Deva (divinité)
un des termes désignant une déité dans l'hindouisme et le bouddhisme
Pour les articles homonymes, voir Deva.
Un deva ou déva (देव en devanāgarī) (pluriel: devata) désigne à l'origine dans la religion védique
une puissance agissante qui se manifeste dans les phénomènes naturels et mentaux, qui n'est ni
ontologique, ni personnelle, ni symbolique, ni surnaturelle (car la conception védique du monde
s'apparente au monisme1). Ce terme désignera par la suite un dieu dans l'hindouisme2.
Varuna sur sa monture, un makara
(peinture (gouache sur papier) de
style Company Paintings (École de
Tanjore ou de Trichinopoly), vers
1820)
L'hindouisme utilise le mot deva comme un terme générique désignant les dieux, qu'il n'hésite
pas à représenter par la statuaire et l'iconographie en tant que symboles, et que la bhakti honore
comme des personnes. Une déesse se nomme devî. Le bouddhisme lie la notion de deva à celle
du karma.
Si deva est le terme hindou pour déité, devata se rapporte à un deva moins élevé dans la
hiérarchie des dieux, et plus ciblé. Mais parfois le terme devata peut aussi signifier deva (pl:
devatas, signifiant « les dieux »).
Étymologie
Le mot dérive de la racine verbale div, qui signifie "briller, resplendir"3,4. Il provient de l'étymon
indo-européen *deiwos signifiant « dieu, divin », plus précisément « ceux du ciel diurne »,
apparenté au latin deus, à l'avestique daeva.
Origine
La religion indo-européenne unit le naturel au politique par le symbolisme cosmique. Une de ses
principales divisions est celle qui oppose les dieux *deywos « ceux du ciel diurne » aux démons
habitants du ciel nocturne5.
Védisme
Le védisme primordial s'appuie sur l'intuition des anciens sages, les ṛṣis, qui se mettent à
l'écoute śruti) de forces occultes. Ces puissances agissantes (en latin numina) se manifestent
dans tous les phénomènes naturels et mentaux qui les entourent. Par l'octroi de noms (en latin
nomina) à ces puissances complexes, les ṛṣis allument des énergies lumineuses (en latin lumina)
qui brillent et reçoivent le nom de devas. Leur conception du monde s'apparente au monisme, les
devas pour eux sont des manifestations brillantes de puissances cachées dans la nature du seul
monde qu'ils connaissent, qu'ils ne conçoivent donc pas comme des pouvoirs « surnaturels ». Le
nom qu'ils choisissent pour évoquer les devas sont des formes nominales de verbes exprimant
les fonctions qu'ils remplissent dans l'ordonnance du monde. Ainsi Tratar, traduit par
« protecteur », évoque la fonction simple d'un deva protecteur6.
Les devas principaux du védisme exercent plus d'une fonction. Ces pouvoirs multifonctionnels
prennent alors le nom de leur apparence, ainsi Agni (le feu) ou Soma (le jus ou suc) évoquent-ils
chacun un faisceau de puissances agissantes plus large que les seuls pouvoirs de « brûler »
pour le feu ou de « couler » pour l'élixir vital. Une formule peut évoquer des complexités
nuancées de puissances agissantes, ainsi Agni tratar permet d'invoquer tous les pouvoirs
ordinaires d’Agni, augmentés du pouvoir qui protège7.
Les ṛṣis, par l'écoute intuitive des forces cachées, augmentées par la puissance évocative du
nom de leurs fonctions, permettent aux devas d'agir comme de bons présages (cf. la locution
latine « nomen est omen (le nom est un présage) »). Ceci permet aux devas de manifester une
brillante générosité dans les dons divers par lesquels ils renforcent les pouvoirs de l'homme
ainsi éclairé. Vitahavya fils d’Aruna chante : « ô Agni ... donne-nous une large et glorieuse
opulence, qui nous assure l'abondance, la renommée, et la puissance »8. Agni ici n'est pas une
personne, mais une puissance complexe et généreuse qui se manifeste, entre autres, dans le feu
sacrificiel.
La puissance agissante nommée veda permet de « voir », dans l'abondance des faveurs et des
dons reçus, l'évidence9 du vrai pouvoir exercé par les devas. Tel est le sens fondamental du Véda,
dont la puissance sans limites est éternelle aux yeux des ṛṣis comme à ceux des brahmanes qui
leur succèdent dans la société védique.
