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_ Il a été tiré de cel ouvrage:
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numérotés à la presse de 1 à 200.
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COLLECTION DES UNIVERSITÉS DE FRANCE rl
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publiée sous le patronage de l'ASSOCIATION GUILLAUME BUDÉ
PLATON
OEUVRES COMPLÈTES
TOME IV — :1'e PARTIE
PHÉDON
TEXTE ÉTABLI ET TRADUIT
PAR
Léon ROBIN
Professeur à la Facuité des Lettres
de l’Université de Paris.
PARIS
SOCIÉTÉ D'ÉDITION « LES BELLES LETTRES »
99, BOULEVARD RASPAIL
1926
Tous droits réservés.
Conformément aux statuts de l'Association Guillaume
Budé, ce volume a été soumis à l'approbation de la
commission technique. M. Émile Bourguet a accepté d'en
faire la revision et d'en surveiller la correction en colla-
boration avec M. Léon Robin.
NOTICE
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LE PHÉDON
51] est impossible de dater le Phédon, on peut du moins
le situer dans l’œuvre de Platon. Sa parenté avec le Banquet
est en eflet manifeste : celui-ci enseigne comment vit le Sage
et celui-là, comment 1] meurt; 115 se ressemblent en outre par
leur contenu doctrinal. Sans doute il est difficile de dire
lequel des deux a précédé l’autre!. S'il est possible cependant
de déterminer d’une façon au moins approchée l’époque de
la composition du Banquet?, du coup on obtiendra le même
résultat pour le Phédon. Tenons-le dès à présent pour un dia-
logue de la maturité de Platon. Il ne fait certainement pas
corps avec les dialogues proprement apologétiques, A pologie
et Criton. D'autre part, 1] parait bien avoir été écrit, notam-
ment après le Gorgias dont il suppose et complète l’eschato-
logie, après le Ménon auquel il fait une allusion non douteuse
(72e sqq.). Enfin on ne peut guère contester que, par rap-
port au Phédon, le Phèdre (réserve faite de certains points
litigieux) et la République (le livre 1 étant mis à part) repré-
sentent un nouvel effort pour préciser les problèmes, pour
approfondir les solutions, pour étendre la portée des systèmes
mythiques. |
τ. Peut-être est-ce le Banquet, auquel se référerait l’expérience
qu'Échécrate, dans le Phédon 59 Ὁ, est censé avoir dù caractère
d’Apollodore. Voir plus bas.
>. Voir la notice sur ce dialogue.
VIII PHÉDON
Par conséquent, à l’époque où semble avoir été composé |
le Phédon, Platon a déjà accompli son grand voyage en
Égypte, à Cyrène, dans la Sicile et la Grande-Grèce ; il est
déjà le chef d’une école, qu'il vient d'établir dans le parc
d’Académus (388). Il est en possession d’une méthode pour
apprendre et pour enseigner, dont le Phédon peut désigner
la technique par voie de shnple allusion, quitte à en préciser
ensuite l'usage (75 d, 78d et τοῖ d sqq.). Il a une théorie
de la connaissance et de l”étre, à laquelle il se réfère dans le
Phédon comme à une doctrine depuis longtemps rebattue et
qui a son vocabulaire spécial, ou qui le cherche! ; théorie
déjà familière à ceux pour qui il écrit. L'orientation mathé-
matique de sa pensée, déjà manifestée dans le Ménon et dont
le VIT° livre de la République fixera le caractère symbolique
et préliminaire, se révèle aussi dans le Phédon par l'emploi
privilégié des exemples ou des représentations mathéma-
tiques?. Tout cela, certes, est mis dans la bouche de Socrate.
Mais Socrate est ici personnage d’un dialogue dont l’auteur
“est Platon. Donc, tant qu'il n'aura pas été prouvé par des
raisons décisives ὃque le Phédon est d’un bout à l’autre un
témoignage historique relativement à Socrate, on sera en
droit de penser que, s’il constitue un document, ce doit être
surtout en ce qui concerne son auteur.
Aucun doute sérieux ne peut être élevé sur l'authenticité
du dialogue. On a pu croire, sur la foi d’une épigramme qui
se lit au bas du premier feuillet du Phédon dans un de nos
manuscrits (le Venetus, Append. class. 4, cod. 1, celui qui
sera désigné par le sigle T), que cette authenticité avait été
contestée par le Stoïcien Panétius. Ce n’est qu'une méprise
sur le sens de l’épigramme: les doutes de Panétius portaient,
non sur l’attribution de l’ouvrage à Platon, mais sur la valeur
des arguments qui y sont ie en faveur de l’immortalité
des âmes individuelles“.
1, δῦ d; 72 0-73 b; “ha; 95 cd; 50 b, d:;78.d; δ. ἃ ; ὙΘΟΊΕΣ
102 b. — ro06d.
2. 7h a sqq., 96 ὁ sqq., 101 be, 102 ἢ sqq., 108 Ὁ sqq., 110 ἃ,
111 Ὁ,
3. Ce problème sera examiné un peu plus loin, p. xv sqq.
h. Cf. S. Reinach, Panaitios critique (Rev. de Philologie 1916,
201-200).
NOTICE ΙΧ
II
LE PROBLÈME HISTORIQUE
Le Phédon n’est pas, on le sait, un dialogue direct, comme
par exemple le Gorgias ou le Ménon. C’est, encadré dans un
tel dialogue, le récit du dernier entretien de Socrate avec ses
fidèles!, le jour même où 1] but la ciguë.
Le récit est fait par Phédon d’ Élis, un de ces fidèles, à
Échécrate de Phlionte, qui est impatient de connaître, d’après
un témoin, les circonstances de la mort de Socrate et surtout
ce qu'il a dit avant de mourir. Quelles sont chez Échécrate
les raisons de cette curiosité ? Il n'appartient pas au groupe
socratique ; c’est un Pythagoricien et, avec trois autres Phlia-
siens, un des cinq membres de la Secte que connut Aris-
_toxène de Tarente, le Musicien ?. Mais, sans parler de la place
qu'y tiennent Simmuas et Cébès, plus d’un détail dans le
dialogue (p. ex. 59 b, 60 a) est fait pour laisser croire qu'entre
los Pythagoriciens de Grèce et les Socratiques il existe des
relations habituelles. D’autre part, bien que sans doute
Socrate soit mort depuis quelque temps déjà (cf. 58a fin),
Platon suggère que l'événement est assez récent pour s’im-
poser à la préoccupation d’Échécrate comme au souvenir de
Phédon.
Le nom de Phédon a été popularisé par notre dialogue. Mais
au sujet de sa personne et de ses doctrines notre ignorance
n'est guère moins grande que pour Échécrate. Sur quoi se
fonde la tradition d’ après laquelle, appartenant à une noble
lamille d'Élis, il aurait été amené à Athènes comme prison-
r. Les membres d’un groupe philosophique, réunis autour d’un
directeur, et que le groupe soit ou non constitué régulièrement en
école, sont des associés et des confrères. C’est pourquoi [6 mot ἕτα᾽-
cos m'a paru devoir être rendu par camarade, plutôt que par ami.
2. Diogène Laërce VIT, 46. Échécrate est mentionné aussi dans le
catalogue Pythagoriciens que dresse Jamblique à la fin de sa Vie
de Pythagore (267); parmi les femmes pythagoriciennes est nommée
une Échécratie de Phlionte, peut-être sa fille. Voir p. 1, n.1.
x PHÉDON
nier de gucrre?et, remarqué de Socrate pour son intelligence,
racheté à sa prière par un des amis du Maître, par Cébès
même, précisait-on parfois? Il se trouve, il est vrai, qu'en
Loï-4oo les faubourgs de sa ville natale furent ravagés par les
Spartiates, qui étaient alors les alliés d'Athènes. Mais quel
rapport y a-t-il entre ce fait et la tradition ἢ Celle-ci semble
bien n'être qu'un petit roman en marge du Phédon. La
figure du personnage n'est peut-être pas plus aisée à déter-
miner d'après les données du dialogue. Sans nul doute, à le
voir assis près du lit de Socrate, et le Maître pressant entre
ses doigts les boucles de sa longue chevelure (89b), on peut
le prendre pour un disciple particulièrement aimét. Le
tableau est gracieux sans fadeur ; la vivacité rieuse des répar-
ties tempère l'émotion. Mais ce disciple aimé est-il un tout
jeune homme ? On l’admet le plus souvent, pour cette raison
que c'était à Athènes l’usage des jeunes gens de porter les
cheveux longs. Pourquoi donc alors Socrate aurait-il cou-
tume de railler ? Phédon sur une pratique habituelle à son
âge? Tout au contraire 1] est naturel qu’il le gronde souvent
de conserver dans Athènes un usage de son pays, qui n’y con-
vient pas aux hommes qui ont passé la jeunesse. Au surplus,
et quelle que fût Îla réalité, il semble impossible que Platon
ait pu vouloir donner une apparence simplement aimable à
celui dont 1] faisait le narrateur d’un entretien où s’agitent,
autour de Socrate inourant, les problèmes derniers de la con-
duite et de la destinée. Quelle confiance Échécrate pourrait-il
avoir dans l'exactitude d'un témoin que sa grande jeunesse
eût empêché de s’élever à de telles hauteurs ou de suivre une
discussion si subtile? D'autre part, après avoir, au mépris des
indications implicites de Platon, supposé Phédon très jeune
en 399, on est eusuile conduit à supposer en outre que la
fondation de son école à Elis est de beaucoup postérieure à la
mort de Socrate. Quelle doctrine y enseignait-11? Sans doute
une doctrine voisine de celle des Mégariques et fondée sur un
1. Le fait qu'Eschine avait aussi donné son nom à l’un de ses dia-
logues socratiques ne prouve rien par lui-même quant à l'autorité
dont il jouissait (quoi qu’en pense Archer Hind, éd. du Phédon,
Introd., p. 40).
2. L'interprétation la plus répandue (cf. p. 54, n. 1) donne à
toute la scène une tournure équivoque et, par rapport aux circon-
stances, singulièrement déplacée.
NOTICE ΧΙ
usage, pareïllement intempérant, de la dialectique: Timon le
Sceptique en effet, dans ses Silles (fr. 28 Diels) le rappro-
chait d’'Euclide, l’un bavard, l’autre, disputeur. On sait en
outre quelle parenté unit l’τοι d'Érétrie, fondée par Méné-
dème et Asclépiade de Phlionte, d’une part à l’école d'Elis,
de l’autre, à celle de!Mégare *. Des cinq Composilions socralti-
ques (λόγοι σωχρατικοῖ) qui lui étaient attribuées, deux seule-
ment étaient tenues pour authentiques : son Zopyre, dont le
thème physiognomique est passé dans la légende de Socrate,
et son Simon, duquel sort sans doute ce prétendu disciple de
Socrate, Simon le cordonnier, dont les propos (oxuruxoi λόγοι)
étaient, à la vérité, ésalement rapportés àEschine. Aulu-Gelle
parle He l'élégance maniérée du style de Phédon : le pauvre
fragment conservé par Sénèque (Ep. 94, 41) semble bien lui
donner raison. En somme, autour de la personnalité de Phé-
don 1] n’y a pour nous qu'incertitudes et ténèbres.
Passons au dialogue raconté. Le théâtre en est la prison
où, sur l’ordre des Magistrats, le condamné doit avoir, au
coucher du 50161]5, inis fin lui-même à son existence en
buvant la ciguë. Parmi les personnages nommés comme pré-
sents, cinq seulement prennent part à l’entrelien : Criton,
Phédèn. Simmias, Cébès, enfin celui que Phédon ne peut
désigner nommément avec certitude (τοῦ a). D'autres inter-
ventions sont antérieures à l’entretien, ou seulement épisodi-
ques : celles du Portier, de Xanthippe ou du Serviteur des
Onze et de son acolyte. Platon y a joint une liste d’ab-
1. Phlédon, disait-il, en faisant un calembour sur le nom.
2. Avant de connaître Stüilpon de Mégare, Ménédème (mort à 74
ans, peu après 278) avait été l’élève à Élis de Moschus et d’Anchi-
pylus, successeurs de Phédon après Plistanus. Raison de plus pour
ne pas éloigner beaucoup de la mort de Socrate la fondation de
l’école d’Élis, à supposer même qu'elle ne fût pas antérieure. Enfin,
si Cest vraiment une règle pour Platon (comme l’a indiqué M. L.
Parmentier dans ses conférences de 1925 à la Sorbonne) de ne pas
mettre en scène des hommes encore vivants, il est possible que Phédon
fût déjà mort au moment de la composition du dialogue.
3. Voir p. 8, n. 1 etp. 100, ἢ. 3. — Il cost assez difficile de pré-
ciser à quelle époque de l’année eut lieu la mort de Socrate : dans
le Phédon il est question à la fois de la fête d’Apollon (61 a) et du
pélerinage à Dèlos (58 a-c). Or celui-ci avait lieu en février ou mars,
tandis que Ja fête du Dieu se plaçait au début de mai; en parlant
de la féie, Platon a sans doute en vue les fêtes de Dèélos.
ΧΙ PHÉDON
sents : ce sont les fidèles dont la présence en un tel jour, aux
côtés du Maître, est supposée attendue par Échécrate d’après
ce qu'il sait de ΙΕ composition du cercle socratique. Avec Pla-
ton, on doit en outre dans ce double catalogue distinguer les
ττ 1 ἡἰς et les Étrangers 1, ceux qni fréquentent habituellé-
ment Socrate et ceux qui ne l’approchent qu'accidentellement :
à l’occasion de leurs séjours à Athènes, mais qui chez eux se
réclament de lui et veulent être, par quelque côté, des
« Socratiques ». Enfin, tandis que, en ce qui concerne ces
derniers, Platon paraît suggérer (59 c) qu’il a nommé tous
ceux qui étaient à nommer, au contraire, pour les Attiques,
il indique (ibid. b fin) que son énumération des assistants
n’est pas complète; de fait, bien d’autres noms figurent dans
VPApologie (39 6 sq.) ?.
Quels sont, maintenant, ceux dont l’absence a besoin d’être
expliquée ? C'est, parmi fe Attiques, Platon et, parmi les
Etrangers, oo avec Cléombrote. Le premier, dit Phé-
don (59 b fin), était malade. Qu'il ajoute « je crois », rien
n’est dans sa bouche plus naturel : bien loin de suggérer
l’idée d’une fiction destinée à reporter sur un autreJa res-
ponsabilité d’un récit infidèle, c'est au contraire l'affirmation
implicite du fait. Malade de de in ? Toute conjecture sur la
cause de la maladie est inutile; mais l’absurdité de celle-
οἱ est évidente, si l’on songe à l'analyse, à la fois subtile et
forte, que Platon s’est attaché à faire du méiange de douleur
ei de sérénité qui anime Ja plupart des assistantsἡ. — Quant
à Aristippe de Cyrène et à Cléombrote d'Ambracie, 115
étaient, disait-on, à Égine. Or Égine était un endroit de εἶ
sir el NET est l'apolos: ste si plaisir ; il n’en ἃ pas fallu
‘ davantage pour supposer # que ceux-là n’ont pas voulu sacri-
fier leurs]jouissances, ni compromettre leur tranquillité par
un spectacle qui leur eût été trop pénible! Le blâme serait
Sur ces personnages, voir p. 9, ἢ. I.
2. 1] est naturel que ni Chéréphon (cf. Apol. 2c ὁ sq.), ni Xéro-
phon ne soient nommés: le premier, parce qu’il était mort avant le
procès; le second, parce qu’à ce moment il avait, depuis un an déjà,
quitté Athènes pour prendre part à l'expédition de Cyrus ; sur la
place de Xénophon dans le cercle socratique, voir mon article de
l'Année philosophique, XXI, 1910.
3. Comparer 58 6 sq. avec 117 ὁ 566.
ἡ. Diogène Laërce Il, 65 et II, 36.
NOTICE XIII
par trop dissimulé et, en outre, singulièrement maladroit :
leur absence n’est sans doute pas plus coupable aux yeux de
Platon que ne l’est la sienne propre. Ce qui seul est intéres-
sant, c'est qu'il ait tenu à nommer Aristippe parmi Les fidèles
authentiques du Socratisme. Du reste le Socrate du Banquet
est-il si éloigné de l'attitude du Sage cyrénaïque? L'idéal de
celui-ci n'est-il pas, d'autre part, qu'il faut se rendre indé-
pendant des choses et les maîtriser par la pensée, savoir tou-
jours cueillir en elles, quelles qu'elles soient, la fleur du plaisir
et chercher celle-ci à égale distance de l’apathie complète et des
passions violentes, qui sont toujours douloureuses ! ? La séré-
nité de Socrate en face de la mort et l’allégresse de la hbé-
ration prochaine s’accordent aisément avec un tel idéal.
Ainsi, pour des raisons de fait, deux disciples notoires se
trouvent être exclus de l’entretien. Il en reste en revanche
deux autres parmi les présents: c’est Antisthène, qui doit
fonder l’école dite Cynique, et c’est Euclide, qui est dèjà ou
qui va devenir scolarque à Mégare. Or c'est assez pour
Platon d’avoir cité leurs noms : il ne leur fait aucune place
dans un entretien aussi riche de philosophie, au cours duquel
leur silence ne laisse pas d’étonner. Pourquoi ce parti prisὃ
Vraisemblablement parce que ce sont des contemporains, et
que les convenances littéraires du temps interdisaient à Pla-
ton de prèter à des contemporains un langage qu'au moment
supposé de l'entretien ils n'avaient pas en cffet tenu, ou qui
n'est plus le leur au moment où 1] écrit. Dès lors n’est-on
pas déjà tenté de penser qu'il n'y a pas lieu de chercher
dans le Phédon un récit historique et qu’il est une fiction?
Cette présomption se confirme, si inversement on s'inter-
roge au sujet de ceux qui sont, avec Socrate, les principaux
“ protagonistes de l'entretien dans ce qu'il a de proprement
philosophique : Simmias ?, Cébès et enfin cet inconnu mys-
térieux, béraclitéen ou protagoréen en qui il y a comme un
reflet de la pensée d’Aristippe, et dont l’objection topique
(103 a) commande la partie décisive du dialogue. Quant aux
deux autres, dont le rôle, surtout celui du second, n’est pas
1. Sans doute ces idées sont plutôt celles du second Aristippe, le
petit-fils du nôtre. Mais vraisemblablement elles étaient déjà celles
de l’ancêtre qui combinait au Socratisme des influences héracli-
téennes, transposées par l’enseignement de Protagoras.
2. Diog. La. IT, 124, écrit Simias. |
XLV PHÉDON
moins important, ils sont pour nous presque aussi énigma-
tiques. Il ne peut être question de mettre en doute leur exis-
tence, mais il est bien certain que les anciens n'étaient pas
mieux informés que nous sur leur compte ; ils ne savaient
que ce qui nous en est dit dansle Phédon ou dans le Criton
(45 b): qu’au temps de la mort de Socrate ce sont de jeunes
hommes (Phédon 89a); qu'ils appartiennent à des familles
riches et sont prêts, pour seconder le plan d’évasion conçu
par Criton, à donner beaucoup d’argent ; qu'ils ont été des
auditeurs du Pythagoricien Philolaüs pendant le temps que
celui-ci ἃ séjourné à Thèbes (Phédon 61 d); que Simmias est
de Thèbes et Cébès au moins béotien, comme semblent le
prouver la forme dialectale que Platon met dans sa bouche
et le « chez nous » dont il se sert à propos du séjour de Phi-
lolaüs à Thèbes avant son retour en Italie (4bid. 62 a, 61e).
Une autre fois encore Platon a parlé de Simmias : de tous les
Grecs de son temps, lit-on dans le Phèdre (242 ab), Socrate
n’a connu personne de plus habile que Phèdre à faire naître
les discours, à l'exception toutefois de Simmias le Thébain.
Mais l’allusion au Phédon saute aux yeux ; car c’est Simmias
qui, en provoquant les explications de Socrate (63 a-d), a été
l’instigateur de toute la discussion ; il n’y ἃ donc là aucune
donnée nouvelle. Aucune autre ne nous vient d’ailleurs.
Xénophon (Memor. IT 11, 17; 1 2, 48) ne fait manifeste-
ment que répéter Platon, si ce n’est qu'il spécifie que Cébès,
comme Simmias, est de Thèbes même !. La VIE lettre platoni-
cienne (345 a), bien mieux, se contente, en s’appropriant
son exclamation de 62 a, de l'appeler « le Thébain » ; mais
l'authenticité de cette lettre n'implique pas celle de tous
les mots de son texte, et ceux-ci peuvent fort bien n'être
qu'une glose. De même Diogène Laërce, quand 1] précise que
Cébès est de Thèbes (IT, 125), ne fait sans doute qu'interpréter
le Phédon?. C’est justement parce qu’on ne savait rien d’eux,
1. De plus, chez lui, on trouve la forme vraisemblablement cor-
recte du nom de leur compagnon du Phédon : Phédondas (au lieu de
-dès), comme Épaminondas, Pélopidas, etc. Quelques manuscrits
écrivent Phédônidès.
5. Simmias et Cébès sont nommés encore, avec référence expli-
cite au Phédon, dans la XIII lettre platonicienne 363 a, falsification
antérieure au 1 siècle de notre ère (puisque le catalogue de Thra-
NOTICE XV
que d'ingénieux faussaires ont été tentés d'écrire sous leur
nom. Diogène met au compte du personnage de Platon le
fameux Tableau de Cébès, petit écrit de tendances stoïco-cyni-
ques, dontla composition se plaee aux environs de l’ère chré-
tienne. Comment, après cela, ne pas être sceptique à l'égard
des vingl!-trois dialogues dont il gratifie Simmias (11, 124)?
11 n’est pas jusqu'à la réalité pythagorique de leurs théories
dans le Phédon qui ne soit matière à soupçons. Sans doute
la doctrine de l’âme-harmonie, exposée par Simmias, se rat-
tache aux théories musicales et médicales de Philolaüs ; sans
doute, négligerait-on même le fait qu'Échécrate se souvient
de lui avoir jadis accordé son adhésion (88 d), elle se retrouve,
à peu de chose près chez Aristoxène et Dicéarque, Péripaté-
ticiens de la première génération qui sont d'origine pythago-
rique. D'où vient cependant qu’Aristote l'expose et la discute
(De an. IL 4, jusqu’à 408 ἃ, 28) sans nommer les Pythagori-
ciens, et qu'il leur rapporte au contraire des théories tout à
fait différentes (ibid. 2, ho a, 16-20)? D'où vient, surtout,
que Cébès, auditeur lui aussi de Philolaüs, ait sur l’âme une
doctrine autre que celle de Simmias ?
Par rapport à Socrate lui-même, le problème de l’histori-
cité du Phédon devient particulièrement délicat. Pour ce qui
le concerne, en effet, les éléments de comparaison ne man-
quent pas, soit qu'on les cherche en dehors de Platon ou bien
à l’intérieur de son œuvre, Mais de quel critère dispose-t-on
pour décider quel est le plus historique, du Socrate qui
figure dans l’Apologie ou de celui qui figure dans le Parmé-
ie ou le Philèbe, de celui que bafoue οἰο μηδ comme
le plus pernicieux des Sophistes ou de celui que glori-
fient Xénophon et Platon? De l'emploi de cette méthode
comparative 1l ne peut rien sortir que de problématique
et d’arbitraire. C’est notre dialogue lui-même qu'il faut
interroger.
Une chose frappe tout d’abord et qu’il semble diflicile de
nier : le Socrate du Phédon est en possession d’un art bien
[ἢ
sylle, dans Diog. La. TE, 6r, la mentionne). Il est question de Sim-
mas, appelé le Socralique, dans la Vie de Platon (eh. 6) et dans les
Prolégomènes à la philosophie de Platon (ch. 1) qui sont connus sous
le nom d’Ol;mpiodore ; mais les idées qui y sont attribuées à Simmias
ne sont qu’un commentaire de Phédon 96 b.
XVI PHÉDON
défini de penser et de parler, dont il existe une méthode! ;
tout l’entretien semble être une mise en œuvre de la rhéto-
rique philosophique, considérée comme un acheminement à
la démonstration. De l’érohoyis, en effet, du plaidoyer qui
développe des motifs et s'efforce de les Due persuasifs, on
s'élève ensuite à la παραμυθία, à l'exhortation qui comporte
déjà des justifications logiques et constitue, comme on disait
alors, une protreptique, un exercice de conversion; on par-
vient enfin à des raisonnements, dont la rigueur prétend
visiblement s'égaler à celle des démonstrations mathéma-
tiques, pour les surpasser en portée ; seuls 115 sont capables
de légitimer en dernière analyse, s’il y a lieu, les modes
antérieurs de l'argumentation : les règles mêmes de cette
méthode supérieure sont énoncées avec une précision tech-
nique qu'il faut souligner. Dans cet énoncé et surtout dans
le morceau sur la « misologie » (89 c-gr b), l’ensemble de
cette technique est opposé avec une belliqueuse ardeur aux.
prétentions injustifiées d’adversaires qui ne savent ni ce
qu'est rigueur ni ce qu'est vérité ?. Dira-t-on que c'est pré-
cisément une telle technique que visaient Aristophane en fai-
sant, pour une part, du Socrate des Nuées un maître de chi-
cane? ou le « faiseur de comédies » en le traitant d’odieux
bavard (70 b)? ou encore Xénophon quand il raconte (Mem.
T2, 31-38 ; cf. ibid. 15, 39 et 47) comment les Trente avaient
interdit à Socrate d'enseigner l’art de la parole ἢ Soit ; accep-
tons que Socrate ait en effet donné un tel enseignement.
Mais ou bien c’est avant ce qu'on peut nommer la période
« critique » de sa carrière, avant de se vouer tout entier à
cette mission d'examen dont parle l’Apologie et que lui ἃ
imposée la réponse de l’Oracle delphique; ou bien cet enseï-
gnement de l’art de penser et de parler n’a pas été inter-
rompu par l’exercice de la mission. Dans le premier cas, on
comprend mal pourquoi, à son dernier jour, Socrate met en
1. Voir en particulier 61 ἢ, 64 c fin, 35 ἃ, 78 d, δή d, 89 ὁ, 91
ab, ΤΟΙ de, 115 c.
2. D'une façon générale ils sont appelés controversistes, ἀντιλο-
γικοί, gens qui enseignent à parler pour ou contre, sans nul souci de
la réalité et de l'essence des choses. C’est ainsi que l'élève des
Sophistes qui a écrit les Doubles raisons (δισσοὶ λόγοι) rejette expres-
sément toute recherche de ce genre, c’est-à-dire portant sur le τί
ἐστι ( Vorsokratikerde Diels, ch. 83, 1 17).
NOTICE XVII
un tel relief des pratiques auxquelles il a renoncé pour les
plus graves raisons; et plus mal encore, dans l’autre hypo-
thèse, qu'il soit obligé de s'expliquer ainsi sur ce qui serait
la procédure accoutumée de son enseignement et de ses
recherches. C’est donc à peine si Platon dissimule que, sur ce
point, son langage n’est point dans le Phédon celui que tenait
son maitre.
De même le Socrate du Phédon est très éloigné de celui
qui professe savoir une seule chose, c’est qu'il ne sait rien.
C’est un philosophe qui spécule sur l’'Être et sur le Devenir,
qui a là-dessus des doctrines bien définies, à l’enseignement
desquelles 1] se réfère souvent et qui sont connues et
acceptées de Simmias comme de Cébès. À vrai dire, tandis
que le second connaît bien la théorie de la réminiscence, le
premier l’ignore ou l’a oubliée! ; mais peut-être n'y a-t-il
pas là qu'un artifice destiné à effacer cette impression de
dogmatisme et à rendre à l'entretien sa liberté d’allure.
D'autre part, non seulement les recherches des Physiciens
ne sont pas ignorées de ce Socrate, non seulement 1] les a
lui-même pratiquées (en quoi l’on voit le Phédon s’accorder
avec les Nuées, d'un quart de siècle antérieures au procès) ? ;
mais bien plus il ne s'en est pas actuellement désintéressé,
Car c'est une nouvelle physique qu'il se propose de substi-
tuer à l’ancienne. Au surplus, lié comme il l’est à l’explica-
tion de la vie et de la mort, le problème de l’âme ne con-
-cerne-t-il pas la physique ? Mais comment croire, cette fois
encore, qu un philosophe qui n’a pas renoncé à savoir pour-
quoi les choses naissent, existent et enfin périssent, ait
gardé par devers lui jusqu'aux dernières heures de sa vie un
ensemble de preuves si savamment élaboré, si étroitement
noué aux doctrines qui sont déjà familières aux membres
du groupe dont il est le chef?
D'un autre côté cependant il se caractérise fortement par
son attitude profondément religieuse et par l’enthousiasme
de son ascétisme. Bien que, ce qui peut étonner, le Phédon
ne contienne pas d’allusion explicite à la mission dont So-
crate a été investi par le Dieu de Delphes, l’image d’Apollon
n'en domine pas moins le dialogue: c’est lui qui visite
1. Pour ceci et ce qui précède voir les références, p. vur, ἢ. 1.
2. Voir le morceau de 96 a-ro1 ἃ et p. 87, ἢ. 1 fin.
IN
XVIII PHÉDON
Socrate en songe, c'est lui qui a retardé sa mort et lui a
donné ainsi le temps de se mettre en règle; comme les
cygnes Socrate est à son service, et c'est de lui qu’il tient ses
dons prophétiques ‘. Dévotion particulière qui, d’ailleurs, se
rattache à l’idée générale que nous sommes la chose des dieux
et que nous ne devons pas, par le suicide, déserter arbitrai-
rement la tutelle de ces maîtres excellents, avec lesquels le
Juste après sa mort est assuré de vivre en société. Et c’est
encore à cette pensée religieuse que se rapportent ses der-
nières paroles, sur le vœu fait à Esculape ?. Le rôle capital
qu'il donne aux notions de purification et d’initiation
témoigne de l'influence de l’Orphisme: soit qu’il s'agisse de
susciter des réflexions rationnelles ou de les dépasser par des
représentations figurées et mythiques, c’est sur des révéla-
tions mystiques qu 91) s'appuie et sur des traditions reli-
gieuses ἢ, Homme 1inspiré et prophète, le Socrate du Phédon
est en outre l’apôtre passionné de la mortification. La foi et
l'espérance dont 1] travaille, parfois avec les accents d’une
brûlante éloquence, à communiquer l’ardeur à ses amis, ont
pour objet la libération complète, qui doit purifier entière
ment l’âme de la misère des passions et de la dépendance κὸ à
l'égard du corps *. La vertu consiste à réduire autant qu'on
le peut cette dépendance et à vivre par la pensée pure, à
renoncer à tous les plaisirs corporels, aux richesses, aux soins
et à la recherche de la toiletteÿ. Ce Socrate a dône déjà les
traits d’un Cynique, et on ne peut oublier que la Comédie les
a vigoureusement soulignés. Mais par ailleurs il en possède
d’autres grâce auxquels, évitant la forfanterie et le charla-
tinisme, bornant l’ascétisme à la maîtrise spirituelle, 1] lui
conserve sa noblesse. Dans son zèle, son apostolat n’a rien
de hargneux ni de brutal ; il est fervent, mais plein d’indul-
gence, et il s’efforce surtout de se faire aimer; 1] ne proscrit ni
les liens de famille, ni le respect des coutumes et des obliga-
tions sociales. Les actes moralement indifiérents de la con-
duite extérieure, ou qui ne sont pas strictement exigés par les
1. 6oe-6r b, 84e sq.
2. Pour tout ceci voir 61 ὁ sqq.; 63 bc, 69 d; 111 b; 118 a.
8, Voir par ex. Pr 17, 0:26 p.21, ΠΡ ΤῸ 462 πο ΠΡ. 10e
sbn"S sp 9 Ὁ. 1:
ἀ. Notamment 66 b-67 b, 68 ab, 83 bc.
5. Cf. 64 c-e, 68 b-69 d, 81 a-c, 82 c-84 b.
NOTICE XIX
nécessités vitales, sont pour les choix de la conscience des
occasions et des instruments, soit du salut de l’âme, soit de
sa ruine‘. En somme, ces deux aspects pratiques du person-
nage, à l'inverse des précédents, s'accordent aisément à la
situation. [15 s'accordent aussi! avec le fait même de l’accusa-
tion : dans son groupe social, un Socrate prophète et apôtre
devait passer pour impie et pour corrupteur de la jeunesse.
La question peut être encore envisagée d’un autre point
de vue, et par rapport à l’existence même du cercle socra-
tique ou, si l’on veut, à la nature du lien qui unit au Maître
ses fidèles. Ceux-ci en effet viennent, semble-t-il, de tous les
points de l’horizon philosophique dans la seconde moitié du
γ᾽ siècle. Les uns, comme Simmias et Cébès, sont pythago-
risants ; d’autres, comme EÉuclide, appartiennent à la famille
éléatique ;Aristippe et l'inconnu relèvent de Protagoras et se
rattachent à l'Héraclitéisme, comme d’aiileurs Platon lui-
même dont Cratyle a été le premier maïtre ? ; Antisthène est
un élève de Gorgias. Au surpius, une fois Socrate mort, les
divergences éclatent et des polémiques, souvent très âpres
comme celle d'Antisthène et de Platon, mettent les disciples
aux prises. Le lien qui les unissait, c'était donc la personne
même de Socrate. Du vivant de celui-c1 115 communiaient,
non pas dans l'acceptation d’une doctrine philosophique, mais
dans une sorte de culte sentimental à l'égard du caractère
du Maître, dans la confiance en sa direction spirituelle. Voilà
ce qui rapproche l'attachement fanatique d’un Apollodore de
l’attachement terre à terre d’un Criton. Pour tous, sa con-
duite est un exemple surhumain ; sa pensée, un objet de mé-
. ditation et d'examen. Telle est du moins l’impression qui se
dégage du dialogue : par les sentiments, d’ailleurs remarqua-
blement divers et nuancés, qu'elle susciteὃ, elle détourne
1. Ῥὰγ οχ. θο ἃ (οἷ. p.06, π. 3), 116Ὁ; 1175/bc, τι ἃ, ὁ; 98 ὁ 54.;
116 6 sq.
2. Aristote, Metaph. À 6, a87 a, 32 sq.
ὃ, L'état d'esprit des assistants se peint surtout dans les passages sui-
vants :58 e-59 b, de; 61 c; 62 a; 64 ab; 97 6 sq.; 95 ab; τοῖ b; 116 a;
117 c-e. C’est pour ne pas aitrister Socrate qu’ils hésitent à présenter des
objections, 84 d. Si ces objections affligent ceux qui les entendent,
ce n’est pas parce qu’elles contredisent des doctrines auxquelles ils
seraient attachés ; c’est parce qu’elles leur semblent capables d’ébran-
ler leur confiance en Socrate et la paix de leur admiration 88 b-89 ἃ.
XX PHÉDON
des questions qu'un examen critique conduit à se poser, elle
étouffe toute impression contraire, elle donne au récit de
Phédon un cachet d’incontestable vérité.
Est-ce une raison pour le considérer comme un récit his-
torique de ce qui s’est réellement fait et dit le dernier jour
de la vie de Socrate? C’est une opinion que M. John Burnet
a soutenue avec autant d’ingéniosité que de vigueur !. Contre
cette opinion 1] existe, on l’a vu, de fortes présomptions.
Bien plus, dans les hypothèses auxquelles elle est conduite,
elle paraît exposée à d’inextricables difficultés. S'agit-il d’ex-
pliquer la composition du cercle socratique et l'adhésion don-
née à la théorie des Idées ou à la théorie de la réminiscence
par les Pythagoriciens Simmias et Cébès ?Après le retour de
Philolaüs en Italie, les Pythagoriciens de la Grèce continen-
tale avaient, dira-t-on, pris Socrate pour chef, et 1] était lui-
même un des leurs. À ce compte ne faudrait-il pas supposer
aussi bien, Euclide étant un des fidèles de Socrate, que
celui-ci ἃ été après la mort de Zénon pris pour chef par les
Éléates de Mégare :9 Du coup on devra baptiser éléatiques des
doctrines que, pour le premier motif, on nommait déjà
pythagoriques! Il y a plus : comme c’est Socrate, entendez
celui de l’histoire, qui dans le Phédon expose la ἐπέ ς des
Idées et La théorie dé la réminiscence, on veut retirer à Platon
des doctrines dont une tradition pour bien dire incontestée
lui attribuait la paternité, afin de les transférer à Socrate et,
par delà Socrate, aux Pythagoriciens. Ce qu'implique un
syncrétisme aussi hardi?, c’est la dépréciation radicale du
témoignage d’Aristote : en distinguant comme il l’a fait la
conception des essences chez Socrate et chez Platon, chez ce
dernier et chez les Pythagoriciens, celui-ci s’est, dit-on, com-
plètement fourvoyé. Mais est-il croyable que, comme on le
1. Dans son édition du Phédon (with Introd. and Notes, Oxford,
Clarendon Press, 1911) et dans Greek Philosophy, 1 (London, 1914),
ch. 1x et x, fin. La thèse de l’historicité a été défendue aussi, indé-
Pr out du premier travail de M. Burnet, par M. A. E. Taylor,
Varia Socratica, I (St Andrews Univ. Publications IX, 1911). Voir
mes articles Une hypothèse récente relative à Socrate (Revue des
Études grecques XXIX, 1916, p. 129-165) et Sur la doctrine de la
réminiscence (ibid, XX XII, 1919, p. 451-461).
2. C’est déjà celui de Proclus (cf. Gr. Philos. p. 961) ou d’Olym-
piodore (in Phaedon., ad 65 d, p. 31, 16 sq. Norvin).
NOTICE XXI
prétend, Aristote n'ait pu à Athènes, trente-deux ans après
la mort de Socrate, rien apprendre de certain sur l’enseigne-
ment de ce dernier ? Sous un autre rapport enfin l’interpré-
tation historique ne semble pas moins aventurée. S'agit-il en
effet d'examiner les rapports du Phédon, par ce avec la
République? Le Phédon est, par ne la dernière expres-
sion de la pensée de Socrate lui-même ; donc tout ce qu'un
entretien, donné pour chronologiquement antérieur, contient
de plus quant au contenu doctrinal et quant aux formules,
ou bien on s’elforcera (au prix de quelles subtilités!) de l’y
retrouver sous-entendu!, ou bien, pour sauver une thèse
par ailleurs intenable, on niera la réalité de ces enrichisse-
ments.
Il semble donc impossible de considérer le Phédon autre-
ment que comme l'exposition par Platon de ses propres
conceptions sur la mort et sur l’immortalité de nos âmes, en
relation avec d’autres doctrines, la théorie des Idées et la
réminiscence, qui faisaient déjà notoirement partie de son
enseignement. S1 l’on s'obstine cependant à le tenir pour
une narration historiqne du dernier entretien de Socrate,
on doit reconnaître qu'à tout le moins il brouille deux évo-
lutions de pensée, solidaires sans doute, mais successives:
bref ce serait un véritable monstre historique. Qu'on y voie
au contraire une libre composition de Platon, il est dès lors
naturel, d’abord que celui-ci ait donné pour cadre au sujet
qu'il traitait la dernière journée de son maître ; ilest naturel
aussi que, voulant s'adresser indirectement par delà l’en-
ceinte de son école à ceux qui avaient été avec lui les fami-
hers de Socrate, 1] rappelle ici leurs noms ; 1] l’est également
qu'ayant peut-être à réfuter des objections venues du dehors
ou du dedans de son école, il les ait placées dans la bouche
des moins connus de ces familiers. Se considérant enfin lui-
même comme le continuateur de l’œuvre de Socrate, 1] pou-
vait se croire en droit de lier comme 1] l’a fait l’histoire de
sa propre pensée à ce qu'il savait du passé de celle de son
maitre, en prolongeant l’une par l’autre. Personne autour
de lui ne pouvait s’y tromper : la fiction était évidente pour
tous les lecteurs, et Platon n'avait pas besoin de chercher à la
dissimuler. Au surplus c'était la règle même du genre litté-
1. Voir par ex. p. 63, n. 2
XXII PHÉDON
raire auquel appartient le dialogue philosophique ‘, ce mime,
ce petit drame dont Socrate était le protagoniste obligatoire ;
il est, avec des personnages réels, une « imitation » de la
réalité. Que cette imitation puisse, tout comme nos romans
ou nos drames historiques, contenir des détails d'histoire
vraie, on le croira sans peine. Il y ἃ au äébut et à la fin du
Phédon beaucoup de particularités concrètes qui ne sont pro-
bablement pas de l'invention de Platon. Est-il utile de cher-
cher lesquelles ? Le plus souvent, c’est l’art avec lequel ces
données sont utilisées qui en fait la signification et l’intérêt ?.
Par conséquent ce que nous avons à étudier dans le Phédon,
c'est avant tout la pensée de Platon.
ΠῚ
LA STRUCTURE ὉΠ PHÉDON
ET SON CONTENU PHILOSOPHIQUE
L'art de Platon dans la composition de ses dialogues est
un art qui sait se faire oublier. Bien que l’analyse doive en
faire évanouir le charme, il est cependant indispensable, pour
bien saisir l’harmonieuse progression de la pensée philoso-
phique, de marquer avec soin les articulations et les con-
nexions de la pensée, de noter à chaque moment décisif les
résultats obtenus et le progrès qu’ils conditionnent. Chemin
faisant on y joindra, pour quelques notions importantes, de
rapides remarques sur leur signification historique et sur
leur développement ultérieur dans la pensée de Platon.
L’exposé des circonstances qui ont pré-
Prologue,
57 a-61 c.
cédé.la dernière journée ou qui en ont
marqué le début étant laissé de côté, le
récit de l'entretien commence par une notation concrète:
Socrate garde à la jambe la cuisson douloureuse des fers et
il éprouve du plaisir à se la gratter ; plaisir et douleur sont
donc solidaires (6obc). Notation épisodique en apparence,
1. C’est ainsi qu'Arislote caractérise le λόγος σωχρατιχός, Poet. x,
1447 b, 9-20; Rhet. IIT 16, 1417 a, 18-21; fr. 61, 1486 a, 9-12.
2. Voir par ex. p. 102, n. 3.
NOTICE XXIIT
mais qui, sans parler de l'application qu'elle reçoit plus tard
(83 d), appelle déjà l'attention des auditeurs sur la solidarité
générale des contraires. C’est une première touche par la-
quelle est indiqué un thème essentiel du dialogue.
Puis l'idée qu'Esope, s’il y avait songé, aurait représenté
par une fable, c'est-à-dire par une histoire racontée ou un
mythe, cette solidarité du plaisir et de la peine (60 c) est le
pivot sur lequel se met à tourner l'entretien, poussant tou-
jours plus avant le rayon de la recherche, élargissant gra-
duellement le cercle décrit. Cette idée provoque en effet une
question incidente de Cébès : pourquoi, depuis qu'il est en
prison, Socrate a-t-il pour la première fois de sa vie écrit
des compositions poétiques et musicales? La réponse de
Socrate contient en germe les deux thèmes sur lesquels s’en-
gagera la discussion. Un songe, dit-il, l’a souvent visité, lui
apportant une invitation de la Divinité à faire de la musique ;
s’il avait bien interprété cette invitation dans le passé, elle
ne se serait pas renouvelée ; il y voit, en ce qui le concerne,
une intervention bienveillante d’Apollon. C'est d'autre part
un bonheur pour le Sage de quitter la vie le plus tôt pos-
sible. Or deux idées sont impliquées dans cette réponse : le ”
scrupule religieux οὗ le souci actif de l’obéissance aux dieux
supposent en eflet que, par rapport à ceux-ci, les hommes
sont dans une dépendance dont il y aura lieu de déterminer
la nature; en outre, la mort est un bien ; mais pourquoi et
à quelles conditions? C'est le problème, problème auquel est.
liée l’autre croyance.
: : I. Puisque la mort est un bien, un vrai
ἐν re δ 7 philosophe ne devra-t-il pas se la don-
ner à lui-même ? Socrate ayant posé en
principe que la conscience religieuse l’interdit, Cébès s’en
étonne. L'enseignement de Philolaüs ne les ayant pas éclai-
rés là-dessus, Simmias et lui, l’occasion est bienvenue de
faire du problème de la mort l’objet d’une recherche appro-
fondie et de rasonter ce qu'on pense? du grand voyage. Le
but de l'entretien est ainsi défini (61 c-e).
1. En considérant la philosophie comme la forme la plusélevée de
la musique, Gr a. Cette idée, pythagorique d’origine, est bien exposée
dans les Lois EI, 689 cd; cf. Rep. VIII, 548 b et LIT, 411 c 564.
2. Cest sur une tradition que Socrate se fondera pour en parler,
XXIV PHÉDON
Or ce qui a embarrassé Cébès, c’est que continuer ou ces-
ser de vivre ne comportent pour notre choix aucune alterna<
tive et que, la mort étant supposée un bien pour l’homme,
ce ne soit pas à lui-même qu'il appartient de se conférer ce
bien, mais à un autre être. La solution de la difficulté est
cherchée d’abord dans l'interprétation d’une formule sacra-
mentelle des Mystères ! : nous sommes, nous autres hommes,
dans une sorte d’enclos ou de garderie, et c’est notre devoir
d'y rester. Autrement dit, les humains sont la chose des
dieux et leur propriété ; ils sont sous leur tutelle; pour
mourir 115 doivent en avoir recu l’ordre de leurs maitres
(62 a-c).
IT. Dans cette solution Cébès aperçoit pourtant une incon-
séquence : si nous sommes la chose des dieux et que ceux-ci
soient les meilleurs des maîtres, 1] est absurde pour un phi-
losophe de ne pas s’irriter contre la mort et de la souhaiter
comme une libération. Aussi bien, observe Sinimias, est-ce
précisément le cas de Socrate. Celui-ci est ainsi amené à
prononcer, et celte fois devant le tribunal de ses amis, un
plaidoyer, une nouvelle apologie, pour justifier son attitude
et celle du philosophe en face de la mort (62 c-63 b).
1° Le thème générateur de ce plaidoyer?, c’est l’affirma-
tion d’une double espérance, celle de trouver chez Hadès des
Dieux autres que ceux de ce monde, mais pareïllement bons
et sages, et cette autre, moins assurée quoique probable, d’Ἢ
rencontrer aussi ces défunts auxquels les mérites de leur vie
mais sur une tradition qui n’est pas, comme celle des Pythagoriciens
(αὐτὸς ἔφα), soumise à la règle du Secret, 01 ἃ 5. fin.
1. Littéralement « dans ce qui ne doit pas être divulgué ». Quand
bien même Athénagore, en rapportant ce qui suit à Philolaüs (6,
p- 6, 13 Schwartz), ne se fonderait pas sur une simple inférence
tirée du Phédon, son assertion serait sans importance : en devenant,
notamment avec Philolaüs, une école philosophique, le Pythago-
risme cessait d’être une secte secrète. Encore moins s’agit-il ici
des Mystères reconnus par la religion d’État, pour lesquels l’obliga-
tion du silence était absolue. Plus probablement la formule en
question appartient à l’enseignement, moins fermé, des Mystères
orphiques et même sans doute à quelque Discours sacré. — Sur le
sens de φρουρά, que je traduis par garderie, voir p. 8, n. 2.
2. Thème qu’une intervention de Criton (63 de) amène à reprendre
pour le souligner fortement (c sq.).
NOTICE XXV
promettent, d’après une antique tradition, la béatitude après
leur mortt. Il s’agit donc de justifier par des motifs plau-
sibles cette double espérance (63 b-64 a).
Un premier motif se tire de la conduite même du vrai
philosophe : son unique occupation est en effet de s’ache-
miner à la mort et, enfin, de mourir ; pourquoi s'irriterait-il
d’avoir atteint le but de son activité? (64 a) — La qualité
spécifique de la mort dont il travaille ainsi à se rendre digne,
fournit un second motif. La mort en effet c’est le COrps
rendu à lui-même, l’âme rendue à elle-même, la séparation
des deux. Or, si le philosophe fait aux yeux du vulgaire fi-
σατο de moribond, c’est parce qu’il dédaigne tous les plai-
sirs qui intéressent le corps. Mais, s’il les dédaigne, c'est que,
pour lui, il n’y a que la possession de la pensée et l’exercice
de la pensée dans le raisonnement pour permettre ie plus
possible à celle-ci, en isolant le plus possible aussi l’âme du
corps, le contact avec la vérité et la connaissance de l'être
des choses ; tandis que cette condition est empêchée ou per-
vertie par l’usage des organes corporels de la sensation et par
les émotions qui y sont liées. Si donc notre doctrine est
vraie, que chaque réalité : « juste », « beau », « bon », ou
« grandeur », « santé », « force », peut être connue exacte-
ment et purement dans la vérité de son essence individuelle?
ce doit être sans aucun mélange de ce qui vient du corps et
par le corps, mais au moyen seulement de la réflexion raison-
née (64 a-66 a). — La conclusion s'impose : ou bien l’âme
ne connaîtra rien véritablement, ce qui est son but, qu'après
la mort et complètement séparée du corps; ou bien elle
n'approchera pendant la vie d’un tel savoir qu'à la condition
de réduire autant que possible son commerce avec le corps
et de se purifier, ἊΝ entrer en contact avec ce qui lui-
mème est pur (66 b-67 b).
2° Les motifs de l'espérance du philosophe ayant été ainsi
déterminés, 1] faut dire quels sont chez lui les effets et les
1. Cf. 80 d,8ra ; p. 4o,n. 1 et ὃ.
2. 65 d, αὐτό signifie qui n’est que cela seul (voir p. 35, n. 1 οἱ
Ρ- 39, n. 2), et en soi en même temps que pour nous, mais à condi-
tion que nous usions de la pensée sans aucun concours de la sensation.
La chose en soi n’est donc pas, comme dans le Kantisme, strictement
inconnaissable pour nous; elle est au contraire chez Platon le con-
naissable par excellence.
XXVI PHÉDON
signes de la purification. La purification habitue l’âme à se
séparer du corps pour se recueillir en elle-même, Si donc la
mort est précisément cela et que le vrai philosophe s'occupe
uniquement d'apprendre à mourir (cf. 64 a, c-65 a)!, cet
ami de la sagesse se distinguera aisément de l’ami du corps
en ce que, loin de s’irriter de l’approche de la mort, il s’en
réjouit (67 b-68 b). — De plus il n'y a que lui pour pos-
séder une vertu réelle et qui donne à l’âme la purification,
tandis que la vertu ordinaire ne fait que se contredire elle-
même et est tout illusoire (68 c-69 b). — Enfin la destinée
qui menace ceux qui arrivent chez Hadès sans avoir été puri-
fiés et initiés est très différente de celle qui est promise aux
autres : Socrate a-t-1l eu raison de régler sa vie sur une telle
espérance? c'est ce qu'il saura tout à l'heure. Du moins son
plaidoyer aura-t-1l fait comprendre à ses amis pourquoi la
mort prochaine ne lui inspire point de révolte (69 c-e).
La portée de ce plaidoyer qui constitue la première partie
du Phédon doit être exactement mesurée. Comment le phi-
losophe sait-il qu’il doit attendre pour quitter la vie un ordre
des Dieux? par une révélation; que la béatitude sera le lot
des Purs? encore par une révélation. Si, en attendant la
mort, il emploie la vie à se mortifier afin de se rendre pur,
c'est parce qu'il a l'espoir de cette béatitude. Or, pour justi-
fier cet espoir, ce qu’il allègue c’est l'exercice même de la
philosophie, c’est la connaissance philosophique et la vertu
philosophique, fondées toutes deux sur la pensée. Mais une
telle justification ne compte que si réellement, une fois sé-
parée du corps, l’âme survit à la mort physique. Autrement,
l'espoir du philosophe étant une duperie, son ascétisme est
un vain effort, son savoir et sa vertu des illusions, plus labo-
rieuses mais non moins décevantes que celles du vulgaire.
Jusqu'à présent la survivance de l’âme était donc supposée
à litre d'objet de foi religieuse; elle ἃ maintenant besoin
d’être établie, et l’objet de cette foi, d’être réfléchi et trans-
posé par la conscience philosophique.
1. Cf. Cicéron, Tusc. I 29, 71-31, 75. Mais, quand Sénèque (Ep.
26, ὃ sq.) donne à Lucilius ce conseil : Meditare mortem.. Egregia
res esl condiscere morlem, ce n’est pas à Platon qu'il FeTbAAeS
c’est, il ne faut pas l'oublier, à Épicure ; on sait assez qu'aux yeux
des Sous la mort « n’est rien pour nous ».
NOTICE XXVII
LME . Pour la troisième fois, la clairvoyance
rs do. critique de Cébès discerne la difficulté
et oblige Socrate à approfondir sa pen-
sée. L'éloquence du langage de Socrate n'empêche pas le
principe d'en rester fort incertain : qui nous assure que l'âme,
au moment où elle se sépare du corps, ne se dissipe pas
comme un souffle ὃPour légitimer l’espérance du philosophe,
il est donc nécessaire de sermonner (παραμυθία) celui qui n’est
pas philosophe et de lui faire croire (πίστις) que, par elle-
même, notre âme possède une activité propre et une pensée.
Sur la question de savoir si les âmes des morts ont ou n'ont
_pas une existence aux Enfers, Cébès en eflet demande seule-
ment à être défendu contre une crainte qui ne lui permet pas
de partager la croyance du philosophe; de son côté, Socrate
lui offre seulement de constituer sur l’objet de la Fe he
un ensemble de représentations vraisemblables (69 e-70 c).
I. Une première raison est, une fois de plus, fournie par
la tradition relisicuse : la vieille croyance au cycle des géné-
rations ! implique que nos âmes existent aux Enfers et que,
tout comme la vie engendre la mort, réciproquement des
morts doivent naître les vivants. Si cette dernière croyance
est contestée, on devra alors chercher un autre fondement à
la croyance en la survie de nos âmes (70 cd).
Le principe impliqué par la tradition demande donc à être
éprouvé par une généralisation inductive. Or on constate que,
partout où existe une opposition de contraires, il y a devenir
de l’un à l’autre : ainsi ce qui est plus grand naït de ce qui
était auparavant plus petit. Et maintenant, comment s’opère
ce devenir? Entre les deux contraires, et de l’un à l’autre, 1]
y ἃ une double génération : ainsi dans l'exemple précédent
s’accroitre ou diminuer. Un autre exemple facilitera l’analyse
du cas qui nous occupe : entre veille et sommeil, le couple de
processus intermédiaires par lequel se fait le passage de l’un
1. Voir p. 22, n. 4. Ce thème mystique a été exploité par les
poètes (cf. la fin du fr. 839 d’Euripide, Chrysippe) et par les philo-
sophes, notamment par Empédocle. Mais Hérachite disait déjà
« C’est une même chose que ce qui est vivant et ce qui est mort, ce
qui est éveillé et ce qui est endormi, ce qui est jeune et ce qui est
vieux; car par le changement ceci est cela, et cela de nouveau par le
changement est ceci. » (fr. 78 Dieis, 88 Bywater).
XXVIII PHÉDON
à l’autre est appelé s’endormir et s’éveiller. Semblablement, st
étre vivant et étre mort sont deux contraires !, il doit y avoir
passage réciproque de l’un à l’autre. Or dans un sens ce pas-
sage se nomme mourir. Est-il croyable que, dans le sens
opposé, il n’y ait pas de processus compensateur? Dans la
Nature il y aurait alors défaut d’équilibre et boiterie. Mais ce
processus existe : on le nomme revivre. C’est donc une con-
séquence nécessaire, dont on doit convenir, que les âmes de
ceux qui ‘ont morts continuent d'exister en un endroit d'où
part le recommencement de la vie. Au reste une preuve par
l'absurde peut en être donnée : ôtons au devenir, en suppri-
mant la mutuelle compensation, sa forme roule sil se fait
alors en ligne droite d’un contraire à l'autre et sans retour
inverse; si donc, dans le cas dont il s’agit, renaître ne faisait
pas équilibre à mourir, 1] serait fatal que déjà tout se [ἀξ dé-
finitivement abimé dans le néant. Ainsi donc l'accord des
interlocuteurs (ouo)dynux) était légitime sur la réalité du re-
vivre, avec la double nécessité et que les morts en soient le
point de départ et que leurs âmes existent; ce qui implique
enfin une différence entre le sort des méchantes et celui des
bonnes (70 d-72 e).
IT. Une deuxième raison se présente alors à l’esprit de Cé-
bès. Le lien qui l’unit à la précédente, pour n’être pas expli-
citement indiqué, n’en est pas moins visible : la notion du
revivre ἃ éveillé chez lui la notion de cette réviviscence qui
est, avec l’oubli, un des deux processus intermédiaires entre
deux nouveaux contraires, ignorer et savoir.
Si ce qu'on appelle « s’instruire » est vraiment « se res-
souvenir », nos ressouvenirs actuels SUES on une instruc-
tion antérieure ; ce qui implique que nos âmes, avant de
prendre figure d'hommes, existaient quelque part et qu'elles
sont immortelles. Comment une interrogation bien conduite
suffirait-elle à mettre en état de dire vrai sur l’objet d’une
question, si déjà l’esprit n’en avait en lui une science et la
conception correcte? (72 e-75 b).
L’hésitation de Simmias à suivre la suggestion, quelque
1. Il est possible que Platon songe ici au célèbre passage d’Euri-
pide qu'il cite dans le Gorgias 492 6, et qu’Aristophane a souvent
parodié : « Qui sait si vivre n’est pas mourir et si mourir n'est pas
vivre ? » (fr. du Polyidos, 639 N.).
NOTICE XXIX
peu confuse, de Cébès conduit à reprendre la théorie de la
Réminiscence, autrement que dans le Ménon et en analysant
le mécanisme du ressouvenir en général. — Trois faits sont
tout d’abord à noter. Une perception quelconque n'est pas
seulement connaissance de son objet propre, mais encore re-
présentation intérieure, ou image, d’un objet autre! : ainsi
la vue de la lyre fait penser à celui à qui elle appartient, et
et c’est là proprement se ressouvenir. En second lieu, les con-
ditions de l’oubli sont l'éloignement dans le temps et le dé-
faut d'attention. Enfin, un portrait de Simmias peut aussi
_ bien faire penser à Cébès qu’à Simmias lui-même. En résumé
le ressouvenir se produit entre les semblables comme entre
les dissemblables (33 b-74 a) ?.
Or, à considérer tout d’abord le cas où le ressouvenir va
du semblable au semblable, nécessairement 1] s’y joint un
sentiment de ce qui, pour la ressemblance, peut manquer à
l’objet évocateur par rapport à l’image évoquée. Quand par
_ exemple nous parlons de l’Égal comme tel ou en soi, nous
parlons d’une notion bien der et de quelque ose qui
est distinct et en dehors de tel ou tel objet sensible égal à tel
autre de même nature. Or ce qui nous fait penser à cet Égal,
purement égal et rien qu'égal, c’est la vue de ces divers
objets. Entre eux et lui cependant 1] y a une grande diffé-
rence : tandis que, sans changer eux-mêmes et par le seul
changement du terme de comparaison, ils sont tour à tour à
nos yeux égaux et inégaux, l’'Égal en lui-même au contraire
ne peut devenir inégal sans cesser d’être ce qu'il est. Donc,
puisque c’est la vue de choses inégales qui a évoqué l’idée de
l'Egal, on voit que toujours, et même dans le cas des sem-
blables (cf. p. 30, n. 1), c’est le sentiment d’une différence
ou d'une déficience qui provoque le ressouvenir (74 a-d). —
Deux propositions en découlent dont 11] faut convenir.
1. Sous condition qu'ils ne soient pas, comme deux contraires,
ainsi blanc et noir, objets immédiats d’un même savoir; il y a ici au
contraire deux connaissances distinctes et on passe médiatement de
l’une à l’autre,
2. Cette remarquable analyse de l'association des idées a été
reprise par Aristote dans le De memoria (2, 451 b, 16 544.) : c’est de
lui que vient la division classique entre le cas de la similarité, celui
du contraste et celui de la contiguité.
8. Comparer République VE, 507 bc.
XXX PHÉDON
D'abord, si nous avons conscience de ce qui manque aux
égalités sensibles pour être pareilles à l Égal comme tel, c’est,
nécessairement, que nous avons une connaissance ΕΠ
de ce dont, tout en restant toujours en dehors, elles tendent
cependant à approcher ; connaissance chronologiquement
antérieure à notre première expérience des chjets qui nous
ont fait penser à cette réalité pure. En second lieu, puisque
la connaissance sensible est, bien qu'imparfaite, l’origine pre-
mière de notre représentation d’une réalité parfaite, il faut
bien que la connaissance de cette réalité provienne d’une
autre source (74 d-75 ΟἿ:
Une double question se pose maintenant : dans quelles
conditions avons-nous acquis cette connaissance ? de quelle
façon la possédons-nous? — Pour le premier point, la per-
ception sensible commençant avec la vie, 1] est nécessaire que
nous ayons acquis cette connaissance avant de naître, pour en
disposer aussitôt nés : connaissance, non pas seulement de
l'Egal, mais d’une façon générale de toutes les essences ou
choses en tant que telles, sur lesquelles portent les questions
et réponses du dialecticien (35 cd). — Pour le second point
on se trouve en face de cette alternative : ou bien ce savoir
est pour nous un savoir à vie et que nous n oublions jamais ;
ou bien au contraire nous le perdons en naïissant?, et nous
en récupérons ensuite la notion comme de quelque chose qui
est nôtre. Or la première hypothèse est fausse: savoir c'est
en effet pouvoir rendre raison ὃ de ce qu’on sait; puisqu’en
ce qui concerne les réalités absolues dont 1] s’agit chacun
n’en est pas toujours capable, c’est donc qu’il ne s’agit pas d'un
savoir qui soit constamment et universellement en notre pou-
voir. Ainsi l’autre hypothèse est nécessairement vraie: on ne
sait pas, on apprend, c’est-à-dire qu’on se ressouvient d’un
savoir qui ne peut qu ‘être antérieur au temps où, devenant
. Comparer le mécanisme de la preuve cartésienne de lexistence
de Dicu par l’idée du Parfait.
2. D’après le mythe d’Er (Rep. X, Ga a), les âmes avant de
revenir sur la terre boivent l’eau du en d’Oubli (Amélès). Ainsi
ne s’abolissent pas seulement sans doute les souvenirs de leurs
existences humaines, mais aussi les souvenirs déjà retrouvés de leur
existence antérieure.
3. À soi-même comme à autrui : c’est la caractéristique du dia-
lecticien, Rep. VII, 534 b. Cf. p. 57, n. 1.
NOTICE XXXI
des hommes, nous n’avons plus que des perceptions sensibles
confuses et changeantes. Nos âmes, par conséquent, existaient
auparavant et à part de nos corpst, possédant ce qu'il faut
pour acquérir ce savoir : la pensée. Aucune autre hypothèse
n’est possible. Il serait absurde notamment de supposer cette
acquisition simultanée à notre naissance; car, puisque nous
ne naissons pas (cf. 75 d, 76 bc) avec la possession présente
et effective de cet acquis, il faudrait que nous l’eussions
perdu au moment même où nous l’acquérons (75 d-76 d).
Platon insiste ensuite avec force sur l’importance du
résultat obtenu, et prépare ainsi la troisième raison. Une
seule et même nécessité lie en effet indissolublement l’exis-
tence de nos âmes antérieurement à notre naissance et,
d'autre part, l'existence d’essences telles que Beau, Bien,
etc., auxquelles nous rapportons les données sensibles comme
à des modèles et dans lesquelles nous reconnaissons quelque
chose qui était déjà nôtre avant que nous fussions nés (76 d-
77).
_ Cette liaison est incontestable ;mais que gagne-t-on, objec-
tent Simmias et Cébès, à l'avoir accordée ? Ce qui désormais
est croyable, c'est que l’âme préexiste ;mais 1] n’y a là par
rapport à la question qu'une moitié de preuve, car on peut
bien concevoir que, ayant péri à l’instant de la mort, l’âme
a commencé ensuite, d'une manière ou d'une autre, une
nouvelle existence avant que nous naïssions. L’objection de
Gébès (cf. 70 ab) subsiste donc : la survivance de l’âme reste
à établir (77 a-c).
Mais 115 ont eu tort de disjoindre arbitrairement les
deux premières raisons; car elles font corps l’une avec
l’autre. On est convenu en effet (cf. 72 a, d) que tout ce
qui ἃ vie provient de ce qui est mort; par suite il ne peut
y avoir d'autre origine à cette manifestation d’une âme que
l’acte de mourir et l’état d’être mort; mais ce retour de
l’âme au devenir, cette renaissance, ne se conçoivent que
si, après la mort, cette âme a continué d'exister. La preuve
est donc complète (77 cd).
Π|. Ainsi Cébès et Simmias devraient être satisfaits ; s’ils
1. Rappel de ce qui a été dit plus haut sur l’affranchissement de
lP’âme à l'égard du corps en tant que condition de la pensée ; princi-
palement 66 d-65 a, 69 bc.
XXXII PHÉDON
souhaitent cependant un examen plus approfondi, c’est sans
doute que leurs puériles frayeurs ne se sont pas encore éva-
nouies. Or pour les chasser, c’est à des exorcismes, à des en-
chantements qu'il faut avoir recours, en se persuadant toute-
fois que personne n'est, plus que nous-mêmes, apte à les
pratiquer heureusement. Donc, en reprenant la discussion
au point où elle est restée, Platon procède comme si jusqu’à
présent rien n'avait été fait pour vaincre les doutes de Cébès;
il ne vise encore qu'à substituer à l'incroyance inquiète, ou
à une croyance qui fait peur, une autre croyance qui récon-
forte et à composer cette croyance, que chacun est maîtrede
se donner, avec des représentations vraisemblables (77 d-
78 b). La portée de la troisième raison, que l’on tend sou-
vent à surestimer, se trouve ainsi limitée : elle n'est qu’un
nouvel aspect de la παραμυθία, instruction et sermon à l’usage
de ceux qui n’ont pas la foi.
Au reste la question présente est posée en des termes qui
nous reportent aux frayeurs de Cébès: à quelle sorte de
chose apoartient-il de se dissiper? pour quelle sorte de chose
peut-on craindre un tel accident? est-ce pour l’âme? Ainsi
l’on verra, en ce qui concerne celle-ci, comment doit être
envisagé l'instant de la mort, avec crainte ou avec confiance.
On rejoint même ainsi le thème fondamental du plaidoyer
de Socrate.
1° La troisième raison de croire à l’immortalité de nos
âmes se fonde sur un double postulat de sens commun :
d’abord une distinction entre choses incomposées et choses
composées, celles-ci se décomposant d'autre part en leurs
parties constitutives; puis cette probabilité que les choses
incomposées gardent toujours leur nature essentielle et leur
rapport, tandis que les composées changent sans cesse dans
leur nature et dans leurs relations (78 bc)‘.
Appliquons cela aux analyses antérieures. D'une part il y ἃ
ces pures essences dont les demandes et réponses de la dia-
leetique s'efforcent d’expliciter l'existence indépendante : le
Beau en tant que beau, l'Egal en tant qu'égal, etc. ; chacune
d’elles possède l'identité permanente de nature et de relation
qui est le propre des choses incomposées, avec l'unité formelle,
puisqu'elles ne sont rien d'autre que ce qu'elles sont. D'autre
1. Voirp. 35, n. 1 etp. 39, n. 2.
NOTICE ᾿ς XXXIIT
part il y a la multiplicité des sujets qui sont appelés beaux,
égaux, etc., recevant ainsi, sous forme d’épithète ou d'attribut,
la dénomination qui appartient en propre aux essences de
tout à l'heure: tous les caractères de ces sujets s'opposent
à ceux des choses de l’autre classe: ils sont visibles et sen-
sibles de toute manière, tandis que les essences ne sont
accessibles qu'à la réflexion et au raisonnement (cf. 65 d-
66a), étant en effet invisibles (78 c-79 a).
On peut donc admettre deux genres de l'être : le genre
visible, ou de ce qui change incessamment ; le genre invisible,
ou de ce qui est toujours identique. Or, notre corps et notre
âme étant à leur tour deux choses distinctes, c’est évidemment
avec le premier genre que le corps a le “ins de parenté et de
ressemblance, et l’âme, puisque nous au moins nous ne la
voyons pas, avec le genre de l’invisible (79 ab). — Une pre-
mière conclusion, c'est, comme déjà l'indiquait le plaidoyer
(cf. 65 b- d), que le corps tire du côté de ce qui change tou-
jours une àme qui recourt à lui et à ses sensations pour exa-
miner une question qui la concerne, qu'il fait hésiter et
divaguer sa démarche ; mais qu’au contraire, si elle ne compte
pour cela que sur elle-même, elle se porte alors vers ce à quoi
elle est apparentée, vers ce qui est pur, immortel, immuable ;
à ce contact, elle acquiert elle-même pour toujours cet état
d’immutabilité dont le nom est pensée (79 c-e). — Une
seconde conclusion, c’est que la maîtrise du Divin, la servi
tude du mortel (cf. 62 bc) se retrouvent, pour un même être,
dans la relation de son âme à son corps: c’est au mortel
que le corps ressemblera le plus et l’âme, inversement, au
Divin (79e-80 a).
Quel est le résultat dernier de cette analyse ? Ce qui est
divin, immortel, intelligible, unique en sa nature essentielle,
indissoluble, toujours identique en soi et dans ses relations,
voilà à quoi l’âme ressemble le plus, et le corps au contraire à
ce qui a toutes les propriétés opposées. En conséquence, c’est
la partie visible du composé humain, le corps, qui est après
la mort vouée à la dissolution. Sans doute elle peut, dans
certaines conditions ou grâce à certains artifices ou dans quel-
ques-uns de ses éléments, échapper pour un temps plus ou
moins long à cette dissolution naturelle. Mais c’est une raison
de plus pour se refuser à croire que l’âme, étant la partie invi-
sible et celle qui est appelée à trouver au pays de l’Invisible,
IV. — 3
XXXIV PHÉDON
auprès d'un Dieu sage et bon‘, la résidence qui lui convient,
doive, comme le redoute Cébès, se dissiper et périr (8oa-e).
Cette troisième raison, qui semble en un sens prolonger
seulement le plaidoyer de Socrate, marque d'autre part un
progrès sur les deux raisons précédentes. La première, pour
expliquer la compensation des trépas par des renaissances,
établissait la subsistance nécessaire d’un principe de vie. La
seconde le déterminait comme une pensée : sans quoi on ne
comprendrait pas que des perceptions sensibles, toutes rela-
tives, pussent nous rappeler des réalités intelligibles, toutes
absolues, les Idées. La troisième montre enfin qu'entre ces
Idées et l'âme, principe de vie et de pensée, il Υ a, non pas
sans doute une identité de nature, mais une ressemblance et
une parenté. Elle commence donc à définir la chose qu'est
l’âme et à indiquer, quant à ses caractères tout au moins,
pourquoi elle a des chances de ne point périr. Mais elle ne
prouve pas encore que l’âme ait une existence sans fin.
2° Il ne s’agit encore en effet que d’un encouragement,
d'un effort pour rendre plausible la magnifique espérance du
philosophe, pendant sa vie et en face de la mort. Ce qui le
montre, c’est l’étroite relation de la troisième raison avec un
mythe eschatologique, dont la donnée provient de la révéla-
tion religieuse et qui développe seulement, comme on le voit
dès le début, des indications antérieures du plaidoyer (cf.
63 bc, 69c). Une destinée perpétuellement bienheureuse
attend les âmes des initiés, celles qui, s’étant purifiées par la
mortification, ont réussi à n'être rien qu'âmes au moment de
la mort; une destinée misérable au contraire, celles qui,
s'étant pendant la vie farcies en quelque sorte de corporéité,
quittent le corps impures et souillées (cf. p. 41, ἢ. 3). Ce
sont ces âmes qui, lourdes de matière visible et terrestre et
ayant horreur de l’Invisible, donnent lieu aux fantômes qu'on
voit autour des tombes; ce sont elles qui, dans leur impa-
tience d’une nouvelle incarnation, s’individualisent dans l’es-
pèce animale de laquelle les rapprochent leur genre de vie et
leurs passions dominantes ; méritant même de revenir à la
forme humaine quand elles ont pratiqué, et sans lui donner
la pensée pour fondement, une vertu de routine (cf. 68d
544. ; cf. p. 43, n. 1). Seules ont droit à la forme divine et
1. C'est-à-dire chez Hadès ; voir p. 40, n. 1.
PP
Une
ΠΤΣ
et
VUΌ
NOTICE : ΧΧΧΥ͂
au bonheur qu'elle comporte, les âmes complètement puri-
fées de ceux qui ont mené la vie de l’ami du savoir (80 e-
82 c).
Quelles sont d’ailleurs les fins auxquelles tend le vrai phi-
losophe? En les déterminant, ainsi que la méthode propre à
les atteindre, Platon donne à la seconde partie du Phédon sa
conclusion. Le morceau est une sorte αὐ « élévation » sur la
mort, dans laquelle, à l’aide des méditations antérieures, 1]
dégage du mythe le symbole moral qui y est enfermé !. Le
morceau s'achève en effet sur ce thème de l’effroi, qui était à
l'origine de la deuxième partie, et qui y est deux fois rappelé
après l'argument de la réminiscence et après la réunion de
celui-ci à l'argument des contraires ?. Corrélativement, on voit
reparaître aussi l’idée initiale du sermon d'encouragement,
de l’incantation apaisante; cette autre encore, qu'il est en
notre pouvoir de chasser des illusions dont nous sommes
nous-mêmes les artisans ὃ. Le retour de ces idées caractérise
uniformément toute cetie partie du dialogue comme une pré-
paration à la démonstration véritable.
Pourquoi l'ami du savoir est-il détaché des appétuls COrpo-
rels et affranchi des craintes qui assaillent l’ami des richesses
et celui des honneurs ou du pouvoir“? Parce que seul il ἃ
souci de son âme, mais non de son corps; parce qu'il sait bien
où il va en suivant la philosophie et en s’interdisant de rien
faire qui contrarie la purification et la libération qu’elle lui pro-
cure. Emprisonnée dans le corps, l’âme est en effet incapable
de rien examiner qu'à travers les barreaux de sa geôle, mais
jamais d'elle-même ni par ses propres moyens: emprisonne-
ment d’ailleurs remarquable, car il est l’œuvre de l’emprisonné
lui-même. Aussi, en sermonnant celui-ci sans brusquerie,
en l’invitant à se représenter à lui-même sa véritable fin, en
1. Mais ce n’est pas, à proprement parler (comme le dit M. Burnet,
Phaedo, sommaire de 80 c-8/4 b), l’application morale d’une théorie.
2. Comparer δή b avec 70 ἃ et 77b,e.
3. Comparer 83 a, 82e, 83 c avec 70 b, 77e, 78 a.
h. Ceux-ci, les φιλοχρήματοι, les φίλαρχοι, les φιλότιμοι sont
opposés 82 ὁ aux amis du savoir, aux φιλοιλαθεῖς, comme ils l’ont été
68 c, sous 16 nom générique d’amis du corps, φιλοσώματοι, au philo-
sophe. Mais, le français ne possédant que ce seul décalque des com-
posés analogues qui existent en grec, on est obligé, pour traduire les
autres, d’user de périphrases.
XXXVI PHÉDON
lui remontrant le dommage auquel autrement il s’expose!, la
philosophie fait-elle effort pour lui faire comprendre en quoi
consiste le mal suprême, celui dont tous les autres découlent.
Ce mal, observe Platon avec une pénétrante précision, c’est
que l'intensité de l’émotion porte invinciblement l’ime à
juger de l'objet qui a fait naître cette émotion qu'il est tout
ce qu'il y a de plus vrai : les plaisirs et les peines sont la
pointe qui cloue l’âme au corps, en sorte qu'elle juge de la
vérité en fonction de son corps. Le calcul du philosophe, c'est
au contraire qu'il ne vaudrait pas d’avoir pris tant de peine
en vue de s'affranchir, pour mettre ensuite de nouveau son
âme à la merci des émotions corporelles. Il a vécu dans
l'exercice et sous la conduite de la pensée raisonnante ?, ayant
pour objet de contemplation et pour aliment le vrai et le
divin, ce qui échappe aux fluctuations de l'opinion; il ne
craindra donc pas que son âme soit dissipée par la mort, car,
en la menant vers ce à quoi elle est apparentée, la mort bien
au contraire la délivrera de tous les maux humains (82 c-
84b).
