TITRE 4 : LA FAMILLE PENDANT LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
La période repose sur des principes différents CAR si au MA, on assiste à la solidarité lignagère, sous l’ancien régime,
on insiste sur les prérogatives du père de famille, durant la période révolutionnaire, on souligne les droits de
l’individu et le volontarisme.
Les articles 1, 2, 4 et 5 DDHC insistent sur ces nouvelles approches qui font de la liberté et de l’égalité, les principes
irréversibles sur lesquels il faut fonder l’ordre nouveau.
Dès 1791, la décision est prise dans la loi du 2 septembre 1791, qu’il « sera fait un code de lois civiles communes à
tout le royaume pour bien définir les lois de liberté, de propriété et de libre contrat ». Dans cette énumération,
n’apparait pas le droit de la famille.
Cette période révolutionnaire conduit à 4 projets, 3 proposés par Cambacérès et 1 par Jacques Mignot. Aucun des 4
n’aboutit. Dire qu’il ne s’est rien passé en droit de la famille serait tout de même faux. Pleins d’évènements se sont
déroulés et ont marqués le droit de la famille.
Une identité politique a été construite entre le royaume et la famille (roi/père). A une époque où on va discuter,
porter atteinte, abroger les prérogatives du monarque, on va donc repenser la famille.
Il faut faire de la famille « une association régie comme le bord politique, par l’égalité et par la liberté ».
La différence est considérable. On parlait des lettres de cachet. Entre 1784 et 1789, seulement 5 ans sont passés.
Cette approche renouvelée de la famille, va avoir un impact considérable sur le droit. On se trouve aux antipodes des
principes fondés depuis 1 millénaire.
D’une part, on veut donner une grande autonomie à la famille afin d‘éviter une intervention de l’état. Se faisant, on
retrouve cette notion de liberté. D’autre part, au nom de l’égalité, on va remettre en cause le pouvoir arbitraire du
père de famille. On veut lui substituer un régime d’assemblé, un pouvoir collectif.
De ce fait, liberté et égalité vont produire leurs effets tant sur le mariage que sur la filiation.
CHAPITRE 1 : LE MARIAGE DURANT LA PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
D’une part, le 12 juillet 1789, on a un texte de la C° civile du clergé avec la nationalisation des biens du clergé, la
rémunération du clergé par l’état et une organisation de l’église en tant qu’administration de l’état. On a donc une
approche différente qui vise à assumer complètement le contrôle de l’église par l’état.
DONC on permet à l’église d’exercer des compétences d’attribution. Cette approche va conduire à une sécularisation,
cette dernière est celle à laquelle on va assister dans le mariage. Elle va avoir un effet juridique qui va conduire à
consacrer le mariage comme un contrat civil.
Section 1 : la conception sécularisée du mariage
I- Origines de cette nouvelle conception
Il y a d’une part, le mouvement d’idée qui s’exprime sur le mariage + des dispositions normatives promulguées.
A) Le mouvement d’idées
Au 18ème et surtout à partir du milieu du 18ème siècle, l’idée de sécularisation, le principe de liberté, vont contribuer à
discuter du bien-fondé du mariage en tant que sacrement. Les ouvrages se multiplient, les pétitions aussi. Ils
dénoncent le caractère sacramentel du mariage.
Lorsque ces mouvement dénonce cela, ils veulent affirmer que l’indissolubilité n’est pas un absolu et qu’il est,
dans des ouvrages de référence, des thèses qui reconnaissent l’existence du divorce notamment.
Les auteurs s’appuient sur des écrits de la Bible pour affirmer qu’il existait bien un divorce.
Sur ce débat vient se greffer une problématique : quid de la liberté de la femme et des enfants ?
On voit une pétition présentée à l’AN, signée de Montaigne, Montesquieu et Voltaire (pas possible dans le temps).
