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La Conscience du Corps en Philosophie

Ce livre est un guide pour les élèves de terminale en philosophie, visant à les aider à maîtriser le programme et à développer leur pensée critique. Il propose une approche méthodique de l'apprentissage, en confrontant les idées de différents auteurs à travers le dialogue et en encourageant l'analyse personnelle des problèmes philosophiques. Les conseils pratiques incluent la préparation précoce, la prise de notes, et l'importance de l'entraînement régulier pour réussir l'épreuve du baccalauréat.

Transféré par

Cédric Cagnat
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© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
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La Conscience du Corps en Philosophie

Ce livre est un guide pour les élèves de terminale en philosophie, visant à les aider à maîtriser le programme et à développer leur pensée critique. Il propose une approche méthodique de l'apprentissage, en confrontant les idées de différents auteurs à travers le dialogue et en encourageant l'analyse personnelle des problèmes philosophiques. Les conseils pratiques incluent la préparation précoce, la prise de notes, et l'importance de l'entraînement régulier pour réussir l'épreuve du baccalauréat.

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En vue d’une lecture efficace

L’esprit du livre
Entrant en terminale, vous découvrez la philosophie : une rencontre personnelle tout autant
que la préparation à une épreuve de baccalauréat.

Bien vite, cette question apparaît : comment réussir et comment apprendre ? Il faut penser
par soi-même mais cela nécessite rigueur, créativité et entraînement. Et surtout, on ne pense pas
tout seul ! Vous avez un premier repère : la liste de notions qui constitue votre programme. À la
fin de l’année, vous devez maîtriser ce programme tout autant que la méthode de la dissertation et
de l’explication de texte. Ce livre vous accompagnera tout au long de votre apprentissage.

Chaque notion cache un ensemble de problèmes philosophiques. Apprendre à philosopher, c’est


apprendre à analyser un problème, à le traiter de manière méthodique et progressive.

Tout comme l’artiste de génie découvre son propre talent en commençant par imiter, l’apprenti
philosophe construit sa pensée en se confrontant aux auteurs. Rencontrer un auteur, c’est d’abord
rencontrer une de ses grandes questions et la démarche qu’il a adoptée pour y répondre. Et chaque
auteur, lui-même, construit sa pensée en se confrontant à ce qui est autre, à une thèse opposée.
Ainsi, pour chaque notion du programme, le chapitre se construit comme un dialogue :
une question est posée et deux auteurs y répondent, chacun à sa manière, en justifiant sa position.

Nourri de ce dialogue, vous maîtriserez des références que vous pourrez utiliser à votre tour dans
vos copies. Pour autant, c’est aussi votre cheminement et votre rapport à la question qui seront
déterminants : les auteurs sont comme des interlocuteurs. Ce sont, certes, des références, mais ils
ne sont pas détenteurs de la vérité : c’est toujours vous qui pensez.

Comment utiliser ce livre ?


Dans chaque chapitre, trois étapes vous guident dans l’apprentissage :

■ Les notions à l’étude


Cette étape présente les différentes significations de la notion abordée et des notions
associées. Si vous faites des fiches, c’est un appui précieux.

■ Les notions en action


Un problème clé est posé. Deux auteurs s’affrontent. Attention, ce problème est propre
à chaque dissertation proposée : vous devrez sans doute en construire d’autres le jour de
l’épreuve.
Un zoom et un tableau vous aident à retenir l’essentiel. Ils ne sont pas suffisants pour
comprendre les thèses et les méthodologies, mais ils constituent un résumé, un aide mémoire.
Un exercice vous permet de tester vos connaissances. C’est aussi l’occasion de retrouver
les mots-clés, les enjeux, ou le contexte de pensée des auteurs.

7
■ Vers le baccalauréat
Vous retenez les concepts principaux. Cette partie vous aide aussi à réaliser vos fiches.
Vous vous entraînez à la dissertation ou à l’explication de texte. Il est important de
réaliser même sur des temps courts, de l’ordre de 20 minutes, des plans, des problématiques,
des paragraphes, puis de les montrer à vos amis : le travail en groupe fait très rapidement
progresser ! Osez vous entraîner et confronter vos productions !

Nos conseils
■ La pensée philosophique demande un temps de maturation : commencez votre prépa-
ration le plus tôt possible.

■ Lisez ce livre un crayon à la main, pour souligner l’essentiel, notez vos questions, faites
les exercices.

■ Ayez en tête tous les conseils de méthode qui vous sont donnés au cours de la lecture.

