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Exécution des décisions du juge administratif

La thèse examine l'exécution des décisions du juge administratif par l'administration au Cameroun, soulignant que la soumission de l'administration au droit est essentielle dans un État de droit. Elle identifie deux formes d'exécution : l'exécution spontanée et volontaire, et l'exécution provoquée, souvent nécessaire en raison des obstacles rencontrés. L'importance de l'exécution effective des décisions judiciaires est mise en avant pour garantir l'accès à la justice et encourager les justiciables à saisir le juge administratif.

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Exécution des décisions du juge administratif

La thèse examine l'exécution des décisions du juge administratif par l'administration au Cameroun, soulignant que la soumission de l'administration au droit est essentielle dans un État de droit. Elle identifie deux formes d'exécution : l'exécution spontanée et volontaire, et l'exécution provoquée, souvent nécessaire en raison des obstacles rencontrés. L'importance de l'exécution effective des décisions judiciaires est mise en avant pour garantir l'accès à la justice et encourager les justiciables à saisir le juge administratif.

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REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

paix-travail-patrie Peace-work-fatherland

UNIVERSITE DE YAOUNDE II UNIVERSITY OF YAOUNDE II


Paix-travail-patrie
FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES FACULTY OF LAW AND POLITICAL
ET POLITIQUES SCIENCES

DEPARTEMENT DE DROIT PUBLIC DEPARTMENT OF INTERNAL

INTERNE PUBLIC LAW

L’EXECUTION PAR L’ADMINISTRATION


DES DECISIONS DU JUGE ADMINISTRATIF
EN DROIT CAMEROUNAIS

THESE DE DOCTORAT Ph.D EN DROIT PUBLIC


REDIGEE ET SOUTENUE PUBLIQUEMENT PAR :

ECHEMOT Lazare
D.E.A. en Droit Public

Sous la Direction de :

M. Magloire ONDOA
Professeur titulaire
Agrégé de Droit Public et Sciences Politiques
Doyen de la FSJP-Université de Yaoundé II – Soa
Chef de Département de Droit Public Interne

Décembre 2016
AVERTISSEMENT

L’Université de Yaoundé II n’entend donner aucune approbation ou


improbation aux idées et opinions émises dans cette thèse ; celles-ci doivent
être considérées comme propres à leur auteur.

i
DEDICACE

A ma grand-mère, Victorine NDONKOU épouse ECHEMOT, de


regrettée mémoire.

Qu’elle considère cette thèse comme étant celle qu’elle aurait rédigée, si elle avait été
envoyée à l’école par ses parents.

ii
REMERCIEMENTS
La réalisation de ce travail a nécessité la contribution de plusieurs personnes,
auxquelles je tiens à exprimer ma profonde gratitude. A défaut de pouvoir les citer tous ici,
j’adresse particulièrement mes sincères remerciements :
A Dieu tout puissant en qui je trouve sans cesse appuis et réconfort. Dans son infinie
bonté, il m’a comblé de grâces et bénédictions, en me donnant la force et le courage
nécessaires pour mener à terme ce travail.
A mon cher maître, monsieur le Pr. Magloire ONDOA qui, après avoir guidé mes
premiers pas dans la recherche, a accepté spontanément de diriger, avec sympathie, cette
thèse. Sa rigueur méthodologique, ses nombreux conseils et son soutien multidimensionnel
font de moi « un débiteur éternellement insolvable » à son égard.
Au Pr. Patrick Edgard ABANE ENGOLO pour sa constante sollicitude, son
ouverture, ses multiples conseils et ses précieuses remarques.
Au Dr. Salomon BILONG dont la prestance et l’éloquence ont inspiré en moi
l’amour et la fascination pour le droit administratif. Sa disponibilité fut constante, son soutien
moral tenace, malgré la distance.
A mes parents, Rigobert et Catherine EPANTY qui m’ont donné la vie, Raphaël et
Véronique EWECK qui m’ont élevé. En guise de reconnaissance pour les sacrifices énormes
qu’ils ont consentis pour ma réussite, j’ai beaucoup de choses à leur dire en ce moment, mais
une seule est nécessaire : merci !
A Mme Dorcas MUKWADE NGANDO, Présidente du Tribunal Administratif de
Douala, pour sa grande disponibilité, ses méticuleux éclairages et surtout son apport
documentaire incommensurable.
Aux Docteurs Lionel GUESSELE ISSEME, Jean Luc ENGOUTOU et Raphaël
ATEBA EYONG pour leurs conseils, orientations et suggestions.
A mon frère Michel EWECK ESSEMOT pour ses encouragements et son
exhortation répétés, ainsi que pour toutes ses œuvres bienheureuses à mon égard.
Aux familles EPANTY et EWECK pour leurs soutiens multiformes.
A mes camarades de promotion et à tous ceux qui, de près ou de loin, n’ont ménagé
aucun effort pour la réalisation de ce travail.

iii
LES PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS
Al. : Alinéa.
ACDI : Annuaire Colombien de Droit International.
AFDI : Annuaire Français de Droit International.
AJDA : Actualité juridique, Droit Administratif.
Art. : Article.
CAA : Cour Administrative d’Appel.
CCA : Conseil du Contentieux Administratif.
CE : Conseil d’Etat.
CEDH : Cour Européenne des Droits de l’Homme.
CFJ/AP : Cour Fédérale de Justice, Assemblée Plénière.
CFJ/SCAY : Cour Fédérale de Justice, Section du Contentieux Administratif de Yaoundé.
CJA : Code de Justice Administrative.
CJCE : Cour de Justice des Communautés Européennes.
C.N.D.H.L. : Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés.
Coll. : Collection.
Concl. : Conclusion.
CS/AP : Cour Suprême, Assemblée Plénière.
CS/CA : Cour Suprême, Chambre Administrative.
D.E.A. : Diplôme d’Etudes Approfondies.
éd. : édition.
EDCE : Etudes et Documents du Conseil d’Etat.
ENAM : Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature.
ERSUMA : Ecole Régionale Supérieure de la Magistrature de l’OHADA.
FDSE/UY : Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l’Université de Yaoundé.
FSJP/UY II : Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Yaoundé II.
GAJA : Grands Arrêts de la Jurisprudence Administrative.
Ibid. : (Ibidem) Même document, même endroit indiqué dans la précédente note.
Idem : Même document que celui précédemment indiqué, mais page différente.
LGDJ : Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence.
NEA : Nouvelles Editions Africaines.
N° : Numéro.

iv
OHADA : Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires.
Op. cit. : (Opus citatum) Document déjà cité.
P. (PP) : Page(s).
PUF : Presse Universitaire de France.
RASJ : Revue Africaine des Sciences Juridiques.
RBDI : Revue Belge de Droit International.
RCD : Revue Camerounaise de Droit.
RDP : Revue de Droit Public et de Science Politique.
Rec. CEDH : Recueil des Arrêts de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
Rec. / Rec. CE : Recueil Lebon / Les tables du Recueil des décisions du Conseil d'Etat.
Rec. Cons. Const : Recueil des décisions du Conseil Constitutionnel.
RTDH : Revue Trimestrielle des Droits de l’Homme.
RFDA : Revue Française de Droit Administratif.
RGP : Recours Gracieux Préalable.
RIDC : Revue Internationale de Droit Comparé.
RJPIC : Revue Juridique et Politique, Indépendance et Coopération.
S. : Recueil Sirey.
SGFPE : Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat.
SS. : Suivant.
T. : Tome.
TA : Tribunal Administratif.
TE : Tribunal d’Etat.
TGI : Tribunal de Grande Instance.
TPI : Tribunal de Première Instance.
V. : Voir.
Vol. : Volume.

v
RESUME
La soumission de l’administration au droit est perçue, à juste titre d’ailleurs, comme
étant la caractéristique majeure d’un Etat de droit. Cette soumission suppose, a priori, que les
actes de l’administration, aussi bien juridiques que matériels, soient conformes aux normes en
vigueur dans l’Etat. C’est dans cet esprit que la juridiction administrative a été instituée en
son temps, avec pour principale mission de veiller au respect de la légalité républicaine par
l’administration. Dans cette optique, le juge administratif, dans son office, est appelé à rendre
des décisions qui s’imposent bien sûr à tous, mais d’abord et avant tout à l’administration.
Cependant, au regard des prérogatives et privilèges dont dispose cette dernière, l’exécution
des décisions de justice, rendue contre elle, fait désormais partie des obstacles majeurs
auxquels se heurte le bon déroulement de la procédure administrative contentieuse.

En effet, si tant est vrai qu’il est interdit au juge administratif d’adresser des
injonctions à l’administration active, il est tout aussi établi qu’on ne peut exercer des voies
d’exécution forcées de droit commun contre elle, ce d’autant plus que, disposant de la force
publique, il est quasiment inimaginable que celle-ci puisse en faire usage contre elle-même.
Finalement, l’on a l’impression que l’exécution des décisions de justice, par la puissance
publique, est laissée à son bon vouloir, d’où la question de savoir quelles sont les formes
d’exécution des décisions du juge administratif par l’administration publique camerounaise ?

La réponse à cette problématique nous amène à affirmer, sans ambages, qu’il existe
deux principales formes d’exécution desdites décisions par l’administration publique. Il s’agit,
d’une part, de l’exécution spontanée et volontaire, qui se fait dans le strict respect de la
procédure prévue à cet effet, même si quelquefois, cette spontanéité achoppe sur un certains
nombres d’obstacles. Il s’agit, d’autre part, de l’exécution provoquée, parce que obtenue à la
suite d’une incitation ou d’une contrainte imposée à l’administration, notamment par le
truchement des mécanismes tant juridictionnels que non juridictionnels.

En tout état de cause, les décisions du juge administratif n’ont de valeur que si elles
sont effectivement exécutées par l’administration, sinon elles ne procureraient qu’une
satisfaction purement platonique aux requérants. C’est même l’assurance de cette exécution
qui peut galvaniser les potentiels justiciables et garantir leur accès devant le prétoire du juge
administratif. Autrement dit, seule la certitude de l’exécution de la décision à intervenir
pourra les encourager à saisir ce dernier en cas de litige.

vi
ABSTRACT
The submission of the administration to the law is seen rightly, as the major
characteristic of the rule of law. This submission’s priority assumption is that the
administrative acts, both legal and physical, should comply with the norms applicable in the
state. It is with this spirit that the administrative court was established in the days, with the
principal mission to ensure compliance of the republican legality by the administration. In this
context, the administrative judge, in his office, is called upon to take decisions first and
foremost necessary to the administration and then of course to everyone. However, in view of
the prerogatives and privileges available to the former, the execution of court decisions made
against him is now one of the major obstacles confronting the smooth running of the
administrative litigation.

In fact, if it is true that the administrative judge is forbidden to issue summons to the
active administration, it is also well known that we may not exercise the forced enforcement
proceedings against it, even more than with the public force that he has at one’s disposal, it is
almost unbelievable that it could make use of it against itself. Finally, one has the impression
that the execution of court decisions by the administration is left to his goodwill, hence the
question of what are the forms of the execution of the decisions of the administrative judge by
the Cameroonian public administration.

The answer to this problem leads us to say unequivocally that, they are two principal
forms of the execution of those decisions by the public administration. On one hand, it is a
spontaneous and voluntary execution, which is done in strict accordance with the procedure
provided for that purpose, even if that spontaneity sometimes stumbles on a certain number of
obstacles. On the other hand, it is a performance caused, because it can be obtained by the
incitement or coercion of the administration, notably through the jurisdictional or non-
jurisdictional mechanism.

In any case, the administrative judge's decisions are only valuable if they are actually
executed by the administration; otherwise, they would provide a purely platonic satisfaction to
applicants. It is even the reassurance of this execution, which can galvanize potential litigants
and ensure their access to the courtroom of the administrative judge. In other words, only the
certainty of the execution of the decision to intervene will encourage them to request the court
for a ruling in a case of dispute.

vii
SOMMAIRE
INTRODUCTION GENERALE…………………………………………………………..… 1

PREMIERE PARTIE : L’EXECUTION SPONTANEE……..…………………….…… 43

TITRE I : LA PROCEDURE D’EXECUTION………………………..……...………….…. 46

CHAPITRE 1 : LES FORMALITES PREALABLES A L’EXECUTION………………… 49

CHAPITRE 2 : LA MATERIALISATION DE L’EXECUTION…..……………………… 85

TITRE II : LES ENTRAVES A L’EXECUTION SPONTANEE………………………… 116

CHAPITRE 1 : LES ENTRAVES IMPUTABLES A L’ADMINISTRATION…..……… 119

CHAPITRE 2 : LES ENTRAVES EXTERIEURES A L’ADMINISTRATION………….. 166

SECONDE PARTIE : L’EXECUTION PROVOQUEE…....………………..………… 223

TITRE 1 : LES MECANISMES JURIDICTIONNELS…………………………………… 227

CHAPITRE 1 : LE RECOURS AU JUGE ADMINISTRATIF…………………………… 229

CHAPITRE 2 : LA MISE EN JEU DE LA RESPONSABILITE DES AUTEURS DE


L’INEXECUTION…………………………….…………………………………………… 309

TITRE 2 : LES MECANISMES NON JURIDICTIONNELS……………..……………… 340

CHAPITRE 1 : LES TECHNIQUES DE COLLABORATION……..………………….… 342

CHAPITRE 2 : LES TECHNIQUES DE COERCITION………………………………… 373

CONCLUSION GENERALE……………………………………………………………… 397

BIBLIOGRAPHIE GENERALE ……………………………………………….….……… 404

TABLE DES MATIERES……………………………………………………….....……… 427

viii
INTRODUCTION GENERALE

1
Le constat est d’évidence et la plupart des auteurs n’ont pas manqué de le relever :
l'exécution des décisions juridictionnelles a longtemps constitué le talon d'Achille de la justice
administrative, aussi bien au Cameroun comme partout ailleurs dans le monde ; la décision de
justice étant elle-même une solution donnée à un différend opposant deux ou plusieurs
personnes. En effet, toute vie en société entraîne inéluctablement des contestations et ce, pour
diverses raisons. Le phénomène n’est pas spécifique à un pays exclusivement de tout autre.
Là où il y a une administration, il y a évidemment des hommes et là où il y a des hommes, il y
a nécessairement des querelles, des disputes, bref, tout ce qui, depuis la nuit des temps, a
conduit à imaginer des règles de conduite obligatoires pour tous les membres de la société, y
compris les personnes morales de droit public, sous peine de sanctions contre eux.

Parlant justement de l’opportunité de ces règles de conduite, M. Mohammed Amine


BENABDALLAH nous rapporte les propos de ce sage professeur, aujourd’hui disparu, de la
faculté de droit de Rabat qui, cherchant à inculquer à ses jeunes élèves, frais émoulus des
bancs du lycée, la valeur et l’utilité de la règle juridique, leur disait avec un humour qui lui
était coutumier : « Heureusement qu’il existe des individus crapuleux sur terre, autrement
on aurait jamais étudié le droit ! » 1.

Ainsi, les relations qui existent entre l’administration et les administrés suscitent très
souvent des mécontentements, dus notamment au fait que l'activité administrative en vient
parfois à transcender les règles juridiques qui la gouvernent et crée, ce faisant, des litiges
nécessitant l’intervention d’une tierce personne pour les résoudre. Dans les sociétés
organisées, cette personne c’est le juge qui, selon MONTESQUIEU, est « la bouche qui
prononce les paroles de la loi »2. Il peut être national (de l’ordre judiciaire, administratif, des
comptes), communautaire ou international.

La fonction de juger apparaît alors comme une nécessité car, il faut une personne
respectée pour son autorité ou en raison des pouvoirs qu’elle tient de la loi pour se prononcer
sur les prétentions en conflit et déclarer publiquement laquelle de celles-ci est justifiée. En
d’autres termes, il faut, en cas d’affrontement des prétentions, qu’un juge intervienne pour
dire le droit. Cette fonction est d’autant plus nécessaire que toute société civilisée repose sur
le postulat fondamental qui veut que nul ne se fasse justice soi-même, au risque de vivre dans
le désordre et l’anarchie, ferments de la destruction de ladite société.

1
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », REMALD, n°25,
1998, P.9.
2
MONTESQUIEU, DE l’esprit des lois, livre II, chapitre 6, « De la constitution en Angleterre ».

2
Quoi qu’il en soit, la crédibilité des décisions de celui qui a reçu l’onction pour
trancher les litiges est largement tributaire des caractères qu’il se doit de revêtir pour pouvoir
rendre une bonne justice. On peut citer, entre autres qualités exigées de lui, l’impartialité, la
neutralité et l’indépendance.

L’impartialité est une notion aussi ancienne que l’est l’idée même de justice3. Elle
suppose que le juge saisi d’un litige n’ait aucun parti pris tout au long de son office. A ce
sujet, il y a lieu de se souvenir qu’à l’occasion du procès du surintendant Fouquet, Louis XIV,
qui souhaitait que ce dernier soit condamné à mort, s’est vu répondre par Olivier d’Ormesson,
rapporteur dans l’affaire : « Sire, la Cour rend des arrêts, non des services. ». Cette anecdote,
rapportée par Laure GARRIAUX4, témoigne de l’historicité de la nécessité d’avoir, au sein
des juridictions, un juge impartial ; le juste juge, objectif, indifférent et, dans une certaine
mesure, inexpressif. Le caractère équitable du procès est désormais étendu matériellement et
temporellement jusqu'à l'exécution effective de la décision rendue à la suite d'une procédure
elle-même équitable5.

Pour sa part, la notion de neutralité implique l’idée d’une absence d’influences


quelconques. Vu sous cet angle, est neutre toute personne qui se départit de toutes
contingences extérieures, quelles qu’elles soient. Ainsi, l’exercice de la fonction de juger
exige de nombreuses qualités, des connaissances techniques et pratiques, certes, mais aussi la
connaissance des hommes, l’aptitude à comprendre leurs problèmes et par-dessus tout des
qualités personnelles de sagesse, de bon sens et d’objectivité6.

Quant à l’indépendance, elle renvoie à la qualité d’un juge qui n’est subordonné à
aucun pouvoir, à aucun individu, fut-il son supérieur hiérarchique. Il doit donc s’affranchir de
toutes pressions. Toutefois, le juge étant un citoyen à part entière, rien de ce qui concerne la
vie en société ne devrait le laisser indifférent. Mais la conception universelle de la justice,
dont l’indépendance constitue l’un des fondements majeurs dans un Etat de droit, suppose
naturellement la liberté de ce dernier vis-à-vis de lui-même, de ses proches et vis-à-vis du

3
HUL (S.), « Le juge administratif et l’impartialité : actualité d’un principe ancien », AJDA, 2004, P. 2169.
4
GARRIAUX (L.), Exposé sur « L’impartialité du juge administratif », séminaire de droit administratif organisé
dans le cadre de la formation en master II recherche de droit public approfondi, promotion 2007/2008-Georges
VEDEL, Université de Paris II, Association M2DPA, 2008, P.2.
5
CEDH, 19 mars 1997, Hornsby c/ Grèce.
6
BEL (J.), « Le règne du droit et le règne du juge : vers une interprétation substantielle de l’Etat de droit » in
Etat de droit, Mélanges en l’honneur de Guy BRAIBANT, Paris, Dalloz, 1996, PP.15-28.

3
pouvoir sous toutes ses formes, bien que, comme tout être humain, il soit issu d’un milieu
social déterminé dont il est une émanation7.

En fin de compte, la « puissance de juger »8, incarnée par le juge, demeurerait


théorique si ce dernier ne revêtait pas les qualités d’indépendance, de neutralité et
d’impartialité, trois vertus sans lesquelles il n’y a point de justice authentique9. Ces trois
notions, d’ailleurs très proches, ne doivent cependant pas être confondues. Elles sont
interdépendantes, sans pour autant être synonymes. L’indépendance est un préalable à
l’impartialité. On ne peut, en effet, être impartial si, déjà, on n’est pas indépendant. La notion
d’impartialité commande elle même celle de neutralité.

Ces exigences sont posées par l’article 6-1 de la Convention Européenne de


sauvegarde des Droits de l’Homme et des libertés fondamentales10. En effet, cette convention
proclame le droit de chacun à ce que sa cause soit entendue par un tribunal indépendant et
impartial. Un tel Tribunal fera triompher le droit, voire l’équité et ses décisions s’imposeront
incontestablement à toutes les parties, bien évidemment après avoir été au préalable revêtues
de l’autorité de la chose jugée.

L’autorité de la chose jugée signifie que la décision rendue par le juge ne peut, et ne
doit plus être remise en cause. Cette autorité ne s’attache en principe qu’aux décisions
définitives ayant statuées sur le fond11. Sa portée devant les juridictions administratives est
parfois absolue, notamment dans l’hypothèse d’une décision d’annulation prononcée à la suite
d’un recours pour excès de pouvoir. Mais très souvent, l’autorité dont s’agit n’est que relative.
Aussi, pour qu’elle puisse avoir son plein effet, il faut que soit réunie une triple identité des
parties, d’objet et de cause. Le juge administratif camerounais a d’ailleurs eu l’occasion
d’insister sur cette exigence dans bon nombre de ses décisions12.

7
L’indépendance de la justice, Actes du deuxième congrès de l’Association des Hautes juridictions de cassation
des pays ayant en partage l’usage du français (AHJUCAF), Dakar, 7 et 8 novembre 2007, P.26.
8
MONTESQUIEU, DE l’esprit des lois, livre II, chapitre 66.
9
DOUI WAWAYE (A. J.), La sécurité, la fondation de l'Etat centrafricain : contribution à la recherche de l'Etat de
droit, Thèse de Doctorat en droit public, Université de Bourgogne, mars 2012, P.294.
10
Cet article dispose : « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement
et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi ».
11
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°8, P.127.
12
A titre illustratif, nous pouvons citer les décisions suivantes : CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968,
EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat du Cameroun ; CFJ/CAY, Arrêt n°104/CFJ/CAY du 27 janvier
1970, TCHOUMBA NGOUANKEU Isaac contre Etat fédéré du Cameroun Oriental ; jugement n°31/CS/CA du 28
septembre 1978, NDOUGSA Bernard contre Etat du Cameroun…

4
La condition relative à l’identité des parties signifie tout simplement que l’autorité de
la chose jugée n’est opposable qu’à ceux qui ont été partie à l’instance au terme de laquelle la
décision a été rendue. Elles ne peuvent donc plus, en la même qualité, se présenter devant le
juge pour le même différend. L’identité d’objet quant à elle fait interdiction aux parties de
soumettre au juge un litige déjà tranché. Autrement dit, toute demande tendant à procurer à
son auteur le même avantage que celui dont il aurait bénéficié suite à l’admission d’une
précédente demande déjà écartée par le juge est irrecevable13. En ce qui concerne l’identité de
cause, elle sous-entend que le juge ne peut être saisi d’une seconde demande opposant les
mêmes parties, agissant en la même cause et portant sur le même objet.

Une fois qu’une décision a acquit l’autorité de la chose jugée et est, ce faisant,
devenue définitive, les parties ont l’obligation de passer à l’étape suivante qui est celle de son
exécution. Le problème ne se pose pratiquement pas lorsqu’il s’agit d’exécuter les arrêts et
jugements rendus par le juge judiciaire. Très souvent en effet, ceux-ci sont relatifs aux litiges
nés des relations entre les personnes privées, physiques ou morales. L’Etat peut alors faire
usage des voies d’exécution forcée de droit commun comme moyen de coercition à toutes
velléités d’inexécution. Le nœud gordien réside plutôt dans l’exécution, par l’administration,
des décisions rendues par le juge administratif, juge par excellence de l’administration et des
actes administratifs.

L’évocation de cette difficulté nous conduit inéluctablement vers la définition du cadre


de la présente étude (I). Aussi devra-t-on présenter l’objet de l’étude (II), ainsi que son intérêt
et la méthode de recherche (III).

I- LE CADRE DE L’ETUDE

Le sujet sur lequel nous avons opté mener des recherches n’est certainement pas un
choix ex nihilo. Il s’avère donc logique que nous puissions, in limine litis, donner les raisons
de cette préférence en présentant le contexte de l’étude (A). Pour faire bonne mesure et œuvre
utile par la suite, ce sujet devra être explicitement délimité (B), ceci dans le but d’éviter que
nous ne fassions de la navigation à vue.

13
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.127.

5
A- LE CONTEXTE DE L’ETUDE

Partant du sacrosaint principe de la séparation des autorités administratives et


judiciaires, ainsi que de l’interdiction faite au juge administratif d’adresser des injonctions à
l’administration active, le problème de l’exécution, par l’administration, des décisions rendues
par ce juge spécial se pose davantage avec acuité. Car, si la partie privée n’exécute pas une
ordonnance, un jugement ou un arrêt, l’administration peut l’y obliger par les moyens de
coercition dont elle dispose. En revanche, la partie privée ne peut utiliser de tels moyens
contre l’administration récalcitrante14.

Cette difficulté est d’autant plus criarde que l’axiome selon lequel les personnes
publiques ne peuvent, sous aucun prétexte, faire l’objet des voies d’exécution forcée de droit
commun15, semble réellement encré dans les mœurs de l’action administrative. Lorsque le
juge administratif est saisi d’un litige, le problème n'est pas souvent pour les victimes
d'obtenir la condamnation de l'administration. Autrement dit, ce n'est pas le plus difficile à
obtenir. La véritable difficulté réside généralement dans l'exécution de la décision rendue16.

En effet, si l’administration refuse de s’exécuter, comment peut-on l’amener à agir ?


Plus prosaïquement, comment obtenir de celui qui dispose du monopole de la force et de la
contrainte que la décision de justice le condamnant soit exécutée ? On retrouve donc ici, sur
un plan beaucoup plus technique, tous les débats inhérents à la problématique de l’Etat de
droit, à la soumission de la puissance souveraine au droit et aux propres règles qu’elle s’est
librement fixée17.

Pourtant, l’institution de la juridiction administrative est apparue en son temps comme


l’une des conditions de l’avènement d’un véritable Etat de droit, c’est-à-dire un Etat qui met
l’accent sur la protection des droits des administrés dans leurs rapports avec une
administration bénéficiant des privilèges exorbitants de droit commun. De ce fait, au fur et à
mesure qu’évolue la conscience de l’Etat de droit, les exigences d’une protection effective des

14
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, Thèse de Doctorat en droit
public, Université Jean Moulin Lyon III, septembre 2011, P.228.
15
Cette interdiction est expressément consacrée par l’article 30 de l’Acte Uniforme OHADA n°6 portant
organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution.
16
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun : essai sur l'évolution des libertés
publiques en droit camerounais, Thèse de Doctorat en droit public, Université Jean Moulin-Lyon 3, faculté de
droit, 1999, Volume 1, P.253.
17 ème
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, 9 édition, Paris, LGDJ, Collection Domat-Droit public, 2014,
P.522.

6
droits et libertés individuelles et collectives deviennent de plus en plus rigoureuses 18. Il va
sans dire que l’institution de l’ordre juridictionnel administratif, constitutionnellement et
légalement érigée en garant incontournable du respect de la légalité républicaine, ainsi que de
l’effectivité de l’Etat de droit, ne saurait échapper à la remise en question et à la
disqualification, latente ou manifeste, dont il fait de plus en plus fréquemment et radicalement
l’objet19.

Création de la doctrine juridique allemande dans la seconde moitié du XIXème siècle, le


concept d'Etat de droit a subi, au fil des ans et au contact des faits, plusieurs évolutions avant
de connaître l'universalité qui le caractérise aujourd'hui20. L’Etat de droit s’identifiait à une
structure juridique hiérarchisée de lois générales, impersonnelles et égales pour tous 21. En
cela, l’Etat de droit était différent de l’Etat de police, considéré comme un gouvernement
d’hommes et non de lois, régie par des ordres personnels et arbitraires. Il se distinguait
également de l’Etat légal bâti autour du dogme de la suprématie de la loi qui est en réalité la
seule véritable source du droit22. Etabli simplement et uniquement dans l’intérêt et pour la
sauvegarde des citoyens, il ne tend qu’à assurer la protection de leur droit ou de leur statut
individuel.

Un tel Etat est donc sous-tendu par la thématique de la soumission de l’Etat au droit.
C’est un Etat qui se soumet lui-même au droit tel qu’il est édicté. Et le droit peut-être édicté,
dans le cadre des organes de l’Etat, par l’exécutif et on parlera de règlement (décret, arrêté,
circulaire…) ou par le législatif à travers la loi, perçue comme étant l’expression de la volonté
générale qui ne saurait être oppressive. Mais le droit peut également être dit par le juge, étant
donné que ce dernier exerce une fonction juridictionnelle. En effet, de par son pouvoir
d’interprétation, il vient compléter le droit tel qu’il a été édicté par les autres organes. Il crée,
pour ainsi dire, le droit. C’est la manifestation de son pouvoir prétorien.

18
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone : contribution à l’étude de la réception
des droits étrangers en droit interne », RJPIC, n°3, 2002, P.313.
19
BRETON (J.-M.), « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de l’administration », Afrilex, n°3,
2003, P.69.
20
OULD BOUBOUTT (A. S.), « La construction de l'Etat de droit en Mauritanie : enjeux, stratégies, parcours »,
Annuaire de l'Afrique du Nord, Tome XXXIV, 1995, CNRS Editions, P.301.
21
KANKEU (J.), Droit constitutionnel, T.1, théorie générale, éd. huit, Presses Universitaires de Dschang, 2003,
P.23 et 24.
22
FAVOREU (L.), GAÏA (P.), GHEVONTIAN (R.), MESTRE (J.-L.), PFERSMANN OTTO, ROUX (A.), SCOFFONI (G.),
ème
Droit constitutionnel, Précis Dalloz, 7 édition, paris, 2004, P.23.

7
L’Etat de droit trouve son principe, sa détermination et sa fin dans l’individu concret,
que M. Dominique COLAS appelle encore l’«animal civique »23. Il ne renvoie pas à la
subordination de l’Etat à une norme supra constitutionnelle quelconque. Cette limitation de la
toute puissance de l’Etat ne se conçoit qu’au profit de l’individu, dont le statut trouve sa
garantie dans le droit, en même temps qu’il est posé face et, s’il le faut, contre l’Etat. C’est
donc une dynamique, voire un enjeu, comme la démocratie.

Toujours en conflit avec l’état de police et l’état d’administration24, connaissant des


avancées et subissant des reculs, menacé par la particularité des intérêts, il n’est pas achevé et
sa recherche est interminable. Il peut servir d’alibi aux puissants ou d’idéologie aux faibles,
mais il est également un instrument de critique qui soumet la société à un crible juridique et
éthique, en même temps qu’il s’affirme comme un principe pouvant guider pratiquement une
entreprise de modernisation de l’Etat.

Dans un Etat de droit aux caractéristiques renouvelées, le juge administratif a pour


principal objectif, la poursuite de son œuvre de garant de la légalité de l’action
administrative25. Si tant est vrai que l’Etat de droit ne peut être déterminé de manière
générique pour tous les Etats, il existe tout au moins un standard d’Etat de droit auquel les
Etats, dans leur singularité, sont tenus de se conformer pour être ainsi désignés26. Dès lors, au-
delà de la soumission au droit, l’Etat de droit, affirme le Doyen Maurice KAMTO, « est
indissociable de toute idée de protection des droits et libertés »27. La perspective d’ailleurs
tracée par le philosophe Marc-Aurèle28 voudrait que le monde soit comme une cité régie par
le principe selon lequel le gouvernement démocratique repose sur l’égalité de tous dans la loi
et l’égal accès de tous à la parole. N’est-ce pas la vocation de l’Etat de droit que d’assurer
l’effectivité de cette ambition ?

23
COLAS (D.), L’Etat de Droit : travaux de la mission sur la modernisation de l’Etat, Paris, PUF, collection
Questions, 1987, [Link].
24
Ibid.
25
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, Thèse de Doctorat en
droit public, Université de Paris II Panthéon-Assas, mai 1981, P.19.
26
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire : Essai sur les fondements du constitutionnalisme dans les Etats
d’Afrique noire francophone, Paris, LGDJ, 1987, P.51.
27
Ibid.
28
Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, trad. par Mario Meunier, Paris, Garnier-Flammarion, 1964, livre
premier, P.14.

8
Cependant, la méfiance à l’égard du gouvernement des juges29, aujourd’hui perçu
comme étant l’une des formes de l’arbitraire30, a peut-être longtemps entravée les progrès de
l’Etat de droit31. A ce sujet, évoquant ce qu’il a lui-même appelé les « vrais et curieux
paradoxes de la justice »32, M. Alexis DIPANDA MOUELLE, parlait de la « revendication
d’un juge omniprésent, mais paradoxalement crainte du gouvernement des juges et du
gouvernement sans juges ; souhait d’un juge libre, fort et indépendant mais refus d’un vrai
pouvoir judiciaire » 33. Le doute est en effet né des interrogations du genre « qui juge les
juges ? Qui garde les gardiens ? ». Ces questions ne devraient pourtant pas être posées, tout au
moins de cette manière ! Ceci pour la simple raison qu’entendu au sens le plus courant, la
théorie de l’Etat de droit veut dire, d’une part, que l’administration est liée par la règle
juridique et, d’autre part, que l’effectivité de ce lien est vérifiée a posteriori et, s’il y a lieu,
par l’intervention du juge34.

Etat dans lequel l’autorité ne s’exerce pas arbitrairement, l’Etat de droit exige de
l’administration une soumission totale au droit et veille, par conséquent, à ce que chaque acte
de ladite administration soit conforme à l’ensemble des normes hiérarchisées dont se compose
l’ordre juridique. Vu sous cet angle, le principe de la légalité est alors perçu comme la
traduction la plus immédiate des exigences de l’Etat de droit35. Le principe de l'Etat de droit
induit l'existence des juridictions compétentes pour trancher les conflits entre les différentes
personnes juridiques, en appliquant à la fois le principe de légalité, qui découle des exigences
de la hiérarchie des normes, et le principe d'égalité, qui s'oppose à tout traitement différencié
des personnes juridiques.

Le principe de la légalité, caractéristique majeur de l’Etat de droit, implique que


l’administration doit, non seulement se conformer à l’objectif de l’intérêt général, mais aussi
et surtout respecter le corpus normatif établi pour encadrer son action. Dans ce cadre, les
29
COHEN-TANUGI (L.), Le droit sans l’Etat : sur la démocratie en France et en Amérique, Paris, PUF, collection
Recherches Politiques, 1985, P.86.
30
OSPINA GARZON (A. F.), L’activité contentieuse de l’administration en droit français et colombien, Thèse de
Doctorat en droit public, cotutelle Université de Paris II Panthéon-Assas et Université Externado de Colombia,
juin 2012, P.292.
31
BARRET-KRIEGEL (B.), « L’Etat et le droit » in Dominique COLAS (sous la direction de…), L’Etat de Droit :
travaux de la mission sur la modernisation de l’Etat, Paris, PUF, collection Questions, 1987, [Link].
32
DIPANDA MOUELLE (A.), Allocution prononcée en sa qualité de Premier Président de la Cour Suprême du
Cameroun, à l’occasion de l’audience solennelle de rentrée de ladite Cour pour l’année judiciaire 2010,
Yaoundé, le 25 février 2010, P. 4, inédit.
33
Ibid.
34
AUTIN (J.-L.), « Illusions et vertus de l’Etat de droit administratif » in Dominique COLAS (sous la direction
de…), L’Etat de Droit…, [Link]., P.146.
35 ème
LOCHAK (D.), La justice administrative, 2 éd., Paris, Montchrestien, 1994, P.111.

9
décisions de justice sont considérées comme un élément constitutif de ce corpus normatif,
surtout en matière de droit administratif qui est, par nature, un droit essentiellement
jurisprudentiel. Pendant que certains prédisent le déclin du contentieux administratif, le juge,
au contraire, étend son contrôle pour éviter le développement de l’arbitraire administratif36.

Le système établi par l’Etat de droit implique l'existence d'une séparation des pouvoirs
et d'une justice indépendante. En effet, la Justice faisant partie des grandes institutions de
l'Etat, seule son indépendance à l'égard des pouvoirs législatif et exécutif, est de nature à
garantir son impartialité dans l'application des normes juridiques. Elle est, de ce fait, l’arbitre
dans un Etat de droit digne de ce nom. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certaines
constitutions37 lui ont confié le rôle de gardienne des libertés individuelles et collectives. Il
découle de ces principes constitutionnels que les décisions de justice doivent s’imposer à tous.

L’avènement d’un tel Etat entraine ipso facto la reconnaissance, au profit des
administrés, d’un certains nombre de droits, lesquels s’imposent comme la condition sine qua
non de son existence. Il s’agit notamment du droit des personnes à la protection
juridictionnelle et corrélativement le droit d’exercer un recours juridictionnel. La jouissance
d’un tel droit suppose que les administrés puissent bénéficier d’un procès équitable et que les
décisions qui en sont issues soient réellement exécutées afin de garantir l’effectivité des arrêts
et jugements.

En effet, le sort réservé aux décisions juridictionnelles conditionne la réalité du droit


d’accès au prétoire du juge administratif. Et selon le Pr. Bernard-Raymond GUIMDO
DONGMO, « le droit au juge serait non seulement la possibilité de saisir le juge, mais aussi
celle d’obtenir un jugement et d’exiger l’exécution de la décision »38. L’efficacité de ce droit
implique prioritairement le droit à une justice rapide, sans pour autant être expéditive ; bref,
une justice rendue dans des délais raisonnables. Elle suppose, à parité, que les jugements
rendus soient dotés d’un effet spécifique et qu’un droit à l’exécution desdites décisions de
justice puisse être reconnu, quelles qu’en soient les modalités. La durée raisonnable de la
procédure, tout comme le caractère opérant de l’exécution des décisions de justice en matière

36
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.18.
37
V. à ce sujet l’art. 66 de la constitution française, l’art. 125 de la Constitution du Burkina Faso et l’art. 113
alinéa 3 de la Constitution du Togo qui dispose que « le pouvoir judiciaire est garant des libertés individuelles et
des droits fondamentaux des citoyens ».
38
GUIMDO DONGMO (B.-R.), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun : contribution à l’étude
ème ème
d’un droit fondamental », Revue de la recherche juridique-droit prospectif, 33 année, 121 numéro, Presse
Universitaires d’Aix-Marseille (P.U.A.M.), 2008-1, P.454.

10
administrative sont donc des composantes du droit à un procès équitable39 fondé sur l’article 6
de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), consacrée d’ailleurs par la
Cour Européenne des Droits de l’Homme, notamment dans ses arrêts PRETTO contre Italie et
HORNSBY contre Grèce40.

Dans ce dernier arrêt, la Cour Européenne des droits de l’homme a été, on ne peut
plus, claire en décidant que « le droit d’accès à un tribunal serait illusoire si l’ordre juridique
interne d’un Etat contractant permettait qu’une décision judiciaire définitive et obligatoire
reste inopérante au détriment d’une partie (…). L’exécution d’un jugement ou arrêt, de
quelque juridiction que ce soit, doit donc être considérée comme faisant partie intégrante du
procès au sens de l’article 6(2) ». Ce faisant, la juridiction communautaire a de la sorte
étendu le principe du droit à un procès équitable à l’obligation, pour l’administration,
d’exécuter les jugements41, a fortiori, dit la Cour de Strasbourg, « dans le contexte du
contentieux administratif ».

A cet égard, ladite Cour a jugé que le droit de tout justiciable à un procès équitable
consacre le principe fondamental de la prééminence du droit dans une société démocratique et
constitue l’épine dorsale des activités judiciaires dans un état de droit. Une bonne
administration de la justice est, dès lors, fondée sur des principes fondamentaux qui incluent
l’accès à la justice (possibilité de saisine) et le procès équitable (qui signifie le droit de se faire
entendre et d’obtenir une décision d’un juge ou d’un tribunal indépendant et impartial), le
droit d’exercer un recours contre la décision ou de la faire exécuter, le tout dans un délai
raisonnable tel qu’indiqué ci-dessus. Le droit à un procès équitable suppose le droit à
l’exécution des décisions de justice dès lors qu’elles sont définitives et obligatoire, sinon
l’article 6 de la CEDH suscité serait privé de tout effet utile, si tant est que l’inexécution
desdites décisions crée à n’en point douter une situation de non droit qui conduit
inéluctablement à l’arbitraire.

Par principe, l’administration est tenue d’exécuter les décisions rendues par le juge
administratif lorsqu’elles sont définitives et revêtues de l’autorité de la chose jugée. Il s’agit là
d’un impératif qui trouve sa raison d’être dans le fait que la décision de justice, quand bien

39
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », RFDA, 2008, P.234.
40
V. CEDH, 08 décembre 1983, Pretto contre Italie ; CEDH, 19 mars 1997, Hornsby contre Grèce, Rec. CEDH
1997, I, P.495.
41 ème
COSTA (J.-P.), « L’exécution des décisions juridictionnelles », Revue Administrative, 52 année, numéro
spécial, 1999, P.69.

11
même elle procurerait une satisfaction morale aux plaideurs, est le plus souvent recherchée
comme un moyen permettant d’obtenir la concrétisation d’un droit42. Cette concrétisation
passe nécessairement par l’exécution.

Au Cameroun, cette obligation est une exigence légale, ce d’autant plus qu’elle est
contenue dans la loi de 2006 portant organisation judiciaire43, laquelle dispose en son article
10 que « les mandats de justice et les décisions de justice sont exécutoires sur toute
l’étendue du territoire national ». Ces mandats et décisions de justice ne peuvent être mis à
exécution que s’ils sont revêtus de la formule exécutoire ainsi que le prescrit l’article 11 de la
loi n°2006/015 précitée. La subtilité de cette formule exécutoire constitue cependant l’un des
griefs relevés contre la justice administrative camerounaise.

Ainsi critiquée dans son fonctionnement, la justice administrative est également


contestée dans ses effets, surtout lorsque les décisions rendues demeurent lettre morte pour
des raisons très souvent dépendantes de l’administration active44. L’Etat du Cameroun, qui se
veut être un véritable Etat de droit, peut-il choisir de n’exécuter, parmi les décisions du juge
administratif, que celles qui l’arrangent ? Peut-on parler d’Etat de droit dans un pays où on
assiste à une exécution à géométrie variable des décisions de justice ? Que non ! Une pareille
attitude ne saurait se concevoir dans un tel Etat, même si la réalité semble plutôt présenter le
spectacle désolant d’un boycott45 explicite des décisions rendues par les juridictions
administratives.

Au regard de ce qui précède, et notamment de toutes ces considérations d’ordre


général, il est indéniable que le choix du thème de la présente étude est loin d’être un fruit du
hasard. Car si la justice administrative est l’expression concrète de la protection des citoyens
contre l’arbitraire de l’administration, elle apparaît également, comme « un moyen de défense
de l’individu contre les abus du pouvoir, non pas en vue de compromettre l’autorité de
celui-ci, mais pour lutter contre d’éventuelles dérives despotiques »46. L’administration se
doit par conséquent, ès-qualité de pouvoir agissant de l’Etat, d’être soumise à l’ensemble des
42
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
ème
fondamentaux, 12 édition, Paris, Dalloz, 2006, P.644.
43
V. art.10 de la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire.
44
AUTIN (J.-L.), « Illusions et vertus de l’Etat de droit administratif », [Link]., P.166.
45
NLATE (J. M.), Les psychodrames consécutifs au boycott des décisions de la Cour Suprême par l’Etat du
Cameroun : étude de cas avec les affaires CMC-Sam Mbèndé contre Etat du Cameroun (MINACULT) et Conseil
de paroisse de l’EPCO-Ekounou contre Etat du Cameroun (MINATD), Yaoundé, éditions MAGOLO MAKELE, 2013,
P.20.
46
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun : Que faire en cas de litige avec l’administration /
Guide pratique, Yaoundé, Presses Universitaires du Cameroun (P.U.C.), 1990, P.7.

12
normes juridiques supérieures au rang desquelles figure en bonne place la jurisprudence qui
est l’émanation du juge.

En fin de compte, l’une des principales raisons militant en faveur du choix porté sur le
présent sujet réside dans la recherche de l’autorité, mieux encore de la valeur des décisions
rendues par le juge administratif. Ce choix est d’autant plus important pour les potentiels
justiciables du prétoire du juge administratif camerounais qu’il colle à une actualité récente
dans ce pays. Il s’agit notamment de la mise en place effective des Tribunaux Administratifs
dont l’importance sera largement tributaire du sort réservé aux décisions par eux rendues,
relativement à leur exécution. L’analyse profonde d’un tel sujet impose un déblayage
préalable du champ d’investigation.

B- LA DELIMITATION DU SUJET

Il est désormais un truisme que pour mieux aborder un sujet de recherche, la


détermination du champ d’investigation s’impose comme un préalable nécessaire. Il est en
effet question de procéder à un recadrage du thème qui, laissé dans sa formulation initiale,
s’avère assez vague et même trop vaste.

Sur le plan géographique et spatial, l’étude sera menée essentiellement, mais pas
exclusivement, sur le territoire de la République du Cameroun. Le choix de ce pays se justifie
par notre appartenance à celui-ci. De ce fait, nous nous approprions l’adage populaire selon
lequel « la charité bien ordonnée commence par soi même ». Il s’agira alors de rechercher et
d’analyser les pratiques qui ont cours dans ce pays au regard de ce que prévoit le droit en
vigueur sur le « triangle national ». Toutefois, l’exposé ne se limitera pas uniquement à ce
pays d’Afrique centrale. Mondialisation du droit oblige ! Il ne sera donc pas surprenant de
voir que l’analyse se déporte hors des frontières nationales pour y introduire quelques
éléments d’extranéité.

Le champ matériel d’investigation doit également être défini. C’est l’occasion de


repréciser que l’exécution des décisions du juge administratif, par les personnes de droit privé,
ne pose, en principe, aucun problème. Car, comme il a déjà été indiqué ci-dessus,
l’administration peut recourir aux voies d’exécution forcée pour les contraindre à s’exécuter.
La procédure prévue à leur égard est clairement définie dans l’Acte Uniforme OHADA n°6
portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution. Dès
lors, la préoccupation qui semble encore digne d’intérêt est celle relative à l’exécution, par

13
l’administration, desdites décisions, surtout dans les cas où elle se trouve être condamnée.
Cette préoccupation est d’autant plus importante et inquiétante qu’elle sera au centre de la
présente étude dont elle constituera sans nul doute, sinon l’unique, du moins le principal objet.

II- L’OBJET DE L’ETUDE


Parler de l’objet de l’étude c’est en quelque sorte donner la démarche qui sera suivie
pour l’élaboration de ce travail. Nous présenterons d’abord l’approche définitionnelle et
conceptuelle qui sera retenue tout au long de l’analyse (A). Ensuite, il faudra déterminer la
problématique, en relevant le questionnement majeur qui constituera le socle granitique sur
lequel reposera l’étude ainsi envisagées (B). En outre, la réponse à la problématique
commandera que l’on s’attarde sur l’hypothèse de recherche en révélant ce qui fera l’objet de
la démonstration (C). Et, en fin, l’examen des axes de la recherche permettra de dégager les
points saillants de cette prestation intellectuelle (D).

A- LA DEFINITION DES TERMES DU SUJET

Un sujet de recherche ne peut être valablement appréhendé que si l’on donne un


contenu aux différentes notions qui le composent, c’est-à-dire le sens dans lequel lesdites
notions devront être comprises dans le cadre de l’étude ainsi envisagée. Une telle démarche
s’avère d’autant plus salutaire que le sujet soumis à notre analyse comporte des notions qui, a
priori, ne sont pas juridiques par essence. Parlant justement du risque qu’il y a, pour un
juriste, à utiliser des notions auxquelles il n’a pas donné un contenu préalable, M. Jacques
MOLINIE n’a pas manqué de relever que « rien n’est plus périlleux pour le juriste que
l’emploi de certains termes qui peuvent être pris, selon les cas dans un sens juridique ou
dans un sens non juridique »47.

Il sera en effet question d’indiquer avec précision le sens dans lequel l’on entend
employer chacun des termes du sujet. Dans le cas d’espèce, l’approche définitionnelle portera
essentiellement sur la signification que nous entendons donner aux concepts suivants :
exécution (1), administration (2), décision (3), juge administratif (4).

47
MOLINIE (J.), La publication en droit public français, Thèse de Doctorat en droit public, Université de droit,
d’économie et de science sociale de Paris, 1976, P.2.

14
1- LE MOT « EXECUTION »

Par exécution, il faut entendre l’action d’exécuter quelque chose, de passer à


l’accomplissement d’une telle chose, à sa réalisation. C’est donc une dynamique, un
processus. Dans cette occurrence, exécuter sera alors synonyme de mettre en application ou
en exécution un engagement, une loi, un arrêt… En droit, ce mot désigne « l’action de mettre
à effet ; son résultat »48. Ainsi, l’on parlera de l’exécution d’une sentence, d’une peine, d’un
arrêt, d’un jugement, d’une ordonnance bref d’une décision de justice. Vu sous cet angle,
l’exécution peut être définie comme le fait de donner effet à des décisions de justice, ainsi
qu’à d’autres titres exécutoires, conformément à la loi qui oblige l’une des parties au procès à
faire, à s’abstenir de faire ou à payer ce qui a été décidé.

En conséquence, dans le cadre de la présente étude, ce mot sera utilisé pour désigner la
mise en œuvre pratique, l’accomplissement de la solution donnée par le juge administratif aux
litiges opposant l’administration aux particuliers et portant sur la légalité des actes édictés ou
posés par elle.

2- LE TERME « ADMINISTRATION »

La notion d’administration est perçue différemment selon qu’elle est abordée sous
l’angle organique ou fonctionnel. Mais toutes les conceptions sont consubstantielles et se
rejoignent en définitive. Nombreux sont les citoyens camerounais qui confondent
l’administration à l’Etat et l’identifient à travers le policier ou le gendarme du coin qui
torture, à travers les guichets grillagés de la poste et de certains services publics où
l’impolitesse est très souvent de rigueur, ou encore à travers l’autorité administrative qui fait
attendre les administrés et usagers devant son cabinet pendant des heures, pour ne pas leur
être utile en définitive49.

Dans le vocabulaire courant, l’administration est l’activité consistant à gérer des


affaires (qu’elles soient publiques ou privées) ou des biens. Elle est l’ensemble des activités
exercées, éventuellement en mettant en œuvre les prérogatives de puissance publique, en vue
de satisfaire les besoins de la collectivité. Dans cette occurrence, elle renvoie à l’ensemble des
activités juridiques et matérielles placées sous la responsabilité des autorités publiques et dont
le but est d’assurer la satisfaction des besoins d’intérêt général. A côté de cette conception

48 ème
Dictionnaire universel, 3 édition, Paris, Hachette-Edicef, 1995, P.459.
49
KANKEU (J.), Droit constitutionnel…[Link]., P.88.

15
matérielle ou fonctionnelle, il existe une conception organique qui appréhende
l’administration comme « l’ensemble des organes chargés d’assurer les missions
administratives des personnes publiques »50. En d’autres termes, elle désigne l’ensemble des
moyens institutionnels, humains et matériels mis au service des activités administratives51.

Le Doyen Maurice KAMTO affirme dans un premier temps, et sans ambages, que
« l’administration est le pouvoir agissant de l’Etat »52, avant d’indiquer par la suite que « ce
mot écrit avec A majuscule désigne ici non pas telle administration particulière mais tout
service public, qu’il soit celui de l’Etat, des collectivités publiques (communes) ou des
établissements publics »53. Il rejoint ainsi ceux qui pensent que « l’administration est
l’ensemble des organismes qui, sous l’autorité du gouvernement, sont appelés à assurer les
multiples tâches d’intérêt général qui incombent à l’Etat »54.

Certains auteurs, à l’instar du Pr. Anicet ABANDA ATANGANA, ont opté pour une
définition beaucoup plus large du terme administration, basée sur la notion de service public
et comportant à la fois les aspects fonctionnel et organique, tout en y ajoutant le
qualificatif "public". Pour ce dernier en effet, l’administration publique « est un ensemble
de services publics destinés à fournir des prestations ou à réaliser des activités d’ordre
divers visant à promouvoir le bien-être collectif de la société dans le sens du
55
développement » . Il s’agit à n’en point douter d’une vision développementaliste de
l’administration.

D’un auteur à l’autre, toutes les définitions proposées sont interdépendantes et se


complètent mutuellement. Ainsi, nous retiendrons, pour les besoins de notre étude, que
l’administration est le bras séculier de l’Etat, en tant qu’ensemble d’organes chargés d’assurer
la satisfaction des besoins d’intérêt général. A ce titre, elle a vocation à agir au nom et pour le
compte de cet Etat. Conséquemment, c’est à elle qu’incombe, à titre principal, l’obligation

50
VAN LANG (A.), GONDOUIN (G.), INSERGUET-BRISSET (V.), Dictionnaire de droit administratif, Paris, Armand
Colin, 1997, P.21.
51 ème
DE FORGES (J.-M.), Droit administratif, 3 édition, Paris, P.U.F., 1995, P.8.
52
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…, [Link]., P.7.
53
Ibid., P.230.
54
AUBY (J.-M.), DUCOS-ADER (R.), Droit Public : Droit Constitutionnel, Libertés Publiques, Droit Administratif,
ème
Tome I, 9 édition, Paris, Sirey, 1984, P.187.
55
ABANDA ATANGANA (A.), « Vers une administration au service des administrés : regard sur l’héritage
historique de la fonction sociale de l’administration publique camerounaise » in 20 propos sur l’administration
publique camerounaise (sous la direction de AMAMA Benjamin), édité par le Ministère de la Fonction Publique
et de la Réforme Administrative du Cameroun, Yaoundé, 2003, P.4.

16
d’exécuter les décisions de justice en veillant à leur respect et en y apportant son concours en
tant que de besoin pour faciliter ladite exécution.

3- LA NOTION DE « DECISION »

Le terme décision renvoie à l’action de décider. Vu sous cet angle, c’est le fait de
prendre une résolution, voire « un jugement qui apporte une solution »56 à un litige ou à une
préoccupation. Dans ce cas, une décision de justice est un acte émanant d'une juridiction qui
se prononce, par exemple, en matière civile, pénale ou administrative. On parlera alors de
décision judiciaire ou administrative pour désigner, selon les cas, un arrêt, un jugement, une
sentence, un verdict, un décret… En tout état de cause, cette notion sera utilisée ici
exclusivement dans le sens qui renvoie à une décision de justice et indiquera notamment un
arrêt, un jugement ou une ordonnance du juge administratif.

Il ne serait toutefois pas superfétatoire de préciser qu’il existe, en matière


juridictionnelle, plusieurs types de décisions. Il s’agit, notamment, des décisions avant-dire-
droit, contradictoire ou de défaut, de principe, de revirement, de fond, définitives... Dans le
cadre de cette étude, nous nous intéresserons tout particulièrement aux décisions
insusceptibles de voies de recours et donc définitives.

4- L’EXPRESSION « JUGE ADMINISTRATIF »

Cette expression est composée de deux mots dont la signification mérite d’être
préalablement donnée : le terme "juge" et l’adjectif "administratif".

Si tant est vrai que le juge est la bouche qui prononce les paroles de la loi, il est
d’autant plus vrai que cette fonction est assurée par des personnes physiques, lesquelles
exercent leurs activités individuellement ou en groupe. Abondant dans ce même ordre d’idée,
M. Markus CICERON clamait fort à propos que « le Magistrat est la loi parlante comme la
loi est le Magistrat muet »57. On parlera alors, selon les cas, du juge unique ou d’un collège
de Magistrats. Qu’il agisse seul ou en formation collégiale, le juge est l’organe indépendant
chargé de trancher les litiges opposant les membres d’une société donnée. Afin d’accorder du
crédit à ses décisions, il ne doit agir que d’après la loi et sa conscience.

56
REY (A.) (Sous la direction de…), Le Micro-Robert - langue française – plus noms propres, cartes et
chronologie, Paris, éd. les Dictionnaires Le Robert, 1998, P.259.
57
CICERON (M. T.), in Les lois, cité par BOUTHOUL (G.), L’art de la politique, Paris, éd. SEGHERS, 1962, P.94.

17
Relativement à l’adjectif "administratif", celui-ci renvoie à tout ce qui est en rapport
avec la notion d’administration, telle qu’elle a été élucidée ci-dessus.

L’expression "juge administratif" peut dès lors être définie comme étant l’institution
qui a pour mission de résoudre les différends dans lesquels est impliquée une personne morale
de droit public. Il s’agit plus précisément des litiges dans lesquels l’une des parties se trouve
être une administration publique. L’idée même de la dévolution des litiges intéressants
l’administration à un juge spécial est née en France et date des temps bien reculés.

En effet, par juridiction administrative, il faut entendre l’ensemble des tribunaux


groupés sous l’autorité du Conseil d’Etat58. La juridiction administrative s’oppose ainsi à la
juridiction judiciaire. Pour comprendre son existence à côté de l’ordre judiciaire, il faut
remonter à un principe qui met en cause l’organisation de l’Etat. Il s’agit du principe de la
séparation des autorités administratives et judiciaires. Ce postulat a pris naissance en France
au début de la révolution. Les hommes de la grande révolution de 178959 avaient alors
conservé le mauvais souvenir de l’immixtion constante des corps judiciaires dans
l’administration. Ils avaient donc pour ambition de limiter la compétence des tribunaux en
leur interdisant d’intervenir en matière administrative.

La présente étude étant davantage axée sur la juridiction administrative, l’analyse de


son histoire s’impose comme un préalable nécessaire. Il parait donc judicieux que l’on
s’attarde, un temps soit peu, sur la lente mais certaine évolution de la juridiction
administrative, d’abord en France (a) et ensuite au Cameroun (b).

a) L’apparition de la justice administrative en France

Le principe ainsi proclamé de la séparation des autorités administratives et judiciaires


exprimait la méfiance qu’avaient les révolutionnaires pour les tribunaux de l’ancien régime.
La constituante redoutait que l’administration nouvelle ne fût gênée par les juges. Elle avait
donc voulu la soustraire à leur emprise. Ce faisant, la solution révolutionnaire n’était pas, à
l’origine, une solution libérale60. Elle s’analysait en une prohibition à l’encontre des
tribunaux, c’est-à-dire des tribunaux judiciaires, les seuls qui existaient à cette époque.

58 ème
TROTABAS (L.), ISOART (P.), Droit public, 22 édition, Paris, LGDJ, coll. Manuels, 1992, P.230.
59
Cette révolution a abouti à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.
60 ème
COLLIARD (C.-A.), Libertés publiques, 7 édition, Paris, Précis Dalloz, 1989, P.165.

18
Cette interdiction a été formulée par plusieurs textes intervenus au lendemain de la
révolution française de 1789. De cette manière, on peut y lire à l’article 13 de la loi française
des 16-24 août 1790 sur l’organisation judiciaire que « les fonctions judiciaires sont
distinctes et demeureront toujours séparées des fonctions administratives. Les juges ne
pourront, à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit, les opérations des
corps administratifs, ni citer devant eux les administrateurs à raison de leurs fonctions ».
Sur un point plus particulier, ce texte est implicitement repris dans la loi des 7-14 octobre
1790 en ces termes : « les réclamations d’incompétence à l’égard des corps administratifs
ne seront en aucun cas du ressort des tribunaux ; elles seront portées au roi, chef de
l’administration générale ».

Dans les faits, ces dispositions ne furent, sans doute qu’imparfaitement respectées. Le
principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires devait donc être confirmé
par le Décret du 16 fructidor An III, lequel dispose : « défenses itératives sont faites aux
tribunaux de connaître des actes de l’administration de quelque espèce qu’ils soient, aux
peines de droit ». Ce faisant, les législateurs révolutionnaires entendaient résolument marquer
leur méfiance vis-à-vis des tribunaux de l’ancien régime.

Mais si l’on interdisait aux tribunaux judiciaires de contrôler les actes de


l’administration, il n’en était pas moins nécessaire qu’une juridiction vienne les suppléer et
puisse éviter que les particuliers ne soient livrés au « bon vouloir » de l’exécutif. C’est ainsi
que des tribunaux spécialisés ont été crées pour assurer d’une certaine manière le contrôle de
l’administration. Cela étant, de l’administration elle même allait se détacher son propre juge,
lequel devait prendre forme au terme de trois étapes.

La première, celle de l’administration-juge dans laquelle les réclamations des


administrés furent d’abord jugées par l’administration elle même. Celle-ci était alors à la fois
juge et partie, sans que les particuliers aient un autre moyen de se faire rendre justice.

La deuxième étape de l’évolution était celle de la justice retenue61. Pour étudier les
réclamations, les autorités administratives (le Chef de l’Etat et le Préfet notamment) devaient
être assistées d’organismes consultatifs : le Conseil d’Etat crée par la constitution du 22
frimaire An III en son article 52, autour du Chef de l’Etat, et le Conseil de Préfecture, crée par
la loi du 28 pluviôse An VIII, autour du Préfet. A cette époque, le Conseil d’Etat était donc

61
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public : Droit Constitutionnel, Libertés Publiques, Droit Administratif, Tome I,
ème
12 édition, Paris, Sirey, 1996, P.321.

19
une assemblée de personnalités qui étudiaient les requêtes et transmettaient un projet de
réponse au chef de l’Etat62, exactement comme le service du contentieux d’une entreprise
propose des solutions aux dirigeants de ladite entreprise. Les conseils de préfecture
exerçaient, eux aussi, les mêmes fonctions auprès du préfet.

Plus concrètement, tandis que le Chef de l’Etat rendait la justice administrative avec
l’avis de son conseil, les Ministres tranchaient également les différends administratifs à
l’instar de véritables autorités juridictionnelles, sous la seule réserve des litiges attribués aux
Conseils de Préfecture. Le Conseil d’Etat ne possédait qu’un pouvoir de justice retenue car les
décisions étaient prises par décret du Chef de l’Etat. « Juger » était alors considéré comme
« administrer »63. Le Ministre, supérieur hiérarchique des services, était le juge de droit
commun en matière administrative. Les administrés s’adressaient directement à lui en cas de
réclamation contentieuse et le chef de l’Etat intervenait ensuite en appel avec l’avis du
Conseil d’Etat. On parlait alors de la théorie de Ministre-juge.

La troisième et dernière phase de ce processus de maturation de la juridiction


administrative était marquée par l’avènement de la justice déléguée. Celle-ci était intervenue
pour remplacer le système instauré par la justice retenue. C’était la période de l’émancipation
du juge qui pouvait désormais rendre ses décisions seul, sans avoir à les faire signer par le
Chef de l’Etat. On disait dès lors que le pouvoir de rendre justice était « délégué » par le Chef
de l’Etat aux tribunaux qui pouvaient s’en servir pour rendre les décisions de leur choix. Mais
même à ce stade, le processus n’était pas totalement achevé.

La théorie du Ministre-juge a survécu lorsque les pouvoirs de justice déléguée ont été
conférés au Conseil d’Etat, celui-ci semblant avoir acquis seulement le pouvoir de juger
comme juge d’appel. C’est une loi du 24 mai 1872 qui est venue consacrer l’autonomie du
Conseil d’Etat en lui permettant de rendre seul des arrêts « au nom du peuple français »,
comme le faisaient déjà les tribunaux de l’ordre judiciaire, soit pour annuler une décision de
l’administration, soit pour condamner une personne publique à payer une somme d’argent à
un particulier. Le processus ne sera parachevé que par une évolution jurisprudentielle,
définitivement marquée par le célèbre arrêt CADOT, rendu le 13 décembre 1889 par le
Conseil d’Etat. Cette fameuse décision est venue perfectionner le système en mettant
irrévocablement un terme à la théorie du Ministre-juge. Ainsi s’est trouvé (avec cet arrêt)

62
AUBY (J.-M.), DUCOS-ADER (R.), Droit Public... [Link]., P.315.
63
TROTABAS (L.), ISOART (P.), Droit public… [Link]., P.232.

20
confirmée et unifiée la juridiction administrative au profit du Conseil d’Etat, lequel est devenu
fatalement le juge administratif de droit commun et le Cameroun dû-t-il s’en inspirer !

b) L’avènement du juge administratif camerounais

On ne le dira jamais assez, le contentieux administratif est une tentative de soumission


de l’administration à un contrôle juridictionnel. A priori, cette entreprise paraît malaisée parce
que difficile et pour cause, l’administration détient et exerce la puissance publique au nom de
l’Etat64. Il apparaît ainsi délicat, voire ardu d’imaginer qu’elle se résoudra facilement à rendre
compte de son action devant un tiers, lequel doit acquérir les qualités, les vertus
d’indépendance et d’impartialité qu’on attend de tout juge.

En réalité, le problème de la soumission de l’administration à un contrôle


juridictionnel se pose avec acuité en Afrique, notamment dans les pays francophones
d’Afrique noire comme le Cameroun. Le contexte sociopolitique ne se prête guerre à un tel
contrôle65. Ce dernier diffère profondément de celui des sociétés d’Europe occidentale dans
lesquelles ce type de contrôle a pu se développer de façon progressive pour ne parvenir à son
stade actuel qu’après plusieurs siècles de tâtonnements et de balbutiements.

L’histoire de la juridiction administrative camerounaise est intimement liée à la double


évolution politique et institutionnelle qu’à connu ce pays66. Par conséquent, il ne serait pas
faux d’affirmer que l’avènement du juge administratif camerounais est un legs colonial 67,
compte tenu du fait que l’influence juridique des puissances coloniales s’est ressentie au
niveau de l’organisation constitutionnelle des nouveaux Etats68. Tout laisse d’ailleurs penser
qu’une telle influence s’est étendue à la situation juridique de l’administration, ainsi qu’au
statut des rapports de celle-ci avec les particuliers.

En effet, par une résolution du conseil de la Société Des Nations (S.D.N.) du 20 juillet
1922, mandat a été donné à la France et à la Grande-Bretagne d’administrer respectivement le
Cameroun Oriental et le Cameroun Occidental. C’est ainsi que la Grande-Bretagne, fidèle au

64
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris, Harmattan,
2010, P.14.
65
Ibid.
66
ABA’A OYONO (J.-C.), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, Thèse de
Doctorat en droit public, Université de Nantes, juin 1994, P.16.
67
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais…[Link]., P.21.
68
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif dans les
Etats d’Afrique noire d’expression française : le cas du Cameroun », RJPIC, n°3, juillet-septembre 1972, P.360.

21
principe en vigueur chez elle, va soumettre l’administration au contrôle des juges de droit
commun et, jusqu’en 1965, il n’y aura pas de justice administrative dans le Cameroun
Occidental69.

Il en va différemment du Cameroun Oriental où la justice administrative y pénètre


avec la colonisation française. La France qui prend pied dans ce territoire, anciennement sous
administration allemande, introduit dans cette partie dont l’administration lui est confiée, son
système juridictionnel fondé sur la distinction entre les juridictions judiciaires et
administratives70. C’est ainsi qu’au Cameroun Oriental, et dans la plupart des pays africains
d’expression française, il a été crée, à côté des tribunaux de droit commun, des juridictions
administratives exclusivement compétentes pour connaitre des litiges mettant en cause
l’administration. Conséquemment, l’un des principes de base du droit administratif français,
notamment celui de la séparation des autorités administratives et judiciaires, a été consacré
dans ces pays71. De ce fait, telle qu’elle est conçue et appliquée au Cameroun, la justice
administrative recèle beaucoup de traits identiques à ceux de la justice administrative
française.

La première juridiction administrative camerounaise est instituée par le Décret du 14


avril 1920. Il s’agit du Conseil du Contentieux Administratif dont chaque colonie française en
était dotée depuis le Décret du 07 septembre 1881. Un arrêté du 16 décembre 1921 est venu,
par la suite, clarifier les règles de procédures devant ledit conseil72. Il était constitué par le
conseil d’administration du territoire auquel devaient être adjoints deux magistrats ou deux
fonctionnaires annuellement désignés par le Commissaire de la République. En cela, il se
confondait avec ledit conseil d’administration, tout au moins sur le plan organique, même si
on pouvait y noter une séparation fonctionnelle des deux organes73.

Cette situation n’était guère satisfaisante, ne serait-ce que du point de vue de son
efficacité. C’est la raison pour laquelle un Décret du 13 avril 1927 s’est efforcé de séparer, sur
le plan organique, les deux institutions. Il s’agissait donc, à n’en point douter, d’une
juridiction connue à l’origine comme un simple prolongement juridictionnel de
l’administration, cela en violation du célèbre principe relatif à la séparation de la juridiction

69
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°7, P.16.
70
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…[Link]., P.10.
71
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.361.
72
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », Revue Africaine des
Sciences Juridiques (RASJ), FSJP/UY II, Vol.8, N°1, 2011, P.227.
73
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun »…[Link]., P.16.

22
administrative de l’administration active. Cette infirmité congénitale ne sera pas totalement
redressée avant que le glas ne sonne pour ce jeune Conseil dont les décisions rendues étaient
susceptibles d’appel devant le Conseil d’Etat français.

L’évolution du statut politique du Cameroun qui accède à l’autonomie interne à partir


du 10 mai 1957 va bouleverser l’organisation de la justice administrative. Le Décret du 04
juin 1959, complété par un Arrêté du 09 juin de la même année, institue le Tribunal d’Etat du
Cameroun pour remplacer le Conseil du Contentieux Administratif devenu anachronique. Pas
davantage que son prédécesseur, ce nouveau Tribunal n’obéit non plus au principe de la
séparation précédemment évoqué. A l’opposé de son devancier, il tranche les litiges en
premier et dernier ressort, foulant au pied le principe du double degré de juridiction.

La création de la Cour Suprême, consécutive à l’accession du pays à la souveraineté


internationale, allait sans doute régler cette imperfection juridictionnelle. En effet, la première
Cour Suprême du Cameroun indépendant est instituée par la loi n°60-12 du 20 juin 1960. Elle
sera la juridiction d’appel du Tribunal d’Etat qui est maintenu, en même temps qu’elle jouera
le rôle d’un Tribunal des Conflits en cas de conflits de compétence entre le Tribunal d’Etat et
les juridictions de l’ordre judiciaire. Mais, elle n’aura qu’une durée de vie très éphémère dans
la mesure où elle sera remplacée un an plus tard par la Cour Fédérale de Justice. Il convient
toutefois de préciser que dans les faits, le Tribunal d’Etat a fonctionné jusqu’en 1964.

L’entrée en scène de la Cour Fédérale de Justice résultait de l’article 33 de la


constitution du 1er septembre 1961. C’était une juridiction innovatrice, mieux pensée
d’ailleurs que ses devancières. Son organisation était fixée par une ordonnance du 04 octobre
1961. Les lois des 29 novembre 1965 et 14 juin 1969 ont bouleversé sa conception initiale, la
transformant ainsi en une juridiction administrative de compétence véritablement nationale.
Avec elle, le contentieux administratif camerounais s’est substantiellement étoffé et la justice
administrative a « effectivement pris racine dans les mœurs juridiques de l’élite
administrative camerounaise »74.

Avec l’avènement de l’Etat unitaire, consacré par la constitution du 02 juin 1972,


disparaît la Cour Fédérale de Justice au profit d’une nouvelle Cour Suprême crée par l’article
32 de la constitution de cet Etat unitaire. Sa structure est complètement rénovée. Elle regroupe
désormais en son sein tout l’ordre juridictionnel administratif camerounais, composé d’une

74
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…[Link]., P.11.

23
juridiction du premier niveau et d’une juridiction d’appel75. Elle se situe toutefois dans le droit
fil de la Cour Fédérale de Justice dont elle prolonge par ailleurs l’essentiel de la jurisprudence
et ne semble cependant pas avoir gagné de beaucoup en qualité. A l’instar de ses
prédécesseurs, cette nouvelle Cour Suprême a fait l’objet de vives critiques, tant en ce qui
concerne son organisation que pour ce qui est de son fonctionnement. La loi constitutionnelle
du 18 janvier 1996, de par son contenu, contient des palliatifs permettant, sinon d’annihiler,
du moins d’atténuer les reproches fait à la juridiction administrative telle qu’elle était conçue
et fonctionnait jusque là.

En effet, la constitution du 18 janvier 199676, en créant un pouvoir judiciaire au


Cameroun, en a profité également pour réorganiser la Cour Suprême. Relativement au
contentieux administratif, les tribunaux administratifs ont été crées tandis que l’Assemblée
Plénière a disparu pour céder sa place à une Chambre Administrative rénovée. La
modernisation de la justice administrative camerounaise s’est poursuivie en 2006 avec
l’adoption de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême 77, ainsi que
celle fixant l’organisation et le fonctionnement des Tribunaux Administratifs78. Ces derniers
ont effectivement été ouverts le 15 mars 2012 par Décret n°2012/119 du 15 mars 2012 portant
ouverture des Tribunaux Administratifs, et matérialisés dans les faits par les actes du Chef de
l’Etat, portant nomination de magistrats au siège desdits Tribunaux79, ainsi que des attachés
au Parquet Général près chaque Cour d’Appel du pays, spécialement chargés du contentieux
administratif80.

L’occasion faisant le larron, c’est le lieu de relever, ici et maintenant, que les critiques
naguère faites sur la « formation civiliste »81 ou « judiciaire »82 du juge administratif
camerounais, même si elles n’étaient pas totalement fondées, connaissent de nos jours un
début de solution, par l’entremise de la réorganisation de l’Ecole Nationale d’Administration
et de Magistrature (ENAM).

75
Ibid.
76
Cette appellation fait l’objet de vives controverses doctrinales : s’agit-il d’une révision constitutionnelle ou
alors de l’écriture d’une nouvelle constitution ? Le débat n’est pas définitivement tranché !
77
V. la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006, notamment ses articles 9, 38, puis 72 à 112.
78
Il s’agit de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006.
79
V. le Décret n°2012/194 du 18 avril 2012 portant nomination de magistrats du siège dans les tribunaux
administratifs.
80
V. le Décret n°2012/199 du 18 avril 2012 portant nomination de magistrats du parquet.
81
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., PP.378-379.
82
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°8, P.138.

24
En effet, depuis la réforme intervenue en avril 2012, cette école dont l’une des
missions est de former les Auditeurs de Justice, magistrats en devenir, s’est résolument
tournée vers la spécialisation en créant, au sein de la nouvelle Division de la Magistrature et
des Greffes (DMG), une Section Administrative qui s’occupera désormais et, exclusivement,
de la formation des futurs magistrats de l’ordre administratif. Il s’agit là indubitablement de
l’exaucement d’un vœu pieux, formulé depuis plusieurs décennies, par la doctrine
administrativiste camerounaise pour laquelle cette spécialisation serait indispensable à
l’amélioration de la qualité du contentieux administratif au Cameroun83 et, par ricochet, de la
qualité des décisions qui en seront issues. Seule l’avenir nous permettra d’apprécier les enjeux
de cette réforme. Mais avant d’y arriver, intéressons nous d’abord à la problématique que
suscite la présente étude.

B- LA PROBLEMATIQUE

Tantôt vilipendé, tantôt loué, le juge administratif est au cœur des relations entre
l’administration et les administrés qu’il doit protéger ; d’abord, en évitant que l’action
administrative ne porte atteinte aux droits et libertés de ces derniers ; ensuite en veillant à ce
que ceux-ci respectent la législation administrative84. « La loi est morte mais le juge est
vivant », disait Anatole France pour magnifier le rôle fondamental que joue le juge dans une
société85. Ainsi, du haut de son indépendance, le juge administratif ne saurait être un juge
inféodé à l’administration. Il ne saurait davantage être un juge au service des particuliers et
usagers de l’administration. Au regard de cette mission noble, mais ô combien difficile, que
doit accomplir le juge, le sort réservé à ses décisions ne peut que faire l’objet d’une
préoccupation toute aussi particulière. Ici en effet, l’attention doit davantage être portée sur
l’exécution desdites décisions par l’administration.

A cet égard, la question fondamentale que l’on peut dès lors se poser est la suivante :
quelles sont les formes d’exécution des décisions du Juge Administratif par
l’administration publique camerounaise ? A priori, ce questionnement majeur, mieux
encore cette problématique servant de boussole à la présente prestation intellectuelle peut

83
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…[Link]., P.12.
84
GUIMDO DONGMO (B.-R.), Le Juge Administratif camerounais et l’urgence : Recherches sur la place de
l’urgence dans le contentieux administratif camerounais, Thèse de Doctorat d’Etat en droit public, Université de
Yaoundé II/FSJP, année académique 2003-2004, P.2.
85
FRANCE (A.) cité par DRAN (M.), Le contrôle juridictionnel et la garantie des libertés publiques, Paris, LGDJ,
1968, P.25.

25
paraître banale, saugrenue, mais en réalité elle est pertinente et fondée. Sa réponse constituera
à coup sûr l’épine dorsale de la présente étude.

En effet, à l’instar de ses homologues des autres ordres juridictionnels, le juge


administratif est, en principe, un défenseur vigilant, protégeant avec la même intransigeance
les droits des particuliers et ceux de l’Etat86. C’est dans cette optique que l’Etat moderne a
institué un service public de la justice, composé de plusieurs organes, et animé principalement
par des juges appelés à rendre des décisions, à la suite d’une procédure plus ou moins longue,
plus ou moins complexe, mais destinée à permettre une meilleure recherche de la vérité, dans
des conditions a priori sereines et loyales.

Compte tenu du fait qu’il a pour mission d’assurer le contrôle de la validité et de la


régularité des actes juridiques édictés par l’administration, le juge administratif se doit d’être
le véritable gardien de la légalité administrative87. A ce titre, et sous réserve de quelques
exceptions, toutes solutions juridictionnelles aux litiges intéressant les personnes morales de
droit public dépend de lui. Vu sous cet angle, la question de droit ainsi tranchée par le juge
administratif passe en force de chose jugée lorsque celui-ci a vidé sa saisine. Une fois que les
voies de recours sont épuisées, la décision acquiert l’autorité de la chose jugée ; ce qui signifie
qu’on ne peut plus remettre en question ce qui a été décidé par le juge. Ce faisant, la solution
donnée par lui, dans un litige bénéficie d’une présomption de vérité légale et revêt, par voie
de conséquence, une force obligatoire. C’est l’application de la vieille maxime « res judicata
pro veritate habetur ».

Ainsi, la force obligatoire qui dérive du caractère de vérité légale attaché aux questions
soumises et tranchées par le juge se traduit matériellement par la formule exécutoire apposée
au bas des décisions de justice88. En cette occurrence, elles s’imposent alors aux administrés,
aux juges et, enfin, à l’administration. Ces décisions, appelées, selon les cas, ordonnances,
jugements ou arrêts, doivent en principe être exécutées sans aucune réticence, puisque
émanant d’une autorité juridictionnelle instituée légalement par l’Etat. Il n’est d’ailleurs pas
superfétatoire de rappeler que l’exécution des décisions de justice constitue le corollaire
même d’une justice efficace. L’administration a donc l’obligation juridique d’exécuter les
jugements et arrêts, conformément au principe de l’autorité de la chose jugée qui lui est
opposable.

86
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…[Link]., P.18.
87
Ibid.
88
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais… [Link]., P.100.

26
La Cour Fédérale de Justice a d’ailleurs martelé cette obligation, en des termes non
équivoques, dans l’une des affaires ayant opposé sieur BABA YOUSSOUFA à l’Etat du
Cameroun Oriental89. Dans cette espèce, la haute juridiction décidait alors que
« l’administration est tenue d’exécuter les décisions de justice lorsqu’elles sont devenues
définitives ». C’est dire que l’efficacité du contrôle juridictionnel de l’administration est
largement tributaire du respect, par celle-ci, des décisions de justice rendues contre elle90.

Il est un principe unanimement admis qu’un acte annulé par le juge administratif est
réputé n’être jamais intervenu. L’administration se doit donc de rétablir rétroactivement le
statut quo ante, comme si la mesure illégale n’avait pas affectée la situation des intéressés.
Cela l’oblige parfois à prendre toute une série de décisions administratives pour redresser la
situation résultant de l’annulation d’un de ses actes, qu’il soit règlementaire ou individuel91.

Toutefois, il arrive souvent que l’on s’interroge sur la possibilité pour le juge
administratif de faire exécuter ses décisions, car même lorsqu’il donne raison au requérant,
celui-ci n’obtient pas toujours la satisfaction escomptée. En dehors de certains contentieux
spécialisés comme le contentieux fiscal dans lequel il ne se contente pas d’annuler l’avis de
mise en recouvrement mais va au-delà pour fixer lui-même le montant des droits dus, ou
encore du contentieux électoral dans lequel « il peut aller jusqu’à inverser les résultats de
l’élection »92, le juge administratif se borne, en règle générale, à prononcer l’annulation de
l’acte attaqué ou à accorder des dommages-intérêts. Contrairement au juge judiciaire, il
s’interdit d’obliger l’administration à adopter un comportement donné ou d’édicter un acte
déterminé. C’est ainsi que l’annulation d’un refus d’autorisation ne met pas le requérant en
possession de ladite autorisation, alors même que l’administration serait légalement tenue de
la lui délivrer, et le laisse désemparé dans l’hypothèse où l’autorité administrative rechigne à
s’exécuter.

Pourtant, l’avènement de l’Etat de droit que les pays du monde entier appellent de tous
leurs vœux postule, non seulement que le pouvoir agissant de l’Etat soit soumis au droit, mais
aussi et surtout que les décisions rendues par le juge administratif, chargé de veiller au
respect, par l’administration, des règles juridiques telle qu’elles sont édictées dans l’Etat,

89
CFJ/SCAY, Arrêt N °09/CFJ/SCAY du 16 octobre 1968, BABA YOUSSOUFA contre Etat du Cameroun Oriental.
90 ème
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, 6 édition, Paris, Amand-colin, coll. U,
1998, P.52.
91
BRAIBANT (G.), QUESTIAUX (N.), WIENER (C.), Le contrôle de l’administration et la protection des citoyens,
éd. CUJAS, Bibliothèque de l’Institut International d’Administration Publique, 1973, P.28.
92
LOCHAK (D.), La justice administrative… [Link]., P.108.

27
soient effectivement exécutées. Ce qui, malheureusement, est loin d’être le cas dans la mesure
où, à ce jour, l’exécution des décisions de justice ne se fait pas aussi aisément que cela se doit
dans des pays qui, comme le notre, se réclament être de véritables Etats de droit.

Il est en effet constant que l’inexécution des décisions de justice crée, chez le plaideur
qui a obtenu gain de cause, un sentiment d’injustice d’autant plus exécrable que le juge n’aura
parfois rendu sa décision qu’au terme d’un procès extrêmement long et onéreux93. Face à cette
situation, et au regard du vent de la mondialisation qui souffle désormais sur la planète, ainsi
que de l’instauration des régimes démocratiques avec la cohorte de droits qui s’y infèrent, les
administrés, dont le nombre va crescendo au fil des ans du fait de la démographie galopante,
n’entendent plus tolérer les défaillances de l’administration, encore moins l’inexécution, par
cette dernière, des décisions de justice qui leurs sont favorables. Leur raison en étant qu’il est
de l’essence même des décisions de justice d’être exécutées, compte tenu du fait que ladite
exécution est nécessaire à l’effectivité du droit. Cette exigence contraste toutefois avec les
moyens dont dispose le juge administratif.

Ce dernier ne peut, comme précédemment indiqué, adresser des injonctions à


l’administration94. Le principe jadis proclamé de la séparation des autorités administratives et
judiciaires lui interdit de s’immiscer dans les activités dévolues à l’administration active. Il ne
peut donc pas faire acte d’administration. Le Code Pénal camerounais également, en son
article 126, le lui interdit formellement95.

Ce texte puni en effet d’une peine d’emprisonnement le magistrat qui intime des
ordres ou des défenses à des autorités exécutives ou administratives. Bien plus, il est un
truisme que l’administration ne peut, en aucun cas, faire l’objet des voies d’exécutions forcée
de droit commun, au même titre que le seraient les personnes privées 96. De ces principes
s’induit l’idée que, finalement, l’exécution, par l’administration, des décisions du juge
administratif est laissée au bon vouloir de cette dernière.

93
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits fondamentaux,
[Link]., P.644.
94
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.128.
95
V. art.126 de la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal : « Empiétements sur le pouvoir
exécutif et sur le pouvoir judiciaire.
Est puni de l'emprisonnement de six (06) mois à cinq (05) ans :
a) Le représentant de l'autorité exécutive qui intime des ordres ou des défenses à des Cours ou Tribunaux ;
b) Le magistrat qui intime des ordres ou des défenses à des autorités exécutives ou administratives ».
96
IBONO (U. A.), « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit public à l’épreuve de la pratique en
droit OHADA », Revue de l’ERSUMA, N°3, Septembre 2013, P.81.

28
C’est fort de ce constat qu’il nous a paru nécessaire de rechercher les formes par
lesquelles l’administration exécute les décisions du juge administratif. Mais avant d’y
parvenir, il s’avère judicieux que l’on expose au préalable l’hypothèse de recherche.

C- L’HYPOTHESE DE RECHERCHE

Par hypothèse de recherche, il faut entendre ici la réponse que l’on donne à la question
centrale qu’est la problématique. Dans la méthode scientifique, « l’hypothèse s’appréhende
comme une réponse anticipée que le chercheur formule à sa question spécifique »97.
Autrement dit, elle est une idée que l’on avance comme réponse à la problématique, laquelle
réponse devra être vérifiée ou démontrée tout au long du travail.

Dans le cas d’espèce, à la question de savoir quelles sont les formes d’exécution, par
l’administration publique camerounaise, des décisions issues du prétoire du Juge
Administratif, l’on peut répondre, sans risque de se tromper, qu’il existe deux principales
formes d’exécution desdites décisions par l’administration. Il s’agit, selon les cas, soit
d’une soumission prompte et volontaire qu’il conviendra d’appeler ici l’exécution spontanée,
soit alors d’une soumission indépendante de sa volonté et donc forcée, en raison d’une
certaine pression extérieure exercée sur elle. C’est ce que nous appellerons l’exécution
provoquée, parce que obtenue à la suite d’une incitation ou d’une contrainte de
l’administration.

Cela dit, même s’il est indéniable que certaines décisions du juge administratif sont
souvent exécutées volontairement par l’administration98, l’on ne devrait pour autant pas
perdre de vue qu’il existe néanmoins des cas où elle est amenée à s’exécuter, souvent
involontairement, en raison des contraintes extérieures qui lui sont imposées. Nous avons en
effet rencontré plusieurs décisions rendues par le juge administratif qui sont demeurées lettre
morte du fait de leur inexécution par l’administration99.

97
MBALLA OWONA (R.), Les délais de distance en contentieux administratif camerounais, mémoire de D.E.A.
en droit public, Université de Douala, 2003-2004, P.16.
98
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.128.
99
Entre autres décisions inexécutées au Cameroun, nous pouvons citer, à titre illustratif, les affaires suivantes :
CS/CA, Ordonnance n°34/OSE/CA/CS/2008 du 17 décembre 2008, CAMEROON MUSIC CORPORATION (CMC)
contre Etat du Cameroun (MINCULT) ; CS/CA, Ordonnance n°132/OSE/CA/CS/2012 du 05 novembre 2012,
Conseil de paroisse de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou Yaoundé -
Philadelphie contre Etat du Cameroun (MINATD) ; CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968, EKWALLA
EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat du Cameroun ; CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970,
HALLE Claude contre Etat du Cameroun Oriental…

29
Même si des auteurs s’accordent pour dire que la grande majorité des décisions
contentieuses condamnant l’administration est spontanément exécutée par cette dernière100, le
sort réservé à l’infime minorité qui demeure inexécutée pose également des problèmes qui,
juridiquement, ne sauraient être balayés d’un revers de la main ! Les décisions de justice se
valent et cette égalité voudrait que toutes reçoivent exécution, sans distinction aucune. Les
difficultés que soulève une telle inexécution sont d’autant plus réelles et pertinentes qu’elles
amènent tout observateur à s’interroger sur la valeur que pourrait avoir un jugement ou un
arrêt si son exécution n’est pas garantie. La réponse est unique, voire univoque : la décision
en question n’aurait aucune valeur. Et pour cause, il ne servirait à rien de dire le droit si la
déclaration du juge devait rester à l’état de pure et simple satisfaction académique ou
uniquement pour la beauté du droit.

Or aujourd’hui plus qu’hier, le juge administratif camerounais, et même d’ailleurs, a


résolument pris conscience de l’espoir placée en lui par les potentiels justiciables de son
prétoire. Il s’est, ce faisant, engagé dans une réelle dynamique dont l’aboutissement, à terme,
sera d’affirmer son autorité et d’accorder du crédit à ses décisions. Mais seulement, la justice
administrative ne saurait être crédible si, au bout de plusieurs mois, sinon de plusieurs années,
sa décision, dotée de l’autorité de la chose jugée, est ignorée par une administration
convaincue de son invincibilité. Toutefois, il semble opportun de relever que le fait pour
l’administration de souvent s’obstiner à exécuter les décisions de justice ne doit, pour autant,
pas voiler les cas dans lesquels, bien que disposée à respecter la chose jugée, elle n’y parvient
pas pour des raisons indépendantes de sa bonne volonté.

Quoi qu’il en soit, il ne fait l’ombre d’aucun doute, et tous les auteurs l’affirment
d’ailleurs, même implicitement, que l’administration transgresse parfois l’autorité de la chose
jugée et boycotte, ce faisant, les décisions de justice. Notre tâche ne consistera donc pas à
démontrer que l’administration n’exécute pas toujours les décisions du juge administratif,
étant donné que cela relève désormais d’une lapalissade. L’analyse qui demeure encore digne
d’intérêt consistera plutôt à démontrer qu’il existe une procédure à suivre par l’administration
pour rendre effectives les décisions du Juge Administratif, et lorsqu’elle ne s’exécute pas
promptement et volontairement, elle peut être incitée à le faire par le truchement de certains

100
Lire à ce sujet les positions de CHABANOL (D.), Le juge administratif, Paris, LGDJ, coll. Droit Public, 1993,
P.98 ; COSTA (J.-P.), Le Conseil d’Etat dans la société contemporaine, coll. ‘‘mieux connaître’’, Paris, Economica,
1993, P.57 ; MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative et de quelques
moyens d'y remédier », Pouvoirs, n°46, 1988, P.25 ou encore DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public,
Paris, librairie Armand Colin, bibliothèque du mouvement social contemporain, 1913, P.216.

30
mécanismes permettant de briser la résistance d’une telle administration qui rechigne à
s’incliner devant la chose jugée.

En tout état de cause, il sera question de démontrer, à travers le dispositif juridique en


vigueur au Cameroun, que, pour des raisons avouées ou inavouées, l’administration publique
camerounaise exécute les décisions du juge administratif tantôt volontairement et
spontanément, tantôt malgré elle parce qu’elle a été poussée à le faire.

D- LES AXES DE LA RECHERCHE

Les axes de la recherche sont constitués par tous les points qui, directement ou
indirectement, seront abordés dans le travail parce qu’ils sont intimement liés au sujet ou à la
problématique101. La détermination de ces axes permettra assurément de définir les poutres
sur lesquels sera construite la présente prestation intellectuelle. A ce titre, le piédestal de
l’édifice que nous envisageons de construire tourne autour d’un certains nombre de points
qu’il conviendra d’analyser minutieusement. Les plus importants sont les suivants :

- L’identification des décisions qui doivent être exécutées ;


- La force exécutoire des décisions rendues par le juge administratif ;
- Les étapes à suivre par le justiciable qui veut faire exécuter une décision de la
juridiction administrative ;
- La réaction de l’administration face aux décisions en attente d’exécution ;
- Les formalités préalables à l’exécution après le prononcé de la décision ;
- La notification des décisions du juge administratif ;
- L’apposition de la formule exécutoire sur les décisions à exécuter ;
- La procédure d’exécution ;
- La différence entre l’exécution des décisions d’annulation, de réparation, les
ordonnances de sursis à exécution, les ordonnances de référé ;
- Les différents mécanismes d’exécution ;
- Les entraves à l’exécution des décisions du juge administratif ;
- Les modalités d’inexécution par l’administration ;
- Les lenteurs et la mauvaise exécution ;
- La mauvaise foi de l’administration ;
- L’entêtement de l’administration
101
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, mémoire de D.E.A. en droit public,
Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, année académique 2008-2009, P.14.

31
- Les moyens juridiques dont dispose le requérant pour venir à bout de la résistance
de l’administration ;
- Le retrait de l’acte annulé ;
- La réformation de l’acte annulé ;
- L’automaticité des effets de certaines décisions ;
- L’exécution des condamnations pécuniaires ;
- L’engagement et la liquidation de la dépense publique ;
- L’ordonnancement de la dépense publique ;
- Le paiement de la dépense publique ;
- La rétroactivité des annulations contentieuses ;
- Les voies de contournement de l’autorité de la chose jugée ;
- Le régime des validations législatives ;
- Les effets des validations législatives sur l’exécution des décisions de justice ;
- La notion d’ordre public ;
- Le souci du maintien de l’ordre public et son influence sur l’exécution des
décisions de justice ;
- Le problème des dotations budgétaires destinées à l’exécution des condamnations
pécuniaires prononcées contre l’administration ;
- Les grands principes du droit budgétaire ;
- L’impossibilité matérielle d’exécution de certaines décisions ;
- Les immunités d’exécution contre les personnes morales de droit public ;
- L’insaisissabilité des biens de l’Etat ;
- Le juge du contentieux de l’exécution des décisions du juge administratif ;
- Le principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires ;
- La responsabilité de l’administration pour violation de la chose jugée ;
- Le recours pour excès de pouvoir ;
- Le recours de pleine juridiction ;
- L’interdiction faite au juge d’intimer des ordres à l’administration ;
- La mise en jeu de la responsabilité des auteurs de l’inexécution ;
- La voie de fait administrative ;
- La faute de l’administration ;
- La responsabilité personnelle de l’agent public défaillant ;
- Le mécanisme de substitution de responsabilité ;
- Le refus d’exécuter une décision de justice devenue définitive ;

32
- Le refus d’un service dû ;
- L’abus de fonction ;
- L’emploi illégal de la force ;
- L’action récursoire ;
- Le pouvoir d’injonction du juge administratif ;
- L’astreinte contre l’administration ;
- Le pouvoir de substitution du juge administratif ;
- Les techniques juridiques d’incitation de l’administration à l’exécution ;
- L’interprétation des décisions du juge administratif ;
- Le renvoie vers l’administration pour faire ce que de droit ;
- La préparation du projet de loi de finances (prévision des crédits destinés au
paiement des condamnations pécuniaires prononcées contre l’Etat) ;
- Le droit de réquisition de l’ordonnateur sur le comptable assignataire ;
- La décision de justice comme titre de paiement ;
- Le recours hiérarchique ;
- Le recours de tutelle ;
- Le recours gracieux ;
- La contestation de l’inexécution devant le juge administratif ;
- La dissuasion en cas de velléités d’inexécution ;
- L’aide à l’exécution ;
- Le mandatement d’office ;

Voilà présentée, grosso modo, les idées essentielles qui seront abordées et démontrées
tout au long de l’analyse ; l’énumération faite ci-dessus n’étant, bien entendu, pas exhaustive.
Dès lors qu’elles sont d’ores et déjà connues, il sera judicieux que l’on s’appesantisse à
présent sur l’intérêt de cette étude et que la méthode retenue soit également exposée.

III- L’INTERET DE L’ETUDE ET LA METHODE DE


RECHERCHE

Nous exposerons au préalable l’intérêt que présente cette étude pour l’avancée de la
science (A) avant de faire état de la méthode qui guidera nos recherches (B).

33
A- L’INTERET DE L’ETUDE

Tout travail scientifique doit pouvoir apporter quelque chose de nouveau pour
l’évolution de la science. De même, la problématique, parce qu’elle constitue une composante
essentielle dans toute prestation intellectuelle, se doit de présenter un intérêt certain. La
présente réflexion n’est pas en marge de ces exigences méthodologiques. Son intérêt peut être
envisagé sous un angle binaire.

Sur un plan purement théorique, on y note un quasi mutisme de la doctrine sur les
questions relatives à la problématique de l’exécution des décisions du juge administratif. Les
écrits consacrés à cet aspect de la procédure administrative contentieuse sont, sinon
rarissimes, du moins assez rares. Déjà en 2008, M. Henri-Claude NJOCKE relevait fort à
propos que « bien qu’une étude sur la question de l’inexécution des décisions de justice
n’existe pas en ce moment, on ne peut pas dire que ce phénomène est absent devant le juge
administratif »102. A sa suite, M. Eric NGWA NFORBIN a d’ailleurs fait observer que
« c’est cet aspect du contentieux administratif qui n’a jamais fait l’objet d’une étude en
droit camerounais »103. Il rejoignait ainsi d’autres auteurs, à l’instar du Pr. Jean RIVERO
qui affirmait que « l’exécution des décisions d’annulation ne pose aucun problème, puisque
le plus savant des ouvrages consacrés au recours n’en traite nulle part, et que la plupart
des auteurs ne s’attardent pas sur cette question »104.

Cette opinion est confortée par M. Henri OBERDORFF pour qui « pendant
longtemps, la doctrine, sous le charme du prestigieux recours pour excès de pouvoir, ne se
préoccupait que très peu des suites du jugement pour le justiciable »105. Cet auteur ajoute
d’ailleurs qu’« en dehors de rares articles de doctrine, peu de longs travaux ont été
consacrés par la suite au thème de l’exécution par l’administration des décisions du juge
administratif…On a même le sentiment que le sujet n’intéresse que très peu de
chercheurs »106. Allant dans le même sens, Mme Elisabeth LAMBERT-ABDELGAWAD
affirmait en d’autres circonstances que « l'exécution des jugements des juridictions (…) n'a

102
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », Juridis périodique n°74, avril-mai-
juin 2008, P.61.
103
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif au Cameroun »,
Revue Africaine des Sciences Juridiques, FSJP/UY II, Vol.7, N°1, 2010, P.298.
104
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours pour excès de pouvoir », Dalloz,
1962, chronique, VI, P.39.
105
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.19.
106
Idem, P.24.

34
que peu retenu pendant longtemps l'attention de la doctrine »107. Ce sentiment est également
partagé par Mme Christine HUGON qui soutient pour sa part que « la plupart des ouvrages
consacrés au droit du procès n’abordent pas la phase d’exécution »108.

Evidemment, tout chercheur doit toujours se demander comment faire pour réussir à
écrire sans creuser exactement le même sillon que ses prédécesseurs. Le risque est en effet
grand de parcourir un chemin déjà tracé sans que se présente la moindre terre vierge à
défricher si tant est vrai qu’un travail scientifique se doit toujours d’innover, de présenter
sinon une originalité certaine, du moins une certaine originalité par rapport aux travaux
antérieures. Ralph WALDO EMERSON enjoignait d’ailleurs fort à propos : « N’allez pas
où le chemin peut mener, allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace »109.

Notre étude permettra donc, à coup sûr, de déblayer ce pan encore en friche du droit
du contentieux administratif camerounais. Elle constituera, assurément, un instrument
d’appoint pour les auteurs et chercheurs qui voudront bien s’investir dans cette branche du
droit public camerounais. Ceci est d’autant plus intéressant que la question de l’exécution des
décisions de justice offre ainsi l’occasion de réfléchir sur un aspect fondamental de
l’effectivité du droit tenant à l’obligation d’exécuter la chose jugée et aux outils juridiques qui
permettent de surmonter les difficultés qu’elle peut rencontrer.

Par ailleurs, l’analyse portant sur l’exécution des décisions du juge administratif
participe du souci de vulgarisation du droit. En effet, il est aujourd’hui un truisme que
l’administration n’exécute pas toujours les décisions revêtues de l’autorité de la chose jugée.
Très souvent désarmé face à une administration bénéficiant des prérogatives de puissance
publique, le requérant dont les droits sont lésés par cette inexécution, ou par une mauvaise
exécution du fait de l’ignorance de la procédure adéquate, présume parfois qu’il est obligé de
se comporter en victime résignée.

Vu sous cet angle, l’on peut penser qu’il renonce volontairement à faire valoir ses
droits. Que non ! La véritable raison en est qu’il n’a aucune connaissance de ceux-ci car,
comme le disait à juste titre le Pr. Joseph-Marie BIPOUN-WOUM, « si on ne sait pas ce

107
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions européennes (Cour de justice des
Communautés Européennes et Cour Européenne des Droits de l'Homme) », Annuaire Français de Droit
International, volume 52, 2006, P.677.
108
HUGON (C.) in CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et
droits fondamentaux, [Link]., P.647.
109
Cet auteur, philosophe, essayiste et poète américain, l’a dit dans un ouvrage dont le titre et les références
nous échappent pour l’avoir lu il y a environ deux décennie.

35
qu’est un droit, on ne peut qu’être insensible à sa violation »110. Cette étude vise alors à
révéler aux potentiels justiciables l’existence, à leur profit, d’un droit à l’exécution111 des
décisions de justice.

En effet, le droit ne commande l’action qu’après avoir été reçu matériellement ou


psychologiquement par celui à qui il s’adresse, conçu et bien compris par lui, ce qui
présuppose ainsi un accès réel à tout ce qui est objectivement présenté comme étant le droit.
Partant de ce constat, la réflexion permettra également d’informer et d’éduquer les citoyens
sur le droit, afin de réduire, dans la pratique, la distance temporelle et spatiale entre les règles
juridiques et les citoyens.

De la sorte, la loi et les connaissances juridiques, qui seront ainsi révélées, constituent
des éléments stratégiques de conscientisation et de mobilisation des populations112. Un aspect
de la socialisation juridique passe donc par l’accès au droit ; accès au droit au sens de la
connaissance effective des normes et règles qui régissent l’ensemble du corps social, accès au
droit comme la possibilité matérielle pour tout citoyen de faire valoir ses droits par les voies
de droit ou alors par celles prévues par le droit. Au final, l’un des mérites majeurs de cette
étude est donc qu’elle « commence d’abord par populariser le droit »113 qui, jusque là, ne
semble pas suffisamment connu de ses bénéficiaires.

Sur un tout autre plan, la présente étude, axée sur les formes d’exécution, par
l’administration, des décisions du juge administratif, présente un intérêt pratique indéniable.
Elle remet au goût du jour le problème de l’autorité, voire de la valeur des décisions rendues
par le juge administratif.

En effet, alors même que les Tribunaux Administratifs sont en cours d’implémentation
dans notre pays, le Cameroun, il serait de bon aloi que les potentiels justiciables sachent à
l’avance quel sort sera réservé aux décisions de ce juge spécial. Cette étude se veut donc être
pour ces derniers un outil indispensable, lequel conditionne même leur accès devant le
prétoire du juge administratif, étant donné qu’il est important pour eux d’être rassuré au
préalable qu’en portant un litige à la connaissance du juge, la décision que rendra celui-ci sera
exécutée par toutes les parties. Elle offre donc aux requérants une panoplie de voies et
moyens leur permettant de faire exécuter les décisions qui leur donnent satisfaction,

110
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.381.
111
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.234.
112
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.270.
113
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels… », [Link]., P.382.

36
indépendamment d’une initiative personnelle de l’administration, laquelle peut même être
contrainte à s’exécuter.

Une fois convaincu de ce que l’exécution des décisions rendues par le juge
administratif est garantie et qu’elle ne dépend pas uniquement du bon vouloir de
l’administration, les administrés n’hésiteront plus à saisir ledit juge toutes les fois que
l’administration posera des actes allant à l’encontre de la légalité républicaine. Ainsi se
trouvera consolidé l’Etat de droit dont le renforcement constitue d’ailleurs l’un des objectifs à
atteindre en vue de l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035114.

B- LA METHODE DE RECHERCHE

De manière générale, la méthode renvoie au « cheminement »115, mieux à l’approche


devant aboutir à un résultat, à une conclusion. Elle est conçue comme un enchaînement
raisonné de moyens en vue d’une fin, voire comme la voie à suivre pour atteindre un but116.
Elle est déterminante dans le cadre de la recherche car, de la méthode choisie, dépend la
fiabilité des résultats attendus117. Pour René DESCARTES, le père du rationalisme, il est
«…bien préférable de ne jamais chercher la vérité sur aucune chose, plutôt que de le faire
sans méthode : car il est très certain que ces études désordonnées et ces méditations
obscures troublent la lumière naturelle et aveuglent l’esprit »118. Plus qu’une exigence de
forme, la méthode apparaît donc ici comme une condition nécessaire pour la meilleure
compréhension possible du sujet. Cependant, il ne suffit pas d’avoir une méthode pour mieux
cerner ledit sujet ; encore faut-il que celle retenue soit la bonne ! Ainsi, une recherche menée
dans le domaine du droit commande a priori qu’il soit fait usage de la méthode juridique pour
démontrer et soutenir l’idée à défendre. La question qui peut dès lors se poser est celle de
savoir ce que l’on entend par "méthode juridique".

Mais avant de lui apporter une réponse, il convient peut-être de souligner que pendant
longtemps, le syncrétisme scientifique était considéré comme susceptible de permettre
d’obtenir des résultats scientifiques fiables. Dans le domaine juridique, il se traduisait par

114
République du Cameroun, Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi, 2009, P.92 et 93.
115
BERGEL (J.-L.), Méthode juridique, Paris, PUF, 2001, P.17.
116
Ibid.
117
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement : contribution à l’étude
de l’originalité des droits africains, Thèse de Doctorat d’Etat en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP,
mai 1997, P.21.
118
DESCARTES (R.), Règle pour la direction de l’esprit (vers 1628 règle IV), Paris, Bibliothèque de la Pléiade, éd.
Gallimard, 1953, P.46.

37
l’utilisation des méthodes d’analyse sociologiques, anthropologiques et même philosophiques
afin, pensait-on, de bénéficier des éclairages méthodologiques de ces sciences. En effet, l’idée
souterraine était que la méthode juridique ne pouvait seule aider à saisir la réalité que l’on
étudiait ; ce qui veut dire en clair que le droit ne pouvait être valablement appréhendé sans
l’apport décisif de ces autres sciences là. Cette idée est sans doute fondée car il s’avère que la
méthode juridique ne peut à elle seule permettre d’appréhender toute la réalité de l’objet
étudié.

Cependant, est-ce là une raison suffisante pour autoriser la pénétration systématique


des autres sciences dans le droit ? Loin s’en faut ! Il est important de considérer qu’un juriste
doit faire le droit. C’est par là qu’il affirme son identité scientifique et qu’il marque son
appartenance à la famille universelle des juristes, d’où la nécessité d’exclure les méthodes
d’analyse non juridiques. Il ne s’agit pas pour autant de remettre en cause l’indispensable
interdisciplinarité, étant donné que les disciplines scientifiques s’éclairent et s’enrichissent
mutuellement.

Ce n’est donc pas tant le recours ponctuel et très localisé à des méthodes extérieures au
monde du droit qui est proscrit mais plutôt l’utilisation prépondérante et abusive de cet
éclairage extra-juridique dans un travail de recherche juridique. Cela dit, il est essentiel que
dans une prestation intellectuelle consubstantielle au droit, la technique utilisée soit
essentiellement juridique même si, de manière infiniment résiduelle, les résultats des autres
sciences exactes ou sociales peuvent être convoqués.

S’agissant conséquemment de la méthode juridique, elle consiste « en une analyse


globale et systématique des textes fondateurs, de leur condition d’édiction, de leurs
interprétations et des applications qui en sont faites par les acteurs sociaux confrontés aux
réalités sociales »119. L’on peut dire de façon simpliste qu’elle s’appuie sur le droit et le
considère comme étant le fondement de toute recherche juridique. Schématiquement, les
juristes peuvent être classés en deux catégories calquées sur le modèle des deux grandes
écoles du droit que sont, d’une part, le droit naturel et les jus naturalistes et, d’autre part, le
droit positif et les positivistes. Seule cette seconde catégorie retiendra notre attention eu égard
au fait que c’est elle qui sera adoptée pour les besoins de la présente étude, encore que cette
méthode juridique s’avère être si chère aux positivistes classiques120.

119
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.26.
120
KAMTO (M.), Pouvoir et droit en Afrique noire …, [Link]., P.51.

38
Le positivisme en effet est une théorie qui postule que le droit est crée par l’Etat. Par
conséquent, il n’y a pas de droit au-delà et en-deçà de l’Etat. Pour les positivistes, la recherche
juridique repose exclusivement sur l’exploitation maximale du droit en vigueur, le droit tel
qu’il est édicté par les institutions étatique habilitées à le faire. L’analyse chère aux
positivistes est basée sur l’exégèse des textes juridiques et la jurisprudence. Ainsi, adopter le
positivisme et le droit positif dans le cadre de cette recherche, c’est opter pour une démarche à
la fois dogmatique et casuistique.

La dogmatique est une méthode fondée sur l’analyse des textes. C’est l’exégèse des
textes ; c’est l’interprétation des textes. Pour y parvenir, l’interprète doit aller au-delà de la
lettre du texte pour rechercher également son esprit. Autrement dit, il doit « s’attacher au
sens strict des mots qui composent les textes ou en rechercher le sens profond, notamment à
travers la pensée de leur auteur »121. Il n’est donc nullement question de s’arrêter à la lettre
de la loi, car en effet, il y a souvent des fins supérieures que poursuit cette même loi et dont la
méconnaissance serait grave pour l’équilibre des comportements dans la société122.

Une telle méthode postule la détermination et la restitution du droit en vigueur,


appréhendé à travers les textes juridiques. Cela suppose l’examen de toutes les sources
normatives du droit afin d’en relever les contrariétés et de susciter les discussions. Ainsi, la
lecture et l’interprétation des textes permettront fatalement d’en extraire la substantifique
moelle, celle-ci étant en définitive le droit ou la solution en vigueur sur la question posée.

Toutefois, l’interprétation des textes n’est plus aujourd’hui suffisante pour rendre
compte du droit en vigueur. L’incapacité de la loi à prévoir toutes les situations juridiques a
favorisé le développement de la jurisprudence comme source du droit. Le Doyen Georges
VEDEL va même plus loin en affirmant que « la jurisprudence fournit le droit commun et la
législation le droit d’exception »123. C’est probablement ce qui a fait dire à MM. Henri
ROLAND et Laurent BOYER que « la jurisprudence a pris aujourd’hui une importance
considérable et il est impossible de connaitre le droit positif en la maintenant à l’écart »124.
Allant dans le même sens, ils ont affirmé que « la manière de travailler des praticiens est, à

121 ème
BERGEL (J.-L.), Méthodes du droit et théorie générale du droit, 2 Ed., Paris, Dalloz, 1989, P.239.
122
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais : Contribution à l’étude de
la construction de l’Etat de droit au Cameroun depuis 1990, Thèse de Doctorat Ph/D en droit public, Université
de Yaoundé II-Soa/FSJP, Année académique 2013-2014, P.52.
123
VEDEL (G.), « Le droit administratif peut-il être indéfiniment jurisprudentiel ? » EDCE, 1979-1980, P.31.
124 ème
ROLAND (H.) et BOYER (L.), Introduction au droit, 5 édition, Paris, Litec, 2000, P.327.

39
cet égard, révélatrice ; l’Avocat saisi d’un dossier ne s’empresse-t-il pas de rechercher
l’arrêt susceptible de lui être appliqué ? »125.

Complément essentiel de la dogmatique, la casuistique quant à elle renvoie à la


démarche positiviste reposant sur l’étude des décisions de justice. En effet, le juge est celui
qui applique la loi et en tant que tel, il lui revient au final de dégager le sens de la loi. Mieux
encore, le juge est appelé à participer au travail de construction du droit. Les querelles autour
de l’exégèse sont aujourd’hui largement dépassées et la doctrine contemporaine s’accorde à
reconnaître que « la loi n’est plus tout le droit »126, car « nul ne peut prétendre à la
connaissance du droit s’il ignore la jurisprudence qui, avec les textes, est sans doute l’une
des deux mamelles du droit »127. Il importera donc de lire soigneusement chacune des
décisions ayant un rapport avec le sujet à traiter, de les classer au besoin par ordre
hiérarchique et d’importance afin de mettre en évidence les décisions de principe, de
revirement, de confirmation…

Le recours à cette approche commandera certainement que l’on s’intéresse aux


circonstances, aux conjonctures sociales, politiques, économiques et culturelles, ainsi qu’aux
rapports de force dont la règle de droit et les structures mises en place par son biais ne sont
que les résultats. En effet, bien qu’elle soit le guide du juge128, la loi échappe, pendant sa vie,
« à la domination de son créateur »129 et pénètre dans le milieu juridique par le pouvoir
judiciaire chargé de l’appliquer, de la faire vivre130. Cette démarche imposera donc une
confrontation des solutions dégagées par le juge et celles définies par les textes ; l’objectif à
terme étant de relever les discordances et les concordances. C’est justement en cela que la
démarche casuistique comporte implicitement, voire explicitement une approche dogmatique
complémentaire non moins négligeable.

Ainsi, grâce à la jurisprudence, « la recherche juridique échappe au danger de la


spéculation abstraite »131. En effet, le juge ne se limite plus exclusivement à servir la loi car,
comme le relevait le Doyen Georges VEDEL, « dire le droit, c’est pour le juge administratif,

125
Ibid.
126
KELSEN (H.), Théorie pure du droit, Paris, Dalloz, 1962, P.309.
127 ème
MALINVAUD (P.), Introduction à l’étude du droit, 6 édition, Paris, Litec, 1992, P.47.
128
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, Thèse de Doctorat/Ph.D
en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, 2010, P.71.
129
RIPERT (G.), les forces créatrices du droit, Paris, LGDJ, 1955, n°165, P.363.
130
Ibid.
131
BATTIFOL (H.), Aspects philosophiques du droit international privé, Paris, Dalloz, 2002, p.6.

40
surtout en grande partie le créer »132. Il procède de plus en plus à l’interprétation des textes,
initiative qui lui permet de combler les silences du législateur et de raffermir les procédures.
A ce sujet d’ailleurs, et comme l’affirme M. Jean-Luc AUBERT, « il n’y a pas de
connaissance juridique vraie sans connaissance de la jurisprudence, pour cette raison toute
simple que c’est elle qui définit le sens et la portée de la règle de droit »133.

Interpréter la jurisprudence devrait alors consister, dans un premier temps, à en faire


un exposé et dans un second temps, à en dégager la question de droit qu’elle pose afin de
pouvoir dégager les conclusions134 dans la présente étude. Les conclusions auxquelles cette
méthode juridique permet d’aboutir n’étant pas totalement satisfaisantes, il s’avère nécessaire
de recourir à une méthode complémentaire, notamment la méthode comparative, ainsi qu’à
certaines disciplines des sciences sociales qui traitent des phénomènes juridiques.

Il va sans dire que la méthode analytique à ses défauts intrinsèques. Elle se veut
essentiellement descriptive et il lui est fait le reproche de ne pas être prospective 135. Dans le
dessein de combler cette lacune, il sera loisible de déborder largement les méandres des
normes juridiques en vigueur dans notre pays pour faire également du droit prospectif, auquel
il conviendra d’y adjoindre une très faible dose de sociologie, en jetant un regard futuriste sur
le devenir de la juridiction administrative camerounaise qui est, non seulement en pleine
mutation, mais également à la recherche de ses repères.

Il sera donc question de faire ressortir de temps à autre, les disparités qui existent entre
ce que prévoient les textes et ce qui se fait sur le plan pratique. Ces divergences sont réelles
et M. KWAHOU a si bien relevé fort à propos que l’étude des systèmes juridictionnels
africains ne peut et ne doit se limiter à la seule analyse des textes juridiques en vigueur 136. Car
les textes sont une chose, le fonctionnement et l’activité des institutions régies par ceux-ci en
sont une autre. En matière d’analyse institutionnelle d’ailleurs, nul ne doute qu’il existe un
déphasage réel entre les textes et la pratique. L’objectif à terme sera de faire une synthèse afin
de dégager les propositions idoines, lesquelles édifieront davantage le jurislateur137 qui devra

132
VEDEL (G.), « Les bases constitutionnelles du droit administratif », EDCE, 1954, P.21.
133 ème
AUBERT (J.-L.), Introduction au droit, 7 édition, Paris, Armand Colin, coll.U, 1998, P.120.
134
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais …, [Link]., P.53 et 54.
135
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, Thèse de
Doctorat en droit public, Université de Douala, 2001, P.18.
136
KWAHOU (S.) cité par AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire,
[Link]., P.15.
137
Ce terme désigne toute autorité créatrice de normes juridiques. V. CHAPUS (R.), Droit administratif général,
ème
15 éd., Paris, Montchrestien, 2001, P.27.

41
s’en inspirer pour doter le Cameroun des normes juridiques adéquates et facilement
applicables, tout au moins en ce qui concerne la procédure administrative contentieuse.

Afin d’éviter de faire preuve d’une étroitesse d’esprit et, pour pallier aux insuffisances
de la méthode juridique, nous ferons ponctuellement recours au droit étranger et plus
particulièrement au droit français. Le procédé consistera à faire des incursions sporadiques sur
les solutions dégagées par certains pays. Ce recours sera sommaire et effectué essentiellement
à titre d’information, avec possibilité de faire ressortir les points communs et les divergences
pouvant unir ou séparer les solutions adoptées dans les Etats étrangers et l’Etat national pris
comme référence. Pour autant, il ne s’agira pas dans le cadre de cette étude d’une thèse de
droit français, ou de droit comparé stricto sensu.

Les jalons de la présente prestation intellectuelle étant dès lors fixés, il ne serait
toutefois pas superfétatoire de faire remarquer que lorsque le juge administratif a vidé sa
saisine, on observe généralement, de la part de l’administration, deux types d’attitudes
exclusives l’une de l’autre. Dans certaines circonstances en effet, elle fait ce que le juge lui a
prescrit c’est-à-dire qu’elle se soumet automatiquement et de façon inconditionnelle à la
décision en lui faisant produire son plein effet. Cette hypothèse renvoie systématiquement à
l’exécution spontanée (première partie). Dans d’autres cas par contre, elle adopte souvent la
posture du mauvais perdant en refusant de se soumettre à la décision rendue par le juge. On
devra alors rechercher les moyens adéquats pour l’inciter, voire la contraindre au besoin, à
s’incliner devant le verdict du juge. C’est ainsi qu’il sera fait recours à un certains nombres de
mécanismes visant à provoquer le respect, par elle, de la chose jugée, même indépendamment
de sa volonté. Plus simplement, il sera alors question d’examiner ici les mécanismes
d’exécution provoquée (seconde partie).

42
PREMIERE PARTIE :

L’EXECUTION SPONTANEE

43
Une décision de justice est un acte émanant d'une juridiction qui se prononce, selon les
cas, en matière civile, commerciale, pénale, administrative ou même des comptes. Et la justice
ne servirait à rien et surtout ne serait plus le garant de l’Etat de droit si les décisions rendues
par les juges n’étaient pas exécutées. L'exécution des décisions du juge constitue le corollaire
même d'une justice efficace et de sa bonne administration. Une culture de non exécution des
décisions de justice dans un Etat est source d’insécurité juridique et, dès lors, l’indépendance
de la justice n’a plus son sens. Elle est source d’impunité et de frustrations diverses pouvant
conduire à des vengeances privées, qui constitueraient des menaces réelles pour la paix
sociale. La justice doit donc être bien administrée afin que l’effectivité des droits de l’homme
soit garantie.

La bonne administration de la justice est fondée sur des principes fondamentaux


incluant l’accès à la justice à travers la possibilité de saisine et le procès équitable, qui signifie
le droit de se faire entendre et d’obtenir une décision d’un juge ou d’un tribunal indépendant
et impartial, ainsi que le droit d’exercer un recours contre la décision rendue ou de la faire
exécuter, le tout dans un délai raisonnable. A cet égard, la Cour européenne des droits de
l’homme a jugé que le droit de tout justiciable à un procès équitable consacre le principe
fondamental de la prééminence du droit dans une société démocratique et constitue l’épine
dorsale des activités judiciaires dans un Etat de droit. Ce principe trouve son fondement dans
divers instruments juridiques tant nationaux, africains qu’internationaux.

Afin d’éviter d’éventuelles dérives, l’administration est tenue d’exécuter les décisions
rendues par le juge administratif. Et comme l’affirme M. Jean-Calvin ABA’A OYONO, elle
« n’a guère d’autre choix que de donner un sens à la décision du juge administratif qui la
déboute, en s’y pliant par exécution d’office »138. Cette obligation constitue l’un des sacro-
saints principes sous-tendant l’Etat de droit. A ce sujet d’ailleurs, M. Henri OBERDORFF
affirme que « l’administration, organe d’exécution, ne peut que se soumettre aux décisions
du juge, c’est-à-dire au droit, sinon l’Etat de droit perdrait une grande partie de sa
crédibilité »139.

Une administration qui se veut soumise au droit et respectueuse des droits de ses
administrés se doit donc d’exécuter spontanément et sans contrainte aucune, ni discrimination,

138
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », Revue Africaine des
Sciences Juridiques (RASJ), FSJP/UY II, Vol.8, N°1, 2011, P.266.
139
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, thèse de Doctorat en
droit public, Université de Paris II Panthéon-Assas, mai 1981, P.34.

44
toutes les décisions rendues par le juge administratif et qui la condamne à une obligation soit
de faire, soit de ne pas faire quelque chose. En exécutant ainsi volontairement lesdites
décisions, l’administration publique camerounaise s’inscrit indubitablement dans la liste des
plaideurs de bonne foi et participe, ce faisant, à l’œuvre d’édification d’un véritable Etat de
droit au Cameroun.

Au Cameroun justement, l’exécution des décisions du juge administratif fait l’objet


d’une règlementation particulière, quelque peu distincte des règles qui gouvernent l’exécution
des décisions rendues par le juge judiciaire. Cela dit, lorsque l’administration fait le choix de
la raison en décidant spontanément de mettre en application le verdict rendu par le juge
administratif au terme d’un procès l’ayant opposé à un particulier, elle est tenue de le faire
dans le stricte respect de la procédure prévue à cet effet (titre I).

Toutefois, il arrive régulièrement que cette volonté, supposée ou réelle de


l’administration, à se soumettre à l’autorité de la chose jugée, conformément à la procédure
prescrite, achoppe sur un certains nombre d’obstacles qui rendent ainsi l’exécution sinon
impossible, du moins extrêmement difficile (titre II).

45
TITRE I : LA PROCEDURE
D’EXECUTION

46
Le mythe de la déesse Thémis, tenant entre ses mains les plateaux de la balance lors
d’un jugement, nous enseigne que la justice doit être pensée comme une œuvre pondérée. Elle
suppose, de la part de ceux qui la rendent, un sens d’équilibre entre revendications et
principes contradictoires. Cette nécessité récurrente de concilier des principes antagonistes se
manifeste à travers le rôle que le système juridique reconnaît au juge. La résolution d’un
conflit matériel entre deux règles ou principes peut se traduire par le rejet intégral de l’un
d’entre eux.

Or cette vision tranchée de la justice ne reflète pas la manière dont se déroule le travail
juridictionnel. De surcroît, elle ne répond pas aux exigences d’une justice moderne, comprise
comme une œuvre de médiation, d’arbitrage, voire de conciliation. Le contentieux
administratif apparaît comme le terrain d’élection de ces différents instruments
d’interprétation, destinés à nuancer les effets inacceptables que comporte toute théorie
juridique dans ses conséquences logiques140. La bonne administration de la justice apparaît, à
cet égard, comme l’une de ces variables d’ajustement au cœur de la justice administrative.
Elle suppose également que les décisions rendues, au terme de l’office du juge, soient
exécutées par toutes les parties suivant une procédure bien aménagée.

Par procédure ici, il faut y voir le cheminement, mieux les formalités à suivre pour
rendre effective une décision de justice. L’exécution, en tant que dynamique, n’étant elle-
même rien d’autre qu’un processus dont l’aboutissement, à terme, consiste en la mise en
œuvre d’une résolution, d’une recommandation ou d’une décision en lui faisant produire ses
effets.

Et parce qu’il s’agit d’un processus, son déroulement est enserré dans une procédure
qui se veut être, à tort ou à raison, rigide. Ainsi, lorsqu’elle s’engage spontanément et
volontairement à exécuter les décisions du juge administratif, l’administration ne peut y
procéder qu’en respectant scrupuleusement les différentes étapes prévues à cet effet. Le
législateur camerounais a, en effet, déterminé et règlementé les différentes phases conduisant
à l’exécution des décisions du juge administratif.

A ce sujet, il sera loisible de constater qu’après l’office du juge, plusieurs formalités


doivent être préalablement accomplies pour que la décision devienne exécutoire et opposable

140
MEYNAUD (A.), La bonne administration de la justice et le Juge Administratif, mémoire de Master en droit
public approfondi, Université de Paris II Panthéon-Assas, 2012, P.1.

47
à tous (chapitre I). Une fois que lesdites formalités ont été effectuées par les différentes
autorités auxquelles elles incombent en vertu de la loi, l’administration est alors tenue de
remplir son obligation. Celle-ci se traduit de façon concrète par la matérialisation de
l’exécution dans les faits (chapitre II).

48
CHAPITRE I : LES FORMALITES
PREALABLES A L’EXECUTION

49
Le prononcé d’une décision de justice marque la fin de l’office du juge et par voie de
conséquence son dessaisissement. Mais il ne suffit pas qu’une décision soit rendue pour
qu’elle puisse recevoir exécution. Autrement dit, l’exécution dont s’agit n’est pas du tout
automatique comme les potentiels justiciables du prétoire du juge administratif seraient tentés
de le croire. Pour qu’une décision rendue par ce juge spécial puisse être exécutée au
Cameroun, il faut nécessairement et obligatoirement qu’elle soit soumise à un formalisme qui,
à terme, va lui conférer une force exécutoire, faute de quoi son exécution ne pourra jamais
être poursuivie par la partie la plus diligente ou tout au moins celle qui aura le plus intérêt à le
faire.

En l’état actuel du droit positif camerounais, face à une décision du juge administratif,
il est indispensable que deux principales formalités soient préalablement accomplies avant
qu’une quelconque exécution ne puisse valablement être envisagée. Il s’agit, d’une part, de la
notification de la décision à exécuter aux différents plaideurs (section I) et, d’autre part, de
l’apposition de la formule exécutoire sur ladite décision (section II).

SECTION 1 : LA NOTIFICATION DE LA DECISION

Dans un sens large, la notification est une information donnée aux personnes
concernées, relativement à l’existence d’un fait ou d’un acte. C’est le fait de porter quelque
chose à la connaissance d’une personne de manière officielle ou alors dans les formes
légales141. Le juge administratif camerounais a eu l’occasion de s’étendre sur cette notion en
précisant dans un arrêt, il est vrai ancien, du 10 août 1957, que « la notification est la remise
à l'intéressé de la copie in extenso de la pièce à notifier ou tout au moins d'un écrit
contenant tous les éléments nécessaires pour lui permettre de se faire un compte exact de la
mesure prise à son égard, ainsi que des motifs pour lesquels elle a été prise »142.

