Chapitre 3
Systèmes quantiques à deux états
L’objectif de ce chapitre est d’introduire les concepts fondamentaux de la mécanique
quantique tel que le principe de superposition ou la notion de mesure quantique et son
interprétation probabiliste, à travers l’exemple simple d’un système quantique à deux
états. Pour des raisons historiques, nous avons choisi de considérer comme système à
deux états un « spin 1/2 », c’est à dire un aimant ayant seulement deux valeurs discrètes
possibles pour son aimantation selon un axe donné. Un tel système est une modélisation
approchée de l’aimant effectif généré par l’électron externe des atomes d’argent dans leur
niveau fondamental, tels que ceux utilisés dans l’expérience de Stern et Gerlach qui sera
l’objet de la première partie de ce chapitre. Cela dit, il est important de garder à l’esprit
que les systèmes à deux états modélisent une grande variété de systèmes physiques, très
étudiés de nos jours : états de polarisation d’un photon unique en optique quantique, états
de saveur des neutrinos et leurs oscillations en physique des particules, etc. Ils sont aussi
à la base du fonctionnement des portes logiques dans les ordinateurs quantiques ; dans ce
contexte, on les appelle « qbit » (pour quantum-bit en anglais).
En terme des outils mathématiques nécessaires pour comprendre ce chapitre et ré-
soudre les exercices de TD, on s’appuiera sur les techniques d’algèbre linéaire vues au
premier semestre. Essentiellement, nous mobiliserons les notion d’espace vectoriel sur C,
de produit scalaire hermitien, d’équation aux valeurs propres et de diagonalisation de
matrices 2 × 2 à coefficients complexes.
3.1 L’expérience de Stern-Gerlach
Présentation de l’expérience. L’expérience de Stern (physicien allemand, 1888-1969)
et Gerlach (physicien allemand, 1889-1979), réalisée pour la première fois en 1922, consiste
à mesurer la déviation d’un jet d’atomes neutres paramagnétiques, des atomes d’argent,
dans un champ magnétique non uniforme. Cette expérience a mise en évidence pour la
première fois l’existence d’un degré de liberté interne aux particules, leur spin.
On rappelle qu’une substance est paramagnétique si elle n’est pas aimanté en l’absence
de champ magnétique (contrairement aux aimants permanents), mais qui le devient en
présence d’un champ magnétique. A l’équilibre, son aimantation est alors orientée dans
le même sens que le champ magnétique.
Pour caractériser le champ magnétique produit par l’électro-aimant, posons un repère
cartésien tel que l’axe z est vertical et l’axe y correspond à la direction du jet d’atome
d’argent. Le champ magnétique B ⃗ n’a pas de composante suivant l’axe y, By = 0 et sa
plus grande composante est Bz qui varie fortement avec z.
21
22 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
Figure 3.1 – Schéma de l’expérience de Stern-Gerlach. Figure issue de la page Wikipédia
relative à l’expérience.
Voici une description précise du protocole expérimental tel que retranscrit dans l’ar-
ticle historique écrit par Stern et Gerlach : « The beam of silver atoms emerges from
an electrically heated small chamotte oven with a steel insert and a cover with a 1 mm2
circular hole. The distance between the hole in the oven and the first beam aperture was
increased to 2.5 cm to prevent clogging by occasional small silver droplets sprayed from the
oven as well as precipation from the atomic beam. This first aperture is almost circular
and its surface measures 3 × 10−3 mm2 . 3.3 cm behind this circular aperture, the silver
beam passes through a slit aperture with a length of 0.8 mm and a width between 0.03 mm
and 0.04 mm. Both apertures are made from platinum sheet. The slit aperture is positio-
ned where the magnetic field begins. The opening of the slit aperture is right above the
knife-edge and is adjusted with respect to the circular aperture and the hole in the oven
in such a way that the silver beam travels in parallel along the 3.5 cm long knife-edge.
Precisely at the end of this knife-edge the silver beam hits a glass plate where it condenses.
Le schéma de la figure 3.1 représente grossièrement ce montage expérimental.
La mesure consiste donc à prendre une photographie de la plaque de verre sur laquelle
les atomes d’argent se sont condensés après avoir traversé le champ magnétique fortement
inhomogène.
Prédictions qualitatives de la mécanique classique pour la déviation du fais-
ceau. Avant de révéler le résultat de ces photographies, essayons de comprendre quali-
tativement ce que prévoit la physique classique afin de mieux s’étonner des photographies
prises par Stern et Gerlach. Commençons par quelques petits rappels d’électromagné-
tisme : le vecteur aimantation M ⃗ d’une particule en rotation dans un plan autour d’un
axe donné, tel que l’électron de la couche externe d’un atome d’argent, est proportionnel
au vecteur moment cinétique de la particule :
⃗ = γL
M ⃗ (3.1)
où γ est le facteur gyromagnétique. Pour une charge q en rotation, le facteur gyromagné-
tique vaut simplement γ = q/(2m) avec m la masse de la particule.