■ Entraînez-vous à mobiliser les thèses et les arguments principaux des auteurs. Ces
références seront précieuses pour vos devoirs.

■ Vérifiez que vous avez compris en expliquant à une autre personne ce que vous
avez retenu. Si l’autre comprend, c’est gagné !

■ Ce livre n’est pas un roman : lisez-le dans l’ordre que vous souhaitez, mais n’hésitez pas,
parfois, à passer du temps sur une même page. De même, vous pourrez avoir à relire plusieurs
fois certains passages : la démarche philosophique demande des relectures et des temps
de pause pour être mieux assimilée.

■ Élaborez votre propre carnet de révisions au fil de votre lecture et rédigez le plus


possible ! Développez les thèses que vous avez comprises, les argumentations requises,
des objections pertinentes…

Enfin, avant tout


La philosophie n’est pas une matière mais une discipline, elle demande une pratique régulière, des
entraînements : discussions, contradictions, débats. La pensée est en acte, mouvante, vivante. Ce
livre n’entend pas se limiter à la classe de terminale. Il entend aussi rendre compte de questions
récurrentes, toujours actuelles, du fait qu’elles sont existentielles. Il ne s’agit alors pas d’un outil,
mais d’un compagnon, avec lequel la pensée peut advenir. C’est aussi à vous de questionner le
contenu, d’aller ensuite lire les textes des auteurs rencontrés, et de construire, au-delà du bacca-
lauréat, votre vie de philosophe.

Nous vous souhaitons de cultiver au fil des pages créativité et questionnement !

8
Chapitre 1

La conscience
Ai-je un corps
ou suis-je un corps ?

▶ Séquence : le sujet

▶ Notion : la conscience

▶ Notions associées : la matière


et l’esprit, le vivant

▶ Auteurs : Descartes,
Merleau-Ponty
Les notions à l’étude
La conscience À retenir
Ce terme possède plusieurs sens qui amènent des développements Distinction conscience
différents. Premièrement, la conscience est la capacité de savoir ce immédiate, conscience
réfléchie.
que nous faisons ou ce que nous sommes ; ainsi, la conscience est un
rapport à soi-même et au monde qui permet à celui qui est conscient
de dire quelque chose du monde. En ce sens, toute conscience est
conscience de quelque chose qu’elle n’est pourtant pas.
On distingue la conscience immédiate de la conscience réfléchie. La première accompagne tous les
actes du sujet alors que la conscience réfléchie suppose un retour de la conscience sur elle-même.
La conscience immédiate est toujours en même temps conscience immédiate de soi. La conscience
de soi permet d’avoir une représentation de ce que l’on est. Pouvoir dire « je », c’est ainsi avoir
conscience d’être soi, par rapport à tous les autres objets du monde, que nous ne sommes pas.
La conscience de soi est au fondement de l’unicité du sujet. Grâce à la conscience réfléchie, le
sujet peut se prendre, lui, comme objet de conscience, il peut chercher à se connaître. Il reste que
cette représentation exacte de soi fait débat, dans la mesure où la conscience de soi n’est pas une
connaissance de soi. Elle est plus une intuition qu’un savoir.
Enfin, la conscience peut aussi être conscience morale : c’est cette fois-ci un savoir être, une possi-
bilité d’agir moralement. Kant établit que c’est cette conscience qui nous élève à l’humanité : pour
le philosophe des lumières, la conscience morale est accessible à tous, universelle.

Le vivant
Tout vivant (plante, animal, homme) est capable de se conserver, de se reproduire, et d’interagir
avec son entourage. L’unité que constitue un organisme vivant naturel diffère de celle d’un objet
inorganique : chaque partie qui le constitue est solidaire des autres dans un rapport d’interdépen-
dance. À l’inverse, pour des objets inertes, on parlera d’agrégation d’éléments disparates.
Le vivant peut-il s’expliquer de manière purement mécanique ou bien faut-il faire référence à un
principe vital pour rendre compte de la vie ? Comment se fait-il que tout dans l’organisme tende
à la conservation de celui-ci ? Pour rendre compte de cette spécificité, on peut se référer à une
force vitale. Mais, c’est séparer le vivant des autres éléments de la nature. On peut alors privilégier
une physique du vivant et concevoir l’être vivant comme une machine. Mais, le paradigme de la
machine laisse de côté quelques spécificités de l’être vivant.
Il est question aussi de savoir si la conscience est le propre de l’homme ou s’il existe différents
« niveaux » de conscience : de la plante qui ne ressent que son environnement sans pouvoir se
déplacer jusqu’à l’homme comme conscience de soi.