ΠΝ τς Après cette ardente exhortation à la vie
He Be. “D spirituelle, un long silence coupe par une
sorte d’entr’acte le déroulement de l’en-
tretien. Chacun médite de son côté, Socrate comme ses amis.
Au tour de ceux-ci d'exposer leurs propres conceptions ; tout
le premier, Socrate voit bien les insuffisances de la sienne et
la prise qu’elle offre aux objections ; il est tout prêt à cher-
cher avec eux une solution meilleure et qui mette fin à leurs
x
doutes (84 cd).
Quelles sont donc ces insuffisances ? Dans la première par-
tie Platon ἃ donné des motifs de croire à une vie future de
‘âme. Il ἃ même commencé, dans la deuxième partie, d'en
définir la nature, en alléguant des raisons, dont chacune déter-
mine un caractère de l’âme. Mais ce ne peut être là qu'un
“Ὁ
τ
prélude : l’âme, qui est le principe permanent de la vie, a en
outre la pensée ; par ce second caractère elle est corrélative
de l’Idée, qui est l’intelligible. Mais on ignore si entre le pre-
mier caractère et le second 1] existe un lien nécessaire : de
1. Rapprocher 83 a-c de 65 bc, 66 b-d, 59 d, 85 e.
2. Comparer 84 a s. fin., avec 66 ἃ, 79 a.
EN
pa=
NOTICE XXXVIT
nouvelles déterminations sont donc empruntées aux choses
auxquelles l'âme ressemble le plus ; on montre par analogie
qu’elle doit avoir quelque chose d’immortel et de divin,
d'indissoluble et d’immuable, d’unique en sa nature. Mais
l’immortalité appartient aux Dieux (cf. τοῦ d) ; l’indissolubi-
lité, l'immutabilité et l’unicité de nature sont des propriétés
des Idées: or notre âme individuelle n’est ni Dieu, ni Idée;
aucun de ces caractères de notre âme n'est donc rattaché à
l’'Ame en tant qu'àme, Ce qui manque encore par consé-
quent, c’est de connaître l'essence de notre âme, de rapporter
celle-ci à l’Idée de l’âme, ainsi qu'on doit le faire de toute
chose concrète, sensible ou non pour nous. (cf. 79b). Voilà
donc la relation qu'il faut démontrer, 5.1 doit être définitive-
ment établi que l’ascétisme du philosophe et sa sérénité en
face de la mort ne sont pas une duperie.
. Dans l'introduction de la troisième partie réapparaît, d’une
façon remarquable, le thème apollinien du Prologue, mais
élargi et exalté jusqu'au prophétisme. Chez Socrate le don
divinatoire n'est pas inférieur à ce qu'il est chez les cygnes : si
ceux-ci chantent surtout au moment de mourir, ce n’est pas
par tristesse ὁ, comme le croient les hommes toujours obsé-
dés par la crainte de la mort; c'est qu'ils ont la prescience
dés biens que réservent les demeures d'Hadès. Serviteur du
même maître, consacré au même Dieu ?, ayant reçu de lui
une faculté prophétique qui ne le cède pas à la leur, Socrate
n'a pas plus de raisons qu'eux de s’affliger de quitter la vie :
c'est donc avec une entière liberté d’esprit qu'il est prêt à
1. Ce n’est jamais la souffrance, dit Platon 85 a, qui, comme on
le croit, fait chanter les oiseaux : ni l’hirondelle, ni le rossignol, ni
la huppe. Allusion à une légende attique : Procnè et Philomèle
étaient les deux filles de Pandion, roi d'Athènes ; la première avait
épousé Térée, roi de Thrace ; celui-ci, ayant violé sa belle-sœur, lui
fit couper la langue pour l’empêcher de révéler le crime ; elle réussit
cependant par un subterfuge à en instruire sa sœur, puis toutes
deux, pour se venger, firent manger à Tèrée le corps de son fils Itys ;
poursuivies par la fureur du père, elles furent changées, Procné en
hirondelle, Philomèle en rossignol, et Térée lui-même devint la
huppe.
2. Le cygne est l’oiseau d’Apollon. Socrate parle ici comme dans
lApologie 23 c, du « service du Dieu » (τὴν τοῦ θεοῦ λατρείαν);
mais 1ci 1] n’explique pas pourquoi Apollon est son maître.
XXXVIII PHÉDON
écouter objections ou questions, et l’on croit deviner que ses
réponses seront des réponses inspirées (8/ d-85 b).
I. Deux hypothèses nouvelles sur la nature et la condition
de nos âmes vont être exposées ; c'est de la discussion de
chacune d'elles que se dégagera progressivement la théorie de
Platon.
1° Simmias, qui parle le premier, commence par exprimer
à l'égard de la possibilité de résoudre le problème une défiance
que Socrate ne désapprouve pas, et qui d’ailleurs ne doit pas
disparaître (cf. 107 ab). On ne peut cependant, dit-il, aban-
donner ce problème avant d’avoir soumis à l'épreuve de la
critique toutes les solutions qui en ont été proposées, ou avant
d’avoir essayé d’en trouver une personnellement. Mais, si
d'aucun côté on n’a obtenu satisfaction, il ne reste qu'à s’ac-
commoder, pour faire la traversée de l'existence, d’une simple
probabilité humaine, ou bien à se confier au soutien mieux
assuré d’une révélation divine (85 b-e).
Ceci dit, l’objection de Simmias et sa théorie sont les sui-
vantes. Appliquons, dit-il, la conception de Socrate à la rela-
tion de l'accord musical (cf. p. 49, ἢ. 2) avec la lyre et avec
les cordes qui donnent cet accord: ce qu'il y a, prétendra-
t-on, d'invisible, d’incorporel et d’incomparablement beau
dans la lyre accordée, ce qui en elle s’apparente à l’immortel
et au divin, c’est l'accord musical; quant à la lyre avec ses
VS
,
dd
EE
MOR
0
LV
Re)N
S
cordes, voilà ce qui est corporel, composé et, en fin de
compte, apparenté à la nature mortelle. Supposons mainte-
nant qu'on brise le bois de la lyre et qu'on en sectionne les
cordes : il faudra dire alors que nécessairement ce qui est de
nature mortelle doit avoir péri bien avant que pareil sort
puisse atteindre ce qui au contraire est, de sa nature, immor-
tel, et que par conséquent l'accord continuera de subsister
quelque part. — La même comparaison, qui a conduit la thèse
socratique à cette absurdité, va servir à Simmias pour expo-
ser sa propre théorie. Pour lui, l’âme de chacun de nous est
une combinaison et un accord résultant d’une tension et d’une
cohésion convenables des opposés, chaud et froid, sec et
humide, etc., qui constituent le corps. Celles-ci viennent-elles
donc à se relâcher ou à se tendre à l’excès, par exemple sous
l’action des maladies, alors 1] est fatal que, comme l'accord
des sons, l’âme périsse aussitôt dans la mort. Il γ a plus: R
R.
NOTICE ᾿ ΧΧΧΙΧ
elle ἃ beau être ce qu'il y a de plus divin, c’est elle qui
périra la première, en laissant les restes du corps subsister
longtemps après qu’elle aura péri (85 e-86 d).
2° Au lieu de discuter sur le champ l’objection et la théorie
de Simmias, Platon a préféré donner la parole à Cébès (86 de).
C’est que l’objection et la théorie de celui-ci sont beaucoup
plus pénétrantes : par suite, à discuter conjointement l’une
et l’autre, il devait trouver l'avantage d'établir une gradation
dans la preuve.
Cébès souligne tout d’abord 16 piétinement de la recherche:
sans doute, il l’a déjà dit (cf. 77 c), la préexistence de l’âme
lui paraît avoir été suffisamment prouvée, mais non sa sur-
vivance. Ce n’est pas à dire qu’il accepte la théorie de Sim-
mias : tout au contraire, il pense avec Socrate que l’âme ἃ
plus de force que le corps et plus de durée. Pourquoi donc
rejette-t-il cependant la conception de celui-ci, puisqu'aussi
bien, c’est un fait, la mort n’anéantit pas le corps, lequel par
hypothèse a moins de résistance? Figurons, dit Cébès, cette
conception par un symbole : un vieux tisserand est mort; ce
qui prouve, dira-t-on, qu'il continue de subsister quelque
part, c'est que le vêtement qu'il s'était lui-même tissé et
qu'il portait n'a pas péri; or un vêtement qu’on porte dure
moins de temps qu'un homme ; si donc ce qui dure le moins
subsiste, à plus forte raison est-ce le cas de l’homme lui-
même (86 e-87 c).
Raisonnement d'une évidente absurdité! Supposons en
effet que meure notre tisserand après avoir usé plusieurs
habits et s’en être tissé tout autant pour les remplacer : pos-
térieure à toute la suite de ses habits passés, sa disparition
nen est pas moins antérieure à celle du dernier qu'il s’est
fait. Telle est aussi la relation de l’âme au corps: la pre-
mière est plus résistante et plus durable ; mais, s’il est vrai
que la même âme, en une longue suite d'années, puisse
user, puis reconstituer, un grand nombre de corps successifs
(comme elle le fait au cours d’une seule vie en réparant
l'usure de l’organisme), en revanche l’anéantissement de
cette âme peut fort bien précéder celui du dernier de ses
corps, tandis que celui-ci, l’âme une fois morte, révèlera par
sa propre corruption son intrinsèque faiblesse et son incapa-
cité à se reconstituer de lui-même. Mais, s’il en est ainsi,
quel motif aurait-on encore de se persuader que, lorsqu'on
ΧΙ, PHÉDON
sera mort, l’âme continuera de subsister quelque part? On
peut en eflet, sans nul doute, accorder à la thèse de Socrate
non pas seulement la préexistence, mais même une certaine
survie de nos âmes, avec une suite de naissances et de morts,
ces naissances renouvelées prouvant assez d’ailleurs quelle
force de résistance possèdent ces âmes. Une telle concession
n'obligerait pas pourtant à concéder en outre que l’âme ne
doive pas se fatiguer dans ces renaissances successives et ainsi
perdre peu à peu son énergie essentielle ; de sorte qu’en fin
de compte une de ses morts signiferait pour elle la destruc-
tion radicale. Or cette mort-là, qui anéantit l’âme en même
temps qu'elle dissout le corps, nul n’est capable de la recon-
naître. Par conséquent aucun homme de sens n'a le droit de
garder sa sérénité en face de la mort ni d’être sans crainte au
sujet de son âme, avant du moins d’en avoir démontré l’im-
mortalité et l’indestructibilité absolues (87 c-88 b).
TT. Ainsi, une fois de plus (cf. 70 a), Cébès affirme que le
probléme reste entier. Les trois arguments de la deuxième
partie n'ont donc pas, Socrate en convenait lui-même (cf.
84 c), totalement brisé les droits de l’incrédulité. L’insistance
de Platon est significative‘: on sent que la discussion est
près d'accomplir une étape décisive ; les esprits sont troublés,
les cœurs malades; les doutes endormis se sont réveillés et
la confiance en la possibilité d’une solution est ébranlée;
tout semble à reprendre du commencement, et ce sont des
intelligences vaincues, en pleine déroute, qu'il faut ramener
à l'examen de la question (88 b-8g a), Autrement dit, pour
triompher de l’incrédulité ou de la croyance fausse, on ne
doit compter que sur la démonstration. D'autres traits con-
tribuent à poser dramatiquement la crise qui décidera du
sort de la recherche. Elle est bien morte, la thèse sur laquelle
reposait l'espérance de Socrate mourant: que, dès maintenant,
en signe de deuil, Phédon sacrifie sa longue chevelure ! Ou,
s’il est brave, qu’il engage contre les négateurs un combat
herculéen, et qu'il jure de ne pas la laisser repousser avant
d’avoir ramené au jour la thèse défunte ! (89 a-c). Bref tout
concourt à montrer qu’un nouveau bond va porter l’entre-
1. Il accentue par une intervention d'Échécrate (88 cd) ce qu’a dit
Phédon du désarroi et de l'inquiétude des assistants.
NOTICE ΧΙ
tien vers des spéculations plus difficiles et qui réclament un
surcroît d'attention. Ἶ
Après ces remarques, l’objet propre du morceau qui sert
de prélude à cette phase du dialogue semble assez clair: 1]
est destiné à faire comprendre à la fois, et qu'il est vain
d'opposer, comme l'ont fait Simmias et Cébès, croyance à
croyance, ce qui est le propre de la controverse sophistique;
et que Socrate ne se proposera pas de réfuter leurs opinions,
c'est-à-dire de nier à son tour, mais de conquérir un élément
positif de vérité, qui lui avait sans doute échappé puisqu'il
n'avait pas réussi à les convaincre. — C'est un grand mal,
dit-il en effet, de détester en général les raisonnements et de
devenir « misologue », comme certains deviennent « misan-
thropes », qui haïssent l'humanité tout entière. Or de part
et d’autre la cause du mal est la même: c’est un usage
aveugle et incompétent de l’objet; tour à tour on passe d’une
confiance irraisonnée à une défiance qui ne l’est pas moins.
La pratique de la controverse « antilogique », en apprenant
à justifier également deux thèses opposées, finit même par
engendrer, en ce qui concerne la valeur de l'argumentation
logique, un universel scepticisme, et à l'égard d’une réalité
vraie comme d'une pensée vraie; et l’on se figure avoir
atteint ainsi le comble de la sagesse !Mais c’est une vraie
pitié que nos déconvenues relativement à des raisons capa-
bles, avec un même contenu, de passer tour à tour du vrai
au faux et inversement, nous puissent porter à rejeter la
faute, d’un cœur léger, sur le raisonnement en général. Car
la faute est nôtre, s’il existe un raisonnement dont la vérité
puisse être reconnue et ne se perde point ; cette faute est de
ne pas posséder la technique (celle du dialecticien) capable
de nous donner en effet une connaissance vraie de la réalité
(89 c-go d).
Ce qu'il faut donc en pareil cas! suspecter et incriminer
avant tout, c’est notre propre santé et, pour la rendre bonne,
faire un courageux effort. Au lieu de se comporter en gros-
sier disputeur qui, sans souci de la vérité, ne vise qu'à im-
poser sa propre opinion à la conviction d'autrui, le philo-
sophe ne voit là qu’une fin accessoire, et sa fin principale est
1. Remarquer la reprise, 00 d fin, de la formule de 89 c fin; la
relation des deux parties du morceau est ainsi mise en évidence.
XLII PHÉDON
de reconnaître par lui-même s’il a trouvé la vérité. Aussi
bien y a-t-il présentement pour Socrate tout bénéfice à croire .
ainsi en l'existence d’une vérité ; car, même s’il n'y a rien
pour nos âmes après la mort, au moins n’aura-t-il pas impor-
tuné ses amis de lamentations jusqu’au moment où finira
son ignorance ! Voilà donc dans quel esprit il discutera les
théories de Simmias et de Cébès : c’est à la Vérité seulement
qu'ils doivent avoir égard, soit pour lui donner, à lui, leur
adhésion, soit pour lui tenir tête ; une illusion, que la seule
ardeur de sa conviction aurait fait naître en eux et en lui, lais-
serait dans leur esprit une blessure qui ne se fermerait pas
(go d-gr c)!.
1° Le sens de la discussion ayant été ainsi déterminé,
Socrate résume les deux thèses afin de définir, d'accord avec
leurs auteurs, les points qu'il s’agit d'examiner. Puis, étant
entendu que de la thèse socratique ils ne rejettent pas tout,
il obtient de leur part un commun assentiment à la doctrine
de la réminiscence (091 c-92 a). Voilà d’où partira l'examen
de la thèse de Simmias.
Or, si celui-ci tient à sa conception de l’âme-harmonie,
il ne peut d’autre part accepter la réminiscence. Tout accord
en effet est une synthèse. Que l’âme soit l’accord des ten-
sions constitutives du corps, dès lors il faudra, pour que la
réminiscence soit vraie, que l’âme préexiste aux facteurs dont
elle est censée être la composition ; ou, pour que la thèse de
Simmias soit vraie, que l'âme soit une résultante de facteurs
qui n'existent pas encore. Contradiction manifeste : 1] faut
donc choisir. Le choix de Simmias est bientôt fait: 1] s’est
laissé, dans sa théorie, séduire par de fallacieuses analogies ;
la réminiscence au contraire et, par conséquent, la préexis-
tence de notre âme dépendent d’un principe dont la certitude
s'impose, savoir que c’est à l’âme qu’appartient cette réalité
dont l’épithète propre est « essentielle » (08 a-e) ?.
Puisqu’il s’agit cependant, non d’un succès à obtenir sur
un adversaire, mais d’une vérité à trouver, une retraite aussi
1. Cette conception critique de la recherche, accompagnée de la
conviction qu'il existe une vérité, ne s’oppose pas seulement aux
Sophistes qui n’ont pas cette conviction, mais en même temps aux
Pythagoriciens, qui acceptent sans critique la Parole du Maître.
2. Voir p. 49, ἢ. 3et p. 60, n. 1-5.
NOTICE XLIIE
prompte ne peut contenter ; aussi poursuivra-t-on l'analyse
de cette notion d'accord. — Un composé quelconque, et par
conséquent un accord, ne doit être, ni dans sa nature, ni
comme agent ou patient, autrement que ne le comportent
les éléments dont il est fait (cf. 78 bc). D'où il suit que l’ac-
cord ne conditionne pas ses facteurs constituants, mais qu'il
en est la suite ou le résultat ; il ne peut donc être en opposi-
tion avec ce qu'exigent ses éléments. Voilà un premier point
acquis et convenu (92 6 sq.). — En chaque cas, d’autre part,
un accord musical est spécifiquement ce qu'il est par rapport
à telles tensions des cordes et par rapport à tels intervalles des
sons ; 1l ne peut pas plus être supérieur ou inférieur à ce que
précisément il est, que ces intervalles ne peuvent être, par
ον à ce qu'il est, augmentés ou diminués (cf. p. 67,
1). D'où 1] suit qu'une âme, à supposer qu'elle soit un
ol est spécifiquement ce qu'elle est, et ne peut l'être ni
plus ni moins qu' une autre âme. C'est un second point dont
on doit convenir (93 ab).
Celui-ci vient le premier en discussion. Personne ne con-
testera qu'il y ait des âmes vertueuses et d’autres, vicieuses.
Expliquera-t-on cette différence en disant que dans une âme,
qui est déjà accord, la vertu constitue un supplément d’ac-
cord et le vice, un défaut de supplément d'accord? Mais l’une
serait alors moins complètement accord que l’autre, de
sorte qu'un accord pourrait être inférieur à ce qu il est spéci-
fiquement, au lieu d’être toujours égal à lui-même. Or ce
n'est pas ce dont on est convenu : en sy tenant, on devrait
au contraire nier toute supériorité de vice ou dé vertu dans
les âmes ; bien plus, aucune âme d'aucun vivant absolument
ne πεν τἢ être mauvaise, car toute âme, étant pareïllement
âme, devrait être pareillement accord (93 b-94 δ).
On envisage ensuite la première proposition. Dans l’en-
semble du composé humain, il est certain que l’autorité
1. Plusieurs auteurs, et notamment Philopon dans son commen-
taire du De anima, attestent qu'Aristote avait utilisé cette argumen-
tation dans un dialogue de sa jeunesse, Eudème ou De l’âme (tous les.
textes sont réunis dans le fr. 41 de Rose; voir surtout 1482 b, 42-
ἀλ, 1483 a, 5-18). l'andis que accord et désaccord, disait-il, sont deux
contraires, l’âme n’a pas de contraire. D’autre part l’accord fait la
santé, la force ou la beauté ; mais ce sont là des modalités de l’âme,
non ce qui en constitue la nature.
XLIV PHÉDON
appartient à l'âme (cf. 79e sq.), et surtout quand elle est
sage. Or cette autorité, elle ne l’exerce pas en se prêtant com-
plaisamment aux affections du corps, mais bien plutôt en les
contrariant, quand elle juge raisonnable de le faire. Or ce
dont on était convenu, c’est que, si l’âme est l’accord des
tensions et des relächements du corps, jamais elle ne pourra
faire entendre une musique qui soit avec eux en opposition
et que cette musique, bien loin de les conditionner, en est
au contraire une suite naturelle. La définition de l’âme par
l'accord conduit donc une fois de plus à une contradiction.
Cette définition est donc inacceptable (94 b-95 a).
Voilà la thèse de l’âme-harmonie définitivement mise hors
de cause (95 ab). — La méthode employée mérite tout d’abord
l'attention : étant donnée à la base une thèse, admise sous
réserve ou par mutuelle convention (ὑπόθεσις), on en déduit
les conséquences pour voir si elles conviennent, soit avec le
principe, soit entre elles, soit enfin avec des faits qui ne sont
pas contestés par celui qui a accepté le principe‘. C’est un
exemple anticipé de la méthode dont la formule sera plus
explicitement donnée dans la suite (cf. 100 a, τοὶ de). En
outre de cet aspect formel de la discussion, il faut noter que
sur la nature essentielle de l’âme elle ἃ permis d'acquérir
deux résultats positifs. L’un est que l’âme ἃ son essence
propre, laquelle ne comporte pas de degré (cf. 93 b). L'autre
est que les déterminations de cette essence et de ses propriétés
sont relatives au bien et au mal (cf. 93a); ce qui implique
que son action sur le corps n’est pas purement mécanique,
mais relative aux fins propres de l’âme, qui sont morales. Or
ces deux résultats, obtenus à l’encontre de la thèse de Sim-
mias, s'opposent à ce qu'implique celle de Cébès, et en fait
ils serviront à la réfuter (cf. p. τ, et p. 1x sq.).
-2° La discussion de cette dernière thèse est la pièce capi-
tale de la troisième partie. C’est ce que Platon marque bien
dès le début. Il signale en effet tout d’abord avec quelque
1. Aussi l’emploi de la proposition conditionnelle (avec εἰ, etxep,
ἐπειδή) est-il fréquent dans tout le morceau. On remarquera particu-
lièrement les expressions qui marquent l’assentiment (ὁμολόγημα),
la position des prémisses (ὑπόθεσις), la déduction des conséquences (ἐχ
τούτου τοῦ λόγου, κατὰ τὸν ὀρθὸν λόγον) : 93c1,8; dr, 2; e7sq.;
da;
br; c2,6,
NOTICE XLV
solennité les risques ! d’une partie où 1] s’agit de jouer un
jeu serré (95 b). Puis il s’astreint à reprendre une fois de
plus (cf, gr 4) le contenu de cette objection redoutable :
folle confiance du philosophe fondée sur une croyance sans
preuve ; énergie quasi divine de l’âme, qui lui permet de
préexister on ne sait combien de temps à la vie corporelle,
de façon à acquérir les connaissances dont elle se ressouvient
ensuite, et qui par conséquent lui confère une durée supé-
rieure à celle du corps ; refus de considérer cette plus longue
durée comme équivalente à l’immortalité ?, puisque l’incar-
nation est au contraire pour elle le commencement de la
maladie dont enfin elle mourra ; raisons égales, même si cette
incarnation peut se renouveler plusieurs fois, de craindre
pour notre âme à l’approche de la mort physique (95 b-e).
Enfin la réponse de Socrate est précédée, comme à 84 c, d’une
longue méditation silencieuse (95 e).
A. Le problème posé par la conception de Cébès est en
effet un très grave problème, celui des causes de la généra-
tion et de la corruption : bref le problème général de la Phy-
sique, qui avait été jusqu’au milieu du v° siècle le centre de
la spéculation philosophique. L'examen direct du problème
par rapport à la destinée de l’âme est, comme de coutume,
précédé d’une introduction que son exceptionnel développe-
ment ne doit cependant pas faire tenir pour une pièce indé-
pendante : en contant l’histoire de sa pensée par rapport à
ce problème, Socrate prépare la solution des difficultés devant
lesquelles la recherche a jusqu'alors échoué.
1. Cébès s’attend à être, à son tour, battu par l’argumentation de
Socrate. Qu'il ne clame pas trop haut pourtant sa certitude! Il risque-
rait ainsi de susciter contre cette argumentation la mystérieuse jalou-
sie qui menace tout orgueil trop confiant et d’attirer sur elle le mau-
vais sort.
2. Autrement dit, la qualité intensive qui constitue cette énergie
peut décroïître indéfiniment par une sorte d’alanguissement. C'est
l'argument que, dans la Critique de la raison pure (11 Th., IT Abth.,
IL Buch, τ Hauptst.; trad. Barni II, 15 sqq.), Kant a repris avec
force contre Mendelssohn ; celui-ci dans son Phédon en avait en effet
tenté une réfutation. Kant ne fait d’ailleurs aucune allusion à l’ort-
gine platonicienne de son argument. Je dois à l’amitié de M. Mar-
tial Gueroult d’avoir eu communication d’une pénétrante étude qu'il
a consacrée à cette question et que publiera la Revue de Métaphysique
et de Morale en 1926.
XLVI : PHÉDON
a. Dans sa jeunesse il s’est enthousiasmé pour la Physique:
c'est qu'elle lui promettait de l’instruire, sur chaque chose,
des causes qui en expliquent la production, la disparition,
l'existence ; il se passionnait pour les recherches des Physi-
ciens sur l’origine de la vie et la formation de la pensée;
sur les conditions dans lesquelles s’aboïit tout cela; enfin
sur la cosmologie. Puis finalement 1] s’est rendu compte
qu’il était aussi peu fait que possible pour ce genre d’études
(96 a-c).
Au commencement il avait en effet l'impression de savoir,
et on le lui disait; mais par la suite 1] se rend compte que
cette instruction l’a tellement aveuglé, que le savoir qu'il
pensait avoir acquis lui échappe. Il s’imaginait connaître par
exemple le pourquoi de la croissance d’un homme, en allé-
guant pour cause qu'il mange, boit, et que sa masse grossit
par la réunion des chairs aux chairs, des os aux os, etc. ; le
pourquoi de la supériorité de taille d’un homme sur un
autre: parce qu'il a la tête de plus; le pourquoi de l'excès
de τὸ sur 8: parce qu'il s’y ajoute deux unités, etc. Or,
voici que de telles explications lui semblent ne rien expli-
quer du tout. Essaie-t-on d'expliquer de cette manière la
production du 2, en disant qu'il résulte de l'addition de :
à 1? Mais quelle est la cause qui amène à l'existence cette
chose nouvelle ? Il se demande si c’est la première unité,
ou bien la seconde ; et, au cas où ce serait la juxtaposition des
deux, pourquoi l’opération inverse, par laquelle on partage
l'unité, est également capable de produire la génération
du 2. Bref, en suivant cette voie de la recherche, 1]
n'arrive à rien qui le satisfasse: pour ses yeux aveuglés la
méthode des Physiciens semble incapable de résoudre le
problème de la Physique; il continue cependant de cher-
cher, mais c'est par lui-même, sans guide, et au petit
bonheur (96 c-97 b).
C’est alors qu'il entend lire (ct. p. 68, n. 2) un passage
d'un livre d’Anaxagore où il est question d’un Esprit intelli-
gent, l'ordonnateur et la cause de toutes choses. A l'inverse
1. Qui consiste à donner, en guise d’explication, des constatations
et des descriptions, bref à nous amuser avec des histoires ou des
fables, qui prétendent valoir par elles-mêmes au lieu d’être, comme
les mythes de Platon, des extensions de l’explication rationnelle, l’his-
loire probable de ce qui n'est pas, mais devient. Cf. Soph. 242 ὁ sqq.
NOTICE XLVII
de l’autre, cette sorte de causalité fait son bonheur : si en
effet l’Intelligence est la cause et l’ordonnatrice universelle,
elle doit l’être aussi pour chaque chose en particulier et,
dans sa nature ou dans ses propriétés actives et passives,
l'avoir disposée pour le mieux. Quand donc on aura décou-
vert ce qui estle mieux pour elle et inversement, du même
coup, ce qui est le pire, on saura comment en expliquer la
production, la disparition et l’existence. Ainsile seul objet
qui mérite les recherches du Physicien, c’est le bien et le
meilleur (97 b-d). — Cette causalité du bien, à laquelle l’a
conduit sa méditation sur la théorie d'Anaxagore, Socrate est
impatient de lappliquer aux problèmes particuliers de la
Physique, comme ceux de la figure ou de la position de la
terre, des mouvements du soleil et de la lune, etc. Pour
expliquer tout cela et en découvrir la loi nécessaire, il doit
suffire en effet d'expliquer en quoi il est mieux que cela soit
comme il est. Autrement dit, c'est la finalité intelligible qui
fonde la nécessité (cf. p. 70, fin de la n. 2). Une doctrine
qui a trouvé dans l'Esprit, dans l’Intelligence ordonnatrice, la
cause de l’ensemble
de l’univers et aussi, sans doute, du
détail de son organisation, inspire donc à Socrate les plus
belles espérances. Il se hâte de lire le livre d'Anaxagore
(97 d-58 b).
Mais cette lecture lui apporte une croissante déception;
elle le laisse au même point que ces Physiciens qui n’assi-
gnaïient aucun rôle à l’Intelligence. Il s'aperçoit en effet
qu'au lieu de faire usage de cette dernière dans l'explication
spéciale des choses, Anaxagore, contre toute attente, allègue
seulement des causes mécaniques : air, éther, eau, etc. C’est
comme si, après avoir déclaré que toute l’activité de Socrate
s'explique par l'intelligence, on alléguait ensuite, pour expli-
quer le détail de ses actes et de son langage, le système
osseux et musculaire de son corps, le mécanisme des mouve-
ments et des attitudes, l'émission de l'air par la voix et sa
réception par l’ouie. Mais procéder ainsi serait laisser de côté
les causes véritables : que les Athéniens ont jugé meilleur de
le condamner, et lui, meîlleur de ne pas se dérober à la
peine. Avec les causes invoquées tout à l'heure, on explique-
rait tout aussi bien de sa part une conduite opposée ; elles ne
sont donc pas les causes véritables. C’est une absurdité de se
servir à leur sujet du mot cause ; car ce sont seulement les
τ VIII PHÉDON
conditions sans lesquelles Socrate serait incapable de faire ce
que par son intelligence il juge meilleur de faire. La vraie
cause, c'est ce choix du meilleur (98 b-99 b).
Faute de distinguer entre la cause qui est réellement cause
et la condition sans laquelle celle-ci ne serait pas causante,
une telle méthode d'explication condamne à tâtonner dans
l'obscurité. Voilà pourquoi les Physiciens, avec leurs expli-
cations mécanistes, ne s'accordent pas entre eux. Ils mécon-
naissent le pouvoir causal du meilleur possible et son efficacité.
C'est pourtant lui, véritable cause efficiente en mème temps
que cause finale, qui met les choses en l’état où elles sont;
seul 1] est capable de les lier! en un système stable. Voilà la
cause que Socrate aspire à connaître. Or 1] n’a pu s’en in-
struire près de personne, et il n’a pas réussi non plus à la
trouver par lui-même. Pour la découvrir 1] fallait donc
« changer de navigation »?. Ce sont ces tentatives nouvelles
pour atteindre le port, que maintenant Socrate va conter à
Cébès (99 b-d).
1. La nécessité particulière qui est dans le bien (cf. g7e s. in.) est
l'obligation qui lie les choses entre elles ; il y a là, dans le grec, une
allitération que le français ne permet pas de rendre complètement
(ligare, lier).
2. La phrase de Socrate 0090 : « puisque je n’avais eu le moyen,
ni de la découvrir par moi-même, ni de m’en instruire près d’un
autre » semble rappeler les deux premiers termes de l'alternative
envisagée par Simmias 85 c. Ce serait donc aussi le souvenir de la
métaphore nautique employée par celui-ci (d) qui suggérerait à pré-
sent la métaphore proverbiale du δεύτερος πλοῦς. On est par suite
tenté de croire que, dans la pensée de Platon, le nouveau mode de
navigation à employer correspond au troisième terme de Simmias :
la révélation divine. Peu importe que, dans son sens habituel, le dei-
τερος πλοῦς représente un pis-aller. Peut-être, en l’espèce, ce pis-
aller conduira-t-il au but. Il est d’autre part tout à fait conforme aux
procédés ordinaires de l'ironie, de présenter avec modestie une tenta-
tive d’où sortira la révélation de la vérité. D'ailleurs, si les Physi-
ciens ont échoué dans la recherche de la cause véritable, Socrate n’a
pas été jusqu’à présent plus heureux; il serait donc peu naturel qu’il
produisit orgueilleusement la nouvelle méthode comme une décou-
verte de son propre génie. En somme, en insinuant ici que sa
démonstration de l’immortalité a une valeur surhumaine, Platon
ferait d’une façon détournée ce qu’il fait ailleurs ouvertement, par-
ex. Ménon 81 ab, Banquet 201 ἃ, Philèbe 16 c.
NOTICE RÉ
b. Ce que les Physiciens qui ont ignoré la causalité véri-
table, ce qu'Anaxagore qui l’a entrevue, ce que Socrate lui-
même en essayant de l'appliquer à la Physique, ont eu tous
et toujours pour objet, c’est la réalité même des objets de
l'expérience. Or, à la suite de ses tentatives antérieures,
Socrate ἃ fini par se demander si, en s’efforçant ainsi de la
saisir directement par le moyen de la connaissance sensible,
il ne risquait pas de rendre son âme définitivement aveugle
(cf. 96 c, 97 b); exactement comme ceux qui ont l’impru-
dence de contempler directement une éclipse de soleil. Il
conçoit donc la nécessité de chercher le salut dans les repré-
sentations intelligibles que la pensée se fait des choses
(Λόγοι), autrement dit dans leurs Idées, et d'envisager en
elles la réalité. La comparaison, 1] est vrai, peut tromper.
Elle semble dire en effet que ces expressions intelligibles de
la réalité sont seulement des images, et non elles-mêmes
des réalités en acte (ἐν ἔργοις), que l’on peut contempler en
fait. Or c’est ce que Socrate se refuse à admettre!. Quoi
qu'il en soit d’ailleurs, voici comment désormais il a pro-
cédé : dans chaque cas 1] ἃ commencé par poser en principe
la représentation logique qu'il a jugée la plus solide ; ce qui
s'accorde avec elle est vrai ; ce qui ne s’accorde pas n'est pas
vrai. Procédé valable pour la recherche de la cause comme
pour tout autre problème, mais sur lequel il est nécessaire de
s'expliquer plus nettement (99 d-100 a). — Socrate va donc
définir cette méthode logique qui seule lui paraît capable de
poser convenablement et, ensuite, de résoudre le problème
devant lequel ἃ échoué la méthode physique. La première se
rattache, note-t-1il tout d’abord, à l'existence d’une pluralité
de formes essentielles, du Beau, du Bon, du Grand, etc.,
1. 1Π faut rapprocher les dernières pages de Rep. VI et, au début
de VII, le mythe de la caverne : on doit commencer par contem-
pler l’éclat des réalités idéales dans ces images que sont les symboles
mathématiques, comme on contemple l'éclat des astres dans les images
qui le réflètent; bien que les choses idéales, dont les ombres se pro-
jettent sur le fond de la caverne, soient elles-mêmes des fabrications
et supposent un artfice dont l’opération nous reste cachée, elles n’en
ont pas moins une réalité infiniment supérieure à celle des objets
de l'expérience sensible. — L'expression ἐν ἔργοις, 100 ἃ 8. in., est
ΕΞ
remarquable ; elle fait penser à l’évéoyetx d’Aristote : acte qui est
à la fois forme logique et réalité; qui, à l’état pur, est Dieu même.
[V.,
— 4
ae PHÉDON
chacun en soi et par soi!. C’est de là qu'il part pour décou-
vrir la sorte de cause qui l’occupe, c’est-à-dire en chaque cas
la causalité du bien. Si Cébès lui accorde ce principe, 1]
espère découvrir et lui faire voir la cause qui, en ce sens,
fait que notre âme est immortelle (100 bc). — Ainsi, ce qui
semblait à Cébès ne pouvoir être démontré, parce que sa mé-
thode était une méthode physique, recevra de la méthode
logique une démonstration qui se déduira d'un principe
accepté par Cébès lui-même. Le problème général (cf. 95 e8)
de la Physique se replie maintenant sur les doutes qui ont
donné occasion de le poser. En même temps il est avec
insistance relié une fois de plus au thème fondamental de
l'existence des Idées.
De ce qu’à titre de principe on a posé l'existence de ces
réalités absolues, que résulte-t-il? C’est que, si par exemple
il ÿ a, en outre du Beau en soi et qui n’est que cela, quel-
que chose d’autre qui soit « beau », ce ne peut être qu’en
vertu d’une participation à ce Beau, dont la chose belle porte
alors la dénomination (cf. 78 e) ; il y est présent; entre les
deux 1] y ἃ communion?. Tandis que les causes des savants,
les lignes ou les couleurs d’une chose, par exemple, pour en
expliquer la beauté, ne font qu'inquiéter et troubler l'esprit
de Socrate, cette sorte de cause au contraire le satisfait plei-
nement. Peu importe de quel terme on en désignera l’opé-
rationÿ: c’est un point réservé; du moins est-ce faire à la
1. L’etdos, l’déa, c’est l’aspect caractéristique de la nature d’une
chose, et par suite cette chose en elle-même. Cette signification pri-
mitive, où prédomine la considération des caractères sous lesquels se
manifeste la chose, est assez bien rendue par forme. Mais, en conser-
vant le décalque traditionnel idée, on marque mieux le sens logique
que le terme a pris chez Platon : une idée n’est-elle pas d’ailleurs 18
représentation que l’intelligence se fait d’une chose en la réduisant
à ses traits essentiels ? L’essence (οὐσία) d’une chose est contenue dans
sa notion (λόγος), qu’exprime son nom (Lois X, 895 d-896 a).
2. La doctrine exposée ici celle dont le Parménide place la critique
dans la bouche du vieil Éléate, 130 a-135 c.
3. Sans s'arrêter aux controverses auxquelles le texte a donné lieu,
il faut noter (de nombreux exemples le prouvent) que la formule
dont se sert Platon est une formule rituelle, qui écarte le danger de
donner à un Dieu un nom qui ne lui convient pas. Ce n’est pas à cette
incertitude du vocabulaire qu’Aristote fait allusion dans Mel1ph.
À 6, 977 b, 18 sq. (cf. H 6, 1045 b, 7-9), mais à l’indécision où Pla-
NOTICE LI
question de la cause une réponse simple, sûre, infaillible
(100 c-e). — Expliquer en effet la production de quoi que
ce soit, c'est rendre intelligible cette production ; on explique
donc d’une façon incontestable quand on relie la chose pro-
duite à ce qu'il y a en elle d’intelligible, c’est-à-dire à son
essence propre. L'opération de la participation peut être en
elle-même mystérieuse ; elle n’en révèle pas moins aux yeux
de Platon la seule causalité dernière, celle de la forme logique
ou de l’Idée de la chose. Ainsi la causalité finale ou du
bien, tout à l’heure déterminée comme efficiente (cf. 99 c),
réside dans la cause formelle.
Après avoir posé en général cette conséquence de l’exis-
tence de réalités idéales, Socrate l’applique aux exemples
particuliers qui lui ont servi en mettre en relief les insufhi-
sances de la méthode des Physiciens 1: la cause qui vérita-
blement fait que ceci est grand et cela petit, c’est que l’un
a part à la Grandeur et l’autre à la Petitesse ; ce qui rend
intelligible la production du 2, c’est sa participation à l’es-
sence de la Dualité ;l’existence enfin de l'unité ἃ pour cause
la participation à l’Idée de l’unité (100 e-101r c).
Ges dernières considérations sont remarquables : elles im-
pliquent en effet la conception sur laquelle se fondera plus
tard cette théorie des Nombres idéaux à laquelle Platon a,
d’après Aristote, donné dans l’enseignement de sa vieillesse
une place prépondérante. D'un autre côté, et précisément
parce qu'elles concernent des objets mathématiques, elles
conduisent Platon à formuler avec une précision nouvelle la
méthode dont 1] avait fait l’application à Fobiection de Sim-
mias et dont 1l avait déjà esquissé la technique (cf. 100 a).
La réalité de cette connexion paraît incontestable quand on
rapproche lexposé du Phédon des analyses plus complètes
des livres VI et VII de la République (ὅτι a, 539 b), oùil se
préoccupe de déterminer exactement quel usage différent font
de cette méthode les mathématiques d’une part et, de
l’autre, la dialectique. Pour l'instant, voici quelles en sont
ton a laissé la nature même de la participation. En revanche, c’est
l’exposition du Phédon qui est la base du célèbre morceau du De gen.
et corr. {1 0, 335 b, 9-16: la cause motrice est nécessaire pour
expliquer la génération, et les Idées n’en peuvent tenir lieu.
1. À quelles chicanes elle prête le flanc, Socrate en donne un
exemple, qui fait rire Cébès, 101 ab,
LIT PHÉDON
les règles : 1° le principe que d’un commun accord on a pris
pour point de départ, ne pas le laisser mettre en question
tant qu'on n’a pas examiné encore si les conséquences quien
découlent s'accordent ou ne s'accordent pas entre elles ;
2° puis quand 1] y aura lieu, cela fait, de rendre raison du
principe lui-même, procéder semblablement en déduisant Les
conséquences d’un autre principe, le meilleur qu'on puisse
concevoir dans un ordre de notions supérieur à celui auquel
appartenait le précédent ; 3° continuer ainsi jusqu’à ce qu’on
soit arrivé à quelque principe qui sufjise à rendre raison de
tout ce qui en dépend ‘. Mais il ne faut pasimiter ces contro-
versistes qui, brouillant le principe avec les conséquencesἢ,
deviennent incapables d'acquérir de quoi que ce soit une
notion intelligible, et dont la vanité de faux maîtres n’en-
chante qu’elle-même (101 c-102 a).
B. Une nouvelle interruption du récit de Phédon et un
retour au dialogue direct fixent l'attention sur l'importance
de la conclusion méthodologique qui vient d’être obtenue, et
l’orientent en même temps vers l'application qui va être faite
de la méthode logique à la recherche de la cause en vertu de
laquelle nos âmes sont immortelles.
Pour bien comprendre la suite, 11 faut se rappeler ce que
devait à la philosophie des Éléates l'usage de la méthode
logique. Le dialectique de Zénon, application particulière
des méthodes mathématiques des Pythagoriciens, consistait
précisément à déduire d’une ὑπόθεσις les conséquences qu’elle
comporte ; mais c'était toujours pour ruiner l’hypothèse par
le désaccord des conséquences entre elles et avec l'hypothèse.
D'un autre côté l'arme de cette argumentation négative,
apparentée d’ailleurs à la rhétorique sicilienne, ne pouvait
manquer d’être utilisée par la sophistique d'un Gorgias pour
produire de faciles confusions, en négligeant les véritables
relations du principe et des conséquences. Il importait donc
beaucoup à Piaton de marquer avec netteté en quoi sa
propre dialectique se distingue de celle des Éléates. Celle-ci
C’est l’aoyn ἀνυπόθετος de Rep. VI, 510 "Ὁ.
2. [l n’est pas impossible, comme le pense M. Burnet, qu’il y ait
ici une allusion à des Sophistes qui, à l’exemple de Protagoras,
croyaient infirmer la valeur du raisonnement mathématique, en
critiquant le fondement même des mathématiques (cf. Aristote,
Metaph. B 2, 997 b, 32 sqq.).
.NOTICE 1.111
se fondait sur le principe de contradiction pris en un sens
absolu ; transposant dans la réalité la loi logique de la pen-
sée, elle aboutissait à condamner l'expérience et tout ce
qu'elle manifeste : le mouvement, le devenir, le jugement
lui-même en tant qu'il consiste à unir à un sujet, qui est ce
qu'il est, des attributs qui sont autre chose, en tant qu'il
affirme la coexistence ou la succession en un même sujet de
qualités contraires. L’impossibilité logique du jugement et de
attribution était une des thèses favorites des Socratiques
éléatisants, d'Euclide le Mégarique comme du Cynique
Antisthène, l’élève de Gorgias. Or c’est à en établir au con-
traire la légitimité que vise 161 la théorie de la participation :
elle prétend expliquer comment par exemple cheval peut
recevoir la dénomination de beau. 11] était en outre nécessaire
de déterminer en quel sens doit être entendu le principe de
contradiction et, par conséquent, de traiter le problème des
coniraires. Car, si l’on refuse de se placer dans Pattitude
éléatique, il est à craindre qu'on ne soit rejeté vers l'attitude
diamétralement opposée de l’Héraclitéisme : la succession
alternée de la mort et de la vie, où l’on avait cru trouver une
raison de croire que nos âmes survivent à la destruction de
nos corps, signifierait alors que dans la réalité il n’y a qu'un
perpétuel échange des contraires, mais point d’essences abso-
lues ni rien de stable et de permanent. Ainsi, le Phédon serait
une étape sur la route qui mène de la discussion de lHéra-
chtéisme dans le Cratyle aux analyses plusgénérales du Théé-
tète et du Sophiste‘, dans lesquelles Dlaton cherche à définir
sa position entre la thèse de la mobilité absolue du devenir
et celle de l’'immobilité absolue de l’être logique.
a. Il est donc naturel que, une fois posées et admises
l'existence des pures essences et, avec elle, la participation,
ce soit en effet la question des contraires qu se présente.
Quand on dit de Simmias,à la fois qu'il est plus grand que
Socrate et plus petit que Phédon, on affirme en Simmias la
présence simultanée des deux Chose de la Grandeur et de la
Petitesse ; il porte la double dénomination de grand et de
petit ; entre les deux il est moyen. Mais d’autre part on con-
1, Voir À. Diès, La définition de l'être et la nature des Idées dans
le Sophiste de Platon, 1909, p. 94 sqq., et les éditions du Théétète
et du Sophiste par le même auteur dans la collection Guillaume Budé.
ne
LIV PHÉDON
vient que, selon la vérité sinon selon le langage, ce n'est pas
une propriété intrinsèque naturelle du sujet Simmias, ni du
sujet Socrate ou du sujet Phédon, que le premier dépasse le
second ou soit lui-même dépassé par le troisième. Mais le
premier et le dernier possèdent respectivement de la gran-
deur par rapport à la petitesse du second ou par rapport
à celle du premier. En d’autres termes Simmias, petit et
grand, se trouve avec sa petitesse au-dessous d’un des extrêmes,
avec sa grandeur au-dessus de l’autre (102 a-d).
Dans quelle intention Socrate s'est-il là-dessus mis d’'ac- ᾿
cord avec Simmias? C’est en vue d’obtenir son adhésion sur
un second point. Pour lui, en effet, ce n’est pas seulement la
Grandeur en soi qui toujours se refuse à être simultanément
grande et petite, mais aussi la grandeur qui est en nous et
comme attribut d'un sujet; elle aussi se refuse à être petite
et à se laisser surpasser. Mais de deux choses l’une : ou bien
Ja grandeur se retire devant son contraire, la petitesse, auquel
elle cède alors la place; ou bien elle est détruite à l'approche
de ce contraire; dans tous les cas, la grandeur se refuse à
attendre son contraire, à le recevoir en elle et ainsi à devenir
ou à être autre chose qu’elle-même. Donc un tel, ayant par-
ticipé à la Petitesse et l'ayant reçue en lui, est petit tant qu'il
continue d'être Le sujet qu'il est, avec son attribut « petit »
lequel ne peut devenir ou être « grand » ; de même en lui
l'essence de la Petitesse, tant qu'elle est préἀκίοόζοι πὰ ce qu’elle
est, ne saurait [Link] prétexte devenir ou être grande
(102 d-103 a). — Ainsi donc d’une part, en faut, les attributs
contraires coexistent dans un même sujet, mais c’est relali-
vement à d’autres sujets. D'autre part, en droit et absolument,
les contraires s’excluent, aussi bien dans les sujets sensibles
dont ils sont les attributs qu’en eux-mêmes et dans leurs τP
ὸ
essences intelligibles. Dans les sujets cependant auxquels ils
appartiennent, leur mutuelle exclusion comporte une alter-
native : ou bien l’un des deux se retire devant l’autre, ou
bien il est anéanti par lui de telle sorte que le sujet prend la
qualification contraire de celle qu il avait auparavant. Le pro-
blème est nettement posé : le principe de contradiction vaut
pour le sensible comme pour l’intelligible ; mais, puisque les
faits de l'expérience semblent le de il faut chercher
une explication de cet apparent démenti.
b. Une première solution est présentée sous la forme d'une
ΔΩ
NOTICE LV
objection anonyme : pourquoi admettre cette mutuelle exclu-
sion des contraires, puisqu auparavant on ἃ admis inverse-
(cf. 70 e sq.) que les contraires s’engendrent l’un l’autre?
(103 a) — Cette objection, sur laquelle l’attitude même de
Socrate en l’écoutant appelle l'attention, c’est la solution hé-
raclitéenne. Mais, en supprimant la distinction de deux ordres
dans l'existence, le sensible et l’intelligible, elle supprime en
réalité le problème, parce qu'elle supprime le démenti réci-
proque d’où naissait celui-ci. Tel est le sens de l'observation
de Socrate : il faut distinguer entre les deux points de vue.
Tout à l'heure il était question de ce qui est grand ou petit,
vivant ou mort, bref de choses qui possèdent en elles tel ou
tel contraire et qui ont pour attribut la dénomination de ce
contraire. À présent 1] est question des contraires eux-mêmes
en tant que tels, dont les sujets reçoivent la dénomination
qui leur est attribuée. Du premier point de vue on est en
droit de dire que les contraires naissent l’un de l’autre; du
second, on ne peut le dire, mais inversement que jamais en
soi un contraire ne saurait devrenir à 801 son propre contraire,
que d’ailleurs on l’envisage en un sujet ou bien dans la réalité
absolue de sa nature! (τοῦ a-c). — En d’autres termes, si
les qualités des choses s'expliquent par la participation de
ces choses à des essences intelligibles, les qualités contraires
dépendent dans les choses d’une participation à des contraires
en 501; dans leur immanence, les contraires restent donc sou-
mis à la loi d'exclusion mutuelle qui règle leurs rapports
dans l’existence absolue.
En réfutant l’objection, Socrate n’a pas encore pourtant
apaisé l’inquiétude de Cébès ; on devra par conséquent rame-
ner l’examen du problème à l’objet propre de cette inquié-
tude. Cela se fait en deux moments.
α. Dans le premier on précise à propos des contraires la
nature de l'attribution. Tous les attributs en effet ne sont pas
liés à leurs sujets de la même façon. Quand Simmias tout à
l'heure était dit « grand » ou « petit », il participait à la
Grandeur ou à la Petitesse selon qu'il était comparé à un
sujet ou à un autre; l'attribution de l’épithète, 1᾿ἐπωνυμία,
était contingente et relative ; par suite ce mode de liaison
pouvait prêter à une interprétation relativiste. Mais 1} y ἃ
4
1. Voir p. 78, n. τ; cf. 102 d.
LVI PHÉDON
d’autres modes de liaison : une nouvelle analyse des contrai-
res va faire apparaître une liaison nécessaire et absolue; il y
a des sujets qui par eux-mêmes et toujours ont la même
érwvumta ; 1] y ἃ des attributs essentiels, des épithètes néces-
saires. — On a déjà convenu (cf. 102 ἃ, 6) que jamais un
contraire ne sera à lui-même son propre contraire. Il s’agit à
présent de s’entendre sur un autre point :chaud et froid sont
deux contraires, et ils sont autre chose que le feu et la neige;
ces deux sujets ne peuvent cependant, en tant que tels et
dans la permanence de leur nature (cf. 102 e), recevoir en
eux l’un le chaud, l’autre le froid, ni devenir ainsi neige
chaude et feu froid. À l’approche d’un contraire, c’est donc le
sujet aussi, dont le contraire opposé est l’attribut, qui ou
bien se retire, ou bien cesse d’exister, tout comme font les
contraires eux-mêmes. Par conséquent il n’y a pas que l'es-
sence, l'Imparité par exemple, pour être toujours ce qu’elle
est et avoir toujours droit au nom qui la désigne en propre;
mais 1] existe encore d’autres choses, par exemple le trois,
le cinq, etc., qui ne sont pas l’Imparité et que l’Imparité
n'est pas non plus, et qui cependant possèdent toujours, à
titre de caractère du sujet qu'elles sont et aussi longtemps
qu'elles sont, la première essence, de sorte que toujours elles
portent le nom de celle-ci en plus de leur propre nom: le
trois, le cinq sont toujours impairs. De même inversement
pour le deux, le quatre, etc. par rapport au Pair, bien que
de part et d'autre l'essence ne soit pas identique (τοῦ c-
104 b).
IL convient de souligner au passage la portée de cette ana-
lyse. On sait déjà que la loi de la relation des contraires est
valable dans l’ordre du sensible comme dans l’ordre de l’in-
telligible (cf. 102 e, 103 b). Dès lors les sujets qui possèdent
nécessairement les contraires ne doivent pas être uniquement
des sujets sensibles; c’est du reste ce qu'on verra tout à
l'heure (cf. 104 cd, τοῦ a). Done, en outre de la participation
à l’Idée de la dualité, qui fait que ceci est deux (cf. τοὶ c),
il y ἃ une autre participation, celle de l’Idée de la dualité à
l’Idée du pair. En d’autres termes il n’y a pas seulement
communion des choses sensibles aux essences idéales ; 1]
y ἃ aussi, pour certaines d’entre celles-ci, communion mu-
tuelle ;enfin cette communion a sa loi propre, puisque la
Dualité ne peut participer de l’Impair, puisqu’en outre elle
NOTICE LVII
participe du Pair, mais non pas le Pair de la Dualité. Ainsi,
s'établit entre les essences cet ordre hiérarchique auquel Pla-
ton faisait tout à l'heure allusion (cf. ror d 8); car la non-
réciprocité de la participation signifie que l’Idée du pair est
une essence plus haule et que l’Idée de la dualité lui est
subordonnée. De plus, cette analyse montre de quelle façon doit
être entendue l’indissolubilité des essences. Sans doute il sem-
ble bien que l’absolue simplicité appartienne ici aux essen-
ces de qualités, comme Pair et Impair, Chaud et Froid. Mais
ces essences de choses, dont il est maintenant spécialement
question, sont des essences composées : Trois est toujours un
sujet d’inhérence pour l’Impair qui toujours l'accompagne, et
Deux pour le Pair, et Feu pour le Chaud, et Neige pour le
Froid. En résumé dans le Phédon on trouve une anticipation
de cette doctrine de la « communion des genres », qui ne
pourra qu'après les analyses critiques du Parménide recevoir
dans le Sophiste son complet développement.
Une fois acceptée cette remarque générale sur la liaison
nécessaire en certains cas des attributs à leurs sujets, 1l faut
en déterminer les conséquences et les applications. — Tout
d’abord, ce ne sont pas seulement les essences des contraires
qui, en soi ou en nous, se repoussent mutuellement. Pareille
exclusion mutuelle se retrouve dans des choses qui ne sont
pas contraires ! entre elles, mais qui possèdent toujours un
contraire; elles n’admettent point en elles la nature con-
traire de celle qui leur est inhérente; mais, comme on l’a
déjà vu (cf. 102 de, 103 a, d), ou bien elles se retirent et
cèdent le champ, ou bien elles périssent. Ainsi trois et deux,
bien qu'ils ne soient pas contraires entre eux, cesseront d’être
plutôt que de devenir le premier, pair et le second, impair
(104 bc). — Ceci admis, déterminons quelles sont ces choses.
Ce sont celles auxquelles une essence, en s'imposant à elles
dans la participation, confère non pas seulement la nécessité
de posséder cette essence même, mais en outre la nécessité de
posséder un contraire déterminé dont l'essence s'oppose à
celle d’un autre contraire pareillement déterminé?. Ainsi
1. C'est ce que dit pareïllement Aristote au sujet de l’âme dans
son argumentation de l’Eudème, cf. p. x£rir, ἢ. 1.
2. Le texte des manuscrits à la fin de la ligne 104 d ἃ ne donne
aucun sens acceptable. Plusieurs corrections ont été proposées. Celle
que je conjecture permet de voir dans ce membre de phrase un
+
LVIII PHÉDON
toutes les fois que Τénonce trois de quoi que ce soit, le sujet
qui reçoit ainsi l’Idée du trois, est forcé d’être impair en
même temps qu'il est trois; ΟῚ Impair, dont il reçoit l’Idée
avec celle du trois, il n’aurait pas achevé d’être trois. D’où
impossibilité pour lui de se laisser aborder par la nature con-
traire de celle qui constitue cet achèvement, c’est-à-dire par
l’Idée du pair; donc rien de ce qui est trois ne participe du
Pair ; autrement dit, tout ce qui est trois est non-pair. De
même, quand ceci devient du feu parce qu’il reçoit l'Idée du
feu, avec elle cette essence importe en lui inséparablement
l'Idée du chaud, et le contraire déterminé, ainsi importé dans
la chose, empêche le sujet de recevoir le contraire déterminé
qui s’y oppose, le [Link] contraire est de son côté inhérent
au sujet neige, qui cependant n’est pas le contraire du sujet
feu. Voilà le dernier point sur lequel on doit s'entendre
(104 c- τοῦ b).
B. Cette première étape de la démonstration comportait
trois relais, marqués chacun par un ὁμολόγημα, un accord :
° des choses, qui ne sont pas des contraires, s’excluent cepen-
dant comme des contraires, parce qu’à chacune est nécessai-
rement lié l’un de ces contraires ; 2° l’une ne peut par consé-
quent devenir l’autre; mais devant le contraire qui est
nécessairement lié à l’autre chose, ou bien elle se retirera,
ou bien elle périra ; 3° cette liaison inséparable étant trans-
portée dans le sujet concret par l’Idée qui l’informe et dont il
participe, de ce sujet sera nécessairement nié l’attribut con-
traire de celui qu'il possède. L’argumentation est prète à
franchir sa dernière étape, l’étape décisive. — Revenons sur
nos pas. Une façon de rendre raison de la présence d’une
qualité dans une chose sensible a déjà été proposée : celle qui
consiste à dire que cette chose participe à l’essence intelligible
de cette qualité: ce corps, participant à la Chaleur, devient
chaud. Mais, maintenant qu'on connaît l'existence d'une
liaison essentielle entre la Chaleur et le Feu, on peut répon-
dre autrement : ce corps est chaud, dira-t-on, parce qu'il
participe du Feu. Or, selon ce mode d'explication, la cause
en vertu de laquelle un corps est vivant, ce doit être son
âme ; car, en s'imposant au sujet sensible qui en participe,
résumé précis de ce qui a été dit depuis 103 c 8. Le voisinage de αὑτοῦ,
αὐτό expliquerait que τῳ ait pu devenir αὐτῷ.
NOTICE LIX
l'essence intelligible de l’Ame y importe en même temps
l’attribut « vivant », dont l’essence est nécessairement liée à
celle de l'Âme. D’autre part l’Idée de vivant ἃ un contraire
déterminé, qui est Mort. De ce qu'on a déjà dit (cf. 104 e
sq.) il suit donc que, en important nécessairement dans ce
qui en participe le contraire déierminé qu’elle possède, l’Ame
ne peut y accueillir le contraire de ce contraire, c’est-à-dire
la Mort. C’est donc qu'elle l’exclut, et, de même que, tout à
l'heure (cf. 104 e), ce qui n'avait pas de part au Pair et qui
l'excluait était appelé non-pair, de l'âme on dira 1 ‘elle est
non-mortelle (τοῦ b-e).
Admettons à présent, par hypothèse, que l’indestructibilité
soit une propriété nécessaire de chacun des attributs négatifs
ou privatifs que l’on ἃ pu examiner avant d’en arriver au
cas de l’âme: le Non-pair, le Non-chaud, le Non-froid. La
conséquence en serait que le trois, la neige, le feu, sujets
auxquels sont nécessairement liés ces attributs privatifs,
seraient eux-mêmes indestructibles. Autrement dit, à l’ap-
proche du Pair, ou du Chaud, ou du Froid, ces sujets se
retireraient devant l’ennemi qui les menace, ils battraient en
retraite et cèderaient la place aux sujets auxquels est lié le
contraire de leur propre contraire; mais ils ne périraient pas.
On aurait alors la première solution de l'alternative qui
exprime l'impossibilité, soit pour un contraire de devenir son
propre contraire, soit pour le sujet nécessaire, sensible ou
intellisible, d’un contraire de recevoir le contraire de son
contraire essentiel (cf. 1o2e sq.; 103c, d: 104e-105 b).
Cette solution serait donc celle qui s'applique au cas du Non-
mortel. Par conséquent à l’approche de la mort l’âme ne
serait pas détruite (τοῦ e-106 b).
Mais l'hypothèse est fausse dans sa généralité : entre le cas
du Non-mortel et les cas parallèles il y a en effet une grande
différence ; l'existence sensible du pair ou de l’impair, du
chaud ou du froid n’est pas indestructible, et rien n'empêche
que chaque contraire ne vienne abolir l’existence de l’autre
contraire dans le sujet dont celui-ci est l’attribut. Mais alors
ce sont les sujets mêmes, deux ou trois, feu ou neige, qui sont
à leur tour détruits. Avec eux nous n’avons donc pas affaire
à la première solution de l'alternative, mais à la seconde, à
celle où le sujet s’anéantit, parce que son attribut nécessaire
est lui-même détruit par l’attribut contraire qui est partie
Lx PHÉDON
intégrante d’un autre sujet. Mais inversement, si le Non-
mortel relève de la première solution, alors l’âme, étant sujet
nécessaire du Non-mortel, sera elle-même indestructible.
C'est là un argument qui se suffit à lui-même et qui n'a pas
besoin d’être rattaché à un autre !. À une condition pourtant :
c’est que Non-mortel signifie indestructible et d’une perpé-
tuelle durée. Or c’est de quoi chacun conviendra, en considé-
rant l'exemple de la Divinité, et surtout l’essence même de la
Vie qui n’est rien que vie, essence qui, on l’a vu (cf. τοῦ cd),
est inséparable de la nature de l’âme (106 b-d).
Cette conclusion théorique devra être maintenant rapportée
à la circonstance de fait, la mort physique, qui a motivé les
doutes de Cébès sur l'attitude que doit en face d'elle tenir un
vrai sage. Îl n’a point contesté que l’homme füt composé
d’un corps et d’une âme, puisqu 1l accorde à cette âme une
énergie intr insèque ; puisqu à pr ésent il admet que cette
énergie, au lieu de s’user à la longue, est réellement inde-
structible et que, ayant accepté la réminiscence, 1] admet aussi
que cette énergie s'accompagne de pensée (cf. 70 b, 76 c). Il Tu
faut donc accorder toutes les conséquences de ce qu’il ἃ admis :
il devra convenir que ce que détruit la mort de l’homme,
c’est ce qu'il y a en lui de mortel, son corps ; en revanche la
partie non mortelle, son âme, se retire de lui intacte et sans
dommage, pour faire place à la mort. Par conséquent nos
âmes Saba après le trépas subsister chez Hadès. Cébès se
déclare convaincu et délivré de ses doutes (106 e sq.).
Avec la discussion de la théorie de Cébès le caractère du
Phédon s’est profondément modifié : la forme en est deve-
nue singulièrement plus abstraite et même, par endroits, pres-
que scolastique. Quant au progrès réalisé, surtout par rap-
port à cette troisième raison qui était le point culminant de
la deuxième partie, 1l est évident. On a vu ce que cette raison
ajoutait aux précédentes et ce qui lui manquait pour consti-
tuer une preuve (p. ΧΧΧΙΥ et χχχυπ). Or, contre la théorie de
l’âme-harmonie Platon avait établi déjà ce qu’on peut appe-
ler le postulat de l’animisme : notre âme n’est pas une résul-
tante de la vie de son corps, mais c’est elle qui le fait vivre ;
. C’est « le résultat satisfaisant » (τι ἱκανόν) auquel on s'élève de
ne en proche et auquel, par rapport à l’objet de la recherche, on
rattache tous les résultats antérieurement ‘obtenus ; cf. 101e.
NOTICE LXI
en outre, les souvenirs latents qu’elle ἃ des réalités absolues
prouvent assez que sa fonction propre est la pensée pure;
ainsi les deux premières raisons de la deuxième partie avaient
acquis une nouvelle force. Enfin, si l’on savait par la troi-
sième raison à quoi est apparentée notre âme, on ignorait
encore ce qu'elle est : après la réponse à Cébès, on sait
qu'elle est une chose concrète bien qu’'invisible (cf. 79 b),
une chose comme une neige, comme un feu, etc. C’est donc
une chose qualifiée, et les caractères qu'elle possède ne peu-
vent s'expliquer que par sa participation à une essence intel-
ligible. À son tour en effet cette essence est complexe : à l’es-
sence dont elle ἃ en propre le nom, et qui est comme le support
de l’ensemble, elle unit indissolublement une essence de
ualité sans laquelle elle resterait inachevée et ne serait pas ce
qu'elle est (cf. ro4d 5. fin.). Or, dans le cas de la Neige, du
Feu, etc., aux sujets sensibles qui participent à ces essences
complexes aucun droit à l’immortalité n'est conféré par les
essences de qualités, le Froid, le Chaud, etc., qui les achèvent.
Bien mieux, notre corps est fatalement voué à la mort,
parce qu'en nous il est ce qui participe d'une essence qui
comporte nécessairement, avec la dissolution, la Mortalité.
Tout au contraire, l'essence en vertu de laquelle existent les
âmes qui font vivre nos corps, l’Idée de l’âme simplement
comme âme, est une essence qui comporte nécessairement,
comme sa détermination et son achèvement, l'essence de la
Vie ; celle-ci confère donc à nos âmes l’immortalité ;pour les
sujets qui en participent, c'est entre toutes une essence privi-
légiée. Le problème de l’âme et de la vie est un problème
particulier de la Physique ; mais les méthodes de la Physique
ont été impuissantes à le résoudre. La nouvelle méthode, la
méthode logique, se flatte d'y avoir réussi, en le rattachant à
un système général d'interprétation de la Nature, en même
temps quà une conception de l’intelligibilité et de l’explica-
tion causale, c'est-à-dire à une doctrine du Savoir : d’une
part c’est l'interprétation morale ou finaliste de la Nature et,
de l’autre, c’est la théorie des Idées.
IL. Il ne semble pas toutefois que Platon juge pleinement
satisfaisante sa théorie de l’âme. Cest ce que montrent les
doutes qu'il laisse subsister dans l'esprit de Simmias. Le
scepticisme de ce dernier ne vise pas spécialement, à la
LXII PHÉDON
vérité, la déduction d’où la preuve est sortie, mais plutôt
notre droit à entreprendre une telle déduction. Il ἃ raison:
ce n’est pas assez en effet, dit Socrate, d'avoir donné sa créance
aux postulats fondamentaux, 1] faut soumettre ceux-ci à un ;
nouvel examen, pour les analyser à fond et les élucider !. La Ν
rigueur du raisonnement fera le reste (107 ab). :
En d’autres termes le Phédon ouvre visiblement la porte à
des recherches ultérieures. [Il a en effet laissé dans l’ombre
beaucoup de points importants. S1 la mort est une sépara-
tion de l’âme et du corps, d’où vient que les âmes grossières
et souillées, restant collées à leur corps, véritablement ne
meurent pas? que l'absence de corps soit seulement le privi-
lège des défunts philosophes, tandis que les âmes des autres
subissent dans l’Hadès, comme on le verra, des peines pro-
prement corporelles et qu’elles y éprouvent des sentiments
dont le Phédon a rapporté l’origine au corps (cf. 114 be: 66c
et surtout 82 d-83 d)? De plus l’âme du Phédon, qui est pure
pensée, est aussi pour notre corps principe de vie, cause spon-
tanée de croissance et de mouvement : comment se lient
entre elles ces deux propriétés ? laquelle est fondamentale ὃ
appartiennent-elles l’une et l’autre aux âmes des bêtes comme
à celles des Dieux et des hommes ? à l’âme universelle, s’il est
vrai que le monde est un corps vivant qui se meut avec ordre?
Autant de questions auxquelles plus tard Platon a tenté de
répondre : au livre IV de la République, par la doctrine de
l’âme tripartite? ; dans le Timée, par la conception de deux
âmes mortelles ;dans le Phèdre et au X° livre des Lois, par
une preuve nouvelle de l’immortalité qui se fonde sur l’au-
tomotricité de l’âme; dans le Timée encore, en représentant
l'essence de l’âme comme intermédiaire entre l’indivisibilité
de l'essence intelligible et la divisibilité du corps sensible,
puis en expliquant par les cercles mobiles de l’âme et par la
relation en eux du Même et de l’Autre, à la fois les divers
mouvements, uniformes ou non, du monde et des astres,
et aussi la rectitude ou le désordre de notre pensée et de notre
conduite; en substituant plus ou moins radicalement, dans
1. Il est possible que, en parlant de distinguer avec la plus grande
précision possible tout ce qu'ils impliquent (107 b 5 sq.), Platon
pense à cette dialectique ascendante qui nous élève jusqu’à des prin-
cipes vraiment dominateurs, c’est-à-dire au tt ἱχανόν de 101 6.
2. Voir p. xxr et p. 63, n. 2.
NOTICE LXIII
le Phèdre et dans le Timée, aux eschatologies infernales une
eschatologie en quelque sorte immanente, qui est faite de
migrations et de métensomatoses. Rien de tout cela ne ruine
la doctrine du Phédon, mais plutôt l’éclaire, la complète ou la
développe.
Sans doute est-ce parce que dans le Phédon 1l reste encore
tant d’obscurités et de lacunes que, comme sa seconde partie
(cf. 8od-81c), la troisième elle-même s'achève par un grand
mythe, l’un des plus importants de l’œuvre de Platon et dans
lequel, tout en précisant l’eschatologie du premier, il con-
struit une véritable cosmologie. Ce mythe doit être l’objet
d’une étude particulière. Pour le présent 1] suffira d’avoir
déterminé comment en fait est introduite cette conclusion et
quelles réflexions l’accompagnent ; de la sorte en effet on
appréciera plus exactement le caractère véritable de notre
dialogue et sa portée philosophique.
La démonstration de l’immortalité s'était achevée par
l'affirmation de l’existence de nos âmes chez Hadès. Cette
affirmation se lie à des croyances, maintes fois rappelées au
cours de l'entretien!, relativement au bonheur et au mal-
heur des âmes après la mort. Le moment est venu de se
faire sur le sort de celles-ci et sur ses conditions physiques un
ensemble de représentations probables (cf. 61 e et 114 4). —
S1 en effet l’âme de chacun de nous, sa personnalité spiri-
tuelle (cf. 115c-e), ne doit pas être détruite, c'est pour la
totalité de son existence, et non pas seulement pour la
période que nous appelons la vie, qu’il faut avoir souci de
son âme (cf. p. 44, ἢ. r): comment croire en efiet que, dans
un anéantissement total, où sa méchanceté périrait avec son
âme, le méchant doive trouver un bénéfice de cette méchan-
ceté ? Le risque de la survivance est trop grave pour qu’on
ne voie pas l’unique chance du salut dans la vie la plus rai-
sonnable et la meilleure possible. Car les âmes arrivent aux
Enfers dépouillées de tout ? sinon de leur moralité propre,
qui est pour elles la source de tout profit comme de tout
dommage (107 cd). — Platon décrit donc, soi-disant d’après
1. En outre du mythe de la deuxième partie, cf. 63 be, 69 c, 72e,
83 de.
. 2. Cf. p. 85, n. 2. Il s’agit de tous les objets qui, déposés dans la
tombe avec des aliments et des boissons, sont les signes extérieurs
de la condition sociale du défunt. L
LXIV PHÉDON
les traditions, ce que doit être, selon la vie qu’elles ont menée,
leur départ d’abord sous la conduite de Génies auxquels cha-
cune a été attribuée, ensuite leur voyage jusqu'au lieu du
jugement, leurs pérégrinations enfin dans l’Hadès, sous la
direction d’autres guides, qui sont des dieux pour les Purs,
jusqu'au séjour que la sentence aura fixé pour elles (107
d-108 c ; cf. 113 d-114 c).
Quant à la conclusion du grand mythe, elle nous ramène
aux idées qui ont inspiré la première et la deuxième partie
de l'entretien, à ces idées de confiant espoir, de foi en des
croyances capables de soutenir cet espoir, d'exorcisme à l'égard
de craintes funestes, d'instruction réconfortante (cf. 70 Ὁ,
77e sq, δῦ a). Mais, depuis, une démonstration est inter-
venue ; elle fait certes pressentir de nouvelles recherches ; dès
à présent toutefois elle autorise à reprendre ces idées pour
les systématiser, pour les lier en même temps à une vue
générale du monde où vivent les hommes et à une repré-
sentation de leur destinée en rapport avec leur conduite.
C'est ainsi que le contenu du mythe constitue un ensemble
de motifs ! pour entreprendre, en vue de participer à la vertu
fondée sur la pensée, une lutte dont le prix est si beau et
suscite un si magnifique espoir. Nul homme raisonnable
certes n'oserait soutenir que les choses sont réellement telles
que le raconte le mythe. Mais ce qui est certain c’est que,
pour quiconque admet la démonstration qui ἃ été proposée
de l’immortalité de l’âme, cette croyance, ou une autre ana-
logue relativement à sa destinée, est une croyance conve-
nable et digne, portant sur un risque qu'il est beau d’accep-
ter. Voilà donc pourquoi le philosophe est en face de la mort
plein de confiance ; sa vie en effet a été une vie de renon-
cement volontaire aux biens du corps, qui sont étrangers à
l'âme, mais au contraire d’attachement zélé aux biens qui en e
-
sont les biens propres : l'acquisition de la vérité, la justice, le
courage, la liberté dans l’affranchissement des passions. Il ne
peut donc être que tranquille le jour où le destin fixé par les
Dieux (cf. 62 a, c) l'appelle à quitter la vie (114 c-116 a).
C’est donc à un pari qu'aboutit en dernière analyse le
1. On trouve au début et à la fin du morceau sur l’objet de la vie
philosophique, 82 c, 83 e, la même expression qu'ici 114 c 7: τούτων
δὴ ἔνεχα, voilà en vue de quoi, pour quels motifs. Cf. p. xxiv sqq.
NOTICE | de
philosophe, à un calcul de chances analogue à celui qu'il fai-
sait à la fin de la deuxième partie (cf. δή ab), Mais ce calcul
est maintenant mieux fondé: 1] l’est sur la base d’une preuve
démonstrative. Ainsi, d’un bout à l’autre, le Phédon se pré-
sente à nous comme un sermon sur la mort: à travers les
hésitations, les craintes, les doutes, 1l ne cesse de chercher
des motifs de sérénité et d'espérance dans Ia détermination
toujours plus exacte d'une certitude rationnelle.
De l'épisode final il n’y ἃ rien à dire
Épilogue qui nait été dit depuis longtemps:
(116 a-fin).
c'est un tableau d’une grandeur sobre et
familière, qui émeut sans chercher à émouvoir, par le seul
contraste de la sérémité de Socrate avec la douleur de ses
amis, par la description précise de faits, dont chacun marque
un progrès vers la complète libération du Sage.
IV
LE MYTHE FINAL DU PHÉDON
Le mythe qui termine la troisième partie du Phédon con-
stitue une sorte de géographie générale, une étude de la
structure de la terre, des îles Fortunées jusqu'au tréfond
central du Tartare, Ce n'est donc pas seulement une repré-
sentation des lieux infernaux ‘. De plus, quelle que puisse
être aux yeux d’un moderne l’étrangeté de ce morceau, il faut :
bien se garder d’y voir la fantaisie d’une imagination poé-
* tique: cest au contraire une tentative très sérieuse pour
donner d'un problème physique une solution autre que celle
des cosmologies naturalistes et pour dépasser d’autre part les
travaux de la géographie purement descriptive ?. Sans doute
cette solution est hypothétique ; elle ne vise qu’à la vraisem-
1. C’est, d’après Olympiodore (228, 25 sqq.; 128, 9 544. Nor-
vin), une Nekyia, la troisième de Platon: celle des lieux ou de la
distribution des séjours; celle du Gorgias étant la nekyia des juges
et celle de Rep. X, la nekyia des justiciables.