Quand l’aimant effectif formé par l’atome d’argent est plongé dans un champ magné-
⃗ l’énergie magnétique du système est Em = −M
tique B, ⃗ · B.
⃗ Elle est donc minimale
quand M ⃗ et B ⃗ sont colinéaires et pointent dans la même direction. La force subit par
3.1. L’EXPÉRIENCE DE STERN-GERLACH 23
un atome d’argent due au champ magnétique dérive de cette énergie magnétique et vaut
F⃗ = −∇E ⃗ m = ∇( ⃗ M ⃗ · B).
⃗ On voit que si le champ magnétique B ⃗ était constant, la
force exercée sur les atomes d’argent serait nulle ; d’où l’importance d’avoir un champ
inhomogène dans l’expérience de Stern-Gerlach.
Quand les aimants effectifs formés par les atomes d’argent entrent dans la zone où
⃗
B ̸= ⃗0, ils subissent un mouvement de précession de Larmor classique autour de l’axe z
correspondant à la composante principale de B. ⃗ La période de rotation étant très petite
devant le temps caractéristique de traversé de la zone de champ par le jet d’atomes, on
peut considérer qu’en moyenne, Mx = My = 0 si bien que la force subit se réduit à
F⃗ = Mz ∇B ⃗ z = Mz dBz ⃗ez . La force agissant sur les atomes d’argent est parallèle à l’axe
dz
vertical. On s’attend donc à ce que les atomes d’argent soient déviés suivant l’axe z.
Enfin, dans le jet d’atome entrant dans le champ, la distribution des vecteurs M ⃗ est
isotrope, et donc toutes les valeurs de Mz comprises entre −|M| ⃗ et |M|⃗ sont possibles.
La physique classique prévoit donc que le faisceau d’atomes d’argent sera étalé
uniformément selon la direction du champ magnétique au moment où il atteint
la plaque de verre.
Résultats expérimentaux historiques. Regardons à présent les photographies prises
par Stern et Gerlach reproduites dans la figure 3.2. Sur la photographie de gauche, le
champ magnétique est éteint absent (électro-aimant éteint). On observe une fine tache
allongée car le faisceau d’atomes, après avoir traversé un trou circulaire, est passé dans une
fente (voir ci-dessus) et donc forme une fine nappe qui se dépose sur la plaque de verre.
La photographie de gauche est le résultat de l’expérience quand le champ magnétique
(dont la grande composante est ici suivant l’axe horizontal) est présent. Si notre intuition
« classique » était correcte, on observerait un étalement uniforme de la fine nappe de la
figure de gauche dans la direction horizontale. La photographie suggère au contraire que le
faisceau se scinde en deux faisceaux symétriques, bien séparés, suivant l’axe de la grande
composante de B ⃗ : c’est la mise en évidence de la quantification du moment magnétique
des atomes d’argent.
Figure 3.2 – Résultats de la première expérience réalisée par Stern et Gerlach. Figure
issue de l’article W. Gerlach u. O. Stern, Zeitschrift für Physik 9, 349–352, 1922.
24 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
Prolongements. Quittons à présent la discussion des seuls résultats de Stern et Gerlach
pour présenter d’autres aspects étonnants de cette expérience :
— si l’on prend le prend un des deux sous-faisceaux générés par le dispositif expéri-
mental, par exemple celui dévié dans la direction positive +e⃗z collinéaire à B,⃗ et
que l’on refait passer ce faisceau dans un second dispositif identique, on observe
alors qu’une seul tache, déplacée aussi selon +⃗ez .
— en revanche, si l’on fait passer ce sous-faisceau dans un second dispositif de Stern-
Gerlach où B ⃗ est aligné suivant ⃗ex , alors on observe à nouveau une séparation du
faisceau en deux sous-faisceaux parfaitement symétriques, suivant −⃗ex et +⃗ex !
— encore plus étonnant, et comme décrit dans le chapitre introductif dans le cas des
figures d’interférences dans l’expérience des fentes d’Young avec des électrons, si
l’on répète de multiples fois l’expérience suivante : on isole un atome unique du
sous-faisceau décalé suivant +e⃗z après le premier montage et on le fait passer dans
un second Stern-Gerlach avec B ⃗ aligné avec l’axe x. On observe alors que l’atome
d’argent laisse une trace sur la plaque de verre de façon aléatoire, soit décalée
dans la direction +⃗ex , soit dans la direction −⃗ex , de façon équiprobable. Tout se
passe comme si l’atome d’argent en sortie du premier Stern-Gerlach avait à la fois
une valeur positive et négative de son aimantation selon l’axe de ⃗ex du second
Stern-Gerlach.
3.2 Formalisation mathématique de l’expérience de Stern-
Gerlach
3.2.1 Les postulats de la mécanique quantique
Nous l’avons vu, la description classique du problème consistant à traiter le moment
magnétique d’un atome d’argent comme une variable continue échoue à décrire les ré-
sultats de l’expérience de Stern-Gerlach. Il nous faut aussi pouvoir rendre du compte du
fait que l’atome d’argent soit « à la fois » dans un état où son moment magnétique est
aligné suivant deux directions opposées. Enfin, la mécanique classique est déterministe,
contrairement à ce qui est mis en évidence dans l’expérience de Stern-Gerlach : pour un
atome polarisé suivant l’axe +z, il est impossible de prévoir avec certitude le résultat de
la mesure de la déviation pour un champ magnétique aligné suivant l’axe y.