La matière et l’esprit
On cherche à réfléchir sur les liens entre matière et esprit : pour le sujet, la pensée est possible grâce
à l’union de l’esprit et du corps. Nous sommes à la fois matière (notre corps) et esprit (la pensée).
On peut se demander si l’esprit est totalement distinct de la matière (thèse du dualisme) ou s’il est
lui-même constitué de matière (thèse du monisme).
Ces deux notions, séparées, permettent aussi de distinguer le sensible et l’intelligible : ce qui est
donné comme objet matériel et ce qui ne peut être que pensé. Un triangle mathématique est un
concept mais le triangle de signalisation a une matière, donnée à la vue.

10
Les notions en action
Le débat

Ai-je un corps ou suis-je un corps ?

■ Descar tes ■ Merleau-Pon


ty
ysicie n et mathé -
Ph ilosophe fra nçais, ph Il est né en 1908
et meu rt en 1961
6 et meurt en 1650. élève de l’ENS et . Ancien
maticien, il na ît en 159 ag régé de ph iloso
a élevé pa r son père en seig ne à Char ph ie, il
De santé fragile, il ser tres pu is à Pa ris
Br illa nt, il remett ra . Il reçoit
et ses gra nd s-parents. l’hér itage de la ph
énoménolog ie et
seignement scolas- tentia lisme. Da ns de l’exis-
toujours en question l’en la lignée de la ph
à partir de ces désac- nologie, il décr it énomé-
tique qu’il reçoit. C’est l’existence telle qu
philosophie, fondée ’elle est
cords qu’il construira sa vécue concrètem
ent. Da ns celle de
ue et la rec herche l’exis-
su r l’ordr e mathé matiq tent ia lisme, il pe
nse l’hom me com
le. Diplômé de droit inachevé. Il analys me êt re
d’u ne méthode infaillib e la question du
viv re à Paris, pu is en entre l’esprit et le rappor t
à Poitiers, il va ensuite corps et remet en
à l’école de guerre de le dualisme tradi question
Hollande (où il s’engage tionnel. Au lieu de
contre le physicien dist in-
Maurice Nassau). Il y ren guer l’esprit et le co
rps et de chercher
uit ses recherches ensuite
Isaac Beeck ma n et pours à les réconcilier,
il s’appuie su r l’exp
pa rtira ensu ite pour vécue afi n de pe ér ience
en mathématiques. Il nser leur un ité or
magne. Il continuera Il mobilise le conc ig inaire.
le Danemark puis l’A lle ept de corps-prop
jou rs en Suède, où te rme dé sig ne le re. Ce
ses voyages et fi nit ses corp s en ta nt qu
Christine. Ces itiné- habita nt le monde e suje t
il est tuteu r de la reine et lu i donnant se
sca rtes de trava iller ns.
rances permettent à De
ants de son époque ;
avec les plus grands sav
cogito, ses travaux
on retiendra, en plus du
comme méthode, la
sur l’optique, le doute
concernant le vivant
théorie du méca nisme
et le dualisme.

