état de
guerre. Il se
Peut que ce soit une attaque des forces contrerévolutionnaires. Mariam
Sankara
M’a téléphoné pour savoir ce que signifiaient ces tirs. – Je n’en sais rien, lui
ai-je
Répondu, en ajoutant qu’aussitôt que je serais fixé je la rappellerais. Ce
n’est qu’à
18h, que l’on est venu nous chercher pour nous conduire au Conseil de
l’Entente
A bord de la Peugeot 205 du P.F. Le Président était déjà mort.
Voilà la version que j’ai pu recueillir de vive-voix auprès de Blaise
Compaoré.
Je n’ai pas cru un seul mot de cette histoire à dormir debout. Mais je n’ai
rien dit.
Pouvais-je d’ailleurs objecter alors quoi que ce soit ?
La première infirmation que j’aurai et qui démontre la non véracité de ce
récit,
C’est Mariam qui me la fournira. Elle dénie catégoriquement avoir
téléphoné à
Blaise Compaoré. Pourquoi ce recours à un mensonge futile et inutile pour
le
Montage de toute l’affaire ?
Le témoignage d’un commando qui se trouvait au Conseil de l’Entente,
établit
Que Blaise Compaoré est arrivé seul. Après avoir constaté le forfait, il a
saisi le Province ! Furieux, Jean-Marc Palm proféra le soir même du
meeting, des
Menaces à l’encontre de certains militants de l’U.L.C.(R) :
- Vous venez de remporter une manche, mais vous ne perdez rien
pour
Attendre. Je peux vous garantir que c’est là-haut (à Ouagadougou) que
tout va se
Régler. Là-bas, vos chefs seront châtiés et vous vous retrouverez
orphelins, sans
Protection. A ce moment, rira bien qui rira le dernier !
2. Des occasions manquées
La commémoration de l’anniversaire du 4 Août à Bobo Dioulasso fut la
Première occasion manquée. On devait y récidiver le scénario par lequel le
Président égyptien Anouar El Sadate a trouvé la mort.
Sous prétexte d’assurer la sécurité de la manifestation, Blaise Compaoré,
Commandant de la 5ème Région militaire, avait fait descendre de P8 sur
Bobo,
Le gros de ses troupes afin d’y occuper les points stratégiques. Le danger
d’une
Agression extérieure servit de diversion. Divertir avec le «Fou» (le
Capitaine
Kamboulé réfugié en Côte d’Ivoire) pour «faire mat» avec la «Reine» (le
Capitaine Blaise Compaoré). Soupçonnant la manœuvre, le Président
Thomas
Sankara fit doubler les hommes de Pô par les hommes de Koudougou, les
Hommes du C.N.E.C. par les hommes du B.I.A., les hommes du Capitaine
Blaise
Compaoré par les hommes du Capitaine Boukary Kaboré.
Tous ceux, nationaux comme étrangers, qui étaient venus à Bobo, le 4
Août
1987, prendre part aux manifestations ont certainement ressenti le
malaise
Ambiant même s’ils étaient loin de se douter qu’un drame était en train
d’être
Déjoué.
La commémoration de l’anniversaire du Discours d’Orientation Politique
(D.O.P.), le 2 Octobre 1987, à Tenkodogo, constitua la seconde occasion
Manquée. Là, on projetait d’assassiner le Président Thomas Sankara au
cours du
Bal populaire organisé pour clôre les cérémonies commémoratives. On
devait
Mettre à profit le penchant du P.F. pour se fondre dans les masses loin de
ses
Gardes du corps et l’abattre. Grâce à l’insistance de son aide de camp, le
Capitaine Etienne Zongo, le Président quitta précipitamment le cocktail
offert
Par le Haut-Commissaire de la province, une heure avant l’ouverture du
bal, pour Notamment en Chine, en URSS, en Libye et en Côte d’Ivoire,
s’arrangeant
Toujours, lorsque c’était possible, pour faire des escales plus ou moins
prolongées
A Paris.
De retour de Moscou, il s’arrêtera à Tripoli où il gagnera le soutien de
Khadafi. Le Président Thomas Sankara avait fini par porter ombrage au
«Grand
Frère» Khadafi à cause de ses «immixtions» impromptues dans les
questions
Internationales où était impliquée la Libye (ce fut le cas pour la question
Tchadienne).