2. Peut-être est-ce surtout à ces derniers que pense Platon, 108 c
fin, aux travaux des géographes de l’École de Milet: Anaximandre,
Ilécatée, Aristagoras. Cf. p. 87, n. 1.
IV.
— ὃ
ἡ τ
LXVI PHÉDON
blance (cf. 108 c, d, e ; 114 d), et c’est pourquoi, tout comme
la physique générale du Timée, elle se formule en un mythe,
en une exposition narrative de ce que peuvent étre selon toute
apparence les faits dont il s’agit et leurs relations. L'objet de
Platon est de concilier avec certaines données cosmologiques
la conception finaliste qu’il s’est faite de l'univers et les ex1-
gences morales qui, dans sa pensée, ne se séparent pas de
cette conception. Son point de départ est, comme on l'a vu,
que les méchants doivent payer la peine de leurs fautes et
les bons, recevoir la récompense de leur vertu ; ce qui sup-
pose la survivance des âmes. La question est donc de savoir
comment l’organisation physique du monde peut être vrai-
semblablement conçue pour satisfaire à ce double principe.
Or tout cela lui tient beaucoup trop à cœur pour qu'on voie
dans ce morceau, soit un jeu frivole, soit une concession aux
croyances populaires; mais 1] y a là, dira plus tard le Timée!,
comme une récréation pour le philosophe, qui se repose ainsi
de la contemplation des pures Idées. En fait, dès que la com-
plexité des choses concrètes ne permet plus de les rattacherà
leurs essences intelligibles, le mythe devient indispensable;
mais, si en un sens, il est l'équivalent de la méthode des
Physiciens (cf. p. xLvr, n. 1), c’est avec une exacte conscience ἢ
de la valeur de l'explication qu'il apporte. Tout ce qui par
conséquent n'a pu être démontré par la méthode logique
appartient de droit à l'exposition mythique.
Une recherche d'origines dépasserait le cadre de cette
notice?. C’est une tâche plus modeste, mais 101] suffisante,
d'analyser avec précision ce difficile morceau, en n’y cher-
chant que ce qui s’y trouve et en évitant de l’embarrasser par
d'inutiles complications. Pour la clarté 1] semble préférable,
au lieu de s’astreindre à suivre exactement l’ordre de l’expo-
sition, de rassembler des indications dispersées et d'en distin-
guer qui s’entremélent.
Le mythe se divise en trois parties : 1° des on des ee
générales et spéciales, sur la terre dans son ensemble (108 e-
111C); 2° une description de l’intérieur de la terre et une
hypothèse sur les phénomènes qui sy produisent (r11 c-
1. 59 cd. Cf. mes Études sur la signification et la place de la Phy-
sique dans la philosophie de Platon, 1919, p. 19.
2," ΟΡ ΡΒ. 787. τὰ οὐ DLL UE
NOTICE LXVII
113 0); 3° une détermination du rapport qui lie tout cela à
la destinée des âmes après la mort (113 d-r114 c).
I. Platon pose tout d’abord, comme des données cosmolo-
giques qu'il faut accepter, la sphéricité de la terre, sa posi-
tion centrale dans l’univers et son immobilité. Cette dernière
résulte, non de l'existence de quelque support extérieur tel
que serait l’air d'Anaximène ‘ (ou l’eau de Thalès), mais de
ce que dans l'univers tout est, autour d'elle, égal de tous côtés:
sollicitée en tous sens par des forces égales, elle doit rester en
équilibre (τοῦ e-109 a).
La terre que nous habitons, nous ou d’autres hommes
pareils à nous, n’est pas la totalité de la terre ; celle-ci est en
réalité un très grand corps ? et qui comprend trois parties ou,
si l'on veut, trois terres concentriques; l’une qui est au-
dessus de celle que nous habitons, nous et d’autres hommes,
la troisième au-dessous.
1° La terre supérieure est la terre pure, le paradis ter-
restre. Nous ne nous apercevons pas qu’elle existe, parce que
notre situation est celle d’un homme qui, placé à: mi-hauteur
entre le fond de la mer° et sa surface, s’imaginerait avoir
atteint celle-ci quoiqu'il soit incapable de s'élever au-dessus ;
pour cet homme le ciel serait la partie de la mer qui le sépare
de la surface. De même nous, nous prenons pour le vrai ciel
l'air qui est au-dessus de nos têtes, parce que c’est dans cet
air que nous voyons se mouvoir les astres ; nous croyons donc
être à la surface de la terre, tandis que cette surface est au-
dessus de nous. Si nous pouvions nous y élever, nous nous
rendrions compte que les astres se meuvent, non pas dans
l'air, mais dans l’éther. Pour la terre supérieure, l’éther est
donc l'équivalent de notre air, et l’air, l’équuvalent de notre
eau : eau, air, éther forment une hiérarchie ascendante; le
vrai ciel l'emporte sur la terre supérieure d'autant que celle-ci
. C'était aussi la théorie d’Anaxagore et de Démocrite.
2. Qui d’ailleurs, relativement à l’ensemble de l’univers, peut être
très petit; ce qui était l’opinion d’Archélaüs (Vors.$, ch. 47, À 4,
ὃ 3, p. Arr, 34).
3. L’expression de Platon, 109 c 5, signifie exactement : « au
milieu du fond de la mer ». Mais toute la suite impose, semble-tl,
le sens qui a été adopté.
LXVII PHÉDON
sur la terre moyenne, celle des hommes semblables à nous,
et qu'à son tour cette dernière l'emporte sur la mer.
Pour un spectateur placé au dessus, la terre pure aurait
l'aspect d’un ballon divisé en douze quartiers dont chacun a
sa couleur propre (cf. p. 89, n. 3). Ces couleurs, dont trois
seulement sont nommées : le pourpre, le jaune d’or et le
blanc, ont dans cette région privilégiée une beauté, une
pureté, un éclat dont nous ne pouvons avoir aucune idée, pas
plus d’ailleurs que nous n'avons idée des autres ere qui
s’y trouvent encore. De toute façon c’est un paradis. Le poli
des roches, la coloration, la transparence, le volume des
gemmes y sont incomparables; l'or et l’argent 50 montrent
en abondance à la surface du sol. Les saisons y sont mieux
tempérées. La vie végétale y est plus riche. Les animaux y
sont plus beaux, plus grands et comptent des espèces incon-
nues de nous. Les hommes y sont exempts de maladies et y
vivent beaucoup plus longtemps ; leurs sens et leur intelli-
gence y ont plus de pénétration et de portée : 115 voient tels
qu'ils sont réellement le soleil et la lune ; ils sont en rela-
tions directes avec les Dieux, qui leur parlent face à face et
leur dévoilent l'avenir. Car ces Dieux habitent réellement
parmi eux. Dans ces conditions le bonheur des hommes d'en
haut est un bonheur parfait.
Enfin 1] existe pour eux trois habitats possibles, en rapport
avec le rôle et les usages qui appartiennent là-haut à l'air,
comme chez nous à l’eau : ou bien l’intérieur du continent ;
ou bien la partie de ce continent que, telle une mer, baigne
l'air; ou bien des îles plus éloignées du continent et com-
plètement entourées d’air (les Îles des Bienheureux ou Îles
Fortunées).
2° Mais cette partie supérieure d’une terre qui dans sa
totalité est sphérique ἃ en grand nombre des dépressions et
des creux ?, différents par leur étendue, par leurs formes, par
leurs caractères. Dans ces dépressions viennent sans cesse se
déposer ensemble, comme des sédiments abandonnés par
Sur cette infériorité de la mer, cf. 110 a. Les abîmes des mers
sont, comme on le verra, les entrées des lieux souterrains.
2. Opinion analogue chez Leucippe et Démocrite, chez Anaxa-
gore et Archélaüs (Vors., ch. δή, Α 24 [118, p. 7, 26]; ch. 55, A
94; ch. 46, À 42,$δ᾽; ch. 47, AG, 8 4).
NOTICE | ἐν ἢ
’éther, de l'air et des vapeurs avec de l’eau. La mer autour
de laquelle nous vivons occupe le fond d’une de ces dépres-
sions. Puisqu'elle n’est pas la seule, 11 est clair que notre
habitat, s'étendant des colonnes d’'Hercule au Phase (cf. 109 b),
ne constitue qu’une toute petite portion de la terre.
Comme les dépressions sont pleines d’un air qui se mêle à
des vapeurs et à de l’eau, et que la terre moyenne est toute
faite de telles dépressions, les couleurs n’y peuvent garder les
qualités qu’elles avaient sur la terre supérieure: les préten-
dues couleurs pures que distinguent les peintres ne sont en
effet que de pâles échantillons de celles-là. D'autre part l’im-
pureté de la lumière fait que la mer ou le sol brillent d’une
couleur uniforme, dont le fond continu semble porter un
bariolage (cf. p. 90, n, 1). — Ce qu'on sait déjà de la terre
d’en haut suffit à faire deviner combien en ce bas monde doi-
vent être imparfaites les conditions climatériques, les produc-
tions minérales (ainsi nos pierres précieuses ne sont que des
éclats des gemmes d'en haut), végétales, animales, aussi bien
que la vie, les sensations et la pensée des hommes. Pour la
plupart de ces choses 1] existe une cause de dégradation ou
de maladie: c’est la putridité qui infecte et la salure marine
qui ronge ‘. Bref, dans ces bas-fonds de la terre 1l n’y ἃ que
laideur, souillure, corruption, et nous sommes, nous comme
nos pareils, aussi inférieurs aux hommes de là-haut que l’eau
l’est à l'air, et l’air à l’éther.
Il. Maintenant Platon va nous introduire dans l’intérieur
de la sphère de la terre totale. Ce dedans, la troisième terre,
est en somme formé par des dépressions nouvelles de ces pre-
mières dépressions qui constituaient la terre moyenne ; elles
en sont les prolongements, mais hors de notre vue; car les
lieux dont 1] va être question sont le domaine de l’Invisible
(cf. δο d). Or, c'est dans les parties basses de la terre moyenne
que sont les mers et les lacs dont nous ne voyons pas le fond,
que coulent les fleuves, dont plusieurs disparaissentà nos yeux
dans les profondeurs de la terre. C’est donc par la constitu-
tion de la région intérieure qu'il s’agira d’en expliquer l’exis-
1. Cf. 110 e. Sans doute la cause de la putréfaction est-elle encore
cet air mêlé d’eau, qui altère les couleurs et fait aussi fermenter la
terre ou ses productions ; cf. 109 b, 110 cd.
LXX PHÉDON
tence et les caractères, en déterminant une relation physique
entre cette région et celle que nous habitons, nous ou nos
pareils, autour de cette mer ou autour d’autres mers dans
lesquelles se déversent des fleuves. C’est donc, en un sens, un
problème hydrographique qui intéresse ici Platon ‘, ou plutôt
un problème général d'écoulement, car les fleuves et les lacs
peuvent être aussi de feu liquide : au voisinage de la mer,
notamment en Sicile, il y a des volcans d’où jaillissent des
laves et de la boue, qui forment ensuite (cf, 111 de) de vrais
fleuves.
Puisqu'il existe une relation entre les dépressions de la
terre moyenne et celles de la terre inférieure, il est naturel
que ces dernières constituent des abîimes (χάσμα), plus ou
moins largement ouverts que les dépressions connues de nous
et qui les prolongent sur une profondeur plus ou moins
grande ?. Par des orifices plus ou moins larges et par des
voies de passage (διέξοδοι), qui se trouvent en maints endroits
sous la terre, ces dépressions communiquent entre elles, non
pas nécessairement, comme on le verra*, chacune avec cha-
cune, mais toutes avec les dépressions de notre terre et avec
une dépression intérieure centrale (cf. 112 cd). En outre,
puisqu'il y a au cœur de la terre de telles dépressions avec
des voies d'écoulement, 11] doit sy trouver aussi des lacs de
liquide stagnant analogues à nos mers intérieures, et des
fleuves analogues à nos fleuves : lacs et fleuves d’eau chaude
ou glacée, claire ou boueuse à des degrés divers, lacs et
fleuves de feu semblables à nos torrents de lave ou de cendres
brûlantes.
À la vérité, le problème comporte deux questions : la pre-
mière est de savoir pourquoi ces voies de passage sont celles
d’un courant et d’où en provient originairement le flot; la
seconde, de savoir pourquoi ce qui coule est de l’eau, ou du
feu, ou de la boue. La réponse à la première question est
fournie par la théorie du balancement de l’eau centrale
1. C’est ainsi que, dans ses Météorologiques, Aristote envisage ce
morceau du Phédon ; cf. p. 92, n. 4.
2 Platon ne considère que trois cas : profondeur et étendue supé-
rieures ; profondeur plus grande et étendue inférieure ; étendue supé-
rieure et profondeur moins grande; sans doute juge-t-1l impossible
que l’étendue et la profondeur soient toutes deux moins grandes.
3. Pour le Pyriphlégéthon et le Cocyte, voir 113 b3 et c 6.
NOTICE LXXI
(ατι 6); la réponse à la seconde est liéeà la considération des
terrains, desquels tiennent leurs caractères les fleuves qui les
traversent (112a), et, par conséquent, aux hypothèses de
Platon sur le trajet réel des courants.
1° Parmi tous les abîmes intérieurs de la terre, 11 en est un
qui s'enfonce beaucoup plus profondément que les autres:
c'est le Tartare. C’est une dépression pleine d’eau et qui va
jusqu’au centre de la sphère terrestre . Quand Platon dit que
celle-ci est traversée de part et d'autre en son entier par le
Tartare (112 a), 1} ne faut pas entendre que ce soit une sorte
de puits à deux orifices, dont chacun s’ouvrirait à l’un des
pôles d’un axe quelconque passant par le centre. Il est bien
vrai que le Tartare traverse la terre en passant par le centre;
mais c'est en ce sens qu'il est la cavité où se rejoignent toutes
les dépressions intérieures, et que celles-ci continuent des
dépressions extérieures de la terre moyenne. Or les axes de
deux dépressions opposées ne sont pas nécessairement les deux
moitiés d’un axe unique. Par suite le Tartare n'est pas une
sorte de diamètre de la terre; 1] est plutôt, au voisinage du
centre de la sphère, le domaine commun d’une pluralité de
rayons qui s'orientent diversement vers la périphérie. Comme
d'autre part ce centre n’est qu'un point géométrique, 1] ne
peut être pour l’eau un point d'appui, ni une base (112 δ).
Ainsi le Tartare est au cœur de la terre une sorte de noyau
aqueux duquel partent, comme des branches ou des épines de
directions divergentes, les conduits qui relient à d’autres cavités
intérieures ou extérieures la cavité centrale où se trouve ce
noyau. |
Le Tartare étant ainsi constitué, comment se comportera
l’eau qu'il enferme? — Nulle part, observons-le tout d’abord,
Platon ne dit que le centre de la terre, autour duquel est le
Tartare, soit le lieu où tendent tous les corps en vertu de la
pesanteur, ni qu'il soit à ce titre le bas pour eux et pour le
monde. Bien au contraire les termes haut et bas n’ont à ses
yeux qu'une signification purement conventionnelle (112 c).
C'est ainsi que le même mouvement en vertu duquel les eaux
descendent vers le Tartare est vers le centre un mouvement de
1. En contraste, semble-t-il, avec le Feu central des Pythagori-
ciens, qu’il fût d’ailleurs extérieur ou intérieur à la terre. Cf. 1. Bur-
net, Early Greek Philosophy 3, p. 345 544. Voir infra, p. Lxxv, n. 2.
Ἂ
2 δὼ
LXXII PHÉDON
montée. Or, d’après le Timée (62c), ce qui s’appelle le bas est
le lieu où tous les corps de même sorte tendent à se rassem-
bler en une masse homogène ; ici donc ce centre de la terre
vers lequel descendent les eaux est un bas, pour cette seule
raison que la cavité du Tartare est le lieu des eaux. Mais en
revanche il n’y ἃ aucune raison pour que, une fois atteinte la
masse commune, les eaux qui y affluent de toutes les direc-
tions dépassent le centre géométrique de cette masse. Celui-
ci cependant n’est pas, on l’a vu, une surface solide où elles
trouveraient un point d'appui. Mais elles ne sont pas non plus
elles-mêmes des forces de sens contraire qui, constamment
égales, se feraient équilibre. En effet l’eau du Tartare est soumise
à une sorte de balancement de haut en bas et inversement, mou-
vement comparable à celui de l'air dans la respiration (rire,
112b). À la vérité, le va-et-vient alternatif de l’air par les
mémes orifices ne répond pas exactement au cas présent. Sans
doute la comparaison traduit bien ce fait qu’un départ d’eau
est compensé par un apport, mais il y a ici quelque chose de
plus : en même temps qu’une masse d’eau s'élève, une autre
s’abaisse. Fl semble donc que le choc mutuel des masses d’eau
tombant de tous les côtés dans la cavité centrale y détermine
tout près du centre une sorte de « barre », qui fait osciller le
flot et le projette en même temps d’un côté et du côté opposé.
Au surplus cette oscillation s'accompagne d’un bouillonne-
ment du flot ; car l’air, avec le souffle qui l'accompagne, s’as-
socie à ces mouvements (112b; cf. 114a οἱ p. 95, ἢ. 2).
Cette action parallèle de l'air et de son concomitant naturel
s'explique d’ailleurs aisément par le mélange de l'air avec
l’eau dans ces dépressions extérieures (cf. 109b; 1100, 6)
dont les dépressions intérieures ne sont que le prolongement.
De la sorte, à chaque mouvement de bascule, le souffle pro-
voquera dans cetle eau mêlée d’air des vents impétueux qui
l’agiteront violemment. |
En vertu donc de ce mouvement intérieur d’oscillation,
dès qu’une masse d’eau s’est jetée dans le Tartare par une des
bouches de celui-ci, aussitôt par une autre bouche une autre
masse d’eau en jaillit : réceptacle commun de tous les fleuves
de toute sorte, il en est aussi la commune source. Or, pour
un même fleuve le rapport du point de départ et du point
d'arrivée est bien déterminé : une masse d’eau jaillie du Tar-
tare, en suivant le conduit qui à cet endroit s'offre à elle,
NOTICE | LXXIII
descend aussi loin qu’elle peut descendre ;mais, puisque cette
descente signifie en même temps une montée vers le centre,
le point d'embouchure sera nécessairement, à un degré d’ail-
leurs variable (112 d, 113 b), plus voisin du fond de la
sphère que le point d'émission. S'il en était autrement, le
Tartare, étant à la fois l’origine de l’amont et le terme de
l'aval, l’un et l’autre se confondraient : il n’y aurait plus de
courant et la source serait l'embouchure. — Comment doit-
on cependant se représenter leurs positions par rapport au
centre géométrique de la sphère? Platon distingue trois cas
(112 de) : ou bien la bouche de sortie et la bouche de rentrée
sont à l'opposé l’une de l’autre; ou bien eiles sont du méme
côté ; ou bien enfin, en se rapprochant toujours davantage du
centre vers lequel il remonte sans pouvoir le dépasser, le
fleuve fait sur lui-même un ou plusieurs {ours complets, à la
façon d’un serpent qui s’enroule, et la remontée se fait d’un
côté aussi bien que de l’autre par rapport au centre, l’'embou-
chure étant d’ailleurs toujours plus voisine du fond que la
source.
Ceci dit, voyons comment se fait la distribution des eaux
à partir du Tartare et jusqu'au Tartare. Comme la nôtre, la
terre intérieure possède, on le sait, des dépressions et des
voies d'écoulement. Ceiles-ci sont comparées à des rigoles
d'irrigation (112 c, d) préparées pour recevoir l’eau qu’on y
distribue. L'eau y est envoyée par à-coups, mais suivant une
succession régulière οἱ de manière à produire l’apparence
d'un courant continu. D'autre part ces voies d’écoulement,
en même temps qu’elles mènent toutes au Tartare, font com-
muniquer aussi les régions intérieures avec les régions exté-
rieures, la nôtre ou ses pareilles. Quand donc l’eau du Tar-
tare est soulevée par l’oscillation, elle remplit Îles voies
d'écoulement de la région intérieure et invisible; puis elle
passe dans celles de la région extérieure et visible; le gros du
flot les remplit en s'infiltrant sous la terre, en passant par
tous les pertuis ; 1l alimente ainsi ces sources, ces fleuves, ces
lacs, ces mers que nous voyons, nous ou nos semblables. Mais
ensuite, de nouveau il s'enfonce sous la terre et revient ainsi
jusqu'au Tartare par un trajet plus ou moins long (111 e
8. in., 112 Cd, 113 ο 3). Comme ce mouvement de va-et-
vient ne s'interrompt jamais, Platon peut dire à bon droit
(111 ἃ 5) des fleuves intérieurs qu'ils sont intarissables :
LXXIV PHÉDON
lorsqu’en "085 les voies d'écoulement sont moins pleines, elles
le sont davantage en haut, et réciproquement. En résumé,
tout ce que nous ou nos semblables voyons couler (sources et
fleuves), ou s'arrêter de couler pour former dans des creux
plus vastes des bassins de stagnation (lacs et mers), tout cela
correspond à une disposition analogue des profondeurs invi-
sibles de la terre, et en provient. A la vérité 1] ne s’agit sans
doute que de l’état actuel des choses; car l'existence même
de la masse d’eau centrale suppose à l’origine le dépôt de
l'air et des vapeurs aqueuses abandonnées par l’éther. Du
moins y a-t-il toujours actuellement (et bien que parmi les
courants les uns soient plus intérieurs et d’autres plus exté-
rieurs) correspondance et communication entre ce qu'impro-
prement nous nommons la surface et ce que, moins impro-
prement, nous nommons le fond. II s'ensuit enfin, semble-t:l,
que l’exposition de Platon ne concerne pas du tout un mou-
-vement des courants d’un hémisphère à l’autre, et encore
moins, comme le disent unanimement les commentateurs,
d’un hémisphère Nord à un hémisphère Sud, mais la relation
de ce mouvement entre les parties invisibles et les parties
visibles d’une terre sphérique, qui autour de son centre a la
masse d’eau du Tartare.
2° Plus spéciale, la deuxième question (112 a-113 c) est
de savoir quels sont les divers courants, leurs caractères pro-
pres, leur trajet. Il ÿ en a beaucoup et de très grands, dont
chacun ἃ son bassin de stagnation ou sa mer. C’est au moins
le cas pour les quatre que Platon s’est contenté de nommer.
Etant donné en outre que les caractères propres d’un fleuve
dépendent des terrains qu’il traverse, on pourra, dans la me-
sure où l’on connaît ceux-ci, en induire la nature du sol sur
le trajet de chaque fleuve : c'est ce que Platon parait avoir
voulu faire pour deux d’entre eux, le fleuve de feu et le fleuve
de glace. En cela sa géographie n’est peut-être pas d’ailleurs
une conception entièrement arbitraire (cf. p. 95, n. 1 οἷ 2).
Le premier des grands fleuves de la terre est le fleuve
Océan. De tous c’est [6 plus grand et celui qui décrit le cer-
cle le plus extérieur : par quoi il faut sans doute entendre le
circuit le plus superficiel et le plus distant du centre. Il est
le seul dont le bassin de stagnation ne soit pas nommé et
sans doute n'est-ce pas la Méditerranée seulement; il existe
en effet d'autres habitats humains disposés, comme celui que
NOTICE LXXV
connaissent les Grecs, autour de mers visibles (cf. 109 b).
L’Achéron est à l'opposé de lOcéan et coule en sens con-
traire; ce qui signifie sans doute que par rapport au noyau
aqueux du Tartare son conduit d'émission fait face, sur l’au-
tre côté, à celui d’où sort l'Océan. Son bassin de stagnation
est le lac Achérousias. Opposé comme il l'est à l'Océan dont
l’extériorité a été signalée, ayant dans la vie d’outre-tombe
le rôle qui lui est attribué ici et plus bas, l’Achéron est vrai-
semblablement un fleuve surtout intérieur et, comme le dit
d’ailleurs Platon en usant de l'expression commune, souter-
rain (112 6 9). Cependant, puisqu'il traverse des déserts,
c'est-à-dire des lieux où nul homme n’a pu pénétrer ou habi-
ter !, il est vraisemblable qu’une partie de son cours est super-
ficielle. Au surplus, s’il est vrai que tout fleuve est une voie
de communication entre la terre invisible et la terre visible,
il ny ἃ aucun fleuve qui soit entièrement intérieur ou entiè-
rement extérieur.
Le troisième fleuve, le Pyriphlégéthon offre un intérêt
particulier pour l'intelligence du mythe. Comme l’Achéron,
il ἃ un rôle important dans la destinée infernale des âmes :
c'est donc, lui aussi, un fleuve à cours principalement inté-
rieur. Après être sorti du Tartare à mi-distance des deux au-
tres, 1l rencontre une vaste région pleine de feu?. Sur ce
sol embrasé son courant change de caractère : l’eau en est
rendue trouble et boueuse par les cendres qu’elle entraîne ;
c'est une coulée de matières en fusion, un torrent de lave
brûlante. Ainsi transformée, cette eau s'étend alors en un
immense lac, mer souterraine plus vaste que notre Méditer-
ranée. Au sortir de cette mer le Pyriphlégéthon s’enroule
plusieurs fois sur lui-même dans la terre. Par l’un de ces
circuits 1] longe extérieurement le lac Achérousias, mais sans
qu'aucune communication se fasse entre leurs eaux. En d’au-
tres circuits au contraire il touche à des voies de passage qui
mènent à l'extérieur; par elles il vomit une partie de sa lave,
1, Analogues à ces Avernes dont parle Lucrèce, VI 738 sqq.,
818 sqq.
2. Peut-être ce feu est-il le substitut du feu pythagorique, dépos-
sédé de sa position centrale; cf. p. £xx1, n. 1.
3. D’après le Timée, 59 bc, les métaux sont, ou bien de l’eau
fusible, ou bien des mélanges d’eau et de terre.
\:
α
LXXVI PHÉDON
qui coule en un torrent que précède une rivière de boue. La
théorie des volcans est donc une spécification de la doctrine
hydrographique générale : le feu de leurs éruptions n’est que
de l’eau transformée par son passage sur un sol embrasé.
Enfin, après avoir multiplié dans la terre les spirales dans
lesquelles, avant de rejoindre le Tartare, 1] éteint son ardeur
ou dépose ses boues en alluvions, 1] vient s’y jeter plus bas
que tous les autres fleuves et, comme l'exige la théorie, en
n'y rapportant que de l’eau.
Aux caractères de ce dernier fleuve s'opposent ceux du qua-
trième, le Cocyte: c’est en effet, semble-t-il, le fleuve froid
par excellence. D'autre part c’est, comme les deux précédents,
un fleuve infernal. Le Pyriphlégéthon partait du Tartare à mi-
route entre l’Achéron et l'Océan, dont les sources sont aux
deux pôles d’un diamètre du noyau du Tartare; à son tour
le Cocyte, faisant face au Pyriphlégéthon, doit avoir sa source
à mi-distance de l’Achéron et de l'Océan, mais sur l’autre
pôle d’un diamètre perpendiculaire au précédent. De même
son embouchure est à l’inverse de celle du Pyriphlégéthon et
probablement, comme la sienne, très près du centre. Sem-
blablement enfin c’est un fleuve à circuits nombreux, mais
dont la direction est inverse. L’un de ces circuits le conduit
comme le précédent au voisinage du lac Achérousias, mais du
côté opposé et, cette fois encore, sans que les eaux commu-
niquent. La région de feu dans laquelle presque tout de suite
au sortir du Tartare entrait le P yriphlégéthon était certaine-
ment une région intérieure, puisqu'il crache ensuite au dehors
une partie de ce que charrie son cours ; sa mer aussi était
souterraine. [l semble au contraire que la Région Stygienne,
à laquelle parvient tout d’abord le Cocyte, ainsi que le Lac
Styx où il épand ensuite ses eaux, soient aux yeux de Platon
des lieux superficiels. Car c’est seulement ensuite qu'il s’en-
fonce sous la terre (113c) et qu’il y commence les multiples
circuits qui le ramèneront au Tartare. D’un autre côté, tan-
dis que la région où se transformait le Pyriphlégéthon était
une région brülante, celle où se glacent les eaux du Cocyte
est un pays sauvage et terrible, sur lequel est répandue une
coloration bleuâtre qui fait penser aux terres septentrionales.
III. Mais cette exposition, on l’a vu (p. Lxvi), n'a pas sa
fin en elle-même. Ce que sont toutes les choses dont elle
NOTICE LXXVII
parle, elles le sont en vue du bien, en vue d’une fin spécifique
qui est la destinée des âmes après la mort (113 d-1 Lo Ce
qu'il ya à cet égard de remarquable dans le mythe du Phé-
don, c'est la façon dont il décompose la terre réelle, plaçant
le naine des œuvres de vie entre une région périphérique
et presque céleste, celle des récompenses, et une région inté-
rieure et centrale, celle des expiations. Cette dernière est le
royaume d'Hadès : tous les morts y sont jugés; mais ceux-là
seuls y restent qui ont une peine à subir. Les justes, les
saints, les philosophes la quittent aussitôt après le jugement
pour gagner le séjour où, sans avoir cependant quitté la terre,
ils mèneront près des Dieux et avec leurs égaux la vie bien-
heureuse (cf. p. 86, n. 5; p. 96, n. 3; p. 97, n. 1). Cette
existence, telle que la décrit le Phédon comme une béatitude
_ actuelle, ressemble singulièrement à cet Age d’or que, d'après
le Politique, toute l'humanité a connu jadis au temps de
Cronos (cf.p. go, n. 2), alors que l’ordre établi par Dieu
n'avait pas encore été bouleversé et qu'elle ignorait le mal et
la mort. Ainsi la division de la terre en ses trois régions
serait comme une manifestation de la déchéarice et de la
perversion générales: c'est pourquoi aussi la vertu est
devenue un eïlort difficile, et la vie du Sage, une vie de
mortfcation.
Conduits par leur Génie individuel, [65 trépassés (cf. 107 d)t
arrivent au lieu où ils doivent être jugés. Le jugement les
répartit en cinq catégories. D'abord deux grandes classes:
l’une de ceux qui ont bien et saintement vécu, et qui paraît
comporter deux degrés dont le plus haut appartient aux phi-
losophes ; l’autre de ceux dont la vie n’a pas été telle. À son
tour cette seconde classe se subdivise en trois: ceux dans la
conduite desquels le mal et le bien se sont mélés ; les pécheurs
dont les fautes admettent la possibilité d’une expiation
rédemptrice ; enfin les auteurs de crimes inexpiables.
Après le jugement, les justes, n'ayant plus de raison d’être
assujettis à l’emprisonnement des lieux infernaux, s’en vont
donc habiter leur Paradis, dont la plus belle partie est réser-
vée à ceux qui, par une vie philosophique, ont réalisé en eux
une purification parfaite ; à propos d'eux seuls 1] est parlé
1. « Les trépassés », dit Platon 113 a, au lieu de dire « leurs
âmes ».
LXXVII PHÉDON ;
d'existence incorporelle ‘. Quant aux trépassés de vie moyenne,
embarqués sur le fleuve Achéron, ils arrivent ainsi au lac
Achérousias : c’est dans ce séjour qu’ils paient la peine de
leurs fautes et reçoivent le prix de leurs bonnes actions : avant
d’être relancées dans la génération, leurs âmes restent plus ou
moins longtemps dans ce Purgatoire, heu de purification et de
rédemption (cf. 113 a). D'autre part, le Pyriphlégéthon et le
Cocyte reçoivent chacun, après qu'ils ont séjourné dans le
Tartare, une sorte particulière de grands criminels, tous ceux
qui du moins n’ont agi que sous l'empire de la colère. Quand
ces fleuves les ont conduits près du lac Achérousias, ces mal-
heureux implorent à grands cris le pardon de leurs victimes
qui, logées dans leur Purgatoire, ne sont pas elles-mêmes des
âmes innocentes. Ont-ils enfin obtenu ce pardon ? Ils passent
alors dans le lac? où s’achèvera leur rédemption. Sinon, ils
doivent retourner au Tartare pour en repartir sur leurs fleuves
respectifs. Quant à ceux dont les crimes ont été jugés inex-
piables, ils sont immédiatement précipités dans le bouillon-
nant Tartare, d’où, au moins d’après l’eschatologie du Phédon
(cf. p. 96, n. 1), ils ne ressortent plus ; ces âmes ne revien-
nent donc jamais à la génération: elles ne survivent que pour
l'éternité de leurs expiations.
Tel est le mythe du Phédon. Moins purement eschatologi-
que que celui du Gorgias, il fait pressentir les grands mythes
cosmologiques du Phédre et du livre X de la République, et
même, plutôt par ce qu'il implique ou ce qu'il appelle que
par ce qu'il dit, ceux du Politique ou du Timée.
I. 114 C3: ἄνευ te σωμάτων ζῶσι. Cette phrase fournit un signifi-
catif exemple de la façon dont les textes s’altèrent : Eusebe (Praep.
euang. XI 38, 569 a; XIII 16, 699 c), pour effacer de l’eschato-
logie platonicienne une doctrine que contredit le dogme chrétien de
la Résurrection des corps change τωμάτων en χαμάτων : «ils vivent
sans souffrances. » Et Théodoret (XI 24), qui copie la citation dans
re répète cette pieuse correction.
ἐπ Ὁ entre lui et les fleuves qui les portent il n'y a pas com-
Er on peut penser qu’il leur faut retourner au Tartare pour
être de là transportés par l’Achéron jusqu’à son bassin. Mais Platon
ne s'explique pas là-dessus,
NOTICE © LXXIX
ÉTABLISSEMENT DU TEXTE ET APPARAT CRITIQUE
Le texte a été établi d’après quatre manuscrits :
1. Le Bodleianus 39 (Bibliothèque bodléienne d'Oxford) ou
Clarkianus, de la fin du 1x° siècle. Sigle B
2. Le Venetus, append. class. 4, n° 1, de la Bibliothèque
de Saint-Marc, qui dérive très probablement du Parisinus
gr. 1807 (À) dont l'époque est à peu près la même que celle
du Bodleianus. Comme le Paris. À ne contient plus que la
seconde moitié du texte (8° et 9° tétralogies), ce ms. de
Venise peut donc, en quelque mesure, en représenter la
Do perdue. Il est de la fin du xr° siècle ou du début du
x. SigleT
:. Le on 54, supplem. philos. gr. 7, qui paraît
appartenir à une tradition indépendante et remonte peut-
être au xrr° siècle. Sigle W.
h. Le Vindobonensis 27, qui date au plus tôt du xiv* siècle,
mais représente une Lilo bien antérieure. Pourle Phédon,
il s'apparente à T jusque vers la p. 85 d’Estienne ; ensuite 1
s'accorde plus souvent avec B, ou avec telle des Res qui ont
corrigé ce dernier manuscrit. Sigle Y.
Ces quatre manuscrits ont été intégralement collationnés,
le premier d'après la reproduction phototypique qu'en a
donnée chez Sijthoff, en 1895, T. W. Allen, les trois autres
d’après des photographies qui sont la propriété de l’Associa-
tion Guillaume Budé!.
1. Sur plusieurs points mes collations s’écartent de celles de mes
devanciers. À ce sujet je demande qu’on me fasse confiance. Par ex,
64 ὁ 4, quoi qu’en disent Schanz et M. Burnet, B n’omet pas τὸ
devant τεθνάναι (f. 29 v, 5 du bas) ; 85 ἃ 1, W n’a pas χαὶ κάλλιστα
après πλεῖστα, mais, au-dessus de la ligne, xat μάλιστα (f. 52 τ, 20);
87 a 2 1] a, comme les autres, ἀντιτίθεμαι (f. 53 v, 6), et non pas
avari6., etc. Nombre d’assertions de Schanz relativement à B semblent,
à en juger du moins d’après la phototypie, n’être que des conjectures
systématiques sur de prétendues corrections de la graphie primitive :
grattage du ν éphelkystique, substitution du ξ au os dans les mots
composés avee σύν, etc. J’aitribue donc à la première main de B
LXXX PHÉDON
Quelques leçons intéressantes d’autres manuscrits ont été
en outre mentionnées d’après Schanz. Dans ce cas, au sigle
communément employé on a joint la désignation précise
du ms.
‘étude de la tradition indirecte offre un incontestable
intérêt : celle-ci représente en effet, pour une époque
donnée, un état de l’établissement du texte ou, si l’on veut,
de l'édition. Toutefois il faut reconnaître que chaque cas
mériterait, au point de vue historique comme au point de
vue critique, un examen particulier. D'une façon générale
il convient de distinguer entre les diverses sortes de cita-
tions textuelles. Les unes, occasionnelles et très courtes,
sont probablement faites de mémoire! et ne constituent pas
de sûrs témoignages. D’autres se dissimulent pour s'intégrer
dans une composition de leur auteur; elles sont donc altérées
aux points mêmes où se fait cette incorporation, mais d'autre
part elles sont beaucoup trop étendues pour n'être pas des
transcriptions ; c'est le cas des morceaux de Platon qu'on
trouve dans le Protrepucus de Jamblique (début du 1v° siècle).
C’est également le cas pour les citations d’Eusèbe (même
époque) ou surtout de Stobée (v° siècle), mais qui sont cette
fois de véritables extraits, souvent très longs. Ces extraits ont
à leur tour pu servir à d’autres citateurs : c'est ainsi que
Théodoret, en beaucoup d’endroits, cite manifestement
d'après S. Clément d'Alexandrie ou d’après Eusèbe. Les flori-
lèges peuvent être de même la source des citations qu'on
trouve chez les lexicographes et chez les grammairiens, mais
il n’est pas impossible qu'eux-mêmes, ou leurs modèles, se
soient servis de bonnes copies, nécessaires à leurs études. Tel
devait être enfin le cas des commentateurs, pour les lemmes
qu’ils inscrivaient en tête de chaque partie de leur commen-
taire, ou pour les citations qu’ils y intercalaient de l’ouvrage
même dont ils faisaient l’exégèse : à cet égard le commentaire
d’Olympiodore le Jeune (fin du νι" siècle) sur le Phédon est,
quoique incomplet, un document très précieux.
Schanz ἃ dressé un inventaire analytique de la tradition
tout ce qui n’est pas évidemment corrigé. De même il semble témé-
raire de prétendre deviner ce que portaient primitivement çà ou là
certains feuillets très abîmés (cf. ad 73 e 5 sqq. et 74 e 3 sqq.).
1. Voir p. ex. les deux citations d’Épictète à 116 d 6 et 117 4 8.
NOTICE LXXXI
indirecte, qui à chaque page de son édition précède l’apparat
critique. Malgré mes recherches je n'ai trouvé que peu de
chose à y ajouter, et rien d’important. Il m'a du moins été
permis d'utiliser généralement de meilleures éditions cri-
tiques, où la tradition manuscrite des auteurs, au lieu d’être
ramenée à celle de Platon, était respectée, ou tout au moins
signalée dans l’apparat!. Quant à moi, dans le mien, je me
suis borné à indiquer, d’une part comment se partage la tradi-
tion indirecte entre les variantes des manuscrits collationnés,
1. La liste ci-dessous des éditions utilisées ne concerne que le
Phédon et elle ne contient pas les noms de tous les citateurs, mais
de ceux-là seuls qui figureront dans l’apparat. Dans celui-ci les titres
d'ouvrages ont été mentionnés seulement : 1° pour désigner un écrit
autre que celui d’où les citations sont ordinairement tirées ; 2° pour
distinguer divers écrits d’un même auteur qui n’a fourni qu’acciden-
tellement des citations. L’Index auctorum des éditions utilisées per-
mettra le plus souvent d'y retrouver sans peine les passages allégués ;
dans le cas contraire la référence précise a été indiquée. L’ordre dans
lequel les auteurs sont mentionnés est chronologique : Arisrores,
De anima, Meteorologica(Fobes, Harv. Univ. Pr.) ; PLurarque, Moralia
(Bernardakis, bibl. Teubner) ; EPrcTètE, Dissertationes (Schenkli,
bibl. Teubner) ; ATHÉNÉE, Deipnosophistae (Kaïbel, bibl. Teubner) ;
. [Azarnoüs] Isagoge (dans le Platon de Hermann, vol. VI, bibl.
J'eubner) ; Sexrus Emprrious, Aduersus mathematicos (Mutschmann,
bibl. Teubner) ; OrRIGENE, Contra Celsum (Koetschau, Christl. Schrif-
steller) ; CLÉéMENT D’ALExANDRIE, Stromata (Potter, 1715; Stählin,
Chr. Schriftst.); Meraoprus (Bonwetsch, ibid.) ; EusiBe, Praepa-
ratio euangelica (Gifford, Oxford Univ. Press); ÉpiPHANxE, Adu.
haeres. (K. Holl, Christl. Schriftst.) ; JamBLique, Protrepticus (Pis-
telli, bibl. Teubner), De Pythagorica uita (Kiessling); Taéonorer,
Graecarum affectionum curatio (Raeder, bibl. Teubner) ; Cyrizres,
Contra lulianum (Aubert in Migne PG) ; Jean Sro8ér, Anthologium
(Wachsmuth et Hense, bibl. Weidmann) ; Proczus, In Rempublicam
(Diehl, bibl. Teubner), in Timaeum (Kroll, ibid.); In Euclidis libr.
comm. (Friedlein, ibid.) ;JEAN PuicoPon, In Phys. (Vitelli, Comment.
in Ar. Graeca), In De gener. et corr. (Vitelli, tbid.), In De anima
(Hayduck, ibid.); Simpziarvs, In Aristotelis Physicam (Diels, ibid.);
- In Epict. Enchiridion (Heinsius, 1640); OLxmprropore le Jeune, /n
Phaedonem (Norvin, bibl. Teubner) ; Pnorius, Lexicon (Naber).;
Der Anfang des Lex. (R. Reiïtzenstein); Suipas, Leæicon (Bekker) ;
Tuomas Macisrer, Ecloga uocum Atticarum (Ritschl) ; GEorcr Laca-
PÈNE, Epistolae (ὃ. Lindstam, Güteborg, 1924) ; Nicépaore Gré-
GoraAs În Synesir « De insomniis » (D. Petau, 1612).
IV.— 6
EXXNIT PHÉDON ὴ
d'autre part quelles sont ses propres variantes. Mais j’ai négligé
de relever, soit les particularités orthographiques comme le
v final et le o ou & initial, soit les variantes qui sont des
fautes évidentes.
D'une façon générale je me suis efforcé d’alléger et de sim-
plier l’apparat critique. Quelques indications sont donc
nécessaires sur la manière dont 1l a été établi et dont il doit
être lu.
1° Les sigles des manuscrits ne figurent, en principe, que
dans la deuxième partie de l’unité critique, c’est-à-dire avec
les leçons qui ont été écarlées. Une élimination très simple,
puisque quatre manuscrits seulement sont en cause, permet
donc de savoir dans lesquels se trouve la leçon qui a été
suivie. — Exemples:
57 a ἃ τὸ φάρμαχον ἔπιεν : ἔπ. τὸ ©. W ||
Cela signifie que W ἃ ἔπιεν τὸ φάρμακον, leçon écartée, et
que la leçon suivie, et rappelée dans la première partie de
l'unité critique, se trouve dans BTY.
| 64 ἃ 9 προεθυμοῦντό : προυθυ. Y προῦυ. T. ||
signifie que la leçon adoptée dans le texte, προεθυμοῦντό est
celle de B et de W.
2° Par contre, le sigle du manuscrit figure même dans la
première partie de l'unité critique : a) quand la lecture est
douteuse (ut uidetur ou point d'interrogation) ; b) quand la
leçon suivie se présente dans tel de nos quatre manuscrits à
titre soit de correction, soit d’addition, soit de variante mar-
ginale désignée par γράφεται (yp.) ou ἐν ἄλλῳ. Dans le cas de
correction ou d’addition, le sigle du ms. est uniformément
accompagné de l’exposant ?, sans qu’on ait distingué la suc-
cession des mains. À la suite du sigle, on trouvera indiquée
entre parenthèses la forme sous laquelle se présentent correc-
tion ou addition : retouche ou grattage de lettres (emendauit
ou Jecit ex, erasit); lettres écrites sur un grattage (in rasura) ;
addition, soit au-dessus de la ligne (supra uersum), soit
entre deux mots (addidif), soit en prolongement de la ligne
(in uersus productione) ; indication d'un changement dans
l'ordre des mots ({ransposilionis signum) ; indication d’un doute
sur l'authenticité de la leçon (expunæit ou punclis notawb);
additions dans la marge et variantes marginales ordinaires
NOTICE LXXXIII
(in margine), non désignées spécialement par Yp&petar!. —
Exemples :
| 60 b τ εἰς W? (5. u.) : ἐπὶ ΒΞ (s. u.) T2 (. m.) WY ||
D'où 1] suit que ἐπὶ est la leçon originaire de W et de Y, et,
par élimination, que εἰς est originairement celle des deux
autres, B et T. Mais un lecteur de W a indiqué au-dessus de
la ligne le changement de ἐπὶ en εἷς, tandis que le change-
ment inverse était signalé par un lecteur de B au-dessus de
la ligne et, dans la marge, par un lecteur de T.
IL δὲ d 9 τροφῆς T (ut uid.) : τρυ. ΒΞ (vs. u.) Y ||
La leçon τροφῆς est donc celle de B, de W et, semble-t-il,
de T; mais pour ce dernier on peut hésiter, et, l’o étant
incomplètement fermé du haut, lire avec M. Burnet un v;
cette lettre étant cependant d'habitude largement évasée
dans T, la bonne lecture semble être τροφῆς. D'autre part,
un lecteur de B a connu et signalé, au-dessus de la ligne, la
leçon τρυφῆς, qui est celle de Y.
3° Quand le témoignage, soit du Papyrus d’Arsinoë?, soit
de la tradition indirecte, s’ajoute pour le choix d’une leçon à
l'autorité de tel ou tel de nos manuscrits, cette justification
figure dans la première partie de l’unité critique, placée entre
parenthèses et précédée de et. Si les manuscrits du citateur ne
s’accordent pas entre eux, la divergence est signalée, soit par
l’exposant * après le nom du témoin, soit, quand 1] s’agit
d’une revision ultérieure d’un manuscrit unique (c’est le cas
1. Abréviationsemployées : γράφεται
Ξε: γρ. ; emendauit
— em. ;erasit
Ou in rasura — eras., in ras.; supra uersum —5s. τι. ; addidit — add.;
in uersus productione —1. u. prod. ; éranspositionis signum — transp. ;
expunæit ou punctis notauit — exp. ; in margine —i. m. — J'ajoute
quelques autres abréviations, d’un usage commun dans l’apparat :
codices — codd. (voir plus bas 4°); omisit— om. ; interpunxit ou
distinctionis signo notauit —interp. (dans le cas où l'indication d’un
signe de ponctuation semble intentionnelle) ; ut uidetur— ut uid. ;
fortasse — fort. ; addubitavit — addub. (doute émis par un critique);
seclusit ou inclusit — secl., incl. (mot ou phrase placés par un éditeur
entre crochets droits); deleuit — del. (mot ou phrase suspects et
qu’on juge devoir être retranchés du texte) ; coniecit — coni. (conjec-
ture d’un critique); editores— edd., etc.
2. Voir plus loin la note sur les Sigles, p. Lxxxvir.
LXXXIV PHÉDON
pour le commentaire d'Olympiodore sur le Phédon) par
l’'exposant”. — Exemples :
|| 60 b 5 αὐτὼ (et Stob.n) : — +à Y ||
On doit comprendre que αὐτώ, qui est donné par tous les
manuscrits à l'exception de Ÿ, est en outre la leçon d’un ou
de quelques manuscrits de Stobée, tandis que les autres ont
la leçon de Ÿ qui a été écartée, αὐτά.
|| 60 c4 ᾧ : ὧν Stob. ||
Nos quatre manuscrits du Phédon ont donc ᾧ, tandis que
tous les manuscrits de Stobée donnent ὧν.
| 81 e 2 ἀλλὰ B? (καὶ exp.) (et Ars. Stob.) : ἀ. χαὶ B ||
Cela veut dire que, B seul ayant ἀλλὰ καὶ, la leçon de TWY :
ἀλλά sans καί, est en outre indiquée dans B par les points
dont on a surmonté καί et enfin confirmée par le Papyrus
d'Arsinoë et par Stobée !.
ἡ Passons au cas où la leçon suivie provient, soit d’une
correction ou d’une variante marginale dans un de nos
quatre manuscrits, soit d’un des manuscrits que je n’ai pas
moi-même collationnés, soit de la tradition indirecte, soit
enfin d’une conjecture de quelque critique, et où d’autre part
nos quatre manuscrits ont unanimement la leçon écartée. On
s’est alors contenté, après avoir mentionné dans la première
partie de l'unité critique la provenance de la leçon suivie,
d'inscrire dans la deuxième partie : codices (abréviation :
codd.). — Exemples:
|| 87 a Φλειασίων Burnet : ᾧλια. codd. ||
Tous nos manuscrits ont la leçon écartée ; le texte adopté
s’autorise d’une correction de M. Burnet, que justifient les
textes épigraphiques contemporains.
||96 e 6 του T?(em. ut uid.): τοῦ codd. {|
Autrement dit, nos quatre manuscrits ont la leçon écartée,
1. Dans certains cas, p. ex. 81 b 7 φιλοσοφίᾳ, où le Papyrus seul
donne une autre leçon, j’ai cru pouvoir sous-entendre, sans l’indiquer
explicitement, que la leçon unanime de nos quatre manuscrits est
confirmée par le témoignage de Stobée.
NOTICE : LXXXV
Mais του, qui est dans T, y semble provenir d'un
grattage de l'accent circonflexe.
5° Certaines particularités orthographiques ont été systé-
matiquement négligées dans l’apparat : ainsi les formes
γίνεσθαι au lieu de γίγν., ἀπομιμνήσκειν et θνήσκειν ou ἄπο-
θνήσκειν, avec ou sans τ ascrit, δῆλα δή ou δηλαδή, ὧδε ou
ὧδε, etc. En général je me suis conformé à l'orthographe des
mss. et à leurs formes grammaticales : avec eux, j'écris νῦν δή
et non, comme le fait presque uniformément M. Burnet,
vuvôn; je ne substitue pas la désinence ἢ, pour la 2° pers. de
l'indicatif présent du moyen, à la désinence εἰ qui est chez eux
constante, ou peu s’en faut. Deux autres petites questions de
ce genre sont particulièrement embarrassantes, celle du © ou
du & dans les mots composés avec συν, et celle du v éphel-
kystique. Pour l’une et l’autre je me suis tracé une règle toute
conventionnelle. Pour la première, je me suis résolu à écrire
aussi bien Evv que σὺν autant de fois que c'était la graphie
unanime de mes quatre manuscrits, mais toujours σὺν dans
le cas contraire, la graphie propre à chacun étant alors notée
dans l’apparat. De même pour le v final non-euphonique :
en cas de désaccord des manuscrits, je l’ai maintenu devant
toute suspension possible de la voix, qu'elle soit marquée ou
non par un signe de ponctuation. Mon on trouvera dans le
texte et dans l'apparat un reflet assez fidèle de la tradition
manuscrite !, jusque dans ses incertitudes souvent décon-
certantes.
En ce qui concerne le texte lui-même, je n’y ai fait qu'une
seule fois (116 b 7) usage des crochets do En général si
un ou plusieurs mots be constituer une interpolation
d'une évidence indiscutable, ils sont exclus du texte et rejetés
à l’apparat critique. Dans le cas contraire, ils sont conservés
dans letexte, et l’apparat mentionne les athétèses des éditeurs.
D'une façon générale, les interpolations sont plus faciles à
supposer qu'à prouver : la plus grande prudence s'impose
donc à cet égard?.
1. Toutes les fois que l’accentuation peut changer le sens d’un mot,
j'ai reproduit telle quelle dans l’apparat, ef sans la compléter, la graphie
des mss.
2. C’est pour moi une vive joie de dire ce que doit mon travail à
la science et au sûr jugement de mon collègue Émile Bourguet ;par
p
LXXXVI PHÉDON
amitié 1] a bien voulu s'imposer la tâche ingrate de me relire et ses
conseils m'ont évité mainte imperfection ; je le prie de trouver ici la
sincère expression de ma gratitude. — La littérature du Phédon est
très abondante. On la trouvera dans la 11° édition du Grundriss der
Gesch. d. Philos. d'Ueberweg-Prächter. Aux travaux que j’ai eu
l’occasion de citer au cours de la Notice ou qui seront mentionnés
dans les notes, j’ajouterai Paul Shorey The Unity of Plato’s thought
(Decennial public. Univ. of Chicago, 1903), le Platon de C. Ritter
(2 vol., Munich, 1910, 1923), le commentaire critique de Hermann
Schmidt sur le Phédon (Halle 1850-2) et l’étude de G. Rodier Sur les
preuves de l’immortalité d’après le Phédon (Année philos. XVIII,
1907). J’ai utilisé principalement les éditions de Stallbaum- M.
Wohlrab (1875), Archer Hind (1883), 1. Burnet (1911), M. Val-
gimighi (1921), Eug. Ferrai- D. Bassi (1923).
SIGLES
B — cod. Bodleianus 39.
T — cod. Venetus, app. class. 4, n° 1.
W — cod. Vindobonensis 54, supplem, philos. gr. 7.
Υ — cod. Vindobonensis 21.
Ârs. — papyrus d’Arsinoé.
Découvert en 1890 dans le Fayoum par M. Flinders
Petrie, ce papyrus faisait partie du cartonnage d'une momie.
Il date du milieu du 1n° siècle avant J.-C. Son autorité ne
doit pas cependant, quoi qu'on en ait pu penser, prévaloir
contre celle de nos manuscrits médiévaux. Ceux-ci dérivent
en effet d'éditions savantes ; le papyrus au contraire est vrai-
semblablement une copie, faite par un simple particulier et
pour son usage personnel, de passages du Phédon qui l’inté-
ressaient.
Sur la tradition manuscrite, voir la Notice, p. zxxix et sq.
Sur la tradition indirecte, 1bid. p. Lxxx et sq.
PHEDON
[ou De l’âme : genre moral. ]
PHÉDON ÉCHÉCRATE
07 Introduction ÉCHÉCRATE. — Étais-tu en personne,
au récit de Phédon. Phédon, aux côtés de Socrate, ce jour
où 1] but le poison dans sa prison? Ou bien tiens-tu d’un
autre ce que tu sais? |
Paépox. — J’y étais en personne, Échécrate.
Écuécrate. — Eh bien ! de quoi a-t-il parlé, lui, avant de
mourir ? Quelle a été sa fin? Voilà ce que j'aimerais à appren-
dre. De mes concitoyens de Phlious‘, en effet, il n’y en a abso-
lument pas un qui pour l'instant séjourne à Athènes, et de
là-bas il n’est venu chez nous depuis longtemps aucun étranger
qui ait été à même de nous donner là-dessus des rensei-
gnements sûrs, sinon quil est mort après avoir bu le
poison. Mais pour le reste on n'a rien pu nous en raconter.
58 Ρηέΐρον. — N'’avez-vous donc rien su non plus des circon-
stances de son jugement?
Ecnécrate. — Si fait; c’est un point sur lequel nous avons
été renseignés. Et même ce qui nous a surpris, c'est que, le
jugement ayant eu lieu depuis longtemps, sa mort se soit pro-
duite beaucoup plus tard. Qu’y a-t-il donc eu, Phédon ὃ
1. Phlious (ou Phlionte), dans le Péloponèse, aux confins de
l’Argolide et du territoire de Sicyone. Eurytus de Tarente, disciple
de Philolaüs, y avait établi un cercle pythagorique, duquel provien-
nent sans doute les traditions qui font de cette ville le berceau de la
famille de Pythagore et le lieu où, s’entretenant avec le tyran Léon,
il aurait créé le terme de philosophe. Phédon est reçu au siège du
groupe (synhédrion) par Échécrate et ses associés (58 d, 102 a).
᾿ DATAON
᾿ [ἢ περὶ ψυχῆς" ηθιχος.]
EXEKPATHZ ΦΑΙΔΩΝ
ΕΧΕΚΡΑΤΗ͂Σ. Αὐτός, ὦ Φαίδων, παρεγένου Σωκράτει 57
ἐκείνῃ τῇ ἡμέρα À τὸ φάρμακον ἔπιεν ἐν τῷ δεσμωτηρίῳ,
ἢ ἄλλου του ἤκουσας:
PAIAQN. Αὐτός, ὦ ᾿Εχέκρατες.
ΕΧ. Τί οὖν δή ἐστιν ἅττα εἶπεν ὃ ἀνὴρ πρὸ τοῦ θανά-
του - καὶ πῶς ἐτελεύτα : “Ἡδέως γὰρ ἂν ἐγὼ ἀκούσαιμι" καὶ
γὰρ οὔτε τῶν πολιτῶν Φλειασίων οὐδεὶς πάνυ τι ἐπιγῶ-
ριάξζει τὰ νῦν᾿Αθήναζε, οὔτε τις ξένος ἀφῖκται χρόνου
συχνοῦ ἐκεῖθεν ὅστις ἂν ἣμϊῖν σαφές τι ἀγγεῖλαι οἷός τ᾽ ἦν
περὶ τούτων, πλὴν γε δὴ ὅτι φάρμακον πιὼν ἀποθάνοι.
"Τῶν δὲ ἄλλων οὐδὲν εἶχε φράζειν.
ΦΑΙΔ. Οὐδὲ τὰ περὶ τῆς δίκης ἄρα ἐτιύθεσθε ὃν τρόπον 58
ἐγένετο ;
EX. Ναί, ταῦτα μὲν ἡμῖν ἤγγειλέ τις. Kat ἐθβαυμάζομέν
γξ ὅτι, πάλαι γενομένης αὐτῆς, πολλῷ ὕστερον φαίνεται
ἀποθανών. Τί οὖν ἣν τοῦτο, ὦ Φαίδων :
Τὰ τοῦ διαλόγου πρόσωπα“ *E. D. ᾿Απολλόδωρος (quamuis silens)
Σιωχράτης ἱΚεδης Σιμμίας Kottowv ὃ τῶν ta ᾿[ἔἕνδεχα W] ὑπηρέτης TWY :
om. B.
57 ἃ 3 τὸ φάρμαχον ἔπιεν : ἔπ. τὸ Ὁ. W || ὁ ἐγὼ :om. ΤΥ |7 Φλεια-
σίων Burnet: Duo. codd. || b1 ἀγγεῖλαι : ἀπαγγ. W {nv: ἢ ΤΥ || 3
εἶχε: -yev B[158 4 1 ἄρα: ἀρα T ἀρα BY Plut. De fato 572 bc ||
ἐπύθεσθε : -θοντο Plut. ibid. || 5 oëv: om. TY Plut. ibid.
58a PHÉDON ἃ
Ῥηέήρον. — Il y eut, dans son cas, Echécrate, une rencon-
tre fortuite, celle du jour qui précéda le jugement avec le
couronnement de la poupe du navire que les Athéniens en-
voient à Dèlos.
Écnécrate. — Et qu'est-ce donc que ce navire?
Prépox. — C'est le navire sur lequel, selon la tradition
d'Athènes, Thésée transporta jadis la double septaine, garçons
et filles, qu'il conduisait en Crète. Il Les sauva et se sauva
lui-même’. Aussi, comme la Cité avait, dit-on, fait à Apollon
le vœu, 5115 étaient cette fois sauvés, de diriger tous les ans un
pèlerinage vers Dèlos, c’est ce pèlerinage annuel qu’on a tou-
jours, depuis cet événement et jusqu’à maintenant, continué
d'envoyer au Dieu. Donc, à partir du moment où l’on a
commencé à s'occuper du pèlerinage, c’est une loi du pays
que, tant qu'il dure, la Cité ne soit souillée par aucune mise
à mort au nom du πα, jusqu'à l’arrivée du navire à Dèlos
et son retour au port. Or c’est parfois une longue navigation,
quand il arrive qu'elle soit contrariée par les vents. D’autre
part, le pèlerinage est commencé du jour où le prêtre
d’Apollon ἃ couronné la poupe du navire, et il se trouva,
vous ai-je dit, que cela eut lieu le jour qui précéda le juge-
ment. C’est pour cela que Socrate eut beaucoup de temps à
passer dans la prison, entre le Jugement et la mort ?.
ÉcnécratTEe. — Mais les circonstances de la mort elle-même,
Phédon ? Que s'est-il dit et fait? Quels furent ceux de ses
fidèles qui se trouvèrent à ses côtés? Ou bien les Magistrats
ne leur permirent-ils pas d'assister à sa fin, et celle-ci fut-
elle, au contraire, sevrée d'amitiéὃ
Paépon. — Pas du tout ! La vérité est que plusieurs ÿ assis-
tèrent, un bon nombre même.
ÉcnécratTe. — Tout cela, donc, empresse--toi de nous le
rapporter avec toute la sûreté Re à moins que par hasard
tu n’aies quelque empêchement.
Puéron. — Non, vraiment, je n’ai rien à faire, et je vais
tâcher de vous pure un récit détaillé. Aussi bien, me rappeler
1. C’est, tous les neuf ans, le tribut consenti par Athènes pour
obtenir de Minos la fin de la guerre par laquelle celui-ci vengeait le
meurtre de son fils. Le troisième tribut fut le dernier : en tuant le
Minotaure, Thésée, avec lui-même, sauva les autres victimes
Trente jours, dit Xénophon, Mémorables IV 8, 2. Of. r16 c.
2 PAIAON 58 a
ΦΑΙΔ.
Τύχη τις αὐτῷ, ὦ ᾿Εχέκρατες, ouvébn' ἔτυχε
γὰρ τῇ Tpotepaia τῆς δίκης À πρύμνα ἐστεμμένη τοῦ [4
πλοίου ὃ εἰς Δῆλον ᾿Αθηναῖοι πέμπουσι.
EX. Τοῦτο δὲ δὴ τί ἔστιν ;
ΦΑΙΔ. Τοῦτο ἔστι τὸ πλοῖον, ὥς φασιν ᾿Αθηναῖοι, ἐν ᾧ
Θησεύς ποτε. εἰς ἱζρήτην τοὺς δὶς ἑπτὰ ἐκείνους
ὥνετο ἄγων. Mal ἔσωσέ τε καὶ αὐτὸς ἐσώθη. Τῷ οὖν
᾿Απόλλωνι εὔξαντο, ὡς λέγεται, τότε εἰ σωθεῖεν, ἑκάστου
ἔτους θεωρίαν ἀπάξειν εἰς Δῆλον: ἣν δὴ ἀεὶ καὶ νῦν ἔτι
ἐξ ἐκείνου κατ᾽ ἐνιαυτὸν τῷ θεῷ πέμπουσιν. ᾿Επειδὰν οὖν
ἄρξωνται
537
τῆς
Le
θεωρίας,
J
νόμος
2
ἐστὶ
2 \
αὐτοῖς,
9 n
ἐν
2
τῷ“Ἂ χρόνῳ
΄
τούτῳ, καθαρεύειν τὴν πόλιν καὶ δημοσίᾳ μηδένοι ἄποκτιν--
νύναι, πρὶν ἂν εἰς Δῆλόν τε ἀφίκηται τὸ πλοῖον καὶ πάλιν
δεῦρο. Τοῦτο Ô ἐνίοτε ἐν πολλῷ χρόνῳ γίγνεται, ὅταν
τύχωσιν ἄνεμοι ἀπολαθόντες αὐτούς. ᾿Αρχὴ δ᾽ ἐστὶ τῆς
θεωρίας ἐπειδὰν ὃ ἱερεὺς
στέψη τὴν τοῦ ᾿Απόλλωνος
πρύμναν τοῦ πιλοίου: τοῦτο δ᾽ ἔτυχεν, ὥσπερ λέγω, τῇ
, Le) J le) » JA CZ LA Len)
προτεραία τῆς δίκης γεγονός. Διὰ ταῦτα καὶ πολὺς χρόνος
ἐγένετο τῷ Σωκράτει ἔν τῷ δεσμωτηρίῳ ὃ μεταξὺ τῆς
DEN L Les Le 1 2 Lei ΄ € Ü “
δίκης .τε καὶ τοῦ θανάτου.
EX. Τί δὲ δὴ τὰ περὶ αὐτὸν τὸν θάνοιτον, ὦ Φαίδων ; τί
ἣν τὰ λεχθέντα καὶ πραχϑένται, καὶ τίνες οἵ παραγενόμενοι
LA) A LA \ Li x # € “
τῶν ἐπιτηδείων τῷ ἀνδρί ; "Ἢ οὐκ εἴων οἵ ἄρχοντες
παρεῖναι, ἀλλ᾽ ἔρημος ἐτελεύτα φίλων ;
ΦΑΙΔ. Οὐδαμῶς, ἀλλὰ παρῆσάν τινες, καὶ πολλοί γε.
EX. Ταῦτα δὴ πάντα προθυμήθητι ὧς σαφέστατα ἡμῖν
ἀπαγγεῖλαι, εἰ μή τίς σοι ἄσχολία τυγχάνει οὖσαι.
ΦΑΙΔ. ᾿Αλλὰ σχολάξζω γε, καὶ πειράσομαι ὕμῖν διηγή-
σοισθαι. Kai γὰρ τὸ μεμνῆσθαι Σωκράτους καὶ αὐτὸν
a 8 πέμπουσι : πέμπ. κατ᾽ ἔτος B? (1. m.) W || 10 τοῦτο : τοῦτ᾽ Β |
11 Θησεύς ποτε: x. ὦ. W || Ὁ 2 εὔξαντο :ηὔξ. W || 9 τε : om. TY ||
; ͵
9. ἀπολαθόντες : -βαλόντες Y || © ὃ γεγονός : -νώς Υ || 6 dE: δαὶ
Ὁ ὉΠ} Τ] τ : τίνα, BW) ,Λγ κι χαὺ: ἡ Β5 (6. ..}.}} dr ἀλλὰ
παρῆσαν τινές ; Echecrati, χαὶ πολλοί γε Phaedoni, tribuunt ΒΗΡΤΥΝΥ
[Π 4 γε: τεΎ.
58 ἃ PHÉDON 3
Socrate, soit que jen parle moi-même ou que j'écoute un
autre, iln'y a rien pour moi qui soit jamais plus doux !
Date — Eh bien ! Phédon, ceux qui vont t'écouter,
tu les trouves à leur tour dans “A pareilles dispositions.
Sur ce, tâche d'être exact autant que tu le pourras et de ne
rien passer.
Ῥμέρον. — C'est un fait, mes impres-
Le récit.
sions à moi furent bien singulières pen-
dant que j'étais à ses côtés. Et en effet, à l’idée que j'assistais
à la mort d'un homme auquel jétais attaché, ce n'était pas
de la pitié qui me gagnait. Car c'était un homme heureux que
j'avais sous les yeux, Échécrate : heureux dans sa façon de se
comporter comme dans son langage, tant 1] y avait dans sa
fin de tranquille noblesse. À ce point qu’il me donnait le sen-
timent, lui qui pourtant allait vers la demeure d'Hadès, de
ne point y aller sans un concours divin, mais de plutôt
devoir trouver là-bas, une fois qu'il y serait rendu, une féli-
cité comme personne jamais n'en a connue ! Voilà donc pour-
59 quoi nulle impression de pitié, absolument, ne me gagnait,
comme 1] eût pu sembler naturel chez le témoin d’un deuil.
Mais ce n'était pas non plus le plaisir accoutumé de nos
heures de philosophie, puisqu’aussi bien tel était, alors même,
la nature de notre entretien. La vérité, c'est qu'il y avait
dans mes impressions quelque chose de déconcertant, un mé-
lange inouï, fait à la fois de plaisir et de peine, de peine
quand je songeais que ce serait tout à l'heure l'instant de sa
fin! Et nous tous, qui étions là présents, nous étions à peu
près dans les mêmes dispositions, tantôt riant, parfois au con-
traire pleurant ; l’un de nous, même, plus que tout autre:
c'était Apollodore!. Tu sais en effet, je pense, quel homme
c'est et quelle est sa manière.
ÉcnécraTe. — Si je le sais!
Pnépon. — C'était donc chez lui la plénitude de cet état;
mais j'étais moi-même dans une pareille agitation, ainsi que
les autres.
Écnécrate. — Ceux qui se trouvèrent alors à ses côtés.
Phédon, quels étaient-ils?
Paépox. — En outre du susdit Apollodore, 1] y avait là,
1. De Phalère, célèbre par le fanatisme de son culte pour Socrate
3 PAIAQN 58d
λέγοντα καὶ ἄλλου ἀκούοντα ἔμοιγε ἀεὶ πάντων ἥδιστον.
EX. ᾿Αλλὰ μήν, ὦ Φαίδων, καὶ τοὺς ἀκουσομένους γε
τοιούτους ἕτέρους ἔχεις. ᾿Αλλὰ πειρῶ ὥς ἂν δύνῃ ἀκριθδέ-
στατα διεξελθεῖν πάντα.
ΦΑΙΔ. Kai μὴν ἔγωγε ϑαυμάσια ἔπαθον παραγενόμενος.
Οὔτε γὰρ, ὡς θανάτῳ παρόντα με ἄνδρὸς ἐπιτηδείου,
ἔλεος εἰσήει: εὐδαίμων γάρ μοι ἀνὴρ ἐφαίνετο, ὦ ᾽Εχέ-
κρατες, καὶ τοῦ τρόπου καὶ τῶν λόγων, ὡς ἀδεῶς καὶ
γενναίως ἐτελεύτα. ὥστε μοι ἐκεῖνον παρίστασθαι, μηδ᾽
εἰς “Audou ἰόντα, ἄνευ θείας μοίρας ἱέναι, ἀλλὰ καὶ ἐκεῖσε
ἀφικόμενον εὖ πράξειν, εἴπερ τις πώποτε καὶ ἄλλος. Διὰ
δὴ ταῦτα οὐδὲν πάνυ μοι ἐλεεινὸν εἰσήει, ὡς εἰκὸς ἂν 59
δόξειεν εἶναι παρόντι πένθει, οὔτε αὖ ἧἥδονὴ ὡς ἐν φιλο
σοφίᾳ ἡμῶν ὄντων ὥσπερ εἰώθειμεν, καὶ γὰρ ot λόγοι
τοιοῦτοί τινες ἦσαν. ᾿Αλλ᾽ ἀτεχνῶς ἄτοπόν τί μοι πάθος
παρῆν καί τις ἀήθης κρᾶσις, ἀπό τε τῆς ἥδονῆς συγκεκρα-
μένη ὃμοῦ καὶ ἀπὸ τῆς λύπης, ἐνθυμουμένῳ ὅτι αὐτίκα
ἐκεῖνος ἔμελλε τελευτᾶν. Kai πάντες οἵ παρόντες σχεδόν
τι οὕτω διεκείμεθα, τοτὲ μὲν γελῶντες, ἐνίοτε δὲ δακρύον-
τες, εἷς δὲ ἡμῶν καὶ διαφερόντως, ᾿Απολλόδωρος" οἶσθα
γάρ που τὸν ἄνδρα καὶ τὸν τρόπον αὐτοῦ.
EX. Πῶς γὰρ où;
PAIA. ᾿Εκεῖνός τε τοίνυν παντάπασιν οὕτως εἶχεν, καὶ
αὐτὸς ἔγωγε ἐτεταράγμην καὶ ot ἄλλοι.
EX. "Ἔτυχον δέ, ὦ Φαίδων, τίνες παραγενόμενοι ;
ΦΑΙΔ. Οὗτός τε δὴ ὃ ᾿Απολλόδωρος τῶν ἐπιχωρίων
d 0 ἥδιστον: -ἰον ΒΞ (i. m.) || ὃ ἑτέρους: étato. W Ι 9 διεξ ελθεῖν:
διελθ. ΤΥ Thom. Μ. || e 3 ἀνὴρ: 6 à. TY || ἐφαίνετο: ἐν εἶναι
Β5 (5. α.) Ὗ [4 τῶν ὯΝ Β5 (wv ὧν 5. u.) : τοῦ λόγου ΒΤΞ (ου ov
s.u.)|[5 ὥστε μοι ἐχεῖνον παρίστασθαι ΤΞ (transp.): ὥστ᾽ ἔμοιγε π.
ex. W ὥστε μοι x. ἐκ. TY Thom. de 1] 6 ἰέναι : fort. εἶναι, cf. Plut.
An uilios. etc. 499b 0. &. u. ἐσόμενον I χαὶ ἐχεῖσε : χἀχ. W ||
59 a τ ἐλεεινὸν : her. Burnet || 3 εἰώθειμεν : -θεμεν id. ||6 ἀπὸ : om.
ΤΥ || 8 οὕτω: -ws TWY || τοτὲμὲν : ὁτὲ μ. B (em. ?) τὸ μ.. W ποτὲ
yèe Y |] b 5 παραγενόμενοι: π. τ γνωρίμων x. οἰχείων G. Lacapen.
59b PHÉDON h
de son pays, Critobule avec son père, et aussi Hermogène,
Épigène, Eschine, Antisthène. Il y avait encore Ctèsippe de
Péanie, Menus et quelques autres du pays. Platon, je
crois, était malade.
ÉcxécraTe. — Des étrangers étaient présents?
Ῥπέρον. — Oui, notamment Simmias le Thébain, Cébès et
Phédondès ; puis, de Mégare, Euclide et Terpsion.
Ecnécrare. — Dis-moi, Aristippe et Cléombrote étaient
bien à ses côtés?
Paépon. — Eh non! Ils étaient en effet, disait-on, à Égine.
ÉcHécratTe. — Personne d'autre n’était là?
Pæépon. — Ce sont à peu près, je crois, tous ceux qui
étaient à ses côtés.
ÉcHéÉcrare. — Bien; et maintenant, dis, de quoi parla-
t-on ὃ
Prépon. — C’est en prenant les choses du commencement
que, toutes, je vais tâcher de te les raconter en détail. Sache
donc qu'aucun des jours précédents nous n'avions manqué à
notre habitude de nous retrouver, les autres et moi, auprès
de Socrate. Notre rendez-vous était, au point du jour, le tri-
bunal où avait eu lieu le jugement ; car il était proche dela
prison. Nous attendions ainsi chaque matin que la prison
eût été ouverte, en nous entretenant les uns avec les autres.
Elle ne s’ouvrait pas en effet de bonne heure; mais, dès
qu'on l'avait ouverte, nous pénétrions auprès de Socrate,
et souvent nous passions toute la journée avec lui. Comme de
juste, ce jour-là, nous nous étions donné rendez-vous de
meilleure heure. Car la veille, en sortant au soir de la prison,
nous avions appris que le navire était revenu de Dèlos. Nous
nous étions donc donné le mot pour arriver d'aussi bonne
heure que possible à l'endroit habituel. À notre arrivée, le
portier, sortant à notre rencontre (c'était celui qui avait cou-
tume de nous répondre), nous dit de rester là et d'attendre,
pour nous présenter, qu'il nous y eût invités : « C’est, nous
(Banquet, début, et Apologie 34 ἃ, n.). Critobule, très fier de sa
beauté, est le fils de Criton. Hermogène est un frère pauvre du riche
Callias (Protagoras) et l’un des interlocuteurs du Cratyle : c’est de
lui que Xénophon dit tenir son information sur le procès et la mort de
Socrate. Sur Epigène, voir l’Apologie, p.162, n.3. Ctèsippe de Péanie
est d’après l’Euthydème un jeune homme plein d’entrain et de fougue;
il figure dans Lysis avec son cousin Ménexéne, dont un dialogue de
4. PATAQN 59 Ὁ
παρῆν καὶ KputéBouloc καὶ ὃ πατὴρ αὐτοῦ, καὶ ἔτι Epuo-
γένης καὶ ᾿Επιγένης καὶ Αἰσχίνης καὶ ᾿Αντισθένης᾽ ἣν δὲ
καὶ Κτήσιππος ὃ [Παιανιεὺς καὶ Μενέξενος καὶ ἄλλοι
τινὲς τῶν ἐπιχωρίων. [Πλάτων δὲ οἶμαι ἠσθένει.