Elle a pour objet de dire qu’il faut parvenir à réaliser ce qui est formulé depuis le 16ème siècle avec Montaigne. On
vient y joindre Rousseau aussi.
Le bonheur est l’obsession de la période révolutionnaire.
B) Les dispositions normatives
A la suite de la révocation de l’édit de Nantes 1695, les membres de la religion prétendue réformée, sont dans
l’incapacité de se marier CAR ils ne peuvent pas se marier devant les prêtres catholiques. Pour remédier à cela, Louis
16, en 1787, va admettre qu’à côté du curé, il y ait un officier royal capable de recevoir le consentements de ceux qui
ne pourraient pas former l’union devant le curé. Louis 16 lance les prémices de ce que vont devenir les actes d’état
civil.
Cette reconnaissance des actes d’état civil va appeler une reconnaissance d’une plus grande ampleur.
II- Les modalités de reconnaissance de cette conception sécularisée du mariage
Cette question du mariage va se révéler rapidement au sein de l’assemblée. En décembre 1789, le juriste Durand de
Magnane présente un décret portant une nouvelle règlementation sur le mariage MAIS ce projet soulève la question
du sacrement et donc du principe de l’indissolubilité du mariage.
Donc lorsque ce juriste présente son décret à l’AN, cette dernière est saisie par la discussion du texte de juillet 1789,
la C° civile du clergé. Cette dernière va couper en 2 la France (ceux qui prêtent serment à la C°, les prêtres
constitutionnels VS ceux qui refusent de prêter serment, les réfractaires).
On voit bien cette coupure qui trouve son parallèle dans divorciaire et anti-divorciaire. Le projet du juriste ne peut
pas être adopté directement CAR il y a une sorte de fièvre qui s’empare de l’AN au sujet de la question religieuse.
Néanmoins, le juriste veut établir une forme civile obligatoire du mariage qui va désormais fixer les conditions du
mariage en tant que contrat. Ce mariage en tant que contrat se distingue nécessairement du sacrement. Ce qui doit
être indérogeable c’est le mariage civil.
On va considérer que le sacrement du mariage n’est qu’une bénédiction religieuse qui n’a aucune réalité juridique.
Le projet va néanmoins aboutir dans la C° de 1791 qui formule la chose ainsi : « la loi ne considère le mariage que
comme un contrat civil ». C’est un état juridique nouveau qui s’établit, le mariage est conçu comme un contrat civil.
MAIS si le mariage est un contrat civil, u contrat ça se forme, s’exécute et se rompt DONC le mouvement divorciaire
va se déployer sur cet argument en considérant que si l’on est en capacité de dire que le mariage n’est qu’un contrat
civil, alors il faut admettre le divorce.
Il y a toute une mobilisation populaire autour de cette réflexion qui va conduire à la loi de septembre 1792, qui vient
définir le régime juridique du mariage en tant que contrat civil et qui admet la rupture du contrat.
Ce mouvement provoque la consécration de la conception contractuelle du mariage.
Section 2 : l’approche contractuelle du mariage
Cette conception passe dans le temps, par la reconnaissance du divorce MAIS a partir de 1795, on voit se développer
une réaction à l’encontre du divorce.
I- La reconnaissance du divorce
A) Le régime du divorce
Le principe est le suivant : le mariage n’est qu’un contrat civil.
De plus, l’homme et la femme ont droit au bonheur. Il est possible qu’ils ne trouvent pas le bonheur avec le conjoint
DONC on va leur permettre de remplacer le conjoint pour permettre d’accéder au bonheur.
Accéder au bonheur est un but permanent, si on veut vraiment permettre à l’homme et la femme d’être heureux, il
faut leur donner le plus de possibilité de trouver le bonheur CAD leur donner le plus de possibilités de rompre l’union
qui ne lui apporte pas le bonheur.
Le bonheur devient une question individuelle.
Lorsqu’on développe cette approche, on comprend que le régime a voulu multiplier les motifs juridiques permettant
de rompre une union. Dans le prolongement du texte sur le mariage civil, on a un décret de septembre 1992 qui
vient régir le divorce.
