Ischémie myocardique chez le diabétique
Ischémie myocardique chez le diabétique
SFC/ALFEDIAM
338 ARCHIVES DES MALADIES DU CŒUR ET DES VAISSEAUX, tome 97, n° 4, avril 2004
RECOMMANDATIONS SFC/ALFEDIAM
Le diabète sucré
Le diabète sucré est une entité définie par son phénotype biologique marqué par une
glycémie supérieure ou égale à 1,26 g/L (7 mmol/L) observée à deux reprises, après
8 heures de jeûne chez un sujet apparemment sain. La classification étio-pathogénique
actuelle distingue [6] :
– le diabète de type 1 répondant à une destruction, d’origine le plus souvent auto-
immune, des cellules pancréatiques β responsable habituellement d’une carence
en insuline absolue. Ce diabète affecte préférentiellement des sujets âgés de moins
de 40 ans et requiert la mise en route précoce d’une insulinothérapie ;
– le diabète de type 2, plus fréquent et affectant des sujets plus âgés, caractérisé
par l’association variable d’une résistance à l’action de l’insuline et d’un déficit de
l’insulinosécrétion ;
– exceptionnellement, le diabète connaît d’autres causes, génétiques par défaut de
la fonction des cellules β ou de l’action de l’insuline, pancréatiques, endocriniennes,
toxiques et infectieuses.
Deux à trois fois plus fréquentes que chez le sujet non diabétique [11], les complica-
tions cardiovasculaires font le pronostic du diabète et participent à raccourcir l’espérance
de vie d’un diabétique de 8 ans pour les sujets de 55 à 64 ans et de 4 ans pour les indivi-
dus plus âgés [12]. Le décès d’un sujet diabétique est de nature cardiovasculaire dans
approximativement 65 à 80 % des cas [13, 14]. Les accidents cardiaques, et plus parti-
culièrement l’infarctus du myocarde (IDM), sont plus fréquents et plus graves chez le
diabétique que chez le non-diabétique [15, 16]. Après un geste de revascularisation myo-
cardique, les événements cardiaques sont plus nombreux chez le diabétique. Dans le
registre américain de la NHLBI, la survie estimée à 9 ans après une angioplastie coro-
naire, par ballonnet le plus souvent, est de 68 % chez les diabétiques contre 83,5 % chez
les non-diabétiques avec un taux plus élevé d’IDM et de nouvelle revascularisation répon-
dant à une resténose ou à l’évolutivité du processus athéromateux [17]. La part des dia-
bétiques dans l’activité des services de cardiologie est croissante. Leur proportion dans la
population de malades hospitalisés pour un IDM peut atteindre 33 % [18]. Elle est de
20 à 30 % dans celle des coronariens soumis à une exploration coronarographique [19].
Le diabète est ainsi depuis longtemps reconnu comme un facteur de risque cardiovascu-
laire indépendant [20, 21]. Classiquement, la mortalité coronaire d’un diabétique non
coronarien est identique à celle d’un coronarien non diabétique [22]. Les observations
plus récentes, bien que corrigeant cette assertion en faisant un constat moins pessi-
miste, confirment bien que le risque cardiovasculaire (RCV) d’un diabétique est supérieur
à celui d’un sujet non diabétique [23, 24].
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L’IMS de type 1 est plus fréquemment observée chez le diabétique que chez le non-
diabétique dans un rapport de 2 à 6 selon les séries [33]. Chez le diabétique, la préva-
lence de l’IMS varie largement de 10 à 30 % selon le mode de sélection préalable des
individus et selon l’acuité des examens de dépistage [34, 35]. Elle est plus fréquente
chez le diabétique ayant deux autres facteurs de risque cardiovasculaire et peut être
notée alors dans un tiers des cas [36, 37]. Cette grande variabilité souligne la faible ren-
tabilité d’un dépistage systématique de l’IMS chez tout diabétique et met en lumière la
nécessité d’une sélection préalable rigoureuse des patients à partir de l’évaluation du
RCV global de chaque diabétique.
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RECOMMANDATIONS SFC/ALFEDIAM
TABLEAU I
◗ La sévérité du pronostic cardiovasculaire du diabète doit conduire à prendre en charge le diabétique asympto-
matique dans une logique de prévention secondaire.