EX. Ξένοι δέ τινες ποιρῆσαν ;
ΦΑΙΔ. Ναί, Σιμμίας τέ γε ὃ Θηβαῖος καὶ Κέβης καὶ
Φαιδώνδης, καὶ Μεγαρόθεν Εὐκλείδης τε καὶ Τερψίων.
EX. Τί δέ ; ᾿Αρίστιππος καὶ ἰ(λεόμθροτος παρεγένοντο ;
ΦΑΙΔ. Οὐ δῆτα" ἐν Αἰγίνη γὰρ ἐλέγοντο εἶναι.
EX. Αλλος δέ τις παρῆν ;
ΦΑΙΔ. Σχεδόν τι οἶμαι τούτους παραγενέσθαι.
EX. Τί οὖν δή ; τίνες φὴς ἦσαν ot λόγοι:
ΦΑΙΔ. ᾿Εγώ σοι ἐξ ἀρχῆς πάντοι πειράσομαι διηγήσοι-
σθαι. ᾿Αεὶ γὰρ δὴ καὶ τὰς τιρόσθεν ἡμέρας εἰώθειμεν
φοιτᾶν καὶ ἐγὼ καὶ οἵ ἄλλοι παρὰ τὸν Σωκράτη, συλλεγό-
μενοι ἕωθεν εἷς τὸ δικαστήριον ἕν ᾧ καὶ À δίκη ἐγένετο᾽
πλησίον γὰρ ἦν τοῦ δεσμωτηρίου. Περιεμένομεν οὖν
ἕκάστοτε ἕως ἀνοιχθείη τὸ δεσμωτήριον, διατρίθοντες
μετ᾽ ἀλλήλων. ᾿Ανεῴγετο γὰρ où πρῴ᾽ ἐπειδὴ δὲ &voryBein,
εἰσῆμεν παρὰ τὸν Σωκράτη καὶ τὰ πολλὰ διημερεύομεν
μετ᾽ αὐτοῦ. Kat δὴ καὶ τότε πρῳαΐτερον συνελέγημεν᾽ τῇ
γὰρ Tpotepaia, ἔπειδὴ ἐξήλθομεν ἐκ τοῦ δεσμωτηρίου
ἑσπέρας, ἐπυθόμεθαι ὅτι τὸ πλοῖον ἐκ Δήλου ἀφιγμένον εἴη.
ΓΠαρηγγείλαμεν οὖν ἀλλήλοις ἥκειν ὡς πρῳαίτατα εἷς τὸ
εἰωθός. Kai ἥκομεν, καὶ ἣμῖν ἐξελθὼν ὃ θυρωρός, ὅσπερ
εἰώθει ὑπακούειν, εἶπεν ἐπιμένειν καὶ μὴ πρότερον
παριέναι ἕως ἂν αὐτὸς κελεύσῃ᾽ « Λύουσι γάρ, ἔφη, οἵ
b 7 Κριτόδουλος : ὁ K. BW [| αὐτοῦ (et Proclus cf. in Tim. 8 b):
αὖτ. Ἰζρίτων. B2(. τα.) WY?2(s. u.) || 9 Παιανιεὺς : -νιὰς W || cx
ce T2 (5. u.): om. T || 2 τέ: om. W et B? (uel γε) || 3 Φαιδώνδης
B2: -ωνίδης BW || 4 δέ : δαί B?T || παρεγένοντο: -vero Y || dr
εἰώθειμεν : -θεμεν Burnet || ὁ ἀνεώγετο : -yvuro W || 9 εἰσῆμεν Hein-
dort : εἰσήειμεν BW μεν T ἤειμεν Y ||ὃ πρῳαίτερον : tout. T || ouve-
λέγηυεν : ξυν. W || 9 προτεραίᾳ Hermann : x. ἡμέρᾳ codd. ||e 3 ὅσπερ:
ὅστ'ς B2 ((. m.) W ||4 ἐπιμένειν : περι. BW.
59e PHÉDON 5
dit-il, qu'on est en train de détacher Socrate, et Les Onze‘, de
lui signifier que ce jour est celui de sa fin. » Sur quoi, il ne
tarda guère à arriver et il nous invita à pénétrer.
Nous pénétrons donc et trouvons, avec Socrate qu'on ve-
60 nait de détacher, Xanthippe (tu n'es pas sans la connaître !)
qui tenait leur petit enfant et était assise contre son mari.
Dès que Xanthippe nous eut aperçus, ce furent des malédic-
tions et des discours tout à fait dans le genre habituel aux
femmes : « Voici, Socrate, la dernière fois que s’entretien-
dront avec toi ceux qui te sont attachés, et toi avec eux ! »
Socrate jeta un coup d’œil du côté de Criton : « Criton, dit-
il, qu'on l'emmène à la maison! » Et, tandis que l’emme-
naient quelques-uns des gens de Criton, elle hurlait en se
frappant la poitrine ?.
Socrate parle. Quant à Socrate, il s'était assis sur son
Plaisir et douleur. 11} et, ayant replié sa jambe, de la main
il se la frottait dur, puis tout en la frottant il disait :
« Comme c’est une chose déconcertante d'apparence, amis,
ce que les hommes appellent l’agréable ! Quel merveilleux
rapport il y ἃ entre sa nature et ce qu'on juge être son con-
traire, le pénible! Être simultanément présents côte à côte
dans l’homme, tous deux s’y refusent ; mais qu'on poursuive
l’un et qu'on l’attrape, on est presque contraint d'attraper
toujours l’autre aussi, comme si c'était à une tête unique que
fût attachée leur double nature ! Il me paraît, ajouta-t-il,
qu'Ésope, s’il avait pensé à cela, aurait pu en composer une
fable : La Divinité, désirant mettre un terme à leurs luttes,
mais n'y réussissant pas, leur attacha ensemble leurs deux
têtes réunies ; voilà pourquoi, où se présente l’un, c’est l’au-
tre ensuite qui vient derrière. C'est comme cela en effet que
la chose me paraît à moi-même : à cause de la chaîne, il y
Platon porte le nom. Un entretien de Terpsion avec Euclide sert
d'introduction au Théétète. Cléombrote, d’après Callimaque (Epigr.
23), se serait tué d’avoir lu le Phédon : simple glose d’un érudit qui
sur lui n’en savait sans doute pas plus que nous. Pour les autres, voir
Notice, p.1x-xv, ΧΙΧ sq.
1. Leurs fonctions sont judiciaires et pénitentiaires (Aristote,
Const. Athen. 52, 1).
2. Ce n’est pas la mégère de Xénophon ou de la Chreia cynique,
mais une femme incapable de modérer l’expression de ses sentiments.
5 | | ΦΑΙΔΩΝ 99 6
ἕνδεκα Σωκράτη καὶ παραγγέλλουσιν ὅπως ἂν τῇδε τῇ
ἡμέρᾳ τελευτᾷ. » Οὐ πολὺν δ᾽ οὖν χρόνον ἐπισχὼν ἧκε καὶ
ἐκέλευεν ἡμᾶς εἰσιέναι.
Εἰσιόντες οὖν κατελαμθάνομεν τὸν μὲν Σωκράτη ἄρτι
λελυμένον, τὴν δὲ Ξανθίππην (γιγνώσκεις γάρ) ἔχουσάν τε 60
τὸ παιδίον αὐτοῦ καὶ παρακαθημένην. “(6 οὖν εἶδεν ἡμᾶς
ἣ Ξανθίππη, ἀνευφήμησέ τε καὶ τοιαῦτ᾽ ἄττα εἶπεν οἷα
δὴ εἰώθασιν at γυναῖκες, ὅτι᾽ « “ὮΩΗ Σώκρατες, ὕστατον δή
σε προσεροῦσι νῦν où ἐπιτήδειοι καὶ σὺ τούτους. » Kai δ᾽
Σωκράτης, βλέψας εἰς τὸν Kpitova, « Ω Κρίτων », ἔφη,
« ἀπαγέτω τις αὐτὴν οἴκαδε. » Kat ἐκείνην μὲν ἀπῆγόν
τινες τῶν τοῦ Κρίτωνος, βοῶδάν τε καὶ κοτιτομένην.
Ὃ δὲ Σωκράτης ἀνακαθιζόμενος εἰς τὴν κλίνην συνέ-
/ [2 ; x Ha 2 ΄ “΄“ι ΄ \ ΄
καμψε τε τὸ σκέλος καὶ ἐξέτριψε τῇ χειρί, καὶ τρίβων
ἅμα «Ὡς ἄτοπον, ἔφη, ὦ ἄνδρες, ξοικέ τι εἶναι τοῦτο ὃ
LA]
καλοῆσιν οἵ ἄνθρωποι ἧδύ᾽ ὡς θαυμασίως πέφυκε πρὸς τὸ ᾿
δοκοῦν ἐναντίον εἶναι, τὸ λυπηρόν. Τὸ ἅμα μὲν αὐτὼ μὴ
ἐθέλειν παραγίγνεσθαι τῷ ἀνθρώπῳ, ἐὰν δέ τις διώκῃ τὸ
ἕτερον καὶ λαμθάνῃ, σχεδόν τι ἀναγκάζεσθαι ἀεὶ λαμβάνειν
καὶτὸ ἕτερον, ὥσπερ ἐκ μιᾶς κορυφῆς ἡμμένω δύ᾽ ὄντε
Kat μοι δοκεῖ, ἔφη, εἰ ἐνενόησεν αὐτὰ Αἴσωπος, μῦθον ἂν
συνθεῖναι, ὧς ὃ θεός, βουλόμενος αὐτὰ διαλλάξαι πολε-
μοῦντα, ἔπειδὴ oÙk ἐδύνατο, συνῆψεν εἰς ταὐτὸν αὐτοῖς
τὰς κορυφάς᾽ καὶ διὰ ταῦτα ᾧ ἂν τὸ ἕτερον παραγένηται,
ἐπακολουθεῖ ὕστερον καὶ τὸ ἕτερον. “ὥσπερ οὖν καὶ
αὐτῷ μοι ἔοικεν ἐπειδὴ ὕττο τοῦ δεσμοῦ ἦν ἐν τῷ σκέλει
e 7 τελευτᾷ : -τήσῃ BW ||ὃ ἐκέλευεν : -σεν W [[9 εἰσιόντες : -ελθόντες
Β5 (em.) W ||60 ἃ τ γιγνώσχεις : γινώσχεις BWY || 3 ἀνευφήμησε :
ἀνηυφ. Burnet || ἄττα : om. TWY || 7 αὐτὴν : ταύτην TWY [Ὁ 1
εἰς W2 (5. u.): ἐπὶΒ5 (5...) ΤΆ (. m.) WY || 2 ἐξέτριψε :ἔτριψε TY ||
3 τι (et Thom. M.): om. W Stob. ||5 τὸ ἅμα : τῷ &. B?T?2 (w 5. u.
Stob. || αὐτὼ (et Stobr.): -τὰY || ὁ ἐθέλειν : θέλειν W Stob. || 7 ἀεὶ (et
Stob.): ante avayxét. W om. B || 8 ἡμμένω (et Stob.) : συνημῳ.
BW |}ο 3 ἐδύνχτο (et Stob.): ἠδ. W || συνῆφεν : ξυν. W || εἰς ταὐτὸν:
om. Stobn. || αὐτοῖς :-τῶν TY Stob. || 4 &: ὧν Stob. || 6 αὐτῷ (et
Stobn. χκαὐτῷ): -τὸ W || σχέλει (et Stob.): 6x. πρότερον B° (i. m.) W.
IV. — ἢ
60c PHÉDON 6
avait dans ma jambe la douleur, et voici maintenant qu'’ar-
rive, venant derrière elle, le plaisir! »
Cébès interrompit : « Par Zeus! je te
Socrate poète.
sais gré, Socrate, de m'en avoir fait sou-
venir : à propos en effet de ces compositions de ta façon, où
tu as soumis au mètre chanté les contes d'Ésope et l'hymne
à Apollon, on m'a demandé déjà de divers côtés, et en par-
ticulier avant-hier Évènus’, dans quelle pensée depuis ton
arrivée ici tu les avais Don toi qui jusqu ‘alors n'avais
jamais rien composé, Si donc tu te soucies que jesois en état
de répondre à Évènus, quand de nouveau il m'interrogera
(car je sais bien qu’il me le demandera !), parle, que fau-
dra-t-il lui dire? — Eh bien! Cébès, dis-lui donc la vérité, .
répliqua-t-il : ce n’est pas dans le dessein de lui faire con-
currence, et pas davantage à ses compositions, que j ai com-
posé celles-là : je le savais, c'eùt été difficile! Mais c'était
par rapport à certains songes, dont je tentais ainsi de savoir
ce qu'ils voulaient dire, et par scrupule religieux au cas où,
somme toute, leurs prescriptions répétées à mon adresse? se
rapporteraient à l’exercice de cette sorte de musique. Voici
en effet ce qui en était. Maintes fois m'a visité le même songe
au cours de ma vie; ce n’était pas toujours par la même
vision qu'il se manifestait, mais ce qu'il disait était invaria-
ble : « Socrate, prononçait-il, c’est à composer en musique
« que tu dois travailler! » Et, ma foi, ce que justement je fai-
sais au temps passé, je m'imaginais que c'était à cela que
m'exhortait et m'incitait le songe : comme on encourage les
61 coureurs, ainsi, pensais-je, le songe m’incite à persévérer dans
mon action, qui est de composer en musique ; y a-t-il en effet
plus haute musique que la philosophie, et n'est-ce pas là ce
que, moi, je fais? Mais voici maintenant qu'après mon juge-
ment la fête du Dieu a fait obstacle à ma mort. Ce qu'il faut,
pensai-je alors, c’est, au cas où ce que me prescrit si souvent
le songe serait, en somme, cette espèce commune de composi-
tion musicale, c’est ne pas lui désobéir, c’est plutôt composer ;
il est plus sûr en effet de ne point m'en aller avant d'avoir
1. De Paros, Sophiste (cf. Apol. 20 b, Phèdre 267 a); ce qui a
subsisté de ses vers est suspect. De même pour ceux de Socrate (Diog.
Laërce II, 42). |
2. Un songe est une requête des dieux : impie qui n’y répond pas.
6 PATAQN 60©
τὸ &Ayeuvôv, ἥκειν δὴ φαίνεται ἐπακολουθοῦν τὸ ob. »
Ὃ οὖν Κέθης ὑπολαδών᾽ « Νὴ τὸν Δία, ὦ Σώκρατες,
ἔφη, εὖ γ᾽ ἐποίησας ἀναμνήσας με. Περὶ γάρ τοι τῶν
ποιημάτων, ὧν πεποίηκας ἐντείνας τοὺς τοῦ Αἰσώπου
λόγους καὶ τὸ εἷς τὸν ᾿Απόλλω προοίμιον, καὶ ἄλλοι τινές
με ἤδη ἤροντο, ἀτὰρ καὶ Εὔηνος πρῴην, ὅτι ποτὲ δια-
νοηθείς, ἐπειδὴ δεῦρο ἦλθες, ἐποίησας αὐτά πρότερον
οὐδὲν πώποτε ποιήσας. Eî οὖν τί σοι μέλει τοῦ ἔχειν ἐμὲ
Εὐήνῳ ἀποκρίνασθαι ὅταν με αὖθις ἐρωτᾷ, εὖ οἶδα γὰρ ὅτι
ἐρήσεται, εἰπὲ τί χρὴ λέγειν. --- Λέγε τοίνυν, ἔφη, αὐτῷ, ὦ
Κέβης, τἀληθῆ, ὅτι οὖκ ἐκείνῳ βουλόμενος οὐδὲ τοῖς
ποιήμασιν αὐτοῦ ἀντίτεχνος εἶναι ἐποίησα ταῦτα, ἤδειν
γὰρ ὡς οὗ ῥάδιον εἴη, ἀλλ᾽ ἐνυτινίων τινῶν ἀποπειρώμενος
τί λέγοι καὶ ἀφοσισύμενος, εἰ ἄρα πολλάκις ταύτην τὴν
μουσικὴν μοι ἐπιτάττοι πιοιεῖν. ν γὰρ δὴ ἄττα τοιάδε.
Πολλάκις μοι φοιτῶν τὸ αὐτὸ ἐνύπνιον ἐν τῷ παρελθόντι
βίῳ, ἄλλοτ᾽ ἐν ἄλλῃ ὄψει φαινόμενον, τὰ αὑτὰ δὲ λέγον᾽
°Q Σώκρατες >, ἔφη, « μουσικὴν ποίει καὶ ἐργάζου. »
Kat ἐγὼ, ἔν γε τῷ πρόσθεν χρόνῳ, ὅπερ ἔπραττον, τοῦτο
ὑπελάμθανον αὖτό μοι παρακελεύεσθαί τε καὶ ἐπικελεύειν,
ὥσπερ οἵ τοῖς θέουσι διακελευόμενοι, καὶ ἐμοὶ οὕτω τὸ 61
ἐνύπνιον ὅπερ ἔπραττον τοῦτο ἐπικελεύειν, μουσικὴν
ποιεῖν, ὡς φιλοσοφίας μὲν οὔσης μεγίστης μουσικῆς, ἐμοῦ
δὲ τοῦτο πράττοντος. Νῦν δ᾽ ἐπειδὴ ἥ τε δίκη ἐγένετο καὶ
ñ τοῦ θεοῦ ἑορτὴ διεκώλυέ με ἀποθνήσκειν, ἔδοξε χρῆναι,
εἰ ἄρα πολλάκις μοι προστάττοι τὸ ἐνύπνιον ταύτην τὴν
δημώδη μουσικὴν ποιεῖν, μὴ ἀπειθῆσαι αὐτῷ ἀλλὰ ποιεῖν"
ἀσφαλέστερον γὰρ εἶναι μὴ ἀπιέναι πρὶν ἀφοσιώσασθαι
© 7 ἀλγεινόν : ἀλγεῖν TY Stob. || 9 γ᾽ ἐποίησας : γε πεποίηχας W
[|ἃ 6 ἀποχρίνασθαι : -νεσθαι TY || ἐρωτᾷ : ἔρηται Β5 (i. m.) T? (n αἱ
s. u.) W || 7 χρὴ: χρή pe Β5 (5. u.) W {| 9 ἤδειν : ἤδη Burnet ||
e 1 ὡς: ὡς ὅτι Β || 2 λέγοι 1: (em. ): -ye B° “ἢm.) Τ' -γειν BW ||
ἄρα B? (9. u.) : om. B IL3 ἐπιτάττοι : -ττει W || 5 ἄλλοτ᾽: -τε WY
| 64 a 4 δ᾽:δὲ W {[ 8 εἶναι : εἴ, ἐνόμιζον (s. u.) ΒΞ W || πρὶν: πρό-
τερον (i. m.) x. ἂν (5. α.) B? W.
61ἃ PHÉDON : 7
satisfait à ce scrupule religieux par la composition de tels
poèmes et en obéissant au songe. Et voilà comment ma pre-
mière composition a été pour le Dieu dont se présentait la
fête votive. Puis, après avoir servi le Dieu, je me dis qu'un
poète devait, pour être vraiment poète, prendre pour matière
des mythes, mais non des arguments, et aussi quela « my-
thologie » n’était pas mon fait ! C’est pour cela justement que
les mythes à ma portée, ces fables d’ Esope que je savais par
cœur, ce sont ceux-là que j'ai pris pour matière, au hasard
de la rencontre. Ainsi donc voilà ce que tu ἀν 0} Cébès,
expliquer à Évènus. Donne-lui aussi mon salut, et en outre
le conseil, s’il est sage, de se mettre à ma poursuite le plus
vite qu'il pourra ! Quant à moi, je m'en vais, paraît-il, au-
jourd’hui même, puisque les Athéniens m’y invitent. »
- τ : Alors Simmias : « La belle exhortation,
remière partie. L ar
D Ed Socrate, que voilà pour Évènus ! Souvent
du philosophe déjà, en effet, j'ai eu occasion de rencon-
à l'égard dela mort: trer le personnage, et sans doute, à en
AISNE juger par mon expérience, ne mettra-t-il
nulle bonne volonté à écouter ton conseil! — Hé quoil
repartit Socrate, Évènus ne serait-il point philosophe? -- I]
l'est, je pense, dit Simmias. — Alors 1] ne demandera pas
mieux, lui Évènus, et aussi bien quiconque prend à cette
affaire da part qu ie mérite. Toutefois, 1l ne se fera proba-
blement pas violence à lui-même. Car c est. dit-on, chose qui
n’est point permise. » Ce disant, il issa ἘΜ ἐς ses jambes
à terre, et dès lors c’est assis de la sorte qu'il continua
l'entretien.
Là-dessus, Cébès lui posa cette question : « Comment
peux-tu dire, Socrate que ce n’est point chose permise de
. se faire à soi-même Se et, d'autre part, que le philo-
sophe ne demande pas mieux que de suivre celui qui
meurt ? — Quoi? Cébès, n’avez-vous pas été instruits sur
ce genre de questions, Simmias et toi, vous qui avez vécu
auprès de Philolaüs!? — Non, rien du moins de précis,
Socrate. — Pourtant, moi aussi, c’est bien par ouï-dire que
j'en parle, et, à coup sûr, ce que j'ai bien pu apprendre
ainsi, rien non plus n'empêche qu'on le dise. Peut-être
1. Chassé de l'Italie, il avait fondéàThèbes un groupe pythagorique.
τ “ΦΑΊΔΩΝ 61 b
“ποιήσαντα ποιήματα καὶ πειθόμενον τῷ ἐνυπνίῳ. Οὕτω δὴ
τιρῶτον μὲν εἰς τὸν θεὸν ἐποίησα, 06 ἦν ἧ παροῦσα θυσία:
μετὰ δὲ τὸν θεόν, ἐννοήσας ὅτι τὸν ποιητὴν δέοι, εἴπερ
μέλλοι ποιητὴς εἶναι, ποιεῖν μύθους ἀλλ᾽ où λόγους, καὶ
αὐτὸς οὐκ ἢ μυϑολογικός, διὰ ταῦτα δὴ oÙc προχείρους εἶχον
ubBouc, καὶ ἠπιστάμην τοὺς Αἰσώπου, τούτους ἐποίησα
οἷς τιρώτοις ἐνέτυχον. Ταῦτα οὖν, ὦ K£6nc, Εὐήνῳ φράζε,
καὶ ἐρρῶσθαι, καί, ἂν σωφρονῇ, ἐμὲ διώκειν ὡς τάχιστα.
2
Απειμι δέ,
΄
ὡς
ς
ἔοικε,
2,
τήμερον᾽
, à
κελεύουσι
/
γὰρ
\ 3
᾿Αθηναῖοι.
An
»
Kat 6 Σιμμίας: « Οἷον παρακελεύῃ, ἔφη, τοῦτο, ὦ
Σώκρατες, Εὐήνῳ. Πολλὰ γὰρ ἤδη ἐντετύχηκα τῷ ἀἄνδρί᾽
σχεδὸν οὖν, ἐξ ὧν ἐγὼ ἤσθημαι, οὐδ᾽ δπωστιοῦν σοι ἑκὼν
εἶναι πείσεται. --- Τί δέ ; À δ᾽ ὅς, où φιλόσοφος Εὔηνος : ---
"Ἔμοιγε δοκεῖ, ἔφη ὃ Σιμμίας. — Εθελήσει τοίνυν καὶ
Εὔηνος καὶ πᾶς ὅτῳ ἀξίως τούτου τοῦ πράγματος μέτεστιν.
OÙ μέντοι ἴσως βιάσεται αὑτόν οὐ γάρ φασι θεμιτὸν εἶναι.»
Kat ἅμα λέγων ταῦτα καθῆκε τὰ σκέλη ἐπὶ τὴν γῆν, καὶ.
καθεζόμενος οὕτως ἤδη τὰ λοιπὰ διελέγετο.
"Γίρετο οὖν αὐτὸν ὃ ἰζέθης᾽ « Πῶς τοῦτο λέγεις, ὦ
Σώκρατες, τὸ μὴ θεμιτὸν εἶναι ἑαυτὸν βιάζεσθαι, ἐθέλειν
δ᾽ἂν τῷ ἀποθνήσκοντι τὸν φιλόσοφον ἕπεσθαι: --- Τί δέ, ὦ
ἱκέθης ; οὐκ ἀκηκόατε, σύ τε καὶ Σιμμίας, περὶ τῶν
τοιούτων, Φιλολάῳ συγγεγονότες; --- Οὐδέν γε σαφές, ὦ
Zokpates. — Αλλὰ μὴν καὶ ἐγὼ ἐξ ἀκοῆς περὶ αὐτῶν λέγω"
ἃ μὲν οὖν τυγχάνω ἀκηκοὼς φθόνος οὐδεὶς λέγειν" καὶ γὰρ
ἴσως καὶ μάλιστα πρέπει μέλλοντα ἐκεῖσε ἀποδημεῖν
ba το, ὟΥΥ, οχρ. 13 πειθόμενον T2 (em. ut uid.): x:06.T ||
ἡ μέλλοι (οι Proclus) : Xe δα [δὴ T2 (v exp.) (et Phot. Lez.) : ἦν Β5
(ν 5.0.) ΤΥΥῪ [[δὴ : om. ΤΥ Ιῦ no pes ἡπιστά any B? (transp.)
ÆEWY || τούτους: -wv TY || ὃ ἂν: ἐὰν W [[ ὡς τάχιστα : om. ΤΥ ||
Ὁ 2 παραχελεύη : -εὐει BTW || 4 σοι: ἄν σοι ΤΥ || 5 εἶναι : ἰέναι W2
(5, u.) || dé : δαί ΒΞ (em.) TY || 6 τοίνυν: τ. ἔφη ᾿ (.. m.){|| 7 ἀξίως
re (em. et w 5. u.): ἄξιος T || 8 μέντοι (et ΟΙ.): α. γε ΒΞ4. α.) ἡ
|| αὑτὸν : ἑαυ.W || 0 sxékn (et OL.): σ. ἀπὸ τῆς ne ΤΞ (. πα. MY
dinde: δαί B2(em.) Υ5 (αι 5. u.) || 6 σαφές: -ὥς B.
61 e PHÉDON 8
même en effet est-ce, tout particulièrement, à qui doit là-bas
faire un voyage qu'il sied d'entreprendre une enquête sur le
voyage en ce lieu, et de conter dans un mythe ce que nous
croyons qu'il est. Hé oui ! que pourrait-on faire d’autre dans
le temps qui nous sépare du coucher du soleil ? — Dis-nous
donc, Socrate, sous quel rapport enfin on peut bien nier que
ce soit chose permise de se donner à soi-même la mort? Déjà,
il est vrai, jai moi-même (cest ce que tout à l’heure tu
demandais) entendu dire à Philolaüs quand 1] séjournait chez
nous, et déjà aussi à certains autres, que c’est une chose
qu'on ne doit pas faire. Mais rien de précis là-dessus ne m'a
jamais été enseigné par personne.
62 — Allons, dit-il, mettons-nous-y de bon cœur! Il est
possible en effet, après tout, que je t’apprenne quelque chose,
probable cependant que ceci te doive paraître merveilleux :
pourquoi n’y a-t-il que ce cas, entre tous, qui soit simple,
qui ne comporte jamais pour l’homme, à la façon des autres,
aucune question, selon les temps et selon les personnes,
de savoir s'il vaut mieux être mort que de vivre? Et puisqu'il
Υ ἃ des gens pour qui d’un autre côté 1] vaut mieux d'être
morts, oui, 1l te paraît probablement merveilleux que ce soit
de leur part une impiété de se procurer à eux-mêmes ce bien-
fait, et qu'au contraire ils doivent attendre un bienfaiteur
étranger ! » Cébès sourit doucement : « Que Zeus s’y recon-
naisse! », dit-il dans le parler de son pays. « On pourrait
en effet, répliqua Socrate, y trouver, sous cette forme au
moins, quelque chose d’irrationnel. 1] n'en est rien pour-
tant, et, bien probablement, cela n’èst au contraire pas sans
raison. [ΠΥ a, à ce propos, une formule qu'on prononce dans
les Mystères : « Une sorte de garderie?, voilà notre séjour
« à nous, les hommes, οἱ le devoir est de ne pas s’en libérer
« soi-même ni s’en évader. » Formule, sans nul doute, aussi
grandiose à: mes yeux que peu transparente !! [n’en est pas
moins vrai, Cébès, que ceci justement y est, ce me semble,
très bien exprimé: ce sont des Dieux, ceux sous la garde de
qui nous sommes, et nous les hommes, nous sommes une
partie de la propriété des Dieux. Ne t’en semble-t-il pas ainsi ?
— Il me semble bien, répond Cébès. — Est-ce que toi, reprit
1. Heure légale de l’exécution des condamnés ; cf. 116 6.
Sens incertain. D’après toute la suite, c’est un lieu où est gardé
8 ΦΑΊΔΩΝ 646
διασκοτεῖν τε καὶ μυθολογεῖν περὶ τῆς ἀποδημίοιςς τῆς e
ἐκεῖ, ποίαν τινὰ αὐτὴν οἰόμεθα εἶναι. Τί γὰρ &v τις καὶ
ποιοῖ ἄλλο ἐν τῷ μέχρι ἡλίου δυσμῶν χρόνῳ: “--- Κατὰ τί δὴ
οὖν ποτε οὔ φασι θεμιτὸν εἶναι αὐτὸν ἑαυτὸν ἀποκτιννύναι,
ὦ Σώκρατες ; ἤδη γὰρ ἔγωγε, ὅπερ νυνδὴ σὺ ἤρου, καὶ
Φιλολάου ἤκουσα ὅτε παρ᾽ ἣμῖν διητᾶτο, ἤδη δὲ καὶ ἄλλων
τινῶν, ὡς où δέοι τοῦτο ποιεῖν. Σαφὲς δὲ περὶ αὐτῶν
οὐδενὸς πώποτε οὐδὲν ἀκήκοα.
— ᾿Αλλὰ προθυμεῖσθαι χρῆ, ἔφη. Τάχα γὰρ ἂν καὶ 62
ἀκούσαις, ἴσως μέντοι θαυμαστόν σοι φανεῖται εἶ τοῦτο
μόνον τῶν ἄλλων ἁπάντων ἅπλοῦν ἐστιν, καὶ οὐδέποτε
τυγχάνει τῷ ἀνθρώπῳ, ὥσπερ καὶ τἄλλα, ἔστιν ὅτε καὶ
οἷς βέλτιον τεθνάναι ἢ ζῆν᾽ οἷς δὲ βέλτιον τεθνάναι,
θαυμαστὸν ἴσως σοι φαίνεται εἶ τούτοις τοῖς ἀνθρώποις
μὴ ὅσιον αὐτοὺς ἑαυτοὺς εὖ ποιεῖν, ἀλλὰ ἄλλον δεῖ
περιμένειν εὐεργέτην. » Καὶ ὃ Κέβης, ἠρέμα ἐπιγελάσας"
« "tro Ζεύς », ἔφη, τῇ aûtoO φωνῇ εἰπών. « Kai
γὰρ ἂν δόξειεν, ἔφη ὃ Σωκράτης, οὕτω γ᾽ εἶναι ἄλο-
γον᾽ où μέντοι ἀλλ᾽ ἴσως γ᾽ ἔχει τινὰ λόγον. Ὁ μὲν οὖν
ἐν ἀπορρήτοις λεγόμενος περὶ αὐτῶν λόγος, ὡς ἔν τινι
φρουρᾶ ἐσμὲν οἵ ἄνθρωποι καὶ où δεῖ δὴ ἑαυτὸν ἐκ ταύτης
λύειν οὐδ᾽ ἀποδιδράσκειν, μέγας τέ τίς μοι φαίνεται καὶ οὐ
ῥάδιος διιδεῖν᾽ où μέντοι ἀλλὰ τόδε γέ μοι doket, ὦ Κέβης,
εὖ λέγεσθαι, τὸ θεοὺς εἶναι ἡμῶν τοὺς ἐπιμελουμένους καὶ
ἡμᾶς τοὺς ἀνθρώπους ἕν τῶν κτημάτων τοῖς θεοῖς εἶναι. Ἢ
σοὶ où δοκεῖ οὕτως: --- Ἔμοιγε, φησὶν ὃ Κέθης. --- Οὐκοῦν;
e r τῆς ἐχεῖ : 560]. Schanz || 2 αὐτὴν οἰόμεθα : ο. α. Υ || 5 νυνδὴ:
νῦν δὴ B? (em. ἢ) δὴ νῦν WY || 62 ἃ 2 ἀχούσαις (et OL.): -σαιο TY ||
φανεῖται: aive. Simpl. In Epict. c. το, p. 62 || 3 ἐστιν : -τι B?
ras.) TWY || 4 τῷ ἀνθρώπῳ : τῶν -πων T?(em.) || τάλλα : τὰ ἄλλα
W τὰ. πάντα Simpl. [| 5 pr. βέλτιον: β. «--ὃν" Heindorf Burnet || 6
φαίνεται : φανεῖ. Hirschig Schanz || 7 ὅσιον : ὅ. ἐστιν B? (5. u.) W |
ἀλλὰ: ἀλλ᾽ ὙΥΥ͂ [| 9 ἵττω W2(s.u.) (et OL): ἵττι ὦ B ἰττίω Β5 (5. ἃ.)
ΤῪ εἰττίω W ||Ζεὺς : -εὖ Β5 (8. u.) WY ||αὑτοῦ: ἑαυ. W αὐτ. ΤΥ [Ὁ
2 y’: γε ŸY om. W || ἡ ἐσμὲν (et Clem. Proclus): ἐ. πάντες B? (i. m.)
1] δὴ (et Clem.): δ᾽ Theod. || 5 οὐδ᾽: 2 W |] 9 φησὶν: ἔφη TW Y.
62 c PHÉDON 9
Socrate, si l’un des êtres qui sont ta propriété personnelle se
Aa à lui-même la mort sans que tu lui eusses signifié
d’avoir à disparaître, est-ce que tu ne lui en voudrais pas ? Et
ne tirerais-tu pas de son acte la vengeance que tu serais à
même d'en tirer? — Hé! absolument, dit-il. — Il est par
suite probable qu'en ce sens-là 1] n’y a rien d’irrationnel à
ce devoir de ne pas se tuer, d'attendre que la divinité nous
ait envoyé quelque commandement pareil à celui qui se pré-
sente aujourd'hui pour moi.
Soit, dit Cébès ; cela, oui, je le
Objection de Cébès.
| trouve naturel. Mais il en est autrement
pour ce que tu disais à l’instant même de la facilité avec
laquelle consentiraient à mourir les philosophes. Cela,
Soc:ate, a tout l’air d’une inconséquence, s’il Υ ἃ vraiment
bonne raison de dire ce que nous disions à l'instant: que
c'est sous la garde de la Divinité que nous sommes, et
qu'en nous elle ἃ une de ses propriétés. Qu'il n’y ait point
en effet d'irritation chez les mieux sensés des hommes au
moment de sortir de cette tutelle, où 1ls ont, pour les diri-
ger, précisément les meilleurs dirigeants qui soient, les
Dieux, cela ne se comprend pas !Car il n’est guère croyable,
ainsi du moins, qu'on s’imagine devoir trouver, une fois en
liberté, plus d'avantage à soi-même se prendre sous sa propre
garde! Peut-être cependant un homme dénué d'intelligence
se ferait-il ces idées: 1] faut que par la fuite il échappe à son
maître ;peut-être ne réfléchirait-il point qu'on ne doit pas,
jentends quand celui-ci est bon, fuir son autorité, mais au
contraire demeurer le plus possible près de lui. De sa part,
ce serait donc un manque de réflexion de s'enfuir. Quant
à celui qui a de l'intelligence, sans doute aurait-il envie
d’être sans cesse auprès de qui vaut mieux que lui-même.
Or donc, de la sorte, ce qui est naturel, Socrate, c'est le
contraire de ce qui se disait à l'instant. Car c’est aux hommes
de sens qu’il sied de s’irriter de mourir, tandis que les in-
sensés s'en réjouiront. »
Socrate avait écouté Cébès et pris plaisir, me sembla-t-1l, à
63 la difficulté qu’il avait soulevée. Regardant donc de notre
un bétail humain. Très voisin est le sens de geôle(Dexitheos [ou Euxi-]
Vorsokratiker 32, B 14, 245, 82, et 15 in.; Aæioch. 365e; Cic. Tusc. I,
Qu PAIAON : 62 α
ἢ δ᾽ ὅς, καὶ σὺ ἄν, τῶν σαυτοῦ κτημάτων εἴ τι αὐτὸ ξαυτὸ
ἀποκτιννύοι μὴ σημήναντός σου ὅτι βούλει αὐτὸ τεθνάναι,
χαλεπαίνοις ἂν αὐτῷ, καί, εἴ τινα ἔχοις τιμωρίαν,
3)
τιμωροῖο ἄν : — Πάνυ γ᾽, ἔφη. --- Ἴσως τοίνυν ταύτῃ οὐκ
ἄλογον μὴ πρότερον αὑτὸν ἀποκτιννύναι δεῖν, πρὶν ἀνάγκην
τινὰ A
θεὸς ἐπιπέμψῃ,
4 2 LA
ὥσπερ καὶ τὴν
€ 4
νῦν
mm
ἡμῖν παροῦσαν.
€ Le) M
— ᾿Αλλ᾽ εἰκός, ἔφη ὃ K£6nc, τοῦτό γε φαίνεται. Ὃ μέν-
τοι νῦν δὴ ἔλεγες, τὸ τοὺς φιλοσόφους ῥαδίως ἂν ἐθέλειν
ἀποθνήσκειν, ἔοικε τοῦτο, ὦ Σώκρατες, ἀτόπῳ, εἴπερ ὃ
νῦν δὴ ἐλέγομεν εὐλόγως ἔχει, τὸ θεόν τε εἶναι τὸν ἔπιμε- d
λούμενον ἡμῶν καὶ ἡμᾶς ἐκείνου κτήματα εἶναι. Τὸ γὰρ μὴ
ἀγανακτεῖν τοὺς φρονιμωτάτους ἐκ ταύτης τῆς. θεραπείας
ἀπιόντας, ἐν ἧἣ ἐπιστατοῦσιν αὐτῶν οἵπερ ἄριστοί εἶσι
“τῶν ὄντων ἐπιστάται, θεοί, οὐκ ἔχει λόγον᾽ οὐ γάρ που
αὐτός γε αὑτοῦ οἴεται ἄμεινον ἐπιμελήσεσθαι, ἐλεύθερος
γενόμενος. ᾿Αλλ᾽ ἀνόητος μὲν ἄνθρωτιος τάχ᾽ ἂν οἰηθείη
ταῦτα, φευκτέον εἶναι ἀπὸ τοῦ δεσπότου, καὶ οὐκ ἂν
λογίζοιτο ὅτι οὐ δεῖ ἀπό γε τοῦ ἀγαθοῦ φεύγειν, ἀλλ᾽ ὅτι
μάλιστα παραμένειν διὸ ἀλογίστως ἂν φεύγοι. Ὃ δὲ νοῦν
ἔχων ἐπιθυμοῖ που ἂν ἀεὶ εἶναι παρὰ τῷ αὗτοῦ βελτίονι.
Kaitor οὕτως, ὦ Σώκρατες, τοὐναντίον εἶναι εἰκὸς ἢ ὃ
νῦν δὴ ἐλέγετο᾽ τοὺς μὲν γὰρ φρονίμους ἀγανακτεῖν
ἀποθνήσκοντας πρέτιει, τοὺς δὲ ἄφρονας χαίρειν. »
᾿Ακούσας οὖν ὃ Σωκράτης ἧσθῆναί τέ μοι ἔδοξε τῇ τοῦ
ἰζέθητος πραγματεία, καὶ ἐπιθλέψας εἰς ἡμᾶς" « ᾿Αεί τοι, 63
© 1 σαυτοῦ: σε. W || χτημάτων (Υ̓ in u. prod.): om. TY | ἀπο-
χτιννύοι :-νύει WY -χτεινύο: T || 5 αὑτὸν T2? (‘s. u.): αὐτ. Τ ἑαυ. W
|| πρὶν : π. <av>> Heindorf Schanz || 6 θεὸς: ὃ 0. ΒΞ (. u.) TWY
|| ἐπιπέμψῃ : -ψει W || quiv παροῦσαν: x. ἡ. W || 7 ἀλλ᾽: ἀλλὰ W
[| μέντοι νῦν δὴ : μὲν τοίνυν δὴ W ||ἃ τ νῦν δὴ :νυνδὴ B (ut uid.)||
ἔχει Β5 (ν exp.) : ἔχειν Β ||5 που (et OL.) : πω ΤΥ || 6 γε: ΥΤ τε Y ||
αὑτοῦ: ἕαυ. TW ΟἹ. || ἐπιμελήσεσθαι: -λεῖσθαι ΤΥ OL || 7 τάχ᾽ : -α
W || ὃ φευχτέον... δεσπότου : 560]. Schanz ||e 3 αὑτοῦ: ἕαυ. W αυτοῦ
Ἢ
T || 4 εἶναι εἰκὸς ΤΞ (transp.) : εἰχ. εἶν. T [| 7 τέ μοι : wo! τε OI.
63a PHÉDON ΤῸ
CÔLÉ : « Toujours, en vérité, dit-1l, Cébès est en quête de
quelque argument : il n’a pas la moindre tendance à croire
tout de suite ce que l’on dit ! — Pourtant, Socrate, repartit
Simmias, il se trouve, qu'à mon avis aussi, justement, il y ἃ
du bon dans le langage de Cébès : dans quelle intention en
effet des hommes véritablement sages fuiraient-ils des mai-
tres qui valent mieux qu'eux et, le cœur léger, s’éloigne-
raient-ils de ceux-ci ὃ Mon avis, c’est en outre que tu es visé
par l'objection de Cébès, puisque c’est pareillement d’un
cœur léger que tu supportes de nous abandonner, nous et
ces chefs excellents, tu en conviens toi-même, que sont
des Dieux. — Vous avez raison, répondit Socrate; car je crois
vous comprendre: voilà un grief dont je dois me défendre
tout comme au tribunal ! — C’est tout à fait certain, dit
Simmias. — Eh bien, allons-y ! reprit-il. Et tâchons de pré-
senter devant vous une défense plus convaincante que devant
les juges ! ! Oui, dit-il, je l’avoue, Simmias et Cébès: sans la
conviction que je vais me rendre, d’abord auprès d’autres
Dieux, sages et bons, puis encore auprès d'hommes trépassés
qui valent mieux que ceux d'ici, j'aurais grand tort de ne
pas m'irriter contre la mort. Mais en réalité, sachez-le bien,
mon espérance de m'en aller auprès d'hommes qui soient bons,
si pour la défendre sans doute je ne m'acharnerais pas,
en revanche pour ce qui est de me rendre auprès de dieux
qui sont des maîtres tout à fait excellents, oui, sachez-le, s'il
y a pareille chose que je défendrais avec acharnement, c'est
bien aussi celle-là ! La conséquence, c'est que dans ces condi-
tions je n'ai plus les mêmes raisons de m'irriter. Mais au
contraire j'ai bon espoir qu'après la mort il y a quelque
chose, et que cela, comme le dit au reste une antique tradi-
tion, vaut beaucoup mieux pour les bons que pour les mé-
chants. — Qu'est-ce à dire, Socrate ?, repartit Simmias.
Peux-tu garder pour toi ces pensées alors que tu as en tête de
t'en aller? Ne nous en ferais-tu point part? Car certes 1l
s’agit là,c'est mon ‘opinion, d’un bien qui nous est commun
à tous ; et du même coup tu auras fourni ta défense, s'il se
trouve que ton langage nous ait convaincus.
30 fin): l’âme est en prison dans le corps. Par contre poste de garde
(Cic. De sen. 20, 73 ; Somn. Scip. ὃ, 10) convient mal au contexte.
1. Le plaidoyer annoncé part de la double espérance que 50-
10 ΦΑΙΔΩΝ 63ἃ
ἔφη, Κέθης λόγους τινὰς ἀνερευνᾷ, καὶ οὐ πάνυ εὐθέὼς
ἐθέλει πείθεσθαι ὅτι ἄν τις εἴπῃ. » Kat ὃ Σιμμίας" « ᾿Αλλὰ
μήν, ἔφη, 8 Σώκρατες, νῦν γέ μοι δοκεῖ τι καὶ αὐτῷ λέγειν
Κέθης τί γὰρ ἂν βουλόμενοι ἄνδρες σοφοὶ ὡς ἀληθῶς
δεσπότας ἀμείνους αὑτῶν φεύγοιεν καὶ ῥαδίως ἀπαλλάτ-
τοιντο αὐτῶν ; Kai μοι δοκεῖ Κέβης εἷς σὲ τείνειν τὸν λόγον,
ὅτι οὕτω ῥαδίως φέρεις καὶ ἣμᾶς ἀπολείπων καὶ ἄρχοντας
ἀγαθούς, ὃς αὐτὸς ὁμολογεῖς, θεούς. --- Δίκαια, ἔφη, b
λέγετε: οἶμαι γὰρ ὑμᾶς λέγειν ὅτι χρή με πρὸς ταῦτα ἄπο-
λογήσασθαι ὥσπερ ἐν δικαστηρίῳ. --- Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη ὃ
Σιμμίας. --- Φέρε δή, ἢ δ᾽ ὅς, πειραθῶ πιθανώτερον πρὸς
ὑμᾶς ἀπολογήσασθαι ἢ πρὸς τοὺς δικαστάς. ᾿Εγὼ γάρ,
ἔφη, ὦ Σιμμία τε καὶ Ké6nc, εἰ μὲν μὴ μην ἥξειν πρῶτον
μὲν παρὰ θεοὺς ἄλλους σοφούς τε καὶ ἀγαθούς, ἔπειτα καὶ
παρ᾽ ἀνθρώπους τετελευτηκότας ἀμείνους τῶν ἐνθάδε,
ἠδίκουν ἂν οὐκ ἀγανακτῶν τῷ θανάτῳ. Νῦν δὲ εὖ ἴστε ὅτι
Tap ἄνδρας τε ἐλπίζω ἀφίξεσθαι ἀγαθούς, καὶ τοῦτο μὲν
οὐκ ἂν πάνυ διισχυρισαίμην, ὅτι μέντοι παρὰ θεοὺς
δεσπότος πάνυ ἀγαθοὺς ἥξειν, εὖ ἴστε dv, εἴπερ τι ἄλλο
τῶν τοιούτων, διισχυρισαίμην ἂν καὶ τοῦτο. “Ὥστε διὰ
ταῦτα οὐχ δμοίως ἀγανακτῶ, ἀλλ᾽ εὔελπίς εἶμι εἶναί τι τοῖς
τετελευτηκόσι, καί, ὥσπερ γε καὶ πάλαι λέγεται, πολὺ ἄμει-
νον τοῖς ἀγαθοῖς ἢ τοῖς κακοῖς. --- Τί οὖν, ἔφη ὃ Σιμμίας,
ὦA Σώκρατες
J.
;d αὐτὸς
2 \
ἔχων
2
τὴν
\
διάνοιαν
΄
ταύτην
,
ἐν
2
νῷLe]
ἔχεις ἀπιέναι, ἢ κἂν uîv μεταδοίης ; κοινὸν γὰρ δὴ ἔμοιγε
27 > ΄ x 3. € κα , à 4 4 \ 3) ἱ
d
δοκεῖ καὶ ἥμῖν εἶναι ἀγαθὸν τοῦτο, καὶ ἅμα σοι ἣ ἀπο-
λογία ἔσται, ἐὰν ἅπερ λέγεις ἡμᾶς Teionc.
[A 27 2 À « LA € Le) J
63 a 2 ἰζέόης : ὁ K. ΒΤ“ (o add.) || 4 νῦν γέ μοι δοχεῖ τι : y. ὃ.
τί μ. ΤΥ τέ μ. ὃ. τι ΥΥ || 5 ἱΚέδης : ὁ K. W || ὃ ἀπολείπων B? (ε 5..ι}:
-λιπὼν B || Ὁ 2 πρὸς ταῦτα : om. ΤΥ || 4 πιθανώτερον πρὸς ὑμᾶς (et
1: τῷ ἡ τ ὙΨΥΨΥ 7 χαὶ rep) 152 (χαὶ 5. ἃ.}: παρ᾿ Τ' δίοῦ. ||
9 ὅτι : om. Stob. || © 2 ὅτι : τὸ T (ut uid.) Stob. || 4 διισχυρι-
Gain 12 (ὃι. 5. u.) (et Stob.): toy. T || 5 εἶναί τι :om. Stob. ||
ὃ αὐτὸς : πότερον αὖ. WB?V? (πότερον 5. u.) || ἔχων : οὕτως ἔ. B?
(. τὰ.) W || d τ μεταδοίης B? (οι 5. u.) : -δῴης BW |] 3 ἔσται: ἐστὶν
BTY || λέγεις :-γῆς W.
63d PHÉDON II
— Eh bien! je m'y efforcerai, dit-il.
Intervention
de Criton.
Mais auparavant voyons ce que ce brave
Criton semble avoir depuis longtemps
l'intention de me dire. — Ce que c’est ? fit Criton. Rien de
plus que ce que me répète, il y a déjà longlemps, celui
qui doit te donner le poison : il veut que je t’explique de
causer le moins possible. Car on s’échauffe, dit-il, à trop
causer, et on doit éviter de contrarier ainsi l’action du poi-
son ; le résultat, c’est qu'à procéder de la sorte il arrive
qu'on soit obligé d’en boire jusqu’à deux et trois fois. » Alors
Socrate : « Envoie-le promener ! Il n’a qu’à s'arranger pour
m'en donner, et deux fois, et trois fois même, 51] le faut ! —
Parbleu ! voilà bien à peu près, dit Criton, la réponse que
je prévoyais, mais il y ἃ longtemps déjà qu'il me tour-
mente.
Socrate iretipel oi Laisse-le dire ! reprit Socrate. À
son attitude: vous cependant, qui êtes donc mes
la mort juges, je tiens maintenant à vous rendre
est la libération des comptes, à vous dire mes raisons de
DEEE, regarder l’homme dont la vie a été en
réalité employée à la philosophie comme plein d’une légi-
time assurance au moment de mourir, lui qui a bon espoir
64 d’avoir à soi là-bas des biens très grands, lorsqu'il aura tré-
passé ! Comment donc en peut-il être vraiment ainsi ? Voilà,
Simmias et Cébès, ce que je m’efforcerai de vous expliquer.
J’en ai bien peur en effet : quiconque s’attache à la philoso-
phie au sens droit du terme, les autres hommes ne se dou-
tent pas que son unique occupation, c’est de mourir, ou
d’être mort ! Si donc c’est la vérité, 1] serait assurément bien
étrange de n'avoir nulle autre chose à cœur que celle-là
pendant toute la vie; puis, quand cette chose arrive, de s'ir-
riter à propos de ce que, jusqu'alors, on avait à cœur et de
quoi l’on s’occupait ! »
Là-dessus, Simmias se mit à rire : « Par Zeus! Socrate,
dit-il, je n’en avais tout à l'heure nulle envie: tu m'as
pourtant fait rire! C’est que, je crois, la foule en t'enten-
dant parler ainsi trouverait qu’on a bien raison‘ d'attaquer
crate va exprimer οἱ dont les motifs justifieront son attitude.
1, Allusion possible (cf. 65 a, 67 ἃ fin), et à ce que dit Aristophane
τι : ΦΑΊΔΩΝ 63d
- ᾿Αλλὰ πειράσομαι, ἔφη. Πρῶτον δὲ Kpitova τόνδε
σκεψώμεθα τί ἔστιν ὃ βούλεσθαί μοι δοκεῖ πάλαι εἰπεῖν. ---
Τί δέ, ὦ Σώκρατες, ἔφη ὃ Kpitov, ἄλλο γε ἢ πάλαι por
λέγει ὃ μέλλων σοι δώσειν τὸ φάρμακον,
ὅτι χρή σοι φράζειν
ὡς ἐλάχιστα διαλέγεσθαι ; Φησὶ γὰρ θερμαίνεσθαι μᾶλλον
διαλεγομένους, δεῖν δὲ οὐδὲν τοιοῦτον προσφέρειν τῷ
φαρμάκῳ᾽ εἰ δὲ- μή, ἐνίοτε ἀναγκάζεσθαι καὶ δὶς καὶ τρὶς
πίνειν τούς τι τοιοῦτον ποιοῦντας. » Kai
ὃ Σωκράτης"
« Ἔα, ἔφη, χαίρειν αὐτόν: ἀλλὰ μόνον τὸ ξαυτοῦ παρα-
σκευαζέτω ὡς καὶ δὶς δώσων, ἐὰν δὲ δέη, καὶ τρίς. —
᾿Αλλὰ σχεδὸν μέν τι ἤἥδειν, ἔφη ὃ Kpitov, ἀλλά μοι πάλαι.
πιράγματα παρέχει.
--- Ἕα αὐτόν, ἔφη. ᾿Αλλ᾽ ὑμῖν δὴ τοῖς δικασταῖς βού-
λομαι ἤδη τὸν λόγον ἀποδοῦναι, ὥς μοι φαίνεται εἰκότως
ἀνὴρ τῷ ὄντι ἐν φιλοσοφίᾳ διατρίψας τὸν βίον θαρρεῖν
μέλλων ἅποθανεῖσθαι καὶ εὔελπις εἶναι ἐκεῖ μέγιστα οἴ- 64
σεσθαι ἀγαθὰ ἐπειδὰν τελευτήσῃ. [Πῶς ἂν οὖν δὴ τοῦθ᾽
οὕτως ἔχοι, ὦ Σιμμία τε καὶ Κέθης, ἐγὼ πειράσομαι
φράσαι. [κινδυνεύουσι γὰρ ὅσοι τυγχάνουσιν ὀρθῶς ἅτιτό-
μενοι φιλοσοφίας λεληθέναι τοὺς ἄλλους, ὅτι οὐδὲν ἄλλο
αὐτοὶ ἐπιτηδεύουσιν ἢ ἀποθνήσκειν τε καὶ τεθνάναι. Εἰ
οὖν τοῦτο ἀληθές, ἄτοπον δήπου ἂν εἴη προθυμεῖσθαι μὲν
ἐν παντὶ τῷ βίῳ μηδὲν ἄλλο ἢ τοῦτο, ἥκοντος δὲ δὴ αὐτοῦ
ἄγαναικτεῖν ὃ πάλαι προεθυμοῦντό τε καὶ ἐπετήδευον. »
Kai ὃ Σιμμίας γελάσας" « Νὴ τὸν Δία, ἔφη, ὦ Σώκρατες,
OÙ πάνυ γέ με νῦν δὴ yelacelovta ἐποίησοις γελάσαι.
Οἷμαι γὰρ ἂν τοὺς πολλούς, αὐτὸ τοῦτο ἀκούσαντας,
δοκεῖν εὖ πάνυ εἰρῆσθαι εἰς τοὺς φιλοσοφοῦντας, καὶ
ἃ ἡ πειράσομαι: π. γε W || 6 δέ B? (infra u.) : δ᾽ W om. B || 7
got: om. W || φράζειν B? ((. m.) : φροντίζειν B || 8 μᾶλλον : u. τοὺς
B? (5. u.) W || e 5 μέν τι : μέντοι BW || ἤδειν : -dn Photius Lex.
Schanz Burnet || πάλαι πράγματα: πρ. πάλ. ΤΥ || 5 δὴ : DeiY |
ὃ ἤδη : om. TY || 9 θαρρεῖν: -oet BWY | 64 ἃ ἡ γὰρ : om. Iambl. Ι]
0 ὃ 1 (5. u.): “ὃ T || προεθυμοῦντό : προυθυ. Υ̓ προθυ. T [ b 2
ἂν (et OL.): ἂν δὴ B?(s. u.) W.
64b PHÉDON 12
ceux qui font de la philosophie, à quoi feraient chorus sans
réserve les gens de chez nous : c’est la pure vérité, dirait-
elle, ceux qui font de la philosophie sont des gens en mal de
mort, et, s’il est une chose dont elle se doute bien, c’est que
tel est justement le sort qu'ils méritent! — Et elle aurait,
ma foi, raison de le dire, Simmias, sauf, il est vrai, qu’elle
s’en doute bien. Car ce dont elle ne se doute pas, c’est de
quelle façon 115 sont en mal de mort, de quelle façon aussi
ils méritent la mort et quelle sorte de mort, ceux qui sont
véritablement philosophes. C’est entre nous en effet, dit-il,
qu'il faut parler, et souhaiter le bonsoirà la foule!
« À votre avis, la mort c’est quelque chose? — Hé! abso-
lument, repartit Simmias. — Rien autre chose, n’est-ce pas,
que la séparation de l’âme d’avec le corps ? Être mort, c’est
bien ceci : à part de l’âme et séparé d'elle, le corps s’est isolé
en lui-même ; l’âme, de son côté, à part du corps et séparée
de lui, s’est isolée en elle-même !? La mort, n'est-ce pas, ce
n'est rien d'autre que cela? — Non, mais cela même, dit-il.
— Examine maintenant, mon bon, s’il t'est possible de par-
tager mon sentiment: c'est en effet la condition d’un progrès
de notre connaissance sur l’objet de notre recherche?. Est-ce
à tes yeux le fait d'un philosophe d’être zélé pour ce qui
concerne les prétendus plaisirs de ce genre, ainsi de manger
et de boire? — Aussi peu que possible, Socrate ! dit Sim-
mias. — Et ceux de l'amour ? — Absolument pas! — Et
pour le reste des soins du corps ? Selon toi, ont-ils du prix au
jugement d’un tel homme? Ainsi, posséder un costume ou
une chaussure de choix ou tout autre enjolivement destiné au
corps, à ton avis, prise-t-il cela, ou bien en fait-il bon mar-
ché, pour autant qu’il n’y a pas pour lui force majeure d’en
prendre sa part? — Il en fait, à mon avis, bon marché,
dit-il, tout au moins s'il est vraiment philosophe. — Alors,
(Nuées τοῦ, 504) des élèves de Socrate (avec leur teint Jaunâtre, on les
dirait à demi morts), et à la mort qui les punit au dénouement de la pièce.
1. Formules caractéristiques, très importantes pour la suite.
2. L’adhésion réfléchie et libre (cf. gr ab) à une thèse soumise à
examen (ὑπόθεσις) est essentielle à la dialectique, méthode dialoguée,
de recherche en commun (84 ἃ, 80 c), par questions et réponses (75 d,
78 d) conduites'avec ordre (115 ὁ 8. fin.). Cette méthode sera définie
101 ἃ sqq., et appliquée avec une particulière rigueur dans l'analyse
du problème des contraires (102 a-107 a).
12 | _ DAIAON θάἢ
ξυμφάναι ἂν τοὺς μὲν παρ᾽ ἡμῖν ἀνθρώπους, καὶ πάνυ, ὅτι
τῷ ὄντι οἷ φιλοσοφοῦντες θανατῶσι καὶ σφᾶς γε οὗ λελή-
θασιν ὅτι ἄξιοί εἶσι τοῦτο πάσχειν. --- Καὶ ἀληθῆ γ᾽ ἂν
λέγοιεν, ὦ Σιμμία, πλὴν γε τοῦ σφᾶς μὴ λεληθέναι" λέληθε
γὰρ αὐτοὺς ἣ τε θανατῶσι καὶ À ἄξιοί εἶσι θανάτου καὶ
οἵου θανάτου οἵ ὧς ἀληθῶς φιλόσοφοι. Εἴπωμεν γάρ, ἔφη,
πιρὸς AUS αὐτούς, χαίρειν εἰπόντες ἐκείνοις.
“ἩΗγούμεθά τι τὸν θάνατον εἶναι: --- Πάνυ γε, ἔφη ὕπο-
λαθὼν ὃ Σιμμίας. --- Ἂρα μὴ ἄλλο τι ἢ τὴν τῆς ψυχῆς
ἀπὸ τοῦ σώματος ἀπαλλαγήν ; καὶ εἶναι τοῦτο τὸ τεθνάναι,
χωρὶς μὲν ἀπὸ τῆς ψυχῆς ἀπαλλαγὲν αὐτὸ καθ᾽ αὑτὸ τὸ
σῶμα γεγονέναι, χωρὶς δὲ τὴν ψυχὴν ἄτπὸ τοῦ σώματος
ἀπαλλαγεῖσαν αὐτὴν καθ᾽ αὑτὴν εἶναι ; Ἄρα μὴ ἄλλο τι ἢ
ὃ θάνατος ἢ τοῦτο : --- Οὔκ, ἀλλὰ τοῦτο, ἔφη. --- Σκέψαι
δή, ὦ ἀγαθέ, ἐὰν ἄρα καὶ σοὶ ξυνδοκῇ ἅπερ ἐμοί: ἐκ γὰρ
τούτων μᾶλλον οἶμαι MURS εἴσεσθαι περὶ ὧν σκοποῦμεν.
Φαίνεταί σοι φιλοσόφου ἀνδρὸς εἶναι ἐσπουδακέναι περὶ
τὰς ἧἥδονὰς καλουμένας τὰς τοιάσδε, οἷον σίτων καὶ
ποτῶν ; — Ἥκιστα, ὦ Σώκρατες, ἔφη ὃ Σιμμίας. — Τί
δὲ τὰς τῶν ἀφροδισίων ; --- Οὐδαμῶς. --- Τί δὲ τὰς ἄλλας
τὰς περὶ τὸ σῶμα θεραπείας ; δοκεῖ σοι ἐντίμους ἡγεῖσθαι
ὃ τοιοῦτος ; οἷον ἱματίων διαφερόντων κτήσεις καὶ ÜTto-
δημάτων καὶ τοὺς ἄλλους καλλωπισμοὺς τοὺς περὶ τὸ
σῶμα, πότερον τιμᾶν δοκεῖ σοι, ἢ ἀτιμάζειν καθ᾽ ὅσον μὴ
πολλὴ ἀνάγκη μετέχειν αὐτῶν : --- ᾿Ατιμάζειν ἔμοιγε δοκεῖ,
Ὁ 6 εἶσι: -ἰν Β {γ᾽ ἂν : τ᾽ ἂν W [[{7 τοῦ : τοὺς W ||8 καὶ ἢ (et lambl.):
χαὶ ΟἹ. || εἰσι: -ἰν Β ||καὶ οἵου (B? em. P) θανάτου (et [ambl. Ο].):
om. ΤΥ || 1 αὐτούς : αὗ. BT || 3 τὴν: om. Method. De resurr. I
62 3 Epiphan. || 4 τὸ (et Iambl.): om. Y Method. || 5 ἀπὸ : om. T
Tambl. Method. Epiphan. || 6 ἀπὸ :om. Method. || 7 αὑτὴν: Eau. W
[| ἡ ὁ θάνατος : ῃ 0. B? (em. ὃ) ἢ ὁ 6. W || d τ ὦ ἀγαθέ: wy. TWY
[| ἅπερ : ἄπ. «ai Β5 (5. u.) W {|| 4 σίτων (et Tambl.) : σιτίων B? (i.
τη.) ΤῊΣ (ι 5. u.) Ÿ || καὶ: τε καὶ B2TY Iambl. || 5 ἥχιστα: ἤχ. γε
B? (8. α.) TWY || 6 utrobique δὲ : δαὶ B? (em.) T || 8 διαφερόντων
ΒΞ (καὶ exp.) (et Iambl.): χαὶ ὃ. B || ro δοχεῖ σοι: σ. ὃ. W || ex
πολλὴ : πολυΎ.
64 e PHÉDON | NUE
d’une façon générale, selon toi, poursuivit Socrate, les préoc-
cupations d’un tel homme ne vont pas à ce qui concerne le
corps? Mais au contraire, dans la mesure où il le peut, elles
s’en détachent et c’est vers l’âme qu'elles sont tournées? —
Oui, sans doute. — Est-ce donc, pour commencer, dans des
circonstances de ce genre que se révèle le philosophe, lorsque
65 le plus possible, 1] délie l’âme du commerce du corps, comme
ne le fait aucun autre homme? — Manifestement. — Et
sans doute l'opinion de la foule est-elle, Simmias, qu’un
homme, pour qui dans ces sortes de choses il n’y a rien
d’agréable et qui n’en prend point sa part, ne mérite pas de
vivre, mais que cest au contraire toucher d'assez près au
trépas, d’ainsi ne faire nul cas des plaisirs dont le corps est
l'instrument? — C'est la vérité même, assurément, ce que tu
dis là.
— Et maintenant, pour ce qui est de posséder proprement
l'intelligence, le corps, dis-moi, est-1l, oui ou non, une en-
trave, si dans la recherche on de déautte son Éonee
Ma pensée revient, par exemple, à ceci : est-ce que quelque
vérité est fournie aux hommes par la vue aussi bien que par
l’ouïe, ou bien, là-dessus au moins, en est-1l comme les
poètes même nous le ressassent sans trêve !, et n’entendons-
nous, ne voyons-nous rien exactement ὃ Pourtant si parmi
les sensations corporelles celles-là sont sans exactitude et
incertaines, on ne saurait attendre mieux des autres, qui
toutes en effet sont, je pense, inférieures à celles-là. N’est-
ce pas aussi ton sentiment? — C'est absolument certain,
fit-il. — Quand donc, reprit Socrate, l'âme atteint-elle la
vérité "D'un côté en effet, lorsque c'est avec l’aide du corps
qu’elle entreprend d'envisager quelque question, alors, la
chose est claire, 1l l’abuse radicalement. — Tu dis vrai. —
N'est-ce pas par conséquent dans l’acte de raisonner que
l'âme, si jamais c’est le cas, voit à plein se manifester à elle
la réalité d’un être ? — Oui. — Et sans doute raisonne-t-elle
au mieux, précisément quand aucun trouble ne lui survient
de nulle part, ni de l’ouïe, n1 de la vue, ni d'une peine, ni
non plus d’un plaisir, mais qu'au contraire elle s’est le plus
1. On cite Iliade V 127, Épicharme fra) Diels, Parménide fr.
1,934-37, Empédocle fr. 4, 9 544. (cf. fr. 17-21). Tout cela est, dans
l’état de nos connaissances, bien problématique.
_ ΦΑΙΔΩΝ 64e
ἔφη, ὅ γε ὧς ἀληθῶς φιλόσοφος. — Οὐκοῦν ὅλως δοκεῖ
σοι, ἔφη, ἣ τοῦ τοιούτου πραγματεία οὐ περὶ τὸ σῶμα
εἶναι, ἀλλὰ καθ᾽ ὅσον δύναται ἀφεστάναι αὐτοῦ, πρὸς δὲ
τὴν ψυχὴν πετράφθαι; --- Ἔμοιγε. --- Ἀρ᾽ οὖν πρῶτον
μὲν ἐν τοῖς τοιούτοις δῆλός ἔστιν ὃ φιλόσοφος ἀπολύων ὅτι
μάλιστα τὴν Ψυχὴν ἀπὸ τῆς τοῦ σώματος κοινωνίας διαφε- 65
ρόντως τῶν ἄλλων ἀνθρώπων ; — Φαίνεται. --- Kai δοκεῖ γέ
που, ὦ Σιμμία, τοῖς πολλοῖς ἀνθρώποις ᾧ μηδὲν ἧδὺ τῶν
τοιούτων μηδὲ μετέχει αὐτῶν οὐκ ἄξιον εἶναι ζῆν, ἀλλ᾽ ἐγγύς
τι τείνειν τοῦ τεθνάναι ὃ μηδὲν φροντίζων τῶν ἧδονῶν
at διὰ τοῦ σώματός εἶσιν ; --- Πάνυ μὲν οὖν ἀληθῆ λέγεις.
— Τί δὲ δὴ περὶ αὐτὴν τὴν τῆς φρονήσεως κτῆσιν:
πότερον ἐμπόδιον τὸ σῶμα
2! 2, 2 7, 2 4 >
OÙ, EXV τις AUTO εν
τῇ ζητήσει κοινωνὸν συμπαραλαμθάνῃ ; Οἷον τὸ τοιόνδε
λέγω: ἄρα ἔχει ἀλήθειάν τινα ὄψις τε καὶ ἀκοὴ τοῖς
ἀνθρώποις, ἢ τά γε τοιαῦτα καὶ οἵ ποιηταὶ ἡμῖν ἀεὶ
θρυλοῦσιν, ὅτι οὔτ᾽ ἀκούομεν ἀκριθὲς οὐδὲν οὔτε δρῶμεν :-
Kaitor εἰ αὗται τῶν περὶ τὸ σῶμα αἰσθήσεων μὴ ἀκριβεῖς
εἶσι μηδὲ σαφεῖς, σχολῇ αἵ γε ἄλλαι πᾶσαι γάρ που τούτων
φαυλότεραι εἶσιν᾽ ἢ σοὶ où δοκοῦσιν ; --- Πάνυ μὲν οὖν,
ἔφη. --- Πότε οὖν, ἢ δ᾽ ὅς, ἥ ψυχὴ τῆς ἀληθείας ἅπτεται ;
ὅταν μὲν γὰρ μετὰ τοῦ σώματος ἐπιχειρῇ τι σκοπεῖν, δῆλον
ὅτι τότε ἐξαποιτᾶται ὕτ᾽ αὐτοῦ. --- ᾿Αληθῆ λέγεις. — *Ap”
οὖν οὐκ ἐν τῷ λογίζεσθαι, εἴπερ που ἄλλοθι, κατάδηλον
αὐτῇ γίγνεταί τι τῶν ὄντων ; — Ναί. — Λογίζεται δέ γέ
τίου τότε κάλλιστα, ὅταν αὐτὴν τούτων μηδὲν παραλυπῇ,
BTE ἀκοὴ μήτε ὄψις μήτε ἀλγηδὼν μηδὲ τις ἡδονή, ἀλλ᾽
ὅτι μάλιστα αὐτὴ καθ᾽ αὑτὴν γίγνηται, ἐῶσα χαίρειν τὸ
e 6 ἀπολύων W? (1. m.): om. W ||65 a 3 που (et Iambl.) : δήπου B
|| 4 μετέχει (et Tambl.) : -χειν BTW || η δὲ: δαὶ B (pr. manu ut uid.)
W? (as. u.) || b τ dou: ἄρα T || 2 ἡμῖν ἀεὶ : à. ἢ. ΤΥ Iambl. OI. ||
3 θρυλοῦσιν : -λλοῦσιν Y [ambl. || οὔτ᾽ :-τε W || 5 σχολῇ : οὐδαμῶς
W?2 (. m.) [| 8 τι (et lambl.): τις W [| ὁ 3 που τότε (et Iambl.) :τοῦτό
{τοῦ exp. B?) τε B || αὐτὴν τούτων μηδὲν (et Ilambl.): μ. +. α. W |!
ἡ μηδὲ (et Lambl.) : μήτε TWY || 5 γίγνηται (et id.) : -εται W.
IV.
— 8
65 c PHÉDON τή
possible isolée en elle-même, envoyant promener le corps,
et quand, brisant autant qu'elle peut tout commerce, tout
contact avec lui, elle aspire au réel. — C’est bien cela! —
N'est-ce pas, en outre, dans cet état que l’âme du philosophe
fait au plus haut point bon marché du corps et le fuit, tandis
qu’elle cherche d'autre part à s'isoler en elle-même? ---
Manifestement !
— Mais que dire maintenant, Simmias, de ce que voici ἢ
Affirmons-nous l'existence de quelque chose qui soit « juste «
tout seul, ou la nions-nous? — Nous l’affirmons, bien sûr,
par Zeus ! — Et aussi, n'est-ce pas, de quelque chose qui
soit « beau », et « bon » ? — Comment non? — Mainte-
nant, c’est taie jamais aucune chose de ce genre, ὅπ ne
l’as vue avec tes yeux à — Pas du tout, fit-il. — Mais alors,
c'est que tu les as saisies par quelque autre sens que ceux
dont le corps est l'instrument? Or ce dont je parle là, c’est
pour tout, ainsi pour « grandeur », « santé », « force », et
pour le reste aussi, c’est, d’un seul mot et sans exception, sa
réalité : ce que précisément chacune de ces choses est. Est-ce
donc par le moyen du corps que s’observe ce qu’il y a en elles.
de plus vrai? Ou bien, ce qui se passe n'est-ce pas plutôt que
celui qui, parmi nous, se sera au plus haut point et le plus
exactement préparé à penser en elle-même chacune des
choses qu'il envisage et prend pour objet, c'est lui qui doit
le plus se rapprocher de ce qui est connaître chacune d’elles ὃ
— C’est absolument certain. — Et donc ce résultat, qui le
réaliserait dans sa plus grande pureté sinon celui qui, au
plus haut degré possible, userait, pour approcher de chaque
chose, de la seule pensée, sans recourir dans l’acte de penser
ni à la vue, ni à quelque autre sens, sans en traîner après
66 soi aucun en compagnie du raisonnement? celui qui, au
moyen de la pensée en elle-même et par elle-même et sans
mélange,se mettrait à la chasse des réalités, de chacune en
elle-mème aussi et par elle-même et sans mélange? et cela,
après s'être le plus possible débarrassé de ses yeux, de ses.
oreilles, et, à bien parler, du corps tout entier, puisque c’est
lui qui trouble l’âme et l'empêche d’acquérir vérité et pen-
sée, toutes les fois qu’elle a commerce avec lui ? N'est-ce pas,
Simmias, celui-là, si personne au monde, qui atteindra le
réel ὃ — Impossible, Socrate, répondit Simmias, de parler
plus vrai |
14 ΦΑΙΔΩΝ 65c
σῶμα καί, καθ᾽ ὅσον δύναται, μὴ κοινωνοῦσα αὐτῷ μηδ᾽
ἁτιτομένη, ὀρέγηται τοῦ ὄντος. --- Ἔστι ταῦτα. --- Οὐκοῦν
καὶ ἐνταῦθα ἧ τοῦ φιλοσόφου ψυχὴ μάλιστα ἀτιμάζει τὸ
σῶμα καὶ φεύγει ἀπ᾽ αὖτοθ, ζητεῖ δὲ αὐτὴ καθ᾽ αὑτὴν
γίγνεσθαι ; --- Φαίνεται.
— Τί δὲ δὴ τὰ τοιάδε, ὦ Σιμμία ; Φαμέν τι εἶναι δίκαιον
αὐτὸ ἢ οὐδέν : --- Φαμὲν μέντοι, νὴ Δία. — Kai καλόν γέ
τι καὶ ἀγαθόν ; — Πῶς δ᾽ οὔ; — Ἤδη οὖν πώποτέ τι
τῶν τοιούτων τοῖς ὀφθαλμοῖς εἶδες ; — Οὐδαμῶς, ἢ δ᾽ ὅς.