Allant dans le même sens, certains auteurs143 appréhendent la notification comme étant
« la transmission officielle (envoi avec accusé de réception, transmission avec décharge ou

141 ème
Dictionnaire universel, 3 édition, Paris, Hachette-Edicef, 1995, P.839.
142
CCA, Arrêt n°636/CCA du 10 août 1957. NDJOCK Jean contre Administration du Territoire.
143
KAMTO (M.), « Note sous CS/AP, arrêt du 24 mars 1983, NJIKI AKAM TOWA Maurice contre Etat du
Cameroun », Pénant, n°788-789, 1985, P.355. Voir également en ce sens KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et
KAMGANG SIMEU (C. C.), « Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars 2011, Etat du Cameroun
(MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », Juridis périodique n°103, juillet-août-
septembre 2015, P.62, puis KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et SIETCHOUA DJUITCHOKO (C.), « Note sous CS/CA,
Jugement n°29 du 03 Mai 1990, MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun », Juridis périodique n°43,
juillet-août-septembre 2000, P.64.

50
tout autre moyen susceptible de prouver que l’acte a effectivement été porté par voie
officielle à la connaissance de l’intéressé) à l’intéressé de l’acte sous forme écrite ». Elle est
donc une formalité par laquelle on tient officiellement une personne informée du contenu ou
de la teneur d'un acte dans lequel elle a un intérêt quelconque. En cette occurrence, l’acte à
notifier peut émaner d’une autorité administrative. Il peut alors s’agir, selon les cas, de la
communication des résultats d’un concours de recrutement dans la fonction publique, de la
délivrance d’un permis d’urbanisme, de l’attribution d’un marché public, de l’octroi d’une
subvention…

L’acte dont s’agit peut également avoir été pris dans le cadre d’une procédure
juridictionnelle. Dans ce cas, nous nous intéresserons particulièrement aux décisions de
justice qui doivent être portées à la connaissance des différents plaideurs. Ainsi, loin d’être
une création ex nihilo, la notification des décisions du juge administratif camerounais est une
formalité prescrite et exigée par les textes de loi dans lesquels elle trouve tant son fondement
juridique que la forme qu’elle se doit de présenter (Paragraphe I). Une fois qu’elle est
accomplie dans les forme et délais légaux, cette formalité produit très souvent des effets
indéniables (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I : FONDEMENT ET FORME DE LA NOTIFICATION

Telle qu’appréhendée ici, la notification « consiste à informer personnellement le


destinataire de la décision de l’existence et du contenu de celle-ci »144. C’est donc une
opération purement matérielle, quoique constatée par un écrit, et non un « acte écrit
découlant d’une procédure bien établie » comme l’a prétendu le juge administratif
camerounais dans l’affaire YOUTOU Martin contre Etat du Cameroun (MINFI)145. A ce sujet
d’ailleurs, M. Bernard Junior OWONA OMGBA a estimé qu’il s’agissait là d’un simple
lapsus commis par le juge146.

La notification trouve son fondement dans le dispositif législatif en vigueur, lequel


fait de cette formalité une exigence légale (A). Cependant, cette opération matérielle doit être
faite dans une forme bien déterminée (B) afin d’aboutir au résultat escompté.

144 ème
LEBRETON (G.), Droit Administratif Général, 4 édition, Paris, Dalloz, 2007, PP.246-247.
145
CS/CA, jugement n°08/2010/CS/CA du 03 février 2010, YOUTOU Martin contre Etat du Cameroun (MINFI).
146
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais : Recherches sur l’accès
au droit au Cameroun, Thèse de Doctorat Ph/D en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, janvier 2015,
P.195.

51
A- La notification : une exigence légale

La notification des décisions du juge administratif est une exigence légale dans la
mesure où les différents textes juridiques régissant la procédure administrative contentieuse
au Cameroun font obligation, au Greffier en Chef de la juridiction administrative dont émane
ladite décision, d’y procéder. A la différence de la signification qui constitue un autre mode
d’information utilisé pour les jugements et arrêts, la notification des décisions d’une
juridiction administrative est assurée automatiquement par le Greffier en Chef de ladite
juridiction, et non à l’initiative d’une des parties sollicitant le ministère d’un huissier de
justice. Le principe même de cette notification est affirmé par les dispositions législatives en
vigueur (1), bien que le juge administratif en vienne parfois à faire une application plutôt
biaisée (2).

1- L’affirmation législative

La notification des décisions de justice aux différentes parties est une formalité
prescrite dans divers textes juridiques en des termes impératifs, voire injonctifs. Ainsi,
l’article 63 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 dispose que « les jugements du
tribunal administratif sont notifiés aux parties dans les huit jours de leur
enregistrement »147. Il va donc de soi que la notification d’un jugement ne peut intervenir
avant que la formalité relative à l’enregistrement de celui-ci n’ait été accomplie.

Mais ce qui semble critiquable dans l’attitude du législateur ici, c’est le fait pour lui de
n’avoir fixé aucun délai dans lequel l’enregistrement dont s’agit devrait être effectué. Il n’a
non plus envisagé l’attitude que pourraient adopter les parties face à une décision dont ils
veulent s’en prévaloir, mais pour laquelle la formalité relative à l’enregistrement n’a toujours
pas été accomplie après une période considérable. Nous pensons qu’il eu été préférable
d’assortir cette formalité de sanctions à l’encontre des personnes auxquelles elle incombe, tout
en permettant à la partie la plus diligente de pouvoir y procéder, quitte à se faire rembourser
les frais y afférents par la suite.

Pour sa part, la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et


fonctionnement de la Cour Suprême dispose en son article 106 que « les arrêts de la chambre
administrative sont notifiés par le Greffier en Chef de la Chambre aux parties dans les huit

147
V. art.63 de la loi N°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux
administratifs.

52
(08) jours de leur enregistrement ». Allant dans le même sens, l’article 110 du même texte
dispose en son alinéa 1er que « l’arrêt de référé est immédiatement exécutoire. Il est notifié
dans les vingt quatre (24) heures aux parties en cause » 148.

Ce dernier texte suscite en nous deux principales observations. D’une part, le


législateur ne conditionne pas, tout au moins explicitement dans ce cas, la notification à
l’enregistrement préalable de la décision rendue. D’autre part, en indiquant que l’arrêt de
référé est immédiatement exécutoire, il semble attribuer un rôle marginal à l’accomplissement
de la formalité relative à la notification. On peut donc logiquement penser que celle-ci ne
constitue nullement une formalité substantielle. Par conséquent, les parties peuvent se
prévaloir de la décision en exigeant son exécution sans qu’elle n’ait été ni enregistrée, ni
notifiée à qui de droit. Cette analyse contraste toutefois avec la position de M. Jean-Marc
FEVRIER qui pense que « la notification conditionne l’effectivité de la décision
juridictionnelle »149. Vu sous cet angle, tant que la décision n’est pas notifiée, son inexécution
n’est pas fautive car, comme l’affirme cet auteur, « seule la notification permet de recourir à
l’exécution forcée »150.

Par ailleurs, comme dans le texte précédent, on peut lire à l’article 112 alinéa 1 de
cette loi que « l’arrêt rendu sur pourvoi contre une ordonnance en matière de sursis à
exécution est, dans les vingt quatre (24) heures, notifié aux parties en cause ». Comme on
peut le constater, le législateur, non seulement exige l’accomplissement de la formalité
relative à la notification, mais aussi et surtout, il l’enferme dans des délais très brefs et même
extrêmement contraignants. Contrairement à ce qui semble avoir cours en matière de
publication des actes administratif unilatéraux où le moment de la notification est souvent
décidé par leur auteur151, le législateur n’a pas voulu offrir cette faculté au Greffier en Chef de
la juridiction administrative, à qui il a indiqué expressément les délais dans lesquels il se doit
de procéder à la notification des décisions de justice. Mais comme précédemment, il n’a prévu
aucune sanction en cas de défaillance. Cette omission, supposée ou réelle, peut laisser
subodorer qu’une telle disposition s’assimile à une simple recommandation, parce que
dépourvue de force juridique contraignante, et donc du caractère obligatoire.

148
V. art. 106, 110 et 112 de la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et fonctionnement de
la Cour Suprême.
149
FEVRIER (J.-M.), Recherches sur le contentieux administratif du sursis à exécution, Paris, Harmattan,
Collection Logiques Juridiques, 2000, P.278.
150
Ibid.
151
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.232.

53
Quoique prescrite sous un ton injonctif, le législateur camerounais n’a, ni
explicitement ni même implicitement, prévu une quelconque sanction en cas de non
accomplissement de la formalité relative à la notification. Or, nul n’est sans ignorer qu’une
norme juridique n’est d’autant plus obligatoire que pour autant qu’elle est assortie de sanction
en cas de violation. A ce propos, M. Hans KELSEN affirmait d’ailleurs que l’efficacité d’une
norme commandant un certain comportement est largement tributaire des sanctions dont elle
est assortie152. Lui emboîtant le pas, M. Noberto BOBBIO relevait à ce sujet que la sanction
est le caractère d’une norme obligatoire153.

Toutefois, l’on peut logiquement penser qu’avant l’accomplissement de cette


formalité, somme toute substantielle qu’est la notification, les parties ne peuvent valablement
exercer les voies de recours contre la décision concernée le jour même où celle-ci est rendue,
comme ce fut le cas dans la législation antérieure, ainsi que l’ont relevé certains auteurs154.
Mais, cette prescription est-elle réellement et rigoureusement appliquée par le juge ?

2- L’application jurisprudentielle

Avant de nous appesantir effectivement sur la position du juge relativement à cette


question, nous tenons à préciser, d’entrée de jeu, que l’objectif poursuivi ici consiste en
l’examen de la valeur que la jurisprudence accorde à la notification. Le juge administratif
camerounais s’est longuement étendu, dans plusieurs espèces d’ailleurs, sur le caractère
substantielle de la formalité relative à la notification des actes administratifs unilatéraux. A
l’analyse d’une jurisprudence constante et abondante en la matière, il est établi que
l’opposabilité d’un acte administratif aux administrés est subordonnée à la notification
préalable dudit acte à son destinataire155. Cependant, compte tenu du fait que notre travail ne
porte pas sur les actes administratifs, nous n’y apporterons pas plus de détails à ce propos.

Le problème fondamental qui reste et demeure encore digne d’intérêt est celui de
savoir si le juge administratif veille effectivement au strict respect de cette prescription légale
qu’est la notification de ses décisions aux différentes parties, avant que celles-ci ne s’en
152
KELSEN (H.), Théorie générale des normes, Paris, PUF, 1996, P.183.
153
BOBBIO (N.), Essais de théorie du droit, Paris, LGDJ, 1998, P.142.
154
KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et KAMGANG SIMEU (C. C.), « Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars
2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », Juridis périodique
n°103, juillet-août-septembre 2015, P.63.
155
CCA, Arrêt n°636 du 10 août 1957, NDJOCK Jean contre Administration du Territoire ; CS/CA, jugement
n°43/ADD du 21 mai 1987, MAÏGARI ALHADJI HAMADJODA contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement
n°29/CS/CA du 03 mai 1990, MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun ; CS/CA, jugement n°38/04-05 du
29 décembre 2004, Association « le Tabernacle des aigles » contre Etat du Cameroun (MINATD).

54
prévalent. Les recherches entreprises ne nous ont malheureusement pas permis de rencontrer
plusieurs décisions traitant de cette question. La seule que nous pouvons évoquer ici, à titre
illustratif, concerne l’affaire ayant opposé, devant le juge administratif de second degré, l’Etat
du Cameroun et WABO FOTSO Jean Jacques à FOIDING Michel156.

La lecture de la décision intervenue dans cette cause permet de se rendre compte que
le juge administratif ne fait pas de la notification de ses décisions une condition préalable à
l’exercice des voies de recours contre elles. En l’espèce, il a en effet décidé que : « Attendu
que l’appel de WABO FOTSO Jean Jacques relevé par lettre en date du 02 février 2009,
déposée au greffe le 04 suivant sous le n°116, contre le jugement entrepris, avant toute
notification, est recevable comme fait dans les forme et délai prescrits par la loi ».

A l’analyse, nous pensons que le juge administratif d’appel a, par une telle décision,
fait une mauvaise application des textes en vigueur. En effet, l’article 73 de la loi n°2006/016
du 29 décembre 2006 précitée157 dispose que « l’appel est, à peine de forclusion et sauf
dispositions spéciales contraires, formé dans un délai de quinze (15) jours à compter du
lendemain de la notification de la décision de la juridiction inférieure ». Il ressort de cette
disposition que l’appel doit être interjeté après que la formalité relative à la notification de la
décision entreprise ait été accomplie. C’est donc en violation de cette prescription légale que
le juge de l’espèce a déclaré l’appel recevable avant toute notification du jugement entrepris.

Face à une telle transgression flagrante des textes, l’on ne peut qu’exprimer sa
curiosité sur les mobiles qui ont amené ce juge à agir de la sorte. De deux choses l’une, soit il
a voulu appliquer, en matière administrative contentieuse, la théorie de la connaissance
acquise qui est généralement mise en œuvre dans le cadre de la procédure administrative non
contentieuse, soit alors il a simplement fait application de la législation antérieure, sous
laquelle l’appel n’était pas subordonné à la notification de la décision entreprise aux
parties158. Mais, bien qu’ayant pris le contre-pied des dispositions législatives, nous sommes
favorable à cette interprétation textuelle faite par le juge, sur laquelle nous reviendrons
d’ailleurs plus loin.

156
CS/CA, Arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars 2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques
contre FOIDING Michel.
157
Il s’agit de la loi fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour Suprême.
158
KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et KAMGANG SIMEU (C. C.), « Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars
2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », [Link]., P.63.

55
En tout état de cause, il ne demeure pas moins vrai qu’en plus du fait qu’elle soit une
exigence légale, la notification des décisions de justice aux parties est une formalité non
seulement obligatoire, mais également enserrée dans des délais rigides et très courts. Et parce
qu’il s’agit d’une prescription légale, il est important que la forme qu’elle se doit de revêtir
soit connue, afin que nul n’en ignore.

B- La forme de la notification

Il ne serait pas péremptoire d’affirmer, d’entrée de jeu, que la notification est une
exigence certes légale, mais une exigence au contenu vague, voire incertain. Car en effet, en
l’état actuel du droit positif camerounais, aucun texte n’indique explicitement le contenu de
l’écrit destiné à l’accomplissement de cette opération matérielle qu’est la notification. Tout au
plus, on peut plutôt avoir une idée de la forme qu’une telle opération peut revêtir. Ainsi, à la
lecture des textes réglementant l’accomplissement de cette formalité, on se rend compte à
l’évidence que le législateur a prescrit exclusivement la forme écrite (1), rejetant par ce fait
même toutes les autres formes (2).

1- L’exigence de la forme scripturale

Le législateur camerounais a, en des termes précis, et non équivoques, enjoint que la


notification des décisions rendues par le juge administratif soit faite par écrit. Cette injonction
est d’ailleurs indiquée dans les dispositions de l’article 25 de la loi n°2006/022 du 29
décembre 2006 suscitée, desquelles il ressort que « les notifications sont assurées par le
greffier en chef, soit dans la forme administrative, soit par lettre recommandée avec accusé
de réception, soit par exploit d’huissier, soit par tout autre moyen laissant trace écrite ».

L’exploit d’huissier est un acte authentique rédigé par un officier ministériel


communément appelé Huissier de justice. En raison du sceau de l’authenticité dont il est
marqué, cet acte fait foi jusqu’à inscription de faux. Autrement dit, à l’opposé d’autres
catégories d’actes qui peuvent être simplement remis en cause par la preuve contraire, les
actes authentiques, et donc les exploits d’huissier, ne peuvent être contestés que par la
procédure souvent longue et complexe d’inscription de faux159. Il s’agit là d’une procédure,
principale ou incidente selon les cas, dirigée contre un acte authentique et visant à démontrer
qu’il a été altéré, modifié, complété par de fausses indications ou même fabriqué.

159 ème
GUINCHARD (S.), MONTAGNIER (G.) (Sous la direction de …), Lexique des termes juridiques, 13 édition,
Paris, Dalloz, 2001, PP.259 et 308.

56
L’exploit d’huissier doit être servi à son destinataire, à la requête du Greffier en Chef
de la juridiction administrative dont émane la décision à notifier. Dans la pratique cependant,
les Greffiers en Chef des Tribunaux Administratifs, semble-t-il, se réservent encore le droit de
faire usage de cette option. La raison peut découler du fait des lenteurs judiciaires qu’elle est
susceptible de causer. Mais il peut également s’agir d’une difficulté juridique fondamentale,
eu égard au fait que le jurislateur camerounais n’a, jusqu’à ce jour, pas déterminé
explicitement celui qui devra, en définitive, supporter le coût de ces exploits.

S’agissant de la lettre recommandée, elle est faite par voie postale. Le procédé
consiste, pour le Greffier en Chef, à déposer auprès de la poste un pli contenant la décision à
remettre au destinataire, ainsi qu’une lettre dans laquelle il invite ce dernier à prendre
possession de ladite décision et, parfois, à lui retourner un avis de réception. Mais, le service
de la poste est également tenu de remettre au Greffier en Chef, et en temps opportun, un
accusé de réception. Il n’est pas superflu de rappeler que pour rendre le service demandé,
l’administration postale se sert de l’adresse du destinataire, à elle communiquée par le
Greffier en Chef.

Toutefois, il y a lieu de relever que ce mode de notification n’est presque pas usité
dans la pratique, en raison des lenteurs qu’il pourrait, lui aussi, engendrer du fait de sa
lourdeur. Mais l’exactitude de l’adresse du destinataire peut également constituer un obstacle
fondamental à sa mise en œuvre. En effet, si tant est vrai que cette adresse constitue le point
de contact de la personne à notifier, le juge administratif camerounais n’a pas manqué
d’indiquer que le destinataire doit être notifié à l’adresse supposée connue160. Le problème
majeur ici est relatif à l’erreur qui pourrait survenir sur l’adresse communiquée à la poste par
le Greffier en Chef. A cet effet, le juge administratif est intervenu pour distinguer selon que
l’erreur est imputable à l’administration ou au destinataire lui-même.

Dans la première hypothèse, le juge tire les conséquences de l’inadvertance de


l’administration qui s’est trompée d’adresse en admettant que la notification ne compte pas. Il
a adopté une telle position dans une affaire relativement récente, opposant sieur FOTSING
Joseph à l’Etat du Cameroun161. En l’espèce, l’administration s’était trompée à deux reprises
sur l’adresse du requérant. La première erreur portait sur la boîte postale. Au lieu de

160
CS/CA, jugement n°13/CS/CA/ 81-82 du 28 janvier 1982, NJEMBELLE EKALLE Piddy contre Etat du
Cameroun.
161
CS/CA, jugement n°06/94-95 du 27 octobre 1994, FOTSING Joseph contre Etat du Cameroun.

57
"FOTSING Joseph, BP : 927 Bafoussam", la notification avait été plutôt faite à l’adresse
"FOTSING Joseph, BP : 227 Bafoussam". La deuxième erreur, quant à elle, portait sur le nom
du destinataire. A la place de "FOTSING Joseph BP : 927 Bafoussam", la notification avait
été faite à "KINGUE Joseph, BP : 927 Bafoussam". Fort heureusement, le juge a fait preuve
de tact et de réalisme pour ne pas imputer à un administré les fautes provenant d’une
inattention de l’administration.

Dans la seconde hypothèse, lorsque c’est le destinataire lui-même qui est à l’origine de
l’erreur commise sur son adresse, le juge administratif le sanctionne en admettant que la
formalité relative à la notification a été régulièrement effectuée, bien que l’ayant été à une
mauvaise adresse. C’est du moins ce qui ressort de la décision rendue par la Chambre
Administrative de la Cour Suprême dans l’Affaire TATSINDA Maurice contre Etat du
Cameroun162. La haute juridiction disait alors : « Attendu que le changement d’adresse fait
par le requérant n’a pas été signalé au Greffe ; Qu’il est censé avoir été notifié, même s’il
n’a pu par son fait satisfaire aux exigences à lui réclamées ».

Méthode la plus souvent utilisée, la notification suivant la forme administrative semble


moins lourde et beaucoup plus rapide que les deux précédentes. Par cette technique en effet, le
Greffier en Chef adresse au destinataire une simple correspondance administrative dans
laquelle il l’invite à trouver ci-joint une expédition de telle décision rendue dans telle cause et
dans laquelle il était partie. Dans la même correspondance, il lui indique également les délais
à lui imparti pour l’exercice éventuel des voies de recours. Il lui demande, en outre, d’accuser
réception de sa correspondance. C’est d’ailleurs en cela que cette pratique se rapproche de la
notification par lettre recommandée avec accusé de réception.

Le Greffier en Chef peut également passer outre toutes ces techniques qui lui sont
offertes par le législateur et faire notifier la décision de justice aux parties par tout autre
moyen. Mais, s’il advient qu’il décide d’emprunter cette option, il lui est fait obligation de
laisser une trace écrite163, afin de pouvoir attester, le moment venu, de ce que le destinataire a
effectivement reçu la décision rendue. Et dans ce cas, le juge administratif a décidé que
l’accusé de réception peut valablement servir d’élément de preuve pour justifier que la

162
CS/CA, jugement n°09/92-93 du 31 décembre 1992, TATSINDA Maurice contre Etat du Cameroun.
163
NTAH A MATSAH (H. M. M.), Le ministère public dans le contentieux administratif au Cameroun :
Contribution à l’étude des organes de la juridiction administrative camerounaise, Thèse de Doctorat/Ph.D en
droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, 2010, P.343.

58
formalité relative à la notification a été effectivement accomplie164. Cette preuve peut
également être rapportée par le procès-verbal de notification dûment signé par le destinataire.

En indiquant comme il l’a fait, et de façon explicite, les différentes formes de


notification, le législateur a, de cette manière, privilégié les procédés de notification écrite,
consacrant ainsi ce qu’un auteur a qualifié de « procédé personnel typique »165. Il va sans dire
que les décisions rendues par le juge administratif ne sauraient, en l’état actuel du droit, faire
l’objet d’une notification ne laissant aucune trace écrite, et donc « atypique »166. Sont donc
proscrits ici toutes les autres formes de notification.

2- Le rejet catégorique des autres formes

Contrairement à l’adage populaire selon lequel l’administration est toujours écrite, le


Pr. Robert MBALLA OWONA pense, pour sa part, que « l’autorité administrative se trouve
parfois dans les circonstances où elle ne peut pas écrire »167, alors même qu’elle est tenue
d’agir en prenant un acte. Il peut en être ainsi notamment en cas d’urgence, comme l’affirme
par ailleurs M. Guillaume PAMBOU CHIVOUNDA qui estime que « les formes font l’objet
de fréquents assouplissements en cas d’urgence (…) Toute action accélérée implique
inévitablement la négligence de toutes les formalités qui l’entraveraient ou la retarderaient
dangereusement »168. Pour autant, peut-on brandir comme alibi la notion d’urgence, ou alors
certaines circonstances, voire des considérations de fait, pour admettre que la notification des
décisions de justice puisse être faite par des moyens ne laissant aucune trace écrite ? A cette
question, le législateur camerounais a répondu par la négative.

En effet, si tel peut être le cas en ce qui concerne les actes administratifs unilatéraux
pour l’édiction desquels aucune forme particulière n’est exigée169, il n’en est pas ainsi
lorsqu’il s’agit de la notification des décisions rendues par le juge administratif. Car en

164
CS/CA, jugement n°16/CS/CA/81-82 du 28 janvier 1982, KEMTSINKOP Charles contre Etat du Cameroun
(Commune de Dschang).
165
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.176 et ss.
166
Idem, P.240 et suivants.
167
MBALLA OWONA (R.), La notion d’acte administratif unilatéral au Cameroun, Thèse de Doctorat en droit
public, Université de Yaoundé II-Soa, FSJP, 2011, P.291.
168
PAMBOU TCHIVOUNDA (G.), « Recherches sur l’urgence en droit administratif français », RDP, n° 1, 1983,
P.127.
169
CCA, Arrêt n°320 du 3 septembre 1954, ADA NDZIE contre Administration du Territoire ; CS/AP, Arrêt
n°26/CS/AP/A du 27 juin 1966, ONANA Adolphe contre Communauté Urbaine de Yaoundé ; Jugement
n°8/CS/CA du 19 décembre 1975, TONKAM Pierre contre Etat du Cameroun ; Ordonnance n°12/08/CS/PCA/78-
79 du 02 novembre 1978, DEUDIE Joseph contre Etat du Cameroun.

59
pareille circonstance, tous les procédés non écrits sont formellement interdits. Il en va ainsi de
la notification verbale, bien qu’elle soit admise pour porter les actes administratifs à la
connaissance de leurs destinataires170. L’on peut penser que cette interdiction se fonde sur
l’adage populaire « scripta volant, verba manent », ce d’autant plus que la notification
verbale ne laissant aucune trace, la preuve de son accomplissement ne peut être rapportée en
cas de contestation. C’est sans doute la raison pour laquelle les procédés de notification
gestuelle171, sonore172 et signalisée173sont également proscrits.

Au demeurant, il se déduit implicitement, voire explicitement, des textes et de la


pratique courante, que l’acte de notification comporte généralement la copie in extenso de la
décision. Le principe voudrait que l’acte à notifier soit remis personnellement au destinataire.
Il s’agit donc d’une remise directe entre les mains du destinataire, ce qui exclu, a priori, une
éventuelle remise à des tiers qui joueraient le rôle d’intermédiaire. Après avoir indiqué que la
notification est « un avertissement écrit apporté personnellement à l’intéressé »174, le juge
administratif camerounais a réitéré cette position en décidant que « la notification s’opère
normalement par la remise du texte même de la décision à son destinataire »175, sauf qu’ici,
il admet cependant que la notification puisse être faite au représentant du destinataire.

Mais, dans ce dernier cas, il doit s’agir d’un représentant légalement établit, et donc
muni d’un mandat de représentation en bonne et due forme176. C’est du moins ce qui ressort
de la décision rendue dans l’affaire NDOUGSA Joseph Valentin contre Etat du Cameroun177.
En l’espèce, la notification avait été adressée au notaire qui avait dressé l’acte de vente d’un
terrain au profit du requérant. Le juge en a profité pour dire : « Attendu qu’il ne résulte nulle
part des pièces du dossier que Maître KACK KACK était le représentant de NDOUGSA ;
Que si celui-ci l’a requis pour dresser l’acte de vente d’un terrain ainsi que l’exige la loi,
cela ne fait nullement du notaire le représentant de NDOUGSA dans tous les litiges qui
s’en suivraient ; Qu’il s’ensuit que l’acte attaqué aurait dû être notifié à la personne de
NDOUGSA ou à son domicile ».

170
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.246.
171
Idem, P.251.
172
Idem, P.254.
173
Idem, P.256.
174
CS/CA, Jugement n°29 du 03 mai 1990, MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun.
175
CS/CA, jugement n°43/ADD du 21 mai 1987, MAÏGARI ALHADJI HAMADJODA contre Etat du Cameroun.
176
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.182.
177
CS/CA, jugement n°11/CS/CA/81-82 du 28 janvier 1982, NDOUGSA Joseph Valentin contre Etat du
Cameroun.

60
L’autorité à laquelle incombe le devoir d’accomplir cette formalité, en l’occurrence le
Greffier en Chef de la juridiction dont émane la décision à notifier, peut choisir, selon les cas,
soit de reproduire intégralement ladite décision au bas d’une lettre ou d’un exploit d’huissier,
soit alors d’y joindre en annexe une expédition de la décision dont s’agit. Cette seconde
éventualité est d’ailleurs implicitement, mais fermement, prévue par la loi applicable en la
matière, laquelle dispose que « les expéditions des jugements définitifs destinées à être
notifiées aux parties sont établies sans frais »178.

Quelle que soit l’option adoptée en définitive, le plus important c’est que la décision
soit remise au destinataire dans son intégralité, c’est-à-dire « la copie in extenso »179. En cela,
le principe de la notification intégrale des décisions de justice et des actes administratifs
s’inscrit donc dans le formalisme de la notification écrite180.

Outre la copie intégrale de la décision, l’acte de notification doit également contenir


l’indication claire et précise des délais impartis pour exercer les voies de recours, ainsi que les
sanctions encourues en cas de non respect de ceux-ci. Ainsi, lorsqu’elle a été valablement
effectuée, la notification produit des effets qui peuvent, à n’en point douter, influencer
considérablement le sort de la décision à exécuter.

PARAGRAPHE II : LA PORTEE DE LA NOTIFICATION

Généralement, la notification d’une décision de justice entraine pour l’administration


une obligation de l’exécuter, sans que l’administré n’ait besoin d’en faire une quelconque
demande181. Au sens le plus strict qu’elle reçoit en matière juridictionnelle, la notification est
la formalité par laquelle le greffe d’une juridiction informe les parties d’un acte de procédure,
en leur adressant une copie certifiée conforme dudit acte tout en leur indiquant, lorsque l’acte
est un jugement ou un arrêt, les voies de recours qui leur sont ouvertes, ainsi que les délais
dans lesquels celles-ci doivent être exercées.

Vu sous cet angle, il va de soi que la notification des décisions du juge administratif a
deux effets majeurs : l’information des parties en cause (A) et le déclenchement des délais des
voies de recours (B).

178
Lire à ce sujet la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée en son article 64.
179
CCA, Arrêt n°636/CCA du 10 août 1957, NDJOCK Jean contre Administration du Territoire.
180
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.193.
181
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.239.

61
A- L’information des parties

Selon M. Jacques MOLINIE, « la notification d’un acte juridique (ou la signification


qui en est la variante) c’est l’accomplissement de certaines formalités qui, portant
effectivement l’existence et le contenu de cet acte à la connaissance d’un nombre déterminé
d’intéressés, permettent de le leur rendre opposable »182. Il s’en suit donc que si l’opération
de notification a pour dessein essentiel d’informer ses destinataires, cette information se situe
à deux niveaux car elle porte à la fois sur l’existence de la décision (1) à notifier et sur son
contenu (2).

1- L’information sur l’existence de la décision

La notification vise avant tout à informer ses destinataires de ce qu’une décision de


justice a été rendue dans une cause où ils ont, ou alors auraient dû être appelés, dans une
cause où ils ont ou auraient dû être partie, bref qu’une décision de justice a été rendue au
terme d’un procès dans lequel ils avaient un quelconque intérêt. Dans cet ordre d’idée, le juge
administratif camerounais n’a pas manqué l’occasion qui lui était offerte pour dire que « la
notification s’entend par la remise ou la prise de connaissance de l’acte… »183. Elle n’est
donc pas une vaine formalité184, même si cela peut, à certains égards, sembler n’être qu’une
lapalissade, tout au moins en ce qui concerne parfois les décisions de justice comme c’est le
cas en l’espèce.

En effet, lorsque les parties ont régulièrement comparu ou se sont faites représentées
jusqu’au prononcé de la décision, elles en sont ipso facto informées de son existence et dans
ce cas, la notification ne constitue plus qu’un truisme à leur égard. Par contre, lorsqu’elles
n’ont pas comparu, il n’est pas évident qu’elles aient eu connaissance de la décision rendue au
terme du procès. Autrement dit, c’est surtout dans l’hypothèse des décisions rendues par
défaut contre toutes les parties, ou même seulement contre l’une d’elles, que le but assigné à
la notification, et visant à informer les parties de l’existence d’une décision de justice, revêt
tout son sens. N’ayant parfois ni été appelé, ni comparu, une telle formalité s’avère
indispensable pour leur faire savoir qu’une décision à été rendue dans une cause les
concernant.

182
MOLINIE (J.), La publication en droit public français, Thèse de Doctorat en droit public, Université de droit,
d’économie et de sciences sociales de Paris, 1976, P.5.
183
CS/CA, jugement n°38/04-05 du 29 décembre 2004, Association "Le tabernacle des aigles" contre Etat du
Cameroun (MINATD).
184
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.207.

62
Par ailleurs, il arrive même souvent que certains plaideurs soient appelés et, après
avoir régulièrement comparu à plusieurs audiences, s’absentent le jour du délibéré. Le cas
échéant, bien que la décision rendue soit contradictoire à leur égard, il n’en demeure pas
moins vrai qu’ils peuvent ne pas savoir que celle-ci a effectivement été rendue, compte tenu
du fait que le juge est parfois amené à proroger les délibérés pour des raisons dont lui seul est
mieux à même d’apporter des explications. Lorsque cette formalité est régulièrement
accomplie, les parties sont informées, non seulement de l’existence, mais également du
contenu de la décision qui leur est notifiée.

2- L’information sur le contenu de la décision

La notification a pour principal objectif de porter à la connaissance des parties à un


litige, la teneur de la décision prise par le juge au terme de son office. Au sens générique, il
faut entendre par notification, le fait de porter à la connaissance d’une personne un acte ou un
projet d’acte qui la concerne individuellement185. Mme Anne-Marie ANDONG estime
d’ailleurs que « la notification doit ainsi consister en la remise de la copie de la pièce à
notifier, dans laquelle il existe tous les éléments nécessaires, pour permettre au destinataire
de s’informer de la mesure prise à son égard »186. Il s’agit bien ici de la connaissance, non
plus seulement de l’existence de la décision, mais aussi et surtout de son contenu exact.

En plus du fait que cette formalité permet de rendre public une décision de justice, tout
au moins à l’égard des parties, l’acte de notification doit en outre indiquer à ces dernières les
voies de recours qui leur sont ouvertes contre ladite décision, les instances compétentes pour
en connaitre, ainsi que les formes et délais à respecter, sous peine de forclusion. Allant dans
ce sens, l’article 111 de la loi n°2006/022 précitée dispose que « la notification de la décision
doit, à peine de nullité, mentionner :
- Le délai dont dispose la partie défaillante pour former opposition ;
- Qu’à l’expiration de ce délai, la décision devient définitive ».

L’utilité de l’indication des voies de recours et des délais impartis pour les exercer est
évidente : permettre aux différents protagonistes d’adresser, aux juridictions administratives
compétentes, des réclamations tendant à remettre en cause ce qui a été jugé, afin d’aboutir
ainsi à un second examen de l’affaire.

185 ème
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri CAPITANT, 8 édition, Paris, PUF, 2000, P.687.
186
ANDONG (A-M.), La notification de l’acte administratif unilatéral en droit camerounais, Mémoire de D.E.A.
en droit public, Université de Yaoundé II-Soa, année académique 2009-2010, P.22.

63
C’est d’ailleurs dans l’optique d’atteindre ce résultat escompté qu’il est souvent exigé
qu’à défaut d’être faite à personne, toute notification soit faite au domicile élu, sous pli
recommandé à la poste ou par porteur avec accusé de réception. L’objectif à terme étant que
la notification atteigne personnellement le destinataire, ou au moins qu’elle soit susceptible de
l’atteindre personnellement. A contrario, si la notification est faite à une personne autre que
l’intéressé, elle n’est pas valable, à moins que cette personne soit normalement appelée à le
représenter. C’est le cas, à titre illustratif, d’un étranger qui a élu domicile chez son conseil, la
notification peut être valablement envoyée à celui-ci.

Si tant est vrai que la notification vise d’abord et avant tout à informer les parties à un
procès de la teneur d’une décision rendue par le juge, il y a tout de même lieu de se demander
si sans cette notification, ces parties ne peuvent pas se prévaloir de ladite décision ou exercer,
au besoin, contre elle les voies de recours. En d’autres termes, peut-on appliquer ici la théorie
de la connaissance acquise ? Avant d’apporter un quelconque élément de réponse à cette
question, rappelons d’emblée le postulat de cette théorie.

La théorie de la connaissance acquise est généralement perçue comme étant « la


conception selon laquelle en l’absence d’une publicité régulière, le délai peut être considéré
comme commençant à courir, s’il est avéré d’une manière quelconque que l’intéressé avait
connaissance de l’acte »187. En d’autres termes, cette théorie suppose, en effet, qu’en
l’absence d’une publicité régulière, telle que prescrite par les lois et règlements applicables,
une personne est supposée être informée de l’existence d’un acte lorsqu’il s’avère qu’elle a,
d’une manière quelconque, eu connaissance dudit acte188. Cette connaissance doit porter à la
fois sur l’existence et surtout le contenu de la décision. La théorie de la connaissance acquise,
mentionnons-le, est traditionnellement mise en œuvre dans l’hypothèse du recours formé par
un membre d’une assemblée délibérante contre un acte à l’élaboration duquel il a pris part, du
fait de sa participation aux débats et à l’adoption dudit acte189.

Ce rappel étant fait, appesantissons-nous à présent sur la question de départ. L’article


63 de la loi n° 2006/022 précitée dispose que « Les jugements du tribunal administratif sont
notifiés aux parties dans les huit jours de leur enregistrement »190. Le problème qui se pose

187 ème
AUBY (J.-M.), DRAGO (R.), Traité de contentieux administratif, Tome I, 3 édition, Paris, LGDJ, 1984,
P.794.
188
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), Précis de contentieux administratif (aspects de l’évolution récente), Paris,
Harmattan, 2013, P.156-157.
189
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, [Link]., P.233.
190
Il s’agit de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.

64
donc ici est celui de savoir si avant cette notification, un plaideur peut se prévaloir de la
décision rendue, à un titre quelconque. Le législateur est resté muet sur cette question, pas
plus qu’il n’a assorti cette obligation de sanction en cas de non respect du délai de huitaine par
le Greffier en Chef.

A l’analyse, nous pensons qu’à partir du moment où la formalité relative à


l’enregistrement a été accomplie, chacune des parties peut légitimement s’en prévaloir et
même exercer les voies de recours contre la décision concernée, dès lors qu’elle a pu prendre
possession de celle-ci par quelques moyens que ce soit. Dans ce cas, il suffira qu’elle justifie
tout simplement qu’elle a eu connaissance, non pas seulement de l’existence de ladite
décision, mais aussi et même surtout de son contenu.

Le juge administratif camerounais a eu l’occasion de se prononcer sur ce point de droit


dans l’affaire Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre
FOIDING Michel191. En l’espèce, par jugement n°103/2008/CA/CS rendu le 13 août 2008
dans la cause opposant sieur FOIDING Michel à l’Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO
FOTSO Jean Jacques (intervenant volontaire), la Chambre Administrative de la Cour
Suprême, statuant en premier ressort, a fait droit à la demande du requérant en annulant, avec
les conséquences de droit, l’arrêté n°0370/Y.7/MINUH/D200 du 07 décembre 1994 du
Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat.

Insatisfait par cette décision, l’Etat du Cameroun, pris en la personne du Ministère des
Domaines et des Affaires Foncière, a interjeté appel contre ledit jugement le 02 mars 2009.
Par lettre du 02 février 2009 déposée au greffe le 04 suivant, sieur WABO FOTSO Jean
Jacques a également relevé appel dudit jugement. L’appel formé par l’Etat du Cameroun a été
déclaré irrecevable comme tardif, motif pris de ce que le délai de 15 jours à lui imparti pour
compter de la date de notification était déjà expiré. Mais, ce qui nous intéresse tant dans cette
décision, c’est beaucoup plus le sort qui a été réservé au recours de sieur WABO FOTSO Jean
Jacques. Appelé à statuer là-dessus, le juge dit : « Attendu que l’appel de WABO FOTSO
Jean Jacques relevé par lettre en date du 02 février 2009 déposé au Greffe le 04 suivant
sous le n°116 contre le jugement entrepris avant toute notification est recevable comme fait
dans la forme et le délai prescrit par la loi ».

191
CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars 2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques
contre FOIDING Michel.

65
Il est donc loisible de constater qu’à la surprise générale comme l’ont relevés certains
auteurs192, le juge administratif de second degré a déclaré l’appel de l’intervenant volontaire
recevable en la forme, alors même que la décision dont appel ne lui avait pas encore été
notifiée. Si par cette décision, le juge administratif camerounais a voulu innover, c’est qu’il a
certainement réussi, en bravant le mutisme du législateur, dont il a par ailleurs outrepassé les
prescriptions193, pour déclarer recevable l’appel formé par un plaideur avant même que la
décision entreprise ne lui ait été notifiée. Il y a lieu de penser que le juge a appliqué en
l’espèce la fameuse théorie de la connaissance acquise.

Outre le fait qu’elle porte à la connaissance des parties la teneur d’une décision tout en
leur indiquant les voies de recours dont elles disposent pour la remettre en cause, c’est encore
l’accomplissement de cette formalité qui déclenche la computation des délais desdites voies
de recours.

B- Le déclenchement des délais des voies de recours

La notification est une formalité indispensable pour faire produire à une décision du
juge administratif son plein effet. C’est la condition sine qua non pour qu’une telle décision
devienne définitive, faute de quoi le délai de prescription pour introduire le recours ne prend
pas cours et ladite décision demeure indéfiniment attaquable. Autrement dit, seul
l’accomplissement de cette formalité marque le point de départ de la computation des délais
impartis aux plaideurs pour exercer les différentes voies de recours qui leur sont ouvertes.

En son temps, le Conseil du Contentieux Administratif reconnaissait cet important rôle


à la notification, lorsqu’il statuait sur l’affaire ayant opposé CAILLOT Georges à
l’Administration du Territoire194. En l’espèce, sieur CAILLOT Georges, officier de police
adjoint de la Sûreté Nationale, détaché pour servir sur le Territoire, avait intenté un recours
contre les dispositions de l’article 2 de l’arrêté n°2795 du 21 avril 1955, lequel prévoyait que
les effets pécuniaires de la mesure prise en sa faveur, et portant rétablissement de sa situation

192
KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et KAMGANG SIMEU (C. C.), « Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars
2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », [Link]., P.63.
193
Bien que nous ayons déjà consacré des commentaires à cette décision dans nos développements
précédents, le fait de nous appesantir à nouveau là-dessus relève d’un choix volontaire et ne doit, par
conséquent, pas être perçu comme étant une redite, encore que, comme on a coutume de le dire, la répétition
est la mère des sciences.
194
CCA, Arrêt n°770/CCA du 29 septembre 1956, CAILLOT Georges contre Administration du Territoire.

66
administrative, ne pouvaient remonter au-delà du 1er janvier 1954. Le juge a profité de cette
occasion pour dire :
« Considérant que l’Administration du Territoire ne justifie pas avoir notifié à
l’intéressé l’acte qu’il critique ;
Considérant qu’aux termes d’une jurisprudence bien affirmée, le délai du recours
contentieux ne commence à courir qu’à compter du jour de la notification ».

Les textes juridiques applicables en cette matière sont suffisamment clairs à ce sujet.
Ainsi, l’article 109 alinéa 3 de la loi n°2006/022 susvisée dispose que « La requête en
opposition est formée dans les quinze (15) jours de la notification de la décision de défaut ».
Il en va de même de l’article 73 de la loi n°2006/016 précitée, lequel article dispose que
« l’appel est, à peine de forclusion et sauf dispositions spéciales contraires, formé dans un
délai de quinze (15) jours à compter du lendemain de la notification de la décision de la
juridiction inférieure ».

Dans le même ordre d’idée, l’article 89 du même texte dispose que « sauf dispositions
spéciales contraires, le pourvoi doit, à peine de forclusion, être formé dans un délai de
quinze (15) jours à compter du lendemain de la notification de la décision de la juridiction
inférieure en matière de contentieux administratif ».

Les délais ci-dessus indiqués sont francs, c’est-à-dire qu’ils se comptent de date à date,
mieux encore de quantième en quantième195. Il n’est donc tenu compte dans leur computation,
ni du jour de la notification de la décision, ni du jour auquel se terminent lesdits délais. Par
ailleurs, il faut ajouter que si le dernier jour est férié ou non ouvrable, le délai qui devrait
prendre fin à cette date est reporté au jour ouvrable suivant.

Toutefois, il appartient au Greffier en Chef à qui incombe la mission de procéder à


cette formalité substantielle de rapporter la preuve de ce qu’il s’est acquitté de son obligation.
La loi196 lui offre cependant une panoplie de moyen de preuve lorsqu’elle indique que la
remise des notifications est constatée soit par récépissé daté et signé de la personne qui reçoit
les documents, soit par accusé de réception de la poste, soit encore par procès-verbal dressé
par l’agent chargé de faire la notification, en cas de refus de recevoir les documents, de les
signer ou en cas d’impossibilité de le faire.

195
KEUTCHA TCHAPNGA (C.) et KAMGANG SIMEU (C. C.), « Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars
2011, Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », [Link]., P.62.
196
V. art.26 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.

67
Aussi convient-il de relever que pendant longtemps, il s’est posé le problème de savoir
quel était le point de départ des délais en cas de notification faite par voie postale. Quelle date
devrait être prise en compte pour le déclenchement des délais impartis aux parties pour
exercer les voies de recours ? Celle de l’expédition de l’acte de notification ou alors celle de
sa réception par son destinataire ?

Le juge administratif camerounais a répondu sans ambages à cette question en 1973


dans la célèbre affaire YOUMBI André197 en décidant qu’ « un pli remis à la poste ne devient
la propriété du destinataire qu’à la date de réception du pli par ce dernier et non à celle de
son expédition ». Dans une espèce similaire, ce même juge a admis quelques années plus tard
qu’en cas d’envoi d’un recours gracieux préalable par la poste, « le cachet de la poste fait
foi »198. Certains y ont vu, à travers cette décision, un revirement, mieux encore une rupture
d’avec sa position antérieure199. Que non !

En effet, dans cette dernière décision, loin de remettre en cause la position de principe
adoptée dans la jurisprudence YOUMBI André, le juge était plutôt animé par le souci de
protéger les potentiels justiciables de l’arbitraire et de faciliter, ce faisant, leur accès au
prétoire du juge administratif qui ne se trouvait alors qu’à Yaoundé du fait de l’organisation
juridictionnelle en vigueur à cette époque. En s’inscrivant dans cet esprit de protection des
administrés, nous pensons que la jurisprudence YOUMBI André demeure applicable en cas
de notification des décisions de justice par voie postale. Dans ce cas, les délais impartis pour
l’exercice des voies de recours ne courent qu’à compter de la réception, par le destinataire, de
l’acte de notification. Ni la date d’expédition ni le cachet de la poste ne peuvent donc
déclencher lesdits délais.

Il sied de souligner, en observant l’évolution relativement récente de la jurisprudence


administrative, que le juge administratif camerounais a réitéré sa position, jadis prise dans
l’affaire YOUMBI André, en décidant en 2004, et ce de manière non équivoque, que « la
notification s’entend par la remise ou la prise de connaissance de l’acte attaqué et exclut le
dépôt à la poste »200. Si c’était pour ce juge une façon de mettre définitivement un terme aux
querelles doctrinales relativement à cette question, c’est qu’il a certainement réussi ! C’est

197
CS/AP, Arrêt n°1/A/CS/AP du 08 novembre 1973, YOUMBI André contre Etat du Cameroun.
198
CS/AP, Arrêt n°1/CS/AP du 27 novembre 1986, SEBA NDONGO Jean contre Etat du Cameroun (DGSN).
199
ABA’A OYONO (J.-C.), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, Thèse de
Doctorat en droit public, Université de Nantes, juin 1994, P.116.
200
CS/CA, jugement n°38/04-05 du 29 décembre 2004, Association "Le tabernacle des aigles" contre Etat du
Cameroun (MINATD).

68
dire, s’il en était encore besoin, que seul le dépôt de l’acte, ou de la décision à notifier, à la
poste ne suffit pas pour établir que la formalité relative à la notification à été accomplie.
Celle-ci ne l’est effectivement qu’au moment de la prise de possession de la décision par le
destinataire.

Pour sa part, le juge administratif français est, on ne peut, plus précis sur cette
question. Il a en effet décidé que le point de départ du délai est, en cas de notification par voie
postale, le jour où un avis informant le destinataire de l'existence du pli lui est remis, même si
le destinataire n'en prend possession que plus tard. Il s’en suit donc que la notification est
régulièrement accomplie le jour où est remis, dans la boîte aux lettres des intéressés, un avis
les informant que le pli est tenu à leur disposition au bureau postal201.

Au demeurant, il va sans dire que la notification est et demeure une formalité


importante, à raison des effets qu’elle produit. Ainsi, outre la fonction d’information qu’elle
joue, c’est la date de son accomplissement qui détermine le point de départ du délai dans
lequel un recours peut être formé contre un jugement ou un arrêt.

En tout état de cause, la notification ne constitue pas la seule formalité préalable à


l’exécution des décisions du juge administratif ; encore faudrait-il que ces décisions soient
revêtues de la formule exécutoire.

SECTION 2 : L’APPOSITION DE LA FORMULE EXECUTOIRE SUR


LA DECISION

La notification d’une décision de justice, faut-il le rappeler, permet aux parties qui ne
sont pas satisfaites de la remettre en cause en exerçant les voies de recours légales. Elles
disposent, pour ce faire, des délais préfix dont le non respect entraine inéluctablement la
forclusion. A l’expiration desdits délais, et notamment lorsqu’aucun des plaideurs n’a pu ou
voulu exercer une quelconque voie de recours contre la décision du juge, celle-ci devient
définitive et doit être revêtue de la formule exécutoire. Cette formule constitue en effet le lien
tangible assurant la collaboration entre les pouvoirs exécutif et judiciaire, car elle n’est pas
concevable dans un régime de confusion des pouvoirs202.

201
CE, 12 Novembre 1997, Lambert, n°69.512.
202
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, Tome II,
Paris, Dalloz, 1959, P.56.

69
L’idée de l’apposition d’une formule exécutoire sur les décisions de justice est apparue
en France à l’aube de l’indépendance du pouvoir judiciaire, au moment crucial où ce dernier
avait nécessairement besoin de l’appui de l’administration pour se faire respecter. C’est la loi
des 16-24 août 1790 sur l’organisation judiciaire qui, pour la première fois, a posé le principe
selon lequel le juge devait désormais être secondé par la force publique dans l’exécution de
ses décisions203. Ainsi, la partie la plus diligente, qui sollicite l’apposition de ladite formule,
doit se faire délivrer par le greffe de la juridiction administrative compétente, après avoir
rapporté la preuve de la notification de la décision aux autres parties, un certificat de non
opposition, de non appel ou de non pourvoi selon les cas.

Ce document permet d’établir que la décision n’a fait l’objet d’aucune voie de recours,
ou que celles-ci sont épuisées, et qu’elle est, par conséquent, devenue définitive. Elle peut
alors revêtir la formule exécutoire dont le contenu (paragraphe I) et les implications
(paragraphe I) méritent d’être méthodiquement étudiés.

PARAGRAPHE I : LE CONTENU DE LA FORMULE EXECUTOIRE

Par principe, l’administration est tenue d’exécuter les décisions rendues par le juge
administratif, lorsqu’elles sont devenues définitives et revêtues de l’autorité de la chose jugée.
Comme l'a observé M. Pierre DELVOLVE, « depuis longtemps, il a été démontré que, quels
que soient les perfectionnements du contrôle juridictionnel de l'administration, son
efficacité se heurte aux difficultés de mettre en œuvre la chose jugée »204. Or, qu'il s'agisse
des décisions des juridictions administratives ou judiciaires, notamment lorsque ces dernières
ont compétence pour juger l'administration, celle-ci a, comme les particuliers, l'obligation
d'exécuter les décisions de justice devenues exécutoires, ce qui permet d'y inclure l'hypothèse
des sentences arbitrales revêtues de l'exequatur.

Au Cameroun, cette obligation est une exigence légale d’autant plus qu’elle est
contenue dans la loi de 2006 portant organisation judiciaire205, laquelle dispose en son article
10 que « les mandats de justice et les décisions de justice sont exécutoires sur toute
l’étendue du territoire national ». Ces mandats et décisions de justice ne peuvent être mis en
exécution que s’ils sont revêtus de la formule exécutoire. La décision revêtue de la formule
exécutoire porte dès lors le nom de « grosse ».

203
Ibid.
204
DELVOLVE (P.), « L'exécution des décisions de justice contre "l'Administration" », EDCE, 1983-1984, n°35,
P.111.
205
V. art.10 de la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire.

70
Il convient de relever que cette formule exécutoire a cependant connu au fil des années
plusieurs mutations, ainsi qu’il sera loisible de le constater en analysant à la fois ce que
prévoyait le droit antérieur (A) et l’état du droit actuel (B).

A- La précarité du droit antérieur

La formule exécutoire applicable aux décisions rendues par le juge administratif a


connu plusieurs fluctuations depuis son origine. Son évolution est quasiment proportionnelle à
l’évolution de la juridiction administrative elle-même. La toute première formule exécutoire
qu’à connue cette juridiction était celle prévue par le décret français du 05 août 1881
concernant l’organisation et la compétence des conseils du contentieux administratif dans les
colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion, et règlementant la procédure à
suivre devant ces conseils. Il ressort des dispositions de l’article 74 dudit décret que les
décisions du conseil portent la formule exécutoire suivante : « La République mande et
ordonne au gouverneur de…. en ce qui le concerne, et tous huissiers à ce requis en parties
privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision ».

Ce décret a été étendu à toutes les colonies françaises par celui du 07 septembre 1881,
rendant applicable à toutes les colonies françaises le décret du 05 août 1881 concernant
l’organisation et la compétence des conseils du contentieux administratif en réglant la
procédure à suivre devant ces conseils. Par décret du 13 avril 1927 portant réorganisation du
conseil d’administration et du conseil du contentieux administratif dans le territoire du
Cameroun sous mandat français, lequel fut promulgué au Cameroun par le commissaire de la
République française suivant arrêté du 22 juillet 1927, ceux des 05 août et 07 septembre 1881
précités ont été rendus applicable au Cameroun. Cela découle de l’article 14 dudit décret du
13 avril 1927 qui disposait que « La compétence et la procédure du contentieux
administratif du territoire du Cameroun est régie par les décrets des 05 août et 07
septembre 1881 ». En raison de sa clarté, cette formule n’appelle aucune observation
particulière de notre part.

Par la suite, la marche s’est poursuivie avec le décret n°59-83 du 04 juin 1959 portant
réforme du contentieux administratif et organisation du Tribunal d’Etat. L’article 35 de ce
texte disposait que les expéditions des arrêts définitifs destinés à être notifiés se terminent par
la formule exécutoire suivante : « En conséquence, le Premier Ministre, chef du
gouvernement camerounais, mande et ordonne à tous fonctionnaires et huissiers sur ce
requis de mettre ledit arrêt à exécution et à tous commandants et officiers de force publique
71
de prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis ». Ici encore, le jurislateur a pris
le soin d’interpeller expressément les fonctionnaires dont les services seraient concernés par
la décision à exécuter.

La courte période d’expérience du fédéralisme a également eu des répercussions sur


l’organisation de la juridiction administrative. Le mouvement n’a pas manqué de modifier la
formule exécutoire devant désormais être apposée sur les décisions rendues par le juge
administratif. En ce sens, l’article 43 du décret n°64-DF-218 du 19 juin 1964 disposait que les
expéditions des arrêts définitifs notifiés aux parties se terminent par la formule exécutoire
ainsi libellée : « La République fédérale mande et ordonne au ministre de la justice en ce
qui le concerne, et à tous huissiers ou agents d’exécution en ce qui concerne les voies de
droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente
décision »206.

L’originalité de ces différentes formules par rapport à celles en usage en matière


judiciaire vient de ce que le mandement s’adresse en premier lieu aux autorités publiques
administratives tel que le Ministre, le Gouverneur, les fonctionnaires… Ces autorités sont
donc invitées à tout mettre en œuvre pour exécuter les décisions rendues par le juge
administratif, même s’il n’est pas prévu que la force publique pourra être mise à contribution
pour les y contraindre. En ne songeant à aucun moyen de coercition auquel l’on peut faire
recours contre l’administration, le législateur s’est certainement approprié l’idée selon
laquelle « l’Etat est supposé honnête homme »207.

Relativement à cette dernière formule, le Pr. Joseph-Marie BIPOUN-WOUM pense


d’ailleurs que par une telle rédaction, le législateur a « fait une confiance démesurée aux
bonnes dispositions de l’administration, ou sous estimé l’influence que pourrait avoir la
faculté conférée au juge administratif de pouvoir suivre l’exécution de ses décisions »208.
Sans toutefois remettre en cause une telle opinions, il est loisible d’ajouter que les rédacteurs
de ce texte avaient probablement une parfaite conscience de ce que la force publique n’était
pas déployable contre son détenteur principal et direct qu’est l’administration209.

206
V. art.43 du décret n°64-DF-218 du 19 juin 1964 relatif au fonctionnement de la Cour Fédérale de Justice
statuant en matière administrative.
207
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.220.
208
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels de la réception du droit administratif dans les
Etats d’Afrique noire d’expression française : le cas du Cameroun », RJPIC, n°3, juillet-septembre 1972, P.370.
209
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif au Cameroun »,
Revue Africaine des Sciences Juridiques, FSJP/UY II, Vol.7, N°1, 2010, P.301.

72
L’avènement de l’Etat unitaire a également consacré l’unité de la formule exécutoire
au Cameroun. En effet, depuis 1972, il existe une seule formule susceptible d’être apposée sur
les décisions rendues par les juridictions aussi bien administratives que judiciaires. La formule
exécutoire dont s’agit est expressément prévue par les dispositions de l’article 9 alinéa 1 de
l’ordonnance n°72-4 du 26 août 1972 portant organisation judiciaire. Pour démontrer le
caractère unique de cette formule, nous pouvons faire valoir le fait que cet article 9 qui la
prévoit, précise clairement les actes qui peuvent la revêtir. Il s’agit notamment, et
exclusivement, des arrêts, jugements, mandats de justice, ainsi que les grosses et expéditions
des contrats, de même que tous les autres actes susceptibles d’exécution forcée.

Il est donc loisible de constater que ce texte parle simplement d’arrêts et de jugements,
sans distinction aucune quant à l’ordre juridictionnel qui les a rendu. Bien plus, il convient
également de faire observer que depuis l’entrée en vigueur de ladite ordonnance, tous les
textes juridiques postérieurs portant organisation et fonctionnement de la juridiction
administrative n’ont plus cru devoir prévoir une formule exécutoire exclusivement applicable
aux décisions rendues par cet ordre de juridiction. C’est d’ailleurs cette formule unique qui,
jusqu’à nos jour, continue d’être apposée sur les décisions de justice, pour avoir été reprise in
extenso par la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire,
actuellement en vigueur au Cameroun.

B- Les anicroches du droit en vigueur

Au Cameroun, il existe, en l’état actuel du droit, une seule et unique formule


exécutoire valable, en principe, pour toutes les décisions de justice sans distinction d’ordre
juridictionnel. C'est celle prescrite par l'article 11 de la loi n°2006/015 précitée, qui dispose
que « les expéditions des arrêts, jugements, mandats de justice ainsi que les grosses et
expéditions des contrats et tous actes susceptibles d’exécution forcée, sont revêtus de la
formule exécutoire ainsi introduite :

« République du Cameroun »
« Au nom du peuple camerounais »
Et terminé par la mention suivante :
« En conséquence, le Président de la République mande et »

« ordonne à tous huissiers et agents d’exécution sur ce »


« requis, de mettre le présent arrêt (ou jugement, etc.) »

73
« à exécution, aux procureurs généraux, aux procureurs de »
« la République, d’y tenir la main, à tous commandants »
« et officiers de la force publique, de prêter main forte »
« lorsqu’ils en seront légalement requis ».

A priori, ce texte s’applique à l’ensemble des décisions de justice rendues sur le


territoire camerounais, sans distinction des différents ordres de juridiction dont elles émanent.
Mais à l’analyse, la mention indiquant que cette formule est destinée à « tous actes
susceptibles d’exécution forcée » atteste à suffire de ce qu’elle semble être conçu pour
s’appliquer en premier lieu aux personnes de droit privé210 et non aux personnes morales de
droit public contre lesquelles aucune exécution forcée n’est envisageable211.

Contrairement à ses devancières et, comme l’a si bien souligné le Pr. Joseph OWONA,
cette « formule exécutoire n’enjoint pas aux agents publics de prêter « main-forte » à
l’exécution »212 des décisions contentieuses. Il y a lieu de dire qu’elle porte en elle-même, de
par cette rédaction dont le caractère assez équivoque n’est plus à démontrer, les germes de sa
propre destruction, voire de son inefficacité.

Notons au passage que la législation camerounaise sus-décrite n’est pas du tout


éloignée de celle en vigueur dans certains autres pays, à l’instar du Maroc, où les deux
pratiques semblent d’ailleurs se confondre. Dans ce dernier pays, la formule exécutoire est
ainsi libellée : « En conséquence, Sa Majesté le Roi mande et ordonne à tous agents à ce
requis de mettre ledit jugement (ou arrêt) à exécution ; aux procureurs généraux du Roi et
procureurs du Roi près les diverses juridictions d'y tenir la main, à tous commandants et
officiers de la force publique de prêter main forte lorsqu’ils en seront requis »213. Toutefois,
nonobstant la lettre et le caractère général d’une telle formule, il ne faut pas conclure que l'on
puisse faire exécuter les jugements ou les arrêts à l'encontre des personnes morales de droit
public en faisant recours aux voies d'exécution de droit commun, et donc à l'exécution par la
force.

210
Et par ricochet aux décisions rendues par le juge judiciaire.
211
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.301.
212
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, Paris, Harmattan, collection Droits
Africains et Malgache, 2011, P.128.
213
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice rendues contre les collectivités
locales au Maroc, Mémoire de Master en droit des collectivités locales, Université Mohammed V- SOUISSI,
2010, P.24.

74
Par contre, le législateur français a, quant à lui, fait la part des choses en prévoyant
deux formules exécutoires : celle des jugements de l’ordre judiciaire qui prévoit l’usage des
voies d’exécution de droit commun et celle des jugements de l’ordre administratif qui
présente une particularité214, en ce qu’elle exclut l’usage de la force publique contre
l’administration. Le dispositif des décisions de ce dernier ordre de juridiction renferme dans
tous les cas un article final ainsi conçu : « L’expédition de la présente décision sera
transmise au ministre de… » et suivie de la formule exécutoire suivante : « La République
mande et ordonne au ministre de… en ce qui le concerne et à tous les huissiers à ce requis,
en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à
l’exécution de la présente décision »215.

Le Ministre ainsi visé par le dernier article du dispositif et par la formule exécutoire se
trouve donc obligé d’assurer l’exécution de la décision216. C’est certainement l’une des
raisons pour lesquelles l’exécution des arrêts et jugements rendus par le juge administratif
pose moins de problèmes dans ce pays, tout au moins si l’on s’en tient aux statistiques faites
par M. Daniel CHABANOL, desquelles il ressort que les cas d’inexécution se ramènent à
quelques centaines, soit moins de 01°/o des décisions à exécuter217.

Dans le même registre, le législateur algérien a suivi les pas de son homologue
français en cette matière. A ce sujet, M. Karim CHEGGARI nous rapporte que dans ce pays,
il existe également une formule exécutoire destinée à être apposée exclusivement sur les
décisions du juge administratif et distincte de celle applicable en matière judiciaire 218. Il s’en
suit, selon les dispositions de l’article 601 du Code de Procédure Civile algérien, que toutes
les décisions de justice commencent par la mention « République algérienne démocratique et
populaire, Au nom du peuple algérien » et se terminent par la formule exécutoire suivante :
« … En matière administrative : La république algérienne démocratique et populaire
mande et ordonne au ministre, au wali, au président de l'assemblée populaire communale ,
et à tout autre responsable administratif, chacun en ce qui le concerne, mande et ordonne

214 ème
RIVERO (J.), Droit administratif, précis Dalloz, 7 édition, Paris, Dalloz, 1975, P.224.
215
V. art.751-1 du Code français de Justice Administrative.
216
LETOURNEUR (M.), BAUCHET (J.) et MERIC (J.), Le Conseil d’Etat et les Tribunaux Administratifs, Paris,
Armand-colin, collection U, série "Droit Public Interne", 1970, P.198.
217
CHABANOL (D.), Le juge administratif, Paris, LGDJ, collection Droit Public, 1993, P.98.
218
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice rendues contre les collectivités
locales au Maroc, [Link]., P.9.

75
tous huissiers sur ce requis, en ce qui concerne les procédures suivies contre les parties
privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement, arrêt... »

Quoi qu’il en soit, le caractère général de la formule exécutoire en vigueur au


Cameroun ne doit pas laisser entendre que l’on puisse faire exécuter les jugements à
l’encontre de l’administration par la force. Il ne sous-entend pas non plus que cette formule ne
peut produire aucun effet à l’égard de l’administration active.

PARAGRAPHE II : LES IMPLICATIONS DE LA FORMULE EXECUTOIRE

La formule exécutoire est celle qui confère à un titre force exécutoire, c'est-à-dire qui
en fait l’instrument indispensable à la mise en œuvre des voies judiciaires d’exécution. Elle
confère donc force exécutoire (A) à la décision qui en est l’objet et la rend opposable, non
seulement aux parties mais également aux tiers (B).

A- La force exécutoire de la décision

Il est de principe en droit que les actes des autorités publiques sont immédiatement
exécutoires, mais avec cette nuance qu’à l’égard des tiers, cet effet exécutoire n’est déclenché
qu’à compter de la date de publicité219, et donc de notification pour ce qui est des décisions de
justice. Par force exécutoire, il faut y voir la qualité que reconnaît la loi à certains actes
juridiques, tels les décisions des juridictions de l'ordre judiciaire ou administratif, les actes et
les jugements étrangers, ainsi que les sentences arbitrales déclarées exécutoires par une
décision non susceptible d'un recours suspensif d'exécution, les extraits de procès-verbaux de
conciliation signés par le juge et les parties, de même que les actes notariés revêtus de la
formule exécutoire. Elle signifie que celui auquel l'acte en question a reconnu un droit, peut
faire procéder à son exécution forcée par les soins d'un officier ministériel qui a compétence
pour requérir la force publique.

Toutefois, la force exécutoire ne s'attache aux décisions de justice que lorsqu'elles ont
été dûment notifiées aux parties. Car en effet, si tant est vrai qu’un acte juridique ne devient
opposable que lorsqu’il a été porté à la connaissance de ses destinataires et donc publié, il en
va de même pour ce qui est des décisions de justice qui se doivent d’être notifiées aux parties.

219
OWONA OMGBA (B. J.), La publicité des actes juridiques en droit public camerounais …, [Link]., P.208.

76
C’est cette formalité qui détermine fatalement le moment à partir duquel la décision devient
exécutoire220.

C’est le lieu de relever que les expressions "force de chose jugée" et "force exécutoire"
constituent deux notions bien proche mais qui ne se confondent pourtant pas ; la première
n'étant que le préalable de la seconde. La force de chose jugée est celle qui s'attache aux
décisions dont les voies de recours sont épuisées ou à celles qui ne sont susceptibles d'aucun
recours suspensif d'exécution221. La force exécutoire, quant à elle, s'attache aux décisions
passées en force de chose jugée qui, lorsqu'elles ont été notifiées, peuvent faire l'objet d'une
exécution forcée. L’autorité de la chose jugée confère aux décisions de justice force
obligatoire, les parties étant tenues de s’y conformer, et même, dans une certaine mesure,
force exécutoire, laquelle se matérialise par la formule exécutoire apposée au bas desdites
décisions222.

La décision d’un tribunal ou d’une Cour n’est considérée comme définitive et ne doit
être exécutée que lorsque les délais pour la contester sont expirés ou après que tous les
recours possibles aient été épuisés. Il convient toutefois de signaler, de prime abord, que
l’obligation d’exécuter ne découle pas du caractère de la chose jugée qui peut s’attacher à une
décision de justice. L’obligation d’exécution peut s’imposer même si la décision
juridictionnelle n’est pas passée en force de chose jugée ou n’est pas devenue définitive. Cela
dit, l’exécution d’une décision du juge administratif est un devoir juridique et par conséquent
une obligation. Cependant, on ne saurait pour autant affirmer que cette force obligatoire qui
en découle équivaut à la force exécutoire qui, nous semble-t-il, ne saurait s’appliquer vis-à-vis
de l’administration223.

C’est de la force exécutoire de la décision de justice que résulte l’obligation


d’exécution pour l’administration comme pour les particuliers. La formule exécutoire en est
l’expression. Dès lors qu’elle est apposée au bas d’une décision, celle-ci s’impose sans
restriction, ni réserve à l’administration et à ses agents qui ont tous l’obligation de s’y
conformer, sous peine d’engager leur responsabilité pour violation de la chose jugée 224. La
Cour Fédérale de Justice, statuant en sa Section du Contentieux Administratif de Yaoundé, a

220
Idem, P.207.
221
DARCY (G.), PAILLET (M.), Contentieux administratif, Paris, Dalloz, 2000, P.275.
222
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, n°8, P.127.
223
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.230.
224 ème
RIVERO (J.), Droit administratif, précis Dalloz, 7 édition, Paris, Dalloz, 1975, P.224.

77
d’ailleurs décidé que « l’administration est tenue d’exécuter les décisions de justice
lorsqu’elles sont devenues définitives »225. Il n’est donc pas question d’admettre comme faits
justificatifs de la méconnaissance de la chose jugée, l’existence des difficultés d’exécution226,
des difficultés financières ou de faits ignorées du juge à l’époque où il a statué.

De même, l’obligation d’exécuter ne peut être écartée en raison des considérations


d'opportunité227, voire de droits acquis par les tiers228. Le justiciable nanti d’une décision
revêtue de la formule exécutoire est, en principe, en droit de compter sur la force publique
pour l’exécution du titre qui lui a ainsi été délivré229. La force juridique qui s’attache à la
chose jugée doit pouvoir produire son plein effet, même si quelquefois, les manies
d’inexécution de certaines autorités publiques administratives en viennent à fragiliser la
portée de ce principe230. Ne fait non plus obstacle à cette obligation d’exécuter, l’argument
selon lequel le juge administratif s’est prononcé à titre provisoire, notamment dans le cadre
d’une procédure de référé231. Ainsi, à l’instar des personnes privées, physiques ou morales,
l’administration, face à une décision de justice, n’a en principe pas d’autres choix que de
l’exécuter.

Toutefois, l’obligation d’exécution n’est pas absolue. Dans un souci de modération, le


Conseil d’Etat pose comme principe jurisprudentiel que pour s’acquitter de son obligation
d’exécuter la décision rendue par le juge administratif, l’administration dispose d’un délai
raisonnable, variable selon la nature du litige et la complexité de la procédure de mise en
conformité avec la décision juridictionnelle232, une procédure de mise en conformité, elle-
même, variable selon la nature du contentieux. Mais, même en pareille circonstance, la
décision revêtue de la formule exécutoire ne demeure pas moins opposable aux tiers.

B- L’opposabilité de la décision aux tiers

L’opposabilité est généralement appréhendée comme étant l’aptitude d’un droit, d’un
acte, d’une situation de droit ou de fait, à faire produire ses effets à l’égard des tiers, non pas

225
CFJ/SCAY, Arrêt N ° 09/CFJ/SCAY du 16 octobre 1968, BABA YOUSSOUFA contre Etat du Cameroun Oriental.
226
CE, sect., 25 septembre 1970, Cne Batz-sur-Mer et Vve Tesson, Rec. CE 1970, P.540.
227
CE, 08 février 1961, Rousset, Rec. CE 1961, p. 85, Concl. BRAIBANT.
228
CE, ass., 10 décembre 1954, Cru et a., Rec. CE 1954, p. 659.
229
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.252.
230
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », [Link]., P.226.
231
V. La contribution du Conseil d’Etat français au congrès de l’association internationale des hautes juridictions
administratives sur le thème de l’exécution des décisions de la juridiction administrative, 2004, p.11, document
non publié.
232
V. CE, 21 décembre 1977, BRIMON, Rec. P. 532.

78
en soumettant ces derniers aux obligations directement nées de ces éléments, mais en les
forçant à reconnaitre l’existence des faits, droits et actes dits opposables, à les respecter
comme éléments de l’ordre juridique et à en subir les effets, sous réserve de leur opposition
forcée lorsque la loi le permet233. Dans cette optique, il va de soi que toute décision
juridictionnelle prononcée par le juge administratif et revêtue de l'autorité de la chose jugée
s'impose tant aux auteurs des actes et faits faisant l'objet du recours qu'au requérant lui-même.

Autrement dit, une décision de justice qui prononce l’annulation d’un acte en précisant
ses effets, bénéficie de l’autorité absolue de la chose jugée. Par conséquent, ses effets ne se
limitent pas uniquement aux seules parties mais s’imposent à tous234. Mais, en principe,
l'autorité de la chose jugée est le plus souvent relative, dans la mesure où elle ne s’applique
qu’aux décisions rendues suite aux litiges opposant les mêmes parties et portant sur le même
objet, avec la même cause. L’on peut citer, à titre illustratif, l’hypothèse d’une décision par
laquelle le juge administratif rejette un recours en annulation. Par rapport à une telle décision,
l’autorité de la chose jugée n’est alors que relative, étant donné qu’un autre requérant pourrait
attaquer l’acte qui ne bénéficie pas de ce point de vue d’une garantie de régularité235.

Cependant, contrairement au plein contentieux dans lequel l’autorité de la chose jugée


n’est en principe que relative236, en matière d'excès de pouvoir, une décision d'annulation
possède l'autorité absolue de la chose jugée et s’impose rétroactivement avec un effet erga
omnes. Elle s’impose aussi bien aux administrés, à l’administration qu’aux autres juges, ainsi
qu’aux tiers237. Dire qu’une décision de justice s’impose aux administrés signifie que ceux-ci,
qu’ils aient été partie ou tiers au procès, sont tenus de l’exécuter et de se conformer à elle,
sinon il peut être fait recours aux voies d’exécution forcée de droit commun contre eux. Elle
s’impose également aux juges et, à ce titre, aucun d’eux ne peut juger derechef ce qui a déjà
fait l’objet d’un précédent jugement. Elle s’impose en fin à l’administration en ce sens que
celle-ci est tenue de la respecter, au risque d’engager sa responsabilité pour violation de
l’autorité de la chose jugée238.

233
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, [Link]., P.706.
234 ème
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, 9 édition, Paris, LGDJ, Collection Domat-Droit public, 2014,
P.519.
235
Idem, P.518.
236
PARGUEL (P.-O.), Le Président du Tribunal Administratif, Thèse de Doctorat en droit public, Université
Lumière Lyon 2, Faculté de Droit et Sciences Politiques, juillet 2005, P.230.
237
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, [Link]., PP.194-200.
238
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, Paris, Harmattan,
2010, P.103.

79
Par conséquent, lorsque l'acte annulé est un règlement, tous les tiers, par rapport au
requérant, qui auraient pu s'en prévaloir dans un sens favorable ou défavorable, ne peuvent
plus l'invoquer239. Le principe de l’autorité de la chose jugée, avec toutes ses subtilités, a été
bien reçu en droit positif camerounais. Il signifie qu’une fois la décision rendue, ce qui a été
définitivement jugé ne peut plus être remis en cause par qui que ce soit, encore moins faire
l’objet d’un nouvel examen par un autre juge240. En rendant sa décision, ce dernier opère son
dessaisissement de plein droit. Son pouvoir de juridiction est dès lors épuisé et il ne peut donc
plus revenir sur sa décision241. Cette règle n’est toutefois pas absolue. S’il a commis une
erreur matérielle, une partie peut bien lui demander de la rectifier. Aussi peut-il également
être saisi aux fins d’interprétation de sa décision. Mais, même dans ce cas, il ne revient pas
sur ladite décision, qu’il se contente tout simplement d’expliquer.

En tout état de cause, il est de principe que l’annulation, dans le cadre du recours pour
excès de pouvoir, ne peut être remise en cause ni par un nouveau jugement, ni par une
nouvelle décision administrative. Car le jugement n’aurait plus sa raison d’être si les faits
ayant donné lieu à son prononcé pouvaient être rejugée, étant bien entendu que la chose jugée
fait obstacle à la réouverture d’un nouveau procès242 portant sur les mêmes faits et opposant
les mêmes parties sur la même cause. C’est en effet ce qu’a décidé en filigrane la Cour
Fédérale de Justice, siégeant en sa Section du Contentieux Administratif de Yaoundé, dans
l’affaire EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat du Cameroun Oriental243.

L’instruction de cette cause a établi que sieur EKWALLA EDOUBE EYANGO


Stéphane, diplômé de l’école Supérieure de Yaoundé, ci-devant conducteur Agricole stagiaire,
fut licencié le 03 Avril 1948, après vingt sept mois de stage, pour mauvaise manière habituelle
de servir. Après son licenciement, sieur EKWALLA inonda l'administration de nombreuses
requêtes tendant à sa réintégration dans le service de l'agriculture. Celles-ci finirent par attirer
l'attention de Monsieur le Haut-commissaire de la République française au Cameroun qui, par
dépêche du 19 janvier 1952, invita le chef dudit service à réengager le susnommé en qualité
de conducteur auxiliaire du service de l’agriculture. C’est ainsi qu’il fut repris le 22 mars
239
CE, sect., 09 décembre 1949, Union Propriété bâtie de France, Rec. CE, 1949, P. 54.
240
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.298.
241
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, collection droit-sciences économiques,
Paris, Masson, 1986, P.306.
242
OSPINA GARZON (A. F.), L’activité contentieuse de l’administration en droit français et colombien, Thèse de
Doctorat en droit public, cotutelle Université de Paris II Panthéon-Assas et Université Externado de Colombia,
juin 2012, P.250.
243
CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré
du Cameroun Oriental.

80
1952 en cette qualité. Mais sa manière de servir ne donnait toujours pas satisfaction à ses
supérieurs hiérarchiques. Entre temps, Il avait eu à introduire un recours en annulation contre
l’arrêté portant son licenciement, lequel recours fut rejeté par le Conseil du Contentieux
Administratif dans un Arrêt rendu le 09 Février 1952.

En 1954, se fondant sur la lettre du 19 janvier 1952 par laquelle promesse lui avait été
faite de l’intégrer, sous certaines conditions à réunir, dans un cadre permanent des
fonctionnaires de 1’agriculture, il introduisit alors une demande d’intégration dans le cadre
des Conducteurs Agricoles, estimant qu’il réunissait les conditions exigées. Sa demande
s’étant heurtée au refus du chef de service de l’agriculture de l’intégrer, sieur EKWALLA
EDOUBE décida de saisir alors le Conseil du Contentieux Administratif qui, par Arrêt du 25
février 1956, jugea qu’il remplissait les conditions pour être intégré dans le cadre des
Conducteurs Agricoles.

Lasse d’attendre son intégration, en exécution, selon lui, de cette dernière décision, sieur
EKWALLA EDOUBE prit encore la résolution de saisir à nouveau le juge administratif
courant 1966 pour les mêmes fins. Le juge de l’espèce, en l’occurrence la Cour Fédérale de
justice qui, entre temps s’était substituée au Tribunal d’Etat, déclara alors :

« Considérant que le présent litige n’est que le prolongement du différend qui, en


1956, a opposé sieur EKWALLA Stéphane à l’administration ; (…)
Que le requérant qui ne conclut pas à l’allocation de dommages intérêts en
réparation du préjudice qu’il a pu subir du fait de ces agissements de l’administration,
semble en fin de compte demander de juger pour la deuxième fois le comportement de
l’Administration, alors que ce comportement a déjà été condamné en termes ne prêtant à
aucune équivoque ;
Considérant en somme qu’en raison de l’existence en la cause de la triple identité de
parties, d’objet et de cause, le recours du sieur EKWALLA se heurte au principe de
1’autorité de la chose jugée et doit de ce fait être déclaré irrecevable ».

Cette jurisprudence, pour le moins séduisante par sa clarté, n’est pas restée isolée car
deux ans seulement après son prononcé, le juge administratif a eu l’occasion de réitérer sa
position antérieure lorsqu’il vidait sa saisine dans le procès ayant opposé sieur Claude
HALLE à l’Etat du Cameroun Oriental244. Les hauts magistrats de la Cour déclaraient alors :

244
CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental.

81
« Considérant que les actes par lesquels l’administration viole la chose jugé sont entachés
d’excès de pouvoir et encourent l’annulation pour avoir méconnu l’autorité de la chose
jugée ».

En empruntant une telle trajectoire qui semble d’ailleurs être pour lui un chemin de
non retour, le juge n’a pas manqué de saisir l’opportunité qui lui était ainsi offerte pour
marteler, en des termes aussi précis, que la chose jugée a et doit avoir autorité245, qu’elle doit
s’imposer à tous et a fortiori à l’administration. La décision juridictionnelle ne peut être
méconnue ou contestée et l’administration est tenue de s’exécuter, d’où la supériorité
théorique de la chose jugée sur la chose décidée, encore que cette autorité de chose jugée se
veut être « le trait spécifique de l’acte juridictionnel »246.
En conséquence, l’autorité de la chose jugée, en matière de contentieux de l’excès de
pouvoir notamment, impose donc à l’administration de prendre toutes les mesures nécessaires
afin que la décision du juge produise ses effets. Son rattachement au bloc de légalité247 se
manifeste lorsque l’administration active refuse de se conformer à une décision de la
juridiction administrative. Dans cette occurrence, le juge, saisi de nouveau, sanctionnera ce
refus pour illégalité, par assimilation de la violation de la chose jugée à la violation de la loi.
C’est du reste ce qui a été affirmé à maintes reprises par le Conseil d’Etat français dans bon
nombre de ses arrêts. Dans l’espèce Botta248 par exemple, ledit conseil, jadis juge de cassation
des décisions de la Cour des Comptes pour les motifs liés à la violation de la loi, avait statué
en ces termes :

« Considérant que l’article 17 de la loi du 16 septembre 1807 ouvre un recours en


cassation devant le Conseil d’Etat contre les arrêts de la Cour des comptes pour violation des
formes ou de la loi et que l’ordonnance royale du 1er septembre 1819 dispose qu’en cas de
cassation, l’affaire est renvoyée devant une Chambre de la Cour, autre que celle qui en a
connu, pour être statué au fond sur le compte en litige ;
Qu’il résulte de ces dispositions que la Cour des comptes est placée sous l’autorité
souveraine du Conseil d’Etat statuant au contentieux pour l’interprétation de la loi et qu’elle
est tenue de faire application de la décision du conseil au jugement de l’affaire, à l’occasion
de laquelle les questions de légalité ont été définitivement résolues par le Conseil ;
245
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, Thèse de Doctorat en droit
public, Université Jean Moulin Lyon III, septembre 2011, P.228.
246
DE VISSCHER (C.), « La chose jugée devant la cour internationale de la Haye », RBDI, n°1, 1965, P.5.
247
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif en droit français et
en droit grec, mémoire de D.E.A. en droit public, Université de Paris I-Sorbonne, 2002, P.23.
248
CE, 08 juillet 1904, Botta, Rec., P.557.

82
Que cette interprétation de l’article 17 de la loi du 16 septembre 1807 n’est
contredite par aucun texte et que seule elle peut assurer la solution définitive des affaires, en
faisant obstacle à des conflits, dont le législateur ne saurait être présumé avoir admis la
possibilité ;
Qu’il résulte de ce qui précède que la Cour, par l’arrêt attaqué, a méconnu l’autorité
de la chose jugée sur le point de droit et commis un excès de pouvoir ».

Dans une autre affaire non moins importante, en l’occurrence le fameux arrêt
d’assemblée, Bréart de Boisanger249, le Conseil d’Etat a rattaché la violation de l’autorité de
la chose jugée à un détournement de pouvoir. La haute juridiction disait alors en l’espèce :

« Considérant qu’il résulte, tant de l’ensemble des pièces du dossier, que des
circonstances dans lesquelles est intervenu, puis a été immédiatement appliqué, le décret
réglementaire attaqué (…) ;
Que ce dernier, en modifiant dans les conditions sus indiquées, le statut de
l’administrateur de la Comédie-Française, a eu pour motif déterminant de permettre au
gouvernement de prendre, en application de dispositions nouvelles, deux mesures
individuelles de portée pratique semblable à celle des mesures précédemment annulées et de
faire échec à l’autorité de la chose jugée par les décisions sus rappelées du Conseil d’Etat ;
Qu’il suit de là que ledit décret est entaché de détournement de pouvoir et encourt de
ce chef l’annulation ».

Fort de ce principe, le Gouvernement, qui dispose de l'administration se doit d'attirer


l'attention de celle-ci sur la nécessité d'exécuter les décisions de justice et de respecter les
principes imposés par l'Etat de droit. C'est ainsi qu'en France, une circulaire du Premier
Ministre, datant du 13 octobre 1988 et publiée au Journal Officiel de ce pays le 15 octobre de
la même année, est intervenue pour rappeler que « le respect des décisions du juge
administratif doit conduire l'Administration, d'une part, à veiller à la pleine exécution des
jugements, arrêts et décisions, d'autre part à n'interjeter appel qu'à bon escient ». Cette
circulaire demandait ainsi à ses destinataires de rappeler aux fonctionnaires et autres agents
publics placés sous leur autorité, le caractère impératif d’une exécution correcte et rapide de la
chose jugée.

249
CE, ass., 13 juillet 1962, Bréart de Boisanger, Rec. CE, 1962, P.484.

83
CONCLUSION DU CHAPITRE I

Les développements consacrés aux formalités préalables à l’exécution des décisions


du juge administratif, nous ont permis de démontrer qu’il en existe essentiellement deux. Il
s’agit, d’une part, de la notification de la décision à exécuter. Cette formalité a un fondement
légal, parce que prescrite expressément par le législateur, bien que le juge semble ne pas
l’appliquer à la lettre. Pour être valable, elle doit être faite sous la forme scripturale. Son but, à
terme, est, non seulement d’informer les parties à la fois sur l’existence et le contenu de la
décision rendue, mais également de déclencher le décompte des délais impartis pour
l’exercice des voies de recours.

Il s’agit, d’autre part, de l’apposition de la formule exécutoire sur la décision devenue


définitive, et en attente d’exécution. Cette formule a beaucoup varié au fil du temps, allant
d’une certaine précarité au départ, pour aboutir aujourd’hui à une rédaction assez
embarrassante dans sa compréhension. Son effet majeur est de conférer à la décision une force
exécutoire, tout en la rendant opposable aux tiers.

Ainsi, dès lors qu’une décision a été régulièrement notifiée aux parties et qu’elle est
revêtue de la formule exécutoire, l’administration a l’obligation de l’exécuter
convenablement, d’où la nécessité réelle de s’appesantir à présent sur la matérialisation
concrète de cette exécution.

84
CHAPITRE II : LA MATERIALISATION
DE L’EXECUTION

85
Les décisions juridictionnelles s'imposent à l'administration et impliquent, en principe,
une collaboration active de sa part. Elle est donc tenue de prendre toutes les mesures
nécessaires pour l’exécution des décisions rendues par le juge administratif. Certes, dans
certains cas, l'annulation se suffit à elle-même dans la mesure où ses effets dépendent
principalement des particuliers qui n'auront plus à appliquer l'acte invalidé. Tel sera le cas, par
exemple, pour un règlement de police ou une réglementation économique. En pareille
occurrence, l'annulation contentieuse se suffit à elle-même, et ne suppose pas, en réalité, que
soit prise une quelconque mesure d'exécution. Dans beaucoup d'autres hypothèses cependant,
il y aura lieu à réformation ou à retrait de l'acte annulé, voire à édiction d’un acte nouveau. Et
c'est ici que le rôle de l'administration devient essentiel. De telles situations sont très
courantes en cas d'annulation d'un acte collectif ou individuel.

Toutefois, s’il est généralement admis que l’exécution des décisions du juge
administratif est assurée, à titre principal, et parfois même exclusivement, par
l’administration, tel ne semble pas être toujours le cas dans bon nombre de pays, où le juge
peut exécuter directement certains de ces jugements qui ont un contenu clair et qui n’ont pas
besoin d’interprétation. Le cas de l’Espagne, assez étonnant d’ailleurs, mérite une attention
particulière. Ici en effet, le juge peut se substituer à l’action de l’administration en exécutant
le jugement lui-même, ou bien par l’intermédiaire des sujets désignés à cet effet.

Par ailleurs, il est même possible de procéder à une exécution subsidiaire, ce qui
implique que le juge requiert la collaboration d’autres personnes publiques et privées pour
exécuter sa décision, et que les frais y afférents soient imputés à l’administration condamnée.
Cette possibilité ne contredit pas les règles générales de l’exécution, car d’après la
constitution espagnole, l’exécution des jugements doit être vérifiée par les juges, qui peuvent
opter pour l’exécution directe par l’administration, ou bien pour une exécution accomplie par
d’autres organes250. En Colombie également251, l’exécution directe est possible pour le
Conseil d’Etat et les Tribunaux Administratifs, mais seulement dans quelques aspects des
procès en matière d’élections.

L’exécution directe peut paraître surprenant pour certains ordres juridiques dans
lesquels ce type de pouvoirs du juge est inconnu. Ceci est dû, normalement, à une conception
rigide de la séparation des pouvoirs, laquelle interdirait au juge d’adresser des injonctions à

250
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale des Hautes Juridictions Administratives
sur l’exécution des décisions des juridictions administratives, Madrid, 2004, P.27, inédit.
251
Idem, P.24.

86
l’administration ou, plus largement, de lui prescrire un certain comportement. Mais dans tous
les cas, qu’elle soit faite par l’administration, le juge ou une quelconque autre institution,
l’exécution des décisions d’annulation (section I) ne s’opère pas de la même manière que
celle des condamnations pécuniaires (section II).

SECTION 1 : L’EXECUTION DES DECISIONS D’ANNULATION

L’exécution des décisions du juge administratif est une des manifestations du droit à une
protection juridique efficace, de l’Etat de droit ou, à tout le moins, une garantie des principes
juridiques, tel que celui de la sécurité juridique. En conséquence, l’administration est tenue de
tirer toutes les conséquences découlant de la chose jugée. Autrement dit, en vertu de l’autorité
de la chose jugée dont sont estampillées les décisions du juge, « l’administration sera tenue
de s’y soumettre, c'est-à-dire obligée d’agir en vertu de la décision de justice »252.

Toutefois, cette obligation peut être suspendue pour au moins deux raisons253. Primo,
il peut arriver que la décision rendue soit susceptible d’une voie de recours à effet suspensif et
dans ce cas, l’exécution sera suspendue jusqu’à l’expiration du délai imparti pour exercer
ladite voie de recours. Secundo, on peut évoquer également la situation dans laquelle la
juridiction saisi a, suite à la demande d’une partie intéressée, ordonné qu’il soit sursis à
exécution de la décision dont s’agit254.

Hormis ces deux hypothèses, l’administration active est donc obligée de s’acquitter
des devoirs qui lui incombent en vertu d’une décision de justice. Dans une circulaire relative
au respect des décisions du juge administratif, le Premier Ministre français qualifiait déjà les
défauts d’exécution, par une collectivité publique, d’une décision de la juridiction
administrative, d’« offenses à l’Etat de droit »255. Dans sa circulaire du 20 mai 2008 relative à
l'exécution des condamnations pécuniaires prononcées contre l'Etat, cette même autorité est
revenue à la charge en insistant, dès les premières phrases dudit texte, sur le fait que « le
respect des décisions de justice est une exigence essentielle dans un Etat de droit. Cette
exigence vaut, naturellement, pour l'Etat qui doit exécuter pleinement et rapidement les
décisions juridictionnelles qui sont prises à son encontre ».

252
ABANE ENGOLO (P. E.), L’application de la légalité par l’administration au Cameroun, Thèse de
Doctorat/Ph.D en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, avril 2009, P.422.
253
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.30.
254
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., PP.17-23.
255
Il s’agit de la circulaire du 13 octobre 1988, publiée dans le Journal Officiel paru deux jours plus tard.

87
Evidemment, il va sans dire qu’une fois rendue, la décision de justice doit être
immédiatement et complètement exécutée. S’agissant tout particulièrement de l’exécution des
décisions d’annulation, celle-ci impose généralement à l’administration, ès-qualités de bras
séculier et de pouvoir agissant de l’Etat, deux principaux types d’obligations. Les une sont
négatives (paragraphe I) tandis que les autres sont positives (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LES OBLIGATIONS NEGATIVES

Il existe toute une catégorie de décision dont l’exécution n’impose à l’administration


qu’une attitude négative. Dans cette occurrence, l’exécution implique à son encontre une
simple obligation de ne pas faire. C’est dire que pour faciliter la mise en œuvre de la sentence
du juge, la personne morale de droit public concernée se doit d’adopter une attitude
volontairement passive. Il s’en suit que la meilleure manière de donner effet à certains
jugements et arrêts rendus consiste en une inaction de la part de l’administration. Ainsi, outre
le fait que cette dernière soit parfois tenue de s’abstenir (A), il y a aussi l’hypothèse dans
laquelle bon nombre de décisions juridictionnelles, par leur simple prononcé, produisent
automatiquement leurs effets (B).

A- L’abstention de l’administration

L’exécution de la décision d’annulation prononcée par le juge administratif n’impose


pas toujours à l’administration de procéder au remplacement de la décision annulée 256. Tout
au contraire, elle peut plutôt lui prescrire un devoir, mieux encore une obligation de ne pas
faire, de ne pas agir d’une manière qui serait contraire à la décision du juge car le faire, ce
serait en quelques sortes enfreindre l’autorité de la chose jugée et aller à l’encontre de la
légalité. Ce qui, évidemment, constituerait un autre excès de pouvoir éventuellement
susceptible d’engager sa responsabilité257.

Dans certaines circonstances en effet, l’annulation pour excès de pouvoir suffit à elle
seule pour rétablir l’ordonnancement juridique tel qu’il doit être. Il en va ainsi par exemple
des ordonnances de sursis à exécution où leur mise en œuvre suppose, de la part de
l’administration, une stricte abstention, afin de rendre la chose jugée effective. Dans le cas où
la décision annule l’acte attaqué, ce qui pourrait constituer le cas typique dans la
jurisprudence, aucune difficulté ne se pose a priori.
256
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative au Cameroun,
mémoire de D.E.A. en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, année académique 2003-2004, P.32.
257
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.273.

88
En effet, il suffit que l’administration n’agisse pas pour que la décision du juge soit
respectée. C’est ce qu’en Belgique on appelle « l’effet prohibitif » de l’arrêt d’annulation258.
Par conséquent, l’obligation de ne pas faire, qui découle de certaines décisions, implique que
l’administration n’exécute pas l’acte administratif annulé. Elle ne doit non plus prendre une
quelconque mesure sur la base dudit acte, encore moins passer outre la décision du juge,
même en filigrane, en reprenant un acte relativement similaire à celui qui a été annulé.

L’abstention sus évoquée suppose également que l’administration ne refasse pas l’acte
en commettant les mêmes irrégularités. Dans ce sens, le Conseil d’Etat français a décidé
qu’un ministre ne peut infliger à un fonctionnaire une sanction disciplinaire en reprenant les
motifs qu’il avait déjà jugé ne pas être de nature à justifier légalement ladite sanction 259.
Pareillement, un directeur de ministère ne peut pas prendre une même mesure de mutation
d’un fonctionnaire alors que ladite mesure est identique à celle déjà annulée par le juge
administratif pour des motifs d’animosité personnelle260.

Au regard de tout ce qui précède, on peut dire que l’obligation d’abstention ne doit pas
être perçue ici stricto sensu comme une interdiction de prendre un quelconque acte. Ce qu’il
faut plutôt comprendre par là, c’est que l’administration a l’obligation juridique de ne rien
faire qui soit en contradiction avec la décision rendue par le juge administratif. Elle doit donc
s’abstenir d’exécuter l’acte administratif qui a été annulé, au risque de commettre une
nouvelle illégalité, voire une voie de fait. Aussi doit-elle se garder d’édicter de nouvelles
mesures sur la base d’un acte règlementaire annulé par le juge. Parfois même, il est
recommandé à la puissance publique de rester inactive et de laisser que les effets de certaines
annulations contentieuses se produisent automatiquement.

B- L’automaticité des effets de certaines décisions

Il arrive souvent que l'annulation contentieuse remette mécaniquement en vigueur, et


de façon automatique, les dispositions réglementaires antérieures, sans qu’il soit besoin de
procéder à une quelconque formalité. En d’autres termes, la décision du juge administratif
peut, dans certains cas, produire ipso facto des effets juridiques, sans qu’il soit pour autant
nécessaire que l’administration intervienne261.

258
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.25.
259
CE, 29 avril 1949, Dame Baudrand, Rec., P.187.
260
CE, 31 octobre 1973, Dame Gille, Rec., P.605.
261
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.272.

89
Ainsi par exemple, l’annulation d’un acte portant retrait d’un permis de bâtir emporte
de plein droit validité dudit permis qui peut donc produire tous ses effets. Mêmement,
l'annulation d'une décision refusant d'abroger un arrêté réglementaire illégal implique
nécessairement l'abrogation dudit arrêté, sans que l’administration ait encore à prendre un
quelconque acte262. C’est également le cas lorsque l’administration a édicté un règlement
entachée du vice d’incompétence. Aucune mesure d’exécution propre n’est non plus
nécessaire en cas d’annulation d’une telle mesure.

Autre hypothèse, la décision par laquelle le juge annule un arrêté ministériel portant
création des organismes ou des établissements publics et la circulaire les organisant, n'ayant
pour effet que de faire disparaître ces organismes, il n'y a dès lors pas lieu, pour le juge, de
prescrire au ministre de prendre une mesure d'exécution263. De même, le jugement qui annule
la délibération d'un conseil municipal votant les crédits nécessaires à la réalisation d'un projet
n'appelle aucune mesure d'exécution264, ce d’autant plus que l’administration ne se trouve pas
là dans l’hypothèse d’une compétence liée, mais bien dans celle de non obligation de
remplacement d’une décision annulée265. En pareille circonstance, le remplacement de la
mesure annulée n’est alors pour elle qu’une simple faculté.

Il est donc indéniable que dans bon nombre de situations, le remplacement de la


décision annulée se réalise de façon quasi-automatique. Seule la décision du juge fait rétablir,
par elle-même, l’Etat du droit antérieur. Par exemple, l’autorité administrative n’a pas à
rapporter un permis de construire annulé par le juge administratif, étant donné que la décision
d’annulation produit nécessairement et automatiquement cet effet. Il en va de même des
décisions par lesquelles le juge ordonne le sursis à exécution d’un acte administratif. L’acte en
question cesse automatiquement de produire ses effets, sans qu’il soit besoin que
l’administration ait à prendre une quelconque mesure en guise d’exécution.

Ces différents exemples permettent d’affirmer que, s’agissant de l’annulation d’une


mesure d’interdiction ou d’un acte réglementaire, le requérant n’a plus besoin de saisir à
nouveau l’administration pour des formalités quelconques266. Cela se justifie par le fait que
l’acte annulé est considéré comme n’ayant jamais existé, étant donné que le juge administratif

262
CE, 17 décembre 1999, n° 191514, Conseil industries de défense française, Rec. CE, 1999, tables, p. 967.
263
CE, 20 septembre 1999, n° 199853, 199865, Ajolet, Rec. CE, 1999, tables, p. 965.
264
CE, 26 mai 1995, Minvielle, n° 141810, Rec. CE, 1995, p. 220.
265
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.273.
266
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.308.

90
l’a formellement déclaré inexistant dans l’ordonnancement juridique. En revanche, lorsque la
restauration du droit contesté nécessite certaines formalités administratives, telle la restitution
d’un permis ou d’un agrément refusé ou retiré, il va de soi que dans ces cas, la décision
d’annulation ressaisit automatiquement l’administration concernée qui se trouve confrontée
cette fois à des obligations positives.

PARAGRAPHE II : LES OBLIGATIONS POSITIVES

La décision d’une juridiction administrative est censée produire des effets aussi bien
dans le temps que dans l’espace. Conséquemment, les personnes morales de droit public sont
astreintes à l’obligation d’adopter une attitude déterminée, conformément aux exigences
voulues par ladite décision. Ainsi, l’exécution d’un jugement ou d’un arrêt rendu à la suite
d’un recours pour excès de pouvoir impose à l’administration de combler le vide normatif
crée par l’annulation contentieuse. Dans ce cas, la décision juridictionnelle implique une
action matérielle de la part de l’administration.

A titre illustratif, les conséquences de l'annulation d'un refus de prendre un acte


réglementaire varient selon le motif de l'annulation. Si l'annulation a été prononcée au motif
que l'autorité en cause était tenue de prendre ledit règlement, alors l’exécution de cette
décision implique que l'autorité fautive prenne ledit règlement. En général, c’est
l’administration qui est tenue d’exécuter la décision du juge, sauf dans les cas où une
exécution directe par une autre personne est prévue. Néanmoins, la désignation de
l’administration particulièrement chargée d’exécuter la décision du juge varie d’un ordre
juridique à l’autre. Mais dans la plupart des systèmes juridiques, c’est l’organe émetteur de
l’acte administratif objet de la décision, qui doit prendre les mesures nécessaires pour mettre
en application ce qui a été décidé par le juge. En Suisse cependant, et bien que la règle postule
que ce soit l’organe ayant adopté l’acte qui mettre en œuvre la décision, le juge peut désigner
néanmoins un autre organe mieux placé pour assurer l’exécution267.

Dans l’un et l’autre cas, on note un changement d’attitude de la part de l’administré.


En fait, même si l’administration continue à l’inquiéter, de par sa puissance et son anonymat,
il attend d’elle une action positive, et non plus une abstention ou une inertie268. Il est en effet
des cas où l’exécution d’une décision d’annulation consiste pour l’administration, soit à retirer

267
V. Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale … [Link]., P.18.
268
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.15.

91
ou réformer l’acte annulé (A), soit alors à procéder au rétablissement de la situation juridique
préexistante (B).

A- Le retrait et la réformation de l’acte annulé

On ne le dira jamais assez : l’administration est tenue d’exécuter les décisions rendues
par le juge administratif. La conséquence de cette obligation est qu’elle se doit donc de
prendre toutes les mesures d’exécution qui s’imposent. Elle est par conséquent tenue de
réexaminer le dossier et, le cas échéant, de tirer les conséquences des nouvelles données de
droit ou de fait269. Dans la théorie du droit administratif, l’annulation d’une décision de refus
ne vaut pas autorisation270. Elle remet simplement les choses dans l’état où elles se trouvaient
avant l’édiction de l’acte querellé, et oblige plutôt l’administration à revenir sur son refus pour
accorder la mesure ou l’acte sollicité271. Aussi a-t-elle l’obligation, dans la mesure du
possible, de refaire ou de réformer correctement l’acte querellé, en replaçant par exemple le
fonctionnaire ou l’agent public dans l’emploi et le grade qu’il occupait avant l’intervention de
la sanction annulée par le juge.

De là, découle la possibilité pour l’administration de refaire un acte qui a été annulé
pour incompétence ou pour vice de forme, sous réserve du respect par elle, cette fois, des
règles juridiques applicables en la matière. Il lui est également possible de remplacer, par des
motifs corrects, ceux qui ont été remis en cause par le juge. Toutefois, lorsqu’il s’avère que
l’annulation avait pour fondement l’inexactitude des faits, l’on ne saurait logiquement
attendre une quelconque action de la part de l’administration dans la mesure où rien n’est
faisable dans une pareille hypothèse272.

Il s’en suit donc que l’exécution d’une décision de justice peut amener l’administration
à procéder au retrait et/ou à la réformation de l’acte annulé. La personne publique condamnée
sera alors tenue d’assurer le remplacement de la décision annulée. La nouvelle décision sera
prise en fonction, non pas des circonstances de droit et de fait qui existaient à la date de la
décision annulée, mais de celles existantes à la date de la nouvelle décision. L’administration
se doit conséquemment de réexaminer le dossier de l’intéressé et d’en tirer toutes les
conséquences des nouvelles données de fait et de droit, le cas échéant. Elle peut ainsi prendre

269
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.519.
270
WEIL (P.), cité par NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative au
Cameroun, [Link]., P.36.
271
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, [Link]., P.305.
272
Idem, P.306.

92
une mesure différente de celle annulée en édictant par exemple, et ceci pour l’avenir, un acte
au contenu identique, mais en suivant cette fois une procédure régulière, surtout dans le cas où
l’annulation a été prononcée pour illégalité externe, tout au moins lorsque la réglementation
rend toujours possible la prise d’une telle mesure273.

Dans ce cadre, le Conseil d’Etat français a jugé que, s’agissant de l’annulation des
opérations d’un concours administratif, l’exécution de la chose jugée n’imposait pas au
ministre d’ouvrir un nouveau concours de recrutement. Par ailleurs, cette même juridiction a
posé la règle selon laquelle l’administration n’a l’obligation de combler le vide juridique crée
par l’annulation et de se replacer à la date de l’acte annulé que si, d’une part, elle avait
l’obligation de prendre une nouvelle décision et, d’autre part, si les intéressés avaient un droit
acquis à ce que cette décision intervienne à une date déterminée274.

Aussi, l’annulation d’un acte administratif peut entraîner le retrait ou la réformation


d’un ou de plusieurs autres actes. Ce mécanisme, dit de l’annulation par voie de conséquence,
peut être utilisé dans les hypothèses où un acte administratif a été pris en exécution d’un autre
acte, ou bien dans le cas où un acte administratif est tellement lié à un autre qu’ils ne peuvent
pas être dissociés, le retrait de l’un entrainant ipso facto celui de l’autre.

Par ailleurs, en dehors du retrait et de la réformation que l’administration peut être


amenée à opérer en exécution d’une décision d’annulation, il sied de noter que par moment
aussi, elle se doit de combler le vide juridique en prenant un nouvel acte, surtout lorsqu’il
s’avère qu’elle avait compétence liée au moment où elle prenait l’acte illégal 275. En France,
une distinction est faite, selon qu’il s’agit des actes administratifs individuel ou règlementaire.
Relativement à cette seconde catégorie, il peut arriver que l’administration se retrouve dans
l’obligation d’agir après l’annulation d’un règlement qu’elle était pourtant tenue de prendre.
Dans cette hypothèse, son inertie sera sanctionnée pour violation de la chose jugée ou tout
simplement pour illégalité.

Si par contre il s’agissait plutôt de l’annulation d’un acte individuel, elle devra soit
prendre un nouvel acte, soit mettre en place une nouvelle procédure276. Aussi convient-il de
relever qu’il existe des hypothèses dans lesquelles l’exécution d’une décision, bien que
commandant une action positive de l’administration, ne consiste cependant ni au retrait ou à la
273 ème
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Précis de droit administratif, 5 édition, Paris, Montchrestien, 2008, P.459.
274
V. La contribution du Conseil d’Etat français …, [Link]. p.5.
275
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.32.
276
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.32.

93
réformation de l’acte annulé, ni même à la prise d’un autre acte, compte tenu de la spécificité
de certains actes administratifs. A titre illustratif, l’on peut évoquer le cas du titre foncier,
dont l’exécution de la décision qui l’annule, consiste en l’inscription, par le conservateur
foncier, de ladite décision sur le livre foncier.

Mis à part les hypothèses dans lesquelles l’administration a une obligation de faire, il
existe aussi des cas où elle n’a que la faculté de faire, afin de tirer les conséquences d’une
décision juridictionnelle. Cette faculté provient de la compétence qui lui est dévolue pour
édicter des actes administratifs dans le strict respect du principe de la légalité. Vu sous cet
angle, elle est donc libre d’exercer discrétionnairement son pouvoir d’intervention, tout en
veillant à ce que la situation juridique qui préexistait avant l’entrée en vigueur de l’acte annulé
soit rétablie.

B- Le rétablissement de la situation juridique préexistante

Pareillement à la loi, les actes administratifs n’ont, en principe, pas d’effet rétroactif.
Mais comme tout principe, celui de la non-rétroactivité des actes administratifs admet
quelques exceptions. Il en va ainsi par exemple lorsque l’acte dont s’agit a pour objet de tirer
les conséquences d’une annulation pour excès de pouvoir277. Dans ce cas, l’administration est
obligée de prendre toutes les mesures nécessaires, en vue du rétablissement de la situation
juridique antérieure. C’est en effet dans son arrêt Rodière278 que le Conseil d’Etat français a,
quant à lui, fait le point sur la question, en admettant la possibilité pour l’autorité
administrative de déroger au susdit principe. La haute juridiction décidait alors :

« Considérant que s’il est de principe que les règlements et les décisions de l’autorité
administrative, à moins qu’ils ne soient pris pour l’exécution d’une loi ayant un effet
rétroactif, ne peuvent statuer que pour l’avenir, cette règle comporte évidemment une
exception lorsque ces décisions sont prises en exécution d’un arrêt du Conseil d’Etat,
lequel par les annulations qu’il prononce entraîne nécessairement certains effets dans le
passé à raison même de ce fait que les actes annulés pour excès de pouvoir sont réputés
n’être jamais intervenus ».

Cette exception a été approuvée au Cameroun, par la Chambre Administrative de la


Cour Suprême, dans l’affaire ayant opposé SAMBA EBEDE Théodore à l’Etat du

277
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.295.
278
CE, 26 décembre 1925, Rodière, Rec. CE, P.1065.

94
Cameroun279. En des termes assez intelligibles, le juge a décidé que « (…) s’il est de principe
que les actes administratifs ne peuvent statuer que pour l’avenir, cette règle comporte une
exception lorsque ces actes sont pris en exécution d’une décision définitive de la juridiction
administrative qui comme en l’espèce, par les annulations qu’elle prononce, entraine
nécessairement certains effets dans le passé ».

Toutefois, l’annulation de l’acte réglementaire n’entraine pas forcément la disparition


de tous les actes pris sur son fondement280. La solution contraire serait d’ailleurs source d’une
extrême insécurité juridique. Nous pensons que seuls les actes non définitifs, qui ont un lien
direct et absolu avec le règlement illégal, peuvent, ou alors doivent, être rapportés par
l’administration, qu’ils aient ou non crée des droits. Pour ce qui est cependant des actes
individuels, l’administration doit prendre toutes mesures nécessaires afin de rétablir la
situation juridique antérieure, lorsque la décision annulée portait atteinte à un droit avéré du
requérant.

La censure pour excès de pouvoir impose par moment à l’administration, outre la


substitution de la décision annulée, d’opérer une reconstitution théorique, voire fictive du
passé281. C’est le cas notamment lorsque la décision annulée a arrêté ou modifié le
déroulement d’une situation administrative. L’exécution de la décision du juge administratif
consistera alors pour l’administration, à reconstituer le passé en s’efforçant de le restituer tel
qu’il se serait déroulé si la décision annulée n’était pas intervenue. Conséquemment, dans le
cas où est annulée une décision ayant occasionné l'éviction du service d'un fonctionnaire ou
d'un agent public, il doit être réintégré dans la fonction publique comme s'il n'a jamais cessé
de poursuivre sa carrière. Le grade et l’échelon auxquels il serait parvenu s'il était resté en
fonction doivent lui être attribués d'office, sans aucune demande de l'intéressé.

Dans ce sillage, à la suite de l'annulation contentieuse d'une mesure relative à la


carrière d'un fonctionnaire, les mesures à prendre pour replacer l'intéressé dans une position
administrative régulière ont nécessairement un caractère rétroactif. En cas d’annulation d’un
tableau d’avancement de fonctionnaires par exemple, le ministre compétent est tenu de
reconstituer la carrière de chaque fonctionnaire, dans les conditions où elle aurait
normalement dû se poursuivre, si aucune irrégularité n’avait été commise. Par suite, il

279
CS/CA, jugement n°11 du 19 décembre 1975, SAMBA EBEDE Théodore contre Etat du Cameroun.
280
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.520.
281
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.44.

95
convient d'appliquer les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée et non celles
en vigueur à la date à laquelle il est statué à nouveau282.

Dès lors, pour l’administration, exécuter une décision d’annulation prononcée par le
juge administratif, revient à faire revivre l’état de droit ex ante. Il va sans dire que, lorsque la
décision annulée a été prise à la demande d’un administré, l’annulation rétroactive a pour effet
de ressaisir de plein droit l’administration de la demande initiale à laquelle elle est réputée
n’avoir jamais répondu. Suivant cette logique, le Conseil d’Etat283 a considéré que
l’administration, en exécution de la décision du juge administratif, doit statuer sur cette
demande après nouvelle instruction si des circonstances nouvelles de droit et de fait l’exigent,
de même que la nouvelle décision doit prendre en considération la situation de droit et de fait
existant à la date à laquelle l’administration se prononce de nouveau.

Les mesures de reconstitution du passé ayant, de ce fait, un caractère rétroactif, le


souci de cohérence voudrait qu’elles ne puissent intervenir qu’en application de la législation
et de la réglementation en vigueur à la date à la quelle elles doivent prendre effet, et après
accomplissement des procédures prescrites par ces législations et réglementations
antérieures284. Cependant, si les mesures de reconstitution imposent la saisine préalable des
organismes consultatifs, la jurisprudence du Conseil d’Etat admet que ces organismes
consultatifs sont valablement consultés dans leur composition existante à la date à laquelle
sont prises les mesures de reconstitution, alors même que les règles de composition ont
changé285. De même, pour organiser un nouveau concours de recrutement dans la fonction
publique à la suite de l'annulation de la délibération d'un jury de concours par le juge
administratif, l'administration est tenue d'appliquer la réglementation en vigueur à la date du
nouveau concours. C’est du moins ce qu’avait décidé le Conseil d’Etat en 1990286 en des
termes suivants :

« Considérant que, pour organiser, le 22 mai 1985, un nouveau concours de


recrutement d'assistants en odontologie à la suite de l'annulation de la délibération du jury
du concours en date du 06 décembre 1983, l'université de Clermont-Ferrand I était tenue
d'appliquer la réglementation en vigueur à la date du nouveau concours ; qu'elle devait

282
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.520.
283
V. CE, sect. 08 mars 1963, Pradel, Rec., P.145.
284
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.34.
285
CE, sect., 14 février 1997, n° 111648, Colonna, Rec. CE 1997, P.38.
286
CE, sect., 08 juin 1990, n° 106309, université Clermont-Ferrand c/ Rougerie, Rec. CE 1990, P.147.

96
donc tenir compte, dans l'intitulé donné aux épreuves, de la modification survenue entre
ces deux dates dans l'appellation réglementaire de la discipline concernée ».

Cependant, des considérations inhérentes à la prise en compte de la sécurité juridique


des administrés, ainsi qu’au souci de ne pas bouleverser déraisonnablement l’ordonnancement
juridique, tendent à limiter la portée de l’effet boule-de-neige produit par la fiction qu’est la
rétroactivité de l’annulation contentieuse. En conséquence, l’annulation ab initio d’une
décision administrative ne peut imposer à l’administration de revenir sur d’autres décisions
qu’à la condition que celles-ci ne soient pas devenues définitives et que cette révision ne
porte pas atteinte aux droits acquis que les bénéficiaires ont pu en tirer. A titre illustratif, dans
l’hypothèse de l’annulation, par le juge de l’excès de pouvoir, de la délibération du jury d’un
concours de recrutement dans la fonction publique, le fait pour les décisions ultérieures à
l’acte annulé, notamment l’affectation et la prise de service des candidats admis, d’être
devenues définitives, fera obstacle à leur retrait et, partant, à l’aboutissement d’une véritable
restitutio in integrum.

En tout état de cause, il faut dire que le fait de revenir en arrière, pour faire comme si
la décision annulée n’avait jamais existé, n’est toujours pas facile pour l’administration, ce qui
nous amène à conclure que le principe de la rétroactivité n’est pas absolu, étant donné qu’il
rencontre généralement plusieurs écueils. Finalement, lorsque ce ne sont pas des obstacles
matériels qui s’opposent à ce que la remise en état se produise, c’est la rétroactivité elle-même
qui se heurte à certains mécanismes d’ordre juridiques. De par ces difficultés, l’exécution des
décisions d’annulation se distingue de celle des condamnations pécuniaires qui, à première
vue, rencontre beaucoup moins d’obstacles.

SECTION 2 : L’EXECUTION DES COMDAMNATIONS PECUNIAIRES

L’administration a l’obligation d’exécuter la chose jugée. Lorsque le juge la condamne


à la réparation d’un dommage, dans le cadre d’une action en responsabilité dirigée contre elle,
l’autorité, ici relative, de la chose jugée, nécessite qu’elle exécute spontanément les
obligations que la décision juridictionnelle met à sa charge. Par conséquent, elle se doit donc
de payer les indemnités ou les sommes dont elle a été reconnue débitrice287.

Autrement dit, dans le plein contentieux, le juge administratif prononce une


condamnation qui consiste, pour la personne publique mise en cause, à s’acquitter de
287
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, [Link]., P.194.

97
l’obligation pesant sur elle, en versant la somme pour le paiement de laquelle elle a été
condamnée. L’exécution des décisions de justice portant condamnation de l’administration au
paiement d’une somme d’argent doit toutefois tenir compte des principes qui gouvernent la
gestion des finances publiques, notamment celui de la légalité budgétaire. Le respect de ces
principes a conduit le législateur colombien à instaurer des délais spécifiques, en vue de
permettre à l’administration de faire procéder aux retouches budgétaires nécessaires, afin de
s’acquitter des condamnations pécuniaires prononcées contre elle.

En fait, dès que l’administration est pécuniairement condamnée, les fonctionnaires en


charge de la gestion du budget sont immédiatement prévenus, pour qu’ils incluent ladite
condamnation dans le budget qui y est affecté288. Aussi convient-il d’indiquer que le souci de
faciliter l’exécution de telles décisions a amené certains pays à limiter le montant maximum
des sommes auxquelles l’Etat peut être condamnée au cours d’un exercice budgétaire. C’est
ainsi qu’au Mali, en application de la jurisprudence de « 300.000 », l’Etat ne peut pas être
condamné à payer plus de 300.000 francs289.

Au Cameroun par contre, l’exécution des condamnations pécuniaires prononcées à


l’encontre de l’Etat n’est possible que s’il existe des crédits budgétaires disponibles. Le cas
échéant, le paiement ne peut s’effectuer que dans le strict respect de la procédure d’exécution
de la dépense publique. Dans ce sens, L’article 47 alinéa 1 de la loi portant régime financier
de l’Etat dispose que « la procédure d’exécution de la dépense comprend les phases
d’engagement, de liquidation, et d’ordonnancement, qui relèvent de l’ordonnateur, et la
phase de paiement, qui relève du comptable »290.

Cette disposition a été reprise par l’article 65 de la loi portant régime financier des
collectivités territoriales décentralisées qui est même un peu plus précise encore. Elle dispose
en effet que « La procédure d'exécution des dépenses comprend deux (2) phases :

-la phase administrative qui relève de l'ordonnateur comporte l'engagement, la


liquidation et l'ordonnancement ;

288
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.27.
289
Idem, P.28.
290 er
V. art. 47 al.1 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat ; JOC du 1
février 2008, P.1130-1160.

98
-la phase comptable qui relève du comptable de la collectivité territoriale est le
paiement de la dépense » 291.

C’est dire que pour l’administration, exécuter une condamnation pécuniaire revient en
principe à exécuter une dépense publique inscrite au budget de l’Etat. La procédure prévue à
cet effet est assez complexe. Elle s’analyse en une suite d’opérations qui ont chacune un objet
bien déterminé. Mais en règle générale, et en se référant aux textes sus visés, on peut
subdiviser les opérations d’exécution de la dépense publique en deux principales phases que
sont la phase administrative (paragraphe I) et la phase comptable (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LA PHASE ADMINISTRATIVE

La procédure d’exécution de la dépense publique a été définie et précisée dans la loi


portant régime financier de l’Etat précitée, et renchérie par la loi n°2009/011 du10 juillet 2009
portant régime financier des collectivités territoriales décentralisées. Il en ressort que du point
de vue administratif, les principales opérations d’exécution de la dépense publique, en vue de
l’exécution d’une condamnation pécuniaire, renvoient notamment à l’engagement et à la
liquidation de la dépense (A), ainsi qu’à l’ordonnancement (B) de celle-ci.

A- L’engagement et la liquidation de la dépense publique

Pour la clarté et la commodité de l’exposé, il sera judicieux que l’on analyse ces deux
opérations séparément. Ainsi, l’on expliquera d’abord en quoi consiste l’engagement (1) avant
de s’intéresser à l’opération de liquidation (2).

1- L’engagement de la dépense publique

L’engagement est un acte pris par l’ordonnateur, avec pour effet de rendre l’Etat
engagé, c’est-à-dire débiteur. Pour le législateur fiscal camerounais, l’engagement est un
« acte qui fait naître à l’encontre d’un organisme public une obligation à l’égard des tiers
qui se résoudra en une charge budgétaire »292. Il doit être fondé sur la loi et les règlements.
La décision d’engager une dépense ne peut être faite que par une autorité compétente et dans

291
V. art.65 de la loi n°2009/011 du 10 juillet 2009 portant régime financier des collectivités territoriales
décentralisées.
292
Voir le glossaire des termes fiscaux et finances publiques en annexe du Code Général des Impôts.

99
la limite des crédits disponibles. L’engagement, en tant que fait générateur de la dépense
publique, résulte soit d’un acte volontaire, soit d’un acte involontaire293.

L’engagement est volontaire lorsqu’il découle par exemple de la passation d’un


marché, d’une commande, de l’attribution d’une subvention ou même de la nomination d’un
fonctionnaire. Mais par contre, l’Etat ou toute autre personne morale de droit public peut
également être rendu débiteur sans aucune manifestation préalable de leur volonté. On parle
alors, dans ce cas, d’engagement involontaire de la dépense publique. Il peut s’agir d’un
engagement visant à éponger une dette provenant des réparations civiles à l’instar des
dommages causés lors des accidents de circulation impliquant un véhicule administratif, ou
destiné, et c’est ce qui nous intéresse ici, à l’exécution d’une décision de justice, condamnant
pécuniairement l’administration.

Dans cette dernière hypothèse en effet, point n’est plus besoin que l’ordonnateur
prenne encore un quelconque acte, étant donné que la décision de justice en elle-même tient
déjà lieu d’acte d’engagement. Il faut et il suffit que la décision en question soit exécutoire
pour pouvoir jouer pleinement ce rôle. Aussi doit-elle liquider le montant de la condamnation.

2- La liquidation de la dépense publique

La liquidation a pour objet de vérifier la réalité de la créance et d’arrêter le montant de


la dépense. De manière générale, il appartient à l’ordonnateur qui a engagé la dépense de la
liquider, en déterminant le montant exact de la dette. La liquidation proprement dite de la
dépense publique consiste, pour l’ordonnateur, à indiquer de façon précise et par calcul, le
montant de la dette du trésor public envers un créancier. En principe, la liquidation doit être
précédée de la vérification du service fait.

En effet, l’idée répandue selon laquelle il faut payer avant d’être servi n’est pas valable
en finances publiques. C’est plutôt le contraire de cette règle qui s’applique. Le service fait
consiste à constater qu’une dette est née à l’encontre d’une personne morale de droit public,
après que le créancier de celle-ci ait effectivement accompli son obligation. Formulée à
l’origine en tant qu’institution du droit de la comptabilité publique, la règle du service fait
« interdit les paiements de dépenses publiques avant que les bénéficiaires aient exécuté les

293 ème
CHOUVEL (F.), Finances Publiques, 13 édition, mémentos LMD, Paris, Gualino éditeur, 2010, P.155.

100
prestations qui en sont les contreparties »294. Cette règle admet toutefois des exceptions, à
l’instar des avances de soldes pour les dépenses de personnel et des acomptes pour les
dépenses d’investissement.

Quoi qu’il en soit, la liquidation d’une dépense publique au titre de l’exécution d’une
décision de justice n’est pas assujettie à la formalité préalable de la vérification du service
fait. Ce qui est nécessaire ici, et même indispensable, c’est que le montant total de la
condamnation soit liquidé. Ainsi, lorsque le juge ne prend pas le soin de liquider dans sa
décision la somme que l’administration est condamnée à payer, l’exécution de ladite décision
s’avère un peu compliquée puisqu’il va falloir procéder au préalable à cette liquidation. C’est
ainsi que dans l’affaire BELINGA ZE Thomas contre Etat du Cameroun295 par exemple, le
juge administratif s’est contenté de condamner l’Etat à payer au requérant une indemnité dont
il n’a pas cru devoir liquider le montant.

En l’espèce, sieur BELINGA ZE Thomas, Administrateur Civil retraité, avait introduit


un recours tendant à la rectification de l’arrêté n° 002293/VA/MFP/DF/SDPF/SCP/B2 du 03
décembre 1974 portant son admission à la retraite par anticipation. Dans la même requête, il
sollicitait également le paiement de son traitement pour la période allant, du 1er septembre au
31 décembre 1974. Le représentant de l’Etat s’est fondé sur l’absence de service fait pour
faire échec aux prétentions du requérant car selon lui, ce dernier n'a pas effectivement
travaillé pendant la période allant du 1er septembre au 31 décembre 1974. De ce fait, il ne peut
prétendre se faire payer le traitement de ladite période. Dans le dispositif de sa décision, le
juge « Condamne l'Etat à payer à BELINGA ZE une indemnité équivalente à son
traitement du 1er septembre 1974 au 31 décembre 1974 », sans aucune autre précision
relativement au montant, et ceci après une motivation ainsi conçue :

« Considérant au surplus, que du 29 novembre 1973 au 1er septembre 1974, sans


exercer un quelconque emploi de son grade, BELINGA ZE a jouit régulièrement de son
traitement ;
Qu’il serait donc ridicule de prétendre à présent qu’il ne pouvait être payé entre le
1er septembre et le 31 décembre 1974 au motif qu’il n’exerçait aucun emploi, alors et
surtout qu’il n’a pas été démontré que l’intéressé s’était retiré dans son village, et qu’il a

294
AMSELEK (P.), « Une institution financière en clair-obscur : la règle du service fait », in mélanges Paul-Marie
GAUDEMET, Paris, Economica, 1984, P.424.
295
CS/CA, Jugement n°4/CS/CA/77-78 du 23 février 1978, BELINGA ZE Thomas contre Etat du Cameroun.

101
été plutôt démontré que c'est du fait de l'état que le recourant n’exerçait aucun emploi de
son grade ;
Qu’il y a lieu de faire droit à ce second chef de la demande de BELINGA ZE et de
condamner l'Etat à lui payer une indemnité équivalente à son traitement du 1er septembre
au 31 décembre 1974, date de notification effective de l'arrêté n°002293/A/MFP/DP/SDFP/
SCE/B2 du 03 décembre 1974 portant son admission à la retraite par anticipation ».

Mais on peut dire qu’il s’agit là d’une jurisprudence pour le moins isolée, eu égard au
fait que dans la quasi-totalité des cas, le juge administratif camerounais prend toujours la
peine d’indiquer le montant exact de la somme que l’administration est tenue de payer, en
exécution de la décision la condamnant pécuniairement. Ainsi, qu’il s’agisse des
condamnations au paiement des sommes dues au titre des dommages intérêts, ou alors à titre
de remboursement des sommes indûment perçues par le trésor public, le montant total à payer
est presque toujours précisé dans la décision, aussi bien dans les motifs que dans le dispositif.
C’est d’ailleurs ce qui a fait dire à certains auteurs que la portée des décisions rendues par le
juge administratif est parfois simple à déterminer, compte tenu du fait qu’à l’issue des litiges
portant sur des questions pécuniaires, il fixe, en principe, le montant de la somme que
l’administration doit verser à titre de condamnation296.