Les causes du divorce sont multiples dans ce décret CAR le bonheur individuel impose la multiplicité des motifs de
rupture
Un mariage peut être rompu :
- En cas de consentement mutuel
- En cas de démence, folie ou fureur
- En cas de sévices ou mauvais traitement
- En cas de dérèglement notoire des mœurs
- En cas d’abandon du domicile familial depuis au moins 2 ans
- Lorsqu’un époux est condamné d’une peine afflictive ou infamante
- Lorsqu’un des conjoints est sans nouvelle de l’autre depuis 5 ans (absence) ou bien émigré
- Pour incompatibilité d’humeur
Quid du sort des enfants ?
La garde des enfants va être définie. En général, c’est l’assemblée de famille qui décide lequel des époux va exercer la
garde. Sinon, d’une manière générale, le principe veut que les filles toujours et les garçons de moins de 7 ans soient
confiés à leur mère et les garçons de plus de 7 ans, à leur père.
Ce dispositif normatif initié en 1792 va être confirmé par deux décrets :
Décret du 8 nivôse
Décret du 4 floréal an II
Ils visent à faciliter davantage le divorce. Ils simplifient au maximum la procédure à suivre. Il sera prononcé sur simple
déclaration des époux, il suffit que 6 témoins attestent que les époux vivent séparés depuis plus de 6 mois.
On revient au droit romain sur le consentement et le renouvellement jour après jour, du consentement.
B) Les effets du divorce
On parvient à faire émerger deux traits caractéristiques du divorce :
Les femmes sont beaucoup plus souvent demanderesses au divorce que ne le sont les hommes
Dans l’ouest de la France, 73% des divorces sont initiés par les femmes
Quels sont les motifs de divorce ? Tous les motifs sont utilisés MAIS majoritairement les mauvais traitements et
sévices. Le deuxième motif que l’on va trouver est l’abandon. On a aussi les condamnation à des peines afflictives ou
infamantes.
Le taux de divorce est plus élevé en ville que dans les campagnes
A Paris, en 1793, on a 33% d’unions qui se concluent par un divorce. Si on prend une période plus longue, entre 1792
et 1804, il y a 26% de divorces, ce qui reste considérable.
A Toulouse, le nombre de divorce chute à 10%.
En campagne, on est en dessous de 1 à 2%.
Raisons :
- Paris est la ville qui porte la révolution
- L’idée d’un mariage contrat est mieux reçu en ville qu’il ne l’est à la campagne, on va conserver l’idée d’un
mariage sacrement car la pratique religieuse est plus affirmée dans le monde rural
- Réalité matérielle : quand une femme divorce, si elle est en ville, il ne va pas lui être difficile de retrouver un
logement ni même de trouver un emploi, c’est la réalité citadine. De ce fait, dans les campagnes, la femme
vit dans la maison de son mari et il n’est pas possible pour elle de trouver un logement. De plus, elle travaille
sur les terres de son mari, elle est d’ailleurs connue dans ce cadre, on imagine la difficulté de se faire
embaucher par des voisins.
Le divorce a été conçu pour le bonheur individuel. La question qui peut se poser est si la somme des bonheurs
individuels provoque le bonheur collectif.
II) La réaction à l’encontre des divorces
1791-1792, on rompt l’approche pour affirmer la prééminence de l’individu et des droits de l’individu au nom de la
liberté et de l’égalité. La pratique du divorce va nécessairement provoquer une modification très profonde de la
réalité sociale.
Si la famille n’est plus la cellule de base de l’ordre politique, alors où cet ordre réside-t-il ? le directoire va revenir sur
les principes énoncés dans les textes de l’an II. La convention thermidorienne va politiquement s’inquiéter de ce
qu’on va appeler l’explosion du nombre de divorces. Si le divorce pour mauvais traitements est le premier à
apparaitre, le motif du divorce pour incompatibilité d’humeur tend à se développer.