◗ Plus fréquente chez le diabétique que chez le non-diabétique, l’IMS est un facteur de mauvais pronostic, prémo-
nitoire de la survenue d’événements cardiaques majeurs.
◗ La prévalence de l’IMS est élevée quand d’autres facteurs de risque vasculaire s’associent au diabète.
◗ Une IMS peut apparaître sans atteinte des gros troncs coronaires épicardiques. Cependant, le pronostic de l’IMS
est dépendant de la présence de sténoses coronaires angiographiques.
◗ La recherche de l’IMS ne doit pas être systématique chez le diabétique. Elle doit être dirigée par l’évaluation du
risque cardiovasculaire global de chaque diabétique.
◗ La découverte d’une IMS justifie la pratique d’une exploration coronarographique dans le respect des règles de
sécurité propres aux patients diabétiques.
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restant cependant exposées au risque d’une évolution soit paroxystique par une occlu-
sion aiguë ou subaiguë, soit insidieuse avec le développement d’une sténose angiogra-
phique de nature cicatricielle.
◗ La diffusion et le siège des sténoses coronaires angiographiques définissent le fort et le faible risque myocar-
dique.
◗ Cependant, la gravité évolutive de l’athérosclérose repose autant sur l’instabilité des lésions que sur la sévérité
des sténoses.
◗ Les lésions non sténosantes, potentiellement instables, peuvent échapper aux explorations fonctionnelles et mor-
phologiques.
◗ La valeur diagnostique et prédictive des tests d’effort et de la coronarographie n’est donc pas catégorique.
◗ Cependant l’installation d’une sténose pouvant se faire sur le mode insidieux, l’évaluation cardiologique complé-
mentaire sera répétée dans le suivi d’un diabétique à risque.
◗ Il est plus important et utile d’identifier les sujets à risque que de dépister les lésions athéromateuses potentielle-
ment instables et non sténosantes.
Traitement anti-ischémique
La mise au jour d’une IMS peut et doit conduire à la mise en route d’un traitement médi-
camenteux anti-ischémique précoce. Chez les patients coronariens asymptomatiques
et ayant une IMS, l’étude ACIP a déjà démontré l’efficacité d’un traitement anti-
ischémique sur la réduction de la sévérité et du nombre des épisodes d’ischémie silen-
cieuse et, à cette occasion, a confirmé la supériorité des β-bloquants sur les inhibiteurs
calciques [54]. Chez le diabétique coronarien, l’efficacité des β-bloquants est également
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prouvée. Dans l’étude BIP, le risque de mortalité cardiaque des diabétiques est significa-
tivement réduit de 44 % dans le groupe de patients recevant un β-bloquant [55]. Cet
effet positif est plus marqué au décours d’un IDM et en présence d’une altération modé-
rée de la fonction ventriculaire gauche [56].
Les statines ont accumulé un grand nombre de preuves en faveur de leur efficacité
chez le diabétique. Dans le domaine de la prévention secondaire, les grands essais ont
prouvé l’efficacité d’une baisse thérapeutique du cholestérol avec, à 5 ans, une réduction
de 55 % du risque relatif d’événements coronaires majeurs chez le diabétique hypercho-
lestérolémique traité par simvastatine dans l’étude 4S [57] et de 25 % chez le diabétique
normocholestérolémique mis sous pravastatine dans l’essai CARE [58]. Dans une popula-
tion de 5 963 diabétiques, HPS confirme ces résultats avec une réduction significative de
22 % du risque relatif, identique à celle observée dans la cohorte des patients non diabé-
tiques [59]. Avec une réduction du risque relatif de 33 %, ce bénéfice est également noté
dans le groupe de 2 912 diabétiques asymptomatiques. Ce gain pronostique est enregis-
tré quels que soient le type du diabète, son ancienneté et la qualité de son contrôle gly-
cémique, quels que soient l’âge et le sexe et enfin quels que soient les niveaux initiaux de
la pression artérielle (PA), du cholestérol total et du cholestérol-LDL (LDL-C). Bien
qu’ayant suscité moins d’essais, les fibrates ont aussi prouvé leur efficacité en prévention
secondaire chez le diabétique [60]. Les résultats cliniques et biologiques de ces essais
ont présidé à l’élaboration de recommandations définissant des seuils d’intervention thé-
rapeutique selon le niveau du risque vasculaire et le taux du LDL-C. Chez le diabétique
ayant deux autres facteurs de risque comme chez le coronarien avéré, le seuil d’interven-
tion est fixé à 1,3 g/L de LDL-C pour l’Affsaps avec une valeur cible de 1 g/L pour les der-
nières recommandations européennes [61].
