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NTIC : Impact sur travail et emploi

Le rapport de Marc Maurice examine l'impact des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) sur le travail et l'emploi, soulignant leur rôle crucial dans la croissance économique et les transformations sociétales. Il aborde la situation des NTIC en France, les politiques gouvernementales, ainsi que les influences sur l'organisation du travail, les compétences et le marché de l'emploi. Enfin, il met en lumière les défis et les perspectives d'avenir liés à l'intégration des NTIC dans divers secteurs.

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NTIC : Impact sur travail et emploi

Le rapport de Marc Maurice examine l'impact des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) sur le travail et l'emploi, soulignant leur rôle crucial dans la croissance économique et les transformations sociétales. Il aborde la situation des NTIC en France, les politiques gouvernementales, ainsi que les influences sur l'organisation du travail, les compétences et le marché de l'emploi. Enfin, il met en lumière les défis et les perspectives d'avenir liés à l'intégration des NTIC dans divers secteurs.

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Les technologies de l’information et de la communication

et les problèmes du travail et de l’emploi


Marc Maurice

To cite this version:


Marc Maurice. Les technologies de l’information et de la communication et les problèmes du travail
et de l’emploi. [Rapport de recherche] Laboratoire d’économie et sociologie du travail (LEST). 2000,
pp.14. �halshs-00087128�

HAL Id: halshs-00087128


[Link]
Submitted on 21 Jul 2006

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International License
LES TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DE LA
COMMUNICATION ET LES PROBLEMES DU TRAVAIL
ET DE L'EMPLOI

Marc MAURICE
LEST-CNRS
Aix-en-Provence
Tous les experts s'accordent pour souligner l'importance décisive de ce que l'on appelle
les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) pour la
croissance économique et l'emploi dans ce nouveau millénaire et dans le contexte de la
“ globalisation ”..
Cependant il importe avant tout de souligner la nature particulière de ces technologies si
l'on veut en comprendre l'impact sur le travail et l'emploi. Nous présenterons donc
successivement les points suivants dans notre exposé :
-1. Réflexions sur la nature des technologies de l'information et des communications
- 2. La situation française dans les NTIC et la politique du gouvernement dans ce
domaine
- 3. L’ influence des NTIC sur :
• le contenu du travail et son organisation,
• la qualification et les compétences,
• la formation professionnelle et la formation continue,
• le marché du travail et la mobilité,
• les relations professionnelles et la négociation collective.
• les entreprises et leurs formes de coordination (multinationales, réseaux,
mondialisation)
- 4. Les tendances actuelles et perspectives d'avenir.(en conclusion)

1. La nature des NTIC

Il est devenu courant d'associer les “ NTIC ” à la notion de société de l'information, ce


qui traduit la signification "sociétale" de ces technologies. Autrement dit avec le
développement des NTIC ,on assisterait à des modifications ou des changements de la
société elle-même, voire même de la civilisation. À cet égard différentes thèses
s'affrontent ,aussi bien “ pessimistes ” qu' “ optimistes ”, comme c'est souvent le cas
lorsque que de nouvelles technologies apparaissent.
Notons d'abord que les technologies de l'information et de la communication
représentent un ensemble relativement divers et hétérogène de technologies qui
d'ailleurs ne sont pas toutes nécessairement “ nouvelles ”. Les technologies de
l'information par exemple sont plus “ anciennes ” qu'Internet, et les origines d'Internet
ont déjà plus de trente ans.
Ce qui est relativement nouveau se sont les différents produits qui sont issus pour la