11
Je suis
J’ai un corps ! un corps !

L’esprit est au fondement Grâce au corps, je suis


DESCARTES MERLEAU-PONTY
de mon être, tel n’est pas un sujet percevant le monde
le cas du corps
La démarche de la phénoménologie
L’esprit est plus facile à connaître La phénoménologie est un courant philosophique,
que le corps né au XXe siècle, qui interroge l’origine et le sens de
Pour Descartes, le corps est comme une machine, la philosophie. Avec la multiplication des sciences,
répondant aux lois physiques et mathématiques. Il l’apparition de la psychologie, ou la difficulté crois-
possède un certain mode d’être au monde : par les sante d’embrasser un savoir global, les phénomé-
sens ou l’imagination, il permet de percevoir et de nologues entendent redonner du sens à la pensée
se conduire avec prudence. C’est grâce aux sens philosophique.
que je sais me repérer en ville ou que j’apprends les Le mouvement ressemble un peu à celui de
bonnes manières ; mais ces sens sont trompeurs. Descartes, qui cherche à fonder la science à partir
De cette imperfection du corps, Descartes va d’une critique de la scolastique. Ici, il s’agit de se
construire une critique du savoir et chercher à le demander d’où vient, d’abord, notre connaissance
fonder de nouveau. du monde. Pour Merleau-Ponty, notre conscience
Il entre dans une démarche de doute radical et fait face à des objets, qui sont des phénomènes.
méthodique, allant même jusqu’à douter de l’exis- C’est grâce à nos sens que le monde semble être
tence de son propre corps. Alors qu’il doute de posé, devant nous, dans sa totalité et sa complexité.
tout, il saisit une première certitude : celle de
l’existence de son esprit. L’esprit n’est donc pas Le corps comme sujet de la perception
de même nature que le corps : il est plus facile à Mon corps est donc d’abord ce qui me permet
connaître que lui. d’appréhender ce monde. Mais quand il devient
lui-même objet de ma conscience, un nouveau
J’ai un corps mais je suis une âme problème se pose : peut-il avoir le même statut que
Si j’ai un corps, je suis une âme. La pensée relève les autres objets de ma conscience ? Ce qui
tellement de mon essence que je ne peux jamais apparaît, fi nalement, c’est que le sujet n’est rien
la séparer de mon être. Alors même que je doute d’autre que ce corps qui pense, il n’y a pas de
de tout, je découvre mon existence comme sujet séparation entre une âme immatérielle et un corps
pensant. Descartes commence à distinguer le matériel. Chez l’homme, la matière a une signifi-
corps et l’esprit qui ne sont pas de même nature. cation métaphysique. La distinction objet/sujet
Ce sont deux substances absolument distinctes. devient presque superflue quand il s’agit de notre
Le corps relève de la substance étendue. L’esprit corps, puisque ce dernier est sujet, il perçoit, tout
relève de la substance pensante. en étant lui-même objet du monde. Un problème
peut se poser face à un autre, qui tend, lui, à nous
Mais comment Descartes peut-il être sûr que
voir comme objet.
l’esprit est plus facile à connaître que le corps ?
Comment peut-il attester de leur différence de
nature ?
À retenir
Le corps a une signification métaphysique, il
ne se réduit pas à la matière et manifeste des
intentions, des projets.

12
Je suis
J’ai un corps ! un corps !

Mon esprit me permet La conscience incarnée


DESCARTES MERLEAU-PONTY
de penser, le corps n’est
Mon corps est à la fois sujet
qu’un réceptacle
et objet
Je suis un esprit qui pense Merleau-Ponty ne sépare pas comme Descartes
Descartes cherche à vérifier que l’esprit est plus la conscience et le corps. Il pense d’emblée leur
facile à connaître que le corps. Il se rend compte unité et parle du corps-propre, c’est-à-dire du
que, même dans l’activité de la perception, c’est corps comme sujet de la perception. C’est sans
l’esprit qui se manifeste. doute ici le point le plus difficile à comprendre : le
fait que nous sommes, en tant que corps, à la fois
Dans les Méditations métaphysiques, Descartes objet et sujet. Sujet, puisque c’est notre conscience
analyse la perception d’un morceau de cire. Ce (le corps-propre) qui se pose comme pensant le
dernier est changeant, en fonction du monde monde. Mon corps habite le monde, c’est par lui
extérieur : solide, malléable, il peut même se trans- que je perçois. Et objet, puisqu’il peut être saisi
former en fumée ; son odeur et sa couleur changent. comme objet de la perception, il peut être vu de
Les sens ne me permettront jamais de saisir la l’extérieur.
cire dans toutes ses manifestations sensibles. De
même, l’imagination, liée aux sens, a ses limites. Le corps-propre
Seul l’entendement permet de reconnaître que la
Pour Merleau-Ponty, notre corps se donne comme
même cire demeure, malgré les changements. Il
corps-propre. Ce terme désigne le corps en tant
établit un lien entre les différents états de la cire.
que sujet habitant le monde et lui donnant sens.
L’idée de la cire est donc claire, indépendamment
Ainsi, l’homme n’est pas considéré comme en-soi,
des sens, qui ne font que saisir des indices. Cet
c’est-à-dire comme objet. Il n’est pas considéré non
entendement, c’est moi non pas en tant que corps,
plus comme pour-soi, comme sujet doué d’une
mais comme esprit. Je suis cet esprit dont l’exis-
absolue liberté. Il est plutôt pensé comme un
tence est indubitable.
mixte, c’est-à-dire comme une conscience
Le corps comme réceptacle incarnée, impliquée dans le monde. Je suis ce
corps unique que je cherche à comprendre mais
Dès lors, je peux penser que j’ai un corps, mais que qui ne m’est jamais donné entièrement. En effet,
je suis plus que cela, puisque je suis une âme. Le je ne peux pas sortir de moi pour me contempler
corps apparaît comme un réceptacle, une partie comme extériorité. Je ne peux que me sentir de
mondaine (qui est au monde) de mon être. Il est l’intérieur, ce qui prouve bien que mon corps est
constitué de matière et soumis aux lois qui déter- sujet et non matière inerte. Je ne peux que me
minent la matière. D’ailleurs, pour Descartes, le saisir, à différents moments, dans divers horizons,
fonctionnement du corps est analogue à celui d’une incomplets, et tenter de réunir ce qui se présente
machine. Chaque organe représente un rouage et comme un puzzle, auquel il manquerait des pièces.
le fonctionnement de l’ensemble s’explique par le Comment faire pour retrouver celles qui
mouvement qui se transmet de rouage en rouage. manquent ?