Ces trois idées clefs (i) valeurs discrètes d’une mesure expérimentale, (ii) particule
dans une superposition de plusieurs états, (iii) abandon du déterminisme classique, ont
conduit à un changement radical de formalisme mathématique par rapport à la mécanique
classique.
La proposition élégante formulée par les physiciens du début du XXe siècle peut être
synthétisée par les « postultats de la mécanique quantique », dont nous donnons ici la
liste adaptée au problème de l’expérience de Stern-Gerlach, accompagnée de leur inter-
prétation physique et des outils mathématiques nécessaires à leur utilisation concrète
dans la résolution de problèmes. La formulation générale des postulats sera vue dans le
cours de mécanique quantique de L3. Comme leurs noms l’indiquent, ces postulats ne sont
pas démontrables à partir de principes premiers plus fondamentaux (du moins à l’heure
actuelle) ; il ne tiennent donc leur validité que du fait de leur adéquation (et celle des
conséquences de ces postulats) avec les résultats expérimentaux obtenus jusqu’à présent.
3.2. FORMALISATION MATHÉMATIQUE DE L’EXPÉRIENCE DE STERN-GERLACH25
Le principe de superposition quantique
Postulat 1 : principe de superposition
L’état d’un système physique est défini par un vecteur d’état noté |ψ⟩ appartenant
à l’espace vectoriel E = C2 sur C muni du produit hermitien canonique.
Outils mathématiques
— Il ne faut pas se laisser submerger par le formalisme introduit historiquement
par Dirac. Dans le cours, on utilisera la notation de Dirac |ψ⟩ pour désigner
un vecteur, mais l’on pourrait tout à fait le noter ψ. ⃗ Si vous préférez la
notation standard, libre à vous.
— Soit |e1 ⟩ , |e2 ⟩ une base de E. Tout vecteur d’état |ψ⟩ peut se décomposer
|ψ⟩ = α |e1 ⟩ + β |e2 ⟩ avec α et β des nombres complexes. On utilisera aussi
la notation matricielle
α
|ψ⟩ = . (3.2)
β
— Le produit hermitien canonique sur C2 entre deux vecteur |x⟩ et |y⟩, noté
⟨x|y⟩ (ou (⃗x, ⃗y ) en notation usuelle) est défini par
x1 y
∗ ∗
⟨x|y⟩ = x1 y1 + x2 y2 , si |x⟩ = , |y⟩ = 1 . (3.3)
x2 y2
Attention, ce produit scalaire n’est pas symétrique : on a ⟨x|y⟩ = ⟨y|x⟩∗ .
— La base |e1 ⟩, |e2 ⟩ de E est orthonormée pour le produit hermitien canonique
ssi ⟨e1 |e2 ⟩ = 0, ⟨e1 |e1 ⟩ = ⟨e2 |e2 ⟩ = 1.
Inteprétation physique : Pour l’expérience de Stern-Gerlach, on choisit de faire corres-
pondre la base canonique de C2 (en tant que C-espace vectoriel) en notation matricielle
1 0
|+⟩z ≡ , |−⟩z ≡ (3.4)
0 1
aux deux états de l’atome d’argent ayant une aimantation alignée avec l’axe z ou anti-
alignée avec l’axe z. C’est un choix conventionnel. On pourrait très bien décider que les
vecteurs de base ci-dessus sont les états polarisés suivant x ou y.
Exercice
Vérifiez que la base |+⟩z , |−⟩z est orthonormée pour le produit hermitien canonique
sur E.
La notion d’espace vectoriel est ici fondamentale, car cela signifie que si |ψ⟩ et |ϕ⟩ sont
deux états possibles du système, alors |ψ⟩ + |ϕ⟩ est aussi un état possible du système :
c’est le principe de superposition quantique. Donc l’état |+⟩z + |−⟩z est un état possible
de l’atome d’argent dans lequel il a « à la fois » une aimantation suivant +z et suivant
−z. Il nous faudra comprendre le sens physique de ce « à la fois ».
Attention au risque de confusion avec l’usage des espaces vectoriel en mécanique clas-
sique ! L’opération + dans l’espace vectoriel E de la mécanique quantique est à prendre au
sens de superposition quantique d’état, que l’état soit décrit classiquement par un vecteur
26 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
ou non. Un vecteur d’état quantique est une abstraction qui vient décrire mathémati-
quement un état quantique mesurable, même si ce dernier n’a pas d’équivalent classique
qui s’écrirait en terme de vecteur. Par exemple, le traitement quantique des deux états
possibles de la position de l’atome d’azote dans la molécule d’ammoniac (à droite « D »
ou à gauche « G » du plan formé par les trois atomes d’hydrogène) conduit à considérer
deux vecteurs d’état notés |D⟩, |G⟩ associés aux deux états de la molécule d’ammoniac.