Le monde du Veda ignore, en ces temps lointains, toute ontologie, mais sa perception est très
dynamique, les devas sont des forces au travail et non des symboles. Iconographie et statuaire,
qui proliféreront dans l'hindouisme à venir, n'existent pas encore. Pas de temples de pierre non
plus, le rite védique se célèbre au grand air, parmi les plantes, les animaux et les astres10.
La Rig-Véda révèle l'existence de trente-trois devas, onze desquels habitent le ciel, onze
demeurent sur la terre, et onze nagent dans l'eau11. Les devas principaux du védisme sont : Indra,
Soma, Agni, Varuna, Mitra, Aditi, Rudra, Vishnu, les ashvins, et bien d'autres (le terme visve devas
signifie tous les devas et permet de se référer aux puissances non expressément nommées).
Les trente-trois devas sont :
Les douze adityas (divinités personnifiées) : Mitra, Aryaman, Bhaga, Varuna, Daksha, Aṃśa,
Tvāṣṭṛ, Pūṣan, Vivasvat, Savitr, Śakra, Vishnu12. Cette liste varie parfois dans les détails.
Les onze rudras, dont cinq abstractions : Ānanda (la béatitude), Vijñāna (la connaissance),
Manas (la pensée), Prāṇa (le souffle ou la vie), Vāc (la parole) ; cinq épithètes de Shiva : Īśāna
(le souverain), Tatpuruṣa (cette personne), Aghora (le non terrible), Vāmadeva (le dieu
agréable), Sadyojāta (né en une seule fois) ; et Ātman, le Soi.
Les huit vasus (divinités des éléments matériels) : Pṛthivī (la Terre), Agni (le Feu), Antarikṣa
(l'Atmosphère ou l'Espace), Vāyu(le Vent), Dyaus Pitar (le Ciel), Sūrya (le Soleil), Nakshatra (les
Étoiles), Soma (la Lune).
Les deux aśvins, frères jumeaux nommés Nasatya et Dasra, médecins des dieux et de la
médecine ayurvédique symbolisant également le lever du Soleil.
Hindouisme
Dans l'hindouisme, les devas deviennent des personnages surnaturels qui peuvent être
symbolisés par l'iconographie, et dont le nombre varie. Dans la mythologie hindoue, les devas
sont opposés aux asuras démoniaques. Les devas ne doivent pas être confondus avec Ishvara,
le Seigneur suprême, ni avec le Brahman, la totalité.
Les mahâdevas, ou devas le plus souvent considérés comme primordiaux, sont Brahmâ, Vishnu
et Shiva, qui forment ensemble la Trimûrti.
Bouddhisme
Dans le bouddhisme les dieux, ou devas, sont aussi des êtres dotés de conditions de vie
extrêmement favorables (longévité, puissance, jouissances, etc.) mais ils les ont acquises par
leur mérites antérieurs. Toutefois s'ils épuisent leur karma personnel, ils se retrouvent dans la
même situation que tous les êtres des six domaines d'existence et doivent encore renaître selon
leurs mérites13. Leur condition est à double tranchant puisque : 1) leurs facultés peuvent
renforcer le sens de leur valeur personnelle et 2) la facilité de leur vie leur fait négliger des enjeux
supérieurs. Orgueil et inconscience, ce sont là deux obstacles à la recherche de l'Éveil
bouddhiste et à la génération de l'esprit d'Éveil (Bodhicitta). Toutefois des Bouddhas surviennent
aussi dans le "domaine" divin, et certains devas, tels que Shiva, sont dits s'être "convertis". Ils
peuvent être devenus Bodhisattvas, et c'est à cette condition seulement qu'on pourra leur
accorder une quelconque dévotion.
Dans ce sens, la condition humaine est la plus favorable à l'Éveil, puisqu'elle se tient au juste
milieu des conditions extrêmes d'aisance divine et d'accablement infernal. C'est pourquoi on dit
que même les dieux doivent passer par la condition humaine pour accéder à la bouddhéité (bien
que des exceptions soient remarquées).
D'autre part, le Bouddha historique, appelé Shakyamuni, ou les autres nombreux Bouddhas ne
doivent pas être confondus avec des dieux immortels, au sens gréco-romain, ou à Dieu au sens
biblique, ou encore à une sorte de Jésus à la fois homme et dieu. Ce sont avant tout des êtres
qui ont entièrement conscientisé et actualisé leur nature ultime et essentielle, appelée pour cela
Nature de Bouddha, que seul un Bouddha peut comprendre. Ce sont eux, ainsi que les
Bodhisattvas, qui guident les autres êtres vers l'Éveil. Les Adi-Bouddhas, ou Bouddhas
Primordiaux (Samantabhadra, Vajradhara, etc.) sont soit des personnifications de la nature
ultime, soit des Bouddhas ne l'ayant jamais oubliée.