A titre illustratif, on peut citer l’affaire NJOYA Thomas297 dans laquelle ce dernier
avait saisi la Chambre Administrative de la Cour Suprême d’un recours tendant, d'une part, à
l’annulation, pour excès de pouvoir, de la lettre n°2411/MINFOC/DAC du 28 juillet 1975 du
Ministre de l'Information et de la Culture, laquelle lui interdisait de se prévaloir d'un
quelconque droit d'invention concernant la technique de fonte à cire perdue. D'autre part, son
recours tendait à faire condamner l’Etat à lui payer la somme de cinq millions de francs par
jour à titre de dommages intérêts, pour compter du 28 juillet 1975, date de la décision
attaquée, jusqu'au prononcé de la décision juridictionnelle à intervenir. Après avoir rejeté
l’exception soulevée par l’Etat du Cameroun qui avait conclu à l’incompétence de la Chambre
Administrative pour connaitre de cette cause, le juge dit :

« Considérant que le Ministre de l’Information et de la Culture, en interdisant


administrativement au requérant de ne pas jouir de ses droits patrimoniaux et moral de
breveté a violé les dispositions réglementaire sus relatées de l’accord de Libreville ;

296
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.518.
297
CS/CA, Jugement n°31/CS/CA du31 mars 1977, NJOYA Thomas contre Etat du Cameroun.

102
Considérant qu’il est constant que cette mesure administrative a causé au requérant
un préjudice d’affection certain susceptible d’être réparé, qu’il sera fait une exacte
appréciation dudit préjudice moral en le chiffrant à la somme de 100.000 francs ».

C’est suite à cette motivation que dans son dispositif, il « Condamne l’Etat du
Cameroun à payer à NJOYA Thomas la somme de 100.000 francs de dommages et
intérêts ».

Il est resté, nous semble-t-il, constant sur cette position ainsi que l’atteste son
abondante jurisprudence relative à cette question. L’affaire MBOKA TONGO MPONDO
Guillaume298 en est également un exemple assez édifiant. En l’espèce, le susnommé avait
intenté contre l’Etat du Cameroun, un recours tendant à ce que le juge ordonne le
remboursement des sommes trop perçues sur son compte par le Trésorier-Payeur de Douala,
au titre des arriérés d'impôts des exercices 1961 à 1964, ainsi que le montant de la concussion
dont il avait été victime dans le calcul des frais de poursuites, le tout s'élevant à neuf millions
cent trente deux mille cent cinquante (9.132.150) francs. Il sollicitait également la
condamnation de l'Etat au paiement des dommages et intérêts. Vidant sa saisine, le juge
disait alors :

« Considérant que, de tout ce qui précède, il est établi que le recourant a effectué des
versements qui se chiffrent à la somme totale de 12.730.037 + 2.142.400 + 3.911.451 +
2.160.000 = 20.943.888 francs ;
Qu’en conséquence, l'Etat a encaissé un trop perçu d'un montant total de
20.943.888 - 18.601.587= 2.342.301 francs ;
Considérant que le requérant conteste la légalité de toutes les impositions fixées au
delà de l'année fiscale 1964/1965 au motif qu'il était détenu depuis 1965 et se trouvait de ce
fait sans activité ;
Considérant que le service des Contributions Directes qui avait calculé le montant
des impositions contestées se devait de produire à l'appui de sa défense soit à l'expert, soit
au recourant, soit à notre juridiction le mécanisme de taxation ayant abouti aux chiffres
contestés ;
que ne l'ayant pas fait au motif que le dossier d'imposition du requérant était
introuvable, ces impositions, ainsi que les majorations doivent en conséquence être

298
CS/CA, Jugement n°30/CS/CA du 31 mars 1977, MBOKA TONGO MPONDO Guillaume Contre Etat du
Cameroun.

103
annulées et le montant des sommes retenues par l'expert intégralement remboursées à
MBOKA TONGO à savoir…8.152.557 ;
Qu'il s'en suit de là que l'Etat doit être condamné à rembourser au recourant le trop
perçu total qui se chiffre à la somme de 2.342.301 francs plus 8.152.557 soit 10.494.858
francs ;
Considérant qu'il est constant que le comportement de l'Administration qui a
imposé à tort le requérant lui a causé pendant sept ans des troubles graves à ses conditions
d'existence et lui a occasionné les pretium doloris et materiae susceptibles d'être réparés ;
Qu’il sera fait une exacte appréciation dudit préjudice en le chiffrant à la somme de
1.800.000 francs ».

Il s’est fondé sur ces motifs pour ordonner, dans le dispositif, le remboursement, au
requérant, de la somme de dix millions quatre cent quatre vingt quatorze mille huit cent
cinquante huit (10.494.858) francs représentant un trop perçu sur le recouvrement des arriérés
d’impôts dus par ce dernier, non sans avoir condamner l'Etat à lui payer également la somme
de 1.800.000 francs à titre de dommages et intérêts.

Cette tendance à vouloir toujours indiquer le montant exact et chiffré des sommes à
payer par l’administration s’est aussi étendue à l’affaire METOU Josué contre Etat du
Cameroun (MINFA)299, dans laquelle le requérant avait saisi le juge d’un recours tendant à
l’annulation de l’arrêté n°0677/AM/MINFA/312 du 20 novembre 1978, le révoquant de la
gendarmerie nationale. Dans la même requête, il sollicitait également que l’Etat du Cameroun
soit condamné à lui payer la somme de 25.000.000 de francs de dommages intérêts et à
rembourser la totalité des dettes par lui contractées auprès du FONADER et de la SCB, soit
7.600.000 francs. Le juge de l’espèce a débouté le requérant de sa demande de
remboursement des crédits FONADER et SCB au motif qu’elle n’avait aucune relation avec
l’arrêté attaqué, ceci après avoir reçu favorablement les autres chefs de demande en ces
termes :

« Attendu qu’il en découle que l’arrêté incriminé est entaché d’excès de pouvoir
pour s’être fondé sur des faits matériellement inexacts et comme tel, il doit être annulé ;
Attendu qu’il est incontestable que METOU a subi un préjudice certain du fait de
son brusque licenciement alors et surtout qu’il était âgé de 45 ans donc pouvant encore
travailler pendant 05 ans avant son admission à la retraite et qu’il est père de 24 enfants ;

299
CS/CA, jugement n°81/82-83 du 30 juin 1983, METOU Josué contre Etat du Cameroun (MINFA).

104
Qu’il y a par conséquent lieu de lui allouer à titre des dommages intérêts la somme
de 171.593 francs x 12 x 5 = 10.295.580 francs ».

On voit très bien que le juge ne se contente pas seulement de chiffrer le montant à
payer mais aussi, il prend la peine d’indiquer clairement et d’expliquer la base de calcul qui
lui a permis d’arrêter une telle somme. Pareille attitude ne peut qu’être saluée et encouragée,
ce d’autant plus qu’en liquidant le montant des sommes dues dans sa décision, le juge permet
au bénéficiaire de celle-ci de solliciter immédiatement l’ordonnancement de la dépense
publique.

B- L’ordonnancement de la dépense publique

Parmi les différentes opérations administratives d’exécution de la dépense publique,


l’ordonnancement constitue non seulement la dernière phase, mais aussi et sans doute la plus
importante et la plus déterminante, en ce sens que c’est elle qui ordonne la sortie de fonds des
caisses du trésor public. On serait dès lors tenté de se demander qui peut ordonnancer ? (1) ; et
en quoi consiste l’ordonnancement ? (2). Voilà deux questions fondamentales auxquelles il
sied de répondre successivement.

1- Les autorités compétentes pour ordonnancer

Ordonnancer une dépense, c’est donner l’ordre à un trésorier de payer une somme
déterminée. Au Cameroun, ceux qui peuvent donner un tel ordre s’appellent ordonnateur. Cet
ordonnateur est un décideur en ce sens que c’est lui qui, à la fois, prend la décision d’engager
une dépense et ordonne au comptable le paiement de celle-ci300. Selon la législation fiscale
camerounaise, l’ordonnateur « est un administrateur, c’est-à-dire un ministre ou un
fonctionnaire d’autorité qui a un pouvoir de décision dans le domaine financier »301. En
tant que responsable de la bonne exécution du budget de l’Etat dans son domaine de
compétence, il initie la phase administrative en décidant de percevoir une recette ou
d'effectuer une dépense.

En effet, la désignation que l’on fait souvent des autorités administratives est
inopérante sur le plan budgétaire et financier, tout au moins pour celles qui exercent des
attributions en matière financière à l’instar des ministres, des gouverneurs, des préfets, des
maires… Dans le cadre des finances publiques, ces autorités prennent le nom d’ordonnateur.
300
CHOUVEL (F.), Finances Publiques, [Link]., P.148.
301
Voir le glossaire des termes fiscaux et finances publiques en annexe du Code Général des Impôts.

105
Cette dénomination désigne donc une catégorie d’autorités publiques qui, en plus de leurs
charges administratives, jouissent d’un statut particulier leur attribuant des pouvoirs de
décision en matière financière. En principe, seul l’ordonnateur peut prescrire l’exécution
d’une dépense. Il juge de l’opportunité de celle-ci qu’il engage, liquide et ordonnance302.

Le droit camerounais des finances publiques distingue trois types d’ordonnateurs.


C’est du moins ce qui ressort de l’article 51 alinéa 4 de la loi n°2007/006 du 26 décembre
2007 sus évoquée, lequel dispose qu’« en matière de dépenses, il existe trois (03) catégories
d’ordonnateurs : les ordonnateurs principaux, les ordonnateurs secondaires et les
ordonnateurs délégués ». Aux termes de cette même disposition, sont ordonnateurs
principaux, les chefs de départements ministériels ou assimilés, ainsi que les présidents des
organes constitutionnels tandis qu’ont la qualité d’ordonnateurs secondaires, les responsables
des services déconcentrés de l’Etat qui reçoivent les autorisations de dépenses des
ordonnateurs principaux. Enfin, rentrent dans la catégorie d’ordonnateurs délégués, les
responsables désignés par les ordonnateurs principaux ou secondaires pour des matières
expressément définies. Cette délégation prenant elle-même la forme d’un acte administratif de
l’ordonnateur principal ou secondaire303.

En ce qui concerne les collectivités territoriales décentralisées, l’article 54 de la loi


portant régime financier desdites collectivités dispose que « Le président du conseil régional,
le délégué du gouvernement, le maire ou le président du syndicat de communes est
l'ordonnateur du budget de la région, de la communauté urbaine, de la commune ou du
syndicat de communes, respectivement ».

Au demeurant, c’est vers l’un de ces ordonnateurs que l’administré, justiciable


potentiel ou effectif, doit s’adresser, lorsqu’il est en possession d’une décision de justice
exécutoire, condamnant une personne morale de droit public au paiement d’une somme
d’argent, afin que ledit ordonnateur donne l’ordre de payer la somme en question. Pour y
parvenir, ce dernier doit absolument effectuer une opération d’ordonnancement.

2- Les opérations d’ordonnancement

Le désir de faciliter au maximum l’exécution des condamnations pécuniaires à fait


naitre l’idée selon laquelle on pouvait désormais envisager de passer outre la phase

302
V. art. 51 (1) de la loi n°2007/006 précitée portant régime financier de l’Etat.
303
Voir également l’article 11 alinéa 2 du décret n°2013/16 du 15 mai 2013 portant Règlement Général de la
Comptabilité Publique.

106
d’ordonnancement d’une dépense publique, en faisant d’une décision de justice, revêtue de la
formule exécutoire, un titre de paiement. A ce sujet, M. Jean GOURDOU nous rapporte qu’en
France, au cours des débats parlementaires en vue de l’adoption de la loi n°80-539 du 16
juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des
jugements par les personnes morales de droit public, des opinions allant dans ce sens ont été
exprimées.

En fait, les auteurs de l’amendement du projet initial souhaitaient que la décision de


justice elle-même vaille ordonnancement, permettant ainsi au justiciable, muni du simple
jugement ou de l’arrêt, d’aller directement devant le comptable public afin d’obtenir le
paiement de sa créance304. Mais les obstacles, tant théoriques, tirés du principe de la
séparation du juridictionnel et de l’exécutif, que pratiques, provenant de la difficulté
notamment à déterminer quelle imputation comptable serait à réaliser dans un tel cas,
soulevés par ce procédé virtuel, ont contraint ses promoteurs à reculer et à accepter finalement
une solution de compromis, à savoir un mécanisme de contrainte au paiement, maintenant
ainsi une phase d’ordonnancement préalable305. Face à cette tentative de réforme manquée,
l’ordonnancement de la dépense demeure une phase indispensable dans la gestion des
finances publiques, tout au moins relativement à l’orthodoxie de la dépense publique.

Dès lors, les opérations d’engagement, de vérification du service fait et de liquidation


restent nécessaires mais pas suffisantes pour l’exécution d’une dépense publique. Encore faut-
il que celle-ci soit ordonnancée, c’est-à-dire que l’ordre soit donné au comptable de payer la
somme due par l’Etat, au titre de l’exécution d’une condamnation pécuniaire. Généralement,
l’ordonnancement se décompose en deux opérations majeures.

Il y a, d’une part, l’ordre de payer au comptable assignataire. Il se matérialise


communément par l’établissement d’un document appelé, selon les cas, titre de paiement, bon
de commande ou bon d’engagement. Ce document comporte de nombreuses mentions dont
les noms, prénoms et adresse du créancier, l’imputation budgétaire de la dépense, ainsi que
l’indication du service de l’ordonnateur. D’autre part, l’ordonnancement se traduit par la
remise d’un titre de règlement ou de paiement au créancier de l’Etat. Le titre dont s’agit peut
prendre les formes les plus diverses, telles que les bons de caisse, les avis de crédit

304
GOURDOU (J.), « La contrainte au paiement », in GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.) (Sous la
direction de…), L’exécution des décisions de justice administrative, Première journée d’études, Tribunal
Administratif de Pau / Faculté de Droit de Pau, mardi 23 septembre 2008, P.42 et ss.
305
Idem, P.43.

107
comportant ordre de virement, etc. L’ordonnancement constitue ainsi l’ultime étape de la
phase administrative d’exécution des dépenses publiques. Son achèvement marque
l’ouverture de la phase comptable.

PARAGRAPHE II : LA PHASE COMPTABLE

Cette phase relève de la compétence du comptable public et renvoi au paiement. C’est


ce qui ressort en substance des lois n°2007/006 du 26 décembre 2007 et n°2009/011 du 10
juillet 2009 en leurs articles 47(1) et 65 respectivement. Pour mieux comprendre l’institution
d’une phase comptable dans la procédure d’exécution des dépenses publiques, il sera
judicieux que l’on sache au préalable ceux qui y interviennent (A) avant d’examiner son
déroulement (B).

A- Les intervenants dans la phase comptable

Parce qu’elle rentre dans les missions dévolues aux comptables, comme cela vient
d’être indiqué ci-dessus, il va sans dire que ce sont ces derniers qui interviennent dans cette
phase. Mais les comptables, qui sont-ils réellement ? Ce sont les comptables publics
assurément ! Ils sont encore appelés comptables du trésor ou comptables de deniers. Au
niveau des collectivités territoriales décentralisées, Ils prennent la dénomination de
« receveurs municipaux » ou « receveurs régionaux »306. Dans tous les cas, ils sont tous des
comptables publics. Au sens des lois et règlements en vigueur, ce sont des « agents publics
régulièrement préposés aux comptes et/ou chargés du recouvrement, de la garde et du
maniement des fonds et valeurs »307. Par conséquent, ils ont donc seul compétence pour
percevoir les recettes publiques et exécuter les dépenses des personnes morales de droit
public.

Il convient toutefois de ne pas confondre les comptables publics ou de deniers avec les
comptables matières. Les premiers sont chargés de l’encaissement des recettes publiques et du
décaissement des dépenses publiques, tandis que les seconds effectuent les opérations
d’entrée, de maintien et de sortie du matériel des personnes morales de droit public. Certains
comptables de deniers, tel que ceux des services centraux et extérieurs de la direction générale
du trésor, ont une compétence générale.

306
V. art. 57 al.1 de la loi n°2009/011 du10 juillet 2009 précitée.
307
[Link].14 alinéa 1 du décret n°2013/16 du 15 mai 2013 portant Règlement Général de la Comptabilité
Publique.

108
D’autres par contre, notamment les comptables des budgets annexes et autonomes,
n’ont qu’une compétence spéciale. Les budgets annexes sont des budgets propres à certains
services publics dont l’activité tend à la production de biens ou de prestation de services
donnant lieu à paiement d'un prix. Il s’agit, au niveau central, des services de l’Etat non dotés
de la personnalité morale308 et, au niveau des collectivités territoriales décentralisées, des
services publics régionaux ou communaux dotés de l'autonomie financière, mais sans
personnalité morale309. Quand aux budgets autonomes, encore appelés budgets d’office, ils
sont propres aux personnes morales de droit public, dotées de la personnalité juridique et de
l’autonomie financière.

A ces deux catégories de comptables sus évoquées, il faut ajouter les comptables de
fait. Aux termes de l’article 6 de la loi n°2003/005 du 21 avril 2003 précitée310, « (1) Est
comptable de fait toute personne qui, n'ayant pas qualité de comptable ou n'agissant pas en
cette qualité, s'ingère dans les opérations de recettes et de dépenses, de maniement des
valeurs, de deniers publics, ceux réglementés ou non réglementés, ainsi que ceux des
établissements publics et des entreprises du secteur public et parapublic ».

Peut donc être considéré comme tel, toute personne qui s’immisce indûment dans les
opérations réservées à un comptable patent. Il peut en être ainsi par exemple lorsque le maire,
ordonnateur principal du budget de la commune, perçoit lui-même les ressources communales
dans le cadre ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. Il devient par là même comptable
de fait, étant donné qu’il s’est, de la sorte, attribué une compétence dévolue en réalité au
receveur municipal.

L’intérêt de la connaissance de ces agents publics réside dans le fait qu’elle permet au
bénéficiaire d’une décision de justice condamnant pécuniairement l’administration de savoir,
à chaque étape de la procédure d’exécution de la dépense, qui saisir en cas de blocage, ou
alors à qui s’adresser lorsqu’il faut passer d’une étape à l’autre. Cela dit, non seulement il faut
connaitre les différents intervenants, mais aussi et surtout, il est important d’avoir une idée
réelle du déroulement de la phase comptable.

308
V. art.24 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.
309
V. art.51 de la loi n°2009/011 du 10 juillet 2009 portant régime financier des collectivités territoriales
décentralisées.
310
Loi fixant les attributions, l'organisation et le fonctionnement de la Chambre des Comptes de la Cour
Suprême.

109
B- Le déroulement de la phase comptable

Avec la phase comptable, l’exécution de la dépense publique passe des ordonnateurs


aux mains des comptables. Leur mission essentielle est d’assurer le paiement du mandat émis
par l’ordonnateur. Mais très souvent, les opérations comptables d’exécution de la dépense
publique se déroulent en deux étapes.

D’une part, le comptable assure le contrôle de la régularité juridique des opérations


administratives préalables à l’exécution de la dépense. C’est d’abord un contrôle de la
régularité de l’engagement. Il doit alors s’assurer de la validité de la créance, de l’existence et
de la disponibilité des crédits dans le chapitre budgétaire auquel s’impute la dépense dont
s’agit. Lorsque le contrôle financier existe, le comptable doit s’assurer du visa de ce service.
Cependant, il faut dire que s’agissant des dépenses imposées par une décision de justice, il n’a
plus à vérifier la régularité de l’engagement car non seulement ladite décision, qui vaut déjà
engagement, s’impose par ailleurs à tout le monde en raison de son effet erga omnes, mais
aussi, elle bénéficie d’une présomption de vérité légale et donc, de régularité.

Il s’agit ensuite d’un contrôle portant sur les opérations de liquidation. Là encore, ce
contrôle s’avère inutile lorsque la somme dont l’Etat doit s’acquitter est liquidée dans la
décision de justice le condamnant. Ce n’est que dans le cas contraire qu’il présente tout son
intérêt.

Il est enfin question du contrôle de la régularité de l’ordonnancement. Sont susceptible


d’être pris en compte ici la qualité de l’ordonnateur, les missions qui lui sont dévolues, le
spécimen de signature, l’exactitude du calcul de la liquidation, l’exacte imputation de la
dépense…

Au terme de l’examen de la validité des opérations administratives préalables à


l’exécution d’une dépense publique, deux situations peuvent se présenter. Si l’une de ces
opérations s’avère manifestement irrégulière, le comptable refuse, ou à tout le moins, sursoit à
payer le bénéficiaire de la condamnation pécuniaire prononcée à l’encontre de l’Etat ou de
toute autre personne morale de droit public. Le cas échéant, il en avise sans tarder
l’ordonnateur et lui indique les raisons de son refus ou de sa réserve311. Ce dernier peut à son

311
V. art.76 alinéas 1 et 2 du Décret n°2013/16 du 15 mai 2013 portant Règlement Général de la Comptabilité
Publique.

110
tour régulariser la procédure et, faisant suite à cette régularisation, le comptable payera
effectivement le créancier.

L’ordonnateur peut toutefois passer outre le refus ou la réserve du comptable en lui


intimant l’ordre de payer le bénéficiaire de la décision de justice. C’est ce qu’on appelle le
droit de réquisition de l’ordonnateur au comptable assignataire. Sur la forme, cette réquisition
doit être écrite. Son effet est qu’elle substitue la responsabilité de l’ordonnateur à celle du
comptable, relativement au paiement effectué312. Si par contre le contrôle effectué par le
comptable ne révèle aucune irrégularité, celui-ci se doit alors de payer la condamnation
pécuniaire sans aucune autre condition.

C’est en effet ce paiement qui constitue, d’autre part, la seconde étape du déroulement
de la phase comptable. Ainsi, en tant que caissier, le comptable public paye la dépense
publique mais au préalable, il doit tout de même s’assurer qu’il n’y a pas d’obstacles
juridiques au paiement et que celui-ci a un caractère libératoire, c’est-à-dire qu’il est effectué
au profit du véritable bénéficiaire de la décision313. Par la suite, il appose la formule « vu bon
à payer » sur le titre de paiement et dès lors, le bénéficiaire de la décision de justice pourra
être payé immédiatement, soit en espèces à la caisse du comptable après vérification de son
identité et signature par lui dudit titre, soit alors par chèque, par virement bancaire dans son
compte domicilié auprès d’un établissement agrée ou par tout autre moyen prévu par la
règlementation en vigueur.

312
V. art.76 alinéas 3 et 5 du Décret n°2013/16 du 15 mai 2013 précité.
313
CHOUVEL (F.), Finances Publiques, [Link]., P.156.

111
CONCLUSION DU CHAPITRE II

Que dire en définitive ? Sinon que la matérialisation, mieux encore l’exécution


proprement dite des décisions du juge administratif par l’administration, se fait différemment
selon qu’il s’agit de mettre en œuvre une décision d’annulation ou alors une condamnation
pécuniaire.

En ce qui concerne l’exécution d’une annulation contentieuse, sa matérialisation


concrète impose à l’administration deux types d’obligations. Les une sont négatives et
consistent en l’abstention de la personne morale de droit public concernée, laquelle abstention
est parfois dictée par l’automaticité des effets de certaines annulations. Les autres par contre
sont positives et renvoient, soit au retrait ou à la réformation de l’acte administratif annulé,
soit alors au rétablissement de la situation juridique préexistante. Mais quelle que soit
l’obligation qui lui incombe, il est indéniable que l’administration ne s’y acquitte pas toujours
aussi facilement qu’on puisse le penser.

Relativement à l’exécution des condamnations pécuniaires prononcées contre les


personnes morales de droit public, nous pouvons dire que celle-ci est largement tributaire de
la procédure d’exécution des dépenses publiques telle que prévue par les lois n°2007/006 du
26 décembre 2007 et n°2009/011 du 10 juillet 2009 portant respectivement régime financier
de l’Etat et régime financier des collectivités territoriales décentralisées. A ces lois, il faut y
adjoindre certains textes règlementaires subséquent, notamment le décret portant règlement de
la comptabilité publique, ainsi que le texte particulier portant règlement de la comptabilité des
collectivités territoriales.

Il ressort de la lecture combinée des textes susmentionnés que l’exécution d’une


condamnation pécuniaire, au même titre que l’exécution de toute autre dépense publique, se
fait en deux phases. Il y a, d’une part, la phase administrative qui s’opère en trois étapes que
sont l’engagement, la liquidation et l’ordonnancement. Ce qu’il convient de retenir ici c’est
que dans notre cas d’espèce, non seulement la décision de justice vaut acte d’engagement,
mais aussi, dans la majorité des cas, le juge s’arrange toujours à liquider le montant de la
condamnation dans sa décision.

Il s’agit, d’autre part, de la phase comptable dans laquelle interviennent les comptables
publics encore appelés comptables du trésor ou de deniers. Elle consiste en la vérification de
la régularité juridique des opérations administratives préalables et au paiement de la

112
condamnation. Le contrôle dont s’agit porte beaucoup plus sur la régularité de
l’ordonnancement car très souvent, les opérations d’engagement et de liquidation sont faites
par le juge à travers sa décision qui ne peut facilement être remise en cause étant donné
qu’elle bénéficie d’une présomption de vérité légale.

113
CONCLUSION DU TITRE I

Tout compte fait, nous pouvons dire, sans risque de se tromper, que la procédure
d’exécution des décisions du juge administratif ne constitue rien d’autre qu’un processus qui
se subdivise lui-même en plusieurs étapes. Ainsi, il ne suffit pas qu’une décision soit rendue
pour qu’elle puisse recevoir exécution ; encore faut-il que des formalités préalables soient
accomplies après son prononcé, notamment la notification de ladite décision et l’apposition
sur cette dernière, de la formule exécutoire. Ces formalités ont pour but d’informer les
plaideurs de l’existence d’une décision leur faisant grief et de les mettre à même d’exercer les
éventuelles voies de recours avant qu’elle n’acquiert force exécutoire et ne devienne
opposable à tous.

La réalisation desdites formalités ouvre la voie à la phase suivante qui est celle de
l’exécution proprement dite. On assiste, ce faisant, à la mise en œuvre concrète de la décision
du juge par l’administration. Afin de matérialiser cette exécution dans les faits,
l’administration se doit alors d’adopter une attitude conforme à ce qui a été décidé par le juge.
Cette attitude varie toutefois selon que la décision dont s’agit porte sur l’annulation d’un acte
administratif ou sur une condamnation pécuniaire. En exécutant ainsi le verdict du juge,
l’administration apporte de la sorte son appui à la consolidation d’un véritable Etat de droit au
Cameroun.

Mais pour autant, peut-on déduire que la justice administrative camerounaise est aussi
novatrice, aussi consécratrice du respect des droits et libertés des administrés comme on a pu
le penser, le rêver et le présenter dans la période du grand enthousiasme de la réforme
constitutionnelle du milieu des années quatre vingt dix ? Assurément pas ! En effet, la justice
administrative camerounaise est en pleine mutation et avant qu’elle ne se stabilise, l’attitude
de l’administration face à ses décisions peut basculer dans un sens comme dans l’autre.

Même s’il est indéniable que le jurislateur camerounais a emprunté, au courant des
années 2006 et 2012, une trajectoire consubstantielle à la réforme constitutionnelle de 1996
sus évoquée dans le but de moderniser cette institution, il n’en demeure pas moins vrai qu’il
serait prématuré d’émettre un quelconque jugement de valeur sur son fonctionnement et son
avenir, tout au moins relativement à l’efficacité de ses décisions du point de vue de leur
exécution.

114
Dans tous les cas, l’administration, du haut de son statut de plaideur à part entière, et
même entièrement à part, se doit de faire figure de bon perdant en exécutant spontanément les
décisions rendues par le juge administratif au terme d’un procès équitable. Ce postulat de base
connait toutefois des atténuations car dans certaines circonstances, il peut arriver que la bonne
fois de ce plaideur, quelque peu atypique, soit compromise par des obstacles qui réduisent à
néant son intention de se soumettre à la chose jugée.

115
TITRE II : LES ENTRAVES A
L’EXECUTION SPONTANEE

116
Pendant longtemps, l’on a pensé que l’exécution des décisions du juge administratif
par l’administration dépendait toujours du bon vouloir de cette dernière. Une telle conception,
sans pour autant être fondamentalement fausse, est toutefois loin de refléter l’exacte réalité.
C’est la raison pour laquelle cette opinion doit être nuancée. Car en effet, la mise en œuvre
d’une décision de justice nécessite très souvent que soient réunies certaines conditions, dont la
réalisation ne dépend pas toujours de la volonté de ceux à qui incombe l’obligation
d’exécution.

En clair, c’est désormais un truisme que l’administration publique camerounaise


n’exécute pas spontanément toutes les décisions rendues par le juge administratif. Ce n’est
pourtant pas la matière qui manque ! Car, si à une époque la doctrine déplorait un étiolement
certains du contentieux administratif, qu’elle imputait aussi tôt à l’esprit peu inventif du juge
et à une sorte de blocage socioculturel du contrôle juridictionnel de l’administration314, tel
n’est plus le cas aujourd’hui où la production du juge administratif camerounais, en terme de
décision, est, on ne peut, plus qu’abondante. Cependant, le problème crucial réside, non pas
tant dans la quantité mais, beaucoup plus, et même surtout, dans l’exécution effective des
décisions rendues.

Plusieurs raisons peuvent justifier l’inexécution des décisions du juge administratif par
l’administration. La méconnaissance d’un arrêt ou d’un jugement peut, a priori, être imputée
à tous les acteurs du procès administratif. Il y a, en filigrane, l’administré, qu’il ait été partie
au procès ou non, l’important c’est que la décision ait crée à son égard, des droits et/ou des
obligations. En n’exerçant aucun recours contre l’auteur de l’inexécution, ce dernier se rend
inconsciemment complice de l’administration récalcitrante. Mais, le juge a également sa part
de responsabilité dans l’inertie administrative tant décriée par les justiciables.

En effet, quand bien même l’administré saisi le juge après avoir attendu en vain
l’exécution d’une décision de justice, celui-ci se montre, dans la plupart des cas, indifférent.
Ce qui a fait dire à M. Eric NGWA NFORBIN que la Chambre Administrative de la Cour
Suprême du Cameroun n’a presque jamais statué toutes les fois qu’elle a été saisie derechef,
par un justiciable, pour inexécution d’une décision dont il est bénéficiaire315. En fin,
l’administration également n’est non plus épargnée. Lorsqu’elle ne décide pas de rester tout

314
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.381.
315
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.298.

117
simplement silencieuse longtemps après le prononcé d’une décision, elle se prévaut souvent
d’un certain nombre d’obstacles pour justifier son inaction.

Quoi qu’il en soit, la limitation de l’administration par le droit dépend d’une relation
judiciaire au sein de laquelle le juge n’a qu’un rôle d’arbitre, les acteurs principaux étant
l’administration et le potentiel justiciable, partie privée316. Chacun d’eux se doit donc de bien
connaitre ses droits afin de les faire valoir en cas de besoin, et ce, non sans coup férir car
parlant justement d’obstacles, ils sont si nombreux et divers. Les uns sont dressés par
l’administration elle-même (chapitre I) tandis que les autres lui sont tout simplement imposés
par d’autres circonstances (chapitre II).

316
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.381.

118
CHAPITRE I : LES ENTRAVES
IMPUTABLES A L’ADMINISTRATION

119
L'utilité d’une décision de justice dépend quelquefois du système dans lequel elle
s'insère. Un auteur a d’ailleurs pu dire que dans un régime autocratique, l'efficacité des
décisions du juge administratif dépend du bon vouloir de l'administration, même si cela
revient à denier à la justice le pouvoir que lui a conféré la loi fondamentale 317. Ce qui
contraste avec les exigences de l’Etat de droit qui veut que la soumission à la chose jugée soit
obligatoire et que l’administration soit tenue de s’y conformer. Malheureusement, lorsqu’elle
refuse de s’exécuter, le juge ne dispose pas de véritables moyens pour la contraindre à
respecter sa décision. Cette résistance de l’administration aux décisions du juge fait de
l’exécution de celles-ci une obligation peu respectée au Cameroun.

En effet, pour dissimuler sa mauvaise foi, l’administration crée elle-même, par


moment, les conditions de son inertie. C’est ainsi qu’on peut relever toute une diversité des
formes du mauvais vouloir des personnes morales de droit public : lenteur, indifférence,
inertie pure et simple318, etc. Le Doyen Maurice HAURIOU est même allé jusqu’à dire que
« les administrations publiques en sont venues à ruser, à biaiser, à se défendre contre la
juridiction administrative qui les gêne »319, avant d’ajouter que ces administrations
boycottent le Conseil d’Etat et que dans les ministères, il y a une insurrection des bureaux
contre ledit Conseil qui serait leur gêneur320. Par contre, le Doyen Léon DUGUIT qui ne
partage pas ce point de vue, trouve que le Doyen HAURIOU en fait une description plutôt
caricaturale321.

Mais à l’analyse, on se rend bien compte qu’il ne s’agit là que d’une image réelle,
quoique déplorable, de l’attitude qu’affichent très souvent les personnes morales de droit
public lorsqu’elles sont confrontées aux décisions de la juridiction administrative qu’elles se
doivent pourtant d’exécuter. Cette « insurrection » est également perceptible au Cameroun, et
pour s’en convaincre, il suffit de se référer à la lettre circulaire signée le 10 août 2004 par le
ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat322.

317
MBEYAP KUTNJEM (A.), Le droit à la justice au Cameroun, mémoire de D.E.A. en droit de la personne et de
la démocratie, Université d'ABOMEY-CALAVI, Chaire UNESCO des droits de la personne et de la démocratie,
2005, P.49.
318
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice … [Link]., P.5.
319
HAURIOU (M.), note sous arrêts des 23 juillet 1909 et 22 juillet 1910, Fabrègues, Sirey, 1911, III, P.121.
320
Ibid.
321
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, Paris, librairie Armand Colin, bibliothèque du mouvement
social contemporain, 1913, P.216.
322
Il s’agit de la Lettre Circulaire n°00219//L/10/MINUH/A000 du 10 août 2004 relative à l’exécution des
décisions de justice.

120
En effet, s’adressant aux chefs de services provinciaux323 des domaines, ce membre du
gouvernement s’exprimait alors ainsi qu’il suit :

« Suite aux pratiques qui consistent à exécuter directement les décisions de justice
au niveau des services provinciaux des domaines,
Je vous rappelle que toute décision de justice doit au préalable avoir l’accord du
ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat avant son exécution. (…)
J’attache du prix au respect scrupuleux des dispositions de la présente lettre
circulaire ».

Il s’agit là d’un texte assez surprenant, voire audacieux, car soumettre l’exécution
d’une décision de justice à l’accord préalable d’un membre du gouvernement, et donc du
pouvoir exécutif, ne peut que laisser pantois ! Si l’administration n’est pas inféodée au juge, la
réciprocité voudrait que le juge non plus ne soit sous l’autorité de l’administration, au point
où celle-ci s’arroge un pouvoir d’approbation sur les décisions qu’il rend. Une telle attitude ne
peut qu’entraver l’exécution desdites décisions. Ainsi, quand l’administration ne refuse pas
manifestement d’exécuter les décisions rendues par le juge administratif (section I), elle
dissimule son intention en usant des voies de contournement, toujours dans le dessein de se
soustraire de l’obligation d’exécution qui lui incombe, bien que ce soit de façon déguisée
(section II).

SECTION 1 : LE REFUS MANIFESTE D’EXECUTION DES


DECISIONS DU JUGE ADMINISTRATIF

Partant de la présomption de solvabilité et d’honnêteté de l’Etat dans ses rapports avec


les administrés, les difficultés d’exécution dues à l’inertie ou à la mauvaise volonté de
l’administration ont longtemps été passées sous silence ou sous-estimées324. L’administration,
pensait-on, ès-qualité de bras séculier de l’Etat, ne devrait en toute circonstance avoir pour
principale mission que d’assurer la consolidation de l’Etat de droit en se soumettant à
l’autorité de la chose jugée.

323
Le découpage administratif du Cameroun à cette période divisait le territoire national en dix (10) Provinces.
Mais avec la réorganisation administrative issue du décret du 12 novembre 2008, les provinces ont été
remplacées par les Régions.
324
GENTOT (M.), « L’exécution des décisions du Conseil d’Etat », La Revue Administrative, 51e Année, N°301,
janvier-février 1998, P.113.

121
Mais à l’observation, son fonctionnement nous démontre à suffisance qu’il ne
s’agissait que d’une impression en déphasage avec la réalité quotidienne. Lorsqu’elle est
appelée à exécuter une décision de justice, l’administration s’illustre constamment par des
attitudes plus ou moins blâmables telles que l’orgueil, l’entêtement, le mauvais vouloir si ce
n’est la mauvaise foi. Le justiciable camerounais, bien que bénéficiant d’une décision
d’annulation, peut se voir refuser l’application ou l’exécution de celle-ci, du fait d’un tel
comportement de l’administration. Cela, non pas parce que l’exécution de ladite décision est
impossible, mais tout simplement parce que l’administration se refuse volontairement de le
faire.
Ainsi, le refus manifeste de l’administration, lorsqu’elle est appelée à exécuter les
décisions juridictionnelles, se traduit généralement par des attitudes ne prêtant pas à
équivoque. Quand elle ne fait pas simplement preuve de mauvaise foi (paragraphe I), elle
s’entête en obstruant même l’exécution (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LA MAUVAISE FOI DE L’ADMINISTRATION

En règle générale, la finalité du procès est d’assurer l’effectivité du droit, de garantir la


restauration de la règle bafouée. Une telle ambition suppose, pour sa réalisation, que les
décisions rendues par le juge soient exécutée dans leur entièreté car en effet, l’inexécution de
la décision de justice s’assimile inéluctablement à une non-application du droit, lequel devient
ipso facto « un droit fantôme, un droit virtuel, un droit trompeur »325. Il va sans dire que
l’exécution, tout comme l’action en justice, vise en définitive à assurer et à garantir
l’application du droit tandis que la non exécution conduit fatalement à un déni de justice,
lequel ne peut que générer, chez les justiciables qui en sont victimes, un sentiment d’injustice,
voire de frustration et de non-droit, surtout si l’on considère que cette exécution constitue bien
le prolongement naturel et normal du procès326.

Tel peut être le cas, lorsque l’administration persiste dans son refus de ne pas tirer les
conséquences qui découlent de l’annulation contentieuse d’une quelconque de ses décisions.
Une pareille attitude, lorsqu’elle vient à se concrétiser, traduit à n’en point douter une
mauvaise foi manifeste de l’administration concernée et s’observe facilement, soit dans son
refus pure et simple de se soumettre à la chose jugée (A), soit alors dans la lenteur ou la
mauvaise exécution (B).

325
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
ème
fondamentaux, 12 édition, Paris, Dalloz, 2006, P.646.
326
Idem, P.647.

122
A- L’inexécution pure et simple

L’inexécution, par l’administration, des décisions du juge administratif se traduit


souvent de plusieurs manières. Dans certains cas, la personne publique en cause refuse de
s’exécuter sans mot dire (1). Dans d’autres par contre, on assiste plutôt à un refus clairement
exprimé (2).

1- L’inexécution silencieuse

Selon le Doyen Magloire ONDOA, le refus silencieux constitue l’une des formes les
plus détestables de l’inexécution des décisions de justice par l’administration, ce d’autant plus
que dans pareille situation, rien n’est souvent fait pour indiquer explicitement ledit refus327. Il
est des circonstances dans lesquelles l’administration refuse implicitement de se soumettre à
la décision du juge. Il s’agit, en effet, des situations à travers lesquelles la personne morale de
droit public s’illustre par un semblant d’ignorance de la décision la mettant en cause, et se
comporte comme si celle-ci n’était jamais intervenue.

Ainsi, sans mot dire, elle ne tient pas du tout compte de la décision juridictionnelle,
qui a pourtant été portée à sa connaissance par tous les moyens de droit prévus à cet effet.
Pareil comportement conduit inéluctablement à voir en elle, avec raison d’ailleurs, une
personne « impolie, irrévérencieuse et discourtoise »328, ce qui nous amène à la classer dans
la catégorie des "hors-la-loi". Sa désapprobation, ou mieux son refus, s’observe alors par une
attitude qui consiste, selon les cas, soit à s’abstenir de faire ce qui lui a été prescrit par le juge,
soit à faire plutôt ce qui lui a été formellement interdit.

Cette attitude est souvent accompagnée d’un silence déconcertant, au point où tout
justiciable serait tenté de se demander s’il a affaire à une administration muette. On assiste
alors à une abstention qui traduit, de manière implicite, son refus. Il peut s’agir d’une simple
inertie, ou alors d’une inaction de sa part, notamment lorsque, par exemple, sans donner une
quelconque explication, elle ne mandate pas l’indemnité allouée au requérant par le juge329.

Dans ces conditions, il est dès lors difficile de déterminer avec précision quels peuvent
être les mobiles de sa résistance à ce qui a été jugé, eu égard au fait que l’administration n’a

327
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement : contribution à l’étude
de l’originalité des droits africains, Thèse de Doctorat d’Etat en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP,
mai 1997, P.282.
328
Idem, P.277.
329
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.128.

123
pas l’habitude de donner des explications lorsqu’elle rechigne à exécuter les décisions de
justice330. De prime abord, le silence en lui même n’augure en rien l’inexécution, mais il en
constitue pourtant une technique d’autant plus redoutable que, comptant avec l’usure du
temps, ainsi qu’une éventuelle et probable lassitude du requérant, il s’impose
immanquablement.

Vu sous cet angle, c’est généralement après plusieurs mois, voire plusieurs années que
les bénéficiaires de la décision font le lamentable constat de son inexécution par
l’administration parce que celle-ci, sans rien dire, n’a non plus pris aucune mesure que lui
dictait la décision du juge. Il s’en suit que, du fait des multiples tracasseries administratives,
toutes les démarches entreprises par le requérant, qui a pourtant obtenu gain de cause, ne
peuvent qu’être vaines. De ce fait, la mauvaise foi de l’administration ne manque pas de se
dévoiler dans toute sa netteté. Plusieurs exemples peuvent être cités pour justifier ce refus
souvent silencieux de l’administration qui, curieusement, est pourtant le pouvoir agissant de
l’Etat.

Dans le contentieux de la fonction publique par exemple, le refus silencieux découle


de la non réintégration des fonctionnaires dont l’éviction a été annulée, ainsi que de la non
reconstitution complète de leur carrière plusieurs mois, voire plusieurs années après que la
décision ordonnant de telles mesures soit devenue définitive et exécutoire. C’est ainsi qu’à
titre illustratif, nous évoquerons l’affaire MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun331,
dans laquelle l’administration est restée de marbre face à la décision qui avait été rendue, sans
donner une quelconque explication à son attitude.

Les faits de cette espèce étaient relativement simples. Technicien du Génie Rural de
formation, sieur MBARGA Symphorien était un fonctionnaire en service dans le Département
de l'Océan, Province du Sud. Durant la période allant du 1er novembre 1982 au 15 octobre
1983, le susnommé s’est absenté de son service après avoir obtenu une permission, qui a
même été prorogée de quelques jours par ses supérieurs hiérarchiques. Mais pendant la
période sus indiquée, ces derniers ont provoqué la visite du Préfet de l'Océan pour constater
son absence irrégulière, laquelle a d'ailleurs été matérialisée par la décision provinciale
n°00593/DP/A/DAJ/BPFA du 06 Juin 1983 le suspendant de ses fonctions.

330
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.298.
331
CS/CA, jugement n°29/CS/CA du 03 Mai 1990, MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun (M.F.P.C.E.).

124
Entre temps, il a été affecté à Kribi. Mais, son acte d'affectation ne lui a pas été notifié.
Il y a néanmoins repris le service de manière effective le 15 octobre 1983, ainsi que l’a attesté
le Délégué Provincial de l'Agriculture du Centre-Sud dans sa correspondance
n°87/L/CF/DPACS/SAF/SP du 10 décembre 1983, répondant ainsi à la lettre
n°06156/MINAGRI/DAG/SP/SAF/SP du 02 décembre 1983 du Ministre de l'Agriculture.
L'intéressé a de nouveau obtenu une permission d'absence pour compter du 21 octobre 1983.
Mais le constat, ce même jour, de son absence lui a valu une révocation d'office, prononcée
par l'arrêté n°009294/MFP/DR/DD du 29 juillet 1985 du Ministre de la Fonction publique. Le
requérant n’a pas été satisfait par cette décision ministérielle qu’il a trouvé illégale.

Telles sont les raisons qui ont amené ce fonctionnaire à solliciter de la Chambre
Administrative de la Cour suprême l'annulation de l'arrêté incriminé et, subséquemment,
l'allocation, par l'Etat, de la somme de FCFA 20.000.000 en réparation du préjudice qu'il a
estimé avoir subi.

C’est en vain que l'Etat du Cameroun a voulu s'opposer à la première prétention de son
agent parce que, dit le juge, « en ne notifiant pas la décision d'affectation à M. MBARGA
Symphorien, celui-ci était dans l'impossibilité de l'exécuter », avant d’ajouter qu’on ne
saurait « parler d'abandon de poste pour la période allant du 1er novembre 1982 au 15
octobre 1983 ». Bien plus, s'agissant de son cas, il n'y a pas lieu de parler d'absence
irrégulière à compter du 21 octobre 1983, car selon le juge, « l'absence d'un agent public est
justifiée dès lors que celui-ci obtient de son supérieur hiérarchique une permission à cet
effet avant de quitter son service ». Ce jugement n’a satisfait que partiellement le requérant
qui a certes obtenu l'annulation de l'arrêté le révoquant de ses fonctions. Mais, faisant siennes
les conclusions du représentant de l'Etat, la Chambre Administrative a ensuite conclu à
l'irrecevabilité de sa demande en paiement de dommages-intérêts, en ce qu'elle n'a pas été
visée dans le recours gracieux, ni fait l'objet d'un recours gracieux distinct de celui qui
accompagnait le recours en annulation.

Dans notre contexte, l'intérêt de cette décision ne résulte pas tant du problème de
recevabilité de la demande d'indemnité, dont la réponse se résumait en un simple rappel de
l'article 12 de l'ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 en vigueur à l’époque. Cet intérêt ne
découle non plus des précisions supplémentaires apportées par le juge de l'espèce sur le point
de départ des effets d'un acte administratif individuel, dont le principe général qui s’en dégage
est que la notification écrite constitue la condition obligatoire d'entrée en vigueur des normes

125
administratives individuelles. Ce qui nous intéresse particulièrement ici et dont l’analyse
semble encore digne d’importance, c’est le sort qui fut réservé à cette décision par
l’administration. On aurait pu penser que sa clarté faciliterait son exécution. Mais, on se serait
lamentablement trompé, eu égard au fait que cette décision, nous rapporte-t-on332, est
demeurée lettre morte, sans aucune explication de la part de l’administration qui se devait
pourtant de réintégrer sieur MBARGA Symphorien dans la fonction publique camerounaise.

Le contentieux électoral constitue également l’un des domaines de prédilection de


l’ineffectivité des décisions du juge administratif. Sur ce terrain en effet, le constat que l’on
peut faire est plutôt négatif, car comme l’affirme le Pr. Alain Didier OLINGA, « la plupart
des décisions portant annulation des résultats ou des élections, sinon toutes, sont restées
inappliquées en ce qui concerne les municipales »333, sans que l’administration ne daigne
donner la moindre explication. Cet auteur a d’ailleurs relevé que depuis 1996, et en dépit de
toutes les annulations prononcées en cette matière, aucune élection municipale partielle n’a
été organisée sur l’ensemble du territoire national334. Sur le plan pratique, la conséquence de
cette inertie de la puissance publique tient au fait que de nombreux conseils municipaux, y
compris leurs exécutifs, siègent, délibèrent, administrent quotidiennement les collectivités
locales, gèrent et aliènent leurs biens, s’endettent, signent des contrats en leurs nom, alors
même que la justice a clairement et publiquement invalidé leur élection, annulant par ce fait
même le fondement de leur titre à agir335.

Qu’à cela ne tienne, nous pouvons légitimement penser qu’en cette matière, le silence
de l’administration ne constitue qu’un cas isolé compte tenu du fait que dans bien d’autres
hypothèses et même d’autres matières, son refus de s’incliner devant la décision du juge est
souvent exprimé.

2- L’inexécution exprimée

Il est des situations dans lesquelles l’administration refuse de s’exécuter et sort de son
mutisme pour exprimer son obstination. Une telle modalité d’inexécution offre l’avantage
d’exprimer clairement le refus de se soumettre à l’autorité de la chose jugée. Dans des cas
rarissimes, l’inexécution, par l’administration, des décisions juridictionnelles, s’accompagne

332
MBEYAP KUTNJEM (A.), Le droit à la justice au Cameroun, [Link]., P.50.
333
OLINGA (A. D.), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », Juridis périodique n°41, édition
spéciale sur les transitions démocratiques en Afrique, janvier-février-mars 2000, P.50.
334
Ibid.
335
Idem, P.51.

126
parfois d’arguments plus ou moins compréhensibles et convaincants mais en général, « elle ne
s’embarrasse pas de telles pudeurs »336.

C’est en effet ici que l’administration publique manifeste expressément son


insubordination et par ricochet, son mépris à l’égard des décisions rendues par le juge
administratif. S’il reste vrai que le refus exprimé procède souvent d’une ignorance des
exigences de l’Etat de droit, il demeure tout aussi établi qu’un tel refus ne révèle pas moins un
manque évident de courtoisie à l’endroit des institutions républicaines en général et judiciaires
en particulier.

Ainsi, une observation poussée de la pratique administrative quotidienne permet de se


rendre compte à l’évidence, que l’administration signifie souvent son refus à ses administrés,
en évoquant une pléthore de raisons. Parmi celles-ci figurent en bonne place le souci de
conformité aux principes liés à la rigueur budgétaire et son corollaire, à savoir l’absence ou
l’insuffisance des crédits budgétaires disponibles pour faire face à des dépenses générées par
l’exécution d’une éventuelle décision de justice.

Par ailleurs, pour des raisons plus ou moins avouées, il arrive souvent que certaines
autorités, profitant de leur influence politique, refusent expressément d’exécuter une décision
de justice rendues contre l’administration pour le compte de laquelle elles agissent pourtant.
C’est l’occasion d’évoquer ici, à titre illustratif, ces propos du Président Jackson au Chief
Justice de la Cour Suprême des Etats Unis d’Amérique en 1832 : « John MARSHALL a
rendu une sentence, qu’il la fasse donc exécuter »337.

Cette attitude de refus catégorique a également été observée chez un ministre ivoirien
de la Fonction publique et membre de l’ancien parti unique qui, ne s’estimant pas concerné
par la décision de la Cour Suprême rendue dans l’affaire KOKORA, s’était alors inspiré des
propos jadis tenus par un monarque français, pour exprimer son refus de se soumettre à la
décision du juge. Il martelait alors son refus en ces termes : « La loi c’est moi ! M. KOKORA
peut aller à la Cour Suprême et en revenir avec un décret de réintégration à la Fonction
publique, je le renvoie avec son décret »338. Pour le Doyen Magloire ONDOA, dont nous
partageons d’ailleurs l’analyse, par cette déclaration qui se trouve être en délicatesse avec les

336
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.285.
337
Ces propos nous ont été rapportés par NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme
inachevée », Juridis périodique n°74, avril-mai-juin 2008, P.61.
338
V. « La voix du Synares », n°2, Juin 1988, P.7, rapportée par AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction
administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.232.

127
textes juridiques, cette autorité a offensé, non seulement le droit, mais surtout l’Etat qu’il est
censé pourtant servir339.

Un comportement similaire a également été observé chez une autorité administrative


camerounaise à l’occasion du litige ayant opposé le Conseil de paroisse de l’Eglise
Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou Yaoundé - Philadelphie à l’Etat
du Cameroun340. Vidant sa saisine dans cette affaire, sur laquelle nous reviendrons plus tard,
le juge administratif avait ordonné le sursis à l’exécution de l’arrêté n°0000563/AP/J06/SP du
27 avril 2012 pris par le Préfet du département du Mfoundi, et portant suspension des activités
cultuelles au sein de la susdite paroisse. Cependant, l’autorité administrative qui avait déjà
apposé les scellés sur les portes de cette paroisse n’a pas cru devoir les enlever en exécution
de la décision rendue par le juge. Face à ce refus d’exécution, les requérants ont fait procéder
à la levée desdits scellés par les soins d’un agent d’exécution. Le comble dans cette affaire,
c’est bien l’attitude et les propos tenus par ledit préfet quelques temps seulement après la
levée des scellés sus évoqués.

En effet, M. Jean Magloire NLATE nous rapporte qu’« après avoir fait évacuer les
lieux manu militari par une centaine de policiers et de gendarmes »341 et, persistant dans
son entêtement, monsieur le préfet n’a pas hésité pour envoyer solennellement un message au
président de la juridiction administrative. Cette autorité administrative déclarait alors : « vous
pouvez décider de la levée des scellés sur les portes de cette chapelle dix fois, mais moi je
suis capable de les apposer à nouveau cent fois, et l’on verra qui va se fatiguer : sachez que
cette Eglise sera fermée tant que je serais Préfet ici à Yaoundé, et tant que la haute
hiérarchie me conservera sa confiance comme c’est toujours le cas en ce moment »342. L’on
ne peut que déplorer ce zèle outre mesure affiché par une autorité administrative qui devrait
pourtant amener ses administrés à exécuter les lois et règlements de la république.

Dans le même registre, l’affaire qui, en 1974, opposait sieur EKWALLA EDOUBE
EYANGO Stéphane à l’Etat fédéré du Cameroun Oriental peut également être évoquée ici à

339
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.287.
340
CS/CA, Ordonnance n°132/OSE/CA/CS/2012 du 05 novembre 2012, Conseil de paroisse de l’Eglise
Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou Yaoundé - Philadelphie contre Etat du Cameroun
(MINATD).
341
NLATE (J. M.), Les psychodrames consécutifs au boycott des décisions de la Cour Suprême par l’Etat du
Cameroun : étude de cas avec les affaires CMC-Sam Mbèndé contre Etat du Cameroun (MINACULT) et Conseil
de paroisse de l’EPCO-Ekounou contre Etat du Cameroun (MINATD), Yaoundé, éditions MAGOLO MAKELE, 2013,
P.128.
342
Ces propos nous ont été rapportés par NLATE (J. M.), Les psychodrames consécutifs …, [Link]., P.128.

128
titre illustratif343. En effet, dans une cause antérieure opposant le susnommé à
l’Administration du Territoire344, le juge de l’espèce avait admis que le demandeur
« remplissait les conditions nécessaires pour être intégré dans le cadre des conducteurs
agricoles à un grade correspondant à ses titres ». Cette décision n’ayant pas reçu exécution,
le requérant a de nouveau saisit le juge administratif. Conscient de son impuissance, ce
dernier a tout simplement constaté que, réagissant à la demande d’exécution à elle faite par le
requérant, l’administration avait exprimé son refus de s’exécuter en des termes laconiques
mais fermes, ceci dans une lettre dont voici un extrait : « l’Etat persiste en dépit de tout dans
son refus ».

Comme l’a écrit à juste titre un auteur, l’inexécution est souvent justifiée sous d’autres
cieux mais « la démarche des autorités camerounaises, impériales, oppose un refus non
justifié et brutal à la justice et au justiciable concerné »345. Il va sans dire que leur
« mauvais vouloir de s’exécuter »346 ne fait dès lors l’ombre d’aucun doute. Il n’est donc pas
exagéré de dire avec M. Louis FAVOREU que « c’est en définitive l’autorité administrative
qui décide si l’autorité de la chose jugée doit être respectée »347.

Toutefois, la mauvaise foi de l’administration ne se traduit pas toujours par son refus
de se soumettre à la décision du juge. Dans bon nombre d’hypothèses, cette attitude
déplorable de la puissance publique s’observe également dans la manière avec laquelle elle
choisit de s’exécuter. Toujours est-il qu’on aboutit au final sinon à une mauvaise exécution,
du moins à une exécution retardée.

B- les lenteurs et la mauvaise exécution

L’efficacité de la justice, et par ricochet celle du juge, suppose que les décisions
rendues par ce dernier soient exécutées commodément et avec la plus grande célérité. Tel est
le principe. Mais, dans la pratique, « les insuffisances liées à la procédure judiciaire
reposent essentiellement sur les lenteurs qui lui sont caractéristiques »348. Plusieurs

343
CS/AP, Arrêt n°15/A du 25 avril 1974, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré du
Cameroun Oriental.
344
CCA, arrêt n°456/CCA du 25 février 1956, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Administration du
Territoire.
345
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.286.
346
OWONA (J.), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, Paris, EDICEF, série "manuels et
travaux de l’Université de Yaoundé", 1985, P.225.
347
FAVOREU (L.), cité par NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge
Administratif au Cameroun », [Link]., P.304.
348
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.252.

129
exemples illustrent la mauvaise foi de l'administration relativement à sa soumission à
l’autorité de la chose jugée. C’est ainsi que l’administration, lorsqu’elle ne retarde pas
injustement l’exécution (1), présente plutôt le spectacle désolant d’une mauvaise exécution
(2).

1- Le retard dans l’exécution

Le constat selon lequel la majorité des décisions de justice reste inexécutée ne


constitue plus désormais qu’un pléonasme. Mme Viviane-Patricia AMBEU AKOUA a
d’ailleurs relevé que l’infime minorité des décisions juridictionnelles qui est exécutée l’est, le
plus souvent, après des retards considérables349. Cet auteur rejoint ainsi un autre qui pense que
« le retard dans l'exécution constitue l'abus le plus fréquent commis par la personne
publique »350. Cette affirmation est d’ailleurs très proche de la réalité car l’administration
prend souvent trop de temps pour tirer les conséquences d’une annulation contentieuse, soit
par simple négligence, soit par méconnaissance de ses obligations. C’est dire que le constat
suivant lequel « le retard dans l’exécution est un phénomène récurrent »351 fait
vraisemblablement l’unanimité.

Pourtant, le principe voudrait qu'une fois la décision rendue, son exécution par les
personnes morales de droit public intervienne dans un délai raisonnable, ce qui,
incontestablement, est rarement le cas. Or, du point de vue de l’administré, si l’exécution
n'intervient pas immédiatement au moment du prononcé de la décision qui, pour lui, constitue
l’ultime étape de la procédure contentieuse, cette exécution n'aura plus lieu352. En fait, on peut
logiquement comprendre qu’il ne soit plus disposé à s'armer de patience, après avoir déjà
assez attendu tout au long de la procédure dont le dénouement intervient souvent de
nombreuses années plus tard. Il n’est donc pas exclu que le temps ainsi écoulé rende
l’exécution de la décision tout simplement illusoire353.

Si tant est vrai que c’est l’exécution de la décision rendue qui met fin au procès, la
question de la lenteur des procédures judiciaires, et partant celle de l’exécution des décisions

349
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.231.
350
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice rendues contre les collectivités
locales au Maroc, [Link]., P.13.
351
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L’exécution des décisions des juridictions internationales des droits de
l’homme : vers une harmonisation des systèmes régionaux », ACDI, Vol. 3 Spécial, 2010, P.35.
352
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements : La pratique du Tribunal Administratif de PAU, Mémoire de stage, Master 2 - Droit public
fondamental, Université de PAU et des pays de l’ADOUR, Année universitaire 2007-2008, P.37.
353
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.118.

130
de justice, constitue à n’en plus douter l’un des griefs classiques constamment relevés à
l’encontre de la justice en général, et contre la justice africaine en particulier. Il s’agit là d’un
phénomène réelle, mais regrettable, ce d’autant plus que, comme l’indiquait le Pr. Patrick
Edgard ABANE ENGOLO, « le non respect des délais de l’exécution peut rendre l’acte de
l’administration caduc »354. Dans ces conditions, le retard déraisonnable d’une procédure est
souvent assimilé à une dénégation du droit d’accès à la justice, voire à un déni de justice355.
On serait tout de même tenté de se demander comment s’apprécie ce temps juridictionnel ?
Sur quels critères se fonde-t-on pour évaluer le timing d’une procédure contentieuse ?

En réalité, si « le temps du juge n’est pas celui du justiciable »356, sans doute
l’administration estime également que son temps, dont elle semble avoir seule la maîtrise357,
n’est ni celui des administrés, ni même celui du juge ! Peut-être fait-elle sienne cet appel à la
stabilité du temps : « Ô temps suspends ton vol ! Et vous, heures propices, Suspendez votre
cours »358. Ces célèbres vers du poète Alphonse DE LAMARTINE illustrent bien en général
l’idéal qu’on se représente ou qu’on s’est représenté en matière de temps. Hélas, la réalité est
là toute différente, car le temps ne saurait être figé, encore moins se figer, au risque de
constituer un« temps inerte et coagulé »359. Il peut sembler long ou court, être le fruit de nos
illusions et de nos attentes, peu importe. Ce qui est certains, c’est que lorsqu’elle se résous à
exécuter une décision de justice, l’administration ne le fait pas toujours dans des délais
raisonnables.

La lenteur ainsi déplorée dans l’exécution, peut être due à la complexité des opérations
comptables et financières nécessaires pour procéder à l’exécution de la décision
juridictionnelle. En France par exemple, les affaires les plus lentement exécutées semblent
être notamment celles relatives aux problèmes qui peuvent surgir dans la gestion des agents
des personnes morales de droit public. Or, les conséquences financières, que peut avoir sur
leur budget, le retard mis à réintégrer un agent illégalement évincé, sont loin d'être
négligeables.

354
ABANE ENGOLO (P. E.), L’application de la légalité par l’administration au Cameroun, [Link]., P.435.
355
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.460.
356
FRIER (P.-L.), « Un inconnu : le vrai référé administratif », AJDA, 1980, P.67.
357
GUESSELE ISSEME (L. P.), L’apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, Thèse de
Doctorat/Ph.D en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, 2010, P.17.
358
DE LAMARTINE (A.), Méditations poétiques (Le lac), 1820.
359
OWONA NGUINI (M. E.), « Mettre le temps en équation, un défi stratégique et historique pour l’Afrique
Centrale », in Enjeux, Bulletin d’analyses géopolitiques pour l’Afrique Centrale, La gestion du temps en Afrique
Centrale, n°19, avril-juin 2004, P.3.

131
En effet, si, en vertu de la jurisprudence, l'agent doit être réintégré rétroactivement à la
date de la révocation ou du licenciement illégal, la collectivité doit également, conformément
à la jurisprudence DEBERLES360, verser à l'intéressé une indemnité réparant le préjudice
subi par cet agent jusqu'à la date de sa réintégration sans attendre d'y avoir été condamnée par
une juridiction administrative. C'est ainsi, par exemple, qu'une commune du sud de la France,
qui avait mis près de quatre (04) années à régulariser la situation de six (06) agents
irrégulièrement évincés, évaluait à près de deux millions de francs le montant des indemnités
qu'elle devait leur verser en vertu de cette règle. C'est également le cas d'une commune qui a
mis près de trois (03) ans à réintégrer un agent irrégulièrement évincé et a dû lui verser plus
de 37 500 euros d'indemnités361.

Dans la plupart des cas, le retard accusé par l’administration pour exécuter une
décision de justice est dû tout simplement à la négligence coutumière de cette dernière pour
laquelle la notion de temps est bien loin de constituer le sujet principal de sa préoccupation 362.
Dans l’affaire Caucheteux et Desmonts363, l’Etat français avait été condamné par le juge
administratif, motif pris de ce que le retard apporté par l'administration à la liquidation d'une
indemnité due en vertu d'une décision du Conseil d'Etat rendue 18 ans plus tôt, pour des faits
remontant à 28 ans, impliquait un mauvais vouloir manifeste de l'Administration, ce qui a
entraîné une nouvelle condamnation à des dommages-intérêts compensatoires six fois
supérieurs au principal. C’est une preuve de ce que les dépassements du délai raisonnable sont
loin d’être rares. La passivité des personnes morales de droit public se manifeste non
seulement en cas d’annulation pour excès de pouvoir, mais également dans le cadre du plein
contentieux364.

Evoquant l’abus de procédure par l’administration comme obstacle à l’exécution


rapide des sentences du juge administratif, le Pr. Joseph OWONA soutient que la lenteur des
délais d’exécution peut être accentuée par l’implication du ministère des Finances, auquel
aboutissent toutes les décisions d’annulation ou de réparation ayant des incidences
financières, dans le processus d’exécution365. Il a d’ailleurs ajouté que le fait pour les
décisions de justice administrative de devoir transiger, pour agrément, par l’autorité habilitée

360
CE, ass., 07 avril 1933, DEBERLES, Rec. CE 1933, P. 439.
361
Conseil d’Etat, Rapport public 1990, EDCE, n° 42, La documentation française, 1991, p. 133.
362
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », REMALD, n°25,
1998, P.10.
363
CE, 02 mai 1962, Caucheteux et Desmonts, Rec. CE, 1962, P.291.
364
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.39.
365
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.130.

132
à recevoir le recours gracieux préalable, illustre le « long marathon judiciaire »366 auquel
l’administration peut soumettre les administrés bénéficiaires de la décision à exécuter.

En somme, ces retards se manifestent plus ou moins dans tous les domaines.
L’administration essaye souvent de justifier cette passivité en faisant recours à toutes sortes
d’arguments. Pourtant, il nous semble qu’elle résulte d’une simple négligence. Il faut
cependant se garder de méconnaitre le fait que l’inertie administrative est parfois le résultat
d’une extrême bureaucratie, même s’il reste établi que l’administration ne fait pas encore
preuve d’une exécution des décisions juridictionnelles dans les meilleurs délais. Toutefois,
quelque soit le mobil allégué, la lenteur dans l’exécution est susceptible de mettre en jeu la
responsabilité de l’administration, tout comme le serait également une mauvaise exécution.

2- La mauvaise exécution

Il est désormais acquis que lorsqu’elle décide de se plier à la décision du juge,


l’administration le fait parfois de façon exécrable. Non seulement elle s’érige en juge de
l’opportunité de l’exécution, mais aussi, elle se permet de choisir discrétionnairement les
décisions à exécuter, ainsi que la manière d’y procéder. Bien que procédant parfois d’une
erreur involontaire, la mauvaise exécution, par l’administration, des décisions du juge
administratif, est réelle367. Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier, les administrés, potentiels
justiciables du prétoire du juge administratif, dont le nombre croît exponentiellement du fait
de la démographie galopante, n’entendent plus tolérer les défaillances de l’administration
dans l’exécution des décisions de justice à cette période où le contentieux administratif
devient plus que jamais dense avec l’entrée en scène des Tribunaux Administratifs.

Cela va sans dire que dans le contexte actuel, la demande sociale en faveur de
l’instauration, de la consolidation et de la pérennisation d’un Etat de droit est de plus en plus
forte dans les Etats africains en général et au Cameroun en particulier, au regard de nombreux
dysfonctionnements et des exactions imputables à la mauvaise administration ou même au
déficit d’administration368. Ainsi, la mauvaise exécution des décisions de justice par
l’administration est à inscrire dans le registre des abus de la puissance publique, de sorte que
parler d’Etat de droit et de légalité dans un tel contexte ne relèverait plus que d’une gageure.

366
Idem, P.131.
367
LETOURNEUR (M.), BAUCHET (J.) et MERIC (J.), Le Conseil d’Etat et les Tribunaux Administratifs, [Link].,
P.198.
368
BRETON (J.-M.), « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de l’administration », Afrilex, n°3,
2003, P.70.

133
Il est donc impérieux que l’administration, non seulement exécute les décisions de justice,
mais surtout qu’elle les exécute bien369.

L’exécution partielle rentre également dans la catégorie des mauvaises exécutions, ce


d’autant plus que le justiciable n’obtient pas entière satisfaction. Elle traduit ainsi le mauvais
vouloir manifeste d’une administration qui feint de se soumettre à la chose jugée alors qu’au
fond, il ne s’agit que d’un canular dont le but est de distraire le bénéficiaire de la décision à
exécuter. En fin de compte, on se retrouve dans une situation où l’Etat débiteur s’avère
incapable de s’acquitter de son obligation, pour l’exécution de laquelle il s’entête quelquefois.
Pourtant, lorsqu’il arbore sa casquette d’Etat percepteur, il accomplit son devoir avec une
rigueur d’automate, sans nulle autre pareille.

PARAGRAPHE II : L’ENTETEMENT OU L’OBSTRUCTION A L’EXECUTION

Il est des situations dans lesquelles l’administration, outre le fait qu’elle s’illustre par
sa mauvaise foi, va au delà d’une simple inexécution pour annihiler de façon ostentatoire
toute velléité d’exécution. Il s’agit d’une attitude réelle, quoi que déplorable, parce que venant
d’une personne morale de droit public considérée à juste titre comme étant le bras séculier et
le pouvoir agissant de l’Etat. Ce comportement blâmable ne saurait être occulté ici. Il se
traduit généralement par la reprise de l’acte annulé (A) et l’édiction des mesures contraires à
l’autorité de la chose jugée (B).

A- La reprise de l’acte annulé

La mauvaise volonté de l’administration se manifeste parfois par l’attitude de certaines


autorités administratives, qui n'hésitent pas à reprendre plusieurs fois la même décision ou une
décision proche de celle qui a été annulée, afin de priver d'effet un jugement du tribunal
administratif qu’elle se doit pourtant de mettre en œuvre. La reprise de l’acte annulé ne doit
pas être perçue au sens strict des termes, car il ne s’agit pas forcement ici de l’édiction d’un
autre acte au même contenu que celui qui a été annulé. Elle peut par exemple prendre une
décision de nature différente, mais ayant les mêmes effets pratiques que celle qui a été
annulée370. Cette hypothèse doit également s’entendre de l’attitude de l’administration qui, au
lieu d’exécuter la décision d’annulation, procède plutôt à l’exécution de l’acte annulé, et le
maintient, ce faisant, en vigueur.

369 ème
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, 15 édition, Paris, Montchrestien, Domat-droit public,
2001, P.819.
370
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.254.

134
La Cour Fédérale de Justice, statuant en sa Chambre Administrative de Yaoundé, a eu
l’opportunité de donner son avis sur cette dernière hypothèse dans la jurisprudence Claude
HALLE371. Dans cette affaire, le requérant avait bénéficié d’un arrêt du Tribunal d’Etat
annulant un numéro du rôle d’impôt émis à son encontre. Sur la base de cette décision, il a
sollicité de l’administration qu’elle donne main levée de la caution qui lui avait été accordée
par sa banque pour garantir le paiement de ses impôts. Non seulement l’administration a
refusé de donner la main levée sollicitée, mais en plus, elle a continué à exiger le règlement de
l’impôt dont le rôle avait pourtant été annulé. En agissant de la sorte, elle entendait ainsi
maintenir en vigueur un acte annulé par le juge puisqu’elle a voulu l’exécuter. Le juge de
l’espèce n’a pas manqué de saisir l’occasion qui lui était ainsi offerte pour dire, en des termes
non équivoques :

« Considérant que si l’autorité de la chose jugée ne s’oppose pas à ce qu’un nouvel


acte conforme à une règlementation récente soit pris par l’administration, celle-ci ne peut
par contre pas maintenir purement et simplement l’acte annulé sous prétexte qu’il n’est
plus entaché de l’irrégularité qui avait provoqué son annulation ;
Qu’un tel maintien constituerait une violation de l’autorité de la chose jugée ».

En France, le Conseil d’Etat a évoqué, dans son rapport d'activité de 1991, le cas d'un
permis de construire portant sur 52 logements, annulé par le tribunal administratif le 18
octobre 1990 pour violation du plan d'occupation des sols. Ce permis a été délivré à nouveau
le 23 octobre 1990, soit cinq jours après la lecture du jugement puis annulé une nouvelle fois
le 22 mai 1991, toujours pour violation du plan d'occupation des sols. Il a encore été délivré
par l’autorité administrative une troisième fois le 02 juillet 1991, soit un mois et demi après la
lecture du jugement, et annulé une fois de plus le 19 décembre 1991 pour violation des mêmes
dispositions. Dans le même registre, il y a lieu de mentionner également l’affaire Fabrègues372
qui est tout à fait caractéristique de la mauvaise foi, voire de l’entêtement de l’administration
parce qu’elle révèle au grand jour l’attitude du maire d’une commune tenant en échec la plus
haute juridiction administrative française373.

En effet, aux termes des dispositions de l’article 102 de la loi municipale du 05 avril
1884, il est interdit au maire de révoquer le garde champêtre. Mais, il peut le suspendre pour
un mois. Pour contourner ladite loi, le maire de la commune de Cotignac avait pris un arrêté
371
CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental.
372
CE, 23 juillet 1909, Rec. P.727 et 22 juillet 1910, Rec. P.608, Fabrègues.
373
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, [Link]., P.219.

135
de suspension contre le garde champêtre et le renouvelait chaque mois, ce qui équivaut en fait
à une révocation. Un premier arrêt du Conseil d’Etat rendu le 23 juillet 1909 a annulé les dix
(10) arrêtés du maire. Mais, cette annulation a laissé ledit maire indifférent puisqu’il a
continué, comme avant, à prendre chaque mois un arrêté suspendant le garde champêtre. Par
un second arrêt du 22 juillet 1910, le Conseil d’Etat a encore annulé sept (07) nouveaux
arrêtés du maire. Pour le doyen de l’école de Bordeaux, cette attitude affichée par le maire
peut continuer indéfiniment si le ministre ne le révoque pas, étant donné qu’il n’y a pas de
moyen permettant de contraindre ce dernier à s’incliner devant ladite décision 374. Ce fut aussi
le cas dans l’espèce Dame Lamotte375, lorsqu’après l’annulation, en 1942, d’une concession
de terrain à un agriculteur, le préfet a réquisitionné le terrain au profit du même agriculteur.
La réquisition ayant été également annulée en 1944 comme n’ayant eu pour objet que de tenir
en échec la première annulation, il le lui concéda de nouveau.

B- l’édiction des mesures contraires à l’autorité de la chose jugée

Le boycott des décisions rendues par le juge administratif se traduit également, et de


temps à autre, par l’édiction des normes règlementaires en contraste avec ce qui a été décidé
par le juge. L’exécution d’un acte administratif dont les effets ont été suspendus par le juge de
l’urgence rentre dans cette hypothèse. A titre illustratif, il convient de citer l’affaire du
Conseil de paroisse de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou
Yaoundé - Philadelphie contre Etat du Cameroun (MINATD), objet d’une ordonnance de
sursis à exécution376.

En l’espèce, le Conseil de paroisse de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise


Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou Yaoundé – Philadelphie avait saisi le président de la Chambre
Administrative de la Cour Suprême d’une requête aux fins de sursis à l’exécution de l’arrêté
n°0000563/AP/J06/SP du 27 avril 2012 pris par le Préfet du département du Mfoundi, et
portant suspension des activités cultuelles au sein de ladite paroisse. Après avoir fait le constat
suivant lequel l’exécution de l’arrêté incriminé serait de nature à causer un préjudice
irréparable au requérant, le président de la juridiction administrative a déclaré la demande de
ce dernier justifiée et, y faisant droit, il a ordonné par conséquent le sursis à exécution de

374
Ibid.
375
CE, ass., 17 février 1950, Dame Lamotte, Rec., P.110.
376
CS/CA, Ordonnance n°132/OSE/CA/CS/2012 du 05 novembre 2012, Conseil de paroisse de l’Eglise
Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO) d’Ekounou Yaoundé - Philadelphie contre Etat du Cameroun
(MINATD).

136
l’arrêté querellé. Sur la base de cette décision, le requérant a fait procéder, par un Huissier de
justice, qu’assistaient des officiers de police judiciaire, à la levée des scellés qui avaient été
apposés sur les portes de la chapelle de l’EPCO Philadelphie d’Ekounou-Yaoundé en
exécution de l’arrêté préfectoral litigieux.

L’intérêt de la présente décision, dans notre contexte, réside dans le fait que, quelques
temps seulement après la levée des scellés, à la diligence du requérant et en exécution de
l’ordonnance de sursis susmentionnée, l’administration a de nouveau procédé à la pose de
scellés sur les portes de la susdite chapelle. Pourtant, la conformité ou mieux l’exécution de
l’ordonnance présidentielle supposait que les portes de cet édifice religieux restent ouvertes et
que les activités cultuelles puissent s’y dérouler normalement, compte non tenu de l’Arrêté
préfectoral querellé, dont les effets ont été suspendus, en attendant la décision au fond du juge
de l’annulation. Il va sans dire qu’en se comportant de la sorte, l’administration a
indubitablement, et d’une manière certaine, ordonné une mesure diamétralement opposée à la
décision du juge.

On nous rétorquera certainement que faute d’acte contraire formel, il serait difficile de
parler d’un entêtement par édiction des mesures contraires à l’autorité de la chose jugée. Mais
il ne s’agira là que d’un argument pour le moins spécieux, voire fallacieux, étant donné que
dans les faits, le boycott a été manifesté par la présence du sous-préfet de l’Arrondissement de
Yaoundé IVème, revenu personnellement apposer à nouveau les scellés sur les portes de
l’édifice religieux dont s’agit, alors même que l’ordonnance de sursis à exécution avait déjà
été rendue et mis en exécution. Cette autorité administrative agissait là, sans doute, sur ordre
de son supérieur hiérarchique, le préfet du Mfoundi et par ailleurs auteur de l’arrêté litigieux,
peu importe que cet ordre ait été écrit ou verbal. Car en effet, il est aujourd’hui une
lapalissade que l’acte administratif n’a aucune forme particulière. Il peut donc être
mécanique, gestuel, voire verbal. Pourquoi donc ne pas penser que dans le cas d’espèce, l’acte
sur lequel le sous-préfet suscité s’est fondé pour apposer de nouveaux scellés était un ordre
verbal du préfet lui enjoignant de se comporter comme il l’a fait.

Dans le même sillage, l’affaire Cameroon Music Corporation (CMC) contre Etat du
Cameroun377 a également révélé au grand jour, non seulement l’obstination de
l’administration publique camerounaise à se soumettre aux décisions du juge, mais aussi

377
CS/CA, Ordonnance n°34/OSE/CA/CS/2008 du 17 décembre 2008, CAMEROON MUSIC CORPORATION
(CMC) contre Etat du Cameroun (MINCULT).

137
l’édiction, par elle, des mesures contraires à la chose jugée. Les faits de cette espèce méritent
d’être brièvement rappelés.

Par requêtes des 27 mai et 04 juin 2008, les sieurs Jean-Claude LAURENT et
MBENDE Samuel, respectivement Directeur Général et Président du Conseil
d’Administration de la Cameroon Music Corporation (CMC), ont saisi le président de la
Chambre Administrative de la Cour Suprême de deux recours distincts. Dans le premier, les
requérants sollicitaient la suspension des effets de la décision n°088/MINCULT/CAB du 12
mai 2008 du Ministre de la culture, portant retrait d’agrément à la CMC. Dans le second, ils
sollicitaient la suspension des effets de la décision n°089/ MINCULT/CAB du 15 mai 2008,
du même ministre, portant nomination des membres du comité ad-hoc chargé de la gestion
des affaires courantes de la CMC.

Par ordonnance du 17 décembre 2008, le conseiller à la Chambre Administrative de la


Cour Suprême, chargé de statuer sur les actions en référé et les demandes de sursis à
exécution, a déclaré les requérants recevables en leurs actions, après les avoir joint. Puis, y
faisant droit, il a « ordonné la suspension des effets de la décision n°088/MINCULT/CAB
du 12 mai 2008 du Ministre de la culture portant retrait d’agrément à la Cameroon Music
Corporation et de celle n°089/ MINCULT/CAB du 15 mai 2008, du même Ministre portant
nomination des membres du comité ad-hoc chargé de la gestion des affaires courantes de
ladite société ».

Cependant, au mépris de cette ordonnance, le Ministre de la culture s’est illustré par


l’édiction des mesures contraires à la chose jugée, notamment en octroyant un agrément à une
autre société de gestion du droit d’auteur dans la catégorie de l’art musical, en l’occurrence la
SOCAM, alors même que le juge du sursis a maintenu la validité de celui de la CMC. Il va
sans dire qu’en agissant de la sorte, ce membre du gouvernement a fait coexister deux sociétés
de gestion collective du droit d’auteur dans la seule catégorie de l’art musical, et ceci en
violation flagrante des dispositions légales en vigueur, notamment l’article 75 alinéa 2 de la
loi n°2000/011 du 19 décembre 2000 relative au droit d’auteur et aux droits voisins, lequel
dispose qu’« il ne peut être créé qu’un organisme par catégorie de droit d’auteur et de
droits voisins ».

Parlant de l’inexécution de cette fameuse décision, M. Jean-Calvin ABA’A OYONO


n’a pas manqué, à juste titre d’ailleurs, de trouver une explication à cela. Il a en effet relevé, et

138
certainement pour le déplorer, que par ce « feuilleton médiatique des mois d’avril et mai
2009, l’entêtement de la Ministre de la Culture à ne point faire droit à un sursis à
exécution, octroyé à la CMC par la chambre administrative de la Cour Suprême, dénote de
cette faillite courante du contrôle juridictionnel de l’administration au Cameroun, surtout
lorsque la puissance publique est déboutée »378.

L’obstruction à l’exécution des décisions rendues par le juge administratif n’est pas
spécifique à l’administration publique camerounaise, toujours est-il que sous d’autres cieux, à
l’instar de la France, l’administration, qui se veut être et rester le seul maître du jeu, peut faire
définitivement échec à l’exécution de la chose jugée379. Tel fut le cas dans l’affaire Bréart de
Boisanger précitée. En l’espèce, nommé directeur de la comédie française pour une durée de
six (06) ans par décret du 15 avril 1959, sieur Bréart de Boisanger a été révoqué dix (10) mois
plus tard, motif pris de ce qu’il a commis une faute disciplinaire. Le décret de révocation fut
annulé par le Conseil d’Etat saisi à cet effet. Mais, au lieu de se soumettre à cette décision
d’annulation, l’administration a plutôt modifié le statut des administrateurs de la comédie
française, en s’octroyant cette fois le droit de les révoquer même en l’absence de faute
disciplinaire. C’est sur la base de cette modification que le susnommé fut une fois de plus
révoqué, et ce de façon définitive.

Quoi qu’il en soit, le refus, par l’administration, de se soumettre à la décision du juge


administratif n’est toujours pas manifeste. Il arrive souvent qu’elle use des subterfuges pour
dissimuler sa mauvaise foi à exécuter lesdites décisions. L’on assiste alors parfois à une sorte
de refus déguisé qui se matérialise par un certains nombre d’alibi auxquels elle fait recours
pour contourner l’autorité de la chose jugée.

SECTION 2 : LE REFUS DEGUISE : LES VOIES DE


CONTOURNEMENT DE L’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE

L’administration publique camerounaise fait par moment usage de stratagèmes pour


camoufler son obstination à se soumettre aux décisions rendues par son juge. C’est ainsi
qu’elle sollicite parfois le législateur pour qu’il se mette à son service afin de la protéger
contre les effets de ses propres erreurs ou alors contre ceux des décisions du juge
administratif380. Il se réalise alors un échange paradoxal entre le législateur, très souvent tenu

378
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », [Link]., P.226.
379
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.311.
380
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.18.

139
à l’écart par l’exécutif, et une administration très sûre d’elle. Cet échange s’effectue par le
biais du mécanisme de la validation législative (Paragraphe I). Mais dans certaines
circonstances, il arrive que l’administration brandisse plutôt le prétexte du maintien de l’ordre
public pour refuser de mettre en exécution ce qui a été décidé par le juge (Paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LE RECOURS AUX VALIDATIONS LEGISLATIVES

Nonobstant les hésitations, la pusillanimité ou encore l’impuissance dont fait montre le


juge administratif dans son office, l’administration va quelquefois au-delà de ces travers pour
faire avaliser, par l’organe législatif, le droit qu’elle entend secréter et mettre à l’abri de la
censure du juge381. Il est désormais un truisme que l’annulation d’un acte administratif illégal
a un effet rétroactif, matérialisé par le rétablissement obligatoire du statut quo ante. C’est ce
qui contraint souvent l’administration à solliciter le renfort du législateur pour valider les
mesures qu’il ne semble pas opportun d’anéantir382. Certains auteurs ont même eu à affirmer
que c’est parfois en désespoir de cause que l’administration se retourne vers le législateur
pour solliciter son intervention383. En agissant de la sorte, elle recourt ainsi à la technique de
la validation législative, laquelle a pour objet de faire disparaître les conséquences d’une
décision juridictionnelle et, par ricochet, de la dispenser de son obligation d’exécution384.

Ainsi, cette technique juridique vise à prononcer la validation rétroactive des mesures
prises sur la base d’une décision annulée. Pour M. Gérard CORNU, la validation législative
consiste en « l’intervention du législateur en forme de loi destinée, à titre rétroactif ou
préventif, à valider de manière expresse, indirecte ou même implicite, un acte administratif
annulé ou susceptible de l’être »385. Il s’agit là d’une pratique qui limite considérablement les
effets de l’annulation contentieuse386. On distingue traditionnellement deux principaux
mécanismes de validation. Il s’agit, d’une part, de la validation directe, totale et préventive
d’un acte susceptible d’être annulé et, d’autre part, de la validation d’actes pris sur la base
d’un autre acte illégal ou susceptible d’être annulé387.

381
BRETON (J.-M.), « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de l’administration », [Link]., P.76.
382 ème
DE FORGES (J.-M.), Droit administratif, 3 édition, Paris, P.U.F., 1995, P.371.
383
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.623.
384
PACTEAU (B.), Le contentieux administratif, PUF, 1994, P.363.
385 ème
CORNU (G.), Vocabulaire juridique, Association Henri CAPITANT, 8 édition, Paris, PUF, 2000, P.
386
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.519.
387
Bertrand Mathieu, « Valeur et portée des validations législatives devant le juge constitutionnel : un nouvel
équilibre entre les considérations liées à l’intérêt général et celles relatives à la garantie des droits ? », RFDA,
1998, P.149.

140
De la sorte, la validation, par le législateur, peut être directe ou indirecte. On parle de
validation directe lorsqu’elle affecte des mesures règlementaires ou individuelles qui ont été
prises sur le fondement ou en conséquence de l’acte annulé. C’est par exemple le cas quand,
après l’annulation d’un décret instituant un organe consultatif, est prononcée la validation des
décisions intervenues au vu de ses avis. Elle est, par contre, dite indirecte lorsque le
législateur modifie l’état du droit en vigueur à telle enseigne que l’administration puisse
reprendre, avec effet rétroactif, des mesures identiques à celles annulées ou entachées
d’irrégularité388. Aussi pourrait-on distinguer les validations-moyens de lutte contre le
contrôle juridictionnel des actes administratifs des validations-remèdes à des situations
juridiques complexes389. Les premières traduisent manifestement la volonté de
l’administration à passer outre la décision du juge administratif tandis que les secondes ont
pour principale cible les décisions dont l’exécution s’avère quasiment impossible.

En somme, le procédé des validations, propre au législateur, a fait l’objet de vifs


débats au sein de la doctrine pour enfin réussir à être admis dans l’ordonnancement juridique.
Il est dès lors propice d’examiner, d’une part, les conditions des validations législatives (A)
dont le renforcement vise essentiellement à protéger les droits des justiciables avant
d’envisager, d’autre part, les incidences des ces interventions du législateur sur la décision
juridictionnelle (B).

A- les conditions des validations législatives

La validation législative génère un problème juridique, dans la mesure où elle porte


atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, tout comme elle viole également la règle
relative à l’autorité de la chose jugée, même si ce procédé parait parfois être guidé par des
considérations d’intérêt général. Le respect des exigences liées à la séparation des pouvoirs
est la condition qui a justifié en droit constitutionnel français, l’encadrement des interventions
du législateur dans le contentieux juridictionnel390. Pour limiter le recours au procédé de la
validation législative, le Conseil constitutionnel français a affirmé dans une décision du 22
juillet 1980391 « qu’il n’appartient ni au législateur, ni au Gouvernement de censurer les

388
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.45.
389
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.469.
390
FROUIN (J.-Y.) et Bertrand Mathieu, « Les validations législatives devant la Cour de Cassation »,
observations sous Cour de Cassation, Chambre Sociale, 25 avril 2001, Affaire TERKI contre Association "Etre
enfant au Chesnay", RFDA, 2001, P.1063.
391
Décision 80-119 DC du 22 juillet 1980, Rec. Cons. Const., P.46.

141
décisions des juridictions, d’adresser à celles-ci des injonctions et de se substituer à elles
dans le jugement des litiges relevant de leur compétence ».

Cette décision dénote, a priori, une interdiction implicite du recours aux validations
législatives. Mais de l’avis de certains auteurs, toute forme de validation n’est cependant pas
interdite, encore faut-il qu’elle remplisse un certains nombre de conditions392. Il s’en suit que
pour être conforme à la Constitution, la loi de validation doit satisfaire à cinq conditions
essentielles : d’abord, l’intervention du législateur ne doit pas avoir pour objectif de remettre
en vigueur un acte annulé par le juge administratif. En suite, la loi de validation ne doit pas
méconnaître le principe de l’autorité de la chose jugée. En outre, elle ne doit pas non plus
donner un caractère rétroactif aux dispositions à caractère répressif. Par ailleurs, elle doit
répondre à un but d’intérêt général. Enfin, elle doit demeurer raisonnablement proportionnée à
l’objectif poursuivi393.

La commodité de l’analyse commande que ces conditions soient scindées en deux afin
de pouvoir mieux les appréhender, selon qu’elles sont relatives à l’acte administratif querellé
(1) ou à la loi de validation (2).

1- Les conditions relatives à l’acte

Dans le souci d’éviter, à l’égard des tiers, les effets fâcheux de certaines annulations
contentieuses, l’administration est parfois amenée à se tourner volontiers vers le législateur
pour lui demander de valider l’acte annulé. C’est le cas, à titre illustratif, de l’annulation d’un
concours qui devrait entrainer l’éviction de tous ceux qui, plusieurs années avant la décision
juridictionnelle, avaient été déclarés admis à ce concours. Toutefois, une telle possibilité ne
peut valablement être envisagée que si l’acte dont s’agit est, non seulement applicable au
moment de la validation (a), mais également conforme aux règles et principe à valeur
constitutionnelle (b).

a) L’applicabilité de l’acte au moment de la validation

L’acte dont la légalité est contestée doit être applicable au moment de la validation. Il
doit donc s’agir d’un acte administratif encore en vigueur, bénéficiant des privilèges du
préalable et de l’exécution d’office. C’est dire qu’une loi de validation portant sur un acte

392
FAVOREU (L.), GAÏA (P.), GHEVONTIAN (R.), MESTRE (J.-L.), PFERSMANN OTTO, ROUX (A.), SCOFFONI (G.),
ème
Droit constitutionnel, Précis Dalloz, 7 édition, paris, 2004, P.558.
393
Ibid.

142
administratif non valide, ou déjà annulé par le juge, est en principe inconstitutionnelle et ne
doit par conséquent pas entrer dans l’ordonnancement juridique.

Il faut donc impérativement que l’acte en question soit effectivement en cours de


validité. Cette condition permet certainement d’éviter que le législateur ne porte atteinte aux
décisions de justice devenue définitives, ainsi que nous le verrons dans les développements
qui vont suivre. En plus de son applicabilité, cet acte doit également être conforme aux règles
et principes à valeur constitutionnelle.

b) La conformité de l’acte aux règles et principes à valeur constitutionnelle

Afin d’éviter que la loi qui le valide ne soit déclarée inconstitutionnelle, l’acte validé
ne doit être contraire à aucun principe constitutionnellement consacré. Dans la décision 97-
390 DC du 19 novembre 1997, le Conseil Constitutionnel français a indiqué avec précision
que l’acte validé ne doit contrevenir à aucun principe constitutionnel, sauf si le but d’intérêt
général visé a, lui-même, valeur constitutionnelle.

Cette condition, relative à la constitutionnalité de l’acte validé, était déjà présente dans
certaines décisions antérieures, où le susdit Conseil avait relevé que les conditions dans
lesquelles les actes validés avaient été élaborés n’étaient pas de nature, en elle-même, à
entacher la loi d’inconstitutionnalité et que les mesures prises par le législateur ne
méconnaissaient pas le principe d’égalité394. Il s’agit là d’une simple application de la
jurisprudence constitutionnelle relative au principe d’égalité, et selon laquelle il peut être
dérogé à l’égalité pour des raisons d’intérêt général395. Il va sans dire que la validation d’un
acte inconstitutionnel emporte forcement inconstitutionnalité de la loi qui le maintient en
vigueur, à moins que la loi ne purge cet acte de son inconstitutionnalité396. Dans tous les cas,
pour être elle-même régulière, la loi de validation est assujettie à certaines conditions.

2- Les conditions relatives à la loi de validation

La validation législative étant un procédé relativement contesté, il a fallu rendre le


recours à un tel mécanisme exceptionnel et surtout l’encadrer. Ainsi, pour qu’elle soit valable,
la loi de validation doit respecter tant le principe de l’autorité de la chose jugée (a) que celui

394
Bertrand Mathieu, « Valeur et portée des validations législatives … », [Link]., P.149.
395
Ibid.
396
Idem, P.152.

143
de la non rétroactivité de la loi (b). En outre, cette loi doit impérativement poursuivre un but
d’intérêt général (c).

a) Le respect du principe de l’autorité de la chose jugée

L’indépendance des juridictions administratives s’oppose, en principe, à ce qu’une loi


de validation puisse remettre en cause toute décision de justice passée en force de chose
jugée397. Cependant, la technique de la validation législative, permettant de transcender le
principe de l’autorité de la chose jugée, n’est pas interdite en soi, mais elle est aujourd’hui
enserrée dans des limites très strictes398. Ainsi, lorsqu’un acte administratif vient à être
annulé, il reste au gouvernement la possibilité de demander au parlement de voter une loi qui
assure la validation, non pas de l’acte annulé, mais des actes subséquents pris sur son
fondement et qui se trouvent privés de base juridique399, voire anéantis du fait de la
rétroactivité de l’annulation contentieuse. Autrement dit, il ne peut y avoir de validation d’un
acte dont la décision d’annulation est passée en force de chose jugée. En effet, la loi ne
saurait, sans porter atteinte à l’indépendance de la juridiction administrative, ainsi qu’à la
garantie des droits, valider des actes définitivement annulés, encore moins priver une
annulation contentieuse de tout effet400.

Cette exigence découle du principe de la séparation des pouvoirs. Il semble même que
la loi de validation doit être écartée dès lors que la procédure a atteint un stade avancé et
qu’un jugement exécutoire et définitif a été prononcé. C’est dire que pour produire l’effet
escompté, la loi de validation doit être adoptée avant que la procédure juridictionnelle en
cours n’ait atteint le stade d’une audience contradictoire401. C’est en effet ce qu’a décidé la
Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire National & Provincial Building
Society et autres contre Royaume-Uni du 23 octobre 1997. Cette condition apparaît essentielle
pour déterminer l’intervention, voire l’ingérence du pouvoir législatif dans l’administration de
la justice.

397
FAVOREU (L.), GAÏA (P.), GHEVONTIAN (R.), MESTRE (J.-L.), PFERSMANN OTTO, ROUX (A.), SCOFFONI (G.),
Droit constitutionnel, [Link]., P.558.
398
DE FORGES (J.-M.), Droit administratif, [Link]., P.232.
399 ème
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, 6 édition, Paris, Amand-colin, collection
U, 1998, P.52.
400
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.519.
401 er
SANDRAS (C.), « Les lois de validation, le procès en cours et l’article 6, § 1 de la Convention Européenne
des Droits de l’Homme », RTDH, 2002, P. 638.

144
La condition relative au respect « des décisions de justice devenues définitives » ou
« des décisions de justice passées en force de chose jugée », expressions équivalentes et
indifféremment utilisées, figure généralement dans le libellé même de la mesure de
validation402. Elle signifie qu’une validation ne peut intervenir que dans les procédures encore
pendantes devant les juridictions compétentes. Pareillement, cette loi ne peut porter que sur
des actes pris sur le fondement d’un autre acte ayant lui même fait l’objet d’une annulation,
sans que ces actes subséquents n’aient été eux-mêmes annulés par une décision de justice
devenue définitive. La notion de décision de justice « devenue définitive » ou « passée en
force de chose jugée » a été précisée par la jurisprudence, aussi bien de la Cour de cassation
que du Conseil d’Etat, jurisprudence de laquelle il ressort qu’une loi de validation ne peut
modifier l’issue d’un litige qui a été jugé en appel et qui est pendant devant le juge de
cassation403.

Plus prosaïquement, la loi de validation ne peut en principe intervenir une fois que le
juge administratif a rendu une décision devenue définitive. C’est certainement la raison pour
laquelle les lois de validation interviennent généralement, non pas après, mais avant les
annulations contentieuses, afin de les prévenir404. Il va sans dire que le législateur doit
s’abstenir de faire obstacle à l’exécution des décisions juridictionnelles passées en force de
chose jugée, au risque de remettre en cause le principe de la séparation des pouvoirs.

C’est du reste ce qu’a décidé le Conseil Constitutionnel français dans une retentissante
décision du 22 juillet 1980405. Il a en effet considéré « qu'il résulte des dispositions de
l'article 64 de la Constitution en ce qui concerne l'autorité judiciaire et des principes
fondamentaux reconnus par les lois de la République en ce qui concerne, depuis la loi du
24 mai 1872, la juridiction administrative, que l'indépendance des juridictions est garantie,
ainsi que le caractère spécifique de leurs fonctions sur lesquelles ne peuvent empiéter ni le
législateur ni le Gouvernement ;
Qu’ainsi, il n'appartient ni au législateur ni au Gouvernement de censurer les
décisions des juridictions, d'adresser à celles-ci des injonctions et de se substituer à elles
dans le jugement des litiges relevant de leur compétence ».

402
Le régime juridique des validations législatives, publication du Sénat français, Division Des Recherches Et
Etudes, Service Des Etudes Juridiques, janvier 2006, P.10.
403
Ibid.
404
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.817.
405
CC, Décision n°80-119 DC du 22 juillet 1980, Validation d'actes administratifs, RJC, 1959-1993, P.83.

145
Outre le respect de ce principe relatif à la séparation des pouvoirs, et par ricochet celui
de l’autorité de la chose jugée, le législateur est également tenu de se conformer au principe
de la non-rétroactivité de la loi.

b) Le respect du principe de la non-rétroactivité de la loi

Le principe de la non-rétroactivité de la loi est un principe fondamental à valeur


constitutionnelle, ce d’autant plus que la constitution camerounaise le consacre expressément
dans son préambule, où il y est écrit, en des termes on ne peut plus clairs, que « la loi ne peut
avoir d'effet rétroactif. Nul ne peut être jugé et puni qu'en vertu d'une loi promulguée et
publiée antérieurement au fait punissable ». Ce principe fort ancien se retrouve également
dans le Code Civil qui dispose en son article 2 que « La loi ne dispose que pour l’avenir. Elle
n’a point d’effet rétroactif ».

Par conséquent, la loi de validation ne peut enfreindre le sacrosaint principe de non


rétroactivité des sanctions pénales, et même administratives406. C’est dire qu’une loi de
validation dont l’application s’étend aux faits commis antérieurement à son adoption est en
principe inconstitutionnelle et partant, inapplicable. Le problème de l’application d’une loi de
validation, intervenue plusieurs mois après l’annulation contentieuse de l’acte validé, s’est
posé devant le juge administratif camerounais dans l’affaire Claude HALLE contre Etat du
Cameroun Oriental407.

Dans cette espèce, sieur Claude HALLE a saisi la Cour Fédérale de Justice, prise en sa
Chambre Administrative de Yaoundé, d’un recours tendant à obtenir l’annulation de la
décision de refus, opposée par Monsieur le Trésorier Payeur de Douala, à sa demande de main
levée de la caution qui lui a été accordée par sa banque pour garantir le paiement de ses
impôts. A l’appui de sa requête, il a soutenu qu’un article n°21.749 du rôle émis à son
encontre a été annulé par le Tribunal d’Etat suivant l’arrêt n°212 du 29 septembre 1962.
Postérieurement à cette décision, a été adoptée une loi rétroactive n°62-14 du 26 décembre
1962, ce qui en soi constitue, selon lui, un abus de pouvoir.

Cette loi rendait en effet possible la réclamation de ladite imposition, et c’est sur cette
base que l’administration fiscale a prétendu exiger le règlement de l’article du rôle annulé. Il a
ajouté que la nouvelle loi a permis de poursuivre le recouvrement des impôts même pour le

406
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.521.
407
CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental.

146
passé, mais en précisant que cela ne pourrait être fait qu’en émettant un nouveau rôle
correspondant. Il a terminé en disant que le rôle précédent qui a été annulé par une décision
devenue définitive, n’existait plus et ne pouvait non plus servir de base à quelques poursuites
que ce soit.

En réaction aux arguments développés par le requérant, l’administration a rétorqué que


la loi incriminée ayant rendu exigible les impôts en litige, l’Arrêt sus-évoqué du Tribunal
d’Etat qui a annulé l’article du rôle dont s’agit s’est trouvé lui-même annulé par ladite loi.
Avant de conclure au débouté de sieur Claude HALLE, elle a fait valoir qu’un nouvel article
du rôle émis par elle aurait fait double emploi puisque celui qui avait été annulé par le
Tribunal d’Etat a recouvré sa valeur par l’effet de la loi.

Appelé à se prononcer, le juge administratif s’est plutôt déclaré incompétent en ces


termes :
« Considérant que le principe de la souveraineté de la loi est considéré comme
s’étendant aux organes législatifs eux-mêmes ;
Qu’il s’oppose à ce que les actes effectués par ceux-ci puissent faire l’objet d’un
contrôle juridictionnel ;
Que la Cour de céans se trouve être incompétente à connaitre de ce chef ».

L’occasion était pourtant donnée au juge administratif de s’exprimer sur la validité des
lois de validation ayant un effet rétroactif. Mais en se déclarant incompétent, le juge de
l’espèce a choisi la voie de la prudence, ce d’autant plus que son office ne s’étend pas à
l’appréciation de la validité des lois de la République. Cette retentissante jurisprudence pose
tout de même un problème latent, dont la pertinence se révèle d’ailleurs avec acuité au
Cameroun : c’est celui du contrôle de constitutionnalité des lois dans notre pays. Sans
toutefois avoir la prétention de nous ériger en juge constitutionnel, nous nous permettrons
néanmoins de faire quelques observations relativement au cas d’espèce.

En effet, la loi n°62-14 du 29 décembre 1962 visée dans le cas d’espèce peut, à
première vue, paraître inconstitutionnelle pour cause de rétroactivité de ses effets, mais en
réalité, elle semble plutôt être conforme à la constitution qui est la norme fondamentale. Il
suffit de procéder à une analyse minutieuse de ses dispositions pour s’en convaincre. Il y est
précisément indiqué qu’on ne peut poursuivre le recouvrement des impôts pour le passé, qu’à
condition que soit émis au préalable un nouveau rôle correspondant. Il va évidemment sans
dire que même en appliquant ladite loi, l’administration ne saurait, sans outrepasser les

147
dispositions de cette dernière, exiger le recouvrement de l’imposition dont le rôle a été annulé.
Elle se doit donc d’émettre obligatoirement un nouveau rôle, et pour y parvenir, elle ne peut le
faire que sur la base des lois et règlements en vigueur au moment où elle décide d’y procéder.
C’est dire, en définitive, qu’en introduisant cette condition dans la loi dont s’agit, le
législateur a lui-même voulu éviter que ce texte ne produise un quelconque effet rétroactif.

Au demeurant, nous pensons que cette décision était d’une importance capitale pour
l’administration en ce qu’elle lui offrait la possibilité de se rattraper en régularisant le rôle
litigieux. Elle se devait alors, non pas de tronquer le texte comme elle l’a fait, mais plutôt
d’extirper du rôle querellé les vices qui ont entrainé son annulation pour émettre, en fin de
compte, un nouveau rôle, conforme cette fois, aux normes juridiques en vigueur et, partant,
indemne de tous moyens d’illégalité. Cette prudence, mise à l’actif du législateur dans
l’affaire sus évoquée, doit également être perceptible lorsqu’il est appelé à mettre en exergue
les objectifs d’intérêt général.

c) L’exigence d’un but d’intérêt général

D’entrée de jeu, il convient de préciser qu’en matière de validation législative, le


principal objectif poursuivi doit être l’intérêt général, encore appelé intérêt collectif ou
commun408, même si pour certains, cela serait insuffisant pour justifier le recours à un tel
mécanisme409. Ils s’en suit donc que si des raisons impérieuses d’intérêt général le justifient,
le législateur peut valider préventivement les actes susceptibles d’être remis en cause par des
contentieux ultérieurs410. Le cas échéant, la loi de validation doit respecter les exigences d’un
procès équitable, au sens des stipulations de l’article 6-1 de la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Dans un avis du 05 décembre 1997411, le Conseil d’Etat français a estimé qu’il ressort
des dispositions de l’article 6 de ladite convention que « l’Etat ne peut, sans les méconnaître,
porter atteinte au droit de toute personne à un procès équitable en prenant des mesures
législatives à portée rétroactive dont la conséquence est une modification des règles que le
juge doit appliquer pour statuer sur des litiges dans lesquels l’Etat est partie, sauf lorsque

408
KAMTO (M.), « La chose publique », RASJ, FSJP/UY II, Vol.2, N°1, 2001, P.09. Cet article est, en réalité, la
version écrite du thème développé par l’auteur, lors d’une conférence tenue à l’Ecole Nationale
d’Administration et de Magistrature (ENAM) de Yaoundé le 23 juin 2000.
409
Bertrand Mathieu, « Valeur et portée des validations législatives … », [Link]., P.150.
410
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.521.
411
V. Journal Officiel de la France du 23 décembre 1997, P.18726.

148
l’intervention de ces mesures est justifiée par des motifs d’intérêt général ». Le juge
administratif français est, désormais, compétent pour examiner la question de la compatibilité
de la loi de validation avec les exigences du procès équitable, de même qu’il est compétent
pour examiner la question de savoir si la loi de validation est justifiée par un but d’intérêt
général. S’il la juge incompatible, il en écartera l’application, et redonnera alors toute sa
portée à l’obligation d’exécuter la chose jugée412.

La validation doit être justifiée par la poursuite d’un objectif d’intérêt général
suffisant, tel que la continuité d’un service public, la menace pour la paix publique ou par
d’impérieux motifs d’intérêt général413. L’acte validé ne doit contrevenir à aucun principe de
valeur constitutionnelle, à moins que le but d’intérêt général poursuivi par la validation n’ait
lui-même une portée constitutionnelle, permettant, ce faisant, à la loi de validation de produire
ses effets sur l’acte ainsi validé.

B- Les incidences des validations législatives sur la décision

A travers le mécanisme de la validation législative, il est procédé à la modification du


régime contentieux d’un acte administratif, ainsi qu’à la modification rétroactive des
conditions de sa légalité414. Par le truchement de la loi de validation, le législateur peut libérer
l’administration de l’obligation d’exécuter la chose jugée. En faisant recours à cette
technique, affirme M. Henri JACQUOT, « le gouvernement fait en quelque sorte appel de la
décision des juges au parlement »415. Allant dans le même sens, M. Henri OBERDORFF y
voit en cette pratique un législateur au service d’une administration très sûr d’elle-même, pour
« la protéger contre les effets de ses propres erreurs ou alors contre les effets des décisions
du juge administratif »416.

L’on a même pu dire que le recours aux validations législatives « est l’ultime tranchée
de l’administration »417, eu égard au fait qu’elle vise à couvrir les irrégularités commises par
cette dernière. Les conséquences de la validation législative varient en fonction de l’intention
du législateur418. Il peut en effet, soit empêcher rétroactivement qu’une décision rendue par la

412
CE, ass., 05 décembre 1997, Mme Lambert, Rec. P.460.
413
FROUIN (J.-Y.) et Bertrand Mathieu, « Les validations législatives devant la Cour de Cassation », [Link].,
P.1062.
414
Bertrand Mathieu, « Valeur et portée des validations législatives … », [Link]., P.149.
415
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.128.
416
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.18.
417
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.131.
418
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.46.

149
juridiction administrative ne produise pleinement ses effets en maintenant l’acte querellé en
vigueur le cas échéant (1), soit écarter un éventuel contrôle juridictionnel sur un acte
administratif dont la légalité est pourtant susceptible d’être remise en cause (2).

1- Le maintien en vigueur de l’acte querellé.

Si une loi de validation est d’abord une loi rétroactive, elle a aussi pour objet et pour
effet, non seulement de modifier rétroactivement les règles dont le juge doit faire application,
mais encore de pallier les conséquences d’une annulation contentieuse déjà intervenue ou
prête à intervenir419. Il est donc question, pour le législateur, de rendre rétroactivement
applicable les actes administratifs pourtant annulés par le juge.

A ce sujet, M. Henri OBERDORFF a eu à affirmer que « le législateur peut mettre en


échec définitivement la chose jugée par le procédé de la validation législative »420. En
faisant application de cette technique, le législateur ressuscite, au besoin, des actes annulés en
rétablissant ce que le juge avait condamné421. Il valide, pour ainsi dire, la décision
administrative illégale et, une fois revêtue du caractère législatif, celle-ci ne peut plus être
remise en cause par le juge422.

Pareils sauvetages législatifs peuvent alors résulter de l’attribution, à ces actes, d’une
valeur législative, de leur incorporation directe dans une loi, ou plus simplement encore, de
l’affirmation législative que de tels actes sont validés, toujours avec l’objectif de les rendre
définitivement incontestables. Pour tout dire, « la pratique des validations législatives limite
les effets de l’annulation »423. Ainsi, à la suite de l’annulation d’un concours donnant accès à
la fonction publique plusieurs années après que les candidats reçus ont été nommés, il est
loisible au législateur de décider que les personnes ainsi nommées ont la qualité de
fonctionnaire.

Toutefois, la loi de validation doit avoir une portée limitée, la mesure de validation
doit comporter la mention de l’irrégularité sur le fondement de laquelle l’acte ou la procédure
concernée ne pourra plus être à l’avenir contesté. C’est ainsi que dans la plupart des cas, le
législateur prend soin, lorsqu’il applique ce procédé, de préciser dans les dispositions de la loi
de validation, quelle est l’irrégularité dont l’acte sera considéré comme purgé. De même,
419
SANDRAS (C.), « Les lois de validation, le procès en cours … », [Link]., P. 630.
420
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.244.
421
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.298.
422
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.128.
423
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Précis de droit administratif, [Link]., P.460.

150
lorsque la validation concerne des actes pris sur le fondement d’un acte irrégulier, ou
l’aboutissement d’une procédure entachée d’irrégularité en amont, il ne manque pas de viser
l’acte illégal ou l’irrégularité qui entache la procédure424. Aussi convient-il d’ajouter que la
validation législative peut également avoir un caractère préventif, dans le but d’éviter
l’annulation ultérieure d’un acte administratif. La technique consiste, en effet, à modifier
rétroactivement une règlementation avant toute décision juridictionnelle425.

Par ailleurs, il y a des cas où la validation intervient après l’annulation de l’acte


administratif concerné, par la juridiction administrative. C’est dans cette hypothèse que les
conséquences s’avèrent plus grave, eu égard au fait qu’il s’agit en l’espèce d’une atteinte
directe à l’autorité de la chose jugée. C’est d’ailleurs ce qui a fait dire à M. Jean-Marie AUBY
que « le législateur se comporte ici comme un nouveau degré de juridiction, juridiction
affranchie de toutes les règles de forme, de délai (…) On se trouve en présence d’un
parlement qui peut tout faire »426. Vu sous cet angle, le but final de la loi de validation est de
faire revivre rétroactivement un acte administratif antérieurement annulé par le juge
administratif427.

De la sorte, l’exécution de la décision rendue par le juge se trouve ainsi « bloquée et


anéantie par l’autorité de chose votée par le parlement »428. Conséquemment, l’acte devient
alors derechef exécutoire. Dans ces conditions, l’administré qui entendait tirer profit de la
décision d’annulation voit ainsi tous ses espoirs annihilés par le législateur, ce d’autant plus
qu’une fois l’acte validé, aucun recours en responsabilité, fondé sur la faute découlant de
l’édiction de cet acte illégal, n’est admissible. Il s’agit là d’une validation a posteriori, qui est
en elle-même contraire au principe de la séparation des pouvoirs, et à celui de l’indépendance
des juridictions429. Finalement, ce mécanisme est un moyen permettant de couvrir, du
manteau législatif, les erreurs et les illégalités commises par l’administration, notamment en
soustrayant leurs actes de tout contrôle juridictionnel.

424
Le régime juridique des validations législatives, publication du Sénat français, [Link]., P.18.
425
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, [Link]., P.55.
426
AUBY (J.-M.) cité par HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge
Administratif …, [Link]., P.47.
427 ème
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, 14 édition, Tome I,
Paris, LGDJ, 1996, P.458.
428
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.131.
429
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, [Link]., P.308.

151
2- La soustraction de l’acte au contrôle juridictionnel.

Naturellement, les validations s’imposent ipso jure au juge administratif. Par le biais
de ce mécanisme, le législateur immunise des actes administratifs contre toute contestation
contentieuse, les couvre de sa propre autorité, tout en interdisant désormais au juge
administratif de statuer sur leur régularité en cas d’éventuelle saisine. Allant dans ce sens, M.
Jean-Marie AUBY a défini la validation législative comme étant un acte législatif, pris
postérieurement à un ou plusieurs actes administratifs et qui, en déclarant lesdits actes ou
certains de leurs effets valides, a pour conséquence d’empêcher un éventuel contrôle
juridictionnel, voire administratif, de leur régularité430.

Ainsi, par le truchement de la loi de validation, l’intervention du législateur vise à


modifier rétroactivement l’état du droit, à mettre un acte, ou une série d’actes administratifs, à
l’abri d’un risque déterminé ou de tout risque d’annulation par le juge de l’excès de
pouvoir431. Il convient toutefois de préciser, et ce n’est pas un détail anodin, que la nature de
l’acte administratif ne change pas, ce qui signifie que celui-ci n’acquiert nullement force de
loi. La conséquence en est que l’administration peut toujours le modifier ou l’abroger, sans
qu’elle n’ait à se soumettre à une quelconque procédure ou formalité spécifique 432. Il s’agit
tout simplement d’empêcher, à l’avenir, l’intervention du juge administratif.

Il est cependant judicieux d’indiquer, que l’acte administratif validé n’est soustrait du
contrôle juridictionnel que pour autant que le législateur ait, dans la loi de validation, défini
strictement sa portée, celle-là même qui détermine l’exercice du contrôle de la juridiction
administrative. En France par exemple, depuis 1999, le Conseil constitutionnel a fait du
caractère circonscrit de la loi de validation une condition de sa validité. Dans un considérant
de principe, il a décidé ce qui suit :

« (…) Si le législateur peut, dans un but d’intérêt général suffisant, valider un acte
dont le juge administratif est saisi, afin de prévenir les difficultés qui pourraient naître de
son annulation, c’est à la condition de définir strictement la portée de cette validation, eu
égard à ses effets sur le contrôle de la juridiction saisie ;
Qu’une telle validation ne saurait avoir pour effet, sous peine de méconnaître le
principe de la séparation des pouvoirs et le droit à un recours juridictionnel effectif, qui
430
AUBY (J.-M.), « Sur une pratique excessive : les validations législatives », cité par NGWA NFORBIN (E. H.),
« Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif au Cameroun », [Link]., P.313.
431
SANDRAS (C.), « Les lois de validation, le procès en cours … », [Link]., P. 630.
432
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.46.

152
découlent de l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, d’interdire
tout contrôle juridictionnel de l’acte validé quelle que soit l’illégalité invoquée par les
requérants »433.

Ainsi, la reconnaissance d’un droit au recours juridictionnel effectif interdit donc


qu’un acte puisse, par le truchement d’une validation, échapper à tout contrôle juridictionnel,
quelle que soit l’illégalité invoquée. Depuis cette décision, le Conseil Constitutionnel ne
manque pas de vérifier et de noter dans ses considérants que la validation est « strictement
limitée dans sa portée »434.

Au demeurant, compte tenu de la vision manichéenne qui semble la qualifier, la


pratique des validations législatives, souvent très critiquée, peut s’avérer opportune dans
certaines hypothèses435. En effet, il n’est pas rare, par exemple, que l’annulation de la
délibération d’un jury de concours comporte des conséquences difficilement admissibles, dans
la mesure où les fonctionnaires recrutés doivent, en principe, être considérés comme ne
l’ayant jamais été, alors qu’ils peuvent, en fait, avoir commencé leur carrière depuis plusieurs
années. Il serait donc de bon aloi que le législateur intervienne pour valider les nominations
prononcées à la suite de ladite délibération436, quitte à prévoir que les autres candidats
bénéficieront de conditions spéciales pour tenter une nouvelle chance. L’inconvénient d’un tel
procédé réside, non pas tant dans sa mise en œuvre, mais plutôt dans le fait qu’il semble de
plus en plus fréquent et s’étend à des domaines de plus en plus diversifiés.

En tout état de cause, les interventions législatives dans le contentieux juridictionnel


des actes administratifs portent, par elles-mêmes, atteinte à des principes de nature
constitutionnelle, et ce, même lorsqu’elles prétendent respecter les décisions de justice
passées en force de chose jugée et la non rétroactivité des peines et des sanctions. En effet, ces
interventions modifient rétroactivement, à l’occasion d’un litige pendant devant le juge
administratif, les règles que ce juge a pour mission d’appliquer, tout en privant d’effets
certaines décisions juridictionnelles.

Ce faisant, elles portent atteinte au droit au recours et au principe de la sécurité


juridique, même s’il est vrai que la notion de sécurité juridique peut être, en cette matière,

433
V. décision n° 99-422 DC du 21 décembre 1999 sur la loi de financement de la sécurité sociale pour l’année
2000.
434
V. décision n° 2002-458 DC du 07 février 2002 sur la loi organique portant validation de l’impôt foncier sur
les propriétés bâties en Polynésie française.
435
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, [Link]., P.52.
436
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.25.

153
utilisée à la fois comme élément justificatif à l’intervention du législateur et comme facteur de
limitation de cette intervention437. Aussi déplore-t-on l’ingérence du législateur dans le
fonctionnement de la justice, intrusion contrevenant au principe de la séparation des pouvoirs,
ce d’autant plus qu’une loi de validation peut intervenir, alors qu’un procès est en cours, pour
orienter la solution du litige, ou pour modifier l’issue d’un procès encore pendant devant la
juridiction compétente, en intervenant dans l’administration de la justice438.

Toutefois, quand bien même le recours à ce mécanisme serait enserré dans des
conditions extrêmement rigides, l’administration peut toujours l’abandonner et exciper plutôt
le prétexte du maintien de l’ordre public, pour se soustraire de l’obligation d’exécution qui lui
incombe.

PARAGRAPHE II : LE PRETEXTE DU MAINTIEN DE L’ORDRE PUBLIC

La jurisprudence a souvent considéré que le respect de l’ordre public s’érige en un


facteur permettant à l’administration de méconnaître, provisoirement ou définitivement,
l’autorité de la chose jugée. Le Conseil d’Etat français, par exemple, considère que le refus
d’exécution est justifié lorsque l’exécution d’une décision de justice est de nature à provoquer
un trouble certain à l’ordre public439. Cela dit, s’il est vrai que l’exécution d’une décision de
justice est donc une obligation pour les autorités administratives, il demeure tout aussi établi
que l’inexécution de cette obligation peut certes être rendue légale, compte tenu des nécessités
inhérentes au maintien de l’ordre public, même si cette légalité ne peut, toutefois, faire oublier
son anormalité. Le destinataire d’une décision de justice s’attend, en effet, normalement à ce
qu’il soit procédé à l’exécution de celle-ci.

C’est du moins ce qui ressort de ce dialogue imaginé par Francis-Paul Benoit, entre un
administré recherchant l’exécution d’une décision de justice et l’administration : « exécutez,
dit le particulier, ma demande est normale ; je n’exécuterai pas, répond l’autorité
administrative, car s’il est vrai que votre demande est normale, je dois tenir compte aussi de
l’ensemble de la mission qui m’incombe, le maintien de l’ordre »440. L’idée de normalité est

437
FROUIN (J.-Y.) et Bertrand Mathieu, « Les validations législatives devant la Cour de Cassation », [Link].,
P.1060.
438
SANDRAS (C.), « Les lois de validation, le procès en cours … », [Link]., P. 631.
439
CE, 30 novembre 1923, Couitéas, Rec. P.789.
440
BENOIT (F.-P.) cité par CAMGUILHEM (B.), Recherche sur les fondements de la responsabilité sans faute en
droit administratif, Thèse de Doctorat en droit public, Université de Paris II Panthéon-Assas, novembre 2012,
P.447.

154
donc au cœur de ce rapport. Le bénéficiaire d’une décision de justice s’attend à ce que,
conformément à la norme, la puissance publique mette tout en œuvre pour qu’il obtienne
exécution de cette décision. L’anormalité du fait générateur, dans les hypothèses de
responsabilité née de la jurisprudence Couitéas par exemple, tient à ce que le refus de
concours de la force publique méconnaît l’obligation d’exécuter les décisions de justice.

Pour la commodité de l’exposé, il sera judicieux que l’on s’appesantisse d’abord sur la
notion même d’ordre public (A), avant d’examiner l’influence que la volonté de son maintien
peut avoir sur l’exécution des décisions du juge administratif (B).

A- la notion d’ordre public

Comme l’a parfaitement souligné M. PEQUIGNOT, « la notion d’ordre public,


comme celle de service public, d’intérêt général ou d’utilité publique apparaissent d’abord
comme essentiellement contingentes, mouvantes et subjectives, tenant aux circonstances de
temps et de lieu, aux idées politiques, philosophiques ou morales »441. Il va donc de soi que
le concept "ordre public" est extrêmement difficile à appréhender. C’est une notion à la fois
polysémique (1) et globalisante (2).

1- Une notion polysémique

La notion d’ordre public est une notion assez vague et, partant, difficile à cerner. La
quasi-totalité des normes juridiques employant cette expression ne lui donne aucun contenu,
laissant ainsi libre cours à plusieurs sortes d’explication, chacun y allant à sa guise et au gré
de ses intérêts. Certains ont même eu à affirmer que l’ordre public n’a plus toutes les libertés
car « les libertés sont devenues d’ordre public »442. C’est sans doute ce qui a amené M. Jean-
Louis KIPFFER à dire qu’« au fond, l'administration n'a pas la même notion du trouble à
l'ordre public que celle du juriste. Pour ce dernier, tout refus d'exécution d'un jugement
constitue un trouble »443. En tout état de cause, la notion d’ordre public revêt des sens
différents selon que l’on l’appréhende dans le cadre d’une procédure contentieuse ou dans le
droit substantiel.

441
PEQUIGNOT (G.), Préface à l’ouvrage de PACTEAU (B.), La notion d’ordre public en droit administratif, Paris,
LGDJ, 1962, p.1.
442
PICARD (E.), «L’influence du droit communautaire sur la notion d’ordre public», AJDA, 20 juin 1996, numéro
spécial, P.56.
443
KIPFFER (J.-L.) cité par MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des
jugements, Mémoire présenté en vue de l'obtention du Bachelor's degree en Droit, Université Nationale du
Rwanda, janvier 2010, P. ii.

155
En droit processuel, cette notion renvoie, de prime abord, à certaines règles, on ne
peut plus importantes, dont le respect s’impose aux différents plaideurs et constitue la
condition sine qua none de la validité de la procédure. C’est pour cette raison que Paul
Bernard soutient que l’ordre public de procédure permet d’assurer une certaine « police du
système juridique »444. Vu sous cet angle, l’ordre public est donc le caractère qui s’attache à
certaines règles de procédure. Il s’agit spécifiquement de certains moyens, lois et nullités.

Concernant particulièrement les moyens d’ordre public, il s’agit de ceux qui peuvent
être invoqués à toute étape de la procédure, et même pour la première fois en appel ou en
cassation. A ce sujet, Paul Bernard a déclaré que face à un moyen d’ordre public, « ni le juge
ni les parties ne peuvent renoncer à l’invoquer »445. Il s’en suit donc qu’en cas d’inaction
des parties, le juge doit d’office soulever ces moyens, même en l’absence de texte446. Il ne
saurait d’ailleurs en être autrement car en pareille circonstance, il a même une compétence
liée. La violation d’un tel moyen entraine inéluctablement la nullité de la procédure. C’est
donc une règle impérative, insusceptible de dérogation, tout comme les lois d’ordre public.

Les lois d’ordre public sont, quant à elles, des lois qui s’imposent avec « une
particulière autorité »447. Leur méconnaissance constitue, en n’en point douter, une violation
d’un moyen d’ordre public, avec les effets sus indiqués. Il en est ainsi par exemple, en matière
administrative, du recours pour excès de pouvoir, érigé par le Conseil d’Etat français, en
recours d’ordre public448. Ces lois sont d’application immédiate. Par conséquent, une loi de
procédure est toujours d’ordre public en ce qu’elle doit s’appliquer même aux affaires en
cours à condition qu’une décision n’y soit pas encore intervenue. C’est donc dire que les lois
d’ordre public s’imposent impérativement, comme les nullités qui en sanctionnent la
violation449.

S’agissant des nullités d’ordre public, elles renvoient aux nullités absolues, par
opposition aux nullités relatives. Elles entrainent une nullité complète de l’acte entaché d’un
tel vice. Autrement dit, l’acte qui est sanctionné d’une nullité absolue est considéré dans son
entièreté comme « inexistant et radicalement nul »450. En fin de compte, l’ordre public de

444
Bernard Paul, La notion d’ordre public en droit administratif français, Paris, LGDJ, 1962, P.169.
445
Idem, P.205.
446
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais …, [Link]., P.4.
447
Bernard Paul, La notion d’ordre public en droit administratif français, [Link]., P.210.
448
CE, ass. 17 février 1950, Dame Lamotte, Rec., P.110.
449
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais…, [Link]., P.5.
450
Bernard Paul, La notion d’ordre public en droit administratif français, [Link]., P.211.

156
procédure renvoie au caractère de ce qui est fondamental, impératif. En son nom, une
procédure peut donc être suspendue, une requête peut être rejetée ou acceptée, selon les cas. Il
en est ainsi, par exemple, des questions de compétence, de qualité et d’intérêt pour agir, de
même que du recours gracieux préalable, voire du caractère attaché au recours pour excès de
pouvoir. Vu sous cet angle, l’ordre public est alors, non seulement un principe d’action pour
le juge, mais encore une limite que ni le juge, ni les parties, ni même l’administration active
ne peuvent franchir.