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L’affirmation d’une IMS peut ainsi conduire à une prise en charge stricte et continue
du RCV global par la mise en jeu de médications adaptées à chaque cas. Chez des
hommes à haut risque vasculaire et présentant une IMS affirmée par un test d’effort
positif, ces mesures attentives participent à réduire significativement la mortalité cardio-
vasculaire de 61 % à 7 ans [74]. Chez le diabétique de type 2, présentant une micro-
albuminurie, une prise en charge thérapeutique agressive (contrôle glycémique strict,
contrôle tensionnel au niveau de 135/80 mmHg et prescription de statine et d’aspirine)
diminue le risque vasculaire à 7 ans de 50 % par rapport au traitement conventionnel et
occasionnel des facteurs de risque associés [75].
Revascularisation myocardique
La découverte d’une IMS et la mise en évidence d’une coronaropathie avec sténoses
coronaires serrées et commandant un large territoire myocardique peuvent conduire à
envisager un geste de revascularisation. Faute d’essais spécifiquement dédiés à la revas-
cularisation du diabétique, notamment asymptomatique, et du fait de la constante évo-
lutivité des méthodes chirurgicales et interventionnelles, le principe même de la revascu-
larisation et ses modalités sont encore controversés. Les grands essais ont cependant
permis de dégager quelques lignes directrices utiles aux décisions thérapeutiques vis-à-
vis de l’ischémie myocardique chez le diabétique.
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Lorsque l’indication d’une angioplastie est retenue et que les conditions angiographiques
sont propices, la pose d’un stent doit être privilégiée. Le risque de resténose, particulière-
ment élevé chez le diabétique [83], est significativement réduit par l’implantation d’un
stent [84] pour atteindre dans le meilleur des cas un seuil identique à celui des patients
non diabétiques [85]. L’administration d’un anti-GP IIb/IIIa, et plus particulièrement d’ab-
ciximab, pendant la pose du stent participe à réduire significativement le taux de resténose
[86] et le risque de mortalité à 1 an [87]. Enfin, les résultats obtenus avec les stents actifs
semblent aujourd’hui prometteurs, et s’ils sont confirmés, conduiront à faciliter l’angioplas-
tie chez le diabétique et possiblement à élargir les indications de revascularisation chez ces
patients [88]. Dans la population des 279 diabétiques de l’étude SIRIUS (26 % de l’effectif
total), le taux de nouvelle revascularisation de la coronaire étayée est de 22,3 % dans le
groupe « stent inactif » et de 6,9 % dans le groupe « stent couvert » de sirolimus [89].
L’évaluation des recommandations déjà formulées peut aider à parfaire la sélection des
sujets à risque. Ainsi, en 1995, l’ALFEDIAM a recommandé la recherche d’une IMS auprès
de diabétiques asymptomatiques ayant soit un cofacteur vasculaire associé au diabète,
soit un âge supérieur à 60 ans, soit une néphropathie, ou encore une artériopathie des
membres inférieurs [1]. L’application ultérieure de ces recommandations dans plusieurs
études françaises n’a permis l’identification d’une IMS que dans 18 à 30 % des cas, et la
découverte d’une coronaropathie dans 10 % des cas [39, 42]. La sélectivité insuffisante
de ces précédentes recommandations a donc conduit le groupe d’experts à renforcer les
critères de sélection des diabétiques asymptomatiques relevant d’une stratégie de
dépistage. Cette sélection, qui vise à retenir les diabétiques présentant une forte proba-
bilité d’IMS, passe d’abord par l’âge des sujets et l’ancienneté du diabète, ensuite par la
mesure des autres facteurs de risque et enfin par l’existence éventuelle d’une atteinte
vasculaire périphérique ou d’une néphropathie.