DONC la convention thermidorienne va envisager de suspendre les décrets de l’an II qui facilitaient le divorce. Le
rapporteur du projet est Mailhe. Il dit « il faut arrêter au plus tôt, le torrent d’immoralité que roule ces lois
désastreuses ». On comprend donc qu’à partir de 1795, on a une réaction contre le divorce fondé sur l’idée que le
divorce est une source de désordre dans les familles et dans la société politique.
Cette position vient s’enraciner dans un mouvement qui vise à discuter de la pertinence du divorce ou de sa facilité
d’accès. Les propos se révèlent sur un plan théorique et puis en pratique ensuite.
Certains vont contester le divorce car selon les écritures saintes, le mariage est indissoluble. La tradition de l’égalise a
confirmé ce principe d’indissolubilité.
Ensuite, le mariage selon les propos, doit être indissoluble sinon quelles différences entre le mariage et le
concubinage ?
Et puis, certains vont avancer sur l’argument de l’ordre social et affirment que le divorce est très souvent cause de
véritables causes de troubles à l’OP. Le divorce viendrait légitimer « les agissements d’hommes perdus de l’ébauche
trouvant fort commode la loi qui travestit le mariage en un bail à terme et souvent à terme très court ».
Par analogie, on considère le mariage comme un contrat de location. Celui qui parle considère que c’est l’homme qui
abandonne la femme MAIS c’est les femmes qui demandent le plus souvent le divorce. Ceci étant ici, pour avancer
l’argument que le divorce est une cause de trouble à l’OP, les hommes perdus de débauche vont utiliser la loi sur le
divorce pour abandonner leur femme.
En conséquence, « la loi sur le divorce apparait comme une source d’inquiétude pour la femme délaissée qui verra
son mari partir avec la première coquette au moment où peut-être, le retour d’âge ou les infirmités ne peuvent que
lui rendre plus douloureuse et sensible, la privation de ce support ».
Autrement dit, on considère que la loi sur le divorce achève d’affaiblir la situation de la femme dans son état.
En pratique, on voit les contemporains illustrent à quel point le divorce provoque des troubles à l’OP.
Exemple : histoire boucher de Montmartre. On veut montrer à quel point la loi sur le divorce ne permet pas à
l’individu d’accéder au bonheur MAIS le plonge même dans le malheur le plus absolu.
La législation va donc venir sur les dispositions relatives au divorce en encadrant le recours, en fixant des conditions.
CHAPITRE 2 : LA FILIATION ET LA PUISSANCE PATERNELLE DURANT LA
PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
Section 1 : les différents régimes de filiation
En ce qui concerne la filiation légitime, on a peu d’évolutions depuis la période d’ancien régime. On a des décrets des
19 et 29 floréal an II qui rappellent avec force, la présomption pater is est…
On note aussi que le désaveu de paternité est envisagé de manière très restrictive. Il semble enfermé dans des délais
assez brefs comme en témoigne le premier projet de CC de Cambacérès.
La ou les situations vont évoluées c’est concernant la filiation naturelle et adoptive.
I- La filiation naturelle
A partir du 18ème siècle, se développe une approche favorable aux enfants naturels, qui ne trouve pas d’échos
juridique, mais qui se vérifie dans le cadre du domaine des idées. L’approche jus naturaliste et la promotion des idées
humanistes vont conduire le régime révolutionnaire à donner un écho juridique à ce mouvement de pensé.
L’idée est que l’enfant n’a pas à être la victime du pêché des parents. Donc cette idée va trouver une manifestation
juridique par un décret du 13 avril 1791 qui proclame l’abrogation du droit de bâtardise = droit qui est reconnu au
seigneur qui lui permet, à la mort d’une enfant batard, de saisir ses biens.