Sur un tout autre plan, et notamment en droit substantiel, la notion d’ordre public ne
pose pas moins de problèmes que ceux précédemment relevés. Elle est tout aussi difficile à
comprendre, à cerner, voire à expliquer. Pour la caractériser, le Pr. Bernard Raymond
GUIMDO DONGMO parle de notion changeante et redoutable entre les mains de
l’administration451. Se fondant sur les difficultés rencontrées dans l’effort de définition de la
notion d’ordre public, M. Jean-Calvin ABA’A OYONO quant à lui se demandait déjà si cette
notion était suffisamment interprétée pour recevoir une application indiscutable452. En France
comme au Cameroun, autant que dans bon nombre de pays, le législateur évite de définir cette
notion.

Au Cameroun, l’article 2 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 453 a étendu la


compétence des Tribunaux Administratifs aux « litiges intéressant les opérations du
maintien de l’ordre ». Quoi que ladite loi n’ait pas cru devoir lever toute équivoque, si l’on
s’en tient à l’approximation des termes employés, il n’en demeure pas moins vrai que cette
nouvelle compétence attribuée à la juridiction administrative doit être saluée à sa juste valeur.
Car en effet, la notion d’ordre public, de par son imprécision, constitue, à n’en point douter,
une arme redoutable entre les mains des autorités administratives en ce sens qu’elle
s’apparente au spectre du « mobil politique » qui s’est révélé par le passé être redoutable pour
les droits des administrés.

Devant cette réserve du législateur, on s’attendrait à ce que le juge qui est en contact
direct avec les justiciables s’en charge. Allant dans ce sens, le Pr. Bernard-Raymond
GUIMDO DONGMO n’a pas manqué de relever que « le législateur n’a posé qu’une règle

451
GUIMDO DONGMO (B.-R.), Le Juge Administratif camerounais et l’urgence : Recherches sur la place de
l’urgence dans le contentieux administratif camerounais, Thèse de Doctorat d’Etat en droit public, Université
de Yaoundé II/FSJP, année académique 2003-2004, P.316.
452
ABA’A OYONO (J.-C.), « Note sous CS/CA, Ordonnance du 07 décembre 2000, affaire MAMA BILOA Sandrine
contre Université de Ngaoundéré », Afrilex, n°5, P.232.
453
Il s’agit de la loi portant organisation et fonctionnement de Tribunaux administratifs.

157
générale régissant les mesures de police, c’est en réalité au juge qu’incombe la tâche de
rendre la règle légale déterminant l’étendue du pouvoir de police, l’ordre public ne
recouvre pas une notion préexistante. C’est le juge qui doit trouver sa substance »454. Il est
donc impérieux que le juge administratif camerounais saisisse la perche qui lui est ainsi
tendue pour circonscrire enfin, et avec exactitude, cette notion d’ordre public dont la très
grande flexibilité rend perméable les droits et libertés, ce d’autant plus que de par son
imprécision, elle peut tout englober.

2- Une notion globalisante

Le jurislateur camerounais n’a encore donné aucune définition à la notion d’ordre


public. Sans toutefois en proposer une qui soit réellement édifiante, la doctrine semble plutôt
fustiger les balbutiements du législateur et du juge, relativement au contenu que ces derniers
entendent donner à cette notion.

En France, le législateur considère la notion d’ordre public comme un tout homogène


comprenant des éléments tels que la sécurité publique, la tranquillité publique et la salubrité
publique. C’est du moins ce qui ressort de la loi sur l’organisation départementale du 22
décembre 1789-08 janvier 1790 dans sa section 3, article 2 ; de la loi communale du 04 avril
1884 en son article 97, ainsi que des dispositions de l’article L.131-2 du code des communes
où on peut y lire que l’ordre public se détermine par une trilogie : la sécurité publique, la
tranquillité publique et la salubrité publique.

En droit gabonais, l’article 78 de l’ordonnance du 06 avril 1963 relative à


l’organisation municipale dit de "l’ordre public" qu’il est « considéré comme étant constitué
de trois éléments, la sécurité (c’est-à-dire la prévention des dangers susceptibles de
menacer les individus dans leur vie et leurs biens), la tranquillité (autrement dit la garantie
de la paix, de la cohésion sociale, et l’absence de troubles susceptibles de rompre l’équilibre
social) et la salubrité publique (la garantie de l’hygiène et de la santé) »455.

S’il est donc vrai que la notion d’ordre public est souvent appréhendée dans ce sens
trilogique, M. ABA’A OYONO qui, paraît-il, ne partage pas cette conception, estime que ce
style de rédaction classique utilisé par le juge administratif est « très peu propice à emporter

454
GUIMDO DONGMO (B.-R.), Le Juge Administratif camerounais et l’urgence …, [Link]., P.492.
455
Ce texte nous est rapporté par REMONDO (M.), Le droit administratif gabonais, Bibliothèque Africaine et
Malgache, Tome XLIV, Paris, LGDJ, 1987, P.175, n°703.

158
les convictions »456. Il a même indiqué que la notion d’ordre public est encore confuse dans le
raisonnement du juge457. Poursuivant sa logique, cet auteur affirme qu’en associant au
concept unitaire d’ordre public ceux de "sécurité" et de "tranquillité publique", la loi n°75/17
du 08 décembre 1975458, ainsi que la pratique jurisprudentielle qui s’en est suivie, « font dans
l’amalgame et confortent les formules malencontreuses du constituant depuis 1972 »459.

En effet, la mouture finale de la constitution camerounaise du 02 juin 1972 dispose en


son préambule que « tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer
librement, sous réserve des prescriptions légales relatives à l'ordre, à la sécurité et à la
tranquillité publics ». Bien qu’ayant amplement retouché ce texte constitutionnel, la loi n°96-
06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 02 juin 1972 a repris ces mêmes
dispositions dans son préambule.

A la question de savoir si le mélange des matières de sécurité publique, de tranquillité


publique et de salubrité publique est constitutif du tout qu’est l’ordre public, certains auteurs
répondent par la négative, motif pris de ce qu’en droit, et notamment en droit français, l’ordre
public « ne se réduit plus au triptyque sécurité-tranquillité-salubrité publiques »460. Depuis
1995, le juge administratif français a décidé que « le respect de la dignité de la personne
humaine est une des composantes de l'ordre public »461.

Au Cameroun, le juge administratif évoque souvent, à côté de l’ordre public, la


tranquillité et la sécurité publique, notamment dans ses décisions rendues en matière de sursis
à exécution et de référé administratif462. Il ne faut cependant pas y voir en cela une intention
certaine d’exclusion des notions de tranquillité et de sécurité publiques dans le grand
ensemble qu’est l’ordre public. Bien plus, l’on pourrait logiquement se poser la question de
savoir si la salubrité publique n’est pas une composante de l’ordre public au Cameroun,
compte tenu du fait qu’elle n’est pas expressément mentionnée dans les textes législatifs et
règlementaires, comme le sont les notions de sécurité et de tranquillité publiques. Le juge

456
ABA’A OYONO (J.-C.), « Note sous CS/CA, Ordonnance du 07 décembre 2000, … », [Link]., P.231.
457
Idem, P.233.
458
Il s’agit de la loi fixant la procédure devant la Cour Suprême statuant en matière administrative. Aujourd’hui
abrogée, cette loi a été remplacée par celle n°2006/022 du 29 décembre 2006 portant organisation et
fonctionnement des tribunaux administratifs, laquelle a repris in extenso, en son article 30, les termes de sa
devancière.
459
ABA’A OYONO (J.-C.), « Note sous CS/CA, Ordonnance du 07 décembre 2000, … », [Link]., P.233.
460
Idem, P.234.
461
CE, 27 octobre 1995, Commune de Morsang-sur-Orge, Rec. P.372.
462
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais …, [Link]., P.14.

159
administratif a répondu à cette préoccupation dans l’affaire NGUESSIE Joseph contre Etat du
Cameroun (CUY), en décidant que la salubrité publique représente l’une des composantes de
l’ordre public463.

En tout état de cause, bien que la notion d’ordre public ne soit pas aisée à cerner, il ne
faut non plus croire qu’elle est insaisissable464. Il arrive parfois qu’elle soit assimilée à la
théorie des circonstances exceptionnelles et même au concept de mobile politique. Il s’agit là
des concepts dont la capacité à tout contenir est suffisamment dangereuse pour les droits et
libertés. Dans cette occurrence, le souci du maintien de l’ordre public peut avoir une influence
considérable sur l’exécution des décisions de justice.

B- L’influence de la volonté du maintien de l’ordre public sur


l’exécution des décisions de justice

L’inexécution des décisions de justice peut être due, soit à des difficultés provisoires,
soit à des difficultés qui touchent le fond du litige, de telle sorte qu’elles concernent la validité
juridique des procédures d’exécution. Le principe jadis proclamé de la séparation des
pouvoirs, auquel se greffe désormais celui de la séparation des autorités administratives et
judiciaires, oblige le juge, sans distinction d’ordre de juridiction, à respecter l’indépendance
de l’administration. On peut de ce fait penser que cette dernière n’est nullement tenue
d’exécuter les décisions de justice, surtout dans les cas où celles-ci auraient de sérieuses
répercussions sur l’ordre public465.

Si tant est vrai que l’exécution des décisions de justice constitue désormais un droit au
sens littéral du terme, il n’est cependant pas faut d’affirmer que « d’une manière générale, la
nécessité de l’ordre public dans une démocratie n’est pas à démontrer. Sa sauvegarde peut
être vue comme une condition de l’ensemble des droits et libertés constitutionnels »466.
C’est dire que pour assurer aux titulaires des droits leur pleine jouissance, il faut au préalable
que l’ordre public soit sauvegardé, même s’il faut, pour cela, méconnaitre les décisions
rendues par le juge, peu importe qu’on soit en période normale (1) ou alors en période de
circonstances exceptionnelles (2).

463
Ordonnance de référé n°37/OR/CAB/PCA/CS/2003-2004, NGUESSIE Joseph contre Etat du Cameroun (CUY).
464
GUIMDO DONGMO (B.-R.) cité par MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public
camerounais …, [Link]., P.13.
465
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.105.
466
DE MONTALIVET (P.), Les objectifs de valeur constitutionnelle, Paris, Dalloz, 2006, P.554.

160
1- En période normale

En période normale, la faute que peut constituer le refus, par l’administration, de


prêter le concours de la force publique, en vue de l’exécution d’une décision de justice, est
généralement écartée en raison de la légalité dudit refus, notamment lorsque cette légalité tire
son fondement du résultat d’un bilan. En effet, le refus de prêter le concours de la force
publique est motivé par la menace que cette exécution ferait peser sur l’ordre public. Une
appréciation doit donc être portée sur les inconvénients respectifs que représenterait
l’inexécution de la décision de justice par rapport aux troubles potentiels à l’ordre public que
causerait son exécution467. Ce bilan ne peut aboutir à la légalité du refus de concours que dans
certaines circonstances de fait laissées à l’appréciation souveraine du juge, comme l’étaient
celles de l’affaire Couitéas en France. Les faits de cette célèbre cause méritent d’être
brièvement rappelés.

En l’espèce, sieur Couitéas avait sollicité et obtenu du juge une décision l’autorisant à
faire déguerpir les autochtones installés sur sa propriété à Sousse, dans le Sud de la Tunisie.
L’autorité administrative, en dépit de la formule exécutoire dont ladite décision était revêtue,
a refusé de prêter le concours de la force publique à l’opération, motif pris de ce que cela était
susceptible de causer des troubles à l’ordre public. Selon cette autorité en effet, le concours de
la force publique aurait conduit à un affrontement aux conséquences éventuellement
dramatiques, entre les forces de l’ordre et les huit mille (8000) personnes occupant le domaine
de Basilio Couitéas.

Cette idée du recours au bilan, pour apprécier la légalité du refus d’intervention, avait
été avancée par Gaston Jèze pour qui le refus d’exécuter une décision de justice, comme le
fait de l’exécuter en toutes circonstances, indépendamment des conditions pratiques,
constituent « un trouble à la paix sociale »468, l’enjeu étant alors de décider, au regard de
l’espèce, lequel de ces deux troubles est le plus grave. Si le refus d’exécution est donc légal,
eu égard aux exigences de l’ordre public, il s’en suit que la décision de refus prise par la
puissance publique tient, non pas à la considération de l’auteur de la demande, mais plutôt aux
exigences de l’ordre public qui lui sont extérieures469. Si tel est donc le cas en période
normale, qu’en sera-t-il en période de circonstances exceptionnelles ?

467
CAMGUILHEM (B.), Recherche sur les fondements de la responsabilité sans faute …, [Link]., P.437.
468
JEZE (G.), note sous, CE, 30 novembre 1923, Couitéas, RDP, 1924, P.211.
469
CAMGUILHEM (B.), Recherche sur les fondements de la responsabilité sans faute…, [Link]., P.438.

161
2- En période de circonstances exceptionnelles.

L’on ne peut avoir la pleine jouissance des droits qu’il possède que dans un certain
ordre, voire dans un ordre certains. C’est le lieu de s’interroger sur le rôle de l’ordre public
dans l’ordre juridique et même dans la société en général. A côté de son effet visible qui est la
limitation des droits et libertés, l’ordre public participe de la préservation de l’équilibre des
rapports de force dans la société.

Cependant, cette notion non encore expressément définie par le jurislateur


camerounais, ne devrait pour autant pas être perçue comme une planche de salut, par
l’administration qui manifesterait l’intention de voir les décisions de justice la condamnant
demeurées lettre morte, au nom du maintien de l’ordre public. Car en réalité, celui-ci
n’apparaît réellement prioritaire que dans les circonstances exceptionnelles et de crise470
commandant la mise en berne de la légalité ordinaire.

En effet, la théorie des circonstances exceptionnelles voudrait que la légalité soit


assouplie, lorsque son application rigoureuse est de nature à mettre en péril l’équilibre de
l’Etat471. Les périodes au cours desquelles le souci du maintien de l’ordre public devrait
primer sur la jouissance des droits et libertés des citoyens sont déterminés par la constitution
camerounaise, en son article 9. Il s’agit notamment de l’état d’urgence et de l’état
d’exception472. Afin d’éviter toute dérive éventuelle dans leur mise en œuvre, le constituant a
pris le soin de déterminer les conditions et le cadre d’exercice de ces pouvoirs exceptionnels
qui peuvent, en fin de compte, se révéler dangereux pour les droits de l’homme.

S’agissant des conditions, et relativement à l’état d’urgence, l’article 9 alinéa 1 du


texte constitutionnel dispose que « Le Président de la République peut, lorsque les
circonstances l’exigent, proclamer par décret, l’état d’urgence qui lui confère des pouvoirs
spéciaux dans les conditions fixées par la loi ». A l’analyse, il y a lieu d’observer que la
déclaration de l’état d’urgence n’est qu’une faculté pour le Président de la République qui se
doit d’apprécier discrétionnairement l’opportunité d’une telle mesure. C’est à lui que revient
le pouvoir de décider du moment où l’ordre public pourra constituer une priorité par rapport
aux droits et libertés de ses compatriotes, par rapport à l’exécution d’une quelconque décision
de justice par l’administration. Il est donc opportun de relever que contrairement à ce

470
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais …, [Link]., P.92.
471
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.314.
472
V. art.9 alinéa 1 et 2 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996.

162
qu’affirme M. Eric NGWA NFORBIN473, les textes camerounais, tant constitutionnel474 que
législatif475, réglementant la mise en œuvre de l’état d’urgence, n’excluent pas expressément
l’exécution des décisions de justice de son champ d’application.

Pour ce qui est de l’état d’exception, la constitution semble être relativement plus
précise quant aux conditions de l’ascendance des considérations liées à l’ordre public sur les
intérêts particuliers des citoyens. L’article 9 alinéa 2 dispose en effet que « Le Président de la
République peut, en cas de péril grave menaçant l’intégrité du territoire, la vie,
l’indépendance ou les institutions de la République, proclamer, par décret, l’état
d’exception et prendre toutes mesures qu’il juge nécessaires. Il en informe la Nation par
voie de message ». Il en découle que la primauté de l’ordre public est soumise à deux
conditions essentielles, à savoir la survenance d’une situation grave qui menace l’intégrité du
territoire, la vie et l’indépendance du pays et une situation grave qui menace les institutions de
la République.

En ce qui concerne le cadre d’exercice des pouvoirs exceptionnels sus évoqués, la


constitution a laissé à la loi le soin d’en fixer les modalités. C’est ainsi que la loi y relative
enserre la prééminence de l’ordre public dans des délais précis, fixe les règles de compétence
des autorités de police et détermine l’étendue de leurs pouvoirs. Cet encadrement, pourrait-on
penser, permet d’éviter que le Président ne soit porté à abuser des pouvoirs qui lui sont ainsi
conférés. Loin s’en faut ! En effet, en lui offrant la faculté de « prendre toutes mesures qu’il
juge nécessaires », le constituant en fait là une extension quasiment illimitée des pouvoirs
présidentiels. L’on peut donc logiquement penser qu’en pareille circonstance, l’inexécution
des décisions de justice est parfaitement admissible et même concevable476.

Même s’il reste vrai que depuis l’adoption de la constitution du 18 janvier 1996, l’état
d’exception n’a encore jamais été proclamé au Cameroun, il n’en demeure pas moins vrai
qu’une telle disposition peut constituer un véritable obstacle à l’exécution des décisions du
juge administratif, par l’administration. Il faut et il suffit que l’état d’exception soit décrété
pour que le Président de la République, qui est par ailleurs le chef de l’administration
publique, exempte celle-ci de l’exécution des décisions de justice en prenant pour motif qu’il
s’agit d’une mesure nécessaire pour le rétablissement de l’ordre public.

473
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.314.
474
V. art.9 alinéa 1 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996.
475
V. la loi n°90/47 du 19 décembre 1990 relative à l’état d’urgence.
476
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.314.

163
Pourtant, l’avènement d’un véritable Etat de droit suppose que la soumission de
l’administration au droit soit indissociable de la protection des droits des administrés et, par
ricochet, de l’exécution, par l’administration, des décisions du juge administratif. Ainsi, le
souci de sauvegarde de l’ordre public, aussi bien en temps de paix que de crise, ne devrait être
allégué comme motif d’inexécution que de façon vraiment exceptionnelle. L’ordre public ne
doit donc être invoqué dans ce contexte que comme un moyen permettant d’aboutir à une
meilleure protection des droits et libertés477, encore que l’inexécution d’une décision de
justice constitue en elle-même un trouble latent de l’ordre public478. Quelles que soient les
circonstances dans lesquelles on se trouve, l’exécution des décisions de justice doit être la
règle, l’inexécution ne devant constituer qu’une rarissime exception.

477
MAKOUGOUM (A.), Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais …, [Link]., P.113.
478
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.254.

164
CONCLUSION DU CHAPITRE I

En fin de compte, lorsqu’elle ne veut pas se soumettre spontanément à ce qui a été


décidé par le juge, l’administration publique ne trouve pas d’autres moyens que d’ériger des
obstacles à l’exécution des décisions de justice. Nous venons de démontrer que ce refus de
s’incliner devant la chose jugée peut être soit manifeste, soit déguisé.

S’agissant du refus manifeste, celui-ci découle, d’une part, de la mauvaise foi de


l’administration. Il se traduit, soit par l’inexécution pure et simple, laquelle peut être exprimée
ou silencieuse, soit alors par les lenteurs ou la mauvaise exécution. Ce refus s’observe, d’autre
part, par l’entêtement ou l’obstruction à l’exécution, matérialisé selon les cas, aussi bien par la
reprise de l’acte annulé que par l’édiction des mesures contraires à l’autorité de la chose
jugée.

En ce qui concerne le refus déguisé, il se traduit par une certaine attitude de


l’administration, dont le but est de contourner l’autorité de la chose jugée pour se soustraire,
en définitive, de l’obligation qui lui incombe. Elle fait donc souvent recours au mécanisme de
la validation législative, qui lui permet, lorsque les conditions de sa validité sont réunies, de
maintenir en vigueur un acte administratif entaché d’illégalité, tout en le soustrayant de tout
contrôle juridictionnel ultérieur. Mais, il arrive aussi parfois que l’administration brandisse
plutôt le prétexte du maintien de l’ordre public pour ne pas se soumettre à la décision du juge.

Bien que ni le législateur, ni le juge n’aient défini expressément et clairement la notion


d’ordre public, il reste indéniable que le souci de son maintien peut définitivement faire échec
à l’exécution des décisions de justice, que l’on soit en période normale ou de circonstances
exceptionnelles. Mais, dans ce dernier cas, on n’est pas très loin d’un obstacle dicté à
l’administration, et donc d’une entrave qui lui est extérieure.

165
CHAPITRE II : LES ENTRAVES
EXTERIEURES A L’ADMINISTRATION

166
Le fonctionnement et l’administration de la justice font actuellement l’objet
d’appréciations divergentes479. Parmi les griefs relevés contre l’appareil judiciaire, les plus
récurrentes sont la lourdeur des procédures, la lenteur due au formalisme abusif et surtout
l’inexécution des décisions de justice480. Il va sans dire que l’administration publique
camerounaise n’est toujours pas à l’origine de l’inexécution, par elle, des décisions du juge
administratif. L’exécution desdites décisions pose parfois des problèmes juridiques beaucoup
plus complexes qu’on ne peut l’imaginer.

En effet, il n’est pas fondamentalement faux d’affirmer que l’exécution de la chose


jugée est quelques fois laissée de facto à la seule bonne volonté de l’administration, volonté ô
combien aléatoire ! Mais quand bien même l’administration publique camerounaise, ès-
qualité de « bras séculier » de l’Etat, est disposée à se soumettre à l’obligation qui lui
incombe en vertu d’une décision de justice, il se trouve que l’exécution de celle-ci se heurte
très souvent à des obstacles entravant l’applicabilité réelle de celle-ci, ainsi qu’à la capacité du
juge de l’imposer à l’administration.

L’absence de pouvoirs d’astreinte et d’injonction envers les personnes morales de


droit public, ainsi que les immunités traditionnelles d’exécution dont bénéficie
l’administration, rendent impossible l’usage des voies d’exécutions forcées de droit commun
contre elle, de même que l’effet du temps sur la décision du juge, constituent autant
d’achoppements qui s’opposent à ce que le juge puisse efficacement endiguer les
comportements publics en marge de la règle de droit et, a fortiori, contraire à celle-ci481.

Il sera donc question d’envisager, ici et maintenant, les difficultés juridico-matérielles


(section I) auxquelles est susceptible de se heurter le bon vouloir de l’administration, ainsi que
le développement des immunités d’exécution (section II) qui a tendance à affaiblir davantage
l’efficacité, pourtant attendue, du contrôle juridictionnel de l’administration.

SECTION 1 : LES DIFFICULTES JURIDICO-MATERIELLES

Dans le cadre de l’exécution des décisions du juge administratif, certaines situations,


voire certains évènements sont de nature à annihiler la bonne volonté de l’administration. il

479
CONAC (G.), « Le juge et la construction de l’Etat de droit en Afrique francophone » in Etat de droit,
Mélanges en l’honneur de Guy BRAIBANT, Paris, Dalloz, 1996, PP.105-119.
480
DOUI WAWAYE (A. J.), La sécurité, la fondation de l'Etat centrafricain : contribution à la recherche de l'Etat
de droit, Thèse de Doctorat en droit public, Université de Bourgogne, mars 2012, P.294.
481
BRETON (J.-M.), « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de l’administration », [Link]., P.73.

167
est en effet rare que les personnes morales de droit public manifeste spontanément le désir de
se soumettre à la chose jugée, en exécutant les décision de justice, dans le but de s’acquitter
de l’obligation qui leur incombe, en tant que partie au procès, et surtout comme bras séculier
ou pouvoir agissant de l’Etat.

Mais, pour peu qu’elle décide volontairement de mettre en œuvre la sentence du juge,
plusieurs obstacles lui font obstruction ; ce qui, à terme, peut même l’amener à se rétracter et
à faire volte-face en opérant un revirement qui seraplutôt malheureux, et pour l’avenir de la
juridiction administrative, et pour l’exécution de ses décisions. C’est dire que « l’exécution
des décisions juridictionnelles peut être rendue impossible pour des raisons de fait liées soit
à la lenteur de la justice administrative, soit au cas de force majeure »482. Parlant justement
de ces obstacles, le Pr. Anicet ABANDA ATANGANA affirmait que « les raisons justifiant
le refus d’exécution, par l’Administration, de la décision du juge, peuvent être d’ordre
politico-constitutionnelle »483.

Mais au delà de ces raisons, les empêchements les plus souvent rencontrés et décriés
sont relatifs au problème des dotations budgétaires, notamment à leur insuffisance
(paragraphe I), ainsi qu’à l’impossibilité matérielle d’exécution, provoquée par l’avènement
de certaines circonstances (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LE PROBLEME DES DOTATIONS BUDGETAIRES

L’idée selon laquelle l’Etat de droit suppose une soumission absolue de


l’administration au droit, et par ricochet aux décisions rendues par le juge administratif, a été
sans doute saluée par tous les potentiels justiciables du prétoire de ce juge. Cette solution,
pour le moins très séduisante, ne constitue cependant pas une panacée pour l’exécution, par
l’administration, des décisions de justice, notamment celles la condamnant au paiement d’une
somme d’argent. L’immense majorité des décisions de justice, portant sur les condamnations
pécuniaires, est parfaitement claire et ne soulève, dans la quasi-totalité des cas, aucune
difficulté particulière d’exécution.

Cependant, on observe que dans certaines circonstances, c’est la négligence et la


mauvaise volonté des administrations publiques, qui sont à l’origine des inexécutions souvent

482
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.24.
483
ABANDA ATANGANA (A.), La situation juridique du fonctionnaire stagiaire en droit administratif
camerounais, Yaoundé, Les Editions le Kilimandjaro (EDLK), Collection "Doctrine Juridique Africaine et
Malgache", 2011, P.50.

168
déplorées. Dans d’autres hypothèses encore, ce sont plutôt les contraintes budgétaires qui
pèsent sur certaines administrations. A ce sujet, le Doyen Magloire ONDOA n’a d’ailleurs pas
manqué de relever le caractère dispendieux des condamnations contentieuses484. Il se pose
généralement à ce niveau un problème des dotations budgétaires dans la mesure où, face à
l’insuffisance, ou même l’inexistence de crédits budgétaires devant couvrir de telles dépenses,
les condamnations pécuniaires prononcées par le juge administratif courent le risque de ne
procurer au final qu’une satisfaction purement platonique et fictive485.

En France par exemple, l’entrée en vigueur de la loi organique relative aux lois de
finances est venue singulièrement compliquer l’exécution des condamnations pécuniaires
prononcées contre l’Etat. En effet, les lignes sur lesquelles sont imputées les sommes dues en
application d’une décision de justice ne sont plus, comme auparavant, des crédits évaluatifs
qui peuvent être augmentés en cours d’exercice budgétaire pour faire face à des besoins
imprévus. Ces lignes sont désormais intégrées à des programmes limitatifs qui empêchent
toute marge de manœuvre des administrations concernées486. S’insurgeant contre le montant
très élevé des condamnations pécuniaires prononcées contre l’Etat, un ancien Garde de
Sceaux français s’était même permis d’intimer aux magistrats, l’ordre de ne pas condamner
l’administration à des indemnités excessives487.

Il n’est pas superfétatoire d’indiquer que l'insuffisance des crédits budgétaires dans
nombre d’Etats africains est réelle, étant donné que la plupart de ces Etats, y compris le
Cameroun, fait face, depuis plusieurs décennies, à une conjoncture économique
particulièrement difficile. Dans l’espoir de relever un jour leur niveau économique par
l’atteinte d’une croissance stable et durable, ces Etat se trouvent obligé de se conformer aux
sujétions des institutions de « Breton Wood » et des autres bailleurs de fond internationaux,
tant bilatéraux que multilatéraux.

Dans un tel environnement économique, il est extrêmement difficile, voire impossible


que l’administration, nonobstant sa bonne volonté, exécute une condamnation pécuniaire
prononcée contre elle. Ne disposant déjà pas de ressources suffisantes pour son budget annuel
tel qu’autorisé par le parlement, il serait utopique d’attendre d’elle qu’elle puisse trouver des

484
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
485
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.104.
486
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », Zbornik radova Pravnog fakulteta u
Splitu, god. 47, 3/2010., P.549.
487
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.311.

169
fonds lui permettant de s’acquitter d’une dette, en exécution d’une décision de justice, encore
que ces fonds n’étaient déjà pas prévus au moment du vote du budget.

Cela étant, en dépit de sa bonne foi manifeste, c’est à juste titre, et avec raison
d’ailleurs, qu’une condamnation pécuniaire prononcée contre l’administration restera
inexécutée par cette dernière, faute de crédits prévus à cet effet. Et pour cause, outre le fait
que les pouvoirs des gestionnaires de crédits publics soient rigoureusement encadrés (B),
l’administration est astreinte au respect des grands principes du droit budgétaire (A).

A- Le souci du respect des grands principes du droit budgétaires

Il n’est pas redondant de rappeler que l’exécution des condamnations pécuniaires


prononcées contre l’Etat et ses démembrements provoque très souvent, de leur part,
d’importants décaissements financiers488. Pourtant, parmi les causes d’inexécution des
condamnations pécuniaires prononcées contre l’Etat, il y a la difficulté notamment à
déterminer quelle imputation comptable serait à réaliser en vue du paiement à effectuer en
exécution d’une condamnation pécuniaire489, eu égard au fait que les opérations liées aux
dépenses publiques doivent être conformes aux principes budgétaires.

Il y a, par exemple, le principe de la spécialité des crédits, lequel fait des crédits de
paiement la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées et ordonnancées durant un
exercice budgétaire. Il s’en suit donc que les crédits de paiement sont limitatifs. Par
conséquent, si cette limite a déjà été franchie, pour ce qui est des dépenses initialement
prévues pour les condamnations pécuniaires, la décision de justice qui interviendra
ultérieurement ne pourra plus recevoir exécution, faute de crédits disponibles.

Nous évoqueront également ici le principe de l’annualité. En effet, l’annualité est une
règle traditionnelle du droit budgétaire et financier. Elle a connu des fortunes diverses depuis
son instauration. Ce principe signifie que le budget est voté chaque année, et pour une année,
par le parlement et qu’il doit également être exécuté dans l’année par le gouvernement 490. Il
fait donc obligation aux gestionnaires de ne s’en tenir, dans leurs opérations, qu’aux dépenses
se rapportant au budget de l’exercice, lequel exercice ne couvre qu’une année civile allant du
1er janvier au 31 décembre. La loi de finances de l’année « fixe le plafond des dépenses du

488
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
489
GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.) (Sous la direction de…), L’exécution des décisions de justice
administrative, [Link]., P.43.
490
CHOUVEL (F.), Finances Publiques, [Link]., P.29.

170
budget général »491. Cette précision sous entend que toutes les dépenses non prévues dans le
budget annuel ne peuvent pas être exécutées.

Ces principes, bien que très limitativement énumérés ici, visent à encadrer
rigoureusement les pouvoirs des gestionnaires des crédits publics. Et lorsqu’ils ne s’y
conforment pas, ces derniers peuvent voir leur responsabilité engagée par les instances de
contrôle compétentes.

B- L’encadrement des pouvoirs des gestionnaires de crédits publics

En droit budgétaire et financier, les gestionnaires des crédits publics sont


principalement les ordonnateurs et les comptables publics, encore appelés comptables de
denier. Qu’il s’agisse des uns ou des autres, leur statut est assorti d’un régime de
responsabilité étendue, de même que leurs pouvoirs sont rigoureusement encadrés. Ainsi, en
disposant que « les dépenses ne peuvent être engagées et ordonnancées que dans la limite
des crédits ouverts », l’article 16 alinéa 2 de la loi portant régime financier de l’Etat précitée,
fait expressément interdiction aux ordonnateurs d’engager les dépenses au-delà des crédits
ouverts car si d’aventure ils le faisaient, ils engageraient par ce fait même, leur propre
responsabilité.

Le contexte économique de sous-développement dans lequel le pays se trouve, leur


impose une utilisation parcimonieuse des ressources publiques492. Ces derniers ne peuvent
donc engager une dépense sans crédits disponibles, encore moins modifier irrégulièrement les
affectations de crédits. C’est dire que, si une dépense n’a pas été prévue dans le budget, fut-ce
à titre d’exécution d’une décision de justice, elle ne pourra pas être exécutée par
l’administration, nonobstant son bon vouloir.

Toutefois, il est toujours possible de surmonter les difficultés causées par l’absence ou
l’insuffisance de crédits budgétaires et faire procéder à l’exécution d’une condamnation
pécuniaire prononcée contre l’Etat. Pour y parvenir, on devra compter sur une réelle bonne foi
de l’administration, afin qu’elle mette en application l’article 17 de la loi portant régime
financier de l’Etat, tout au moins si l’on considère que la condamnation en question rentre
dans le cadre des réparations civiles imputables à l’Etat et qu’elle a, ce faisant, un caractère
évaluatif.

491
V. art.18 al.2 (5) de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.
492
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.

171
En effet, après avoir conféré aux réparations civiles un caractère évaluatif, cet article
dispose, en son second alinéa, que « les dépenses auxquelles s’appliquent les crédits
évaluatifs s’imputent, si nécessaire, au-delà de la dotation inscrite »493. Il en est ainsi
également de l’article 53 de ladite loi qui déroge au principe de la spécialité des crédits, en
permettant d’effectuer des virements de crédits de chapitre à chapitre et, à l’intérieur d’un
même chapitre, d’une section à une autre.

En outre, conformément à l’article 19 de la même législation, le gouvernement peut,


lorsqu’il a besoin de crédits non prévus initialement pour l’exécution des décisions de justice,
solliciter du parlement le vote d’une loi de finances rectificative permettant de modifier, en
cours d’exercice, les dispositions de la loi de finances de l’année. Il va sans dire que les lois
de finances rectificatives, encore appelées "collectifs budgétaires", ont cet avantage qu’elles
permettent de corriger ou de modifier en cours d’exercice, le contenu et les options de la loi
de finance initiale, qui n’est qu’un acte prévisionnel et, partant, de procéder à des ajustements
conjoncturels, en vue de l’exécution effective des condamnations pécuniaires prononcées
contre les personnes morales de droit public494. Mais même dans ce cas, il va encore falloir
s’assurer qu’il n’existe pas d’autres contingences pouvant rendre l’exécution souhaitée
matériellement impossible.

PARAGRAPHE II : L’IMPOSSIBILITE MATERIELLE D’EXECUTION

Lorsque le juge de l’excès de pouvoir prononce l’annulation de l’acte administratif


illégal, cette annulation a une portée rétroactive et purgative imposant de considérer que l’acte
annulé, non seulement a été écarté de l’ordonnancement juridique, mais encore qu’il n’y est
jamais véritablement entré. L’acte administratif annulé doit donc disparaître aussi bien pour
l’avenir que pour le passé. Tel est le principe qui s’impose à l’administration.

Cependant, l’effet rétroactif des annulations contentieuses pose tout de même des
difficultés qui vont parfois au-delà de l’entendement humain. En fait, quand bien même
l’administration veut exécuter une décision, elle se trouve confrontée à certaines circonstances
de fait qui ne lui permettent pas toujours de s’acquitter de l’obligation qui lui incombe en tant
que pouvoir agissant de l’Etat. C’est ainsi que certaines contingences, lorsqu’elles se réalisent,
rendent souvent l’exécution des décisions de justice quasiment impossible. Nous évoquerons
ici les éventualités relatives aux problèmes que pose généralement la rétroactivité des
493
V. art.17 al.2 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.
494
CHOUVEL (F.), Finances Publiques, [Link]., P.30.

172
annulations contentieuses (A), ainsi que ceux liés à la spécificité des effets de certaines
annulations (B).

A- Les problèmes posés par la rétroactivité des annulations


contentieuses.

Comme nous venons de le dire, il ne faut pas croire que l’administration est toujours
passive lorsqu’elle est appelée à exécuter une décision de justice. Parfois, bien qu’elle ait
l'intention de respecter le verdict du juge, l'exécution devient presqu’invraisemblable, compte
tenu des raisons d'ordre pratique. En effet, exécuter un jugement ou un arrêt, n'est pas
forcement une tâche facile pour l’administration. Cela veut dire que celle-ci peut se trouver
face à des difficultés qui l’empêchent de tirer toutes les conséquences de la chose jugée.

Il va sans dire que l'exécution de la décision soulève de difficultés insurmontables.


C'est notamment le cas lorsque cette exécution consiste en la remise des choses en l’état, au
regard du caractère rétroactif de l’annulation (1). Par ailleurs, une rédaction très laconique de
la décision peut également constituer un obstacle à son exécution, compte tenu des difficultés
éventuelles qu’éprouvera l’administration pour déterminer avec exactitude l’obligation
concrète qui lui incombe, en exécution de ladite décision. Ce qui posera un réel problème
d’information (2).

1- Le difficile rétablissement du statut quo ante

Toutes les personnes qui ont eu un jour un litige à faire trancher par une juridiction,
sont unanimes sur l’idée qu’une justice efficace est une justice qui décide vite et dont les
décisions sont exécutées. Mais concernant la justice administrative, des auteurs s’accordent
pour dire qu’elle décide lentement et que ses décisions sont parfois mal exécutées495. Parlant
justement de la durée du procès administratif, le Pr. Jean-Louis ATANGANA AMOUGOU
n’a pas manqué de relever que « la décision du juge administratif intervient généralement
avec un retard qui est dû soit à la complexité du dossier, soit simplement à la lenteur de la
procédure »496. Pour sa part, M. Henri OBERDORFF faisait déjà remarquer que « le temps

495
MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative et de quelques moyens d'y
remédier », Pouvoirs, n°46, 1988, P.24.
496
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.252.

173
est l’adversaire le plus redoutable de la personne qui affronte l’administration devant le
juge administratif »497.

En cette matière d’ailleurs, et comme l’affirme Mme Brusil Miranda METOU, « les
lenteurs du juge administratif conduisent habituellement à une ineffectivité de sa
décision »498. C’est ainsi que le retard pris par le juge administratif, pour instruire les affaires
qui lui sont soumises et vider sa saisine, est très souvent à l’origine de l’inexécution des
décisions qu’il rend, lorsqu’il statue sur un différend qui a été soumis à sa censure.

Ainsi, le citoyen qui s'adresse à la justice administrative devra patienter, au total, trois,
quatre, cinq ans, parfois plus, avant que le litige qu'il lui soumet ne soit tranché. On est, en
effet, pas loin d’un profond déni de justice que représente en fait un délai aussi insupportable,
car « une justice aussi longue n’est plus une justice ; c’en est une parodie »499. C’est
fatalement pour cette raison que M. Marcel WALINE a aboutit à la conclusion selon laquelle
« rendre la justice trop tard équivaut pratiquement à ne pas la rendre du tout »500. Dans ces
conditions, il est extrêmement difficile que la décision qui intervient, après l’écoulement d’un
temps considérablement long, puisse être aisément exécutée. Le bilan est d’ailleurs accablant
à cet égard.

A titre illustratif, il n’y a qu’à évoquer, pour s’en convaincre, le cas de l'annulation
d'un permis de construire devenu sans portée, du fait de l'achèvement, entre-temps, de la
construction litigieuse. La situation est identique lorsque l’annulation d'un concours
administratif intervient plusieurs années après l'entrée en fonctions des candidats reçus.
Mêmement, l’annulation d’une mesure de refus d’admission d’un élève en classe, intervenue
après la fin de l’année scolaire considérée, reste sans effet sur la situation de l’enfant.

Il existe, en sus, beaucoup d’autres exemples, qui constituent autant d’hypothèse


rendant difficile, voire impossible, l’exécution des décisions du juge administratif par
l’administration. L’on peut citer la situation d’une entreprise de travaux publics, victime d'une
mauvaise exécution d'un contrat passé avec l'administration, et qui risque de péricliter faute de
l'obtention rapide des indemnités qui lui sont dues. C’est le lieu d’évoquer également le cas

497
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.305.
498
METOU (B. M.), « Vingt ans de contentieux des libertés publiques au Cameroun », Revue Africaine des
Sciences Juridiques (RASJ), FSJP/UY II, Vol.8, N°1, 2011, P.279.
499
GASSIE (M.) cité par LIET-VEAU (G.) in « La justice administrative au ralenti », D., Chr., 1948, PP.133-136.
500
WALINE (M.), cité par OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif,
[Link]., P.137.

174
d’un étudiant irrégulièrement ajourné à un examen et qui ne parvient à faire annuler celui-ci
qu'après un délai considérablement long, tel qu'il sera matériellement impossible de
réorganiser ledit examen.

Par conséquent, la décision rendue dans de telles conditions ne peut procurer qu’une
satisfaction purement platonique aux justiciables qui n’ont plus aucun intérêt à ce qu’elle soit
exécutée. Par delà l’euphorie morale, la décision de justice n’a vraiment plus d’intérêt. Et
quand bien même cet intérêt, aussi minime soit-il, existerait, l’administration se trouverait
dans une impossibilité matérielle d’exécution, en dépit de sa bonne foi avérée. Dans de telles
situations, la jurisprudence501 considère qu’il y a purement et simplement exécution
impossible, en raison du changement des circonstances intervenu dans l’espace de temps qui
s’est écoulé entre la saisine du juge et le prononcé de sa décision.

Conséquemment, l’on peut péremptoirement affirmer que l’exécution des décisions du


juge administratif ne tient pas toujours à une résistance de l’administration condamnée, mais
beaucoup plus à des complexités concrètes. Il s’agit, notamment, de la difficulté intellectuelle
et pratique de l’exécution d’une annulation contentieuse, produisant rétroactivement des effets
sur des situations de droit et de fait constituées depuis plusieurs années, de telle sorte qu’au vu
d’une décision d’annulation, il devient très difficile de pouvoir remonter le passé502. On se
retrouve ainsi dans le cas typique de ce que M. Henri OBERDORFF appelle « la victoire du
fait sur le droit »503 pour essayer de justifier l’impossibilité qu’il y a à reconstituer les
situations passées, compte tenu de l’écoulement du temps et de la survenance de certaines
circonstances.

Le problème que pose la rétroactivité des annulations contentieuses est davantage


accru, si l’on s’en tient à certaines hypothèses particulières, relevant du droit de la fonction
publique. Ainsi, lorsqu’un acte portant nomination d’un fonctionnaire vient à être annulé
après un certains temps, les actes accomplis par ce dernier, entre son installation et la
notification de la décision de justice, sont pour le moins valables et ne peuvent plus être

501
CE, sect. 13 juillet 1965, Ministère des postes et télécommunication, Rec. P.424.
502
GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.), (Sous la direction de…), L’exécution des décisions de justice
administrative, [Link]., P.18.
503
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.303.

175
effacés. Tout au plus, ces actes pourront être considérés comme ayant été pris par un
"fonctionnaire de fait"504.

De même, le temps passé par un agent public dans un poste auquel il a été nommé par
un acte annulé postérieurement, est pris en compte dans le calcul des services effectués. Le
salaire perçu par ledit agent pendant ce temps lui est acquis et aucun remboursement ne
saurait lui être réclamé. Ici, le principe de sécurité juridique restreint les conséquences
rétroactives de la décision, afin d’éviter ce que le Conseil d’Etat belge a décrit dans l’affaire
Tibax en affirmant ce qui suit :

« … En effet, un arrêt du Conseil d’Etat ne peut fonctionner comme une espèce de


« machine à remonter le temps » pouvant recréer un moment passé dans le commerce
juridique et dans les rapports sociaux… Plus particulièrement, un rétablissement intégral
de la légalité pourrait causer bien du préjudice à un nombre de personnes qui ne sont pas
responsables de la perturbation juridique initiale et qui, pour ce motif, ne peuvent pas non
plus dès lors se voir imposer la charge de la faute commise par d’autres… »505.

Comme on peut le constater dans ces cas, l’annulation ne saurait donc


vraisemblablement rétroagir sur le plan pratique et concret. Dans cette occurrence, le
commissaire du gouvernement Raymond ODENT relevait, dans ses conclusions sur l’affaire
VERON-REVILLE, dont la décision a été rendue par le Conseil d’Etat le 27 mai 1949, que
l’anéantissement rétroactif d’un acte illégal est une fiction, dans la mesure où « il
n’appartient à aucune puissance humaine d’empêcher que ce qui a existé ait existé et
d’éviter les inévitables effets qu’ont produit des actes annulés pendant toute la période
précédant leur annulation »506. Comment donc rétablir le statut quo ante et faire comme si
l’acte annulé n’avait jamais existé, au risque de remettre en cause les situations définitives
concrétisées ? Il est indéniable qu’une telle obligation impose une nécessaire conciliation
entre le respect du principe de la légalité et les impératifs du principe de la stabilité des
situations juridiques507. Pour M. Guy BRAIBANT, cet état de chose condamne forcément la

504
Sur la notion de "fonctionnaire de fait", lire BILONG (S.), Mémento de la jurisprudence administrative du
ère
Cameroun, Edition Les clés, Presses Universitaires de Dschang, 1 édition, septembre 2014, P.18. Voir
également CCA, Arrêt n°224 du 27 mars 1953, Dame CIVRA contre Administration du Territoire ; CFJ/AP, Arrêt
du 04 novembre 1965, Dame KIEFFER Marguerite contre Etat du Cameroun.
505
Lire à ce sujet le Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.10.
506
ODENT (R.) cité par BALLALOUD (J.), Le Tribunal Administratif de l’Organisation Internationale du Travail et
sa jurisprudence, Paris, éditions A. PEDONE, Librairie de la Cour d’Appel et de l’ordre des Avocats, 1967, P.107.
507
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Précis de droit administratif, [Link]., P.459.

176
jurisprudence à « osciller constamment entre la logique de la fiction et les exigences de la
réalité »508.

L’effet rétroactif est également anéanti dans l’hypothèse où la décision du juge,


annulant un arrêté plaçant un agent public en position de congé, intervient alors que l’agent
dont s’agit a déjà bénéficié dudit congé. Il n’est donc plus possible de faire marche arrière, en
dépit de l’existence de la décision d’annulation dont l’intérêt n’est plus que théorique. Ainsi,
prenant en compte les conséquences éventuelles d’un règlement nul, envers ses actes
d’exécution subséquents, la plupart des cours administratives ont développé une jurisprudence
destinée à restreindre les effets de leurs décisions dans ces cas-là. Cette situation est sans
doute à l’origine de la réforme observée dans certains Etats, notamment l’Espagne, ou encore
la Belgique, pour ne citer que ces deux nations, dans lesquelles la limitation de la rétroactivité
a été instituée par le parlement, au moyen des dispositions légales spécifiques. Néanmoins,
d’autres pays ont, quant à eux, développé plutôt une jurisprudence en la matière allant dans le
même sens509.

Par ailleurs, pendant longtemps, la doctrine, et même le jurislateur, n’ont semblé ne


s’intéresser qu’aux cas d’éviction provoquée par l’administration, à travers le licenciement ou
la révocation, éludant ainsi les cas d’éviction initié par l’agent pour des raisons qui lui sont
personnelles. En effet, le problème qui se pose ici est relatif à l’annulation d’une démission
illégale, ou plus concrètement l’annulation de l’acte portant acceptation d’une démission
plusieurs mois, voire plusieurs années après que l’agent dont s’agit a quitté le service. Peut-il
légitimement être réintégré et surtout prétendre au rappel de traitement qu’il aurait du
percevoir s’il était resté en fonction ? Nous pensons que non et ceci pour au moins deux
raisons. La première a trait à l’application de l’adage « nul ne peut se prévaloir de sa propre
turpitude », tandis que la seconde découle de la manifestation de son intention non équivoque
de cesser ses fonctions. Là encore, on tend inéluctablement à une réelle impossibilité
d’exécution.

Il ne faut cependant pas se leurrer, car la rétroactivité des décisions du juge


administratif peut avoir un effet retors inestimable. Prosaïquement, est-il réellement possible
de faire comme si un acte, qui en réalité a été appliqué jusqu’à son annulation et, sur la
stabilité duquel beaucoup de personnes avaient compté en toute bonne foi, n’avait produit

508
BRAIBANT (G.), « Remarques sur l’efficacité des annulations du recours pour excès de pouvoir », EDCE,
1961, P.64.
509
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.10.

177
aucun effet ? Assurément non ! Conscient de l’effet boomerang que peut produire une
annulation rétroactive, et par souci de préservation de la stabilité des situations juridiques, le
juge de l’excès de pouvoir s’oppose de plus en plus à ce que l’annulation d’une décision porte
atteinte aux droits acquis des tiers.

C’est ainsi que dans un premier temps, après quelques avancées ponctuelles510 et,
tirant les conséquences de l’annulation d’un acte règlementaire, le juge a édicté, à l’intention
de l’administration, des obligations transitoires en attendant une nouvelle règlementation511.
Franchissant le rubicond par la suite, dans une décision mémorable devenue aujourd’hui très
célèbre, le Conseil d’Etat français a dérogé, à titre exceptionnel, au principe de l’effet
rétroactif sus décrit, en décidant que les effets d'une annulation contentieuse peuvent faire
l'objet d'une modulation dans le temps, ceci dans la fameuse jurisprudence Association AC !
et autres512. Les faits de cette désormais captivante affaire méritent d’être rappelés
sommairement.

L'Association AC !, l'Association Pour l'Emploi, l'Information et la Solidarité des


Chômeurs et Travailleurs Précaires (APEIS) et l'association Mouvement National des
Chômeurs et des Précaires (MNCP), ont présentés 07 requêtes distinctes au secrétariat du
contentieux du Conseil d'Etat. Dans ces actes introductifs d’instance, lesdites associations
sollicitaient du Conseil d'Etat qu’il annule, pour excès de pouvoir, les arrêtés du 05 février
2003 par lesquels le Ministre des Affaires Sociales, du Travail et de la Solidarité a agréé,
d'une part, divers accords se rapportant à la convention du 1er janvier 2001, relative à l'aide au
retour à l'emploi et à l'indemnisation du chômage et, d'autre part, la convention du 1er janvier
2004 relative à l'aide au retour à l'emploi et à l'indemnisation du chômage et son règlement
annexé, ainsi que les annexes à ce règlement et les accords d'application relatifs à cette
convention. Ces requêtes qui présentaient à juger des questions semblables, ont été jointes par
le juge, pour statuer sur elles par une seule et même décision.

Au soutien de leurs actions, les requérantes ont fait valoir, d’une part, que la
consultation du comité supérieur de l'emploi exigée par la loi a eu lieu dans des conditions

510
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.623. Parlant d’avancées ponctuelles, ces auteurs font notamment référence à la
jurisprudence Vassilikiotis du Conseil d’Etat français.
511
AMADIS FRIBOULET, « Le pouvoir d’injonction du juge administratif », commentaire sous l'arrêt CE, Ass., 29
juin 2001, Vassilikiotis, n°213229, Revue générale du droit on line, 2008, numéro 1924
([Link]é[Link]/?p=1924). V. aussi CE, Ass., Vassilikiotis, 29 juin 2001, Rec., P.303.
512
CE, 11 mai 2004, Association AC ! et autres, GAJA, n°117.

178
irrégulières et, d’autre part, que certaines clauses contenues dans les accords agréés étaient
illégales en ce qu’elles méconnaissaient les dispositions législatives en vigueur. Faisant droit à
la demande des susnommées, le juge de l’espèce a démontré, dans un premier temps, que la
consultation du comité supérieur de l'emploi exigée par la loi a eu lieu dans des conditions
irrégulières et dès lors, les arrêtés attaqués se trouvaient, dans leur totalité, entachés
d'illégalité. Puis, dans un second, il a établi que non seulement les signataires des accords
agrées ont méconnu les dispositions législatives, mais aussi, que les stipulations des accords
d'application n°11 aux conventions agrées qui, si elles sont divisibles des stipulations de
celles-ci, forment chacune entre elles un tout indivisible et ne pouvaient donc légalement faire
l'objet d'un agrément.

Contre toute attente, le juge ne s’est pas contenté de prononcer, comme il en a


l’habitude, l’annulation des arrêtés dont le caractère illégal venait pourtant d’être établi par
lui. Allant plus loin, il s’est fondé sur le fait que la disparition rétroactive des dispositions des
arrêtés litigieux entraînerait des conséquences manifestement excessives, eu égard aux intérêts
en présence, pour limiter, dans le temps, les effets de leur annulation. Mais avant d’y
procéder, il n’a pas manqué de poser au préalable le postulat de base, dans un retentissant
« considérant de principe », dont voici la teneur :

« Considérant que l'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet
acte est réputé n'être jamais intervenu ;
Que, toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à
emporter des conséquences manifestement excessives, en raison tant des effets que cet acte
a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur, que de
l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au
juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné
l'ensemble des moyens d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de
l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la
rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre
part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des
justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation ;
Qu'il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier
qu'il soit dérogé à titre exceptionnel au principe de l'effet rétroactif des annulations
contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que, sous
réserve des actions contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le
179
fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son
annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que
l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine ».

Si le juge de l’espèce a voulu innover, c’est qu’il a certainement réussi, en dépassant le


cadre du procès pour s’intéresser à l’exécution de la décision prononcée. En agissant de la
sorte, non seulement il a fait valoir que la fonction du juge ne se limite plus uniquement à la
vision de Montesquieu, qui ne voyait en lui que la bouche qui prononce les paroles de la
loi513, mais aussi, il a démontré qu’il était possible, voire nécessaire, d’obtenir une solution
équitable mais juridiquement fondée514.

Car par cette décision, non seulement il affirme implicitement, mais fermement et en
des termes non équivoques, que la rétroactivité de certaines annulations contentieuses peut
s’avérer impossible pour un certains nombre de raisons, mais il va même au-delà pour s’offrir
la faculté de pouvoir moduler les effets de ses décisions dans le temps, afin de tenir compte
des situations juridiques déjà constituées, en indiquant par exemple la date à laquelle la règle
de droit édictée par lui sera applicable515. Assurément, c’est, nous semble-t-il, une brèche qui
s’ouvre ainsi au juge administratif, qui peut désormais estimer que tout ou partie des effets
antérieurs de l’acte annulé doit être considéré comme définitif et donc valable ou alors
n’annuler ledit acte que pour compter d’une certaine date souverainement indiquée par lui516.

Le fait pour le juge administratif de l’espèce de s’être octroyer un tel pouvoir est
d’autant plus salutaire qu’il se doit désormais de s’en servir, pour corriger les effets de
certaines annulations rétroactives, toutes les fois qu’il se rendra compte, au cours de son
office, que l’exécution de la décision à intervenir coure le risque d’être impossible au regard
des circonstances de l’heure, de l’environnement et même de la conjoncture du moment. Il
convient toutefois de relever qu’une telle modulation, conciliant légalité et sécurité juridique,
n’est admise par le juge administratif français qu’à titre exceptionnel, notamment lorsqu’une
annulation rétroactive aurait des conséquences manifestement excessives pour les intérêts
publics et privés en présence517.

513
MONTESQUIEU, DE l’esprit des lois, livre II, chapitre 6, « De la constitution en Angleterre ».
514
PIASECKI (J.), L’office du juge administratif des référés : Entre mutation et continuité jurisprudentielle, Thèse
de Doctorat en droit public, Université du Sud Toulon-Var, décembre 2008, P.22.
515
FOUGEROUSSE (J.), Le droit administratif en schémas, Paris, Ellipses, 2008, P.266.
516
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.519.
517
Ibid.

180
En tout état de cause, hormis le retard tant décrié qui jette, à la limite, le discrédit sur
les décisions du juge administratif, l’inexécution est parfois due plutôt à un manque
d’information par l’administration.

2- La désinformation de l’administration

L’une des raisons de l’inexécution, par l’administration, des décisions du juge


administratif, réside dans la désinformation de cette dernière, voire dans la complexité des
situations créées par certaines décisions, car « l’inertie administrative ne résulte pas toujours
d’un mauvais vouloir »518. En réalité, si les modalités pratiques de l’exécution d’une décision
se compliquent, c’est parfois en raison du fait que, dans beaucoup de cas, les juges ne les
donnent pas avec précision dans lesdites décisions519, comme cela se doit.

C’est certainement ce qui a fait dire à M. Daniel CHABANOL que les cas
d’inexécution relèvent très souvent de la mauvaise information de l’administration qui, bien
que disposée à s’incliner devant la décision rendue, cherche comment y procéder520. La
pertinence d’une telle affirmation n’est plus à démontrer, ce d’autant plus que l’« ésotérisme
du vocabulaire »521 fait partie des griefs régulièrement relevés contre les décisions du juge
administratif. Cette difficulté a d’ailleurs été relevée par M. Henri OBERDORFF qui
indiquait déjà que « les décisions des juridictions administratives n’apparaissent pas
forcément toujours d’une grande clarté sur la manière même de les exécuter »522.

Les juges sont donc appelés à tenir compte de leur milieu dans l’élaboration des
décisions qu’ils rendent, afin de les rendre intelligibles523. Car en effet, faute de « mode
d'emploi »524, bien des administrations ont des difficultés à exécuter, en toute bonne volonté,
des décisions contentieuses impliquant parfois des conséquences complexes. Très souvent,
l’administration est bien disposée à se soumettre à l’autorité de la chose jugée, mais se trouve
confrontée à un obstacle, consistant en la détermination des obligations qui lui incombent en
application de la décision. Il est donc extrêmement difficile d’exécuter un ordre qui exige,
pour être compris, la solution d’une véritable énigme.

518 ème
COSTA (J.-P.), « L’exécution des décisions juridictionnelles », Revue Administrative, 52 année, numéro
spécial, 1999, P.70.
519
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.309.
520
CHABANOL (D.), Le juge administratif, [Link]., P.98.
521
DOUI WAWAYE (A. J.), La sécurité, la fondation de l'Etat centrafricain …, [Link]., P.294.
522
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.275.
523
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
524
MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative … », [Link]., P.25.

181
Conséquence logique, certaines décisions tardent à être exécutées ou le sont de façon
imparfaite, en raison d’une incompréhension du libellé assez flou des motifs, voire du
dispositif525. Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que l’administration ne s’exécute pas,
étant donné que les décisions du juge administratif comportent parfois certains défauts
appelant des reformes526. Cela dit, l'inexécution peut résulter d'une mauvaise appréciation,
tant par le justiciable que par l'administration, de la portée à donner à la décision
juridictionnelle. Ainsi par exemple, le requérant qui a obtenu l'annulation d'un concours
administratif peut croire qu'il va occuper le poste convoité, alors que l'annulation a été
prononcée sur des motifs formels et ne garantit en rien qu'il aurait été reçu à un concours qu'il
lui faut, en tout état de cause, passer, si cela est encore possible.

Dans d'autres cas, l'administration ignore parfois les mesures qu’il lui incombe de
prendre, dans le dessein de régulariser une situation remise en cause par l'annulation d'une
décision prise parfois plusieurs années auparavant. Tel est notamment le cas lorsqu'il faut
reconstituer la carrière d'un agent. Trop souvent, les décisions d'annulation n'indiquent pas à
l'administration la marche à suivre. On peut donc dire avec M. OBERDORFF que « le
raisonnement juridique théorique, nécessaire à la démarche intellectuelle de tout bon
jugement, n’éclaire pas automatiquement l’administration sur la méthode à suivre pour
l’exécuter »527. Pourtant, les indications du juge, dans l’énoncé de son jugement, relativement
aux obligations de l’administration pour l’exécution, peuvent rendre plus aisée l’exécution de
la décision par la puissance publique.

En France, le caractère souvent énigmatique des décisions du juge administratif a


conduit le législateur à attribuer à la Section du rapport et des études du Conseil d’Etat, un
rôle majeur en matière d’exécution, quoique ce rôle n’intervienne qu’en aval et a posteriori.
Dans ce pays en effet, un décret du 30 juillet 1963 a ouvert aux ministres la possibilité
d’adresser à cette formation des demandes d’éclaircissement.

Pour pallier à cet inconvénient, le juge administratif doit s’ériger en véritable


pédagogue528, afin d’empêcher l’inexécution, ou de diminuer ses risques, en indiquant d’une
manière claire quelles sont les obligations qui peuvent être déduites de sa décision. Il se doit

525
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L’exécution des décisions des juridictions internationales … », [Link]., P.21.
526
CHABANOL (D.), Le juge administratif, [Link]., P.98.
527
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.275.
528
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, Thèse de doctorat en sciences
juridiques, spécialité droit des contentieux, Université Paul Verlaine – Metz, 24 Juin 2009, P.429.

182
donc d’opérer une véritable mue dans le rendu de ses décisions, en passant « du laconisme à
la pédagogie »529, ce qui lui permettra d’éviter à coup sûr les critiques naguère faites, à juste
titre d’ailleurs, et selon lesquelles la rédaction de ses décisions est si laconique qu’elle
entraine des difficultés de compréhension de ce qu’implique l’annulation530. Cette fonction
pédagogique, somme toute très importante dans « le processus de socialisation juridique »531,
peut consister au rappel de la lettre et de l’esprit, aussi bien des textes que des procédures532.

Mais particulièrement en ce qui concerne l’exécution de ses décisions, il s’agit en


effet, pour le juge administratif, de faciliter la tâche de l’administration en lui exposant, par
des motifs beaucoup plus clairs et précis, les conséquences qu’elle devra tirer de l’annulation
intervenue533. C’est ainsi que dans les pays où un pouvoir d’injonction a priori lui est attribué,
le juge peut alors, en vertu dudit pouvoir, et dans une même décision, indiquer à
l’administration, personne morale de droit public ou organisme de droit privé chargé de la
gestion d’un service public, ce qu’elle doit faire pour exécuter correctement ladite décision534.

A ce sujet, l’arrêt Rodière535 est le plus souvent cité en exemple. C’est dire que le juge
de l’excès de pouvoir peut être amené à prodiguer à l’administration quelques conseils, dans
le but de faciliter l’exécution de ses décisions. Le Pr. Jean RIVERO observait d’ailleurs en
son temps que, quelquefois, le juge administratif indique à l’administration ce qu’elle est
tenue de faire, « non de façon impérative dans le dispositif, mais à titre de conseil bénévole
dans les motifs »536.

Pour y parvenir, il se doit de dépasser, voire d’élargir son office, en mettant en place
une jurisprudence de plus en plus explicative et pédagogique, tout en gardant un juste milieu
entre une motivation trop lapidaire et une motivation surabondante537. C’est ainsi qu’une fois
l’acte illégal annulé, il peut définir le cadre dans lequel l’administration devra se situer pour

529
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.620.
530
TUNC (A.), cité par NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif
au Cameroun », [Link]., P.309.
531
OLINGA (A. D.), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », [Link]., P.48.
532
Ibid.
533
BALLALOUD (J.), Le Tribunal Administratif de l’Organisation Internationale du Travail …, [Link]., P.107.
534
SRIWANNAPRUEK (P.), les principes généraux du droit administratif français et thaïlandais, Thèse de
Doctorat en droit public, Université d’Auvergne Clermont-Ferrand 1, décembre 2010, P.201.
535
CE, 26 décembre 1925, Rodière, Rec. CE, P.1065.
536
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours pour excès de pouvoir », Dalloz,
1962, chronique, VI, P.38.
537
PIASECKI (J.), L’office du juge administratif des référés …, [Link]., P.305.

183
exécuter la décision. C’est dans les motifs de sa décision que le juge doit indiquer exactement
à l’administration comment elle peut procéder pour tirer toutes les conséquences de la
décision d’annulation et donc pour s’exécuter correctement538. Une motivation suffisamment
détaillée pourra donc contribuer à un meilleur développement de la justice et, partant, au
renforcement de son efficacité. En mettant donc en pratique ces différentes orientations du
juge, l’administration va se soumettre, sans heurt, à l’autorité de la chose jugée et par
conséquent s’exécuter facilement.

Si les problèmes d'exécution des décisions du juge administratif, dont il ne faut par
ailleurs pas exagérer l'ampleur, ont eu pour mérite d'obliger les praticiens, et surtout le juge
lui-même, à s'interroger sur les suites données à ses décisions, son intervention devrait se
focaliser beaucoup plus sur l'explication que sur la sanction, particulièrement lorsque les
obligations en cause sont d'une grande complexité. Ceci est d’autant plus pertinent qu’en
l’état actuel du droit, et même de l’évolution législative souhaitée, faire de l'inexécution d'une
décision de justice un nouveau contentieux contre l’Etat ne saurait, en définitive, être une voie
d'avenir.

Cependant, il faudra en dernier recours compter sur la bonne foi de l’administration, ce


qui ne met toujours pas l’exécution à l'abri d'un refus. Cette situation ne peut que conforter la
position d’une certaine doctrine qui voient la fonction pédagogue du juge d’un très mauvais
œil car, estime-t-elle, une rédaction particulièrement didactique du jugement ou de l’arrêt,
indiquant soigneusement à l’administration les mesures que comporte l’exécution de la chose
jugée, n’est qu’une forme d’invitation déguisée à obéir539, voire une injonction de faire.

Mais nous ne partageons pas du tout cette façon de voir les choses, compte tenu du fait
qu’au regard de ce que semble révéler l’enseignement de la pratique, plus que dans l'existence
d'un pouvoir d'indication des mesures à prendre, l'important réside certainement dans la clarté
des motifs et de l'argumentation faite par le juge, car un jugement ou un arrêt de haute qualité,
c’est-à-dire clair et dénué de toute ambiguïté, sera incontestablement plus facile à exécuter
pour son destinataire540. Ainsi, en rendant sa décision, le juge doit s’atteler à trouver la
formule convenable et adéquate, afin d’éviter aussi bien l’inexécution que la mauvaise

538
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.236.
539
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », [Link]., P.164.
540
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions européennes (Cour de justice des
Communautés Européennes et Cour Européenne des Droits de l'Homme) », AFDI, volume 52, 2006, P.683.

184
exécution541. Cela ne saurait toutefois constituer une panacée en la matière, dans la mesure où
certaines annulations contentieuses posent toujours des problèmes, non moins importants, du
fait de la spécificité de leurs effets.

B- La spécificité des effets de certaines annulations

Le fait pour la justice administrative de se prononcer dans des délais raisonnables ne


peut que contribuer à assurer l’exécution de ses décisions. Or la pratique juridictionnelle est
tout autre. Car en effet, dans certaines hypothèses, elle est même responsable en partie des
difficultés d’exécution. Les annulations tardives sont souvent dépourvues de toute utilité
réelle et accroissent même les difficultés d’exécution. Il suffit, pour se persuader, d’analyser
les hypothèses dans lesquelles l’exécution de la décision consiste en la réintégration (1) ou la
reconstitution de carrière (2) d’un fonctionnaire dont la révocation a été annulée.

1- L’hypothèse de la réintégration d’un fonctionnaire.

En principe, l’exécution d’une décision d’annulation suppose le retour au statut quo


ante. Autrement dit, les choses doivent être remises en l’état, comme si l’acte annulé n’a
jamais existé. Mais dans la pratique quotidienne, il n’est pas toujours aisé pour
l’administration de se soumettre à de telles exigences, nonobstant son entière disponibilité et
sa bonne volonté à le faire. En raison du principe de la rétroactivité des annulations
contentieuses, l’administration se trouve parfois démunie face à certaines décisions dont
l’exécution lui est quasiment impossible. Par exemple, le fonctionnaire dont la révocation a
été annulée ne pourra plus être réintégré si, entre temps, il a atteint l’âge d’admission à la
retraite. Il en va de même lorsque le poste qu’il occupait a été supprimé ou confié à quelqu’un
d’autre qui se prévaut des droits acquis.

Pareillement, il peut arriver que le fonctionnaire en cause ait, en temps utile, été
recruté dans la fonction publique en une autre qualité ou même qu’il ait embrassé une autre
profession dans le secteur privé. S’il arrive que l’un ou l’autre de ces emplois lui procure plus
de satisfaction que celui duquel il a été illégalement évincé, c’est tout logiquement qu’il
refusera de regagner son emploi précédent. Dans ces conditions, en dépit des dispositions
nécessaires qu’elle aura prise, l’administration ne pourra pas exécuter la décision, compte
tenu du fait qu’elle ne dispose évidemment d’aucun moyen pour contraindre son désormais

541
SRIWANNAPRUEK (P.), les principes généraux du droit administratif français et thaïlandais, [Link]., P.201.

185
ex-agent à regagner son service ; encore que chacun est libre de travailler ou non, le travail
forcé étant interdit dans un Etat de droit.

Il n’est pas superflu d’évoquer également l’hypothèse dans laquelle le fonctionnaire


dont la réintégration a été ordonnée se trouve dans un état ou dans une situation telle qu’il ne
peut plus exercer ses fonctions. Il peut s’agir d’une maladie telle qu’un trouble mental ou
psychique, d’une condamnation à une peine afflictive et infamante, suivie d’une déchéance le
privant ainsi de l’exercice d’un quelconque emploi public. Il peut même arriver que ce
fonctionnaire soit tout simplement, au moment de l’exécution de la décision, privé de sa
liberté et détenu dans un établissement pénitentiaire suite à une condamnation à une peine
d’emprisonnement ferme.

Dans toutes ces hypothèses qui, somme toute sont loin d’être exhaustives, l’exécution
de la décision consistant en la réintégration d’un fonctionnaire illégalement évincé de la
fonction publique s’avère impossible pour l’administration. Parfois, cette impossibilité
ressurgie lorsque l’administration doit reconstituer la carrière d’un agent public.

2- L’éventualité de la reconstitution de carrière

Le principe de la reconstitution de carrière d’un fonctionnaire illégalement évincé de


la fonction publique a été posé en 1925 par le Conseil d’Etat français dans le fameux Arrêt
Rodière542. Pour la première fois en effet, la haute juridiction, dans une motivation on ne peut
plus détaillée, indiquait à l’administration les mesures à prendre en vue de l’exécution de sa
décision, notamment la reconstitution du passé qui s’infère de l’annulation contentieuse, ainsi
qu’on peut y lire dans ce fragment de ladite décision :

« Considérant (…) qu’à la suite de décisions prononçant l’annulation de


nominations, promotions, mises à la retraite, révocations de fonctionnaires,
l’Administration qui, pendant toute la durée de l’instruction du pourvoi a pu accorder des
avancements successifs aux fonctionnaires irrégulièrement nommés, ou a pourvu au
remplacement des agents irrégulièrement privés de leur emploi, doit pouvoir réviser la
situation de ces fonctionnaires et agents pour la période qui a suivi les actes annulés.
Qu’elle est tenue de restituer l’avancement à l’ancienneté dans les conditions
prévues par les règlements ;

542
CE, 26 décembre 1925, Rodière, Rec. CE, P.1065.

186
Que, pour l’avancement au choix, elle doit pouvoir procurer aux intéressés, en
remplacement d’avancements entachés d’illégalité, un avancement compatible tant avec la
chose jugée par le conseil qu’avec les autres droits individuels ;
Qu’il incombe en effet au ministre de rechercher les moyens d’assurer à chaque
fonctionnaire placé sous son autorité la continuité de sa carrière avec le développement
normal qu’elle comporte et les chances d’avancement sur lesquelles, dans ses rapports avec
les autres fonctionnaires, il peut légitimement compter d’après la réglementation en
vigueur ;
Qu’il appartient à l’Administration de procéder à un examen d’ensemble de la
situation du personnel touché, directement ou indirectement, par l’arrêt du Conseil d’Etat,
et de prononcer dans les formes régulières et sous le contrôle dudit conseil, statuant au
contentieux, tous reclassements utiles pour reconstituer la carrière du fonctionnaire dans
les conditions où elle peut être réputée avoir dû normalement se poursuivre si aucune
irrégularité n’avait été commise ».

Aussi intelligible qu’il puisse paraitre, ce principe soulève néanmoins quelques


difficultés d’ordre pratique, relativement à sa mise en application. C’est ainsi qu’en cas de
reconstitution de carrière d’un fonctionnaire illégalement évincé, celui-ci n’a de droit à
retrouver son poste d’origine que si ce poste n’a pas été, entre temps, attribué à un tiers par
une décision devenue définitive. Dans le cas contraire, si un tiers a été nommé à ce poste par
une décision devenue définitive, le fonctionnaire illégalement évincé n’a que le droit d’être
nommé dans un poste équivalent, il ne peut prétendre qu’à un emploi de son grade dans son
cadre543.

La reconstitution de carrière implique également que la rémunération que le


fonctionnaire aurait du percevoir, s’il était resté en fonction, lui soit entièrement reversée, tout
au moins si l’on applique rigoureusement le principe de la rétroactivité des annulations
contentieuses. Mais en vertu de la règle du service fait qui gouverne la gestion des finances
publiques, il ne peut prétendre qu’à une indemnité et non au paiement intégral de son
salaire544. C’est du reste ce qu’a décidé le juge administratif camerounais dans l’affaire ayant
opposé BISSIONGOL Boniface à l’Etat du Cameroun Oriental545.

543
CE, sect. 16 octobre 1959, Guille, Rec. P. 516.
544
AMSELEK (P.), « Une institution financière en clair-obscur : la règle du service fait », [Link]., P.438.
545
CFJ/CAY, Arrêt n°122/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, BISSIONGOL Boniface contre Etat du Cameroun
Oriental.

187
En l’espèce, sieur BISSIONGOL Boniface, précédemment instituteur- Adjoint
stagiaire, avait introduit un recours tendant à l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté
n°185-SECRE-ENS du 21 juin 1968 portant son exclusion de l'Ecole Normale de Pitoa. Dans
la même requête, il sollicitait également sa réintégration dans ses fonctions d’Instituteur-
Adjoint stagiaire, et le paiement de sa rémunération du 13 mars 1968 au 31 juin 1969, ainsi
que le versement de son pécule de 45% de l’allocation afférente à l’indice 180.

A l’appui de son action, il prétendait avoir été abusivement exclu de l’Ecole Normale
d’Instituteurs de Pitoa, par arrêté n°185 du secrétaire d’Etat à l’enseignement du Cameroun
Oriental, sans qu’il ait eu à fournir ses explications et sans que l’avis du conseil de discipline
prévu par l’article 31 du décret n°66-22-COR du 20 janvier 1966 portant organisation des
Ecoles Normales ait été recueilli. Ayant reçu notification dudit arrêté, il a introduit un recours
gracieux auprès de premier Ministre du Cameroun Oriental le 07 février 1969, lequel a été
rejeté par lettre du 28 mars 1969. C’est sur ces entrefaites qu’il a donc décidé d’introduire un
recours contentieux aux susdites fins. Après avoir déclaré l’arrêté querellé illégal, le juge s’est
ensuite penché sur les conséquences découlant de son annulation en ces termes :

« Considérant que lorsqu’un acte est annulé pour vice de forme, l’administration
compétente a la faculté de le refaire en observant la procédure régulière ; qu’en réalité
l’acte refait est un acte nouveau, l'acte annulé étant présumé n'avoir jamais existé ; que dès
lors l'acte refait ne peut rétroagir à la date de l'acte annulé ;
Considérant qu’avant de refaire l'acte dans des conditions régulières,
l’administration procède à l'annulation de l'acte primitif ; qu'ainsi, avant de prendre une
nouvelle sanction contre l'agent public, elle doit d'abord procéder à la réintégration de
l'intéressé ;
Qu’il s'en suit que la demande de réintégration du sieur BISSIONGOL est bien
fondée ;
Considérant que le demandeur a sollicité le paiement de sa rémunération pour la
période du 13 mars 1968 au 30 juin 1969 ;
Mais considérant qu’en l’absence de service fait ou d’activité effective, le requérant
qui, durant la période litigieuse, était absent de l’Ecole Normale de Pitoa, n’est pas fondé,
malgré l’annulation, par la Chambre Administrative de céans, de l’arrêté qui avait
prononcé son exclusion, à réclamer la rémunération qu’il aurait perçu s’il avait été
maintenu dans ses fonctions d’élève-maître à l’école normale de Pitoa ;

188
Qu’il peut seulement prétendre, compte tenu de toutes les circonstances de la cause,
et notamment de la nature de l’illégalité qui entachait la mesure annulée, à la réparation
du préjudice qu’il a subi du fait de la sanction prise à son égard dans des circonstances
irrégulières ;
Considérant qu’il sera fait juste appréciation des circonstances de l’affaire en fixant
à 25% par mois de la rémunération afférente à l’indice 180, l’indemnité due au sieur
BISSIONGOL pour la période envisagée du 13 mars 1968 au 30 juin 1969 ».

Le problème que peut soulever l’obligation de la reconstitution de carrière d’un agent


illégalement évincé de la fonction publique s’avère plus complexe qu’on ne le pense. L’idée
de base est qu’un fonctionnaire peut évoluer dans sa carrière, soit en bénéficiant
d’avancements au choix ou d’une bonification en raison de sa bonne manière de servir, soit
par la réussite à un concours professionnel. Partant de là, il est dès lors difficile de pouvoir
déterminer avec exactitude si le fonctionnaire qui a cessé de travailler pendant longtemps
aurait pu, s’il était resté en fonction, réussir à un concours professionnel ou alors bénéficier
d’un avancement au choix ou d’un avancement d’échelon. Se trouvant ainsi dans
l’impossibilité de le faire, l’administration, qui est pourtant tenue d’exécuter la décision
d’annulation, ne pourra donc à la limite procéder qu’à une reconstitution fictive de la carrière
de l’agent en cause, ce d’autant plus qu’il n’est d’ailleurs pas exclu qu’en restant en fonction,
il se serait plutôt vu infliger des sanctions disciplinaire allant jusqu’à l’abaissement de grade
ou d’échelon.

Quoiqu’il en soit, les décisions du juge administratif créent fatalement des obligations
qui s’imposent à l’administration active. Les effets desdites décisions, s’étendent aussi bien
dans le temps que dans l’espace, et contraignent les autorités administratives à prendre les
mesures nécessaires en vue d’assurer leur bonne exécution. Il est certes vrai que cette
exécution peut varier selon qu’on se situe dans une hypothèse d’école, et donc théorique, ou
dans la pratique. En considérant que l’exécution de la chose jugée, par l’administration, est
réellement effectuée lorsque celle-ci a correctement rempli ses obligations, on ne doit tout de
même pas ignorer le fait qu’il n’est pas toujours aisé pour l’administration de savoir ce qu’elle
doit exactement faire. Parfois, elle n’arrive pas effectivement à tirer les conséquences d’une

189
annulation contentieuse, ce d’autant plus que la rétroactivité des annulations contentieuses
n’est pas un principe a priori facile à manier546.

En tout état de cause, l’obligation qui incombe à l’administration d’exécuter les


décisions rendues par le juge administratif constitue le credo central du principe de l’autorité
de la chose jugée. Cette obligation n’est toutefois ni générale ni absolue, compte tenu du fait
que la bonne volonté de la puissance publique se heurte quelquefois à des impossibilités
matérielles d’exécution. Elle a ses règles spéciales qui riment avec l’éclosion d’un lacis de
limites ayant pour objectif, tout au moins implicite, de dispenser l’administration du strict
respect de la chose jugée contre son gré.

SECTION 2 : LE DEVELOPPEMENT DES IMMUNITES


D’EXECUTION

Il peut paraître surprenant de parler de justice administrative en lui accolant le


problème de l’inexécution des décisions de justice, étant donné que la notion de justice
administrative à elle seule implique, non seulement, l’effectivité du contrôle de l’action
administrative par le juge, mais également le respect, par l’administration, de toutes les
décisions rendues, fussent-elles contre elle. Si tel devrait en principe être le cas, force est de
reconnaître qu’il n’en est pas ainsi en toute circonstance car il est dans la nature humaine des
choses, que l’administration ne se prête pas toujours, de bonne grâce, à l’exécution des
décisions de justice547. Elle fait souvent preuve de mauvaise volonté, voire d’une certaine
inertie dans l’exécution des décisions juridictionnelles.

Malheureusement, contre cette résistance ou plutôt cette passivité, le juge administratif


reste désarmé et impuissant face aux immunités dont bénéficie la puissance publique 548. C’est
sans doute ce qui a fait dire à certains auteurs que les décisions rendues contre les personnes
morales de droit public ont un caractère purement déclaratoire549, même si cette nature
déclaratoire ne saurait remettre en cause l'existence d'obligations incombant à ces plaideuses

546
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.311.
547
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », REMALD, n° 25,
1998, P.9.
548
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.170.
549
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions européennes … », [Link]., P.680.

190
au titre de l'exécution550. Sans doute ont-ils voulu simplement mettre en évidence l’absence de
procédés contraignants à l’égard de l’administration.

Quoi qu’il en soit, l’exécution des décisions du juge administratif est davantage rendue
difficile du fait de la restriction de ses pouvoirs, au regard de l’interdiction qui lui est faite de
s’immiscer dans l’action administrative (paragraphe I). Aussi, l’inexistence des voies
d’exécution forcée contre l’administration ne favorise pas, non plus, cette exécution
(paragraphe II).

Paragraphe I : La restriction des pouvoirs du juge administratif : Le


principe de l’interdiction faite au juge de s’immiscer dans l’action
administrative.

En plus des griefs déjà fait à la juridiction administrative, lesquels feraient partie des
causes de l'inexécution totale ou partielle de ses décisions, il existe d’autres facteurs allant
dans le même sens, à l’instar de la relative impuissance du juge administratif face à une
administration qui ferait preuve de mauvaise volonté551. En France par exemple, le Conseil
d’Etat, craignant de ne pas être obéit, et s’autolimitant, au nom d’une certaine conception de
la séparation entre l’administration active et la juridiction administrative, refusait
délibérément d’adresser des injonctions à celle-là, y compris pour assurer l’exécution de ses
propres décisions, et a fortiori sous astreinte552. S’il est vrai que la situation a aujourd’hui
beaucoup évolué dans ce pays, tel n’est pas encore le cas au Cameroun.

En effet, le juge administratif camerounais, face au refus de l'administration d’exécuter


la chose jugée, ne dispose pas de moyens de pression efficaces. Ses pouvoirs sont limités
parce qu’il lui est strictement interdit de s’immiscer dans l’action administrative. Ce principe,
longtemps affirmé (A), connait néanmoins quelques atténuations (B).

A- L’affirmation du principe

Dans l’exécution de ses missions, l’administration publique reste souveraine, ce qui


signifie que le juge administratif ne doit, sous aucun prétexte, outrepasser les limites de sa
compétence, pour empiéter sur celle de l’administration active. parlant de la portée de ce

550
Idem, P.683.
551
MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative … », [Link]., P.26.
552
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.522.

191
principe, relativement au pouvoir du juge administratif, le Pr. Jean RIVERO souligne qu’« il
ne lui est pas permis d’imposer à l’administration une obligation de faire, ni à plus forte
raison, de substituer sa décision à celle qu’il a censurée ; même dans le plein contentieux, il
ne peut la condamner qu’à payer ; dans le contentieux de l’excès de pouvoir, il lui est
interdit d’aller au-delà de la pure et simple annulation de l’acte »553.

Cette interdiction constitue le fondement du principe de la séparation entre ces deux


entités étatiques. Il est plutôt important que soit recherché un équilibre, de sorte qu’aucune
d’elles ne soit subordonnée à l’autre. Il s’ensuit donc que finalement, le juge administratif a
pour mission d’encadrer l’action de l’administration, sans qu’il lui soit permis d’aller au-delà
pour s’immiscer dans le fonctionnement de celle-ci554. Par conséquent, il lui est interdit
d’intimer des ordres à l’administration (1), encore moins de se substituer à elle (2).

1- La défense faite au juge d’intimer des ordres à l’administration

Sous le règne de la justice retenue555, l’interdiction pour le juge administratif de faire


acte d’administrateur avait, entre autre fondement, le principe de la séparation des pouvoirs556.
A en croire le Pr. Jean RIVERO, il serait inutile de rechercher le texte juridique ayant édicté
une telle interdiction. Selon lui en effet, « il n’est pas besoin d’un texte lorsque la nature des
choses commande ; et la nature des choses veut que la fonction de juger soit, au sein de
l’exécutif, distincte de celle d’agir »557.

Mais au Cameroun, l’interdiction dont s’agit est textuellement consacrée. C’est en


effet l’article 126 du Code Pénal précité, qui pose ce principe en punissant d’un
emprisonnement de six mois à cinq ans, « le magistrat qui intime des ordres ou des défenses
à des autorités exécutives ou administratives »558. Interprétant cette disposition, la doctrine
publiciste a affirmé, sans ambages, que « le juge ne peut donner ni ordre ni injonction à
l’autorité administrative »559. Ce texte a une incidence certaine, et non moins importante, sur
l’aspect contentieux, dans la mesure où il limite considérablement les pouvoirs du juge
administratif face à l’administration560, ce qui constitue, par conséquent, une grave atteinte à

553
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.37.
554
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.14.
555
Sur la notion de "justice retenue", lire AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public …, [Link]., P.321.
556
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, [Link]., P.396.
557
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.37.
558
V. article 126 (b) du Code Pénal camerounais précité.
559
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.369.
560
METOU (B. M.), « Vingt ans de contentieux des libertés publiques au Cameroun », [Link]., P.279.

192
son indépendance. Dans de telles conditions, la sanction du juge à l’encontre de
l’administration devient quasiment illusoire561.

Cette consécration n’est cependant pas seulement textuelle, puisque la jurisprudence


administrative camerounaise, quant à elle, est suffisamment claire là-dessus. C’est ainsi que
dans l’affaire MBOUMOUA KANGUE contre Administration du territoire562, le juge
administratif de l’espèce a saisi l’occasion pour réaffirmer, à son tour, cette interdiction. Il
disait alors : « Considérant que le conseil est compétent seulement en ce qui concerne la
première conclusion mais qu’il n’a aucun pouvoir de donner des ordres à l’Administration,
et notamment de prononcer l’intégration du sieur MBOUMOUA KANGUE dans le cadre
des douanes ». De même, dans l’affaire ayant opposé Mme MANTO NGOUESSE à l’Etat du
Cameroun563, il a refusé de sommer l’administration d’immatriculer un terrain au profit de la
requérante.

Une telle position a également été réitérée par le juge administratif dans le litige ayant
opposée sieur David NJIMI BORNO à l’Etat du Cameroun564. En l’espèce, le requérant avait
introduit auprès de la Chambre Administrative de la Cour Suprême, un recours tendant à ce
qu’elle ordonne au Ministre de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative de lui
délivrer, dans les brefs délais, l’arrêté de mise à la retraite. Appelé à statuer, le juge dit :
« Attendu qu’en l’espèce, l’action du recourant tend à faire donner les injonctions à
l’administration, en violation du principe de la séparation des pouvoirs entre le pouvoir
judiciaire et l’administration ». Par cette décision, le juge administratif camerounais a
affirmé implicitement, mais surtout fermement, qu’il ne peut, sans outrepasser les limites de
sa compétence matérielle, intimer des ordres à l’administration qui, elle, relève d’un autre
pouvoir dans l’Etat.

Une telle prohibition tient certainement au fait qu’en laissant le juge s’autoriser à
adresser des ordres à l’administration, celle-ci perdra inéluctablement la liberté de ses
initiatives, et sera alors obligée d’obéir sans tenir compte des considérations d’opportunité, de
temps, de lieu dont elle est pourtant la seule à pouvoir apprécier. Déjà en 1962, le Pr. Jean
RIVERO se demandait « où irions-nous si le juge administratif tirait, de l’annulation, les

561
POUGOUE (P. G.), cité par METOU (B. M.), « Vingt ans de contentieux des libertés publiques au
Cameroun », [Link]., P.279.
562
CCA, Arrêt n° 66/CCA du 25 septembre 1951, MBOUMOUA KANGUE contre Administration du Territoire.
563
CS/CA, Jugement n° 30/CS/CA du 07 août 1986, MANTO NGOUESSE contre Etat du Cameroun.
564
CS/CA, jugement n°185/2010/CA/CS du 22 février 2010, DAVID NJIMI BORNO contre Etat du Cameroun.

193
conséquences nécessaires, dictait à l’administration la conduite à tenir pour rétablir le
droit »565. Mais à la question de savoir si, en donnant des ordres à l’administration, le juge fait
acte d’administrateur, M. Franck MODERNE, dont nous partageons d’ailleurs l’opinion,
répond par la négative566. En effet, l’administration étant une personne morale et par
conséquent une fiction juridique, elle ne peut agir que par le biais de personnes physiques
interposés que sont les autorités exécutives et administratives. C’est dire qu’interdire au juge
d’intimer des ordres à ces autorités revient en réalité à lui interdire de donner des ordres à
l’administration qui est pourtant un justiciable régulier et à part entière de son prétoire.

Bien plus, le Code Pénal camerounais qui consacre cette interdiction est lui-même
contredit par des textes ultérieurs. Il parle simplement de "magistrat", ce qui renvoi forcément
à tous les magistrats en service dans les différents ordres de juridiction. Pourtant, en adoptant
l’article 3 alinéa 2 de la loi n°2006/022 précitée567, lequel dispose en substance que les
tribunaux de droit commun connaissent des emprises et des voies de fait administratives et
ordonnent toutes mesures pour qu’il y soit mis fin, le législateur a, de la sorte, conféré au juge
judiciaire le pouvoir d’intimer des ordres aux autorités exécutives et administratives. Mais
certains auteurs n’y voient en cela qu’une simple exception au principe interdisant au juge
d’adresser des injonctions à l’administration568.

En outre, il ressort également des dispositions de l’article 27 de ladite loi que dans les
cas d’urgence, le président du Tribunal Administratif ou le magistrat qu’il délègue peut
ordonner, en référé, toutes les mesures utiles, sans faire préjudice au principal. Par ailleurs,
l’article 30 alinéa 2 du même texte dispose en substance que le président du Tribunal
Administratif peut ordonner le sursis à exécution d’un acte administratif, lorsque son
exécution est de nature à causer un préjudice irréparable. A l’analyse, toutes ces dispositions
constituent, à n’en point douter, une possibilité offerte au juge administratif d’intimer des
ordres à l’administration, ce qui remet manifestement au goût du jour, les incongruités de la
loi portant Code Pénal, laquelle mérite fatalement une cure de jouvence telle que cela a déjà
été proposé569.

565
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.37.
566
MODERNE (F.), « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-elle ? », RFDA, 1990, P.800.
567
Il s’agit bien de la loi portant organisation et fonctionnement des Tribunaux Administratifs.
568
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public : Droit Constitutionnel, Libertés Publiques…, [Link]., P.343.
569
ECHEMOT (L.), Mémoire de fin de stage juridictionnel effectué dans le ressort de la Cour d’Appel du Littoral
(Douala) du 12 mars 2012 au 11 janvier 2013, ENAM, Division Judiciaire, Section Magistrature, 2010-2012, P.96.

194
Il est indéniable qu’une décision de justice n’est rien d’autre qu’un ordre donné par le
juge à un plaideur, de faire ou de s’abstenir de faire quelque chose, afin de préserver les droits
d’une autre partie au procès ou même ceux des tiers. Dans cette occurrence, le juge qui ne
peut donner des ordres à un plaideur doit cesser d’être juge puisque dans de telles situations, il
se trouve dépourvu du pouvoir de décision dont l’usage constitue la condition sine qua none
de son office. Cette situation amoindrit et limite même la portée de ses décisions, ce d’autant
plus qu’il ne peut par ailleurs se substituer à l’administration en cas de mauvais vouloir de
cette dernière.

2- La négation du pouvoir de substitution au juge

En raison du principe de la séparation de l'administration active et des fonctions


juridictionnelles, le juge ne peut se substituer à l'administration. Il lui est interdit de faire autre
chose que la simple annulation de l’acte qui est déféré devant lui570. L’indépendance de
l’administration vis-à-vis du juge interdit à celui-ci de prononcer des condamnations visant à
contraindre ladite administration à agir dans un sens bien déterminé.

Vu sous cet angle, il ne peut, lorsqu’il est appelé à statuer sur un recours en
annulation, se substituer à l’administration pour prononcer lui-même la décision régulière en
remplacement de celle qu’il a annulé571. Une telle interdiction trouve sa justification dans
l’absence d’un pouvoir hiérarchique entre l’administration et son juge572. Aussi, lui est-il
interdit de faire acte d’administrateur en vertu dudit principe. En effet, ne disposant pas d’un
pouvoir hiérarchique sur l’administration, le juge ne peut se substituer à l’autorité
administrative pour réformer un acte pris par cette dernière, encore moins pour en prendre un
à sa place573. Tout au long de son office, il est tenu de se cantonner à dire le droit et à trancher
les litiges dont il est saisi, sans jamais interférer dans les attributions étrangères à sa
compétence. De ce fait, il ne peut donc s’immiscer dans une fonction qui n’est pas la sienne
pour prétendre agir en lieu et place des autorités normalement compétentes.

Cette prohibition peut trouver sa justification dans le fait que la spécificité des
fonctions des différents ordres de juridiction implique également que l'activité des juges se
limite à la fonction juridictionnelle, car si une juridiction devait, en plus, exercer des fonctions
extra juridictionnelles, elle remplirait alors forcément une activité qui ne se distingue pas de

570
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, [Link]., P.305.
571
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, [Link]., P.449.
572
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.233.
573
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, [Link]., P.196.

195
celle des autres organes de l'Etat, une fonction qui ne serait plus spécifique aux juridictions. Il
est donc défendu aux juridictions de remplir, même partiellement, des fonctions législative,
gouvernementale ou administrative. Pour tout dire, suite à une annulation qu’il a prononcée,
le juge administratif ne peut donc faire un acte juridique que l'administration a refusé de
prendre, par exemple édicter une réglementation, délivrer une autorisation, un récépissé de
déclaration d'association, une permission de voirie... Son pouvoir est limité à l'annulation de
la décision de refus illégale qui lui a été déférée et c'est à l'administration, saisie à nouveau de
plein droit de la demande, qu'il appartient d'en tirer les conséquences.

Par conséquent, lorsqu’il a annulé une mesure illégale, il se doit de laisser à


l’administration le soin d’agir pour rétablir le statut quo ante, au risque de violer le principe
sus évoqué. Et quand il rend plutôt une décision condamnant l’administration à une obligation
de faire, il doit également se garder de prendre les devant et permettre plutôt à celle-ci de faire
ce qui lui a été prescrit dans la décision. En vertu de cette interdiction, le juge administratif ne
peut, tout au plus, que prononcer l’annulation d’une décision administrative irrégulière, sans
pouvoir y substituer sa propre décision. Plus simplement, « il reste juge ; il ne se fait pas
administrateur »574. A titre illustratif, lorsqu’il annule, pour illégalité, l’acte par lequel une
autorité administrative a refusé d’accorder une autorisation à un administré ou une permission
à un agent public, son office se limite à cette annulation sans qu’il ne puisse accorder lui-
même l’autorisation ou la permission en question. Tout au plus peut-il se permettre de
renvoyer l’intéressé devant l’autorité compétente afin qu’elle puisse donner satisfaction au
requérant.

Dans l’affaire ONAMBELE Germain contre Etat du Cameroun575, le juge


administratif camerounais a saisi l’occasion pour rappeler qu’il lui est formellement interdit
de se substituer à l’administration. En l’espèce, sieur ONAMBELE Germain, inspecteur de la
jeunesse et des sports, avait introduit un recours tendant à faire ordonner, par la Chambre
Administrative de la Cour Suprême, le mandatement de son traitement pendant la période de
sa détention. Au soutien de son action, il a exposé que sur plainte du ministre de la jeunesse et
des sports, il fut inculpé de détournement de deniers publics et placé sous mandat de dépôt le
08 mars 1977. Il a ainsi été détenu jusqu’au 10 avril 1979, date à laquelle la Cour d’Appel de
Yaoundé a rendu un arrêt annulant la procédure suivie contre lui et tous les actes subséquents,
y compris le mandat de dépôt.

574
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, [Link]., P.218.
575
CS/CA, jugement n°87/82-83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain contre Etat du Cameroun.

196
Il a ajouté qu’entre temps, par décision n°30/MFP/DP/SDAC/D/1 du 27 janvier 1978
notamment, le ministre de la fonction publique constatait sa cessation temporaire de service
pour compter du 08 mars 1977, date de son placement sous mandat de dépôt. Mais après sa
libération, par une autre décision n°654/D/MFP/DR/SDAC/D/1du 03 août 1979 émanant de la
même autorité, celle du 27 janvier 1978 fut abrogée. Il a poursuivi en disant que l’article 2 de
la décision du 03 août 1979 indiquait qu’il ne devait être repris en solde que pour compter du
10 avril 1979 au lieu du 08 mars 1977. Se sentant ainsi lésé, il avait, par requête du 19
novembre 1981, sollicité du ministre de la fonction publique la modification de ladite
disposition mais sa requête fut rejetée par lettre du 12 décembre 1981.

Après avoir relevé que le requérant fondait sa réclamation sur l’arrêt rendu le 10 avril
1979 par la Cour d’Appel de Yaoundé, lequel, en annulant la procédure d’information
engagée contre lui, ainsi que tous les actes subséquents, y compris le mandat de dépôt,
justifiait sa revendication, le juge dit pertinemment :

« Attendu qu’il convient de prime abord, de rappeler que le juge de l’excès de


pouvoir, lorsqu’il est saisi, se contente de constater l’illégalité de l’acte qui lui est déféré et
prononce son annulation ;
Qu’il ne peut, ni se substituer à l’administration pour prendre à sa place un acte
régulier, ni réformer l’acte de manière à le rendre légal… ».

Cette position a été réitérée neuf (09) ans plus tard, dans l’affaire qui, en 1992,
opposait sieur NGAMY Emmanuel à l’Etat du Cameroun, pris en la personne du Ministère du
Travail et de la Prévoyance Sociale. Ici en effet, le juge décidait alors : « Attendu que le juge
de l’excès de pouvoir ne saurait sans excéder son pouvoir, se substituer à l’administration
pour faire ce que celle-ci aurait dû faire (…) » 576.

Si d’aventure il était permis au juge administratif de se substituer à l’administration


pour édicter des actes à sa place, quelle serait la nature desdits actes ? Certains auteurs, à
l’instar de M. Gaston JEZE, pensent que tout milite en faveur de la nature administrative de
cette décision. Ce dernier évoque, comme argument, le fait qu’en se substituant à l’autorité
administrative normalement compétente, le juge fait exactement ce qu’avait à faire cette

576
CS/CA, jugement n°02/92-93/CS/CA du 31 décembre 1992, NGAMY Emmanuel contre Etat du Cameroun
(MTPS).

197
autorité577. Une telle opinion, que nous ne partageons cependant pas, méritent tout de même
quelques observations.

En effet, si l’on s’en tient à la définition donnée par le juge administratif dans l’affaire
NGONGANG NJANKE Martin, on dira que la décision émanant du juge n’est pas un acte
administratif dans la mesure où ce dernier ne saurait avoir la qualité d’autorité administrative
lorsqu’il tranche un litige578. De même, en se référant aux critères d’identification des actes
administratifs unilatéraux, tels que dégagés par le juge administratif camerounais dans
l’affaire Association "Le tabernacle des aigles"579, on pourrait davantage remettre en cause
cette pensée, ce d’autant plus que ledit acte, quoi que décisoire, n’aura pas été pris par
l’autorité habilitée à le faire. Nous ne sommes non plus favorables à l’idée selon laquelle la
décision prise par le juge en tant qu’administrateur a un caractère mixte, eu égard au fait
qu’elle « n’est ni complètement administrative ni complètement juridictionnelle »580.

Pour nous en effet, la décision prise par le juge dans ces conditions ne peut être que
juridictionnelle. Et pour cause, toute décision rendue par le juge dans le cadre d’un procès, et
après une analyse minutieuse des prétentions et arguments des parties, est un acte
juridictionnel en vertu duquel il tranche définitivement le litige qui lui a été soumis. Dès lors,
les seules voies de recours ouvertes contre ladite décision sont l’appel et le pourvoi en
cassation ; ce qui n’est pas le cas en ce qui concerne les actes administratifs. Par ailleurs, il est
unanimement admis en droit administratif que les actes édictés par une autorité administrative
peuvent être déférés à la censure de l’autorité supérieure, laquelle peut, à l’occasion de
l’exercice de son pouvoir hiérarchique, les annuler ou les réformer. Or une décision rendue
par le juge ne peut en aucun cas être soumise à l’appréciation de son supérieur hiérarchique ;
le seul moyen de la remettre en cause n’étant que l’exercice des voies de recours sus

577
JEZE (G.), « L’acte juridictionnel et la classification des recours contentieux », RDP, 1909, P.686.
578
CFJ/AP, Arrêt n°20/CFJ/AP du 20 mars 1968, NGONGANG NJANKE Martin contre Etat du Cameroun. Dans
cette décision en effet, le juge administratif a, pour la première fois, défini l’acte administratif unilatéral en
décidant que « l’acte administratif est un acte juridique unilatéral, pris par une autorité administrative, dans
l’exercice d’un pouvoir administratif, et créant des droits et des obligations pour les particuliers ».
579
CS/CA, jugement n°38/04-05 du 29 décembre 2004, Association "Le tabernacle des aigles" contre Etat du
Cameroun (MINATD). A propos de ces critères, le juge parle plutôt des conditions de forme et de fond.
S’agissant des conditions de forme, il faut notamment que l’acte soit pris unilatéralement par l’autorité habilité
à le faire. En ce qui concerne les conditions matérielles ou de fond, il faut notamment que l’acte soit décisoire,
à savoir qu’il porte atteinte aux droits et intérêts légaux du recourant.
580
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, [Link]., P.344.

198
indiquées, encore que sur le plan fonctionnel, le juge n’a pas de supérieur hiérarchique
pouvant lui intimer des ordres, car il ne décide que d’après la loi et sa conscience581.

Au demeurant, le principe de l’interdiction faite au juge administratif de s’immiscer


dans l’action administrative n’est pas absolu. D’ailleurs, M. Jacques BALLALOUD a même
eu à affirmer que dans les systèmes de droit administratif autonome, l’interdiction faite au
juge d’intimer des ordres à l’administration « résulte moins du principe de séparation des
pouvoirs que d’un affaiblissement historique du pouvoir judiciaire »582. Il a en outre ajouté
que les systèmes anglo-saxons, qui sont théoriquement moins éloignés du principe de la
séparation des pouvoirs, ne confèrent pas de pareilles restrictions à l’autorité judiciaire qui
peut ainsi se substituer à l’administration583. Les domaines dans lesquels le juge peut faire
acte d'administrateur existent bel et bien, quoi que relativement limités, surtout qu’il n'y fait
qu'un usage très prudent de ses pouvoirs584. Les principales exceptions concernent le
contentieux fiscal et électoral, domaines très spécifiques où le juge administratif s’impose,
depuis longtemps, en véritable administrateur, ce qui permet la bonne exécution de ses
décisions.

B- La relativité du principe interdisant au juge de faire acte


d’administrateur.

Le problème des rapports entre le pouvoir judiciaire, chargé de trancher les litiges, et
le pouvoir exécutif, chargé d’appliquer et de faire respecter les décisions rendues par le juge,
s’est toujours posé dans des termes analogues. Ou bien le juge l’emportera sur le pouvoir
exécutif et on assistera à un "gouvernement des juges", ou alors le pouvoir exécutif,
totalement indépendant vis-à-vis du juge, ne collaborera à l’œuvre de justice que dans la
mesure compatible avec le souci de cette indépendance. Cette seconde solution tient en deux
propositions : d’une part, les autorités exécutives assurent, en principe, le respect des
sentences judiciaires et, d’autre part, il est fait défense au juge de s’immiscer dans les
attributions du pouvoir exécutif. Ces deux principes souffrent cependant des exceptions
importantes. C’est ainsi qu’il arrive parfois que l’administration méconnaisse la chose jugée,
tout comme il arrive aussi souvent que le juge intervienne dans l’action administrative.

581
V. art.5 du décret n°95/048 du 08 mars 1995 portant statut de la magistrature, plusieurs fois modifié.
582
BALLALOUD (J.), Le Tribunal Administratif de l’Organisation Internationale du Travail …, [Link]., P.106.
583
Idem, P.107.
584
MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative … », [Link]., P.25.

199
Vu sous ce dernier aspect, le principe interdisant au juge administratif de faire acte
d’administrateur est aujourd'hui contesté et pourrait finir par céder un jour, sous le poids des
exceptions dont il est continuellement assorti585. En France par exemple, le juge administratif
a lui-même atténué la rigueur de ce principe en utilisant le procédé de la condamnation
alternative, ainsi que l’affirme Mme Elisabeth BARADUC586. C’est ainsi que dans un arrêt du
05 mars 1952587, ce juge a condamné l'administration à verser une indemnité « si mieux
n'aime », c'est la formule consacrée, accomplir un acte positif. Mais en réalité, cette opinion
nous semble insoutenable, dans la mesure où il ne s’agit pas vraiment d’une remise en cause
dudit principe, si tant est vrai que même en condamnant l’administration à une astreinte, non
seulement le juge ne s’immisce pas dans l’action administrative, mais aussi, il ne fait
nullement acte d’administrateur, puisqu’il n’a pris aucun acte relevant de la compétence de
l’administration active.

La véritable atténuation du principe interdisant au juge de faire acte d’administrateur


doit donc être recherchée ailleurs. Il est en effet des contentieux dans lesquels des textes
particuliers permettent au juge administratif de s’immiscer dans l’action administrative en
substituant sa décision à celle de l’administration annulée pour illégalité. Ces contentieux sont
dits "spéciaux" parce qu’ils présentent, selon la doctrine588, des particularismes, notamment
en ce qui concerne les pouvoirs du juge administratif. Les pouvoirs dont s’agit dans ces cas
sont très étendus, tout au moins si l’on les compare avec ceux du juge de l’excès de pouvoir,
le juge pouvant aller ici au-delà de la simple annulation de la décision administrative
litigieuse, en tirant lui-même les conséquences découlant de cette annulation contentieuse.

Parlant justement de ces contentieux spéciaux, M. Henri OBERDORFF relève fort à


propos que « deux exemples peuvent être cités dans lesquels le juge administratif dispose de
pouvoir de substitution, ce sont d’une part le contentieux fiscal, d’autre part le contentieux
électoral »589. Lui emboitant le pas, le Doyen Maurice KAMTO a même eu à affirmer, sous
un ton on ne peut plus ferme, que « le juge administratif peut lui-même redresser la
situation dans deux cas et dans deux cas seulement ; en matière fiscale et en matière

585
BARADUC (E.), « Les prérogatives de la puissance publique pour résister à l'exécution », Revue des contrats,
janvier 2005, n°1, P.146.
586
Ibid.
587
CE, 05 mars 1952, commune de Louey, Rec., P.149.
588
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, [Link]., P.18.
589
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.94.

200
électorale. C’est tout ! » 590. Il s’en suit qu’au Cameroun, une telle possibilité est fréquente
dans les contentieux fiscal (1) et électoral (2).

1- L’hypothèse du contentieux fiscal

Si en règle générale le juge administratif s’attèle à respecter les prérogatives de


l’administration, en ne s’octroyant ni pouvoir de substitution ni pouvoir d’injonction, il en va
parfois différemment, notamment dans les hypothèses où il doit se prononcer sur des
contentieux d’un certains types591. Ainsi, lorsqu’il est appelé à statuer en matière fiscale et
financière, le juge administratif peut, après avoir examiné la régularité d’une imposition,
accorder décharge totale ou partielle de celle-ci. Ce faisant, il a la possibilité de substituer un
chiffre différent à la dette fiscale arrêtée par l’administration592. En droit fiscal camerounais,
cette faculté offerte au juge administratif est expressément consacrée par les textes applicables
en la matière.

En effet, il ressort de l’article L.126 du Code Général des Impôts qu’en matière
d’impôts directs et de taxe sur la valeur ajoutée ou de taxes assimilées, les décisions rendues
par le Ministre en charge des finances sur les réclamations contentieuses, et qui ne donnent
pas entièrement satisfaction aux intéressés, peuvent être attaquées devant les Tribunaux
Administratifs, dans un délai de soixante (60) jours à partir du jour de la réception de l’avis
portant notification de la décision. Quant à l’article L.140 du même texte, il dispose qu’« à
l’issue de la procédure contradictoire, le Tribunal Administratif rend une décision », sans
aucune autre précision.

Ce pendant, pour se faire une idée exacte de l’étendue des pouvoirs du juge
administratif dans ce domaine, notamment en ce qui concerne la possibilité pour lui de
pouvoir substituer, au besoin, sa décision à celle de l’administration fiscale, il faut se reporter
à l’article L.115 du Code Général des Impôts précité. Ce texte dispose en effet que « les
réclamations relatives aux impôts, taxes et pénalités établies par la Direction des Impôts,
ressortissent à la juridiction contentieuse lorsqu’elles tendent à obtenir soit la réparation
d’erreurs commises dans l’assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d’un droit
résultant d’une disposition législative ou réglementaire ». Etant donné que la juridiction
contentieuse dont s’agit ici n’est autre que le Tribunal Administratif, il va de soit que toutes
590
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun : Que faire en cas de litige avec l’administration /
Guide pratique, Yaoundé, Presses Universitaires du Cameroun (P.U.C.), 1990, P.44.
591
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.89.
592
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.57.

201
les fois qu’elle est saisie d’un recours aux fins de réparation d’erreurs commises dans
l’assiette ou le calcul des impositions, cette juridiction ne peut, le cas échéant, réparer lesdites
erreurs qu’en s’immisçant dans l’action administrative pour substituer sa décision à celle de
l’administration fiscale.

En tout état de cause, et nonobstant la précision faite par les dispositions textuelles
susvisées, la nature même du contentieux, en l’espèce le contentieux de pleine juridiction, lui
permet également de pouvoir substituer sa décision à celle de l’administration. Mme Danièle
LOCHAK a d’ailleurs affirmé qu’en matière fiscale, le juge administratif « ne se contente pas
d’annuler l’avis de recouvrement mais va au-delà pour fixer lui-même le montant des
droits dus »593. Il rejoignait ainsi M. Henri OBERDORFF qui soutenait mordicus que « le
juge administratif en matière fiscale peut aller au-delà de l’annulation d’une imposition
irrégulière, il peut modifier les évaluations faites par l’administration et diminuer ou
augmenter l’imposition »594. C’est dire que dans ce cadre, le juge peut faire acte
d’administrateur en s’immisçant dans l’action administrative, tout comme il le fera également
en matière électorale.

2- L’hypothèse du contentieux électoral

Le contentieux électoral connait une procédure analogue à celle du contentieux fiscal,


tout au moins en ce qui concerne les pouvoirs reconnus au juge. En France par exemple, le
conseil de préfecture pouvait, en son temps, se substituer au bureau électoral pour effectuer
les proclamations, après avoir rectifié au besoin les résultats du scrutin des élections
municipales595. Au Cameroun cependant, la faculté pour le juge administratif statuant en
matière électorale de pouvoir se substituer à l’administration active n’est pas expressément
consacrée par les textes juridiques en vigueur.

Et pour preuve, l’article 194 du Code électoral596 dispose en substance que tout
électeur et tout candidat, ainsi que toute personne ayant la qualité d’agent du gouvernement
pour l’élection, peut réclamer l’annulation des opérations électorales de la commune
concernée devant la juridiction administrative compétente, laquelle est tenue de statuer dans
un délai de quarante (40) jours à compter de sa saisine. Ici en effet, le législateur n’a pas cru

593 ème
LOCHAK (D.), La justice administrative, 2 édition, Paris, Montchrestien, 1994, P.108.
594
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.95.
595
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.57.
596
Il s’agit en effet de la loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant Code électoral, modifiée et complétée par
celle n°2012/017 du 21 décembre 2012.

202
devoir faire une quelconque autre précision. Pourtant, on se serait attendu à ce que ce texte
définisse expressément l’étendue des pouvoirs du juge administratif dans ce domaine,
notamment en indiquant si ledit juge a la possibilité ou non de substituer, au besoin, sa
décision à celle de l’administration.

Mais quoi qu’il en soit, et en dépit de cette imprécision, il convient néanmoins de


relever qu’ici, la faculté pour le juge administratif statuant en matière électorale de pouvoir
substituer sa décision à celle de l’administration trouve son fondement et sa justification, non
pas tant dans une disposition textuelle, mais plutôt dans la nature même du contentieux qui,
dans le cas d’espèce, est un contentieux de pleine juridiction. C’est certainement ce qui a fait
dire à Mme Danièle LOCHAK que lorsqu’il est appelé à se prononcer sur un litige d’ordre
électoral, le juge « peut aller jusqu’à inverser les résultats de l’élection »597. Allant dans le
même sens, le Pr. Alain Didier OLINGA a également affirmé que « le contentieux électoral a
pour ambition de modifier éventuellement la réalité électorale : les résultats du scrutin »598.

Dès lors, il ne fait pas de doute que, lorsqu’il statue en matière de contentieux
électoral, le juge administratif dispose de pouvoirs lui permettant de substituer ses décisions à
celle de l’administration active. Il peut ainsi satisfaire aux conclusions tendant à ce que, allant
au-delà de la simple annulation des opérations électorales irrégulières, il puisse rectifier les
résultats donnés par les responsables des bureaux de vote et proclamer lui-même le nom des
candidats élus599. A ce sujet, M. Henri OBERDORFF déclare fort opportunément que « le
juge administratif peut procéder à nouveau au décompte des voix, en examinant
l’attribution des voix aux différents candidats. De cette manière, il est amené à réviser
éventuellement les calculs effectués par le bureau de vote dans le dépouillement et dans ce
cas aussi, il substitue une nouvelle décision à celle qui a déjà été prise » 600.

En droit camerounais, le législateur ne donne pas expressément compétence au juge


administratif, statuant en matière de contentieux électoral municipal, pour substituer ses
décisions à celles de l’administration. Mais, lorsqu’il réforme la proclamation des élections
faite par l’organe de recensement, en l’occurrence la Commission nationale de recensement
général des votes, et proclame le candidat qui a été régulièrement élu, il se borne tout
simplement à rétablir les résultats sortis des urnes que l’organe chargé du recensement a mal

597
LOCHAK (D.), La justice administrative, [Link]., P.108.
598
OLINGA (A. D.), « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun », [Link]., P.50.
599
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.18.
600
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.97.

203
interprétés, soit en raison d’une erreur de calcul, soit parce que des suffrages ont été déclarés
nuls alors qu’ils devaient être tenus pour valables et inversement. En substituant ainsi les
décisions des autorités administratives aux siennes par le biais de la proclamation d’un nouvel
élu au regard des résultats corrigés, le juge s’immisce manifestement dans l’action
administrative pour rétablir les résultats tels qu’ils étaient sortis des urnes, en restaurant ainsi
la volonté exprimée par les électeurs.

Par ailleurs, en vertu des dispositions législatives expresses, le juge administratif peut
également se substituer à l’administration active dans plusieurs autres contentieux spéciaux,
notamment en France. Dans ce pays en effet, le plein contentieux spécial des installations
classées pour la protection de l’environnement en est une parfaite illustration.

On entend par installations classées « les usines, les ateliers, dépôts, chantiers et,
d’une manière générale les installations exploitées ou détenues par toute personne
physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des
inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la
salubrité publiques, soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature, de
l’environnement et des paysages, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi
que des éléments du patrimoine archéologique »601. Ici en effet, les pouvoirs du juge sont
énormes.

De façon générale, lorsque le législateur organise un contentieux spécial, il définit de


manière claire les pouvoirs du juge à qui il confie la connaissance de ce contentieux602. Dans
certaines hypothèses, c’est plutôt le juge administratif lui-même qui détermine ses pouvoirs.
En effet, saisi de ce type de contentieux, il a par exemple décidé qu’il avait la faculté
d’accorder une autorisation d’exploiter, lorsque cette dernière a été refusée illégalement603, ou
même de prescrire la cessation d’une exploitation604.

Aussi, en ce qui concerne le contentieux des immeubles menaçant ruine, le juge


administratif, saisi du litige provoqué par l’arrêté de péril, entre une commune et un
propriétaire, peut substituer aux travaux prescrits par cet arrêté, ceux qu’il estime être les plus

601
V. l’article premier de la loi française du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection
de l’environnement, aujourd’hui codifié sous l’article L.511-1 du code de l’environnement.
602
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, [Link]., P.304.
603
V. CE, 16 octobre 1957, Soc. Les tanneries de la seine, Rec., P.532.
604
V. CE, 04 mai 1998, Teallier, Rec., P.191.

204
appropriés à l’état de l’édifice et aux dangers qui en résultent 605. Il y a lieu de dire que de tels
pouvoirs ont transformé le juge administratif en véritable administrateur.

M. Serge Rock MOUKOKO estime d’ailleurs que « l’attachement contemporain du


juge du plein contentieux spécial des installations classées à son pouvoir d’administrateur
peut être justifié par la sécurité juridique que ses décisions apportent aux exploitants » 606.
Dans le cadre de ce contentieux, il nous a été donné de constater que le juge administratif
dispose ainsi du pouvoir d’atténuer ou d’aggraver les prescriptions techniques de
fonctionnement, d’autoriser une installation classée, de prononcer des sanctions
administratives notamment la suspension et la fermeture d’une installation607.

Le pouvoir d’administrateur ainsi conféré au juge n’est pas très éloigné de la pratique
applicable en Yougoslavie608. Dans ce pays en effet, lorsque l’exécution d’un jugement
d’annulation consiste en l’édiction d’un nouvel acte administratif, celui-ci doit être pris dans
un délai de trente (30) jours suivant la notification de ladite décision. A défaut, l’intéressé
peut lui-même saisir l’administration compétente à cet effet. Si elle ne réagit pas dans les sept
(07) jours suivants, il peut s’adresser à la Cour Suprême Yougoslave. Celle-ci demandera
alors des explications à l’administration et, si elle n’obtient pas satisfaction dans un nouveau
délai de sept (07) jours, elle peut, dans ce cas, prendre la décision elle-même.

Ce pouvoir de substitution ainsi reconnu à la Cour peut également être mis en œuvre
lorsque l’administration a pris, à la suite d’une annulation contentieuse, une nouvelle décision
contraire à la chose jugée. Chaque fois qu’elle use de ce pouvoir, ladite Cour communique sa
décision à l’organe compétent pour l’exécuter et elle en informe l’organe administratif
supérieur. Certains auteurs estiment toutefois qu’en dépit de l’existence d’une telle pratique, il
subsiste toujours des cas d’inexécution, compte tenu du fait que les juridictions hésitent
souvent à se saisir de leur pouvoir de substitution qui les transforme en de véritables autorités
administratives609.

Mais, quoi qu’il en soit, nous pensons que ce procédé constitue néanmoins une
tentative intéressante de résolution des difficultés liées à l’exécution des décisions

605
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.19.
606
MOUKOKO (S. R.), Le plein contentieux spécial des installations classées, [Link]., P.323.
607
Idem, PP.331, 332, 336 et 348.
608
BRAIBANT (G.), QUESTIAUX (N.), WIENER (C.), Le contrôle de l’administration et la protection des citoyens,
éditions CUJAS, Bibliothèque de l’Institut International d’Administration Publique, 1973, P.205.
609
Ibid.

205
d’annulation d’actes administratifs. Il est dès lors indéniable que la question de l’exécution,
par l’administration, des décisions du juge administratif se pose davantage avec une acuité
particulière, dans la mesure où la personne morale de droit public devant assurer cette
exécution détient le monopole de la contrainte étatique et jouit de certains privilèges tels que
l’immunité d’exécution ou encore l’inapplicabilité, à son encontre, des voies d’exécution
forcée de droit commun.

PARAGRAPHE II : L’INEXISTENCE DES VOIES D’EXECUTION FORCEE


CONTRE L’ADMINISTRATION

Le monopole que détient l’Etat, de la force publique et de la contrainte, est source d’un
paradoxe qui peut s’avérer choquant dans la pratique. Condamnée en effet par une décision de
justice, l’administration, qui est tenue de s’y conformer, reste libre de s’imposer ou non cette
exécution. Il est en effet inimaginable qu’elle puisse mettre en œuvre la force publique contre
elle-même610. Vu sous cet angle, l’absence de voies d’exécution forcées contre
l’administration résulte donc d’une impossibilité tout à la fois théorique et pratique611.

Pourtant, lorsqu’un simple particulier qui a perdu un procès s’abstient de s’acquitter


des obligations qui lui sont imposées par la décision du juge, il est possible de faire recours à
la contrainte contre lui. Celle-ci relève de la compétence des huissiers et autres agents
d’exécution qui en sont légalement chargés, avec la possibilité pour eux de se faire aider par
les autorités publiques. Mais lorsque c’est l’administration elle-même qui vient à perdre un
procès, on est bien forcé à s’en remettre à sa bonne foi ; le postulat de base en étant que l’Etat
est honnête homme et qu’à ce titre, il doit prêcher par le bon exemple en se soumettant de
bonne grâce à l’autorité de la chose jugée612.

De ce fait, l'administration peut allègrement refuser d'exécuter la chose jugée sans


crainte de représailles de la part du juge administratif. La raison fondamentale en est que les
voies d’exécution forcée de droit commun, qui peuvent s’exercer à l'encontre des particuliers,
ne sont pas envisageables à l'égard de l'administration613. Il va sans dire que les services

610
COSTA (J.-P.), Le Conseil d’Etat dans la société contemporaine, collection "mieux connaître", Paris,
Economica, 1993, P.57.
611
RIVERO (J.), Droit administratif, [Link]., P.224.
612
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.56.
613
Voir à ce sujet l’article 30 de l’Acte Uniforme OHADA n°6 suscité, ainsi que le commentaire qu’en fait IBONO
Ulrich Armel dans son article intitulé « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit public à

206
d’huissier ou d’agents d’exécution ne sont donc d’aucune utilité ici614. Dans ce contexte, on
est très loin d’imaginer que le juge administratif puisse par exemple ordonner une saisie-arrêt
ou une saisie immobilière sur les biens de l’administration pour amener celle-ci à exécuter ses
décisions. Il en résulte de ce qui précède que le juge administratif ne dispose pas de pouvoirs
réels pour briser la résistance d’une administration qui s’obstine à exécuter ses décisions car
disposant de la force publique, il est en effet difficile de concevoir qu’elle puisse l’utiliser
contre elle même615.

Ceci étant, la contrainte sur l'Etat et, par ricochet sur l'administration qui est son bras
séculier, fait presque partout l'objet de réserve, voire de réticence. De ce fait, l'exécution
forcée contre les personnes morales de droit public est, sinon inexistante, du moins
difficilement envisageable au Cameroun. La législation relative à la domanialité publique a
consacré le principe de l'insaisissabilité des biens de l'Etat (A). L’une des conséquences
logiques de ce principe, c’est l’absence d’un juge en charge du contentieux de l’exécution des
décisions du juge administratif (B).

A- L’insaisissabilité des biens de l’Etat.

L’efficacité de la justice administrative se heurte à certains problèmes lors de


l'exécution des jugements, notamment lorsqu’il s'agit de contraindre l'administration à
s'exécuter. Il est de principe général que les biens du domaine public sont hors commerce 616 et
donc insaisissables ; l’insaisissabilité renvoyant ici au caractère de ce qui ne peut être saisi,
c’est-à-dire mis sous main de justice, dans l’intérêt d’un particulier, de sa famille, ou même de
l’ordre public617. Comme l’affirme le Doyen Maurice KAMTO, « il y a comme une
sacralisation de la chose publique dans la doctrine du droit public moderne qui vient sans
doute de ce que cette chose publique est conçue comme la chose de tous, donc du peuple
tout entier »618 et non plus seulement celle de l’Etat en tant qu’entité juridique distincte des
personnes qui la composent. Le principe de l'insaisissabilité des biens et deniers de l'Etat
trouve sa justification, entre autre, dans le fait que sa méconnaissance aurait pour conséquence
de troubler et de créer le désordre dans le fonctionnement des services publics.

l’épreuve de la pratique en droit OHADA », Revue de l’ERSUMA, N°3, Septembre 2013, notamment aux PP.81
et 82.
614
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.128.
615
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public …, [Link]., P.342.
616
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.13.
617
GUINCHARD (S.), MONTAGNIER (G.) (Sous la direction de …), Lexique des termes juridiques, [Link]., P.308.
618
KAMTO (M.), « La chose publique », RASJ, FSJP/UY II, Vol.2, N°1, 2001, P.11.

207
L’immunité d'exécution dont bénéficient les personnes morales de droit public, ne doit
cependant pas être confondue avec le principe de l'insaisissabilité qui concerne certaines
catégories des biens. En réalité, l’immunité d’exécution est consubstantiellement attachée à la
personne de son bénéficiaire tandis que l’insaisissabilité porte toujours sur un bien 619, fut-il
mobilier ou immobilier. Par principe même, tous les biens d'une personne jouissant de
l'immunité d’exécution sont insaisissables, tandis que le caractère insaisissable de certains
biens peut profiter à une personne non couverte par ladite immunité. Dans cette occurrence,
l’immunité de saisie interdit que ses bénéficiaires puissent faire l'objet d'exécution forcée sur
leurs biens620. Il en est ainsi de l’Etat et de ses démembrements, dont les biens rentrent dans la
catégorie juridique de ce que le Doyen Maurice KAMTO appelle "la chose publique", à
laquelle il confère un statut « immuable et transtemporel »621.

L’on ne doit cependant pas feindre d’ignorer que dans la quasi-totalité des cas, chaque
principe juridique admet presque toujours des exceptions et c’est même celles-ci qui, le plus
souvent, confirment la règle. Le principe de l’insaisissabilité des biens de l’état ne déroge pas
à cette analyse. Il sera donc judicieux d’examiner son postulat de base (1) avant d’explorer les
éventuelles voies de contournement (2).

1- Le postulat de base.

Le principe de la continuité du service public justifie l'absence des voies d'exécution


forcée contre l'Etat. Il s’en suit que l'administration qui, prétend-t-on622, n'est jamais
insolvable, doit toujours être présumée de bonne foi ; ce qui rend vaine toute velléité tendant à
la contraindre à s'exécuter, encore que la force publique dont elle a le monopole étant entre
ses mains, il n'est guerre concevable qu'elle puisse l’utiliser à son encontre.

Par conséquent, l'obligation de payer, mise à la charge d'une personne morale de droit
public, prive son créancier des armes qu'offre le droit privé, et dont il ne peut en user, même
de façon déguisée. Il est dès lors clair que le créancier de l’administration ne peut faire jouer
la compensation pour obtenir ce qui lui est dû. Il conserve cependant la possibilité de

619
IBONO (U. A.), « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit public … », [Link]., P.80.
620
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.26.
621
KAMTO (M.), « La chose publique », [Link]., P.11.
622
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.27.

208
recouvrer sa créance à tout moment, compte tenu du fait que la prescription quadriennale n’est
pas opposable lorsqu’une créance envers l’Etat résulte d’une décision juridictionnelle623.

Il va sans dire que le souci d’assurer la continuité du service public s'oppose donc à ce
que l'on procède à une saisie ou, plus généralement, à une mesure d'exécution forcée contre
une personne morale de droit public, notamment sur ses biens ; qu’ils soient meubles ou
immeubles. Il a, en effet, été admis de tout temps que « les personnes publiques ne peuvent
se voir opposer des voies de droit commun, tant sur leurs biens que sur leurs deniers »624.
Bien que M. Eric NGWA NFORBIN affirme, que personne ne peut, jusqu’aujourd’hui, établir
les origines du principe de l’insaisissabilité des biens et deniers de l’Etat625, il y a lieu
d’indiquer que cet axiome tire son fondement juridique de l’Ordonnance n°74-2 du 06 juillet
1974, lequel dispose que « Les biens du domaine public sont inaliénables, imprescriptibles
et insaisissables »626.