Risque global
Il repose d’abord sur l’âge et sur l’ancienneté du diabète, deux déterminants majeurs
du risque cardiovasculaire. L’âge retenu par le groupe d’experts est égal ou supérieur à
60 ans. Il correspond à la moyenne d’âge des patients inclus, en raison d’un risque vas-
culaire élevé, dans les derniers essais thérapeutiques menés dans le domaine de la pré-
vention primaire ou primo-secondaire [59, 90]. Au-delà de 60 ans, la prévalence de l’IMS
est élevée et peut être observée dans plus de 25 % des cas [91]. De plus, la valeur pré-
dictive d’une IMS positive pour la survenue d’un événement cardiaque majeur est bien
plus forte au-delà de 60 ans (33,3 vs 13,2 % avant 60 ans) [40]. Le sexe n’intervient pas
dans la sélection, car le diabète expose la femme au même RCV que l’homme [92, 93].
L’ancienneté du diabète, facteur évidemment sous-estimé, car le diagnostic et la prise en
charge thérapeutique du diabète de type 2 sont postérieurs à l’installation du désordre
glycémique, est également un déterminant important du pronostic. Chez l’homme
comme chez la femme ayant un diabète connu depuis plus de 10 ans, il a été démontré
que le risque relatif de décès de nature coronaire est au moins trois fois plus élevé que
chez les sujets non diabétiques d’âge comparable [93-95]. L’âge et l’ancienneté du dia-
bète étant deux paramètres souvent superposés, le groupe a retenu comme premier cri-
tère de sélection pour la recherche d’une IMS soit l’âge supérieur à 60 ans soit l’ancien-
neté du diabète supérieure à 10 ans.
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Considérant que la probabilité d’un test de dépistage positif doit être élevée, le groupe
d’experts propose la recherche d’une IMS chez les diabétiques asymptomatiques âgés de
plus de 60 ans, ou atteints d’un diabète depuis au moins 10 ans, et ayant au moins deux
autres facteurs de risque associés. Cette option rentre dans le cadre des recommanda-
tions de classe IIb (divergence d’opinion) de l’ACC/AHA [4]. À titre indicatif, ces critères de
sélection amènent à retenir pour la recherche d’une IMS et d’une éventuelle coronaropa-
thie, les sujets diabétiques asymptomatiques dont le risque d’événements coronaires à
10 ans est égal ou supérieur à 30 % chez l’homme et à 24 % chez la femme [98]. Pour
cette population ainsi sélectionnée, le risque relatif d’événements coronaires à 10 ans est
2,3 fois supérieur à celui des diabétiques sans autre facteur de risque. Bien sûr, cette
mesure du risque, issue des stratifications de l’étude Framingham, n’est pas systémati-
quement applicable à la population des diabétiques français dont le risque est plus faible.
Les dernières estimations du RCV établie par la Société européenne de cardiologie distin-
guent en Europe les pays à haut et faible RCV. Ainsi, dans les pays à faible RCV, auxquels la
France appartient, le risque de survenue d’un décès de nature cardiovasculaire à 10 ans
est respectivement de 18 et 16 % pour l’homme et la femme diabétique âgés de 60 ans
et présentant une PAS égale à 180 mmHg et un cholestérol total égal ou supérieur à 3 g/L
[61]. Il ne s’agit que d’une évaluation et son niveau est évidemment modulé par la sévé-
rité de chacun des facteurs de risque.
Chez le diabétique de type 1, la recherche d’une IMS est recommandée sur les trois
critères associés suivants : un âge supérieur à 45 ans, un diabète traité depuis plus de
15 ans et la présence d’au moins deux autres facteurs de risque. Enfin, la recherche
d’une IMS est recommandée chez les sujets qui envisagent de reprendre une activité
physique sportive intense après l’âge de 45 ans [99].
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Ainsi, quels que soient l’âge et l’ancienneté du diabète, la recherche d’une IMS est
recommandée chez le diabétique de type 2 asymptomatique qui a soit une atteinte des
gros troncs artériels extracardiaques attestée par la perte d’au moins deux pouls au
niveau des membres inférieurs ou par la présence d’un souffle vasculaire correspondant
à une sténose échographique au moins égale à 30 %, soit une protéinurie isolée, ou une
micro-albuminurie (entre 30 et 300 mg/24 h ou entre 20 et 200 mg/L observée à deux
reprises) associée à deux facteurs de risques traditionnels.