— ᾿Αλλ᾽ ἄλλῃ τινὶ αἰσθήσει τῶν διὰ τοῦ σώματος ἐφήψω
αὐτῶν ; Λέγω δὲ περὶ πάντων, οἷον μεγέθους πέρι, ὑγιείας,
ἰσχύος, καὶ τῶν ἄλλων Évi λόγῳ ἅπάντων τῆς οὐσίας, ὃ
τυγχάνει ἕκαστον Ov: pa διὰ τοῦ σώματος αὐτῶν τὸ ἄλη-
θέστατον θεωρεῖται, ἢ ὧδε ἔχει’ ὃς ἂν μάλιστα ἡμῶν καὶ
ἀκριθέστατα παρασκευάσηται αὐτὸ ἕκαστον διανοηθῆναι
περὶ οὗ σκοπεῖ, οὗτος ἂν ἐγγύτατα: ἴοι τοῦ γνῶναι ἕκαστον :
- Πάνυ μὲν οὖν. — "Αρ᾽ οὖν ἐκεῖνος ἂν τοῦτο ποιήσειε
καθαρώτατα, ὅστις ὅτι μάλιστα αὐτῇ τῇ διανοία ἴοι ἐφ᾽
ἕκαστον, μήτε τὴν ὄφιν παρατιθέμενος ἔν τῷ διανοεῖσθαι
μήτε τινὰ ἄλλην αἴσθησιν, ἐφέλκων μηδεμίαν μετὰ τοῦ
λογισμοῦ, ἀλλ᾽ αὐτῇ καθ᾽ αὑτὴν εἰλικρινεῖ τῇ διανοία χρώ- 66
μενος αὐτὸ καθ᾽ αὑτὸ εἰλικρινὲς ἕκαστον ἐπιχειροῖ θηρεύειν
τῶν ὄντων, ἀπαλλαγεὶς ὅτι μάλιστα ὀφθαλμῶν τε καὶ
ὥτων καὶ, ὡς ἔπος εἰπεῖν, ξύμπαντος τοῦ σώματος, ὡς
2/ € 37 2 An CA # €
ταράττοντος καὶ οὖκ ἐῶντος τὴν ψυχὴν κτήσασθαι ἀλήθειάν
TE καὶ φρόνησιν, ὅταν κοινωνῇ ; ἄρ᾽ οὐχ οὗτός ἐστιν, ὦ
Σιμμία, εἴπερ τις καὶ ἄλλος, ὃ τευξόμενος τοῦ ὄντος: —
Ὑπερφυῶς, ἔφη ὃ Σιμμίας, ὡς ἀληθῆ λέγεις, ὦ Σὠκρατες.
© 6 δύναται : -νηται [ambl. || ἃ 3 δὲ : δαὶ BY ||τὰ τοιάδε :om. OI. |
ἡ μέντοι: τοι TW OI. τι Υ || χαὶ καλόν: καὶ où x. TY χαὶ αὖ χ. Fic.
[| 5 ἤδη : τί δὴ Β || e 1 αὐτῶν τὸ ἀληθέστατον: αὖτ. ral. TW
Tan. αὐτ. Ÿ τὸ ἀλ. OL. || 5 ποιήσειε B? (eu 5. u.): -on Β || 7 μήτε
(et lambl.) : unrote W || τὴν (et lambl.): τιν᾽ Burnet || ὃ τινὰ:
om. TY Fambl. OI. || 66 a 2 ἐπιχειροῖ (et OL.): -οἡ B? (i. τα.) -οοίη
Iambl. || 6 οὗτος Τῷ (os. u.): οὕτως T || 7 χαὶ : om. T'Y Iambl.
66 b PHÉDON 15
b — ÂAïnsi donc, nécessairement, poursuivit Socrate, toutes
ces considérations font naître en l'esprit des philosophes
authentiques une croyance capable de leur inspirer dans
leurs entretiens un langage tel que celui-ci : « Oui, peut-être
« bien y a-t-il une sorte de sentier qui nous mène tout droit,
« quand:le raisonnement nous accompagne dans la recherche ;
« et c’est cette idée : aussi longtemps que nous aurons notre
« corps et que notre âme sera pétrie avec cette chose mau-
« vaise, jamais nous ne posséderons en suffisance l’objet de
« notre désir! ! Or cet objet, c'est, disons-nous, la vérité. Et
« non seulement mille et mille tracas nous sont en effet sus-
« cités par le corps à l’occasion des nécessités de la vie ; mais,
« des maladies surviennent-elles, voilà pour nous de nou-
« velles entraves dans notre chasse au réel ! Amours, désirs,
« craintes, imaginations de toute sorte, innombrables sor-
« nettes, 11 nous en remplit si bien, que par lui (oui, c’est
« vraiment le mot connu) ne nous vient même, réellement,
« aucune pensée de bon sens; non, pas une fois ! Voyez
« plutôt : les guerres, les dissensions, la bataille, 1] n’y ἃ
« pour les susciter que le corps et ses convoitises ; la posses-
« sion des biens, voilà en effet la cause originelle de toutes
« les guerres, et, si nous sommes poussés à nous procurer
« des biens, c’est à cause du corps, esclaves attachés à son
« service! Par sa faute encore, nous mettons de la paresse
« à philosopher à cause de tout cela. Mais ce qui est le
« comble, c’est que, sommes-nous arrivés enfin à avoir
« de son côté quelque tranquillité, pour nous tourner alors
« vers un objet quelconque de réflexion, nos recherches sont
« à nouveau bousculées en tous sens par cet intrus qui nous
1. Passage controversé, où cependant la suite des idées semble
claire : « quand on raisonne, on va droit au but (la réalité essentielle
de chaque chose), et par 16 plus court chemin (la pensée), 51 l’on se
dit que toute donnée corporelle, sensations ou passions, introduite
dans le raisonnement, nous détournera fatalement de cette route
étroite, mais sûre et directe ». Bref c’est un résumé de ce que Platon
a dit plus haut, 65 d sqq., et même en des termes très voisins (65 e
sq.). Pareillement Descartes, après avoir défini par la Pensée la réa-
116 de ce qu’il est, se dit à lui-même au début de la ZI Méditation :
« Je fermerai maintenant les yeux, je boucherai mes oreilles, je dé-
tournerai tous mes sens... et ainsi, m’entretenant seulement avec
moi-même, 16 tâcherai... »
15 ΦΑΙΔΩΝ 66b
-- Οὐκοῦν ἀνάγκη, ἔφη, ἐκ πάντων τούτων παρί- b
στασθαι δόξαν τοιάνδε τινὰ τοῖς γνησίως φιλοσόφοις,
ὥστε καὶ πρὸς ἀλλήλους τοιαῦτα ἄττα λέγειν, ὅτι" « Kiv-
« δυνεύει τοι ὥσπερ ἀτραπός τις ἐκφέρειν ἡμᾶς μετὰ τοῦ
« λόγου ἐν τῇ σκέψει, ὅτι, ἕως ἂν τὸ σῶμα ἔχωμεν καὶ
« συμπεφυρμένη ἢ ἡμῶν ἣ ψυχὴ μετὰ τοῦ τοιούτου ka-
« κοῦ, οὐ μή ποτε κτησώμεθα ἱκανῶς οὗ ἐπιθυμοῦμεν’
« φαμὲν δὲ τοῦτο εἶναι τὸ ἀληθές. Μυρίας μὲν γὰρ ἡμῖν
« ἀσχολίας παρέχει τὸ σῶμα διὰ τὴν ἀναγκαίαν τροφήν,
« ἔτι δέ, ἄν τινες νόσοι προσπέσωσιν, ἐμποδίζουσιν ἡμῶν
« τὴν τοῦ ὄντος θήραν. ᾿Ερώτων δὲ καὶ ἐπιθυμιῶν καὶ
« φόθων καὶ εἰδώλων παντοδαπῶν καὶ φλυαρίας ἐμπίπλησιν
« ἡμᾶς πολλῆς, ὥστε, τὸ λεγόμενον ὡς ἀληθῶς, τῷ ὄντι
« ὕπ᾽ αὐτοῦ οὐδὲ φρονῆσαι ἡμῖν ἐγγίγνεται οὐδέποτε oÙ-
« δέν. Καὶ γὰρ πολέμους καὶ στάσεις καὶ μάχας οὐδὲν
« ἄλλο παρέχει ἢ τὸ σῶμα καὶ αἷ τούτου ἐπιθυμίαι" διὰ γὰρ
« τὴν τῶν χρημάτων κτῆσιν πάντες où πόλεμοι γίγνονται"
« τὰ δὲ χρήματοι ἀναγκαζόμεθα: κτᾶσθαι διὰ τὸ σῶμα,
« δουλεύοντες τῇ τούτου θεραπεία. Kai ἐκ τούτου ἀσχο-
« λίαν ἄγομεν φιλοσοφίας πέρι διὰ πάντα ταῦτα. Τὸ δ᾽
« ἔσχατον πάντων ὅτι, ἐάν τις ἣμῖν καὶ σχολὴ γένηται ἀπ᾽
« αὐτοῦ καὶ τραπώμεθα πρὸς τὸ σκοπεῖν τι, ἐν ταῖς
« ζητήσεσιν αὖ πανταχοῦ παραπῖπτον θόρυθον παρέχει
« καὶ ταραχὴν καὶ ἐκπλήττει, ὥστε μὴ δύνασθαι ὕπ᾽
Ὁ 2 γνησίως: -ἰοις Tambl. || 3 τοιαῦτα ἄττα: -τ᾽ ἄ. Τῷ (add.) WY
τ. ΤΊ || 4 τοι : τι Lambl. τις W? (Gi. m.) om. TWY Olymp. ||
ἐχφέρειν nus (et lambl. O1): 9. ἐ. W || μετὰ τοῦ λόγου ἐν τῇ
σχέψει : secl. Christ; μ.. τ. À. damn. Wilamowitz Platon? 11, 343, 2
Il 6 συμπεφυρμένη : ξυμπ. BTW Iambl. {|| τοῦ B2? (s. u.) (et
OL.): om. B Clem. Iambl. || 7 οὗ : ἐχεῖνο où Clem. || g τροφήν:
τρυ. Method. De resurr. (225 2 B.), cf. 8x d 9 ||c τ δέ, ἄν (et Ilambl.):
δ᾽ ἐάν Plut. Cons. ad Apoll. 13 108 ἃ || 2 δὲ (et Plut. ibid. Iambl.
OL.) : τε TY || 3 ἐμπίπλησιν (et Plut. lambl. OL.): ἐμπίμ. Burnet ||
7 τούτου (et Tlambl.) : ἀπὸ τ. Plut. |} 8 οἱ πόλεμοι (et Plut. Iambl.
OL.): ἡμῖν οἱ x. B? (5. u.) οἱ x. ἡμῖν W |} ἃ 5 αὖ (et Iambl.): om.
Plut. || παρέχει (et Plut. Iambl.): -&et ΤΥ.
66 ἃ PHÉDON 16
« assourdit, nous trouble et nous démonte, au point de
« nous rendre incapables de distinguer le vrai. Inversement,
« nous avons eu réellement la preuve que, si nous devons
« jamais savoir purement quelque chose, il nous faudra nous
« séparer de lui et regarder avec l’âme en elle-même les
« choses én elles-mêmes. C’est alors, à ce qu’il semble, que
« nous appartiendra ce dont nous nous déclarons amoureux:
« la pensée ; oui, alors que nous aurons trépassé, ainsi que
« le signifie l'argument, et non point durant notre vie ! Si
« en effet il est impossible, dans l'union avec le corps, de
« rien connaître purement, de deux choses l’une : ou bien
« d'aucune façon au monde 1] ne nous est donné d’arriver à
« acquérir le savoir, ou bien c’est une fois trépassés, car
« c'est à ce moment que l’âme sera en elle-même et par elle-
67 « même, à part du corps, mais non pas auparavant. En outre,
« pendant le temps que peut durer notre vie, c’est ainsi
« que nous serons, semble-t-il, le plus près de savoir, quand
« le plus possible nous n’aurons en rien avec le corps société
« ni commerce à moins de nécessité majeure, quand nous
« ne serons pas non plus contaminés par sa nalure, mais que
« nous serons au contraire purs de son contact, et jusqu'au
« Jour où le Dieu aura lui-même dénoué nos liens. Etant
« enfin de la sorte parvenus à la pureté parce que nous
« aurons été séparés de la démence du corps, nous serons
« vraisemblablement unis à des êtres pareils à nous; et par
« nous, rien que par nous, nous connaîtrons tout ce qui est
« sans mélange. Et c’est en cela d’autre part que probable-
« ment consiste le vrai. N’être pas pur et se saisir pourtant
« de ce qui est pur, voilà en effet, on peut le craindre, ce
« qui n’est point permis! » Tels sont, je crois, Simmias,
nécessairement les propos échangés, les jugements portés par
tous ceux qui sont, au droit sens du terme, des amis du
savoir. Ne t'en semble-t-il pas ainsi? — Oui, rien de plus
probable, Socrate.
— Ainsi donc, camarade, reprit So-
La purification.
crate, si là est la vérité, quel immense
espoir pour celui qui en est rendu à ce point de ma route |
Là-bas, si cela doit arriver quelque part, il possédera en suf-
fisance ce qui fut de notre part le but d’un immense eflort
pendant la vie passée. Aussi ce voyage, celui qui m'est à pré-
τθ β ΦΑΙΔΩΝ 66d
« αὐτοῦ καθορᾶν τἀληθές. ᾿Αλλὰ τῷ ὄντι ἡμῖν δέδεικται
« ὅτι, εἰ μέλλομέν ποτε καθαρῶς τι εἴσεσθαι, ἀπαλ-
« λακτέον αὐτοῦ καὶ αὐτῇ τῇ ψυχῇ θεατέον αὐτὰ τὰ
« πράγματα.
or
Kat4 τότε, ὥς
ς
ἔοικεν,
57
ἡμῖν
€ An,
ἔσται
31
οὗA ἐπιθυμοῦ-
2 A
« μέν τε καί φαμεν ἐρασταὶ εἶναι, φρονήσεως, ἐπειδὰν
« τελευτήσωμεν, ὡς ὃ λόγος σημαίνει, ζῶσι δὲ οὔ. Εἰ γὰρ
« μὴ οἷόν τε μετὰ τοῦ σώματος μηδὲν καθαρῶς γνῶναι,
« δυοῖν θάτερον᾽ ἢ οὐδαμοῦ ἔστι κτήσασθαι τὸ εἰδέναι, ἢ :
« τελευτήσασιν᾽ τότε γὰρ αὐτὴ καθ᾽ αὑτὴν ἣ ψυχὴ ἔσται
« χωρὶς τοῦ σώματος, πρότερον δ᾽ οὔ. Kai ἐν ᾧ ἂν ζῶμεν, 67
« οὕτως, ὡς ἔοικεν, ἐγγυτάτω ἐσόμεθα τοῦ εἴδέναι, ἐὰν
« ὅτι μάλιστα μηδὲν δμιλῶμεν τῷ σώματι μηδὲ κοινωνῶμεν,
« ὅτι μὴ πᾶσα. ἀνάγκη, μηδὲ ἀναπιμτλώμεθα τῆς τούτου
« φύσεως, ἀλλὰ καθαρεύωμεν ἀπ᾽ αὐτοῦ, ἕως ἂν ὃ θεὸς
« αὐτὸς ἀπολύσῃ ἡμᾶς. Kat οὕτω μὲν καθαροὶ ἄπαλλαιτ-
« τόμενοι τῆς τοῦ σώματος ἀφροσύνης, ὡς τὸ εἰκὸς μετὰ
« τοιούτων τε ἐσόμεθα καὶ γνωσόμεθα δι᾽ ἡμῶν αὐτῶν πᾶν
« τὸ εἰλικρινές. Τοῦτο δ᾽ ἐστὶν ἴσως τὸ ἀληθές" μὴ καθαρῷ
« γὰρ καθαροῦ ἐφάπτεσθαι μὴ où θεμιτὸν À. » Τοιαῦτα
οἶμαι, ὦ Σιμμία, ἀναγκαῖον εἷναι πρὸς ἀλλήλους λέγειν
τε καὶ δοξάζειν πάντας τοὺς ὀρθῶς φιλομαθεῖς. Ἢ οὐ
δοκεῖ σοι οὕτως ; -- Παντός γε μᾶλλον, ὦ Σώκρατες.
--- Οὐκοῦν, ἔφη ὃ Σωκράτης, εἰ ταῦτα ἀληθῆ, ὦ Étape,
πολλὴ ἐλπὶς ἀφικομένῳ οἵ ἐγὼ πορεύομαι ἐκεῖ ἱκανῶς,
εἴπερ που ἄλλοθι, κτήσασθαι τοῦτο οὗ ἕνεκα ἣ πολλὴ
d 7 τἀληθές (et Plut. Tambl.): τὸ ἀλ. W | Θ 2 χαί φαμὲν ἐρασταὶ
εἶναι, φρονήσεως : χ. οὗ φ. ἐρᾶν ἔστι δὲ φρόνησις Plut. x. p. τ ei.
podvnots Iambl.; damn. Wilamowitz ibid. 348 || 5 θάτερον :τἀϊέτερα
Tambl. || 6h Το ἔσται : ἔ. ἡ ψ. ΒΞ (transp.) W Plut. Iambl. ||67
a 6 αὐτὸς Β5 (. m.) (et Plut. Ilambl. OL.): om. Β || 8 re: om. Plut.
Jambl. || xat γνωσόμεθα (οἱ fambl.) : om. Plut. || br εἰλιχρινές (et
Tambl.) : εἰλ. ὁρῶντες Plut. || ἴσως (et Ilambl.) : om. Ρ]αΐ. [] μὴ
χαθαρῷ... ἢ: boum lord mut. et ἅπτεσθαι scr. Plut. De Is. εἴ
Osir. 5, 232 d οὐ χ. Clem. Theod. ||4 τε: om. TY || 6 ταῦτα : τὰῦτ᾽
Y || 7 ἐχεῖ ἱκανῶς : ἱ, ἐ. TWY OI.
67c PHÉDON 17
C sent prescrit, est-il accompagné, lui, d’un heureux espoirt ;
et de même en est-il pour quiconque estime que sa pensée
est prête et qu'il peut la dire purifiée. — C'est abso-
lument certain, dit Simmias. — Mais une purification,
n'est-ce pas en fait justement ce que dit l’antique tradition ? ?
Mettre le plus possible l’âme à part du corps, l’habituer à se
ramener, à se ramasser sur elle-même en partant de chacun
des points du corps, à vivre autant qu’elle peut, dans les
circonstances actuelles aussi bien que dans celles qui suivront,
isolée et par elle-même, entièrement détachée du corps
comme si elle l’était de ses liens? — Absolument certain,
fit-1l. — N'est-il pas vrai que le sens précis du mot « mort »,
c’est qu'une âme est détachée et mise à part d’un corps ? —
Tout à fait vrai ! — Oui, et que ce détachement-là, comme
nous disons, ceux qui le plus l’ont toujours et qui seuls l’ont
à cœur, ce sont ceux qui, au sens droit du terme, se mêlent
de philosopher : l’objet propre de l’exercice des philosophes est
même de détacher l’âme et de la mettre à part du corps.
N'est-ce pas — Manifestement.
— Ne serait-ce donc pas, comme je le disais en commen-
çant, une chose ridicule de la part d’un homme qui se serait
préparé, sa vie durant, à rapprocher le plus possible sa
façon de vivre de l’état où l’on est quand on est mort, de
s’irriter ensuite contre l’événement lorsqu'il se présente à
Jui ? — Une chose ridicule, à coup sûr ! — Ainsi donc, Sim-
mias, c'est bien en réalité, dit-il, que ceux qui, au sens droit
du terme, se mêlent de philosopher s'exercent à mourir, et que
l’idée d’être mort est pour eux, moins que pour personne au
monde, un objet d’effroi! Voici de quoi en juger. S'ils se
sont en effet de toute façon brouillés avec leur corps, s'ils
désirent d'autre part que leur âme soit en elle-même et par
elle-même, et que pourtant la réalisation de cela puisse les
effrayer et les irriter, ne serait-ce pas le comble de la dérai-
1. Dans Criton (52 bc, 53 a), les Lois disent à Socrate que jamais,
sauf une fois, il ne s’est éloigné de la Cité sinon pour servir à l’ar-
mée ; qu’il n’y a pas d’impotent ou d’aveugle qui soit plus réfractaire
à tout déplacement, si bien qu’à l’exil 1] a préféré la mort, dont l’Apo-
logie parle aussi dans le même sens, 4o 6. Cf. Phèdre 230 d.
2. Cette antique tradition (cf. encore 63 c, 69 c, 70 c) est celle de
l’Orphisme. Les Discours sacrés, d'où proviennent les Tablettes d’or
17 PAIAQN 67F5
πιρραγματεία ἡμῖν ἐν τῷ παρελθόντι βίῳ γέγονεν, ὥστε ἥ γε
ἀποδημία, ñ νῦν μοι προστεταγμένὴ, μετὰ ἀγαθῆς ἐλπίδος
γίγνεται, καὶ ἄλλῳ ἀνδρὶ ὃς ἥγεϊῖταί οἱ παρεσκαυάσθαι τὴν
διάνοιαν ὥσπερ κεκαθαρμένην. --- Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη ὃ
Σιμμίας. --- Κάθαρσις δὲ εἶναι ἂρα οὐ τοῦτο ξυμθαίνει,
ὅπερ πάλαι ἐν τῷ λόγῳ λέγεται, τὸ χωρίζειν ὅτι μάλιστα
ἀπὸ τοῦ σώματος τὴν ψυχήν, καὶ ἐθίσαι αὐτὴν καθ᾽ αὑτὴν
πανταχόθεν ἐκ τοῦ σώματος συναγείρεσθαί τε καὶ ἄθροί-
ζεσθαι καὶ οἰκεῖν κατὰ τὸ δυνατόν, καὶ ἔν τῷ νῦν παρόντι
καὶ ἐν τῷ ἔπειτα, μόνην καθ᾽ αὑτήν, ἐκλυομένην ὥσπερ ἐκ
δεσμῶν ἐκ τοῦ σώματος ; — Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη. —
Οὐκοῦν τοῦτό γε θάνατος ὀνομάζεται, λύσις καὶ χωρισμὸς
ψυχῆς ἀπὸ σώματος ;— Παντάπασί γε, À δ᾽ ὅς. --- Λύειν
δέ γε αὐτήν, ὥς φαμεν, προθυμοῦνται ἀεὶ μάλιστα καὶ
μόνοι ot φιλοσοφοῦντες ὀρθῶς, καὶ τὸ μελέτημα αὐτὸ
τοῦτό ἔστι τῶν φιλοσόφων, λύσις καὶ χωρισμὸς ψυχῆς
ἀπὸ σώματος᾽ ἢ OÙ ; — Φαίνεται.
— Οὐκοῦν, ὅπερ ἐν ἀρχῇ ἔλεγον, γελοῖον ἂν εἴη ἄνδρα
πιαρασκευάξζονθ᾽ ξἙαυτὸν ἐν τῷ βίῳ ὅτι ἐγγυτάτω ὄντα τοῦ
τεθνάναι οὕτω ζῆν, κἄπειθ᾽ ἥκοντος αὐτῷ τούτου ἀἄγα-
νακτεῖν ; --- [Γελοῖον πῶς δ᾽ οὔ; --- Τῷ ὄντι ἄρα, ἔφη, ὦ
Σιμμία, οἵ δρθῶς φιλοσοφοῦντες ἀποθνήσκειν μελετῶσιν,
καὶ τὸ τεθνάναι ἥκιστα αὐτοῖς ἀνθρώπων φοθερόν. Ἔκ
τῶνδε δὲ σκόπει. Εἰ γὰρ διαθέθληνται μὲν πανταχῇ τῷ ᾿
σώματι, αὐτὴν δὲ καθ᾽ αὑτὴν ἐπιθυμοῦσι τὴν ψυχὴν ἔχειν,
LA 2 L A 2 \ 2 A \ ΦΥ͂
τούτου δὲ γιγνομένου εἰ φοθοῖντο καὶ ἀγανακτοῖεν, οὔ
© 1 μοι: ἐμοὶ B?(es. u.) TWY || 2 παρασχεύασθαι T? (a ex €) (et
OL.): -ἄσασθα: W || 6 καθ᾽ abrnv: χ. ἑαυ. W || d 1 ἐκ δεσμῶν (et
Iambl.,): om. ἐχ BW || 2 ἐχ τοῦ (et Iambl. [Protr.]): τοῦ Iambl.
[Vit. Pyth. 266 K.] || 3 τοῦτό γε θάνατος (et Stob.): 0. τ. γε W δὲ
Iambl. || 4 ψυχῆς ΒΞ (1. m.) (et Stob. Iambl.): om. B || 7 ψυχῆς B?
(exp.) (et Tambl.) : τῆς d. Β ||6 2 γελοῖον : où γ. codd., Socrati tri-
buentes. Sed in Ars. VII liter. tantummodo spatium || ὃ μελετῶ-
σιν: -σι BWY || 4 τὸ : om. Stob. || 5 διαδέδληνται : -ηται OI. || 6
ἔχειν W? ((. πι.) : εἶναι W || 7 δὲ : δὴ Madvig, Schanz, Archer Hind
ah
67 6 PHÉDON 18
son? Oui, de ne pas s’en aller avec joie vers ce lieu où, une
68 fois rendus, ce dont pendant la vie ils étaient amoureux, ils
ont espoir de le trouver : la pensée qui était leurs amours;
et aussi, ce avec quoi ils s'étaient brouillés, espoir d’être
débarrassés de sa compagnie ? Quoi ! des amours humaines,
mignons, épouses, fils, ont pu morts inspirer à plusieurs le
dessein d'aller volontairement aux demeures d'Hadès les y
rejoindre, conduits par l’espoir qu'ils reverraient là-bas l’ob-
jet de leur désir et seraient avec lui’ ! et la pensée par contre,
un homme qui en serait amoureux, qui aurait embrassé
avec ardeur ce même espoir de ne la rencontrer, d’une façon
qui compte, nulle part ailleurs que chez Hadès, cet homme-
là s'irriterait de mourir, il ne se réjouirait pas d’aller en ces
lieux mêmes? Voilà du moins ce qu’on doit penser, s'il est
vrai, camarade, que celui-là soit philosophe réellement; car
ce sera chez lui une forte conviction que nulle part ailleurs
il ne rencontrera purement la pensée, sinon là-bas. Or, s'il
en est ainsi, ne serait-ce pas, comme je le disais à l'instant,
le comble de la déraison que l’effroi de la mort chez un
pareil homme ? — Le comble, bien sûr, par Zeus! fit-il.
— Dis-moi, reprit Socrate, n’as-tu pas
La vertu vraie.
assez de l'indice que voici? Un homme que
tu vois s'irriter au moment de mourir, ainsi ce n’est pas la
sagesse qu'il aime; mais ce qu'il aime, c’est le corps? Et ce
même homme peut-être bien aimera-t-il aussi les richesses,
aimera-t-il encore les honneurs, soit l’une ou l’autre de ces
choses, soit toutes deux ensemble. — Absolument ! répondit-
découvertes en Italie et en Crète, enseignaient, en outre de croyances
relatives à la nature et à la destinée de l’âme (cf. Ar. De an. I 5,
kro b, 28), des prescriptions pratiques, notamment d’abstinence
(Lois V, 782 d; cf. p. 21, n. 1); initiation et purification (69 bc)
doivent assurer à l’âme chez Hadès un voyage exempt de périls, avec
la félicité pour terme. Ces conceptions s'étaient incorporées au
Pythagorisme; voir A. Delatte, Études de littér. pythagoricienne,
1919, p. 8 et 200-211.
1. Achille, qui, sachant qu’il mourra après avoir tué Hector,
n'hésite pas cependant à venger Patrocle qu’ainsi il rejoindra ; ou
Orphée, sauf qu’il descend vivant aux Enfers et pour en ramener
Eurydice. Mais l’exemple d’Alceste, qui, dans le Banquet 179 a-180 b,
s’y ajoute, ne conviendrait pas ici.
18 ΦΑΊΔΩΝ 67e
πολλὴ ἂν ἀλογία εἴη, εἰ μὴ ἅσμενοι ἐκεῖσε ἴοιεν, οἵ ἀφικο-
μένοις ἐλπίς ἐστιν οὗ διὰ βίου ἤρων τυχεῖν, ἤρων δὲ 68
φρονήσεως, ᾧ τε διεθέθληντο, τούτου ἀπηλλάχθαι συνόντος
αὐτοῖς; ἤ, ἀνθρωπίνων μὲν παιδικῶν καὶ γυναικῶν καὶ υἱέων
ἀποθανόντων, πολλοὶ δὴ ἑκόντες ἠθέλησαν εἰς “Αἰδου με-
τελθεῖν, ὑπὸ ταύτης ἀγόμενοι τῆς ἐλπίδος, τῆς τοῦ ὄψεσθαί
τι ἐκεῖ ὧν ἐπεθύμουν καὶ συνέσεσθαι. φρονήσεως δὲ ἄρα
2 A 2 2 7 À ΄ , - 1 27
τις τῷ ὄντι ἐρῶν, καὶ λαθὼν σφόδρα τὴν αὐτὴν ταύτην
ἐλπίδα, μηδαμοῦ ἄλλοθι ἐντεύξεσθαι αὐτῇ ἀξίως λόγου ἢ ἐν
2 , 39) 5 ͵ 2 A 5 , L4 Nn 3
“Δ
ἰδου, ἀγανακτήσει τε ἀποθνήσκων καὶ οὐχ ἅσμενος εἶσιν
ὃ 2 , 2 Β ΄ A 3 cr A]
αὐτόσε; οἴεσθαί γε χρή, ἐὰν τῷ ὄντι γε À, ὦ ἑταῖρε, φιλό-
σοφος᾽ σφόδρα γὰρ αὐτῷ ταῦτα δόξει, μηδαμοῦ ἄλλοθι κα-
θαρῶς ἐντεύξεσθαι φρονήσει ἀλλ᾽ ἢ ἐκεῖ. Εἰ δὲ τοῦτο οὕτως
ἔχει, ὅπερ ἄρτι ἔλεγον, οὐ πολλὴ ἂν ἀλογία εἴη εἰ φοθοῖτο
τὸν θάνατον ὃ τοιοῦτος: — ΠΠολλὴ μέντοι, νὴ Δία, ἢ δ᾽ ὅς.
--- Οὐκοῦν ikavév σοι τεκμήριον, ἔφη, τοῦτο ἀνδρός, ὃν
ἂν ἴδης ἀγανακτοῦντα μέλλοντα ἀποθανεῖσθαι, ὅτι οὐκ ἄρ᾽
ἣν φιλόσοφος, ἀλλά τις φιλοσώματος ; ὃ αὐτὸς δέ που
οὗτος τυγχάνει ὧν καὶ φιλοχρήματος καὶ φιλότιμος, ἤτοι ζ)
τὰ ἕτερα τούτων ἢ ἀμφότερα. --- Πάνυ, ἔφη, ἔχει οὕτως
6 δεῖ : om. TY || ἐχεῖσε W?(s. u.): ἐχεῖθεν W |] ἴοιεν : ἴοιμεν W
|| 68 ἃ 2 συνόντος : ξυν. ΤΞ (5. u.) WY || 3 υἱέων Β5 (em. 9): δέ. B
ἢ παίδων ἕνεχα Ars. || 4 δὴ : om. Ars. || μετελθεῖν Β5 ((. m.): ἐλθ.
ΒΤΞ (μετ exp.) WY || 6 τι : τε Tubing. ἃ || συνέσεσθαι : ξυν. BWY ||
Ὁ τ εἶσιν T? (em. et scr. 1. m.): oïost T || 2 ὄντι γε : ὄντι TWY ||
3 δόξει : -ξειν ΤΥ || et sq. μηδαμοῦ... οὕτως : -...θαμοῦ ἄλλοθι......
θαρῶς φρονήσει ἐν.... (spatium cire. XVI lit.) ὕτως Ars. Ex γρ. Β
ἄλλοθι δυνατὸν εἶναι χαθαρῶς, coni. Couvreur Blass Korkisch et
parim Burnet «μη» θαμοῦ ἄλλοθι « δυνατὸν εἶναι χα >>
θαρῶς φρονήσει ἐν «΄ τυχεῖν᾽ εἰ δὲ τοῦτο o > ὕτως ; unde ἀλλ᾽ ἢ
ἐχεῖ addub. Η. Alline Hist. du texte de Platon 7τ sq. || 5 ἂν ἀλογία:
ἀλ. ἂν Ars. || 7 τεχμήριον, ἔφη : ἔ., τ. Ars. || ἀνδρός... 9. φιλό-
σοφος: in Ars. lacunis τεχμήριον... ἀγαναχτοῦντα... ν φιλόσοφος
suppl. Korkisch «τοῦτο, ὃν ἂν ἴδης>> ἀγαναχτοῦντα «τούτῳ,
ὅτι οὐχ ἂν n >> ν φιλύσ. ;unde b 8 μέλλοντα ἀποθανεῖσθαι addub.
Alline ibid. 72 || 90: om. Stob. || © 1 ὧν : om. Ars. || 2 πάνυ (et
Stob.): x. γ᾽ W || ἔφη, ἔχει : ἔχ., ἔφ. Stob. ἔφη om., ut uid., Ârs.
68c PHÉDON 19
il. C’est comme tu dis. — Or donc, Simmias, ce qu'on
appelle le courage ne convient-il pas aussi, au plus haut degré,
à ceux dont les dispositions sont au contraire celles que je
disais? — Sans nul doute! — N’en est-il pas de même pour
la tempérance, et pareïillement au sens ordinaire du mot
tempérance? Dans les désirs point de violents transports,
une attitude au contraire dédaigneuse et prudente, est-ce
que cela n’est pas propre à ceux-là seuls qui, au plus haut
degré, ont le dédain du corps et qui vivent dans la philoso-
phie? — Nécessairement, dit-il. — Et en effet, aie la bonté
de réfléchir au courage, simplement, du reste des hommes
ainsi qu'à leur tempérance, tu en verras toute l’étrangeté 1.
— Et comment cela, Socrate? — Tu n’igrores pas, reprit-
il, que la mort est tenue par tout le reste des hommes pour
être au nombre des grands malheurs? — Ah! je crois bien!
— La crainte de maux plus grands ne détermine-t-elle pas
ceux d’entre eux qui ont du courage à affronter la mort,
quand il y a lieu de l’affronter ? — C’est cela! — Ainsi, c'est
en étant peureux et par peur que sont courageux tous les
hommes, les philosophes exceptés. Et pourtant, il est irra-
tionnel que la peur et la lächeté puissent donner du cou-
rage !— C'est absolument certain ! — Passons à ceux d’entre
eux qui ont de la prudence. Ne leur arrive-t-il pas, pareil-
lement, qu'une sorte de dérèglement est le principe de leur
tempérance ? Nous avons beau dire qu’il Υ a impossibilité à
cela, mais c'est un fait pourtant qu'ils sont dans une situa-
tion analogue, avec leur niaise tempérance ! Car ils redou-
tent d’être privés de tels autres plaisirs dont ils ont envie, et,
si de certains ils abstiennent, c’est qu’il y en a certains qui
1. Tout le morceau [Link] conception populaire de la vertu
(cf. 82 a fin). D’après cette conception est vertueux celui qui s’abs-
tient d’une chose ou qui la fait en vue d’en obtenir ou d’en éviter
une semblable. En ce sensle tempérant est celui qui s'impose la pri-
vation d’un plaisir pour en gagner un plus grand ou pour s'épargner
une souffrance ; le courageux, celui qui, pour éviter de tomber aux
mains de l’ennemi, préfère s’exposer à la mort comme à un moindre
mal (69 a). Or, pour qui pratique cette sorte de vertu elle est une
duperie, puisqu'il renonce à du plaisir pour n’avoir en échange que
du plaisir, puisqu'il échange des risques contre d’autre risques. Cette
19 ΦΑΙΔΩΝ 68 ὁ
ὡς λέγεις. — Ap° οὖν, ἔφη, ὦ Σιμμία, οὐ καὶ ἧ ὀνομαζο-
μένη ἀνδρεία τοῖς οὕτω διακειμένοις μάλιστα προσήκει; ---
Πάντως δήπου, ἔφη. — Οὐκοῦν καὶ À σωφροσύνη, ἣν καὶ
ot πολλοὶ ὀνομάζουσι σωφροσύνην, τὸ περὶ τὰς ἐπιθυμίας
μὴ ἐπτοῆσθαι ἀλλ᾽ ὀλιγώρως ἔχειν καὶ κοσμίως, ἄρ᾽ où
τούτοις μόνοις προσήκει, τοῖς μάλιστα τοῦ σώματος ὃὄλι-
γωροῦσι τε καὶ ἐν φιλοσοφία ζῶσιν ; — ᾿Ανάγκη, ἔφη. ---
à γὰρ ἐθέλεις, ἢ δ᾽ ὅς, ἐννοῆσαι τὴν γε τῶν ἄλλων
ἀνδρείαν τε καὶ σωφροσύνην, δόξει σοι εἶναι ἄτοπος. ---
Πῶς δή, ὦ Σώκρατες ; --- Οἶσθα, À δ᾽ ὅς, ὅτι τὸν θάνατον
ἡγοῦνται πάντες ot ἄλλοι τῶν μεγάλων κακῶν εἶναι: ---
Καὶ μάλα, ἔφη. --- Οὐκοῦν φόθῳ μειζόνων κακῶν ὕπομέ-
νουσιν αὐτῶν οἱ ἀνδρεῖοι τὸν θάνατον, ὅταν ὑπομένωσιν:
--- Ἔστι ταῦτα. --- Τῷ δεδιέναι ἄρα καὶ δέει ἀνδρεῖοί εἶσι
πιάντες πλὴν ot φιλόσοφοι" καίτοι ἄλογόν γε δέει τινὰ καὶ
δειλίᾳ ἀνδρεῖον εἶναι. — [Πάνυ μὲν οὖν. — Τί δέ ; ot
κόσμιοι αὐτῶν οὐ ταὐτὸν τοῦτο πεπόνθασιν, ἀκολασία τινὶ
σώφρονές εἶσιν ; Καίτοι φαμέν γε ἀδύνατον εἶναι, ἀλλ᾽
ὅμως αὐτοῖς συμθαίνει τούτῳ ὅμοιον τὸ τιάθος τὸ περὶ
ταύτην τὴν εὐήθη σωφροσύνην. Φοθούμενοι γὰρ ἕτέρων
ἡδονῶν στερηθῆναι καὶ ἐπιθυμοῦντες ἐκείνων, ἄλλων
© ἡ ἀνδρεία : ἀνδρία ΒΣ (em. P) ΤΞ (ι 5...) || 5 δήπου : που Stob.
| ἥτοιι. W [|ἅτθἧ ἔφη : om. Ars. |] 2 ἐθέλεις (et Iambl. Stob.) :
πλήσεις WY || γε (et Iambl. Stob.): τε BY || 3 ἀνδρείαν : -δρίαν B
[| δόξει σοι (et Tambl.) : -£n σὺ Stob. || 5 μεγάλων T γρ. (et Iambl.
OI. Stob.) : -ίστων B? (Gi. m.) TWY || εἶναι ΒΞ (. m..) (et Ars.) : om.
BT? (exp. ?) Iambl. OI. || 6 καὶ μάλα : x. μάλ᾽ B ναὶ μάλα Stobn, || 7
αὐτῶν : αὐτὸν Stob. || 8 sq. ταῦτα... δέει : ταῦτα τῷδε, vai; (Socra-
415) — vai. — ἄρα οὖν δέει Stob. || 9 ἄλογόν (et Ars. Iambl. Stob.):
ἀτοπόν B? (Gi. m.) TWY || er δέ: δαί ΒΤ || 2 οὐ : ὃ Stob. || 3
σώφρονες εἰσιν: -σι ΒΞ (em.) WY Iambl. << σωφρονο > ὕσιν Ars. ||
γε (et lambl. Stob.): γε που B? (5. u.) TWY || 4 αὐτοῖς (et Iambl.):
om. Stob. || συμθαίνει : ξυμό. BT || roûtw (et Ilambl. Stob.) : τοῦτο
Ars. || ὅμοιον: 6. εἶναι ΒΞ (8. u.) || τὸ περὶ ταύτην εὐήθη (et Ilambl.
Stob.) : τῷ x. τ. €. B? (ὦ 5. u.) τοι ἐπ᾿ αὐτὴν ἀνδραποδώδη Ars. cf.
GC. Ritter [Bursian 1912, 531-28] || 5 ἑτέρων ἡδόνων στερηθῆναι (et
Tambl. Stob.\ : 6. ἑ. ἢ. Ars.
68 e PHÉDON 20
les dominent. On a beau appeler dérèglement une sujétion à
69 l'égard des plaisirs, mais c’est un fait pourtant: ces gens-là
subissent la domination de quelques plaisirs et c’est ainsi
qu'ils en dominent d’autres. Or cela ressemble bien à ce
qu'on disait tout à l’heure: c’est en quelque façon un dére-
glement qui est le principe de leur tempérance ! — Vraisem-
blablement, en effet.
— Peut-être bien en effet, excellent Simmias, n’est-ce pas à
‘égard de la vertu un mode correct d'échange, que d’échan-
ger ainsi des plaisirs contre des plaisirs, des peines contre des
peines, une crainte contre une crainte, la plus grande contre
la plus petite, tout comme s’il s'agissait d’un échange de
monnaie; peut-être au contraire n’y a-t-1l ici qu’une monnaie
qui vaille et en échange de laquelle tout cela doive être
échangé : la pensée! ! Oui, peut-être bien est-ce le prix que
valent, ce avec quoi s’achètent et se vendent authentiquement
toutes ces choses-ci: courage, sagesse, justice; la vertu vraie
en somme, accompagnée de pensée, que s’y joignent ou s'en
disjoignent plaisirs, craintes et tout ce qu'il y a encore de
pareil !Que tout cela soit d'autre part isolé de la pensée et
objet d'échange mutuel, peut-être bien est-ce un trompe-l’œil
qu'une semblable vertu: vertu réellement servile, où il n’y ἃ
rien de sain ni de vrai ! Peut-être, bien plutôt, la réalité vraie
est-elle qu’une certaine purification de toutes ces passions
vertu-là n’a que l’apparence de la vertu; c’est un vrai trompe-lœil
(09 b), car elle ne nous rend pas meilleurs.
1. La vertu vraie, au contraire de la vertu populaire, consiste à
échanger plaisirs, peines ou craintes contre la pensée, seule monnaie
qui vaille pour acheter la vertu et ainsi devenir meilleur; l’échange
alors ne trompe pas. Quelles que soient, dans le détail, les difficultés
d'interprétation du passage, il explique très bien ce qu’a dit Socrate
au début du développement (68 bc) : si le philosophe ne craint pas
la mort, c’est qu’en échange de la vie il libère son âme et acquiert
l'exercice entièrement indépendant de la pensée ; s’il est tempérant,
c’est qu’en échange de la renonciation aux plaisirs du corps 1] obtient,
dans la mortification, la plus haute aptitude possible à se purifier par
l’exercice de la pensée. Tout ce qui précède, à partir de 64 b, pré-
pare cette conception de la vertu fondée sur la pensée pure ; celle-ci
sera elle-même définie 79 d. Comparer République IV, 4h4r c-4hh a;
Théétète 176 a-d; Lois I, 081 c.
20 PAIAQON 68 6
ἀπέχονται ὕπ᾽ ἄλλων κρατούμενοι" καίτοι καλοῦσί γε ἄκο-
‘Aaotav τὸ ὑπὸ τῶν ἡδονῶν ἄρχεσθαι, ἀλλ᾽ ὅμως συμθαίνει 69
αὐτοῖς κρατουμένοις ὕφ᾽ ἡἧδονῶν κρατεῖν ἄλλων ἧδονῶν.
Τοῦτο δ᾽ ὅμοιόν ἔστιν ᾧ νῦν δὴ ἐλέγετο, τῷ τρόπον τινὰ δι᾽
ἀκολασίαν αὐτοὺς σεσωφρονίσθαι. --- Ἔοικε γάρ.
— Ὦ μακάριε Σιμμία, μὴ γὰρ oùx αὕτη À À ὀρθὴ πρὸς
ἀρετὴν ἀλλαγή, ἡδονὰς πρὸς ἥδονὰς καὶ λύπαις πρὸς λύπας
καὶ φόθον πρὸς φόθον καταλλάττεσθαι μείζω πρὸς ἐλάττω,
ὥσπερ νομίσματα ἀλλ᾽ À ἐκεῖνο μόνον τὸ νόμισμα ὀρθόν,
ἀντὶ οὗ δεῖ πάντα ταῦτα καταλλάττεσθαι, φρόνησις" καὶ
τούτου μὲν πάντα καὶ μετὰ τούτου. ὠὦνούμενά τε καὶ
πιπρασκόμενα τῷ ὄντι ἧ, καὶ ἀνδρεία καὶ σωφροσύνη καὶ
δικαιοσύνη, καὶ ξυλλήθδην ἀληθὴς ἀρετή μετὰ φρονήσεως,
καὶ προσγιγνομένων καὶ ἀπογιγνομένων καὶ ἧδονῶν καὶ
φόθων καὶ τῶν ἄλλων πάντων τῶν τοιούτων χωριζόμενα
δὲ φρονήσεως καὶ ἀλλαττόμενα ἄντὶ ἀλλήλων μὴ σκια-
γραφία τις À M τοιαύτη ἀρετή, καὶ τῷ ὄντι ἀνδραποδώδης
τε καὶ οὐδὲν ὑγιὲς οὐδ᾽ ἀληθὲς ἔχη τὸ δ᾽ ἀληθὲς τῷ ὄντι
e 7 ὑπ᾽ ἄλλων χρατούμενοι (et lambl.): ὕπ᾽ ἐχείνω «νὰ» x. Ars.
2. ὑπ᾽ ἃ. W ὑ. &. -μένων Stob. || 69 à τ τὸ ὑπὸ τῶν ἡδόνων : τὸ ὑπ...
ἡδ. Ars. ὑπ « “ὁ τῶν" ἣ. coni. Korkisch ὑπ <0> ñ. Mahaffy}|| ἀλλ᾽
ὅμως συμδαίνει (et Tambl. Stob.) : à. ὅ. ξυμό, BW συμθαίνει δ᾽ οὖν
Ars. cf. Alline ἰδία. 73 || 2 χρατεῖν ἄλλων ἡδόνων (et [ambl.) : om.
Stob. || 3 δ᾽ (et Iambl.): δὴ Stob. || ᾧ : ὃ Iambl. Stob. || τῷ : om.
fambl. τὸ Stob. || 5 γὰρ (et Olympiod. Stob.) : om. ΤΥ || ἢ ἡ Y? (s.
u.): ἡ TWY ἢ Β Stob. || 6 ἀλλαγή (et Iambl.): ἀλλὰ B om. T (sed in
rasura post ἀρετήν fort. ἀλλ᾽) Υ ἀλλ᾽ ἀντὶ Stob. || πρὸς ἡδόνας οἱ πρὸς
λύπας: om. Stob. || 7 μείζω Iambl. Stob.: χαὶ μ. codd. || ὃ ἀλλ᾽
ñ (et OL.) : ἀλλ᾽ ἢ B lambl. Stob. ἀλλὴ T || 9 ἀντὶ οὗ (et Tambl.):
ἀνθ᾽ ὅτου W ἄντι où Stob. || πάντα (et [ambl. Stob.) (post ταῦτα
W): ἅπ. B |]καὶ τούτου μὲν πάντα (et Ilambl. Stob.) : secl. Burnet ||
D τ ὠνούμενά te xai πιπρασχύμενα (et Iambl. Stob. OL.): secl.
Burnet || 2 ἦ: ἣ Iambl. ἢ Stob. || ἀνδρεία : a BY || σωφροσύνη
χαὶ δικαιοσύνη (et Tambl. Stob.): δ. κ. σ. W || 4 προσγιγνομένων za
ἀπογιγνομένων : -μένη x. -uévn Stob. || 6 xai B? (add.) (et Iambl.
Stob.) :om. B || ἀλλήλων B2(s. u.) (et lambl. Stob.): ἄλλων B ||
7 à Cet lambl.) :om. Stob. || 8 ὑγιὲς (et Tambl. Stob.): 5. εἶναι B ||
ἔχῃ (et Stob.): -εἰ W Iambl. ἔχουσα W γρ.
69b PHÉDON 21
constitue la tempérance, la justice, le courage; et peut-être
enfin la pensée elle-même est-elle un moyen de purification.
Il y a chance, ajouterai-je, que ceux-là même à qui nous
devons l'établissement des initiations ne soient pas sans mérite,
mais que ce soit la réalité depuis longtemps cachée sous ce
langage mystérieux : quiconque arrive chez Hadès en profane
et sans avoir été initié, celui-là aura sa place dans le Bourbier,
tandis que celui qui aura été purifié et initié habitera, une
fois arrivé là-bas, dans la société des Dieux !. C’est que, vois-
tu, selon la formule de ceux qui traitent des initiations:
« nombreux sont les porteurs de thyrse, et rares les Bacchants ».
Or ces derniers, à mon sens, ne sont autres que ceux dont la
philosophie au sens droit du terme a été l’occupation. Pour en
être, je n’ai, quant à moi et dans la mesure au moins du
possible, rien négligé pendant ma vie; j'y ai mis au con-
traire et sans réserve tout mon zèle. Mon zèle d'autre part
fut-il légitime, a-t-1l obtenu quelque succès? C'est de quoi,
une fois là-bas, nous aurons, s’il plaît à Dieu, certitude un
peu plus tard: telle est du moins mon opinion.
« Voilà donc, dit-il, Simmias et Cébès, ma défense ; voilà
pour quelles raisons je vous quitte, vous aussi bien que mes
Maîtres d'ici, sans en éprouver ni peine n1 colère, parce que,
j'en suis convaincu, là-bas non moins absolument qu'ici je
rencontrerai de bons Maîtres comme de bons camarades. La
foule, il est vrai, est là-dessus incrédule. Si donc pour vous
je suis dans ma défense plus persuasif que pour les juges
d'Athènes, ce sera bien ! »
Les paroles de Socrate amenèrent cette
He CEA tie. répartie de Cébès : « Tout cela est, dit-
Le problème il, à mon avis personnel, fort bien parler,
de la survivance :
ΠΑ». Socrate ; j'en excepte ce qui, touchant
’àäme, est pour les hommes une abon-
70 dante source d’incrédulité. Peut-être bien, se disent-ils ?, une
1. Platon dégage le sens de cet enseignement. Peu importe que
les professionnels de l'initiation, les Orphéotélestes fassent ailleurs
figure de charlatans (Rep. 11, 363 cd, 364 ὁ sq.). Le Bourbier des
profanes, le Paradis des initiés sont raillés par Aristophane (Gre-
nouilles 145-158) et par Diogène le Cynique (Diog. La. VI, 39).
2. Croyances homériques, liées à la conception de l’âme-souffle;
21 ΦΑΙΔΩΝ
ἢ κάθαρσίς τις τῶν τοιούτων πάντων καὶ À σωφροσύνη καὶ
ἣ δικαιοσύνη καὶ ἀνδρεία, καὶ αὐτὴ ἡ φρόνησις μὴ καθαρμός
τις ἧ. Καὶ κινδυνεύουσι καὶ οἵ τὰς τελετὰς ἧἥμῖν οὗτοι
καταστήσαντες οὐ φαῦλοι εἶναι, ἀλλὰ τῷ ὄντι πάλαι
αἰνίττεσθαι ὅτι ὃς ἂν ἀμύητος καὶ ἀτέλεστος εἷς “Αιδου
ἀφίκηται ἐν βορθόρῳ κείσεται, ὃ δὲ κεκαθαρμένος τε καὶ
τετελεσμένος ἐκεῖσε ἀφικόμενος μετὰ θεῶν οἰκήσει. Εἰσὶ
γὰρ δή, ὥς φασιν où περὶ τὰς τελετάς, « ναρθηκοφόροι
« μὲν πολλοί, βάκχοι δέ τε παῦροι ». Οὗτοι δ᾽ εἰσί κατὰ τὴν
ἐμὴν δόξαν οὐκ ἄλλοι ἢ ot πεφιλοσοφηκότες ὀρθῶς. Ὧν
δὴ καὶ ἐγὼ κατά γε τὸ δυνατὸν οὐδὲν ἀπέλιπον ἐν τῷ βίῳ
ἀλλὰ παντὶ τρόπῳ προυθυμήθην γενέσθαι. Ei δ᾽ ὀρθῶς
πιρουθυμήθην καί τι ἠνύσαμεν, ἐκεῖσε ἐλθόντες τὸ σαφὲς
εἰσόμεθα, ἂν θεὸς ἐθέλῃ, ὀλίγον ὕστερον, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ.
Ταῦτ᾽ οὖν ἐγώ, ἔφη, ὦ Σιμμία τε καὶ Κέθης, ἀπολο-
γοῦμαι, ὥς εἰκότως ὕμᾶς τε ἀπολείπων καὶ τοὺς ἐνθάδε
δεσπότας οὐ χαλεπῶς φέρω οὐδ᾽ ἀγανακτῶ, ἡγούμενος
κἀκεῖ οὐδὲν ἧττον ἢ ἐνθάδε δεσπόταις τε ἀγαθοῖς ἐντεύ-
ἔεσθαι καὶ ἑταίροις. Τοῖς δὲ πολλοῖς ἀπιστίαν παρέχει. εἴ
τι οὖν ὕμῖν πιθανώτερός εἶμι ἐν τῇ ἀπολογία ἢ τοῖς
᾿Αθηναίων δικασταῖς, εὖ ἂν ἔχοι. » |
Εἰπόντος δὴ τοῦ Σωκράτους ταῦτα, ὑπολαδὼν ὃ Κέθης
ἔφη «“Ὦ Σώκρατες, τὰ μὲν ἄλλα ἔμοιγε δοκεῖ καλῶς
b 9 à κάθαρσίς (et 510}.0].): x. à B? (transp.) W || τις (et
Tambl.) : om. Stob. || ç 1 καὶ ἀνδρεία (-dota): x. ἣ à TWY
Jambl. om. Stob. [ αὐτὴ (et Ilambl.) : ἔτι αὐ. Stob. || 2 xai χινδυ-
νεύουσι Jambl. Olympiod.: x. -εὐύωσι codd. x. ὡς -εύουσι Stob.
||. 3 φαῦλοι (et [ambl. Stob.): φ. τινες ΒΞ (s. u.) TYW || 5 sq.:
cum quadam uerborum uariatione Suid. 861 b || 5 κείσεται (et
Jambl. Theod.) : -σεσθαι Stob. || τε (et Iambl. Theod. Stob.) : om. W
|| ὁ οἰχήσει (et Clem. Iambl. Theod.): -σεται Stob. || 7 ὥς (et
Clem. Stob.) : om. TY Iambl. ||ἃ 1 ὀρθῶς (et Clem.): om. [ambl.
Stob. || ἃ ἐγὼ: ἔγωγε TWY || ÿe: om. ΤΥ[] ὃ δ᾽: δὲ ΤΥ || 5 ἂν:
ἐὰν TWY [| 7 ἀπολείπων: -λίπων Β || 6 τ χἀχεῖ: χαὶ ἐ. TWY [} ἃ
ἑταίροις : ἑτέ. B || τοῖς δὲ... παρέχει : addub. Ast || 6 ἔμοιγε δοχεῖ
T? (transp.) (et Stob.): ὃ. ἔμ. TWY [|καλῶς λέγεσθαι: À. x. Stob.
IV. — 9
70 ἃ PHÉDON 22
fois séparée du corps, n’existe-t-elle plus nulle part, et peut-
être, bien plutôt, le jour même où l’homme meurt, est-elle
détruite et périt-elle ; dès l'instant de cette séparation,
peut-être sort-elle du corps pour se dissiper à la façon
d'un souffle ou d’une fumée, et ainsi partie et envolée
n'est-elle plus rien nulle part. Par suite, s’il était vrai que
quelque part elle se fût ramassée en elle-même et sur elle-
même, après s'être débarrassée de ces maux que tu passais
tout à l'heure en revue, quelle grande et belle espérance,
Socrate, naîtrait de la vérité de ton langage! Il a pourtant
besoin sans nul doute d’une justification, et qui probablement
n'est pas peu de chose, pour faire croire qu'après la mort de
l’homme l’âme subsiste avec une activité réelle et une pensée‘.
— C'est vrai, Cébès, dit Socrate. Eh bien! qu'avons-nous
donc à faire? N'est-ce pas ton désir que sur ce sujet même nous
racontions s’il est vraisemblable ou non qu'il en soit ainsi ??
— Ma foi, oui! répondit Cébès, j'aurais plaisir à entendre
quelles sont là-dessus tes idées. — Au moins, reprit Socrate,
il n'y aurait, je crois, personne, en m'entendant à présent,
personne, füt-ce même un poète comique, pour prétendre
que je suis un bavard et qui parle de choses qui ne le
regardent pas * ! Si donc tel est ton avis, c’est une chose à exa-
miner à fond.
« Or, examinons la question à peu prè
x x
L'argument
sous cette forme : est-ce en somme chez
des contraires.
Hadès que sont les âmes des trépassés,
ou n'y sont-elles pas? Le fait est que, d’après une antique
tradition que nous avons déjà rappelée*, là-bas sont les
Platon les rassemble pour les condamner Rep. III, 386 d sq.
1. 1] s’agira donc de montrer contre ces croyances populaires que,
au lieu d’être après la mort une ombre vaineet un souffle inconsis-
tant, l’âme garde une réalité active et reste capable de penser.
2. Ge sont des vraisemblances qui vont être exposées, et ainsi l’idée
d’en faire la narration organisée prend son sens plein, qui, déjà indi-
qué 61 b,e, s’'épanouira dans les mythes (cf. 81 ἃ et 114 d). La mé-
thode philosophique, seule capable de fournir une vraie preuve
(102 a-107 a), est au contraire la dialectique (voir p. 12, n. 2).
3. Soit, d’après Olympiodore, Eupolis (fr. 352 : « Je hais Socrate,
le mendiant bavard... »; soit Aristophane (Nuées 1484 sq.; cf.
Apologie 19 d).
ἡ. Bien que la suite (70 6) fasse songer à Héraclite, c’est encore,
22 ΦΑΊΔΩΝ 70 a
λέγεσθαι, τὰ δὲ περὶ τῆς ψυχῆς πολλὴν ἂπιστίαν παρέχει 70
τοῖς ἀνθρώποις μή, ἐπειδὰν ἀπαλλαγῇ τοῦ σώματος,
οὐδαμοῦ ἔτι ἧ, ἀλλ᾽ ἐκείνη τῇ ἡμέρᾳ διαφθείρηταί τε καὶ
ἀπολλύηται À ἂν ὃ ἄνθρωπος ἀποθνήσκῃ᾽ εὐθὺς ἄπαλ-
λαττομένη τοῦ σώματος καὶ ἐκθαίνουσα, ὥσπερ πνεῦμα ἢ
κατινὸς διοισκεδοσθεῖσα, οἴχηται διατιτομένη καὶ οὐδὲν ἔτι
οὐδαμοῦ ἧ. Ἐπεί, εἴπερ εἴη που αὐτὴ καθ᾽ αὑτὴν
συνηθροισμένη καὶ ἀπηλλαγμένη τούτων τῶν κακῶν ὧν σὺ
νῦν δὴ διῆλθες, πολλὴ ἂν ἐλπὶς εἴη καὶ καλή, ὦ Σώκρατες,
ὡς ἀληθῆ ἔστιν ἃ σὺ λέγεις. ᾿Αλλὰ τοῦτο δὴ ἴσως οὐκ
ὀλίγης παραμυθίας δεῖται καὶ πίστεως, ὡς ἔστι τε ἣ
ψυχὴ ἀποθανόντος τοῦ ἀνθρώπου, καί τινα δύναμιν ἔχει
καὶ φρόνησιν. --- ᾿Αληθῆ, ἔφη, λέγεις, ὃ Σωκράτης, ὦ
K£Bnc. ᾿Αλλὰ τί δὴ ποιῶμεν ; ἢ περὶ αὐτῶν τούτων βούλει
διαμυθολογῶμεν εἴτε εἰκὸς οὕτως ἔχειν εἴτε μή : — ᾿Εγὼ
γοῦν, ἔφη ὃ K£6nc, ἥδέως ἂν ἀκούσαιμι ἥντινα δόξαν
ἔχεις περὶ αὐτῶν. -- Οὔκουν γ᾽ ἂν οἶμαι, ἢ δ᾽ ὃς ὃ
Σ ὠκράτης, εἰπεῖν τινα νῦν ἀκούσαντα, οὐδ᾽ εἰ κωμῳδοποιὸς
εἴη, ὧς ἄἀδολεσχῶ καὶ οὐ περὶ προσηκόντων τοὺς λόγους
ποιοῦμαι. Εἰ οὖν δοκεῖ, χρὴ διασκοπεῖσθαι.
« Σκεψώμεθα δὲ αὐτὸ τῇδέ πῃ, εἴτ᾽ ἄρα ἐν “Αιδου εἰσὶν
at ψυχαὶ τελευτησάντων τῶν ἀνθρώπων εἴτε καὶ οὔ,
ΓΠαλαιὸς μὲν οὖν ἔστι τις λόγος οὗ μεμνήμεθα, ὡς εἰσὶν
ἐνθένδε ἀφικόμεναι ἐκεῖ, καὶ πάλιν γε δεῦρο ἀφικνοῦνται
70 ἃ 3 ἔτι ἢ : ἐστι Stob. || διαφθείρηταί: -ρεταί Stob. || 4 ἀπολ-
λύητα: : ἀπολύηται W -όλλυται Stob. || ἀποθνήσχῃ Β5 (5. u.): -θνήσχει
Β -θάνη B? (. πι.) TWY Stob. || 6 οἴχηται: -yetar Stob. οἴχηται...
I] 7 ἢ 560]. Schanz, cf. Wilamowitz ibid. 340 || αὑτὴν: ἕαυ. TWY
|| 8 συνηθροισμένη (et Stob.): ξυν. TWY || ὧν :uel om. uel ἃ Stob.
Ι σὺ νῦν δὴ : 6. v. ἂν Β [ut uid. Schanz] σὺ νῦν TWY νῦν σὺ Stob. ||9
ἐλπὶς εἴη: εἴη ἐ. Stob. ||b τ ἴσως (et Stob): σαφῶς" W? (5. u.) |] 2 ἧ (εἰ
Stob.): om. TY || 6 ἐγὼ γοῦν (et Stob.): ἔγωγε οὖν B ci οὖν W éyw-
γοῦν ΤΥ || 7 ἀκούσαιμι ἥντινα : -σαιμι uel -σαίμην τίνα Stob. I 9
en τοῖς roro10 BT? (tex o etos.u.)Y ΟἹ. [ὁ 2 χρὴ: χαὶ χ.
Hoc Ι 3 δὲ: om. TY [| 37°: -τε TWY || ὅ λόγος: ὃ À. οὗτος Β5 ἽΝ
χη.) Τῷ ὄ add.) W OI. À. οὗτος Y Stob. || 6 γε (et Stob.): om. W.
70c PHÉDON 23
âmes qui y sont venues d'ici, et que de nouveau, j'y insiste,
elles reviennent ici même et renaissent de ceux qui sont morts.
Et s'il en est ainsi, si des morts renaissent les vivants, qu’ad-
mettre, sinon que nos âmes doivent être là-bas? Car sans
doute il ne saurait pas y avoir de nouvelle naissance pour des
âmes qui n’existeraient pas, et c'en serait assez pour prouver
cette existence, d'avoir réellement rendu manifeste que la
naissance des vivants n'a absolument pas d’autre origine que
les morts. Si par contre il n’en est pas ainsi, alors quelque
autre argument deviendra nécessaire. — C'est, dit Cébès,
absolument certain.
— Garde toi donc, reprit-il, d'envisager la chose à propos
des hommes seulement, mais, si tu veux qu’elle soit plus
facile à comprendre, à propos aussi de tout ce qui est animal
ou plante. Bref, embrassant tout ce qui a naissance, voyons si
dans chaque cas c’est ainsi que naît chaque être, autrement
dit, les contraires de rien autre que de leurs contraires, par-
tout où justement existe une telle relation: entre le beau par
exemple et le laid, dont il est, je pense, le contraire, entre
le juste et l’injuste; ce qui, naturellement, a lieu dans des
milliers d’autres cas. Voici donc ce que nous avons à exami-
ner : est-ce que nécessairement, dans tous les cas où 1] existe
un contraire, ce contraire naît de rien autre absolument que
de ce qui en est le contraire? Exemple: quand une chose
devient plus grande, n'est-il pas nécessaire que ce soit de plus
petite qu’elle était auparavant, qu’elle doive ensuite devenir
plus grande? — Oui. — N'est-il pas vrai que, lorsqu'elle
devient plus petite, c’est qu’un état antérieur où elle était plus
grande doit donner naïssance postérieurement à un état où
71 elle sera plus petite? — C’est bien cela. — Et assurément
c'est bien d’un plus fort que naît ce qui est plus faible, et d’un
plus lent ce qui est plus rapide? — Hé! absolument. — Quor
encore? Si une chose devient pire, n'est-ce pas de meilleure
qu’elle était? plus juste, n’est-ce pas de plus injuste? —
Comment non, en effet? — Il suffit donc, dit-il : nous tenons
ce principe général de toute génération, que de choses con-
le renvoi à 63 c, 69 c le prouve, une évocation de la tradition orphique.
(égyptienne aussi et pythagorique, dit Hérodote IT 8x et 123). Le Ménon
(8x a-c) la rapporte à des prêtres ou prêtresses et à des poètes vrai-
ment divins, tel Pindare ; comme ici, elle introduit la Réminiscence.
338 ΦΑΙΔΩΝ 70 ὁ
καὶ γίγνονται ἐκ τῶν τεθνεώτων. Καὶ εἶ τοῦθ᾽ οὕτως ἔχει,
πιάλιν γίγνεσθαι ἐκ τῶν ἀποθανόντων τοὺς ζῶντας, ἄλλο τι
ἢ εἶεν ἂν at ψυχαὶ ἡμῶν ἐκεῖ; Οὐ γὰρ ἄν που πάλιν d
ἐγίγνοντο μὴ οὖσαι, καὶ τοῦτο ἱκανὸν τεκμήριον τοῦ ταῦτ᾽
εἶναι, εἰ τῷ ὄντι φανερὸν γίγνοιτο ὅτι οὐδαμόθεν ἄλλοθεν
γίγνονται οἵ ζῶντες ἢ ἐκ τῶν τεθνεώτων. Εἰ δὲ μὴ ἔστι
τοῦτο, ἄλλου ἄν του δέοι λόγου. --- Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη 6
Κέβης.
— Μὴ τοίνυν κατ᾽ ἀνθρώπων, À δ᾽ ὅς, σκόπει μόνον
τοῦτο, εἰ βούλει ῥᾷον μαθεῖν, ἀλλὰ καὶ κατὰ ζῴων πάντων
καὶ φυτῶν, καὶ ξυλλήθδην ὅσαπερ ἔχει γένεσιν, περὶ
πιάντων ἴδωμεν ἄρ᾽ οὑτωσὶ γίγνεται πάντα, οὐκ ἄλλοθεν ἢ
ἐκ τῶν ἐναντίων τὰ ἐναντία, ὅσοις τυγχάνει ὃν τοιοῦτόν
tu οἷον τὸ καλὸν τῷ αἰσχρῷ ἐναντίον που καὶ δίκαιον
ἀδίκῳ, καὶ ἄλλα δὴ μυρία οὕτως ἔχει. Τοῦτο οὖν σκεψώ-
μεθα’ ἄρα ἀναγκαῖον ὅσοις ἔστι τι ἐναντίον, μηδαμόθεν
ἄλλοθεν αὐτὸ γίγνεσθαι ἢ ἐκ τοῦ αὐτῷ ἐναντίου᾽ οἷον ὅταν
μεῖζόν τι γίγνηται, ἀνάγκη που ἐξ, ἐλάττονος ὄντος πρό-
τερον ἔπειτα μεῖζον γίγνεσθαι: --- Ναί. --- Οὐκοῦν κἂν
ἔλαττον γίγνηται, ἐκ μείζονος ὄντος πρότερον ὕστερον
ἔλαττον γενήσεται: --- Ἔστιν οὕτω, ἔφη. --- Kai μὴν ἐξ 71
ἰσχυροτέρου γε τὸ ἀσθενέστερον καὶ ἐκ βραδυτέρου τὸ
θᾶττον ; --- Πάνυ γε. — Τί δέ ; ἄν τι χεῖρον γίγνηται,
οὐκ ἐξ ἀμείνονος, καὶ ἂν δικαιότερον, ἐξ ἀδικωτέρου : --
Πῶς γὰρ οὔ; — Ἱκανῶς οὖν, ἔφη, ἔχομεν τοῦτο, ὅτι
ο ὃ τι ἢ εἶεν ἄν :τι ἢ, ἐὰν Stob. || d 1 αἱ ψυχαὶ ἡμῶν: ἣ, αἱ ψ.
TWY Stob. ||3 γίγνοιτο:γέν. W Stob. || 8 ῥᾷον çetOI. [134 14 Ν.]
Stob.): ῥάδιον TWY || 9 ὅσαπερ ἔχει (et OI. ibid.): ὅσα περιέχει lu
bingensis. G Stob. || 10 ἴδωμεν OL. ibid. Stob.: εἴδ. codd. || ἀρ’
οὑτωσὶ : ἀρὰ -σὶ Stob. &. -τως W -σὶ à. OM. ibid. ||πάντα (et Ol.
ibid.): ἅπαντα ΤΥ Stob. || 6 3 τοῦτο οὖν (et Stob): om. ΤΥ || 4 ἔστι
τι (et Stob.) : -τιν TW |] 5 αὐτῷ: ἑαυ. W αὐτοῦ Stob. || 6 πρότε-
ρον... 8 μείζονος Y? ((. m.) || 74 ἃ τ οὕτω, ἔφη : ἔφη, οὕτω TWY
Stob. || 2 γε (et OI. Stob.) :om. BW || 3 δέ W? (Ξε 5. u.) (et Stob.):
δαί codd. || 4 ἂν: ἐὰν Υ Stob. || ἐξ alt. : οὐχ ἐξ Τὸ (1. m.) W
Stob. || 5 οὖν (et Stob.): γοῦν B2W.
74 ἃ PHÉDON 2%
traires naissent celles qui leur sont contraires. — Hé! absolu-
ment.
— Et maintenant, dis-moi, dans ces choses en outre n’y
a-t-1l pas à peu près ce que voici? Entre l’un et l’autre con-
traire, dans tous les cas, n’y a-t-il pas, puisqu'ils sont deux,
une double génération: l’une qui va d’un de ces contraires à
son opposé, tandis que l’autre, inversement, va du second au
premier? Voici en effet une chose plus grande et une plus
petite: entre les deux n’y a-t-il pas accroissement et décrois-
sement, ce qui fait dire de l’une qu’elle croît et de l’autre
qu’elle décroit? — Oui, dit-il. — Et la décomposition ou la
composition, le refroidissement ou l’échauffement, et toute
opposition pareille qui, sans avoir toujours de nom dans
notre langue, n’en comporterait pas moins en fait dans tous
les cas cette même nécessité, et de s’engendrer mutuellement,
et d'admettre mutuellement pour chaque terme une génération
dirigée vers l’autre !? — Hé! absolument, fit-il. — Qu est-ce
à dire, par conséquent? reprit Socrate; est-ce que « vivre »
n'a pas un contraire, tout comme « être éveillé » a pour con-
traire « être endormi »? — C’est absolument certain ! — Et
ce contraire? — C'est, dit-il, « être mort ». — N’est-il pas
vrai, et que ces états s’engendrent l’un de l’autre puisque ce
sont des contraires, et que la génération entre l’un et l’autre
est double puisqu'ils sont deux? — Comment non, en effet?
— Or donc, dit Socrate, l’un des couples de contraires dont
je parlais à l’instant, c’est moi qui vais te l’énoncer, lui et sa
double génération; et c’est toi qui m'énonceras l’autre. À moi
de parler : d’une part « être endormi », de l’autre, « être
éveillé »; ensuite, c’est de « être endormi » que provient
« être éveillé » et de « être éveillé » que provient « être en-
dormi » ; enfin, pour ces deux termes, les générations sont,
l’une « s’assoupir », l’autre « s’éveiller ». Cela te suffit-il, ou
non? — Certes, absolument. — À ton tour maintenant,
reprit-il, de m’en dire autant pour la vie et la mort. Ne pro-
nonces-tu pas, d’abord, que « vivre » a pour contraire « être
1. Certes, ni dépérir, ni agoniser ne sont proprement des généra-
tions: ce n’en sont pas moins des progrès vers l’un des contraires.
Entre celui-ci et son opposé, qui forment un couple fixe, 1] y a un
double devenir en deux directions divergentes et qui s’équilibrent.
Ainsi chaque contraire devient son contraire.
24 ΦΑΙΔΩΝ 71a
πιάντα οὕτω γίγνεται, ἐξ, ἐναντίων τὰ ἐναντία πράγματα.
— Mévu γε.
— Τί δ᾽ αὖ: : ἔστι τι καὶ τοιόνδε ἐν αὐτοῖς, οἷον μεταξὺ
ἀμφοτέρων πάντων τῶν ἐναντίων δυοῖν ὄντοιν δύο γενέσεις,
ἀπὸ μὲν τοῦ ἑτέρου ἐπὶ τὸ ἕτερον, ἀπὸ δ᾽ αὖ τοῦ ἑτέρου
πάλιν ἐπὶ τὸ ἕτερον. Meilovoc γὰρ πράγματος καὶ
ἐλάττονος μεταξὺ αὔξησις καὶ φθίσις, καὶ καλοῦμεν
οὕτω τὸ μὲν αὐξάνεσθαι, τὸ δὲ φθίνειν : — Ναί, ἔφη. ---
Οὐκοῦν καὶ διακρίνεσθαι καὶ συγκρίνεσθαι, καὶ ψύχεσθαι
καὶ θερμαίνεσθαι, καὶ πάντα οὕτω κἂν εἰ μὴ χρώμεθα
τοῖς ὀνόμασιν ἐνιαχοῦ, ἀλλ᾽ ἔργῳ γοῦν πανταχοῦ οὕτως
ἔχειν ἀναγκαῖον, γίγνεσθαί τε αὐτὰ ἐξ, ἀλλήλων γένεσίν τε
εἶναι ἑκατέρου εἰς ἄλληλα : --- Πάνυ γε, ἢ δ᾽ ὅς. — Τί
οὖν ; ἔφη, τῷ ζῆν ἐστί τι ἐναντίον, ὥσπερ τῷ ἐγρηγορέναι
τὸ καθεύδειν : -- Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη. -- Τί; — Tè
τεθνάναι, ἔφη. --- Οὐκοῦν ἐξ ἀλλήλων τε γίγνεται ταῦτα
37 3 J 2 € [4 2 _A\ 2 An \
εἴπερ εναντιοαὶ εστιν, καὶ at γενέσεις ELOLV αὐὑτοιν μεταξὺ
δύο δυοῖν ὄντοιν ; -- Πῶς γὰρ οὔ; — Τὴν μὲν τοίνυν ΄
Étépav συζυγίαν ὧν νῦν δὴ ἔλεγον ἐγώ σοι, ἔφη, ἐρῶ,
ὃ Σωκράτης, καὶ αὐτὴν καὶ τὰς γενέσεις᾽ σὺ δέ μοι τὴν
€ ΄ A 2 ΑΥ̓͂ \ A LA A! L4 ΑἹ
ἑτέραν. Λέγω δὲ τὸ μὲν καθεύδειν, τὸ δὲ ἐγρηγορέναι, καὶ
ἔκ τοῦ καθεύδειν τὸ ἐγρηγορέναι γίγνεσθαι καὶ ἐκ τοῦ
> ΄ x 3 L ΄ \ 2 le)
ἐγρηγορέναι τὸ καθεύδειν, καὶ τὰς γενέσεις αὐτοῖν τὴν μὲν
καταδαρθάνειν εἶναι, τὴν δ᾽ ἀνεγείρεσθαι. “Ἰκανῶς σοι,
ἔφη, ἢ οὔ; --- Πάνυ μὲν οὖν. — Λέγε δή μοι καὶ σύ,
ἔφη, οὕτω περὶ ζωῆς καὶ θανάτου. Οὐκ ἐναντίον μὲν φὴς
a 6 οὕτω (et Stob.): οὕτως TWY || ὃ ἔστι τι χαὶ: -τιν ἔτι x. B?