Interprétation probabiliste de la mesure
Postulat 2 : postulat de la quantification de la mesure et interprétation probabiliste
Toute grandeur physique mesurable, appelée observable A, est décrite par un opé-
rateur linéaire hermitien  sur E. La mesure physique de A ne peut donner que
l’une des valeurs propres an (n = 1, 2) de Â, avec probabilité a
|⟨un |ψ⟩|2
P (an ) = (3.5)
|⟨un |un ⟩|2 |⟨ψ|ψ⟩|2
avec |un ⟩ le vecteur propre de A associée à la valeur propre an .
Un corrolaire de ce postulat est que la probabilité qu’un système quantique décrit
par un vecteur d’état |ψ⟩ soit dans l’état |u⟩ supposé normé est P = | ⟨u|ψ⟩ |2 .
a. Par simplicité, nous considérons ici uniquement le cas où les valeurs propres ne sont pas
dégénérées, c’est à dire que  a deux valeurs propres distinctes.
Remarque : on choisit en général des vecteurs d’état normalisé à 1, c’est à dire
⟨ψ|ψ⟩ = 1. De même, les vecteurs propres |un ⟩ sont choisis normalisé à 1, si bien que
le dénominateur dans la formule P (an ) disparaît.
Outils mathématiques
— On rappelle qu’un opérateur hermitien satisfait (Â(ψ),⃗ ϕ)
⃗ = (ψ, ⃗ Â(ϕ)).
⃗ Sa
∗ T
matrice dans une base orthonomale de E vérifie  = ( ) .
— a est une valeur propre de  ssi ∃ |u⟩ ∈ E tel que |u⟩ ̸= 0 et  |u⟩ = a |u⟩.
Un vecteur propre est toujours défini à une constante près, puisque si |u⟩
est vecteur propre, alors λ |u⟩ avec λ ∈ C est aussi vecteur propre. On peut
spécifier cette constante à une phase près en imposant ⟨u|u⟩ = 1.
— Pour trouver les valeurs propres de Â, on résout l’équation det(Â − a1̂) = 0
où 1̂ est l’identité sur E.
Interprétation physique : Une observable est une grandeur physique que l’on peut
mesurer expérimentalement, par exemple l’aimantation suivant l’axe x ou y. Ce postulat
incorpore à la fois la notion de « quantification » (valeurs discrètes des résultats d’une
mesure) et l’aspect probabiliste de la mécanique quantique.
Le fait que l’opérateur soit hermitien est très important, car un théorème d’algèbre
linéaire stipule que tout opérateur hermitien sur un espace de Hilbert est diagonalisable
avec des valeurs propres réelles. Ces valeurs propres forment un ensemble discret de valeurs
mesurables expérimentalement. Ainsi, même si l’espace vectoriel des états d’un système
quantique est complexe, les résultats d’une mesure sont nécessairement réels.
3.2. FORMALISATION MATHÉMATIQUE DE L’EXPÉRIENCE DE STERN-GERLACH27
De plus, il existe toujours une base privilégiée de C2 pour laquelle le sens physique des
états de base correspondent aux états donnant avec certitude une valeur possible d’une
certaine observable si sa mesure est effectuée : c’est la base qui diagonalise l’opérateur
associé à l’observable en question.
Valeur moyenne d’une observable. Pour calculer la valeur moyenne ⟨A⟩ du résultat
d’une mesure d’une observable A, on utilise la formule de la moyenne d’une distribution
de probabilités :
X
⟨A⟩ ≡ an P (an ) (3.6)
n
= ⟨ψ|Â|ψ⟩ (3.7)
Exercice
Démontrez le passage de la première à la deuxième ligne dans l’équation ci-dessus.
Si l’on préfère ne pas utiliser la notation de Dirac, on remarquera que ⟨ψ|Â|ψ⟩ est
simplement (ψ,⃗ Â(ψ)).
⃗
La réduction du paquet d’onde
Le nom donné au troisième postulat, « réduction du paquet d’onde », prendra son sens
en L3 quand les postulats seront généralisés aux espaces vectoriels de dimension infinie
permettant de traiter la mécanique ondulatoire abordée dans le prochain chapitre au sein
d’un même formalisme.
Postulat 3 : postulat de « réduction du paquet d’onde »
Immédiatement après la mesure, conduisant au résultat an , l’état du système est
donné par le vecteur d’état |un ⟩.
Interprétation physique : il s’agit d’un postulat qui est encore aujourd’hui à l’origine de
nombreux débats physiques et philosophiques, nous y reviendrons quant nous discuterons
brièvement les états quantiques intriqués. Dans le cadre de l’expérience de Stern-Gerlach,
il nous permet de rendre compte de la fonction polarisante du dispositif : immédiatement
après la mesure de l’aimantation suivant z, les atomes du faisceau allant dans la direction
+z sont tous dans l’état quantique |+⟩z , si bien que si l’on refait passer le faisceau émergent
dans un deuxième Stern-Gerlach avec un champ magnétique dirigé suivant z, on observe
qu’une seule tache. Dans le cas où le faisceau est réduit à un seul atome, on sait alors
avec certitude quel sera le résultat de la deuxième mesure.