TABLEAU III – DIABÉTIQUES ASYMPTOMATIQUES À HAUT RISQUE SÉLECTIONNÉS POUR LA RECHERCHE D’UNE IMS
◗ Patient diabétique de type 2 âgé de plus de 60 ans ou ayant un diabète reconnu depuis plus de 10 ans et
ayant au moins deux facteurs de risque traditionnels parmi les suivants :
– dyslipidémie avec cholestérol total > 2,5 g/L et/ou cholestérol LDL > 1,6 g/L, cholestérol HDL < 0,35 g/L,
triglycérides > 2 g/L et/ou traitement hypolipidémiant* ;
– pression artérielle > 140/90 mmHg ou traitement hypotenseur ;
– tabagisme actif ou interrompu depuis moins de trois ans ;
– accident cardiovasculaire majeur avant l’âge de 60 ans dans la parenté du premier degré.
◗ Patient diabétique de type 1 âgé de plus de 45 ans et traité depuis plus de 15 ans et ayant au moins deux autres
facteurs de risque traditionnels.
◗ Patient diabétique de type 1 ou 2 ayant, quels que soient l’âge ou le niveau des facteurs de risque traditionnels
– soit une artériopathie des membres inférieurs et/ou un athérome carotidien ;
– soit une protéinurie.
◗ Patient diabétique de type 1 ou 2 ayant, quel que soit l’âge, une micro-albuminurie avec au moins deux autres
facteurs de risque traditionnels.
◗ Reprise d’une activité sportive par un sujet sédentaire âgé de plus de 45 ans.
* : prescrit dans le cadre d’une dyslipidémie et non dans celui de la seule prévention primaire.
EXAMENS DE L’EXPLORATION
Auprès de sujets asymptomatiques ainsi sélectionnés, ces examens visent à recher-
cher une IMS et à faire le diagnostic de lésions coronaires. Ils participent aussi à établir le
pronostic et à évaluer le risque de survenue d’un accident vasculaire.
Électrocardiogramme de repos
La valeur prédictive de cet examen est pauvre. En dépit d’un ECG de repos normal,
certains sujets diabétiques asymptomatiques peuvent avoir une coronaropathie sévère
pluritronculaire [112] selon une incidence qu’il est impossible de mesurer, car l’explora-
tion coronarographique n’est pas indiquée dans cette seule situation électrocardiogra-
phique. L’ECG annuel, tel que déjà recommandé [5], ne saurait dépister une IMS.
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Cependant, une anomalie de l’ECG de repos possède une valeur pronostique incontes-
table [113, 114] et doit conduire à approfondir les investigations.
Une anomalie peu ou pas évocatrice d’une IMS, telle qu’un trouble de la conduction
intraventriculaire ou une anomalie de la repolarisation évocatrice d’une HVG, amènera à
rechercher une ischémie myocardique par la pratique d’une scintigraphie myocardique
ou d’un échocardiogramme de stress et non par celle d’une épreuve d’effort dont le
résultat électrocardiographique serait ininterprétable.
Une anomalie fortement évocatrice d’une ischémie myocardique, telle qu’une onde Q
de nécrose ou bien une onde T d’ischémie sous-épicardique, notée sur au moins trois
dérivations contiguës et en l’absence d’hypertrophie ventriculaire gauche électrique, doit
motiver une exploration plus invasive. Pour le groupe d’experts, la réalisation d’une coro-
narographie de première intention est justifiée, surtout lorsque l’anomalie apparaît dans
le suivi d’un diabétique dont l’ECG était précédemment normal.
Épreuve d’effort
Bien que sa sensibilité et sa spécificité soient imparfaites, l’épreuve d’effort (EE) est
un examen validé dans le dépistage des sténoses coronaires à haut risque myocardique
(atteinte pluritronculaire et sténose du tronc commun gauche) chez des sujets asympto-
matiques capables de faire un effort et n’ayant pas d’anomalies électrocardiographiques
de la repolarisation au repos. Chez le diabétique, les courtes séries rapportent une sensi-
bilité diversement appréciée de 50 à 67 % avec une spécificité satisfaisante évaluée aux
alentours de 75 % et des valeurs prédictives positives et surtout négatives de 46 et 87 %
respectivement [115-117]. Si l’EE peut manquer de fiabilité dans la reconnaissance des
atteintes monotronculaires à faible risque myocardique, elle est cependant performante
dans l’identification des individus diabétiques n’ayant pas d’atteinte coronaire à haut
risque myocardique engageant le pronostic à long terme.