Cela signifie qu’une fois qu’un bien acquiert le statut de chose publique ou alors entre
dans cette catégorie juridique, il sort ipso facto de la catégorie dite des biens ou choses
ordinaires pour revêtir une telle immunité627. Autrement dit, il sort de la banalité du droit
commun applicable aux choses privées pour arborer « un statut spécial régit par un corps de
règles différentes de celles qui s’appliquent aux particuliers et à leurs biens »628.

Bien évidemment, on se demandera quelle catégorie de biens bénéficie d’une telle


immunité. Dans le contexte camerounais, le texte précité en donne une définition
suffisamment claire et précise. Il dispose en effet que : « Font partie du domaine public, tous
les biens meubles et immeubles qui, par nature ou par destination, sont affectés soit à
l’usage direct du public, soit aux services publics »629. Cette définition fait ressortir les
critères du domaine public, en même temps qu’elle permet d’observer la variabilité de
certains d’entre eux et la stabilité des autres.

Les critères variables pourraient encore être qualifiés de neutres parce que, soit ils ne
sont pas nécessaires, soit alors ils sont indifférents à la définition du domaine public. On en
distingue essentiellement deux. Il s’agit, d’une part, de la nature du bien. Le texte parle de
623
BARADUC (E.), « Les prérogatives de la puissance publique pour résister à l'exécution », [Link]., P.148.
624
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.259.
625
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.312.
626
V. art.2 alinéa 2 de l’Ordonnance n°74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial.
627
KAMTO (M.), « La chose publique », [Link]., P.11.
628
Ibid.
629
V. art.2 alinéa 1 de l’Ordonnance n°74-2 du 6 juillet 1974 fixant le régime domanial.

209
bien par nature, c’est-à-dire qui est naturellement né pour faire partie du domaine public, à
l’instar des routes construites, ou alors de bien par destination, lorsqu’il n’est affecté au
domaine public qu’après avoir fait l’objet d’un aménagement spécial. Il y a, d’autre part, la
configuration du bien. La définition textuelle sus évoquée admet que le bien puisse être
meuble ou immeuble. Ce peut être un terrain vague, un immeuble bâti ou encore un bien
mobilier.

Pendant longtemps, il a été dénié aux biens mobiliers la possibilité de faire partie du
domaine public630. Par la suite, la doctrine a rejeté cette position considérée comme ne
reposant pas sur une base juridique, encore moins sur une argumentation rigoureuse631. Il reste
néanmoins à voir dans quelles conditions les biens mobiliers peuvent faire partie du domaine
public, ce d’autant plus que l’application des critères jurisprudentiels à leur égard se révèle
malaisée. En effet, si les biens mobiliers affectés à l’usage direct du public n’ont aucune
difficulté particulière à être rangés dans le domaine public, il en va différemment de ceux qui
sont affectés à un service public. En fin de compte, la doctrine préfère recourir aux critères
constants pour déterminer les biens du domaine public.

Parlant justement de ces critères constants ou invariables, on en distingue également


deux. Il y a, d’une part, l’affectation à l’usage direct du public. Loin de l’idée d’une simple
utilisation collective d’un bien privé, cette notion renvoie à des biens destinés à être utilisés
directement et en eux même par les particuliers. Il ne saurait donc y avoir affectation à l’usage
direct du public lorsque celui-ci, tout en usant dudit bien, entend surtout utiliser le service
public qui le gère ou se sert de lui. Il s’agit, d’autre part, de l’affectation à un service public.
La notion de service public doit être prise ici au sens le plus large du terme. Elle englobe
toutes les activités d’intérêt général exercées sous l’autorité d’une personne publique.

Quoi qu’il en soit, une lecture cursive, mais rectiligne des dispositions légale prohibant
les opérations de saisie sur les biens du domaine public, permet de se rendre compte à
l’évidence, que seule une catégorie de biens appartenant à l’Etat est concernée par cette
interdiction. Ce qui laisse subodorer qu’il ne s’agit pas, dans le cas d’espèce, d’un principe
absolu. Il va sans dire donc qu’en se référant aux biens non expressément visés dans le texte

630 ème
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome II, 15 édition, Paris, Montchrestien, Domat-droit public,
2001, P.393.
631
DUGUIT (L.), Traité de droit constitutionnel, cité par CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome II,
[Link]., P.395.

210
précité, le principe jadis proclamé de l’insaisissabilité des biens des personnes morales de
droit public peut être contourné à certains égards.

2- Les voies de contournement

En admettant que le principe de l’insaisissabilité des biens de l’Etat est valable


uniquement pour les biens du domaine public, tel que cela vient d’être démontré ci-dessus,
rien n'explique alors pourquoi les biens du domaine privé de l’Etat, ainsi que ceux des autres
personnes morales de droit public, devraient échapper aux voies d'exécution de droit commun,
alors qu'ils ne sont affectés ni à l’usage direct du public ni à un service public632. Autrefois
proclamé, ce principe ne doit plus être appréhendé stricto sensu de nos jours.

Si jusqu’aujourd’hui certains pensent encore que « Les biens du domaine privé de


l’Etat sont, comme ceux du domaine public, insaisissables. Le régime de droit commun
auquel ils sont soumis ne leur prive cependant pas de ce particularisme »633, cette
conception des choses doit dorénavant être dépassée. Et ce ne sont pas les arguments qui
manquent ! En fait, par souci d’évolution, il est nécessaire que l’on relativise désormais le
principe de l’insaisissabilité des biens de l’Etat et ses démembrements, si tant est vrai que ces
entités peuvent avoir des biens privés, au même titre que les autres personnes juridiques. Cela
renforcera davantage l’efficacité de la justice administrative dans la mesure où l’éventualité
de la saisie des biens privés de l’Etat constituera, à coup sûr, un moyen de pression sur
l’administration afin qu’elle exécute les décisions de justice.

En effet, certains biens, en raison de leur affectation exclusive aux activités privées,
devraient désormais ne plus être couverts par l’insaisissabilité qui, elle, a pour vocation de
protéger les biens affectés, sur le plan international, aux activités de souveraineté, et, sur le
plan interne, à un service public ou à l’usage direct du public, voire aménagés spécialement à
cet effet634. Or il est indéniable que l’Etat, en dépit des prérogatives exorbitantes de droit
commun dont il dispose, demeure avant tout une personne morale, quoique de droit public,
mais une personne morale tout de même. A ce titre, il possède, à l’instar des autres entités
juridiques, personnes physiques ou morales, des biens privés, d’un domaine privé qu’il lui est
loisible de gérer comme le ferait un particulier sur ses biens propres.

632
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice …, [Link]., P.25.
633
IBONO (U. A.), « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit public … », [Link]., P.89.
634
ENGOUTOU (J.-L.), La Cour Fédérale de Justice et le droit administratif camerounais, [Link]., P.195.

211
L’Ordonnance n°74-2 précitée lui en donne d’ailleurs cette latitude. Elle dispose en
effet que : « Le domaine privé de l’Etat peut être :
- Affecté à des services publics ;
- Cédé aux personnes morales de droit public ;
- Attribué en participation au capital des sociétés avec droit de réincorporation au
domaine privé de l’Etat en cas de dissolution, faillite ou liquidation desdites sociétés ;
- Attribué en jouissance ou en propriété à des personnes physiques ou morales ;
- Attribué en jouissance ou en propriété aux organismes internationaux dont le
Cameroun est membre ;
- Attribué en jouissance ou en propriété et sous réserve de réciprocité aux missions
diplomatiques ou consulaires accréditées au Cameroun »635.

A l’observation, du moment où une entité étatique peut disposer de ses biens au même
titre qu’un particulier, il s’avère donc logique que les biens du domaine privé de l’Etat soient
soumis au même régime que ceux des autres personnes privées, physiques ou morales. Par
conséquent, le régime juridique applicable à cette catégorie de bien doit constituer une
dérogation par rapport à celui auquel sont soumis les biens du domaine public. Ainsi vu sous
cet angle, le souci de cohérence voudrait donc que les biens du domaine privé de l’Etat
puissent faire l’objet de saisie, dans le strict respect de la procédure rigoureusement
règlementée par l’Acte Uniforme OHADA n°6 portant organisation des procédures
simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution.

Au delà des frontières camerounaises, ce principe a déjà été remis en cause dans
plusieurs pays qui considèrent désormais son maintien comme un anachronisme. Il en va ainsi
en Grèce par exemple, où la loi nº3068/2002 prévoit un mécanisme d’exécution forcée, des
obligations pécuniaires dérivées d’un jugement, consistant en la saisine, selon les dispositions
générales du Code de la Procédure Civile, de biens appartenant au « patrimoine privé » de
l’Etat ou de la personne morale de droit public en cause. Toutefois, il n’est pas encore
possible d’identifier, dans ce pays, les critères permettant de déterminer ce qui relève du
patrimoine privé, toute chose qui retarde, par conséquent, la possibilité de saisir les biens pour
exécuter une condamnation pécuniaire636.

635
V. art.12 de l’Ordonnance n°74-2 du 06 juillet 1974 Fixant le régime domanial.
636
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.29. Ce rapport apporte
beaucoup plus de détails et de précisions sur la question.

212
On pourrait également faire référence au système espagnol dans lequel la
jurisprudence constitutionnelle a déterminé les biens de l’administration pouvant faire l’objet
de saisie, en exécution d’une décision de condamnation. Ainsi, les biens du domaine public,
les biens communaux, les ressources financières et les biens patrimoniaux qui ne sont pas
affectés à un usage ou service public, ne peuvent pas être saisis. Cependant, seuls les biens
patrimoniaux qui ne sont pas affectés à un usage ou service public peuvent faire l’objet de
saisie637.

En Allemagne, la loi énumère les biens qui ne peuvent être saisis et renvoie les cas
douteux à une décision finale du juge, après consultation du ministre ou de l’autorité
compétente638. Au Rwanda, il ressort des dispositions des articles 10 et 11 du Code Civil,
livre II, que les biens affectés à un usage ou à un service public sont hors de commerce, tant
qu'ils ne sont pas régulièrement désaffectés, tandis que tous les autres biens de l'Etat restent
dans le commerce, sous réserve des exceptions établies par la loi639. Et parce qu’ils sont dans
le commerce, ils sont soumis au même régime que les biens des personnes privées, et donc
saisissables.

En définitive, et comme nous venons de le voir, les voies d’exécution forcée de droit
commun sont depuis longtemps prohibées à l’égard des personnes morales de droit public.
Les raisons sous tendant cette exclusion sont certes compréhensibles et admissibles, même si
quelques fois, l’extension et la généralisation du principe de prohibition peuvent présenter
certains inconvénients. En dépit du fait que le droit contemporain n’ait pas encore cru devoir
relativiser expressément cette interdiction, les évolutions futures, tant souhaitées, restent
d’actualité. Elles permettront peut-être de réduire les cas d’inexécution, en l’absence d’un
juge en charge du contentieux de l’exécution des décisions du juge administratif camerounais.

B- L’absence d’un juge en charge du contentieux de l’exécution des


décisions du juge administratif

Il incombe à l’administration, en tant que "bras séculier de l’Etat", le soin de prendre


toutes les dispositions nécessaires en vue d’assurer l’exécution des décisions rendues par le
juge administratif. A cet effet, elle peut, soit contraindre les particuliers, soit alors prendre les
mesures qui s’imposent comme conséquence de la chose jugée. C’est dire qu’en principe, il

637
Ibid.
638
Ibid.
639
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.14.

213
n’appartient donc pas au juge de lui dicter les mesures d’exécution nécessitées par une
décision de justice. Dessaisi par sa décision, le juge n’a pas à connaitre des questions et
difficultés relatives à l’exécution de celle-ci640.

Le Conseil d’Etat français a d’ailleurs eu l’occasion d’affirmer depuis longtemps qu’il


ne lui appartient pas d’empiéter sur le domaine de compétence de l’administration active, ne
fusse que pour régler les conséquences pratiques de ses décisions. Ainsi, dans une lointaine
décision rendue le 16 janvier 1874, il décidait : « c’est devant l’administration que doivent se
retirer les parties à l’effet de faire ordonner les mesures que pourrait entrainer
l’annulation de la délibération ou de l’arrêté (entrepris) » 641.

Emboitant le pas à cette haute juridiction, des auteurs n’ont pas manqué de relever que
« le juge administratif ne connait pas des difficultés qui peuvent survenir à l’occasion de
l’exécution de ses propres décisions »642. Cette affirmation reflète, on ne peut plus
clairement, la situation inconfortable dans laquelle se trouve le juge administratif camerounais
qui ne connait pas du contentieux de l’exécution de ses décisions. Pour s’en convaincre, il n’y
a qu’à voir l’imbroglio né de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007 643 instituant le juge du
contentieux de l’exécution (1), ainsi que les conséquences qu’il induit (2).

1- L’imbroglio né de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007

Le juge du contentieux de l’exécution connait de tout ce qui a trait à l’exécution forcée


des décisions de justice644. Or cette exécution forcée n’est pas envisageable à l’égard de
l’administration. C’est, nous semble-t-il, la raison pour laquelle le législateur est resté, sinon
silencieux, du moins très évasif sur le contentieux de l’exécution des décisions rendues par le
juge administratif.

En effet, après un premier chapitre sur les dispositions d’ordre général, la loi
n°2007/001 précitée a consacré son deuxième chapitre au « juge du contentieux de
l'exécution des décisions judiciaires et actes publics camerounais ». Comme on peut le
constater, cela ne concerne que les décisions judiciaires et l’article 3 qui en fait état, énumère

640
KALCK (P.), Tribunaux Administratifs et Cours Administratives d’Appel, Paris, Berger-Levrault, Administration
locale, 1990, P.265.
641
CE, 16 janvier 1874, Frères des écoles chrétiennes de Levallois-Perret, Rec. CE, P.43.
642
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.57.
643
Il s’agit de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007 instituant le juge du contentieux de l’exécution et fixant les
conditions, de l’exécution au Cameroun, des décisions judiciaires et actes publics étrangers, ainsi que les
sentences arbitrales étrangères.
644
V. art.2 de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007 précitée.

214
expressément les différents juges compétents. Cette énumération nous paraissant exhaustive,
il s’agit exclusivement, et selon les cas, du Président du Tribunal de Première Instance, du
Président du Tribunal de Grande Instance, du Président de la Cour d’Appel, du Premier
Président de la Cour Suprême ou du Magistrat par eux désigné à cet effet 645. Contrairement à
la nuance que semble soulever M. Henri-Claude NJOCKE dans l’interprétation qu’il fait de
cet article646, nous pensons, sans équivoque, et donc avec certitude, qu’il n’englobe pas les
décisions rendues par le juge administratif.

La non évocation, dans cet article, et même dans ce chapitre, qui est pourtant consacré
à l’exécution des décisions et actes publics camerounais, du président de la juridiction
administrative, ou tout simplement du Président du Tribunal Administratif, atteste à suffire de
ce que le législateur n’a pas voulu s’embarrasser de cette question importune que constitue le
contentieux de l’exécution des décisions rendues par le juge administratif. Il n’en a fait
allusion que dans le chapitre 3 de ladite loi, lequel traite « de la reconnaissance et de
l'exécution des décisions judiciaires étrangères ». A ce sujet, l’article 9 dudit texte dispose
que « l'exécution des décisions étrangères rendues en matière administrative est poursuivie
devant le président de la juridiction administrative compétente, qui se conforme aux
prescriptions des articles précédents »647.

Pareille attitude du législateur camerounais est, on ne peut, plus que surprenante !


Comment comprendre en effet le mobile qui l’amène à ne s’intéresser qu’à l’exécution, au
Cameroun, des décisions étrangères rendues en matière administrative, et à ne légiférer que
là-dessus, alors même que le sort réservé à l’exécution des décisions rendues par le juge
national, dans la même matière, ne fait l’objet d’aucune préoccupation de sa part648. On ne
peut que se lamenter en disant avec certains auteurs que cette loi qui avait été instituée pour
tenir compte des préoccupations des sociétés actuelles, « demeure vague et lacunaire sur les
compétences et les pouvoirs de sanction reconnus au juge saisi pour faire assurer un
véritable respect de la décision juridictionnelle »649.

En France par contre, le législateur semble avoir attribué la compétence au juge


administratif pour connaitre du contentieux de l’exécution de ses décisions. Le Code de
Justice Administrative de ce pays dispose en effet, en son article L.911-4 qu’« en cas
645
V. art.3 alinéas 4, 5 et 6 de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007 précitée.
646
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.63.
647
V. art.9 de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007 précitée.
648
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.63.
649
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.107.

215
d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal
administratif ou à la Cour Administrative d'Appel qui a rendu la décision d'en assurer
l'exécution (...) ; Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les
mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai
d'exécution et prononcer une astreinte ». En agissant ainsi, le législateur français s’est
largement éloigné de la confusion opérée par son homologue camerounais, laquelle confusion
produit inéluctablement des conséquences non négligeables.

2- Les conséquences de la confusion

L’absence formelle d’un juge en charge du contentieux de l’exécution des décisions


rendues par le juge administratif est, non seulement déplorable mais surtout, un tel vide peut
engendrer des conséquences considérablement néfastes pour les justiciables. On n’est, en
effet, pas loin d’aboutir à un réel déni de justice. Et pour cause, le juge judiciaire ne pouvant
être saisi en cas d’inexécution d’une décision de son homologue de l’ordre juridictionnel
administratif, celui-ci, lorsqu’il est lui même ressaisi, semble refuser de statuer.

Il n’y a qu’à voir le nombre impressionnant de recours650 formés devant la Chambre


Administrative de la Cour Suprême, par des camerounais bénéficiaires des décisions de
justice non exécutées, pour se rendre compte à l’évidence que ladite Chambre s’est toujours
gardée de se prononcer sur ces nombreux cas encore en instance aujourd’hui, d’où notre
incapacité à les citer ici. Pareille attitude ne peut s’analyser qu’en une abdication certaine de
ce juge.

Le comportement du juge administratif dans le contexte sus évoqué trouve son


fondement, non pas dans son incapacité ou sa mauvaise foi à trancher les litiges de cette
nature, mais plutôt dans son souci d’agir en toute légalité. Ce qui ne saurait d’ailleurs
foncièrement lui être reproché, si l’on s’en tient aux dispositions légales applicables en l’état
actuel du droit. Aucun texte juridique formel ne lui attribuant la compétence, même implicite,
pour statuer sur les difficultés d’exécution de ses décisions, c’est à bon droit qu’il s’abstient
de s’adjuger un tel pouvoir. Si d’aventure il s’engageait dans cette voie, il lui sera très vite
infligée une admonestation, en expiation de l’effritement de la légalité procédurale dont il se
serait rendu coupable.

650
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.298.

216
Toutefois, le juge administratif ne saurait, sans s’exposer à un éventuel déni de justice,
se refugier derrière de tels alibis pour refuser de statuer sur une question qui lui est soumise
dans le cadre du contentieux de l’exécution des décisions par lui rendues. Il est désormais
établi qu’en vertu de son pouvoir prétorien, il lui est loisible de créer, pour ainsi dire, la règle
de droit, surtout que l’opinion selon laquelle le droit administratif est un droit essentiellement
jurisprudentiel revêt encore toute sa pertinence.

Nous pensons donc que toutes les fois qu’il est saisi d’une requête dont l’objet porte
sur le contentieux de l’exécution de ses décisions, le juge administratif devrait en principe
s’auto attribuer cette compétence et statuer sans attendre une éventuelle intervention du
législateur, encore que celui-ci n’a non plus attribué pareille compétence au juge judiciaire.
En se déclarant incompétent, c’est le justiciable qui sera, en fin de compte, victime d’un déni
de justice, voire d’une injustice criarde car le juge administratif ne saurait se déclarer
incompétent à statuer, s’agissant du contentieux né de l’exécution de sa décision, alors même
que le législateur n’a pas indiqué au justiciable quel juge saisir en pareille circonstance.

217
CONCLUSION DU CHAPITRE II

Dans les lignes qui précèdent, nous avons essayé de démontrer que la bonne volonté
de la puissance publique à exécuter les décisions rendues par le juge administratif, en vient
parfois à buter sur des écueils qui ne proviennent pas forcément d’elle. C’est ainsi qu’elle fait
par moment face à des difficultés juridico-matérielles de divers ordres. Les unes sont liées au
problème des dotations budgétaires, notamment à leur absence, voire leur inexistence ; ce qui
ne rend toujours pas la tâche facile à l’administration qui, tout en se souciant du respect des
grands principes du droit budgétaire, nourrit également le désir d’encadrer rigoureusement les
pouvoirs des gestionnaires des crédits publics. Les autres, par contre, concernent les
hypothèses dans lesquelles l’administration se trouve face à une impossibilité matérielle
d’exécution. Il se pose alors ici le problème général de la rétroactivité des annulations
contentieuses, et plus particulièrement celui de la spécificité des effets de certaines
annulations.

Parfois aussi, les obstacles auxquels se heurte la spontanéité de l’administration,


proviennent plutôt du développement des immunités d’exécution au profit de cette dernière.
On assiste, ce faisant, à une réelle restriction des pouvoirs du juge administratif, en ce sens
qu’il lui est interdit d’intimer des ordres à l’administration et même de se substituer à elle,
même si cette prohibition admet quelques fois certaines dérogations. Par ailleurs, l’inexistence
des voies d’exécution forcée de droit commun contre l’Etat, confirmée par le fameux principe
de l’insaisissabilité de ses biens, auquel il convient d’ajouter l’absence d’un juge en charge du
contentieux de l’exécution des décisions du juge administratif, n’est que de nature à favoriser
davantage le phénomène d’inexécution tant décriée.

218
CONCLUSION DU TITRE II

Au moment où nous mettons un terme à ce titre, il est important de rappeler que celui-
ci nous a permis de démontrer que la spontanéité de l’administration se heurte parfois à des
obstacles qui viennent annihiler toute velléité d’exécution. A propos de ces entraves, certaines
sont imputables à l’administration elle-même, et se traduisent par un refus d’exécution qui,
lorsqu’il n’est pas manifeste, devient tout simplement déguisé et s’observe à travers les voies
et moyens dont elle use pour contourner la chose jugée. D’autres par contre, tout en lui étant
extérieures, renvoient, soit aux difficultés juridico-matérielles, soit alors au développement
des immunités d’exécution.

L’influence néfaste que peuvent avoir les écueils sus-relevés sur l’exécution des
décisions de justice n’est plus à démontrer. Il s’en suit que les inquiétudes qui peuvent en
résulter dans l’esprit des administrés et potentiels justiciables, qu’elles soient justifiées ou
non, ne vont toutefois qu’accentuer le désarroi et la perte de crédibilité de ceux-ci vis-à-vis du
juge administratif déjà largement, et souvent à juste titre, décrié651.

Pourtant, ce que le plaideur souhaite, en saisissant le juge, c’est qu’au terme du


recours, quelque chose change dans sa vie quotidienne ; qu’il puisse par exemple faire ce qui
lui était interdit à tort, ou encore occuper la fonction de laquelle il avait été illégalement
évincé652. Il va évidemment sans dire que ce n’est nullement la simple annulation qui
l’intéresse. Toutefois, et ce dans la plupart des cas, il serait assez injuste de vouloir imputer au
juge des carences qui ne proviennent pourtant pas toujours de son fait, dès lors qu’il est établi
que ses pouvoirs, relativement à la question de l’exécution de ses décisions, sont extrêmement
limités.

L’administration est certes tenue de se soumettre à l’autorité de la chose jugée, mais il


se peut qu’habituellement, elle refuse, explicitement ou tacitement, d'exécuter la décision
prononcée contre elle. Or, les voies d'exécution forcée de droit commun ne sont pas
applicables aux personnes publiques. En conséquence, si elle ne fait pas diligence pour
exécuter une décision rendue à son encontre, un particulier ne peut, en principe, la contraindre
à le faire contre son gré. En effet, le pouvoir exécutif détenant le monopole de la coercition, il
ne saurait la mettre en œuvre contre lui-même. Dans ces conditions, l'exécution des décisions
de justice par l'administration repose essentiellement sur son bon vouloir.
651
BRETON (J.-M.), « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de l’administration », [Link]., P.76.
652
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.38.

219
Toutefois, il ne s’agit pas là d’un principe absolu, compte tenu du fait que dans de
nombreux cas, l’administration publique, bien que souvent disposée à exécuter les décisions
de justice, se heurte à des obstacles qui, tantôt sont érigés par elle, tantôt s’imposent à elle
contre son gré, et se révèlent même insurmontables à certains égards.

220
CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE

Que dire en définitive ? Sinon que la bonne exécution des décisions juridictionnelles
est, non seulement un problème lancinant, mais également un révélateur des failles de notre
Etat de droit et des capacités du système à échapper aux réformes que son disfonctionnement
suscite. Fondamentalement, la difficulté réside dans le principe même de la séparation des
pouvoirs dont on connait l’importance dans un Etat de droit653. Dans de telles conditions,
l’existence d’un juge indépendant et souverain ne saurait donc résister à l’ignorance dans
laquelle seraient tenues ses décisions, lorsqu’elles mettent à mal le bras séculier de l’Etat.

Sur un tout autre plan, l’insoumission de l’administration à l’égard de son juge, outre
le fait qu’elle heurte directement la conscience et les intérêts des justiciables, offre une image
dévalorisée et dangereuse de la justice administrative pour la pérennité du système. La
situation semble suffisamment alarmante pour entrainer une réaction au plus haut niveau,
étant donné qu’on se trouve là au cœur d’un conflit de longue date entre deux principes
quasiment contradictoires : la chose jugée d’une part et, d’autre part, l’indépendance de
l’administration à l’égard du juge654. Incontestablement, ce conflit oppose une administration
parfois récalcitrante, mais jalouse de son indépendance, à un juge quelque peu timide, mais
tout de même soucieux du respect de ses décisions.

Dans un commentaire consacré à la décision rendue dans l’affaire Claude HALLE655,


M. Henri Martin NTAH A MATSAH, fustigeant l’attitude affichée par la puissance publique,
relevait qu’une telle entrave à la chose jugée par l’administration fait intervenir le Ministère
Public qui a aussi la charge de l’exécution des décisions de justice. Pour lui en effet,
l’intervention du Ministère Public apparaît donc comme un moyen permettant de vaincre les
carences de l’administration, relativement à l’exécution des décisions de justice656.

A défaut d’avoir entre les mains les résultats d’une enquête démontrant que dans la
plupart des cas, l’administration s’incline devant toutes les décisions de justice, on est en droit
de soutenir que dès lors que l’autorité administrative a pu, une seule fois, opposer un refus à
l’exécution d’une décision, rien ne l’empêcherait de le répéter continuellement, chaque fois

653
AUTIN (J.-L.), « Illusions et vertus de l’Etat de droit administratif », [Link]., P.166.
654
NGANSOP NGOUPAYOU (S.), Le suivi des décisions du juge de la légalité administrative …, [Link]., P.46.
655
CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental.
656
NTAH A MATSAH (H. M. M.), Le ministère public dans le contentieux administratif…, [Link]., P.314.

221
que la décision lui déplairait657. En vertu d’un vieux principe de droit administratif, les
personnes publiques ne peuvent faire l’objet de voies d’exécution du droit commun. La
justification de cette prohibition tient au fait que ces voies sont matériellement impossibles, ce
d’autant plus que forcer l’organe détenteur de la force publique est difficilement
imaginable658. Cet axiome a d’ailleurs conduit Mme Danièle LOCHAK à dire, parlant de
l’administration, que « l’exécution ne peut être que spontanée »659.

En fin de compte, nous retrouvons nettement le point de départ de notre


démonstration, à savoir le caractère spontané et volontaire de la soumission de
l’administration à la chose jugée. C’est dire que l’exécution, par l’administration, des
décisions du juge administratif se fait, le plus souvent, spontanément. On ne la force pas à le
faire, parce que cela apparaitra quasiment utopique. L’exécution est donc laissée à son bon
vouloir.

Toutefois, si cette soumission volontaire et spontanée ne se produit pas, on se


retrouvera immédiatement dans un autre domaine : celui de l’inexécution de la chose jugée
par l’administration. Mais, comme force doit toujours rester au droit, les différents systèmes
juridiques ne sont pas restés désarmés devant cette situation. Ils se sont efforcés de tisser un
habillage normatif et procédural mieux à même de subjuguer ce contexte volontariste pour
prévenir, inciter, voire contraindre l’administration à exécuter les décisions de justice, ceci
malgré elle et même parfois contre elle.

657
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », [Link]., P.10.
658
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.266.
659
LOCHAK (D.), La justice administrative, [Link]., P.108.

222
SECONDE PARTIE :

L’EXECUTION PROVOQUEE

223
Le problème de l’effectivité, c'est-à-dire de l’application dans les faits, de la décision
du juge de la légalité administrative, a préoccupé pendant longtemps les spécialistes du droit
administratif. La raison en était que le juge administratif, appelé à se prononcer sur la légalité
d’un acte, ne s’en tenait qu’à une interprétation restrictive de ses pouvoirs 660. Aujourd’hui, si
les choses se sont sensiblement améliorées du côté du juge français par exemple, pour ne citer
que celui-ci, il n’en est pas de même pour le juge administratif camerounais qui, lorsqu’il a
rendu sa décision, se dessaisit ipso facto. Il ne peut ou ne veut aller au-delà de la pure et
simple annulation de l’acte. En conséquence, la célèbre formule de Gaston JEZE661, selon
laquelle le recours pour excès de pouvoir serait l’arme la plus efficace qui existe au monde
pour défendre les libertés demeure, dans le cadre camerounais en particulier et africains en
général, une pure vue de l’esprit. L’exécution des décisions du juge administratif par
l’administration est très problématique, puisque l’essentiel de celles-ci ne sont pas exécutées.

Pourtant, l’exécution, en tant que conséquence logique de l’annulation, apparait


comme un idéal, voire comme une fin en soi à laquelle tout justiciable peut légitimement
prétendre. Par conséquent, la question de l’effectivité des décisions du juge administratif se
pose davantage avec acuité, compte tenu du fait que l’administration refuse le plus souvent de
se soumettre à l’autorité de la chose jugée. Le cas échéant, et comme s’interrogeaient déjà
certains auteurs662, comment l’obliger à agir ? Comment utiliser contre elle-même la
contrainte dont elle seule a le monopole ? Bon gré, mal gré, il faut bien l’amener à s’exécuter
en faisant recours, au besoin, aux méthodes coercitives afin que les décisions rendues puissent
procurer aux plaideurs la satisfaction escomptée.

En effet, que vaut l’existence d’un juge, pour les administrés, si ses décisions peuvent
être impunément ignorées, voire violées par l’administration qui est pourtant chargée de les
exécuter ? Il va de soi que la présence d’un tel juge ne servirait à rien du tout, d’où la
nécessité de tout mettre en œuvre pour éviter que les décisions du juge administratif ne
demeurent lettre morte. Encore que, comme l’affirmait Mme Christine HUGON, « la plupart
des plaideurs n’ont, en effet, que faire d’une décision dont ils ne peuvent pas obtenir
l’exécution »663. Cette assertion est d’autant plus vrai que dans une société fondée sur le droit,

660
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.227.
661
A ce sujet, lire son rapport dans l’Annuaire de l’institut international de droit public, 1929, p.162.
662
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.521.
663
HUGON (C.) in CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et
droits fondamentaux, [Link]., P.644.

224
« la fonction judiciaire serait dépourvue de toute efficacité si le justiciable ne pouvait
obtenir qu’un jugement prononcé en sa faveur soit effectivement exécuté »664.

En Italie par exemple, le juge ne se contente pas d'ordonner à l'administration


d'exécuter une décision dans un délai déterminé, mais il peut nommer son propre auxiliaire,
appelé commissaire ad acta, lequel se substitue à l'administration pour prendre toute mesure
nécessaire afin d'exécuter la décision665. Il s'agit d'un des rares cas dans lesquels le juge
administratif dispose également de pouvoirs au fond garantissant le droit à l’exécution des
décisions de justice. En conséquence, il n'y a pas de pouvoir d'ordonner des sanctions
pécuniaires à l'encontre de l'administration qui n'exécute pas, mais il est plus efficace pour le
juge de pouvoir se substituer à elle.

Heureusement ou malheureusement, ceci n’est pas le cas au Cameroun. Dans ce pays


en effet, nous avons démontré plus haut que le principe communément admis est celui de
l’interdiction qui est faite au juge administratif de s’immiscer dans l’action administrative en
intimant des ordres à l’administration active ou en se substituant à elle. Pourtant, l’on ne
saurait parler d’Etat de droit que si l’administration est effectivement soumise aux décisions
juridictionnelles, notamment celles du juge administratif. Un jugement, un arrêt, une
ordonnance de sursis à exécution ou de référé administratif n’a de valeur que s’il aboutit à un
résultat concret, c’est-à-dire à son exécution666. L’administration publique est donc tenue, du
haut de ses prérogatives exorbitantes de droit commun, de se conformer aux décisions
juridictionnelles en les exécutant promptement.

Toutefois, si elle n'intervient pas spontanément, l'exécution des décisions rendues par
le juge administratif peut être imposée par une procédure particulière, que l’on peut qualifier
d'« exécution forcée ». Il est recouru à cette procédure à l'encontre de l'administration ou des
personnes assimilables667, y compris pour des décisions rendues par le juge de droit commun.
Il y a quelques temps encore cette éventualité ne pouvait être envisagée. Mais aujourd’hui,
compte tenu de l’évolution de l’Etat de droit, il est désormais plus facile de faire exécuter par
l’administration, les décisions juridictionnelles, malgré l’impossibilité persistante de mettre en
œuvre contre les personnes publiques les voies d’exécution forcée de droit commun668.

664
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.369.
665
COSTA (J.-P.), « L’exécution des décisions juridictionnelles », [Link]., P.72.
666
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.218.
667
Notamment les autres personnes morales de droit public.
668
COSTA (J.-P.), « L’exécution des décisions juridictionnelles », [Link]., P.69.

225
De la sorte, loin de déplorer la régression de la jurisprudence et la démission du juge,
on ne peut que valoriser l’effort résolument constructif dont font preuve les juridictions
administratives pour briser le carcan de la personnalité morale qui résiste encore à l’adoption
des procédés d’exécution forcée contre l’administration. De même, l’essor de la voie forcée
dans le processus d’exécution des décisions du juge administratif est corroboré par la mise en
place d’un mécanisme institutionnel extra juridictionnel.

Ainsi, animé par le désir de voir instituer un certains nombre de mécanismes tendant à
obliger l’administration à se soumettre aux décisions de son juge, M. Henri OBERDORFF
clamait haut et fort que « l’inexécution ou la mauvaise exécution par l’administration,
d’une décision du juge administratif ne doit pas devenir un mal nécessaire avec lequel il
faut s’accoutumer à vivre »669. Il n’est donc nullement question d’observer impuissamment
cette attitude critiquable d’une telle administration, encore moins de coopérer avec elle dans
cette voie. Il s’agit plutôt de rechercher les voies et moyens à travers lesquels l’on peut
l’amener à s’exécuter, même involontairement.

Afin d’annihiler ce comportement velléitaire de l’administration qui, dans certains cas,


a tendance à faire office de mauvais perdant, il est nécessaire de la contraindre à un
changement de comportement. Or les voies d’exécution ordinaires, et donc de droit commun,
ne concernant pas l’administration, il a donc fallu mettre en place des mécanismes
spécifiques670. C’est dans cette optique qu’il est très souvent fait recours à deux principaux
mécanismes permettant de venir à bout de la résistance de cette personne morale de droit
public qui s’obstine à se soumettre aux décisions du juge administratif. Il s’agit des
mécanismes juridictionnels (titre I) d’une part, et non juridictionnels (titre II) d’autre part.

669
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.22.
670
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Droit administratif, [Link]., P.522.

226
TITRE I : LES MECANISMES
JURIDICTIONNELS

227
L'efficacité de l'exécution des décisions de justice visant les pouvoirs publics se
mesure à l'aune de leur application par l'administration. Celle-ci a, comme une personne
physique, l'obligation de respecter l'autorité de la chose jugée, quelle que soit la nature du
recours. L'autorité administrative ne saurait donc se prévaloir d’une quelconque difficulté
pour justifier son inaction. Par exemple, celle consistant en la détermination de ce qui doit être
fait en conséquence de l'annulation d'une décision, ainsi que le poids des dommages intérêts
dont le montant serait élevé, encore moins une considération telle que le trouble que
provoquera dans un service une intégration ou alors des arguments à coloration juridique671.

Le sentiment de peur à l'égard de l'Administration, qui s'est longtemps manifesté chez


les justiciables, s'est estompé en Afrique en général672, et au Cameroun en particulier. Ces
derniers n’hésitent plus à déférer à nouveau devant le juge, les cas d’inexécution des décisions
juridictionnelles par l’administration. Au Maroc par exemple, à l’occasion d’un recours contre
un refus d’exécution, la Cour Suprême avait condamné avec vigueur la méconnaissance, par
l’administration, des jugements passés en force de chose jugé en considérant que, sauf
circonstances exceptionnelles, elle constituait une violation des lois fondamentales
d’organisation et de procédure judiciaires dont l’ordre public impose le respect 673.

Ainsi, tant que la question de l’inexécution des décisions de justice par


l’administration n’est pas résolue, l’on ne saurait guère se permettre de dire que toutes les
bases sont en place pour l’édification d’une justice administrative réelle et d’un Etat de droit
effectif. Dès lors se pose alors la question de savoir quelles garanties d’exécution sont offertes
au requérant bénéficiaire d’une décision de justice annulant un acte de l’administration, ou
condamnant celle-ci à réparer un dommage674.

Il est dès lors judicieux de focaliser davantage l’attention sur des mécanismes
beaucoup plus contraignants que les précédents afin qu’en définitive, l’évocation future des
cas d’inexécution ne soit faite qu’à titre d’histoire du droit, et qu’elle ne représente plus qu’un
triste souvenir. Pour y parvenir, un ultime recours au juge administratif en cas d’inexécution
(chapitre I), ainsi que la mise en jeu de la responsabilité des auteurs de cette inexécution
(chapitre II), s’imposent incontestablement.

671
MBEYAP KUTNJEM (A.), Le droit à la justice au Cameroun, [Link]., P.48.
672
Ibid.
673
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », [Link]., P.9.
674
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.369.

228
CHAPITRE I : LE RECOURS AU
JUGE ADMINISTRATIF

229
S’il est vrai que les premières victimes des mesures illégales annulées, notamment les
administrés, affichent souvent une attitude plutôt passive et se rendent ainsi complices de
l’administration dans l’inexécution des décisions de justice, tout en souffrant de la violation
de leurs droits sans mot dire, comme le loup stoïque d’Alfred De VIGNY675, il demeure tout
aussi établi que ces derniers ne réagissent pas tout simplement parce qu’ils estiment n’avoir
aucun moyen de pression à leur disposition. Il ne s’agit pourtant là que d’un étalage de
l’ignorance des droits qui leurs sont reconnus, étant donné qu’ils peuvent légitimement, et en
toute légalité, exercer devant le juge administratif un recours contre l’inexécution des
décisions rendues par ce dernier. Il peut s’agir d’un recours d’illégalité, lequel a lieu dans les
cas où l’administration a adopté un nouvel acte administratif qui viole la chose jugée, ou
encore un recours d’inactivité qui est admis après l’expiration d’un délai imparti à
l’administration pour s’exécuter.

Les potentiels justiciables du prétoire du juge administratif doivent donc garder à


l’esprit que le contrôle exercé par le juge administratif n’a de sens que dans la mesure où ses
décisions s’imposent à l’administration active. La violation de la chose jugée constitue,
traditionnellement, à la fois un excès de pouvoir justifiant un nouveau recours tendant à
l’annulation de l’acte contraire à une décision de justice, et une faute sécrétant la
responsabilité de la personne publique condamnée. Le refus d'exécution est rarement formulé
par l'administration de façon expresse. Mais, son silence gardé pendant un temps
considérable, consécutif à une demande d'exécution, vaut dans ce cas décision de rejet, et
donc de refus d’exécution. Cette décision peut alors être attaquée devant le juge. Cela dit, le
bénéficiaire d'une décision juridictionnelle peut provoquer lui-même une décision de refus
d'exécution de la part de l'administration, pour pouvoir ensuite la contester devant le juge.
Cette solution s'explique par la nécessité d'une décision et donc d'une liaison préalable du
contentieux pour que puisse être engagé un nouveau contentieux. Si l'administration ne tire
pas les conséquences d'une annulation, un préjudice peut également naître. Celui-ci est alors
susceptible de donner matière à réparation.

En conséquence, face à la résistance d’une administration qui s’obstine à exécuter une


quelconque décision du juge administratif, il est possible à toute personne qui y a intérêt de
saisir à nouveau ce dernier au moyen d’un recours en annulation et/ou en indemnisation

675
DE VIGNY (A.), « La mort du loup », écrit en 1843 in Œuvres complètes, P.103.

230
(section I). Ce juge pourra alors, au cours de son office, user des pouvoirs coercitifs dont il
dispose pour faire exécuter sa décision (section II).

SECTION 1 : LES MOYENS OFFERTS AU REQUERANT : RECOURS POUR


EXCES DE POUVOIR ET DE PLEINE JURIDICTION.

La méconnaissance de la chose jugée constitue, dans la conception classique du droit


administratif, un excès de pouvoir justifiant un nouveau recours et une faute entraînant la
responsabilité de l’administration676. Si une autorité ne respecte pas la chose jugée, elle
commet donc une irrégularité qui est assimilée à la violation de la loi. Si elle cherche à
échapper aux conséquences d’une décision de justice, les actes qu’elle accomplit dans ce but
sont nuls pour détournement de pouvoir. Enfin, l’administration doit mettre en œuvre la force
publique pour assurer l’exécution des sentences émanant des cours et tribunaux, au risque de
voir sa responsabilité engagée.

Le bénéficiaire d’une décision de justice a intérêt d’attaquer, par la voie du recours


pour excès de pouvoir ou de pleine juridiction, le refus d’exécution et toutes les mesures
prises par l’administration en violation de celle-ci, pour éviter de laisser se créer à son
détriment des situations définitives. Le recours juridictionnel est l'acte de procédure par lequel
une personne saisit au principal une juridiction de prétentions dont elle veut faire reconnaître
le bien fondé. Il s’agit d’un recours fondé en droit, porté devant un juge et nécessitant une
décision juridictionnelle.

Vu sous cet angle, l’administré bénéficiaire d’une décision de justice inexécutée par
l’administration peut donc traduire derechef celle-ci devant le juge administratif677. Pour y
parvenir, il se doit de respecter toutes les conditions exigées par la loi pour que son recours
puisse être recevable (paragraphe I). Le cas échéant, il pourra alors se prévaloir des effets
dudit recours (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LES CONDITIONS DE RECEVABILITE DES RECOURS


OUVERTS AU REQUERANT

En application des règles régissant le déroulement de la procédure administrative


contentieuse, tout plaideur potentiel est tenu de remplir un certains nombre de conditions afin

676
KALCK (P.), Tribunaux Administratifs et Cours Administratives d’Appel, [Link]., P.265.
677
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.253.

231
que sa requête puisse être reçue et examinée par le juge. Ainsi, celui qui envisage de saisir le
juge administratif se doit au préalable de négocier avec l’administration (A) avant
d’accomplir toutes les autres exigences conditionnant la recevabilité de la requête
contentieuse (B).

A- L’a priori indispensable : l’obligation de négocier

Préalablement à tout recours contentieux, le droit camerounais oblige les justiciables à


négocier avec l’administration en la saisissant d’une requête appelée "recours gracieux
préalable"678. Introduite dans notre système juridique par l’ordonnance n°61/OF/6 du 04
octobre 1961679, reprise par les textes portant réforme du contentieux administratif,
notamment les lois des 19 novembre 1965 et 14 juin 1969, réitérée par l’ordonnance n°72/6
du 26 août 1972680, cette règle a fait l’objet d’un important débat doctrinal. Les auteurs ne
sont pas parvenus à déterminer unanimement sa nature et son objet.

En effet, la notion de recours gracieux préalable semble difficile à cerner, mais à


priori, il y a lieu de considérer qu’elle renvoie à une demande consistant en une requête
émanant d’un administré, justiciable potentiel, et adressée à une autorité administrative
désignée à cet effet, pour lui demander de reconsidérer sa position relativement au contenu ou
à la forme d’un acte administratif dont le bien fondé est contesté681. Incontestablement, ce
recours « vise à contraindre le justiciable à régler le litige à l’amiable »682, notamment par la
négociation.

En son temps, le Pr. Roger-Gabriel NLEP y percevait en cela une survivance de


l’ancienne doctrine du ministre-juge qui, avant la phase de maturation du Conseil d’Etat,
voyait dans la puissance publique la première étape de solution du litige 683. Quant à M. Jean-
Calvin ABA’A OYONO, il estime pour sa part qu’il s’agit là d’une technique d’agencement
du procès administratif, dont le but est de permettre éventuellement à l’administration de se

678
ONDOA (M.), La protection des dépenses d’indemnisation en droit administratif camerounais, thèse de
e
Doctorat de 3 cycle en droit public, Université de Yaoundé/FDSE, année académique 03 avril 1990, P.20.
679
Il s’agit de l’ordonnance fixant la composition, les conditions de saisine et la procédure devant la Cour
Fédérale de Justice.
680
Ordonnance portant organisation de la Cour Suprême.
681
FANDJIP (O.), « Les « citations directes » en droit camerounais du contentieux administratif », Jurisdoctoria,
n°8, 2012, P.134.
682
ONDOA (M.), La protection des dépenses d’indemnisation en droit administratif camerounais, [Link]., P.22.
683
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise : contribution à l’étude des systèmes africains
d’administration publique, bibliothèque africaine et malgache, Paris, LGDJ, 1986, P.262.

232
prononcer sur la demande du requérant avant la saisine probable du juge, compte tenu du
fait684.

Selon M. Henri JACQUOT, l’exigence d’un recours gracieux préalable au contentieux


est issue de la règle dite « de la décision préalable » en vigueur devant les juridictions
administratives françaises685. Elle a un triple objet. D’abord, protéger l’administration qui ne
peut directement être traduite en justice sans que la possibilité ne lui ait été donnée de revoir
éventuellement la mesure querellée686. A ce sujet, M. François-Xavier MBOUYOM a
d’ailleurs eu à affirmer que l’administration n’est pas disposée à être « attraite en justice à
son insu »687.

Ensuite, protéger les justiciables en les empêchant d’exercer des recours qui pourraient
s’avérer superfétatoire, notamment contre les mesures sur lesquelles l’autorité administrative
serait disposée à leur donner satisfaction. En réalité, cette règle de procédure correspond à une
instance obligatoire, destinée à permettre à l’administration de donner satisfaction au
requérant, ou d’aboutir à une conciliation en évitant le procès 688. Elle offre ainsi un cadre de
négociation et de conciliation, en permettant à chaque partie d’exposer ses points de vue et de
les rapprocher de l’autre partie, avec pour objectif final de parvenir, si possible, à une solution
négociée689. En un mot, ce recours constitue une sorte de préalable conciliation permettant
fatalement aux potentiels justiciables d’éviter le recours au juge.

Enfin, faciliter la tâche au juge administratif, compte tenu du fait qu’il fixe le contenu
et l’étendue de la requête contentieuse, laquelle doit être conforme à ce qui a été porté devant
l’administration dans le précontentieux690. Simple recours administratif, le recours gracieux
préalable tend à se substituer au recours contentieux et, par conséquent, il semble constituer
un premier degré de juridiction691 eu égard au fait qu’en informant l’administration d’une
éventuelle procédure contentieuse qui serait en voie d’être engagée contre elle, celle-ci pourra
se raviser et exécuter la décision juridictionnelle afin de permettre aux administrés concernés
de rentrer dans leurs droits.

684
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », [Link]., P.260.
685
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.113.
686
Cette règle admet toutefois des exceptions. Lire à ce sujet FANDJIP (O.), « Les « citations directes » en droit
camerounais du contentieux administratif », [Link]., PP.144 et ss.
687
MBOUYOM (F.-X.), cité par ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice
administrative », [Link]., P.260.
688
BOCKEL (A), Droit administratif, Dakar, Nouvelles Editions Africaines (NEA), Collection Credilla, 1978, P.432.
689
Idem, P.503.
690
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.113.
691
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]., P.48.

233
C’est en effet un recours qui, institué par les textes, non seulement s’impose comme
un préalable indispensable à la saisine du juge administratif, mais aussi relève du
précontentieux. Au regard de la complexité des règles régissant son exercice, il constitue
« l’un des plus remarquables grains de sable qui entache et brouille le cours du droit
administratif »692. Recevable uniquement sous certaines conditions (1), il peut avoir des
incidences considérables sur le recours contentieux (2).

1- Le formalisme de la négociation.

Le recours gracieux préalable consiste, avant tout, à soumettre le litige à l’appréciation


de l’administration, plutôt que de saisir directement la juridiction administrative. Il s’agit là
d’une phase transitoire et pré-juridictionnelle693 qui découle des dispositions de l’article 17 de
la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée694, laquelle loi a elle-même repris, à quelle
que exceptions près, l’article 12 de l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 fixant l’organisation
de la Cour Suprême.

Considération prise du fait qu’il s’agit d’un recours obligatoire et préalable au


contentieux, les garanties normatives qui s’attachent au respect de cette formalité processuelle
s’analysent en plusieurs conséquences frappant immédiatement le requérant qui
transgresserait les règles gouvernant la procédure administrative contentieuse. A cet égard,
ledit recours se trouve enserré dans de stricts délais dont l’inobservation entraine
inéluctablement la forclusion du justiciable (a). Aussi doit-il impérativement être adressé à
l’autorité administrative habilitée par la loi à le recevoir (b).

a) Les délais de la négociation

Les délais d’exercice du recours gracieux préalable ont un caractère impératif. Il s’en
suit que l’administré qui s’estime lésé par l’inexécution d’une décision de justice doit, au
risque de voir son recours déclaré irrecevable pour forclusion, se conformer aux délais légaux
qui lui sont impartis. Régulièrement, ces délais posent juridiquement le problème de la durée
et du décompte.

En effet, au terme des dispositions de l’article 17 alinéa 3 de la loi n°2006/022


suscitée, le recours gracieux doit, sous peine de forclusion, être formé dans un délai de trois

692
ABA’A OYONO (J.-C.), « Chronique du grain de sable dans la fluidité jurisprudentielle à la chambre
administrative du Cameroun », Juridis périodique n°78, avril-mai-juin 2009, P.65.
693
ABA’A OYONO (J.-C.), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, [Link]., P.273.
694
Il s’agit de la loi fixant l’organisation et fonctionnement des tribunaux administratifs.

234
(03) mois à compter de la publication ou de la notification de la décision querellée, en
l’espèce le refus d’exécution d’une décision juridictionnelle. En cas de demande
d’indemnisation, il est de six (06) mois suivant la réalisation du dommage ou sa connaissance
et si l’autorité qui s’est abstenue d’agir avait une compétence liée, ledit délai est de quatre
(04) ans à compter de la date à laquelle ladite autorité était tenue d’agir.

Concernant la computation de ces délais, il est judicieux d’indiquer que ceux-ci


commencent à courir dès l’accomplissement de la formalité relative à la publicité. Il convient
toutefois de relever que cette condition peut s’avérer inopérante lorsqu’il s’agit d’un recours
dirigé contre une décision de refus, et plus précisément le refus implicite car ici en effet, c’est
beaucoup plus l’attitude de l’administration qui est en voie d’être déférée devant le juge, et
non un quelconque acte. Dans ces conditions, il ne peut y avoir ni publication, ni notification.
Le recours qui sied le mieux dans ce cas est celui dirigé contre l’abstention d’une autorité
ayant compétence liée, ce qui ne nécessite nullement la formalité relative à la publicité.

Dans cette occurrence, le délai dont s’agit doit commencer à courir à partir du
lendemain de la date à laquelle l’administration était tenue d’agir, plus précisément le
lendemain du jour où la décision à exécuter lui a été notifiée. Il est donc question ici d’un
délai franc, tel que l’avait indiqué le juge administratif camerounais dans l’affaire ESSOMBA
NTONGA Gabriel695. Cela dit, si le dernier jour est un samedi, un dimanche ou un jour férié,
le recours gracieux restera recevable jusqu’à la fin du jour ouvrable consécutif.

Le juge administratif camerounais se montre parfois très réaliste dans l’appréciation et


la preuve de la recevabilité du recours gracieux préalable. En effet, et comme nous l’avons
déjà relevé dans la première partie de ce travail, il admet désormais qu’en cas d’envoi dudit
recours par coli postal, le cachet de la poste fait foi696. Rappelons néanmoins que cette
décision ne contraste pas avec sa jurisprudence antérieure697, intervenue dans un contexte
différent, dans laquelle il déclarait qu’un pli envoyé par la poste ne devient la propriété du
destinataire qu’à la date de sa réception par ce dernier, et non à celle de son expédition.

Toutefois, le simple fait d’introduire le recours gracieux dans les délais impartis n’est
pas en lui-même suffisant pour qu’il soit recevable, encore faudrait-il qu’il ait été adressé à
l’autorité compétente pour le recevoir.

695
CS/CA, jugement n°24/CS/CA du 13 juillet 1978, ESSOMBA NTONGA Gabriel contre Etat du Cameroun.
696
CS/AP, Arrêt n°1/CS/AP du 27 novembre 1986, SEBA NDONGO Jean contre Etat du Cameroun (DGSN).
697
CS/AP, arrêt n°1/A/CS/AP du 08 novembre 1973, YOUMBI André contre Etat du Cameroun.

235
b) Les autorités habilitées à négocier

Sous l’empire de l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 précitée, le caractère restrictif


de la notion d’autorité habilité à recevoir le recours gracieux préalable a été à l’origine d’une
véritable confusion au niveau de la jurisprudence. L’article 12 de ce texte disposait en effet
que « le recours devant la cour suprême n’est recevable qu’après rejet d’un recours
gracieux adressé au ministre compétent ou à l’autorité statutairement habilitée à
représenter la collectivité publique ou l’établissement public en cause ». La notion de
« ministre compétent », utilisé par ce texte a crée, en son temps, de réels troubles dans l’esprit
des justiciables.

En effet, les recours gracieux mettant l’Etat en cause doivent être adressés au chef du
département ministériel directement intéressé, c’est-à-dire au ministre qui assure soit la
responsabilité de l’administration dont le comportement est décrié, soit la tutelle technique de
la personne morale de droit public en cause. La confusion opérée par le requérant entre la
fonction de ministre compétent et la personne exerçant cette fonction était alors
rigoureusement sanctionnée par le juge administratif. C’est ainsi que dans l’espèce MASSO
LOBE Jean Charles, la Chambre Administrative avait déclaré la requête irrecevable au motif
pris de ce que le recours gracieux avait été adressé au sieur AHMADOU MOUSTAPHA, puis
au sieur BABALE, ministre de l’urbanisme et de l’habitat, plutôt qu’à monsieur le ministre.

C’est également l’occasion de rappeler ici les balbutiements dont le juge a fait montre
quant à l’interprétation de cet article 12, notamment lorsqu’il s’est agit de statuer sur la
légalité des décisions émanant des services directement rattachés à la Présidence de la
République. A titre illustratif, dans l’une des plus retentissantes affaires de procédure
disciplinaire dans le corps de la police nationale698, sieur BENE BELLE Lambert, alors
commissaire de police, avait été révoqué du corps de la police par décret présidentiel. Le juge
de l’espèce avait admis que le recours gracieux adressé par le susnommé au Président de la
République était bien conforme au texte applicable en la matière.

Ce même juge a cependant opéré un revirement spectaculaire trois années plus tard
dans une espèce similaire concernant sieur ESSIMI Fabien699 qui avait lui aussi été révoqué
du corps de la police mais suivant un décret signé du secrétaire général de la Présidence de la
République. Le juge avait alors décidé que le recours gracieux adressé par ce dernier à

698
CS/CA, jugement n°71/CS/CA du 13 mars 1976, BENE BELLA Lambert contre Etat du Cameroun.
699
CS/CA, jugement n°01/CS/CA du 29 novembre 1979, ESSIMI Fabien contre Etat du Cameroun.

236
l’adresse du Président de la République était inopérant parce que dirigé vers une autorité
incompétente pour le recevoir. Si le juge administratif camerounais a voulu étonner, c’est
qu’il a certainement réussi, ainsi qu’il est d’ailleurs loisible de le constater avec l’affaire
EFFOUDOU Camille700 relative à une autre contestation portant sur une voisine mesure de
révocation des personnels de la sureté nationale. Dans ce dernier cas en effet, il y a apporté
« une remarquable solution qui débrouille un état antérieur du droit évoluant en dents de
scie »701 en affirmant que le recours gracieux exercé contre un acte administratif intéressant le
personnel de la sûreté nationale peut être valablement adressé au Président de la République
ou au secrétaire général de la présidence agissant par délégation.

Toutes ces difficultés ne se seraient certainement pas posées si le décret n°64-DF-336


du 10 août 1964, portant désignation du ministre chargé de recevoir les recours gracieux,
étaient resté en vigueur. L’article premier dudit décret était de nature à empêcher toute sorte
d’imbroglio sur la question de l’autorité adressataire dudit recours. Il disposait en effet que
« Le ministre délégué à la Présidence, chargé de l’Administration territoriale et de la
fonction publique fédérale est chargé de recevoir les recours gracieux en matière d’excès de
pouvoir et les demandes d’indemnité, en dommages intérêts ou réparations de toute nature
fondées sur la responsabilité de la République fédérale à raison d’acte administratifs ou de
faits juridiques avant tout recours contentieux ».

Mais, quoi qu’il en soit, au regard de cet imbroglio jurisprudentiel, une question
pertinente demeure : la notion de ministre compétent est-elle si claire et si précise que le
risque d’erreur puisse être exclu ? Que non ! Le jugement ESSOMBA NTONGA Gabriel
précité en fournit une démonstration éclatante. En l’espèce, le requérant, candidat malheureux
au concours d’inspecteurs de la jeunesse et des sports, insatisfait des résultats, avait saisi le
ministre de la jeunesse et des sports d’un recours gracieux tendant à l’annulation des épreuves
dudit concours. Le ministre lui ayant opposé une réponse négative, sieur ESSOMBA a saisit
la Chambre Administrative de la Cour Suprême, laquelle déclara son recours contentieux
irrecevable, motif pris de ce qu’il devait adresser son recours gracieux au ministre de la
fonction publique et à lui seul parce que l’organisation du concours lui incombe.

Nous pensons que cette position a été trop sévère car en effet, il parait bien excessif de
reprocher à un administré d’avoir saisi le ministre de la jeunesse et des sports alors qu’il

700
CS/CA, jugement n°19/ADD/CS/CA du 31 décembre 1992, EFFOUDOU Camille contre Etat du Cameroun.
701
ABA’A OYONO (J.-C.), « Chronique du grain de sable dans la fluidité jurisprudentielle … », [Link]., P.67.

237
s’agissait précisément d’annuler un concours d’inspecteurs de la jeunesse et des sports. Il va
sans dire qu’un tel plaideur était de bonne foi, encore que la théorie de la « compétence
plausible », suggérée par M. Alain Serge MESCHERIAKOFF, ait pu trouver bonne
application en l’espèce. Celle-ci postule que « lorsqu’il peut y avoir doute dans l’esprit d’un
non spécialiste sur la personne du ministre compétent, ce doute doit profiter au
requérant »702. Une jurisprudence aussi incertaine ne peut que renforcer l’inquiétude des
justiciables, surtout qu’on ne peut raisonnablement faire reproche à ces derniers de ne pas
savoir qui saisir alors qu’on ne leur a pas indiqué clairement à qui s’adresser. Pourtant,
comme l’a lumineusement proposé M. Henri JACQUOT, « il aurait peut-être été plus avisé
de décider que pour l’Etat, les recours gracieux doivent être adressés soit à l’autorité qui a
pris la décision contestée ou causé le dommage, soit à son supérieur hiérarchique »703.
C’est, nous semble-t-il, dans ce sens qu’est allé le législateur dans la nouvelle loi fixant
l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs au Cameroun.

Ainsi, en reformulant la première condition relative à l’autorité adressataire du recours


gracieux préalable au contentieux, l’article 17 alinéa 1 de ladite loi répond aux attentes des
justiciables, jadis déroutés par l’imprécision et les difficultés d’interprétation
jurisprudentielles704 du terme « ministre compétent » contenu dans l’article 12 de
l’ordonnance n°72/6 précité, aujourd’hui abrogé. Désormais, le recours gracieux doit être
« adressé à l’autorité auteur de l’acte attaqué ou à celle statutairement habilitée à
représenter la collectivité publique ou l’établissement public en cause »705. Cette disposition
remarquable, dont les termes « autorité auteur de l’acte attaqué » vont sans doute recevoir un
écho favorable en doctrine en raison de leur précision, traduit là l’intention du législateur de
faciliter dorénavant l’accès des justiciables au prétoire du juge administratif et on ne saurait
d’ailleurs s’en plaindre706.

Dès lors, toute personne qui souhaite amener l’administration à exécuter une décision
de justice peut saisir directement l’autorité administrative qui s’en est abstenue de le faire ou

702
MESCHERIAKOFF (A. S.), « Le régime juridique du recours gracieux préalable dans la jurisprudence
administrative camerounaise », RCD, série II, n°15 et 16, 1978, P.45.
703
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°8, P.114.
704
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), « La réforme attendue du contentieux administratif au Cameroun : A propos de
la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des Tribunaux
Administratifs », Juridis périodique n°70, avril-mai-juin 2007, P.28.
705
V. art.17 al.1 de la loi n°2006/022 précitée.
706
KEUTCHA TCHAPNGA (C.), « La réforme attendue du contentieux administratif … », [Link]., P.28.

238
qui l’a mal exécuté par le biais du recours gracieux préalable, lequel peut également avoir des
incidences sur le recours contentieux.

2- L’incidence de la négociation sur le recours contentieux

Comme précédemment indiqué, le recours gracieux a pour finalité, non seulement


d’informer l’administration sur les intentions de ceux qui l’exercent, mais également de
favoriser un règlement à l’amiable du litige en amenant cette dernière à exécuter la décision
du juge. Il va sans dire que son introduction régulière conditionne alors la suite de la
procédure707. Ainsi, l’administration est libre de réserver à ce recours le sort qui lui plaira.
C’est ainsi que selon les cas, elle pourra soit l’admettre et éviter tout recours contentieux en
exécutant la chose jugé (a), soit alors le rejeter et le cas échéant, le bénéficiaire de la décision
de justice non exécutée saisira le juge administratif.

a) En cas de réussite de la négociation

Réclamation portée devant les autorités administratives compétentes, le recours


gracieux s’analyse en une première étape de solution du litige708 entre l’administration et ses
administrés. Pour le juge administratif camerounais, le but de ce recours est, « non pas
d’informer l’administration de l’existence d’une revendication, mais de lui permettre
éventuellement de prendre ou de réformer telle décision »709. Cette position a été renchérie
par le Pr. GUIMDO DONGMO qui estime que le recours gracieux est adressé à
l’administration pour l’inviter, selon les cas, soit à retirer l’acte dont la légalité est remise en
cause, soit à réparer le préjudice que son action ou son inaction aurait causé aux
administrés710.

Cela dit, lorsqu’elle est saisie par un administré bénéficiaire d’une décision de justice
restée inexécutée, l’administration peut décider de faire droit à la réclamation de ce dernier en
se conformant à la chose jugée. Elle pourra alors retirer l’acte annulé avec toutes les
conséquences qui en découlent ou simplement le réformer en y extirpant le vice qui
l’entachait. Dans d’autres hypothèses, l’exécution de la décision juridictionnelle peut
également commander la prise d’un acte administratif ou le paiement d’une somme d’argent ;

707
BOCKEL (A), Droit administratif, [Link]., P.432.
708
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.86.
709
CFJ/SCAY, arrêt n°47/CFJ/SCAY du 30 Avril 1968, MBASSI MEDJO Nicolas contre Etat du Cameroun Oriental.
710
GUIMDO DONGMO (B.-R.), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun : contribution à
ème ème
l’étude d’un droit fondamental », Revue de la recherche juridique-droit prospectif, 33 année, 121
numéro, 2008-1, P.469.

239
l’administration s’en acquittera alors et l’administré qui aura ainsi obtenu satisfaction ne
s’engagera plus dans une phase contentieuse. Mais, très souvent, se fondant sur un certain
nombre de raisons, il arrive que ledit recours soit plutôt rejeté.

b) En cas d’échec de la négociation.

Pareillement au recours contentieux, le recours gracieux préalable peut faire l’objet


soit d’une acceptation, soit d’un rejet. Dans ce dernier cas, l’administration oppose une fin de
non recevoir à la demande qui lui est soumise et persiste, ce faisant, dans son intention de ne
pas exécuter la sentence juridictionnelle. Le rejet du recours gracieux par l’administration
peut être soit implicite, soit explicite.

Il est explicite lorsque par une décision expresse, l’administration fait savoir au
requérant que pour des raisons plus ou moins justifiées, elle n’entend pas exécuter la décision
du juge qui la condamne à une obligation de faire, de s’abstenir de faire ou de payer. Quant au
rejet implicite, il résulte du silence gardé par l’administration pendant un certains temps.

Au terme de l’article 17 alinéa 2 de la loi n°2006/022 précité, « constitue un rejet du


recours gracieux, le silence gardé par l’autorité pendant un délai de trois mois sur une
demande ou réclamation qui lui est adressée. Ce délai court à compter de la notification du
recours gracieux ». Dans une telle hypothèse, elle n’exécute pas la décision et ne dit mot sur
les mobiles qui fondent son inaction ou son abstention.

En tout état de cause, le rejet du recours gracieux introduit par l’administré, qui
s’estime lésé par l’inexécution d’une décision de justice qui lui est favorable, ne met pas un
terme à la procédure engagée par ce dernier, puisqu’il lui est permis de saisir à nouveau le
juge, mais il devra veiller à ce que sa requête contentieuse soit conforme aux prescriptions
légales exigées pour sa recevabilité.

B- Les conditions de recevabilité de la requête contentieuse

Le juge administratif est saisi par requête suite au rejet du recours gracieux préalable.
Mais, pour que cette requête puisse être examinée au fond par le juge, celui-ci vérifie d’entrée
de jeu si toutes les conditions de recevabilité sont réunies. Les unes sont attachées à la
personne du requérant (1) tandis que les autres sont relatives à l’acte et aux délais (2).

240
1- Les conditions relatives au requérant

Avant d’introduire un recours contentieux, tout justiciable potentiel doit au préalable


s’assurer qu’il réuni toutes les conditions requises pour exercer le recours envisagé. Dans
l’affaire SENDE Joseph contre Etat du Cameroun711, le juge affirmait « qu’il est de règle que
le recours en annulation n’est recevable que si le requérant remplit certaines conditions
consistant respectivement en la capacité d’ester en justice, l’intérêt à l’annulation de l’acte
attaqué et la qualité pour le déférer au juge administratif ». Il s’en suit que de tout temps,
les principales conditions relatives à la personne du requérant ont toujours été de trois ordres :
l’intérêt (a), la qualité (b) et la capacité (c).

a) L’intérêt

Généralement considérée comme liée à l’existence du droit, la notion d’intérêt


échappe à toute tentative de définition712. Dans cette occurrence, a intérêt toute personne qui
est titulaire d’un droit méconnu ou violé. Il est de principe, en droit processuel, que celui qui
entend saisir le juge doit pouvoir justifier d’un intérêt à demander l’annulation d’une décision
ou la réparation d’un préjudice. Plus prosaïquement, l’intérêt suppose un espoir de gain
pécuniaire, matériel ou moral, en cas de succès de l’action intentée contre l’administration713.
Très souvent, cette condition est aisément satisfaite lorsque le requérant demande la
reconnaissance, à son profit, d’un droit subjectif714.

S’agissant particulièrement du recours pour excès de pouvoir, l’exigence de l’intérêt à


agir trouve sa justification dans le fait qu’en pareille hypothèse, on assiste à un procès dirigé
contre un acte faisant grief. Pour cette raison, il serait donc inopportun qu’une personne
attaque un tel acte alors même qu’il n’a pas porté atteinte, de quelque manière que ce soit, à
son intérêt715. C’est du reste ce qui ressort de certaines décisions du juge administratif
camerounais qui, chaque fois qu’il est saisi, s’assure toujours que le requérant a un intérêt
personnel à agir, ou qu’il a simplement un intérêt relativement à la solution du litige716.

711 er
CS/CA, jugement du 1 février 1985, SENDE Joseph contre Etat du Cameroun.
712
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge en droit camerounais, Thèse de
Doctorat en droit public, Université de Douala, 2001, P.382.
713
GUIMDO DONGMO (B.-R.), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun … », [Link]., P.472.
714
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.795.
715
Ibid.
716 er
CS/CA, jugement du 1 février 1985, SENDE Joseph contre Etat du Cameroun.

241
En tout état de cause, le requérant doit toujours justifier d’un intérêt à la solution du
litige pour lequel il entend saisir le juge. Autrement dit, il doit avoir un droit à préserver par le
biais de son recours car, si celui-ci n’est pas susceptible de lui offrir une certaine utilité, sa
demande doit être déclarée irrecevable717. Il y a là une solution de bon sens qu’exprime
l’adage « pas d’intérêt pas d’action ». L’administré dispose par exemple d’un intérêt à son
recours si l’acte attaqué ou encore l’attitude de l’administration déférée devant le juge affecte
sa situation de manière défavorable, notamment en lui causant un grief ou un préjudice et si,
corrélativement, la décision à intervenir lui procurera un avantage quelconque. Il va sans dire
que l’administré bénéficiaire d’une décision de justice restée lettre morte a tout intérêt à saisir
le juge afin qu’il la fasse exécuter.

L’intérêt peut être matériel ou moral. Pour être admissible, il doit remplir plusieurs
conditions. En effet, l’intérêt doit être personnel car c’est le requérant personnellement qui
doit être affecté. On rapproche de l’intérêt personnel, l’intérêt fonctionnel qui permet au
titulaire d’une fonction d’agir en vue de protéger les prérogatives de sa fonction, notamment
de conseiller communal, de délégué syndical… Il doit être direct, ce qui signifie que la
mesure sollicitée du juge doit procurer au requérant une satisfaction immédiate et effective ;
certain et non pas simplement éventuel ou hypothétique ; actuel, c’est-à-dire qu’il doit non
seulement exister lors de l’introduction du recours, mais aussi subsister durant toute
l’instance. Il doit enfin être légitime, et ne pas tendre à assurer la protection d’une situation
illégale, ou qui serait contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs. En plus de cet intérêt, le
requérant doit également avoir la qualité requise.

b) La qualité

La qualité pour agir est souvent présentée comme le résultat de la réunion, chez le
requérant, de l’intérêt et d’autres éléments, à l’instar de la capacité718. La personne qui entend
saisir le juge doit également avoir la qualité requise pour le faire. D’après M. Patrick
CHARLOT, « la doctrine est unanime pour reconnaître trois sens à "qualité" sans compter
le sens commun »719. Le premier renvoi à la qualité à agir pour autrui, le deuxième à la
situation juridique du demandeur, mieux encore au titre en vertu duquel il peut engager un
procès, voire à la qualité en laquelle le requérant agit720. Quant au troisième sens, il fait

717
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]. P.76.
718
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.117.
719
CHARLOT (P), « L’actualité de la notion de "qualité donnant intérêt à agir" », RFDA, 1996, n°3, P.481.
720
Idem, P.482.

242
allusion au pouvoir de saisir le juge et de l’obliger à statuer sur le bien fondé d’une
demande721.

Plusieurs décisions de justice ont souvent tendance à confondre les notions de qualité
et d’intérêt. Sans doute, ces deux notions se rapprochent sensiblement 722, ce d’autant plus que
même le juge administratif camerounais a du mal à les dissocier, eu égard au fait que dans
certaines affaires qui lui ont été soumises, il s’est complètement emmêlé les pédales en
décidant que le requérant « a intérêt et donc qualité » pour exercer telle action en justice723.
Pour lui en effet, « la qualité suppose que le requérant puisse justifier d’un droit lésé »724.
Au delà de cette confusion, nous pouvons dire que la qualité est le titre juridique en vertu
duquel une personne intente une action en justice. Elle est davantage reconnue dans le
contentieux de pleine juridiction que dans celui de l’excès de pouvoir725.

Dans le contentieux de pleine juridiction en effet, seuls les requérants justifiant d’un
droit lésé peuvent prétendre avoir la qualité pour agir. Il s’agit, plus simplement, des
requérants qui peuvent se prévaloir d’une situation juridique concrète, génératrice à leur profit
d’un droit dont ils se prétendent titulaire. Dans le contentieux de l’excès de pouvoir ou de
l’annulation par contre, le potentiel justiciable n’a pas besoin d’invoquer un droit à l’appui de
son recours. Il ne suffit donc pas que les conséquences d’une décision portent atteinte à ses
intérêts pour qu’il puisse l’attaquer. A ce sujet, M. Raymond ODENT ajoute qu’« il faut en
outre que ces conséquences l’atteignent en une qualité, à un titre que la jurisprudence
considère comme étant au nombre de ceux justifiant la recevabilité du recours »726, encore
faut-il également qu’il ait la capacité juridique.

c) La capacité

Cette condition s’impose aussi bien aux personnes physiques que morales. Concernant
la capacité d’ester en justice, il convient de reconnaître que son étude ne pose pas de problème
sérieux lorsque le sujet de droit est une personne physique. En effet, la condition relative à la

721
GUIMDO DONGMO (B.-R.), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun … », [Link]., P.472.
722
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.381.
723
C’est du reste ce qui ressort des décisions suivantes : Ordonnance n°7/OR/CS/PCA/77-78 du 03 juin 1978,
LELE Gustave contre Etat du Cameroun ; Ordonnance de référé n°15/OR/CS/PCA/90-91 du 18 juillet 1991,
LABOGENIE contre Etat du Cameroun (MINUH).
724
CS/AP, Arrêt n°4/ADD du 16 décembre 1982, NDOUGSA Valentin contre Etat du Cameroun (MINUH).
725
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.117.
726
ODENT (R.), cité par JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.117.

243
capacité ne pose pratiquement aucune difficulté majeure, dans la mesure où l’administré qui
sollicite l’exécution d’une décision de justice est presque toujours capable.

La capacité en elle-même est l’aptitude d’une personne à être titulaire de droits et


d’obligations, à agir en justice. Elle est, comme l’affirme M. Lionel GUESSELE ISSEME,
« est une condition qui justifie l’existence d’une personne physique ou morale pouvant agir
en justice »727. La capacité suppose donc une majorité, d’où l’exigence d’une personnalité
juridique pour les personnes morales, ainsi que l’exclusion des personnes physiques mineures
non émancipées728. Selon le Doyen Maurice KAMTO, il est de principe que « tout procès en
justice ne peut être ouvert que sur la base d’une requête introduite par une personne
juridiquement capable »729.

En ce qui concerne les personnes morales et, s’agissant tout particulièrement des
associations, il importe préalablement de leur donner une définition. Ainsi, au terme de
l’article 2 de la loi n°90/053 du 19 décembre 1990 relative à la liberté d’association,
« l’association est la convention par laquelle des personnes mettent en commun leurs
connaissances ou leurs activités dans un but autre que le partage des bénéfices ».

L’article 6 du même texte conditionne l’existence de la personnalité juridique par la


formalité préalable de la déclaration. Il y a donc lieu d’affirmer que l’association n’acquiert la
personnalité juridique qu’à partir du moment où elle est déclarée. Cette idée découle d’ailleurs
de l’article 10 alinéa 2 de la loi précitée, laquelle n’accorde la prérogative d’ester en justice
qu’aux associations régulièrement déclarées.

C’est dire donc que concernant cette catégorie de personnes morales, la capacité
suppose qu’elles existent juridiquement, c’est-à-dire qu’elles n’aient la personnalité juridique
que pour autant qu’elles aient été régulièrement déclarées. Mais exceptionnellement, le juge
administratif admet les recours introduits par les personnes morales de fait, notamment les
associations non déclarées, comme il l’a fait dans l’affaire MOUELLE KOULA Eitel contre
Etat Fédéral du Cameroun730.

727
GUESSELE ISSEME (L. P.), L’apport de la Cour Suprême au droit administratif camerounais, [Link]., P.327.
728
GUIMDO DONGMO (B.-R.), « Le droit d’accès à la justice administrative au Cameroun … », [Link]., P.471.
729
KAMTO (M.), « La fonction administrative contentieuse de la Cour Suprême du Cameroun », in Les Cours
Suprêmes en Afrique (sous la direction de Gérard CONAC et Jean DUBOIS De GAUDUSSON), Paris, Economica,
1988, P.44.
730
CFJ/SCAY, Arrêt n°178/CFJ/SCAY du 29 mars 1972, MOUELLE KOULA Eitel contre Etat Fédéral du Cameroun.

244
Quoi qu’il en soit, la dimension personnelle qui vient d’être étudiée est une condition
nécessaire mais pas suffisante pour que la demande contentieuse soit recevable en la forme ;
encore faudrait-il que celle-ci soit dirigée contre un acte administratif et introduite dans les
délais requis.

2- Les conditions relatives à l’acte et aux délais

S’agissant toujours des exigences de forme, le juge administratif est tenu de vérifier
que l’acte déféré à sa censure rempli les conditions requises (a) et que la requête a été
introduite dans les délais prescrits par la loi (b).

a) Les conditions relatives à l’acte querellé

Généralement, le recours doit être dirigé contre un acte administratif. Mais s’agissant
d’une requête tendant à l’exécution d’une décision de justice, ce n’est pas tant un acte qui est
contesté mais beaucoup plus l’abstention de l’administration, l’acte ne pouvant exister que
lorsqu’elle refuse expressément de se soumettre à la chose jugée. Dans ce dernier cas, l’acte
par lequel l’administration exprime son refus d’exécuter la décision de justice doit réunir les
critères dégagés par le juge administratif, d’abord dans l’affaire NGONGANG NJANKE
Martin731 précitée, dans laquelle il a décidé que « l’acte administratif est un acte juridique
unilatéral, pris par une autorité administrative, dans l’exercice d’un pouvoir administratif,
et créant des droits et des obligations pour les particuliers ».

En suite, dans l’espèce Association "Le tabernacle des aigles"732. Ici, il a décidé que
« pour qu’un acte soit susceptible d’être déféré devant le juge administratif, il faut
satisfaire à deux catégories de conditions de forme et de fond…s’agissant des conditions de
forme, il faut notamment que l’acte soit pris unilatéralement par l’autorité habilité à le
faire…en ce qui concerne les conditions matérielles ou de fond, il faut notamment que
l’acte soit décisoire, à savoir qu’il porte atteinte aux droits et intérêts légaux du
recourant ».

C’est dire que l’acte portant refus d’exécution d’une décision de justice doit émaner de
l’autorité dont l’exécution relève de sa compétence. Aussi, l’abstention décriée et déférée
devant le juge doit être le fait de cette même autorité à laquelle l’exécution incombe. Le cas

731
CFJ/AP, Arrêt n°20/CFJ/AP du 20 mars 1968, NGONGANG NJANKE Martin contre Etat du Cameroun.
732
CS/CA, jugement n°38/04-05 du 29 décembre 2004, Association "Le tabernacle des aigles" contre Etat du
Cameroun (MINATD).

245
échéant, l’administré pourra alors remettre en cause cette attitude tout en respectant les délais
du recours contentieux.

b) Les conditions relatives aux délais

Au terme de l’article 18 de la loi n°2006/022 précitée, les recours contre les décisions
administratives doivent être introduits, à peine de forclusion, dans un délai de soixante (60)
jours à compter de la décision de rejet du recours gracieux préalable, lequel délai court à
compter du lendemain du jour de la notification à personne ou à domicile élu. Il s’agit donc
des délais francs. Le respect des délais prévus par la loi s’impose comme un impératif en
matière de procédure administrative contentieuse. Il conditionne le déroulement du procès
dans la mesure où un acte administratif non contesté devant le juge dans les délais impartis ne
peut plus l’être par la voie contentieuse.

Toutefois, quelques tempéraments sont tout de même prévus. Ainsi, les délais sont
prorogés si le requérant a eu, en temps utile, soit à déposer une demande d’assistance
judiciaire, soit à saisir une juridiction incompétente. Dans ces deux hypothèses, le recours
contentieux est valablement introduit dans les soixante jours suivant la notification de la
décision statuant sur la demande d’assistance judiciaire ou sur la compétence733.

Aussi pourrait-on se demander ce qu’il adviendrait si un administré, après avoir saisi


une juridiction incompétente, se ravise et avant que cette dernière n’ait statué sur sa requête,
saisit le juge compétent. Deux solutions sont envisageables. S’il est encore dans les délais du
recours, aucun problème ne se posera. Par contre, si les délais sont expirés, le juge
administratif va déclarer sa requête irrecevable ; la prorogation n’étant valable
qu’accompagné du jugement d’incompétence de la juridiction saisie par erreur.

Au demeurant, l’administré qui souhaite attaquer le refus, par l’administration,


d’exécuter une décision de justice qui lui est favorable doit au préalable se rapprocher de cette
dernière pour lui demander de s’exécuter et ce n’est que lorsqu’elle persiste dans son refus
qu’il peut saisir le juge administratif. L’examen de sa requête suppose que toutes les
conditions de sa recevabilité aient été remplies. Le cas échéant, son recours pourra alors
produire l’effet escompté.

733
V. art.19 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.

246
PARAGRAPHE II : LES SUITES DES RECOURS OUVERTS AU REQUERANT

Lorsque le requérant a rempli les conditions requises sur le plan de la forme et que les
moyens développés par lui s’avèrent suffisants et pertinents, le juge ne manque pas de lui
donner gain de cause. Mais, il convient d’indiquer que la décision prononcée par le juge varie
en fonction du type de recours dont il a été saisi. C’est ainsi que selon les cas, soit il procèdera
à l’annulation de l’acte par lequel l’administration viole la chose jugée, en cas de recours pour
excès de pouvoir (A), soit alors il accordera les dommages intérêts s’il a été plutôt saisi d’un
recours de pleine juridiction (B).

A- L’annulation en cas de recours pour excès de pouvoir.

Il va de soi que l’activité administrative est dans la quasi-totalité des cas soumise au
contrôle du juge. Ainsi, lorsqu’il advient que l’acte qu’elle a pris s’avère contraire à une
décision de justice et donc entaché d’excès de pouvoir, ledit acte, déféré devant le juge, est
purement et simplement annulé. C’est d’ailleurs ce qu’a déclaré le juge administratif
camerounais dans l’affaire Claude HALLE précité. En l’espèce, sieur Claude HALLE avait
saisi la Cour Fédérale de Justice d’un recours tendant à obtenir l’annulation de la décision de
refus, opposée par Monsieur le Trésorier Payeur de Douala, à sa demande de main levée de la
caution qui lui a été accordée par sa banque pour garantir le paiement de ses impôts au motif
pris de ce qu’un article n°21.749 du rôle émis à son encontre avait été annulé par le Tribunal
d’Etat suivant l’arrêt n°212 du 29 septembre 1962. Appelé à statuer, le juge de l’espèce dit
alors :

« Considérant qu’il est constant que l’article du rôle n°21.749 émis à l’encontre du
sieur Claude HALLE a été annulé par Arrêt n°212 rendu le 29 septembre 1962 par le
Tribunal d’Etat et devenu définitif … ;
Considérant que les actes par lesquels l’administration viole la chose jugée sont
entachés d’excès de pouvoir et encourent l’annulation pour avoir méconnus l’autorité de la
chose jugée ;
Que dans le cas de l’espèce, la décision de refus du Trésorier Payeur de Douala
fondée sur un article du rôle régulièrement annulé par Arrêt devenu définitif, viole
l’autorité de la chose jugée dudit Arrêt n°212 rendu le 29 septembre 1962 ;
Qu’elle encourt par suite l’annulation ».

247
Faisant donc droit à la demande du requérant, le juge a annulé la décision de refus du
Trésorier Payeur de Douala à donner main levée de la caution accordée à sieur Claude
HALLE par la Société Générale de Banque, pour excès de pouvoir. Il s’en suit donc que
l’autorité administrative qui ne respecte pas la chose jugée commet ainsi une irrégularité
assimilée à la violation de la loi. Et, lorsqu’elle cherche, même implicitement, à échapper aux
conséquences d’une décision de justice, il n’en demeure pas moins que les actes qu’elle
accomplit en visant un tel but sont entachés de détournement de pouvoir734.

Il y a donc lieu de se rendre compte que l’annulation contentieuse produit parfois des
conséquences inestimables. Non seulement elle a un effet rétroactif (2), mais également elle
s’impose à tout le monde, de par son effet erga omnes (1).

1- L’effet erga omnes de l’annulation.

Au regard de leur objet, les décisions d’annulation des actes administratifs peuvent
avoir un effet erga omnes735. En réalité, dire d’une annulation contentieuse qu’elle a un effet
erga omnes implique effectivement que l’autorité absolue de la chose jugée dont sont revêtues
les décisions rendues, à la suite d’un recours pour excès de pouvoir, s’imposent à tout le
monde, indépendamment du fait qu’ils aient été partie au procès ou non. Elle peut donc
produire ses effets à l’égard de tous. Concrètement, cela signifie que le bien-fondé de ce qui a
été jugé doit être invariablement tenu pour acquis envers tous les sujets de droit, tout au moins
dans l’ordre juridique interne. La chose jugée ne saurait être remise en cause, réexaminée,
voire ignorée par qui que ce soit, c’est-à-dire qu’elle ne peut l’être ni par les parties,
personnes privées physiques ou morales, ni par l’administration, ni même par une autre
juridiction, encore moins par le même juge.

Vu sous cet angle, une décision d’annulation, lorsqu’elle est revêtue de l’autorité
absolue de la chose jugée, peut s’appliquer à tout le monde et toute personne peut s’en
prévaloir, parce qu’elle est opposable à tous. L’effet absolu tient ici à la nature du recours
pour excès de pouvoir, qualifié à juste titre de recours objectif, dans la mesure où il s’analyse
en un procès intenté contre un acte administratif ; un procès fait à un acte pour rétablir la
légalité. Et la légalité s’imposant à tous, on comprendrait mal qu’une décision d’annulation

734
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, [Link]., P.52.
735
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », RFDA, 2008, P.238.

248
d’un acte illégal ne valle que pour les parties en cause. Il résulte de ce qui précède que la
décision d’annulation s’impose à l’administration, aux tiers et aux tribunaux736.

La décision d’annulation rendue par le juge de l’excès de pouvoir s’impose à


l’administration, auteur de l’acte illégal qui a été juridiquement sanctionné. Ainsi, ne pouvant
se soustraire à l’autorité de la chose jugée, elle doit respecter la décision du juge, sous peine
de commettre une seconde illégalité également susceptible de recours. L’Administration est
donc tenue de s’exécuter et de tirer toutes les conséquences découlant de la sentence
prononcée par le juge.

La décision d’annulation a également un effet absolu à l’égard des tiers. Tous les
administrés soumis à une disposition annulée ne peuvent plus s’en prévaloir, qu’ils aient été
appelés au procès ou pas. De même, la décision annulée sort définitivement de
l’ordonnancement juridique et de ce fait, elle ne peut plus leur être opposable. La décision
d’annulation s’impose enfin aux tribunaux qui ne peuvent plus faire recours à l'acte annulé au
cours de leur office pour trancher les litiges qui leur sont soumis. Ils sont donc aussi inféodés
à la décision du juge de l’annulation.

Il convient de préciser toutefois qu’aux yeux des administrés, justiciables potentiels ou


effectifs, l’autorité qui s’attache aux décisions de la juridiction administrative ne sera
matérialisée que par son exécution concrète face à une administration parfois récalcitrante737.
Cette exécution suppose que la situation qui prévalait antérieurement à l’édiction de l’acte
annulé soit rétablie. C’est dire que la décision du juge doit donc pouvoir produire un effet
rétroactif.

2- L’effet rétroactif de l’annulation.

Les décisions d’annulation emportent des conséquences certaines et non négligeables


au plan temporel. La décision rendue par le juge doit produire son plein effet, lequel consiste,
pour l’administration, à prendre toutes les mesures nécessaires visant à remettre les choses en
l’état, car l’acte annulé se doit de disparaître avec tous ses effets juridiques réalisés. Il sort de
l’ordonnancement juridique et est considéré comme n’ayant jamais existé. En d’autres termes,
la disparition complète des effets de la mesure illégale qui a été annulée oblige
l’administration à rétablir la situation juridique antérieure par un retour au statut quo ante. On

736
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.229.
737
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.239.

249
parle alors de l’effet rétroactif attaché aux décisions du juge administratif. Pour cette raison,
l’autorité des annulations pour excès de pouvoir a un caractère d’ordre public et doit être, en
conséquence, soulevée même d’office par le juge au cours d’un procès. La Cour Fédérale de
Justice, siégeant en sa Section du Contentieux Administratif de Yaoundé, l’a d’ailleurs fait
dans l’affaire EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré du Cameroun
Oriental738.

Ainsi, tous les administrés, sans distinction aucune, de même que l’administration et le
juge se retrouvent dans la situation antérieure à la date d’entrée en vigueur de l’acte annulé. Il
va sans dire que l’annulation contentieuse « annihile l’acte injuste, efface toutes ses
conséquences comme le soleil fond la glace sur nos grands lacs »739. Vu sous cet angle, les
dispositions réglementaires ou individuelles abrogées par la décision annulée sont à nouveau
applicables. Pour exemple, l’annulation de la révocation d’un fonctionnaire oblige
l’administration à le réintégrer dans son emploi et à reconstituer sa carrière pour compter de la
date de révocation740.

Il convient néanmoins de souligner que l’effet rétroactif des annulations contentieuses


souffre cependant de quelques exceptions741 sur lesquelles nous avons consacré de longs
développements ci-dessus742. Mais en sus, c’est l’occasion de repréciser que, lorsqu’un
jugement annule une décision administrative, celle-ci est censée n'avoir jamais existé.
L'administration doit donc en effacer tous les effets directs ou indirects depuis l'origine.
Cependant, dans l'intérêt du demandeur, tout comme dans celui de l'administration, il est
parfois difficile, voire impossible d'appliquer la restitution in integrum de façon absolue.

Un changement des circonstances peut conduire à une restriction de la rétroactivité


d’une décision du juge administratif743. Ainsi, la rétroactivité ne rend pas illégales les mesures
prises par un fonctionnaire dont la nomination ou la promotion a été annulée. Dans une telle
situation, la juridiction considère que l'agent doit être regardé comme ayant été régulièrement
investi de ses fonctions et que ses actes ne peuvent être rétroactivement déclarés illégaux. La
solution contraire imposerait aux administrés de s'enquérir systématiquement, auprès du

738
CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré
du Cameroun Oriental.
739
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.38.
740
CE, 26 décembre 1925, Rodière, Rec. P.105.
741
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]., P.85.
742
Voir nos développements faits dans la première partie de cette thèse, titre 2, chapitre 2, section 1.
743
V. Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.9.

250
représentant de l'organisme public, des conditions et de la régularité de l'investiture de ses
agents. Ce qui n’est pas toujours aisé, même si quelques fois, l’inexécution peut donner droit
à réparation par l’octroi des dommages intérêts.

B- L’octroi des dommages-intérêts en cas de recours de pleine


juridiction.

Lorsque l’administration ne s’acquitte pas de son obligation au terme d’un procès, le


requérant a la latitude de rechercher une solution dans la réparation du préjudice à lui causé
par cette dernière, du fait de l’inexécution de la chose jugée. L’obstination de l’administration
à exécuter les décisions d’annulation peut ainsi trouver un début de solution dans l’indemnité
accordée au requérant. Faute de sanctions contre l’administration, le contentieux de l’excès de
pouvoir, à l’instar de celui de pleine juridiction, peut ouvrir au requérant une relative voie de
réparation744.

Ainsi, l’administré qui n’a pas été rétabli dans son droit, suite à l’annulation d’une
décision illégale lui faisant grief, peut trouver satisfaction en intentant un recours de pleine
juridiction à l’issue duquel il pourra se voir octroyer une indemnité. Cependant, afin de lui
permettre de percevoir ladite indemnité, il est nécessaire que certaines conditions soient
réunies (1) et que le montant soit liquidé (2).

1- Les conditions de l’indemnisation.

Il n’est pas inutile de rappeler, d’entrée de jeu, que l’octroi des dommages intérêts vise
à réparer le préjudice dont a souffert le requérant du fait de l’inexécution, par l’administration,
d’une décision de justice dont il est bénéficiaire. L’indemnisation ne lui est due que si le
préjudice qu’il estime avoir subi présente certains caractères le rendant effectivement
indemnisable. Et pour être donc indemnisable ou réparable, le préjudice en question se doit
d’être matériel ou moral, né et actuel, direct, certain et personnel, ainsi que l’a affirmé le juge
administratif depuis 1955 dans l’affaire BIAO745.

Lorsque la décision à exécuter est, par exemple, relative à l’annulation d’un acte
portant révocation d’un fonctionnaire, le caractère personnel du préjudice implique que le
dommage soit limité au seul fonctionnaire ayant fait l’objet de la mesure de révocation

744
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.235.
745
CCA, arrêt n°352/CCA du 12 juillet 1955, BIAO contre Territoire du Cameroun.

251
annulée, tandis que le préjudice direct est celui qui résulte immédiatement de la décision à
exécuter746. L’évidence du lien de causalité existant entre l’inexécution de la décision
juridictionnelle et le dommage que cela cause au requérant traduit parfaitement ce caractère
direct du préjudice indemnisable.

Le juge administratif applique très rigoureusement ces règles dans ses décisions, ainsi
que peut l’attester l’affaire NJIKI AKAM TOWA Maurice contre Etat du Cameroun747. En
l’espèce, le requérant avait cru pouvoir valablement demander réparation, pour lui-même et
ses six enfants dont la scolarité et l’épanouissement avaient été frustrés, du fait de sa
révocation annulée plus tard pour illégalité. Mais, il s’est vu opposer une fin de non recevoir
partielle car dit le juge, s’il est établi qu’il a été personnellement touché par l’acte illégal, « la
situation ne saurait être la même pour ses enfants ; qu’en effet, ceux-ci n’ont aucun lien ou
rapport personnels, directs et certains avec l’administration employeur de leur père ».

En fin, le caractère certain du préjudice qui peut être moral ou matériel, s’il est prouvé,
est sujet à indemnisation. Il renvoi ainsi à tout préjudice qui a déjà été sûrement réalisé, ce qui
proscrit ipso facto tout droit à réparation du préjudice éventuel. Autrement dit, le droit à
réparation d’un préjudice futur est écarté par le juge. Toutefois, lorsqu’il se prononce
favorablement sur le principe de l’indemnisation, il doit encore procéder à la liquidation du
montant de l’indemnité.

2- La liquidation du montant de l’indemnité

Lorsqu’à la suite de l’inexécution d’une décision de justice, le juge condamne


l’administration au paiement des dommages intérêts, il doit, en principe, liquider le montant
de l’indemnité dans sa décision. Mais telle n’est toujours pas le cas, étant donné que parfois, il
renvoi le requérant devant l’administration afin qu’elle procède à la liquidation de
l’indemnité. Il l’a du reste fait dans les affaires CAILLOT Georges 748 et OTTAVIANI
Albert749. Le problème de la liquidation du montant de l’indemnité se pose davantage avec
acuité dans les causes intéressant les agents publics illégalement évincés de la fonction
publique.

746
ABA’A OYONO (J.-C.), La compétence de la juridiction administrative en droit camerounais, [Link]., P.146.
747
CS/AP, arrêt du 24 mars 1983, NJIKI AKAM TOWA Maurice contre Etat du Cameroun.
748
CCA, Arrêt n°770/CCA du 29 septembre 1956, CAILLOT Georges contre Administration du Territoire.
749
CCA, Arrêt n°777/CCA du 29 Septembre 1956, OTTAVIANI Albert contre Administration du Territoire.

252
La question à laquelle il faut répondre est celle de savoir lorsqu’une décision
irrégulière de l’autorité administrative, qui fait perdre son emploi à un agent public, vient à
être annulée par le juge administratif après un certain temps, cet agent peut-il prétendre à la
réparation d’un préjudice équivalent au traitement intégral qu’il aurait reçu s’il était resté en
fonction ou alors n’a-t-il droit qu’à une indemnité calculée en fonction d’autres critères
établis. Après avoir appliqué la théorie du traitement, le Conseil d’Etat français est
définitivement revenu sur sa position, et ceci dans l’arrêt DEBERLES 750, pour désormais
appliquer la théorie de l’indemnité.

Pour sa part, le juge administratif camerounais semble également avoir emprunté la


même trajectoire que son homologue français, puisqu’en 1952, dans l’affaire Dame
REGNAULT veuve OLLIVIER751, il a retenu le système dit du "rappel de traitement" c’est-à-
dire que la réparation accordée aux fonctionnaires lésés à la suite d’actes illégaux correspond
au traitement qu’ils auraient perçus s’ils avaient été maintenus en service. Mais par la suite, il
a commencé à appliquer la théorie de l’indemnité ainsi qu’on peut le voir dans l’espèce Dame
MACKONGO Agnès Flore752, consacrant de la sorte l’application de la règle du « service
fait »753.

Désormais, tout fonctionnaire irrégulièrement sanctionné et a fortiori révoqué, qui est


par la suite réadmis dans ses fonctions, ne peut plus prétendre au rappel intégral de son
salaire. Il pourra néanmoins recevoir une indemnité destinée à couvrir le préjudice réellement
subi. Mais bien plus tard, le juge est revenu, quoi qu’indirectement, sur la théorie du
traitement en affirmant implicitement dans certaines décisions754 que rien n’interdit que
l’indemnité calculée soit équivalente au traitement que le fonctionnaire aurait reçu.

Au demeurant, il y a lieu de relever, pour le déplorer, que le sous-développement des


techniques procédurales, la fréquente tolérance à l'égard du non-respect des délais de
procédure impartis à l'administration, ainsi que le trop faible souci de l'exécution pratique des
décisions rendues, laissent quelque peu rêveur sur le fonctionnement et surtout sur l’efficacité

750
CE, ass., 07 avril 1933, DEBERLES, Rec. CE 1933, P. 439.
751
CCA, arrêt n°192/CCA du 05décembre 1952, Dame REGNAULT veuve OLLIVIER contre Administration du
Territoire.
752
CFJ/CAY, arrêt n°201/CFJ/CAY du 18 août 1972, Dame MACKONGO Agnès Flore contre Etat Fédéré du
Cameroun Oriental.
753
AMSELEK (P.), « Une institution financière en clair-obscur : la règle du service fait », [Link]., P.438.
754
CS/CA, Jugement n°4/CS/CA/77-78 du 23 février 1978, BELINGA ZE Thomas contre Etat du Cameroun ;
CS/CA, jugement n°65/CS/CA du 31 mai 1979, ATANGANA ELOUNDOU Cyprien contre Etat du Cameroun.

253
de la justice administrative755. Face à une réticence réitérée de la personne publique, laquelle
peut être une collectivité locale, une autorité déconcentrée ou l’administration centrale elle-
même, le juge administratif se trouve parfois dans la pénible obligation de devoir répéter ses
décisions, sans réelle efficacité pratique dans la mesure où celles-ci restent toujours lettre
morte.

A ce sujet, un auteur a pu dire qu’on assistait là, en définitive, à d’affligeantes parties


de « ping-pong » juridictionnel, véritable constat d’échec de l’Etat de droit756. On conviendra
avec une autre opinion757 que c’est parce que le juge se limite à dire le droit, et n’a pas pour
fonction de le faire, que l’exécution de ses décisions lui échappe. Pour essayer donc de
surmonter ce handicap et donner un peu plus d’autorité à ses décisions, le juge administratif
se doit certainement de faire usage des pouvoirs coercitifs éventuels dont il dispose.

SECTION 2 : LES POUVOIRS COERCITIFS DU JUGE ADMINISTRATIF

Si l’usage des pouvoirs de contrainte, à l'encontre d'un simple particulier, ne soulève


aucune difficulté d'ordre juridique, ni pour le juge administratif, qui en use parfois, ni pour le
juge judiciaire, la situation juridique de l'administration est différente de celle d'un justiciable
ordinaire, en ce qu'elle assume une mission d'intérêt général pour l'exercice de laquelle lui
sont consentis certains privilèges, dits exorbitants du droit commun, lesquels tendent à
cantonner les pouvoirs reconnus au juge à son égard. C'est dans cette spécificité de l'activité
administrative, ainsi que du but propre poursuivi par l'administration, que peut résider le
fondement d'une interdiction faite aux juridictions de lui dicter la conduite à tenir. Il faut
ajouter à cela le fait que les biens des personnes publiques sont insaisissables, ce qui rend
encore plus difficile l'exercice des voies d'exécution forcées de droit commun.

Pourtant, l'administration a, comme les particuliers, l'obligation d'exécuter les


décisions de justice devenues définitives et revêtues de la formule exécutoire. Mais, que faire
lorsqu’elle refuse obstinément de se soumettre auxdites décisions, surtout lorsqu’elles ont été
prononcées à son encontre ? Le pouvoir exécutif détenant le monopole de la contrainte légale,
il n'est pas possible de le forcer à en faire usage contre lui-même. En outre, on sait que
traditionnellement est invoqué le principe de la séparation entre l’autorité juridictionnelle et
de l'administration active pour justifier la limitation des pouvoirs du juge. Ne dit-on pas

755
COHEN-TANUGI (L.), « L’avenir de la justice administrative », Pouvoirs, n°46, 1988, P.15.
756
COSTA (J.-P.), « L’exécution des décisions juridictionnelles », [Link]., P.70.
757
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L’exécution des décisions des juridictions internationales … », [Link]., P.16.

254
souvent que là où commencent les tâches d'administration, cesse l'intervention
juridictionnelle ?

Pendant longtemps, le juge administratif s'est refusé d’adresser des injonctions à


l'administration, a fortiori assorties d'une astreinte, en se fondant sur le principe de la
séparation des pouvoirs et son corollaire, le refus d'ingérence dans le fonctionnement des
services publics, motif pris de ce qu’il ne peut être administrateur758. Le commissaire du
gouvernement concluant sur la décision de principe "Le Loir", avait en effet indiqué à la
section du Contentieux du Conseil d'Etat que le juge administratif « ne saurait intervenir
dans la gestion du service public en adressant sous une menace de sanction pécuniaire des
injonctions, soit à l'administration, soit à ceux qui ont contracté avec elle, à l'égard
desquels elle dispose des pouvoirs nécessaires pour assurer l'exécution dudit service ».
Parallèlement, la jurisprudence du Conseil d'Etat refusait également de prononcer une
astreinte contre une personne privée en considérant qu'une telle demande était irrecevable,
l'administration demanderesse disposant à cet effet d'un pouvoir qu'elle pouvait exercer sans
avoir recours au juge759.

Il s'agit là du pouvoir d'adresser un ordre à l'administration active, mais sans que le


juge ne puisse substituer sa décision à celle de cette dernière. Or, si le juge administratif a, de
tout temps, cherché à limiter lui-même l'exercice de ce pouvoir, il devrait être conduit
progressivement à remettre en cause cette attitude, dans la mesure où de nouvelles
dispositions législatives sont venues étendre les possibilités d'usage de cette prérogative. La
consolidation de l'Etat de droit ne passe-t-elle pas notamment par un contrôle juridictionnel
renforcé et le recours aux pouvoirs plus contraignants ?

Il est constant que le juge ne peut se désintéresser de la question de l'effet utile des
décisions qu'il prononce. En effet, a quoi servirait une annulation ou une condamnation, si la
personne condamnée n'exécute pas ce qu'elle doit et remet ainsi en cause l'autorité de chose
jugée ? L’opportunité d'en tirer les conséquences, afin de pouvoir régler la délicate question
de l'exécution des décisions de justice, en fournissant au juge administratif un instrument
efficace pour lui permettre de contraindre l’administration récalcitrant, s’impose dès lors avec
acuité. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, car seuls les pouvoirs réels, reconnus au juge
administratif pour faire exécuter ses décisions, à l’égard de l’administration, favorisent la

758
CE, 27 janvier 1933, Le Loir, Rec. CE, 1933, P.136.
759
CE, 30 mai 1913, préfet Eure, Rec. CE, 1913, P.583.

255
valorisation de la justice administrative et encouragent les justiciables à saisir le juge
administratif. C’est dans cette optique qu’est née l’idée visant à doter le juge administratif
d’une force coercitive, afin de combler le vide crée par l’interdiction qui lui est faite, de
s’immiscer dans l’action administrative et de faire acte d’administrateur.

De ce fait, le juge administratif possède alors généralement les moyens lui permettant
d’imposer ses décisions, grâce à l’omnipotence qui lui a été attribuée dans le but primordial
du respect de la légalité760. Il est donc judicieux d’octroyer à ce juge un certains nombre de
pouvoirs, dont les plus importants sont les pouvoirs d’injonction (paragraphe I) et d’astreinte
(paragraphe II), lesquels permettront assurément de faire exécuter les décisions des
juridictions administratives, par l’administration active.

PARAGRAPHE I : LE POUVOIR D’INJONCTION

L'injonction peut être définie comme étant l’ordre d'adopter un comportement


déterminé, adressé par le juge à une personne physique ou morale, quelle qu'en soit la qualité.
Il peut s'agir d'une obligation de faire, de ne pas faire ou même de cesser de faire, qui sera
variable en fonction de l'objet du litige et de la liberté d'appréciation du juge. Il existe
plusieurs catégories d'injonctions mais il n’y a que deux qui semble être les plus usitées.

Il s’agit, d'une part, des injonctions d'instruction ou de procédure qui visent à faire
exécuter une mesure d’instruction prise par le juge au cours de son office. Il s’agit, d'autre
part, des injonctions de jugement, parmi lesquelles on peut faire la part entre les injonctions
au fond, qui prescrivent une obligation de faire ou de ne pas faire et font partie intégrante du
dispositif de la décision juridictionnelle, et les injonctions d'exécution, accessoires à la
condamnation principale, qui tendent à assurer l'exécution correcte et diligente de la chose
jugée, tout en ne constituant que des mesures de soutien du dispositif.

Il n'existe toutefois aucune différence de nature entre les injonctions au fond et les
injonctions d'exécution, qui sont seulement prononcées dans des contextes distincts. Et parce
qu’elles sont contenues dans le dispositif même de la décision de justice, les injonctions de
jugement bénéficient à ce titre de l’autorité de la chose jugée761.

760
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.234.
761
MODERNE (F.), « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-elle ? », [Link]., P.802.

256
La prohibition de l’injonction, « entendue comme un ordre donné par le juge à
l’administration dans le dispositif de sa décision et donc revêtue de la force exécutoire »762
a, de tout temps, et incontestablement existé avec des fondements toujours incertains, tandis
que ses limites objectives allaient grandissant jusqu’à la disparition définitive de cette
interdiction. L’interprétation classique des principes de séparation des pouvoirs et
d’indépendance de l’administration vis-à-vis du juge donnait à penser qu’il était dans la nature
de l’administration de ne recevoir aucune injonction juridictionnelle et, corrélativement, dans
la nature du juge de ne pas lui en adresser. Certains y voyaient dans une éventuelle injonction
du juge un moyen pour lui de se substituer à l’administration active763.

Le principe interdisant au juge d’adresser des injonctions à l’administration était lié à


la conception française du droit administratif, laquelle contrastait même avec la conception
anglo-saxonne qui, elle, a toujours été dominée par l’idée que l’administration est soumise au
juge dans les mêmes conditions que les particuliers et de ce fait, elle peut se voir décerner par
lui les mêmes "writs" ou injonctions764.

Force a même été donnée de constater qu’aucune de ces assertions n’était


sérieusement vérifiée car depuis longtemps, l’administration reçoit des injonctions du juge
judiciaire765 et même du juge administratif, qui adresse traditionnellement à l’administration
des injonctions de procédure, en vue de la bonne marche du procès, compte tenu du caractère
inquisitorial de la procédure administrative contentieuse qui la place sous la direction du juge
saisi766. On peut citer, à titre illustratif, l’injonction de produire certains documents, de
répondre à un moyen, d’apporter des éléments de preuve, de faire connaitre les motifs d’un
acte contesté, et la liste est loin d’être exhaustive.

L’idée de la reconnaissance d’un véritable pouvoir d’injonction au profit du juge


administratif s’est développée au fil du temps, il y a de cela plusieurs années déjà, et depuis
lors, ce pouvoir a été consacré dans de nombreux pays étranger (A). Loin d’avoir adopté une
position de principe sur ce point, le juge administratif camerounais quant à lui balbutie encore
et n’arrive vraiment pas à se décider (B).

762
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », La Semaine Juridique, Edition
Générale, n°16, 17 avril 1996, I, 3924, P.160.
763
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.621.
764
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, [Link]., P.449.
765
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », [Link]., P.163.
766
MODERNE (F.), « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-elle ? », [Link]., P.802.

257
A- La consécration du pouvoir d’injonction à l’étranger

Il convient de préciser, d’entrée de jeu, que par souci de clarté dans l’analyse, notre
attention sera davantage focalisée sur le droit français que nous semblons mieux connaitre. Le
choix de la France est fait ici simplement à titre d’illustration, afin de voir comment un tel
pouvoir est aménagé par les Etats qui l’ont consacré dans leur législation, car se serait assez
chimérique, voire aléatoire, d’affirmer que l’idée de la reconnaissance d’un pouvoir
d’injonction au profit du juge administratif est née en France.

En effet, bien avant la France, la Chambre des Lords Britannique, par exemple, se
reconnaissait déjà le pouvoir d’adresser des injonctions à la couronne 767, dans le but d’assurer
la primauté du droit communautaire ou encore en matière de police des étrangers768. En droit
administratif thaïlandais également, il est reconnu au juge un pouvoir d’injonction a priori,
lequel s’analyse en une procédure préventive permettant d’éviter les difficultés ultérieures
dans l’exécution d’un jugement769. De même, dans certains autres pays, à l’instar de
l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne et, dans une certaine mesure, de la Belgique, les
mesures d’exécution coercitives des décisions de justice impliquant l’administration peuvent
être confiées au juge administratif lui-même770.

La particularité du cas de l’Allemagne mérite que l’on s’y attarde un tout petit peu.
Dans ce pays en effet, lorsque le juge administratif est saisi d’une demande d’annulation d’un
acte, il peut prescrire, à la demande du requérant, les mesures propres à rétablir la situation de
droit antérieure à l’application de l’acte, tout en précisant les modalités du rétablissement.
Mais, ce qui est important ici, c’est que le prononcé de l’injonction n’est pas automatique
pour le juge qui est tenu de se rassurer au préalable que trois conditions cumulatives sont
réunies771. D’abord, il doit s’assurer que le rétablissement du statut quo ante qu’impliquera
l’annulation n’est pas impossible. Il doit ensuite se rassurer qu’il dispose de tous les éléments
conditionnant la décision. Enfin, le juge se doit de vérifier que le pouvoir de l’autorité
administrative n’est pas discrétionnaire mais conditionné.

767
Il convient de préciser que, bien qu’étant la chambre haute du parlement britannique, la Chambre des Lords
a également des attributions juridictionnelles. A cet effet, elle est composée, entre autre, des "lords d’appel",
encore appelés "law lords". Ce sont des pairs nommés à vie pour assister la chambre dans ses fonctions
judiciaires. Les « lords d’appel » siègent à la Cour d’Appel et jugent des affaires qui peuvent être traduites
devant la Chambre des Lords.
768
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.240.
769
SRIWANNAPRUEK (P.), les principes généraux du droit administratif français et thaïlandais, [Link]., P.201.
770
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.240.
771
Ibid.

258
Une telle possibilité offerte au juge existe également au Rwanda où, en vertu des
dispositions de la loi organique portant code d'organisation, fonctionnement et compétence
judiciaires, la Haute Cour peut, par voie de décision écrite, adresser des injonctions à
l'administration et, spécialement, lui prescrire ou lui interdire de faire un acte ou une opération
déterminée. Elle peut aussi, dans le dispositif de sa décision écrite, offrir à l'administration le
choix entre une réparation en nature qu'elle détermine et une réparation pécuniaire772.

Cela dit, le choix porté sur la France, pour les besoins de notre analyse, ne saurait donc
être perçu comme si cette pratique n’avait cours que dans ce pays. Cette précision étant faite,
il sera dès lors loisible de démontrer à présent que la reconnaissance du pouvoir d’injonction
par le législateur français (1) n’a pas manqué de recevoir l’onction du juge administratif (2) à
qui ledit pouvoir a été attribué.

1- La reconnaissance législative.

Avant de parler de l’attribution législative du pouvoir d’injonction au juge


administratif français, il est judicieux de revenir, un temps soit peu, sur quelques précédents
législatifs pour dire qu’autrefois, le législateur avait déjà autorisé certaines autorités
administratives indépendantes à exercer un pouvoir d'injonction vis-à-vis de l'administration.
Ce fut le cas avec le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, l’Autorité de la Concurrence, la
Commission des Opérations de Bourse, la Commission Bancaire, la Commission de Contrôle
des Assurances ou encore le Médiateur de la République.

Aussi, la loi n°80-539 du 16 juillet 1980 avait doté le juge administratif d'un pouvoir
d'injonction lui permettant, dans certaines situations, de prononcer une astreinte afin de
contraindre une personne publique récalcitrante à exécuter une décision de justice. De même,
le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat avait été doté d'un pouvoir
d'injonction à l'égard des exploitants de services de communication audiovisuelle par l'article
42 de la loi n°86-1067 du 30 septembre 1986, afin qu'ils se conforment aux obligations
résultant de ladite loi. Ces différentes lois marquaient là, à n’en point douter, le début d’une
véritable codification du pouvoir d’injonction conféré au juge administratif.

C'est d’ailleurs dans ce contexte que le législateur a voté la très importante loi n°95-
125 du 08 février 1995 relative à l'organisation des juridictions et à la procédure civile, pénale
et administrative, loi validée par le Conseil Constitutionnel dans sa décision n°95-360 DC du

772
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.39.

259
02 février 1995773. Cette loi, favorablement accueillie par de nombreux auteurs, a attribué
expressément un pouvoir d’injonction au juge administratif. Dans un commentaire à elle
consacré, le vice président du Conseil d’Etat, Renaud DENOIX DE SAINT-MARC, indiquait
qu’elle a « sonné le glas de la règle jurisprudentielle traditionnelle, assurément sage à
l’époque où le juge administratif s’est détaché de l’administration mais dont le maintien ne
correspondait plus à la nature des relations qui existent aujourd’hui entre les services
publics et leur juge, non plus qu’à la conception que les citoyens se font des prérogatives du
juge à l’égard de l’administration »774.

Pour sa part, M. Roland DEBBASCH n’a pas manqué de relever qu’en prévoyant,
dans deux de ses articles, la possibilité pour le juge administratif de faire désormais droit à
certaines conclusions aux fins d’injonction, elle a mis à mal une jurisprudence séculaire pour
laquelle la prohibition des injonctions tirait sa légitimité dans une répétition rituelle775. En
l'espèce, c'est le titre IV dudit texte, intitulé « Dispositions relatives à la juridiction
administrative », qui accorde au juge administratif un réel pouvoir d'injonction, lequel ne
constitue pas en réalité un pouvoir d'injonction à titre principal, mais se limite à assurer, a
priori ou a posteriori, l'exécution de la décision de justice que le juge a prononcée. Toutefois,
l'avancée formidable que constituait cette loi était une étape fondamentale dans l'évolution des
pouvoirs du juge administratif.

Vu sous cet angle, le pouvoir d'injonction, conféré par cette loi du 08 février 1995,
prévoit deux cas de figure désormais codifiés dans le Code de Justice Administrative.
L’article L.911-1 dudit Code dispose que « Lorsque sa décision implique nécessairement
qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion
d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction,
saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas
échéant, d'un délai d'exécution ».

Quant à l'article L. 911-2 du même texte, il dispose que « Lorsque sa décision


implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit
privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une
nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même

773
V. Journal Officiel du 07 février 1995.
774
DENOIX DE SAINT-MARC (R.), cité par DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif,
[Link]., P.56.
775
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », [Link]., P.160.

260
décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai
déterminé ».

Ainsi, le mouvement induit par la loi du 08 février 1995 précitée a été poursuivi par la
loi n°2000-597 du 30 juin 2000 relative au référé devant les juridictions administratives776.
Cette loi a, d'abord, profondément modifié le régime à la fois de l'ancien sursis à exécution et
du référé, mesures utiles pour en faire des instruments de procédure plus efficaces et rapides.
Elle a, ensuite, doté le juge administratif d'une nouvelle procédure d'extrême urgence lui
permettant d'« ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté
fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit
privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses
pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale ». Avec l’intervention de cet ensemble
de mesures législatives, le juge administratif dispose désormais d'un véritable pouvoir
d'injonction à titre principal. Le vieux principe suivant lequel le juge administratif ne peut pas
adresser des injonctions à l'administration a donc bien volé en éclats.

Précisons toutefois que la loi du 08 février 1995, qui est par ailleurs la loi de référence
en matière d’injonction, a mis en place deux pouvoirs d'injonction : le pouvoir d'injonction
préventif ou a priori, c'est-à-dire celui qui est prononcé concomitamment au jugement en
cause777 et le pouvoir d'injonction a posteriori qui est prononcé une fois la décision de justice
rendue, afin d'en assurer son exécution en cas de refus de la personne publique condamnée, en
la contraignant à s’y conformer778. Il faut noter que ce second pouvoir d'injonction ne
constitue pas en soi une nouveauté, étant donné qu’il était déjà prévu par la loi du 11 juillet
1980 précitée. La loi du 08 février 1995 l'a simplement remodelé et il est désormais codifié
aux articles L. 911-4 et suivants du Code de justice administrative dont le juge en fait une
application rigoureuse.

2- L’onction du juge administratif

L’encrage jurisprudentiel du pouvoir reconnu au juge administratif, d’adresser des


injonctions à l’administration active, est le fruit d’une longue évolution historique sur laquelle
il sied de revenir dans les détails, en partant notamment de la période où l’injonction était

776
V. Journal Officiel du 1er Juillet 2000.
777
V. arts. L. 911-1 et L. 911-2 du CJA.
778
GOURDOU (J.), « Les nouveaux pouvoirs du juge administratif en matière d’injonction et d’astreinte :
Premières applications de la loi du 08 février 1995 », RFDA, 1996, P.333.

261
prohibée, pour arriver aux prémices d’une réforme qui ont finalement abouti à l’autorisation
de ce procédé.

En effet, avant 1872, époque où l'on est passé du système de justice retenue à celui de
la justice déléguée, le juge administratif n'hésitait pas à formuler, dans ses avis, des
injonctions à l'administration, allant même jusqu'à la pratique de la substitution. Se
considérant comme intégré dans la hiérarchie administrative, couvert par l'autorité du chef de
l'Etat, le Conseil d'Etat pouvait contraindre les autorités administratives à l'obéissance. Mais,
avec la loi du 24 mai 1872, la situation a changé et très vite, le Conseil d'Etat ne s'estimait
plus fondé à adresser des injonctions à l'administration, les considérants comme contraires à
son statut juridictionnel qu'affermira encore l'arrêt Cadot de 1889779.

Lorsqu'il a été question d'assurer l'exécution de la chose jugée, le juge administratif


s'est obstiné en effet à ne pas vouloir adresser d'injonctions à l'administration, alors qu'il ne
s'agissait pourtant pas nécessairement d'une arme tournée contre elle. En tout état de cause,
cette position de principe est apparue comme particulièrement fâcheuse dans le domaine des
libertés publiques. Ainsi, le juge administratif n'ordonnait pas, en principe, les mesures
nécessaires pour assurer le respect de ses propres décisions780.

Les réticences du juge administratif pour enjoindre à l'administration de prendre telle


ou telle mesure ou d'adopter une attitude précise, apparaissaient également dans le
contentieux de la responsabilité administrative au stade de la réparation du dommage. En
effet, si, pour certains dommages causés par l'administration, il paraissait préférable pour la
victime d'obtenir une réparation en nature, plus satisfaisante parfois que l'allocation définitive
d'une somme d'argent plus ou moins strictement calculée, le juge refusait de contraindre
l'administration à l'exécution de tels ou tels travaux réparateurs ou compensatoires781. Tout au
plus, il acceptait de prononcer une "obligation facultative" ouvrant à l'administration
condamnée la possibilité de ne pas verser de dommages-intérêts si elle use de la faculté, qui
lui est explicitement donnée, de réparer en nature782.

Les prémices d'une réforme se sont faites ressentir avec l'irruption, en droit interne, du
droit des conventions et des traités ratifiés par la France. Cette entrée soudaine et d'effet

779
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », [Link]., P.162.
780
CE, sect., 25 novembre 1953, Collado, Rec. CE, 1953, P.515 ; CE, 04 février 1976, Élissonde, Rec. CE, 1976,
P.1069.
781
CE, 18 janvier 1933, Maggi, Rec. CE, 1933, P.74. ; CE, 02 juillet 1956, Derrien, Rec. CE, 1956, P.284.
782
CE, 10 mars 1905, Berry et Chevallard, Rec. CE, 1905, P.255.

262
direct, était de nature, à terme, à remettre en cause la limitation du pouvoir des juges à l'égard
des autorités administratives. Ce faisant, le principe d'effectivité du recours juridictionnel,
découlant de l'effet utile du droit communautaire, commandait au juge national, et donc
logiquement aussi au juge administratif783, de prendre les mesures adéquates, pouvant
comprendre notamment des injonctions à l'autorité administrative, pour assurer le respect des
droits reconnus par l'ordre public communautaire aux ressortissants des Etats membres, au
besoin en écartant la norme nationale qui pouvait éventuellement s'y opposer784.

En outre, selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, l'article


6 § 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales, qui crée un droit au jugement « dans un délai raisonnable », s'applique à
l'exécution des décisions de justice. Le respect de cette disposition peut donc supposer que le
juge soit en mesure de veiller à l'exécution rapide de ses décisions et qu’il use, en tant que de
besoin à cet effet, de l'injonction assortie ou non de l'astreinte.

Par ailleurs, selon certains auteurs785, les garanties du "procès équitable" prévues par le
même article 6, notamment en ce qu'il exige l'accès pour le justiciable à "un organe judiciaire
de pleine juridiction"786, impliqueraient la mise en place d'un mécanisme juridictionnel de
contrainte de l'administration à la réfection d'un acte simplement annulé par le juge, ou à la
prise d'une décision dont le refus a été sanctionné juridictionnellement. L'instauration d'un tel
processus pourrait emprunter la voie du recours à l'injonction vis-à-vis de l'administration, de
la part de son juge, qu'il s'agisse du juge administratif ou du juge judiciaire. La conformité à la
norme européenne imposerait dès lors également l'extension des pouvoirs du juge national en
matière d'injonction. Toutefois, il a été précisé qu’il ne pouvait faire usage d’un tel pouvoir
que pour assurer l’exécution de la chose jugée et non pour adresser des injonctions à titre
principal787.

Les exigences de l'Etat de droit s'étant accrues, et l'existence d'un juge administratif au
plan constitutionnel, n'étant plus à négocier avec le pouvoir exécutif, des avancées
significatives devaient être réalisées dans le contentieux administratif. Il était dès lors assez
783
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.20.
784
CJCE, 19 juin 1990, affaire C-213/89, Secretary of State for Transports v. Factortame Ltd, RFDA, 1990, P.912,
note J.-C. Bonichot.
785
Cités par GAUDEMET (Y.), « Le juge administratif, futur administrateur ? », intervention au colloque de
Grenoble des 11 et 12 mars 1994, P. 7, note 9.
786
CEDH, 10 février 1983, Albert et Le Compte, Rec. CEDH, 1983, P.16.
787
GUETTIER (C.), « Le prononcé de l'injonction par le juge administratif », note sous Cour Administrative
d’Appel de Nantes, plénière, 26 juin 1996, District de l’agglomération nantaise, RFDA, 1997, P.798.

263
utopique d'attendre un revirement de la jurisprudence en matière d'injonction. Au contraire,
c'est plutôt la voie plus solennelle de l'acte législatif qui a été utilisée. Ainsi, le juge
administratif n’a plus hésité à prononcer des injonctions contre l’administration lorsqu’il a été
saisi de conclusions en ce sens, en application de la loi du 08 février 1995 précitée.

A titre illustratif, l'annulation de la décision du Premier Ministre, refusant de prendre


les mesures réglementaires indispensables à l'application d'une loi, implique nécessairement
l'édiction de telles mesures. Le Conseil d'Etat, saisi de conclusions en ce sens, a ordonné cette
édiction dans le délai de 06 mois788. De même, l'annulation du blâme infligé à un militaire
implique nécessairement que toute mention de la sanction annulée soit supprimée du dossier
de l'intéressé. Par suite, le Conseil d'Etat a enjoint au Ministre de la Défense de procéder à la
suppression, dans le dossier de l'intéressé, de toute mention de la sanction annulée dans le
délai d'un mois789. Aussi, compte tenu du fait que l'annulation d'un arrêté prononçant la
révocation d'un agent implique nécessairement la réintégration de l'intéressé à la date de son
éviction, le Conseil d'Etat a eu à ordonner cette réintégration790.

Voilà présentés quelques exemples concrets d’application, par le juge administratif


français, de la loi lui octroyant un pouvoir d’injonction. Mais la liste est très loin d’être
exhaustive, car on pourrait citer ainsi toute une pléthore de décisions allant dans ce sens. En
cela, il se distingue de son homologue camerounais qui continu de bafouiller sur cette
question.

B- Les atermoiements du juge administratif camerounais.

Relativement à la reconnaissance à son profit d’un pouvoir d’injonction à l’égard de


l’administration, la position du juge administratif camerounais est, jusqu’à ce jour mitigée.
Dans bon nombres de ses décisions, il semble se conformer à la loi791 qui lui interdit d’intimer
des ordres à l’administration et refuse, ce faisant, d’adresser des injonctions à cette dernière
(1). Mais, ce refus n’est pratiquement pas dogmatique, dans la mesure où il lui arrive parfois
de s’octroyer un tel pouvoir et même de le mettre en œuvre (2).

788
CE, ass., 07 juillet 2004, n° 250688, Danthony, Rec. CE, 2004, P. 309.
789 er
CE, 1 octobre 1997, n° 180495, Devron, Rec. CE, 1997, P.1019.
790
CE, 29 décembre 1995, n° 129659, Kavvadias, Rec. CE, 1995, P.477.
791
V. article 126 du Code Pénal précité.