28 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
Equation de Schrödinger
Postulat 4 : postulat de l’évolution temporelle d’un système quantique
L’évolution temporelle du système est donnée par l’équation de Schrödinger
d |ψ⟩
iℏ = Ĥ(|ψ⟩) (3.8)
dt
où Ĥ est l’opérateur hermitien associé à l’observable H ≡« énergie totale du sys-
tème ».
Outils mathématiques
L’équation de Schrödinger est une équation différentielle linéaire du premier ordre.
Il est commode de la résoudre dans la base de E qui diagonalise Ĥ. Dans cette base,
on verra que l’on est ramené à la résolution d’une équation de la forme
dc(t)
iℏ = Ec(t) (3.9)
dt
avec c(t) une fonction du temps (sans dimension) et E ayant la dimension d’une
énergie. La solution générale de cette équation est bien sûr c(t) = c(0)e−iEt/ℏ .
Interprétation physique : Jusqu’à présent, nous n’avons pas parlé de la dynamique
quantique. Ce postulat comble ce manque est permet de prédire l’évolution du vecteur
d’état d’un système quantique. Mais attention, il ne permet pas de prédire de façon dé-
terministe le résultat d’une mesure expérimentale, qui est elle toujours fondamentalement
probabiliste en vertu du postulat 2.
3.2.2 Modes « polariseur » et « analyseur » du Stern-Gerlach
Nous allons voir maintenant plus en détail comment les postulats explicités dans la sec-
tion précédente permettent de comprendre quantitativement les résultats de l’expérience
de Stern-Gerlach.
Pour simplifier, le faisceau d’atome d’argent est modélisé par un unique atome d’ar-
gent, lui même considéré comme un système à deux niveaux décrit par un vecteur d’état
|ψ⟩ ∈ C2 dont la base naturelle (|+⟩z , |−⟩z ) correspond aux vecteurs propres de l’ob-
servable Mz « aimantation suivant l’axe z ». Son opérateur quantique associé est défini
par
γℏ 1 0
M̂z ≡ (3.10)
2 0 −1
dans la base |+⟩z , |−⟩z . La matrice Ŝz ≡ Mz /γ est l’opérateur associé à l’observable « spin
suivant l’axe z ».
L’ensemble du dispostif de Stern-Gerlach est considéré comme un appareil de mesure
qui mesure l’aimantation de l’atome en fonction du choix dans la direction du champ
magnétique. La dynamique temporelle n’est pas considérée ici, si bien que le postulat 4
ne nous sera pas utile dans cette partie.
3.2. FORMALISATION MATHÉMATIQUE DE L’EXPÉRIENCE DE STERN-GERLACH29
Préparation d’un état quantique, fonction polarisante du Stern-Gerlach. On
admet 1 que les opérateurs quantiques associés aux observables Mx et My définies comme
l’aimantation suivant x ou y sont donnés par
γℏ 0 1 γℏ 0 −i
M̂x = , M̂y = (3.11)
2 1 0 2 i 0
dans la base canonique |+⟩z , |−⟩z . Pour un atome d’argent initialement dans un état
quelquonque |ψ⟩, on effectue maintenant la mesure de l’observable Mx : concrètement, on
fait passer cet atome d’argent dans l’appareil de Stern-Gerlach avec un champ magnétique
dirigé suivant l’axe x et on mesure la position de l’atome en sortie sur l’écran. D’après le
postulat 3, après la mesure de Mx , le système est dans l’un des deux vecteurs propres de
M̂x donnés par
!
1 √1
|+⟩x = √ (|+⟩z + |−⟩z ) = √12 (3.12)
2 2
!
1 √1
2
|−⟩x = √ (|+⟩z − |−⟩z ) = 1 (3.13)
2 − √
2
√
où le facteur 1/ 2 est un choix commode tel que la norme de |+⟩x et |−⟩x vaut 1.
Si l’atome est dévié dans la direction +x, on sait avec certitude qu’après la mesure,
l’atome d’argent est décrit par le vecteur d’état |+⟩x . Inversement, s’il est dévié dans la
direction −x, l’atome d’argent est décrit par le vecteur d’état |−⟩x . D’après le postulat 3
de la mesure, l’appareil de Stern-Gerlach agit donc comme un polariseur permettant de
préparer le système dans un état bien particulier.
Mesure de l’observable « aimantation suivant l’axe z ». A présent, on imagine
que l’on a préparé notre atome d’argent dans l’état |+⟩x et l’on règle l’appareil de Stern-
Gerlach avec un champ magnétique suivant z de façon à mesurer l’observable Mz . On
cherche à savoir quel sera le résultat d’une telle mesure. On applique donc le postulat 2.