Chez des sujets correctement sélectionnés, l’EE, peu coûteuse, est l’examen de dépis-
tage de première intention. Elle doit être démaquillée. Ses résultats amènent à distin-
guer les cas de figure suivants :
– EE maximale négative (la fréquence cardiaque à l’effort atteignant 220 batte-
ments par minute [batt/min] moins l’âge). La valeur prédictive négative du test est
ici proche de 90 % et, par conséquent, la probabilité d’une atteinte coronaire
sévère est très faible [118]. Ce résultat est un marqueur de bon pronostic à long
terme [117]. Il n’y a pas lieu dans ce cas de pratiquer une scintigraphie myocar-
dique dont l’apport pronostique complémentaire est pauvre [119] ;
– EE fortement positive marquée par un sous-décalage du segment ST > 2 mm pour
un seuil < 75 W ou bien présentant des critères de gravité rythmiques ou hémody-
namiques. Dans ce cas, le risque d’une atteinte coronaire est élevé et il est justifié
de pratiquer une coronarographie ;
– EE faiblement positive ou douteuse. La valeur prédictive positive d’une EE positive
au-delà du seuil de 75 W et sans aucun critère de gravité est faible, voisine de 45 %
[115, 116]. Ici, la pratique d’une coronarographie, qui ne révélerait une coronaropa-
thie à faible risque myocardique que dans moins de la moitié des cas, n’est pas
recommandée en première intention. En revanche, il est licite de réaliser un autre
test fonctionnel (isotopique ou échocardiographique) qui possédera, de plus, une
valeur pronostique supplémentaire incontestable ;
– EE sous-maximale. La durée de l’EE est un puissant facteur prédictif. L’incapacité
de fournir un effort supérieur à 440 secondes est associée à un risque important
d’événements coronaires [116]. Chez les diabétiques ayant deux autres facteurs de
risque vasculaire et incapables de réaliser une EE, le taux annuel d’événements car-
diaques majeurs est 6 à 7 fois plus élevé que chez les mêmes sujets capables de
développer un test négatif [116, 120]. Les examens fonctionnels avec stress phar-
macologique de seconde ligne sont fortement recommandés dans ce cas de figure.
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Chez le diabétique, les performances diagnostiques de la TSMP sont moins bonnes que
chez le non-diabétique. Dans les différentes séries, dont les critères de sélection et de
jugement sont variables, la sensibilité du test varie de 80 à 90 % et sa spécificité de 75 à
90 % avec des valeurs prédictives positives et négatives respectivement de 50 à 87 % et
85 à 95 % [36, 115, 121, 122]. Ces résultats diagnostiques imparfaits sont à rapporter à
la présence possible d’une hypertrophie ventriculaire gauche, d’une dysfonction endothé-
liale ou d’une altération de la microcirculation qui peuvent induire un trouble de la perfu-
sion en l’absence même de sténoses coronaires.
L’intérêt de la TSMP repose aussi et surtout sur sa valeur pronostique négative. Dans
la population générale des sujets exposés au risque vasculaire ou ayant une coronaropa-
thie clinique, le taux annuel de décès et/ou d’IDM est inférieur à 1 % quand la TSMP est
normale [123-125]. Dans la population diabétique, symptomatique ou non, la valeur pro-
nostique de la TSMP a également été prouvée. À 2 ans, le taux d’événements cardiaques
majeurs est corrélé aux résultats de la TSMP dans une large série nord-américaine recru-
tant 1 271 diabétiques, avec un risque annuel de 1 à 2 % quand l’examen est normal, de
3 à 4 % en cas de faible positivité et supérieur à 7 % en cas de forte positivité [126].
Dans la population des diabétiques asymptomatiques, la TSMP présente aussi une valeur
discriminante élevée. À 5 ans, le taux de survenue d’un événement cardiaque est signifi-
cativement plus élevé (19,2 contre 1,9 %) en présence d’une TSMP anormale dans une
série récente de 735 sujets diabétiques sans signes cliniques de coronaropathie [127]. À
3 ans, le risque d’événements cardiaques majeurs est respectivement de 3, 10 et 31 %
selon que la TSMP est normale, faiblement, ou fortement positive dans une autre série
recrutant 180 diabétiques asymptomatiques [128].