1
plupart de différentes technologies préexistantes, comme c'est le cas par exemple des
“ multimédia ”. On observe aujourd'hui de plus en plus d'objets ou de produits hybrides
qui combinent à la fois ordinateurs, télécommunications, télévision, en même temps que
se développent la création et la diffusion du son et de l'image , de la reconnaissance
vocale, du langage parlé ou écrit, associés au téléphone mobile.
Ces diverses technologies (et produits) se caractérisent par leur ambivalence et leur
capacité d'hybridation.
Il s'agit aussi bien d'objets tangibles ou intangibles, matériels et immatériels, de biens
marchands ou non marchands, de produits manufacturés ou (de plus en plus) de
services. C’est l'ensemble de ces caractéristiques qui contribuent à la “ nouveauté ” des
NTIC. Notons aussi la rapide obsolescence de ces produits et services, ce qui ne facilite
pas leur identification. De plus, ces technologies envahissent progressivement tous les
aspects de la vie, professionnelle et sociale, dont les frontières d’ailleurs s’estompent Ce
qui rend alors difficile d'en combattre les effets négatifs sur les individus comme sur la
société , d’autant que ces technologies et leurs formes d’usage comportent des
dimensions sociales, économiques et politiques, mettant en cause aussi bien des
responsabilités individuelles que collectives .Les NTIC sont donc une réalité complexe
à analyser.

Le schéma suivant illustre de manière très simplifiée les chevauchements et les


hybridations que connaissent
les NTIC dans les domaines

2
divers où elles se développent. Il y a entre elles des combinaisons possibles multiples
qui contribuent à leur capacité de création et de transmission d’informations ou de
données de nature diverse . Ceci traduit sans aucun doute une rupture significative avec
les technologies connues,jusqu’ici.

Il n’est pas difficile d'imaginer alors les difficultés que l'on peut avoir pour définir,
mesurer et comparer le développement de ces technologies d'un pays à l'autre. On
pourrait en dire autant de la “ nouvelle économie ” souvent associée à ces technologies
pour fonder ce que l'on appelle la société de l'information et de la communication ou
encore la société de la connaissance ( Knowledge Society ). La complexité de tels
phénomènes est encore aggravée par la référence à la “ globalisation ”, dont il est aussi
difficile de définir la nature et les conséquences.
Comme on le voit, il est plus que jamais nécessaire d'analyser l'ensemble de ces
phénomènes avec prudence , tout en prenant la mesure de l'importance qu'ils peuvent
avoir en particulier pour les conditions de vie et de travail des salariés et des citoyens.
Ceci constitue sans doute un nouvel enjeu pour les sciences sociales qui doivent se
donner de nouveaux outils d'analyse -- pluridisciplinaires -- pour rendre compte de la
complexité et des différentes facettes de ces nouveaux phénomènes.

2. La situation française des NTIC et la politique du gouvernement.

L'industrie française se situait en 1998 en quatrième position parmi les pays


industrialisés dans les NTIC en termes de chiffre d'affaires, et en cinquième position en
termes d'emplois.
Bien entendu la position relative de la France varie selon les différents secteurs qui
composent l'ensemble des NTIC.
Ainsi, tandis que le Japon et les États-Unis ont une position dominante dans la
production d'ordinateurs et dans les industries électroniques en termes de chiffre
d'affaires, l'Europe est le leader dans les télécommunications ; la France et l'Allemagne
ayant une position comparable, précédant le Royaume-Uni. Bénéficiant d'une certaine

3
avance technologique dans les télécommunications professionnelles et militaires, la
France a un excédent commercial de 20 milliards de francs dans ce secteur.
Sans pouvoir ici détailler la position internationale de la France dans les différents
secteurs des NTIC (on trouvera dans la bibliographie des références à ce sujet), on peut
indiquer quel est la situation dans deux secteurs significatifs qui illustrent la dynamique
des NTIC, à savoir le téléphone mobile et l'Internet . Parmi les pays de l’OCDE, la
France était en sixième position en 1997 en termes de chiffre d'affaires pour la
téléphonie mobile, mais elle se classait première en termes de taux de croissance entre
1996 et 1997. Cette tendance se poursuit , puisqu' entre 1997 et 1998 plus de 6 millions
de personnes avaient souscrit un abonnement à ce service et on estime ce chiffre à 13
millions au premier semestre 2000.