264
1- La position de principe : la négation formelle du pouvoir d’injonction au profit
du juge administratif

Le mauvais vouloir de l’administration camerounaise, relativement à l’obligation


d’exécution des décisions de justice qui lui incombe, ne connait aucun remède à l’heure
actuelle. Le législateur n’est pas intervenu pour corriger cette situation en dotant le juge
administratif de moyens de pression efficaces pour exercer la plénitude de sa fonction
juridictionnelle. Sans doute s’agit-il de la manifestation contemporaine de ce qu’en son temps,
M. Alain Marion qualifiait de « résidu bi-séculaire de la méfiance du pouvoir d'Etat envers
le troisième pouvoir »792. La conception d’une telle approche était celle du juge dépourvu
d'un pouvoir essentiel, celui d'enjoindre à l'administration de prendre une mesure déterminée.

Dans cette occurrence, le juge administratif peut annuler une décision administrative,
ce qu'il fait très souvent d’ailleurs, mais il ne peut pas prendre une décision positive.
Autrement dit, « il peut défaire, il ne peut pas faire faire »793. De plus, l’auto limitation du
juge le rend complètement désarmé face à cette réalité. C’est ainsi que très souvent, le juge
administratif camerounais refuse de s’octroyer un pouvoir d’injonction, lequel lui aurait
donné la latitude de pouvoir condamner l’administration à une obligation de faire ou de ne pas
faire quelque chose. Ce rejet, lorsqu’il n’est pas expressément mentionné dans ses décisions
(a), s’en déduit implicitement de la formulation des motifs (b).

a) Le rejet exprimé

Contrairement au reproche jadis fait au juge administratif camerounais par les


partisans de la thèse du mimétisme794, il ne fait désormais plus de doute que la plupart des
décisions rendues par ce dernier sont en net contraste avec celles de son homologue français.
Il n’y a qu’à voir les arrêts et jugements rendus en matière d’injonction pour s’en convaincre.
Ici en effet, le juge administratif camerounais adopte constamment une position opposée à
celle de son homologue précité, en refusant expressément d’adresser des injonctions à
l’administration795. Plusieurs décisions permettent d’illustrer cette affirmation. C’est le cas
avec l’affaire ONAMBELE Germain796 dans laquelle le requérant avait introduit un recours
tendant à faire ordonner, par la Chambre Administrative de la Cour Suprême, le mandatement
792
MARION (A.), « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative … », [Link]., P.31.
793
Ibid.
794
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.378.
795
BILONG (S), « Histoire d’une vraie fausse couche d’une garantie du droit fondamental de propriété : le droit
de rétrocession en droit camerounais », Juridis périodique n°106, avril-mai-juin 2016, P.88.
796
CS/CA, jugement n°87/82-83 du 30 juin 1983, ONAMBELE Germain contre Etat du Cameroun.

265
de son traitement pendant la période de sa détention. Appelé à statuer le juge disait alors fort
pertinemment :

« Attendu qu’il convient, de prime abord, de rappeler que le juge de l’excès de


pouvoir, lorsqu’il est saisi, se contente de constater l’illégalité de l’acte qui lui est déféré et
prononce son annulation ; (…)
Qu’il ne peut (…) adresser des injonctions à l’administration en la condamnant à
des obligations de faire ;
Attendu qu’en effet par le présent recours, ONAMBELE Germain ne défère à
l’appréciation de la Chambre Administrative aucun acte entaché d’excès de pouvoir ;
Attendu que l’intéressé demande à la Cour de "bien vouloir ordonner le
mandatement" de son salaire de la période allant du 08 mars 1977 au 10 avril 1979 ;
Attendu que sa requête ainsi formulée, tend à demander la condamnation de l’Etat à
une obligation de faire ;
Qu’elle doit en principe être rejetée ».

Il y a lieu de se rendre compte à l’évidence que dans cette cause, le juge a semblé
confondre le rejet d’une demande à l’incompétence. En effet, après avoir précisé sans
équivoque qu’il ne peut adresser des injonctions à l’administration, il a choisi de rejeter la
requête à lui soumise alors qu’il aurait été plus convenable pour lui de se déclarer
incompétent. Il s’est certainement rendu compte de son erreur au point de se raviser à peine
un mois seulement plus tard, lorsqu’il a été appelé à trancher le litige opposant
TCHOUANKEU Joseph à l’Etat du Cameroun797.

En l’espèce, le susnommé avait introduit, auprès de la Chambre Administrative de la


Cour Suprême, un recours tendant à enjoindre le ministre chargé des domaines de lui délivrer
l’arrêté n°619 du 13 octobre 1976, lequel lui attribuait le lot n°4 du centre commercial de
Sangmélima. Au soutien de sa requête, sieur TCHOUANKEU faisait valoir que par arrêté
n°351 du 12 octobre 1939, le lot n°4 du centre urbain de Sangmélima avait été provisoirement
attribué à TRICOU Marcel qui, par la suite, l’avait à son tour donné en location à sieur
MBOUTOU Joseph. Mais par arrêté du 10 mai 1976, TRICOU Marcel a été déchu de ses
droits d’adjudicataire sur ledit terrain et suivant un autre arrêté, notamment celui n°64 du 12
juin 1976, la mise en vente de gré à gré du lot dont s’agit a été autorisée à son profit.

797
CS/CA, jugement n°92/82-83 du 28 juillet 1983, TCHOUANKEU Joseph contre Etat du Cameroun (MINFI).

266
Il a ajouté que le 13 octobre 1976 a été pris l’arrêté n°619/MINFI/DO/AD/DO1
portant approbation de l’acte de vente de gré à gré du lot n°4 du centre commercial de
Sangmélima, lequel arrêté ne lui a cependant jamais été notifié. S’étant rendu compte que
MBOUTOU Joseph qui occupait les lieux depuis fort longtemps avait un droit de préemption,
ledit ministre a de nouveau pris l’arrêté n°650 du 19 novembre 1976 rapportant celui du 13
octobre 1976. Vidant sa saisine, le juge dit alors :

« Attendu qu’en clair, TCHOUANKEU Joseph demande au juge administratif


d’ordonner à l’Etat d’accomplir une obligation de faire à savoir lui délivrer l’arrêté n°619
du 13 octobre 1976, abrogé par celui n°650 du 19 novembre 1976 ;
Qu’il y a par conséquent lieu de se déclarer incompétent, la Chambre
Administrative ne pouvant donner une injonction à l’administration ».

La clarté de cette décision n’appelle aucune observation particulière. La trajectoire


ainsi prise par le juge a été réitérée dans l’espèce KAMDEM Samuel 798. Les faits étaient
suffisamment simples. Sieur KAMDEM avait saisi la Chambre Administrative de la Cour
Suprême d’un recours dans lequel il priait le président de ladite juridiction d’"amener le maire
de la Commune Urbaine de Bafoussam à lui signer une carte d’indigence". Il exposait au
soutien de sa demande que suite à la destruction de la clôture de sa concession par l’entreprise
ITINERA-MONDELLI chargée des travaux routiers, il a saisi le Tribunal de Grande Instance
de Bafoussam aux fins d’indemnisation, mais malgré le rapport du chef de secteur
départemental des affaires sociales, ledit maire a formellement refusé de lui délivrer le
certificat d’indigence exigé à l’appui de sa demande d’assistance judiciaire. En une phrase
assez précise, le juge a indiqué que cette demande ne rentrait pas dans son domaine de
compétence : « Attendu que le juge administratif ne saurait, sans excéder ses pouvoirs,
donner des instructions à l’administration active, comme l’y invite le requérant ».

Cette tendance jurisprudentielle semblait se confirmer au fil du temps, ainsi qu’il est
loisible de le constater à la lecture des décisions postérieures, dans lesquelles le juge a réitéré
les limites de ses pouvoirs, relativement à son impossibilité d’adresser des injonctions à
l’administration799. L’affaire NGATCHEU Adolphe800 en est une parfaite illustration. En
l’espèce, sieur NGATCHEU Adolphe, en service au Ministère des Postes et

798
CS/CA, jugement n°110/85-86 du 11 septembre 1986, KAMDEM Samuel contre Etat du Cameroun
(Commune Urbaine de Bafoussam).
799
BILONG (S.), Mémento de la jurisprudence administrative du Cameroun, [Link]., P.49.
800
CS/CA, Jugement n°09/CS/CA du 23 novembre 1989, NGATCHEU Adolphe contre Etat du Cameroun.

267
Télécommunications, avait introduit ,devant la Chambre Administrative, un recours tendant à
lui restituer ses objets scellés et confisqués, soit une somme de 65.000 francs et 4 livrets
d’épargne postale. Par un mémoire additif, le susnommé sollicitait le paiement de la somme
de 5.000.000 francs de dommages-intérêt. Appelé à se prononcer sur la restitution des objets
confisqués, le juge en a profité pour rafraichir la mémoire des plaideurs sur les dispositions
textuelles qui définissaient, à l’époque des faits, sa compétence :

« Attendu que l’article 9 alinéa 2 de l’ordonnance n° 72/6 du 26 Août 1972 définit


restrictivement le contentieux administratif qui comprend les recours en annulation, les
actions en indemnisation du préjudice causé par un acte administratif, les litiges
concernant les contrats (à l’exception de ceux conclus même implicitement sous l’empire
du droit privé) ou les concessions de services publics, les litiges intéressant le domaine
public, les litiges qui lui sont attribués par la loi ;
Attendu que le même article ajoute en son alinéa 3 que les tribunaux de droit
commun connaissent conformément au droit privé, de toute autre action ou litige, même
s’il met en cause les personnes morales ;
Attendu que la demande du sieur NGATCHEU Adolphe s’analyse en une injonction
à donner par la Chambre Administrative au Délégué Général à la Sûreté Nationale ;
Attendu qu’un tel pouvoir n’est pas de la compétence de la juridiction de céans mais
plutôt de celle des juridictions judiciaires qui peuvent enjoindre à toute personne, physique
ou morale de faire ou de ne pas faire telle chose ».

Le juge de l’espèce a certainement voulu innover car en plus du fait qu’il se soit
déclaré incompétent, il s’est érigé en conseil pour indiquer au requérant la juridiction
normalement compétente, même si cette indication nous parait critiquable, ce d’autant plus
qu’il n’a pas daigné citer une quelconque disposition législative attribuant pareille
compétence au juge judiciaire. Il n’a cependant pas cru devoir étendre ce rôle de conseil dans
sa jurisprudence postérieure, notamment dans l’affaire ayant opposé le Syndicat National
Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) à l’Etat du Cameroun (MINATD)801. Ici
en effet, le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNEAS) avait saisi
la juridiction administrative d’un recours aux fins d’octroi de son agrément par le ministère de
l’Administration Territoriale. Les faits de cette espèce, tel qu’exposés par le requérant, étaient
assez intelligibles.

801
CA/CS, Jugement n° 159/2008/CA/CS du 19 novembre 2008, Syndicat National Autonome de
l’Enseignement Secondaire (SNAES) contre Etat du Cameroun (MINATD).

268
Le 18 mai 1991, un groupe d’enseignants du secondaire s’est réuni au Lycée
Polyvalent de Douala en vue de créer une organisation permanente pour la défense de leurs
intérêts matériels et moraux. Ces enseignants ont étudié et adopté les statuts et le règlement
intérieur, puis ont également élu un bureau exécutif provisoire. Le Syndicat National
Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) était ainsi né. Le 30 mai 1991,
conformément à la législation camerounaise en vigueur à cette date, un dossier de demande
d’agrément a été constitué et déposé à la préfecture du Wouri.

Aucune suite n’ayant été donnée à cette demande jusqu’au 13 février 1992, une lettre
de rappel à ce sujet a été déposée dans la même préfecture. Lasse d’attendre, les membres du
SNAES ont entrepris plusieurs recherches dans le dessein de savoir ce qui n’allait pas. C’est
ainsi qu’ils découvriront que par courrier n°478/91/DPTL/BAG, leur dossier a été envoyé au
MINAT où il a été enregistré le 12 août 1991 sous le numéro 6346. Devant le silence-rejet du
Ministre de l’Administration Territoriale, de nombreuses lettres de protestation ont été
adressées au Premier Ministre et au Ministre de l’Education Nationale.

En réaction, le ministre de l’éducation nationale a demandé au SNAES de renouveler


son dossier de demande d’agrément pour qu’il le transmette lui-même au Ministre de
l’Administration Territoriale. Ce que le syndicat requérant a d’ailleurs fait sans tarder. Tenant
à sa parole, le Ministre de l’Education Nationale, par courrier n°B1/1464, a transmis au
ministre destinataire, avec avis favorable, cinq dossiers dont celui du SNAES. Ce courrier est
arrivé au MINAT le 1er avril 1997. Le dossier du SNAES a été traité et un projet de décision
d’agrément est entré au cabinet du Ministre de l’Administration Territoriale le 16 Janvier
1998. Depuis lors, il n’en est plus jamais ressorti, plus de 60 jours après, ce qui correspond à
un refus d’agrément. Un recours gracieux préalable lui a été adressé le 23 mars 1998 et plus
de trois mois après, le SNAES n’a enregistré aucune réaction de sa part. C’est pourquoi,
conformément à la loi, il a saisi la Chambre administrative de la Cour suprême aux fins sus-
indiquées.

Après avoir pris le soin de rappeler les dispositions légales applicables à l’époque des
faits, notamment celles de l’article 9 alinéas 1 et 2 de l’ordonnance n°72/6 du 26 Août 1972
fixant l’organisation de la Cour Suprême, le juge administratif, fidèle à son orthodoxie qui
consiste à ne point adresser des injonctions à l’administration, en lui indiquant le sens dans
lequel elle doit prendre ses décisions, a décidé de se déclarer incompétent en décidant :

269
« Attendu en l’espèce que le recours du SNAES tend à amener le juge administratif
à donner des injonctions à l’administration, ce qui ne rentre pas dans son domaine de
compétence, tel que prévu par le texte de loi susvisé ;
Qu’il s’ensuit que la Chambre Administrative est incompétente ».

Ces différentes décisions attestent à suffire de ce que le juge administratif camerounais


n’est pas disposé à adresser des injonctions à l’administration active. La doctrine a même déjà
eu à relever que « le juge administratif ne dispose d’aucun pouvoir d’injonction à l’égard de
l’administration »802. Autant ce rejet est expressément consacré dans certaines affaires, autant
il l’y est parfois de façon tacite et le cas échéant, il est tout simplement déduit des motifs sous
tendant la décision du juge.

b) Le rejet tacite

Partant de l’idée que l’injonction est un ordre, une condamnation de l’administration à


une obligation positive, voire un commandement assorti de sanction803, une analyse
minutieuse de la jurisprudence administrative camerounaise permet de constater que dans
certaines hypothèses, le juge adopte un langage plutôt mitigé lorsqu’il doit statuer sur les
recours tendant à ce qu’il adresse des injonctions à l’administration active. Saisi de
conclusions en ce sens, il ne les rejette parfois qu’implicitement. L’affaire ESSIANE AKA’A
Jean804 est fort révélatrice de ce genre d’attitude.

En l’espèce, ce dernier avait saisi le juge administratif d’un recours aux fins de
s’entendre l’Etat du Cameroun Oriental condamner à faire droit à sa demande d’intégration
dans le cadre des Administrateurs Civils et au grade des Administrateurs Civils Principaux et,
en outre, à lui payer la somme de 2.376.592 francs à titre de dommages-intérêts. L’instruction
a établi que sieur ESSIANE AKA’A, adjoint administratif de 2ème classe 3ème échelon des
services civils et financiers, a bénéficié en 1950 d’un stage de perfectionnement en France. Il
en est revenu en 1959, muni du diplôme de l’Ecole Supérieure de Commerce, ainsi que d’un
certificat de spécialisation de la Section Secrétariat Général.

Réintégré d’abord par arrêté du 28 octobre 1959, dans son ancien cadre, il sollicite et
obtient l’établissement d’un contrat de travail puis, parait le décret du 08 mai 1960 portant
statut particulier des Administrateurs Civils. Ledit décret prévoit en son article 20

802
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.104.
803
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.62.
804
CFJ/SCAY, Arrêt N° 44/CFJ/SCAY du 30 Avril 1968, ESSIANE AKA’A Jean contre Etat du Cameroun Oriental.

270
l’intervention d’un arrêté déterminant, dans le cadre des mesures transitoires, les conditions
dans lesquelles certains fonctionnaires titulaires de diplômes d’Etudes Supérieures ou
d’anciens élèves de grandes écoles, pourront accéder soit directement au grade
d’Administrateur Civil Principal, soit au grade d’Administrateur Civil. Cet arrêté,
d’application immédiate, n’interviendra que le 19 mai 1962.

Mais, dès le mois de juin 1960, sieur ESSIANE avait déjà déposé sa demande
d’intégration qui semblait d’abord rencontrer l’agrément du Premier Ministre. Le 11
décembre 1963 cependant, celui-ci l’informait de ce qu’il ne lui était pas possible, en l’état
actuel de la réglementation, de réserver à sa requête une suite favorable. Le motif allégué était
pris de ce que le diplôme dont il se prévalait ne figurait pas sur la liste de ceux qui permettent
à leurs titulaires de se présenter à l’Ecole Nationale d’Administration de Paris, laquelle liste
servait de référence aux autorités camerounaises pour l’application de l’arrêté du 19 mai 1962
sur les conditions d’intégration dans le cadre des Administrateurs Civils.

Toutefois, le Premier Ministre se disait prêt à reconsidérer sa position au cas où, à la


suite des démarches du ministre français de l’Education Nationale, le diplôme de l’Ecole
Supérieure de Commerce, viendrait à être inséré sur la liste susvisée. De fait, loin d’avoir été
définitivement clos, le dossier a été ouvert derechef en 1964, ainsi qu’en témoigne l’échange
de correspondance entre le Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique et le Ministre de
l’Education Nationale touchant précisément la valeur du diplôme du requérant. Son cas
restant cependant sans solution, celui-ci a adressé au Premier Ministre, le 07 février 1966, une
lettre en quelque sorte comminatoire, dans laquelle il l’avisait qu’il était décidé à saisir la
Cour Fédérale de Justice, si aucune décision n’intervenait dans un délai rapproché. C’est ainsi
que le 22 février 1966, il a mis ses menaces à exécution en déposant effectivement sa requête
au greffe de la Section du Contentieux Administratif de Yaoundé aux fins sollicitées.

S’étant particulièrement intéressé à la question de savoir si sieur ESSIANE AKA’A


remplissait ou non les conditions requises pour être intégré dans le cadre des Administrateurs
Civils principaux, au regard de la loi en vigueur à l’époque où sa demande était instruite,
c’est-à-dire au regard de l’arrêté du 19 mai 1962, le juge, tout en donnant raison au requérant,
s’est tout de même abstenu d’ordonner à l’administration de le réintégrer dans le corps et le
grade sollicité. Adoptant un langage assez alambiqué dans les motifs, il faut se rendre dans le
dispositif de sa décision pour essayer de comprendre sa position. On peut alors y lire :

« Article premier : Reçois le recours du sieur ESSIANE AKA’A Jean ;

271
Article 2 : Dit et juge que le sieur ESSIANE AKA’A remplit au regard du décret du
08 mai 1960 et de l’arrêté du 19 mai 1962, les conditions requises pour être intégré dans le
cadre des Administrateurs Civils Principaux ;
Article 3 : Dit et juge que le refus de l’État de l’intégrer constitue une faute
engageant sa responsabilité (…) ».

Bien que prêtant à équivoque, cette jurisprudence n’est pas restée unique en son genre.
De nombreuses autres décisions, à l’instar de celle relative à la cause qui, en 1977, opposait
TEUGUIA Gabriel à l’Etat du Cameroun805, donnent l’occasion de mieux observer cette
position mitigée que le juge administratif camerounais a souvent adopté. En effet, TEUGUIA
Gabriel, Magistrat de profession, avait introduit auprès de la juridiction administrative un
recours dans lequel il sollicitait l'annulation des dispositions fixant au 29 janvier 1975, son
intégration dans la Magistrature intervenue par décret n°76/233 du 23 juin 1976. Ledit recours
tendait également à faire ordonner d'une part, son intégration dans la Magistrature pour
compter de la date d'obtention du diplôme de la section judiciaire de l'Ecole Nationale
d'Administration et de Magistrature fixée au 07 décembre 1970 et, d'autre part, à procéder à la
reconstitution de sa carrière administrative. Il demandait également que la Chambre
Administratives :

1°) déclare illégale son affectation hors de la Cour d'Appel de Yaoundé intervenue par
arrêté présidentiel n°125 du 18 juin 1971 ;
2°) prenne connaissance de son dossier administratif qui pèse six (06) kilogrammes
que détient l'Etat ;
3°) déclare nul et de nul effet l'avis du conseil de santé du 29 janvier 1975 ;
4°) condamne l'Etat à lui payer la somme de 5.000.000 de francs à titre de dommages
et intérêts pour avoir refusé sans motif valable, son intégration en temps utile.

Soutenant sa requête, le susnommé exposait qu'il est diplômé de la section judiciaire


de l’E.N.A.M. depuis le 07 décembre 1970 et qu'en application des dispositions des articles
11 alinéa 2 (a) et 13 du décret n°70/DP/ 253 du 02 juin 1970 portant statut de la Magistrature,
applicable à son cas, il devait être intégré de droit pour compter de la date d'obtention de son
diplôme. Il ajoutait qu’après avoir été affecté par le Ministre de la Justice à la Cour d’Appel
de Yaoundé, il a été irrégulièrement nommé, par arrêté présidentiel, hors de la Cour d’Appel
de Yaoundé pour servir au Ministère de l’Administration Territoriale en qualité de diplômé de

805
CS/CA, jugement n°36/CS/CA du 26 mai 1977, TEUGUIA Gabriel contre Etat du Cameroun.

272
l’E.N.A.M sans autres précisions. Il indiquait qu’ayant effectivement travaillé dans les
services publics du 07 décembre 1970 au 29 janvier 1975, date que l’Administration retient
pour son intégration, il perd pour ladite période sa qualité de fonctionnaire alors que les
finances opéraient sur sa solde une retenue pour sa retraite et que son intégration dans la
Fonction Publique a lieu au moment où il est âgé de 41 ans.

Par ailleurs, il conteste la légalité de la saisine du conseil de santé par le Ministre de la


Justice et demande le retrait du procès-verbal dudit conseil qui a fixé au 29 janvier 1975 la
date de son intégration consécutive à sa guérison au motif que les auditeurs de Justice
diplômés de l’E.N.A.M ne sont pas astreints à comparaître devant un conseil de santé avant
leur intégration. En outre, ayant été qualifié tantôt de contractuel d’Administration au terme
de l’arrêté n°81/CAB/PM du 12 décembre 1975, tantôt de Greffier, au terme de l’arrêté
n°12/CAB/PM du 26 janvier 1976, il estime que ces mesures administratives ont porté atteinte
à son honneur, et qu’il demande en conséquence la réparation, par l’Etat, du préjudice moral
subi, en sollicitant à cet effet l’allocation d’une somme totale de cinq millions de francs à titre
de dommages intérêts.

Appelé à se prononcer sur les chefs de demande relatifs à son intégration dans la
magistrature et à la reconstitution de sa carrière administrative, le juge, après avoir
longuement rappelé et expliqué les dispositions légales applicables au cas d’espèce, a décidé :

« Considérant qu'il résulte de tout ce qui précède que le requérant a vocation à être
intégré dans la Magistrature pour compter du 07 décembre 1970, date d'obtention du
diplôme de l’E.N.A.M., section judiciaire ;
Considérant qu'il est de jurisprudence constante que le fonctionnaire ou agent
victime d'une mesure illégale bénéficie d'une reconstitution de carrière qui doit lui
permettre de se placer dans la position exacte qu'il occuperait s'il n'avait fait l'objet de la
mesure illégale ;
Qu'il incombe notamment à l'administration de restituer l'avancement d'échelon
dans les conditions prévues par les règlements, de même pour l'avancement de grade, de
pouvoir, d'une manière discrétionnaire, assurer au Magistrat la continuité de sa carrière
avec les chances sur lesquelles, ce Magistrat peut légitimement compter dans ses rapports
avec les autres Magistrats ;
Qu’'il s'en suit de là que c'est à tort que l'Administration soutient que le requérant
ne peut établir un quelconque droit à l'avancement ».

273
Dans un style presqu’identique à celui utilisé dans l’affaire ESSIANE AKA’A Jean, le
dispositif découlant de cette motivation semble fortement emprunt de réserves car comme
précédemment, le juge :

« Dit et juge que le demandeur a vocation à être intégré dans la Magistrature pour
compter de la date d’obtention du diplôme de l’E.N.A.M (section judiciaire), date fixée au
07 décembre 1970 conformément aux dispositions réglementaires de l’article 13 du décret
n°70/DF/253 du 02 juin 1970 portant statut de la Magistrature en vigueur à l’époque où le
requérant a terminé ses études dans cette Grande Ecole Nationale ;
(…) TEUGUIA Gabriel a vocation à la reconstitution de sa carrière conformément aux
règlements en vigueur et a droit à des rappels de traitement correspondant à la période où il
a été non intégré pour la reconstitution normal de sa carrière ».

Décidément, le juge est resté dans sa logique, même s’il y a introduit un subtil jeu de
vocabulaire, étant donné qu’ici, il ne dit plus que le requérant « rempli les conditions requises
pour être intégré » mais plutôt qu’il « a vocation à être intégré », deux expressions qui
renvoient foncièrement à la même réalité. Quoi qu’il en soit, on peut logiquement croire que
dans ces affaires, le juge a manifestement refusé de prendre position, car non seulement il ne
se déclare pas incompétent, mais aussi, il n’adresse pas d’injonction à l’administration, alors
même que l’objet de la demande lui en donnait l’occasion. Mais en réalité, il n’en est rien !
Car appréhender cela sous cet angle, c’est faire preuve d’incompréhension desdites décisions.

En effet, la simple lecture des différentes affaires 806 EKWALLA EDOUBE EYANGO
Stéphane permet de se rendre compte à l’évidence que le langage du juge, que nous avons
qualifié à l’envi d’ambigu, traduit plutôt son refus implicite d’adresser des injonctions à
l’administration. Ainsi, dans la cause objet de l’arrêt du 25 février 1956 807, sieur EKWALLA
EDOUBE avait introduit un recours tendant, entre autre, à ce que le Conseil du Contentieux
Administratif ordonne son intégration dans le cadre des Conducteurs Agricoles. Vidant sa
saisine sur cette question, ledit Conseil a rendu la décision dont voici un extrait du dispositif :

806
Nous parlons de différentes affaires ici parce que les litiges ayant opposé ce dernier, d’abord à
l’Administration du territoire, et ensuite à l’Etat du Cameroun Oriental, ont donné lieu à plusieurs décisions
rendues par le juge administratif.
807
CCA, arrêt n°456/CCA du 25 février 1956, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Administration du
Territoire.

274
« Article premier : En la forme : Dit que le Conseil est incompétent pour adresser
des injonctions à l'autorité administrative et ne peut obliger celle-ci à procéder à un
engagement d'un particulier dans un cadre local ; (…)
Article 4 : Dit que compte tenu de la décision du Chef du Territoire contenue dans
sa lettre n°155 en date du 19 janvier 1952, le sieur EKWALLA EDOUBE EYANGO
Stéphane remplit les conditions nécessaires pour être intégré dans le cadre des Conducteurs
Agricoles à un grade correspondant à ses titres, soit en qualité de titulaire, soit en qualité de
stagiaire ».

Cet arrêt nous permet d’affirmer qu’en se contentant de dire qu’un requérant rempli les
conditions, ou a vocation à être intégré, alors qu’il lui est demandé d’ordonner l’intégration, le
juge refuse implicitement d’adresser des injonctions à l’administration mais se permet plutôt
d’émettre un simple avis. Ceci est d’autant plus vrai qu’en l’espèce, et, levant toute
équivoque, le juge a tenu à se déclarer incompétent avant de donner ledit avis par la suite. Cet
arrêt a d’ailleurs été clarifié dans sa jurisprudence postérieure.

D’abord en 1968 par la Cour Fédérale de Justice, siégeant en sa Section du


Contentieux Administratif de Yaoundé. A l’occasion, parmi ses multiples chefs de demande,
sieur EKWALLA sollicitait qu’il plaise à la Cour de dire et juger qu’en refusant de l’intégrer
dans le cadre des Conducteurs Agricoles, actuellement cadre des Adjoints-techniques de
l’agriculture, telle que décidée dans l’arrêt n°456/CCA du 25 février 1956, l’Etat a commis
une faute génératrice d’un dommage. Le juge dit alors :

« Considérant que contrairement aux allégations du Sieur EKWALLA EDOUBE,


l’arrêt du Conseil de Contentieux en date du 25 février 1956, n’a pas "décidé" son
intégration dans le cadre des Conducteurs Agricoles ;
Qu’il n’aurait pu le faire sans excéder ses pouvoirs ;
Qu’il s’est contenté de déclarer que les conditions nécessaires à l’intégration du
requérant se trouvaient réunies » 808.

Ensuite en 1974, par l’Assemblée Plénière de la Cour Suprême. Ici, le recours intenté
par sieur EKWALLA EYANGO EDOUBE Stéphane tendait, entre autre, à obtenir
l'annulation de l'arrêté n°19/SEFP/SGPI portant son intégration dans le cadre des Adjoints-
Techniques de l'Agriculture, comme ne satisfaisant pas à la Justice et ne visant pas à lui faire

808
CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968, EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré
du Cameroun Oriental.

275
l'application de l'arrêt n°456/CCA rendu par le Conseil du Contentieux Administratif le 25
février 1956. Le juge en a profité pour dire :

« Qu'au surplus, l'arrêt n° 456/CCA du 25 février 1956 dont l'inexécution est


prônée par le recourant ne lui reconnaît aucun droit particulier ;
Que ledit arrêt énonce tout simplement, après avoir au préalable pris soin de dire
que le Conseil est incompétent pour adresser des injonctions à l'autorité administrative et
ne peut obliger celle-ci à un engagement d'un particulier dans un cadre local, que le sieur
EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane remplissait les conditions nécessaires pour être
intégré dans le cadre correspondant à ses titres, soit en qualité de titulaire, soit en qualité de
stagiaire ».

A l’analyse de certains arrêts et jugements, il se dégage une attitude sérieusement


surprenante du juge administratif camerounais, dans la mesure où le rejet implicite sus évoqué
découle plutôt de son penchant à éluder les chefs de demande visant à l’amener à adresser des
injonctions à l’administration. L’on peut dire que dans de telles situations, il se plaît à adopter
une attitude de réserve, voire du non alignement. Nous pouvons citer au moins deux décisions
relativement récentes qui illustrent fortement ce genre d’hypothèses.

Il s’agit, en premier lieu, de l’affaire KAMTO Maurice contre Université de


Yaoundé809. Les faits de cette espèce méritent d’être brièvement rappelés. Par requête du 28
août 1992, sieur Maurice KAMTO, chargé d’enseignement à l’IRIC et autres établissement de
l’Université de Yaoundé, a saisi la Chambre Administrative de la Cour Suprême d’un recours
aux fins :

- D’annulation de l’avis du conseil d’administration de l’Université de Yaoundé du 18


juillet 1991, ainsi que la décision n°077/UY/DAAP/DEPE/SPE du 24 mars 1992 du
chancelier de l’Université de Yaoundé le nommant Maître de conférences, pour excès
de pouvoir ;
- De son rétablissement dans ses droits, sur la base des dispositions du décret
n°69/DF/8 du 08 janvier 1969 portant statut particulier du corps des fonctionnaires de
l’Education, par sa promotion au grade de Professeur avec effet rétroactif à compter de
décembre 1988 ;

809
CS/CA, jugement n°254/2011/CA/CS du 02 novembre 2011, KAMTO Maurice contre Université de Yaoundé.

276
- De reconstitution de sa carrière, sur la base de l’indice 940 à compter de décembre
1988 ;
- De condamnation de l’Université de Yaoundé à lui verser la somme de 50.000.000
de francs CFA à titre de dommages intérêts en réparation du préjudice subi.

Au soutien de son action, le requérant a exposé que par voie d’affichage, l’Université
de Yaoundé a informé son personnel enseignant des disciplines juridiques et économiques,
d’un arrêté du ministre français de l’Education Nationale du 05 août 1987 portant ouverture
de recrutements, par voie de concours d’Agrégation, de professeurs des Universités dans les
disciplines juridiques, politiques, économiques et de gestion. Le 07 septembre 1987, il a
introduit une demande d’autorisation auprès des autorités compétentes afin de se présenter
audit concours dans la section "droit public". Ayant reçu les autorisations respectives du
ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et du chancelier de l’Université de
Yaoundé, il s’est donc présenté à ce concours et a passé les épreuves avec succès. Fort de ce
résultat, il a introduit, le 09 août 1988, auprès dudit chancelier une demande de changement
de grade et de nomination comme professeur agrégé de droit public.

En guise de réponse, le Vice-chancelier demandait, dans une lettre adressée au


directeur de l’IRIC, que soit respectée la procédure relative à la présentation des dossiers de
changement de grade, conformément à sa lettre circulaire du 17 décembre 1986. Suite à cette
correspondance, il a réitéré sa demande à plusieurs reprises, expliquant au Vice-chancelier
que la lettre-circulaire dont s’agit ne s’appliquait pas à son cas, qui est plutôt régi par les
dispositions du décret du 08 janvier 1969. En dépit de plusieurs autres relances et notes
explicatives adressées à cette autorité, ses réponses sont restées invariables. Lors de sa séance
du 18 juillet 1991, le conseil d’administration de ladite Université a décidé de proposer sa
promotion au grade de Maître de Conférences. Sur la base de cette proposition, ledit
chancelier a pris la décision du 24 mars 1992 précitée, reconstituant sa carrière administrative
à compter du 18 juillet 1991. C’est donc cet acte du conseil d’administration, ainsi que les
mesures d’application subséquentes qu’il conteste.

Appelé à statuer, le juge a déclaré le requérant fondé en son action et y a fait droit.
Cependant, ce qui reste curieux ici c’est que le juge de l’espèce ne s’est prononcé que sur les
chefs de demande relatifs à l’annulation des actes incriminés et à l’octroi des dommages
intérêts, sans mot dire sur ceux qui tendaient à ce qu’il ordonne à la fois la promotion du
requérant au grade de professeur avec effet rétroactif et la reconstitution de sa carrière. Il n’a

277
donc pas cru devoir dire et juger, comme par le passé, que sieur KAMTO a vocation à être
promu au grade sollicité, ni même qu’il rempli les conditions pour que sa carrière soit
reconstituée. Il ne s’est non plus déclaré incompétent. De par son silence, il a même ignoré
lesdits chefs de demande.

Une telle décision reste somme toute critiquable, tout au moins en raison du fait que le
juge ne s’est pas prononcé sur tous les chefs de demande qui lui étaient soumis. On pouvait
logiquement penser qu’il s’agissait là d’une simple erreur ou d’un oubli. Que non ! En réalité,
il s’avère qu’il feint seulement d’ignorer de telles demandes puisque moins d’un an après, il a
réédité cet exploit plutôt malheureux cette fois.

En second lieu, nous évoquerons l’affaire ALHADJI BABA AHMADOU


DANPOULOS contre Etat du Cameroun (MINFOF)810. En l’espèce, le susnommé avait saisi
le juge administratif aux fins, d’une part, de sursis à l’exécution de la décision
n°119/TA/MINFOF/RDFOF/RSWPAS/SW/150 du 19 mai 2012 du Délégué Régional du
Ministère des Forêts et de la Faune pour le Sud-ouest, entérinant la saisie de 08 autruches lui
appartenant et ordonnant leur transfert au jardin zoologique de Limbé et, d’autre part, de
restitution desdits oiseaux actuellement gardés au jardin zoologique de MVOG-BETSI à
Yaoundé. Le requérant faisait alors valoir qu’il a bénéficié d’un don de 08 autruches à
Kaduna au Nigeria. Le 16 mai 2012, alors que ces oiseaux étaient acheminés au Cameroun,
les services de la douane camerounaise ont interpellé ses employés, puis ont exigé et obtenu
d’eux le paiement de la somme totale de 1.500.000 FCFA, soit 1.000.000 FCFA pour le
dédouanement et 500.000 FCFA de pénalités, somme à laquelle il faut ajouter celle de 40.000
FCFA payée pour l’obtention du certificat sanitaire, délivré par les services des forêts et de la
faune.

Par la suite, ses employés ont été interpelés et conduits à Mamfé, puis à Limbé par les
agents de ce dernier service, lesquels ont ordonné la garde de ses bêtes dans le jardin
zoologique de Limbé par décision dont le sursis à l’exécution est sollicité. Il a saisi le
gouverneur de la province du Sud-ouest aux fins de rentrer en possession de ses bêtes, mais ce
dernier a vainement instruit les services compétents de les lui remettre. S’étant retourné vers
le Délégué Régional des Forêts et de la Faune aux fins de retrait de la décision querellée, ce
dernier, refusant de s’exécuter, prétextait qu’il n’y était pour rien dans la rétention abusive de

810
Ordonnance n°98/OSE/CA/CS/2012 du 14 septembre 2012, ALHADJI BABA AHMADOU DANPOULOS contre
Eta du Cameroun (MINFOF).

278
ses oiseaux, tout en lui indiquant que ceux-ci avaient été transférés à Yaoundé. C’est pour
toutes ces raisons qu’il a cru bon de saisir le président de la Chambre Administrative statuant
en matière de sursis à exécution aux fins sus-indiquées.

Ce qui est bizarre dans cette affaire c’est que, comme précédemment, le juge, bien que
statuant en matière de sursis, et donc du provisoire, ne s’est prononcé que sur le premier chef
de demande en ordonnant la suspension de la décision querellée. En se comportant de la sorte,
il a éludé ainsi le second chef qui tendait à ce qu’il ordonne la restitution des 08 oiseaux
abusivement saisis. Sans doute, l’exécution de la décision ordonnant le sursis devait conduire
l’administration à restituer ipso facto lesdites bêtes, mais cette raison ne saurait dédouaner le
juge. Ici encore, il est indéniable qu’il a statué infra petita dans la mesure où « le juge du
sursis devrait répondre à tous les moyens »811, ce qui n’a malheureusement pas été le cas en
l’espèce. Au lieu de feindre d’ignorer cet aspect de la demande ou alors d’éviter de prendre
position, il aurait été préférable pour lui de dire que cette question relevait de la compétence
du juge du fond.

Cette construction déconcertante de la jurisprudence administrative camerounaise est


également perceptible à la lecture de la décision rendue en 2010 dans l’affaire David NJIMI
BORNO contre Etat du Cameroun812. En l’espèce, le requérant avait introduit, auprès de la
Chambre Administrative de la Cour Suprême, un recours tendant à ce qu’elle ordonne au
Ministre de la Fonction Publique et de la réforme administrative de lui délivrer, dans les brefs
délais, l’arrêté de mise à la retraite. Appelé à statuer, le juge dit : « Attendu qu’en l’espèce,
l’action du recourant tend à faire donner les injonctions à l’administration, en violation du
principe de la séparation des pouvoirs entre le pouvoir judiciaire et l’administration ; Qu’il
s’ensuit que ledit recours est irrecevable ».

Indubitablement, une telle décision est stupéfiante à plus d’un titre ! On se serait, en
effet, attendu à voir le juge se déclarer incompétent pour adresser des injonctions à
l’administration qui relève d’un autre pouvoir. Mais curieusement, il a préféré, on ne sait par
quelle alchimie, déclarer plutôt le recours irrecevable, ce qui peut laisser penser qu’il s’est
implicitement reconnu compétent. Que non ! En réalité, ce juge a plutôt fait l’amalgame entre
une exception d’incompétence soulevée d’office et une fin de non recevoir. Cette attitude est
d’autant plus paradoxale qu’il a clairement affirmé que le fait pour lui d’adresser des

811
PIASECKI (J.), L’office du juge administratif des référés …, [Link]., P.304.
812
CS/CA, jugement n°185/2010/CA/CS du 22 février 2010, DAVID NJIMI BORNO contre Etat du Cameroun.

279
injonctions à l’administration constituerait une violation flagrante du principe de la séparation
des pouvoirs.

En fin de compte, il n'y a guère, en effet, d'autres termes pour définir le comportement
du juge administratif à l'égard des personnes morales de droit public dont il est amené à
contrôler les actes ou les agissements. Comme le souligne le Pr. René CHAPUS, « on est pris
de perplexité devant une jurisprudence aussi mystérieuse qu'elle est imperturbable et
massive »813.

En effet, à première vue, les formules utilisées en guise d’explication restent des plus
lapidaires et ne laissent guère place à une évolution potentielle, ce d’autant plus que leur
libellé ne permet de tirer aucun renseignement, relativement aux critères sur lesquels il se
fonde pour privilégier pareille solution814. Seules quelques supputations peuvent être
avancées. Le ton en est particulièrement péremptoire, comme si le juge administratif
camerounais entendait compenser la faiblesse de son raisonnement par la fermeté de ses
affirmations et, partant, symboliser ainsi sa propre conception des relations entre
l’administration et son juge.

Voici-en quelques bribes : « le juge administratif ne saurait, sans excéder ses


pouvoirs, donner des instructions à l’administration active »815, « la Chambre
Administrative ne peut donner des injonctions à l'administration »816, « un tel pouvoir n’est
pas de la compétence de la juridiction de céans mais plutôt de celle des juridictions
judiciaires qui peuvent enjoindre à toute personne, physique ou morale de faire ou de ne
pas faire telle chose »817 ou encore d'autres formules du même type.

Au demeurant, l’attitude du juge administratif, consistant en la négation d’un pouvoir


d’injonction à son profit, semble très critiquable, en ce qu’elle frise à la limite le ridicule. Elle
l’est même d’ailleurs, car de tout temps, ce juge a toujours adressé des injonctions à
l’administration active, même si cela n’était pas perçu comme tel. Lorsqu’il lui est par
exemple arrivé de condamner l’administration au paiement d’une somme d’argent, fut-ce à
titre de dommages-intérêts, n’était-ce pas là une injonction ? Aussi, le principe jadis proclamé

813 ème
CHAPUS (R.), Droit du contentieux administratif, 5 édition, Paris, Montchrestien, 1995, n°807, P.546
814
GOURDOU (J.), « Les nouveaux pouvoirs du juge administratif … », [Link]., P.340.
815
CS/CA, jugement n°110/85-86 du 11 septembre 1986, KAMDEM Samuel contre Etat du Cameroun
(Commune Urbaine de Bafoussam).
816
CS/CA, jugement n°92/82-83 du 28 juillet 1983, TCHOUANKEU Joseph contre Etat du Cameroun (MINFI).
817
CS/CA, Jugement n°09/CS/CA du 23 novembre 1989, NGATCHEU Adolphe contre Etat du Cameroun.

280
de la séparation des autorités administratives et judiciaires 818, brandi par lui pour justifier sa
position, n’est qu’une échappatoire qui ne saurait convaincre, encore que ce fameux principe,
bien qu’ayant été évoqué dans la convention judiciaire franco-camerounaise de 1958, n’a
jamais été rendu applicable au Cameroun.

Par ailleurs, en admettant même que des textes juridiques interdisaient aux juges
d'empiéter sur le domaine de compétence des autorités administratives en faisant "acte
d'administrateur", adresser des injonctions à l'administration ne consiste pas à se substituer à
elle dans l'exercice de ses pouvoirs de décision, encore que, comme l’a si bien dit M. Franck
MODERNE, « donner l'ordre d'agir au titulaire d'une compétence administrative n'est pas
agir à sa place » 819. Le pouvoir d’injonction ne porte donc pas atteinte à l’indépendance de
l’administration. Par ce procédé, le juge ne se substitut nullement à l’administration, il ne fait
aucunement acte d’administrateur. Il crée juste une obligation à la charge de la puissance
publique, ce que M. Henri-Claude NJOCKE a appelé « une situation de compétence liée »820.

Il va sans dire que l'injonction ne peut, en aucun cas, être assimilée à un acte
administratif. Elle n’est que l'expression d'un pouvoir juridictionnel par lequel le juge
accomplit son office en faisant usage de son impérium. En effet, il est généralement admis que
l'activité du juge comporte deux dimensions, la jurisdictio qui se limite à la capacité de juger,
de dire le droit et l’imperium consistant dans le pouvoir d'imposer une solution aux parties,
d'ordonner toutes les mesures indispensables à la bonne administration de la justice ; la
première procédant de l'autorité, la seconde du pouvoir821. Les destinataires potentiels de cette
injonction sont les parties au procès ; l'administration n'étant donc que l'un de ces
destinataires, à l'occasion d'un procès dans lequel elle est partie.

Aussi, est-il désormais constant que toutes les fois qu’il a fait droit à une requête aux
fins de sursis à exécution ou de référé administratif, le juge a de la sorte adressé, même
implicitement, des injonctions à l’administration822. Dans ce cas, la décision exécutoire
exprime son pouvoir de commandement unilatéral823. Un auteur a d’ailleurs pu dire à ce sujet
que par sa décision juridictionnelle, le juge du sursis « ôte provisoirement à la norme

818
COHEN-TANUGI (L.), Le droit sans l’Etat …, [Link]., P.100. Selon cet auteur, ce principe a depuis fort
longtemps fait l’objet de diverses critiques, dont la plus importante a historiquement concerné le mode de
recrutement au sein de la juridiction administrative, composée de fonctionnaires membres de l’exécutif.
819
MODERNE (F.), « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-elle ? », [Link]., P.800.
820
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.62.
821
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions européennes … », [Link]., P.680.
822
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.207.
823
FEVRIER (J.-M.), Recherches sur le contentieux administratif du sursis à exécution, [Link]., P.17.

281
contestée son caractère obligatoire, ce qui en interdit l’exécution » 824. Allant dans ce sens,
M. Christophe GUETTIER a affirmé sans ambages que « le sursis à exécution vaut
injonction provisoire de ne pas faire »825.

Quoique provisoire, elle demeure une injonction tout de même, encore que le juge du
sursis peut être amené à ordonner des mesures qui, en fait, sont de véritables injonctions
définitives826. Par conséquent, la personne morale de droit public destinataire d'une telle
injonction ne peut que s'abstenir de toute exécution de l'acte entrepris, jusqu'à l’intervention
d’une décision au fond. Il s’en suit que dans son office, le juge du sursis peut arrêter le bras de
l’administration en lui adresser une injonction de ne pas faire.

Mais, la situation peut paraitre un peu plus complexe dans l’hypothèse où le juge est
saisi d’une requête aux fins de sursis d’une décision négative, d’une décision de rejet. M.
Daniel LABETOULLE posait déjà cette difficulté dans sa communication lors de la première
journée d’études co-organisée par le Tribunal Administratif de Pau et la Faculté de Droit de
Pau le mardi 23 septembre 2008, à l’occasion de la rentrée solennelle dudit Tribunal827. En
effet, lorsque l’administration a refusé quelque chose à un administré, que veut dire suspendre
sa décision de refus sinon lui ordonner de faire positivement quelque chose ? Il s’agit là
indubitablement d’une injonction de faire qui lui est adressée.

L’attitude du juge est, en elle-même, jalonner de paradoxes. En fait, il est quasiment


inconcevable de voir que le même juge qui annule, avec effet absolu et rétroactif, un acte
administratif, ce qui par ailleurs est un pouvoir tout à fait exorbitant, soit encore entrain de se
refuser « de donner l’ordre le plus modeste à l’administration »828. Fort de ces constats, le
juge administratif camerounais s’est certainement inspiré de ces idées pour se raviser en
opérant, de temps à autres, des revirements par rapport à sa jurisprudence antérieure.

2- Les revirements incertains : la reconnaissance d’un pouvoir d’injonction au


profit du juge administratif

Le principe jadis proclamé de 1'indépendance de l'administration à l'égard du juge et,


corrélativement, l'impossibilité qui en résulte d'adresser des injonctions à l'administration,

824
Idem, P.18.
825
GUETTIER (C.), « Le prononcé de l'injonction par le juge administratif », [Link]., P.800.
826
PIASECKI (J.), L’office du juge administratif des référés …, [Link]., P.362 et ss.
827
LABETOULLE (D.), in GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.) (Sous la direction de…), L’exécution des
décisions de justice administrative, [Link]., P.16.
828
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », [Link]., P.162.

282
notamment pour assurer l'exécution de la chose jugée, apparaissent, dans le contexte
idéologique actuel de rééquilibrage des relations Etat-société, « comme des notions d'un
autre âge »829.

Du fait donc de cet anachronisme, et en raison du caractère inquisitoire de la procédure


administrative contentieuse, le juge administratif camerounais s'est vite rendu compte du
caractère hétérodoxe des positions précédemment prises par lui avant de se reconnaitre le
droit d'adresser des injonctions à l'administration. La motivation en étant qu’en fin de compte,
le pouvoir d'enjoindre n'est pas un pouvoir qui, par sa nature, n'appartiendrait pas au juge
administratif. Bien au contraire, il est même consubstantiel à sa fonction car « mettre à néant
l’acte, mais se refuser à dire ce qui doit nécessairement découler de cette disparition, n’est-
ce point, pour le juge, s’arrêter à mi-chemin, sans aller au bout de sa tâche ? »830.

Aussi, faut-il le rappeler, le pouvoir d’injonction ne doit pas être une planche de salut
pour le juge administratif qui serait tenté de s’en servir comme prétexte pour adopter un
comportement qui le conduirait, en tout état de cause, à faire œuvre d’administrateur. Il s’en
suit logiquement que l’injonction dont s’agit n’autorise nullement le juge bénéficiaire à se
substituer à l’autorité administrative normalement compétente en la contraignant à prendre un
acte ou une mesure qu’elle seule a le pouvoir de décider discrétionnairement831.

Cela dit, il ressort de l’analyse des décisions rendues par le juge administratif
camerounais que celui-ci adresse des injonctions à l’administration de façon aussi bien
explicite (a) qu’implicite (b).

a) Une reconnaissance explicite

Chaque fois qu’il est appelé à se prononcer sur une requête aux fins d’injonction, le
juge administratif camerounais éprouve de réelles difficultés à adopter une position tranchée
et définitive. Pourtant, il a été démontré que « Dans la tradition héritée du droit romain, le
juge n'a pas seulement le pouvoir de dire le droit (jurisdictio), il dispose aussi de celui
d'ordonner toutes les mesures indispensables à la bonne administration de la justice
(imperium) »832.

829
COHEN-TANUGI (L.), « L’avenir de la justice administrative », [Link]., P.15.
830
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.38.
831
GOURDOU (J.), « Les nouveaux pouvoirs du juge administratif … », [Link]., P.337.
832
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.253.

283
Une étude méticuleuse de la jurisprudence administrative camerounaise permet de se
rendre compte qu’entre deux décisions de rejet ou d’incompétence, se trouve une dans
laquelle le juge adresse des injonctions à l’administration. La situation inverse est également
vérifiée. Il s’agit généralement et, selon les cas, d’une injonction soit de faire ou de ne pas
faire (i), soit de payer (ii).

i) Injonction de faire ou de ne pas faire

A notre avis, le débat autour de l’existence ou non d’un pouvoir d’injonction au profit
du juge administratif n’a plus d’objet. Au Cameroun, ce dernier brave très régulièrement
l’interdiction qui lui est faite en enjoignant à l’administration de faire ou de ne pas faire
quelque chose. Une jurisprudence suffisamment abondante permet d’illustrer cette réalité.
L’affaire OLAMA BIDJOGO Vincent833 en est un exemple patent.

En l’espèce, sieur OLAMA avait introduit un recours tendant à faire ordonner son
reclassement comme infirmier assistant de 2ème classe, catégorie "B" de la fonction publique
pour compter du 02 décembre 1964 par l’Etat Fédéral du Cameroun. Soutenant cette
demande, il exposait qu’il est titulaire du diplôme de l’école des infirmiers d’Ayos et a été
admis au concours organisé en vue de l’obtention d’une bourse de perfectionnement dans la
métropole. Un certificat d’infirmier anesthésiste-réanimateur lui a ainsi été délivré le 18 avril
1956. Après son admission au concours professionnel des 18 et 19 février 1964, il a été
nommé infirmier assistant stagiaire de 3ème classe 1er échelon, catégorie "B" de la fonction
publique.

Conformément au décret n°80-289 du 31 décembre 1960 portant statut particulier des


infirmiers assistant de la santé publique du Cameroun, notamment en son titre 11 article 8
alinéa 2, il avait sollicité du Premier Ministre du Cameroun Oriental son reclassement d’office
au grade d’infirmier assistant de 2ème classe 1er échelon. Mais, cette réclamation fut rejetée. Il
estimait alors que ce refus procédait, non d’une fausse application de la loi, mais d’une
violation expresse des dispositions constitutionnelles relatives à l’égalité des citoyens devant
les services publics, d’autant que la même mesure avait été accordée aux nommés SADOU
ABDOU et MBATSOGO Apollinaire également titulaires du brevet de capacité.

833
CFJ/CAY, Arrêt n°204/A/CFJ/CAY du 18 août 1972, OLAMA BIDJOGO Vincent contre Etat Fédéral du
Cameroun.

284
A l’analyse, l’action du requérant était somme toute fondée comme il est loisible de le
constater dans ce raisonnement du juge :
« Considérant que le requérant qui était infirmier de la catégorie "C" a été admis
au concours organisé le 19 février 1964 en vertu de l’alinéa 3, article 5 du décret du 31
décembre 1960 susvisé ;
Qu’en outre, il était titulaire d’un diplôme de spécialité médical (anesthésiste-
réanimateur) ;
Qu’ainsi, il remplissait toutes les conditions exigées par la loi pour être nommé
infirmier assistant de 2ème classe 1er échelon stagiaire
Qu’en outre, il a été jugé que ses camarades qui remplissaient les mêmes conditions
ont obtenu le reclassement sollicité ».

Il est indéniable que la demande soumise à la censure du juge tendait à ce qu’il adresse
à l’administration une injonction de faire. Contre toute attente, il ne s’est pas déclaré
incompétent. Il ne s’est non plus contenté de dire seulement que le requérant remplissait les
conditions requises comme par le passé. Rompant avec sa jurisprudence antérieure, il est allé
au delà d’un simple avis pour statuer et a ordonné la mesure sollicitée ainsi qu’on peut le lire
dans son dispositif : « Article 1er : Déclare le recours du sieur OLAMA BIDJOGO recevable
en la forme ;

Article 2 : Le dit bien fondé et ordonne son reclassement à la catégorie "B" de la


2ème classe 1er échelon de la fonction publique… ».

Les affaires JONG Henri834 et OTOU BANDOLO Sylvestre835 s’inscrivent dans cette
même lancée. Dans ces deux espèces aux objets identiques, le juge est également resté
constant sur sa position. En effet, Ces derniers s'étaient pourvus, chacun individuellement,
auprès de la Chambre Administrative de la Cour Suprême contre l'omission faite par le
Ministre de l'Economie et du Plan qui avait publié les listes électorales de la Chambre de
Commerce sur lesquelles ne figuraient pas leurs noms. Appelé à statuer, le juge a d’abord
constaté qu'aucun cas d'incapacité n'avait été relevé contre les intéressés et que l'Etat du
Cameroun ne s'opposait pas à leur inscription sur les listes électorales dont s’agit.

Par la suite, il a indiqué qu'aux termes de l'article 15 du décret n°74/737 du 19 août


1974 portant statut de la Chambre de Commerce, d'Industrie et des Mines du Cameroun, toute

834
CS/CA, jugement n°49/CS/CA du 26 mai 1977, JONG Henri contre Etat du Cameroun.
835
CS/CA, jugement n°52/CS/CA du 26 mai 1977, OTOU BANDOLO Sylvestre contre Etat du Cameroun.

285
personne intéressée a un délai de 15 jours francs à compter de la date de publication des listes
définitives pour se pourvoir auprès de la Chambre Administrative de la Cour Suprême contre
les inscriptions, radiations ou omissions. Et pour conclure, il a, dans le dispositif de chacune
de ces décisions, ordonné l’inscription des requérants sur les listes électorales de la Chambre
de Commerce pour les élections du 05 juin 1977.

La nouvelle logique adoptée par le juge ne s’est pas arrêtée à mi-chemin puisqu’elle
s’est étendue à bien d’autres décisions, telle que celle relative à l’affaire BELINGA ZE
Thomas836. Sieur BELINGA avait en effet intenté contre l’Etat du Cameroun un recours
tendant à la rectification de 1'arrêté n°002293/A/MFP/DP/SDPF/SCF/B2 du 03 décembre
1974 portant son admission à la retraite par anticipation. Dans la même requête, il demandait
également le paiement de son traitement pour la période allant du 1er septembre au 31
décembre 1974. Fidèle à une partie de sa jurisprudence antérieure et sans remettre en cause le
pouvoir d’injonction qu’il s’attribuait progressivement, le juge de l’espèce a développé un
raisonnement au bénéfice duquel il a, dans son dispositif, décidé ce qui suit :

« Article premier : Déclare le recours recevable en la forme ;


Article 2 : Le dit fondé ; Ordonne la rectification de l'arrêté n°2293 du 03 décembre
1974 en son article 2. Dit que la date de prise d'effet de cet acte est le 31 décembre 1974,
date de sa notification à BELINGA ZE Thomas ;
Article 3.- Condamne l'Etat à payer à BELINGA ZE une indemnité équivalente à
son traitement du 1er septembre 1974 au 31 décembre 1974… ».

Il convient de relever qu’ici, le juge ne s’est pas contenter d’adresser à l’administration


une injonction de faire, notamment en l’enjoignant à rectifier l’arrêté querellé. Il a également
condamné l’Etat à payer une somme d’argent au requérant. En réalité, ce que nous voulons
faire observer ici, c’est que cette condamnation pécuniaire n’est rien d’autre qu’un ordre qui
lui est donné de faire quelque chose de précis. Il s’agit donc bel et bien d’une injonction ; une
injonction de faire, soit ! Mais plus spécifiquement, c’est une injonction de payer.

ii) Injonction de payer.

Décidément, le débat sur un éventuel pouvoir d’injonction du juge administratif est


vraiment clos ! Toute condamnation pécuniaire prononcée contre une personne morale de
droit public est une injonction. Comme l’a si bien dit M. Jean GOURDOU dans sa

836
CS/CA, Jugement n°4/CS/CA/77-78 du 23 février 1978, BELINGA ZE Thomas contre Etat du Cameroun.

286
communication lors de la première journée d’étude co-organisée par le Tribunal Administratif
de Pau et la Faculté de droit de Pau à l’occasion de la rentrée solennelle dudit Tribunal, « la
condamnation d’une personne publique à verser une somme revient déjà à l’enjoindre à
payer »837. Ce n’est pas le juge administratif camerounais qui nous le démentira, ce d’autant
plus qu’il n’a jamais hésité à condamner l’administration au paiement d’une somme d’argent,
soit à titre de remboursement d’une somme indûment perçue, soit à titre de dommages-
intérêts.

A titre illustratif, nous citerons la jurisprudence NYANDJA Félix 838. Celui-ci avait
intenté contre la République Fédérale du Cameroun un recours tendant à faire condamner
cette dernière à lui verser une somme d’argent en réparation du préjudice subi du fait de la
non restitution de son arme remise, pour raison de sécurité, aux autorités administratives. Il
résulte de l’instruction que sieur NYANDJA Félix avait, en exécution d’un arrêté ordonnant
la remise aux autorités de tous les fusils, déposé son "Browning" calibre 12 à la gendarmerie
d’EDEA, contre reçu en bonne et due forme. Courant septembre 1962, ayant obtenu une
autorisation spéciale de détention d’arme, il a voulu rentrer en possession de son arme, mais
celui-ci est demeuré introuvable. Appelé à statuer, le juge de l’espèce a développé des
arguments plutôt contrastants :

« Considérant que si le juge administratif ne peut, sans commettre un excès de


pouvoir, faire des injonctions à l’Administration, et par la suite en l’espèce, ordonner à
celle-ci, de restituer au recourant son arme ou alors en cas de perte de celle-ci, de lui en
procurer une autre en remplacement, il est de son pouvoir, lorsque les conditions de la mise
en jeu de la responsabilité de l’Etat se trouvent réunie, de condamner celui-ci à des
dommages-intérêts envers le recourant, en réparation du préjudice qu’il a pu lui causer ;
Considérant que l’Etat, en demandant aux propriétaires des armes de les déposer
entre ses mains, pour des raisons évidentes de sécurité, s’engageait, dès lors qu’il ne
s’agissait pas d’une confiscation venant régulièrement sanctionner quelques infractions, à
les restituer ultérieurement ;
Que cette obligation qui pesait sur l’Etat est de même nature que celle que contracte
un dépositaire envers le déposant et s’analyse non pas en une simple obligation générale de
prudence et de moyen, mais en une obligation déterminée ou de résultat ;

837
GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.) (Sous la direction de…), L’exécution des décisions de justice
administrative, [Link]., P.48.
838
CFJ/SCAY, arrêt n°37 du 30 avril 1968, NYANDJA Félix contre République Fédérale du Cameroun.

287
Que par la suite, le seul fait pour l’Etat de n’avoir pas effectivement rendu à
NYANDJA son arme, est constitutif d’une faute à sa charge, sauf à lui à démontrer que
l’inexécution de son obligation de rendre provient d’un événement indépendant de sa
volonté, d’un cas de force majeure ;
Considérant par ailleurs que cette faute a causé au requérant un préjudice certain,
que ce dernier peut être évalué à la somme de 57.577 francs ».

Ce raisonnement est la preuve irréfutable de ce que le juge administratif lui-même ne


sait pas ce qu’est exactement une injonction. Comment comprendre en effet que dans une
même décision, il soit entrain de condamner l’administration à payer une somme d’argent au
requérant tout en disant qu’il ne lui appartient pas d’adresser des injonctions à cette dernière.
Ce n’est rien d’autre que faire quelque chose en disant qu’on ne peut le faire. Quel paradoxe !
Et tenons-nous tranquille, cela ne procédait pas que d’une erreur, car il a réédité cet exploit
malheureux dans une affaire qui, en 1968, a opposé BABA YOUSSOUFA à l’Etat du
Cameroun Oriental839.

En l’espèce, le susnommé avait introduit un recours tendant à faire annuler la décision


n°622/SEFP/P2, du Secrétaire d’Etat à la Fonction Publique le mettant à la disposition du
préfet du département du Haut-Nyong pour servir à LOMIE, ainsi que l’arrêté
n°188/AP/DHN/D2 du 13 juin 1965 par lequel cette autorité le déplaçait quelque temps plus
tard de ladite localité pour le mettre à la disposition du Sous-préfet de MESSAMENA. Ledit
recours tendait également à ordonner à l’Etat de le considérer en position de détachement
définitif, dite d’instance d’affectation et à condamner ce dernier à lui payer la somme de dix
millions de francs à titre de dommages-intérêts. Invité à se prononcer, le juge a, une fois de
plus, étalé au grand jour ses balbutiements en adressant des injonctions tout en disant que cela
lui est interdit :

« Considérant qu’il ne saurait être sérieusement discuté que les arrêtés incriminés
aient causé au requérant un préjudice moral certain ;
Qu’en effet comme il le dit, la situation à lui faite était au plus haut point
humiliante ;
Qu’il lui est dû réparation de ce chef ;
Qu’en revanche le requérant, s’il allègue en outre un préjudice matériel, n’en
rapporte pas la preuve ;
839
CFJ/SCAY, Arrêt N°09/CFJ/SCAY du 16 octobre 1968, BABA YOUSSOUFA contre Etat du Cameroun Oriental.

288
Que la somme de dix (10) millions de francs réclamée à titre de dommages-intérêts
doit être ramenée à de plus justes proportions ; que le Tribunal dispose d’éléments
d’appréciation suffisants pour évaluer le préjudice subi à 100.000 francs ;
Considérant enfin que le Juge Administratif ne peut, sans commettre d’excès de
pouvoir, "ordonner" à l’Etat de considérer le requérant en position de détachement
définitif, dite d’instance d’affectation, ainsi que ce dernier le demande ».

Cependant, dans d’autres hypothèses, il s’est contenté d’ordonner à l’administration de


rembourser les sommes perçues au titre d’une imposition irrégulière. La jurisprudence Union
Trading Cameroun840 est assez édifiante à ce sujet. L’instruction de cette affaire a révélé que
la société Union Trading Cameroun, connue sous le sigle "U.T.C.", avait introduit un recours
tendant à obtenir un dégrèvement total de l'imposition émise contre elle au titre de la patente
de loueur de local aménagé pour l’année 1967, d'un montant de 52.500 francs.

A l'appui de son action, la société requérante prétendait qu'elle a pour seule activité
commerciale, celle de négociant et d'exportateur de produits de cru, activité pour laquelle elle
est régulièrement patentée. Par ailleurs, elle consent à Yaoundé la location de locaux nus, à
usage commercial, sans aucun aménagement ni matériel, à un commerçant qui y exploite un
fonds de commence lui appartenant personnellement. Elle estimait alors que cette location ne
peut en aucun cas la rendre passible de la patente de "loueur de fonds", car ce n'est que si les
locaux sont loués munis de tous les moyens d'exploitation qu'une patente peut lui être
réclamée. Vidant sa saisine, le juge dit :

« Mais considérant que le Code général des impôts ne soumet à la contribution de la


patente que les loueurs de fonds de commerce, d'installations ou matériel industriel ou
commercial et de locaux, aménagés ;
Qu’un local à usage commercial n'est soumis à cette imposition que s'il se trouve au
moment de sa location aménagé pour l'exercice d'un commerce quelconque ;
Considérant qu'il ressort de l'examen du bail passé, entre la "demanderesse" et ses
locataires que ceux-ci sont autorisés à faire tous aménagements qu'ils jugeront nécessaires,
à l'exercice de leur commerce ;

840
CFJ/CAY, ARRÊT n°134/CFJ/CAY du 26 janvier 1971, Union Trading Cameroun contre Etat du Cameroun
Oriental.

289
Qu’il résulte de cette autorisation expresse que le local litigieux n'était pas aménagé
pour l'exercice du commerce en vue duquel il était loué ; que l'affirmation de la
demanderesse selon laquelle son local était loué nu se trouve ainsi confirmée ;
Qu'ainsi, ce local n'étant pas aménagé, il ne peut faire, en application des
dispositions du Code Général des impôts susvisées, l'objet d'une imposition à la patente ».

Au bénéfice de ce raisonnement, le juge de l’espèce a, en conséquence, annulé l’article


1.12.75 033189 du rôle 430-67 mis en recouvrement le 1er décembre 1967 au titre de la
patente pour l’année 1967 d’un montant de 52.500 francs et a ordonné le remboursement de
ladite somme à la société UTC. Il a adopté une position quasiment identique dans l’affaire
BENGONO Denis841 où il a d’abord annulé l'avis à tiers détenteur n°459-PY du 19 avril 1966
émis par la perception de Yaoundé contre le Directeur de la SCOA, employeur de sieur
BENGONO Denis, d'un montant de 275.217 francs (deux cent soixante quinze mille deux
cent dix sept), avant d’ ordonner la restitution, à ce dernier, des sommes versées par ladite
SCOA à la perception de Yaoundé.

Dans une affaire relativement récente, laquelle opposait le nommé UM NTJAM


François Désiré à l’Etat du Cameroun (MINEPNA)842, la Chambre Administrative de la Cour
Suprême est même allée un peu plus loin en condamnant l’Etat à payer une créance née d’une
facture engagée par lui. Les faits méritent d’être brièvement rappelés.

En effet, sieur UM NTJAM François Désiré, Directeur des Etablissements Francis et


Fils, avait saisi la Chambre Administrative d’un recours contentieux tendant, entre autre, à
obtenir de l’Etat du Cameroun, le paiement du reliquat de sa créance dont le montant s’élèvait
à 4.027.712 FCFA. Il soutenait que par convention signée le 17 mai 1999 avec le Ministère de
l’Environnement et des Forêts, il devait s’occuper de l’animation culturelle de la célébration
de la journée mondiale de l’Environnement des 04 et 05 juin 1999, ce qu’il a effectivement
fait. Après sa prestation de services, il a présenté sa facture, d’un montant de 4.527.712 francs
en règlement de ladite prestation, mais seule une avance de 500.000 francs lui a été payée en
avril 2000 et malgré ses multiples relances, le reliquat de la créance n’a jamais été payé.

L’Etat du Cameroun, qui n’a du reste pas contesté l’existence de cette dette, a essayé
de soutenir en vain que l’animation culturelle et le management ne constituaient pas un

841
CFJ/CAY, Arrêt n°161/CFJ/CAY du 08 juin 1971, BENGONO Denis contre Etat du Cameroun Oriental.
842
CA/CS, Jugement n° 80/2008/CS/CA DU 18 juin 2008, UM NTJAM François Désiré Contre Etat du Cameroun
(MINEPNA).

290
service public. Par jugement avant-dire-droit n°174/ADD du 31 août 2005, la Chambre
Administrative de la Cour Suprême s’est déclarée compétente à connaitre de ladite cause.
Puis, statuant au fond, elle a dit : « Attendu que la créance de UM NTJAM est établie et que
l’Etat a, au demeurant, commencé à s’exécuter ; qu’il y a lieu de le condamner au
paiement du reliquat de 4.027.712 francs ».

Au regard de ce qui précède, l’on peut dire qu’en dépit des balbutiements et des
atermoiements du juge administratif camerounais, la constance qui se dégage est qu’il s’est
formellement reconnu la compétence pour adresser des injonctions à l’administration active.
Même s’il est certes établi qu’il l’a constamment fait de façon expresse, il n’en demeure pas
moins vrai qu’il le fait aussi parfois implicitement.

b) Une reconnaissance implicite

Il ne serait pas faut d’affirmer que relativement à son pouvoir d’injonction, l’attitude
du juge administratif camerounais suscite toujours quelques réserves, si tant est vrai que sa
position sur la question n’est pas foncièrement établie. Car de temps à autre, la
reconnaissance, à son profit, d’un tel pouvoir ne se déduit qu’implicitement de certaines de
ses décisions, bien évidemment après une analyse minutieuse de celles-ci. A cet égard,
l’affaire EVINA Christophe contre Etat du Cameroun843 en est fortement évocatrice.

En l’espèce, sieur EVINA Christophe, premier secrétaire à l’Etude de maître Paul


Louvet PENDA, huissier de justice à Yaoundé, avait introduit, contre l'Etat du Cameroun, un
recours tendant à faire ordonner sa nomination, par l'Administration, en qualité d'Huissier de
Justice et à condamner l'Etat à lui payer la somme de 15.000.000 de francs à titre de
dommages et intérêts.

A l’appui de son recours, le requérant exposait qu’il a été admis à l’examen


professionnel des huissiers, organisé courant août 1974. Cependant, sur avis conforme de
l’Assemblée Générale de la Cour d’Appel de Yaoundé, l’Administration a refusé de
prononcer sa nomination en qualité d’huissier au motif qu’il avait été révoqué de la Fonction
Publique suivant arrêté du 16 juin 1964 par mesure disciplinaire, pour fraude à un concours
professionnel. Il soutenait que le fait pour l'Administration de s’opposer à sa nomination pour
les faits précités était constitutif d’un détournement de pouvoir puisque la fraude à un examen
professionnel n'est pas une faute contraire à la probité.

843
CS/CA, jugement n°50/CS/CA du 26 mai 1977, EVINA Christophe contre Etat du Cameroun.

291
En réaction, l'Etat a rétorqué que l'intéressé avait été révoqué par mesure disciplinaire
de ses fonctions d'Adjoint Administratif pour fraude à un concours professionnel, laquelle
fraude étant par sa nature même en contradiction à une observance des devoirs de Justice et de
la morale, est certainement contraire également à la probité. Invité à trancher le litige, le juge
dit alors :

« Considérant qu'aux termes des dispositions des articles 5 et 6 du décret n°60-221


du 05 décembre 1960 sur les fonctions et le statut des huissiers, le président de la
République nomme par décret les huissiers de Justice sur proposition du Garde des Sceaux,
ministre de la Justice ; nul ne peut être nommé huissier s'il n'est de nationalité
camerounaise, âgé de vingt cinq ans révolus ;
Que le postulant à la charge d'huissier doit en outre avoir satisfait à un examen
professionnel et justifié qu'il n'avait pas été révoqué de la Fonction Publique par mesure
disciplinaire pour faute contraire à la probité ;
Considérant que les faits de fraude à un examen constituent une faute
professionnelle qui porte atteinte à l'honneur et à la considération de leur auteur (Arrêt n°
65/CFJ du 30 septembre 1969, EVINA) ;
Considérant que la fraude à un concours professionnel est un manquement grave
aux règles de la morale sociale et est de nature, par répercussion à nuire au prestige, à
l'honneur et à la considération du fraudeur ; qu'il s'en suit de là que la fraude à un
concours professionnel constitue une faute contraire à la probité ;
Considérant qu'il est constant qu’EVINA Christophe a été révoqué de la Fonction
Publique par arrêté du 16 juin 1964, par mesure disciplinaire pour fraude à un concours
professionnel ;
Qu’il s’en suit de là que c'est à juste titre que l'Administration a rejeté la demande
de nomination du requérant dans la fonction d'huissier de justice au motif qu'elle se trouve
en présence de l'un des cas d'incapacité prévu par l'article 6 alinéa 1 - 3° du décret n° 60-
221 du 05 décembre 1960 précité ».

Il est indéniable que la requête ayant donné lieu au présent jugement tendait à ce que
le juge condamne l’administration à une obligation de faire, notamment en l’enjoignant de
nommer le requérant huissier de justice. Le juge de l’espèce aurait pu se déclarer incompétent
comme il a eu à le faire dans certaines de ses décisions antérieures. Mais, contre toute attente,
il a plutôt statué en examinant la demande au fond eu égard au fait que dans son dispositif, il a

292
déclaré le recours de sieur EVINA Christophe recevable en la forme avant de le rejeter au
fond comme mal fondé.

En agissant de la sorte, il affirmait ainsi implicitement qu’il est compétent pour


adresser des injonctions à l’administration, ce d’autant plus que le fait pour lui d’avoir rejeter
la demande comme non fondée laisse logiquement penser, avec conviction d’ailleurs, que si
les arguments avancés par le requérant étaient conformes aux lois et règlements en vigueur, il
aurait fait droit à sa requête et aurait ordonné à l’administration de le nommer huissier de
justice.

En définitive, il ne semble pas inutile d’indiquer que l’échantillon jurisprudentiel


évoqué et analysé ci-dessus ne prétend pas à l’exhaustivité, mais sans doute est-il
suffisamment représentatif de ce qu’a été, et même de ce qu’est la politique jurisprudentielle
du juge administratif camerounais relativement à la reconnaissance ou non d’un pouvoir
d’injonction à son profit. A l’observation, toutes ces décisions attestent à suffire, s’il en était
encore besoin, de ce que la consécration de la prohibition du pouvoir d’injonction dans une
certaine jurisprudence n’était en réalité qu’une véritable « autolimitation paradoxalement
valorisée »844, voire une « automutilation »845 des pouvoirs normaux qui lui appartiennent,
ès-qualités, que le juge administratif camerounais s'est infligé en l'occurrence. Cet argument
est d’autant plus suffisant et pertinent que pour franchir l’interdiction, il n’a pas attendu
l’intervention du législateur.

Afin d’éviter ce genre de revirement jurisprudentiel fâcheux, le législateur français a


depuis le 08 février 1995, donné à son juge administratif le pouvoir qu’il s’est toujours refusé,
afin de rendre son office plus complet. Cela n’est pas le cas en droit positif camerounais où
l'indépendance de l'administration vis-à-vis de la juridiction administrative continue d’être
garantie par le refus du juge de prononcer des injonctions à son encontre, même s’il ne s’agit
pas en réalité d’un refus ferme, compte tenu des balbutiements observés dans le
comportement du juge administratif camerounais.

En conséquence, on peut finalement penser que l’abstention du juge, à adresser des


injonctions, participe grandement et davantage d’une volonté consistant à éviter de froisser
l’administration qu’à une simple interdiction. Cela traduit certainement la finesse du
raisonnement du juge administratif qui, selon M. Henri OBERDORFF, préfère ne pas donner

844
MODERNE (F.), « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-elle ? », [Link]., P.803.
845
Idem, P.808.

293
d’ordre à l’administration que de risquer une désobéissance manifeste, qui consisterait pour
elle à adopter une attitude de rejet permanent de tout contrôle juridictionnel846. Sans doute
estime-t-il qu’il ne servirait à rien de donner des ordres aux autorités administratives si elles
ne sont pas disposées à les exécuter, au risque d’engager son prestige et son autorité dans une
aventure périlleuse847. Certainement, il craint surtout de les voir désobéir à son éventuelle
injonction, ce qui porterait inéluctablement une atteinte beaucoup plus grave à son crédit,
voire à son autorité, que la simple méconnaissance de sa décision848.

En tout état de cause, lorsque le juge s’interdit de condamner l’administration à une


obligation de faire ou de ne pas faire, à la différence du juge de droit commun, c’est
manifestement par prudence qu’il le fait, fatalement pour éviter de voir ses injonctions rester
sans effet849 car « il ne suffit pas de disposer du pouvoir d’enjoindre, l’injonction doit être
aussi suivie d’effet »850. Cette condition valable pour le pouvoir d’injonction l’est aussi pour
ce qui est du pouvoir d’astreinte.

Paragraphe II : Le pouvoir d’astreinte

L’astreinte est appréhendée comme étant un procédé indirect par lequel le juge
contraint le débiteur d’une obligation à exécuter sa dette en le condamnant au paiement d’une
somme importante par jour de retard, jusqu’à ce qu’il s’acquitte de son obligation. En d’autres
termes, l'astreinte consiste en une condamnation pécuniaire en vue d'amener une personne à
exécuter une décision de justice, faute pour elle d’avoir à payer une somme d’argent au
bénéficiaire de ladite décision851. Elle est en principe provisoire et son montant progresse en
fonction du retard pris pour exécuter. Elle cesse une fois l'obligation prescrite effectuée. Son
objet n'est pas d'indemniser la partie lésée par le défaut partiel ou total d'exécution. Plus
clairement, elle constitue, non pas une réparation du dommage subi par les requérants du fait
d’un retard à exécuter, imputable à l’administration, mais plutôt un moyen de pression destiné
à favoriser cette exécution852.

846
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.217.
847
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.38. Dans cet article
devenu très célèbre, l’auteur a illustré ses propos en utilisant la métaphore du règne misérable d’un faible
Sachem qui, « sachant son autorité contestée, n’a trouvé d’autre solution pour régner en paix que de ne jamais
user de son pouvoir de chef, sûr de n’être pas désobéi dès lors qu’il ne commandait rien ».
848
DEBBASCH (R.), « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », La [Link]., P.162.
849
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.234.
850
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.45.
851
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.62.
852
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », [Link]., P.545.

294
On peut distinguer deux type d’astreinte ; l’une préventive, prononcée en même temps
que la décision sur le fond afin d’augmenter l’efficacité de l’injonction qu’elle complète, et
l’autre curative, demandée postérieurement à la décision sur le fond restée inexécutée853. On
voit bien que l’application, par le juge, de la procédure d’astreinte a davantage pour objet
d’obtenir l’exécution effective de la décision de justice que de punir financièrement
l’administration. Même s’il reste vrai que certains y voient en elle l’introduction, dans le
contentieux administratif, d’une technique issue du droit privé854, d’autres par contre sont
plutôt enclin à encourager la consécration formelle d’une telle pratique qu’ils considèrent à
juste titre comme étant « le remède devant résoudre le problème croissant de l'inexécution
des arrêts et surtout de l'allongement croissant des délais d'exécution »855.

Il faut toutefois se garder de voir en ce procédé une voie d'exécution, eu égard au fait
que le paiement de l'astreinte ne libère pas le débiteur de son obligation. Son utilité est
d'autant plus indispensable à l'encontre des personnes morales de droit public que celles-ci ne
peuvent pas faire l'objet de mesures d'exécution forcée sur les biens faisant partie de leur
patrimoine. Technique de contrainte s'exerçant sur les biens du débiteur et destinée à vaincre
la résistance opposée par ce dernier à l'exécution d'une condamnation, l’astreinte est une
condamnation pécuniaire accessoire et éventuelle que le créancier peut obtenir du juge après
constatation de l'inexécution de la décision856. Elle s'ajoute à la condamnation principale dans
l’hypothèse où celle-ci ne serait pas exécutée et, le cas échéant, dans le délai prescrit par le
juge. Elle tend à obtenir du débiteur, par la menace d'une augmentation progressive de sa
dette d'argent, l'exécution de son obligation et garanti, ce faisant, l’exécution des décisions de
justice.

Comme l’injonction, la possibilité offerte au juge administratif de pouvoir condamner


l’administration à une astreinte doit son idéologie et son développement au droit étranger. En
effet, si l’astreinte a longtemps été prohibée dans les législations étrangères, elle est désormais
reconnue et consacrée dans bon nombre de pays (A). Cette évolution n’a pas été
favorablement reçue et suivie par le jurislateur camerounais qui, jusqu’à ce jour, déni encore
ce pouvoir au juge administratif (B).

853
Idem, P.546.
854
GOURDOU (J.), « Les nouveaux pouvoirs du juge administratif … », [Link]., P.334.
855
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions européennes … », [Link]., P.714.
856
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.42.

295
A- Un pouvoir reconnu à l’étranger

Il est judicieux de préciser, in limine litis, que les raisons avancées ci-dessus en faveur
du choix porté sur un pays particulier, notamment la France, sont également valables pour les
développements qui vont suivre. Cette clarification étant faite, nous pouvons dire que
l'astreinte est une condamnation pécuniaire, à raison d'une somme fixée par jour de retard,
prononcée par le juge du fond ou des référés contre un justiciable récalcitrant, en vue de
l'amener à exécuter l'obligation qu'il vient de prononcer ou, parfois, de garantir la bonne
exécution d'une mesure d'instruction. Le procédé visant à condamner l’administration à une
astreinte est expressément consacré dans divers textes juridiques (1) et mis en application par
le juge administratif (2).

1- La consécration normative

En France, la faculté offerte au juge administratif de pouvoir condamner


l’administration à une astreinte, en vue d’assurer l’exécution de ses décisions, a été
expressément consacrée par le législateur. En effet, avec la loi n°80-539 du 16 juillet 1980
relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par
les personnes morales de droit public, le législateur a doté le Conseil d'Etat d'un instrument
procédural de coercition. Pour Valérie DABAN, cette loi constitue la première procédure
remédiant à l'inexécution des décisions de justice par l'administration 857, même si cet auteur
reconnait, par ailleurs, que les inexécutions ont néanmoins perduré nonobstant l’entrée en
vigueur de ladite norme858.

Qu’à cela ne tienne, il n’en demeure pas moins vrai que la loi dont s’agit permet en
effet de contraindre l'administration à exécuter une décision de la juridiction administrative
grâce à plusieurs procédures. Parmi celles-ci figure, dans ses articles 2 et suivants, la
possibilité pour le Conseil d'Etat de prononcer une astreinte contre l’administration. La loi en
question a fait l'objet d'un décret d'application, le décret n°81-501 du 12 mai 1981. Toutes ces
dispositions sont désormais codifiées aux articles L.911-4 et suivants, puis R.931-3 et
suivants du Code de justice administrative. Ces articles mettent ainsi en place une procédure
d'astreinte a posteriori, c'est-à-dire une fois constaté le refus de la personne publique
condamnée d'exécuter la chose jugée.

857
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements …, [Link]., P.9.
858
Idem, P.10.

296
Quoi qu’ayant été la pionnière en matière d’astreinte, la loi du 16 juillet 1980 a, de par
le système mis en place, assez vite montré ses limites en raison de la position très réservée du
Conseil d'Etat à manier l'astreinte et à la liquider. Pour cette raison, toute une série de
dispositions postérieures sont venues doter le juge administratif de pouvoirs d'astreinte
supplémentaires. C’est notamment le cas de la loi n°95-125 du 08 février 1995 relative à
l'organisation des juridictions et à la procédure civile, pénale et administrative qui a doté le
juge administratif de droit commun d'un véritable pouvoir d'astreinte en apportant deux
innovations fondamentales.

Elle a prévue en effet, et d'une part, que c'est désormais la juridiction qui a rendu le
jugement ou l'arrêt définitif qui assurera elle-même cette exécution, contrairement à la
procédure centralisée au profit du Conseil d'Etat initialement prévue par la loi n°80-539 du 16
juillet 1980. Elle a, d'autre part, mis en place un système d'astreinte a priori afin de prévenir
un éventuel refus d'exécution. Ainsi, saisie de conclusions en ce sens, la juridiction
administrative compétente pourra assortir, dans la même décision, l'injonction d'une astreinte.
Il en va ainsi également, entre autres exemples, du Décret n°2006-1133 du 08 septembre 2006
pour la protection de la voirie routière, de l’Ordonnance n°2009-515 du 07 mai 2009 pour le
référé précontractuel, de la loi n°2007-290 du 05 mars 2007 pour le droit au logement
opposable et, plus récemment, du Décret n°2010-164 du 22 février 2010 pour l'expertise.

Par ces différents textes, le jurislateur français a prévu deux procédures d’astreinte. La
première se fait a priori et est relative à l’astreinte préventive. Elle repose sur une idée très
simple : afin d'éviter des difficultés d'exécution, il incombe au juge administratif de fixer dans
son jugement, à condition d'être régulièrement saisi de conclusions en ce sens, les
conséquences qu'implique celui-ci. Il fallait toutefois, pour que ce système puisse être mis en
œuvre, conférer au juge administratif un véritable pouvoir d'injonction. C'est ce à quoi la loi
du 08 février 1995 s'est employée.

Ainsi, lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit


public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une
mesure d'exécution dans un sens déterminé, la formation de jugement prescrit, par la même
décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. De même, si sa décision
n'implique pas que la personne "condamnée" prenne à nouveau une décision après une
nouvelle instruction, elle prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle

297
décision doit intervenir dans un délai déterminé859. Afin de renforcer cette procédure
préventive, le législateur français de 1995 a prévu dans les dispositions du Code de justice
administrative, que la juridiction pouvait assortir, dans la même décision, l'injonction
prescrite, en application des articles L.911-1 et L.911-2 dudit Code, d'une astreinte dont elle
fixe la date d'effet.

Quant à la seconde procédure, elle se fait a posteriori et concerne l’astreinte punitive.


Dans le but de la différencier de l'autre procédure d'astreinte, il a été décidé de qualifier celle
issue de la loi du 16 juillet 1980 d'astreinte "punitive", eu égard au fait que son objet n'est pas
seulement d'inciter une personne publique à respecter ses obligations, mais aussi de tirer les
conséquences d'un tel refus en la "punissant" par le biais d'une condamnation pécuniaire. C'est
le législateur de 1980 qui a conféré au Conseil d'Etat un premier pouvoir d'astreinte afin
d'éviter que des décisions rendues par l'ordre juridictionnel administratif restent non
exécutées.

Cette astreinte ne peut intervenir qu'une fois la décision rendue et après l'expiration
d'un certain délai. Elle prend place dans l'arsenal mis en place par la loi de 1980 et apparaît
comme la phase extrême des pouvoirs ainsi conférés au juge administratif, son emploi
révélant ainsi l'échec des autres procédures préalables à son utilisation. A cet effet, la Cour
Administrative d'Appel de Lyon a jugé que les dispositions de l'article L.911-4 donnent à la
juridiction saisie d'une demande d'exécution d'un jugement ou d'un arrêt définitif la faculté
d'assortir la définition des mesures d'exécution du prononcé d'une astreinte, y compris lorsque
la demande d'exécution ne comporte aucune conclusion en ce sens860. Cette procédure
juridictionnelle vient ainsi s'ajouter aux procédés non juridictionnels établis pour obliger
l'administration à exécuter les décisions du juge administratif. Elle fait d’ailleurs l’objet d’une
stricte application par ce dernier.

2- L’encrage jurisprudentiel

Suivant les pas du législateur, le juge administratif français a, pour la première fois,
fait usage de son pouvoir d’astreinte en 1985 dans la décision de principe Mme Menneret861.
En l’espèce, Mme Menneret avait saisi le Conseil d’Etat d’une requête tendant à la
condamnation de la commune de Maisonnais-sur-Tardoire à une astreinte de 200 F par jour en

859
V. arts. L.911-1 et L.911-2 du Code de Justice Administrative.
860
CAA Lyon, 11 juin 1998, HELSTROFFER, Rec. CE, 1998, tables, P.1116.
861
CE, sect., 17 mai 1985, n° 51592, Mme Menneret, Rec. CE, 1985, P.149.

298
vue d’assurer l’exécution du jugement rendu le 1er février 1977 par le Tribunal Administratif
de Limoges. Par ce jugement en effet, ledit Tribunal annulait la délibération adoptée le 17
septembre 1971 par le conseil municipal de ladite commune, laquelle délibération autorisait le
maire à ne pas faire procéder à l’inscription du nom de son ancien maire et père de la
requérante, à la rubrique "Morts pour la France", sur le monument aux morts de la commune.
Le motif sous-tendant l’annulation était pris de ce que la délibération querellée avait
illégalement retiré une précédente délibération du 10 juillet 1971 qui était créatrice de droits
pour avoir décidé ladite inscription. Appelé à statuer, le juge de l’espèce dit alors :

« Considérant qu’à la date de la présente décision, le conseil municipal n’a pas pris
les mesures propres à assurer l’exécution du jugement du 1er février 1977 ;
Qu’il y a lieu, compte tenu de toutes les circonstances de l’affaire, de prononcer
contre la commune, à défaut pour elle de justifier de cette exécution dans un délai de deux
mois à compter de la notification de la présente décision, une astreinte de 200 F par jour
jusqu’à la date à laquelle le jugement précité aura reçu exécution ».

A travers cette affaire, le Conseil d’Etat rendait ainsi une décision sans précédent en
matière de condamnation d’une personne morale de droit public à une astreinte. La trajectoire
empruntée par le juge dans l’affaire Mme Menneret n’est pas restée une jurisprudence isolée
du Conseil d’Etat. Bien au contraire, cette haute juridiction a, à mainte reprise réaffirmé sa
position de principe. C’est ainsi qu’une commune a été condamnée sous astreinte à exécuter
un jugement l'obligeant à réintégrer un agent communal dans les conditions suivantes : par un
jugement du 05 mars 1986, le Tribunal Administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du 08
décembre 1983 par lequel le maire de Saint-Germain-de-Longue-Chaume a mis fin aux
fonctions de cantinière occupées par Mme Bechet et licencié celle-ci à compter du 1er janvier
1984.

A la date de la décision du Conseil d'Etat, la commune de Saint-Germain-de-Longue-


Chaume, que l'intervention de la décision de son conseil municipal ne dispensait pas de
l'obligation où elle se trouvait, à la suite du jugement du 05 mars 1986, de prononcer la
réintégration de Mme Bechet à compter du 1er janvier 1984, n'a pas pris les mesures propres à
assurer l'exécution de ce jugement. Le Conseil d’Etat décida alors qu’ « il y a lieu, compte
tenu de toutes les circonstances de l'affaire, de prononcer contre cette commune, à défaut
pour elle de justifier de cette exécution dans un délai de deux mois à compter de la

299
notification de la présente décision, une astreinte de 300 F par jour jusqu'à la date à
laquelle le jugement précité aura reçu exécution »862.

Dans l’espèce Bandesapt863, l'Etat a été condamné à une astreinte, après l'ouverture
d'une procédure d'astreinte d'office, pour exécuter une décision du Conseil d'Etat. Ladite
décision annulait, pour incompétence, le titre III de la circulaire du 13 décembre 1995 du
ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre fixant les modalités selon
lesquelles les dispositions de l'article L.115 du Code des pensions militaires d'invalidité et des
victimes de la guerre, seraient mises en application pour assurer aux pensionnés qui ont droit
à la prise en charge des soins thermaux, le remboursement d'une partie des frais
d'hébergement.

En exécution de cette décision, il incombait au gouvernement d'édicter par décret une


nouvelle réglementation en vue d'assurer la mise en œuvre de la gratuité des soins thermaux
prévue en faveur des militaires par la loi du 12 juillet 1873. Aucune mesure en ce sens n'étant
intervenue à la date du 28 mai 2001, en dépit des diligences de la section du rapport et des
études du Conseil d'Etat, la haute juridiction a prononcé la condamnation de l'Etat à une
astreinte de 10.000 francs par jour jusqu'à la date à laquelle la décision du 30 décembre 1998
aura reçu exécution. Plusieurs autres jurisprudences sont venues réitérer cette position du
Conseil d’Etat, consistant au prononcé des astreintes contre les personnes morales de droit
public en vue de l’exécution, par celles-ci, des décisions rendues par le juge administratif.

Il existe cependant un autre grand précédant, moins heureux cette fois, en matière de
succès. Il est relatif à la condamnation de la commune de Morne-A-L’eau à une astreinte de
1000 F par jour pour avoir refusé de payer des intérêts moratoires qu'elle devait en vertu d'un
jugement du 15 avril 1983, devenu définitif864. Par ledit jugement en effet, le Tribunal
Administratif de Basse-Terre avait condamné la commune dont s’agit à payer à la société
anonyme "Les Tennis Jean Becker" les intérêts moratoires au taux légal calculés sur la somme
de 287 230,16 F pour la période allant du 11 février 1981 au 18 juillet 1982. Ladite commune
n'a réglé, ni en totalité, ni en partie, les sommes correspondant auxdits intérêts moratoires et
elle n'a engagé aucune procédure d'inscription de ces sommes au budget communal.

862
CE, 15 avril 1988, Bechet, Rec. CE, 1988, tables, p. 968.
863
CE, 28 mai 2001, n° 230537, Bandesapt, Rec. CE, 2001, P.251.
864
CE, 27 mai 1987, SA "Les Tennis Jean Becker", Rec. CE, 1987, tables, p. 890.

300
Après avoir constaté l’inexécution, par la commune, de la décision rendue par le
Tribunal Administratif de Basse-Terre, le Conseil d'Etat a prononcé contre cette dernière, à
défaut pour elle de justifier de l'exécution complète dudit jugement, dans un délai de deux
mois à compter de la notification de sa décision, une astreinte de 1000 F par jour jusqu'à la
date à laquelle ledit jugement aura été exécuté. Toutefois, la commune n'ayant pas justifié
avoir versé cette somme, l'astreinte a été liquidée, ce qui ne l'a d'ailleurs pas empêché de
continuer à refuser de verser à la fois la somme due et le montant de l'astreinte ainsi liquidée,
révélant, par cette attitude, les limites du système. C’est peut-être la raison pour laquelle le
droit camerounais n’a pas encore trouvé opportun d’introduire un tel procédé dans son
dispositif normatif.

B- Un pouvoir encore inexistant au Cameroun

En l’état actuel du droit positif camerounais, le juge ne peut prononcer des mesures
d’astreinte contre l’administration. Cette prohibition découle non seulement du mutisme du
législateur (1), mais aussi et surtout du rejet formel expressément consacré par le juge (2).

1- Le mutisme du législateur

Depuis la nuit des temps, le législateur camerounais n’a jamais conféré au juge
administratif la possibilité de pouvoir condamner l’administration ou toute autre personne
morale de droit public à une astreinte en vue d’assurer l’exécution des décisions rendues par
ledit juge. Il ne lui a non plus fait interdiction formelle et expresse de recourir à un tel
procédé, supposé « servir de catalyseur au processus d’exécution attardée »865 des décisions
de justice. Face aux propositions de la doctrine866 qui a fortement souhaité que la possibilité
de pouvoir condamner l’administration à l’astreinte soit incorporée dans le dispositif normatif,
le législateur est resté muet.

Pourtant, ce ne sont pas les occasions qui lui ont manqué pour prendre position sur
cette question. Ce silence obstiné a fait dire à M. Eric NGWA NFORBIN que le courage du
législateur français manque encore à son homologue camerounais qui, jusqu’à présent, ne
saisit toujours pas les dangers inhérents à l’inexécution des décisions du juge administratif par
l’administration867. Dans le but d’éviter de tels dangers, le Pr. Jean-Louis ATANGANA

865
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.303.
866
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.128. Lire également
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.62.
867
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.304.

301
AMOUGOU affirmait que « la mauvaise volonté dont fait souvent preuve l'administration
pour exécuter les jugements qui lui sont défavorables mérite que le législateur camerounais
intervienne dans ce domaine en prenant par exemple une loi introduisant l'astreinte »868.

Cependant, certains auteurs ont relevé qu’aucun juge, qu’il soit de l’ordre administratif
ou judiciaire, ne dispose, en l’état actuel du droit camerounais, d’un quelconque pouvoir lui
permettant d’astreindre l’administration à une quelconque obligation, qu’elle soit positive ou
négative869. Déjà en 1990, le Doyen Maurice KAMTO affirmait qu’« il n’existe aucune
pénalité pécuniaire de nature à obliger l’administration »870. Il va sans dire qu’il ne peut
donc pas astreindre de façon comminatoire une personne morale de droit public à procéder à
l’exécution d’une décision de justice sous peine de se voir condamner à payer une certaine
somme d’argent871.

Sans doute, par ce mutisme injustifié et même injustifiable, le législateur a choisi le


non alignement : ni pour, ni contre, laissant de la sorte le soin au juge administratif, saisi de
conclusions éventuelles en ce sens, de faire ce que bon lui semble. Ainsi, entre l’idée que ce
qui n’est pas formellement interdit est autorisé et celle selon laquelle ce qui n’est pas
expressément autorisé est implicitement interdit, le juge administratif camerounais a opté pour
cette seconde hypothèse, rejetant par ricochet, et de façon catégorique, la possibilité pour lui
de condamner l’administration à une astreinte.

2- Le rejet formel par le juge administratif

La position du juge administratif camerounais, relativement à la reconnaissance, à son


profit, du pouvoir d’assortir ses décisions d’astreinte contre l’administration, est assez claire.
Il n’a, en effet, pas manqué de saisir l’occasion qui lui a été offerte en 2009 pour se déclarer
incompétent rationne materiae à connaitre des demandes tendant à ce qu’il condamne
l’administration à une astreinte. Il l’a fait en tout cas dans l’affaire NANA Jean Claude contre
Communauté Urbaine de Douala872. Les faits de cette espèce suffisamment révélatrice sont
assez édifiants.

868
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.254.
869
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.103.
870
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun…, [Link]., P.97.
871
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.128.
872
CS/CA, Jugement n°206/2009/BIS/S DU 25 novembre 2009, NANA Jean Claude contre Communauté Urbaine
de Douala (C.U.D.)

302
En effet, le 06 octobre 2008, sieur NANA Jean Claude a saisi la Chambre
administrative de la Cour Suprême d’une requête tendant à la condamnation de la
Communauté Urbaine de Douala à une astreinte de 5.000.000 FCFA par jour de retard à
compter du jour de la signification de l’ordonnance de référé n°160 rendue le 22 novembre
1999 par le président du Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo, jusqu’à la
délivrance, à son profit, d’un permis de bâtir.

Au soutien de son action, il a exposé qu’il est propriétaire d’un terrain urbain situé à
Douala 1er, quartier Bonanjo, formant le lot n°2P au lieu dit Bali, d’une superficie de 1166 m2,
objet du titre foncier n°24927 du département du Wouri. Le 03 mars 1999, il a déposé un
dossier, en vue de la délivrance d’un permis de bâtir sur ledit terrain, auprès de la
Communauté Urbaine de Douala, laquelle a exigé le paiement des droits du permis de bâtir
dont le montant total s’élevait à 1.165.000 FCFA. Cette somme a été réglée par chèque
certifié de la CBC BANK n°0263015 du 13 août 1999 et transmis par courrier à la
Communauté Urbaine de Douala le 17 août 1999.

Mais, après cet encaissement, celle-ci n’a plus donné de suite au dossier de permis de
bâtir introduit par le requérant. Approchée par celui-ci à l’effet d’en connaître les raisons, la
Communauté Urbaine de Douala a, par courriers des 16 juillet et 12 novembre 1999, opposé
un refus catégorique à ce dernier, motif pris de ce qu’elle aurait engagé elle-même une
procédure d’acquisition dudit terrain. Face à cette réticence qualifiée de coupable et injustifiée
par sieur NANA Jean Claude, celui-ci a saisi le Juge des référés du Tribunal de Première
Instance de Douala- Bonanjo pour s’entendre ordonner à la Communauté Urbaine de Douala
de délivrer le permis de bâtir pour lequel elle a encaissé, depuis le 19 août 1999, la somme de
1.165.000 FCFA.

Vidant sa saisine le 22 novembre 1999, le juge des référés susdit avait effectivement
ordonné à la Communauté Urbaine de Douala de délivrer le permis de bâtir sollicité par le
requérant. Cette décision est devenue définitive et constatée par un certificat de non appel
délivré le 19 janvier 2000. Cependant, depuis cette date, et malgré les multiples recours du
requérant, la Communauté Urbaine ne s’est toujours pas exécutée. Pour contraindre cette
dernière qui ne s’exécutait pas malgré la première décision de juge des référés, le susnommé a
de nouveau saisi ledit juge des référés le 03 juillet 2008 pour s’entendre condamner la
Communauté Urbaine de Douala à une astreinte de 5.000.000 FCFA par jour de retard jusqu’à
la délivrance du permis de bâtir dont s’agit.

303
Vidant une fois de plus sa saisine le 26 août 2008, le juge des référés sus évoqué s’est
déclaré incompétent, motif pris de ce que la Communauté Urbaine de Douala est une
personne morale de droit public qui, étant investie des missions de service public, est donc
assimilable au service administratif. Il a, de la sorte, conclu que les juridictions de l’ordre
judiciaire, dont il relève, ne peuvent prononcer une astreinte contre l’administration,
renvoyant ainsi le requérant à mieux se pouvoir. C’est sur cette base que ce dernier a saisi la
Chambre Administrative de la Cour Suprême aux fins sus évoquées.

Après avoir cité les dispositions des articles 2 et 3 de la loi n°2006/022 du 29


décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs,
lesquels déterminent sa compétence, le juge administratif s’est déclaré incompétent dans un
"attendu" fort pertinent dont voici la teneur :

« Attendu en l’espèce que le recourant sollicite l’astreinte de la Communauté


Urbaine de Douala à la somme de 5.000.000 FCFA par jour de retard à compter du jour de
la signification de l’ordonnance de référé n°160 du 22 novembre 1999 jusqu’à la
délivrance du permis de bâtir.
Que cette astreinte ne constitue pas le contentieux administratif prévu par la loi
susvisée ;
Qu’il échet de conclure à l’incompétence de la juridiction de céans et partant au
recours insusceptible d’instruction ».

Cette décision appelle tout de même quelques observations. On est, en effet,


définitivement fixé sur le fait que ni le juge administratif, ni même son homologue de l’ordre
judiciaire, ne peuvent condamner l’administration et toutes les autres personnes morales de
droit public à une astreinte. En l’espèce, le juge s’est rangé du côté de ceux qui pensent que ce
qui n’est pas explicitement autorisé est implicitement interdit. Aussi convient-il de relever un
problème juridique sous jacent qui jailli pourtant de ce cas d’espèce. C’est celui de savoir si le
juge judiciaire est compétent pour ordonner à l’administration, ou même à ses
démembrements, de prendre un acte administratif comme l’a fait le juge des référés du
Tribunal de Première Instance de Douala-Bonanjo, étant entendu que le permis de bâtir est bel
et bien un acte administratif.

L’exemple est significatif mais non point exclusif. C’est également l’occasion de faire
le parallèle entre la position adoptée par le juge administratif camerounais dans cette
jurisprudence et celle prise par le Tribunal Administratif de Rabat au Maroc, dans l’affaire

304
Héritiers El ACHIRI873, à l’occasion de laquelle le juge administratif marocain s’est
expressément reconnu le pouvoir de condamner l’administration à une astreinte, en l’absence
de textes juridiques lui attribuant une telle compétence.

En l’espèce, par ordonnance du 20 décembre 1995, le Président du Tribunal


administratif de Rabat avait intimé à l'administration l’ordre de faire cesser les travaux de
construction entamés sur le terrain appartenant aux héritiers El Achiri. Bien qu'il s’agisse
d'une ordonnance sur requête, donc, revêtant un caractère d'urgence, l'ordre de cessation des
travaux se heurta à l'inertie de l'administration et à la cruelle réalité que quelquefois, le terme
de justice peut être complètement dénué de signification874. Le 19 avril 1996, un procès-
verbal dûment établi attesta que les travaux continuaient, comme si de rien n'était, et que les
requérants s'acheminaient vers un préjudice qui devenait irréparable au fur et à mesure que
l'administration persistait à faire la sourde oreille. Ne cédant point à son arrogance, les
requérants ont demandé au Tribunal administratif de Rabat de la condamner au paiement
d'une astreinte quotidienne de mille dirhams875 dans le but de l'obliger à se soumettre à l'ordre
de cessation des travaux.

Il se posa alors la question de savoir si le juge administratif était compétent pour


statuer sur cette demande. C'est là que réside tout l'intérêt du jugement rendu 06 mars 1997
par ledit Tribunal, surtout que l'agent judiciaire du Royaume avait soulevé une exception
d'incompétence qui fut cependant rejetée. Dans un raisonnement logique et quasi
géométrique876, le juge de l’espèce répondait ainsi par l’affirmative à la question de savoir si
le juge administratif peut prononcer une astreinte contre l'administration. Pour en arriver là, il
a du recourir à une motivation tout aussi originale :

« Attendu que l'article 448 du CPC prévoyant l'astreinte comme moyen de


contraindre le poursuivi à l'exécution, figure dans le chapitre III traitant des règles
générales sur l'exécution forcée des jugements ;
Attendu que les tribunaux administratifs appliquent les règles prévues dans le CPC
tant qu'aucune loi n'énonce le contraire, comme le prévoit l'article 7 de la loi 41-90 ;

873
TA de Rabat, 06 mars 1997, Héritiers El Achiri.
874
BENABDALLAH (M. A.), « L’astreinte contre l’administration », note sous Tribunal Administratif de Rabat, 06
mars 1997, Héritiers EL ACHIRI, REMALD, n°20-21, 1998, P.243.
875
Ce terme désigne l’unité monétaire du Maroc.
876
BENABDALLAH (M. A.), « L’astreinte contre l’administration », [Link]., P. 244.

305
Et attendu qu'il n'existe aucun texte juridique qui exempte l'administration de la
condamnation à l'astreinte dans le cas de son refus d'exécuter un jugement prononcé à son
encontre ayant pour objet le fait d'accomplir une obligation de faire ou celui de contrevenir
à une obligation de ne pas faire, l'incompétence soulevée par l'agent judiciaire doit être
écartée ».

Dans sa note sous cette décision, M. Mohammed Amine BENABDALLAH pense que
le raisonnement adopté par le juge de l’espèce semble procéder d'un syllogisme d'autant plus
simple et convaincant que « l'on est enclin à s'interroger sur la raison pour laquelle il n'a
jamais été adopté auparavant, ni par les tribunaux administratifs, ni par la Cour
suprême »877. En tout état de cause, se fondant sur le fait qu’aucune loi ne le lui interdit
formellement, le juge administratif marocain s’est déclaré compétent, et ce sans ambages,
pour prononcer l'astreinte contre l'administration. Cette position, faut-il le rappeler, est
diamétralement opposée à la trajectoire prise par son homologue camerounais qui, selon nous,
a voulu rester extrêmement prudent au regard des textes qui définissent ses règles de
compétence.

Tout compte fait, autant on peut être séduit par la simplicité percutante retenue par le
Tribunal Administratif de Rabat, autant on peut craindre de se perdre dans un cercle vicieux
où en fin de compte, opposant son refus, l'administration réduirait continuellement à néant la
condamnation prononcée à son encontre. Une administration qui n'est pas disposée à
appliquer, de bonne grâce, une décision judiciaire, peut indéfiniment s'obstiner dans son
entêtement même si une astreinte est brandie par le juge.

C'est là, nous semble-t-il, tout le problème. L'astreinte ne peut avoir d'effet que si, en
fin de parcours, on peut user d'une procédure d'exécution forcée sans quoi elle ne serait qu'une
phase, parmi tant d'autres, d'un certain jeu juridique dans lequel la mise en œuvre des
exigences élémentaires de l'Etat de droit, ainsi que leur strict respect par les parties au procès,
n'aurait aucune existence réelle. Or, l'on sait qu'au plan de l'exécution forcée, le juge ne
dispose d'aucun véritable pouvoir contre l’administration, d’où la nécessité d’explorer
d’autres solutions ailleurs !

877
Ibid.

306
CONCLUSION DU CHAPITRE I

Considération prise de ce qui vient d’être dit, il est vrai que l’inexécution d’une
décision d’annulation peut être sanctionnée par la voie du recours pour excès de pouvoir et
par la réparation du préjudice causé au requérant. Ainsi, lorsqu’une décision a été rendue par
le juge et que par la suite l’administration refuse de l’exécuter, le juge administratif peut à
nouveau prononcer l’annulation contre l’acte de refus. Dans cette perspective, il revient au
bénéficiaire de la décision d’annulation de provoquer cet acte de refus. Il peut, par exemple,
demander à l’administration de prendre toutes les mesures nécessaires qui s’imposent à elle
afin de le rétablir dans son droit.

Le refus explicite ou même implicite peut être déféré au juge de l'excès de pouvoir qui,
à son tour, prendra une nouvelle décision d’annulation. Mais cette solution, somme toute
salutaire, recèle en elle-même des écueils découlant de la mauvaise foi de l'administration. En
effet, on pourrait se retrouver dans un cycle infernal allant d’annulation en refus et de refus en
annulation878, par un processus sans fin, sans pour autant régler la question essentielle qui est
celle de l’exécution effective de la décision d’annulation ou d’octroi des dommages intérêts.

Si le juge ne peut prononcer des sanctions à l’égard de l’administration, il peut


toutefois prononcer l’annulation de l’acte de refus d’exécuter et suggérer à cette dernière de
rares et timides directives879. Mais ces moyens de pression demeurent en réalité inefficaces,
étant donné qu’en raison de certaines considérations de fait, l’octroi des pouvoirs d’injonction
et d’astreinte au juge administratif serait dépourvu d’effet pratique, car l’administration qui
détient la force publique pourrait toujours passer outre les ordres du juge. Dans cette
occurrence, soit l’administration exécute spontanément la décision juridictionnelle et, le cas
échéant, l’injonction et l’astreinte deviennent inutiles, soit alors elle refuse d’obéir et dans ce
cas, ces deux pouvoirs ne servent à rien, puisque le juge ne peut pas assurer l’exécution de sa
décision par la force.

La conséquence logique c’est que le prestige et la dignité du juge administratif s’en


trouveront profondément atteints par une telle situation. On peut dès lors soutenir que « la
justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique ». Cette pensée
de Blaise PASCAL880, résume bien la situation peu confortable dans laquelle se trouve le juge

878
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.39.
879
Ibid.
880
PASCAL (B.), Les Pensées, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1977, P.94.

307
administratif camerounais en ce qui concerne l’exécution de ses décisions par
l’administration. Parlant justement de ce juge, le Pr. Jean RIVERO relevait, certainement pour
le déplorer, que « son glaive est de verre, ses foudres de carton »881.

Toutefois, ce faisceau contentieux, tissé traditionnellement par la jurisprudence et qui


s’inspire du vieux principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires, et son
corollaire, à savoir l’impossibilité d’adresser des injonctions à l’administration, a été renforcé
par le recours à des mécanismes de contrainte consistant en la mise en jeu de la responsabilité
des auteurs de l’inexécution.

881
RIVERO (J.), «L’Etat moderne peut-il être encore un Etat de droit ? », Annales de la faculté de droit de Liège,
1957, P.96.

308
CHAPITRE II : LA MISE EN JEU
DE LA RESPONSABILITE DES
AUTEURS DE L’INEXECUTION

309
On ne cessera pas si vite de dire que l'inexécution des décisions de justice, par
l'administration publique, constitue la zone d'ombre du contentieux administratif. S’il reste
vrai que quelques auteurs ont traité du sujet en apportant des propositions de solution, il serait
tout aussi, à première vue, inutile et déplacé de prétendre rouvrir un débat ou suggérer une
piste nouvelle par rapport à celles qui ont déjà été explorées.

Néanmoins, tant qu'un remède efficace et efficient n'aura pas été prescrit au regrettable
phénomène de l'administration hors la loi882, le mal demeurera toujours d'actualité et en
parler, même au risque de tomber dans des redites, ne peut être que bienfaisant pour les
potentiels justiciables du prétoire du juge administratif. En s’interrogeant davantage sur cette
question, il est possible de trouver et de proposer de nouvelles solutions, à l’instar de celle
consistant à mettre en jeu la responsabilité personnelle de ceux à qui incombe l’obligation
d’exécuter les décisions de justice.

La responsabilité pour inexécution ou pour mauvaise exécution des décisions du juge


administratif incombe principalement à l'administration, eu égard au fait qu’elle est censée
être au service de la légalité et des citoyens. Et parce qu’elle agit par le biais des personnes
physiques interposées, l’inexécution des décisions de justice peut également être imputable à
ces derniers. Il sera donc judicieux que l’on s’intéresse d’abord à la responsabilité de
l’administration pour violation de la chose jugée (section I) avant de s’appesantir sur la
responsabilité personnelle de l’agent public défaillant (section II).

SECTION 1 : LA RESPONSABILITE DE L’ADMINISTRATION POUR


VIOLATION DE LA CHOSE JUGEE.

L’Etat de droit suppose une soumission absolue et sans réserve de l’administration au


droit, à la légalité, et partant à la chose jugée. En principe, cette soumission aux décisions de
justice, traduite dans les faits par leur exécution effective et efficiente, ne doit pas être une
simple faculté laissée au bon vouloir de la puissance publique. Elle s’impose obligatoirement
à elle, comme à toute autre personne, physique ou morale, éventuellement sous peine de
sanctions.

Vu sous cet angle, l’administration qui s’entête à ne point exécuter les décisions
rendues par le juge administratif court le risque de voir sa responsabilité engagée pour

882
BENABDALLAH (M. A.), « L’astreinte contre l’administration », [Link]., P.243.

310
violation de la chose jugée, notamment lorsque cette inexécution a causé un préjudice au
requérant. Le cas échéant, celui-ci est fondé à saisir derechef le juge pour obtenir réparation.
Ainsi, bien que la responsabilité administrative, générée par la violation de la chose jugée, ait
des fondements aussi divers que variés (paragraphe I), sa mise en œuvre effective n’est
toujours pas aisée (paragraphe II)

PARAGRAPHE I : LES FONDEMENTS DE LA RESPONSABILITE DE LA


PUISSANCE PUBLIQUE

Par fondement ici, il faut y voir le fait générateur de la responsabilité de la puissance


publique. La doctrine publiciste et la jurisprudence administrative s’accordent sur le fait que
l’inexécution d’une décision de justice par l’administration constitue une faute de nature à
engager la responsabilité administrative (A). Par ailleurs, si ne respectant pas l’autorité de
chose jugée, l’administration exécute plutôt un acte annulé, cette action peut constituer une
voie de fait administrative susceptible d’engager également sa responsabilité (B).

A- La faute

Dans l’entendement populaire, il est généralement admis que toute responsabilité


suppose un comportement fautif883. Cette conception n’est pas fondamentalement fausse. Au
contraire, elle est même justifiable et justifiée. M. Henri JACQUOT estime que le fait pour
l’administration de ne pas exécuter, dans un délai raisonnable, les décisions de justice prises
contre elle, constitue une faute donnant droit à réparation du dommage qui en résulte884.
Partant de l’idée que la violation ou le non respect de la chose jugée constitue une illégalité, il
a été démontré que la commission d’une illégalité, quelle qu’elle soit, est toujours une faute
susceptible d’engager la responsabilité de la puissance publique885.

Le régime de la responsabilité de l’administration sur le fondement de la faute


suppose, pour sa mise en œuvre, la réunion de trois conditions cumulatives. La première c’est
que le requérant, qui entend engager la responsabilité de l’administration, doit pouvoir établir
que l’action ou l’abstention de cette dernière lui a causé un préjudice indemnisable. Celui-ci
peut être aussi bien moral que matériel886, mais doit être certain car un préjudice simplement

883
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
884
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.129.
885
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.1295.
886
CFJ/AP, Arrêt n°13 du 16 mars 1967, AMOUGOU Philippe et Dame NKOA Martine contre Etat du Cameroun.

311
éventuel ne peut être indemnisé. Il doit également consister en une atteinte à une situation
juridiquement protégée.

La deuxième condition est relative à l’imputabilité de la faute à l’administration.


Contrairement à son homologue français, le juge administratif camerounais ne fait pas de
distinction entre la faute personnelle et la faute de service, pas plus qu’il ne distingue les
différentes catégories de faute, simple ou lourde, susceptibles d’engager la responsabilité de la
puissance publique887. En dépit de cette position du juge, le Pr. Jean-Louis ATANGANA
AMOUGOU a néanmoins indiqué que le refus d’exécuter une décision de justice est
constitutif d’une faute de service susceptible d’engager la responsabilité de
l’administration888. Mais, quoiqu’il en soit, ce qui importe, c’est que la faute ayant causé le
préjudice soit imputable à l’administration du fait des agissements de ses agents 889.

La troisième enfin renvoie au lien de causalité entre le dommage et l’activité


administrative. La responsabilité de l’administration ne peut être engagée que s’il existe un
rapport suffisamment strict et direct entre le dommage et l’activité administrative
incriminée890. Par conséquent, cette responsabilité peut être atténuée, voire exclue s’il est
établi qu’une cause étrangère est intervenue dans la réalisation du dommage. Cette cause
étrangère peut revêtir diverses formes. Il y a d’abord la force majeure. On en parle
généralement lorsque la faute est causée par un évènement imprévisible, irrésistible et
totalement étranger à l’action de l’administration. Il y a ensuite la faute de la victime. Elle
n’est totalement exonératoire que si le dommage lui est exclusivement imputable. En cas de
participation partielle à sa réalisation, il y a partage de responsabilité. Il y a enfin le fait du
tiers. C’est une cause d’exonération vraiment propre à la responsabilité pour faute.

En dehors des hypothèses sus évoquées, la responsabilité administrative peut


également être mise en jeu sur le fondement du retard dans l’exécution d’une décision de
justice. Il a d’ailleurs été jugé que l’administration commettait une faute en accusant un retard
dans l’exécution des décisions de justice. A ce sujet, un cas topique a été dégagé dans la
jurisprudence Magiera891 où le juge administratif français a reconnu la responsabilité de l’Etat
pour faute simple du fait de la durée excessive des procès administratifs. Par cette décision, le

887
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.138.
888
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.253.
889
CFJ/CAY, arrêt N°113/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, TCHANY Jean contre Etat Fédéral du Cameroun
Oriental.
890
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.138.
891
CE, Ass., 28 juin 2002, Magiera, n° 23957, Rec., 2002, P. 248.

312
Conseil d’Etat posait ainsi les balises du droit à un délai raisonnable d’exécution d’une
décision de justice892 car il n’est plus besoin de rappeler que l’exécution de la décision rendue
par le juge fait désormais partie intégrante du procès893. Par conséquent, cette exécution ne
peut donc être empêchée, invalidée ou retardée de façon excessive.

Sur un tout autre aspect, il sied d’évoquer également le régime de responsabilité


administrative posé par le juge dans la jurisprudence Couitéas précitée. Cette décision repose
sur un raisonnement fort simple : l’administration a légalement agi en refusant son concours
mais ce refus a fait naître un préjudice dont la charge ne peut être équitablement laissée à
celui qui bénéficiait d’un titre exécutoire. En effet, les impératifs de l’ordre public qui
effacent l’illégalité du refus de concours expliquent également pourquoi une réparation est
due. La victime ne peut être seule à supporter le coût du maintien de l’ordre public. Il apparaît
alors juste que la responsabilité de l’Etat soit engagée, même sans faute sur le fondement de la
rupture de l’égalité des citoyens devant les charges publiques.

M. Gaston Jèze estimait, à ce sujet, qu’« il serait contraire à l’équité que le


justiciable, à qui le gouvernement oppose dans l’intérêt de la paix sociale un refus
d’exécuter la chose jugée, subisse ce préjudice sans indemnité »894. L’idée sous-jacente est
donc bien celle de l’égalité devant les charges publiques, dont le commissaire du
gouvernement Rivet se faisait déjà l’écho dans ses conclusions895. Le recours à un régime de
responsabilité sans faute, dans les hypothèses de refus de concours de la force publique, ne
relève toutefois pas de l’évidence, un tel refus pouvant être assimilé à une faute de service896.

Autrement dit, en l’absence de menaces graves à l’ordre public, le refus par


l’administration de prêter le concours de la force publique, en vue de l’exécution d’une
décision de justice, sera considéré comme fautif et pourra, ipso facto, engager sa
responsabilité. Il en va d’ailleurs de même lorsqu’elle pose un acte de nature à constituer une
voie de fait administrative.

892
MEYNAUD (A.), La bonne administration de la justice et le Juge Administratif, [Link]., P.50.
893
BOUCAUD (P.), « Le droit aux contacts familiaux sous le prisme des articles 6 et 8 de la convention
européenne des droits de l’homme », RTDH, N°70, 2007, P.512.
894
JEZE (G.), note sous CE, 30 novembre 1923, Couitéas, RDP, 1924, P.213.
895
RIVET (R.), concl. sur CE, 30 novembre 1923, Couitéas, S., 1923, III, P.66.
896
CAMGUILHEM (B.), Recherche sur les fondements de la responsabilité sans faute …, [Link]., P.437.

313
B- La voie de fait administrative

Généralement, on parle de voie de fait lorsque l’administration, par un acte


grossièrement illégal, porte atteinte à une liberté fondamentale ou à une propriété privée
mobilière897. Le juge administratif camerounais a eu l’occasion de se prononcer sur cette
notion dans plusieurs de ses décisions. C’est ainsi que dans l’espèce MVE NDONGO898,
après avoir indiqué que « les faits reprochés à MVE NDONGO constituent une voie de fait
administrative, c’est-à-dire des actes tellement irréguliers qu’ils perdent le caractère
administratif », il a conclu en décidant que constitue donc une voie de fait toute mesure
« manifestement insusceptible d’être rattachée à l’exercice d’un pouvoir appartenant à
l’Administration ». Par cette décision, le juge administratif ne faisait que réitérer là une
position qu’il avait adoptée un jour plus tôt, dans l’affaire Max Keller NDONGO899. Il va sans
dire que tout acte, grossièrement illégal, émanant de l’administration est constitutif d’une voie
de fait. Vu sous cet angle, l’inexécution des décisions de justice peut indubitablement être
classée dans ce registre.

En effet, le refus par l’administration de se soumettre aux décisions du juge


administratif va fréquemment au-delà d’une simple inexécution. Non seulement elle ne met
pas la décision en application, mais elle se permet même d’exécuter plutôt l’acte qui a été
annulé par le juge. Pareille attitude constitue à n’en point douter une voie de fait
administrative900. Le juge administratif camerounais est assez clair là-dessus et il a eu
l’occasion de le faire savoir dans l’affaire Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental
en ces termes :

« Considérant qu’en droit administratif, l’acte annulé pour excès de pouvoir est
réputé n’avoir jamais existé ;
Qu’il ne doit en conséquence pas être exécuté ;
Que d’ailleurs, l’exécution d’un tel acte constitue une voie de fait de la part de
l’administration »901.

897
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°7, P.29.
898
CFJ/AP, Arrêt n°10 du 17 Octobre1968, MVE NDONGO, Procureur Général contre NGABA Victor.
899
CFJ/AP, Arrêt n°8 du 16 octobre 1968, Max Keller NDONGO contre Etat Fédéral du Cameroun.
900
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, [Link]., P.305.
901
CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY du 08 décembre 1970, Claude HALLE contre Etat du Cameroun Oriental.

314
Il faut cependant relever que l’exécution de l’acte avant son annulation ne constitue
pas une voie de fait, étant donné que le recours n’a pas d’effets suspensifs, mais même dans
ce cas, l’administration qui le fait, agit à ses risques et périls.

Théorie d’origine jurisprudentielle, la voie de fait administrative offre au juge


l’opportunité de sanctionner les irrégularités particulièrement grossières, commises par
l’administration, et lui fait perdre ses privilèges traditionnels de puissance publique902.
Relativement au régime juridique de répression, il faut distinguer entre la constatation et la
réparation de la voie de fait.

Relevant jadis de la compétence de l’Assemblée Plénière de la Cour Suprême 903, la


constatation de la voie de fait administrative ressortit désormais de la compétence de la
Chambre Administrative de la Cour Suprême, ainsi que le prescrit la loi n°2006/022 du 29
décembre 2006 qui dispose qu’« il est statué par la Chambre Administrative de la Cour
Suprême sur l’exception préjudicielle soulevée en matière de voie de fait administrative et
d’emprise »904. Dans cette occurrence, il va de soi que devant le juge judiciaire, la
constatation de la voie de fait constitue par conséquent une question préjudicielle. Si la
question se pose devant les juridictions inférieures en matière de contentieux administratif ou
devant les tribunaux de droit commun, ces juridictions sont tenues de surseoir à statuer
jusqu’à ce que la Chambre Administrative de la Cour Suprême se soit prononcée sur
l’existence ou non de la voie de fait.

Toutefois, ce principe clairement posé sous l’empire de l’Assemblée Plénière, ne


semblait pas avoir été bien compris et assimilé par l’ancienne Chambre Administrative de la
Cour Suprême qui a souvent pris une certaine liberté à innover, mais en violation flagrante de
la lettre et même de l’esprit de la législation en vigueur à cette époque. Elle a en effet
constaté, elle-même et directement, la voie de fait dans l’affaire Dame BINAM née NGO
NDJOM Fidèle contre Etat du Cameroun905. Fort heureusement, elle est revenue à une
interprétation correcte des textes dans l’espèce NOMENY NGUISSI Emile contre Etat du
Cameroun906. C’est dire en définitive que seule la Chambre Administrative, à laquelle ont été
transférées les compétences de l’Assemblée Plénière d’autrefois, est à même de dire si oui ou

902
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.70.
903
Voir art.9 alinéa 4 de l’ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 fixant l’organisation de la Cour Suprême.
904
V. art.3 in fine de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée.
905
Jugement n°12/CS/CA du 28 Janvier 1982, Dame BINAM née NGO NJOM Fidèle contre Etat du Cameroun.
906
CS/CA, jugement n°63/CS/CA du 26 mai 1988, NOMENY NGUISSI Emile contre Etat du Cameroun (Commune
Urbaine de Dschang).

315
non un acte matériel de l’administration constitue une voie de fait susceptible d’ouvrir droit à
réparation.