Lorsque le décret abroge cela, il fait écho en terme politique, à l’abolition de la féodalité MAIS de manière
concomitante, sans doute, en termes de politique sociale, il a pour l’objet d’émanciper l’enfant naturel de la situation
qui est la sienne.
On peut noter qu’alors qu’on va considérer que le batard est envisagé entant qu’enfant, dans le même temps, on va
promouvoir un argumentaire qui va à l’encontre de la recherche de paternité.
On le comprend, le régime juridique de la filiation naturelle va se trouver entre deux courants contraires, qui, vont
être actés par la loi du 12 brumaire an II (1793). Cette loi accorde aux enfants naturels simples, les mêmes droits
successoraux que ceux qui sont reconnus aux enfants légitimes. Cette loi est rétroactive au 14 juillet 1789. Durant
cette période, il y a des successions qui s’ouvrent et ne prennent en considération que les enfants légitimes.
Instabilité juridique
Lorsque le naturel se présente à la succession, il faudra qu’il apporte la preuve de la possession d’état, elle va
résulter de soins ininterrompus donnés à titre de paternité ou d’écrits privés ou publics du père. Soit l’homme se
comporte comme un père ou bien il écrit qu’il est le père.
De ce fait, ce mouvement rendu possible aux naturels devient très difficile à opérer car toutes les dispositions vont
être prises pour interdire toute recherche de paternité DONC ce mouvement qui interdit toute recherche de
paternité va faire retomber sur la femme. Le patrimoine du supposé père est quasiment intouchable et le patrimoine
de la mère peut être envisagée.
Autre idée : si la maternité est toujours certaine et présumée, dans l’approche de l’époque, la paternité est toujours
voulue. L’incertitude liée à la paternité va donc servir de prétexte à l’instauration d’un volontarisme dont la raison est
sociale.
A une période où on consacre l’égalité, on arrive à dire que la maternité est présumée et la paternité est voulue.
Cambacérès, dans son premier projet de CC : « la loi n’admet pas la vérification de la paternité non avouée ; l’intérêt
social ne permet pas la recherche d’un fait sur lequel la nature a jeté un voile impénétrable. »
On affirme quelque chose de nouveau, la paternité ne peut être que consentie, je suis père car le décide d’être père.
Ces dispositions prises à l’égard des enfants naturels ne touchent pas les enfants adultérins. Ils bénéficient des
aliments comme en bénéficient les légitimes MAIS l’adultérins n’a pas accès à la succession du père ou de la mère.
II- La filiation adoptive
L’assemblée législative va décider d’introduire dans le dispositif normatif un texte relatif à l’adoption. On va organiser
l’adoption CAR on a une fascination pour la période romaine. Le législateur, considérant que l’adoption fait partie des
institutions romaines, il va intégrer cette adoption dans la loi.
Deuxième argument : la prise en considération juridique du sentiment. L’adoption va pouvoir permettre de saisir le
sentiment qu’éprouve un adopté à l’égard de l’adoptant et inversement.
Le régime en présence va donc promulguer un texte sur l’adoption le 18 janvier 1792, qui est large dans son énoncé :
« l’AN décrète que son comité de législation comprendra dans son plan général des lois civiles, celles de l’adoption »
DONC le législateur se doit de considérer juridiquement l’adoption.
Si la volonté politique est affichée ici, on se posé la question du régime juridique de l’adoption en tant que tel. On a
peu de choses, en 1793, le comité de législation va présenter un texte qui ne vise à permettre que l’adoption
d’enfants pauvres.
Ce texte sera modifié et il va être voté le 30 et 31 aout 1793 mais les dispositions de ce texte n’ont jamais été
promulguées DONC stricto sensu, l’adoption, alors qu’elle est dans l’ère du temps, ne trouve pas de formulation
juridique. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’adoption.
L’adoptant et l’adopté vont se tourner vers les notaires.
Section 2 : la puissance paternelle
La puissance paternelle va être très discutée.