Les vecteurs propres de M̂z sont par construction |+⟩z et |−⟩z , de valeur propre γℏ/2 et
−γℏ/2. La probabilité de mesurer la valeur γℏ/2 est donnée par la formule du postulat 2,
|z ⟨+|+⟩x |2
γℏ
P = (3.14)
2 | ⟨+|+⟩x |2 | ⟨+|+⟩z |2
= |z ⟨+|+⟩x |2 (3.15)
2
1 1
= 1 × √ + 0∗ × √
∗
(3.16)
2 2
1
= (3.17)
2
et de même P (−γℏ/2) = 1/2. La mécanique quantique prédit donc qu’avec une probabilité
1/2, l’atome sera dévié dans la direction +z (soit une mesure de l’aimantation Mz =
+γℏ/2), et avec probabilité 1/2, l’atome sera dévié dans la direction −z (soit une mesure
de l’aimantation Mz = −γℏ/2). Pour un ensemble d’atomes préparés dans l’état |+⟩x ,
on observe donc deux taches d’intensité égale.
1. La théorie quantique des moments cinétiques sera vue dans le cours de mécanique quantique de L3.
30 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
3.3 Evolution d’un spin 1/2 dans un champ magnétique
constant
Pour illustrer le quatrième postulat, nous allons à présent considérer un atome d’argent
préparé dans un état d’aimantation |ψ0 ⟩ donné à t = 0 qui évolue dans le temps au sein
d’un champ magnétique uniforme et constant B ⃗ = B0⃗ez . Au bout d’un temps tm , on fait
entrer l’atome dans un Stern-Gerlach mesurant une des composantes suivant x, y ou z de
l’aimantation de l’atome d’argent.
Pour appliquer le postulat d’évolution, il nous faut connaître l’énergie classique du
système et inférer alors la forme de l’opérateur sur E hamiltonien correspondant. L’énergie
magnétique de l’atome d’énergie est donnée par EM = −M ⃗ ·B⃗ où M ⃗ est le vecteur
aimantation. Pour la forme choisie du champ magnétique, EM = −Mz B0 . L’opérateur
hamiltonien sur l’espace des état est donc naturellement défini par
γB0 ℏ 1 0
Ĥ = −B0 M̂z = − (3.18)
2 0 −1
On notera ω0 = −γB0 , qui a la dimension d’une pulsation.
Condition initale |ψ0 ⟩. On souhaite se donner pour condition initiale un état corres-
pondant avec certitude à une aimantation −γℏ/2 mesurée suivant un axe ⃗n quelconque,
paramétré en coordonnées sphériques par
⃗n = cos(θ)⃗ez + sin(θ) cos(ϕ)⃗ex + sin(θ) sin(ϕ)⃗ey (3.19)
Il nous faut donc construire le vecteur propre de l’observable M⃗n dont l’opérateur associé
est
M̂⃗n = cos(θ)M̂z + sin(θ) cos(ϕ)M̂x + sin(θ) sin(ϕ)M̂y (3.20)
sin(θ)e−iϕ
γℏ cos(θ)
= (3.21)
2 sin(θ)eiϕ − cos(θ)
pour la valeur propre −γℏ/2. En diagonalisant cette matrice, on montre qu’un vecteur
propre |−⟩⃗n , normalisé 1, associé à la valeur propre +γℏ/2 est donné par
|−⟩⃗n = − sin(θ/2)e−iϕ/2 |+⟩z + cos(θ/2)eiϕ/2 |−⟩z (3.22)
Exercice
Démontrez cette équation et déterminer le vecteur propre unitaire |+⟩⃗n associé à la
valeur propre +γℏ/2.
Nous prendrons pour condition initiale pour l’état quantique de l’atome d’argent
|ψ0 ⟩ = |−⟩⃗n .
Résolution de l’équation de Schrödinger. On cherche à présent à déterminer l’état
quantique du système, représenté par le vecteur |ψ(t)⟩, à chaque instant ultérieur, tant
qu’aucune mesure n’est faite sur le système. D’après le postulat 4, on résout l’équation
de Schrödinger
d |ψ(t)⟩
iℏ = Ĥ(|ψ(t)⟩) , (3.23)
dt
3.3. EVOLUTION D’UN SPIN 1/2 DANS UN CHAMP MAGNÉTIQUE CONSTANT31
Pour résoudre cette équation, il est commode de l’écrire en notation matricielle, en dé-
composant le vecteur |ψ(t)⟩ dans la base (|+⟩z , |−⟩z )
|ψ(t)⟩ = c+ (t) |+⟩z + c− (t) |−⟩z , (3.24)
avec c+ (t) et c− (t) deux fonctions du temps à valeurs dans C telles que
c+ (0) = − sin(θ/2)e−iϕ/2 , (3.25)
c− (0) = cos(θ/2)eiϕ/2 . (3.26)
L’équation de Schrödinger s’écrit donc
d c+ (t) ω0 ℏ 1 0 c+ (t)
iℏ = (3.27)
dt c− (t) 2 0 −1 c− (t)
ce qui donne les deux équations différentielles découplées qui se résolvent comme de cou-
tume :
dc+ (t) ω0 ℏ ω0 t
iℏ = c+ (t) ⇒ c+ (t) = c+ (0)e−i 2 , (3.28)
dt 2
dc− (t) ω0 ℏ ω0 t
iℏ =− c− (t) ⇒ c− (t) = c− (0)ei 2 . (3.29)
dt 2
La dépendance temporelle de l’état quantique de l’atome d’argent évoluant dans le champ
magnétique constant dirigé suivant z est donc
|ψ(t)⟩ = − sin(θ/2)e−i(ϕ+ω0 t)/2 |+⟩z + cos(θ/2)ei(ϕ+ω0 t)/2 |−⟩z (3.30)
Discussion physique. En l’absence de mesure, l’évolution temporelle de l’état quan-
tique d’aimantation de l’atome d’argent s’interprète comme un mouvement de précession
autour de l’axe z aligné avec le champ magnétique, puisque l’angle azimuthal du vecteur
⃗n change au cours du temps ϕ → ϕ + ω0 t. C’est le phénomène de précession de Larmor
quantique. La période de la précession est donnée par T = 2π/|ω0 | = 2π/(γB0 ).