Parlant justement de cette réparation de la voie de fait, les tribunaux judiciaires sont
investis d’une plénitude de compétence en la matière. Celle-ci leur est expressément conférée
par l’article 3 de la loi n°2006/022 précitée, laquelle dispose que « les tribunaux de droit
commun…connaissent en outre, des emprises et des voies de fait administratives et
ordonnent toute mesure pour qu’il y soit mis fin »907. Ces tribunaux de droit commun ont
donc compétence pour assurer, par l’allocation des dommages intérêts, la réparation de
l’ensemble du préjudice procédant de la voie de fait administrative. Ils peuvent également
adresser des injonctions à l’administration908, la condamner à faire cesser les comportements
constitutifs de la voie de fait et à remettre les choses en l’état, comme par exemple
l’injonction de restituer les objets saisis ou de libérer les personnes illégalement arrêtées et
détenues.

Il convient de relever toutefois que cette plénitude de juridiction peut s’expliquer par
la raison suivante : en cas de voie de fait, l’administration a dénaturé son action en lui faisant
perdre le caractère administratif. Par conséquent, elle est donc considérée comme étant
déchue de sa qualité d’administration, compte tenu du fait qu’elle a agi en marge du droit dont
elle est pourtant censée veiller à la stricte application.

En tout état de cause, qu’il s’agisse d’une faute ou d’une voie de fait commise par
l’administration du fait de son obstination à exécuter les décisions de justice, elles ont ceci de
commun qu’elles font toutes parties des fondements de la responsabilité administrative, dont
elles constituent par ailleurs l’étape préalable à sa mise en œuvre.

PARAGRAPHE II : LA MISE EN ŒUVRE DE LA RESPONSABILITE


ADMINISTRATIVE

L’article 1142 du Code Civil dispose que « toute obligation de faire ou de ne pas
faire se résout en dommages et intérêts, en cas d'inexécution de la part du débiteur ». Il va
sans dire qu’en application de cette disposition, l’administration qui n’exécute pas une
décision de justice peut se voir condamner au paiement des dommages-intérêts en réparation
du préjudice causé par cette inexécution. Toutefois, une telle option n’est pas exempte de

907
V. art.3 alinéa 1 et 2 de la loi n°2006/022 précitée.
908
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.29.

316
critique car comme le disait M. Claude-Albert COLLIARD, « accorder une indemnité
présente d’ailleurs l’inconvénient majeur du maintien de la solution dommageable dont on
ne répare que partiellement les conséquences »909. Dès lors, il s’en suit que l’annulation de
l’acte irrégulier étant prononcée par le juge, l’administration peut fort bien ne prendre aucune
mesure favorable au requérant et, le cas échéant, ce dernier ne bénéficiera donc en fin de
compte que d’une satisfaction purement morale.

Il existe cependant un palliatif, bien que ne constituant pas une panacée. Il est en effet
question de condamner l’administration au paiement des dommages-intérêts par la mise en
œuvre de sa responsabilité. La procédure permettant d’y parvenir se déroule en deux phases.
Il y a, d’une part, l’établissement préalable de la responsabilité de l’agent public (A) et,
d’autre part, la substitution de la responsabilité de l’administration à celle de son agent (B).

A- L’établissement préalable de la responsabilité de l’agent public

L’Etat, entendu au sens large, est une personne morale de droit public et, par
conséquent, une fiction juridique. A ce titre, il ne peut agir que par le biais des personnes
physiques interposées, généralement appelées agents public, parce que agissant au nom et
pour le compte d’une personne morale de droit public. Dans cette occurrence, seule ces agents
peuvent causer des dommages aux particuliers dans le cadre ou à l’occasion de l’exercice de
leurs fonctions. L’exigence de l’établissement préalable de la responsabilité de l’agent public
en général, et du fonctionnaire en particulier, dans la mise en œuvre de la responsabilité
administrative, est implicitement, mais fermement formulée dans le statut général de la
fonction publique de l’Etat. Ce texte dispose en son article 26 que « la responsabilité civile de
l’Etat se substitue de plein droit à celle du fonctionnaire condamné pour faute personnelle
commise contre un tiers dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions »910.
Deux constances se dégagent de ce texte.

Il y a, d’une part, le fait que l’auteur du dommage911doit avoir la qualité d’agent


public. Cette notion englobe non seulement les fonctionnaires au sens strict du terme912, mais
également les contractuels d’administrations, les décisionnaires, les journaliers qui sont

909 ème
COLLIARD (C.-A.), Libertés publiques, 7 édition, Paris, Précis Dalloz, 1989, P.171.
910
V. art. 26 alinéa 1 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la fonction publique de
l’Etat.
911
Le dommage ici découle bien évidemment de l’inexécution d’une décision de justice.
912
Allusion est faite ici à la définition donnée par l’article 3 du Statut Général de la Fonction Publique de l’Etat.

317
pourtant soumis à un régime de droit privé913. Ce qui importe, c’est qu’il s’agisse de
personnes par le biais desquelles l’administration agit. Rentrent donc dans cette catégorie, non
seulement les personnels permanents, mais aussi les collaborateurs occasionnels914 ; que cette
collaboration ait été autoritaire, c’est-à-dire par voie de réquisition915, ou au contraire
volontaire, voire bénévole.

C’est du moins ce qui ressort de l’affaire NDOUNDA Thomas contre Administration


du Territoire916, dans laquelle le juge, appelé à statuer, disait alors : « Considérant que le
sieur NDOUNDA prêta son assistance bénévolement ; Qu’il appartenait dans ces
conditions à MANGA de prendre les dispositions utiles afin d’éviter tout accident… Qu’au
terme d’une jurisprudence constante, l’accident engage la responsabilité de l’Etat du
moment que la victime n’a pas commis de faute et qu’aucun cas de force majeure n’est
allégué ». Il a réitéré cette position dans l’affaire ayant opposé, quelques années plus tard,
sieur KPWANG ESSIANE à l’Administration du Territoire917.

Il y a, d’autre part, l’exigence que cet agent public ait agit dans l’exercice de ses
fonctions. Si l’endossement de la responsabilité demeure suspendu à la condition qu’un agent
public soit à l’origine du dommage, les systèmes juridiques africains imposent par ailleurs que
celui-ci ait été commis dans l’exercice des fonctions918. La puissance publique ne saurait, en
effet, se substituer à ses agents lorsque ceux-ci causent, dans leur vie privée, des dommages
aux particuliers. Un lien minimal doit unir l’acte ou l’agissement fautif avec le service919.

Dans ce sillage, la célèbre affaire LITTY Hermann contre M’BELECK Paul, objet
d’un arrêt rendu le 18 juillet 1967 par la Cour Suprême du Cameroun-Oriental920, a offert à la
haute juridiction l’occasion de préciser le contenu et la portée de la notion « d’exercice de
fonction ». Les faits de cette espèce étaient relativement simples. Courant 1966, sieur LITTY
Hermann, chauffeur de l’administration de l’Etat fédéré du Cameroun-Oriental, a causé un
accident de la circulation avec le véhicule qu’il conduisait. En effet, ledit véhicule est entré en
collision avec une motocyclette au guidon de laquelle se trouvait sieur M’BELECK Paul qui

913
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise …, [Link]., P.353.
914
ABANDA ATANGANA (A.), La situation juridique du fonctionnaire stagiaire …, [Link]., P.36.
915
Ibid. Voir aussi dans ce sens CCA, arrêt n°28/CCA du 11 septembre 1950, NLEM MBOMEZOM contre
Administration du Territoire.
916
Arrêt n° 237/CCA du 10 juillet 1953, NDOUNDA Thomas contre Administration du Territoire.
917
Arrêt n°645/C/CCA du 06 septembre 1957, KPWANG ESSIANE contre Administration du Territoire.
918
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.800.
919
Ibid.
920
Arrêt n°245/CS du 18 juillet 1967, LITTY Hermann contre M’BELECK Paul.

318
s’en est sorti avec de nombreuses blessures. Poursuivi par ce dernier devant le tribunal
correctionnel de Douala, LITTY est déclaré coupable du délit de blessures involontaires et
condamné à payer des dommages intérêts à la victime qui, devant ladite juridiction, s’était
constituée partie civile. En se fondant sur l’article 14 de la loi du 19 novembre 1965,
M’BELECK demanda à l’administration de réparer le préjudice par lui souffert du fait de son
agent.

Saisi par la suite pour réexaminer la même affaire, la Cour d’Appel de Douala a, par
arrêt n°752/B du 08 juillet 1966, retenu la responsabilité de LITTY Hermann, mais en
refusant de déclarer l’Etat civilement responsable, motif pris de ce que « la faute commise
par LITTY, en tant que chauffeur de l’administration, et constitutive du délit de blessures
involontaires, était détachable du service ». Par cette curieuse motivation, comme le relève à
juste titre M. Henri JACQUOT, « la Cour d’Appel réintroduisait ainsi implicitement la
distinction du droit administratif français entre la faute de service et la faute personnelle et
elle limitait le jeu du mécanisme de substitution au cas de faute de service »921.

Cette distinction a été rejetée par la Cour Suprême du Cameroun-Oriental qui, par son
arrêt du 18 juillet 1967, a cassé celui de la Cour d’Appel de Douala, rejetant par là même
l’interprétation qu’elle avait faite de la loi de 1965. La haute juridiction dit alors :

« La Cour…devait rechercher, au regard des règles du droit privé, et non du droit


administratif comme elle l’a fait, si la responsabilité civile de l’Etat fédéré du Cameroun-
Oriental était engagée du fait de son agent LITTY et, dans l’affirmative, la substituer de
plein droit à celle de LITTY ».

Depuis longtemps, le juge administratif camerounais a toujours considéré que


l’établissement de la responsabilité de l’agent public n’est possible que grâce aux poursuites
personnelles dont il doit faire l’objet. La position adoptée par le Conseil du Contentieux
Administratif dans l’affaire PASSALIS Alexandre contre Administration du Territoire922 est
assez révélatrice à cet égard. Le juge disait alors : « Considérant que les juridictions
répressives…ne peuvent statuer sur des actions civiles en réparation du
dommage…qu’accessoirement à l’action pénale dirigée contre l’auteur de cette
contravention ; Qu’une action ne peut également être exercée contre l’employeur

921
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, N°8, P.136.
922
Arrêt n°608/CCA du 29 juillet 1957, PASSALIS Alexandre contre Administration du Territoire.

319
civilement responsable devant la juridiction répressive qu’accessoirement aux poursuites
exercées contre l’auteur de l’infraction ».

De ce raisonnement s’infère donc l’idée que devant le juge judiciaire, l’agent public
est dépouillé de son manteau administratif et jugé comme un individu quelconque923. Ainsi, la
responsabilité personnelle de l’agent public sera établie sur la base des principes posés par
l’article 1382 du Code Civil, d’où la nécessité pour la victime de rapporter, non seulement la
preuve de la faute elle-même, mais également le lien de causalité entre cette faute et le
préjudice par elle subi.

En fin de compte, lorsqu’un agent public, agissant dans le cadre ou à l’occasion de


l’exercice de ses fonctions, vient à causer aux tiers un dommage, il peut prétendre à une
protection de la part de l’administration, « son tout puissant employeur »924. Cette protection
est garantie par l’Etat qui se doit alors de le couvrir des condamnations civiles prononcée
contre lui925. Le cas échéant, on dit que l’administration endosse la responsabilité de son agent
pour les fautes commises dans l’exercice de ses fonctions, ceci par le truchement du
mécanisme de la substitution de responsabilité.

B- Le mécanisme de substitution de responsabilité

La notion de substitution de responsabilité est définie par le Doyen Magloire ONDOA


comme étant « la technique par laquelle l’administration endosse la responsabilité
pécuniaire d’un agent public coupable de faute personnelle ; celui-ci disparaît derrière la
personne morale de droit public qui indemnise la victime »926. Foncièrement exacte, cette
définition est néanmoins critiquable, ne serait-ce que sur le fait pour l’auteur d’avoir visé
uniquement, et sans véritable raison, la faute personnelle. Car en principe, la responsabilité de
l’administration se substitue à celle de son agent toutes les fois que celui-ci commet une faute
dommageable dans le cadre ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. Il était donc
préférable pour lui de dire que le mécanisme de substitution de responsabilité est opéré, non
pas sur la base de la faute personnelle, mais plutôt sur le fondement de la faute tout
simplement. L’établissement, mieux encore l’identification de cette faute est faite par le juge

923
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise …, [Link]., P.357.
924
OWONA (J.), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, Paris, EDICEF, série "manuels et
travaux de l’Université de Yaoundé", 1985, P.88.
925
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]., P.107.
926
ONDOA (M.), La protection des dépenses d’indemnisation en droit administratif camerounais, [Link]., P.112.

320
judiciaire, selon les règles du droit privé, notamment en application de l’article 1384 du Code
Civil sur la responsabilité des commettants du fait de leurs préposés927.

Le mécanisme de substitution de responsabilité tire son fondement juridique de la loi


française du 05 avril 1937 sur la responsabilité des instituteurs de l’enseignement public.
Cette loi a été rendue applicable au Cameroun par le décret du 03 juillet 1938. Il semble avoir
été imaginé à l’origine dans un souci de protection des tiers victimes, en raison de leur
indemnisation a priori par l’Etat, étant donné que l’insolvabilité présumée des instituteurs à
cette époque ne garantissait pas aux victimes des dommages, causés aux élèves ou par eux, la
réparation du préjudice subi928. Le statut général de la fonction publique s’est fait écho de
cette technique en son article 26 précité.

Allant dans le même sens, la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 précitée, fidèle à
ses devancières929, dispose, en son article 3, que « les tribunaux de droit commun
connaissent, conformément au droit privé, de toute autre action ou litige, même s’il met en
cause les personnes morales énumérées à l’article 2, la responsabilité desdites personnes
morales étant à l’égard des tiers, substituée de plein droit à celle de leurs agents auteurs des
dommages causés dans l’exercice même de leurs fonctions »930.

A première vue, on serait tenté de croire que tout dommage causé aux tiers par un
préposé de l’administration entraine ipso facto la substitution de responsabilité de l’Etat à
celle de son employé concerné. Que non ! Pour que la responsabilité de l’administration
puisse être substituée à celle de son agent, il faut que celui-ci ait la qualité d’agent public et
qu’il ait agit dans le cadre ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions. La substitution n’est
donc pas une planche de salut pour les agents indélicats931. Il est donc d’une importance
capitale, pour la mise en œuvre du mécanisme de substitution de responsabilité, de déterminer
dans nombres d’hypothèses douteuses, si l’agent auteur de l’acte dommageable était ou non
dans l’exercice de ses fonctions932.

927
BILONG (S.), « Le juge judiciaire et la protection civile des fonctionnaires en droit camerounais », RJPIC,
ème
55 année, n°2, mai-août 2001, P.198.
928
Idem, P.200.
929
Il s’agit notamment de l’article 9 alinéa 3 de l’Ordonnance n°72/6 du 26 août 1972 fixant l’organisation de la
Cour Suprême.
930
V. art.3 alinéa 1 de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 portant organisation et fonctionnement des
tribunaux administratifs.
931
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]., P.104.
932
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise …, [Link]., P.355.

321
Plus qu’un simple endossement, il s’agit de « l’engagement automatique de la
responsabilité de la puissance publique »933. C’est la seconde phase de cette démarche qui
avait pour point de départ l’établissement de la responsabilité de l’agent public du fait des
poursuites dont il est l’objet. Elle est suffisamment illustrée par la jurisprudence
camerounaise. En effet, la substitution automatique de la responsabilité d’une personne
morale de droit public à celle de son agent, une fois que celle-ci est établie, a été consacrée
par un arrêt d’assemblée de la défunte Cour Fédérale de Justice dans l’affaire BOLLO Joseph
contre Etat du Cameroun934. Les faits de cette cause étaient relatifs à un accident de la
circulation routière. Appelée à statuer, la haute juridiction décida : « Attendu que EDZIMBI
était régulièrement en service au moment où il a occasionné l'accident dont BOLLO a été
la victime ; Que la condamnation pénale intervenue contre EDZIMBI de ce fait établit sa
responsabilité et par voie de conséquence celle de l’Etat Fédéral ».

Cette technique est appliquée avec la même rigueur dans d’autres hypothèses donnant
lieu à substitution de responsabilité. Il en va ainsi par exemple de l’affaire ayant opposée sieur
NKONDOCK Emile Valentin au Docteur ASHU NGANG Paul et le Ministère de la santé935.
Vidant sa saisine dans cette cause, le juge dit : « Attendu qu’au moment des faits, le Docteur
ASHU NGANG Paul était au service de l’Etat, et plus précisément à la maternité principale
de Yaoundé ; Qu’il y a lieu de déclarer le Ministère de la santé, son employeur, responsable
du fait de son préposé ».

Au demeurant, il sied de constater que pendant longtemps, la seule solution qui


s’offrait au justiciable consistait à intenter une nouvelle action en justice tendant à faire
annuler le refus d’exécution ou à mettre en jeu la responsabilité de l’administration si un
préjudice en était résulté. Mais, même à ce niveau, on conçoit facilement les difficultés que le
juge peut rencontrer et la déception que l’administré peut sentir lorsque l’administration
continue à rechigner à exécuter la décision juridictionnelle. Une telle situation n’est certes pas
admissible parce que, d’abord, elle sape les soubassements justificateurs de l’Etat de droit et,
ensuite, elle prive de toute portée concrète le contrôle juridictionnel de l’administration.

En effet, l’administré a pensé à un moment donné qu’une nouvelle décision


d’annulation pouvait limiter la possibilité de subterfuge de l’administration. Il n’en est

933
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link]., P.807.
934
Arrêt n°1/CFJ/AP du 15 octobre 1969, BOLLO Joseph contre Etat du Cameroun.
935
TGI/Yaoundé, jugement n°94/TGI/Ydé du 06 novembre 1985, NKONDOCK Emile Valentin contre ASHU
NGANG Paul et MINSANTE.

322
pourtant rien car on doit sérieusement douter de l’efficacité d’une telle procédure. En général,
cette solution ne donne pas satisfaction936. Même si le juge en vient à sanctionner l’abus de
l’administration, l’exécution de cette nouvelle décision posera les problèmes similaires à la
première. Les pouvoirs du juge étant identiques dans les deux cas, la difficulté est par
conséquent loin d’être résolue car il est péniblement concevable que l’administration
récalcitrante ait subitement changé d’attitude après une seconde annulation. L’intervention du
Ministère Public, dont l’une des missions est pourtant de veiller à l’exécution des décisions de
justice, n’est non plus d’une grande importance à cet effet937. Pour pallier à ces imperfections,
une alternative a été trouvée : celle qui consiste à mettre en jeu la responsabilité personnelle
de l’agent dont l’exécution en cause relève de sa compétence.

SECTION 2 : LA RESPONSABILITE PERSONNELLE DE L’AGENT


PUBLIC DEFAILLANT.

Le problème de l'exécution des décisions de justice par l’administration n’est


malheureusement pas passager. Négligé, il risque de prendre de très grandes proportions, car
au fur et à mesure que le juge prononcera des astreintes ou des injonctions contre
l’administration et que celle-ci persistera dans son entêtement, il s’avérera que de telles
mesures coercitives ne constitueront que des armes d’une porté bien limitée contre une
administration se complaisant dans l’anonymat de la personne morale. C’est cette situation
que certains pays ont essayé d’éviter en dégageant, au plan législatif, la responsabilité directe
et personnelle du fonctionnaire auquel revient la charge d’exécuter la décision de justice938,
comme cela avait d’ailleurs été soutenu par la doctrine classique.

En effet, à la suite d’affaires révélant le refus de certaines autorités administratives


d’exécuter la chose jugée, la doctrine s’était indignée, tout en proposant comme solution la
mise en jeu de la responsabilité personnelle des fonctionnaires à qui incombe le devoir
d’exécuter la décision de justice en raison de leurs fonctions939. Pour le Doyen HAURIOU par
exemple, « Il faut une solution qui s’accommode de l’irresponsabilité finale des
administrations publiques et leur immunité à l’endroit de la contrainte ( …), elle
consisterait à poser en principe que, lorsqu’une administration publique a été condamnée
en dernier ressort par une juridiction quelconque, l’administrateur responsable de

936
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.51.
937
NTAH A MATSAH (H. M. M.), Le ministère public dans le contentieux administratif…, [Link]., P.315.
938
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », [Link]., P.11.
939
GENTOT (M.), « L’exécution des décisions du Conseil d’Etat », [Link]., P.113.

323
l’exécution de la chose jugée commet une faute personnelle en n’exécutant pas le
jugement, et devient pécuniairement responsable du préjudice sur ses biens personnels »940.

Parlant de moyen de contrainte, le Doyen Léon DUGUIT quant à lui ne voit pas
d’autres « que la mise en œuvre de la responsabilité personnelle du fonctionnaire, par le
fait duquel la décision juridictionnelle reste sans effet » 941. M. Gaston Jèze pense, pour sa
part, que « les agents à qui incombe le devoir d’exécution de la chose jugée et qui refusent
sans motif légitime de le faire, commettent une faute personnelle qui engage leur
responsabilité »942.

Le vœu ainsi formulé par ces auteurs a donc été codifié par des pays comme la France
où le législateur a prévu dans la loi du 16 juillet 1980 précitée, que le fonctionnaire devant
procéder à l’exécution peut être traduit devant la Cour de discipline budgétaire en vue de sa
condamnation à une amende dont le montant peut atteindre celui de son traitement annuel. Le
même principe avait été adopté en Allemagne où, dès 1960, le législateur avait opté pour
l’application des règles contenues dans le code de procédure civile, permettant au tribunal
administratif de première instance de mettre en demeure l’autorité administrative d’exécuter
la décision de justice sous peine d’avoir à verser une astreinte et même, en cas de
désobéissance, d’ordonner les mesures d’exécution forcée qui s’imposent943.

Mais l’essentiel, c’est qu’en fin de parcours, la responsabilité ne demeure pas celle de
l’administration toute entière sans être localisée au niveau du véritable responsable. En
conformité avec l’esprit de l’éthique germanique et de la discipline qui la caractérise, le droit
allemand prévoit des possibilités de sanction à l’égard de l’agent responsable de l’inexécution
du jugement. Sa responsabilité civile peut être mise en cause et même entraîner sa
comparution devant une instance disciplinaire944.

Bien avant ces pays, le Maroc avait déjà adopté ce principe de la responsabilité
personnelle des agents publics défaillants en cas d’inexécution d’une décision de justice par

940
HAURIOU (M.), Note sous C.E. 23 juillet 1909 et 22 juillet 1910, Fabrègues, Sirey, 1911, III, P.121.
941
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, [Link]., P.220.
942
JEZE (G.) cité par BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice »,
[Link]., P.11.
943
FROMONT (M.), « L’exécution des décisions du juge administratif en droit français et allemand », AJDA,
1988, P.247.
944
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », [Link]., P.12.

324
l’administration945. En effet, l’article 80 du dahir946 formant code des obligations et contrats
du 12 août 1913 dispose que « Les agents de l'Etat et des municipalités sont
personnellement responsables des dommages causés par leur dol ou par des fautes lourdes
dans l'exercice de leurs fonctions. L'Etat et les municipalités ne peuvent être poursuivis à
raison de ces dommages qu'en cas d'insolvabilité des fonctionnaires responsables »947.

Quant à la solution égyptienne, elle est de loin non seulement la plus originale mais
surtout la plus radicale et la plus efficace. D’ailleurs, elle est rarement mise en application,
tellement son effet dissuasif est fort. Car en effet, c’est ce principe de la responsabilité
personnelle de l’agent public défaillant qui est toujours retenu puisque la Constitution de ce
pays prévoit que les arrêts et les jugements sont rendus et exécutés au nom du peuple, et que
le refus de les exécuter ou le report de leur exécution par les fonctionnaires publics constitue
un crime puni par la loi. Dans ce sens, l’article 123 du Code Pénal égyptien prévoit une peine
privative de liberté contre tout fonctionnaire qui refuse d’exécuter une décision de justice948.

C’est dire en fin de compte que l’agent public a qui incombe en définitive l’obligation
d’exécuter la décision de justice peut voir sa responsabilité personnelle engagée aussi bien sur
le plan civil (paragraphe I) que pénal (paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LA RESPONSABILITE CIVILE DE L’AGENT PUBLIC

En terme général, la responsabilité personnelle d’un agent public peut être engagée
lorsqu’il y a un fait qui, bien que s’étant produit à l’occasion du service, lui est tout de même
étranger949. En effet, certains agents publics ont souvent tendance à être réticent envers les
administrés, comme si ces derniers les visaient personnellement dans leurs requêtes. Pourtant,
il n’en est rien, étant donné que dans la quasi-totalité des cas, l’action des justiciables est
dirigée contre une administration ou une personne morale de droit public, et non contre
l’individu à travers lequel l’Etat agit950. C’est certainement cette confusion entre la personne
même de l’agent public et la fonction qu’il occupe qui amène ce dernier à considérer une

945
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice rendues contre les collectivités
locales au Maroc, [Link]., P.13.
946
Le Dahir c’est l’appellation de l’Ordonnance rendue par le roi au Maroc.
947
Cette disposition nous est rapportée par CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de
justice rendues contre les collectivités locales au Maroc, [Link]., P.13.
948
BENABDALLAH (M. A.), « Justice administrative et inexécution des décisions de justice », [Link]., P.13.
949
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, [Link]., P.277.
950
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.317.

325
requête venant d’un administré comme un affront personnel, au point de vouloir faire obstacle
à l’exécution d’une décision donnant gain de cause à ce dernier.

En disposant en son alinéa 1 que « tout fonctionnaire est responsable de l’exécution


des tâches qui lui sont confiées »951, l’article 39 du statut général de la fonction publique
consacre ainsi la dépendance fonctionnelle du fonctionnaire camerounais, laquelle se traduit
par le principe de la subordination hiérarchique952. A ce système de dépendance fonctionnelle
s’oppose celui de l’initiative personnelle qui consacre la possibilité d’une action autonome
reconnue au fonctionnaire953. Cette action peut donner lieu à des rapports directs entre l’agent
public et les administrés, avec pour conséquence que celui-là soit toujours responsable de ses
actes, sans possibilité d’être couvert par l’administration pour le compte de laquelle il a
agit954.
Dans ces conditions, il loisible de constater que l’agent public, dans le cadre de
l’exercice de ses fonctions, et notamment en ce qui concerne l’exécution des décisions de
justice, peut voir sa responsabilité civile engagée en cas d’inexécution des dites décisions,
aussi bien à l’égard des particuliers (A) que de l’administration qui l’emploi (B).

A- La responsabilité civile de l’agent public à l’égard des particuliers

L’excès de pouvoir constaté en cas d’inexécution d’une décision rendue par le juge
administratif constitue une faute au sens de l’article 1382 du Code civil. Pour sa part, partant
de la conception selon laquelle le sous-développement impose une utilisation parcimonieuse
des ressources publiques, le Doyen Magloire ONDOA pense que « le modèle de
responsabilité fondé sur le code civil, notamment son article 1384 alinéa 5, paraît plus
approprié »955, non seulement parce qu’il institue la garantie du commettant, mais également
en raison du fait qu’« il responsabilise l’agent, tout en apportant à la victime l’assurance de
trouver un patrimoine solvable »956.

Précisons toutefois qu’il s’agit là d’une responsabilisation de l’agent, non pas envers
les particuliers, mais plutôt envers son employeur, ce d’autant plus qu’en vertu de cet article
1384, la responsabilité de celui-ci se substitue de plein droit à celle de celui-là. C’est

951
V. article 39 alinéa 1 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 portant statut général de la fonction publique.
952
BILONG (S.), « Le juge judiciaire et la protection civile des fonctionnaires … », [Link]., P.196.
953
Le terme ‘’fonctionnaire’’ doit être pris ici dans un sens large, englobant tous agents publics en général.
954
BILONG (S.), « Le juge judiciaire et la protection civile des fonctionnaires … », [Link]., P.196.
955
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
956
ONDOA (M.), Le droit de la responsabilité publique dans les Etats en développement …, [Link], P.507.

326
pourquoi, dans le but de responsabiliser l’agent public envers les administrés, M. Salomon
BILONG estime que la faute de ce dernier « entraine irréversiblement sa responsabilité
personnelle, toutes les fois qu’elle cause un préjudice soit aux particuliers, soit à
l’administration, ceci sans qu’il soit besoin de savoir qu’elle est intentionnelle ou pas »957.

Pour établir la responsabilité personnelle de l’agent public à l’égard des particuliers, le


juge camerounais, aussi bien administratif que judiciaire, est souvent amené à utiliser la
formule de la « détachabilité »958 afin d’éviter de mettre en œuvre le mécanisme de la
substitution de responsabilité, obligeant ainsi l’agent public à répondre personnellement de
ses actes sur ses deniers propres. C’est ainsi que dans l’affaire ZOGO Lucien contre Etat du
Cameroun, le juge judiciaire décidait alors : « Attendu en effet que sieur Maïkano
Abdoulaye…avait commis certainement une faute personnelle détachable du service ; Qu’il
se doit de répondre personnellement des conséquences dommageables de cette faute en
application des articles 1382 et suivants du Code Civil »959.

Bien avant cette décision, le juge administratif avait déjà mis en exergue la notion de
"faute personnelle détachable du service" dans le litige qui, en 1967, opposait sieur Georges
BIAU et la Compagnie d’Assurances Générales à l’Etat du Cameroun960. Il s’agissait en
l’espèce d’un accident de la circulation impliquant un véhicule administratif conduit par un
chauffeur de l’administration. Le juge en a profité pour dire :

« Attendu que l’accident s’est produit au cours d’un dépassement du camion de


BIAU par le Pick-up du service du Conditionnement, dans lequel se trouvait la dame
ROULEAU ;
Attendu que l’accident, des suites duquel la dame ROULEAU a souffert de
blessures, est survenu au cours d’un déplacement personnel effectué dans un véhicule
utilitaire mis à la disposition du service du Conditionnement pour les besoins de ce service
que dirigeait le mari de la victime ;
Attendu que la circulaire n°66/CC du 10 novembre 1950 du Haut-commissaire du
Cameroun fait interdiction aux fonctionnaires et aux membres de leur famille d’utiliser
pour des fins étrangères au service, les moyens de transport mis à leur disposition par
l’Administration ;
957
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.204.
958
BILONG (S.), « Le juge judiciaire et la protection civile des fonctionnaires … », [Link]., P.204.
959
Jugement civil n°268/TGI-Ydé du 14 avril 1984, ZOGO Lucien contre Etat du Cameroun (MINFA).
960
Arrêt n°8/CFJ/AP du 16 mars 1967, BIAU Georges et Compagnie d’Assurances Générales contre Etat du
Cameroun.

327
Qu’en utilisant, dans ces conditions, le véhicule destiné au service du
Conditionnement, le sieur ROULEAU et le chauffeur du véhicule ont commis une faute
personnelle détachable du service et que l’Etat ne saurait être déclaré responsable des
dommages qui en sont résulté ».

Dans sa note sous l’arrêt Fabrègues, le Doyen Maurice HAURIOU a essayé de poser
le principe de cette responsabilité personnelle des agents publics à l’égard des particuliers.
Selon lui en effet, lorsqu’une personne morale de droit public a été condamnée par une
décision de justice devenue définitive, l’agent public à qui incombe l’exécution de ladite
décision commet une faute personnelle en cas d’inexécution de celle-ci et devient
pécuniairement responsable du préjudice sur ses biens personnels961. Et quand bien même la
responsabilité de l’administration viendrait à se substituer à celle de son agent fautif, elle peut
toujours, après avoir indemnisé la victime, se retourner contre son agent par le mécanisme de
l’action récursoire.

B- La responsabilité civile de l’agent public à l’égard de


l’administration : l’action récursoire

Il est désormais suffisamment établi que l’inexécution d’une décision de justice,


lorsqu’elle est imputable à un agent public, peut avoir des effets dommageables aussi bien
pour l’administration elle-même que pour les tiers. Dans l’un et l’autre cas, le problème est
quasiment le même : l’agent doit réparer les conséquences dommageables de son acte en cas
de faute personnelle962, bien que la procédure soit différente. Envers l’Etat, il répare
directement le préjudice né de son fait tandis qu’à l’égard des tiers, la responsabilité de la
personne morale de droit public se substitue à celle de son agent. Toutefois, cette personne
morale a la possibilité de se retourner contre son agent fautif pour lui réclamer le
remboursement des sommes indûment dépensées du fait de son acte. Le cas échéant, on parle
alors de l’action récursoire, perçue comme étant le principal moyen par lequel s’exprime la
responsabilité de l’agent public vis-à-vis de l’administration.

A l’égard des fonctionnaires au sens strict du terme, cette action trouve son fondement
dans l’article 26 alinéa 1 du statut général de la fonction publique de l’Etat, lequel dispose que
« la responsabilité civile de l’Etat se substitue de plein droit à celle du fonctionnaire

961
HAURIOU (M.), note sous arrêts des 23 juillet 1909 et 22 juillet 1910, Fabrègues, Sirey, 1911, III, P.121.
962
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.392.

328
condamné pour faute personnelle commise contre un tiers dans l’exercice ou à l’occasion
de l’exercice de ses fonctions. Dans ce cas, l’Etat dispose d’une action récursoire à
l’encontre du mis en cause suivant les modalités fixées par arrêté du Ministre chargé de la
Fonction Publique ». Ce texte, dont les limites ont été naguère décriées, du fait de la
restriction de son champ d’application, en ce qu’il ne concerne que les fonctionnaires 963, est
néanmoins étendu, dans la pratique, à tous les agents publics, aussi bien par le juge
administratif que par l’administration elle-même964.

Pendant longtemps, l’idée largement rependue était que « l’agent public, contre lequel
est rarement exercée l’action récursoire, se trouve ainsi pratiquement déresponsabilisé
dans un univers juridique qui, pourtant, se voulait contraire au départ »965. Mais
aujourd’hui, les choses ont changé. Cette appréhension n’est plus qu’un anachronisme.
Chaque fois que l’occasion lui a été offerte, l’administration publique camerounaise n’a pas
manqué d’exercer l’action récursoire à l’encontre de ses agents en émettant contre eux des
ordres de recette966.

Il se pose cependant un problème relatif à la détermination de la nature juridique d’un


ordre de recette émis au titre de l’exercice d’une action récursoire. Contrairement à une
certaine doctrine, qui affirme que l’ordre de recette est une simple pratique administrative967,
nous pensons qu’il s’agit là bel et bien d’un acte administratif qui, en cas de contestation, ne
peut être déféré que devant le juge administratif, même si on y observe toutefois quelques
atermoiements de la part de ce dernier.

En effet, l’analyse de la jurisprudence administrative camerounaise permet de révéler


au grand jour les balbutiements du juge sur cette question. Dans l’affaire LEQUES Raymond
contre Administration du Territoire par exemple, il disait alors : « Considérant qu’aux termes
d’une jurisprudence bien affirmée…un ordre de recette ne constitue qu’un simple
document intérieur émanant de l’administration, il n’a ni autorité sur le fond, ni force
exécutoire, et il ne peut être confondu avec l’acte exécutoire » 968.

963
Idem, P.400.
964
CCA, Arrêt n°370/CCA du 03 septembre 1955, ESSINDI ESSAMA contre Administration du Territoire ; CS/CA,
jugement n°33/CS/CA/76-77 du 28 septembre 1978, OWOUNDI Jean Louis contre Etat du Cameroun.
965
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone … », [Link]., P.312.
966
CFJ/CAY, jugement n°187/CFJ/CAY du 29 mars 1972, MBEDEY Norbert contre Etat du Cameroun.
967
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.407.
968
CCA, Arrêt n°502/CCA du 29 septembre 1956, Sieur LEQUES Raymond contre Administration du Territoire.

329
Mais quelques années plus tard, il a lui-même opéré un revirement spectaculaire dans
les affaires MBEDEY Norbert et OWOUNDI Jean Louis précitées. En réalité, en acceptant de
connaitre, dans ces affaires, des actions en annulation dirigées contre les ordres de recettes, le
juge a, implicitement mais fermement, affirmé qu’il s’agit là d’actes administratifs relevant de
sa compétence. En prenant à contre pied sa position antérieure, on peut logiquement penser
que le juge administratif s’est ravisé et a reconnu le caractère d’acte faisant grief à l’ordre de
recette. En tout état de cause, l’agent public contre lequel l’ordre de recette est émis peut
également voir sa responsabilité pénale engagée, notamment lorsque l’inexécution d’une
décision de justice provient de son fait.

PARAGRAPHE II : LA RESPONSABILITE PENALE DE L’AGENT PUBLIC

Il est certes vrai qu’aucun texte juridique ne consacrait naguère, tout au moins
expressément, la responsabilité pénale des agents publics du fait de l’inexécution des
décisions de justice. Le Pr. Jean RIVERO le relevait déjà en son temps lorsqu’il affirmait
qu’« aucune loi ne fait, de la désobéissance au juge commise par un fonctionnaire, un délit
puni de l’amende ou de la prison »969. Fort de cette lacune, le Pr. Joseph OWONA a suggéré
l’adoption d’une nouvelle politique législative qui, selon lui, permettrait d’assurer
« l’émancipation du juge administratif camerounais »970.

Pour lui en effet, compte tenu du fait que ce dernier est un magistrat formé au même
moule et soumis au même statut que son homologue de l’ordre judiciaire, il serait
déraisonnable de ne pas lui donner les mêmes pouvoirs en vue d’assurer le respect de
l’autorité de la chose jugée, en lui permettant par exemple de mettre en cause la responsabilité
pénale du fonctionnaire qui refuse d’exécuter une décision de justice revêtue de la formule
exécutoire971. Mais cette responsabilité pénale ne peut juridiquement être engagée que lorsque
le comportement de l’agent public est incriminée (A) et, le cas échéant, il pourra donc
effectivement être réprimé (B).

A- L’incrimination

L’incrimination peut être définie comme étant le fait de donner un caractère pénal à un
comportement. Il s’agit, en d’autres termes, d’un « acte législatif ou règlementaire par lequel

969
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.39.
970
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.133.
971
Ibid.

330
est définie une infraction »972. Généralement, le non respect d’une injonction est considéré
comme un outrage au Tribunal qui l’a ordonnée et sanctionné comme tel. Cette solution de
bon sens était jadis applicable au Cameroun sous l’empire des prerogative writs, parmi
lesquels le redoutable mandamus, qui n’était rien d’autre qu’une ordonnance exigeant d’une
autorité administrative, l’accomplissement d’un acte ou la mise en œuvre d’une compétence
liée973. L’usage d’un writ of mandamus pouvait aller jusqu’à l’emprisonnement d’une autorité
administrative qui n’obtempérait pas, pour outrage au tribunal974. Il faut toutefois relever que
les prerogative writs and orders, introduits au Cameroun anglophone par le southern
Cameroon Hight Court law de 1955, ont été étendu sur le territoire national par l’ordonnance
n°72/4 du 26 août 1972 portant organisation judiciaire, avant que leur applicabilité ne soit
écartée, en matière administrative, par la loi n°89/19 du 29 décembre 1989975.

Une telle solution existe déjà dans certains pays. En Irlande du Nord par exemple,
étant donné qu’il n’existe pas réellement de différence entre personnes publiques et personnes
privées relativement à l’exécution des décisions de justice, et bien que le système d’exécution
desdites décisions soit laissé à l’initiative des parties et des particuliers, une Cour peut
cependant délivrer une injonction afin de limiter la répétition ou la durée du comportement
illégal de l’administration. Si l’agent public chargé d’exécuter la décision pour le compte de
l’administration ne respecte pas l’ordre ainsi donné par le juge, il peut être sanctionné pour
outrage à la Cour976.

Autrement dit, lorsque la décision ordonne au défendeur de faire ou de ne pas faire


quelque chose, le non-respect de ladite décision peut être considéré comme un outrage au
tribunal. Par conséquent, l’agent public qui ne se soumet pas à la chose jugée peut être
condamnée à payer une amende ou à subir une peine d'emprisonnement977. En Angleterre et
au Pays de Galles également, si l’autorité publique n’exécute pas la décision de justice, le
fonctionnaire en charge de l’exécution peut être poursuivi pour outrage978.

972
GUINCHARD (S.), MONTAGNIER (G.) (Sous la direction de …), Lexique des termes juridiques, [Link]., P.300.
973
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.304.
974
Ibid.
975
Idem, P.299.
976
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.20.
977
DEFFIGIER (C.), « Les effets des décisions du juge administratif en Europe », [Link]., P.240.
978
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.20.

331
Au Cameroun, le vœu formulé par la doctrine979 a récemment été exaucé par le
législateur qui fait désormais de l’inexécution des décisions de justice une infraction pénale
pouvant être retenue à l’encontre d’un fonctionnaire980.

En effet, l’article 181-1 du nouveau Code Pénal qui prévoit et réprime cette infraction
dispose :
« Refus d’exécuter une décision de justice devenue définitive
(1) Est puni d’un emprisonnement de un (01) à cinq (05) ans, celui qui refuse
d’exécuter une décision de justice devenue définitive.
(2) Est puni des peines prévues à l’alinéa 1 ci-dessus, celui qui fait entrave à
l’exécution d’une décision de justice devenue définitive, sans se référer au Juge
de l’exécution.
Les poursuite pénales ne font pas obstacle aux poursuites disciplinaires lorsque le
contrevenant est un fonctionnaire au sens de l’article 131 du présent Code »981.

Comme il est loisible de le constater, c’est l’alinéa 2 in fine de cet article qui permet de
se rendre compte qu’il s’applique également aux fonctionnaires, pris ici au sens le plus large
du terme, et donc par ricochet aux agents publics. Ainsi, le législateur pénal de 2016 a prévu
des sanctions, non seulement pour les agents publics qui refusent d’exécuter une décision de
justice devenue définitive, mais également pour ceux d’entre eux qui font entrave à cette
exécution.

Aussi convient-il de relever qu’il serait impropre d’affirmer, comme l’ont fait certains
commentateurs, que cette disposition ne concerne que les décisions rendues par le juge pénal.
Une telle assertion n’exprime pas la pensée exacte du législateur qui n’a voulu faire aucune
discrimination. Le texte parle simplement d’« une décision de justice », sans autres
précisions. C’est donc en toute logique qu’il faut reconnaître, que par une telle rédaction, cet
article vise ainsi, et sans ambiguïté aucune, toutes les décisions de justice, qu’elles aient été
rendues par le juge judiciaire, administratif ou des comptes.

Par ailleurs, en se référant au système jadis en usage dans l’ex Union des Républiques
Socialistes Soviétiques, le Pr. Joseph OWONA a préconisé que la responsabilité pénale du
fonctionnaire auquel l’inexécution d’une décision de justice est imputable puisse être engagée

979
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.133.
980
Lire à cet effet la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal.
981
V. art. 181-1 de la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal.

332
pour abus de fonction982, en application de l’article 140 du Code Pénal. L’alinéa 1er de ce
texte dispose en effet : « Est puni d'un emprisonnement de un (01) à trois (03) ans et d'une
amende de cinq mille (5.000) à cinquante mille (50.000) francs, ou de l'une de ces deux
peines seulement, tout fonctionnaire ou agent public étranger qui, abusant de ses fonctions,
porte atteinte aux droits ou intérêts privés »983.

De même, nous pensons que l’agent public qui refuse, sans motif légitime, d’exécuter
une décision de justice, peut être poursuivi pour refus d’un service dû, tout au moins si l’on
fait application de l’article 148 dudit Code. Cet article dispose en effet qu’« Est puni d'un
emprisonnement de trois (03) mois à deux (02) ans, le fonctionnaire, le notaire, le
commissaire-priseur, l'huissier ou l'agent d'exécution qui, étant légalement requis
d'accomplir un devoir de sa fonction, s'en abstient »984. Cette disposition cadre d’ailleurs
très bien avec l’hypothèse des décisions de justice dont l’exécution constitue, à l’égard des
fonctionnaires et autres agents publics, un devoir qu’ils sont tenus d’accomplir lorsque toutes
les conditions nécessaires sont réunies.

Pareillement, et ceci dans certaines circonstances, l’agent public défaillant peut


également se rendre coupable du délit d’emploi illégal de la force, tel que prévu à l’article
128 du Code Pénal. Ce texte, sanctionnant toute personne qui requiert ou ordonne l'action ou
l'emploi de la force publique contre l'exécution d'un ordre légitime de la justice, dispose en
effet qu’« Est puni d'un emprisonnement de trois (03) à dix (10) ans et d'une amende de
vingt mille (20.000) à deux cent mille (200.000) francs, celui qui requiert ou ordonne
l'action ou l'emploi de la force publique contre l'exécution d'une disposition législative ou
réglementaire ou d'un ordre légitime soit de la justice, soit de l'administration »985. Cette
disposition peut légitimement trouver application dans le domaine de l’exécution des
décisions juridictionnelles. On peut évoquer ici, à titre illustratif, l’hypothèse d’une décision
de justice qui a annulé un acte interdisant la tenue d’une réunion ou d’une manifestation
publique.

En effet, il ressort de la lecture combinée des articles 3 (1 et 2) et 6 (1) de la loi fixant


le régime des réunions et des manifestations publiques que celles-ci sont soumises à

982
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.133.
983 er
V. article 140 alinéa 1 du Code Pénal précité.
984
V. article 148 du Code Pénal.
985
V. article 128 du Code Pénal.

333
l’obligation de déclaration préalable986. Il s’en suit donc que l’annulation d’un acte interdisant
une réunion ou une manifestation publique régulièrement déclarée équivaut à l’autorisation de
sa tenue. Dans ces conditions, l’agent public qui fait obstacle à l’exécution d’une telle
décision de justice, notamment en requérant ou en ordonnant l’emploi de la force publique
pour empêcher la tenue de ladite réunion ou manifestation publique, se rend ainsi coupable du
délit d’emploi illégal de la force. Mais, la répression de telles infractions se fait dans le strict
respect des modalités bien déterminées.

B- La répression

S’agissant de cette répression, il sera plus précisément question d’examiner ses


modalités. Par modalité de la répression, il faut y voir principalement les éléments constitutifs
des infractions, éléments sans lesquels la responsabilité pénale ne peut être établie. Il y aura
lieu d’ajouter à cela le régime des sanctions.

Concernant le premier volet, la responsabilité pénale ne peut être établie que si trois
conditions cumulatives, encore appelées éléments constitutifs de l’infraction987, sont réunies.
Il s’agit d’abord de l’élément légal qui constitue la condition sine qua non de l’existence
même d’une infraction. Il se ramène au principe de la légalité des délits et des peines, duquel
découle l’idée selon laquelle il n’y a pas d’infraction sans texte, ni de peine qui ne soit prévue
par la loi. Ce principe renvoi à la légalité des incriminations et des sanctions que la doctrine
résume dans l’adage latin « nullum crimen, nulla poena sine lege ».

Au Cameroun, l’exigence de la légalité des infractions et des peines trouve son


fondement juridique dans le Code Pénal, notamment en son article 17, lequel dispose
que « les peines et les mesures sont fixées par la loi et ne sont prononcées qu'en raison des
infractions légalement prévues »988. Cela revient à dire qu’aucun fait matériel ne doit faire
l’objet de poursuites pénales s’il n’a été préalablement prévu par un texte de loi. Le principe
de la légalité des délits et des peines989 fait ainsi de l’Etat un Etat de droit, dans lequel les
pouvoirs exécutif et judiciaire sont tenus de respecter les règles générales édictées par le
législateur pour assurer la protection des libertés, des personnes et de leurs biens. Pour le
législateur, c’est à la fois un droit et un devoir, ce d’autant plus que conformément à l’article

986
V. art.3 alinéa 1 et 2, puis 6 alinéa 1 de la loi n°90 /055 du 19 décembre 1990 fixant le régime des réunions
et des manifestations publiques.
987 ème
PRADEL (J.), Droit pénal général, 20 édition, Paris, Cujas, 2014, PP.176 et 284.
988
V. art. 17 de la loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal.
989
Pour plus de détails sur ce principe, lire PRADEL (J.), Droit pénal général, [Link]., P.114 et ss.

334
26 de la constitution990, la détermination des crimes et délits, l'institution des peines de toute
nature, ainsi que la procédure pénale, sont du domaine de la loi.

Il s’agit ensuite de l’élément matériel, lequel peut consister en une action ou une
abstention. Afin d’éviter les procès d’intention ou d’opinion, et donc arbitraires, toute
infraction, pour être l’objet de poursuites pénales, doit s’être révélée explicitement par un fait
matériel objectivement constatable991. La simple pensée criminelle ou délictuelle ne suffit pas.
Il faut donc un élément matériel, consistant en un ensemble de comportement générateur
d’infractions. Dans certains cas de figure, l’élément matériel n’est pas différent de l’infraction
parce qu’il arrive souvent que les deux se confondent.

Il s’agit enfin de l’élément moral ou intentionnel. En effet, pour qu’une infraction soit
constituée, il ne suffit pas que l’agent en soit l’auteur matériel. Le comportement
répréhensible n’est constitutif d’une infraction punissable que s’il émane d’un être humain
pourvu de toutes ses facultés mentales. Les peines ne sont donc prononcées qu’à l’encontre
des personnes pénalement responsables. C’est du moins ce qui ressort des termes de l’article
74 du Code Pénal, lequel dispose : « (1) Aucune peine ne peut être prononcée qu'à
l'encontre d'une personne pénalement responsable.
(2) Est pénalement responsable, celui qui, volontairement, commet les faits caractérisant
les éléments constitutifs d'une infraction avec l'intention que ces faits aient pour
conséquence la réalisation de l'infraction »992.

Pour ce qui est du régime des sanctions, les agents publics dont la culpabilité est
légalement établie sur l’une des infractions relevées ci-dessus, peuvent se voir infliger soit
une peine d’emprisonnement, soit une peine d’amende, voire les deux peines à la fois dans
certains cas. La peine d’emprisonnement consiste à priver le coupable de sa liberté pour une
durée bien déterminée. Cette peine est purgée dans un établissement pénitentiaire. Quant à
l’amende, c’est une condamnation pécuniaire dont le but est de contraindre l’auteur des faits
répréhensibles à payer au trésor public une somme d’argent bien déterminée, en expiation de
son délit. En sus, et comme le prescrit l’article 181-1 du Code Pénal, « Les poursuite pénales
ne font pas obstacle aux poursuites disciplinaires lorsque le contrevenant est un
fonctionnaire au sens de l’article 131 du présent Code ».

990
V. art.26 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996.
991
PRADEL (J.), Droit pénal général, [Link]., P.339 et ss.
992
[Link].74 alinéas 1 et 2 du Code Pénal.

335
En fin de compte, il y a lieu de constater que la solution réclamée et obtenue,
consistant en la mise en jeu de la responsabilité personnelle des agents publics, a pour but
final d’arriver coûte que coûte, vaille que vaille, à l’exécution de la décision rendue par le
juge. Ni l’injonction, ni l’astreinte, ni même la mise en jeu de la responsabilité administrative
ne sauraient constituer l’ultime moyen. Généralement, le juge condamne l’administration sans
impliquer directement le fonctionnaire désobéissant, pourtant celui-ci se trouve très souvent
dans la situation de l’homme par qui le scandale arrive.

Sans prétendre suggérer une solution empreinte d'originalité, nous sommes favorables
à l’institution d'un système tendant à mettre en jeu la responsabilité personnelle du
fonctionnaire auquel revient l'exécution de la décision de justice. Un jugement ou un arrêt
revêtu de la formule exécutoire n'a pas besoin de l'autorisation d'un supérieur hiérarchique
pour être exécuté. Si celui-ci entend interdire son exécution, il doit le faire par écrit officiel à
l'adresse de l'agent auquel incombe ladite exécution. Il y a donc lieu d'inverser le principe
d'après lequel l'agent doit d'abord être autorisé et recevoir des instructions pour exécuter, car
l'instruction en question est censée être déjà intervenue par la décision de justice rendue pour
trancher le litige993.

Doit donc être considéré comme illégal tout ordre donné par un supérieur hiérarchique
allant dans le sens de l’inexécution d’une décision de justice, tout au moins lorsque les
conditions de cette exécution sont suffisamment réunies. D’ailleurs, le Code Pénal
camerounais994 interdit aux agents publics, sous peine d’engager leur responsabilité
personnelle, d’obéir à un ordre manifestement illégitime, « c'est-à-dire frappé d’une
illégalité, d’une non-conformité inacceptable »995.

En définitive, si une condamnation doit être prononcée pour inexécution, elle doit
l'être, non pas contre l'administration, car ce serait en fin de compte le contribuable qui la
paierait, mais plutôt contre l’agent public responsable à l’origine, de cette inexécution. Ce
dernier doit savoir à l'avance qu’en vertu de la loi, s'il veut se permettre de s'opposer d'une
manière ou d'une autre à l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule
exécutoire, il devra se payer ce luxe sur ses deniers propres et non sur le compte du Trésor
public, c'est-à-dire des administrés et des justiciables.

993
BENABDALLAH (M. A.), « L’astreinte contre l’administration », [Link]., P.247.
994
V. art. 83 alinéa 2 du Code Pénal.
995
ABANE ENGOLO (P. E.), L’application de la légalité par l’administration au Cameroun, [Link]., P.466.

336
Conclusion du chapitre II

Les personnes auxquelles incombe l’exécution des décisions rendues par le juge
administratif, peuvent voir leur responsabilité mise en jeu en cas de non-respect de leur
obligation. Il s’agit, d’une part, de la puissance publique dont la responsabilité peut être
engagée pour violation de la chose jugée, sur le fondement de la faute, voire de la voie de fait
administrative. La mise en œuvre de cette responsabilité suppose que soit établie au préalable
celle de l’agent public qui, pour une raison ou pour une autre, a refusé d’exécuter la décision
dont s’agit. Le cas échéant, le juge peut alors faire jouer le mécanisme de substitution de
responsabilité.

Il s’agit, d’autre part, de l’agent public défaillant qui peut voir sa responsabilité
engagée aussi bien sur le plan civil que pénal. Au civil, l’agent public peut être responsable
tant à l’égard des administrés que de l’administration elle-même, par le mécanisme de l’action
récursoire. Par ailleurs, sa responsabilité pénale peut également être engagée sur la base de
certaines infractions liées à l’inexécution d’une décision de justice.

337
Conclusion du titre 1

Les mécanismes juridictionnels d’exécution provoquée, en vue d’amener


l’administration à se soumettre aux décisions rendues par le juge administratif, sont aussi
divers que variés. Nous avons en effet démontré, dans un premier temps, que l’administré
dont les droits ont été lésés, du fait de l’inexécution d’une décision de justice, peut derechef
saisir le juge administratif en excès de pouvoir ou en plein contentieux. Ce dernier a
cependant des pouvoirs assez limités, ce qui fait qu’on peut se retrouver dans un cycle
infernal allant d’annulation en refus, et de refus en annulation.

Jusqu’à présent, et en l’absence d’une consécration textuelle, le juge administratif


camerounais se refuse encore de condamner l’administration à une astreinte. Par ailleurs, bien
qu’aucun texte ne lui reconnaisse expressément le pouvoir d’adresser des injonctions à
l’administration, il y procède souvent au gré de ses humeurs. En effet, relativement à cette
question, ce juge n’a pas encore une position constante. Pendant qu’il se déclare incompétent
à adresser des injonctions dans certaines de ses décisions, il se prend lui-même à contre pied
dans d’autres et adresse de véritables injonctions à la puissance publique.

Mais quand bien même un tel pouvoir lui sera formellement attribué, cela ne suffira
pas à lui seul pour garantir l’exécution des décisions de justice, car l’administration disposant
de la force publique peut toujours passer outre de telles injonctions.

Finalement, il nous a paru beaucoup plus judicieux de militer en faveur de la mise en


jeu de la responsabilité des auteurs de l’inexécution. Nous avons d’abord pensé à la
responsabilité de la puissance publique pour violation de la chose jugée. Mais, celle-ci n’étant
non plus d’une réelle efficacité, c’est en définitive vers la responsabilité personnelle de
l’agent public défaillant que nous tendons asymptotiquement. Une telle responsabilité
constitue à coup sûr une sorte d’épée de Damoclès qui plane sur la tête des agents publics
pour les contraindre à rendre effectives les décisions de justice, lorsque les conditions requises
pour leur exécution sont réunies.

Au demeurant, et compte tenu du fait qu’elle dispose du monopole de la contrainte,


l’administration ne cède pas facilement aux pressions exercées sur elle, tant par le juge que
par les administrés. Bien plus, tous les cas d’inexécution ne donnent pas absolument lieu à
engagement de la responsabilité personnelle des agents publics défaillants. Fort de ces
constats, il est urgent d’explorer d’autres pistes de solution ailleurs, l’objectif à terme étant de
338
parvenir à une exécution effective et efficiente des décisions rendues par le juge administratif.
Ces solutions peuvent consister en l’instauration de certaines techniques de négociation avec
l’administration, notamment par le truchement des mécanismes non juridictionnels
d’exécution provoquée.

339
TITRE II : LES MECANISMES
NON JURIDICTIONNELS

340
L'Administration ne pouvant être contrainte par des voies ordinaires, d'autres moyens
peuvent être envisagées. L'on doit pouvoir dégager des mécanismes souples et efficaces, qui
obligent l'Etat à se montrer respectueux des décisions de justice, parce qu’en l’état actuel du
droit positif camerounais, l'exécution forcée et l'injonction ne sont pas expressément
consacrées. L’on devrait donc plutôt s'orienter vers la recherche des moyens de pression à des
degrés variés en vue de contourner les éventuels obstacles.

Il est dès lors opportun d’imaginer des moyens de pression douce, car si les autorités
publiques administratives ont tendance à s'immiscer dans les organes législatifs et judiciaires
malgré la séparation des pouvoirs, elles sont en même temps jalouses du respect de leur
autonomie996. L’important ici c’est que l’administration se retrouve dans des conditions telles
qu’elle se sente elle-même obligée d’exécuter la décision dont s’agit, soit parce que
l’exécution lui a été rendue facile, soit alors parce que les circonstances l’y obligent, sans
qu’elle ait pour autant le sentiment que l’action à entreprendre en vue de l’exécution lui est
dictée par quelqu’un de l’extérieur.

Il est toutefois judicieux de relever que ces mécanismes sont qualifiés d’extra
juridictionnels, non pas parce qu’ils se déroulent absolument en l’absence d’un juge, ce qui
n’est d’ailleurs pas le cas ici, mais tout simplement parce qu’ils sont mis en œuvre sans que le
juge ait à exercer son pouvoir juridictionnel ou mieux encore son imperium. C’est dire que
même après avoir vidé sa saisine, le juge administratif peut, à l’instar des parties au procès,
intervenir pour faciliter l’exécution de sa décision.

Tels qu’appréhendés ci-dessus, les mécanismes non juridictionnels d’incitation de


l’administration peuvent être analysés sous un angle binaire. Il sera donc loisible d’envisager,
d’une part, les techniques de collaboration (chapitre I) avant de s’appesantir, d’autre part, sur
les techniques de coercition (chapitre II).

996
MBEYAP KUTNJEM (A.), Le droit à la justice au Cameroun, [Link]., P.50.

341
CHAPITRE I : LES TECHNIQUES
DE COLLABORATION

342
Au Cameroun, la procédure administrative contentieuse est conçue telle que
l’administration se trouve exempt de l’obligation d’agir sous le joug du juge administratif, et
même du justiciable. Ainsi, l'impératif d'efficacité des décisions du juge commande que les
différents acteurs puissent amener les autorités publiques à exécuter lesdites décisions sans
qu’elles aient l’impression d’avoir à le faire par contrainte. Compte tenu du caractère
obligatoire des décisions de justice envers l’administration, celle-ci a « le devoir de collaborer
avec le juge pour donner plein effet à la chose jugée »997.

Le leitmotiv doit désormais être le renforcement de la synergie des autorités nationales


en vue d’une meilleure exécution des décisions juridictionnelles998, laquelle synergie constitue
à coup sûr le gage d’une exécution satisfaisante des décisions dont s’agit. Il est en effet
question de rechercher les voies et moyens pouvant conduire l’administration à l’exécution
des décisions de justice sans que l’on ait à recourir à une quelconque contrainte, à un
quelconque moyen de pression. Il peut s’agir de la médiation, de la persuasion, des bons
offices999, de la négociation …

Parlant justement de la négociation, l’on évoquera, avec beaucoup d’intérêts, une


pratique qui est actuellement en cours d’expérimentation au sein du Tribunal Administratif de
Yaoundé, laquelle nous a été révélée par le Président de ladite juridiction au cours d’un de nos
entretiens. Selon lui en effet, le juge administratif fait corps avec l’administration et à ce titre,
il se doit, non pas d’irriter cette dernière, mais plutôt de l’amener à comprendre ses décisions
et à les exécuter.

Pour y parvenir, l’option prise par ledit Tribunal consiste à se rapprocher de


l’administration, toutes les fois qu’il est saisi d’une requête dont il estime que l’exécution de
la décision à intervenir pourra se heurter à un refus de cette dernière, pour échanger avec elle
afin de lui expliquer le bien fondé de sa soumission au droit et, partant, aux décisions
juridictionnelles. L’objectif visé étant, soit d’amener l’administration concernée à réexaminer
elle-même son acte objet du litige pour le débarrasser des vices éventuels qui pourraient
l’entacher, soit alors de la convaincre à prendre les dispositions nécessaires pour exécuter la
décision qui sera rendue, qu’elle lui soit favorable ou non.

997
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.221.
998
LAMBERT-ABDELGAWAD (E.), « L'exécution des décisions des juridictions internationales … », [Link]., P.35.
999
COSTA (J.-P.), Le Conseil d’Etat dans la société contemporaine, [Link]., P.58.

343
La négociation peut également se faire à l’initiative de toute personne intéressée à
travers l’exercice d’un recours gracieux auprès de l’administration concernée. Le procédé
consiste à saisir directement l’agent public qui, normalement chargé d'exécuter la décision de
justice, s’est abstenu de le faire, afin que celui-ci puisse revenir sur sa position, notamment
son refus, et se soumettre à la chose jugée. Contrairement aux recours juridictionnels, celui-ci
n'est soumis à aucune condition de capacité ni d'intérêt ou de qualité pour agir. En outre, il
n'est soumis à aucune condition de délais ou de forme et peut donc être exercé même sous
forme verbale. Ce qui est important, c’est que l'administré, justiciable potentiel ou effectif,
puisse exposer clairement les raisons de sa réclamation en démontrant dans ce recours les
vices qui entacheraient l’attitude de l’autorité administrative afin d'amener cette dernière,
mieux informée, à agir dans le sens de l’exécution de la décision de justice en cause.

C'est une pratique qui, en l'absence de texte l'organisant, est plus fréquente et plus
efficace qu'on ne le croit généralement. Si, à travers ses arguments, le requérant réussi à
convaincre l'autorité saisie, celle-ci s’inclinera forcément devant la décision et l’exécutera
comme il se doit, ce d’autant plus que cela relève de ses attributions. Par contre, lorsque le
recours gracieux s'avère infructueux, c'est-à-dire si l'autorité à qui incombe l’exécution de la
décision persiste dans son refus de s’y soumettre, l'intéressé peut, soit introduire directement
un recours en annulation devant une juridiction compétente, soit alors continuer dans le cadre
administratif en saisissant l'autorité supérieure d’un recours hiérarchique.

Mais quoi qu’il en soit, la négociation avec l’administration ne peut logiquement


prospérer que dans les hypothèses où elle fait preuve d’une volonté manifeste en vue de
l’exécution d’une décision la mettant en cause. Ainsi, lorsque son désir de soumission est réel
et qu’il se trouve établi qu’elle ne peut y parvenir sans un soutien extérieur, les parties
intéressées et certaines autres administrations sont tenues de lui apporter leur concours. Cette
collaboration est néanmoins fluctuante selon qu’il s’agit de l’exécution d’une décision
d’annulation (section I) ou d’une condamnation pécuniaire (section II).

SECTION 1 : L’HYPOTHESE DE L’EXECUTION DES DECISIONS


D’ANNULATION

L’une des idées sous-tendant l’existence de l’Etat de droit voudrait que toute décision
de justice revêtue de la formule exécutoire soit obligatoirement exécutée par les parties.
L’administration a donc l’obligation d’exécuter les décisions de justice. Mais en pratique,

344
l’absence de procédures de contrainte contre les personnes morales de droit public rend cette
exécution assez délicate, ce d’autant plus que l’administration s’illustre le plus souvent par
une mauvaise foi criarde, laquelle se manifeste parfois sous forme de retard, d’inertie, voire
d’inexécution pure et simple1000. Ne pouvant pas exercer contre elle des voies d’exécution
forcée comme il le ferait à l’égard d’un simple particulier, le juge, et même les administrés,
justiciables potentiels ou effectifs, ne peuvent que faire pression sur elle par des procédés
indirects en vue de l’amener à s’exécuter.

Au rang de ces procédés, l’option pour une franche et sincère collaboration entre les
différentes parties prenantes semble être la méthode la mieux indiquée (paragraphe I). Mais
dans certaines situations, le juge estime souvent qu’il est plus opportun de renvoyer le
requérant devant l’administration active pour faire ce qui semble ou parait être de droit
(paragraphe II).

PARAGRAPHE I : LA CORRELATION ENTRE L’ADMINISTRATION,


L’ADMINISTRE ET LA JURIDICTION ADMINISTRATIVE

L’administré, justiciable potentiel ou effectif, est généralement considéré comme étant


le trait d’union inévitable entre les administrations publiques et leur juge spécialisé 1001. Une
franche et harmonieuse collaboration entre ces trois entités s’avère donc nécessaire pour une
exécution efficiente des décisions rendues par le juge administratif. Leurs rapports ne
sauraient se transformer en compétition au cours de laquelle l’un doit l’emporter sur l’autre.
Ils ne doivent donc pas se comporter comme des rivaux, mais plutôt comme des participants à
une tâche, mieux encore à une cause commune1002.

Il a en effet été démontré que l’inexécution des décisions de justice peut se justifier par
l'ignorance dans laquelle se trouve l'administration, relativement aux conséquences à tirer de
ladite décision. Dans ces conditions, il devient donc opportun de mettre en place des
procédures d’exécution amiable, dont la finalité sera d’éclairer davantage la lanterne de
l’administration, afin qu’elle puisse se faire une idée exacte de l’obligation concrète qui lui
incombe1003. Là où ces procédures ont été expérimentées, elles ont connu un succès

1000
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, [Link]., P.451.
1001
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », [Link]., P.265.
1002
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.251.
1003
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.106.

345
retentissant, eu égard au fait qu’elles ont permis de résoudre environ 80% des difficultés
d’exécution1004.

C’est la raison pour laquelle le jurislateur français a, par décret du 30 juillet 1963, mis
en place un mécanisme de demande d'éclaircissement devant la Section du rapport et des
études du Conseil d'Etat (A). Ce décret a également introduit, devant cette même Section, une
procédure d'aide à l'exécution (B) qui, de la même manière que celle existant devant le
Médiateur de la République, vise à inciter l’administration à l'exécution, notamment par la
menace d'une mention au rapport annuel. La procédure ainsi prévue contribue à une meilleure
exécution des décisions de justice. Cette solution de bon sens est d’ailleurs préconisée aux
autorités normatives camerounaises.

A- La demande d’éclaircissement de la décision à exécuter

Cette demande est faite par la personne publique concernée, laquelle va solliciter de la
section du rapport et des études du Conseil d’Etat qu’elle lui donne des éclaircissements sur
les conséquences à tirer du jugement ou de l’Arrêt à exécuter. Ce procédé qui a un fondement
juridique (1) vise à atteindre des objectifs bien précis (2).

1- La base juridique

La possibilité offerte à l’administration de pouvoir solliciter l’éclaircissement d’une


décision de justice dont l’exécution lui incombe tire sa source du droit français où une telle
méthode a été conçue et aménagée. Elle trouve son fondement juridique dans les dispositions
de l’article R.931-1 du Code de Justice Administrative français, lequel dispose
que « lorsqu'une juridiction administrative a annulé pour excès de pouvoir un acte
administratif ou, dans un litige de pleine juridiction, a rejeté tout ou partie des conclusions
présentées en défense par une collectivité publique, l'autorité intéressée a la faculté de
demander au Conseil d'Etat d'éclairer l'administration sur les modalités d'exécution de la
décision de justice ». L’idée de base sous-tendant cette possibilité était que l'inexécution
n'étant pas toujours imputable à la mauvaise foi de l'administration, celle-ci ne peut pas
toujours apercevoir clairement les suites à donner à une décision de justice. Mais surtout, des
difficultés de lecture de la décision peuvent effectivement faire peser une incertitude sur ses
modalités d'exécution sans pour autant justifier un véritable recours en interprétation.

1004
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », [Link]., P.544.

346
Avant 1963, les ministres avaient la possibilité de consulter le Conseil d'Etat sur les
difficultés qui s'élevaient en matière administrative1005. Ils pouvaient donc le faire à la suite de
l'annulation, par le Conseil d'Etat, d'un acte administratif pour excès de pouvoir. En ce
procédé, M. Pierre-Olivier PARGUEL y voit une procédure bien distincte de l’astreinte et
dirigée vers le Conseil d’Etat dans sa formation administrative1006, ce qui révèle à la fois la
prééminence dudit Conseil dans la procédure administrative contentieuse et la confusion, au
sein de cette haute institution, des fonctions juridictionnelle et consultative. Cette possibilité a
été renforcée en 19631007. A l’origine, ces dispositions étaient réservées aux seuls « ministres
intéressés ».

Malgré les lois de décentralisation et l’augmentation subséquente du contentieux


intéressant les collectivités territoriales, cette limitation n’avait pas été supprimée. C’est
aujourd’hui chose faite, le décret du 04 mai 2000 ayant étendu aux collectivités territoriales et
aux établissements publics la possibilité de saisir le Conseil d’Etat d’une demande
d’éclaircissement qui, dorénavant, ne dépendra plus du bon vouloir des ministres de
tutelle1008.

Par ailleurs, il faut que l'administration soit dans une situation de partie perdante, au
moins partiellement, et que la question posée ne soit pas pendante devant la juridiction
administrative. La demande doit viser une décision juridictionnelle et non pas une décision
administrative, même si elle est rendue par une juridiction administrative. Les demandes
d'éclaircissement, qui ne sont pas soumises à des conditions de délai, donnent lieu à
désignation d'un membre du Conseil d'Etat, comme rapporteur, dont la mission s'exerce sous
l'autorité du président de la section du rapport et des études.

Ce rapporteur devra collaborer avec l'administration pour expliciter, le cas échéant, la


décision de la juridiction administrative en cause et, surtout, pour la conseiller et l'orienter en
vue d'assurer une exécution effective du jugement ou de l'arrêt. En pratique, le rapporteur
général, assisté d'un attaché principal d'administration, traite lui-même les affaires les plus
simples. Lorsque la décision en cause émane du Conseil d'Etat et pose de réelles difficultés
d'exécution, il est d'usage que le président de la section du rapport et des études fasse appel au
membre du Conseil d'Etat sur le rapport duquel l'arrêt a été rendu. L'affaire peut également

1005
V. Ordonnance française n° 45-1708 du 31 juillet 1945, art. 23, Journal Officiel du 1er Août 1945.
1006
PARGUEL (P.-O.), Le Président du Tribunal Administratif, [Link]., P.230.
1007
V. le décret français n° 63-766 du 30 juillet 1963, Journal Officiel du 1er Août 1963.
1008
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », [Link]., P.544.

347
être confiée à l'un des rapporteurs affectés à la section. Le délai moyen de traitement des
affaires ne doit pas dépasser un (01) mois.

Au final, les demandes d'éclaircissement sont traitées par la Section du rapport et des
études qui émet un avis, après instruction par un rapporteur. Cet avis ne lie pas les
administrations et n'a pas à être publié au rapport annuel. La Section dispose toutefois de la
faculté de le faire publier. Un tel procédé, qui semble se confondre à une demande
d’interprétation de la décision de justice, a un objectif bien déterminé.

2- L’objectif recherché

De prime abord, il convient de relever que la demande d’éclaircissement découle


d’une rédaction critiquable des décisions du juge administratif. Trois caractères majeurs sont
en effet reprochés à la jurisprudence administrative. Il y a d’abord la subtilité de ses solutions,
cause d’hermétisme. En suite le laconisme de ses décisions, source d’incertitude. Et, enfin,
l’empirisme de son inspiration qui rend malaisé tout effort de systématisation1009.

Cette précision étant faite, nous pouvons dire que l’objectif principal et essentiel,
recherché par le truchement de ce procédé consiste à faciliter l’exécution des décisions de
justice en expliquant leur contenu dans les moindres détails, afin que l’administration se fasse
une idée exacte et précise des conséquences qu’elle doit tirer de ladite décision pour qu’à
terme, elle puisse l’exécuter aisément. A travers cette technique, il est en effet question de
tirer profit de l’attitude de l’administration qui, en sollicitant un accompagnement, fait déjà
office de bon perdant, afin que sa bonne foi ne se heurte pas à un quelconque blocage qui
proviendrait d’une rédaction trop sibylline des décisions de justice. Il permet ainsi au juge
administratif de sortir du laconisme saisissant qui caractérise la plupart de ses décisions, pour
édifier davantage l’administration, en lui donnant des indications concrètes sur les mesures
d’exécution qui doivent être prises par elle.

Ces indications reçoivent le nom, dans la doctrine, d’« injonction déguisée » ou de


« quasi-injonction »1010. Pour certains auteurs encore, les éclaircissements ainsi donnés à
l’administration, par le juge, sont assimilables à un véritable rappel à l’ordre1011. Mais, la
différence fondamentale avec d’autres instruments juridiques qui peuvent être imposés à

1009
FOUGERE (L.) (Sous la direction de…), Le Conseil d’Etat : Son histoire à travers les documents d’époque
(1799-1974), Editions du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Paris, 1974, P.886.
1010
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.24.
1011
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, [Link]., P.55.

348
l’administration tient au fait que lesdites indications n’ont pas le caractère de titre exécutoire,
ce qui, naturellement, empêche leur exécution forcée. Bien plus, l’éclaircissement dont s’agit,
loin d’être imposé à l’administration, est plutôt sollicité par elle. Il s’agit même à la limite de
simples avis. D’ailleurs, l’instruction des demandes d’éclaircissement tend à se rapprocher de
celle des demandes d’avis adressées aux autres sections administratives du Conseil d’Etat, le
rapporteur pouvant organiser des réunions préalables avec les administrateurs en charge du
dossier1012.

Rappelons toutefois que cette pratique n’a pas cours seulement en France. Au Mali
également, le Ministre concerné peut demander à la Section Administrative de la Cour
Suprême d’interpréter le sens d’un jugement ou d’un arrêt1013. Une telle pratique, aussi
salutaire pour une exécution effective des décisions du juge administratif, mérite d’être
transposée, mutatis mutandis, au Cameroun et confiée à la chambre administrative de la Cour
Suprême qui devra, en outre, connaitre aussi des demandes d’aide à l’exécution.

B- L’aide à l’exécution

La procédure d’aide à l’exécution est destinée à favoriser l’exécution pleine et entière,


par la partie administrative perdante, des décisions juridictionnelles rendues en faveur des
justiciables, y compris les personnes morales de droit public qui, dans un litige, sont opposées
à une autre personne publique plus puissante, notamment l’Etat. Il va sans dire que les aides à
l'exécution visent, non plus à éclairer l'administration sur les conséquences devant être tirées
des décisions de justice, mais plutôt à aider les justiciables à obtenir l'exécution desdites
décisions par l'administration. C’est la raison pour laquelle cette aide n’est faite qu’à
l'initiative d'un requérant en cas de difficultés rencontrées dans la quête de l'exécution d'une
décision de justice.

Il s’en suit donc qu’une telle procédure ne peut s'appliquer qu’en cas de mauvais
vouloir de l'administration. Pour autant, il s'agit d’une procédure beaucoup plus incitatives
que contraignantes, ce d’autant plus que son but essentiellement est d’amener l’administration
à exécuter la décision de justice1014. Elle tire ses origines de la France où la Commission du
rapport et des études du Conseil d’Etat s’est vue confier un rôle majeur en cette matière. Et

1012
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », [Link]., P.544.
1013
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.24.
1014
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements …, [Link]., P.9.

349
comme il ne saurait y avoir de la honte à imiter le bon exemple, le législateur camerounais est
hautement invité à s’inspirer de la conception initiale (1) d’un tel procédé pour l’adapter au
contexte camerounais (2).

1- La conception initiale

La faculté pour un requérant de pouvoir recourir à une aide, en vue de l’exécution


d’une décision de justice, est prévue et règlementée par les dispositions de l'article R.931-2 du
Code de Justice Administrative sus évoqué. Il ressort de ce texte que les parties intéressées
peuvent signaler à la section du rapport et des études du Conseil d'Etat, les difficultés qu'elles
rencontrent pour obtenir l'exécution d'une décision rendue par le Conseil d'Etat ou par une
juridiction administrative inférieure. La notion de « parties intéressées » dont parle le texte,
recouvre a priori les parties au litige, mais elle peut également être étendue aux personnes
intéressées par l'exécution de la décision de justice et qui n'auraient pas été parties à l'instance.
Ainsi en a décidé la Cour Administrative d’Appel de Paris en 20051015.

Pour elle en effet, doit être regardé comme partie intéressée et considéré comme telle,
au sens de ce texte, un requérant justifiant de la qualité de conseiller municipal, qui sollicite
l'exécution d'un jugement par lequel a été prononcée, à la demande d'un autre conseiller
municipal décédé en cours d'instance, l'annulation d'une délibération portant octroi de
subventions à des unions locales de syndicats, dès lors que l'objet du litige concerne un acte
du conseil municipal dont il est membre.

Pour pouvoir saisir la section, un certain nombre de conditions doivent être remplies.
Dans ce sillage, la demande doit viser une décision juridictionnelle et non pas une décision
administrative. Cette requête suppose ensuite l'inexécution d'une décision de la juridiction
administrative ayant acquis l'autorité de chose jugée, que cette inexécution soit le fait d'une
personne publique ou même d'une personne privée. Les demandes d'aide à l'exécution ne
peuvent être présentées, sauf décision explicite de refus d'exécution opposée par l'autorité
administrative, qu'après l'expiration d'un délai de trois (03) mois à compter de la date de
notification des décisions juridictionnelles à exécuter.

Mais, s’il advient que la section soit sollicitée avant l'expiration du temps imparti à cet
effet, elle peut inviter l'intéressé à renouveler sa demande à l'issue du délai sus indiqué. Aussi,
dans un souci d'efficacité de la procédure et même d'attractivité, cette même Section estime

1015
CAA Paris, 28 janvier 2005, Le Métayer, Rec. CE 2005, p. 607.

350
désormais que la demande formulée avant l'expiration dudit délai n'est pas irrecevable. Elle
attend simplement elle-même l'expiration de ce délai avant d'engager des diligences auprès de
l'administration.

Il existe cependant des dérogations à cette condition relative aux délais. Mis à part le
cas éventuel de décision explicite de refus d'exécution indiqué ci-dessus, l’on peut également
évoquer l’hypothèse des décisions ordonnant une mesure d'urgence où les demandes peuvent
être présentées sans délai à la section du rapport et des études1016. De même, si la décision
dont l'exécution est sollicitée a elle-même déterminé un délai dans lequel l'administration doit
prendre les mesures d'exécution prescrites, la demande ne peut être présentée qu'à l'expiration
de ce délai.

Dès lors qu’il est régulièrement saisie, le secrétariat de la section du rapport et des
études en accuse réception, tout en indiquant au requérant que sa saisine n'a pas d'effet
suspensif et qu'il doit donc former tous les recours contentieux qu'il croit fondés si
l'administration vient à prendre de nouvelles décisions qui lui paraissent contraires à la chose
jugée. En suite, le président de la section désigne un rapporteur choisi parmi ses membres. Si
la section estime que sa saisine n’est pas fondée, elle rejette la demande du requérant.

Dans le cas contraire, elle sollicite une réponse de l'administration dans un délai allant
de quinze (15) jours à un (01) mois, à l'issu duquel elle procède à la définition des
conséquences de la décision de justice et aux échanges d'information avec l'administration.
Des démarches sont alors entreprises auprès de l'administration concernée afin d'obtenir d’elle
l'exécution de la décision en cause, car il incombe par moment à la section de déterminer ce
qu'implique exactement l'exécution de la décision de justice quand celle-ci ne comporte pas
de prescriptions précises relatives à son exécution.

Sous cet aspect, toute une gamme de moyens d'incitation peut être utilisée. Il s’agit,
entre autre, des correspondances, avec, le cas échéant, les relances, les appels téléphoniques
aux responsables administratifs, la convocation des intéressés dans le dessein de les
convaincre, l’envoi d'un rapporteur auprès de l’administration concernée, les
recommandations aux administrations. Plus prosaïquement, la section, une fois saisie, négocie
avec l’administration pour la convaincre d’exécuter la décision de justice. On peut noter que
depuis quelques années, la section s'emploie à nouer des relations suivies avec les directions

1016
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, [Link]., P.455.

351
ou services des administrations centrales de l'Etat, en organisant périodiquement des réunions
au cours desquelles l'ensemble des dossiers d'exécution en instance pour le département
ministériel concerné est évoqué.

Une fois ses diligences accomplies au terme de cette procédure, le président de la


section envoie une lettre au demandeur pour lui indiquer le résultat de ses investigations et
son intention soit de classer le dossier, soit, en cas d'échec, de mentionner le refus d'exécuter
au rapport annuel du Conseil d’Etat. Cette mention n'est pas obligatoire et peut même être
déconseillée du fait des exigences d'impartialité en cas de risque de contentieux ultérieur sur
la même affaire, tout au moins si l’on s’en tient à l’esprit de la jurisprudence Labor métal1017.
Enfin, l'inexécution peut déboucher éventuellement sur une procédure d'astreinte d'office mais
celle-ci relèvera alors de la décision souveraine du Président de la Section du contentieux,
étant donné que dans ce cas, l'on sort du champ des mesures simplement incitatives.

Il convient toutefois de préciser que la procédure d’aide à l’exécution a été


déconcentrée en 1995 au niveau des Tribunaux Administratifs et des Cours Administratives
d’Appel, mais la Section du rapport et des études du Conseil d’Etat reste chargée des
demandes qui concernent les juridictions administratives spécialisées. Et depuis l’intervention
de cette réforme, le juge compétent est, en principe, celui qui a rendu la décision dont
l’exécution est sollicitée1018. Aussi est-il judicieux de faire observer que les missions
dévolues, aussi bien à ces juridictions qu’à la section du rapport et des études du Conseil
d'Etat, dans le cadre de la procédure d'aide à l'exécution des décisions de justice, sont très loin
d’être juridictionnelles. Elles ne renvoient pas non plus à une fonction administrative
d'autorité qui rendrait recevable un recours juridictionnel contre la décision prise, par ces
différentes instances, de rejeter ou de classer une demande, soit parce que la décision a été
exécutée, soit alors parce que la demande n’est pas fondée1019.

En d’autres termes, le président de la section du rapport et des études du Conseil d'Etat


peut, par lettre, informer l'auteur d'une demande d'aide à l'exécution qu'il classe celle-ci, en se

1017
CE, Ass., 23 février 2000, Labor Métal. En l’espèce, le Conseil d’État était saisi d’un pourvoi dirigé contre un
arrêt de la Cour des comptes statuant en matière de gestion de fait. Les requérants soutenaient que la
procédure avait été irrégulière, la Cour ayant, avant le terme de la procédure contradictoire devant elle,
mentionné l’affaire litigieuse dans son rapport public en se prononçant sans ambiguïté sur l’irrégularité des
faits en cause. Pour plus de détail sur cette question, v. Conseil d’Etat, Rapport public 2001, Etudes et
documents n°52, La documentation française, 2001, P.44.
1018
DEWOST (J.-L.), « L’exécution des décisions du juge administratif », [Link]., P.545.
1019
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements …, [Link]., P.26.

352
fondant sur le fait que la décision juridictionnelle à laquelle ladite demande se rapporte, ne lui
paraît pas impliquer la mesure d'exécution sollicitée. A la différence du refus d'exécution,
opposé par l'autorité administrative, qui peut être contesté devant le juge, cette lettre n'a pas le
caractère d'une décision administrative, susceptible de faire l'objet d'un recours
contentieux1020.

Nonobstant l’éventualité de la saisine des instances sus évoquées, le problème de


l'exécution des décisions des juridictions administratives demeure réel. En matière
d'urbanisme par exemple, dans la majorité des affaires dont est saisie la section du rapport et
des études, les constructions sont déjà achevées lorsqu'intervient la décision juridictionnelle,
et a fortiori lorsqu'est saisie la section. Celle-ci ne peut dès lors qu'indiquer aux requérants
qu'elle est démunie de moyens pour faire exécuter la décision juridictionnelle et qu'il leur
appartient de saisir le juge judiciaire pour obtenir, le cas échéant, la démolition de l'immeuble
en cause. Et même dans ce cas, si la construction est un ouvrage public, la règle selon laquelle
l'ouvrage public mal implanté ne se détruit pas fait obstacle à ce que le juge judiciaire ordonne
la démolition.

Quoiqu’il en soit, l’instauration d’une procédure d’aide à l’exécution participe du


souci de résorption des cas d’inexécution des décisions rendues par le juge administratif.
Vivement que le droit camerounais s’en inspire pour l’adapter à son contexte actuel.

2- L’adaptation au contexte camerounais

La mission dévolue, initialement à la Commission du rapport et des Etudes du Conseil


d’Etat français, puis étendue actuellement aux Tribunaux Administratifs et Cours
Administratives d’Appel de ce pays, peut être aisément transposée au Cameroun, pour être
confiée à une section spécialisée de la Chambre Administrative de la Cour Suprême. Cette
adaptation nous semble logique pour au moins trois raisons, encore que, comme l’affirmait le
Pr. Joseph-Marie BIPOUN-WOUM, « sur plusieurs points, la législation française a
souvent servi de modèle au législateur camerounais »1021, ce qui n’est pas fondamentalement
mauvais en soi1022, car ce législateur français, qui sert de « modèle référentiel » au moment de

1020
CE, 29 décembre 2000, n° 222276, Colombeau, Rec. CE, 2000, tables, P.1141.
1021
BIPOUN-WOUM (J.-M.), « Recherches sur les aspects actuels … », [Link]., P.371.
1022
ONDOA (M.), La protection des dépenses d’indemnisation en droit administratif camerounais, [Link]., P.12.

353
l’élaboration de la législation camerounaise, ne se servait-il pas lui-même des droits
étrangers1023 ?

La première de ces raisons tient au fait que, faute pour le Cameroun d’avoir une
autorité administrative indépendante, à l’instar du Médiateur de la République ou de
l’Ombudsman qui, sous d’autres cieux, jouent le rôle d’intermédiaire entre les administrés et
l’administration, tout en veillant au respect des décisions de justice par cette dernière, la
Chambre Administrative, ès-qualité de juge administratif suprême, doit pouvoir assurer
l’harmonie des relations entre l’administration et les administrés. Cette harmonie passe
nécessairement par la soumission de l’administration aux décisions de justice.

La deuxième raison dérive de l’urgence qu’il y a à ce que le Cameroun se dote d’un


organe consultatif en matière de procédures administratives, tant contentieuses que non
contentieuses. A ce sujet, M. Henri-Claude NJOCKE a d’ailleurs critiqué, avec véhémence, le
fait que le législateur camerounais n’ait pas songé, jusqu’à ce jour, à attribuer à la Chambre
Administrative de la Cour Suprême, une fonction consultative, et donc de conseil1024. En l’état
actuel de l’organisation institutionnelle du pays, seule la Chambre Administrative, à
l’exclusion de tout autre organisme, est mieux à même d’assumer pleinement une telle
fonction1025, ce qui lui permettra absolument d’imposer son statut de garant de l’orthodoxie
juridique dans l’ordre administratif.

La troisième raison découle de la stature de cette Chambre et des membres qui la


composent. En plus du fait qu’elle assure un rôle d’unification du droit administratif et,
partant, une fonction de création du droit1026, elle comprend en son sein de hauts magistrats
qui, depuis plusieurs décennies, gèrent l’ensemble du contentieux administratif camerounais.
Ils manipulent donc au quotidien les questions de droit administratif et l’autorité de leurs
décisions n’est plus à démontrer.

Vivement que le législateur fasse preuve de tact et de réalisme en introduisant une telle
procédure dans notre droit positif, et en faisant jouer à la Chambre Administrative de la Cour
Suprême un véritable rôle de conseil et de facilitateur, en vue d’une exécution efficace et

1023
RIVERO (J.), « Les phénomènes d’imitation des modèles étrangers en droit administratif », les pages de
Doctrine, Paris, LGDJ, 1980, P.461.
1024
NJOCKE (H.-C.), « Juridiction administrative : une réforme inachevée », [Link]., P.60.
1025
Idem, P.61.
1026
OHANDJA ELOUNDOU (A.), Les grands thèmes du droit camerounais, Tome I, Ngaoundéré, éditions
Rousseau, 2015, PP.191-194.

354
efficiente des décisions du juge administratif par l’administration. Une telle réforme sera
d’autant plus intéressante que la procédure d’aide à l’exécution relève en fait du registre de la
médiation, voire de l’admonestation.

En confiant cette mission à une section spécialisée de la ladite Chambre


Administrative, celle-ci fera, dans ce cadre, toutes les diligences possibles. Elle pourra par
exemple procéder à des explications par courrier, téléphone, ou sous la forme de réunion. Les
courriers adressés peuvent être en effet très directifs, informant les parties de la nature et de
l’étendue de leurs droits et devoirs. Il s’agira en définitive pour elle d’apprécier la portée de la
décision à exécuter, d’identifier la difficulté, de l’analyser, et de mettre en œuvre tout ce qui
est nécessaire pour parvenir à l’exécution souhaitée.

Dans cette optique, MM. NGOLE Philip NGWESSE et Joseph BINYOUM ont eu à
affirmer qu’au Cameroun, lorsqu’il se trouve saisi, par un administré, des difficultés
d’exécution d’une décision de justice, le Procureur Général près la juridiction administrative
examine celle-ci avec les fonctionnaires compétents dans le but de pourvoir à l’exécution
souhaitée1027. Ces auteurs ont, en outre, indiqué qu’un tel cas s’était produit avec l’affaire
BABA YOUSSOUFA du 16 octobre 19681028. Bien avant eux, M. Henri JACQUOT1029, suivi
dans cette approche par le Doyen Maurice KAMTO1030, indiquaient déjà aux potentiels
justiciables qu’en cas d’inexécution d’une décision de justice par l’administration, ils peuvent
saisir le Procureur Général près la Cour Suprême.

Mais ce qui reste surprenant dans cette démarche, c’est qu’aucun de ces auteurs n’a
évoqué une quelconque norme juridique, législative ou règlementaire, attribuant une telle
compétence au Procureur Général. C’est certainement la raison pour laquelle M. Henri Martin
NTAH A MATSAH qui, nous semble-t-il, ne partage pas cet avis, a tenu à faire observer
qu’« on aura cependant tort de trop attendre du Procureur Général qui est une autorité
subordonnée à l’administration »1031.

Quoi qu’il en soit, maintenant que les tribunaux administratifs sont mis en place et
qu’ils fonctionnent effectivement, il serait utile de créer au niveau de chacun d’entre eux, à

1027
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.106.
1028
Ibid. Dans le même ordre d’idée, lire également OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République
du Cameroun, [Link]., P.132.
1029
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.129.
1030
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun …, [Link]., P.98.
1031
NTAH A MATSAH (H. M. M.), Le ministère public dans le contentieux administratif…, [Link]., P.314.

355
l’image de ce qui est préconisé au sein de la Chambre Administrative de la Cour Suprême, un
organe chargé de recueillir les doléances des requérants s’étant heurtés à l’inexécution des
décisions prononcées en leur faveur. De la sorte, on pourrait avoir, outre le chiffre plus ou
moins exact des jugements et arrêts restés sans suite, une classification des causes qui sont à
la base de l’inexécution. Ainsi, au bout d’une certaine période, on pourrait disposer d’un
ensemble d’éléments reflétant la réalité du devenir des décisions de justice. A partir de là, des
solutions nécessaires à la résorption ou, du moins, à la diminution du phénomène pourront
être proposées. Ceci est d’autant plus important qu’il n’est pas certain que tous les cas
d’inexécution soient dus à un simple refus de l’administration.

En tout état de cause, qu’il s’agisse de la demande d’éclaircissement ou de l’aide à


l’exécution, toutes deux ne constituent que des procédés amiables dont l’échec peut conduire
à l’ouverture d’une procédure juridictionnelle. En France où ces techniques ont été conçues et
aménagées, le délai ouvert au demandeur pour contester la décision de classement et exiger
l’ouverture de la procédure juridictionnelle est d’un (01) mois à compter de la notification,
sous peine d’irrecevabilité1032. Cette ouverture est de droit lorsqu’un délai de six mois s’est
écoulé depuis la saisine de la juridiction ou, lorsqu’une décision de classement administratif
est intervenue et que le bénéficiaire du jugement la conteste dans le mois suivant sa
notification. Dans ces hypothèses, le président de l’instance saisie est tenu de prendre une
ordonnance d'ouverture de la procédure juridictionnelle.

Cependant, il est fréquent que l'ouverture d’une telle procédure soit faite à l'initiative
du président de la juridiction, avant même l’expiration du délai de six (06) mois. En effet,
lorsqu’il estime que la décision a peu de chance d'être exécutée et que la phase amiable
n’aboutira pas, il prend immédiatement une ordonnance d'ouverture de la procédure
juridictionnelle. L'ouverture de cette phase s'avère être une nécessité lorsque la personne
publique chargée d’exécuter la décision rechigne à le faire et expose ainsi au grand jour la
preuve de sa mauvaise volonté.

Cette procédure, en plus du fait qu’elle puisse fort heureusement remplir sa fonction
initiale qui consiste à menacer l'administration en vue de l’inciter à exécuter la décision
juridictionnelle1033, est d’autant plus importante que grâce à elle, l'administration récalcitrante
pourra clairement exprimer son refus d'exécuter dans son mémoire en défense en indiquant

1032
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements …, [Link]., P.32.
1033
Idem, P.34.

356
certainement les mobiles de son insoumission face à la chose jugée. Ainsi, une analyse
minutieuse des causes de cette inexécution permettra assurément de les contourner pour
aboutir en fin de compte à l’exécution souhaitée, en sollicitant derechef, et au besoin,
l’administration à travers le procédé de renvoi pour ce que de droit.

PARAGRAPHE II : LE PROCEDE DE RENVOI POUR CE QUE DE DROIT

Le juge, dans la perspective de la bonne exécution de ses décisions, emploie certaines


techniques qui peuvent consister au renvoi du requérant devant l'administration afin qu’il lui
soit donné satisfaction. Ce renvoi s’analyse, implicitement et de manière déguisée, en un
ordre donné à l’autorité administrative d’exécuter la décision du juge dans le sens qu'il a
déterminé. Il peut être classé, avec la technique des condamnations alternatives et l’octroi des
dommages intérêts moratoires, parmi les divers procédés juridiques permettant au juge de
conduire, et ce de façon indirecte, l’administration à adopter certaines mesures d’exécution.
Sa signification et les mécanismes de sa mise en œuvre méritent d’être examinés (A) avant
que l’on envisage d’en exposer quelques illustrations jurisprudentielles (B).

A- La signification et les mécanismes du renvoi pour ce que de droit

Cette technique consiste à renvoyer le requérant devant l’administration pour que


celle-ci statue de nouveau sur la demande d’exécution illégalement rejetée, en se conformant
aux directives contenues dans la décision rendue par le juge administratif. Elle constitue, à
certains égards, une pression faite par le juge sur l’administration en vue d’amener cette
dernière à s’exécuter1034. De la sorte, tout écart par rapport à la ligne de conduite tracée par le
juge devient prohibée, voire quasiment impossible, sous peine d’excès de pouvoir pour
méconnaissance de la chose jugée.

En préconisant le recours à un tel procédé, les commissaires du gouvernement


TESSIER et CORNEILLE y voyaient en cela un excellent moyen permettant d’assurer le
respect de la séparation des pouvoirs tout en formulant, à l’égard de l’administration, une
invitation déguisée à obéir1035. Mais selon le Pr. Jean-Louis ATANGANA AMOUGOU, ce
procédé permet au juge de recourir à la technique de collaboration en indiquant à
l'administration comment elle doit s'y prendre pour exécuter sa décision. Pour lui en effet,

1034
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public …, [Link]., P.343.
1035
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.57.

357
« cette solution présente l'avantage de ne pas heurter la sensibilité du corps administratif,
car elle ressemble plus à une suggestion qu'à une sommation »1036.

Ainsi, faute pour lui de pouvoir se substituer à l’administration active, le juge


administratif estime parfois qu’il est judicieux de renvoyer le requérant devant cette dernière
dans le dessein de la voir ordonner les mesures d’exécution imposées par la décision du
juge1037. Faisant application de cette procédure, le Conseil d’Etat français utilise les formules
du genre « le sieur X est renvoyé devant l’administration pour que soient prises les mesures
que comporte l’exécution de la présente décision »1038, ou encore « le sieur Viaud est
renvoyé devant le ministre de la marine pour qu’il soit réinscrit sur la liste de capitaine de
frégate à la date du 22 avril 1898 et classé immédiatement avant le sieur Roques »1039. Dans
certaines espèces, le juge prend la peine de préciser le délai dans lequel il devra être satisfait
aux modalités d’application du renvoi. Ainsi, s’il advient que ledit délai ne soit pas respecté,
le requérant peut derechef se présenter devant le juge pour demander réparation du préjudice
supplémentaire qui lui est de nouveau causé par l’inaction de l’administration1040.

Dans quelques autres hypothèses, tels que l’annulation du refus d’une autorisation ou
d’une permission, le juge, prévoyant une résistance possible de l’administration et voulant
mettre cette dernière en demeure d’exécuter la décision à intervenir, peut renvoyer le
requérant devant l’autorité compétente pour la délivrance de l’autorisation ou de la permission
à laquelle il a droit. Dans un arrêt du 26 juin 19081041, le Conseil d’Etat, qui n’a pas cru devoir
annuler expressément une décision par laquelle un préfet refusait d’inscrire une dépense
obligatoire dans le budget d’une commune, a cependant renvoyé l’intéressé devant le ministre
de l’intérieur pour y être statué par la voie administrative. Pour le Doyen Léon DUGUIT, ces
formules de renvoi devant l’administration active équivalent, non seulement à une mise en
demeure à elle adressée, mais bien plus à une véritable injonction1042. Mais, ce constat n’a
toutefois pas empêché le juge administratif camerounais de faire recours à un tel procédé dans
sa jurisprudence, ainsi que l’illustrent certaines de ses décisions.

1036
ATANGANA AMOUGOU (J.-L.), L'Etat et les libertés publiques au Cameroun …, [Link]., P.255.
1037
LANGAVANT (E.), ROUAULT (M.-C.), Le contentieux administratif, [Link]., P.305.
1038
CE, 05 avril 1940, CURTET, Rec. CE, P.128.
1039
CE, 30 novembre 1900, VIAUD, Rec. CE, P.681.
1040
ODENT (R.) et WALINE (M.) (sous la direction de…), Répertoire de droit public et administratif, [Link]., P.57.
1041
CE, 26 juin 1908, DARAUX, Rec. P.689. ; S., 1909, III, P.129.
1042
DUGUIT (L.), Les transformations du Droit Public, [Link]., P.218.

358
B- Les illustrations jurisprudentielles du renvoi pour ce que de droit

La technique de renvoi pour ce que de droit n’est pas étrangère au juge administratif
camerounais, étant donné qu’il a eu à la mettre en œuvre dans l’affaire CAILLOT Georges 1043
précitée. Il résulte des documents figurant au dossier de cette procédure que sieur CAILLOT
Georges, officier adjoint de police de la Sûreté Nationale, détaché pour servir dans les
Territoires de l’Union Française et mis à la disposition de Monsieur le Haut-commissaire de
la République française au Cameroun, avait été, conformément à la réglementation en
vigueur, intégré à son arrivée au Territoire, par assimilation avec son grade dans son cadre
d’origine, dans le cadre local des inspecteurs de police. A la suite d’une réorganisation des
services de la Sûreté Nationale et d’un nouveau classement indiciaire du personnel de ces
services, sieur CAILLOT a fait l’objet, dans son cadre d’origine, d’un reclassement.

Par deux arrêtés du Ministre de l’Intérieur parus le même jour à la date du 20 Octobre
1954, il fut reclassé en qualité d’officier de police Adjoint de 2ème classe, 4ème échelon, avec
effets à compter du 1er avril 1951 au point de vue ancienneté et 1er avril 1953 au point de vue
de la solde, puis promu au 5ème échelon de son grade à compter du 1er avril 1953, tant du point
de vue de l’ancienneté que de celui de la solde. Un arrêté du chef du Territoire pris le 21 avril
1955, a régularisé la situation administrative de l’intéressé sur le plan local et l’a classé, par
assimilation avec son nouveau grade, dans le cadre d’origine, au grade d’Inspecteur principal
de 1ère classe en spécifiant toutefois que la nouvelle solde n’était supposée lui être servie qu’à
partir du 1er janvier 1954. Il a fait valoir que cette disposition de l’arrêté de reclassement lui
portait préjudice, puisqu’elle le privait du rappel de solde pour la période allant du 1er avril au
31 décembre 1953 et a soutenu que s’agissant d’une révision de sa situation administrative
effectuée suite à la parution d’un nouveau statut de la Sûreté Nationale, l’Administration
locale lui à fait subir les conséquences du retard uniquement imputable au pouvoir central.

S’inscrivant en faux contre les arguments développés par le défenseur du Territoire qui
concluait au rejet de cette demande en s’appuyant sur la règle administrative d’après laquelle
la rémunération perçue dans le cadre du détachement peut être différente de celle due dans le
cadre d’origine et l’avancement dans le cadre du détachement indépendant de l’avancement
dans le cadre d’origine, le juge dit fort opportunément :

1043
CCA, Arrêt n°770/CCA du 29 septembre 1956, CAILLOT Georges contre Administration du Territoire.

359
« Considérant cependant que le principe énoncé par le Défenseur du Territoire doit
se combiner avec les dispositions de l’article 103 de la loi du 19 octobre 1946 portant statut
général des fonctionnaires de l’État, aux termes desquelles le fonctionnaire détaché
continue à percevoir la rémunération afférente à son grade et à son échelon dans son
administration d’origine, si le nouvel emploi occupé comporte une rémunération moindre ;
Considérant que le sieur CAILLOT ayant fait l’objet d’un redressement de sa
situation administrative consécutif aux nouvelles dispositions statutaires devait
conformément à l’article 108 précité percevoir dans le Territoire de service la même solde
de base que celle qui lui avait été accordée par les textes métropolitains ;
Considérant, en effet, que pour fixer le traitement de base qui doit être servi à
l’intéressé, il y a lieu de se placer non pas à la date de la parution des arrêtés ministériels,
ni non plus à la date arbitraire arrêtée par le texte local, mais à la date à laquelle doivent
normalement remonter les effets de la révision des situations administratives des
fonctionnaires de la Sûreté Nationale ;
Considérant que dans ces conditions, il échet de déclarer inopposable à l’intéressé,
les dispositions de l’arrêté local qui fixe au 1er janvier 1954 les effets de reclassement et de
décider que l’Administration du Territoire doit, pour la période allant du 1 er avril au 31
décembre 1953, au sieur CAILLOT, une indemnité égale à la différence entre le traitement
calculé suivant l’indice de solde alloué à la Métropole aux officiers de police adjoints de
2ième classe, 5ième échelon et les émoluments qu’il a effectivement perçus ;
Considérant que le Conseil ne trouve dans les pièces figurant au dossier aucun
renseignement concernant la grille indiciaire des officiers de police de la Sûreté Nationale ;
Qu’au cas où l’indice de solde de l’officier de 5ème échelon serait inférieur à l’indice
de solde de l’inspecteur principal de 1ère classe du cadre local, c’est l’indice inférieur qui
doit être pris comme base de calcul ;
Qu’il échet dès lors de renvoyer l’intéressé devant Monsieur le Haut-commissaire de
la République afin qu’il soit procédé à la liquidation et à l’ordonnancement de l’indemnité
ainsi calculée ».

Au bénéfice de ce raisonnement, il a renvoyé le requérant devant l’administration ainsi


que cela ressort de son dispositif dont voici un extrait :

« Article premier.- En la forme : Reçoit la requête du sieur CAILLOT Georges ;

360
Article 2.- Au fond: Dit que les dispositions de l’article 2 de l’arrêté local du 21 avril
1955 sont inopposable au dit sieur CAILLOT, lequel a droit à une indemnité égale à la
différence entre le traitement calculé suivant l’indice de solde alloué à la Métropole aux
Officiers de Police Adjoints de 2ème classe 5ème échelon et les émoluments qu’il a réellement
perçus pendant la période du 1er avril au 31 décembre 1953 ;

Article 3.- Renvoi le requérant devant Monsieur le Haut-commissaire de la


République afin qu’il soit procédé au paiement de l’indemnité ainsi calculée ».

Cette décision est loin d’être l’unique en la matière, puisque dans l’espèce
OTTAVIANI Albert contre Administration du Territoire1044, le juge administratif
camerounais a, pour des faits similaires, adopté exactement la même mesure. Il est d’ailleurs
resté imperturbable dans cette trajectoire, ainsi qu’on peut le constater en analysant la
décision rendue dans l’affaire NDJOCK Jean contre Administration du Territoire1045. En
l’espèce, le susnommé, alors élève agent de police, hospitalisé au poste médical d’ESEKA,
avait saisi le Conseil du Contentieux Administratif d’une requête tendant à l’annulation de la
décision du directeur de la sûreté et de la police camerounaise, résiliant son contrat
d’engagement pour inaptitude physique. Il sollicitait également, au cas où sa réintégration ne
serait pas prononcée, que l’Administration du Territoire soit condamnée à lui payer diverses
indemnités de licenciement, de préavis…

Vidant sa saisine, le juge dit alors : « Considérant que le Conseil du Contentieux ne


possédant pas les éléments nécessaires pour établir le montant des sommes qui peuvent être
dues au requérant, il convient de le renvoyer devant l’autorité compétente pour faire
liquider sa situation, en lui réservant toute action ultérieure utile en cas de contestation ».

Indubitablement, l’on peut affirmer, sans risque de se tromper, qu’il s’agit là d’une
jurisprudence constante, ce d’autant plus que quelques années plus tard, bien que ne l’ayant
pas fait, le juge administratif a tout de même admis le principe consistant au renvoi de
l’intéressé devant l’administration, ceci dans l’affaire qui, en 1976, a opposé ONDOBO
AWONO Paul à l’Etat du Cameroun1046 et dont les faits méritent d’être brièvement rappelés.

ONDOBO AWONO Paul, ex-gendarme major en service à la Légion de Gendarmerie


du Cameroun Occidental à Buéa depuis 1962, puis muté en octobre 1973 à Yaoundé, avait

1044
CCA, Arrêt n°777/CCA du 29 Septembre 1956, OTTAVIANI Albert contre Administration du Territoire.
1045
CCA, Arrêt n°636/CCA du 10 août 1957, NDJOCK Jean contre Administration du Territoire.
1046
CS/CA, Jugement n°67/CS/CA du 24 Avril 1976, ONDOBO AWONO Paul contre Etat du Cameroun (MINFA).

361
introduit devant la Chambre Administrative de la Cour Suprême un recours tendant à
l’annulation, pour excès de pouvoir, de l’arrêté n°537/MINFA/800 du 03 décembre 1974 du
Ministre d’Etat chargé des Forces Armées, portant sa mise à la retraite d’office pour oubli de
la dignité militaire.

Au soutien de son action, il a exposé que le Ministre d’Etat, chargé des Forces Armées
l’a sanctionné illégalement en le mettant d’office à la retraite sous prétexte qu’il avait émis un
chèque sans provision d’un montant total de dix mille (10.000) francs au bénéfice du nommé
TATA David qui était le propriétaire d’une case qu’il louait à Buéa. Il a ajouté que la sanction
qui lui a été infligée était intervenue sans qu’il ait eu communication préalable de son dossier,
lequel n’avait pas été présenté pour avis à une commission, conformément aux dispositions de
l’article 53 de l’ordonnance n°60/20 du 22 février 1960 règlementant l’organisation,
l’administration et le service de la gendarmerie Nationale.

S’opposant à cette demande, l’Etat du Cameroun a expliqué qu’en octobre 1973,


l’intéressé avait remis à sieur TATA David, un chèque poste daté, avec instruction de ne le
présenter en paiement, qu’à la date portée dessus, à savoir le 29 novembre 1973. Présenté à
l’encaissement le 14 décembre 1973, le chèque dont s’agit n’a pas été honoré et pour cause, la
banque ayant exécuté un ordre de virement permanent, la provision restée dans le compte
bancaire était devenue insuffisante pour payer ledit chèque. Il a alors fait valoir que ces
agissements allant à l’encontre de la loi sont contraires à l’exigence d’honnêteté qui pèse sur
chaque militaire de la Gendarmerie et justifient largement la mise à la retraite du requérant
pour "oubli de la dignité militaire".

Appelé à statuer, le juge de l’espèce a saisi cette occasion pour dire :

« Considérant que le recourant demande enfin à la Chambre Administrative de


constater que compte tenu des mauvaises relations actuelles existantes entre lui et le
Département des Forces Armées, il n’est plus possible qu’il intègre ses fonctions ; que dans
ces circonstances il suffit de le récompenser par l’allocation des dommages-intérêts d’un
montant de dix millions de francs toutes causes de préjudice confondues ;
Considérant que le recours pour excès de pouvoir ou recours en annulation tend à
une annulation de l’acte attaqué et au renvoi de l’intéressé devant l’Administration pour
être prises toutes mesures d’exécution de la décision ;
Que dès lors, la demande d’allocation des dommages-intérêts formulée par le
requérant doit être rejetée comme étant mal fondée ».
362
Au demeurant, compte tenu du fait que l’administration ne peut, sous aucun prétexte,
faire l’objet des voies d’exécution forcées de droit commun, il serait de bon aloi que l’on use
des moyens diplomatiques pour l’amener à exécuter les décisions rendues par la juridiction
administrative. C’est d’ailleurs dans ce contexte de négociation que s’inscrivent les
techniques de collaboration sus élucidées, lesquelles doivent davantage s’étendre pour assurer
également l’exécution des condamnations pécuniaires prononcées contre l’Etat et les autres
personnes morales de droit public.

SECTION 2 : L’HYPOTHESE DE L’EXECUTION DES


CONDAMNATIONS PECUNIAIRES

Il convient de préciser d’entrée de jeu que, contrairement à une certaine croyance


devenue populaire, les condamnations pécuniaires prononcées à l’encontre de l’administration
et des autres démembrements de l’Etat, ne se réduisent pas seulement aux sommes dues à titre
de dommages intérêts. Elles vont au-delà pour intégrer également les sommes que
l’administration a indûment perçues et dont elle se trouve être tenues de rembourser. Cela est
particulièrement fréquent dans nombres de cas. Il en va ainsi dans l’hypothèse où la somme
dont s’agit a été perçue sur la base d’un rôle d’imposition dont l’article vient à être annulé
plus tard1047, ou encore lorsque le recouvrement de ladite somme, par l’administration fiscale,
était consécutif à l’émission d’un avis à tiers détenteur annulé par la suite1048. Dans toutes ces
hypothèses, l’effet rétroactif de la décision annulant ces titres de perception suppose
logiquement que l’administration rembourse les sommes ainsi perçues sur la base de ces actes
déclarés illégaux.

Le principal problème que pose l’exécution des condamnations pécuniaires naît


souvent de l’insuffisance ou de l’absence de crédits pour s’acquitter de ladite condamnation.
Cela peut parfois concerner l’Etat pour des crédits limitatifs, mais on rencontre surtout cette
hypothèse auprès des collectivités territoriales et des établissements publics. Pour remédier à
cette situation souvent décriée, une prévision des crédits budgétaires suffisants (paragraphe I)
permettra à coup sûr de faciliter le paiement qui doit néanmoins s’effectuer suivant des
modalités bien définies (paragraphe II).

1047
Sur cette question, voir CFJ/CAY, Arrêt n°134/CFJ/CAY du 26 janvier 1971, Union Trading Cameroun contre
Etat du Cameroun Oriental.
1048
CFJ/CAY, Arrêt n°161/CFJ/CAY du 08 juin 1971, BENGONO Denis contre Etat du Cameroun Oriental.

363
PARAGRAPHE I : LA PREVISION DES CREDITS BUDGETAIRES

La prévision des crédits budgétaires nécessaires pour le paiement des condamnations


pécuniaires prononcées contre l’Etat et ses démembrements s’impose avec acuité. Dans son
rapport public de 19921049, la section du rapport et des études du Conseil d’Etat français a fait
état d'affaires auxquelles elle a été confrontée en 1992 et qui se sont révélées difficiles à régler
en raison de l'insuffisance des ressources dont disposaient les collectivités ou leurs
établissements publics pour faire face au versement des indemnités auxquelles elles étaient
condamnées. Il n'en demeure pas moins que les condamnations pécuniaires prononcées par les
juridictions administratives constituent des dépenses obligatoires. Elles doivent être inscrites
dans les meilleurs délais au budget des différentes administrations et des collectivités
publiques. Ainsi, le gouvernement (A) et le parlement (B) doivent s’assurer, au moment de
l’élaboration du budget, que celui-ci comporte un chapitre ou un paragraphe destiné à couvrir
de telles dépenses.

A- La préparation du budget par le gouvernement

Afin de prévenir les cas d’inexécution des décisions de justice condamnant l’Etat au
paiement d’une somme d’argent, il s’avère indispensable que le gouvernement prenne cela en
considération lors de l’élaboration du projet de loi de finances. La préparation du budget de
l’Etat, faut-il le rappeler, s’effectue sous l’autorité du Président de la République et tous les
membres du gouvernement y prennent part.

A cet effet, parlant de l’élaboration des lois de finances, la loi n°2007/006 du 26


décembre 2007 précitée dispose en son article 33 que « Sous l’autorité du Président de la
République, le Premier Ministre coordonne la préparation des projets de lois de finances,
assurée par le ministre des finances, en concertation avec les organes constitutionnels, les
ministres ou les responsables des services concernés ». Cette autorité reconnue au chef de
l’Etat n’est que la traduction, en terme budgétaire et financier, de la prépondérance du
Président de la République dans le régime et le système politique camerounais.

Illustration de cette autorité, il fait tenir une circulaire budgétaire préalable aux
différents ministres et gestionnaires de crédits publics. Ladite circulaire instruit ses
destinataires sur la préparation du budget de l’Etat et, en fonction d’une analyse poussée de la
conjoncture économique, de la situation financière de l’Etat et de leur probable évolution, elle

1049
Conseil d’Etat, Rapport public 1992, Etudes et documents n°12, La documentation française, P.108 et ss.

364
prescrit les mesures à prendre et à traduire en terme budgétaire lors de l’élaboration du projet
de loi de finances. C’est dans cette circulaire que le Président de la République, chef de
l’exécutif, et par ricochet de l’administration, est appelé à jouer un rôle déterminant en vue de
faciliter l’exécution des condamnations pécuniaires prononcée à l’encontre de l’Etat et de ses
démembrements.

Il se doit en effet de saisir une telle occasion pour marquer un point d’honneur sur
l’exécution des décisions de justice, notamment en instruisant les destinataires de sa circulaire
d’intégrer, dans leurs prévisions respectives, les dépenses destinées au paiement des
condamnations pécuniaires qui pourraient éventuellement être prononcées contre les
administrations dont ils ont la charge, au courant de l’exercice budgétaire. Afin de ne pas
enfreindre certains principes fondamentaux, à l’instar du principe de l’équilibre budgétaire et
surtout celui de la spécialité des crédits, le gouvernement peut par exemple prévoir, dans le
projet de loi de finances, que les recettes à affecter à ces dépenses proviendront du
recouvrement des frais de justice tel que les amendes ou la contrainte par corps.

Ainsi, dans le cadre de la nomenclature du budget, les autorités compétentes pourront,


lors de l’évaluation des dépenses, jeter un regard rétrospectif sur les statistiques des cinq
dernières années pour se faire une idée du montant global annuel des condamnations
pécuniaires prononcées contre l’Etat par les différents ordres de juridiction au cours de la
période choisie. En fonction des résultats obtenus, il leur sera alors loisible de choisir une
moyenne qui pourra, le cas échéant, être majorée ou minorée, compte tenu de l’évolution
institutionnelle et de la conjoncture du moment. Un procédé identique est vivement
recommandé pour l’évaluation des recettes qui seront affectées auxdites dépenses.

Cette pratique est déjà effective au Maroc où les notes relatives à la préparation du
budget des collectivités locales ont obligées celles-ci, depuis 2001, à prévoir les crédits
nécessaires pour l'exécution des décisions de justice qui pourraient éventuellement être
rendues contre elles au cours de l’exercice budgétaire1050. Et si le gouvernement n’intègre pas
cet aspect de la prévision dans son projet, le parlement peut toujours l’amender au moment de
l’examen devant conduire à l’autorisation du budget.

1050
CHEGGARI (K.), La problématique de l'exécution des décisions de justice rendues contre les collectivités
locales au Maroc, [Link]., P.13.

365
B- L’autorisation du budget par le parlement

Le budget est préparé par le gouvernement mais c’est le parlement qui le vote. Ce vote
matérialise l’autorisation budgétaire, laquelle revêt une grande signification sur le plan
juridique. L’article 43 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 20071051 dispose en substance que
le vote de la loi de finances est précédé d’un débat parlementaire et, s’agissant tout
particulièrement du vote des dépenses, il s’effectue par chapitre, après examen en deux temps,
à savoir l’ensemble des programmes d’abord, les moyens détaillés par section et par
paragraphe en suite. Il en découle donc qu’au cours des débats et de la discussion générale
précédant le vote, les représentants du peuple doivent saisir l’occasion pour s’assurer que le
gouvernement a prévu, dans son projet qui s’apprête a devenir la loi de finances, les crédits
nécessaires destinés au paiement des condamnations pécuniaires qui pourraient
éventuellement être prononcées contre l’Etat au cours de l’exercice budgétaire.

Au terme de l’examen du projet par les députés, trois situations peuvent se présenter.
D’abord, le gouvernement peut avoir prévu les crédits nécessaires et suffisants. Ensuite, il
peut avoir prévu des crédits que la représentation nationale estime sous ou surévalué. Enfin, il
peut n’avoir prévu aucune dépense pour l’exécution des décisions de justice. Dans le premier
cas, aucun problème fondamental ne se pose et le projet pourra être adopté en l’état. Par
contre, les deux dernières situations doivent attirer l’attention des députés. A l’occasion, ils
peuvent demander aux membres du gouvernement présent devant eux pour défendre leurs
budgets respectifs de leur donner des explications sur l’omission ou la mauvaise évaluation
des crédits qui seront affectés aux dépenses liées à l’exécution des décisions de justice. Ces
questions peuvent être posées par les députés aussi bien lors de l’examen du projet de budget
en commission qu’au cours de la discussion générale en séance plénière.

Avant l’adoption du projet, et par souci de voir inscrit dans le budget de l’Etat les
crédits nécessaires et suffisants pour assurer l’exécution des condamnations pécuniaires
prononcées à l’encontre des personnes morales de droit public, les membres du parlement
pourront faire des propositions d’amendement du projet initial, afin que lesdits crédits y soient
intégrés. Ces propositions d’amendement ne peuvent toutefois prospérer que si elles sont
conformes aux prescriptions de l’article 44 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007
précitée. Cet article dispose en effet qu’ « aucune proposition d’amendement à une loi de
finances ne peut être présentée par un parlementaire si elle a pour effet, soit une

1051
V. art.43 al.1 et 5 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.

366
diminution des ressources publiques, soit l’aggravation des charges publiques sans
réduction à due concurrence d’autres dépenses ou création de recettes nouvelles d’égale
importance ».

En fin de compte, nous pouvons dire que les débats parlementaires préalables au vote
de la loi de finances offrent aux membres du parlement l’occasion d’apporter leur
contribution, dans le but de faciliter l’exécution des décisions rendues par le juge
administratif. Il va sans dire qu’en s’assurant que le projet qu’ils votent comporte des crédits
susceptibles d’être affectés aux dépenses imposées par de telles décisions, ces représentants
du peuple prémunissent l’administration des ressources financières nécessaires pour
s’acquitter des condamnations pécuniaires prononcées contre elle. Dès lors, une fois que les
crédits dont s’agit existent dans le budget adopté, il ne restera plus qu’à définir les modalités
de paiement.

PARAGRAPHE II : LES MODALITES DE PAIEMENT

Par modalité de paiement ici, il faut y voir les différents procédés pouvant être mis en
œuvre afin d’aboutir au paiement matérialisant l’exécution d’une condamnation pécuniaire
prononcée contre une personne morale de droit public. Notons également que ces procédés ne
sont, pour la plupart, envisagés que pour autant qu’il existe des crédits budgétaires disponibles
et que l’administration fait preuve de mauvaise foi manifeste. C’est dire qu’il sera question
d’examiner, dans ce paragraphe, quelques procédures d’exécution « forcée », parce que ne
dépendant pas toujours du bon vouloir de l’administration. Il s’agira notamment du
mandatement d’office (A) et de la saisine du comptable assignataire (B).

A- Le mandatement d’office

Le mandatement d’office, encore appelé mandatement obligatoire dans certaines


hypothèses, mis en place par le législateur français en 1980, est une procédure d’inscription
d’une dette au budget de la personne morale de droit public débitrice. Cette procédure ne peut
être mise en exergue qu’en présence d’une décision de justice passée en force de chose jugée.
Le mandatement est dit d’office lorsqu’il s’agit des dettes d’une collectivité territoriale et
obligatoire pour les dettes exigibles à l’Etat1052. Les procédures de « mandatement d’office »
ou de « mandatement obligatoire » constituent, avec l’astreinte, des voies d’exécution

1052
IBONO (U. A.), « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit public … », [Link]., P.94.

367
administratives qui, si elles sont instituées au Cameroun, pourraient, peu ou prou, vaincre la
résistance de l’administration au paiement d’une dette constatée par un titre exécutoire.

Lorsque la condamnation est prononcée contre une collectivité territoriale ou un


établissement public, à défaut de mandatement dans le délai de deux (02) mois, le préfet (ou
l’autorité de tutelle) y procède d’office ou sur demande du créancier. En cas d’insuffisance de
crédits, le préfet ou l’autorité de tutelle doivent mettre en demeure la personne publique
débitrice de créer les ressources nécessaires et, si cette mise en demeure reste sans effet,
procéder à l’inscription de la dépense au budget de la collectivité défaillante après avoir, le
cas échéant, dégagé les ressources nécessaires, soit en réduisant les crédits affectés à d’autres
dépenses et encore libres d’emploi, soit en augmentant les ressources. Dans le cas où, en dépit
de la notification de l’inscription du crédit, la personne publique débitrice n’effectue toujours
pas le mandatement de la somme due, le préfet ou l’autorité de tutelle sont tenus d’y procéder
d’office1053.

La procédure de mandatement d’office n’est pas connue du droit budgétaire et


financier camerounais. Elle lui est même étrangère. Mais, les évolutions législatives et
règlementaires ne sont pas à exclure. Bien au contraire, elles sont même fortement
recommandées. Les chances de succès d’une adaptation s’avèrent réelles. En effet, étant
donné qu’une faculté est désormais offerte aux ordonnateurs de procéder à la modification des
crédits ouverts1054, ceux-ci peuvent donc, en cas d’inexécution d’une décision de justice pour
cause d’insuffisance ou d’inexistence de crédits, procéder à des virements, soit de chapitre à
chapitre, soit de section à section, afin de couvrir lesdites dépenses.

Pour le reste, une fois que les crédits nécessaires ont été virés dans le chapitre
budgétaire, la section ou le programme qui doit in fine supporter la dépense, l’ordonnateur
compétent doit alors, immédiatement et même d’office, mandater ladite dépense, sans
attendre que cela soit sollicité par le bénéficiaire de la décision rendue par le juge. La
procédure de mandatement ainsi décrite se rapproche tant bien que mal du droit de réquisition
de l’ordonnateur qui a déjà été décrit ci-dessus. Ce rapprochement réside certainement dans le
fait que les deux procédés conduisent tous à l’exécution de la dépense par le comptable
assignataire saisi, lequel se doit au final de payer le montant dû au bénéficiaire de la décision
de justice.

1053
GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.), (Sous la direction de…), L’exécution des décisions de justice
administrative, [Link]., P.45.
1054
Cette faculté leur est ainsi offerte par l’art.52 de la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 précitée.

368
B- La saisine du comptable assignataire

Comme nous venons de le relever, le mandatement d’office et le droit de réquisition de


l’ordonnateur ont pour but d’obliger le comptable assignataire à effectuer le paiement
sollicité. Cet aspect ne sera pas développé outre mesure. Ce qui nous semble encore digne
d’intérêt ici, c’est la mutation de la nature de la décision de justice dans certaines
circonstances. En effet, partant du constat selon lequel la lourdeur des opérations d’exécution
des dépenses publiques est parfois à l’origine des cas d’inexécution des décisions du juge
administratif condamnant l’administration au paiement d’une somme d’argent, nous pensons
qu’il est impérieux de conférer un peu plus d’autorité à ces décisions, afin de surmonter de
tels obstacles dans les années à venir.

Ainsi, il serait nécessaire que désormais, et sous certaines conditions, la décision de


justice condamnant pécuniairement l’Etat, soit assimilable à un titre de paiement. Comme
conditions exigées, il faudra que la décision soit exécutoire, que le juge ait pris le soin de
liquider la somme due dans sa décision et, enfin, qu’il existe des crédits budgétaires
nécessaires et disponibles pour couvrir ladite dépense. C’est dire que la mutation souhaitée de
la décision de justice en titre de paiement pourra constituer un palliatif au mauvais vouloir de
l’administration.

Allant dans ce sens, une innovation capitale introduite dans le droit budgétaire français
s’est avérée susceptible de révolutionner la pratique administrative. Elle consistait en effet à
permettre le paiement direct, c’est-à-dire sans ordonnancement préalable, des sommes
d’argent dues par une personne morale de droit public en vertu d’une décision
juridictionnelle1055. Si l’on se souvient que le refus d’ordonnancer de l’administration
constituait jusque là un véto insurmontable pour les créanciers publics, le pas franchi était
décisif et considérable. Mais une telle victoire de l’Etat de droit, nous rapporte-t-on1056, devait
rester sans lendemain dans la mesure où il n’a suffit que d’une simple instruction du ministre
des finances pour l’anéantir.

Quoi qu’il en soit, plusieurs raisons militent en faveur d’une mutation des décisions
juridictionnelles en titre de paiement. Primo, la décision de justice tient lieu d’acte
d’engagement puisque c’est elle qui rend la personne publique débitrice. Secundo, et c’est
d’ailleurs l’une des conditions que nous avons posé, on note une tendance généralisée du juge
1055
AUTIN (J.-L.), « Illusions et vertus de l’Etat de droit administratif », [Link]., P.167.
1056
Ibid.