Une tendance analogue s’observe quant à l'utilisation d'Internet. En 1998 la France était
au neuvième rang parmi les pays de l'OCDE , mais elle avait dans ce domaine le taux
de croissance le plus élevé parmi les pays européens. Au premier semestre 2000 la
France comptait 7 millions d'internautes, ce qui la classe en troisième position en
Europe derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni. Mais il est vrai aussi que la France
avait innové la première en 1982 avec le service Minitel, premiers services en ligne
comprenant déjà le commerce électronique. En 1997 plus de 17 millions de personnes
avaient utilisé le Minitel pour accéder à 25 000 services On-line, et depuis 1998 France
Telecom permet aux utilisateurs du Minitel d'accéder au service Internet e-mail..
Le Minitel a pu ainsi à la fois favoriser et freiner le développement de l'Internet ; en
avance sur ce dernier pour l'accès à des services en ligne et pour la commerce
électronique, certains utilisateurs (surtout parmi les plus âgés) ont pu lui rester fidèles,
étant rebuté par l'apprentissage des ordinateurs qui dominent encore l'accès à l'Internet.
Mais pour beaucoup l'utilisation du Minitel a pu constituer une sorte de pré-
apprentissage pour l'Internet.
D'une façon générale, l'informatisation (ou “ digitalisation ”) de l'économie est en pleine
essor en France aussi bien dans les entreprises que dans les services. Ainsi, en 1999,
90 % des entreprises industrielles étaient équipées en téléphonie mobile, 75 % en lignes
numériques (RNIS), 40 % en liaisons louées et 30 % en messagerie vocale. Dans le
domaine des télécommunications, la dérégulation déjà largement amorcée permet une
sensible baisse des coûts ,ce qui ne peut qu'accélérer les tendances observées jusqu'ici.
La politique du gouvernement a fortement contribué en France au développement dès

4
NTIC ; ce qui n'est pas surprenant lorsqu'on connaît le rôle de l'état dans ce pays (et sa
tradition ‘colbertiste’) en matière de politique industrielle et ainsi que le contrôle qu'il
exerce, directement ou indirectement, sur les secteurs-clés de l'économie, comme
l'énergie, les télécommunications, l'électronique, les équipements de mesure et de
contrôle, où se mêlent les technologies civiles et militaires . Même si l'actuel
gouvernement s'est engagé dans la privatisation, la culture du “ service public ” et de la
“ fonction publique ” continuent à se manifester à travers les différentes politiques
définies par l'état aussi bien dans le domaine de la recherche et des technologies que
dans celui de l'éducation et de la formation, ou encore dans celui de la modernisation de
l'état lui-même.
Sans faire ici l'historique de la stratégie française d'entrée dans la société de
l’information, notons qu'au début des années 90 se fait jour en France l'idée même
d' “ autoroutes de l'information ” qui avait été lancée aux États-Unis par AL Gore en
1992, idée reprise par Jacques Delors au plan européen en 1993 dans le livre blanc sur
“ la croissance ,la compétitivité et l'emploi ”. Le rapport Théry, sous le gouvernement
Balladur en février 1994 est la première tentative de chiffrage de l'enjeu économique
que représentent les “ inforoutes ” : entre 150 et 200 milliards de francs sur vingt ans
pour les seules infrastructures, et sans doute trois fois plus pour l'investissement en
valeur ajoutée ( logiciels, programmes , services…). Mais c'est sans doute Lionel Jospin
nouveau premier ministre en 1997 qui donna l'impulsion décisive avec la mise en place
d'un programme d'action gouvernementale intitulée “ Préparer l'entrée de la France dans
la société de l'information ”, janvier 1998.. De ce programme devaient découler tout un
ensemble de mesures, entre autres le raccordement des établissements d'enseignement à
Internet, des incitations à l'introduction des NTIC dans les PME, la mobilisation des
administrations publiques, etc. Le 26 août 1999 le premier ministre annoncait une
nouvelle étape incitant les Français à se connecter au réseau. Il s'agissait de réguler ce
‘nouvel espace public’ sans s'en remettre à la seule loi du marché comme dans d’autres
pays. Une loi sur la société d'information d'ici la fin 2000 tentera de régler les
problèmes de sécurité et de transparence pour les usagers d'Internet, la question des
droits d'auteur, celle de la confidentialité des échanges des citoyens sur les réseaux,
ainsi que la création d'un organisme qui devrait associer acteurs publics et privés.
Parallèlement des mesures sont prises avec les soutiens budgétaires correspondant afin
de développer des infrastructures pour des communications numériques à haut débit .
Mais dans un tel domaine le développement des NTIC ne peut se limiter au seul espace