À retenir
Le corps-propre désigne le corps en tant qu’il
est sujet de la perception. il se distingue du
corps chose, objet d’étude pour la science.

13
Je suis
J’ai un corps ! un corps !

J’ai un corps et je suis Je suis mon corps


DESCARTES MERLEAU-PONTY
une union substantielle
L’intercorporéité
entre l’âme et le corps
Pour me comprendre comme corps-propre, j’ai
L’union substantielle besoin du recours à l’autre pour me dire que je
C’est par l’entendement que nous pouvons regarder suis. Merleau-Ponty considère que le sujet ne peut
notre corps comme une possession extérieure, exister que dans la rencontre avec l’autre. Mais
là où notre esprit serait notre véritable identité. il parle de cette rencontre en termes « d’inter-
Descartes pose une distinction de nature entre le corporéité ». La relation avec l’autre se construit
corps et l’esprit mais il ne s’arrête pas là. En effet, par le corps. La communication est possible car,
il y a un lien indépassable entre le corps et l’âme. en un sens, nous sommes tous du même corps.
Descartes dira que l’âme n’est pas seulement logée Nous pouvons comprendre, au moins partiel-
dans le corps « comme un pilote en son navire1 » : il lement, les intentions qui se manifestent dans le
utilise cette expression pour établir que le corps et comportement de l’autre. Nous ne nous réduisons
l’âme ne sont pas extérieurs l’un à l’autre. Mon âme ni à un mécanisme, ni à un déterminisme biolo-
est unie à mon corps car ce qui affecte mon corps gique (instincts), nous sommes capables de créer,
touche directement l’âme, comme en témoigne librement et avec l’autre, notre existence dans le
l’expérience de la douleur, alors que le pilote ne monde.
ressent pas les problèmes du navire. Ainsi, nous
sommes également ce corps que nous possédons Mon corps n’apparaît jamais comme simple
car l’union qui le lie à l’âme est indépassable. objet
Descartes parlera d’une union substantielle. Cette rencontre ne va pas de soi, puisque comme
objet de conscience d’un autre, je risque toujours
J’ai un corps, uni à mon âme de ne pas être perçu correctement. Mais c’est
Le corps est notre partie matérielle, il est dans le aussi l’autre qui peut, sans être moi, me recon-
monde. L’âme est unie au corps et en est insépa- naître comme sujet. Cette reconnaissance peut
rable, sauf pour une démarche abstraite. Le corps être immédiate car mon corps n’apparaît jamais
n’est donc pas pour elle un poids ni une extériorité, comme simple objet, il manifeste toujours des
mais un complément, essentiel à notre nature. intentions. Si l’autre est un risque, il est aussi la
Les sens, s’ils sont trompeurs, sont également condition de possibilité de mon existence comme
nécessaires à notre compréhension du monde. sujet : j’existe parce que je suis reconnu par l’autre.
L’idée seule ne suffit pas. D’ailleurs, une fois Je suis donc un corps, dans la mesure où, par le
que Descartes s’est assuré de ne plus douter du corps-propre, je réunis à la fois les caractéristiques
monde2, il procède « more geometrico3 » et retrouve de l’objet et du sujet. Le danger, c’est de croire,
la totalité des choses matérielles. Nous pouvons ce qui est illusoire pour Merleau-Ponty, que le
donc dire « j’ai un corps, uni à mon âme ». corps n’est qu’un objet : en l’autre également, il
est toujours déjà sujet, qui cherche à être reconnu.

À retenir
DÉFINITION

L’union substantielle désigne, chez Descartes, L’intercorporéité se distingue du terme, plus


l’unité entre le corps et l’âme qui sont insépa- usuel, d’intersubjectivité. Merleau-Ponty
rables mais de nature distincte. l’emploie pour signifier que nous ne sommes
pas de pures consciences immatérielles

1. Méditations métaphysiques VI.


2. Méditations métaphysiques II.
3. Selon l’ordre géométrique.

14

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