I- Causes de la remise en cause de la puissance paternelle
Cette puissance paternelle jusqu’au 17ème siècle, ne fait pas l’objet de véritables contestations. Pourtant à la fin du
17ème, on a des discutions qui commencent à se faire jour élisent par des auteurs étrangers dans ce jus naturalisme
naissant.
Exemple : Pufendorf la puissance paternelle réside dans le consentement tacite des enfants
Grotius le père avait un droit de propriété sur ses enfants
Locke le consentement des enfants est présumé dès lors que l’enfant a atteint l’âge de raison et reconnait
l’autorité paternelle
Rousseau va préconiser un nouveau système éducatif de l’enfant en insistant sur le rôle éducatif du père, sur la
responsabilité du père vis-à-vis de ses enfants.
On peut noter que le régime révolutionnaire va attaquer l’autorité paternelle alors que les cahiers de doléances ne
font pas état de la puissance paternelle. De ce fait, le pouvoir révolutionnaire va intervenir de la puissance paternelle.
Comment expliquer ce mutisme des cahiers de doléances ? pour les rédacteurs, en mai 1789, le propos n’est pas de
destituer le roi, la puissance paternelle est sans doute le prolongement de l’autorité du souverain. Les
révolutionnaires vont redéfinir les rôles de l’état et de la famille dans la société. Désormais, la famille se doit d’être
fondée sur le respect et l’amour et non sur la crainte et sur l’autorité despotique.
Se faisant, les révolutionnaire détachent l’autorité paternelle à l’égard de l’autorité politique. Les idées de Rousseau
vont engager les révolutionnaires de saisir la famille comme devant seulement être conforme à l’état de nature.
C’est dans cette approche, qui vise à exalter les droits de l’individus, que l’on va penser l’autorité paternelle.
On va penser la famille comme une association, en traitant les membres de la famille entant qu’individus. On voit
rejeter toute forme d’autorité de type monarchique et donc on va limiter la puissance paternelle. Le propos est de
rendre aux enfants et aussi au père, la liberté. On va promouvoir une éducation citoyenne au sein d’une société
nouvelle dans laquelle les enfants appartiennent à la nation avant d’être à la famille.
On pense l’enfant comme un objet de propriété des parents et de la famille. S’exprime la prééminence de l’état CAR
en la personne de l’enfant, repose « l’antichambre de la citoyenneté ». On ne veut plus de cette puissance paternelle.
Il s’agit de « réduire les rapports entre les pères et les fils, à la douceur et aux bienfaits d’un côté au respect et à la
gratitude de l’autre ».
Pour autant, il ne semble pas être possible d’affirmer le principe d’égalité dans la famille, le père a une autre place
mais il demeure présent dans son autorité. On veut rompre avec cet arbitraire que des auteurs dénonçaient. Il y a
dans l’esprit révolutionnaire, une sorte de mythe de la famille mais dont la mise en œuvre va se révéler être très
difficile.
Au travers de l’enfant, on saisit avant tout le citoyen et on pense la dimension politique de cette réflexion. Désormais,
le père vis-à-vis de son enfant, a un devoir de protection et d’affection. L’autorité du père n’est pas remise en cause
mais est envisagée d’une autre manière, la faiblesse de l’enfant va justifier l’autorité du père. Les relations entre
parents et enfants sont régies par la vertu et non plus par la force.
Seules les vertus donnent la possibilité d’exercer l’autorité paternelle. Mais finalement, l’existence même de ces
vertus conduit l’autorité paternelle a ne plus être, le père n’a plus besoin d’exercer son autorité.
A l’instar de la puissance monarchique, la puissance paternelle est abrogée. La période révolutionnaire vient mettre
un terme à la période du 16ème-18ème. Cette abolition va être la csq de réformes politiques. La finalité politique de
cette nouvelle conception de l’autorité est de faire des parents, de véritables acteurs d’une éducation citoyenne de
l’enfant. La première mission des parents est de faire de bon et vertueux citoyens.