5
national ; c'est au niveau européen et international que ce développement devra prendre
toute sa signification. Les premières bases en sont déjà données mais l’essentiel reste à
faire dans un contexte de luttes d’intérêts et de pouvoir autour d’enjeux considérables.

3. L’influence des NTIC sur la compétitivité, sur le travail et l’emploi.

Les réflexions qui suivent ne seront pas nécessairement ordonnées car les questions
dont elles traitent sont elles-mêmes interdépendantes. D’abord quelques remarques sur
la notion d’ “ impact ” des NTIC sur…des phénomènes multiples ,de nature diverse,
économique ou sociale. On soulignera, à plusieurs reprises, les risques de raisonnement
“ déterministe ” qu’il peut y avoir dans les discours à propos des NTIC, comme il y en a
eu il y a quelques décades à propos de l’ “ automation ”. Notre propos ne sera pas centré
principalement sur les aspects économiques, même s’ils sont parfois évoqués. On
traitera plutôt du travail, de l’emploi ,de la formation et des transformations des
entreprises ou des services ; mais en gardant à l’esprit le contexte économique et
politique dans lesquels ces questions seront traitées.

L'importance des NTIC en termes d'emplois. Selon la nomenclature de l'OCDE


l'ensemble du secteur est NTIC, dans l'industrie comme dans les services représentait en
France (à l'exception du secteur des postes) environ 660 000 personnes en 1998. Depuis
lors est NTIC ont connu une croissance soutenue : au premier semestre 2000 on estime
que ce secteur emploi 1 250 000 personnes.
Il est difficile d'anticiper les effets dès NTIC sur la croissance économique et sur la
création d'emplois. Les hypothèses diffèrent à ce sujet selon les experts et les méthodes
de prévisions utilisées. Selon le rapport du BIPE (2000) pour le ministère de l'économie,
des finances et de l'industrie, les NTIC représenteraient annuellement entre + 0.6 et
+1.6 de croissance, et en termes de création d'emplois, entre 74 000 et 190 000
annuellement, selon les hypothèses des experts. Ces derniers arrivent cependant aux
mêmes conclusions : le développement dès NTIC aura qu'un impact positif sur l'emploi
dans les années qui viennent.
À propos de la productivité, les avis divergent aussi concernant les impacts des NTIC
sur la productivité des entreprises et des services. Sans entrer ici dans les débats que
soulève le “ paradoxe de la productivité ” retenons que la notion de productivité et sans
doute elle-même à redéfinir en fonction des caractéristiques nouvelles de ces