Par l’entremise de Frédéric Korsaga, Ambassadeur du Burkina Faso à
Abidjan,
Compaoré va multiplier les actes d’allégeance au «Vieux». Dans le milieu
de la
Classe politique ivoirienne, plus royaliste que le roi lui-même, l’impatience
était à
Peine contenue d’en finir enfin avec ce «dérangeant» Capitaine Thomas
Sankara.
Le «Vieux», longtemps demeuré sourd aux interpellations renouvelées de
sa
Classe politique, avait fini par donner le feu vert : «rai tout fait, dira-t-il,
pour me
Concilier le « Petit », mais en vain».
Le Veux se décrit lui-même, comme étant «un crocodile qui dort les yeux
Ouverts. Un crocodile qui se nourrit de capitaines». Il avait prononcé cette
phrase
Comme réplique aux provocations du Capitaine Pierre Ouédraogo (encore
lui),
Qui au cours d’un meeting aux portes du «Vieux» à Gnangologo (village
Frontalier) l’avait qualifié de «Vieux crocodile»…
Concernant le cas du Burkina révolutionnaire, Houphouët-Boigny avait
choisi
La tactique de la prise du château-fort de l’intérieur. Il s’arrangea pour
mettre le
Ver dans le fruit et il lui suffit d’attendre que le pourrissement s’effectuât.
Quelles
Que soient ses protestations énergiques (la quête forcenée du Prix Nobel
de la
Paix l’y oblige !), il n’est pas étranger à ce qui s’est passé à Ouagadougou
le 15
Octobre 1987 même s’il n’a peut-être pas souhaité la mort du Président
Thomas
Sankara.
Aussitôt après le 15 Octobre 1987, on raconte, que Blaise Compaoré s’est
Rendu clandestinement auprès du «Vieux» pour lui rendre compte. Celui-ci
serait
Rentré dans une violente colère contre son protégé : «Pourtant, devait-il lui
dire,
Tu m’avais assuré de son impopularité !»
7°) Amener la presse à décrier le Président Thomas Sankara et à présenter
De son vivant, le P.F. sera dénoncé pour avoir initié des mesures visant à
Rectifier le processus révolutionnaire. Mort, il sera condamné pour n’avoir
«pas
Voulu entreprendre la rectification». Comprenne qui pourra !
Les parjures oeuvreront beaucoup pour prendre le contre-pied du contenu
du
Discours de Bobo. Parvenus à leurs fins, ils en feront un acte de foi. Dans
le
Discours de Bobo, ils voulurent voir et faire voir une renonciation de la part
du
Président du C.N.R. à la lutte des classes, une apologie de la conciliation
des
Classes. Ils retournèrent le Discours d’Orientation Politique (D.O.P.) du 2
Octobre 1983 du C.N.R. contre le Président du C.N.R. Il s’en firent les
légataires
Alors qu’ils n’étaient pas encore venus à la Révolution quand le D.O.P.
traçait ses
Grandes orientations et ses fondements politiques !
L’indigent et servile pigiste du nom de Gabriel Tamini, le 31 Août 1987,
S’empara d’un passage du D.O.P. pour l’opposer à l’esprit de dialogue
préconisé
Par le Président du C.N.R. entre révolutionnaires et non révolutionnaires.
Ce
Passage indique :
«Quoi que l’on fasse, quoi que l’on dise, elles (les classes parasitaires)
Resteront toujours égales à elles-mêmes et continueront de tramer
Complots et intrigues pour la reconquête du « royaume perdu ». De ces
Nostalgiques, il ne faut point s’attendre à une reconversion de mentalité et
D’attitudes. Ils ne sont sensibles et ne comprennent que le langage de la
Lutte, la lutte des classes révolutionnaires contre les exploiteurs et
Oppresseurs des peuples. Notre révolution sera pour eux la chose la plus
Autoritaire qui soit ; elle sera un acte par lequel le peuple leur imposera sa
Volonté par tous les moyens dont il dispose et s’il le faut par les armes».
Considérant non sans pitié les thuriféraires de la trempe de Gabriel Tamini,
il
Me revient une histoire que l’on m’a conté lorsque j’étais encore petit : un
père
Donner la peine de le faire entrer chez eux, ni de le recevoir comme il se
devait.
Après tout, elle n’existait pas pour lui. Il ne venait que pour son ami : à ce
dernier
De le recevoir !