L’excellente valeur prédictive négative de la scintigraphie tient compte des rares faux
négatifs qui peuvent être observés chez des patients ayant une atteinte coronaire tri-
tronculaire dite « équilibrée » avec une TSMP faussement normale. L’étude de la fixation
pulmonaire de l’isotope, l’analyse de la dilatation de la cavité ventriculaire gauche à l’ef-
fort et de la fonction ventriculaire gauche permettent en général d’identifier ces cas rela-
tivement exceptionnels [131-133]. Inversement, le bloc de branche gauche peut donner
lieu à de faux positifs. Dans ce cas, les performances d’une sensibilisation par le dipyrida-
mole sont supérieures à celles d’une provocation par l’effort, et l’échocardiographie de
stress est plus discriminante que la TSMP [134, 135].
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Le stress, appliqué au cours de cet examen de deuxième intention chez des patients
incapables de réaliser un effort ou présentant un test d’effort douteux, sera de nature
pharmacologique par l’emploi le plus souvent de fortes doses de dobutamine. Assuré par
un opérateur expérimenté, cet examen est peu ou non interprétable dans 5 à 10 % des
cas en raison de la mauvaise échogénicité des sujets.
Bien qu’ayant suscité encore peu d’études, l’ES semble avoir des performances dia-
gnostiques et une valeur pronostique identiques à celles de la TSMP. Le choix entre l’une
ou l’autre de ces deux méthodes fonctionnelles, pratiquées en deuxième intention, sera
guidé par les caractéristiques échocardiographiques du patient, l’expérience des opéra-
teurs et la disponibilité du plateau technique (tableau IV).
TABLEAU IV
◗ La découverte d’une anomalie de type formellement ischémique sur l’ECG de repos justifie la réalisation d’une
exploration coronarographique de première intention.
◗ L’épreuve d’effort constitue l’examen de dépistage de première intention.
◗ La TSMP ou l’ES sont pratiquées dans les circonstances suivantes :
– EE faiblement positive au-delà du seuil de 75 W ;
– EE douteuse ;
– EE négative largement sous maximale de durée inférieure à 440 secondes;
– inaptitude à l’effort ;
– artériopathie des membres inférieurs invalidante ;
– anomalies non ischémiques de l’ECG de repos (BBG complet, WPW, électrostimulation, sous-décalage du
segment ST supérieur à 1 mm au repos (4,99).
Coût du bilan
La cotation et le tarif des différents examens sont les suivants :
– EE (K 40) soit 76,8 euros ;
– TSMP d’effort plus redistribution (Zn 225 + produit radioactif 225 + K 40) soit
520,05 euros ;
– TSMP dipyridamole plus redistribution (Zn 225 + produit radioactif 225 + K 8,5)
soit 459,57 euros ;
– échocardiographie transthoracique (K 50) soit 94,5 euros ;
– coronarographie plus ventriculographie (K 150 + Z 300) soit 687 euros.
La relation entre le coût des examens et le bénéfice thérapeutique n’est pas établie car
le dépistage de l’IMS n’a pas fait l’objet d’une évaluation médico-économique approfon-
die. Toutefois, il apparaît que le rapport coût/efficacité des stratégies fondées sur le
recours à la scintigraphie est meilleur que celui des conduites à tenir centrées par la
coronarographie réalisée sur les bases d’une EE douteuse [139]. Le coût du bilan, s’il
n’est pas décisif, doit cependant être pris en compte dans le contexte d’un dépistage à
large échelle.
350 ARCHIVES DES MALADIES DU CŒUR ET DES VAISSEAUX, tome 97, n° 4, avril 2004
RECOMMANDATIONS SFC/ALFEDIAM
et d’orienter la stratégie de dépistage. Il permet aussi de reconnaître les sujets qui ont
une atteinte artérielle périphérique patente et d’identifier les rares individus qui, sur la foi
des données électrocardiographiques, présentent déjà une très probable coronaropathie.
Bilan annuel
Haut risque
Faible risque ECG ischémique
EE impossible
EE possible
ou incomplète
TSMP ou ES
Négative ou Positive ou
AP* < 10 % AP* > 10 %
Nouvelle évaluation
Suivi clinique annuel Coronarographie
du risque à 2 ans
FIGURE – Bilan annuel : interrogatoire attentif, examen clinique CV complet, bilan biologique d’une anomalie
lipidique et hémoglobine glyquée, recherche d’une protéinurie ou d’une micro-albuminurie, ECG de repos.