6
technologies, de leur modes d'usage et de développement. En effet les experts
s'accordent pour dire que l'efficacité dès NTIC est liée à la manière dont elles sont
intégrées dans les entreprises industrielles ou dans les services. Et cette intégration doit
être accompagnée elles-mêmes de changements organisationnels, comme on le verra. À
ce propos on estime que c'est la qualité de l'organisation du travail et de l'entreprise qui
permette à ces technologies d'être efficace : on parle à ce sujet d'une “ productivité
organisationnelle ”.
Autrement dit, il n'y a pas dans ce cas de déterminisme technologique direct des NTIC
sur les changements organisationnels, mais on peut admettre que celles-ci peuvent les
favoriser ou les permettre. À cet égard, les études économes écrites que visant à mesurer
les gains de productivité associés à l'utilisation dès NTIC restent limités, selon les
experts. Dans une économie fondée sur la connaissance et le savoir, la compétitivité des
entreprises se fonde plutôt sur des éléments qualitatifs et “ hors prix ”.Ce que
l'économétrie peut difficilement intégrer. Des études de cas, plus qualitatives et des
analyses longitudinales sont ici préférables.
Des changements dans le travail et l'organisation. Des études empiriques sont encore
rares en France dans ce domaine mais elles commencent à se développer. Bien qu'il soit
difficile de généraliser dans ce domaine à partir d'études de cas ,et aussi dans la mesure
où les NTIC sont hétérogènes, on notera quelques traits des changements que l'on peut
déjà observer. Mais rappelons d'abord que ces changements ne sont pas automatiques
dans ce domaine car ces technologies ne représentent à ce sujet qu'un potentiel. Tout
dépend en fait de la stratégie des entreprises dans l'usage qu'elles ont font, et de l’état
des “ rapports sociaux ” de travail entre la direction, les salariés et leurs représentants
syndicaux. Les changements observés dans le travail et son organisation peuvent varier
en intensité et en nature selon les modes d'appropriation de ces technologies par
l'entreprise et leurs salariés. Pour tirer bénéfice dès NTIC dans une logique de “ gagnant
–gagnant ” (c'est-à-dire aussi bien pour l'entreprise que pour les salariés), cela suppose
des mesures d'accompagnement dont la formation représente un élément essentiel mais
aussi des modifications dans la gestion des “ ressources humaines ” et les modes de “
gouvernance ” de l'entreprise.
Soulignons ici quelques ces des changements qui ont pu être observé dans des
entreprises utilisatrices de NTIC :
- évolution vers plus d'autonomie des salariés, associée à une information partagée : le “
la formation se consulte, elle ne se transmet plus de haut en bas ”.

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- chacun peut prendre des décisions au plus proche du problème à résoudre, et
l'entreprise gagne en réactivité.
- une certaine décentralisation des décisions est permise, d'où une diminution des
niveaux hiérarchiques et le rôle plus important des cadres intermédiaires.
- développement de groupes de projets conçus de manière plus interactives et pouvant
accompagner le développement en continu des produits.
- l'usage de systèmes d'intranet et d'Internet permet une amélioration des relations aussi
bien au sein de l'entreprise qu'avec les clients, les sous-traitants, les fournisseurs
davantage associés au développement des produits : d'où des gains en termes de
qualité et de productivité, mais aussi en termes de relations sociales.
Au-delà de ces observations empiriques effectués dans des études de cas, il est
nécessaire de noter également les transformations plus structurelles que connaissent les
métiers, les qualifications professionnelles des salariés travaillant dans les divers
secteurs dès NTIC. Plusieurs études récentes du CEREQ (centre d'études et de
recherches sur les qualifications) et de l'AFPA (agence nationale pour la formation
professionnelle des adultes) mettent en évidence une tendance à la recomposition des
métiers de base en particulier dans l'informatique qui est au cœur dès NTIC.
Ainsi en 1998 on estimait à plus de 300 000 le nombre de personnes travaillant dans les
métiers de l'informatique (hors commerciaux et opérateurs de saisie). La tendance
actuelle est à la croissance de ces métiers, en particulier dans trois familles d'emplois : --
études et développement ,-- production, exploitation, administration, -- maintenance,
support et services. L'ensemble de ces métiers se distribuent entre ceux qui sont centrés
sur la technologie elle-même et ceux correspondant davantage à des prestations de
services. Ceci a pour conséquence une révision de la politique de formation
professionnelle qui est amenée à s'adapter à ces nouvelles évolutions. Des choix sont à
faire entre une approche technologique, centrée sur la maîtrise des technologies, et une
approche métier, centrée à sur des domaines de compétences. Cette dernière approche
présente l'avantage de définir des parcours de formation et donc aussi des parcours de
carrière et de mobilité . Ainsi on s'oriente vers une vingtaine d'unités cohérentes de
compétences pour les trois familles évoquées précédemment.
Cette recomposition des métiers de base de l'informatique constitue selon les chercheurs
du CEREQ une véritable “ révolution culturelle ” dans un domaine où l'identité
professionnelle reposait jusqu’ici essentiellement sur la maîtrise des technologies. Or, si
la référence technologique demeure alors que la société est de plus en plus “