G. m.) W -τιν x. ΟἹ. || b 2 γὰρ : νῦν B (ut uid.) μὲν γὰρ Β5 (em. et
s. u.) W || g ἑχατέρου: ἐξ Ex. BW -τέροις OI. || γε Β5 (. m.): μὲν
οὖν B || © 1 τῷ ζῆν: τὸ ζ. Stobn. || ὥσπερ τῷ: ὦ. τὸ Stob. || ἡ
αὐτοῖν (et Stob.): αὐτῶν TY || 5 ὄντοιν : -twv Stob. || 8 τὸ δὲ B2
((. m.): τὸ ὃὲ τὸ B || 8 sq. καὶ... ἐγρηγορέναι Β5 (. m.): om. B ||
ἃ τ αὐτοῖν: -τῶν Stob. || 2 χαταδαρθάνειν : χαταδρα. W2 (ca s. u.
cf. 92 b 7) || δ᾽ : δὲ TWY || oc, En: s. ἔφην Stob. || 3 pot χκαὐ où:
2. σύ μ. B? (transp.) TWY Stob.
74 ἃ PHÉDON 25
mort »P — C'est bien ce que je fais. — Et ensuite, qu'ils
s’engendrent l’un de l’autre? — Oui. — Ge qui par consé-
quent provient du vivant, qu'est-ce? — C'est, dit-il, ce qui
est mort. — Et maintenant, fit-il, de ce qui est mort, qu'’est-
ce qui provient? — Impossible, répondit Cébès, de ne pas
convenir que c’est ce qui est vivant. — C’est donc des choses
mortes que proviennent, Cébès, celles qui ont vie et, avec, les
êtres vivants? — Manifestement. — C’est donc, dit-il, que
nos âmes existent chez Hadès ἢ — C’est vraisemblable. — Des
deux générations enfin qu'on a ici, n’y en a-t-il pas une au
moins qui précisément ne fait point de doute ? Car le terme
« mourir », je suppose, est hors de doute ! Ne l’est-il pas? —
Absolument, il l’est, dit-il, c’est certain. — Comment donc,
reprit Socrate, nous y prendrons-nous? Nous ne le compen-
serons pas par la génération contraire? Mais alors c’est la
Nature qui sera boiteuse ! Ou bien sera-t-il nécessaire de resti-
tuer à « mourir » quelque génération qui lui fasse pendant?
— C'est, dit-il, je pense, tout à fait nécessaire. — Quelle
est cette génération? — C’est « revivre ». — Dès lors, reprit
Socrate, puisque « revivre » existe, ce qui constitucrait une
72 génération allant à partir des morts vers les vivants, ne
serait-ce pas de revivre? — Hé! absolument. — Il y a donc
accord entre nous, sur ce terrain encore: les vivants ne pro-
viennent absolument pas moins des morts que les morts des
vivants. Or, cela étant, il y avait bien là, semblait-il, un in-
dice suffisant de la nécessité d'admettre pour les âmes des
morts qu’elles existent quelque part, et que c’est de là précisé-
ment qu'elles renaissent. — C’est mon avis, Socrate, dit l ;
d’après ce dont nous sommes tombés d'accord il en est néces-
sairement ainsi.
« Eh bien donc! dit-il, regarde, Cébès : voici pourquoi non
plus nous n'avons pas eu tort, à ce qu'il me semble, d'en
tomber d'accord. Supposons en effet qu'il n’y ait pas une
éternelle compensation réciproque des générations, quelque
chose comme un cercle de leur révolution‘ ; mais que la géné-
ration aille en ligne droite d’un des contraires vers celui
seulement qui lui fait face, et sans retourner en sens inverse
1. La roue des générations, des naissances et des morts, tourne
comme le char qui, pour doubler la piste, contournera la borne. Mais
par les purifications l’âme, absoute de ses fautes et régénérée, « s’en-
A
25 ΦΑΙΔΩΝ 71d
πῷ ζῆν τὸ τεθνάναι εἶναι: --- "Ἔγωγε. --- Γίγνεσθαι δὲ
ἐξ ἀλλήλων ; — Ναί. — -Ἐξ οὖν τοῦ ζῶντος τί τὸ γιγνό-
μενον: --- Τὸ τεθνηκός, ἔφη. — Τί δέ, ἢ δ᾽ ὅς, ἐκ τοῦ
πεθνεῶτος ; — ᾿Αναγκαῖον, ἔφη, δμολογεῖν ὅτι τὸ ζῶν. ---
Ἔκ τῶν τεθνεώτων ἄρα, ὦ Κέθης, τὰ ζῶντά τε καὶ οἵ
ζῶντες γίγνονται: — Φαίνεται, ἔφη. --- Εἰσὶν ἄρα, ἔφη,
at ψυχαὶ ἡμῶν ἐν ἽΑιδου; --- Ἔοικεν. — Οὐκοῦν καὶ τοῖν
γενεσέοιν τοῖν περὶ ταῦτα ἥ γ᾽ ἑτέρα σαφὴς οὖσα τυγχάνει;
τὸ γὰρ ἀποθνήσκειν σαφὲς δήπου, ἢ οὔ ; — Πάνυ μὲν
οὖν, ἔφη. --- Πῶς οὖν, ἢ δ᾽ ὅς, ποιήσομεν ; Οὐκ ἄνταπο-
δώσομεν τὴν ἐναντίαν γένεσιν, ἀλλὰ ταύτῃ χωλὴ ἔσταιἣ
φύσις ;Ἢ ἀνάγκη ἀποδοῦναι τῷ ἀποθνήσκειν ἐναντίαν τινὰ
γένεσιν ; — Πάντως που, ἔφη. --- Τίνα ταύτην: --- Τὸ
ἀναθιώσκεσθαι. --- Οὐκοῦν, À δ᾽ ὅς, εἴπερ ἔστι τὸ ἀνα-
θιώσκεσθαι, ἐκ τῶν τεθνεώτων ἂν εἴη γένεσις εἷς τοὺς
ζῶντας αὕτη, τὸ ἀναθιώσκεσθαι ; --- Πάνυ γε. — Ὅμο- 72
λογεῖται ἄρα ἧμῖν, καὶ ταύτη, τοὺς ζῶντας ἐκ τῶν
τεθνεώτων γεγονέναι οὐδὲν ἧττον ἢ τοὺς τεθνεῶτας ἐκ
τῶν ζώντων. Τούτου δὲ ὄντος, ἵκανόν που ἐδόκει τεκμήριον
εἶναι ὅτι ἀναγκαῖον τὰς τῶν τεθνεώτων ψυχὰς εἶναί που,
ὅθεν δὴ πάλιν γίγνεσθαι. --- Δοκεῖ μοι, ἔφη, ὦ Σώκρατες,
ἐκ τῶν ὡμολογημένων ἀναγκαῖον οὕτως ἔχειν.
_— ‘IE τοίνυν οὕτως, ἔφη, ὦ Κέθης, ὅτι οὐδ᾽ ἀδίκως
ὡμολογήκαμεν, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ. Εἰ γὰρ μὴ ἀεὶ ἀνταποδιδοίη
τὰ ἕτερα τοῖς ἑτέροις γιγνόμενα, ὡσπερεὶ κύκλῳ περιιόντα,
ἄλλ᾽ εὐθεῖά τις εἴη À γένεσις ἐκ τοῦ ἑτέρου μόνον εἷς τὸ
καταντικρὺ καὶ μὴ ἀνακάμττοι πάλιν ἐπὶ τὸ ἕτερον μηδὲ
ἃ 7 sq. τί δέ... ὁμολογεῖν : om. Stob. || δέ: δαί BT || ὃ ζῶν: ζῆν
Stob. || e 1 εἰσὶν ἄρα (et Stob.): &. et. B |] 2 τοῖν γενεσέοιν τοῖν : ταῖν
y. ταῖν Β5 (αι 5. u.) 0 τοῖν γενέοιν τοῖν Stob. || 5 οὐχ ἀνταποδώσομεν :
om. Stob. || 7 τινὰ :om. Stob. || τὸ ἂν εἴη... 72 ἃ 3 τεθνεώτων : om.
Stob. || 72 ἃ r ὁμολογεῖτα: :ὡμολογῆ. Υ3 (ὦ ἡ 5. u.) || 4 ἐδόχει (et
Stob.): om. TY ||6 δὴ (et Stob.): dei Plat. codd. nonnulli || ὃ οὕτως :
om. TWY || Ὁ τ περιιόντα : περιόντα W || 3 ἀναχάμπτοι: -ποι ΤΥ.
72b PHÉDON | 26
vers l’autre ni faire le tournant ; alors, tu t’en rends compte,
toutes choses finalement se figeraient en la même figure, le
même état s’établirait en toutes, et leur génération s’arrête-
rait. — Comment cela? dit-il. — Nulle difficulté, répondit
Socrate, à comprendre ce que je dis ! A la place, supposons par
exemple que « s’assoupir » existe, mais que, pour lui faire
équilibre, « s’éveiller » ne naïsse pas de l’endormi; alors, tu
t’en rends compte, l’état final de toutes choses ferait de l’aven-
ture d'Endymion! un évident enfantillage et qui nulle part
n'aurait où s'appliquer, puisque tout le reste serait dans le
même état et comme lui dormirait ! Supposons encore que
toutes choses s'unissent et qu’elles ne se séparent point; elles
auraient vite fait de réaliser la parole d’Anaxagore : « Toutes
les choses ensemble? ! » Tout de même supposons enfin, mon
cher Cébès, que meure tout ce qui a part à la vie et que, une
fois mort, ce qui est mort garde cette même figure et ne revive
point, n'y a-t-il pas alors nécessité majeure qu’à la fin tout
soit mort et que rien ne vive? Admettons en effet que ce qui
vit provienne d’autre chose que de la mort, et que ce qui vit
meure; quel moyen d'éviter que tout ne vienne se perdre
dans la mort? — Absolument aucun à mon sens, dit Cébès.
À mon sens au contraire, ce que tu dis est la vérité même.
— ΠΗ ἃ rien en effet, Cébès, reprit-il, qui, selon mon
sentiment à moi, soit plus vrai que cela; et nous, nous ne
nous sommes pas abusés en tombant d'accord là-dessus. Non,
ce sont là des choses bien réelles : revivre, des morts pro-
viennent les vivants, les âmes des morts ont une existence, et,
j y insiste, le sort des âmes bonnes est meilleur, pire celui des
méchantes ? !
— En vérité, Socrate, reprit alors Cébès,
L'argument
c'est précisément aussi le sens de ce fa-
de la réminiscence.
meux argument (supposé qu'il soit bon !),
dont tu as l'habitude de parler souvent. Notre instruction,
vole du cercle aux peines pesantes » et s’élève ainsi à la vie divine,
qui est sa vraie vie (Diels, Vorsokr.3 ch. 66, B 17-20).
1. Admis dans l’Olympe, le pâtre Endymion, ayant voulu se
faire aimer de Héra, en fut chassé et condamné à dormir sans fin.
2. Début du livre d’Anaxagore (cf. 97 ἢ sq.). Mais ce chaos pri-
mitif, le Noûs (l’Esprit) le distingue afin de l’organiser.
3. Ces mots, repris de 63 c, seraient, dit-on, interpolés. Le rappel
26 PATAON 72b
καμπὴν ποιοῖτο, οἶσθ᾽ ὅτι πάντα τελευτῶντα τὸ αὐτὸ
σχῆμα ἂν σχοίη καὶ τὸ αὐτὸ πάθος ἂν πάθοι καὶ παύσαιτο
γιγνόμενα. --- Πῶς λέγεις ; ἔφη. --- Οὐδὲν χαλεπόν, À δ᾽
ὅς, ἐννοῆσαι ὃ λέγω" ἀλλ᾽ οἷονεἰ τὸ καταδαρθάνειν μὲν εἴη,
τὸ δ᾽ ἀνεγείρεσθαι μὴ ἀνταποδιδοίη γιγνόμενον ἐκ τοῦ
καθεύδοντος, οἶσθ᾽ ὅτι τελευτῶντα πάντ᾽ (ἂν) λῆρον τὸν
᾿Ενδυμίωνα ἀποδείξειεν, καὶ οὐδαμοῦ ἂν φαίνοιτο διὰ τὸ
καὶ τἄλλα πάντα ταὐτὸν ἐκείνῳ πεπονθέναι, καθεύδειν.
K&v εἰ συγκρίνοιτο μὲν πάντα, διακρίνοιτο δὲ μή, ταχὺ ἂν
τὸ τοῦ ᾿Αναξαγόρου γεγονὸς εἴη" « Ὅμοῦ πάντα χρήματα».
“Ὡσαύτως δέ, ὦ φίλε Κέθης, καὶ εἰ ἀποθνήσκοι μὲν πάντα
ὅσα τοῦ ζῆν μεταλάθοι, ἐπειδὴ δὲ ἀποθάνοι μένοι ἐν
τούτῳ τῷ σχήματι τὰ τεθνεῶτα καὶ μὴ πάλιν ἀναδιώσκοιτο͵
ἄρ᾽ οὗ πολλὴ ἀνάγκη τελευτῶντα πάντα τεθνάναι καὶ μηδὲν
ζῆν ; εἰ γὰρ ἐκ μὲν τῶν ἄλλων τὰ ζῶντα γίγνοιτο, τὰ δὲ
ζῶντα θνήσκοι, τίς μηχανὴ μὴ οὐχὶ πάντα καταναλωθῆναι
εἰς τὸ τεθνάναι; --- Οὐδὲ μία μοι δοκεῖ, ἔφη ὃ ἰζκέθης, ὦ
Σώκρατες. ᾿Αλλά μοι δοκεῖς παντάπασιν ἀληθῆ λέγειν. -«---
Ἔστι γάρ, ἔφη, ὦ Κέβης, ὡς ἐμοὶ δοκεῖ, παντὸς μᾶλλον
οὕτω, καὶ ἥμεϊῖς αὐτὰ ταῦτο οὔκ ἐξαπατώμενοι δμολο-
γοῦμεν. ᾿Αλλ᾽ ἔστι τῷ ὄντι καὶ τὸ ἀναθιώσκεσθαι, καὶ ἐκ τῶν
τεθνεώτων τοὺς ζῶντας γίγνεσθαι, καὶ τὰς τῶν τεθνεώτων
ψυχὰς εἶναι, καὶ ταῖς μέν γε ἀγαθαῖς ἄμεινον εἶναι, ταῖς
δὲ κακαῖς κάκιον.
-- Καὶ μήν, ἔφη ὃ Κέθης ὕπολαθών, καὶ κατ᾽ ἐκεῖνόν
γε τὸν λόγον, ὦ Σώκρατες, et ἀληθής ἐστιν, ὃν σὺ εἴωθας
b ἡ ποιοῖτο: -οἱ T || 7 ἐννοῆσαι Β5 (( m.): -Aoaotv B || χατα-
δαρθάνειν : χαταδρα. W || 9 πάντ᾽ «ἂν Bekker: πάντα codd. ||
© τ ἀποδείξειεν: -ξειε WY || 2 τἄλλα: τὰ ἄλλα TWY || χαθεύδειν:
del. Dobrée, cf. Wilamowitz ibid. 343, 2 || 3 συγχρίνοιτο : ξυγχ. W ||
διαχρίνοιτο : -ναιτο BW || ταχὺ: τάχα W || 5 χαὶ : om. B || ἃ 5 ἔστι:
-τιν B || 6 αὐτὰ : τὰ αὐ. TWY ||οὐχ Y2(s. u.): om. Y || 7 ἔστι : -τιν
T ||τῷ : χαὶ τῷ Υ || e 1 sq. καὶ... χάχιον (et OI.): secl. Stallb. et al.
[| ye : om. ΤΥ.
72 e PHÉDON 27
dit-il, n’est peut-être rien d’autre qu’un ressouvenir, et ainsi
d’après lui c’est sans doute une nécessité que, dans un temps
antérieur, nous nous soyons instruits de ce dont, à présent,
nous nous ressouvenons. Or cela ne se pourrait, si notre
âme n'était point quelque part avant de prendre par la géné-
73 ration cette forme humaine. Par conséquent, de cette façon
encore il est vraisemblable que l'âme est chose immortelle. —
Mais, Cébès, repartit à son tour Simmias, comment cela se
prouve-t-il Fais-m’en souvenir ; car, pour le moment, je ne
me le rappelle pas très bien. — Il en existe vraiment, dit
Cébès, une preuve entre toutes magnifique : on interroge un
homme; si l'interrogation est bien menée, de lui-même 1]
énonce tout comme cela est réellement. Et pourtant, s’il ne
s’en trouvait en lui une connaissance et un droit jugement, il
serait incapable de le faire ! Passe ensuite aux figures et autres
moyens du mème genre, et voilà de quoi déclarer avec toute
la certitude possible qu’il en est bien ainsi*.
— Il est cependant possible, dit Socrate, que, de la sorte
au moins, Simmias, on ne te convainque pas! Vois donc si,
en envisageant la question à peu près ainsi, tu partageras
mon sentiment. Car ce que tu ne trouves pas croyable, c’est
certainement de quelle façon ce qu’on appelle s’instruire est
un ressouvenir}? — De l’incrédulité à ce sujet? répliqua
Simmias; je n'en ai pas! J’ai seulement besoin d’être mis
dans cet état même dont parle l'argument et qu'on me fasse
ressouvenir. À la vérité, Gébès a contribué un peu par
l'exposé qu'il en a donné à rappeler mes souvenirs et à me
convaincre. Je n’en serais pas moins bien aise cependant
d'entendre maintenant de quelle façon tu en as, toi, présenté
l'exposition. — Moi? dit-il: de la façon que voici. Nous
sommes bien d’accord, n'est-ce pas, sans aucun doute, que
pour avoir un ressouvenir de quelque chose il faut, à un
moment quelconque, avoir su cela auparavant? — Hé! fit-il,
absolument. — Et par conséquent, sur le point que voici
sommes-nous d'accord aussi? que le savoir, s'il vient à se
produire dans certaines conditions,“est un ressouvenir? Les
de cette idée capitale n’a rien ici pourtant que de naturel; cf. δὲ d.
1. Allusion à Ménon 80 d-86 c; la doctrine y est exposée et véri-
fiée par une expérience où les figures sont moyens d’intuition. La
« maïeutique » du Théétète en découle, et le Phèdre l'explique.
27 ΦΑΙΔΩΝ 72 6
θαμὰ λέγειν, ὅτι ἣμϊῖν ἧ μάθησις οὐκ ἄλλο τι ἢ ἀνάμνησις
τυγχάνει οὖσα, καὶ κατὰ τοῦτον ἀνάγκη που ἡμᾶς ἐν προ-
τέρῳ τινὶ χρόνῳ μεμαθηκέναι ἃ νῦν ἀναμιμνῃσκόμεθα.
Τοῦτο δὲ ἀδύνατον, εἰ μὴἦν που ἣμῖν ἥ ψυχὴ πρὶν ἐν
τῷδε τῷ ἀνθρωπίνῳ εἴδει γενέσθαι. “Ὥστε καὶ ταύτῃ 13
ἀθάνατόν τι ἔοικεν ἧ ψυχή εἶναι. — Αλλά, ὦ Κέθης,
ἔφη ὃ Σιμμίας ὑὕπολαθών, ποῖαι τούτων at ἀποδείξεις:
ὑπόμνησόν με, οὐ γὰρ σφόδρα ἐν τῷ παρόντι μέμνημαι. —
νὶ μὲν λόγῳ, ἔφη ὃ Κέθης, καλλίστῳ, ὅτι ἐρωτώμενοι ot
ἄνθρωποι, ἐάν τις καλῶς ἐρωτᾷ, αὐτοὶ λέγουσι πάντα ἣ
ἔχει. Καίτοι, εἰ μὴ ἐτύγχανεν αὐτοῖς ἐπιστήμη ἐνοῦσα καὶ
ὀρθὸς λόγος, οὐκ ἂν οἷοί T ἦσαν τοῦτο ποιῆσαι. "Ἔπειτα,
ἐάν τις ἐπὶ τὰ διαγράμματα ἄγη ἢ ἄλλο τι τῶν τοιούτων,
ἐνταῦθα σαφέστατα κατηγορεῖ ὅτι τοῦτο οὕτως ἔχει.
-- Εἰ δὲ μὴ ταύτῃ γε, ἔφη, πείθη, ὦ Σιμμία, ὃ
Σωκράτης, σκέψαιἂν τῇδέ πῇ σοι σκοπουμένῳ συνδόξῃ.
Απιστεῖς γὰρ δὴ πῶς À καλουμένη μάθησις ἀνάμνησίς
ἐστιν ; --- "Απιστῷῶ μὲν ἔγωγε, ἢ δ᾽ ὃς ὃ Σιμμίας, οὔ’ αὐτὸ
δὲ τοῦτο, ἔφη, δέομαι παθεῖν περὶ οὗ ὃ λόγος, ἀναμνη-
σθῆναι. Καὶ σχεδόν γε ἐξ ὧν [Κέθης ἐπεχείρησε λέγειν ἤδη
μέμνημαι καὶ πείθομαι’ οὐδὲν μεντἂν ἧττον ἀκούοιμι νῦν
πῇ σὺ ἐπεχείρησας λέγειν. — Τῇδ᾽ ἔγωγε, ἧ δ᾽ ὅς. Ὅμολο-
γοῦμεν γὰρ δήπου, εἴ τίς τι ἄναμνησθήσεται, δεῖν αὐτὸν
τοῦτο πρότερόν ποτε ἐπίστασθαι ; --- Πάνυ γ᾽, ἔφη. —
“Αρ᾽ οὖν καὶ τόδε δμολογοῦμεν, ὅταν ἐπιστήμη παρα-
γίγνηται τρόπῳ τοιούτῳ, ἀνάμνησιν εἶναι ;Λέγω δέ τινα
τρόπον τόνδε" ἐάν τίς, τι ἕτερον ἢ ἰδὼν ἢ ἀκούσας ἤ τινα
e 6 τοῦτον : τοῦτο ΤῪ ||ὃ ἡμῖν : -ὥν TW |]73 ἃ 2 τι ἔοιχεν ἣ ψυχή
(et O1.) : ἣ ψ. τ. €. Schanz Burnet || ἀλλὰ : ἀλλ᾽ TWY || 8 ποιῆσαι
Hirsch. : -ἤσειν B -εἶν TWY [|b 4 σοι B? (ἂν exp.) : σ. ἂν B ||6 μὲν: μέν
σοιB || παθεῖν Heind. : μαθεῖν codd. ||8 ἐπεχείρησε : -σεν T || 9 μεντἂν
(μέν τ᾿ ἂν) Β5 (τ 5. u.) : μὲν ἂν BTY {|c τ πῇ σὺ : σ. x. B? (transp.) W
|| τῇδ᾽ :-τῇ δὲ W τί δὲ ΤῪ || 3 γ᾽: γε WY ||5 τινα τρόπον τόνδε : τίνα
codd., [unde interrog. signo post τρόπον distinxit 6. g. Burnet] to.
τοῦτον TW Y ||6 ἕτερον Burnet : πρότερον BW OI. ἕτ. τι ΤΥ Ex. OI.
73 c PHÉDON 28
conditions dont il s’agit, je vais te les dire : voit-on, entend-on
quelque chose, a-t-on n'importe quelle autre sensation, ce
n’est pas seulement la chose en question que l’on connaît,
mais on a aussi l’idée d’une autre, et qui n’est pas l’objet du
même savoir, mais bien d’un autre; alors, dis, n’avons-nous
pas raison de prétendre qu'il y ἃ eu ressouvenir, et de cela
même dont on a eu l’idée? — Comment cela? — Prenons
des exemples. Autre chose est, je pense, connaître un homme,
et connaître une lyre? — Et comment non, en effet) —
Ignores-tu que les amants, à la vue d’une lyre, d’un vête-
ment, de tout autre objet dont leurs bien-aimés se servent
habituellement, sont en état précisément d’avoir dans la
pensée, avec la connaissance de la lyre, l’image du mignon
dont c’est la Iyre? Or, voilà ce qu'est un ressouvenir. De
même, aussi bien, arrive-t-il qu'on voie Simmias, cela fait
ressouvenir de Cébès. Et l’on trouverait sans doute des
milliers d'exemples analogues. — Des milliers, bien sûr, par
Zeus! dit Simmias. — Ainsi, fit-1l, un cas de ce genre con-
stitue, n'est-ce pas, un ressouvenir? Et notamment quand
on l’éprouve pour ces choses que le temps ou la distraction
avaient déjà fait oublier ?— C’est, dit-il, absolument certain.
— Mais, dis-moi, reprit Socrate, en voyant le dessin d’un.
cheval, le dessin d’une lyre, on peut se ressouvenir d’un
homme? en voyant un portrait de Simmias, se ressouvenir
de Cébès? — Hé! absolument. — Et encore, n'est-ce pas,
en voyant un portrait de Simmias, se ressouvenir de Simmias
74 lui-même? — Bien sûr, on le peut! dit-il. — Donc, n'est-il
pas vrai, c’est un fait que le point de départ du ressouvenir
dans tous ces cas est tantôt un semblable, tantôt aussi un
dissemblable ἢ — C’est un fait.
— Mais, à prendre le cas où c’est le semblable qui est pour
nous le point de départ d’un ressouvenir quelconque, n'est-ce
pas une nécessité que nous soyons en outre disposés aux
réflexions que voici : manque-t-il quelque chose à l’objet
donné, ou bien rien, dans sa ressemblance avec ce dont 1]
y ἃ eu ressouvenir? — C'est une nécessité, dit-il. — Exa-
mine maintenant, reprit Socrate, si ce n'est päs ainsi que
cela se passe. Nous affirmons sans doute qu’il y a quelque
chose qui est égal, non pas, veux-je dire, un bout de bois
et un autre bout de bois, ni une pierre et une autre pierre,
ni rien enfin du même genre, mais quelque chose qui,
28 ΦΑΙΔΩΝ 13 Ὁ
ἄλλην αἴσθησιν λαθών, μὴ μόνον ἐκεῖνο γνῷ, ἀλλὰ καὶ
ἕτερον ἐννοήσῃ, οὗ μὴ ἧ αὐτὴ ἐπιστήμη ἀλλ᾽ ἄλλη, ἄρα
οὐχὶ τοῦτο δικαίως λέγομεν ὅτι ἀνεμνήσθη οὗ τὴν ἕννοιαιν
ἔλαθεν : --- Πῶς λέγεις ; — Οἷον τὰ τοιάδε: ἄλλη που
ἐπιστήμη ἀνθρώπου καὶ λύρας. --- Πῶς γὰρ οὔ; — Οὐκοῦν
οἶσθα ὅτι οἵ ἐρασταί, ὅταν ἴδωσι λύραν ἢ ἱμάτιονἢ ἄλλο
τι οἷς τὰ παιδικὰ αὐτῶν εἴωθε χρῆσθαι, πάσχουσι τοῦτο᾽
ἔγνωσάν τε τὴν λύραν καὶ ἐν τῇ διανοία ἔλαθον τὸ εἶδος
τοῦ παιδὸς οὗ ἣν ἣ λύρα; Τοῦτο δέ ἔστιν ἀνάμνησις"
ὥσπερ γε καὶ Σιμμίαν τις ἰδὼν πολλάκις Ké6ntoc
ἀνεμνήσθη, καὶ ἄλλα που μυρία τοιαῦτ᾽ ἂν εἴη. — Μυρία
μέντοι, νὴ Δία, ἔφη ὃ Σιμμίας. --- Οὐκοῦν, ἢ δ᾽ ὅς, τὸ
τοιοῦτον ἀνάμνησίς τίς ἐστι : μάλιστα μέντοι ὅταν τις
τοῦτο πάθῃ περὶ ἐκεῖνα δὲ ὑπὸ χρόνου καὶ τοῦ μὴ ἐπισκο-
πιεῖν ἤδη ἐπελέληστο ; — Πάνυ μὲν οὖν, ἔφη. --- Τί δέ;
ἢ δ᾽ ὅς: ἔστιν ἵππον γεγραμμένον ἰδόντα καὶ λύραν
γεγραμμένην ἀνθρώπου ἀναμνησθῆναι, καὶ Σιμμίαν ἰδόντα
γεγραμμένον Kébntoc ἀναμνησθῆναι ; — Πάνυ γε. --
Οὐκοῦν καὶ Σιμμίαν ἰδόντα γεγραμμένον αὐτοῦ Σιμμίου
ἀναμνησθῆναι ;— Ἔστι μέντοι, ἔφη. — “Αρ᾽ οὖν où κατὰ 74
πιάντα ταῦτα συμθαίνει τὴν ἀνάμνησιν εἶναι μὲν ἀφ᾽
δμοίων, εἶναι δὲ καὶ ἀττὸ ἀνομοίων ; — Συμθαίνει.
— "AN ὅταν γε ἀπὸ τῶν δμοίων ἀναμιμνήσκηταί τίς τι,
ἄρ᾽ οὐκ ἀναγκαῖον τόδε προσπάσχειν, ἐννοεῖν εἴτε τι ἐλλείπει
τοῦτο κατὰ τὴν ὁμοιότητα εἴτε μὴ ἐκείνου οὗ ἀνεμνήσθη :
--- ᾿Ανάγκη, ἔφη. — Σκόπει δή, ἢ δ᾽ ὅς, εἰ Tata οὕτως
ἔχει. Φαμέν πού τι εἶναι ἴσον, où ξύλον λέγω ξύλῳ οὐδὲ
λίθον λίθῳ οὐδ᾽ ἄλλο τῶν τοιούτων οὐδέν, ἀλλὰ παρὰ ταῦτα
τιάντα ἕτερόν τι, αὐτὸ TO ἴσον' φῶμέν τι εἶναι ἢà μηδέν ;
Ο 9 λέγομεν: ἐλέγ. Β || d 3 ἄλλο τι: τ. ἀ. ΤΥ || 7 γε B?(s. u.) :
om. Β [| 6 2 ἐχεῖνα ἃ T? (as. u.): ἐχεῖν᾽ ἃ T || 8 δέ W?(es.u.)
(et ΟΙ.):δαί BTW || 7 αὐτοῦ: αὖ τοῦ T (multa laesa in Bf. 357,
e5-74 co)|| 74a 2 συμδαίνει : ξυμό. W || 9 ἄλλο : ἄ. τι B?(s. u.)
W |} ταῦτα πάντα: x. τ. TWY |] ro τὸ B2 (i, m.): τε B.
74 Ὁ PHÉDON 2g
comparé à tout cela, s’en distingue : 1ρα] en soi-même.
Devrons-nous affirmer que c’est quelque chose, ou nier
que ce soit rien‘? — Nous devrons bien sùr l’affirmer, par
Zeus ! dit Cébès ; à merveille ! — Est-ce que nous savons
aussi ce qu'il est en lui-même? — Hé! absolument, fit-1l. —
Et d’où avons-nous tiré la connaissance que nous en avons?
Est-ce que ce n'est pas de ces choses dont nous parlions à
l'instant? Est-ce que ce n'est pas ces bouts de bois, ces pierres
ou telles autres choses, dont l'égalité, aperçue par nous, nous ἃ
fait penser à cet Égal qui s’en distingue ἢDiras-tu qu’à tes yeux
il ne s’en distingue pas? Eh bien !examine encore la question
sous l’aspect que voici : n'arrive-t-1l pas que des pierres ou des
bouts de bois, sans changer, se montrent à nous tantôt égaux
et tantôt inégaux? — Absolument, ‘c'est certain. — Mais
quoi ὃ L'Égal en soi s'est-il en quelque cas montré à toi
inégal, c’est-à-dire l'Égalité, une inégalité ? — Jamais de la
vie, Socrate! — Par suite, il n'y a pas, fit-1l, identité entre
les égalités de ces choses-là et l’Egal en soi. — En aucune
façon, Socrate! Pour moi, c’est évident. — Il n’en est pas
moins sûr, dit-il, que ce sont bien ces égalités-là qui, tout en
se distinguant de l'Egal en question, t'ont cependant conduit
à concevoir et à acquérir la connaissance de celui-ci ? — Rien
de plus vrai! dit-il. — Et soit, n'est-ce pas, en tant qu'il leur
ressemble, soit en tant qu'il ne leur ressemble pas ?— Hé!
absolument. — Mais bien sûr, fit Socrate; c’est indifférent.
Du moment que, voyant une chose, la vue de celle-ci t'a fait
penser à une autre, dès lors, qu’il y ait ressemblance ou bien
dissemblance, nécessairement, dit-il, ce qui se produit est un
ressouvenir. — C'est absolument certain.
— Mais, dis-moi, reprit Socrate, en va-t-il pour nous de
la sorte avec les égalités des bouts de bois, et avec celles dont.
nous parlions à l'instant? Est-ce que ces égalités se manifestent.
à nous de la même façon que la réalité de l’Égal en soi ?
Leur manque-t-il quelque chose, ou rien, de cette réalité,
pour s’assortir à ce qu'est l’Egal ? — Hé! dit-il, il leur en
manque beaucoup! — Ne sommes-nous pas d'accord sur
ceci ? Quand en voyant quelque objet on se dit : « Cet objet
« qu'à présent, moi, je vois, il tend à s’assortir à quelque
« autre réalité ; mais, par défaut, il ne réussit pas à être tel
1. La notion d’existence séparée marque un progrès sur 65 d-66 a.
29 PAIAQN 74b
— Φῶμεν μέντοι, νὴ Δί᾽, ἔφη ὃ Σιμμίας, θαυμαστῶς γε. --- b
FH καὶ ἐπιστάμεθα αὐτὸ ὃ ἔστιν ; --- Πάνυ γε, ἢ δ᾽ ὅς. —
ΤΠόθεν λαθόντες αὐτοῦ τὴν ἐπιστήμην ; ἄρ᾽ οὐκ ἐξ ὧν νῦν
«δὴ ἐλέγομεν, ἢ ξύλα ἢ λίθους ἢ ἄλλα ἄττα ἰδόντες ἴσα, ἐκ
πούτων ἐκεῖνο ἐνενοήσαμεν, ἕτερον ὃν τούτων : ἢ οὐχ
ἕτερόν σοι φαίνεται ; Σκόπει δὲ καὶ τῇδε᾽ ἄρ᾽ οὐ λίθοι μὲν
ἴσοι καὶ ξύλα ἐνίοτε ταὐτὰ ὄντα τῷ μὲν ἴσα φαίνεται, τῷ
«δ᾽ οὔ; --- Πάνυ μὲν οὖν. --- Τί δέ ; αὐτὰ τὰ ἴσα ἔστιν ὅτε
ἄνισά σοι ἐφάνη, ἢ ἣ ἰσότης ἀνισότης ; — Οὐδεττώποτέ
€ L4
YE, ὦ Σώκρατες. --- Οὐ ταὐτὸν ἄρα ἐστίν, À δ᾽ ὅς, ταῦτά
πε τὰ ἴσα καὶ αὐτὸ τὸ ἴσον. --- Οὐδαμῶς μοι φαίνεται, ὦ
Σώκρατες. --- ᾿Αλλὰ μὴν ἐκ τούτων γ᾽, ἔφη, τῶν ἴσων,
ἕξτέρων ὄντων ἐκείνου τοῦ ἴσου, ὅμως αὐτοῦ τὴν ἐπιστήμην
ἐννενόηκάς τε καὶ εἴληφας; --- ᾿Αληθέστατα, ἔφη, λέγεις.
- Οὐκοῦν ἢ ὁμοίου ὄντος τούτοις ἢ ἀνομοίου ; — Πάνυ γε.
— Διαφέρει δέ γε, ἦ δ᾽ ὅς, οὐδέ. “Εως ἄν, ἄλλο ἰδὼν, ἀπὸ
“ταύτης τῆς ὄψεως ἄλλο ἐννοήσῃς, εἴτε ὅμοιον εἴτε àvé-
μοιον, ἀναγκαῖον, ἔφη, αὐτὸ ἀνάμνησιν γεγονέναι. — Πάνυ
μὲν οὖν. ' |
— Τί δέ; ἢ δ᾽ 66 ἢ πάσχομέν τι τοιοῦτον περὶ τὰ ἐν
ποὶς ξύλοις τε καὶ οἷς νῦν δὴ ἐλέγομεν τοῖς ἴσοις : ἄρα
φαίνεται ἡμῖν οὕτως ἴσα εἶναι ὥσπερ αὐτὸ τὸ ὅ ἔστιν ἴσον,
ἢ ἐνδεῖ τι ἐκείνου τῷ τοιοῦτον εἶναι otovi τὸ σον, ἢ οὐδέν :
-- Καὶ πολύ γε, ἔφη, ἐνδεῖ. --- Οὐκοῦν δμολογοῦμεν, ὅταν
τίς, τι ἰδών, ἐννοήσῃ ὅτι᾽ « βούλεται μὲν τοῦτο 8 νῦν ἐγὼ
« δρῶ εἶναι οἷον ἄλλο τι τῶν ὄντων, ἐνδεῖ δὲ καὶ οὐ δύναται
b τ μέντοι: τοίνυν TY || 2 ἔστιν : ἔ. ἴσον ΒΞ (5. u.) ΤΞ (. m.)
WY || ἡ ἴσα : τὰ ©. ΤΥ || 5 ὃν τούτων W? (ων s.'u.): τοῦτο W || 7
ταῦτα : τὰ αὐτὰ TY || τῶ... τῷ W γρ. : τότε... τότε TWY B γρ. ||
8 δέ W?(es. u.): δαί BTW | © 2 γε: W γ᾽ ἄρα : ἄρ᾽ ΤΥ [{8γε:
y Y || ἕως ἂν : ἕ, γὰρ ἂν Β5 (6. u.) TW ὅταν οὖν Y γρ. || 9 ὅμοιον
εἴτε ἀνόμοιον : ἀ. εἴτε ὅ, ΤῪ ||d 8 δέ W? (cs. u.) : δαί BW δὲ τόδ᾽ Τ
'δαὶ τόδ᾽ Y || 4 alt. τοῖς Heindorf : ἐν τ. BTW in ras. Ÿ, ἐ. τ. ἴσοις
damn. Wilamowitz ibid. 343, 2 |]5 αὐτὸ τὸ 6 ἐστιν ἴσον : αὐτὸ ἐστιν Β
add. ἴσον ΒΞ ((. m.) αὐτὸ 6 ἐστιν ἴσον Τ' αὐ, ᾧ ἐ. la. Y τὸ ᾧ ἐ. ἵ, ὙΣ
{s. u.) [|6 τι: τῷ BY? (w 5. u.) || τῷ :τῷ μὴ Y2(s.u.) τοῦ Heindorf.
IV. — 10
RE
74 e PHEDON αι 30
e « qu'est la réalité en question et 1] lui est, tout au contraire,
« inférieur », sans doute pour se faire ces réflexions est-il né-
cessaire qu'on ait eu l’occasion de connaître auparavant la
réalité dont se rapproche, dit-on, l’objet, quoique pourtant il
s’en manque ! ὃ — C'est nécessaire. — Qu'en conclure? Nous
sommes-nous trouvés, oui ou non, nous aussi dans le même
cas à propos des égalités et de l’Égal en soi? — Hé! tout à
fait. — Donc il est nécessaire que nous ayons, nous, aupa-
ravant connu l'Égal, antérieurement à ce temps où pour la
75 première fois la vue des égalités nous a donné l’idée que
toutes elles aspirent à être telles qu'est l’Égal, bien que
pourtant 1] s'en manque. — C'est cela même. — Voici d’ail-
leurs sur quoi nous nous accordons encore : l’origine d’une
telle réflexion, la possibilité même de la faire, ne proviennent.
que de l’acte de voir, de toucher, ou de telle autre sensa-
tion ; ce qui au reste se dira pareillement de toutes. — C’est.
en effet tout pareil, Socrate, eu égard du moins au but de
l'argument. — Quoi qu’il en soit, assurément, ce sont bien
nos sensations qui doivent nous donner idée, à la fois que
toutes les égalités sensibles aspirent à la réalité même de
l’Égal, et qu'elles sont déficientes par rapport à elle. Autre-
ment, que dire? —- Cela même! — Ainsi donc, avant de
commencer à voir, à entendre, à sentir de toute autre
manière, nous avons dû en fait acquérir de quelque façon
une connaissance de l’Égal en soi-même et dans sa réalité;
oui, pour qu 1l nous soit ensuite permis de rapporter à ae
réalité-là les égalités qui proviennent de la sensation, en
nous disant que c’est à toutes leur envie d’être telles qu'est
cette réalité et qu'elles lui sont cependant inférieures ! —
᾿ Conséquence nécessaire, Socrate, de ce qu’on a déjà dit. —
Aussitôt nés, n'est-il pas vrai, nous nous sommes mis à voir,
à entendre, à disposer de nos autres sens ? — Hé! absolu-
ment. — Oui, mais il fallait, avons-nous dit, avoir acquis
auparavant la connaissance de l’Égal ? — Oui. — C’est donc,
semble-t-il, avant de naître que, nécessairement, nous l'avons.
acquise ὃ — C'est ce qui semble.
— Ainsi, n’est-ce pas, puisque nous l’avons acquise anté-
1. Juger que l’un diffère de l’autre et lui est inférieur, voilà l’es-
sentiel ici. Et peu importe (74 ο, 76 a s. in.) qu’en fait le ressouvenir:
aille, ou non, du semblable au semblable.
30 ΦΑΙΔΩΝ 74 6
« τοιοῦτον εἶναι οἷον ἐκεῖνο, ἀλλ᾽ ἐστι φαυλότερον »,
᾿ἀναγκαῖόν που τὸν τοῦτο ἐννοοῦντα τυχεῖν προειδότοι ἐκεῖνο
ᾧ φησιν αὐτὸ προσεοικέναι μέν, ἐνδεεστέρως δὲ ἔχειν ; —
“Ὅν D À [4 2.ϑ ς [2 δὲ 27 À
᾿Ανάγκη. --- Fi οὖν ; τὸ τοιοῦτον πεπόνθαμεν καὶ ἡμεῖς, ἢ
οὔ, περί τε τὰ ἴσο καὶ αὐτὸ τὸ ἴσον : --- ΠΙαντάπαιυσί γε. ---
2
Ἀναγκαῖον
Pa
ἄρα
27
ἡμᾶς
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προειδέναι
΄
Tox >ἴσον πρὸx ἐκείνου
2 ,
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χρόνου, ὅτε τὸ πρῶτον ἰδόντες τὰ ἴσα ἐνενοήσαμεν ὅτι 75
᾽ὔ [474 nr À Le] δ ΨΩΝ Al L2 2 LA €,
ÊpÉYETAL μὲν τιάντα ταῦτα εἶναι οἷον τὸ ἴσον, ἔχει δὲ
2 LA A 4 LE) La) L 21 HA A
ἐνδεεστέρως. -- Ἔστι ταῦτα. --- ᾿Αλλὰ μὴν καὶ τόδε ὅμο-
λογοῦμεν, μὴ ἄλλοθεν αὐτὸ ἐννενοηκέναι μηδὲ δυνατὸν
εἶναι ἐννοῆσαι ἄλλ᾽ ἢ ἔκ τοῦ ἰδεῖν ἢ ἅψασθαι ἢ ἔκ τινος
ἄλλης τῶν αἰσθήσεων᾽ ταὐτὸν δὲ πάντα ταῦτα λέγω. —
Ταὐτὸν γὰρ ἔστιν, ὦ Σώκρατες, πρός γε 6 βούλεται
δηλῶσαι ὃ λόγος. --- ᾿Αλλὰ μὲν δὴ ἔκ γε τῶν αἰσθήσεων δεῖ
ἐννοῆσαι ὅτι πάντα τὰ ἐν ταῖς αἰσθήσεσιν ἐκείνου τε
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ὄρέγεται τοῦ ὃa ἔστιν
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ἴσον, καὶ\ αὐτοῦ
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ἐστιν ἢ3.
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πῶς λέγομεν ; --- Οὕτως. --- Πρὸ τοῦ ἄροι ἄρξασθαι ἣμᾶς
δρᾶν καὶ ἀκούειν καὶ τἄλλα αἰσθάνεσθαι, τυχεῖν ἔδει που
εἰληφότας ἐπιστήμην αὐτοῦ τοῦ ἴσου ὅ τι ἔστιν, εἰ ἐμέλ-
λομεν τὰ ἐκς τῶν αἰσθήσεων ἴσα ἐκεῖσε ἀνοίσειν, ὅτι προθυ-
μεῖται μὲν πάντα τοιοῦτ᾽ εἶναι οἷον ἐκεῖνο, ἔστι δὲ αὐτοῦ
δ ΝΥ 4 # 72 Le] [3] 2 A 2 À 2 le)
φαυλότερα. --- ᾿Ανάγκη ἐκ τῶν προειρημένων, ὦ Σώκρατες.
— Οὐκοῦν γενόμενοι εὐθὺς ἑωρῶμέν τε καὶ ἠκούομεν καὶ
τὰς ἄλλας αἰσθήσεις εἴχομεν; — Πάνυ γε. --- Ἔδει δέ γε,
La A / A M 5 J 2 LEE
φαμεν, TPO TOUTOV τὴν τοὺ LOOU ETTLOT
UN V εἰληφέναι ;5 —
Ναί. — -Πρὶν γενέσθαι ἄροι, ὧς ἔοικεν, ἀνάγκη ἡεῖν αὐτὴν
εἰληφέναι; -- Ἔοικεν.
-- Οὐκοῦν, εἰ μέν, λαθόντες αὐτὴν πρὸ τοῦ γενέσθαι,
Θ I εἶναι Mudge : εἶναι ἴσον codd. || ἀλλ᾽ ἐστι: ἀλλό ἐστιν B2 (1. m.)
[| 2 τυχεῖν: -γχάνειν B? (. ima marg.) W || 3 αὐτὸ (f. 35Y Β, ὁ 3-75
a 6, sinistrors. in super. parle laesum) : 6 W || ἀτὸ: om. W |
15 à ταῦτο: ταῦτ᾽ T'WY || 7 γὰρ ΤΆ (. m.) : om. Τ [[ ὅγε: ve B |
9 τε: γε W ||br<où: τοῦθ᾽ TY || 2 τοῦ ἄρα: γὰρ τοῦ ΤΥ [8 καὶ
ἀχούειν :ἢ à. TWY || τἄλλα : τὰ ἄλλα TWY || ὁ τοιαῦτ᾽ : -τα W τὰ
Te DY || ox : τπτῖν Τ || © τούτων : “τῶυ ΒΣ (s. u.).
PHÉDON | 3r
rieurement à la naissance, puisqu à la naissance nous en dis-
posons, c’est donc que nous connaissions, et avant de naître
et aussitôt nés, non point seulement l'Égal avec le Grand ei
le Petit, mais encore, ensemble, tout ce qui est de même
sorte ? Cas ce que concerne actuellement notre argument,
ce n’est pas l’Égal plutôt que le Beau en soi-même, le Bon en
soi-même, et le Juste, et le Saint, et généralement, selon
mon expression, tout ce qui par nous est marqué au sceau
de « Réalité en soi », aussi bien dans les questions qu’on
pose que dans les réponses qu'on fait!. De sorte que c’est
pour nous une nécessité d’avoir acquis la connaissance de
toutes ces choses antérieurement à notre naissance... —
C'est bien cela. — Et aussi, supposé du moins qu'après
l'avoir acquise nous ne l’ayons pas oubliée toutes Les fois ?, de
toujours naître avec ce savoir et de toujours le conserver au
cours de notre vie. Savoir en effet consiste en ceci : après
avoir acquis la connaissance de quelque chose, en disposer et
ne point la perdre. Aussi bien, ce qu’on nomme « oubli »,
n'est-ce pas l'abandon d'une connaissance ? — Sans nul
doute, Socrate, dit-il. — En revanche, on pourrait bien, je
pense, supposer que cette acquisition antérieure à notre nais-
sance, nous l'avons perdue en naissant, mais que, dans la
suite, en usant de nos sens à propos des choses en question,
nous ressaisissons la connaissance qu'au temps passé nous en
avions acquise d’abord. Dès lors, ce que l’on nomme
« s'instruire » ne consisterait-il pas à ressaisir un savoir
qui nous appartient? Et sans doute, en donnant à cela
le nom de «se ressouvenir », n’emploierions-nous pas
la dénomination correcte? — Hé! absolument. — Il est
possible en effet, c’est bien du moins ce qui nous est apparu,
76 que, en percevant une chose par la vue, par l’ouïe ou par la
perception de tel autre sens, cette chose soit pour nous l’oc-
casion de penser à une autre que nous avions oubliée et de
laquelle approchait la première, sans lui ressembler ou en lui
ressemblant. Par conséquent, je le répète, de deux choses
l’une : ou bien c'est avec la connaissance des réalités en
Savoir interroger et répondre définit la dialectique (78 detp. 12,
n.2; cf. Crat. 800 c, Lois X, 893 a); elle est ainsi l'instrument néces-
saire de la réminiscence (Ménon 84 cd, 85 cd). Voir surtout 1017 d sq.
2. C'est-à-dire à chacune de nos naissances successives.
31 PAIAQN 75 0
ἔχοντες ἐγενόμεθα, ἠπιστάμεθα καὶ πρὶν γενέσθαι καὶ
εὐθὺς γενόμενοι, οὐ μόνον τὸ ἴσον καὶ τὸ μεῖζον καὶ τὸ
ἔλαττον, ἀλλὰ καὶ ξύμπαντα τὰ τοιαῦτα ; Οὐ γὰρ περὶ
τοῦ ἴσου νῦν ὃ λόγος ἣμῖν μᾶλλόν τι ἢ καὶ περὶ αὔτοῦ τοῦ
καλοῦ καὶ αὖτοῦ τοῦ ἀγαθοῦ καὶ δικαίου καὶ ὅσίου,
καί, ὅπερ λέγω, περὶ ἁπάντων οἷς ἐπισφραγιζόμεθα
τὸ “ αὐτὸ ὃ ἔστι " καὶ ἐν ταῖς ἐρωτήσεσιν ἐρωτῶντες καὶ
ἐν ταῖς ἀποκρίσεσιν ἀποκρινόμενοι. “Ὥστε ἀναγκαῖον
ἣμῖν τούτων πάντων τὰς ἐπιστήμας πρὸ τοῦ γενέσθαι
εἰληφέναι. -- Ἔστι ταῦτα. — Kai, εἰ μέν γε λαθόντες
ξἙκάστοτε μὴ ἔπιλελήσμεθα, εἰδότας ἀεὶ γίγνεσθαι καὶ ἄεὶ
διὰ βίου εἰδέναι. Τὸ γὰρ εἰδέναι τοῦτ᾽ ἔστι: λαθόντα του
ἐπιστήμην, ἔχειν καὶ μὴ ἀπολωλεκέναι" ἢ οὐ τοῦτο λήθην
λέγομεν, ὦ Σιμμία, ἐπιστήμης ἀποβολήν ; -- Πάντως
δήπου, ἔφη, ὦ Σώκρατες. — Εἰ δέ γε, οἶμαι, λαθόντες
τιρὶν γενέσθαι, γιγνόμενοι ἀπωλέσαμεν, ὕστερον δὲ ταῖς
αἰσθήσεσι χρώμενοι περὶ αὐτὰ ἐκείνας ἀναλαμθάνομεν τὰς
ἐπιστήμας ἅς ποτε καὶ πρὶν εἴχομεν, ἂρ᾽ οὐχ ὃ καλοῦμεν
μανθάνειν οἰκείαν ἂν ἐπιστήμην ἀναλαμθάνειν εἴη ; Τοῦτο
δέ που ἀναμιμνήσκεσθαι λέγοντες ὀρθῶς ἂν λέγοιμεν ; —
Πάνυ γε. --- Δυνατὸν γὰρ δὴ τοῦτό γε ἐφάνη, αἰσθόμενόν
τι ἢ ἰδόντα ἢ ἀκούσαντα ἤ τινα ἄλλην αἴσθησιν λαθόντα, 76
ἕτερόν τι ἀπὸ τούτου ἐννοῆσαι ὃ ἐπελέληστο, ᾧ τοῦτο
ἐπλησίαζεν ἀνόμοιον ὃν ἢ ᾧ ὅμοιον. “Ὥστε, ὅπερ λέγω,
δυοῖν θάτερον’ ἤτοι ἐπιστάμενοί γε αὐτὰ γεγόναμεν καὶ
c8i:0om.B | d ἃ τὸ αὐτὸ Burnet: τοῦτο codd. τὸ Iambl. Protr.
63,3 || 4 ἡμῖν: ἢ. εἶναι Β3 (5. u.) TW εἶν. ἢ. Y |] πάντων : ἅπ.
B? (as. u.)TWY [{0. ἑκαστότε μὴ : μὴ £. B2 Ο 1. m.) TWY ||
ἐπιλελήσμεθα : ἐπελε. TWY || εἰδότας T2Y? (α 5. u.) : -ότες B2 (ë s. u.)
ΤΥ |} alt. ἀεὶ: om. B || 7 του: τοῦ TWY Philop. in De an. || 8
ἀπολωλεχέναι : -βεβλῆσθαι Philop. ibid. Suid. 329 b -βεβληκέναι
Philop. in Phys. ||g ὦ Σιμμία :om. ΤΥ || πάντως : -τελῶς B? (i. m.)
W || ὁ ὃ αὐτὰ : ταῦτα B2 (. m.) W [| 5 ἂν : ante εἴη BW ||7 γε ἐφάνη:
γ᾽ἐ. TWY ||αἰσθόμενόν : -θανόμενόν W ||76 a 2 ἐπελέληστο : ἐπιλ. W ||
& θάτερον Β5 (i. m.): τὰ ἕτερα B.
76 ἃ PHÉDON 39
soi que nous sommes nés, et c’est une connaissance à vie
pour nous tous; ou bien, postérieurement à la naissance,
ceux dont nous disons qu'ils s’instruisent, ils ne font que se
ressouvenir ;auquel cas l’instruction serait une réminiscence.
— La chose est vraiment tout à fait bien présentée ainsi,
Socrate ! — Quel est, par suite, ton choix, Simmias ? Le sa-
-Voir pour nous en naissant? ou bien un ressouvenir ultérieur
de ce dont antérieurement nous avions acquis le savoir? — Je
suis incapable pour le moment, Socrate, de faire ce choix!
— Mais, dis-moi, voici un choix que tu es en état de faire,
en me disant à son sujet ton opinion : un homme qui
saurait, serait-il capable, ou non, de rendre raison de ce
qu'il sait? — Nécessité majeure, Socrate! — Crois-tu en
outre que tout le monde soit capable de rendre raison de ces
réalités dont il était tout à l'heure question ? — Ah! je le
voudrais bien ! répondit Simmias. Mais ma peur est beau-
coup plutôt que demain, à pareille heure, il n’y ait plus un
homme au monde qui soit à même de s'en acquitter digne-
ment ! — Il en résulte au moins, Simmias, qu'à ton avis
le savoir de ces réalités n’appartient pas à tout le monde?
— Absolument pas! — C'est donc que les hommes se res-
souviennent de ce qu'en un temps passé ils ont appris pee
Nécessairement. — Et quel est ce temps où nos âmes ont
acquis le savoir de ces réalités ? Bien sûr en effet, ce n’est pas
à dater de notre naissance humaine 9 — Sûrement non!—
C’est donc antérieurement ? — Oui. — Les âmes, Simmias,
existaient par conséquent antérieurement aussi à leur exis-
tence dans une forme humaine, séparées des corps et en
possession de la pensée. — À moins, Socrate, que le moment
de notre naissance ne soit celui-là même où nous acquérons
ces connaissances ; car voilà encore un temps qui nous reste.
— En vérité, mon camarade? Mais alors en quel autre temps
les perdons-nous ? Car c’est un fait certain que nous n’en
disposions pas quand nous sommes nés : nous en sommes
tombés d'accord 1] n’y a qu’un instant. Ainsi, ou bien nous
les perdons dans le moment même où aussi nous les acquérons ;
ou bien tu as quelque autre moment que tu puisses alléguer?
— Impossible, Socrate ! La vérité, c’est plutôt que sans m'en
apercevoir j'ai parlé-pour rien.
— Dès lors, est-ce que notre situation, Simmias, n’est pas
celle-ci ? S'il existe, comme sans cesse nous le ressassons, un
ca ΦΑΙΔΩΝ 76 ἃ
ἐπιστάμεθα διὰ βίου πάντες, ἢ ὕστερον οὕς φαμεν
μανθάνειν οὐδὲν ἀλλ᾽ ἢ ἀναμιμνήσκονται οὗτοι, καὶ ἣ
μάθησις ἀνάμνησις ἂν εἴη. --- Kai μάλα δὴ οὕτως ἔχει,
ὦ Σώκρατες. --- Πότερον οὖν αἱρεῖ, ὦ Σιμμία : ἐἔπιστα-
μένους ἡμᾶς γεγονέναι, ἢ ἀναμιμνήσκεσθαι ὕστερον ὧν
“πρότερον ἐπιστήμην εἰληφότες ἦμεν; — Οὐκ ἔχω, ὦ
Zokpatec, ἔν τῷ παρόντι ἑλέσθαι. |
— Τί δέ; τόδε ἔχεις ἑλέσθαι, καὶ πῇ σοι δοκεῖ περὶ
αὖτοθ: ἀνὴρ ἐπιστάμενος περὶ ὧν ἐπίσταται ἔχοι ἂν
δοῦναι λόγον, ἢ οὔ ; --- Πολλὴ ἀνάγκη, ἔφη, ὦ Σώκρατες.
--- Ἢ καὶ δοκοῦσί σοι πάντες ἔχειν διδόναι λόγον περὶ
τούτων ὧν νῦν δὴ ἐλέγομεν : --- Βουλοίμην μεντἄν, ἔφη 6
Σιμμίας. ᾿Αλλὰ πολὺ μᾶλλον φοθοῦμαι μὴ αὔριον τηνικάδε
οὐκέτι ἢ ἀνθρώπων οὐδεὶς ἀξίως οἷός τε τοῦτο ποιῆσαι.
— Οὐκ ἄρα δοκοῦσί σοι ἐπίστασθαί γε, ἔφη, ὦ Σιμμία,
9 2 2 2 LE
πιάντες αὐτά ; --- Οὐδαμῶς. — ᾿Αναμιμνήσκονται ἄρα ἅ
ποτε ἔμαθον ; --- ᾿Ανάγκη. — Πότε λαθοῦσαι ai ψυχαὶ
ἡμῶν τὴν ἐπιστήμην αὐτῶν ; οὗ γὰρδὴ ἀφ᾽οὗ γε ἄνθρωποι
γεγόναμεν. --- Οὐ δῆτα. --- Πρότερον ἄρα; — Ναί. —
σαν ἄρα, ὦ Σιμμία, at ψυχαί, καὶ πρότερον πρὶν εἶναι
ἐν ἀνθρώπου εἴδει, χωρὶς σωμάτων, καὶ φρόνησιν εἶχον. ---
Εἰ μὴ ἄρα ἅμα γιγνόμενοι Aaubévouev, ὦ Σώκρατες,
ταύτας τὰς ἐπιστήμας" οὗτος γὰρ λείπεται ἔτι ὃ χρόνος.
— Εἶεν, ὦ ἑταῖρε. ἀπόλλυμεν δὲ αὐτὰς ἔν ποίῳ ἄλλῳ
χρόνῳ ; οὐ γὰρ δὴ ἔχοντές γε αὐτὰς γιγνόμεθα, ὡς ἄρτι
ὡμολογήσαμεν, Ἢ ἐν τούτῳ ἀπόλλυμεν ἔν ᾧπερ καὶ λαμ-
θάνομεν ; ἢ ἔχεις ἄλλον τινὰ εἶπεῖν χρόνον: — Οὐδαμῶς,
ὦ Σώκρατες. ᾿Αλλὰ ἔλαθον ἐμαυτὸν οὐδὲν εἰπών.
— Αρ᾽ οὖν οὕτως ἔχει, ἔφη, ξήμϊῖν, ὦ Σιμμία. εἰ μὲν
ἔστιν ἃ θρυλοῦμεν ἀεί, καλόν τέ τι καὶ ἀγαθὸν καὶ πᾶσα ἣ
a ὃ αἱρεῖ:-ἢ ΤΞ (6πι.) WY || Ὁ 3 δέ: δαί B [|{τόϑε :om. BTY ||
Ὁ ἃ ἅ ποτε: π. ἃ TY || ἡ αὐτῶν : om. TY {|| 6 πρὶν: x. ἂν W ||
ὃ ἅμα : om. BTY || 9 ὃ : om. W || d 8 ἐν ᾧπερ: add. ἂν B?(s. u.)
ᾧπερ TY || 6 ἔχει, ἔφη, ἡμῖν :ἔφ. ἢ. ἔχ. W || 7 θρυλοῦμεν : -λλ. Y |
τι Β5 (5. u.): om. B.
16 ἃ PHÉDON 33.
Beau, un Bon, avec tout ce qui a la même sorte de réalité ;.
si c’est sur elle que nous reportons tout ce qui vient des sens,
parce que nous découvrons qu’elle existait antérieurement et
qu’elle était nôtre; si enfin à la réalité en question nous
comparons ces données ; alors, en vertu de la même néces-
sité qui fonde l’existence de tout cela, notre âme aussi existe,
et antérieurement à notre naissance. Supposons au contraire.
que tout cela n'existe pas, n est-ce pas en pure perte qu'aura
été exposé cet argument ? Oui, est-ce ainsi que se présente la
situation ὃ N’y a-t-il pas une égale nécessité d’existence, et
* pour tout cela et pour nos âmes ‘, avant que nous fussions nés
nous-mêmes ? et de la non-existence du premier terme à la
non-existence de l’autre? — Impossible, Socrate, de sentir
plus que moi, dit Simmias, ce qu'il y a d’ M ous en cette
nécessité ! Quelle belle retraite pour l'argument, que cette
| 77 similitude entre l'existence de l’âme auparavant que nous
soyons nés, et celle de cette réalité dont tu viens de parler ἢ
Pour ma part, en effet, il n'y ἃ pas d’évidence qui égale
celle-ci : tout ce qui est de ce genre a le plus haut degré
possible d’existence, Beau, Bon, et tout ce dont encore tu
parlais à l'instant. Ainsi, pour ma part, je me satisfais de
cette démonstration,
— Mais Cébès, lui? dit Socrate ; car
On doit joindreÀ il faut aussi convaincre Cébès. — Il en
les deux premiers ἐπ τ ed Rte D ς
arguments. est satisfait, répondit Simmias ; au moins.
je le pense, quoiqu'il n’y ait point au
monde de douteur plus obstiné à l’égard des arguments?! Le
point cependant sur lequel, je crois bien, rien ne manque à
sa conviction, c’est qu'avant notre naissance notre âme exis-
tait. Mais est-il vrai qu'après notre mort aussi elle doive
exister encore? Voilà, dit Simmias, ce qui, même à monsens,
n'a pas été démontré. Tout au contraire, en face de nous
reste dressée cette opinion commune qu'alléguait tout à
l'heure Cébès : qui sait en effet si, au moment précis où l’on
meurt, l’âme ne se dissipe pas et si ce n’est pas là pour elle
la fin de l'existence? Car où est l'obstacle? Elle peut bien
naître et se constituer en ayant quelque autre origine, exister
1. La solidarité de l’âme et des Idées annonce la troisième raison.
2. Ses interventions déterminent chacun des progrès de la re-
33 ΦΑΊΔΩΝ 16 ἃ
τοιαύτη οὐσία, καὶ ἐπὶ ταύτην τὰ ἐκ τῶν αἰσθήσεων πάντα
ἀναφέρομεν, ὕπάρχουσαν πρότερον ἀνευρίσκοντες ἥμετέραν
οὖσαν, καὶ ταῦτα ἐκείνῃ ἀπεικάζομεν, ἀναγκαῖον, οὕτως
ὥσπερ καὶ ταῦτα ἔστιν, οὕτως καὶ τὴν ἡμετέραν ψυχὴν
εἶναι καὶ πρὶν γεγονέναι ἥμᾶς᾽ εἰ δὲ μὴ ἔστι ταῦτα,
ἄλλως ἂν ὃ λόγος οὗτος εἰρημένος εἴη ; “Αρ᾽ οὕτως ἔχει,
καὶ ἴση ἀνάγκη ταῦτά τε εἶναι καὶ τὰς ἡμετέρας ψυχὰς
πρὶν καὶ ἡμᾶς γεγονέναι, καὶ εἰ μὴ ταῦτα οὐδὲ τάδε; —
Ὑπερφυῶς, ὦ Σώκρατες, ἔφη ὃ Σιμμίας, δοκεῖ μοι à
αὐτὴ ἀνάγκη εἶναι, καὶ εἷς καλόν γε καταφεύγει ὃ λόγος
εἰς τὸ ὁμοίως εἶναι τήν τε ψυχὴν ἡμῶν πρὶν γενέσθαι ἣμᾶς 77
καὶ τὴν οὐσίαν ἣν σὺ νῦν λέγεις. Οὐ γὰρ ἔχω ἔγωγε οὐδὲν
οὕτω μοι ἐναργὲς ὃν ὧς τοῦτο᾽ τὸ πάντα τὰ τοιαῦτ᾽ εἶναι
ὡς οἷόν τε μάλιστα, καλόν τε καὶ ἀγαθὸν καὶ τἄλλα πάντα
& σὺ νῦν δὴ ἔλεγες. Καὶ ἔμοιγε ἱκανῶς ἀποδέδεικται.
— Ti δὲ δὴ [Κκέθητι; ἔφη 6 Σωκράτης, δεῖ γὰρ καὶ
Κέθητα πείθειν. --- -[ἱΪκανῶς, ἔφη ὃ Σιμμίας, ὡς ἔγωγε
οἶμαι. Καίτοι καρτερώτατος ἀνθρώπων ἐστὶ πρὸς τὸ
ἀπιστεῖν τοῖς λόγοις. ᾿Αλλ᾽ οἶμαι οὐκ ἐνδεῶς τοῦτο
πεπεῖσθαι αὐτόν, ὅτι πρὶν γενέσθαι Mu ἦν ἡμῶν ἣ ψυχή.
Εἰ μέντοι, καὶ ἐπειδὰν ἀποθάνωμεν, ἔτι ἔσται, οὐδὲ αὐτῷ
μοι δοκεῖ, ἔφη, ὦ Σώκρατες, ἀποδεδεῖχθαι: ἀλλ᾽ ἔτι
ἐνέστηκεν ὃ νῦν δὴ (Κέβης ἔλεγε, τὸ τῶν πολλῶν, ὅπως μὴ
ἅμα ἀποθνήσκοντος τοῦ ἀνθρώπου διασκεδάννυται ἧ ψυχὴ
καὶ αὐτῇ τοῦ εἶναι τοῦτο τέλος ἧ. Τί γὰρ κωλύει γίγνεσθαι
μὲν αὐτὴν καὶ ξυνίστασθαι ἄλλοθέν ποθεν καὶ εἶναι πρὶν
ἃ ὃ αἰσθήσεων : αἰ. αὐτῶν Β5 (i. πι.}} 6 1 ὑπάρχουσαν... ἃ οὕτως:
damn. Jackson, Archer Hind, Wilamowitz ἰ. c. || 5 ἀρ᾽ : ἄρ᾽ BW
18 ὦ Σώχρατες, ἔφη : ἔφ., ὦ D. W || 77 ἃ 3 πάντα : dx. B? (as.
u.) W [| τοιαῦτ᾽: -ta W || 5 καὶ ἔμοιγε ἱκανῶς B? (1. m.): x. ἔμοι
ἐδόχει ix, Β xat μοί γε ix. W || 6 δὲ : δαὶ BW? (αι 5. u.) || 8 ἐστι πρὸς
τὸ ἀπιστεῖν ΤΖ (1. m.): om. T || b 2 οὐδὲ : οὐδ᾽ TWY || 3 δοχεῖ
W? (s. u.): om. W || ἔφη : post ὦ Σ, TY om.W || 5 ἅμα B? (. m.):
B || διασχεδάννυται : -νῦται Y-vünrat B? (n s. u.) || 7 ἄλλοθέν : ἁμόθεν
Bekker.
71 Ὁ PHÉDON 34
enfin avant de venir dans un corps humain, et d’autre
part, quand elle y est venue et qu'elle s’en est séparée, trou-
ver à ce moment, elle aussi, sa fin et sa destruction. —
Bien parlé, Simmias ! dit Cébès. Il est clair en effet qu'onen
est pour ainsi dire à la moitié de ce qu'il faut démontrer :
notre âme existe avant notre naissance, soit; mais 1] faut
démontrer en outre que, même après notre mort, elle n’exis-
tera pas moins qu avant notre naissance. C'est à cette condi-
tion que la démonstration atteindra son but.
— Cette démonstration, dit Socrate, vous l’avez, Simmias
et toi, Cébès ; vous l’avez même dès à présent, pourvu que
vous consentiez à joindre en un seul cet argument avec celui
qui le précéda et dont nous fûmes d’accord : savoir, que tout
ce qui vit naît de ce qui est mort. Admet-on en effet la pré-
existence de l'âme, avec d'autre part cette nécessité que sa
venue à la vie et sa naissance ne puissent avoir aucuneautre
origine que la mort et le fait d’être mort, et que c'est là sa
provenance ? Dès lors, comment son existence, même une fois
qu'on est mort, n'est-elle pas nécessaire, puisqu'aussi bien
elle doit avoir une nouvelle génération? En tout cas 1] y ἃ
bien là une démonstration, et cela, disons-le une fois de
plus, dès à présent. Et cependant, me semble-t-1l, vous
aimeriez, Cébès, toi aussi Simmias, à travailler l'argument
encore plus à fond, étant possédés par la crainte enfantine
que, tout de bon, le vent n'aille souffler sur l’âme à sa
sortie du corps pour la disperser et la dissiper, surtout quand .
d'aventure, au lieu d’un temps calme, il y a grosse brise à
l'instant de la mort ! » Cébès se mit à rire: « Des poltrons,
Socrate ? Soit ; tâche, dit-il, de les réconforter !Mettons plutôt
que ce ne soit pas nous, les poltrons ; mais que, au dedans
de nous, il y ait sans doute je ne sais quel enfant à qui
ces sortes de choses font peur. Donc cet enfant-là, tâche que,
dissuadé par toi, il n'ait pas de la mort la même crainte que
de Croquemitaine ! — Mais alors, ce qu’il lui faut, dit Socrate, :
c'est une incantation de chaque jour, jusqu’à temps que cette
incantation l'ait tout à fait débarrassé ! — D'où tirerons-nous
donc, Socrate, contre ces sortes de frayeurs un enchanteur
cherche; cf. 60 c, 61 d, 62 d-63 a, 69 e sqq., 72 6, 77 c, 86 e sqq., 95 6.
1. Cette magie ne doit pas être prise plus au sérieux que celle du
Charmide 156 cd, du Théétète 119 d (ici 81 bs. in., 114 d). La suite
34 ΦΑΊΔΩΝ 71 Ὁ
καὶ εἰς ἀνθρώπειον σῶμα ἀφικέσθαι, ἐπειδὰν δὲ ἀφίκηται
καὶ ἀπαλλάττηται τούτου, τότε καὶ αὐτὴν τελεῦταν καὶ
διαφθείρεσθαι : — Εὖ λέγεις, ἔφη, ὦ Σιμμία, ὃ KEébnc.
Φαίνεται γὰρ ὥσπερ ἥμισυ ἀποδεδεῖχθαι οὗ δεῖ, ὅτι πρὶν
γενέσθαι ἥμᾶς ἣν ἡμῶν À ψυχή δεῖ δὲ προσαποδεῖξαι
ὅτι, καὶ ἐπειδὰν ἀποθάνωμεν, οὐδὲν ἧττον ἔσται ἢ πρὶν
γενέσθαι, εἰ μέλλει τέλος ἡ ἀπόδειξις ἕξειν.
— ᾿Αποδέδεικται μέν, ἔφη, ὦ Σιμμία τε καὶ [ΚΚέθης, ὃ
Σωκράτης, καὶ νῦν, εἰ θέλετε συνθεῖναι τοῦτόν τε τὸν λόγον
εἰς ταὐτὸν καὶ ὃν πρὸ τούτου ὡμολογήσαμεν, τὸ γίγνεσθαι
“πᾶν τὸ ζῶν ἐκ τοῦ τεθνεῶτος. Εἰ γὰρ ἔστι μὲν À ψυχὴ καὶ.
πρότερον, ἀνάγκη δὲ αὐτῇ εἰς τὸ ζῆν ἰούσῃ τε καὶ γιγνο-
μένῃ μηδαμόθεν ἄλλοθεν ἢ ἐκ θανάτου καὶ τοῦ τεθνάναι.
γίγνεσθαι, πῶς οὐκ ἀνάγκη αὐτὴν καὶ ἔπειδὰν ἀποθάνῃ
εἶναι, ἐπειδή γε δεῖ αὖθις αὐτὴν γίγνεσθαι ; ᾿Αποδέδεικται
μὲν οὖν, ὅπερ λέγεται, καὶ νῦν. “Ὅμως δέ μοι δοκεῖς, σύ τε
καὶ Σιμμίας, ἡδέως ἂν καὶ τοῦτον διαπραγματεύσασθαι τὸν
λόγον ἔτι μᾶλλον, καὶ δεδιέναι τὸ τῶν παίδων, μὴ ὡς
ἀληθῶς ὃ ἄνεμος αὐτὴν ἐκθαίνουσαν ἔκ τοῦ σώματος ta
φυσᾷ καὶ διασκεδάννυσιν, ἄλλως τε καὶ ὅταν τύχῃ τις μὴ
ἐν νηνεμίαι ἀλλ᾽ ἐν μεγάλῳ τινὶ πνεύματι ἀποθνήσκων. » Kat
ὃ Κέέθης ἐπιγελάσας « “Ὡς δεδιότων, ἔφη, ὦ Σώκρατες,
πειρῶ ἀναπείθειν᾽ μᾶλλον δὲ μὴ ὡς ἥμῶν δεδιότων, ἄλλ᾽
ἴσως ἕνι τις καὶ ἐν ἡμῖν παῖς, ὅστις τὰ τοιαῦτα φοθεῖται᾽
τοῦτον οὖν πειρῶ μεταπείβειν μὴ δεδιέναι τὸν θάνατον
ὥσπερ τὰ μορμολύκειοι. — -᾿Αλλὰ χρή, ἔφη ὃ Σωκράτης,
ξπάδειν αὐτῷ ἑκάστης ἡμέρας ἕως ἂν ἐξεπάσηται. --- Πόθεν
© ὃ δεῖ : δεῖν ΤῪ || 4 ὅτι: «ἔτι εἰ Τ' (ets. u.) WY || 5 ἕξειν: ἔχειν
BW || 6 τε: οι. W {|| 9 μὲν: om. TWY || d 2 χαὶ: τε καὶ ἐχ ΤΥ ||
3 αὐτὴν: -τῇ Β W || 4 γε: om. Υ δὲ T exp. T? || αὖθις αὐτὴν: αὐτ.
αὖθ. B2 (transp.) W || 5 λέγεται: -yere Par. 1811 (E) Βαυτποῖ | et
ἄλλως τε: μάλιστά T2W? yo. || 6 πειρῶ μεταπείθειν : -ρώμεθα π.
BTY || 8 ἐξεπάσηται (Y π eras.) : ἐξαπάσητε T sed € post ξ s. u. ΤΖ
ἐξιάσηται B Y? (ι ex €) yo. W ἐξιάσητε T? (1. m.). |
78 a PHÉDON 35
78 accompli, puisque, dit-il, tu es en train, toi, de nous aban-
donner ?— Cébès, la Grèce est bien grande, répondit Socrate,
et il n’y manque sans doute pas d'hommes accomplis ! Et
d'autre part, que de nations barbares! Tous ces hommes,
faites sur eux porter votre enquête ; dans la recherche d’un
tel enchanteur n’épargnez ni biens ni peines, en vous disant
qu'il n’y a rien à quoi vous puissiez, avec plus d'à-propos,
dépenser votre bien ! Mais soumettez-vous encore vous-mêmes,
il le faut, à une mutuelle recherche; car peut-être auriez-
vous de la peine à trouver des gens qui, plus que vous, soient
aptes à remplir cet office! — Eh bien ! entendu, cela se
fera! dit Cébès. Mais reprenons où nous en étions restés, à.
moins qu'il ne t'en déplaise.