AP* : anomalie de perfusion du VG.
ARCHIVES DES MALADIES DU CŒUR ET DES VAISSEAUX, tome 97, n° 4, avril 2004 351
J. PUEL ET COLLABORATEURS
Faible RCV
Cette situation ne relève pas de la recherche d’une IMS. Le RCV est évolutif et doit faire
l’objet d’une évaluation annuelle. Aussi, les patients à faible RCV doivent bénéficier d’un
bilan annuel afin de réévaluer le pronostic, avec le développement éventuel de nouveaux
facteurs de risque aggravant, et de dépister l’installation insidieuse et récente d’une
atteinte artérielle périphérique et/ou d’une anomalie ECG.
Haut RCV
La recherche d’une IMS est recommandée dans cette situation. En l’absence d’anoma-
lie de l’ECG de repos, le dépistage repose sur la pratique d’une EE dont le résultat
oriente la conduite à tenir [140]. Une EE maximale négative est en faveur d’un bon pro-
nostic pour des sujets qui feront l’objet d’un bilan annuel et éventuellement d’une nou-
velle évaluation fonctionnelle 3 ans plus tard. Une EE fortement positive, pour un seuil
inférieur à 75 W, justifie la pratique d’une coronarographie en raison de la forte probabi-
lité d’une coronaropathie sous-jacente. Une EE douteuse, sous-maximale ou faiblement
positive (cf. chapitre « Examens de l’exploration », tableau III), comme la présence d’ano-
malies non spécifiques de la repolarisation sur l’ECG de repos, conduisent à approfondir
le bilan fonctionnel par la réalisation d’une TSMP ou d’une ES. Le choix entre l’une ou
l’autre de ces deux méthodes est guidé essentiellement par les disponibilités locales du
plateau technique et la maîtrise des opérateurs [141]. La positivité de ces examens justi-
fie la réalisation d’une coronarographie.
Quelle que soit l’orientation donnée par la stratification initiale, les patients feront l’ob-
jet d’un bilan clinique, biologique et électrocardiographique annuel. Le groupe d’experts
ne dispose d’aucun élément lui permettant de définir, dans le suivi des diabétiques
asymptomatiques à haut risque, une limite d’âge supérieure au-delà de laquelle il n’y
aurait plus lieu de rechercher une IMS. Si elle existe, cette limite supérieure sera définie
au cas par cas par l’évaluation de l’âge physiologique.
CONCLUSION
Idéalement, la stratégie de dépistage de l’IMS devrait permettre d’identifier les sujets
dont le RCV pourrait être compensé par un bénéfice thérapeutique au moins égal. La
relation entre le risque mesuré et le bénéfice escompté n’est pas établie. Plus prosaïque-
ment, ce dépistage vise essentiellement à identifier les diabétiques asymptomatiques
susceptibles de présenter des lésions coronarographiques relevant d’un geste de revas-
cularisation dont l’efficacité a déjà été prouvée ; c’est-à-dire les sténoses multitroncu-
laires ou siégeant sur le tronc commun gauche.
Plus restrictives que les précédentes, ces recommandations reposent sur des bases
incertaines. Elles tentent de répondre aux impératifs de l’efficacité et de la sobriété par
le dépistage des sujets les plus exposés, et le recours aux examens les plus appropriés en
352 ARCHIVES DES MALADIES DU CŒUR ET DES VAISSEAUX, tome 97, n° 4, avril 2004
RECOMMANDATIONS SFC/ALFEDIAM
évitant les recherches inutiles. Au risque de rester lettres mortes et au risque de devoir
établir de nouveaux protocoles tout aussi incertains, ces recommandations doivent impé-
rativement faire l’objet d’une évaluation approfondie dans le cadre d’un large registre
prospectif rapprochant diabétologues et cardiologues. Les observations d’un tel registre,
enrichies par l’apport de nouveaux moyens d’investigations, tels que l’angiographie non
invasive, et par le développement de nouveaux moyens thérapeutiques validés, médica-
menteux ou interventionnels, conduiront à réactualiser ces recommandations sur des
bases plus solides.
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