Si, au bout d’un temps t = tm , on effectue une mesure quantique de l’observable Mz ,
par exemple en utilisant un appareil de Stern-Gerlach, alors la probabilité de trouver
l’atome d’argent dans l’état |+⟩z est donnée, d’après le postulat 3 de réduction du paquet
d’onde,
P (γℏ/2) = |z ⟨+|ψ(tm )⟩|2 = sin2 (θ/2) (3.31)
qui est indépendente du temps tm . Le mouvement de precession n’affecte donc pas la
probabilité d’observer l’atome d’argent être dévié dans la direction +z ou −z.
En revanche, si l’on effectue une mesure de Mx , alors la probabilité d’observer l’état
|−⟩x associé à la valeur +γℏ/2 de l’aimantation suivant l’axe x est donnée par
P (−γℏ/2) = |x ⟨−|ψ(tm )⟩|2 (3.32)
2
1 1
= √ z ⟨+|ψ(tm )⟩ − √ z ⟨−|ψ(tm )⟩ (3.33)
2 2
1 2
= cos(θ/2)e−i(ϕ+ω0 tm )/2 − sin(θ/2)ei(ϕ+ω0 tm )/2 (3.34)
2
1
= [1 + sin(θ) cos(ϕ + ω0 tm )] (3.35)
2
32 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
Cette fois, la probabilité dépend du temps auquel on effectue la mesure de Mx , elle est
périodique de période 2π/ω0 .
Un cas particulier intéressant correspondant au cas où l’on réalise une mesure de M⃗n
et que l’on cherche la probabilité d’obtenir une valeur +γℏ/2/. L’exercice précédent a
permis d’obtenir que
|+⟩⃗n = cos(θ/2)e−iϕ/2 |+⟩z + sin(θ/2)eiϕ/2 |−⟩z (3.36)
et donc
P (+γℏ/2) = |⃗n ⟨+|ψ(tm )⟩|2 (3.37)
2
= cos(θ/2) sin(θ/2) −e−iω0 tm /2 + e iω0 tm /2
(3.38)
2 2 ω0 tm
= sin (θ) sin (3.39)
2
Il s’agit de la première occurrence de la formule des oscillations de Rabi que nous discu-
terons plus en détail dans la section suivante.
On peut aussi s’intéresser à la valeur moyenne de la mesure de Mx ,
γℏ
⟨Mx ⟩ = ⟨ψ(tm )|Mx |ψ(tm )⟩ = − sin(θ) cos(ϕ + ω0 tm ) (3.40)
2
Ces calculs ont des conséquences très concrètes sur les résultats d’expérience réalisées
avec des systèmes à deux niveaux évoluant avec un opérateur hamiltonien indépendant
du temps. La discussion de la figure 3.3 compare les formules (3.31) et (3.35) avec des
résultats expérimentaux pour l’évolution temporelle d’un spin 1/2 effectif plongé dans un
champ magnétique constant.
Applications modernes. Résonance magnétique nucléaire, manipulation de qbit pour
l’ordinateur quantique, etc.