.
Nouvel argument; — Tout au contraire, c'est que j en suis
° » °)
Ἶ
les objets ravi ! Pourquoi penser en effet qu'il en
des sens et ceuxdoive être autrement ? — Ah ! la bonne
de la pensée. parole ! s'écria Cébès. — N'est-ce pas,
reprit Socrate, une question comme celle-ci que nous avons à
nous poser? Quelle est l’espèce d’être auquel peut bien con-
venir cet état qui consiste à se dissiper? À propos de quelle es-
pèce dé chose convient-il de redouter cet état et pour quelle
espèce d'être ὃ Après cela n’aurons-nous pas encore à examiner
si c'est là ou non le cas de l’âme, et enfin, selon le résultat, à
éprouver, au sujet de notre âme à nous, ou la confiance ou la
crainte ? — C'est la vérité, dit-il. — N'est-ce donc pas à ce
qui ἃ été composé, aussi bien qu’à ce qui de sa nature est
composé, qu'il convient d'être affecté d’une décomposition
qui corresponde précisément à sa composition ? Mais, s’il se
trouve qu'il y ait quelque chose qui soit incomposé, n'est-ce
pas à cela seul qu'il convient, plus qu'à n'importe quoi
autre, d'échapper à cet état ?— Oui, dit Cébès, c’est mon
d’ Ju. x r ἢ 9 Ὁ ΄ 4 )
avis; il en est bien ainsi. — Dis-moi, les choses qui tou-
jours sont dans l'identité et toujours se comportent de même
façon‘, n'est-il pas hautement vraisemblable que ce sont là
précisément les choses incomposées ? Tandis que ce qui
montre en effet que la recherche philosophique en commun, où cha-
cun apporte son effort personnel, est la seule magie efficace.
1. Formule technique qui est expliquée un peu plus loin, 78 e :
l’Idée est identique à elle-même, ainsi la Grandeur est cela même;
ες GAIAON 78 a
οὖν, ἔφη, ὦ Σώκρατες, τῶν τοιούτων ἀγαθὸν ἐπῳδὸν ληψό- 78
μεθα, ἐπειδὴ σύ, ἔφη, ἥμᾶς ἀπολείπεις: --- Πολλὴ μὲν ἣ “Ελ-
λάς, ἔφη, ὦ Κέβης, ἐν ἣ ἔνεισί που ἀγαθοὶ ἄνδρες, πολλὰ
δὲ καὶ τὰ τῶν βαρθϑάρων γένη, οὗς πάντας χρὴ διερευνᾶσθαι
ζητοῦντας τοιοῦτον Env, μήτε χρημάτων φειδομένους
μήτε πόνων, ὧς οὐκ ἔστιν εἰς 8 τι ἂν εὐκαιρότερον ἄνα-
λίσκοιτε χρήμαται. Ζητεῖν δὲ χρὴ καὶ αὐτοὺς μετ᾽ ἀλλήλων᾽
ἴσως γὰρ ἂν οὐδὲ ῥαδίως εὕροιτε. μᾶλλον ὑμῶν δυναμένους
τοῦτο ποιεῖν .--- ᾿Αλλὰ ταῦτα μὲν δή, ἔφη, ὑπάρξει, δ ἰ(έθης.
“Ὅθεν δὲ ἀπελίτ᾽ομεν ἐπανέλθωμεν.
ῳ ᾽
εἴ σοι ἢἧδομένῳ î ἐστίν.
— ᾿Αλλὰ μὴν ἥδομένῳ ye’ πῶς γὰρ où μέλλει; —
Ἰζαλῶς, ἔφη, λέγεις. --- Οὐκοῦν τοιόνδε τι, ἢ δ᾽ ὃς ὃ
Σωκράτης, δεῖ MURS ἀνερέσθαι ἑαυτούς, τῷ ποίῳ τινὶ ἄρα
τιροσήῆκει τοῦτο τὸ πάθος πάσχειν, τὸ διασκεδάννυσθαι,
καὶ ὑπὲρ τοῦ ποίου τινὸς δεδιέναι μὴ πάθῃ αὐτὸ καὶ τῷ
ποίῳ τινί᾽ καὶ μετὰ τοῦτο αὖ ἐπισκέψασθαι πότερον ψυχή
ἐστι, καὶ ἐκ τούτων θαρρεῖν ἢ δεδιέναι ὕπὲρ τῆς ἧμε-
τέρας ψυχῆς: --- ᾿Αληθῆ, ἔφη, λέγεις. — "Αρ᾽ οὖν τῷ μὲν
συντεθέντι τε καὶ συνθέτῳ ὄντι φύσει προσήκει τοῦτο
πιάσχειν, διαιρεθῆναι ταύτη ἥπερ συνετέθη: εἰ δέ τι
τυγχάνει ὃν ἀξύνθετον, τούτῳ μόνῳ προσήκει μὴ πάσχειν
EU 9 (A LA [4 A !
ταῦτα, εἴπερ τῷ ἄλλῳ ; --- Δοκεῖ μοι, ἔφη, οὕτως ἔχειν, ὃ
Ζ c » 21 δ ΓῚ 37 [7 2 ε
Κέθης. --- Οὐκοῦν ἅπερ ἀεὶ κατὰ ταὐτὰ καὶ ὡσαύτως ἔχει,
ταῦτα μάλιστα εἰκὸς εἶναι τὰ ἀξύνθετα, τὰ δὲ ἄλλοτ᾽
78 à 1 τῶν τοιούτων : τὸν τοιοῦτον W || ἀγαθὸν T2 (em.): -θῶν T
|| 3 ἕνεισί : εἰσι Clem. || που: πάμπαν id. || 6 ἂν εὐχαιρότερον:
ἀναγχαιό. BW γρ. T || 0. ἔφη ὑπάρξει:ὃ. €. B? (transp.) TWY | br
ἀπελίπομεν : ἀπελείπ. ΤῊΝ || 4 ἀνερέσθαι T2 (υ eras.) (et OL.) : ἀνευ-
ρέσθαι T (ut uid.) ἐρέσθαι B || 5 alt. τὸ (et OL.): τοῦ B || 7 τινί
{et OL. 80, 23 sq. N.): τινὶ « οὔ5- Heindorf || ψυχὴ : à φ. B |] 8
ἐστι: -τιν edd. || g μὲν : om. Stob. || © 1 συντεθέντι.., συνθέτῳ (et
Stob.) : ξυν. ξυν. BW O1. συνθέντι ΟἹ. || ἃ συνετέθη (et Stob.):
ξυν. BW || 3 ἀξύνθετον : ἀσύν. Stob. || 4 ταῦτα B (et Stob.) : exp.
B? τὰ αὐτὰ ΤΥ || τῳ : τῷ TW || 5 ταὐτὰ : ταῦ. Stob. || 6 ἀξύνθετα:
ἀσύν. Stob. || τὰ δὲ: -5’ WY ἃ δὲ Heindorf τὰ δὲ... usque ad ξύνθετα
om. Ÿ add. Y? 1. m.
c 78 PHÉDON 3 36
Jamais n’est dans l’identité et qui tantôt se comporte ainsi et
tantôt autrement, c’est cela qui est le composé? — Α mon
avis au moins, c'est ainsi. — En route maintenant, dit-il,
vers cela même où nous avait menés l’argumentation précé-
dente ! Cette réalité en elle-même, de l’être de laquelle nous
rendons raison dans nos interrogations comme dans nos
réponses, dis-moi, se comporte-t-elle toujours de même façon
dans son identité, ou bien tantôt ainsi et tantôt autrement?
L’Egal en soi, le Beau en soi, le réel en soi de chaque chose,
ou son être, se peut-il que cela soit susceptible d’un chan-
gement quelconque ὃ Ou plutôt chacun de ces réels, dont la _
forme est une en soi et par soi, ne se comporte-t-il pas
toujours de mème façon en son identité, sans admettre, ni
jamais, ni nulle part, ni en rien, aucune altération ? — C'est
nécessairement de la même façon, dit Cébès, que chacun
garde son identité, Socrate. — Et d'autre part, qu’en est-il
des multiples exemplaires de beauté, ainsi des hommes, des
chevaux, des vêtements, ou de n'importe quoi encore du
même genre, et qui est ou égal, ou beau, bref désigné par
le même nom que chacun des réels en question? Est-ce qu'ils
gardent leur identité? ou bien, tout au contraire de ce qui ἃ
lieu Ge les premiers, ne niera-t-on en ΤῊ ils soient, ni
pareils à eux-mêmes et entre eux, ni jamais, à parler franc,
aucunement dans l'identité ? — Et de la sorte, dit Cébès, ils
ne se comportent jamais non plus de même façon. — Ainsi
19 donc, n'est-ce pas, les uns, tu peux les toucher, les voir, tes
autres sens peuvent t'en donner la sensation; tandis que les
autres, qui gardent leur identité, il ny a absolument pas
pour toi d’autre moyen de les appréhender sinon la pensée
réfléchie, les choses de ce genre étant bien plutôt invisibles
et soustraites à la vision! ? — C’est, dit-il, on ne peut plus
vrai | 5
— Admettons donc, veux-iu ? qu'il y a deux espèces de
elle est dans un même rapport à telle autre Idée, ainsi la Petitesse.
Au contraire une chose grande peut devenir petite, ou, étant grande
relativement à ceci, être petite relativement à cela. L'identité d’es-
sence et de rapport est en outre, dans l’Idée, permanente, à l'inverse
de ce qui a lieu pour les choses sensibles. Voir l’analyse de 102 a-
103 ἃ.
1. C’est ce que Socrate a dit 65 b, e sq.
36 ΦΑΙΔΩΝ 78 α
ἄλλως καὶ μηδέποτε κατὰ ταῦτά, ταῦτα δὲ ξύνθετα: «---
ἜΜμοιγε δοκεῖ οὕτως. — Ἴωμεν δή, ἔφη, ἐπὶ ταῦτα ἐφ᾽
ἅπερ ἔν τῷ ἔμτιροσθεν λόγῳ. Αὐτὴ ἢ οὐσία, ἧς λόγον
δίδομεν τοῦ εἶναι καὶ ἐρωτῶντες καὶ ἀποκρινόμενοι, πό-
TEpov ὡσαύτως ἀεὶ ἔχει κατὰ ταὐτὰ, ἢ ἄλλοτ᾽ ἄλλως:
αὐτὸ τὸ ἴσον. αὐτὸ τὸ καλόν, αὐτὸ ἕκαστον ὃ ἔστι, τὸ ὄν,
μή ποτε μεταθολὴν καὶ ἡντινοῦν ἐνδέχεται ; ἢ ἀεὶ αὐτῶν
ἕκαστον ὃ ἔστι, μονοειδὲς ὃν αὐτὸ καθ᾽ αὗτό, ὡσαύτως
κατὰ ταὐτὰ ἔχει καὶ οὐδέποτε οὐδαμῇ οὐδαμῶς ἀλλοίωσιν
οὐδεμίαν ἐνδέχεται ; --- Ὡσαύτως, ἔφη, ἀνάγκη, ὃ Κέβης,
κατὰ ταὐτὰ ἔχειν, ὦ Σώκρατες. — Τί δὲ τῶν πολλῶν
καλῶν, οἷον ἀνθρώπων ἢ ἵππων ἢ ἱματίων ἢ ἄλλων ὧντι- 5 597
νωνοῦν τοιούτων, ἢ ἴσων ἢ καλῶν ἢ πάντων τῶν ἐκείνοις
δμωνύμων : Ἄρα κατὰ ταὐτὰ ἔχει, ἢ πᾶν τοὐναντίον
2 Δ
ἐκείνοις οὔτε αὐτὰ αὑτοῖς οὔτε ἀλλήλοις οὐδέποτε ὡς
ἔπος εἰπεῖν οὐδαμῶς κατὰ ταῦτά ; — Οὕτως αὖ, ἔφη ὃ
K£ôns, οὐδέποτε ὡσαύτως ἔχει. — Οὐκοῦν τούτων μὲν
κἂν ἅψαιο κἂν ἴδοις κἂν ταῖς ἄλλαις αἰσθήσεσιν αἴσθοιο, 19
τῶν δὲ κατὰ ταὐτὰ ἐχόντων οὐκ ἔστιν ὅτῳ Tot ἂν ἄλλῳ
ἐπιλάδοιο ἢ τῷ τῆς διανοίας λογισμῷ, ἀλλ᾽ ἔστιν ἀειδῆ
τὰ τοιαῦτα καὶ οὐχ δρατά; --- Παντάπασιν, ἔφη, ἀληθῆ
λέγεις.
--- Θῶμεν οὖν βούλει, ἔφη, δύο εἴδη τῶν ὄντων, τὸ μὲν
Ὁ 7 ταὐύτα : om. Stob. || ταῦτα δὲ : δὲ εἶναι ΤΞ (5. u.) δὲ εἶναι
τὰ Β5 (τὰ 5. u.) W Stob. τ. εἶ, τὰ Y? (i. m.) || 8 ταῦτα :ταύτα Hein-
dorf || ἃ : τοῦ : τὸ Madvig Schanz || 2 κατὰ ταὐτὰ Β5: χαταυτὰ Β
χατὰ τὰ αὐτὰ W || ἄλλοτ᾽ : -τε W || 3 ἔστι: -τιν edd. || ὃ ταὐτὰ:
τὰ αὐτὰ TWY || W?(s.u.): δαὶ BTW || e 1 καλῶν : 560]. Classen
[2 ἢ ante ἴσων Y?(s..u.): om. TY {|| ἢ χαλῶν : 560]. Bnrnet ||
8 ταὐτὰ : τὰ αὐτὰ ΤΥ || 4 οὔτε : χαὶ οὔτε Β5 (5. u.) W || οὐδέποτε:
-πώποτε Β5 (πω 5. u.) W || 5 ταὐτά: τ. ἐστιν ΒΞ (. u.) TWY ||
αὖ B? (s.u.): om. Β || ἔφη ὃ Ἰζέδης : ἔ. ταῦτα ὁ K. TWY ἔ. ὁ K.
τ. Burnet || 6 οὐδέποτε : -πώποτε B? (i. m.) W || 79 à 3 ἀειδῆ:
ἀιδῇ Τὸ (1 ex εἰ cf. 80 4 4, 83 b ἡ || 4 ὁρατά: -üta: T2 (em.) WY
|| ὁ βούλει (et Eus. Theod. Stob.): εἰ B. B? (as. u.) W.
19 ἃ PHÉDON 37
réalités, l’une visible, l’autre invisible. — Admettons, dit-il.
— Et en outre, que celle qui est invisible garde toujours
son identité, tandis que la visible ne garde jamais cette iden-
tité. — Cela encore, dit-il, admettons-le. — Bien, poursui-
vons, reprit Socrate : n'est-il pas vrai qu’en nous, justement,
il y a deux choses dont l’une est corps et l’autre âme? —
Rien d'aussi vrai ! dit-il. — De ces deux espèces, donc, avec
laquelle pouvons-nous dire que le corps a le plus de ressem-
blance et de parenté? — Voilà au moins, dit il, qui est clair
pour tout le monde : c’est avec l’espèce visible. — Qu'est-ce,
d’autre part, que l’âme ? Chose visible ou chose invisible ? —
Ah! pas visible, fit-1l, au moins pour des hommes, Socrate |
— Pourtant, quand justement nous parlons de ce qui est
visible et de ce qui ne l’est pas, c'est eu égard à la nature
humaine ? Ou bien as-tu idée que ce soit à l'égard de quelque
autre? — C’est eu égard à la nature de l’homme. — Sur
ce, que disons-nous de l’âme ? Qu'elle est chose visible, ou
qui ne se voit pas ? — Qui ne se voit pas. — C'est donc
qu’elle est une chose invisiblet ? — Oui. — Donc il y a, pour
l’âme, avec l’espèce invisible plus de ressemblance ? que pour
le corps, mais plus, pour ce dernier, avec l’espèce visible?
— De toute nécessité, Socrate. — Ne disions-nous pas
encore ceci, il y a un peu de temps * ? Que l’âme parfois
emploie le corps à examiner quelque question par l’entre-
mise de la vue, ou de l’ouïe, ou d’un autre sens ; car c’est
le corps qui est l'instrument, quand c’est par l'entremise
d’un sens que se fait l'examen. Alors, n'est-ce pas? l’âme,
disions-nous, est traînée par le corps dans la direction de
ce qui jamais ne garde son identité ; elle est elle-même
errante, troublée, la tête lui tourne comme si elle était ivre :
c’est qu’elle est en contact avec des choses de cette sorte. —
Hé ! absolument. — Quand par contre, sache-le, elle est en
1. On a distingué l’espèce visible et l’invisible. Mais cette distinc-
tion (amenée par 79 a s. in.) ne s’exprime pas en grec, comme en
français, par une opposition verbale évidente. Aussi, étant admis que
l’âme ne se voil pas, Socrate juge-t-il utile de marquer par un rai-
sonnement qu’elle appartient en effet à l’espèce invisible ; ce que le
langage laisserait peut-être oublier.
2. De ressemblance et de parenté, cf. 79 b, d, e début.
3. Renvoi incontestable aux passages indiqués p. 36, n. 1.
37 ἣν FAR ΦΑΙΔΩ͂Ν 79 ἃ
δρατόν, τὸ δὲ ἀειδές : — Θῶμεν, ἔφη. -- Καὶ τὸ μὲν
ἀειδὲς ἀεὶ κατὰ ταὐτὰ ἔχον, τὸ δὲ δρατὸν μηδέποτε κατὰ
ταὐτά: -- Καὶ τοῦτο, ἔφη, θῶμεν. --- Φέρε δή, ἦ δ᾽ ὅς,
ἄλλο τι uv αὐτῶν τὸ μὲν σῶμά ἔστι, τὸ δὲ ψυχή; —
Οὐδὲν ἄλλο, ἔφη. --- Ποτέρῳ οὖν éuorétepov τῷ εἴδει
φαμὲν ἂν εἶναι καὶ ξυγγενέστερον τὸ σῶμα; — Παντί,
ἔφη, τοῦτό γε δῆλον ὅτι τῷ δρατῷ. --- Τί δὲ ἣ ψυχή; '
δρατὸν ἢ ἀειδές ; — Οὐχ ὕπ᾽ ἀνθρώπων γε, ὦ Σώκρατες,
A #
ἔφη. --- ᾿Αλλὰ μὴν ἡμεῖς γε τὰ δρατὰ καὶ τὰ μὴ τῇ τῶν
ἀνθρώπων φύσει λέγομεν: ἢ ἄλλῃ τινὶ οἴει; --- Τῇ τῶν
ἀνθρώπων. — Τί οὖν. περὶ ψυχῆς λέγομεν ; δρατὸν ἢ
ἀόρατον εἶναι: --- Οὐχ δρατόν. — ᾿Αειδὲς ἄρα; ---- Ναί.
— Ὁμοιότερον ἄρα ψυχὴ σώματός ἔστι τῷ ἀειδεῖ, τὸ δὲ τῷ
δρατῷ. --- Πᾶσα ἀνάγκη, ὦ Σώκρατες. --- Οὐκοῦν καὶ τόδε
πάλαι ἐλέγομεν, ὅτι ἣ ψυχή, ὅταν μὲν τῷ σώματι
τπιροσχρῆται εἷς τὸ σκοπεῖν τι, ἢ διὰ τοῦ δρᾶν ἢ διὰ τοῦ
ἀκούειν ἢ δι᾿ ἄλλης τινὸς αἰσθήσεως (τοῦτο γάρ ἐστι τὸ
διὰ τοῦ σώματος, τὸ δι᾽ αἰσθήσεως σκοπεῖν τι), τότε μὲν
ἕλκεται ÜTd τοῦ σώματος εἰς τὰ οὐδέποτε κατὰ ταὐτὰ
ἔχοντα, καὶ αὐτὴ πλανᾶται καὶ ταράττεται καὶ εἰλιγγιᾷ
ὥσπερ μεθύουσα, ἅτε τοιούτων ἐφαπτομένη : --- Πάνυ γε.
a 7 et ὃ ἀειδές (et ubiq. Iambl. Eus. Theod. Stob.): ἀι. ΤΞ ||
ὃ ταὖτα: τὰ αὐτὰ ΤΥ || 9 τοῦτο : ταῦτα Eus. Theod. || Ὁ τ αὐτῶν (et
idem): αὖτ. ἢ Β5 (.. m.) T? (ἢ 5. u.) Stob. || 2 ποτέρῳ (et Eus.
Stob.) : -oy Theod. || 3 φαμὲν (et Theod. Stob.) : var. BW Eus. OI.
| ἂν : om. Theod. || 4 δὲ (et Eus. Theod. Stob.): δ᾽ W δαὶ B ||
n: om. Theod. || 5 ἀειδές : ἀι. T || 6 ἔφη (et Eus. Theod.): ante
ὦ Σ. Stob. || μὴν (et Eus. Theod. Stob.) : om. Β || 7 λέγομεν:
ἐλέγ. TWY Eus. Theod. Stob. || οἴει : -n Stob. || 8 λέγομεν Ce
Eus. Theod. Stob.): ἐλέγ. WY «44. ut uid. B?T2 || ὁρατὸν ἢ
ἀόρατον εἶναι (et Eus. Theod. Stob. DE ὃ. εἶν. T ὁ. οὗνΥ || 9 ἀειδὲς:
at. T || 10 ἄρα (et Eus. Theod.) : ἀρα Stob. || ἐστι: -τιν T || ἀειδεῖ.
at. T Ars. | τὸ δὲ : τ. ὃ. σῶμα Theod. || ç 2 ἐλέγομεν (et Eusr.
Stob. OI.): λέγ. Theod. || ὃ προσχρῆται : χρῆ, Eus. || 5 τὸ δι᾽
αἰσθήσεως B? (σ s. τι.) (et Stob.) :τὸ δι᾿ -sewv B om. Eus. || τότε Β2
(τε s. u.) (et Eus.): τὸ B Stob. ὅτε W || 6 τὰ: ταῦτα τὰ Eus. ||
ταὐτὰ : τὰ αὖ. ΟἹ. || 7 αὐτὴ (et Eus.) : αὕτη Stob.
ΝΞ τὴ:
79 d PHÉDON 38
d elle-même et par elle-même dans cet examen, c’est là-bas
qu'elle s’élance, dans la direction de ce qui est pur, qui pos-
sède toujours l'existence, qui ne meurt point, qui se com-
porte toujours de même façon; en raison de sa parenté avec
lui, c’est toujours auprès de lui qu'elle vient prendre la place
à laquelle lui donne droit toute réalisation de son existence
en elle-même et par elle-même; de ce coup elle s’arrête
d’errer et, au voisinage des objets dont il s’agit, elle conserve
elle aussi toujours son identité et sa même façon d’être :
c'est qu'elle est en contact avec des choses de cette sorte.
Or cet état de l’âme, n'est-ce pas ce que nous avons appelé
pensée’? — Voilà, Socrate, fit-1l, qui est tout à fait bien
dit et vrai ! — Quelle est donc, une fois encore, celle de nos
deux espèces avec laquelle, à ton avis, d’après nos arguments
passés comme d’après ceux d’à présent, l’âme a le plus de
ressemblance et de parenté? — Il n’y ἃ personne, à mon
avis, Socrate, répliqua-t-il, qui puisse ne pas concéder, en
suivant cette voie et si dure eùt-on la tête, que en tout et
pour tout l’âme a plus de ressemblance avec ce qui se com-
porte toujours de même façon, qu'avec ce qui ne le fait pas.
— Et le corps de son côté? — Avec la seconde espèce.
— Voici maintenant un autre point de vue. Lorsque sont
80 ensemble âme et corps, à ce dernier la nature assigne servi-
tude et obéissance ; à la première, commandement et mai-
trise?. Sous ce nouveau rapport, des deux quel est, à ton
sens, celui qui ressemble à ce qui est divin et celui qui res-
semble à ce qui est mortel? Mais peut-être n’est-ce pas ton avis
que ce qui est divin soit, de sa nature, fait pour commander
et pour diriger, ce qui est mortel, au contraire, pour obéir et
pour être esclave ? — C’est bien mon avis. — Auquel donc des
deux l’ème ressemble-t-elle ? — Rien de plus clair, Socrate !
Pour l’âme, c’est au divin ; pour le corps, c’est au mortel.
— Examine en conséquence, Cébès, dit-il, si tout ce qui
1. Comparer Rep. VI, 485 b, 500 bc, et surtout Théét, 174 a-
176 a : la vie spirituelle imite l’ordre éternel ; l’autre est dominée
par la nécessité matérielle, par ce que le Timée (48 a ; cf. 43) nomme
justement la cause errante, opposée à la causalité du Bien (cf. ici 8r a).
2. L'âme est maîtresse parce que Dieu l’a voulue et l’a faite anté-
rieure au corps, Timée 34 c, Lois X, 893 a, 896 bc.
38 PATAON 79d
--- Ὅταν δέ γε αὐτὴ καθ᾽ αὑτὴν σκοπῇ, ἐκεῖσε οἴχεται εἷς d
τὸ καθαρόν τε καὶ ἀεὶ ὃν καὶ ἀθάνατον καὶ ὡσαύτως ἔχον,
καὶ, ὧς συγγενὴς οὖσα αὐτοῦ, ἀεὶ μετ᾽ ἐκείνου τε γίγνεται
ς A Lo} 2 2 A 2 2 , ΄
ὅτανπερ
“€
αὐτὴ 2 A
καθ᾽ 2
αὑτὴν
€ A
γένηται
LA
καὶ \
ἐξῇ
> Ua)
αὐτῇ,
2 Le)
καὶ A
πέπαυταί τε τοῦ πλάνου καὶ περὶ ἐκεῖνα ἀεὶ κατὰ
«αὐτὰ ὡσαύτως ἔχει, ἅτε τοιούτων ἐφαπτομένη᾽ καὶ τοῦτο
αὐτῆς τὸ πάθημα φρόνησις κέκληται ; -- [Παντάπασιν,
ἔφη, καλῶς καὶ ἀληθῆ λέγεις, ὦ Σώκρατες. --- Ποτέρῳ οὖν
αὖ σοι δοκεῖ τῷ εἴδει, καὶ ἐκ τῶν πρόσθεν καὶ ἐκ τῶν νῦν
λεγομένων, ψυχὴ δμοιότερον εἶναι καὶ ξυγγενέστερον: “---
[Πᾶς ἄν μοι δοκεῖ, À δ᾽ ὅς, ξυγχωρῆσαι, ὦ Σώκρατες, ἐκ
ταύτης τῆς μεθόδου, καὶ ὃ δυσμαθέστατος, ὅτι, ὅλῳ καὶ
Lea] LA A € [4 « « ke Ὰ
“παντί, δμοιότερόν ἐστι Ψυχὴ τῷ ἀεὶ ὡσαύτως ἔχοντι μᾶλλον
ἢ τῷ μή. -- Τί δὲ τὸ σῶμα ; --- Τῷ ἑτέρῳ.
À 5. Le 4 4 x A Se ες»,
— “Opa δὴx καὶ\ τῇδε
(72 A
ὅτι, ἐπειδὰν
« 2 A
ἐν
2
τῷLe) αὐτῷ
2 7
ὦσι
DS.
ψυχὴ\
καὶ σῶμα, τῷ “Ἂ
ι
μὲν δουλεύειν καὶ ἄρχεσθαι ἣ φύσις 80
πιροστάττει, τῇ δὲ ἄρχειν καὶ δεσπόζειν καὶ κατὰ ταῦτα
La)
αὖ πότερόν σοι δοκεῖ ὅμοιον τῷ θείῳ εἶναι καὶ πότερον τῷ
θνητῷ ; "Ἢ où δοκεῖ σοι τὸ μὲν θεῖονλ
οἷον ἄρχειν τε καὶ
᾿ἥγεμονεύειν πεφυκέναι, τὸ δὲ θνητὸν ἄρχεσθαί τε καὶ
δουλεύειν ; — --Ἔμοιγε. --- Ποτέρῳ οὖν ἣ ψυχὴ ἔοικεν : —
Δῆλα δή, ὦ Σώκρατες, ὅτι ἣ μὲν ψυχὴ τῷ θείῳ, τὸ δὲ
LEù
σῶμα τῷ θνητῷ. Π
— Σκόπει δή, ἔφη, ὦ Κέθης, εἰ ἐς πάντων τῶν εἰρη-
ἃ τ γε: om. Eus. || 3 ὡς (οἱ Eus.): om. Stob. || τε (et Eus.):
-om. Stob. || 4 γένηται (et Eus. Stob.): γίγν. W || 5 τε (et Eus.
Stob.): γε ΤΞ (56. u.) W || ὁ tata: τ. καὶ Eus. || ὃ ἀληθὴ (et Eus.
Stob.): -ὥς B? (ὥς 5. u.)W || e τ πρόσθεν B? (ἔμ. exp.) (et Eus.
Stob.): Eurp. B [|| 2 ξυγγενέστερον (et Eus. Stob.): συγγ. Y (σ exp.
Y?) || 3 μοι: ἔμοιγε B? (em. 5. u.) TWY Eus. Stob. || ξυγχω-
ρῆσαι (et Eus.): συγχ. Stob. || 6 δὲ (et Eus. Stob.) : δαὶ BW? (αι 5.
u.) || 7 δὴ (et Eus. OL): δὲ W Stob. || ὦσι : -σιν T || 80 a 2 τὴ
T2(em.) : τῷ T [ κατὰ ταῦτα (et Eus. Stob.): x. ταὐτὰ B? (τα 5. u.)
χαταυτὰ B || 3 καὶ (et Eus.) : ἢ Stob. || 6 ἔμοιγε (et Eus.) : ἔοικε Stob.
1] ἔοικεν : -xe Y.
80a PHÉDON οὐ80;
a été dit mène bien aux résultats que voici! : ce qui est divin,
immortel, intelligible, ce dont la forme est une?, ce qui est.
indissoluble et possède toujours en même façon son identité.
à soi-même, voilà à quoi l’âme ressemble le plus; au con-
traire, ce qui est humain, mortel, non intellisible, ce dont la
forme est multiple et qui est sujet à se dissoudre, ce qui
jamais ne demeure identique à soi-même, voilà en revanche:
à quoi le corps ressemble le plus. À cela sommes-nous en.
état, mon cher Cébès, d'opposer une autre conception, et
par là de prouver qu'il n’en est point ainsi? — Nous en
sommes hors d'état. |
— Que s’ensuit-il ?Du moment qu'il en est ainsi, n’est--
ce pas une prompte dissolution qui convient au corps, et à
l'âme, par contre, une absolue indissolubilité ou bien:-
quelque état qui en approche ὃ9 — Et comment non, en
effet ! — Là-dessus, tu fais cette réflexion : après la mort
de l’homme, ce qu'il y a en lui de visible, son corps, ce qui ἃ
place en outre dans quelque chose qui se voit, autrement dit
ce qu'on appelle un cadavre, voilà à quoi 1] convient de 56.
dissoudre, de se désagréger, de se perdre en fumée, et à quoi:
pourtant rien de tout cela n’arrive immédiatement. Bien δὰ
contraire, 1] résiste pendant un temps raisonnablement long :.
pour un corps qui est, à l'heure du trépas, plein de grâce et.
dans tout l'éclat de sa fleur, cette durée est déjà très grande;
et c'est un fait que, 51] est décharné et comme momifié à
l’image des momies d'Egypte“, sa conservation est presque-
intégrale pendant un temps, autant dire, incalculable. Il y ἃ
du reste, même dans un corps en putréfaction, des parties.
qui, comme les os, les tendons, tout ce qui est du même:
genre, sont néanmoins, à bien dire, immortelles. N'est-ce.
pas la vérité ? — Oui. — L'âme de son côté, alors, ce qui:
1. L'accord avec l’interlocuteur sur les conséquences de la thèse est.
la condition du progrès dialectique ; cf. 101 de et p. 12, n. 2.
2. Elle est ce qu’elle est et rien que cela, sans aucune diversité.
interne : « une en soi et par soi » (78 ἃ ; cf. 83 6).
3. Car l’âme, qui n’est que semblable à l’Idée, n’en a pas l’absolue
simplicité. Est-elle en soi un composé (cf. Rep. X, 612 a)? Aïnsi la
concevra le Timée afin de lier le sensible aux Idées ; mais ce com-
posé, seul un « méchant » voudrait le dissoudre (τ ab). ἃ
4. Platon aime à parler des choses de l'Egypte (Phèdre 274 c sqq.……
Timée 21 c sqq., et al.).
‘39 ΦΑΙΔΩΝ 80a
ψένων τάδε ἡμῖν ξυμθαίνει, τῷ μὲν θείῳ καὶ ἀθανάτῳ καὶ
νοητῷ καὶ μονοειδεῖ καὶ ἀδιαλύτῳ καὶ ἀεὶ ὡσαύτως κατὰ
ταὐτὰ ἔχοντι ἑαυτῷ δμοιότατον εἶναι ψυχή, τῷ δὲ ἄνθρο-
“πίνῳ καὶ θνητῷ καὶ ἀνοήτῳ καὶ πολυειδεῖ καὶ διαλυτῷ καὶ
μηδέποτε κατὰ ταὐτὰ ἔχοντι ἑαυτῷ ὅμοιότατον αὖ εἶναι
σῶμα. "Εχομέν τι παρὰ ταῦτα ἄλλο λέγειν, ὦ φίλε Κέβης,
ἢ οὐχ οὕτως ἔχει ; — Οὐκ ἔχομεν.
— Τί οὖν ; τούτων οὕτως ἐχόντων, ἂρ᾽ οὐχὶ σώματι μὲν
ταχὺ διαλύεσθαι προσήκει, ψυχῇ δὲ αὖ τὸ παράποιν ἀδια.-
λύτῳ εἶναι ἢ ἐγγύς τι τούτου ; --- Πῶς γὰρ où ; — ᾿Εννοεῖς
οὖν, ἔφη, ἐπειδὰν ἀποθάνη ὃ ἄνθρωπος, τὸ μὲν δρατὸν
αὐτοῦ, τὸ σῶμα, καὶ ἐν δρατῷ κείμενον, ὃ δὴ νεκρὸν
καλοῦμεν, ᾧA προσήκει διαλύεσθαι καὶ διαπίπτειν καὶ δια-
ι
τπινεῖσθαι, οὐκ εὐθὺς τούτων οὐδὲν πέπονθεν, ἀλλ᾽ ἐπιεικῶς
2
συχνὸν ἐπιμένει χρόνον᾽ ἐὰν μέν τις καὶ χαριέντως ἔχων
τὸ σῶμα τελευτήσῃ καὶ ἐν τοιαύτῃ ὥρα, καὶ πάνυ μάλα"
συμπεσὸν γὰρ τὸ σῶμα καὶ ταριχευθέν, ὥσπερ ot ἐν
Αἰγύπτῳ ταριχευθέντες, ὀλίγου ὅλον μένει ἀμήχανον ὅσον
χρόνον" ἔνια δὲ μέρη τοῦ σώματος, καὶ ἂν σαπῇ, ὄστᾶ τε
καὶ νεῦρα καὶ τὰ τοιαῦτα πάντα, ὅμως ὡς ἔπος εἰπεῖν
ἀθάνατά ἐστιν’ ἢ οὔ; — Ναί. --- Ἣ δὲ ψυχὴ ἄρα, τὸ
b 1 χαὶ ἀεὶ (et Eus.): ἀεὶ Stob. || χατὰ (et Eus. Stob.): καὶ
% ΤΥ || 2 ὁμοιότατον W? (-ta 5. u.) (et Eus.): ὅμοιον W ὁμοιότερον
Stob. || ψυχή: -1v Eus. || δὲ : δ᾽ TY || 3 ἀνοήτῳ καὶ πολυειδεῖ
(et Eus. Stob.) : x. x. à. B || διαλυτῷ : εὐδια. W [|| 4 ταὐτὰ : τὰ
av. ΤΥ || 5 σῶμα: τὸ σ. Eus. || ἄλλο λέγειν: À. &. Stob. || 6%
Schanz :ἢ B ἢ T?(i. m.) W ὡς TY Eus. Stob. ἢ ὡς B?(i. m.) ||
7 τούτων οὕτως ἐχόντων : où. ë. τ. Stob. || οὐχὶ: où Eus. || 8 αὖ
τὸ (et Eus.) : αὐτὸ Stob. || παράπαν : x. ἢ Theod. || 9 ἐννοεῖς :συνν.
Eus. || 0 τ ἐπειδὰν: ὅτι ἐπ, Β5 (5. u.) TWY Eus. Stob. || ἀποθάνῃ
B? (ns. u.) (et Eus. Stob.): -νοι B || 2 τὸ (et Eus.): om. TY
Stob. || 3 ᾧ: ὃ Stob. || καὶ διαπνεῖσθαι B2(i. m.) (et Eus. 510}.;
cf. Ar. De an. 1 5 411 b 9): om. B || 5 μὲν (et Eus.): γὰρ Stob. ||
χαὶ χαριέντως : χεχα. Stob. || 6 μάλα (et Eus. Stob.): -Aota Y |]
7 συμπεσὸν (et Eus. Stob.): Evux. B || ἃ τ ἂν: ἐὰν TWY Eus.
Stob. || 2 ὅμως :ὁμοίως Eus. Stob. || 3 ἄρα (et Eus. Stob.) : αρα B.
80d PHÉDON ho
est invisible et qui s’en va ailleurs, vers un lieu qui lui est
assorti, lieu noble, lieu pur, lieu invisible, vers le pays
d'Hadès pour l'appeler de son vrai nom, près du Dieu bon
et sage!, là où tout à l'heure, plaise à Dieu, mon âme aussi
devra se rendre ; c'est cette âme, dis-je, dont tels sont en nous
les caractères et la constitution naturelle, c’est elle qui, aus-
sitôt séparée du corps, s'est, à ce que prétend le commun des
hommes, dispersée et anéantie ! Il s’en faut de beaucoup, mon
cher Cébès, mon cher Simmias ; beaucoup plutôt, au contraire,
voici ce qui en est.
« Supposons qu'elle soit pure, l’âme qui
Diversité se sépare de son corps: de lui elle n’en-
dans la destinée ἶ à ν
de ones traîne rien avec elle, pour cette raison
que, loin d’avoir avec lui dans la vie
aucun commerce volontaire, elle est parvenue, en le fuyant,
à se ramasser en elle-même sur elle-même, pour cette rai-
son encore que c'est à cela qu'elle s’exerce toujours. Ce qui
équivaut exactement à dire qu'elle se mêle, au sens droit, de
philosophie et qu’en réalité elle s'exerce à mourir sans y faire
81 de difficulté. Peut-on dire d'une telle conduite que ce n’est
pas un exercice de la mort? ? — Hé! c’est tout à fait cela. —
Or donc, si tel est son état, c'est vers ce qui lui ressemble
qu'elle s’en va, vers ce qui est invisible, vers ce qui est et
divin et immortel et sage, c’est vers le lieu où son arrivée réa-
lise pour elle le bonheur, où errement, déraison, terreurs,
sauvages amours, tous les autres maux de la condition hu-
maine, cessent de lui être attachés, et, comme on dit de
ceux qui ont reçu l'initiation, c'est véritablement dans la
compagnie des Dieux qu’elle passe le reste de son temps” !
Est-ce ce langage, Cébès, que nous devrons tenir, ou bien un
autre ?— Celui-là même, par Zeus! dit Cébès. — On peut
1. Bien que, dans le Cratyle koh b, Platon écarte l’étymologie
Hadès-aïdès (Vinvisible), 1] l'utilise ici (cf. 8r a, c fin et Gorg. 493 b)
pôur rapprocher la valeur spirituelle qu’il vient d’attribuer à l’Invi-
sible de cette pure sagesse dont on dotait les divinités chioniennes ou
infernales (Crat. ko a), auprès desquelles l’âme purifiée trouve
asile : le Glorieux, le Bon Conseiller (Euclès, Eubouleus), disent les
Tablettes orphiques (cf. la n. 3 et p. 25, n. 1 fin).
2. Voir plus haut 67 de.
3. Ainsi parlait sans doute cette sorte de poème d'initiation et de
ho ΦΑΙΔΩΝ 80d
ἀειδές, τὸ εἰς τοιοῦτον τόπον ἕτερον οἰχόμενον γενν αἷον
καὶ καθαρὸν καὶ ἀειδῆ, εἰς “Αἰδου ὧς ἀληθῶς, παρὰ τὸν
ἀγαθὸν καὶ φρόνιμον θεόν, of, ἂν θεὸς ἐθέλῃ, αὐτίκα καὶ
τῇ ἐμῇ ψυχῇ itéov, αὕτη δὲ δὴ ἥμῖν ἣ τοιαύτη καὶ οὕτω
πεφυκυῖα ἀπαλλαττομένη τοῦ σώματος εὐθὺς διαπεφύσηται
καὶ ἀπόλωλεν, ὥς φασιν οἵ πολλοὶ ἄνθρωποι : [Πολλοῦ γε
δεῖ 1 ὦ φίλε Κέθης τε καὶ Σιμμία, ἀλλὰ πολλῷ μᾶλλον ὧδε
« ᾿Εὰν μὲν καθαρὰ ἀπαλλάττηται, μηδὲν τοῦ σώματος
συνεφέλκουσα, ἅτε οὐδὲν κοινωνοῦσα αὐτῷ ἐν τῷ βίῳ
ἑκοῦσοι. εἶναι, ἀλλὰ φεύγουσα αὐτὸ καὶ συνηθροισμένη
αὐτὴ εἰς ἑαυτήν, ἅτε μελετῶσα ἀεὶ τοῦτο, τὸ δὲ οὐδὲν
ἄλλο ἐστὶν ἢ ὀρθῶς φιλοσοφοῦσα καὶ τῷ ὄντι τεθνάναι
μελετῶσα ῥαδίως" ἢ οὐ τοῦτ᾽ ἂν εἴη μελέτη θανάτου ; — 81
Γ]αντάπασί γε. --- Οὐκοῦν οὕτω μὲν ἔχουσα εἷς τὸ ὅμοιον
αὐτῇ τὸ ἀειδὲς ἀπέρχεται, τὸ θεῖόν τε καὶ ἀθάνατον καὶ
φρόνιμον, οὗ ἀφικομένη ὑπάρχει αὐτῇ εὐδαίμονι εἶναι,
πιλάνης καὶ ἀνοίας καὶ φόδθων καὶ ἀγρίων ἐρώτων καὶ τῶν
ἄλλων κακῶν τῶν ἀνθρωπείων ἀπηλλαγμένη, ὥστιερ δὲ
λέγεται κατὰ τῶν μεμυημένων, ὡς ἀληθῶς τὸν λοιπὸν.
χρόνον μετὰ θεῶν διάγουσα᾽ οὕτω, φῶμεν, ὦ [ΚΚέβης, ἢ
ἄλλως ; — Οὕτω, νὴ Δία, ἔφη ὃ Κέθης. --- "Ἐὰν δέ γε
ἃ 4 ἀειδές T2 (εἰ 5....}: à. T |] τοιοῦτον (et Eus.): τὸ τ. Stob.
[| τύπον ἕτερον : Et. τ. Ars. || γενναῖον : τὸν (ut uid.) y. id. || 5
ἀειδῆ : au T Ars. || ὁ ἀγαθὸν sat φρόνιμον θεόν: ἀ. 0. -- καὶ φρό-
νιμοῖϑιν Ars. || ἐθέλη (et Eus. Theod. Stob.): θέλει Ars. θέλη Bur-
net || xat: om. Ars. (ut uid.) || 7 δὴ : om. Eus. Theod. Stob. ||
e 4 συνεφέλχουσα (et Eus. Stob.): ξυν. B || οὐδὲν : οὐθὲν Ars. [| 6
αὐτὴ εἰς ἑαυτήν [uel αὑ.}] B? (et Eus. Stob.): om. B, unde 5 χαὶ
συνηῦρ. secl. Schanz || τοῦτο (et Eus. Stob.) : τὸ Ars. || 81 a x
ῥᾳδίως (et Ars. Eus. Stob.): secl. Hirschig || 3 ἀειδὲς : ἀι T. Ars.
θεῖον Υ || 4 αὐτῇ : om. Ars. (ut uid.) || Ὁ ἀνοίας : àyvo. Procl. in
Tim. || 6 ἀνθρωπείων T? (em.) (et Eus. Stob.): -πίων T -{ywy Ars.
[| 7 κατὰ (et Eus. Stob.): καὶ τὰ Υ || ὡς: om. Ars. (ut uid.) ||
τὸν λοιπὸν χρόνον : τὸ À. Stob,. || ὃ θεῶν B? (τῶν exp. ὃ) (et Ars.
Eus. Stob.): τῶν 0. B || 9 Δία (et Eus.): Δι’ TWY Stob.
81b PHÉDON Lx
b bien, je pense, supposer par contre que l’âme soit souillée,
et non pas purifiée, quand elle se sépare du corps: c’est du
corps en effet qu'elle partageait toujours l’existence, lui qu’elle
soignait et aimait ; il l'avait si bien ensorcelée par ses désirs
et ses joies qu'elle ne tenait rien d’autre pour vrai que ce
qui a figure de corps, que ce qui peut se toucher et se voir,
se boire, se manger et servir à l’amour ; tandis que ce qui
pour nos regards est ténébreux et DE intelligible
par contre et ed. la philosophie, c'est cela qu’elle
s’est accoutumée à haïr, à envisager en tremblant et à fuir !
Si tel est son état, crois-tu que cette âme doive, en se sépa-
rant du corps, être en elle-même, par elle-même et sans mé-
lange? — Non, pas le moins du monde‘! dit-il. — Tu la
crois bien plutôt tout entrecoupée, je pense, d’une corpo-
réité que sa familiarité avec ce corps dont elle partage l’exis-
tence lui ἃ rendue intimeet naturelle, parce qu'elle n’a
jamais cessé de vivre en communauté avec lui et qu’elle a
multiplié les occasions de s’y exercer3ἢ — Hé! absolument.
— Oui, mais cela pèse, mon cher, il n’en faut pas douter :
c'est lourd, terreux, visible ! Puisque c’est là justement le
contenu d'une telle âme, elle en est alourdie* et attirée, rete-
nue du côté du lieu visible, par la peur qu’elle ἃ de celui qui
est invisible et qu’on nomme le pays d'Hadès ; elle se vautre
parmi les monuments funéraires et les sépultures, à l'entour
Livre des Morts dont les Tablettes d’or, italiotes ou crétoises, nous
ont conservé des débris. Aux termes des épreuves infernales qui doi-
vent enfin l’arracher au cercle des générations, l’âme recouvre sa
nature divine; elle est sauvée et doit vivre alors dans la société des
Héros (comparer avec le dernier membre de phrase le v. 11 de CIG,
XI, 638 Kaibel [Vors. 66, B 17]). Voir H. Alline, Le paradis orphi-
que, etc. D Xénia (Athènes, 1912), Ρ- 96 564. et ici p. 17, ἢ. 2
et Pr 40, ἢ.
. L’âme quin’a pas réussi à se laver de ses souillures reste liée
au AE et c’est ce qui l'empêche de sortir du cercle des générations.
Il n’y a pas lieu, à ce propos, de rappeler (avec Archer Hind) la
polémique du Théétète 155 e et du Sophiste 246 a contre la doc-
trine, purement spéculative, de ces « Fils de la Terre », pour qui
étre et être corps sont une seule et même chose. Que le Théétèle les
appelle « non initiés », c’est une analogie tout extérieure.
2. Autrement, elle se concentre et se recueille (70 a, 80 e, 83 a).
3. Même image, différemment amenée, dans Phèdre 248 c fin. IL
Ar ΦΑΙΔΩΝ 81b
οἶμαι μεμιασμένη καὶ ἀκάθαρτος τοῦ σώματος ἀπαλλάτ- b
τήηται, ἅτε τῷ σώματι ἀεὶ ξυνοῦσα καὶ τοῦτο θεραπεύουσα
καὶ ἐρῶσα, καί γεγοητευμένη ὕπ᾽ αὖτοῦ ὕπό τε τῶν
ἐπιθυμιῶν καὶ ἡδονῶν, ὥστε μηδὲν ἄλλο δοκεῖν εἶναι ἀληθὲς
ἄλλ᾽ ἢ τὸ σωματοειδές, οὗ τις ἂν ἅψαιτο καὶ ἴδοι καὶ πίοι
καὶ φάγοι καὶ πρὸς τὰ ἀφροδίσια χρήσαιτο, τὸ δὲ τοῖς
ὄμμασι σκοτῶδες καὶ ἀειδές, νοητὸν δὲ καὶ φιλοσοφία
αἱρετόν, τοῦτο δὲ εἰθισμένη μισεῖν τε καὶ τρέμειν καὶ
φεύγειν, οὕτω δὴ ἔχουσαν οἴει ψυχὴν αὐτὴν καθ᾽ αὑτὴν
εἰλικρινῆ ἀπαλλάξεσθαι; --- Οὐδ᾽ δπωστιοῦν, ἔφη. —
᾿Αλλὰ διειλημμένην γε οἶμαι ὕπτὸ τοῦ σωματοειδοῦς, ὃ αὐτῇ
n δμιλία τε καὶ συνουσία τοῦ σώματος, διὰ τὸ ἀεὶ ξυνεῖναι
καὶ διὰ τὴν πολλὴν μελέτην, ἐνεποίησε ξύμφυτον: --
Πάνυ γε. — ᾿Ἐμβθριβὲς δέ γε, ὦ φίλε, τοῦτο οἴεσθαι χρὴ
εἶναι καὶ βαρὺ καὶ γεῶδες καὶ δρατόν. “Ὃ δὴ καὶ ἔχουσα ἣ
ποιαύτη ψυχὴ ᾿βαρύνεταί τε καὶ ἕλκεται πάλιν εἰς τὸν
δρατὸν τόπον φόθῳ τοῦ ἀειδοῦς τε καὶ “Αἰδου ὥσπερ
λέγεται, περὶ τὰ μνήματά τε καὶ τοὺς τάφους κυλινδου-
μένη, περὶ ἃ δὴ καὶ ὥφθη ἄττα ψυχῶν σκιοειδῆ φαν-
b 2 τῷ: om. Eus. || 3 γεγοητευμένη B? (ο exp.) T? (γε s. u. o
eras.) (et Eus. Stob.) : -ouévn B γοητευο. T Ars. [ὑπ᾿ αὐτοῦ: om.
Ars. || te: om. id. || 4 ἐπιθυμιῶν χαὶ ἡδονῶν : ἐ. τε xat uel x. τῶν à.
Ars. ἣ. x. ἐ. W || 5 ἀλλ᾽: ἄλλο Ars. || tue ἂν : ἄν τις Ars. Eus. ||
πίοι χαὶ φάγοι (et Eusn. Stob.): φ. x. x. W || 7 pr. χαὶ : x. T<<0>
Ars. || ἀειδές : ἀι. T || φιλοσοφίᾳ : σοφίᾳ Ars. || 8 τοῦτο δὲ εἰθ'σμένη:
τὸ δὲ -μένον Stob. || g χαθ᾽ αὑτὴν (et Stob.): καθ᾽ ἑαυτὴν W ||
Ὁ τ ἀπαλλάξεσθαι : -ξασθαι Stobn. || à ἀλλὰ B? (χαὶ exp.) (et Ars.
Stob.): &. χαὶ B || αὐτῇ : -τὴ Niceph. Greg. p. 381 || 3 ὁμιλία (et
Nicepk. Greg.): ὁμολογία Stob. || τε : om. W || συνουσία (et Stob.):
Evv. ΒΤ" (5. u.) WY || 4 ἐνεποίησε : ἣν ἐπ. Stob. ἐποί. Niceph. Greg.
ΠΠ 5 τοῦτο: post dé γε Ars. || οἴεσθαι : οἵ. γε W || 6 δὴ χαὶ (et
Stob.): δὴ W || 8 ἀειδοῦς : ἀι. T || d 1 χυλινδουμένη :χαλ. Orig. Pro-
clus Niceph. Greg. et fort. Method. cf. De creatis I 1 || 2 ἄττα (et
Stob.): ἅττα TY || ψυχῶν σχιοειδὴ φαντάσματα (et Orig. Proclus
Niceph. Greg.) : 4. onto. φάσματα Stob. <oxto. du > χῶν φαν
<< τασματα >> Ârs.
81d PHÉDON 42
desquels, c’est un fait,on a vu des spectres ombreux d’âmes :
images appropriées de celles dont nous parlons, et qui, pour
avoir été libérées, non pas en état de pureté, mais au contraire
de participation au visible, sont par suite elles-mêmes visibles.
— C’est au moins vraisemblable, Socrate.
— Vraisemblable, assurément, Cébès ! Et ce qui certes ne
l’est guère, c’est que ces âmes-là soient celles des bons. Ce
sont au contraire celles des méchants qui sont contraintes
d’errer autour de ces sortes d'objets : elles paient ainsi la
peine de leur façon de vivre antérieure, qui fut mauvaise. Et
elles errent jusqu'à ce’moment où l'envie qu’en a leur aco-
lyte, ce qui a de la corporéité, les fera de nouveau rentrer
dans les liens d’un corps ! Or celui auquel elles se lient est,
comme 1] est naturel, assorti aux manières d’être dont elles
ont justement, au cours de leur vie, fait leur exercice‘. —
Quelles sont donc, Socrate, ces manières d’être dont tu
parles ? — Exemple : ceux dont gloutonneries, impudicités,
beuveries ont été l'exercice, ceux qui n’ont pas fait preuve
de retenue, c’est dans des formes d’ânes ou de pareilles
bêtes, que tout naturellement s’enfoncent leurs âmes. Ne
82 le penses-tu pas ? — Parfaitement ! C’est tout naturel en
effet. — Quant à ceux pour qui injustices, tyrannies, rapines
sont ce qui a le plus de prix, ce sera dans des formes de
loups, de faucons, de milans. Ou bien peut-il y avoir, d’après
nous, une autre destination pour de telles âmes? — Non,
c’est bien ainsi, dit Cébès : la leur, ce seront de telles formes.
— N'est-il pas parfaitement clair, reprit-1l, pour chacun des
est naturel que, vivant par le corps, ces âmes redoutent d’aller où un
Dieu sage et bon, Hadès, les délivrerait. C’est ainsi que, nouveau-
mort, l’homme libre tué par un de ses égaux persiste à tourmenter
celui-ci de son ressentiment jaloux, Lois IX, 865 de.
1. L'âme est individualisée par les mœurs de son corps (cf. 83 d);
se purifier de la souillure du corps, c’est se désindividualiser dans la
pensée absolue. Ce principe est à la base de l’eschatologie de Pla-
ton : une âme logée dans un corps d'homme, mais asservie à des
mœurs animales, doit après la mort passer dans le corps animal
approprié à son genre de vie. L'idée s’ébauche dans le mythe du
Gorgias (523 c-e, 524 d). Elle se développe, à peu près comme ici,
dans le mythe d’Er au X° livre de la République, 618 a, 620 a-d,
dans le Phèdre 248 c-249 c, dans le Timée 41 d-42 d, 76 d, go b-e,
91 d-92 c où elle sert de base à une conception transformiste.
42 ΦΑΙΔΩΝ 81 d
τάσματα, οἷα παρέχονται ai τοιαῦται ψυχαὶ εἴδωλα, at μὴ
καθαρῶς ἀπολυθεῖσαι ἀλλὰ τοῦ δρατοῦ μετέχουσαι, διὸ καὶ
᾿ δρῶνται. --- Εἶκός γε, ὦ Σώκρατες.
-- Εἰκὸ ς μέντοι,
έντοι, ης
ὦ ἱ(κέθης. Kai οὔ τί γε τὰς τῶν
ἀγαθῶν ταύτας εἶναι, ἀλλὰ τὰς τῶν φαύλων, at περὶ τὰ
τοιαῦτα ἀναγκάζονται πλανᾶσθαι, δίκην τίνουσαι τῆς προ-
͵ A A 27
τέρας τροφῆς κακῆς οὔσης. KaiAPRμέχρι γε ,
τούτου πλα-
νῶνται, ἕως ἂν τῇ τοῦ συνεπακολουθοῦντος, τοῦ σωμα-
τοειδοῦς, ἐπιθυμία. πάλιν ἐνδεθῶσιν εἷς σῶμα. ᾿Ενδοῦνται
δέ, ὥσπερ εἶκός, εἰς τοιαῦτα ἤθη ὅποῖα ἄττ᾽ ἂν καὶ
μεμελετηκυῖαι τύχωσιν ἔν τῷ βίῳ. --- Τὰ ποῖα δὴ ταῦτα
λέγεις, ὦ Σώκρατες"; --- Οἷον τοὺς μὲν γαστριμαργίας τε
καὶ ὕθρεις καὶ φιλοποσίας μεμελετηκότας καὶ μὴ διευλα-
6 LA 2 ᾿ Le] 27 , \ Le) Υ θ ,
OUHEVOUC εις TX τῶν OVOV γενη Καὶ τῶν τοιουτῶν ἡριῶν
εἰκὸς ἐνδύεσθαι. ἢ οὐκ οἴει; — Πάνυ μὲν οὖν εἰκὸς 82
λέγεις. --- Τοὺς δέ γε ἀδικίας τε καὶ τυραννίδας καὶ
δρπαγὰς προτετιμηκότας εἰς τὰ τῶν λύκων τε καὶ ἱεράκων
καὶ ἱκτίνων γένη᾽ ἢ ποῖ ἂν ἄλλοσέ φαμεν τὰς τοιαύτας.
ἰέναι; — ᾿Αμέλει, ἔφη ὃ Κέβης, εἰς τὰ τοιαῦτα. —
d 3 οἵα παρέχονται: ο. περιέ. Stob. .....««ὠταφ ...««αἀσθενει...... “οντα
Ars. (locus desperatus) || 5 εἰχός (et Stob.): -ότως Ars. || © Σώχρατες:
ὦ Σ. ἔφη Ars. || 6 εἰκὸς μέντοι, ὦ Κέδης: neglecta personarum dis-
tinctione om. Υ εἶχ. μ. γε Stob. || 7 ταύτας (et Stob.): αὐτὰς Ars.
[| 8 sq. τῆς... πλανῶνται : om. Stob. || 9 τροφῆς (T ut uid.) : tou. Β5
( 5. u.) Y || e 1 συνεπαχολουθοῦντος (et Eus. [post τοῦ σωματοειδ,7):
ξυν. BTW Stob. || 2 ἐνδεθῶσιν : ἐνδυ. Y || ὃ τοιαῦτα (οἱ Stob.): ta τ.
W Eus. || ὁποῖα (et Eus. Stob.) : ὁποῖ᾽Β || ἂν : om. Stob. Eusr. || ἡ
τῷ : om. Eus. || 5 μὲν : μ. τὰς Eus. || γαστριμαργίας :-μάργους Theod.
||6 φιλοποσίας (et Athen. Eus. Theod. Nic. Greg.) : -τησίας Υ -ποτίας
Stob. || διευλαδουμένους (et Athen. Eus. Stob.): -δημένους B? (η 5.
u.) Τ' (n exp.) || 7 τοιούτων : om. Eus. || 82 ἃ 2 γε (et Eus. Stob.) :
om. W Theod. (sed paullum antea γε, non μὲν οὖν, post πάνυ) ||
3 ἁρπαγὰς : ἔρεις πάσας Stob. || τε (et Theod. Stob.): om. W Eusr.
Il 4 φαμεν (et Stob.): φαῖμεν Eus. Theod. || 5 ἰέναι B? (ts. u.)
(et Eus. Stob.): εἶναι BW Theodn. || ἀμέλει : τοιγαροῦν W? inter-
pretam. 1. m.
82 ἃ PHÉDON 43
autres cas, que la destination des âmes correspondra aux
similitudes que comportent leurs pratiques? — C’est bien
clair, dit-il ;comment n'en serait-il pas ainsi — Les plus
heureux, n'est-ce pas? dit Socrate, même dans ce groupe,
ceux dont la destination et la place seront les meilleures, ce
sont ceux qui se sont appliqués à cette vertu d’espèce sociale
et civique, à laquelle on donne ensemble le nom de tempé-
rance et de justice, et qu'engendre, avec l'habitude et l’exer-
cice, une pratique aussi dénuée de philosophie que d’intelli-
gence!. — En quel sens, dis-moi, sont-ils les plus heureux?
— C'est que tout naturellement leur migration se fera,
d'une manière assortie, vers quelque espèce animale qui soit
sociable et policée, abeilles sans doute ou guêpes ou fourmis ;
ou encore, s'ils retournent, à la vérité, vers leur même
forme humaine, ce sera aussi pour donner naissance à de
braves gens. — Naturellement. — Quant à l'espèce divine?,
nul en tout cas, s’il n'a point philosophé, s’il s’en est allé
sans être pur totalement, n'a le droit d'y parvenir, mais
celui-là seulement qui est un ami du savoir |
« Eh bien ! voilà, Simmias mon cama-
La fonction
de la philosophie.
rade, et toi, Cébès, les motifs pour les-
quels ceux qui, au sens droit du terme,
se mêlent de philosopher se tiennent à l’écart de tous les dé-
sirs corporels sans exception, gardant une ferme attitude et
ne se livrant pas à leur merci. La perte de leur patrimoine,
la pauvreté ne leur font pas peur, comme àla foule des amis
de la richesse; pas davantage l’existence sans honneurs et
sans gloire que donne l’infortune n'est faite pour les effrayer,
comme ceux qui aiment le pouvoir et les honneurs. Et alors,
ils se tiennent à l'écart de ces sortes de désirs. — Le con-
traire, Socrate, leur messiérait en effet ! dit Cébès. — A coup
sûr, par Zeus ! reprit-il. Voilà donc pourquoi tous ces gens-
1. Telle est la vertu qui a été analysée 68 b-6g b. La conscience
collective en fonde les maximes (Rep. VI, 402 a-493 4). Ceux-là
même qui l’ont due à une dispensation divine (Ménon 99 b-100 4)
n’en sont pas moins ceux qui, appelés à renaître, se trompent le plus
lourdement sur le choix de leur destinée (Rep. X, 619 c-e). De
même, Aristote distinguera vertus éthiques et vertus dianoétiques.
2. L'espèce divine constitue, d’après le Timée 39 6 sq., une des
13 dm ΦΑΙΔΩΝ 82 ἃ
Οὐκοῦν, ἢ δ᾽ ὅς, δῆλαι δὴ καὶ τᾶλλα, ñ ἂν ἕκαστα ἴοι, κατὰ
τὰς αὐτῶν δμοιότητας τῆς μελέτης ; --- Δῆλον δή, ἔφη᾽
πῶς δ᾽ οὔ; --- Οὐκοῦν εὐδαιμονέστατοι, ἔφη, καὶ τούτων
εἰσὶ καὶ εἰς βέλτιστον τόπον ἰόντες où τὴν δημοτικὴν καὶ
πολιτικὴν ἀρετὴν ἐἔπιτετηδευκότες, ἣν δὴ καλοῦσι
σωφροσύνην τε καὶ δικαιοσύνην, ἐξ ἔθους τε καὶ μελέτης
γεγονυῖαν ἄνευ φιλοσοφίας τε καὶ νοῦ; — Πῇ δὴ οὗτοι
εὐδαιμονέστατοι ; --ὀ Ὅτι τούτους εἶκός ἔστιν εἰς
τοιοῦτον πάλιν ἀφικνεῖσθαι πολιτικὸν καὶ ἥμερον γένος, ἤ
που μελιττῶν ἢ σφηκῶν ἢ μυρμήκων, ἢ καὶ εἷς ταὐτόν γε
πάλιν τὸ ἀνθρώπινον γένος καὶ γίγνεσθαι ἐξ, αὐτῶν ἄνδρας
μετρίους. — ΕΑἰἶκός. --- Εἰς δέ γε θεῶν γένος μὴ φιλοσοφή-
σαντι καὶ παντελῶς καθαρῷ ἀπιόντι οὗ θέμις ἀφικνεῖσθαι
ἀλλ᾽ ἢ τῷ φιλομαθεῖ.
« ᾿Αλλὰ τούτων
ἕνεκα, ὦ ἑταῖρε Σιμμία τε καὶ K£6nc,
ot ὀρθῶς φιλοσοφοῦντες
ἀπέχονται τῶν κατὰ τὸ σῶμα
ἐπιθυμιῶν ἅπασῶν καὶ καρτεροῦσι
> A € La AC A
καὶ οὐ3 παραδιδόασιν
,
αὐταῖς ἑαυτούς, οὔ τι οἰκοφθορίαν τε καὶ πενίαν φοθού-
μενοι ὥσπερ οἵ πολλοὶ καὶ φιλοχρήματοι, οὐδὲ αὖ ἀτιμίαν
τε καὶ ἀδοξίαν μοχθηρίας δεδιότες ὥσπερ ot φίλαρχοί τε
καὶ φιλότιμοι. ἔπειτα ἀπέχονται αὐτῶν. --- Οὐ γὰρ ἂν
πρέποι, ἔφη, ὦ Σώκρατες, ὃ [(έθης. --- Οὐ μέντοι, μὰ
a 6 οὐχοῦν : οὐχ ἦν Stob. || τάλλα : τὰ ἄλλα W]| ἡ (et Eus.): οἷ B2
(οἷ 5. u.) ἢ Stob. || ἕχαστα (et Stob.): ἑχάστη ΤῪ Eus. || ἴοι κατὰ τὰς:
ἐοιχότὰ τὰς τῶν Stob. || 8 χαὶ τούτων : χ. μαχάριοί [Alcin.] Isag. 28 ||
9 εἰσὶ : -σὶν ΤΥ || alt. χαὶ (et Eus.): τε x. B? (τε s. u.) TWY Stob.
| Ὁ 2 τε χαὶ (et Eus.): xai Stob. Nic. Greg. || 3 οὗτοι (et Eus.) :
m. Stob. || 4 ὅτι B? (οὐ exp.) (et Eus. Stob). : ὅτι où B || τούτους:
τούτοις Stob. || ἐστιν : om. Ars. || 5 τοιοῦτον: τὸ τ. Stob. || ἀφι-
χνεῖσθαι : -χέσθαι Ars. || xat (et Bus. Stob.): τε χαὶ BW || ἥμερον :
«ἡμερώ> τερον uel «ἣμέ"- τερον Ârs. || À που : ἴσως σχεδὸν W
(. τὰ.) ||6 7 καὶ W? (et Eus. Stob.) : ἢ W χαὶ TY || ταύτον : αὐτό Eus.
I γε : τε Stob. || τ ἀλλ᾽ :ἄλλῳ B? (i. m. )TWY Tambl. Stob ||3 φιλο-
σοφοῦντες : -όσοφοι TY Ars. Tambl. || ἀπέχονται ΒΣ (ἀπ add.) (et Ars.
Iambl.): ἔχονται B " h ἁπασῶν (et 14π|}}].}: πασῶν W || χαρτεροῦσι:
-σιν Τ || 5 ἑαυτοὺς : αὗ. T || οὔ τι B? (em.): ὅτι B. οὐχὶ lambl.
82 d PHÉDON A
d là en bloc, Cébès, l’homme qui a quelque souci de son âme!
et dont la vie ne se passe pas à façonner son corps, celui-là
leur dit adieu. Sa route ne se confond pas avec celle de gens
qui ne savent où ils vont ;mais estimant, quantà lui, qu'on ne
doit pas agir à l'encontre de la philosophie ni de ce qu’elle
fait pour nous délier et nous purifier, c’est de ce côté-là qu’il
se tourne : il la suit dans la voie qu’elle lui montre. — De
quelle façon, Socrate? — Je vais te le dire, répondit-il.
C’est, vois-tu, une chose bien connue des amis du savoir, que
leur âme, lorsqu'elle a été prise en main par la philosophie,
était complètement enchaînée dans un corps et collée à lui;
qu’il constituait pour elle une sorte de clôture à travers la-
quelle force lui était d'envisager les réalités, au lieu de le
faire par ses propres moyens et à travers elle-même; qu'elle
était enfin vautrée dans une ignorance absolue. Et le mer-
veilleux de cette clôture, la philosophie s’en est rendu compte,
c’est qu’elle est l’œuvre du désir?, et que celui qui concourt le
83 plus à charger l’enchaîné de ses chaînes, c’est peut-être lui-
même ! Ainsi, dis-je, ce que n’ignorent pas les amis du
savoir, c’est que, une fois prises en main les âmes dont telle
est la condition, la philosophie leur donne avec douceur ses
raisons; elle entreprend de les délier, en leur signalant de
quelles illusions regorge une étude qui se fait par le moyen
des yeux, de quelles illusions à son tour celle qui se fait par
le moyen des oreilles et de nos autres sens ; en leur persua-
dant encore de s’en dégager, de reculer à s’en servir, à moins
de nécessité ; en leur recommandant * enfin de s’assembler, de
se ramasser au contraire sur elles-mêmes, de ne se fier à rien
d’autre qu’à elles-mêmes, quel que soit l’objet, en soi et par
races de vivants. Les autres sont la gent ailée, puis celle qui vit dans
les eaux, enfin celle qui vit sur la terre.
1. La même idée, reprise 107 c et 115 b, est exposée dans l’Apo-
logie 29 de : à la richesse, à la réputation, aux honneurs on donne
tous ses soins, et l’on ne se soucie ni de la pensée, ni de la vérité, ni
du salut de l’âme.
2. Cette prison des passions (cf. 8r e, 83 cd, 84 a) où nous nous
enfermons nous-mêmes ne saurait être l’enclos que nous devons, étant
propriété des dieux, ne pas quitter sans leur ordre (62 bc).
3. Toutes les expressions dont se sert ici Platon contribuent à
définir le caractère exhortatif de la deuxième partie du Phédon. Elle
ne vise qu’à produire une conviction, à encourager un espoir, à réa-
(4 ΦΑΙΔΩΝ 82 d
Δία, ἢ δ᾽ ὅς. Τοιγάρτοι τούτοις μὲν ἅπασιν, ὦ ἰζέθης,
3ι
d
ἐκεῖνοι οἷς τι μέλει τῆς ξαυτῶν ψυχῆς ἀλλὰ μὴ σώματα
τιλάττοντες ζῶσι, χαίρειν εἰπόντες, οὐ κατὰ ταὐτὰ
πορεύονται αὐτοῖς ὡς οὐκ εἰδόσιν ὅπῃ ἔρχονται" αὐτοὶ δὲ
ἡγούμενοι où δεῖν ἐναντία τῇ φιλοσοφία τιράττειν καὶ τῇ
ἐκείνης λύσει τε καὶ καθαρμῷ, ταύτῃ δὴ τρέπονται ἐκείνῃ
ἑπόμενοι À ἐκείνη ὕφηγεῖται. --- Πῶς, ὦ Σώκρατες ; —
᾿Εγὼ ἐρῶ, ἔφη. Γιγνώσκουσι γάρ, ἢ δ᾽ ὅς, où φιλομαθεῖς
ὅτι, παραλοιθοῦσα αὐτῶν τὴν ψυχὴν ñ φιλοσοφία, ἀτεχνῶς
διαδεδεμένην ἐν τῷ σώματι καὶ προσκεκολλημένην, ἄναγκοι-
ζομένην δὲ ὥσπερ διὰ εἰργμοῦ διὰ τούτου σκοπεῖσθαι τὰ
ὄντα ἀλλὰ μὴ αὐτὴν δι᾿ αὑτῆς, καὶ ἐν πάση ἀμαθία κυλιν-
δουμένην᾽ καὶ τοῦ εἰργμοῦ τὴν δεινότητα κατιδοῦσα ὅτι δι᾿
ἐπιθυμίας ἐστίν, ὡς ἂν μάλιστα αὐτὸς ὃ δεδεμένος
ξυλλήπτωρ εἴη τῷ δεδέσθαι: ὅπερ οὖν λέγω, γιγνώσκουσιν 83
ot φιλομαθεῖς ὅτι, οὕτω παραλαθοῦσα ἣ φιλοσοφία ἔχουσαν
αὐτῶν τὴν ψυχήν, ἠρέμα ποραμυθεῖται καὶ λύειν ἐπι-
χειρεῖ, ἐνδεικνυμένη ὅτι ἀπάτης μὲν μεστὴ ἧ διὰ τῶν
ὁμμάτων σκέψις, ἀπάτης δὲ ἣ διὰ τῶν ὥτων καὶ τῶν
ἄλλων αἰσθήσεων, πείθουσα δὲ ἐκ τούτων μὲν ἀναχωρεῖν
ὅσον μὴ ἀνάγκη αὐτοῖς χρῆσθαι, αὐτὴν δὲ εἰς αὑτὴν
ξυλλέγεσθαι καὶ ἁθροίζεσθαι παρακελευομένη, πιστεύειν
δὲ μηδενὶ ἄλλῳ ἀλλ᾽ ἢ αὐτὴν αὑτῇ, ὅ τι ἂν νοήσῃ αὐτὴ
ἃ τ ὦ: ἔφη ὦ Β5 (. m.) TWY || 2 ἑαυτῶν : αὖ. ΤΥ αὐ. W ||
σώματα Β" (xs. u.) (et fort. Iambl.) : σώματι Β σῶμά τι Fischer
|| ὃ πλάττοντες : παλάττ. coni. Diels. [Hermes 40, 308] ||ζῶσι :-σιν T
|| 4 πορεύονται : -εύσονται Ars. || 0 τε χαὶ : +. x. τῷ Ars. || δὴ Ars. :
om. codd. Iambl. || ἐχείνῃ : om.’Ars. ; addub., post van Herwerden,
G. Ritter [Bursian, 1912, 40], Alline op. cit, 92 || 7 ἐχείνη (-eivn) ὟΥ 3
(et Tambl.) : -εἴνο W || πῶς : x. λέγεις ἔφη Ars. || 9 à (et lambl.):
om. W || e 1 διαδεδεμένην (et lambl.) : δεδ. W || 2 διὰ: δι’ TY || 83
a τ τῷ (et Ars. fambl.) :τοῦ Heindorf || 2 οὕτω : -ὡς W || 4 μὲν:
om. lambl. || Ὁ ὥτων (et ambl.): ἀκοῶν W || χαὶ : ἢ Ars. || 6 ἀνα-
χωρεῖν Cet Iambl.): ἀποχ. W [{ αὑτοῖς :om. Ars. || δὲ: δ᾽ id. |]
αὑτὴν Y?: Éau. Ars. αὖ, TWY [ambl. || 9 ἀλλ᾽ :om. Ars. ||αὐτὴν:
om. Ars.
83b PHÉDON | UE τὶ
b soi, de leur pensée quand elles l’exercent d’elles-mêmes et
par elles-mêmes; et, en revanche, si d’autres moyens leur
servent à envisager cet objet, quel qu'il soit, qui change avec
le changement de ses conditions‘, de n’y reconnaître aucune
vérité ;car ce qui est de ce genre est sensible et visible, tandis
que ce qu’elles voient par leurs propres moyens est intelligible
et en même temps invisible ! δ
« Être ainsi délié, voilà donc à 1ϑηοόπέγε de quoi l’âme
du vrai philosophe pense qu’on doit ne rien faire, et de la
sorte elle se tient à l'écart des plaisirs, aussi bien que des dé-
sirs, des peines, des terreurs, pour autant qu'elle en a le
pouvoir?. Elle calcule en effet que, à ressentir avec intensité
plaisir, peine, terreur ou désir, alors, si grand que soit le mal
dont on puisse souffrir à cette occasion, entre tous ceux qu’on
peut imaginer, tomber malade par exemple ou se ruiner à
cause de ses désirs, il n’y a aucun mal qui ne soit dépassé
cependant par celui qui est le mal suprême ; c’est de celui-
là quon souffre, et on ne le met pas en compte! —
Qu'est-ce que ce mal, Socrate? dit Cébès. — C'est qu'en
toute âme humaine, forcément, l'intensité du plaisir ou de
la peine à tel ou tel propos s'accompagne de la croyance que
l’objet précisément de cette émotion, c’est tout ce qu’il Υ a
de plus clair et de plus vrai, alors qu’il n’en est point ainsi ὃ.