Selon le contexte et la nuance connotée, la Nature de Bouddha porte de multiples noms, Claire
Lumière, Éveil, Dharmakaya, Tathagatagarbha, etc. qui tous sont l'équivalent d'un dieu ultime et
impersonnel, semblable en cela au Brahman hindou. Si l'on considère son aspect extrinsèque, la
Nature de Bouddha est également à rapprocher du Tao chinois, bien que les conceptions
chinoise et bouddhiste du monde divergent — le Tao est le créateur, alors que pour le
bouddhisme aucune création, a fortiori aucune auto-création, n'est à attribuer à une puissance
divine individualisée —.
Finalement un certain consensus semble s'établir pour appeler divinités les divers dieux ou
dévas, et de réserver le terme déités aux Bouddhas et autres yidams servant de moyen
d'accession à la bouddhéité.
Jaïnisme
Le terme de deva existe dans le jaïnisme pour désigner un être habitant dans le paradis de la
cosmographie jaïne. Dans cette religion le synonyme de deva serait: « âme libérée [réf. nécessaire] » ;
cependant les mots de divinité ou d'être céleste peuvent être utilisés. Un deva est sorti du cercle
du samsara. Le mot de dieu est aussi énoncé car les Tirthankaras sont considérés comme des
devas14; et ce du fait que les croyants les vénèrent énormément. Le concept de Dieu tel que dans
les religions monothéistes n'est pas une valeur du jaïnisme. Afin de caractériser le terme deva, le
concept de « saint » serait plus approprié pour les oreilles d'un Occidental ; ou alors un dieu
comme dans le panthéon romain.
Voir aussi
Articles connexes
Adévisme
Div
Véda
Vaimanika devas
Trente-trois dieux (en)
Glossaire de la mythologie et de l'iconographie hindoues
Liens externes
Bibliographie
Jan Gonda, Die Religionen Indiens, Band 1: Veda und älterer Hinduismus, 1960, traduction
italienne de Carlo Danna sous le titre Le religioni dell'India : Veda e antico induismo, 514 pages,
Jaca Book, Milano 1980
Jan Gonda (trad. de l'allemand par L. Jospin), Védisme et hindouisme ancien, Paris, Payot,
1962, 432 p..
Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient Jean
Maisonneuve, 1984 (1re éd. 1872), 646 p. (ISBN 2-7200-1029-4).
Swami Satyananda Saraswati, Kundalini Tantra, chez Swam éditions, (ISBN 2-9503389-1-7)
Jean Varenne :
Le Véda, ed. Planète, 1967, 453 p. Réédition 2003, Les Deux Océans, (ISBN 2-86681-010-4)
Cosmogonies Védiques, Milan, Archè Milano, 1981, Paris, Les Belles Lettres, 1982.
Notes et références
1. Gonda 1962, p. 265 et suiv..
2. Encyclopedia of Hinduism par C.A. Jones et J.D. Ryan publié par Checkmark Books, page
127, (ISBN 0816073368)
3. Sir Monier Monier-Williams, A Sanskrit-English dictionary etymologically and philologically
arranged with special reference to cognate Indo-European languages, Oxford, Clarendon
Press, 1898
4. « Sanskrit Heritage Dictionary ([Link] [archive] », sur
[Link] (consulté le 8 avril 2023).
5. Jean Haudry, Les Indo-Européens, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1981 ; rééd. 1985, p.74 et
suiv.
6. Gonda 1962, p. 61-62.
7. Gonda 1962, p. 61-85.
8. Langlois 1984, p. 572, (RV 8, 4, 6, 15).
9. la racine indo-européenne VID- soutient les mots français « évidence », latin « videre », ou
sanscrit « Veda ».
10. Gonda 1962, p. 145-150.
11. Gonda 1962, p. 87.
12. Il s'agit de 'aspect du soleil, fils d'Aditi, et non du dieu suprême Viṣṇu «l'Immanent», Gérard
Huet, «viṣṇu» dans Dictionnaire Héritage du Sanscrit. [lire en ligne ([Link]
html#[Link]) [archive] (page consultée le 07-09-2021)].
13. The Princeton dictionary of buddhism par Robart E. Buswell Jr et Donald S; Lopez Jr aux
éditions Princeton University Press, (ISBN 0691157863), pages 230 et suivantes.
14. The A to Z of Jainism de Kristi L. Wiley édité par Vision Books, page 74, (ISBN 8170946816)
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