3.4 Intrication quantique
Dans cette dernière partie, nous allons discuter brièvement un aspect fascinant de la
mécanique quantique : l’intrication quantique. Pour cela, nous avons besoin de considé-
rer deux systèmes à deux niveaux : par exemple, deux spins 1/2 ou deux photons avec
deux états de polarisation orthogonaux. Pour traiter un tel système, nous avons besoin
« d’agrandir » l’espace vectoriel des états quantiques. En effet, considérons deux photons
de fréquence ν1 et ν2 distinctes, se propageant suivant la direction z. Si l’on ne s’intéresse
qu’aux états de polarisation, le système formé par les deux photons a 2 × 2 = 4 états de
polarisation possibles. Notre espace des états doit donc être un espace de dimension 4,
soit C4 = C2 × C2 avec pour base canonique
1 0 0 0
0 1 0 0
|↑↑⟩ ≡ 0 , |↑→⟩ ≡ 0 , |→↑⟩ ≡ 1 , |→→⟩ ≡ 0
(3.41)
0 0 0 1
Pour deux photons se propageant suivant la direction z, ces états quantiques décrivent
respectivement (i) deux photons polarisés suivant l’axe x, (ii) le photon de fréquence
3.4. INTRICATION QUANTIQUE 33
Figure 3.3 – Mise en évidence de la précession de Larmor quantique dans l’expérience
réalisée par Rosenfeld et al. publiée dans Physical Review A 84, 022343 (2011). Dans
cette étude, le système à 2 états considéré est un spin 1/2 effectif formé par deux niveaux
dans la structure hyperfine d’un atome de Rubidium 87. Pour comprendre la figure, le
dictionnaire avec les notations du cours est |1, −1⟩ → |−⟩z et |1, 1⟩ → |+⟩z . Pour la figure
(a), l’état initial |ψ0 ⟩ est donné par |−⟩x soit |−⟩⃗n avec (θ = π/2, ϕ = 2π) et la courbe
bleue représente la fraction d’atomes mesurée dans l’état |−⟩x en fonction du temps tm
de la mesure. Notre formule Eq. (3.35) prédit que la probabilité de mesurer l’état |−⟩x
est donnée par P = 1/2(1 + cos(ω0 tm )). La courbe bleue est en accord qualitatif avec
ce résultat, mais l’amplitude des oscillations décroît à cause des fluctuations du champ
magnétique entre chaque mesure (voir l’article pour plus de détails). Dans la figure (b), on
mesure la population d’atomes dans l’état |+⟩z qui, d’après Eq. (3.31) est indépendante
du temps, ce que l’on constate aussi qualitativement sur la figure. Pour la courbe rouge,
la condition initiale correspond à |−⟩z soit θ = 0 donc l’équation (3.31) donne P = 0 en
accord avec les données.
ν1 avec polarisation suivant x, l’autre suivant y, (iii) le photon de fréquence ν2 avec
polarisation suivant x, l’autre suivant y, (iv) les deux photons polarisés suivant y.
D’après le postulat 1 ou le principe de superposition, l’état quantique |ψ⟩ défini par
1 1
|ψ⟩ = √ |↑↑⟩ + √ |→→⟩ (3.42)
2 2
√
est un état possible du système de deux photons (le facteur 1/ 2 permet d’assurer que
⟨ψ|ψ⟩ = 1). Nous allons démontrer que cet état est tel que les résultats d’une mesure des
polarisations des deux photons sont corrélés, et cela, quelque soit leur éloignement dans
l’espace !
Imaginons que l’on effectue une mesure de la polarisation P1 du photon de fréquence
ν1 , qui donne +1 si le photon est polarisé suivant x et −1 si le photon est polarisé suivant
34 CHAPITRE 3. SYSTÈMES QUANTIQUES À DEUX ÉTATS
y. Immédiatement après la mesure, d’après le postulat 3, le vecteur d’état est donné par
la projection de |ψ⟩ sur le sous-espace propre associé à la valeur propre mesurée, c’est à
dire
|↑↑⟩ , si P1 = +1 , (3.43)
|→→⟩ , si P1 = −1 (3.44)
Chacune des deux possibilités, mesurer P1 = 1 ou −1, a une probabilité 1/2 puisque
1
|⟨↑↑ |ψ⟩|2 + |⟨↑→ |ψ⟩|2 = |⟨→→ |ψ⟩|2 + |⟨→↑ |ψ⟩|2 = (3.45)
2
Bien entendu, l’état du système de deux photons étant symétrique, ces résultats sont aussi
valables si l’on effectue d’abord une mesure de la polarisation P2 du photon de fréquence
ν2 . Donc dans l’état |ψ⟩, on a autant de chance (1 chance sur 2) d’avoir +1 ou −1 pour
la polarisation de chaque photon après la première mesure.
Cependant, si après la mesure de P1 , on effectue ensuite une mesure de P2 , on trouve
alors +1 avec une probabilité de 1 si P1 = 1 et −1 avec une probabilité de 1 si P1 = −1.
Autrement dit, la mesure de l’état du photon de fréquence ν1 détermine avec certitude
l’état quantique du second photon. Comme nous nous intéressons ici uniquement aux
degrés de liberté de polarisation des photons, ce résultat reste valide même si les photons
se sont propagés dans deux directions opposés et sont donc éloignés l’un de l’autre au
moment de la seconde mesure. Dans l’état intriqué |ψ⟩ défini ci-dessus, il y a corrélation
totale entre les mesures successives des états de polarisation des deux photons.
Exercice
Reproduisez le raisonnement ci-dessus avec l’état quantique
1 1
|ϕ⟩ = √ |↑→⟩ + √ |→↑⟩ (3.46)
2 2
S’agit-il d’un état intriqué ?
Les états intriqués sont à l’origine des paradoxes célèbres de la mécanique quantique,
celui du chat de Schrödinger ou le paradoxe Einstein-Podolsky-Rosen. En termes d’appli-
cation récentes, ils sont au cœur des protocoles de cryptographie et téléportation quan-
tiques.