Ladite Dame Chantal Terrasson de Fougère ne ratait jamais l’occasion de
Défier le P.F. Ainsi, un jour que le P.F. dînait avec eux, elle n’avait pas craint
de
Faire venir une bouteille de champagne, de l’ouvrir et de la lui proposer.
Fidèle à
Son éthique, le Président Sankara déclina l’offre. Et elle, de déclarer
devant tous
Les convives : «Tant pis pour ceux qui se privent de champagne ! Nous,
nous y
Sommes habitués et ce n’est pas au nom d’une prétendue Révolution que
nous
Nous en priverons !»
Le P.F. accusa le coup sans dire mot.
Au nombre des griefs qu’elle nourrissait contre le P.F., il y avait le fait
qu’elle
Etait continuellement égratignée par l’Intrus(9), alors qu’on y faisait
jamais
Mention de Mariam Sankara.
Il y avait aussi le fait qu’elle s’était sentie bafouée lors de la visite officielle
du
Président français accompagné de son épouse. Le protocole d’Etat les
avait
Saisies elle et madame Zongo pour la cérémonie d’accueil. Au dernier
moment,
Le Président Thomas Sankara les avait convoquées à la Présidence, pour
leur
Signifier qu’elles devaient s’abstenir de s’y rendre : seule Mariam Sankara
devait
En être.
Et mon ami conclut :
- Il vous faut faire très attention. Cette femme est capable de
retourner Blaise
Compaoré contre vous. Quel mari à chaque fois qu’il rentre chez lui, aime
S’entendre dire : - Regarde les airs que tu te donnes ! Alors que dehors, tu
n’es
Qu’un figurant dans le décor aménagé pour la renommée d’un individu qui
a pour
Nom Thomas Sankara.
L’ami en question (devenu ministre de B. Compaoré) m’a affirmé avoir été
le
Témoin d’une scène de ce genre entre Blaise Compaoré et son épouse.
Le matin du 15 Octobre 1987, j’ai donc rapporté ces propos au Président
Thomas Sankara, lui reprochant son manque de délicatesse visà-vis de son
alter Dans la tradition initiatique, avait confié à son fils le mot-clé qu’il lui
suffisait de
Prononcer dans un corps-à-corps pour venir à bout d’un adversaire
quelconque.
Le fils vola de succès en succès, de victoire en victoire ; «Dou !», était le
mot
Magique ! Un jour, ne se contenant plus, dans le vertige de ses succès, il
entreprit
De s’essayer au père lui-même. Sitôt le corps-à-corps engagé, le fils se
hâta de
Prononcer : «Dou !». Le père répondit : «Dou-Da !». Et l’aigle toucha le
sol ! Tel est Qui adoraient en apprendre sur sa vie, mais son
Silence se révéla fructueux !
Peu de temps après, il trouva un poste à cent
Dollars par semaine et, quelques années plus
Tard, il avait triplé son salaire.
La réussite n’est pas un secret, c’est un système.
Beaucoup de gens sont confrontés au mur
Du découragement. Courage et endurance font
Partie de ce système. Les vies de toutes celles
Et ceux qui réussissent en sont la parfaite
Illustration.
C’est une expérience personnelle amusante
Qui m’en a fait prendre conscience. J’avais
Rendez-vous avec un ami au cinéma et je l’atten-
Dais près d’un jeune vendeur de programmes.
Il haranguait les passants : « Achetez le pro-
Gramme du film avec de superbes photos des
Acteurs ! » La plupart des gens l’ignoraient.
À ma grande surprise, il se tourna soudain vers
Moi et me dit : « C’est pas un boulot pour un
Mec ambitieux ! »
Puis il évoqua la réussite en ces termes : « La
Plupart des gens jettent l’éponge juste avant que
Quelque chose d’important ne leur arrive. Un
Type qui réussit n’abandonne jamais.
— La prochaine fois que je viendrai, je t’appor-
Terai un livre intitulé Le Jeu de la vie et comment
Le jouer 1
, lui répondis-je. Je pense qu’il devrait te
Plaire. »
Une ou deux semaines plus tard, je suis
Revenue avec le livre.
1. Le Jeu de la vie et comment le jouer suivi de
Votre parole est une baguette magique, Éditions J’ai lu,
2016.
15 evident