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informatisée”, les métiers qui lui correspondent sont de plus en plus encastrés ou
immergés dans des ‘configurations organisationnelles’ centrées sur les services au
client et à l'utilisateur (comme le montre l'utilisation d'Internet ou de la téléphonie
mobile).
Toutes ces évolutions ont bien entendu des impacts non seulement sur les systèmes de
formation, mais aussi sur le marché du travail à partir des fonctions de recrutement et de
gestion des ressources humaines.
Une dernière remarque à propos des observations et des études de cas de changement
qui ont pu donner l'impression d'une vision trop optimiste de la réalité. L'utilisation des
NTIC peut aussi bien s'accompagner d’améliorations que d'aggravations des conditions
de travail, comme le montre l'étude récente de l ’ANACT ( agence nationale pour
l'amélioration des conditions de travail). Cette étude met en évidence dans certains cas
une certaine “ taylorisation ” du travail comme dans les centres d'appels téléphoniques,
services aujourd'hui en pleine croissance. Ces services sont encore souvent dépourvus
d'une véritable gestion des ressources humaines et pratiquent des cadences et des
rendements ‘stressants’, associés à un turnover du personnel très élevé. De même
l'interactivité entre clients et opérateurs de l’entreprise ,qui peut élargir la zone
d'autonomie de ces derniers, peut aussi développer des tensions, des conflits, car la
responsabilité accrue constitue aussi une ‘charge psychique’ pour le salarié qui ne
maîtrise pas nécessairement toutes les compétences nécessaires pour gérer cette relation
Ceci peut être aggravé également par la pression psychique du “ temps réel ” (on line)
qui met le salarié en contact immédiat avec les exigences , parfois stréssantes ou
difficiles à gérer , du client. Se pose alors la question plus générale de l'intensité de la
charge de travail et des outils de régulation nécessaires pour y remédier (temps de pause
ou de récupération, etc.)
On observe de même de nouvelles formes de contrôle des salariés de la part de
l'entreprise utilisatrice de NTIC : si le salarié a davantage accès à des informations sur
l'entreprise, celle-ci peut aussi avoir plus d'informations en direct sur les activités et le
comportement des salariés. Ce qui peut conduire à des abus de pouvoir et à des
discriminations.
Dans beaucoup de domaines l’usage des NTIC devraient conduire les entreprises à
adopter de nouvelles formes de gestion des ressources humaines et d'organisation du
travail en fonction de nouveaux critères plus adaptés à ces technologies . De même les
organisations syndicales seront sans doute amenées à de nouvelles formes de

9
négociations des conditions de travail associées à l'utilisation de ces nouvelles
technologies. Par exemple, amener les entreprises à de nouvelles formes d'évaluation
des salariés permettant d'identifier et de rémunérer les nouvelles compétences qui se
développent à travers les pratiques de ces technologies. Ce qui peut conduire aussi bien
à des négociations sur la formation professionnelle adaptée à ces pratiques, permettant
aux salariés une meilleure appropriation des technologies qu'ils utilisent. La formation
continue apparaît dans ce cas indispensable étant donnée l’obsolescence rapide des
NTIC et les capacités d’adaptation de plus en plus souvent exigées des salariés dans les
entreprises industrielles ou dans les services. Cela constitue un champs de négociation
important pour les syndicats , les entreprises , voire l’Etat. Ce dernier s’est d’ailleurs
déjà engagé dans cette voie dans le cadre de sa politique de modernisation de la fonction
publique .
Vers de nouvelles formes de régulations sociales pour les NTIC