La contrainte/force disparait mais demeure cette idée de droits et devoirs réciproques fondés sur les réalités
naturelles en fonction d’un nouvel équilibre familial. Certains vont considérer que le droit doit s’effacer devant les
sentiments. Les parents ne peuvent régner sur les enfants que par le mouvement d’émotion/d’affection qui leur
permet d’exercer une emprise légitime à ce titre.
DONC on va accentuer cette dimension, la tendresse paternelle va avoir pour objet de protéger l’enfant. En ce sens,
l’autorité du père, dans ce cadre, va devenir un véritable modèle politique qui va servir de référence dans le code
civil.
Portalis écrira « la puissance des pères n’est-elle pas éclairée par leur tendresse ».
II- Les conséquences juridiques de cette remise en cause
Le droit révolutionnaire va marquer des progrès en faveur de la condition de l’enfant nouvelles théories sur la
place de l’enfant dans la société.
La puissance paternelle sur le mineur va être sensiblement altérée alors que la puissance paternelle sur les majeurs
va être supprimée.
Un des signaux les plus fort est la loi du 26 mars 1790 elle vient abolir les lettres de cachet. Cette abolition est
considérable en termes de symbole CAR ces lettres permettaient au père, de solliciter du roi, d’enfermer l’enfant,
pour que le contentieux ne soit pas porté devant la justice, surtout aux yeux du public. Ces lieux d’enfermement
étaient le symbole de l’arbitraire paternel.
Un des premier mouvement révolutionnaire réside dans la prise de la Bastille.
Dans la prise de la Bastille on prend le symbole CAR dans la Bastille, il y a moins d’une dizaine de détenus. Ce n’est
pas pour le nombre, c’est pour le symbole qu’elle représente.
Abolir les lettres de cachet est un signal très fort qui fait écho à la prise de la bastille.
Dans le prolongement, on affirme que l’autorité parentale devra être exercée conjointement par les parents, tant que
les besoins de l’enfant la rendent nécessaire. On affirme par décret du 28 aout 1792 que la puissance paternelle est
intolérable. Dans le prolongement, cette puissance paternelle va être qualifiée d’odieuse dans le décret du 20
septembre 1793. Le principe étant établit, on comprend que le législateur veuille promouvoir l’émancipation des
enfants.
Le premier décret vient étendre la majorité émancipatrice à 21 ans. Jusqu’à cet age, les enfants sont soumis à
l’autorité des parents, le droit de correction de ces derniers est limité. Les cas graves doivent être présentés au
tribunal de famille qui est composé de 6-8 personnes comptant des parents proches ou des voisins.
L’enfermement des enfants doit faire l’objet d’une décision particulière de ce tribunal de famille, confirmée par le T
de district ET l’enfermement est borné dans le temps car il ne peut durer qu’un an max.
Au-delà, on voit que dans un autre texte de 1793, du 7 mars, on interdit au père de famille, d’exhéréder les enfants.
On voit bien de quelle manière on convoque une distance juridique entre le père et l’enfant. Le père et la mère vont
endosser le rôle de tuteur, rôle contrôlé par l’état. On retrouve cette idée dans le 2ème projet de code civil de
Cambacérès, les enfants appartiennent à la république avant d'appartenir aux parents. Ces derniers ne sont que des
tuteurs et on peut les déchoir de la tutelle dès lors qu’il y a incivisme/inconduite.
Conclusion en parlant de l’incapable mineur : la garde féodale et la garde noble vont disparaitre. En revanche, on
conserve le modèle de garde urbain. Les tutelles sont confiées aux tribunaux de famille et le législateur
révolutionnaire n’intervient que très peu dans ce domaine. On insiste sur le caractère naturel de la tutelle & sur le
fait que la tutelle voudrait apparaitre comme une affaire de famille MAIS minutieusement réglée par la loi