369
administratif à liquider le montant des sommes dues par les personnes publiques dans ses
décisions. Tertio, la décision, parce qu’elle s’impose à tous avec un effet erga omnes, les
autorités budgétaires et financières n’en sont pas épargnées. Elles doivent aussi s’y soumettre
car ladite décision constitue en elle-même un ordre qui leur est donné, lequel ordre est de loin
supérieur à celui que donnerait un ordonnateur, fut-il à titre d’ordonnancement de la dépense
publique.

Surabondamment, il semble établi que l’ordonnancement n’est pas rédhibitoire pour le


paiement d’une dépense publique, étant donné que le décret portant règlement général de la
comptabilité de l’Etat fait de cette étape une simple éventualité. L’article 19 de ce règlement
dispose en effet que « Le paiement de toute dépense est subordonné aux procédures
d’engagement, de liquidation et éventuellement d’ordonnancement »1057. Quarto, la
décision de justice bénéficie d’une présomption de vérité légale et dès lors, il devient
superfétatoire de vouloir procéder à une quelconque vérification de sa régularité.

Au regard de ce qui précède, l’on comprend aisément que la décision de justice peut
également servir de titre de paiement sans que cela n’émeuve personne. Le cas échéant, dès
lors que les conditions préalables sont réunies, le bénéficiaire de la décision à exécuter peut la
présenter immédiatement au comptable assignataire. Ce dernier sera alors tenu de payer la
somme figurant sur le désormais titre de paiement, sous peine d’engager sa responsabilité
personnelle, ès-qualité de comptable public. La seule cause d’exonération étant l’absence ou
l’insuffisance de crédits budgétaires destinés à couvrir de telles dépenses.

Il convient de faire observer que la transformation d’une décision de justice en titre de


paiement n’est pas un phénomène nouveau en droit budgétaire et financier. Cette assimilation
a été expérimentée sous d’autres cieux et a connu un taux de succès assez élevé. Le cas de la
France est suffisamment édifiant à ce sujet1058. Ici en effet, à défaut d’ordonnancement dans
les délais prévus, soit quatre (04) mois à compter de la notification de la décision, ou dans les
deux mois suivant la notification de justice si les crédits étaient suffisants, le comptable
assignataire est tenu, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice,

1057
V. art.19 du décret n°97/226/PM du 25 juin 1997 portant règlement général de la comptabilité de l’Etat en
République du Cameroun.
1058
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link].,
P.303.

370
de procéder au paiement dans le délai d’un mois à compter de sa saisine. Point n’est alors
besoin d’un ordonnancement préalable1059.

Par ailleurs, la prévision des crédits budgétaires lors de la préparation et de


l’autorisation du budget, est loin de constituer une panacée garantissant l’exécution des
condamnations pécuniaires. Il peut arriver que les crédits prévus à cet effet soient épuisés
avant la fin de l’exercice budgétaire, alors même que toutes les décisions rendues n’ont pas
encore été exécutées. En pareille situation, nous pensons que les dépenses nécessaires à
l’exécution des condamnations pécuniaires demeurées lettre morte, faute de crédits
disponibles, doivent être inscrites d’office au budget de l’année suivante.

A l'égard des personnes morales de droit public sous tutelle, les autorités
administratives chargées d'exercer la tutelle peuvent, soit d'office, soit à la requête des
intéressés, faire procéder à l'inscription, au budget de la collectivité condamnée, des crédits
nécessaires à l'exécution d'une décision de justice. A notre avis, ce procédé constituera une
garantie pour le bénéficiaire de la décision, dans la mesure où il finira par percevoir en
définitive ce qui lui est dû, même s’il doit faire preuve de beaucoup de patience.

1059
GOURDOU (J.), LECUCQ (O.) et MADEC (J.-Y.) (Sous la direction de…), L’exécution des décisions de justice
administrative, [Link]., P.45.

371
CONCLUSION DU CHAPITRE 1

Tout compte fait, l’on est fondé à dire, sans risque de se tromper, que la mise en œuvre
effective d’une justice administrative de qualité est largement tributaire de la complémentarité
des actions respectives du triptyque constitué de l’administré, du juge administratif et de
l’administration.

Le premier a le droit et le devoir impérieux d’exercer et de se résoudre à soumettre la


puissance publique au contrôle adéquat du juge, sans résignation aucune. Pour sa part, le
deuxième n’a plus qu’à éclairer et à dire le droit, sans crainte, ni faux-fuyants, mais dans le
strict respect des lois et règlements de la république. La troisième, enfin, n’a pas d’autre choix
que de donner son plein effet à la décision du juge administratif, surtout celle qui la déboute,
en s’y pliant, notamment par une exécution d’office, dans un ordonnancement où ce juge n’a
pas la prérogative de faire exécuter ou d’exécuter ce qu’il a préalablement décidé au détriment
du détenteur de la force publique opérationnelle1060. Cette synergie d’actions synchronisées,
affirme M. Jean-Calvin ABA’A OYONO, « est le baromètre de l’émergence, de
l’enracinement et de la crédibilité de l’Etat de droit en perpétuelle quête d’équilibre »1061.

En tout état de cause, la conclusion qui s’impose est que les différents protagonistes,
cités ci-dessus, n’ont en réalité pas d’autres choix que de collaborer pour qu’à terme, toutes
les décisions de justice reçoivent exécution. Dans le cas contraire, l’administration
récalcitrante peut toujours être amenée à y procéder, grâce à l’usage de certaines techniques
coercitives.

1060
ABA’A OYONO (J.-C.), « La nouvelle révision du droit de la justice administrative », [Link]., P.266.
1061
Ibid.

372
CHAPITRE II : LES TECHNIQUES
DE COERCITION

373
En s’amusant à décrire l’état des lieux de l’exécution des décisions de justice
administrative, on se rendra très vite compte que la situation est scandaleuse, dans la mesure
où l’administration peut refuser de façon délibérée d’exécuter les décisions prononcées à son
encontre par la juridiction administrative. Une telle éventualité réduit à néant tout espoir de
renforcement d’un véritable Etat de droit1062. Et dans une certaine mesure, elle équivaut même
à l’inexistence de la justice tout court. Néanmoins, ni le juge, ni les administrés ne doivent
rester inerte devant une telle carence. Il leur revient en effet de scruter de nouvelles méthodes
pouvant conduire au respect de l’autorité de la chose jugée, si l’administration tente de
l’outrepasser.

La tâche n’est certes pas facile, si l’on s’en tient aux considérations relatives à la
conception des rapports entre l’administration et le juge administratif. En effet, ce dernier ne
dispose pas, en principe, du pouvoir d’adresser des injonctions à l’administration. Il ne peut
donc pas la condamner à des obligations de faire en lui prescrivant un acte précis, tout comme
il ne peut non plus se substituer à elle. Il est difficilement concevable que l’administration
puisse utiliser la contrainte dont elle a le monopole contre elle-même. Une telle situation ne
peut que remettre au goût du jour tous les débats relatifs à l’Etat de droit, à la soumission de la
puissance publique au droit, ainsi qu’aux propres règles qu’elle s’est librement fixée1063. La
mise en place des mécanismes beaucoup plus subtils s’avère donc nécessaire.

Dans les sillages de cette conception traditionnelle, le juge administratif, au risque de


ne pas être obéit, ne peut qu’exercer des pressions sur l’administration par le truchement de
moyens indirects avec, bien évidemment, l’aide des administrés. Ainsi, une synergie
savamment organisée entre eux leur permettra à coup sûr de fédérer leurs actions en vue d’une
mise en scène salutaire des méthodes qui, non seulement exerceront une forte pression sur
l’administration afin qu’elle s’exécute (section I), mais aussi pourront conduire à des
sanctions pécuniaires et disciplinaires (section II) en cas d’inexécution.

SECTION 1 : L’USAGE DES MOYENS DE PRESSION

Compte tenu du fait que le juge administratif ne dispose d’aucun moyen pour venir à
bout de la résistance d’une administration qui s’obstine à exécuter les décisions de justice,
l’administré en faveur duquel la décision a été prononcée est par moment obligé de rechercher

1062
OMAR DIA, « Le juge administratif sénégalais et la construction de l’Etat de droit », Librairie d’Etudes
Juridiques Africaines, Vol 12, septembre 2012, P.82.
1063
FRIER (P.-L.), PETIT (J.), Précis de droit administratif, [Link]., P.461.

374
lui-même les voies et moyens permettant de mettre en œuvre ce qui a été décidé par le juge.
L’exécution forcée étant d’office exclue de son champ d’investigation, il doit donc, de façon
biaisée et très subtilement, user des méthodes contraignantes pour amener l’administration à
agir dans le sens dicté par le juge, sans toutefois heurter sa prétention à n’avoir à agir que
selon sa volonté.

Dans cette occurrence, l’administré qui aurait un quelconque intérêt à ce que la


décision rendue par le juge puisse recevoir exécution peut essayer d’exercer sur
l’administration, sinon une pression certaine, du moins une certaine pression. Il peut s’agir
d’une menace qui s’opère au sein de l’administration par le truchement des autorités
administratives. Le cas échéant, on parlera d’une contrainte purement administrative
(paragraphe I). Il peut également s’agir de pression provenant du tour extérieur de
l’administration, et dont l’objectif principal est d’inviter cette dernière à s’exécuter sous peine
de voir son refus porter à la connaissance du public. C’est ce que nous résumons sous le
vocable de contrainte morale (paragraphe I).

PARAGRAPHE I : LA CONTRAINTE ADMINISTRATIVE

La contrainte administrative est perçue comme étant une pression que l’administration
exerce sur elle-même afin d’aboutir à l’exécution des décisions de justice rendue à son
encontre. Mais cette contrainte, l’administration ne l’exerce pas d’office. Elle doit au
préalable être saisie dans ce sens par un administré au moyen de divers recours administratifs
qui lui sont offerts, lesquels sont portés devant des organes administratifs non juridictionnels.
Ces différents recours administratifs consistent en une réclamation faite par un administré
mécontent auprès d’une autorité administrative, et tendant à ce que cette dernière prenne des
mesures nécessaires pour lui donner satisfaction.

On peut les regrouper en deux catégories principales. Les uns sont dits internes et les
autres externes. Il convient, en premier lieu d'examiner les recours administratifs internes (A)
qui permettent de faire intervenir directement l'administration avant d’envisager l’hypothèse
des recours externes (B).

A- Les recours administratifs internes

Certains recours administratifs sont dits internes dans la mesure où ils sont introduits
devant la personne publique directement concernée par la décision juridictionnelle à exécuter.

375
On ne le dira jamais assez, l’obligation de faire respecter la décision de justice incombe
principalement à l'administration qui est réputée être le bras séculier, mieux encore, le pouvoir
agissant de l’Etat. Mais lorsqu’il advient que par son attitude, l’administration feint
manifestement d’ignorer une décision juridictionnelle, des recours administratifs facultatifs
peuvent être exercés devant l'administration concernée pour obtenir d'elle qu'elle exécute les
décisions de justice qui l'ont condamnée. Les recours pouvant lui être adressés sont aussi
divers que variés. Ainsi, mis à part le recours gracieux qui est dépourvu de toute contrainte,
l’on peut distinguer le recours hiérarchique (1) du recours de tutelle (2).

1- Le recours hiérarchique

Le bénéficiaire de la décision de justice peut s'adresser au supérieur hiérarchique de


l'autorité administrative chargée de l'exécution d'une décision de justice, en cas de mauvais
vouloir de cette dernière. Au cœur de la notion de hiérarchie, il y a, faut-il le rappeler, l’idée
de supériorité et, corrélativement, celle d’infériorité et de dépendance au sein d’une
organisation déterminée, à telle enseigne que si l’on doit définir le recours hiérarchique, on
pourrait dire qu’il est un recours adressé par une personne au supérieur hiérarchique ou
lointain de l’auteur d’un acte dont elle conteste le bien fondé1064.

Il n’est soumis à aucune condition particulière pour sa recevabilité. Mais, on peut


cependant relever que pour qu’il soit examiné, il faut, bien entendu, qu'il existe un lien de
subordination hiérarchique entre l'autorité à qui incombe l’exécution de la décision et celle
qui est destinataire du recours1065. Ce recours est consubstantiel au contrôle hiérarchique,
lequel prend place dans le cadre de la déconcentration administrative. Ici, le pouvoir de
décision est délégué à des agents subordonnés qui exercent leurs compétences au nom et pour
le compte de l’autorité administrative et sur lesquels les supérieurs hiérarchiques exercent le
pouvoir hiérarchique.

En effet, le pouvoir hiérarchique permet aux supérieurs de donner des instructions et


des injonctions obligatoires à leurs subordonnés qui doivent obéir sous peine de se voir
infliger des sanctions disciplinaires, de vérifier d’office l’exercice des pouvoirs par leurs
subordonnés et, enfin, de retirer ou de réformer les décisions de ces derniers. Il convient de
relever toutefois que l’ordre d’agir, donné par le supérieur hiérarchique, dépend, pour sa mise
en œuvre, du contenu des instructions reçues, compte tenu du fait que ceux-ci doivent être

1064
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise …, [Link]., P.262.
1065
MUNYAHIRWE (D.), Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée des jugements, [Link]., P.33.

376
conformes à la législation en vigueur1066. C’est un pouvoir qui, en principe, n’est pas organisé
par une loi ou un règlement. Attribut du supérieur hiérarchique, il s’exerce spontanément,
d’office et de manière informelle, sans que le supérieur ait à respecter des formes ou des
procédures particulières1067.

Le recours hiérarchique est un élément déclencheur du contrôle hiérarchique qui a une


portée très large. C’est un contrôle interne à l’administration. Il porte tant sur la légalité de
l’acte que sur son opportunité. Ce recours permet à l'administré de dénoncer auprès du
supérieur hiérarchique le comportement illégal dont fait montre son collaborateur subordonné.
Sa finalité vise à ce que le supérieur hiérarchique saisi intime, à son subordonné, l’ordre
d’exécuter la décision de justice dont s’agit ou alors qu’il se substitue à ce dernier pour
l’exécuter lui-même, bien entendu si les mesures à prendre en vue de ladite exécution relèvent
de sa compétence car dans la procédure administrative non contentieuse, l’adage selon lequel
« qui peut le plus peut le moins » n’est pas applicable à toutes les situations.

Il faut toutefois noter que cette voie de recours n'est pas toujours possible, notamment
lorsque l'autorité en cause n'est soumise à aucun pouvoir hiérarchique. Il en va ainsi par
exemple du Maire lorsqu’il agit au nom de la commune. Mais même dans cette hypothèse, le
requérant a la possibilité d’exercer un recours de tutelle.

2- Le recours de tutelle

L'autonomie et la libre administration, caractéristiques premières des établissements


publics et des collectivités territoriales décentralisées, placent ceux-ci sous la simple tutelle et
non sous l'autorité de leurs administrations de rattachement. Ainsi, le recours à l’autorité de
tutelle permet à celle-ci d’exercer son contrôle de tutelle, lequel prend généralement place
dans le cadre de la décentralisation administrative. Ici en effet, un pouvoir de décision est
confié à des autorités décentralisées et celles-ci l’exercent de manière autonome, sous réserve
d’un contrôle de tutelle exercé par des autorités auxquels des textes spéciaux attribuent cette
compétence.

C’est dire que le recours de tutelle ne peut alors être adressé qu'à l'autorité disposant
de pouvoirs de contrôle en vertu des textes applicables à la relation, dans le strict respect du
principe selon lequel il n'y a pas de tutelle sans textes, ni au-delà des textes. Selon une

1066
ABANDA ATANGANA (A.), La situation juridique du fonctionnaire stagiaire …, [Link]., P.68.
1067
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.395 et ss.

377
expression devenue aujourd’hui célèbre, la tutelle n’est pas, comme en droit civil, une
béquille destinée à assister les incapables. Elle constitue plutôt un frein visant à maintenir les
pouvoirs locaux dans les limites de leurs attributions.

Il va sans dire que l’administré qui exerce un tel recours pourra voir l’autorité de
tutelle saisie intervenir, pour ramener à l’ordre celle qui est passé outre l’exécution d’une
décision de justice et enjoindre cette dernière à se conformer à la chose jugée. L’autorité de
tutelle peut, en effet, exercer des pressions sur les autorités locales afin que celles-ci se
soumettent à une obligation faisant partie du bloc de légalité, lequel comprend, entre autre, les
décisions de justice. Cette autorité peut également, à l’occasion de ce recours, annuler ou
réformer la décision de refus d’exécution de la décision de justice, voire se substituer à
l’autorité normalement compétente pour prendre les mesures d’exécution qui s’imposent1068.

En France cependant, en l’état actuel du droit positif et en ce qui concerne le


contentieux de la légalité, l’autorité de tutelle ne peut se substituer à l’autorité récalcitrante
pour édicter, à sa place, les mesures juridiques nécessaires à l’exécution de la chose jugée1069.
La jurisprudence est suffisamment établie sur ce point, car elle a décidé par exemple que le
préfet ne peut pas se substituer à un maire pour prononcer la réintégration d’un agent
communal illégalement évincé de son emploi1070.

En tout état de cause, les recours administratifs internes, bien que parfois très
efficaces, sont souvent sans réelles portée sur l’exécution des décisions de justice. Le cas
échéant, l’administré concerné par une décision de justice peut toujours rechercher son
exécution en faisant recours au tour extérieur de l’administration, par le truchement des
recours administratifs externes.

B- Les recours administratifs externes : les autorités administratives


indépendantes

Les recours administratifs externes sont ceux introduits devant des organismes
administratifs indépendants de l’administration centrale et de ses démembrements. Ils
renvoient aux recours exercés devant une personne morale autre que celle qui a la charge
d'exécuter la décision juridictionnelle en cause. Ces organismes sont généralement plus

1068
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.409 et ss.
1069
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.66.
1070
CE, 16 novembre 1960, Ducousso, Rec., P.623.

378
connus sous le nom d’autorités administratives indépendantes. Ce sont des organismes publics
non dotés de la personnalité juridique, mais auxquels le législateur a conféré des garanties
d’indépendance afin de leur permettre de remplir au mieux la mission pour laquelle ils ont été
crées1071. Ce sont des autorités administratives, et non juridictionnelles, qui s’épanouissent au
sein de l’administration mais qui ne sont pourtant soumises à aucun pouvoir hiérarchique, à
aucune tutelle dans l’exercice de leurs attributions.

Au Cameroun, il n’existe pas, en l’état actuel du droit positif, une autorité


administrative indépendante susceptible d’être saisie par un administré pour faire pression sur
l’administration, afin de l’amener à exécuter les décisions de justice. En effet, bien que la
juridiction administrative ait pour rôle d’assurer une protection optimale des citoyens dans
leurs relations avec l’administration, il a paru souhaitable, voire nécessaire de créer, en dehors
d’elle, une institution qualifiée, avec pour attribution de recevoir les réclamations relatives au
fonctionnement des administrations et des organismes investies d’une mission de service
public, dans leurs relations avec les administrés1072.

A ce sujet, le Pr. Anicet ABANDA ATANGANA relevait déjà, et certainement pour le


déplorer, l’absence au Cameroun, d’un instrument de contrôle non juridictionnel tel que
l’Ombudsman scandinave ou le Médiateur de la République institué en France depuis
19731073. Cet auteur nous rapporte d’ailleurs que du 30 avril au 30 juin 1985, les pouvoirs
publics camerounais avaient institué la "mission ZAMBO", par référence au nom de celui qui
la présidait, laquelle avait pour objectif de sensibiliser le public, de recueillir auprès des
populations, des responsables politiques et administratifs de toutes les provinces, les critiques
et suggestions relatives à l’amélioration du fonctionnement de l’administration publique1074.
L’une des principales revendications faites par le public au cours de ladite mission consistait
en la création d’une institution chargée de la défense des droits des administrés dans leurs
rapports avec l’administration. Jusqu’à nos jours, ladite institution reste toujours attendue.

Mais sous d’autres cieux, cette autorité existe bel et bien et joue un rôle très important
auprès des administrés dans le cadre de l’exécution, par l’administration, des décisions du
juge administratif. Cette autorité a des appellations différentes, selon qu’on se trouve dans un
pays ou dans un autre. Les plus courantes sont notamment l’Ombudsman, surtout dans les

1071
VAN LANG (A.), GONDOUIN (G.), INSERGUET-BRISSET (V.), Dictionnaire de droit administratif, [Link]., P.38.
1072 ème
TROTABAS (L.), ISOART (P.), Droit public, 22 édition, Paris, LGDJ, collection Manuels, 1992, P.271.
1073
ABANDA ATANGANA (A.), « Vers une administration au service des administrés … » [Link]., P.15.
1074
Ibid.

379
pays scandinaves, le Médiateur de la République, particulièrement en France et dans certains
pays d’Afrique noire d’expression française tel que la Côte d’Ivoire… Quelle que soit la
dénomination retenue, il s’agit d’un même organe, extérieur à l’administration et dont l’une
des principales missions consiste à faire exécuter les décisions de justice par l’administration.

Parlant de l’avènement de cet organisme indépendant de l’administration dans son


pays, un auteur a d’ailleurs pu reconnaitre que l’institution d’un Médiateur de la République,
même si elle ne répond pas encore à toutes les attentes, « est un grand pas dans le règlement
non juridictionnel des litiges administratifs »1075. Il convient à présent d’examiner à la fois
les missions (1) et les pouvoirs (2) de cette autorité administrative indépendante.

1- Les missions des autorités administratives indépendantes

Suite à la loi française du 03 janvier 1973, les administrés peuvent solliciter


l'assistance du Médiateur pour remédier à l'inexécution d'une décision de justice passée en
force de chose jugée. Un accent particulier est mis ici sur son rôle de conciliation et de
prévention des conflits ; un véritable rôle de médiation. Le médiateur assure généralement une
mission de contrôle permanent de l’administration, de même que celle de protection des
libertés publiques1076. Il reçoit et instruit les plaintes des administrés. Il peut aussi agir
d’initiative ou à la demande des assemblées législatives. Il établit des rapports sur le
fonctionnement de l’administration et propose des réformes en vue de l’améliorer. Son rôle
premier n’est pas de trancher les litiges, mais de chercher à aplanir les contestations, en
menant une procédure de conciliation, de médiation. Il cherche donc à rapprocher les points
de vue et à dégager une solution amiable.

Afin de permettre au médiateur de mener à bien et en toute impartialité les missions


qui lui sont dévolues, il est fait interdiction à toute autorité que ce soit de s’immiscer dans son
activité. Son indépendance est également assurée par une immunité juridictionnelle totale
dont il jouit dans le cadre ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions1077. Le médiateur
reçoit les réclamations concernant l’administration et fait à cette dernière des
recommandations de nature à régler les différends y relatifs et à améliorer le fonctionnement

1075
AMBEU AKOUA (V.-P.), La fonction administrative contentieuse en Côte d’Ivoire, [Link]., P.21.
1076
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public …, [Link]., P.171.
1077
TROTABAS (L.), ISOART (P.), Droit public, [Link]., P.271.

380
du service public concerné1078. Pour tout dire, le rôle du médiateur tend à l’amélioration des
rapports entre l’administration et les administrés. Pour y parvenir, il dispose à cet effet de
pouvoirs assez étendus.

2- Les pouvoirs des autorités administratives indépendantes

Avant de se répandre en Europe à partir des années 1970, l’Ombudsman, devenu par la
suite médiateur, n’exerçait aucun pouvoir de décision s’imposant à l’administration active. En
dépit des pouvoirs d’investigation mis à sa disposition, il ne pouvait qu’émettre des avis,
établir des rapports, formuler des recommandations et les rendre publiques à défaut de
réponse. La publicité de ses rapports lui donnait une autorité symbolique que l’on pouvait
alors qualifier de magistrature d’influence.

Lorsqu’il est saisi dans le cadre de l’exécution d’une décision de justice, le Médiateur
de la République peut enjoindre la personne publique de s'y conformer dans un délai qu'il
fixe1079. Mais il ne dispose pas de réels pouvoirs de contrainte1080 dans la mesure où, bien que
les pouvoirs qui lui sont conférés soient notables, leur portée reste très limitée parce que non
assortis de sanctions juridiques1081. La seule sanction qui existe est purement morale et
renvoie à la publicité faite autour de l’inexécution de ses injonctions et des décisions du juge,
laquelle inexécution pourra seulement faire l'objet d'un rapport spécial publié au Journal
officiel1082. Aussi lui est-il interdit de s’immiscer dans les procédures pendantes devant les
juridictions ou même de remettre en cause le bien fondé d’une décision de justice1083.

Il est par ailleurs tenu de présenter, chaque année, un rapport annuel de ses activités au
Président de la République et au parlement. En outre, il lui est possible d’engager des
procédures disciplinaires contre les agents publics défaillants et même de saisir, au besoin, la
juridiction répressive1084. Vu sous cet angle, le médiateur joue ainsi un véritable « rôle de

1078
AUBY (J.-M.), DUCOS-ADER (R.), Droit Public : Droit Constitutionnel, Libertés Publiques, Droit Administratif,
ème
Tome I, 9 édition, Paris, Sirey, 1984, P.334.
1079
DE LAUBADERE (A.), VENEZIA (J.-C.), GAUDEMET (Y.), Traité de droit administratif, [Link]., P.452.
1080
DABAN (V.), Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de remédier à l'inexécution de leurs
jugements …, [Link]., P.9.
1081
HOUHOULIDAKI (A.), L’exécution par l’administration des décisions du Juge Administratif …, [Link]., P.65.
1082
DUPUIS (G.), GUEDON (M.-J.), CHRETIEN (P.), Droit administratif, [Link]., P.55.
1083
TROTABAS (L.), ISOART (P.), Droit public, [Link]., P.272.
1084
AUBY (J.-M.), AUBY (J.-B.), Droit Public ..., [Link]., P.171.

381
révélateur des mal administrations »1085 et la publicité qu’entourent ses rapports contraint
moralement l’administration.

PARAGRAPHE II : LA CONTRAINTE MORALE

La contrainte morale, en vue de l’exécution des décisions de justice par


l’administration, ne constitue qu’un chantage fait à cette dernière, en ce sens qu’elle consiste
essentiellement en la menace de révéler au grand jour son mépris envers les décisions de
justice, si jamais celles-ci restaient inexécutées. Dans ce cadre, les velléités d’inexécution des
décisions de justice par l’administration peuvent être dissuadées par des menaces publicitaires
(A). Par ailleurs, l’inexécution peut faire l’objet d’une dénonciation auprès de la Commission
Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL) (B).

A- La dissuasion par les menaces publicitaires

Dans bon nombre de pays, un des mécanismes les plus simples de prévention des
risques d’inexécution, et donc de dissuasion de cette inexécution, est la publicité des décisions
rendues par le juge, y compris les obligations dérivées desdites décisions pour
l’administration1086. En France par exemple, l’administration récalcitrante s'expose à la
réprobation publique si elle n'exécute pas les jugements prononcés contre elle, car l'opinion
sera informée de son mauvais vouloir par un rapport spécial du Médiateur publié au journal
officiel en vertu de la loi du 03 janvier 1973 précitée.

Mêmement, lorsque la section du rapport et des études du Conseil d’Etat n’a pu


obtenir de la personne morale de droit public qu’elle exécute intégralement la décision de
justice, le refus de cette dernière peut être mentionné au rapport annuel du Conseil d’Etat. Il
s’agit d’un moyen de pression efficace à l’encontre de la personne publique concernée, en
raison de la publicité qui entoure la publication dudit rapport ; ce qui constitue, à n’en point
douter, une mauvaise publicité pour l’administration mise en cause1087. C’est cette technique
que le Pr. Joseph OWONA a qualifié de « contrainte publicitaire »1088.

Cependant, ce procédé peut-il avoir un effet dans un pays autocratique où les


dirigeants sont sûrs et certains, malgré tout, d'être réélus ? Rien n’est moins certains ! En

1085
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.339.
1086
Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale …, [Link]., P.21.
1087
NGOLE (P.) NGWESE, BINYOUM (J.), Eléments de contentieux administratif camerounais, [Link]., P.107.
1088
OWONA (J.), Droit administratif spécial de la République du Cameroun, Paris, EDICEF, série "manuels et
travaux de l’Université de Yaoundé", 1985, P.226.

382
attendant que la situation s'améliore, plaidons au moins pour que l'administration s'acquitte de
ses dettes pécuniaires. Il existe également un autre procédé qui consiste à exercer devant le
juge administratif un recours pour excès de pouvoir contre l’inexécution des décisions
d’annulation, lequel recours permet inéluctablement d’attirer l’attention de l’opinion publique
sur le mauvais vouloir de l’administration qui, comme un bourreau, aime tout sauf la publicité
autour de sa basse manœuvre.

Il peut aussi s’agir d’un contrôle politique qui consistera en la saisine d’un membre du
parlement, lequel pourra, lors des séances de questions orales, demander au ministre
compétent de s’expliquer sur l’inexécution des décisions de justice par l’administration du
ministère dont il a la charge. Le caractère public des débats parlementaires constitue en lui-
même une sorte de pression exercée sur l’administration concernée du moment où elle verra
son inaction révélée au grand jour.

Par ailleurs, conformément à la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 1089, le Premier


Président de la Cour Suprême et le Procureur Général près ladite Cour sont tenus d’adresser
chaque année, au Président de la République, un rapport conjoint sur le fonctionnement de
cette haute juridiction et, à cette occasion, ils peuvent faire toutes suggestions utiles. On est
logiquement enclin à penser que les difficultés d’exécution peuvent certainement y figurer en
bonne place dans ledit rapport. Aussi, l’audience de rentrée solennelle de ladite Cour peut
également être un moment propice pour rendre public les cas d’inexécution des décisions
rendues par la juridiction administrative1090, ce qui constituerait à coup sûr une mauvaise
publicité pour l’administration intéressée, bien que l’inexécution dont s’agit puisse également
faire l’objet d’une dénonciation auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et
des Libertés (CNDHL).

B- La dénonciation auprès de la CNDHL

Partant de la conception selon laquelle le droit à l’exécution des décisions de justice


fait partie intégrante des droits de l’homme, il se doit d’être protégé de la même manière et
suivant les mêmes mécanismes que ceux-ci. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement dans la
mesure où, comme nous l’avons démontré ci-dessus, le droit à un procès équitable qui est lui-
même classé dans la catégorie des droits de l’homme, englobe celui relatif à l’exécution des

1089
V. art.34 de la loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la cour
suprême.
1090
OWONA (J.), Le contentieux administratif de la République du Cameroun, [Link]., P.132.

383
décisions de justice. Il s’en suit dès lors que l’inexécution desdites décisions, en tant que
violation du droit à l’exécution, peut être dénoncée auprès de la Commission Nationale des
Droits de l’Homme et des Libertés. Il sera donc loisible pour nous de rechercher le fondement
juridique de cette dénonciation (1) avant de s’appesantir sur les moyens d’action dont dispose
cette Commission pour amener la partie récalcitrante à s’exécuter (2).

1- Le fondement juridique

Si l’on admet effectivement que l’exécution des décisions de justice est bel et bien un
droit de l’homme, il s’en déduit que la possibilité offerte aux administrés et justiciables, qui
s’estiment lésés par l’inexécution d’une décision qui leur est favorable, de pouvoir dénoncer
ladite inexécution, trouve son fondement juridique dans la loi organique portant création de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés1091. L’article 2 de ce texte
dispose en substance que ladite Commission, qui a pour principale mission la promotion et la
protection des droits de l’homme reçoit, à ce titre, « toutes dénonciations portant sur les cas
de violation des droits de l’homme et des libertés ». Cette disposition est d’ailleurs renchérie
par l’article 5 du même texte, lequel dispose que dans son domaine de compétence, la
Commission peut être saisie par toute personne physique ou morale, ou encore par toute
autorité publique sur simple requête ou par dénonciation.

Il s’infère dès lors de ces dispositions législatives que toutes les personnes auxquelles
l’inexécution d’une décision de justice cause un quelconque préjudice, peuvent dénoncer cette
attitude malveillante de l’administration auprès de ladite Commission. Cette dernière dispose
de moyens d’actions suffisants pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

2- Les moyens d’action de la CNDHL

Dès lors qu’une dénonciation est reçue par la Commission, celle-ci diligente toutes les
enquêtes et procède à toutes les investigations nécessaires sur les cas de violation des droits de
l’homme et des libertés et, par ricochet, sur les cas d’inexécution des décisions de justice. Elle
en fait un rapport au Président de la République et peut, le cas échéant, proposer aux autorités
publiques les mesures qu’elle estime nécessaire à prendre, en vue de remédier à la situation
déplorée par les dénonciateurs1092. Outre la possibilité qui lui est offerte de pouvoir mener
d’office toute investigation, la Commission peut également, dans le cadre de
1091
Il s’agit en effet de la loi n°2004/16 du 22 juillet 2004 portant création, organisation et fonctionnement de
la Commission Nationale des Droits de l’Hommes et des Libertés.
1092
V. art.2 de la loi n°2004/16 du 22 juillet 2004 précitée.

384
l’accomplissement de ses missions, convoquer toute partie pour audition et même demander à
l’administration concernée une étude ou un rapport sur la question qui lui est soumise. Son
intervention peut consister en la défense des intérêts des victimes de l’inexécution.

En outre, l’un des moyens d’action non moins important dont dispose ladite
Commission réside dans le fait que celle-ci peut aussi user de la médiation et de la
conciliation entre les parties1093, afin de pouvoir certainement aboutir à l’exécution souhaitée.
Quoi que dépourvue de réels pouvoirs coercitifs, la Commission Nationale des Droits de
l’Homme et des Libertés peut tout de même amener la partie perdante au procès, et
notamment l’administration, à exécuter la décision du juge.

Ceci peut davantage être facilité par la présence effective des différents protagonistes
aux confrontations destinées à la médiation ou à la conciliation. C’est ainsi qu’il est
expressément prévu que toute personne qui, dûment convoquée, refuse de déférer aux
convocations de la Commission, est passible des peines de l’article R 370 du Code Pénal1094.
En considération de leurs qualités respectives, ces personnes peuvent également faire l’objet
des sanctions pécuniaires, et même disciplinaires.

SECTION 2 : LES SANCTIONS PECUNIAIRES ET DISCIPLINAIRES

Comme nous l’avons indiqué précédemment, l’administration, mieux encore l’Etat, est
une personne morale, et par conséquent une fiction juridique qui n’agit que par le biais des
personnes physiques interposées. Ces dernières sont donc chargées, dans leurs missions
quotidiennes, d’assurer, entre autre, la mise en œuvre effective des décisions rendues par le
juge administratif. Cela étant, et compte tenu du fait qu’une norme juridique n’est d’autant
plus obligatoire que pour autant qu’elle est assortie de sanction, les agents publics peuvent se
voir infliger des sanctions pécuniaires (paragraphe I) et disciplinaires (paragraphe II) lorsque
l’inexécution des décisions de justice leur est imputable.

PARAGRAPHE I : LES SANCTIONS PECUNIAIRES

Plus que par le passé, les agents publics sont désormais tenus d’observer
scrupuleusement leurs obligations statutaires et professionnelles. Les manquements à celles-ci
sont sanctionnés sur le plan disciplinaire. Mais, cela ne semble pas suffisant. Lorsque, par leur
faute personnelle, ils font engager la responsabilité de l’Etat, avec pour conséquences les
1093
V. art.3 de la loi n°2004/16 précitée.
1094
V. art.28 al.1 de la loi sus indiquée.

385
dépenses supplémentaires des deniers publics, il est de bon aloi que leur responsabilité
pécuniaire soit mise en jeu. M. Henri JACQUOT y voit là un excellent moyen en vue de
procéder à une véritable moralisation de la fonction publique1095. Mais dans le cadre de notre
recherche, nous avons choisi volontairement de nous appesantir uniquement sur le cas
particulier des comptables publics et des autres agents dont les missions quotidiennes
consistent au maniement des deniers publics.

En réalité, dans un pays qui, comme le notre, aspire au développement, il est


souhaitable que les deniers publics soient dépensés à bon escient. Pour y parvenir, il serait
logique que les agents publics coupables de fautes personnelles assument pécuniairement les
conséquences dommageables de leurs actes. Dans ce cadre, les sanctions pécuniaires, qui
obéissent à un régime bien déterminé (B), ne peuvent leur être infligées que par certaines
autorités (A).

A- Les autorités investies du pouvoir de sanction

Au Cameroun, il existe principalement trois autorités investies du pouvoir de contrôle


des agents chargés du maniement des deniers publics. Il s’agit des Tribunaux Régionaux des
Comptes, de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême et du Conseil de Discipline
Budgétaire et Financière. Les compétences ainsi attribuées à ces institutions trouvent leurs
fondements textuels dans les lois et règlement en vigueur.

En effet, l’article 9 alinéa 1 de la loi n°2006/017 du 29 décembre 20061096 donne


compétence au Tribunal Régional des Comptes, et ceci sous réserve des attributions de la
Chambre des Comptes, pour contrôler et statuer sur les comptes publics des collectivités
territoriales décentralisées de son ressort et de leurs établissements publics. Quant à la loi
n°2003/005 du 21 avril 2003, elle dispose que la Chambre des Comptes contrôle et juge les
comptes ou les documents en tenant lieu, des comptables publics patents ou de fait de l'Etat et
de ses établissements publics, des collectivités territoriales décentralisées et de leurs
établissements publics, ainsi que des entreprises du secteur public et parapublic1097.

1095
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.137.
1096
Il s’agit de la loi n°2006/017 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation, les attributions et le
fonctionnement des tribunaux régionaux des comptes.
1097
[Link].2 alinéa 1 de la loi n° 2003/005 du 21 avril 2003 fixant les attributions, l'organisation et le
fonctionnement de la chambre des Comptes de la Cour Suprême.

386
S’agissant particulièrement des ordonnateurs, l’article 2 alinéa 2 du décret n°2008/028
du 17 janvier 20081098 dispose en substance que le Conseil de Discipline Budgétaire et
Financière est compétent pour sanctionner les irrégularités et fautes de gestion commises par
les ordonnateurs et gestionnaires des crédits de l’Etat, des collectivités territoriales
décentralisées, des entreprises et organismes publics et parapublics et toute autre personne
agissant en cette qualité.

Sous d’autres cieux, et notamment en France, le législateur a prévu dans la loi du 16


juillet 1980 précitée, que le fonctionnaire devant procéder à l’exécution peut être traduit
devant la Cour de discipline budgétaire et financière en vue de sa condamnation à une
amende1099, dont le montant peut atteindre celui de son traitement annuel. Le même principe
avait été adopté en Allemagne où, dès 1960, le législateur avait opté pour l’application des
règles contenues dans le code de procédure civile, permettant au tribunal administratif de
première instance de mettre en demeure l’autorité administrative d’exécuter la décision de
justice, sous peine d’avoir à verser une astreinte et même, en cas de désobéissance,
d’ordonner les mesures d’exécution forcée qui s’imposent1100.

En tout état de cause, qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre institution, que le mis en
cause soit un comptable public ou un ordonnateur, les sanctions qui peuvent leur être infligées
obéissent sensiblement au même régime.

B- Le régime des sanctions

L’article 48 de la loi n°2003/005 du 21 avril 2003 dispose en substance que le


comptable public est présumé responsable personnellement et pécuniairement des défauts
comptables constatés dans ses comptes, de l'exercice des contrôles prévus par les lois et
règlements, du recouvrement des recettes et du paiement des dépenses régulièrement
justifiées, de la conservation des fonds et valeurs, du maniement des fonds et mouvements de
disponibilités, ainsi que de la tenue de la comptabilité de son poste1101.

L’article 7 de cette loi dispose également en substance que la Chambre des Comptes
contrôle et juge les comptes des comptables publics, déclare et apure les comptabilités de fait
1098
Décret n°2008/028 du 17 janvier 2008 portant organisation et fonctionnement du Conseil de Discipline
Budgétaire et Financière.
1099
CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome I, [Link]., P.821.
1100
FROMONT (M.), « L’exécution des décisions du juge administratif en droit français et allemand », [Link],
P.247.
1101
[Link].48 (1) de la Loi n°2003/005 du 21 avril 2003 précitée.

387
et prononce les condamnations à l'amende, dans les conditions fixées par la présente loi. Pour
sa part, l’article 2 du décret n°2008/028 du 17 janvier 20081102 dispose en substance que le
Conseil de Discipline Budgétaire et Financière est chargé de prendre des sanctions à
l’encontre des agents publics, patents ou de fait, coupables des irrégularités et fautes de
gestion commises dans l’exercice de leurs fonctions, irrégularités et fautes ayant eu pour effet
de porter préjudice aux intérêts de la puissance publique. Le Conseil qui statue par
décision1103, peut infliger des sanctions pécuniaires à l’ordonnateur mis en cause1104. Bien que
ce décret n’indique pas expressement la typologie de ces sanctions pécuniaires, l’on doit se
référer à la pratique pour constater qu’il s’agit des amendes.

Au regard de ce qui précède, il est constant que l’inexécution d’une décision de justice
peut causer un préjudice financier à l’Etat, notamment en cas de recours de l’administré
bénéficiaire de ladite décision. Il s’avère donc logique que l’Etat puisse se retourner contre
son agent fautif pour le sanctionner. Il n’est pas question ici de l’action récursoire telle que
présentée ci-dessus. Il s’agit en effet d’imposer à cet agent une obligation de contribution à la
dette ainsi générée1105. A cet égard, la principale sanction pécuniaire susceptible d’être
infligée aux agents publics responsables de cette inexécution est l’amende. Les modalités de
paiement de cette amende sont précisées par la loi n°2003/005 du 21 avril 2003 précitée,
laquelle dispose en son article 61 que les amendes sont assimilées aux débets des comptables
publics quant aux modes de recouvrement, de poursuites et de remise.

En effet, il est de principe qu’une amende peut être infligée à un ordonnateur ou à un


comptable public, en cas de faute de gestion ou de défaut comptable dûment constaté par
l’autorité ou l’organe compétent. Il en va ainsi généralement lorsque les agissements de ces
agents ont crée un déficit dans les caisses du trésor public. Partant de là, nous pensons qu’en
toute logique, une amende devrait également leur être infligée en cas d’excédent au moment
de l’arrêté d’un compte, tout au moins si l’on en vient à établir que cet excédent aurait dû être
utilisé pour l’exécution d’une condamnation pécuniaire. Dans de telles conditions, la sanction
est d’autant plus justifiée que le comptable public qui aurait refusé de payer ladite dépense, ou
alors l’ordonnateur qui ne l’aurait pas ordonnancé, alors même que les crédits nécessaires
étaient disponibles, sont les principaux responsables de la condamnation pécuniaire qui n’a
pas reçu exécution.
1102
[Link].2 alinéa 1 du décret n°2008/028 du 17 janvier 2008 précité.
1103
[Link].2 alinéa 3 du décret n°2008/028 du 17 janvier 2008 précité.
1104
V. art.17 alinéa 2 du décret n°2008/028 du 17 janvier 2008 précité.
1105
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.256.

388
Par ailleurs, il peut également s’agir, dans une certaine mesure, de l’arrêté de débet
signé par le Ministre des Finances, à la suite de l’arrêté constatant le défaut comptable et
engageant la responsabilité pécuniaire et personnelle du comptable1106. En réalité, l’article 39
du décret n°78/470 du 30 novembre 19781107 autorise le Ministre des Finances à prendre les
arrêtés de débet et à émettre contre les comptables publics indélicats, des ordres de
reversement. Aux termes de l’article 40 du même texte, ces actes doivent être immédiatement
transmis au Ministre chargé de l’inspection générale de l’Etat qui, à l’occasion, peut les
confirmer, les réformer ou les abroger, après consultation du Conseil de Discipline Budgétaire
et Comptable. Une procédure similaire est prévue pour les ordonnateurs1108. Les arrêtés de
débet ont force exécutoire. Ils sont aussi sans préjudice sur les éventuelles sanctions
disciplinaires encourues par les agents publics défaillants.

PARAGRAPHE II : LES SANCTIONS DISCIPLINAIRES

Il faut relever ici que la mise en œuvre de la chose jugée fait partie des matières
relevant du domaine de la compétence liée. Les sanctions disciplinaires ou administratives
relatives à la manière de servir des fonctionnaires et autres agents publics sont généralement
soumises à une procédure disciplinaire dont elles constituent l’aboutissement1109. Ces
sanctions disciplinaires, dont on distingue plusieurs types (B), ne peuvent être infligées qu’à
des personnes bien déterminées (A).

A- Les personnes visées

Tous ceux qui, à quelque titre que ce soit, sont chargés, dans le cadre ou à l’occasion
de l’exercice de leurs fonctions, d’assurer l’effectivité de la chose jugée en accomplissant les
opérations qu’elle impose, et qui relèvent de leur compétence, sont susceptibles de se voir
infliger des sanctions disciplinaires en cas de défaillance. A ce sujet d’ailleurs, l’article 181-1
du Code Pénal qui prévoit et réprime le refus d’exécuter une décision de justice devenue
définitive, dispose en son alinéa 2 in fine que « les poursuites pénales ne font pas obstacle
aux poursuites disciplinaires lorsque le contrevenant est un fonctionnaire au sens de
l’article 131 du présent Code ».

1106
BILONG (S.), Responsabilité de la puissance publique et compétence du juge …, [Link]., P.415.
1107
Il s’agit du décret relatif à l’apurement des comptes et à la sanction des responsabilités des comptables.
1108
Voir dans ce sens la loi n°74/18 du 05 décembre 1974 relative au contrôle des ordonnateurs, gestionnaires
et gérants des crédits publics et des entreprises d’Etat.
1109
KAMTO (M.), « La chose publique », [Link]., P.13.

389
Il s’agit notamment des agents publics, peu importe qu’ils soient soumis à un régime
de droit public ou de droit privé, étant donné que le personnel de l’administration est soumis à
des statuts divers et variés1110. La notion d’agent d’une personne morale de droit public doit
être entendue ici dans son sens le plus large. Elle englobe donc toutes les personnes agissant
au nom et pour le compte de l’Etat ou des autres personnes morales de droit public.

Dans cette catégorie, on y retrouve les fonctionnaires au sens littéral et les auxiliaires
de l’administration qui sont dans une situation statutaire de droit public. Il y a également les
agents de l’Etat relevant du code du travail, communément appelés contractuels
d’administration, les décisionnaires et les journaliers qui sont pourtant soumis à un régime de
droit privé. Ce qui importe, c’est qu’il s’agisse des personnes physiques par le biais desquelles
l’administration publique agit.

Aussi citera-t-on, non seulement les fonctionnaires de faits1111 et les personnels


permanents, mais également les collaborateurs occasionnels ; que cette collaboration ait été
autoritaire, c’est-à-dire par voie de réquisition1112, ou au contraire volontaire. Il en va de
même des temporaires saisonniers ou tout simplement des bénévoles ponctuels1113. Tous ces
agents sont soumis aux mêmes types de sanction.

B- Les types de sanction

En fonction de la gravité de la faute, plusieurs sanctions disciplinaires1114 sont


envisageables à l’encontre des fonctionnaires et autres agents publics. Mais, celles-ci ne
peuvent cependant leur être infligées que dans le strict respect des garanties relatives à la
procédure disciplinaire1115. Le cas échéant, les personnes concernées sont les agents publics
responsables de l’inexécution d’une décision de justice. Pour des raisons plus ou moins

1110
JACQUOT (H.), « Le contentieux administratif au Cameroun », [Link]., P.135.
1111
Sur cette notion, voir CCA, Arrêt n°224 du 27 mars 1953, Dame CIVRA contre Administration du Territoire ;
CFJ/AP, Arrêt n°4/CFJ/AP du 04 novembre 1965, Dame KIEFFER Marguerite contre Etat du Cameroun.
1112
Voir dans ce sens CCA, arrêt n°28/CCA du 11 septembre 1950, NLEM MBOMEZOM contre Administration
du Territoire.
1113
BILONG (S.), Mémento de la jurisprudence administrative du Cameroun, [Link]., P.18.
1114
Sur le régime disciplinaire dans la fonction publique, lire LEKENE DONFACK (E. C.), « Une réforme
fondamentale sous influence : le nouveau statut général de la fonction publique du Cameroun », Revue
Juridique Africaine, 1994, PP.56, puis 74 à 79.
1115
ECHEMOT (L.), La protection du fonctionnaire en droit camerounais, [Link]., P.23 et SS.

390
justifiées, notre analyse s’intéressera particulièrement à celles qui sont prévues pour les agents
de l’Etat relevant du Code du Travail et les fonctionnaires1116.

Relativement aux premiers cités, l’article 9 du décret n°78/484 du 09 novembre 1978,


fixant les dispositions communes applicables aux agents de l’Etat relevant du code du travail,
dispose en substance que tout manquement à ses obligations professionnelles entraîne pour le
travailleur 1’une des sanctions disciplinaires suivantes, selon la gravité de la faute :
l’avertissement, le blâme, la mise à pied de 1 à 8 jours, le retard à l’avancement de 1 à 2 ans et
le licenciement. Les trois premières sanctions sont infligées par l’autorité hiérarchique investi
du pouvoir disciplinaire, tandis que les autres ne peuvent être prononcées que par l’autorité
ayant pouvoir de recrutement. Le même texte dispose en outre qu’avant toute sanction, sauf le
cas d’une condamnation judiciaire devenue définitive, le travailleur doit être admis à se faire
justifier. A cette fin, dès que la faute est constatée, une demande d’explication écrite est
adressée à l’intéressé. Dans tous les cas, les sanctions sont toujours motivées et notifiées par
écrit1117.

S’agissant des fonctionnaires, l’article 92 du statut général de la fonction publique


dispose que « le fonctionnaire est soumis à un ensemble de règles et d’obligations dont la
violation constitue une faute et l’expose à une sanction disciplinaire ». La faute dont s’agit
ici peut être professionnelle ou extra-professionnelle. Mais dans le cadre de notre étude, seule
la première catégorie peut faire l’objet d’une sanction disciplinaire. D’après l’article 93 alinéa
2 du même texte, « La faute professionnelle est notamment un manquement par action,
inaction ou négligence, aux devoirs et obligations auxquels est assujetti le
fonctionnaire »1118. A l’analyse de cette disposition textuelle, il semble évident que lorsque
les conditions sont réunies, le fonctionnaire commet une faute professionnelle en ne faisant
pas produire son plein effet à une décision de justice dont l’exécution lui incombe. En pareille
circonstance, l’agent public défaillant peut donc se voir infliger une sanction disciplinaire1119.

L’article 94 du texte précité répartit en quatre groupes les sanctions disciplinaires


susceptibles d’être infligées au fonctionnaire1120. Celles du premier groupe ont vocation de

1116
Il s’agit ici des fonctionnaires au sens de l’article 3 du statut général de la fonction publique.
1117
V. art.9 du décret n°78/484 du 09 novembre 1978, fixant les dispositions communes applicables aux agents
de l’Etat relevant du code du travail.
1118
V. art.93 alinéa 2 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 précité.
1119
Sur la notion de sanction disciplinaire, lire CHAPUS (R.), Droit administratif général, Tome II, [Link]., P.338
et ss.
1120
V. art.94 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 sus visé (SGFPE).

391
rappel à l’ordre. Elles comprennent l’avertissement écrit et le blâme avec inscription au
dossier. L’avertissement écrit est une mise en garde adressée à un fonctionnaire, lui intimant
l’ordre d’assumer ses obligations professionnelles conformément aux textes en vigueur. Quant
au blâme avec inscription au dossier, il est une réprobation faite à un fonctionnaire contre
lequel des griefs sont relevés dans sa manière de servir et dans son comportement1121.

Dans le deuxième groupe, ces sanctions ont, sur le fonctionnaire, une incidence
financière et morale. On y retrouve le retard à l’avancement pour une durée d’un an et
l’abaissement d’un ou de deux échelons au plus. Le retard à l’avancement concerne
l’avancement d’échelon, de classe ou de grade. Sa durée prend effet à compter de la date à
laquelle le fonctionnaire qui en est frappé réunit toutes les conditions requises pour être
avancé. Pour sa part, l’abaissement d’échelon retire au fonctionnaire un ou deux échelon (s)
au plus1122.

Les sanctions du troisième groupe affectent la position du fonctionnaire soit dans son
service, soit dans son corps1123. Elles comprennent l’abaissement de classe, l’abaissement de
grade et l’exclusion temporaire du service pour une durée n’excédant pas six mois.
L’abaissement de classe ou de grade consiste à ramener le fonctionnaire à la classe ou au
grade immédiatement inférieur, à la condition qu’il n’en résulte, ni changement de grade pour
cause d’abaissement de classe, ni changement de cadre pour cause d’abaissement de grade.
Pour ce qui est de l’exclusion temporaire du service, elle emporte suspension de la
rémunération du fonctionnaire en cause pour toute la durée de la sanction, à l’exclusion, le cas
échéant, des prestations familiales. Elle n’interrompt pas le paiement des cotisations pour
pension1124.

Quant au quatrième groupe, il marque la rupture entre la fonction publique et le


fonctionnaire. Il s’agit uniquement ici de la révocation qui est une mesure d’exclusion
définitive du fonctionnaire du corps auquel il appartient. Parmi les causes pouvant donner lieu
à cette lourde sanction, il y a la condamnation pour une infraction ayant entrainé une peine
d’emprisonnement de six mois1125. C’est dire que le fonctionnaire à qui l’inexécution d’une
décision de justice est imputable, et dont la responsabilité pénale a été engagée, puis établie
sur ce fait, pour refus d’exécuter une décision de justice devenue définitive, abus de fonction,
1121
V. art.97 du SGFPE.
1122
V. art.98 du SGFPE.
1123
LEKENE DONFACK (E. C.), « Une réforme fondamentale sous influence … », [Link]., P.74.
1124
V. art.99 du SGFPE.
1125
LEKENE DONFACK (E. C.), « Une réforme fondamentale sous influence … », [Link]., P.76.

392
refus d’un service dû ou emploi illégal de la force, court le risque de se voir révoquer de la
fonction publique si, en répression de sa faute, le juge pénal lui inflige une peine
d’emprisonnement telle qu’indiquée ci-dessus.

393
CONCLUSION DU CHAPITRE II

Ce chapitre nous a permis de démontrer que le mauvais vouloir de l’administration


publique camerounaise, relativement à l’exécution des décisions de justice, peut être dompté
par certaines techniques coercitives.

Il s’agit, d’une part, de l’usage des moyens de pression, lesquels vont de la contrainte
administrative à la contrainte morale. Le premier type de contrainte renvoie à divers recours
administratifs, soit internes, c’est-à-dire les recours hiérarchique ou de tutelle, soit externes,
notamment à travers la saisine des autorités administratives indépendantes dont les missions
et les pouvoirs sont bien déterminés. Quant au second type, il permet de dissuader les velléités
d’inexécution par les menaces publicitaires, ainsi que la dénonciation auprès de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés, ce d’autant plus qu’il a été
démontré que le droit à l’exécution des décisions de justice fait partie intégrante des droits de
l’homme.

Il s’agit, d’autre part, des sanctions pécuniaires et disciplinaires susceptibles d’être


infligées aux agents publics responsables de l’inexécution d’une décision de justice. Pour ce
qui est des premières, elles obéissent à un régime bien défini et ne peuvent être prononcées
que par des autorités limitativement énumérées. S’agissant des secondes, elles sont de
plusieurs types et visent tous les agents publics en général, peu importe leur statut. Ces
sanctions exercent, par leur seule existence, une pression énorme sur les agents publics, ce
d’autant plus que par peur de représailles, ces derniers seront plus enclin à tout mettre en
œuvre pour que les décisions rendues par le juge soient entièrement exécutées, bien
évidemment lorsque cette exécution relèvent de leur compétence.

394
CONCLUSION DU TITRE II

Au terme de ce titre consacré aux mécanismes non juridictionnels d’exécution


provoquée, nous en avons distingué essentiellement deux tout au long de notre analyse. Il
s’est agit, d’une part, des techniques de collaboration dont l’examen nous a permis de faire le
distinguo entre l’exécution des décisions d’annulation et celles relatives aux condamnations
pécuniaires. Ainsi, la corrélation entre l’administré, la juridiction administrative et
l’administration active peut amener cette dernière à demander des éclaircissements sur les
conséquences découlant de la décision à exécuter. De même, l’administré peut également
demander au juge de l’aider à faire exécuter la décision rendue à son profit. Le juge quant à
lui a la faculté de renvoyer le requérant devant l’administration pour faire ce que de droit.
L’exécution des condamnations pécuniaires commande, pour sa part, que les crédits
budgétaires susceptibles d’être affectés à de telles dépenses soient prévus au moment de la
préparation et de l’adoption du projet de loi de finances. Le cas échéant, le paiement ne peut
s’effectuer que suivants certaines modalités.

Il s’est agit, d’autre part, des techniques de coercition. Celles-ci se traduisent parfois
par l’usage des moyens de pression consistant en la contrainte tant administrative que morale.
Lorsque ces moyens s’avèrent inefficaces, des sanctions pécuniaires et disciplinaires peuvent
être infligées aux agents publics responsables de l’inexécution.

395
CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE

Compte tenu du fait que les voies d’exécution forcées ne sont pas envisageables contre
l’administration, l’on ne peut que l’inciter à exécuter une décision de justice, particulièrement
dans les hypothèses où elle ne le fait pas spontanément. Vu sous cet angle, notre analyse a
porté essentiellement sur les mécanismes juridictionnels et non juridictionnels d’incitation de
l’administration, en vue de l’amener à exécuter les décisions rendues par le juge administratif.

S’agissant des mécanismes juridictionnels, il a été question pour nous de démontrer


que toute personne lésée par l’inexécution d’une décision de justice peut derechef saisir le
juge administratif d’un recours en annulation ou en indemnisation pour violation de la chose
jugée. Ainsi saisi de conclusions en ce sens, le juge peut, dans certains cas, user des pouvoirs
coercitifs dont il dispose pour enjoindre l’administration à exécuter la décision dont s’agit.
Bien qu’il n’ait pas encore une position définitivement tranchée sur l’existence, à son profit
d’un réel pouvoir d’injonction, le juge administratif camerounais refuse, jusqu’à ce jour,
d’assortir ses décisions d’astreinte contre l’administration.

Si d’aventure un tel pouvoir lui était même expressément conféré, cela ne garantirait
pas l’exécution des décisions de justice par l’administration. Pour ce motif, nous avons pensé
qu’il était plus indiqué de mettre en jeu la responsabilité des auteurs de l’inexécution. A cet
effet, peuvent ainsi être engagées, la responsabilité de l’administration pour violation de la
chose jugée sur le fondement de la faute ou de la voie de fait administrative, et la
responsabilité personnelle des agents publics défaillants sur les plans civil et pénal.

Relativement aux mécanismes non juridictionnels, il y a, d’une part, les techniques de


collaboration entre les différents protagonistes. Le modus operandi de ces techniques varie
selon qu’il s’agit de l’exécution d’une décision d’annulation ou d’une condamnation
pécuniaire. On a, d’autre part, les techniques de coercition qui se matérialisent par l’usage des
moyens de pression destinés à amener l’administration à s’exécuter ou à la dissuader de toute
velléité d’inexécution. A ces moyens s’ajoutent également les sanctions pécuniaires et
disciplinaires susceptibles d’être infligées aux agents publics auxquels l’inexécution est
imputable.

396
CONCLUSION GENERALE

397
Que dire en définitive ? Sinon que notre analyse, portant sur la réponse à la question
de savoir quelles sont les formes d’exécution, par l’administration, des décisions du juge
administratif, s’est construite autour de deux principaux axes polaires. L’un renvoi à
l’exécution spontanée des décisions du juge administratif par l’administration, tandis que
l’autre est relatif à l’exécution provoquée, à travers les mécanismes d’incitation et de
contrainte, notamment lorsqu’il s’avère que l’administration ne veut ou ne peut le faire
volontairement.

Premièrement, lorsque l’administration décide d’exécuter spontanément les décisions


rendues par le juge administratif, elle se doit de suivre rigoureusement la procédure prévue à
cet effet, laquelle s’achoppe parfois sur certaines entraves qui annihilent sa bonne volonté.

S’agissant de la procédure d’exécution, des formalités préalables se doivent d’être


accomplies avant que l’administration ne mette en œuvre la décision du juge, notamment à
travers la matérialisation de l’exécution par des actes concrets. Les formalités préalables à
l’exécution renvoient à certains actes qu’il faut accomplir avant d’envisager la mise en œuvre
de la décision. Il s’agit d’abord de la notification de la décision à exécuter, laquelle
notification est une exigence légale qui a pour objectif principal de porter la décision dont
s’agit à la connaissance de toutes les parties et de déclencher également le compte à rebours
des délais des voies de recours. Ensuite, la décision rendue doit être revêtue de la formule
exécutoire dont le contenu a varié au fil des temps. Cette formule a pour conséquence de
rendre la décision exécutoire et opposable aux tiers. Pour ce qui est de l’exécution proprement
dite, elle est matérialisée par la mise en œuvre concrète des règles édictées dans la décision.
L’administration réalise alors l’exécution différemment, selon qu’il s’agit d’une décision
d’annulation d’un acte administratif ou de condamnation pécuniaire.

Quant aux entraves auxquelles se heurte la spontanéité de l’administration, celles-ci


sont tantôt imputables à cette dernière, tantôt extérieures à elle. Parlant des obstacles
volontaires et donc imputables à l’administration, il y a le refus de s’exécuter, lequel peut être
manifeste ou déguisé. Le refus manifeste se traduit par certaines attitudes facilement
observables chez l’administration. Il peut s’agir de la mauvaise foi de laquelle découlent les
lenteurs dans l’exécution, la mauvaise exécution ou encore le refus pure et simple qui peut-
être silencieux ou exprimé. Il peut également s’agir de l’entêtement ou l’obstruction à
l’exécution à travers notamment la reprise de l’acte annulé, voire l’édiction des mesures
contraires à ce qui a été décidé par le juge. En ce qui concerne le refus déguisé, il renvoie en

398
réalité aux moyens dont l’administration se sert pour contourner l’autorité de la chose jugée.
On peut citer entre autre le recours aux validations législatives et le prétexte du maintien de
l’ordre public qui s’éloigne très peu de la théorie des circonstances exceptionnelles et qui
influence considérablement l’exécution des décisions de justice.

S’agissant des obstacles extérieurs à l’administration active, les uns sont relatifs aux
difficultés juridico-matériels d’exécution. Ces difficultés sont de deux ordres : il y a, d’une
part, le problème des dotations budgétaires et, d’autre part, l’impossibilité matérielle
d’exécution suscitée par la rétroactivité des annulations contentieuses et la complexité que
pose le rétablissement du statu quo ante. Les autres obstacles relèvent par contre du
développement des immunités d’exécution au profit de la puissance publique. L’ennui ici naît
de la restriction des pouvoirs du juge administratif au regard de l’interdiction qui lui est faite
de s’immiscer dans l’action administrative. L’on peut également relever la prohibition qui lui
est faite d’user de la contrainte à l’égard de l’administration, laquelle ne peut faire l’objet des
voies d’exécution forcée de droit commun, comme le serait un particulier.

En second lieu, l’exécution dont s’agit peut être simplement provoquée, et dans ce cas
plusieurs mécanismes peuvent être mis en œuvre dans le but de briser la résistance d’une
administration qui s’obstine à exécuter les décisions de justice, avec pour finalité de l’amener,
ou même de la contraindre à s’y soumettre. Nous avons trouvé qu’il était convenable de les
subdiviser en deux grands groupes, afin de pouvoir les examiner sur les plans juridictionnels
et non juridictionnels.

Relativement aux mécanismes juridictionnels, nous avons démontré que le requérant


dont les droits ont été lésés par l’inexécution d’une décision qui lui est favorable, a la
possibilité de recourir à la contrainte juridictionnelle, en saisissant à nouveau soit le juge
administratif d’un recours pour excès de pouvoir ou de pleine juridiction, soit le juge
judiciaire, lorsqu’il s’avère que l’inexécution a constitué une voie de fait administrative. Une
fois saisi, le juge administratif pourra user des pouvoirs coercitifs dont il dispose, notamment
en adressant des injonctions à l’administration, même comme il s’est toujours refusé, jusqu’à
présent, d’assortir ses décisions d’astreinte. Par ailleurs, la responsabilité des auteurs de
l’inexécution peut également être engagée. Ainsi se trouvera mise en jeu, selon les cas, la
responsabilité de l’administration pour violation de la chose jugée et la responsabilité
personnelle de l’agent public défaillant sur les plans civil et pénal.

399
Concernant les mécanismes non juridictionnels, il est généralement fait allusion soit
aux techniques de collaboration, soit aux techniques de coercition. Les premières renvoient
tantôt aux rapports entre l’administration et le juge administratif, tantôt aux relations entre le
requérant et les administrations qui interviennent dans la procédure d’exécution. Quant aux
secondes, elles permettent de recourir à la contrainte, soit en saisissant les autorités
administratives indépendantes ayant le pouvoir d’enjoindre l’administration à s’exécuter, soit
alors en faisant recours à la contrainte publicitaire notamment en menaçant de mentionner la
résistance de l’administration dans les rapports publics. Et lorsque celle-ci persiste dans son
refus, les agents publics chargés d’exécuter la décision peuvent se voir infliger des sanctions
pécuniaires et disciplinaires.

Au demeurant, nous pouvons dire, en ce moment où nous mettons définitivement un


terme à notre analyse, que le fait pour l’administration de méconnaitre les décisions rendues
par le juge administratif, est un phénomène réel qui ne peut cependant manquer d’étonner ou
de scandaliser. Le fameux « Huron » du Pr. Jean RIVERO, apprenant les limites du recours
pour excès de pouvoir, s’exclamait alors : « Nous autres, bons sauvages, nous sommes des
esprits simples : nous pensons que la justice est faite pour le justiciable, et que sa valeur se
mesure en terme de vie quotidienne. Ce n’est pas le développement du droit qui nous
intéresse, c’est la protection efficace qu’en tire le particulier. Je pensais que votre grand
recours lui assurait cette protection. Ai-je fait un si long voyage pour apprendre qu’il n’en
est rien ? »1126.

En vérité, le recours pour excès de pouvoir ne peut vaincre la mauvaise volonté ou


l’inertie d’une administration qui s’obstine à exécuter les décisions du juge administratif. La
puissance publique, qui a pourtant l’obligation d’exécuter la chose jugée, ne le fait très
souvent que de manière volontaire. Elle est supposée être "honnête homme", c’est-à-dire
empreinte d’une grande moralité, sans qu’il soit besoin de lui dicter son devoir ou de la forcer
à le respecter. Mais, n’est-ce pas là une attitude faisant montre d’une grande confiance à ce
qui n’est qu’une entité juridique ? Le malheur à ce niveau provient du fait que l’Etat n’existe
pas en tant qu’être pourvu de qualités morales. La moralité dont s’agit ne peut être que le fait
des gouvernants ou des fonctionnaires, bref le fait des agents publics, personnes physiques
interposées, par le biais desquels l’Etat agit.

1126
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.40.

400
Fiers de défendre l’intérêt général contre les intérêts particuliers, nourris dans la
condescendance à l’égard d’un juge administratif qui, dit-on, ne peut ni leur intimer des
ordres, ni se substituer à eux, ces agents publics croient trop souvent qu’un "honnête homme"
peut et doit tenir en échec les décisions de justice qui le condamnent. C’est ainsi que
l’administration publique camerounaise se comporte parfois comme si elle disposait d’un
pouvoir discrétionnaire lui permettant d’apprécier les décisions rendues par le juge
administratif, en faisant une distinction entre, d’une part, celles qu’elle exécutera
normalement et spontanément et, d’autre part, celles qui doivent demeurées lettre morte1127.
Dans cette dernière hypothèse, l’administration publique se comporte ainsi comme une sorte
de troisième degré de juridiction se prononçant sur la question de l’exécution des décisions de
justice. Ce qui est fort curieux !

Mais quoique l’on puisse dire, le caractère volontaire de l’exécution des décisions du
juge administratif, par l’administration, nous parait demeurer la règle générale, à laquelle
peuvent s’adjoindre les voies et moyens visant à corriger l’impasse du droit administratif, que
peut constituer incontestablement la mauvaise volonté de l’administration publique, tout au
moins dans certaines circonstances, bien que parfois isolées.

La problématique axée sur les formes d’exécution des décisions du juge administratif
par l’administration publique camerounaise, nous a également permis de jeter un regard
futuriste sur le devenir de la juridiction administrative qui mérite une cure de jouvence, dans
le but d’accroitre son efficacité. L'impuissance du juge administratif ayant ainsi été constatée,
une réforme est plus que d'actualité, afin d'amener, et même d’obliger l'administration à
exécuter les décisions rendues par celui-là, qui est un juge à part entière, et même entièrement
à part.

La justice administrative a ceci de particulier qu'elle concerne presque toujours la


puissance publique, ou ses démembrements agissant le plus souvent pour son compte. Il est
désormais un truisme que le problème de la soumission des personnes morales de droit public,
et notamment l’administration publique, aux décisions de justice, reste quasi entier au
Cameroun1128. De ce fait, tant que la responsabilité de l'inexécution d'un jugement ou d’un
arrêt n'est pas localisée au niveau d'un rouage administratif précis et d'une personne bien
définie, très souvent la justice administrative demeurera un vain mot.

1127
Il n’y a qu’à voir, à titre illustratif, la Lettre Circulaire n°00219//L/10/MINUH/A000 du 10 août 2004
relative à l’exécution des décisions de justice, pour se convaincre de ce genre d’attitude.
1128
NGWA NFORBIN (E. H.), « Le problème d’inexécution des décisions du Juge Administratif … », [Link]., P.313.

401
Ainsi, le bénéficiaire de la décision pourra toujours se consoler à dire que le juge lui a
donné raison contre l'administration ; le juge pourra, quant à lui, enrichir sa jurisprudence à
l'aide de décisions soigneusement édifiées ; mais l'administration, rebelle au droit, demeurera
la partie sur le bon vouloir de laquelle on devra compter 1129. Sans doute, et c'est fort
réconfortant, toutes les décisions rendues par le juge administratif ne demeurent pas sans
suite, mais, même si statistiquement on parvenait à démontrer que ce n'est que dans une très
faible proportion que l'administration oppose une résistance ou une inertie auxdites décisions,
pour l'observateur, cette rareté, si infinitésimale fût-elle, ne serait pas sans assombrir la
perspective que permet d'espérer l'institution des Tribunaux Administratifs dans notre pays.

Pourtant, « la justice est faite pour le justiciable et sa valeur se mesure en terme de


vie quotidienne »1130. Lorsqu’il décide donc de saisir le juge en vue de la sanction d’une
illégalité, ce n’est pas tant le développement du droit qui l’intéresse, mais plutôt la protection
efficace qu’il en tire à travers notamment l’exécution effective des décisions rendues. Dans ce
sillage, M. Jean FOYER, ancien Garde des Sceaux français, déclarait en 1977 : « Il est très
jolie de posséder la justice administrative la plus perfectionnée du monde … mais si
l’administration ne respecte pas les décisions de justice, cette prétendue construction n’est
au fond qu’une affreuse hypocrisie »1131.

Evidemment, le contentieux administratif présente, dans sa mise en œuvre, une sorte


de clair-obscur que personne ne peut se permettre de contester. Comme Janus, il a une double
face, dont l’une cache une réalité très souvent moins brillante pour l’administré. Jusqu’à nos
jours, le contrôle juridictionnel de l’administration est encore caractérisé par de nombreuses
lacunes et imperfections procédurales1132. Plusieurs d’entre elles se situent au niveau de
l’exécution des décisions rendues par le juge administratif, alors même qu’il est avéré que
celui-ci ne peut sereinement et effectivement remplir la mission qui lui est assignée que si
lesdites décisions sont suivies d’effet. Dans le cas contraire, tout ne serait que faux-semblant,
en apparence de légalité1133. Or l’effectivité des décisions du juge administratif constitue bel
et bien un fondement de l’Etat de droit.

1129
BENABDALLAH (M. A.), « L’astreinte contre l’administration », [Link]., P.246.
1130
RIVERO (J.), « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours … », [Link]., P.40.
1131
FOYER (J.) cité par KALCK (P.), Tribunaux Administratifs et Cours Administratives d’Appel, [Link]., P.265.
1132
OBERDORFF (H.), L'exécution par l'administration des décisions du juge administratif, [Link]., P.19.
1133
Ibid.

402
Pendant longtemps, la doctrine, sous le charme du prestigieux recours pour excès de
pouvoir, ne se préoccupait que très peu des suites d’une décision de justice pour le justiciable.
Malgré cela, et contrairement à ce qu’affirmait le Pr. Roger-Gabriel NLEP1134, nous pensons
que l’appel n’est plus la voie d’achèvement du procès administratif. A notre avis, seule
l’exécution de la décision rendue marque le dénouement de la procédure administrative
contentieuse. Allant dans ce sens, certains auteurs y ont vu en cette exécution un « nécessaire
prolongement du procès »1135. Dans le même sillage, le Doyen Maurice KAMTO semble
renvoyer la notion de procédure au concept de procès et l’appréhende comme étant
« l’ensemble des règles, des formalités qui doivent être observées, des actes qui doivent être
accomplis pour parvenir à une solution juridictionnelle et la branche du droit qui
détermine ou étudie les règles d’organisation judiciaire, de compétence, d’instruction des
procès, de jugement et d’exécution des décisions de justice »1136.

Le justiciable camerounais est, dans la plupart des cas, ignorant du droit. Dans d’autres
pays encore, il est même plutôt démuni face à la toute puissance du bras séculier de l’Etat.
Mais, cela ne devrait pas être un alibi permettant à l’administration publique camerounaise de
méconnaitre, voire d’outrepasser ses propres obligations. Malheureusement, la réalité est là
bien triste, celle d’une administration très peu sensible au respect de la légalité républicaine.

Comme un oiseau qui a du plomb sous les ailes, la justice administrative camerounaise
aura du mal à prendre véritablement son envol, si rien ne se fait, dans le sens de l’exécution
effective de ses décisions, par l’administration. En réalité, c’est même l’assurance de cette
exécution qui galvanise les potentiels justiciables, car comme l’affirme le Doyen Magloire
ONDOA, « la désertion du prétoire s’explique davantage par … l’incertitude de voir la
décision de justice être effectivement exécutée »1137. Les différentes forces en présence, à
savoir le législateur, le juge administratif, l’administration et les administrés, justiciables
potentiels ou effectifs, auront-elles le courage de prendre en main leurs responsabilités
respectives, afin d’être mieux à même de répondre aux attentes et espoirs placés en eux, à
cette période de réforme de notre justice administrative ? Seul l’avenir nous le dira !

1134
NLEP (R.-G.), L’administration publique camerounaise …, [Link]., P.368.
1135
CABRILAC (R.), FRISSON-ROCHE (M.-A.), REVET (T.) (Sous la direction de …), Libertés et droits
fondamentaux, [Link]., P.643.
1136
KAMTO (M.), Droit administratif processuel du Cameroun, [Link]., P.8.
1137
ONDOA (M.), « Le droit administratif français en Afrique francophone …», [Link]., P.332.

403
BIBLIOGRAPHIE GENERALE

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I- OUVRAGES

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B- LES MEMOIRES

1- ANDONG Anne-Marie, La notification de l’acte administratif unilatéral en droit


camerounais, Mémoire de DEA en droit public, Université de Yaoundé II-Soa, année
académique 2009-2010, 155 P
2- CHEGGARI Karim, La problématique de l'exécution des décisions de justice
rendues contre les collectivités locales au Maroc, Mémoire de Master en Droit des
collectivités locales, Université Mohammed V- SOUISSI, 2010, 53 P.
3- DABAN Valérie, Les procédures permettant aux Tribunaux Administratifs de
remédier à l'inexécution de leurs jugements : La pratique du Tribunal Administratif de

411
PAU, Mémoire de stage, Master 2 - Droit public fondamental, Université de PAU et
des pays de l’ADOUR, Année universitaire 2007-2008, 53 P.
4- ECHEMOT Lazare, La protection du fonctionnaire en droit camerounais, mémoire
de D.E.A. en droit public, Université de Yaoundé II-Soa/FSJP, année académique
2008-2009, 125 P.
5- HOUHOULIDAKI Antonia, L’exécution par l’administration des décisions du Juge
Administratif en droit français et en droit grec, mémoire de D.E.A. en droit public,
Université de Paris I-Sorbonne, 2002, 88 P.
6- MBALLA OWONA Robert, Les délais de distance en contentieux administratif
camerounais, mémoire de D.E.A. en droit public, Université de Douala, 2003-2004,
112 P.
7- MBEYAP KUTNJEM Amadou, Le droit à la justice au Cameroun, mémoire de
D.E.A. en droit de la personne et de la démocratie, Université d'ABOMEY-
CALAVI, Chaire UNESCO des droits de la personne et de la démocratie, 2005, 91 P.
8- MEYNAUD Ariane, La bonne administration de la justice et le Juge Administratif,
mémoire de Master en droit public approfondi, Université de Paris II Panthéon-Assas,
2012, 78 P.
9- MUNYAHIRWE Denys, Du pouvoir exorbitant de l'Etat face à l’exécution forcée
des jugements, Mémoire présenté en vue de l'obtention du Bachelor's degree en Droit,
Université Nationale du Rwanda, janvier 2010, 70 P.
10- NGANSOP NGOUPAYOU Séraphin, Le suivi des décisions du juge de la légalité
administrative au Cameroun, mémoire de D.E.A. en droit public, Université de
Yaoundé II-Soa/FSJP, année académique 2003-2004, 88 P.

III- ARTICLES ET NOTES DE JURISPRUDENCE

A- LES ARTICLES

1- ABA’A OYONO Jean-Calvin, « Chronique du grain de sable dans la fluidité


jurisprudentielle à la chambre administrative du Cameroun », Juridis périodique n°78,
avril-mai-juin 2009, PP.62-74.
2- ABA’A OYONO Jean-Calvin, « La nouvelle révision du droit de la justice
administrative », Revue Africaine des Sciences Juridiques (RASJ), FSJP/UY II, Vol.8,
N°1, 2011, PP.225-266.

412
3- ABANDA ATANGANA Anicet, « Vers une administration au service des
administrés : regard sur l’héritage historique de la fonction sociale de l’administration
publique camerounaise », in 20 propos sur l’administration publique camerounaise
(sous la direction de AMAMA Benjamin), édité par le Ministère de la Fonction
Publique et de la Réforme Administrative du Cameroun, Yaoundé, 2003, PP.3-16.
4- AMSELEK Paul, « Une institution financière en clair-obscur : la règle du service
fait », in mélanges Paul-Marie GAUDEMET, Paris, Economica, 1984, PP. 421-449.
5- BARADUC Elisabeth, « Les prérogatives de la puissance publique pour résister à
l'exécution », Revue des contrats, janvier 2005, n°1, PP. 143-153.
6- BEL John, « Le règne du droit et le règne du juge : vers une interprétation
substantielle de l’Etat de droit » in Etat de droit, Mélanges en l’honneur de Guy
BRAIBANT, Paris, Dalloz, 1996, PP.15-28.
7- BENABDALLAH Mohammed Amine, « Justice administrative et inexécution des
décisions de justice », REMALD, n° 25, 1998, PP. 9-14.
8- Bertrand Mathieu, « Valeur et portée des validations législatives devant le juge
constitutionnel : un nouvel équilibre entre les considérations liées à l’intérêt général et
celles relatives à la garantie des droits ? », RFDA, 1998, PP.148-164.
9- BILONG Salomon, « Le juge judiciaire et la protection civile des fonctionnaires en
droit camerounais », RJPIC, 55ème année, n°2, mai-août 2001, PP.195-206.
10- BILONG Salomon, « Histoire d’une vraie fausse couche d’une garantie du droit
fondamental de propriété : le droit de rétrocession en droit camerounais », Juridis
périodique n°106, avril-mai-juin 2016, PP.80-89.
11- BIPOUN-WOUM Joseph-Marie, « Recherches sur les aspects actuels de la réception
du droit administratif dans les Etats d’Afrique noire d’expression française : le cas du
Cameroun », RJPIC, n°3, juillet-septembre 1972, PP.359-389.
12- BRETON Jean-Marie, « Légalité et Etat de droit : statut et perception du juge de
l’administration », Afrilex, n°3, 2003, PP. 69-97.
13- CHARLOT Patrick, « L'actualité de la notion de "qualité donnant intérêt à agir" »,
RFDA, 1996, n° 3, PP. 481-491.
14- COHEN-TANUGI Laurent, « L’avenir de la justice administrative », Pouvoirs,
n°46, 1988, PP. 13-20.
15- CONAC Gérard, « Le juge et la construction de l’Etat de droit en Afrique
francophone » in Etat de droit, Mélanges en l’honneur de Guy BRAIBANT, Paris,
Dalloz, 1996, PP.105-119.

413
16- COSTA Jean-Paul, « L’exécution des décisions juridictionnelles », Revue
Administrative, 52ème année, numéro spécial, 1999, PP.69-82.
17- DE VISSCHER Charles, « La chose jugée devant la cour internationale de la Haye »,
RBDI, n°1, 1965, PP.5-14.
18- DEBBASCH Roland, « Le juge administratif et l’injonction : la fin d’un tabou », La
Semaine Juridique, Edition Générale, n°16, 17 avril 1996, I, 3924, PP.160-171.
19- DEFFIGIER Clotilde, « Les effets des décisions du juge administratif en Europe »,
RFDA, 2008, PP.234-247.
20- DEWOST Jean-Louis, « L’exécution des décisions du juge administratif », Zbornik
radova Pravnog fakulteta u Splitu, god. 47, 3/2010., PP. 543.-550.
21- FANDJIP Olivier, « Les « citations directes » en droit camerounais du contentieux
administratif », Jurisdoctoria, n°8, 2012, PP.133-157.
22- GENTOT Michel, « L’exécution des décisions du Conseil d’Etat », La Revue
Administrative, 51e Année, n°301, janvier-février 1998, PP. 113-116.
23- GOURDOU Jean, « Les nouveaux pouvoirs du juge administratif en matière
d’injonction et d’astreinte : Premières applications de la loi du 08 février 1995 »,
RFDA, 1996, PP. 333-358.
24- GUIMDO DONGMO Bernard-Raymond, « Le droit d’accès à la justice
administrative au Cameroun : contribution à l’étude d’un droit fondamental », Revue
de la recherche juridique-droit prospectif, 33ème année, 121ème numéro, Presse
Universitaires d’Aix-Marseille (P.U.A.M.), 2008-1, PP.453-498.
25- IBONO Ulrich Armel, « L’immunité d’exécution des personnes morales de droit
public à l’épreuve de la pratique en droit OHADA », Revue de l’ERSUMA, n°3,
Septembre 2013, PP. 80-94.
26- JACQUOT Henri, « Le contentieux administratif au Cameroun », Revue
Camerounaise de Droit(RCD), 1975, n°7, PP.09-31.
27- JACQUOT Henri, « Le contentieux administratif au Cameroun », RCD, 1975, n°8,
PP.113-139.
28- KAMTO Maurice, « La chose publique », RASJ, FSJP/UY II, Vol.2, N°1, 2001,
PP.09-18.
29- KAMTO Maurice, « La fonction administrative contentieuse de la Cour Suprême du
Cameroun », in Les Cours Suprêmes en Afrique (sous la direction de Gérard CONAC
et Jean DUBOIS De GAUDUSSON), Paris, Economica, 1988, PP.31-67.

414
30- KEUTCHA TCHAPNGA Célestin, « La réforme attendue du contentieux
administratif au Cameroun : A propos de la loi n°2006/022 du 29 décembre 2006
fixant l’organisation et le fonctionnement des Tribunaux Administratifs », Juridis
périodique n°70, avril-mai-juin 2007, PP.24-29.
31- LAMBERT-ABDELGAWAD Elisabeth, « L'exécution des décisions des
juridictions européennes (Cour de justice des Communautés Européennes et Cour
Européenne des Droits de l'Homme) », AFDI, volume 52, 2006, PP.677-724.
32- LAMBERT-ABDELGAWAD Elisabeth, « L’exécution des décisions des
juridictions internationales des droits de l’homme : vers une harmonisation des
systèmes régionaux », ACDI, Vol. 3 Spécial, 2010, PP.9-55.
33- LEKENE DONFACK Etienne Charles, « Une réforme fondamentale sous
influence : le nouveau statut général de la fonction publique du Cameroun », Revue
Juridique Africaine, 1994, PP.45-79.
34- MARION Alain, « Du mauvais fonctionnement de la juridiction administrative et de
quelques moyens d'y remédier », Pouvoirs, n°46, 1988, PP.21-34.
35- MESCHERIAKOFF Alain Serge, « Le régime juridique du recours gracieux
préalable dans la jurisprudence administrative camerounaise », RCD, série II, n°15 et
16, 1978, PP.42-55.
36- METOU Brusil Miranda, « Vingt ans de contentieux des libertés publiques au
Cameroun », Revue Africaine des Sciences Juridiques (RASJ), FSJP/UY II, Vol.8,
n°1, 2011, PP.267-286.
37- MODERNE Franck, « Etrangère au pouvoir du juge, l'injonction, pourquoi le serait-
elle ? », RFDA, 1990, PP. 798-824.
38- MODERNE Franck, « Sur le nouveau pouvoir d'injonction du juge administratif »,
RFDA, 1996, PP. 43-81.
39- NGWA NFORBIN Eric H., « Le problème d’inexécution des décisions du Juge
Administratif au Cameroun », Revue Africaine des Sciences Juridiques, FSJP/UY II,
Vol.7, n°1, 2010, PP.297-317.
40- NJOCKE Henri-Claude, « Juridiction administrative : une réforme inachevée »,
Juridis périodique n°74, avril-mai-juin 2008, PP.49-63.
41- OLINGA Alain Didier, « Contentieux électoral et état de droit au Cameroun »,
Juridis périodique n°41, édition spéciale sur les transitions démocratiques en Afrique,
janvier-février-mars 2000, PP.35-52.

415
42- OMAR DIA, « Le juge administratif sénégalais et la construction de l’Etat de droit »,
Librairie d’Etudes Juridiques Africaines, Vol 12, septembre 2012, PP. 71-86.
43- ONDOA Magloire, « Le droit administratif français en Afrique francophone :
contribution à l’étude de la réception des droits étrangers en droit interne », RJPIC,
n°3, 2002, PP.287-333.
44- OULD BOUBOUTT Ahmed Salem, « La construction de l'Etat de droit en
Mauritanie : enjeux, stratégies, parcours », Annuaire de l'Afrique du Nord, Tome
XXXIV, 1995, CNRS Editions, PP. 301-341.
45- PAMBOU TCHIVOUNDA Guillaume, « Recherches sur l’urgence en droit
administratif français », RDP, n° 1, 1983, PP.81-133.
46- RIVERO Jean, « Le Huron au palais royal ou réflexions naïves sur le recours pour
excès de pouvoir », Dalloz, 1962, chronique, VI, PP.37-40.
47- RIVERO Jean, « Les phénomènes d’imitation des modèles étrangers en droit
administratif », Les pages de Doctrine, Paris, LGDJ, 1980, PP. 461-480.
48- SANDRAS Catherine, « Les lois de validation, le procès en cours et l’article 6, § 1er
de la Convention Européenne des Droits de l’Homme », RTDH, 2002, PP. 629-657.
49- TJOUEN Alexandre-Dieudonné, « L'exécution des décisions de justice en droit
camerounais », RIDC, Vol.52, n°2, Avril-juin 2000, PP. 429-442.
50- VEDEL Georges, « Les bases constitutionnelles du droit administratif », EDCE,
1954, PP.21-53.
51- VELDEL Georges, « Le droit administratif peut-il être indéfiniment
jurisprudentiel ? », EDCE, n°31, 1979-1980, PP.31- 44.

B- LES NOTES DE JURISPRUDENCE

1- ABA’A OYONO Jean-Calvin, « Note sous CS/CA, Ordonnance du 07 décembre


2000, affaire MAMA BILOA Sandrine contre Université de Ngaoundéré », Afrilex,
n°5, PP. 213-243.
2- AMADIS FRIBOULET, « Le pouvoir d’injonction du juge administratif »,
commentaire sous l'arrêt CE, Ass., 29 juin 2001, Vassilikiotis, n°213229, Revue
générale du droit on line, 2008, numéro 1924
([Link]/?p=1924).

416
3- BENABDALLAH Mohammed Amine, « L’astreinte contre l’administration », note
sous Tribunal Administratif de Rabat, 6 mars 1997, Héritiers EL ACHIRI, REMALD,
n° 20-21, 1998, PP. 243-247.
4- BOUCAUD Pascal, « Le droit aux contacts familiaux sous le prisme des articles 6 et
8 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme », note sous Cour Européenne
des Droits de l’Homme, 28 février 2006, Plasse-Bauer contre France, RTDH, n° 70,
2007, PP. 509-520.
5- FROUIN Jean-Yves, Bertrand Mathieu, « Les validations législatives devant la
Cour de Cassation », observations sous Cour de Cassation, Chambre Sociale, 25 avril
2001, Affaire TERKI contre Association "Etre enfant au Chesnay", RFDA, 2001, PP.
1055-1068.
6- GUETTIER Christophe, « Le prononcé de l'injonction par le juge administratif »,
note sous Cour Administrative d’Appel de Nantes, plénière, 26 juin 1996, District de
l’agglomération nantaise, RFDA, 1997, PP. 794-810.
7- KAMTO Maurice, « Note sous CS/AP, arrêt du 24 mars 1983, NJIKI AKAM
TOWA Maurice contre Etat du Cameroun », Pénant, n°788-789, 1985, P.347-361.
8- KEUTCHA TCHAPNGA Célestin et KAMGANG SIMEU Christelle Corine,
« Note sous CS/CA, arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars 2011, Etat du Cameroun
(MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING Michel », Juridis
périodique n°103, juillet-août-septembre 2015, PP.56-63.
9- KEUTCHA TCHAPNGA Célestin et SIETCHOUA DJUITCHOKO Célestin,
« Note sous CS/CA, Jugement n°29 du 03 Mai 1990, MBARGA Symphorien contre
Etat du Cameroun », Juridis périodique n°43, juillet-août-septembre 2000, PP.62-68.

IV- TEXTES LEGISLATIFS ET REGLEMENTAIRES

A- LES TEXTES LEGISLATIFS

1- Loi n°65-LF-29 du 19 novembre 1965 portant réforme du contentieux administratif.


2- Loi n°69-LF-1 du 14 juin 1969 fixant la composition, les conditions de saisine et la
procédure devant la Cour Fédérale de Justice.
3- Loi n°75-17 du 08 décembre 1975 fixant la procédure devant la Cour Suprême
statuant en matière administrative.
4- Loi n°2000/011 du 19 décembre 2000 relative au droit d’auteur et aux droits voisins.

417
5- Loi n°2003/005 du 21 avril 2003 fixant les attributions, l'organisation et le
fonctionnement de la chambre des Comptes de la Cour Suprême.
6- Loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire, modifiée et
complétée par celle N°2011/027 du 14 décembre 2011.
7- Loi n°2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la
Cour Suprême.
8- Loi n°2006/017 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation, les attributions et le
fonctionnement des tribunaux régionaux des comptes.
9- Loi n°2006/022 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratifs.
10- Loi n° 2007/001 du 19 avril 2007 instituant le juge du contentieux de l’exécution et
fixant les conditions de l’exécution au Cameroun des décisions judiciaires et actes
publics étrangers ainsi que les sentences arbitrales étrangères.
11- Loi n°2007/006 du 26 décembre 2007 portant régime financier de l’Etat.
12- Loi n°2009/011 du10 juillet 2009 portant régime financier des collectivités
territoriales décentralisées.
13- Loi n°2012/001 du 19 avril 2012 portant code électoral.
14- Loi n°2012/017 du 21 décembre 2012 modifiant et complétant la loi n°2012/001 du 19
avril 2012 portant code électoral.
15- Loi n°2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal.
16- Ordonnance n°61-OF-6 du 04 octobre fixant la composition, les conditions de saisine
et la procédure de la Cour Fédérale de Justice.
17- Ordonnance n°72-6 du 26 août 1972, fixant l’organisation de la Cour Suprême.
18- Ordonnance n°74-2 du 06 juillet 1974 Fixant le régime domanial.

B- LES TEXTES REGLEMENTAIRES

1- Décret n°59-83 du 04 juin 1959, portant réforme du contentieux administratif et


organisation du Tribunal d’Etat.
2- Décret n°97/226/PM du 25 juin 1997 portant règlement général de la comptabilité de
l’Etat en République du Cameroun.
3- Décret n°2008/028 du 17 janvier 2008 portant organisation et fonctionnement du
Conseil de Discipline Budgétaire et Financière.
4- Décret N°2012/119 du 15 mars 2012 portant ouverture des tribunaux administratif

418
5- Décret N°2012/194 du 18 avril 2012 portant nomination de magistrats du siège dans
les Tribunaux Administratifs.
6- Décret N°2012/199 du 18 avril 2012 portant nomination de magistrats du parquet.
7- Décret n°2013/16 du 15 mai 2013 portant Règlement Général de la Comptabilité
Publique.
8- Lettre Circulaire n°00219//L/10/MINUH/A000 du 10 août 2004 relative à l’exécution
des décisions de justice.

V- ACTES DES COLLOQUES, CONGRES ET JOURNEES


D’ETUDES
1- GOURDOU Jean, LECUCQ Olivier et MADEC Jean-Yves, (Sous la direction
de…), L’exécution des décisions de justice administrative, Première journée d’études,
Tribunal Administratif de Pau / Faculté de Droit de Pau, mardi 23 septembre 2008,
102 P.
2- Le Juge Administratif et les libertés publiques, Colloque organisé à l’occasion du
cinquantenaire des Tribunaux Administratifs, Paris-Sorbonne, 30 septembre 2003.
3- Le pouvoir du juge de suspendre l’exécution des décisions administratives qui lui sont
déférées et les moyens dont il dispose pour contraindre l'Administration d'exécuter les
décision juridictionnelles en matière administrative, rapport général du 4ème colloque
des juridictions suprêmes administratives des Etats membres des Communautés
européennes tenu à Berlin du 16 au 20 octobre 1974, 18 P., inédit.
4- L’indépendance de la justice, Actes du deuxième congrès de l’Association des Hautes
juridictions de cassation des pays ayant en partage l’usage du français (AHJUCAF),
Dakar – 7 et 8 novembre 2007, 231 P.
5- Rapport général du VIIIème Congrès de l’Association Internationale des Hautes
Juridictions Administratives sur l’exécution des décisions des juridictions
administratives, Madrid, 2004, 40 P., inédit.

VI- AUTRES DOCUMENTS

1- Conseil d’Etat, Rapport public 2001, Etudes et documents N°52, La documentation


française, 2001, 473 P.

419
2- Conseil d’Etat, Rapport public 2010 : activité juridictionnelle et consultative des
juridictions administratives, Etudes et documents du Conseil d’Etat, La documentation
française, 445 P.
3- Conseil d’Etat, Rapport public 2011, Etudes et documents du Conseil d’Etat, La
documentation française, 398 P.
4- Dictionnaire universel, 3ème édition, Paris, Hachette-Edicef, 1995, 1507 P.
5- GARRIAUX Laure, Exposé sur « L’impartialité du juge administratif », séminaire de
droit administratif organisé dans le cadre de la formation en master II recherche de
droit public approfondi, promotion 2007/2008-Georges VEDEL, Université de Paris
II, Association M2DPA, 2008, 16 P.
6- La justice administrative en pratique : Conseil d’Etat – Cours Administratives d’Appel
– Tribunaux Administratifs, La Documentation Française, édition de 1995, 134 P.
7- Le régime juridique des validations législatives, Sénat français, Division Des
Recherches Et Études, Service Des Etudes Juridiques, janvier 2006, 65 P.
8- Recueil de décisions des hautes juridictions administratives, Association Internationale
des Hautes Juridictions Administratives, La documentation française, 2007, 392 P.
9- République du Cameroun, Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi
(DSCE), 2009, 167 P.

VII- JURISPRUDENCE SELECTIVE

1- ALHADJI BABA AHMADOU DANPOULOS contre Etat du Cameroun


(MINFOF), Ordonnance n°98/OSE/CA/CS/2012 du 14 septembre 2012.
2- ADA NDZIE contre Administration du territoire, CCA, Arrêt n°320/CCA du 03
septembre 1954.
3- AMOUGOU Philippe et Dame NKOA Martine contre Etat du Cameroun, CFJ/AP,
Arrêt n°13 du 16 mars 1967.
4- Association "Le tabernacle des aigles" contre Etat du Cameroun (MINATD),
CS/CA, jugement n°38/04-05 du 29 décembre 2004.
5- ATANGANA ELOUNDOU Cyprien contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°65/CS/CA du 31 mai 1979.
6- BABA YOUSSOUFA contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/SCAY, Arrêt
N°09/CFJ/SCAY du 16 octobre 1968.

420
7- BELINGA ZE Thomas contre Etat du Cameroun, CS/CA, Jugement n°4/CS/CA/77-
78 du 23 février 1978.
8- BENE BELLA Lambert contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°71/CS/CA
du 13 mars 1976.
9- BENGONO Denis contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/CAY, Arrêt
n°161/CFJ/CAY du 08 juin 1971.
10- BIAO contre Administration du Territoire, CCA, arrêt n°352/CCA du 12 juillet 1955.
11- BIAU Georges et Compagnie d’Assurances Générales contre Etat du Cameroun,
Arrêt n°8/CFJ/AP du 16 Mars 1967.
12- BISSIONGOL Boniface contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/CAY, Arrêt
n°122/CFJ/CAY du 08 décembre 1970.
13- BOLLO Joseph contre Etat du Cameroun, Arrêt n°1/CFJ/AP du 15 octobre 1969.
14- CAMEROON MUSIC CORPORATION (CMC) contre Etat du Cameroun
(MINCULT), CS/CA, Ordonnance n°34/OSE/CA/CS/2008 du 17 décembre 2008.
15- CAILLOT Georges contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°770/CCA du
29 septembre 1956.
16- Conseil de paroisse de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise Orthodoxe (EPCO)
d’Ekounou Yaoundé - Philadelphie contre Etat du Cameroun (MINATD), CS/CA,
Ordonnance n°132/OSE/CA/CS/2012 du 05 novembre 2012.
17- Dame BINAM née NGO NJOM Fidèle contre Etat du Cameroun, jugement
n°12/CS/CA du 28 Janvier 1982.
18- Dame CIVRA contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°224 du 27 mars
1953.
19- Dame KIEFFER Marguerite contre Etat du Cameroun, CFJ/AP, Arrêt du 04
novembre 1965.
20- Dame MACKONGO Agnès Flore contre Etat Fédéré du Cameroun Oriental,
CFJ/CAY, arrêt n°201/CFJ/CAY du 18 août 1972.
21- Dame MANTO NGOUESSE contre Etat du Cameroun, CS/CA, Jugement
n°30/CS/CA du 07 août 1986.
22- Dame REGNAULT veuve OLLIVIER contre Administration du Territoire, CCA,
arrêt n°192/CCA du 05décembre 1952.
23- David NJIMI BORNO contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°185/2010/CA/CS du 22 février 2010.

421
24- DEUDIE Joseph contre Etat du Cameroun, CS/PCA, Ordonnance
n°12/08/OSE/CS/PCA/78-79 du 02 novembre 1978.
25- EFFOUDOU Camille contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°19/ADD/CS/CA du 31 décembre 1992.
26- EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Administration du Territoire,
CCA, arrêt n°456/CCA du 25 février 1956.
27- EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré du Cameroun
Oriental, CFJ/SCAY, Arrêt n°42/CFJ/SCAY du 30 avril 1968.
28- EKWALLA EDOUBE EYANGO Stéphane contre Etat Fédéré du Cameroun
Oriental, CS/AP, Arrêt n°15/A du 25 avril 1974.
29- ESSIANE AKA’A Jean contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/SCAY, Arrêt
N°44/CFJ/SCAY du 30 Avril 1968.
30- ESSIMI Fabien contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°01/CS/CA du 29
novembre 1979.
31- ESSINDI ESSAMA contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°370/CCA du
03 septembre 1955.
32- ESSOMBA NTONGA Gabriel contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°24/CS/CA du 13 juillet 1978.
33- Etat du Cameroun (MINDAF) et WABO FOTSO Jean Jacques contre FOIDING
Michel, CS/CA, Arrêt n°02/AP/2011 du 09 mars 2011.
34- EVINA Christophe contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°50/CS/CA du 26
mai 1977.
35- FOTSING Joseph contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°06/94-95 du 27
octobre 1994.
36- HALLE Claude contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/CAY, Arrêt n°105/CFJ/CAY
du 08 décembre 1970.
37- JONG Henri contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°49/CS/CA du 26 mai
1977.
38- KAMDEM Samuel contre Etat du Cameroun (Commune Urbaine de Bafoussam),
CS/CA, jugement n°110/85-86 du 11 septembre 1986.
39- KAMTO Maurice contre Université de Yaoundé, CS/CA, jugement
n°254/2011/CA/CS du 02 novembre 2011.

422
40- KEMTSINKOP Charles contre Etat du Cameroun (Commune de Dschang), CS/CA,
jugement n°16/CS/CA/81-82 du 28 janvier 1982.
41- KOUNTCHOU LEVI BORD contre Etat du Cameroun (Ministère de l’Equipement),
CS/CA, jugement n°84/85-86 du 26 juin 1986.
42- KPWANG ESSIANE contre Administration du Territoire, Arrêt n°645/CCA du 06
septembre 1957.
43- LABOGENIE contre Etat du Cameroun (MINUH), Ordonnance de référé
n°15/OR/CS/PCA/90-91 du 18 juillet 1991.
44- LELE Gustave contre Etat du Cameroun, Ordonnance n°7/OR/CS/PCA/77-78 du 03
juin 1978.
45- LEQUES Raymond contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°502/CCA du
29 septembre 1956.
46- LITTY Hermann contre M’BELECK Paul, Arrêt n°245/CS du 18 juillet 1967.
47- MAÏGARI ALHADJI HAMADJODA contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°43/ADD du 21 mai 1987.
48- Max Keller NDONGO contre Etat Fédéral du Cameroun, CFJ/AP, Arrêt n°8 du 16
octobre 1968.
49- MBARGA Symphorien contre Etat du Cameroun (M.F.P.C.E.), CS/CA, Jugement
n°29/CS/CA du 03 mai 1990.
50- MBASSI MEDJO Nicolas contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/SCAY, arrêt
n°47/CFJ/SCAY du 30 Avril 1968.
51- MBEDEY Norbert contre Etat du Cameroun, CFJ/CAY, jugement n°187/CFJ/CAY
du 29 mars 1972.
52- MBOKA TONGO MPONDO Guillaume Contre Etat du Cameroun, CS/CA,
Jugement n°30/CS/CA du 31 mars 1977.
53- MBOUMOUA KANGUE contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt
n°66/CCA du 25 septembre 1951.
54- METOU Josué contre Etat du Cameroun (MINFA), CS/CA, jugement n°81/82-83 du
30 juin 1983.
55- MOUELLE KOULA Eitel contre Etat Fédéral du Cameroun, CFJ/SCAY, Arrêt
n°178/CFJ/SCAY du 29 mars 1972.
56- MVE NDONGO, Procureur Général contre NGABA Victor, CFJ/AP, Arrêt n°10
du 17 Octobre1968.

423
57- NANA Jean Claude contre Communauté Urbaine de Douala (C.U.D.), CS/CA,
jugement n° 206/2009/BIS/S DU 25 novembre 2009.
58- NDJOCK Jean contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°636/CCA du 10
août 1957.
59- NDOUGSA Joseph Valentin contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°11/CS/CA/81-82 du 28 janvier 1982.
60- NDOUGSA Joseph Valentin contre Etat du Cameroun (MINUH), CS/AP, Arrêt
n°4/ADD du 16 décembre 1982.
61- NDOUNDA Thomas contre Administration du Territoire, Arrêt n° 237/CCA du 10
juillet 1953.
62- NGAMY Emmanuel contre Etat du Cameroun (MTPS), CS/CA, jugement n°02/92-
93/CS/CA du 31 décembre 1992.
63- NGATCHEU Adolphe contre Etat du Cameroun, CS/CA, Jugement n°09/CS/CA du
23 novembre 1989.
64- NGONGANG NJANKE Martin contre Etat du Cameroun, CFJ/AP, Arrêt
n°20/CFJ/AP du 20 mars 1968.
65- NJEMBELLE EKALLE Piddy contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°13/CS/CA/81-82 du 28 janvier 1982.
66- NJIKI AKAM TOWA Maurice contre Etat du Cameroun, CS/AP, arrêt du 24 mars
1983.
67- NJOYA Thomas contre Etat du Cameroun, CS/CA, Jugement n°31/CS/CA du31
mars 1977.
68- NKONDOCK Emile Valentin contre ASHU NGANG Paul et MINSANTE,
TGI/Yaoundé, jugement n°94/ TGI/Ydé du 06 novembre 1985.
69- NLEM MBOMEZOM contre Administration du Territoire, CCA, arrêt n°28/CCA du
11 septembre 1950.
70- NOMENY NGUISSI Emile contre Etat du Cameroun (Commune Urbaine de
Dschang), CS/CA, jugement n°63/CS/CA du 26 mai 1988.
71- NYANDJA Félix contre République Fédérale du Cameroun, CFJ/SCAY, arrêt n°37
du 30 avril 1968.
72- OLAMA BIDJOGO Vincent contre Etat Fédéral du Cameroun, CFJ/CAY, Arrêt
n°204/A/CFJ/CAY du 18 août 1972.
73- ONAMBELE Germain contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°87/82-83 du
30 juin 1983.

424
74- ONANA Adolphe contre Communauté urbaine de Yaoundé, CS/AP, Arrêt
n°26/CS/AP/A du 27 juin 1966.
75- ONDOBO AWONO Paul contre Etat du Cameroun (MINFA), CS/CA, jugement
n°67/CS/CA du 24 Avril 1976.
76- OTOU BANDOLO Sylvestre contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°52/CS/CA du 26 mai 1977.
77- OTTAVIANI Albert contre Administration du Territoire, CCA, Arrêt n°777/CCA du
29 Septembre 1956.
78- OWOUNDI Jean Louis contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement
n°33/CS/CA/76-77 du 28 septembre 1978.
79- PASSALIS Alexandre contre Administration du Territoire, Arrêt n°608/CCA du 29
juillet 1957.
80- SAMBA EBEDE Théodore contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°11 du 19
décembre 1975.
81- SEBA NDONGO Jean contre Etat du Cameroun (DGSN), CS/AP, Arrêt n°1/CS/AP
du 27 novembre 1986.
82- SENDE Joseph contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement du 1er février 1985.
83- Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) contre Etat
du Cameroun (MINATD), CA/CS, Jugement n° 159/2008/CA/CS du 19 novembre
2008.
84- TATSINDA Maurice contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n° 09/92-93 du 31
décembre 1992.
85- TCHANY Jean contre Etat Fédéral du Cameroun Oriental, CFJ/CAY, arrêt
N°113/CFJ/CAY du 08 décembre 1970.
86- TCHOUANKEU Joseph contre Etat du Cameroun (MINFI), CS/CA, jugement
n°92/82-83 du 28 juillet 1983.
87- TEUGUIA Gabriel contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°36/CS/CA du 26
mai 1977.
88- TONKAM Pierre contre Etat du Cameroun, CS/CA, jugement n°8/CS/CA du 19
décembre 1975.
89- UM NTJAM François Désiré Contre Etat du Cameroun (MINEPNA), CA/CS,
Jugement n° 80/2008/CS/CA DU 18 juin 2008.
90- Union Trading Cameroun contre Etat du Cameroun Oriental, CFJ/CAY, arrêt
n°134/CFJ/CAY du 26 janvier 1971.
425
91- YOUMBI André contre Etat du Cameroun, CS/AP, arrêt n°1/A/CS/AP du 08
novembre 1973.
92- YOUTOU Martin contre Etat du Cameroun (MINFI), CS/CA, jugement
n°08/2010/CS/CA du 03 février 2010.

426
TABLE DES MATIERES

427
AVERTISSEMENT………………………………………………………………………..… i

DEDICACE……………………………………………………………………………..…… ii

REMERCIEMENTS………………………………………………………….……………. iii

LES PRINCIPAUX SIGLES ET ABREVIATIONS……………………………..………. iv

RESUME…………………………………………………………………………….……… vi

ABSTRACT………………………………………………………………………...………. vii

SOMMAIRE……………………………………………………………………….……… viii

INTRODUCTION GENERALE…………………………………………………………… 1

I- LE CADRE DE L’ETUDE……………………………………………………….. 5
A- Le contexte de l’étude……………………………………………..………….. 6
B- La délimitation du sujet…………………………………………….………... 13
II- L’OBJET DE L’ETUDE………………………………………………………… 14
A- La définition des termes du sujet………………………………………….… 14
1- Le mot « exécution »…………………………………………………..… 15
2- Le terme « administration »…………………………………...………… 15
3- La notion de « décision »……………………..………………………… 17
4- L’expression « juge administratif »…………………………………...… 17
a- L’apparition de la justice administrative en France…………….…… 18
b- L’avènement du juge administratif camerounais……………….…… 21
B- La problématique………………………………………………….………… 25
C- L’hypothèse de recherche………………………………………….……..…. 29
D- Les axes de la recherche……………………………………………...……… 31
III- L’INTERET DE L’ETUDE ET LA METHODE DE RECHERCHE…...……… 33
A- L’intérêt de l’étude…………………………………………………...……… 34
B- La méthode de recherche………….………………………………………… 37

PREMIERE PARTIE : L’EXECUTION SPONTANEE…………………………..…… 43

TITRE I : LA PROCEDURE D’EXECUTION……………..…………………………… 46

CHAPITRE 1 : LES FORMALITES PREALABLES A L’EXECUTION…..………… 49

428
SECTION 1 : LA NOTIFICATION DE LA DECISION…………………………… 50

PARAGRAPHE I : FONDEMENT ET FORME DE LA NOTIFICATION... 51

A- La notification : une exigence légale…………………………….. 52


1- L’affirmation législative……………………………………... 52
2- L’application jurisprudentielle……………………………….. 54
B- La forme de la notification………………………………….…… 56
1- L’exigence de la forme scripturale……………………...…… 56
2- Le rejet catégorique des autres formes….…………………… 59

PARAGRAPHE II : LA PORTEE DE LA NOTIFICATION…………….… 61

A- L’information des parties..…………………………..……......…. 62


1- Sur l’existence de la décision……………………………...… 62
2- Sur le contenu de la décision………………………………… 63
B- Le déclenchement des délais des voies de recours..……..….…… 66

SECTION 2 : L’APPOSITION DE LA FORMULE EXECUTOIRE SUR LA


DECISION………………………………………………………………...………………… 69

PARAGRAPHE I : LE CONTENU DE LA FORMULE EXECUTOIRE….. 70

A- La précarité du droit antérieur…………………………………… 71


B- Les anicroches du droit en vigueur……………………….……… 73

PARAGRAPHE II : LES IMPLICATIONS DE LA FORMULE


EXECUTOIRE……………………………………………………………………….……… 76

A- La force exécutoire de la décision…………………………..…… 76


B- L’opposabilité de la décision aux tiers…………………...……… 78

CONCLUSION DU CHAPITRE I……………………………………………….…………. 84

CHAPITRE 2 : LA MATERIALISATION DE L’EXECUTION………………………. 85

SECTION 1 : L’EXECUTION DES DECISIONS D’ANNULATION…….……… 87

PARAGRAPHE I : LES OBLIGATIONS NEGATIVES…………….……. 88

A- L’abstention de l’administration…………………………………. 88

429
B- L’automaticité des effets de certaines décisions……………….… 89

PARAGRAPHE II : LES OBLIGATIONS POSITIVES……………….…… 91

A- Le retrait et la réformation de l’acte annulé……………………… 92


B- Le rétablissement de la situation juridique préexistante…….…… 94

SECTION 2 : L’EXECUTION DES COMDAMNATIONS PECUNIAIRES…....… 97

PARAGRAPHE I : LA PHASE ADMINISTRATIVE……………….…..… 99

A- L’engagement et la liquidation de la dépense publique…..……… 99


1- L’engagement de la dépense publique……………………..… 99
2- La liquidation de la dépense publique…………………..….. 100
B- L’ordonnancement de la dépense publique…………..………… 105
1- Les autorités compétentes pour ordonnancer…………….… 105
2- Les opérations d’ordonnancement……………………..…… 106

PARAGRAPHE II : LA PHASE COMPTABLE………………..………… 108

A- Les intervenants dans la phase comptable……………………… 108


B- Le déroulement de la phase comptable………………………… 110

CONCLUSION DU CHAPITRE II……….……………………………………………… 112

CONCLUSION DU TITRE I……………………………………………………………… 114

TITRE II : LES ENTRAVES A L’EXECUTION SPONTANEE…………………...… 116

CHAPITRE 1 : LES ENTRAVES IMPUTABLES A L’ADMINISTRATION…….... 119

SECTION 1 : LE REFUS MANIFESTE D’EXECUTION DES DECISIONS DU


JUGE ADMINISTRATIF……………………………………………….…………………. 121

PARAGRAPHE I : LA MAUVAISE FOI DE L’ADMINISTRATION….. 122

A- L’inexécution pure et simple……………………………..…….. 123


1- L’inexécution silencieuse……………………………….….. 123
2- L’inexécution exprimée………………………….…………. 126
B- les lenteurs et la mauvaise exécution…………………………… 129
1- Le retard dans l’exécution……………………………….…. 130

430
2- La mauvaise exécution………………………….………….. 133

PARAGRAPHE II : L’ENTETEMENT OU L’OBSTRUCTION A


L’EXECUTION………………………………………………………….………… 134

A- La reprise de l’acte annulé……………………………………… 134


B- l’édiction des mesures contraires à l’autorité de la chose jugée... 136

SECTION 2 : LE REFUS DEGUISE : LES VOIES DE CONTOURNEMENT DE


L’AUTORITE DE LA CHOSE JUGEE…………………………………………………… 139

PARAGRAPHE I : LE RECOURS AUX VALIDATIONS LEGISLATIVES.….... 140

A- les conditions des validations législatives………………..…….. 141


1- Les conditions relatives à l’acte…………………………….. 142
a) L’applicabilité de l’acte au moment de la validation…… 142
b) La conformité de l’acte aux règles et principes à valeur
constitutionnelle………………………………………… 143
2- Les conditions relatives à la loi de validation………….…… 143
a) Le respect du principe de l’autorité de la chose jugée….. 144
b) Le respect du principe de la non-rétroactivité de la loi… 146
c) L’exigence d’un but d’intérêt général…….…………….. 148
B- Les incidences des validations législatives sur la décision...…… 149
1- Le maintien en vigueur de l’acte querellé………..…...… 150
2- La soustraction de l’acte au contrôle juridictionnel…….. 152

PARAGRAPHE II : LE PRETEXTE DU MAINTIEN DE L’ORDRE PUBLIC.… 154

A- la notion d’ordre public………………………………………… 155


1- Une notion polysémique……………………………….…… 155
2- Une notion globalisante……………………..……………… 158
B- L’influence de la volonté du maintien de l’ordre public sur
l’exécution des décisions de justice……………………..……… 160
1- En période normale…………………………………………. 161
2- En période de circonstances exceptionnelles…………….…. 162

CONCLUSION DU CHAPITRE I…………………….…………..………………………. 165

431
CHAPITRE 2 : LES ENTRAVES EXTERIEURES A L’ADMINISTRATION…..… 166

SECTION 1 : LES DIFFICULTES JURIDICO-MATERIELLES……………...…. 167

PARAGRAPHE I : LE PROBLEME DES DOTATIONS BUDGETAIRES……... 168

A- Le souci du respect des grands principes du droit budgétaire..… 170


B- L’encadrement des pouvoirs des gestionnaires de crédits
publics……………………………………………………………171

PARAGRAPHE II : L’IMPOSSIBILITE MATERIELLE D’EXECUTION…...…. 172

A- Les problèmes posés par la rétroactivité des annulations


contentieuses………………………………………………….… 173
1- Le difficile rétablissement du statut quo ante…………...….. 173
2- La désinformation de l’administration……………...………. 181
B- La spécificité des effets de certaines annulations…………….… 185
1- L’hypothèse de la réintégration d’un fonctionnaire…..…….. 185
2- L’éventualité de la reconstitution de carrière…………….… 186

SECTION 2 : LE DEVELOPPEMENT DES IMMUNITES D’EXECUTION…… 190

PARAGRAPHE I : LA RESTRICTION DES POUVOIRS DU JUGE


ADMINISTRATIF : LE PRINCIPE DE L’INTERDICTION FAITE AU JUGE DE
S’IMMISCER DANS L’ACTION ADMINISTRATIVE…….……………………. 191

A- L’affirmation du principe………………………………………. 191


1- La défense faite au juge d’intimer des ordres à
l’administration….………………………………………….. 192
2- La négation du pouvoir de substitution au juge…………….. 195
B- La relativité du principe interdisant au juge de faire acte
d’administrateur………………………………………………… 199
1- L’hypothèse du contentieux fiscal……………..…………… 201
2- L’hypothèse du contentieux électoral………...…………….. 202

PARAGRAPHE II : L’INEXISTENCE DES VOIES D’EXECUTION


FORCEE CONTRE L’ADMINISTRATION……………………………………… 206

A- L’insaisissabilité des biens de l’Etat……………………...…….. 207

432
1- Le postulat de base……………………………...……… 208
2- Les voies de contournement……………………...…….. 211
B- L’absence d’un juge en charge du contentieux de l’exécution des
décisions du juge administratif…………………………………. 213
1- L’imbroglio né de la loi n°2007/001 du 19 avril 2007……... 214
2- Les conséquences de la confusion……………………..…… 216

CONCLUSION DU CHAPITRE II………………………….…..………………………… 218

CONCLUSION DU TITRE II………………………………………………….………….. 219

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE……………………………………………. 221

SECONDE PARTIE : L’EXECUTION PROVOQUEE……………………………….. 223

TITRE 1 : LES MECANISMES JURIDICTIONNELS……………………………….. 227

CHAPITRE 1 : LE RECOURS AU JUGE ADMINISTRATIF…………………….…. 229

SECTION 1 : LES MOYENS OFFERTS AU REQUERANT : RECOURS POUR


EXCES DE POUVOIR ET DE PLEINE JURIDICTION…………………………………. 231

PARAGRAPHE I: LES CONDITIONS DE RECEVABILITE DES


RECOURS OUVERTS AU REQUERANT………………………………………………. 231

A- L’a priori indispensable : l’obligation de négocier ….…….….. 232


1- Le formalisme de la négociation ……………...………...…. 234
a- Les délais de la négociation…...……………...………… 234
b- Les autorités habilitées à négocier ...………………….... 236
2- L’incidence de la négociation sur le recours contentieux..… 239
a- En cas de réussite de la négociation …..………..….….. 239
b- En cas d’échec de la négociation ………………..…...… 240
B- Les conditions de recevabilité de la requête contentieuse…...…. 240
1- Les conditions relatives au requérant………………………. 241
a- L’intérêt………………………………………………… 241
b- La qualité……………………………………………….. 242
c- La capacité…………………………………..………….. 243
2- Les conditions relatives à l’acte et aux délais…….………… 245

433
a- Les conditions relatives à l’acte querellé……………….. 245
b- Les conditions relatives aux délais………….………….. 246

PARAGRAPHE II : LES SUITES DES RECOURS OUVERTS AU


REQUERANT……………………………………………………………………….…….. 247

A- L’annulation en cas de recours pour excès de pouvoir………..... 247


1- L’effet erga omnes de l’annulation………………………… 248
2- L’effet rétroactif de l’annulation…………………………… 249
B- L’octroi des dommages intérêts en cas de recours de pleine
juridiction……………...……………………………………….. 251
1- Les conditions de l’indemnisation…………….……….…… 251
2- La liquidation du montant de l’indemnité……..…………… 252

SECTION 2 : LES POUVOIRS COERCITIFS DU JUGE ADMINISTRATIF…... 254

PARAGRAPHE I : LE POUVOIR D’INJONCTION…………………...… 256

A- La consécration du pouvoir d’injonction à l’étranger…….……. 258


3- La reconnaissance législative……………………….……… 259
4- L’onction du juge administratif…………………………..… 261
B- Les atermoiements du juge administratif camerounais……….... 264
1- La position de principe : la négation formelle du pouvoir
d’injonction au profit du juge administratif………………… 265
a- Le rejet exprimé……………………………………...…. 265
b- Le rejet tacite…………………………………………… 270
2- Les revirements incertains : la reconnaissance d’un pouvoir
d’injonction au profit du juge administratif………………… 282
a- Une reconnaissance explicite………………………..….. 283
i- Injonction de faire ou de ne pas faire………..…. 284
ii- Injonction de payer……………...……………… 286
b- Une reconnaissance implicite…………….…………….. 291

PARAGRAPHE II : LE POUVOIR D’ASTREINTE…………………….... 294

A- Un pouvoir reconnu à l’étranger……………….……………….. 296


1- La consécration normative………………………………….. 296

434
2- L’encrage jurisprudentiel…………………………………… 298
B- Un pouvoir encore inexistant au Cameroun……………………. 301
1- Le mutisme du législateur…………………………..………. 301
2- Le rejet formel par le juge administratif…………….……… 302

CONCLUSION DU CHAPITRE I……………………………………………….….…..… 307

CHAPITRE 2 : LA MISE EN JEU DE LA RESPONSABILITE DES AUTEURS DE


L’INEXECUTION………………………………………………………………….…….. 309

SECTION 1: LA RESPONSABILITE DE L’ADMINISTRATION POUR


VIOLATION DE LA CHOSE JUGEE……………….…………………………………… 310

PARAGRAPHE I : LES FONDEMENTS DE LA RESPONSABILITE DE LA


PUISSANCE PUBLIQUE…………………………………………………………………. 311

A- La faute……………………………..……………………...…… 311
B- La voie de fait administrative...………………………………… 314

PARAGRAPHE II : LA MISE EN ŒUVRE DE LA RESPONSABILITE


ADMINISTRATIVE………………………………………………………………………. 316

A- L’établissement préalable de la responsabilité de l’agent


public............................................................................................ 317
B- Le mécanisme de substitution de responsabilité……...………… 320

SECTION 2 : LA RESPONSABILITE PERSONNELLE DE L’AGENT PUBLIC


DEFAILLANT……………..………………………………………………………………. 323

PARAGRAPHE I : LA RESPONSABILITE CIVILE DE L’AGENT PUBLIC… 325

A- La responsabilité civile de l’agent public à l’égard des


particuliers.................................................................................... 326
B- La responsabilité civile de l’agent public à l’égard de
l’administration : l’action récursoire…………………………… 328

PARAGRAPHE II : LA RESPONSABILITE PENALE DE L’AGENT PUBLIC... 330

A- L’incrimination………………………..………….……………. 330
B- La répression…………………..…………….…………………. 334

435
CONCLUSION DU CHAPITRE II…………………………………………………….….. 337

CONCLUSION DU TITRE I……………………………………………………………… 338

TITRE 2 : LES MECANISMES NON JURIDICTIONNELS…………..…………….. 340

CHAPITRE 1 : LES TECHNIQUES DE COLLABORATION……….……………… 342

SECTION 1: L’HYPOTHESE DE L’EXECUTION DES DECISIONS


D’ANNULATION…………………………………………………………………….…… 344

PARAGRAPHE I : LA CORRELATION ENTRE L’ADMINISTRATION,


L’ADMINISTRE ET LA JURIDICTION ADMINISTRATIVE………………………….. 345

A- La demande d’éclaircissement de la décision à exécuter…... 346


1- base juridique…………………………………………… 346
2- L’objectif recherché………..…………………………… 348
B- L’aide à l’exécution………………………………...………. 349
1- La conception initiale...………………………………… 350
2- L’adaptation au contexte camerounais…………………. 353

PARAGRAPHE II : LE PROCEDE DE RENVOI POUR CE QUE DE DROIT… 357

A- La signification et les mécanismes du renvoi pour ce que de


droit............................................................................................... 357
B- Les illustrations jurisprudentielles du renvoi pour ce que de
droit………………...…………………………………………… 359

SECTION 2 : L’HYPOTHESE DE L’EXECUTION DES CONDAMNATIONS


PECUNIAIRES………………………………………………………………………..…… 363

PARAGRAPHE I : LA PREVISION DES CREDITS BUDGETAIRES….. 364

A- La préparation du budget par le gouvernement………...………. 364


B- L’autorisation du budget par le parlement…………………...…. 366

PARAGRAPHE II : LES MODALITES DE PAIEMENT……..……..…… 367

A- Le mandatement d’office……………………………………….. 367


B- La saisine du comptable assignataire……..…………………….. 369

436
CONCLUSION DU CHAPITRE I………………………………………………………… 372

CHAPITRE 2 : LES TECHNIQUES DE COERCITION………………..……………. 373

SECTION 1 : L’USAGE DES MOYENS DE PRESSION………………………... 374

PARAGRAPHE I : LA CONTRAINTE ADMINISTRATIVE………..….. 375

A- Les recours administratifs internes……………………...……… 375


1- Le recours hiérarchique…………………………….………. 376
2- Le recours de tutelle…………………………………..……. 377
B- Les recours administratifs externes : les Autorités Administratives
Indépendantes…………………………………………………... 378
1- Les missions des autorités administratives indépendantes…. 380
2- Les pouvoirs des autorités administratives indépendantes…. 381

PARAGRAPHE II : LA CONTRAINTE MORALE……..……………….. 382

A- La dissuasion par les menaces publicitaires…...……………….. 382


B- La dénonciation auprès de la CNDHL……………………….… 383
1- Le fondement juridique……………………………….……. 384
2- Les moyens d’action de la CNDHL……………………..…. 384

SECTION 2 : LES SANCTIONS PECUNIAIRES ET DISCIPLINAIRES….…… 385

PARAGRAPHE I : LES SANCTIONS PECUNIAIRES……………..…… 385

A- Les autorités investies du pouvoir de sanction………….……… 386


B- Le régime des sanctions………………………………...………. 387

PARAGRAPHE II : LES SANCTIONS DISCIPLINAIRES…………..….. 389

A- Les personnes visées…………………………………...……….. 389


B- Les types de sanction………………………….………………... 390

CONCLUSION DU CHAPITRE II…………………………………..………….………… 394

CONCLUSION DU TITRE II……………………………………….…………………….. 395

CONCLUSION DE LA SECONDE PARTIE……………………………………..……… 396

437
CONCLUSION GENERALE……………………………………………………….…… 397

BIBLIOGRAPHIE GENERALE…………………………...…………………………… 404

TABLE DES MATIERES……………..…………………………………………………. 427

438

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