Les premières observations que l’on peut faire du développement des NTIC et de leurs
usages mettent en évidence aussi bien des aspects positifs que des aspects négatifs en
matière de conditions de travail, d’emploi et de qualification pour les salariés. Le
dilemme se situe entre le “ laisser-faire ” des lois du marché associé aux politiques
libérales dont on connaît les conséquences négatives sur les conditions de travail des
salariés, ou l’appel aux réglementations étatiques au risque de freiner le dynamisme de
la croissance et donc de l’emploi. Faut-t-il en ce domaine opposer le système libéral
américain ou celui de la France enclin à encadrer les NTIC par une “ loi globale sur la
société de l’information ”, tandis que l’Europe reste prudemment dans une position
intermédiaire ?
Les NTIC, on l’a vu, constituent un phénomène ‘global’ et complexe qui appelle des
formes de régulation sociale adaptées à cette réalité nouvelle : régulations juridiques
,économiques , financières, sociales, culturelles, concernant aussi bien le salarié que le
citoyen, l’individu que la collectivité. Des dispositions légales existent déjà permettant
de faire face à plusieurs des risques évoqués précédemment, mais aussi par exemple en
France l’action de la “ commission nationale de l’informatique et des libertés ” ; cette
autorité administrative indépendante peut être saisie dans de nombreux cas pour traiter
des questions évoquées précédemment, et les organisations syndicales ont pu déjà saisir
cette instance, créant peu à peu ainsi une jurisprudence dans ce domaine.
Au sein des entreprises , comme dans les branches professionnelles, la négociation

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collective doit se développer pour assurer les droits des salariés face aux nouvelles
situations créées par l’usage des [Link] France le comité d’entreprise est habilité pour
prendre en charge ces questions.
C’est donc un vaste domaine qui s’ouvre pour les différents acteurs (Etat, syndicats,
patronat, instances internationales, nationales et locales) pour développer de nouvelles
formes de régulation sociale afin de faire face aussi bien à la “ nouvelle économie ”
qu’au développement des NTIC qui structurent peu à peu la “ société de l’information
et de la connaissance ” à l’aube du nouveau millénaire.

11
Bibliographie indicative

-SESSI,INSEE ,SJTL(1999), Technologie et société de l ‘information, Collection


“ Analyse et Chiffres clés ” du SESSI.
-Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie (2000), “ Tableau de bord de
l’innovation ” 3ème Edition, avril.
-Duval G. et Jacot H.(coord.), (2000), Le travail dans la société de l’information,
paradoxes et enjeux des nouvelles technologies d’information et de communication,
Editions Liaisons ,ministère de l’Emploi et de la Solidarité, 186p.
-Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Direction Générale de
l’Industrie, des Technologies de l’Information et des Postes,(Juin 2000), Les
technologies de l’information et des Communications et l’Emploi en France (Rapport
réalisé par le BIPE) ,151 p.
-Travail & Changement,(octobre 2000),Dossier :Nouvelles technologies de
l’information et de la communication,(Etude TICO réalisée par le réseau ANACT) p.7-
16.
-Gadille M.,d’Iribarne A. (2000), “ Les PME françaises et Internet : connaître les usages
collectifs d’internet pour guider les offreurs de formation professionnelle ”, Lest-Cnrs,
Aix-en-Provence,35 p.( à paraître dans Formation Emploi).
-Maurice M., “ ‘Globalization’ and national systems on industrial and employment
relations, Societal analysis revisited ”.IIRA 12th Congress, May 31,2000, Tokyo.13 p.

E-mail maurice@[Link]
Web : [Link]

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