Il s’agit alors au plus haut point de choses visibles, n'est-ce
pas ? — Hé ! absolument.— N'est-ce pas dans de telles affec-
tions qu’au plus haut point l’âme est assujettie aux chaînes
du corps ? — Comment, dis ? — Voici : tout plaisir et toute
peine possèdent une manière de clou, avec quoi ils clouent
liser une incantation capable de substituer à une croyance funeste
une croyance salutaire ; il y a accord entre 83 c-84 b et 70 b in.
77e sq., 114 d, 115 d. Aussi Platon, dans cette partie, fait-il cons-
tamment appel à la vraisemblance et au mythe (cf. p. 22, n. 2).
1. Cf. 78 c, e, ainsi que la note de la p. 35.
2. En vertu du principe socratique que savoir c’est faire, une âme
philosophe ne saurait, en aucun cas, être vaincue par les passions. Il
se peut donc que la réserve contenue dans le dernier membre de la
phrase porte plutôt sur ce qui suit.
3. Le vulgaire ne met en compte que les effets de la passion, non
la cause, la passion elle-même. Or celle-ci est le mal suprême; car,
en raison de son intensité affective, elle nous fait croire, selon la
profonde remarque de Platon, à la réalité de son objet.
45 ΦΑΙΔΩΝ 83b
καθ᾽ αὑτὴν αὐτὸ καθ᾽ αὑτὸ τῶν ὄντων, ὅ τι δ᾽ ἂν δι᾿ ἄλλων b
σκοπῇ ἐν ἄλλοις ὃν ἄλλο μηδὲν ἡγεῖσθαι ἀληθές, εἶναι δὲ
τὸ μὲν τοιοῦτον αἰσθητόν τε καὶ δρατόν, ὃ δὲ αὐτὴ δρᾷ
νοητόν τε καὶ ἀειδές.
« Ταύτῃ οὖν τῇ λύσει οὐκ οἰομένη δεῖν ἐναντιοῦσθαι ἣ
τοῦ ὡς ἀληθῶς φιλοσόφου ψυχὴ οὕτως ἀπέχεται τῶν
ἡδονῶν τε καὶ ἐπιθυμιῶν καὶ λυττῶν καὶ φόδων καθ᾽ ὅσον
δύναται, λογιζομένη ὅτι, ἐπειδάν τις σφόδρα. ἧσθῇ ἢ
λυπηθῇ ἢ φοθηθῇ ἢ ἐπιθυμήσῃ, οὐδὲν τοσοῦτον κακὸν
ἔπαθεν an αὐτῶν ὧν ἄν τις οἰηθείη, οἷον ἢ νοσήσας ἥἤ τι
ἀναλώσας διὰ τὰς ἐπιθυμίας, ἀλλ᾽ ὃ πάντων μέγιστόν τε
κακῶν καὶ ἔσχατόν ἔστι, τοῦτο πάσχει καὶ οὐ λογίζεται
αὐτό. --- Τί τοῦτο, ὦ Σώκρατες ; ἔφη ὃ K£6ns. --- Ὅτι
Ψυχὴ παντὸς ἀνθρώπου ἀναγκάζεται ἅμα τε ἧσθῆναι ἢ
λυπηθῆναι σφόδρα ἐπί τῳ καὶ ἡγεῖσθαι περὶ ὃ ἂν μάλιστα
τοῦτο τιάσχῃ, τοῦτο ἐναργέστατόν τε εἶναι καὶ ἀληθέστατον,
οὐχ οὕτως ἔχον. Ταῦτα δὲ μάλιστα δρατά᾽ ἢ où, --- Πάνυ
γε. — Οὐκοῦν ἐν τούτῳ τῷ πάθει μάλιστα καταδεῖται
Ψυχὴ ὑπὸ σώματος ; --- Πῶς δή ; — -Ὅτι ἑκάστη ἧἥδονὴ
καὶ λύπη, ὥσπερ ἧλον ἔχουσα, προσηλοῖ αὐτὴν πρὸς τὸ
b 1 αὑτὸ : ab. τι Ars. || ὅ τι δ᾽ ἂν: ὅταν id. || 2 ὃν: om. id. || 3 τε:
om. id. |} ὃ δὲ αὐτὴ ὁρᾷ: ᾧ δὲ αὐ. προσέχει Ars. (cf. ἃ. Ritter
[Bursian 1014], 31-38) || 4 ἀειδές : ἀι. (Lex a) T? Ars. || 5 οὖν
(et Iambl.): δ᾽ οὖν W δὲ B? (1. m.) || 7 ἐπιθυμιῶν καὶ λυπῶν (et
Tambl.) : À. x. ἐ. W ||χαὶ 906wv T2 (1. m.) : om. T Iambl. secl. Burnet
[| 8 τις : τίς τι Ars. || ἢ λυπηθῇ ἢ φοδηθὴ B? (ἢ À. 1. m.) (et Ars. [{-εἴ
-εἰ] fambl.) : χαὶ À. ἢ φ. W ἢ φ. à À. TY ἢ φ. Β || 9 οὐδὲν : οὐθ. Ars.
[| ro ἀπ᾽ (et lambl.): ὑπ᾿ Heindorf || ὧν (et Ars.) : ὅσον Υ ὡς
Eambl. || ἄν τις οἰηθείη : τις οἱ. ἂν Ars. || © 2 χαχῶν (et Iambl.):
χαχὸν BW || ἐστι (et Iambl.): om. W Ars. (ut uid.) || πάσχει B°?
(e 5. ἃ.) (et [ambl.): πάσχοι B || 3 τοῦτο: om. Ars. (ut uid.) ||
ἡ. ψυχὴ (et Tambl.): ἡ ψ. Y || ἢ λυπηθῆναι σφόδρα T? (1. m.) : σφ. ἢ
λυπ. Ars. Iambl. om. T ||ὃ ἐπ' τῳ : ἐπὶ τῷ BW ἐπὶ τούτῳ [4120]. ||
δ: où Ars. (fort. πρὸς uel παρ᾽ où) || 6 τοῦτο πάσχῃ: -ἴι τ. B -εὶ
μ-(άλισ;-τα δὲ εἰναι τοῦτ 95» ΑΓ5., unde ἐναργέστατόν... ἀληθέστα-
τον addub. Alline 72 sq. || 7 ταῦτα: τοιαῦτα Iambl. || ὁρατά (et
fambl.): τὰ ὃ. Heindorf || ἃ τ ὑπὸ (et Iambl.): ὃ. τοῦ B? (5. u.) W
|| 2 αὐτὴν (et Ilambl.) : αὖ. B.
IV. — 12
83d PHÉDON 46
l’âme au corps et la fichent en lui, faisant qu’ainsi elle ἃ
de la corporéité et qu'elle juge de la vérité des choses d’après
les affirmations mêmes du corps. Du fait qu’en cela elle se con-
forme au corps en ses jugements et se complaît aux mêmes
objets, il doit nécessairement, à ce que je crois, se produire
en elle une conformité de tendances comme une confor-
mité de culture ; elle est telle, par suite, que jamais elle ne
parvient chez Hadès en état de pureté, mais toujours au con-
traire contaminée par le corps d’où elle est sortie. Le résul-
tat, c'est qu'elle netarde pas à retomber dans un autre corps,
où en quelque sorte elle s'ensemence et prend racine. En
conséquence de quoi, elle est frustrée de tout droit à partager
l'existence de ce qui est divin et, du même coup, pur et
unique en sa forme. — Ton langage, Socrate, dit Cébès, est
la vérité même ! — Voilà donc, Cébès, pour quels motifs
ceux qui sont à bon droit des amis du savoir sont prudents
et courageux, non point pour les motifs qu'allègue la foule ;
à moins que ce ne soit là ton avis) — Non, ie le mien, à
coup sûr !
84 — Non, c’est bien vrai: Tout au contraire, voici comment
calculera sans doute une âme philosophique: elle n'ira pas
s'imaginer que, l'affaire de la philosophie étant de la délier,
la sienne puisse être, tandis que celle-ci la délie, de se livrer
volontairement à la merci des plaisirs et des peines pour se
remettre dans les chaînes, ni d'accomplir le labeur sans fin
d’une Pénélope qui sur sa trame travaillerait au rebours de
l'autre !. Non ! mais elle met les passions au calme, elle s’atta-
che aux pas du raisonnement et ne cesse d’être présente en
lui ; elle prend le vrai, le divin, cequi échappe à l'opinion, pour
spectacle et aussi pour aliment?, convaincue que c'est ainsi
qu'elle doit vivre tant que dure sa vie, et qu’elle doit en
outre, après la fin de celle-ci, s’en aller vers ce qui lui est
apparenté et assorti, se débarrassant ainsi de l’humaine mi-
sère ! Puis donc que telle a été sa culture, 11 n’y a pas à
1. L'image paraît être que l’âme qui emploierait la nuit de la vie
sensible à relisser ce qu’a détissé la philosophie dans la lumière de la
pensée, travaillerait au rebours de la Pénélope homérique.
2. Ce que connaît le vrai savoir n’est plus objet d'opinion. Or,
comme le dit le Phèdre 247 cd, 248 bc, les âmes déchues et souil-
lées ont pour pâture, non la vérité, mais l'opinion.
46 | PAIAON 83ἃ
σῶμα καὶ προσπερονᾶ καὶ ποιεῖ σωματοειδῆ, δοξάζουσαν
ταῦτα ἀληθῆ εἶναι ἅπερ ἂν καὶ τὸ σῶμα φῇ. Ek γὰρ τοῦ
δμοδοξεῖν τῷ σώματι καὶ τοῖς αὐτοῖς χαίρειν, ἀναγκάζεται
οἶμαι ὅδμότροτπιός τε καὶ δμότροφος γίγνεσθαι καὶ οἵα
μηδέποτε εἷς “Αἰδου καθαρῶς ἀφικέσθαι, ἀλλ᾽ ἀεὶ τοῦ
σώματος ἀναπλέα ἐξιέναι: ὥστε ταχὺ πάλιν πίπτειν εἷς
ἄλλο σῶμα καὶ ὥσπερ σπειρομένη ἐμφύεσθαι, καὶ ἐκ
τούτων ἄμοιρος εἶναι τῆς τοῦ θείου τε καὶ καθαροῦ καὶ
μονοειδοῦς συνουσίας. --- ᾿Αληθέστατα, ἔφη, λέγεις, ὃ
K£6nc, ὦ Σώκρατες. --- Τούτων τοίνυν ἕνεκα, ὦ ἰζέθης,
ot δικαίως φιλομαθεῖς κόσμιοί εἶσι καὶ ἀνδρεῖοι, οὐχ ὧν οἵ.
πολλοὶ ἕνεκά φασιν ἢ σὺ οἴει; --- Οὐ δῆτα ἔγωγε.
--- Οὐ γάρ' ἀλλ᾽ οὕτω λογίσαιτ᾽ ἂν ψυχὴ ἀνδρὸς φιλο- 84
σόφου, καὶ οὐκ ἂν οἰηθείη τὴν μὲν φιλοσοφίαν χρῆναι
ἑαυτὴν λύειν, λυούσης δὲ ἐκείνης, αὐτὴν παραδιδόναι ταῖς
ἡδοναῖς καὶ λύτιαις ξαυτὴν πάλιν αὖ ἐγκαταδεῖν, καὶ
ἀνήνυτον
ὌΝ ΤΣ
ἔργον
21
πράττειν
,
[Ἰηνελόπης
Ἂ 7 à
τινὰ
LS
ἐναντίως
y
toTdvx
ς
μεταχειριζομένης. ᾿Αλλά, γαλήνην τούτων παρασκευάζουσα,
ξπομένη τῷ λογισμῷ καὶ ἀεὶ ἐν τούτῳ οὖσα, τὸ ἀληθὲς καὶ
“πὸ θεῖον καὶ τὸ ἀδόξαστον θεωμένη καὶ ÜT ἐκείνου τρεφο-
μένη, ζῆν τε οἴεται οὕτω δεῖν ἕως ἂν ζῇ, καὶ, ἐπειδὰν
τελευτήσῃ, εἷς τὸ ξυγγενὲς καὶ εἷς τὸ τοιοῦτον ἀφικομένη,
ἀπηλλάχθαι τῶν ἀνθρωπίνων κακῶν. Ἔκ δὴ τῆς τοιαύτης
τροφῆς οὐδὲν δεινὸν μὴ φοδηθῇ, ταῦτα δ᾽ ἐπιτηδεύσασα, ὦ
d ἡ χαὶ: om. Ars. (ut αἱ4.}|} 6 ὁμύτροπος τε καὶ ὁμότροφος (et
Jambl.) : transp. B? (et ὁμοιότροφ.) W Ars. || 7 μηδέποτε εἰς “Αἰδου
χαθαρῶς (et Iambl.): μ. x. εἰς "A. W «καθ. εἰς “Αἰδου u<Cndé-
ποτε Ars. || ἀλλ᾽: τὰ B || τοῦ σώματος ἀναπλέα: à. τ. σ. TWY
Ars. ἰδ]. Thom. M. || e 3 ὦ Κέδης : om. (ut uid.) Ars. || ἡ
χόσμιοί: x. τε ΒΞ (8. u.) W || 5 ἕνεχά φασιν: utrumdq. ‘uel alt. om.
Ars. || 84 ἃ ὃ ἑαυτὴν (et Ars. [ab.] Ilambl.): αὐ. Hirschig || αὐτὴν :
-τὴ Ars. || 4 αὖ (etlambl.): om. W {|| ἐγκαταδεῖν : ἐπικ. B2?(i. τα.)
|| ὁ μεταχειριζομένης (et Ars. Ilambl.): -ἔνην uulg. || 7 καὶ τὸ...
χαὶ τὸ : utrumgq. τὸ om. Ars. || b 1 οἴεται οὕτω δεῖν (et Iambl.):
οἵ,ὃ.οὔ, TY Ars. οὕτως οἵ. ὃ. W || ταῦτα δ᾽ (δὲ W) ἐπιτηδεύσασα :
γ᾽ ἐ. coni. Stephanus, 560], Ast probante Wilamowitz ibid. 340.
84 ἢ PHÉDON 47
craindre qu'elle ait peur, ni, puisque c’est à cela, Simmias
et Cébès, qu'elle s’est employée, qu'elle redoute d’être épar-
pillée au moment où elle se sépare du corps, ou d’être disper-
sée au souffle des vents, ou d’être envolée et, une fois partie,
de n'être plus rien nulle part ! »
il se fit, après ces paroles de Socrate, un
Troisième partie. silence qui dura longtemps. Socrate,
Le problème est
repris. cela se voyait à le regarder, avait l'esprit
tout entier à l’argument qui venait d’être
exposé, et c'était la même chose pour la majorité d’entre
nous. Quant à Cébès et à Simmias, ils s’entretenaient en-
semble à mi-voix. S'en étant aperçu, Socrate s’adressa à tous
les deux : « Dites donc ! interrogea-t-1l, votre avis à vous au-
tres, n'est-il pas par hasard que ce qui a été dit n’est pas tout
ce qu’il y ἃ à dire? Il est bien certain qu'il y reste plus d’un
point suspect et qui donnerait prise contre nous, à condition
du moins que cette fois on doive en faire une revision suff-
sante. À la vérité, si c’est autre chose que vous avez en vue,
je parle pour rien! Mais, si c'est cela qui vous embarrasse,
pas d’hésitation ! prenez vous-mêmes la parole, exposez ce
que vous pouvez bien, vous, apercevoir de mieux à dire, et
à votre tour prenez-moi pour second, si vous croyez avoir
plus de chances, avec mon concours, de sortir de votre em-
barras ! — Eh bien, oui, Socrate! répondit Simmias, je vais
te dire la vérité : voilà déjà un bon moment que, sentant cet
embarras, chacun de nous presse l’autre de se mettre en
avant et de t’interroger : nous avons en effet envie de t’en-
tendre, mais nous hésitons aussi à te causer du tracas et à te
faire de la peine, en raison de l'épreuve que tu traverses ! »
En entendant cela, Socrate eut un léger rire : « Miséri-
corde, Simmias ! dit-il. Il se peut assurément que j'aie bien de
la peine à persuader le reste des hommes que je ne tiens pas
pour épreuve la conjoncture où je me trouve, s'il est vrai que
je ne réussisse même pas à vous en persuader, vous, et si vous
avez peur au contraire que 16 ne sois à présent d'humeur plus
chagrine que dans le passé de ma vie! C’est, vraisemblable-
ment, que vous me jugez moins bien doué que les cygnes pour
la divination. Quand ceux-ci sentent en eflet venir l'heure de
leur mort, le chant qu'ils avaient auparavant, ce chant se fait
85 alors plus fréquent et plus éclatant que jamais, dans leur joie
47 ΦΑΊΔΩΝ 84 Ὁ
Σιμμία τε καὶ Κέέξδης, ὅπως μὴ διασπασθεῖσα ἐν τῇ ἀποαλ-
λαγῇ τοῦ σώματος ὕπὸ τῶν ἀνέμων διαφυσηθεῖσα καὶ
διαπτομένη οἴχηται καὶϊ οὐδὲν ἔτι οὐδαμοῦ ἧ. »
Σιγὴ οὖν ἐγένετο ταῦτα εἰπόντος τοῦ Σωκράτους ἐπὶ
πολὺν χρόνον᾽ καὶ αὖτός τε πρὸς τῷ εἰρημένῳ λόγῳ ἦν ὃ
Σωκράτης, ὡς ἰδεῖν ἐφαίνετο, καὶ ἣμῶν οἵ πλεῖστοι" ΚΚέθης
δὲ καὶ Σιμμίας σμικρὸν πρὸς ἀλλήλω διελεγέσθην. Kai ὃ
Σωκράτης ἰδὼν αὐτὼ ἤρετο᾽ « Τί; ἔφη, ὕμῖν τὰ λεχθέντα
μῶν μὴ δοκεῖ ἐνδεῶς λέγεσθαι ; [Πολλὰς γὰρ δὴ ἔτι ἔχει.
ὑποψίας καὶ ἀντιλοιδάς, εἴ γε δή τις αὐτὰ μέλλει ἱκανῶς
διεξιέναι. Et μὲν οὖν τι ἄλλο σκοπεῖσθον, οὐδὲν λέγω᾽ εἶ δέ
τι περὶ τούτων ἀπορεῖτον, μηδὲν ἀποκνήσητε καὶ αὐτοὶ
εἰπεῖν καὶ διελθεῖν εἴ πη ὑὕμῖν φαίνεται βέλτιον (ἂν)
λεχθῆναι, καὶ αὖ καὶ ἐμὲ ξυμπαραλαθεῖν εἴ τι μᾶλλον
οἴεσθε μετ᾽ ἐμοῦ εὐπορήσειν. » Kat ὃ Σιμμίας ἔφη᾽
« Καὶ μήν, ὦ Σώκρατες, τἀληθῆ σοι ἐρῶ. [Πάλαι γὰρ
ἡμῖν ἕκάτερος ἀπορῶν τὸν ἕτερον προωθεῖ καὶ κελεύει
ἐρέσβαι, διὰ τὸ ἐπιθυμεῖν μὲν ἀκοῦσαι, ὀκνεῖν δὲ ὄχλον
παρέχειν μή σοι ἀηδὲς À διὰ τὴν παροῦσαν ξυμφοράν. »
Kat ὃς ἀκούσας ἐγέλασέ TE ἠρέμοι καί φησιν « Babai,
ὦ Σιμμία' ἢ που χαλεπῶς ἂν τοὺς ἄλλους ἀνθρώπους πεί-
σαιμι ὡς οὗ ξυμφορὰν ἡγοῦμαι τὴν παροῦσαν τύχην; ὅτε
γε μηδ᾽ ὕμᾶς δύναμαι πείθειν, ἀλλὰ φοθεῖσθε μὴ δυσκολώ-
τερόν τι νῦν διάκειμαι ἣ ἐν τῷ πρόσθεν βίῳ. Kai, ὡς ἔοικε:
τῶν κύκνων δοκῶ φαυλότερος ὑμῖν εἶναι τὴν μαντικήν, οἵ
ἐπειδὰν αἴσθωνται ὅτι δεῖ αὐτοὺς ἀποθανεῖν, ἄδοντες καὶ
ἐν τῷ τπιρόσθεν χρόνῳ, τότε δὴ πλεῖστα καὶ μάλιστα ἄδουσι, 85
b 7 διαπτομένη : -auévn B? (α s. u.) || © 1 αὐτός τε: οσ 8. u. τε in
ras. B2 || 2 οἵ: οἱ ὡς B2 (i. m.) || 5 μῶν: ἀρὰ T2W? (amboi. m.) ||
λέγεσθαι: λελέχ. WT? (. m.)|| 7 δέ τι: δὲ ΤΥ || ὃ τούτων: -tw TY ||
ἃ τ διελθεῖν :διεξ, Β5ΤΖ (εξ s. u.) WY ||àv> Heindorf: om. codd.
| 9 ἢ που: ἴσως σχέδον T?W? (ambo 1. m.) || e 2 δυσχολώτερόν τι νῦν:
δυσχ. νῦν. Stob. (LIT 336 τι Hense) δυσκ. id. (IV 1095 1) || 88 τ
xat μάλιστα W?(s. u.) (et Stob.): om. W χάλλιστα Blomfield Burnet.
85ἃ PHÉDON 48
d’être sur le point de s’en aller auprès du Dieu dont ils sont
les servants. Mais les hommes, avec leur effroi de la mort,
calomnient jusqu'aux cygnes : ils se lamentent, dit-on, sur
leur mort, la douleur leur inspire ce chant suprême, et l’on
ne réfléchit pas que nul oiseau ne chante quand 1] a faim ou
froid et qu'il πο: quelque autre souffrance ; non, pas
même rossignol, hirondelle et huppe, qui sont justement
d'après la tradition ceux dont le chant est une lamentation
de douleur‘. Et pourtant, pas plus ceux-là, la douleur, à mes
yeux, ne les fait chanter qu’elle ne fait chanter les cygnes.
Chez ceux-ci, bien plutôt, problablement parce qu'ils sont
les oiseaux d’Apollon, il y a un don divinatoire et c’est
la prescience des biens de chez Hadès qui les fait, ce jour-là,
chanter joyeusement comme jamais ils ne l'ont fait dans le
cours antérieur de leur existence. Or moi, de mon côté, j'es-
time que je suis attaché au même service que les cygnes ;que
je suis consacré au même dieu; qu ‘ils ne me surpassent pas
pour la faculté de divination que je tiens de notre Maître; et
que de même je n'ai pas plus de tristesse qu'eux à me sépa-
rer de la vie. Telles sont au contraire les raisons auxquelles
vous devez avoir égard pour parler et pour poser les questions
que vous voudrez, tant que nous le permettront les Onze, au
nom du peuple d'Athènes.
— Voilà, Socrate, qui est bien parler !
La théorie
de Simmias.
dit Simmias : à moi donc de t'expliquer
ce qui m'embarrasse, et Cébès à son
tour'exposera en quoi il n'accepte pas ce qui ἃ été dit. Mon
avis à moi, Socrate, sur les questions de ce genre, et sans
doute est-ce aussi le tien, c’est qu'une connaissance certaine
en est, dans la vie présente, sinon chose impossible, du moins
d’une extrême difficulté. En revanche, bien sùr, si les opinions
qui s y rapportent n'ont pas fait l’objet d’une critique tout à
fait approfondie, si l’on quitte la partie sans s'être lassé à
regarder en tous sens, c’est qu'on est d’une trempe vraiment
bien molle ! Car il fut à ce sujet tâcher de réaliser telle des
éventualités que voici : ne pas manquer une occasion de s’ins-
truire, ou trouver par soi-même, ou bien, n’est-on capable
ni de l’un ni de l’autre, prendre dans nos humaines tradi-
tions ce qui est, après tout, le meilleur et le moins contesta-
r, Voir notice, p, xxxvr1, Π. 1 et 2.
48 ΦΑΙΔΩ͂Ν 85 ἃ
γεγηθότες ὅτι μέλλουσι παρὰ τὸν θεὸν ἀπιέναι οὗπέρ εἶσι
θεράποντες. Οἱ δ᾽ ἄνθρωποι, διὰ τὸ αὑτῶν δέος τοῦ θανάτου,
καὶ τῶν κύνκων καταψεύδονται, καί φασιν αὐτοὺς θρη-
νοῦντας τὸν θάνατον ὕπὸ λύπης ἐξάδειν, καὶ οὐ λογίζονται
ὅτι οὐδὲν ὄρνεον ἄδει ὅταν πεινῇ ἢ ῥιγοῖ ἤ τινα ἄλλην
λύπην λυπῆται, οὐδὲ αὐτὴ ἥ τε ἀηδὼν καὶ χελιδὼν καὶ ὃ
ἔποψ, ἃ δή φασι διὰ λύπην θρηνοῦντοι ἄδειν. AA οὔτε
ταῦτά μοι φαίνεται λυπούμενα ἄδειν οὔτε ot κύκνοι, ἀλλ᾽
ἅτε, οἶμαι, τοῦ ᾿Απόλλωνος ὄντες μαντικοί τέ εἶσι καὶ
προειδότες τὰ ἐν “Αἰδου ἀγαθὰ ἄδουσι καὶ τέρπονται
ἐκείνην τὴν ἡμέραν διαφερόντως ἢ ἐν τῷ ἔμτιροσθεν.
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χρόνῳ. ᾿Εγὼ δὲ καὶ αὐτὸς ἡγοῦμαι δμόδουλός τε εἶναι τῶν.
κύκνων καὶ ἱερὸς τοῦ αὐτοῦ θεοῦ, καὶ οὐ χεῖρον ἐκείνων
τὴν μαντικὴν ἔχειν παρὰ τοῦ δεσπότου, οὐδὲ δυσθυμότερον
αὐτῶν τοῦ βίου ἀπαλλάττεσθαι. ᾿Αλλὰ τούτου γε ἕνεκα
λέγειν τε χρὴ καὶ ἐρωτᾶν ὅτι ἂν βούλησθε, ἕως ἂν
᾿Αθηναίων ἐῶσιν ἄνδρες ἕνδεκα.
- Καλῶς, ἔφη, λέγεις, ὃ Σιμμίας" καὶ ἐγώ τέ σοι ἐρῶ ὃ
ἀπορῶ, καὶ αὖ ὅδε, ἣ οὐκ ἀποδέχεται .τὰ εἰρημένα. ᾿Εμοὶ
γὰρ δοκεῖ, ὦ Σώκρατες, περὶ τῶν τοιούτων, ἴσως ὥσπερ
καὶ σοί, τὸ μὲν σαφὲς εἰδέναι ἐν τῷ νῦν βίῳ ἢ ἀδύνατον
εἷναι ἢ παγχάλεπόν τι, τὸ μέντοι αὖ τὰ λεγόμενα περὶ
αὐτῶν μὴ οὐχὶ παντὶ τρόπῳ ἐλέγχειν καὶ μὴ προαφίστασθαι
πρὶν ἂν πανταχῇ σκοτιῶν ἀπείπῃ τις, πάνυ μαλθακοῦ
εἶναι ἀνδρός. Δεῖν γὰρ περὶ αὐτὰ ἕν γέ τι τούτων δια-
πράξασθαι, ἢ μαθεῖν ὅπῃ ἔχει, ἢ εὑρεῖν, À, εἰ ταῦτα
ἀδύνοιτον, τὸν γοῦν βέλτιστον τῶν ἀνθρωπίνων λόγων
a 3 αὑτῶν (et Stob.): αὐ. TW || 6 ῥιγοι (et Stob.): -γῷ Cobet cf.
Gorgias 517 d ἡ || 7 οὐδὲ : οὔτε Stob. || ἥ te :om. Stob. || ὃ: om. W
Stob. ||b 2 χαὶ (et Stob.) : τε χαὶ TW || ὃ ἔμπροσθεν (et Stob.): -0e
B? (ν exp.) || 4 ἡγοῦμαι (et Stob.): που οἴμαι W || τε (et Stob.): γε
BWY || 5 χεῖρον (et Stob.): -vov” Schanz χείρω Hermann || 6 δεσ-
πότου: ὃ. αὐτοῦ Stob. || 8 alt. ἂν:om. BY || ro ἐγώ τε : ἔγωγε BT?
(s.u.) Y || © 4 μέντοι αὖ τὰ:δέ (et δὲ) τοι αὖ τὰ (δὲ τοιαῦτα ἢ) W μ. τὰ
T || 5 -oùxt: οὐ W || 8 ἢ εἰ Τ5 (5...): εἰ Τ || ο λόγων: -yov W.
85d PHÉDON 49
ble et se laisser porter ainsi comme par un radeau, sur lequel
on se risque à faire la traversée de la vie faute d’avoirla possi-
bilité de faire route, avec plus de sécurité et moins de risques,
sur quelque transport plus solide : je veux dire une révélation
divine‘ ! A présent c’est donc entendu : je ne me ferai pas
scrupule pour ma part de t'interroger, puisqu'aussi bien toi-
même tu m'y invites, et je n'aurai pas non plus à me repro-
cher dans l’avenir de ne pas t'avoir dit aujourd'hui ce que je
pense ! Car c’est vrai, Socrate: après l'examen auquel je viens
moi-même de soumettre, ainsi que Cébès, les choses qui se sont
dites, 1] ne m'apparaît pas du tout qu'on se soit exprimé de
façon satisfaisante. » Alors Socrate : « Peut-être bien en effet,
camarade, es-tu dans le vrai en ayant cette impression. Mais
dis-moi en quoi précisément tu n'es point satisfait.
— C'est, à mon sens, dit-il, en ce que précisément une
harmonie? et une lyre avec ses cordes peuvent donner lieu à
cette même argumentation : l'harmonie, dirait-on, est chose
invisible, incorporelle, absolument belle, divine enfin, dans
86 la Îyre accordée ;quant à la lyre elle-même et à ses cordes,
ce sont des corps et des choses qui ont de la corporéité, des
choses terreuses, apparentées à la nature mortelle. Supposons
donc qu'on brise la Îyre, qu'on en coupe et qu'on en fasse
sauter les cordes ; puis, qu'on s’acharne à soutenir, avec une
argumentation toute pareille à la tienne, que nécessairement
elle subsiste, l'harmonie en question, et qu’elle n’est point
détruite. Quel moyen en effet de faire subsister, et la Iyre
après que ses cordes ont sauté, et les cordes qui sont de na-
ture mortelle, tandis que serait détruite l'harmonie, elle qui
est de même nature et de même famille que le divin et l’im-
mortel, détruite même plus tôt que ce qui est mortel ? Non,
dirait-on ;1l est nécessaire que l'harmonie même existe encore
quelque part, que le bois et les cordes tombent en pourriture
avant qu’à elle rien lui arrive ! Aussi bien en effet,jem’en doute,
Socrate, tu as pensé à part toi à une conception ὃ de la nature
1, Cette division sera rappelée 99 cd. Voir Notice, p. xzvu, n. 2.
2. Traduction exigée par 95 c. Mais accord est le mot juste
(cf. 93 ab), car notre harmonie se nomme en grec symphonie.
3. Ce n’est pas nne conception personnelle ἃ Simmias, car
Échécrate la connaît d’autre source (88 4). D'autre part elle
semble être une extension de la doctrine médicale de Philo-
19 : ΦΑΙΔΩΝ 85ἃ
λαθόντα καὶ δυσεξελεγκτότατον ἔπὶ τούτου ὀχούμενον,
ὥσπερ ἔπὶ σχεδίας κινδυνεύοντα διαπλεῦσαι τὸν βίον, εἶ μή
τις δύναιτο ἀσφαλέστερον καὶ ἀκινδυνότερον ἐπὶ βεθαιο-
τέρου ὀχήματος, ἢ λόγου θείου τινός, διαπορευθῆναι. [Καὶ
δὴ καὶ νῦν ἔγωγε οὐκ ἔπαισχυνθήσομαι ἐρέσθαι, ἐπειδὴ καὶ
σὺ ταῦτα λέγεις, οὐδ᾽ ἐμαυτὸν αἴτιάσομαι ἐν ὕστέρῳ
χρόνῳ ὅτι νῦν οὐκ εἶπον & μοι δοκεῖ. ᾿Εμοὶ γάρ, ὦ
Σώκρατες, ἐπειδὴ καὶ πρὸς ἐμαυτὸν καὶ πρὸς τόνδε
σκοτιῶ τὰ εἰρημένοι, οὐ πάνυ φαίνεται ἱκανῶς εἰρῆσθαι. »
Kat ὃ Σωκράτης᾽ « ΐσως γάρ, ἔφη, ὦ ἑταῖρε, ἀληθῆ σοι
φαίνεται. ᾿Αλλὰ λέγε ὅπῃ δὴ οὔχ ἱκανῶς.
--- Ταύτη ἔμοιγε, ἢ δ΄ 66, À δὴ καὶ περί ἁρμονίας ἄν τις
καὶ λύρας τε καὶ χορδῶν τὸν αὐτὸν τοῦτον λόγον εἴποι᾽ ὡς
ἣ μὲν ἁρμονία ἀόρατον καὶ ἀσώματον καὶ πάγκαλόν τι καὶ
θεῖόν ἐστιν ἐν τῇ ἥρμοσμένῃ λύροι, αὐτὴ δ᾽ ἣ λύρα καὶ 86
α χορδαὶ σώματά τε καὶ σωμοιτοειδῇ καὶ σύνθετα καὶ
γεώδη ἐστὶ καὶ τοῦ θνητοῦ ξυγγενῆ᾽ ἐπειδὰν οὖν ἢ κατάξῃ
τις τὴν λύραν ἢ διατέμῃ καὶ διαρρήξη τὰς χορδάς, εἴ τις
διισχυρίζοιτο τῷ αὐτῷ λόγῳ ὥσπερ σύ, ὧς ἀνάγκη ἔτι εἶναι
τὴν ἅρμονίαν ἐκείνην καὶ μὴ ἀπολωλέναι᾽ οὐδεμίοι γὰρ
μηχανὴ ἂν εἴη τὴν μὲν λύραν ἔτι εἶναι διερρωγυιῶν τῶν
χορδῶν καὶ τὰς χορδὰς θνητοειδεῖς οὔσας, τὴν δὲ ἁρμονίαν
ἀπολωλέναι τὴν τοῦ θείου τε καὶ ἀθανάτου ὁμοφυῆ τε καὶ
ξυγγενῆ, προτέραν τοῦ θνητοῦ ànolouévnv, ἀλλὰ φαίη
ἀνάγκη ἔτι που εἶναι αὐτὴν τὴν ἁρμονίαν, καὶ τιρότερον τὰ
ξύλο. καὶ τὰς χορδὰς κατασαπήσεσθαι πρίν τι ἐκείνην
παθεῖν. Kat γὰρ οὖν, ὦ Σώκρατες, οἶμαι ἔγωγε καὶ αὐτόν
σε τοῦτο ἐντεθυμῆσθαι, ὅτι τοιοῦτόν τι μάλιστα ὕπολαμ-
d 1 δυσεξελεγχότατον : ὄυσελ. W || 4 ἢ : ἢ ὄντως Y secl. Heindorf ||
Ὁ οὐδ᾽: -δὲ TW || 7 μοι δοχεῖ: ἐμοὶ ὃ, BY μοι ἐδόχει B? (1. m.) W ||
e 3 ἡ δὴ Forster: ἤδη codd. || ἡ τοῦτον λόγον: À. τ. W || 5 ἀόρατον:
-τὸν τι BWY ||86 ἃ 2 σώματά: σῶμά T || σύνθετα: ξυν. Β συν. τε T
ξυν. τε Υ || 3 ἐστι; y T || 4 χαὶ: ἢ TW || 7 ἂν: secl. Bekker || 9
ὁμοφυῇ τε χαὶ ξυγγενῆ : ὁ. (τε om.) xai ξυμφυῇ W || Ὁ 2 avdyxn: -n
Baiter || ὃ χαὶ : τε x. B? (τε 5...) WY || κατασαπήσεσθαι : καὶ x. Y.
86b PHÉDON 50
de l’âme qui a nos préférences : étant admis que notre corps
est tendu en dedans et son unité maintenue par le chaud et
le froid, le sec et l’humide et des qualités analogues, c’est la
combinaison et l’harmonie de ces opposés mêmes qui con-
stitue notre âme, quand ils se sont combinés mutuellement
dans la bonne mesure. Donc, si Justement l’âme est une
harmonie, la chose est claire : aussi souvent que notre corps
sera relâché ou tendu démesurément par les maladies et par
d’autres maux, c'est une nécessité que l'âme soit aussitôt
détruite bien qu’elle soit ce qu'il y a de plus divin, et comme
le sont les autres harmonies, qu’elles se réalisent par des
sons ou dans toute production d’un art ; tandis qu'au con-
traire la dépouille corporelle de div résiste pendant
longtemps, jusqu’au jour où l’auront détruite le feu ou la
putréfaction. Vois par conséquent ce que nous objecterons à
cette argumentation, où l’on soutiendrait que, l’âme étant
la combinaison des opposés dont le corps est fait, c'est elle
qui, dans ce qu’on appelle mort, doit être PApnea pre-
mière. »
Sur ce, Socrate eut ce regard pénétrant qui lui était en
maintes circonstances habituel, et il se mit à sourire : « Il y
a du vrai, ma foi, dit-il, dans le langage de Simmuas! En
vérité, s'il en est un de vous qui en soit moins embarrassé
que moi, que ne lui répond-il? Car c’est un fameux coup
qu'il a l'air d’avoir porté à l'argument ! À mon avis, toute-
fois, avant de répondre, nous devrons encore auparavant
avoir entendu de la bouche de Cébès ce qu’à son tour 1] re-
proche à l'argument; ce sera le moyen de nous donner le
temps de délibérer sur ce que nous dirons. Après quoi, les
ayant entendus tous les deux, nous nous mettrons avec eux
si nous jugeons que leur chant soit bien dans le ton; sinon,
c'est qu’alors le procès de l'argument està reviser. Eh bien,
Cébès, en avant! dit-il, parle-nous de ce qui, pour ton
compte, te tracasse.
La théorie — Voilà, j'en parle! Pour moi, la chosee
de Cébès. 95 évidente, l'argument en est encor
au même point, et ce que nous disions
précédemment est toujours le reproche dont 1] souffre : que
laüs (cf. Banquet, 186 d). Comparer ce qui suit avec 92 0 sq.
5o _ ΦΑΙ͂ΔΩΝ 86b
G&vouev τὴν ψυχὴν εἶναι, ὥσπερ ἐντεταμένου τοῦ σώματος
ἡμῶν καὶ ξυνεχομένου ὕπὸ θερμοῦ καὶ ψυχροῦ καὶ ξηροῦ
καὶ ὕγροθ καὶ τοιούτων τινῶν, κρᾶσιν εἶναι καὶ ἁρμονίαν
αὐτῶν τούτων τὴν ψυχὴν ἡμῶν, ἐπειδὰν ταῦτα καλῶς καὶ
μετρίως κραθῇ πρὸς ἄλληλαι. Et οὖν τυγχάνει À ψυχὴ οὖσα
ἁρμονία τις, δῆλον ὅτι, ὅταν χαλασθῇ τὸ σῶμα ἣμῶν
ἀμέτρως ἢ ἐπιταθῇ ὑὕτπὸ νόσων καὶ ἄλλων κακῶν, τὴν μὲν
ψυχὴν ἀνάγκη εὐθὺς ὑὕπάρχει ἀπολωλέναι καίπερ οὖσαν
θειοτάτην, ὥσπερ καὶ at ἄλλαι ἁρμονίαι αἵ τ΄ ἐν τοῖς φθόγ-
γοις καὶ ἐν τοῖς τῶν δημιουργῶν ἔργοις πᾶσι᾽ τὰ δὲ λείψανα
τοῦ σώματος ἑκάστου πολὺν χρόνον παραμένειν, ἕως ἂν ἢ
κατακαυθῇ ἢ κατασαπῇ. “ὥρα οὖν πρὸς τοῦτον τὸν λόγον τί
φήσομεν, ἐάν τις ἀξιοὶ κρᾶσιν οὖσαν τὴν ψυχὴν τῶν ἐν
τῷ σώματι ἐν τῷ καλουμένῳ θανάτῳ πρώτην ἀπόλλυσθαι. »
Διαδλέψας οὖν ὃ Σωκράτης, ὥστιερ τὰ πολλὰ εἰώθει,
καὶ μειδιάσας « Δίκαια μέντοι, ἔφη, λέγει ὃ Σιμμίας. Εὶ
οὖν τις ὑμῶν εὐπορώτερος ἐμοῦ, τί οὐκ ἀπεκρίνατο ; καὶ
γὰρ où φαύλως ἔοικεν ἁπτομένῳ τοῦ λόγου. Δοκεῖ μέντοι
μοι χρῆναι πρὸ τῆς ἀποκρίσεως ἔτι πρότερον ἰζκέθητος
ἀκοῦσαιτί αὖ ὅδε ἐγκαλεῖ τῷ λόγῳ, ἵνα χρόνου ἐγγενομένου
βουλευσώμεθα τί ἐροῦμεν. “ἔπειτα δὲ ᾿ἀκούσαντας, ἣ
συγχωρεῖν αὐτοῖς ἐάν τι δοκῶσι προσάδειν, ἐὰν δὲ μή,
οὕτως ἤδη ὕπερδικεῖν τοῦ λόγου. ᾿Αλλ᾽ ἄγε, ἢ δ᾽ ὅς, ὦ
Κέθης;, λέγε τί ἦν τὸ σὲ αὖ θρᾶττον.
-- Λέγω δή, À δ᾽ ὃς ὃ Κέθης. ᾿Ξμοὶ γὰρ φαίνεται ἔτι ἔν
τῷ αὐτῷ 6 λόγος εἶναι, καί, ὅπερ ἐν τοὶς πρόσθεν ἐλέγομεν,
3
© 1 χαλῶς χαὶ μετρίως : 1. 2. xak. W || ὃ ἡμῶν: om. T || 4 ἐπι-
τὴ: ὑπὸ ΒΥ (ὕ. 5. u.) Τὴ (Ὁ. 1 m) |} ὃ ἀνόγχη: τν T2 (6. u.)
|| ὑπάρχει edd.: -χειν codd. || 6 τ᾽: τε W || καὶ : χ. αἱ BWY (αἱ
exp.) || πᾶσι: -σιν T || d 1 κατακαυθὴ W? (χαυ 5. u.): καταθῇ W ||
4 Ouaôkébas : -ψάμενος B? (1. m.) WY? (μενος 5. u.) || 5 λέγει ὁ
Σιμμίας: ὁ om. T6 Σ. À. W{[e3 δὲ : om. TW ||4 συγχωρεῖν : ξυγχ.
BY || 5 ἀλλ᾽ ἄγε Ven. 185 (D): ἀλλά γε codd. || 6 τὸ: ὃ D |
θρᾶττον : add. ἀπιστίαν παρέχει codd., secl. Hermann {|| 8 πρύσθεν:
Eur. Β5 (Eu. 1. m.) WY.
87 ἃ PHÉDON δὲ
87 notre ème existât en effet avant même d’entrer dans la forme
que voici, je ne m'en dédis point ; 1] n’y a rien là qui ne soit
à mon goût et qui n'ait été (si du moins il n’est pas outre-
cuidant de le déclarer) démontré de façon pleinement satis-
faisante; mais qu'après notre mort elle existe encore, voilà
en quoi je ne suis pas du même avis. Non certes que l’âme
ne soit pas chose plus vigoureuse et plus durable que le corps;
et cela, je ne le concède pas à l’objection de Simmias, car
c’est mon opinion qu'à tous ces points de vue la supériorité
de l’âme est immense. « Pourquoi, dans ces conditions (je sup-
« pose que c’est l'argument qui parle), être encore incréduleὃ
« Ne reconnais-tu pas qu'une fois l’homme mort, ce qui
« subsiste, c'est justement ce qu'il y a de plus fragile ὃ Et,
« pour ce qui est au coniraire plus durable, tu ne juges pas
« nécessaire qu il continue de se conserver pendant ce temps ! »
Or voici d’après quoi tu dois examiner si mon langage a du
sens ; Car moi aussi, naturellement, j'ai comme Siminias
besoin d’une image : à mon sens en effet, en s’exprimant de
la sorte, on fait exactement comme si, après la mort d’un
vieux bonhomme de tisserand, on tenait à son sujet le
propos que voici: « ἢ] n’est point supprimé, le bonhomme ;
« mais il y a un endroit où il se garde en bon état! » Et,
on en présenterait cette preuve, que le vêtement dont 1l
s’enveloppait et qu’il avait lui-même tissé, se conserve en bon
état et n’est point détruit. En outre, à qui n’en croirait rien
on irait demander: « Lequel des deux est, en son genre,
« le plus durable : l’homme ou le vêtement dont il se sert et
« qu'il porte sur lui? » Puis, sur la réponse que de beau-
coup c'est en son genre l’homme, on se figurerait avoir
démontré que, à plus forte raison, l’homme doit par suite
se garder, bien sûr, en bon état, s’il est vrai que ce qui est
le moins durable n’a pas été détruit !
« Or, à ce que je pense, il n’en va point ains:, Simmias;
car c'est affaire, même à toi, d'être bien attentif à mes
paroles'. Pour ce qui est, en effet, de l’argumentation pré-
cédente, tout le monde peut en comprendre ia naïveté. Je le
prouve : s’il est vrai que la disparition de notre tisserand,
après qu’il a usé une multitude de tels vêtements et qu il en
a tissé tout autant, est postérieure à la multitude en question,
1, Cébès a marqué en quoi, contre Simmias, 1] s’accorde avec
δι ΦΑΙΔΩΝ 87 ἃ
ταὐτὸν ἔγκλημα ἔχειν. Ὅτι μὲν γὰρ ἦν ἡμῶν À ψυχὴ καὶ 87
πρὶν εἰς τόδε τὸ εἶδος ἐλθεῖν, οὐκ ἀνατίθεμαι μὴ οὐχὶ πάνυ
χαριέντως,
,
καί, εἰ μὴ ἐπαχθές ἐστιν εἰπεῖν͵ πάνυ
[A 2 à > ΄ 3 2 nm L4
ἱκανῶς
La
ἀποδεδεῖχθαι" ὡς δὲ καὶ ἀποθανόντων ἥμῶν ἔτι που ἔστιν,
où μοι δοκεῖ τῇδε. “ὥς μὲν οὐκ ἰσχυρότερον καὶ πολυ-
3, An Le € AS 3 2 ΄ A
χρονιώτερον ψυχὴ σώματος, où συγχωρῶ τῇ Σιμμίου ἄντι-
λήψει δοκεῖ γάρ μοι πᾶσι τούτοις πάνυ πολὺ διαφέρειν.
« Τί οὖν, ἂν φαίη 6 λόγος, ἔτι ἀπιστεῖς, ἐπειδὴ δρᾶς,
« ἀποθανόντος τοῦ ἀνθρώπου, τό γε ἀσθενέστερον ἔτι ὄν ;
« τὸ δὲ πολυχρονιώτερον où δοκεῖ σοι ἀναγκαῖον εἶναι ἔτι
« σῴζεσθαι ἐν τούτῳ τῷ χρόνῳ; » Πρὸς δὴ τοῦτο τόδε
ἐπίσκεψαι εἴ τι λέγω᾽ εἰκόνος γάρ τινος, ὡς ἔοικεν, κἀγὼ
ὥστιερ Σιμμίας δέομαι᾽ ἐμοὶ γὰρ δοκεῖ δμοίως λέγεσθαι
ταῦτα ὥσπερ ἄν τις περὶ ἀνθρώπου ὕφάντου πρεσθύτου
ἀποθανόντος λέγοι τοῦτον τὸν λόγον, ὅτι οὐκ ἀπόλωλεν ὃ
ἄνθρωπος ἀλλ᾽ ἔστι που σῶς᾽ τεκμήριον δὲ παρέχοιτο
θοιμάτιον ὃ ἠμπείχετο αὐτὸς ὕφηνάμενος, ὅτι ἐστὶ σῶν καὶ
οὐκ ἀπόλωλεν. Kai εἴ τις ἀπιστοίη αὐτῷ, ἀνερωτῴη
πιότερον πολυχρονιώτερόν ἔστι τὸ γένος ἀνθρώπου ἢ
ἱματίου, ἐν χρεία. τε ὄντος καὶ φορουμένου᾽ ἀποκριναμένου
δή τινος ὅτι πολὺ τὸ τοῦ ἀνθρώπου, οἴοιτο ἀποδεδεῖχθαι
ὅτι παντὸς ἄρα μᾶλλον ὅ γε ἄνθρωπος σῶς ἐστιν, ἐπειδὴ
τό γε ὀλιγοχρονιώτερον oùk ἀπόλωλεν.
2 LÀ 2 2 J
« Τὸ δ᾽, οἶμαι, ὦ Σιμμία, οὐχ οὕτως ἔχει. Σκόπει γὰρ
καὶ σὺ & λέγω πᾶς γὰρ ἂν ὑπολάθοι ὅτι εὔηθες λέγει ὃ
τοῦτο λέγων. Ὃ γὰρ ὑὕφάντης οὗτος, πολλὰ κατατρίψας
τοιαῦτα ἱμάτιοι καὶ ὕφηνάμενος, ἐκείνων μὲν ὕστερος
87 à 2 ἀνατίθεμαι ΟἹ. (135, 14 Ν. [sed non in lemm.]) Turneb. :
ἀντιτ. codd. || 4 ἔστιν B? (i. m.) : ἔσται BW || 6 συγχωρῶ : ξυγχ. BY
[| ὃ ἐπειδὴ : -δή γε B2(s. u.) ΤΥ || b 3 ἔοικεν : -xe B? (v eras.) Y ||
ἡ σῶς Forster : ἴσως codd. || ὃ ἠμπείχετο : -ίσγετο ΒΞ (to 5. u.) ||
9 ἀπόλωλεν : -ke TY || ἀπιστοίη Heindorf : -τῶν codd. || c 1 ἐστι :
-τιν© || ἃ ἀποχριναμένου : -ομένου T || 3 δή :δέ Schanz ex D! (Ven.
185) || τινος : secl. Burnet || 5 ἀπόλωλεν: -ὰς ΤῪ || 7 γὰρ : om. TW
secl. Burnet || 9 ὕστερος W?(<s. u.): τὸν B? (vs. u.) W.
87d PHÉDON FES
d elle est par contre, je crois bien, antérieure à celui qui en est
le terme; δὲ 1] ΠὟ ἃ pas là ombre de motif en plus pour que
l’homme soit, par rapport au vêtement, quelque chose d’infé-
rieur et de plus fragile! Eh bien, cette même image serait, si
je ne me trompe, recevable pour l’âme dans sa relation au
corps ; et, en tenantà leur sujet le langage que voici, 1] est
évident pour moi qu’on parlerait exactement comme il faut.
L'âme, dirait-on, est chose durable, le corps de son côté chose
plus fragile et de moindre durée. En réalité cependant, ajou-
terait-on, mettons que chaque âme use de nombreux corps,
particulièrement quand la vie dure nombre d’années (car on
peut supposer que, le corps étant un courant qui se perd
tandis que l’homme continue de vivre, l’âme au contraire ne
cesse de retisser ce qui s’est usé) ; ce n'en serait pas moins
une nécessité que l’âme, le jour où elle sera détruite, ait jus-
tement sur elle le die vêtement qu'elle ἃ tissé, et que
ce soit le seul antérieurement auquel ait lieu cette destruc-
tion. Mais, une fois l’âme anéantie, c’est alors que désormais
le corps nt sa fragilité ne ; et, tombant en pour-
riture, il ne tarderait pas à passer définitivement. Par consé-
quent, nous ne sommes pas encore en droit d'ajouter foi à
l'argument dont il s’agit, et ainsi d’avoir confiance qu après
notre mort notre âme existe encore quelque part.
88 « La preuve, c’est que quelqu un pourrait dire: « Je con-
«cède au raisonnement plus que tu ne fais. » Et ce qu'il lui
accorderait, c’est non seulement que nos âmes existaient dans
le temps qui a précédé notre naissance, mais que rien n'em-
pêche, même après la mort, quelques-unes d'exister encore,
et de continuer d’exister, pour donner lieu à de futures nais-
sances et à de D uve Mes morts. Dans l'hypothèse en effet
l'âme est chose assez forte pour faire face à ces naissances
répétées. Cependant, après avoir accordé cela, il se refuserait
ensuite à concéder qu’elle ne s’épuise pas dans ces multiples
naissances et qu’elle ne finit pas en somme par être radicale-
ment détruite dans l’une de ces morts. Or cette mort, cette
dissolution du corps qui porte à l’âme le coup fatal, il n'est
Socrate, puis réfuté par l’absurde l’argument de celui-ci. Son exposé
exige donc de Simmias autant d'attention que de Socrate.
1. Le flux héraclitéen n’est pas spécialement en cause ici; voir
remarques analogues Timée 43 a. L’Orphisme appelle le corps le
58 ΦΑΙΔΩΝ 87 ἃ
ἀπόλωλε πολλῶν ὄντων, τοῦ δὲ τελευταίου, οἶμαι, πρό-
τερος᾽ καὶ οὖδέν τι μᾶλλον τούτου ἕνεκα ἄνθρωπός ἐστιν
ἱματίου φαυλότερον οὐδ᾽ ἀσθενέστερον. Τὴν αὐτὴν δὲ
ταύτην, οἶμαι, εἰκόνα δέξαιτ᾽ ἂν ψυχὴ πρὸς σῶμα, καί τις
λέγων αὐτὰ ταῦτα περὶ αὐτῶν μέτρι᾽ ἄν μοι φαίνοιτο
λέγειν. ὡς ἧ μὲν ψυχὴ πολυχρόνιόν ἐστιν, τὸ δὲ σῶμα
ἀσθενέστερον καὶ ὀλιγοχρονιώτερον. ἀλλὰ γὰρ ἂν φαίη
ἑκάστην τῶν ψυχῶν πολλὰ σώματα κατατρίβειν, ἄλλως τε
κἂν πολλὰ ἔτη βιῷ (εἰ γὰρ ῥέοι τὸ σῶμα καὶ ἀπολλύοιτο ἔτι
ζῶντος τοῦ ἀνθρώπου, ἄλλ᾽ ἣ ψυχὴ ἀεὶ τὸ κατατριθόμενον
ἀνυφαίνοι) ἀναγκαῖον μεντἂν εἴη, ὅδιτότε ἀπολλύοιτο ἥ
Ψυχή, τὸ τελευταῖον ὕφοσμοι τυχεῖν αὐτὴν ἔχουσαν, καὶ
τούτου μόνου προτέραν ἄπόλλυσθαι᾽ ἀπολομένης δὲ τῆς
ψυχῆς, τότ᾽ ἤδη τὴν φύσιν τῆς ἀσθενείαις ἐπιδεικνύοι τὸ
σῶμα καὶ ταχὺ σαπὲν διοίχοιτο. “ὥστε τούτῳ τῷ λόγῳ
οὕπω ἄξιον πιστεύσαντοι θαρρεῖν ὥς, ἐπειδὰν ἀποθάνωμεν,
ἔτι που ἡμῶν ἡ ψυχὴ ἔστιν.
« Εἰ γάρ τις καὶ πλέον ἔτι τῷ λέγοντι ἢ ἃ σὺ λέγεις 88
συγχωρήσειεν, δοὺς αὐτῷ μὴ μόνον ἐν τῷ πρὶν καὶ γενέσθαι
ἡμᾶς χρόνῳ εἶναι ἡμῶν τὰς ψυχάς, ἀλλὰ μηδὲν κωλύειν,
καὶ ἐπειδὰν ἀποθάνωμεν, ἐνίων ἔτι εἶναι καὶ ἔσεσθαι καὶ
πολλάκις γενήσεσθαι καὶ ἀποθανεῖσθαι αὖθις (οὕτω γὰρ
αὐτὸ φύσει ἰσχυρὸν εἶναι, ὥστε πολλάκις γιγνομένην ψυχὴν
ἀντέχειν) δοὺς δὲ ταῦτα, ἐκεῖνο μηκέτι συγχωροῖ, μὴ où
πονεῖν αὐτὴν ἐν ταῖς πολλαῖς γενέσεσιν, καὶ τελευτῶσάν
γε ἔν τινι τῶν θανάτων παντάπασιν ἀπόλλυσθαι᾽ τοῦτον δὲ
τὸν θάνατον καὶ ταύτην τὴν διάλυσιν τοῦ σώματος ἣ τῇ
Cp
ἃ ἡ ταύτην B? (.. m.) : om. B || 5 αὐτῶν Β5 (τῶν 6χρ.): τ. αὐ. Β ||
6 μὲν ψυχὴ: du. TW || ἐστιν: -τι BWY || 9 κἂν B? (. m. sed de-
letum) : ai εἰ BY || βιῷ: βιῴη BWY || ἀπολλύοιτο T2 ( 5. u.):
ἀπόλυ. T (sic Tubingensis [CO] hic et e 2) || e 7 ἡμῶν à ψυχὴ : à
ψ, qu. ΤΥ || 88 4 τ ἢ: del. Schleiermacher et plures || 2 συγ-
χωρήσειεν : Evyy. -εἰε B? || ὃ τὰς ψυχάς : τὴν ψυχήν TW || ὁ ψυχὴν:
τὴν ψ. W || 7 ἐκεῖνο μηχέτι: 11. ἐχ. T || 8 γενέσεσιν : -σι Β5 (ν eras.)
WY {{0 τ ἣ: εἰ ΒΥ.
88b PHÉDON 53
personne, dirait-il, qui en soit instruit, car il est impossible
à quiconque parmi nous d'en avoir le sentiment. Mais, si la
chose est ainsi, il n’y ἃ pas d'homme chez qui son assurance
devant la mort soit justifiée et ne soit pas une assurance
déraisonnable, à moins qu'il ne soit en mesure de prouver que
l’âme est chose totalement immortelle et impérissable. Sinon,
de toute nécessité, celui qui va mourir doit toujours craindre
pour son âme que, dans l'instant où elle est disjointe du corps,
elle ne soit aussi détruite totalement. »
Tous, bien certainement, après les avoir
Une pause
dans le récit.
entendus parler, nous éprouvions un
sentiment de mauvaise humeur, ainsi
que plus tard nous nous le sommes mutuellement confié:
ce qui avait été dit jusqu'alors nous avait solidement con-
vaincus ; et les voilà, nous disions-nous, qui nous rejettent
dans notre inquiétude, qui nous précipitent dans l’incrédu-
lité, non pas seulementà l’égard des arguments déjà exposés,
mais d'avance envers ce qui se dira par la suite| Était-ce
complètement notre faute en outre d’avoir mal jugé? ou
n'était-ce pas la question elle-même qui ne comportait pas
de certitude?
ÉcHécraTte. — Pardieu ! Phédon, je vous pardonne bien!
Moi-même en effet, pendant que je t’écoute, voici presque le
langage que j'en viens à me tenir: « Quel est donc doréna-
« vant l'argument auquel nous nous fierons, puisqu'aussi
bien, malgré sa forme persuasive, l'argument exposé par
« Socrate vient à présent de s'effondrer dans l'incertitude ! »
C'est l'effet du merveilleux ascendant qu’exerce sur moi, à
présent comme en tout temps, la thèse d’après laquelle notre
âme est une harmonie. L’exposé de cette thèse m'a, pour
ainsi parler, fait ressouvenir qu’elle avait eu jusque-là mon
assentiment; et voici que, de nouveau, j'ai tout aussi grand
besoin qu’en commençant d’une autre raison, pour me con-
vaincre que notre mort ne s'accompagne pas de la mort de
notre âme! Dis-nous donc, au nom de Zeus, par quelle voie
Socrate a tâché de rattraper son argument! Se montrait-il,
lui, aucunement découragé, ainsi que tu le dis de vous autresὃ
ou bien au contraire ne se portait-il pas plutôt avec calme au
vêtement dont s’enveloppe l’âme (cf. Empédocle, fr. 126 Diels),
a ΦΑΊΔΩΝ | 88 Ὁ
ψυχῇ φέρει ὄλεθρον μηδένα pain εἰδέναι (ἀδύνοιτον γὰρ
εἶναι δτῳοῦν αἰσθέσθαι fuôv) εἰ δὲ τοῦτο οὕτως ἔχει, οὐ-
δενὶ προσήκει θάνατον θαρροῦντι μὴ οὐκ ἀνοήτως θαρρεῖν,
ὃς ἂν μὴ ἔχη ἀποδεῖξαι ὅτι ἔστι ψυχὴ παντάποισιν ἀἄθάνα-
τόν τε καὶ ἀνώλεθρον. Et δὲ μή, ἀνάγκην εἶναι ἀεὶ τὸν
μβέλλοντοι ἀποθανεῖσθαι δεδιέναι ὑπὲρ τῆς αὑτοῦ ψυχῆς μὴ
ἐν τῇ νῦν τοῦ σώματος διαζεύξει παντάτιασιν ἀπόληται.»
- #
ΓΠάντες οὖν, ἀκούσαντες εἰπόντων αὐτῶν, ἀηδῶς διετέ-
θημεν, ὡς ὕστερον ἐλέγομεν πρὸς ἀλλήλους, ὅτι ὕπὸ τοῦ
ἔμτιροσϑεν λόγου σφόδρα πεπεισμένους us πάλιν ἐδόκουν
ἄναταράξαι
>
καὶA zic ἀπιστίαν
DORE NS 1
καταβαλεῖν,
“-
où> μόνον
1
τοῖς
An
τιροειρημένοις λόγοις, ἀλλὰ καὶ εἰς τὰ ὕστερον μέλλονται
2 X
ῥηθήσεσθαι, μὴ οὐδενὸς ἄξιοι εἶμεν κριταὶ ἢ καὶ τὰ πράγ-
ε 7 L DÔ \ 2, 5: \ 3 \ A ΄
μᾶτα αὐτὰ ἄπιστα À.
EX. Νὴ τοὺς θεούς, ὦ Φαίδων, συγγνώμην γε ἔχω ὑμῖν.
Καὶ γὰρ αὖτόν με νῦν ἀκούσαντά σου τοιοῦτόν τι λέγειν
τιρὸς ἐμαυτὸν ἐπέρχεται"
x > \ 3 72 &
« Τί
Τίνι οὖν ἔτι πιατεύσομεν λόγρῳ,
3, FA 4 #
« ὡς γάρ, σφόδρα πιθανὸς dv ὃν ὃ Σωκράτης ἔλεγε λόγον,
« νῦν εἷς ἀπιστίαν καταπέτιτωκεν ; » Θαυμοιστῶς γάρ μου
ὃ λόγος οὗτος ἀντιλαμθδάνεται καὶ νῦν καὶ ἀεί, τὸ ἁρμονίαν
τινὰ ἡμῶν εἶναι τὴν ψυχήν. Kai ὥσπερ ὑπέμνησέ με ῥηθεὶς
ὅτι καὶ αὐτῷ μοι ταῦτα προυδέδοκτο, καὶ πάνυ δέομαι
πάλιν, ὥσπερ ξξ, ἀρχῆς, ἄλλου τινὸς λόγου ὅς με πείσει ὡς
τοῦ ἀποθανόντος où συναποθνήσκει ἣ ψυχή. Λέγε οὖν,
τιρὸς Διός. πῇ 6 Σωκράτης μετῆλθε τὸν λόγον : καὶ
πότερον κἀκεῖνος, ὥσπερ ὑμᾶς φής, ἔνδηλός τι ἐγένετο
ἀχθόμενος, ἢ οὔ, ἀλλὰ πράως ἐθοήθει τῷ λόγῳ ; À καὶ
b 3 αἰσθέσθαι: -άνεσθαι BWY || 4 προσήχει : -εἰν Stephanus ||
ἡ αὑτοῦ : ἕαυ. W || α 2 πάλιν : -λαι BWY || ἡ ὕστερον: -ρα
BW? (a 5. u.) YŸ || 5 εἰμεν Bekker: εἴημεν Β5 (εἴη s. u,) TW
ἡμεν BY || 6 αὐτὰ B2(s. u.): om. BT || 3: εἴη Heindorf || 8 αὐτόν :
5 JTE Cu 0 , 2
ad. BY || d 1 πιστεύσομεν : -cwue, © || 9 ὡς: ὁ Steph. Heindorf
(Λόγον om.) zat Richards Wilamowitz ibid. 348 || 3 χαταπέπτωκεν :
-χε WY || 6 αὐτῷ: αὖ. BY || e 1 1: om. T 23: à Τ ἢ B2WY
om. cum Vatic. 225 Heindorf χαὶ et codex quidam.
HARAS
88e PHÉDON 54
secours de la preuve? Et ce secours, fut-il efficace ou insuf-
fisant? Raconte-nous tout par Le menu, avec toute l'exactitude
dont tu seras capable.
Ῥπέρον. — En vérité, Échécrate, maintes fois je me suis
émerveillé de Socrate, mais jamais je n'ai ressenti pour lui
plus d’admiration que dans ces heures que j’ai passées à son
89 côté. Qu'un homme comme lui ait été à même de répondre,
la chose n’a sans doute rien d’extraordinaire. Mais ce que,
pour moi, 16 trouvait de sa part merveilleux au dernier
point, ce fut d’abord la bonne grâce, la bienveillance, l'air
admiratif dont il accueillit les objections de ces jeunes hommes ;
puis la pénétration avec laquelle 1] se rendit compte de l’effet
qu'avaient produit sur nous leurs arguments ; enfin, comme
il sut bien nous guérir ! Nous étions pareils à des fuyards, à
des vaincus: sa voix nous rappela en avant; il nous fit faire
demi-tour, pour reprendre sous sa conduite et avec lui l’exa-
men de l'argument.
ÉcxécraTEe. — Et comment cela?
PHépon. — Je vais te le raconter. Sache
Phédon reprend.
que je me trouvais alors à sa droite,
assis contre son lit sur un tabouret, et qu’il me dominait de
beaucoup. Il se mit donc à me caresser la tête, pressant dans
sa main les cheveux qui flottaient sur mon cou ; c'était en effet
sa coutume de me plaisanter à l’occasion sur ma chevelure‘.
« Ainsi, c'est demain, Phédon, me dit-il, que tu feras, je
pense, tondre cette superbe chevelure? — Comme de raison,
Socrate ! répondis-je. — Non ! au moins si tu m'en crois. —
Explique toi ! fis-je. — C'est aujourd'hui même, dit-il, moi
pour la mienne et toi pour celle-ci, s’il est vrai que pour
nous ce jour soit justement le dernier de notre argument, et
que nous soyons incapables de lui rendre la vie?! Pour ma
part, à ta place et si l'argument me fuyait ainsi des mains,
je m’engagerais par serment, à la façon des Argiens, à ne lis
porter pareille chevelure avant d’avoir eu, dans de nouveaux
combats, la victoire sur l'argumentation de Simmias aussi
. L’habitude de Socrate est, non de jouer (comme on traduit) avec
ἰω.ΚΠ ΤΕ de Phédon, comme d’un bien-aimé, mais de le railler sur
sa toison de Pélbohéien: une étrangeté à Athènes (Notice, p. x).
La mort de Socrate n’est rien, et ce n’est pas demain le vrai deuil.
54 ΦΑΙΔΩΝ \ 88 6
ἱκανῶς ἐθοήθησεν ἢ ἐνδεῶς ; ΓΙάντα iuîv δίελθε ὡς δύνασαι
ἀκριθέστατα. |
PAIA. Kai μήν, ὦ ᾿Ἐχέκρατες, πολλάκις θαυμάσας
Σωκράτη, οὐ πώποτε μᾶλλον ἠγάσθην ἢ τότε παραγε-
νόμενος. Τὸ μὲν οὖν ἔχειν ὅτι λέγοι ἐκεῖνος, ἴσως οὐδὲν 89
ἄτοπον ἀλλὰ ἔγωγε μάλιστα ἐθαύμασα αὐτοῦ πρῶτον μὲν
τοῦτο, ὡς ἡδέως καὶ εὐμενῶς καὶ ἀγαμένως τῶν νεανίσκων
τὸν λόγον ἀπεδέξατο, ἔπειτοι ἡμῶν ὡς ὀξέως ἤσθετοὃ
πετιόνθειμεν ὕπὸ τῶν λόγων, ἔπειτα ὧς εὖ Aus ἰάσατο᾽
καὶ ὥσπερ πεφευγότας καὶ ἧἥττημένους ἀνεκαλέσατο
καὶ προύτρεψε πρὸς τὸ παρέτπεσθαί τε καὶ συσκοπεῖν. τὸν
λόγον.
EX. Πῶς δή;
ΦΑΙΔ. ᾿Εγὼ ἐρῶ. "Ἔτυχον γὰρ ἐν δεξιᾷ αὐτοῦ καθή-
μενος παρὰ τὴν κλίνην ἐπὶ χαμαιζήλου τινός, ὃ δὲ ἐπὶ b
πολὺ ὑψηλοτέρου ἢ ἐγώ. Καταψήσας οὖν μου τὴν κεφαλὴν
καὶ ξυμπιέσας τὰς ἐπὶ τῷ αὐχένι τρίχας {εἰώθει γάρ, διτότε
τύχοι, παίζειν μου εἷς τὰς τρίχας)"
« Αὔριον δή, ἔφη, ἴσως, ὦ Φαίδων, τὰς καλὰς ταύτας
κόμας ἀποκερεῖ ; --- Ἔοικεν, ἦν δ᾽ ἐγώ, ὦ Σώκρατες. —
Οὔκ, ἄν γε ἐμοὶ πείθῃ. --- ᾿Αλλὰ τί ; ἦν δ᾽ ἐγώ. ---- Τήμερον,
ἔφη, κἀγὼ τὰς ἐμὰς καὶ σὺ ταύτας, ἐάνπερ γε ἣμῖν ὃ λόγος
τελευτήση καὶ μὴ δυνώμεθα αὐτὸν ἀναθιώσασθαι. Kai
ἔγωγ᾽ ἄν, εἰ σὺ εἴην καί με διαφεύγοι ὃ λόγος, ἔνορκον ἂν
ποιησαίμην, ὥσπερ ᾿Αργεῖοι, μὴ πρότερον κομήσειν, πρὶν
ἂν νικήσω ἀναμαχόμενος τὸν Σιμμίου τε καὶ Ké6ntoc
λόγον. — ‘AA, ἣν Ô ἐγώ, πρὸς δύο λέγεται οὐδ᾽ ὃ
e 0 τότε ΒΥ (το et τ 5. u.): ποτε BY || 89 à 2 ἀλλὰ : ἀλλ᾽ ΤΥ.
[| 5 πεπόνθειμεν : ᾿πεπόνθεμεν Burnet || 7 προύτρεψε : -εν BTW ||συσχο-
πεῖν : ξυνσ. B Evo. B? (ν eras.) TWY || τὸ χαθήμενος : ante ἐν
δεξίᾳ TW || b2 πολὺ : πολλῷ B?(i. m.)T || 5 ταύτας B2 (1. m.):
om. B || 6 ἀποχερεῖ: -ÿ B?(n 5. u.) WY || 9 γε ἐμοὶ : ἔμοιγε W |
ὃ κἀγὼ : χαὶ ἐγὼ TW || ο δυνώμεθα. B? (w 5. u.) (et Thom. M.):
τάμεθα BY || © 1 διαφεύγο! : -φύγοι B? (us. u.) TW || 8 ἀναμαχόμενος
T2 (&. τὰ): om. T || 4 λέγετα! : ante οἷός τε B? (transp.) TW.
89c PHÉDON 55
bien que de Cébès! — Mais contre deux, repris-je, Hercule
lui-même, à ce qu'on dit, n’est pas de forces ! — Eh bien! dit
Socrate, me voici: je suis Tolaos! Appelle-moi àà la rescousse
tant qu'il fait encore jour. — Bon, je t'appelle! fis-je. Seule-
ment, je ne suis point Hercule, et c'est à Hercule que lolaos
demande secours!
— C’est indifférent pour la suite, dit-il.
La misologie.
Mais, avant tout, prenons bien garde à
un accident qui pourrait nous arriver! — Et lequel?
m'écriai-je. — C’est, reprit-il, de devenir des « misologues »,
comme il y en a qui ἢν νῶν « misanthropes ». Ïl n'est
pas possible en effet, ajouta Socrate, qu'il arrive à quelqu'un
pire accident que de prendre en haine les raisonnements. Or
c'est dans les mêmes conditions que se produisent, et la
« misologie », et la « misanthropie ». D'où vient en effet que
s’insinue en nous la « misanthropie » ? De ce qu’on a mis en
quelqu'un une robuste confiance, sans s’y connaître; de ce
qu'on admet chez l’homme en question une nature entière-
ment franche, saine, loyale ;puis de ce qu'un peu plus tard
on en vient à découvrir qu'il est aussi pervers que déloyal,
et derechef que c’est un autre homme ; quand on est maintes
fois passé par cette épreuve, τ 1 par la faute de
ceux qu on pouvait considérer comme ses plus intimes et ses
meilleurs amis, on finit, après tant et tant de froissements,
par prendre en haine tout ce qui est homme, par estimer que
rien de rien n'y est sain, sans exception. Ou bien jamais
n’as-tu observé que c’est ce qui se produit ? — Hé! fis-je,
c'est absolument cela. — N'est-il pas vrai que c’est mal agirὃ
qu'évidemment, en se conduisant ainsi, on avait, sans s'y
connaître dans les questions qui concernent l’homme, la pré-
tention d’user des hommes? Sans doute en eflet, si on en
usait en connaissance de cause et comme le comporte l’objet,
alors on estimerait que, bons ou méchants, ceux qui le sont
90 tout à fait sont en petit nombre les uns comme les autres,
tandis que l’entredeux, c’est la majorité. — Comment l’en-
!
/
N'ayant pu reprendre Thyréa aux Spartiates, les Argiens avaient
juré de rester tondus jusqu’au jour de la revanche (Hérodote I, 82).
1. Proverbe : engagé dans la lutte contre l’Hydre, Hercule est
attaqué par un crabe monstrueux, envoyé par Hèra qui exècre le fils
55 . DAIAQN 89 ὁ
Ἡρακλῆς οἷός τε εἶναι. --- ᾿Αλλὰ καὶ ἐμέ, ἔφη, τὸν ᾿ἰόλεων
παρακάλει, ἕως ἔτι φῶς ἐστιν. — Παρακαλῶ τοίνυν,
ἔφην, οὐχ ὧς ‘HparAñc, ἀλλ᾽ ὥς ᾿Ιόλεως τὸν Ἥ ρακλῆ.
- Οὐδὲν διοίσει, ἔφη. ᾿Αλλὰ πρῶτον εὐλαθηϑῶμέν τι
πάθος μὴ πάθωμεν. -- Τὸ ποῖον : ἦν δ᾽ ἐγώ. -- Μὴ
γενώμεθα, ἧἣ Ô ὅς, μισόλογοι, ὥσπερ οἱ μισάνθρωποι
, ΄ nie ΕἸ 27 2 € 2 n ΄
γιγνόμενοι: ὡς οὐκ ἔστιν, ἔφη, ὅτι ἄν τις μεῖζον τούτου
κακὸν πάθοι ἢ λόγους μισῆσας. Γίγνεται δὲ ἐκ τοῦ αὐτοῦ
τρόπου
L4
μισολογία τε καὶ μισανθρωπία.
LA À 4 4 -
“Ἢ τε γὰρ μισαν-
é A
θρωπία ἐνδύεται ἐκ τοῦ σφόδρα τινὶ πιστεῦσαι ἄνευ τέχνης,
καὶ ἡγήσασθαι παντάπασί γε ἀληθῆ εἶναι καὶ ὑγιῆ καὶ
πιστὸν τὸν ἄνθρωπον, ἔπειτα ὀλίγον ὕστερον εὑρεῖν τοῦτον
πονηρόν τε καὶ ἄπιστον, καὶ αὖθις ἕτερον᾽ καὶ, ὅταν
τοῦτο πολλάκις πάθῃ τις καὶ ὑπὸ τούτων μάλιστα οὕς ἂν
ἡγήσαιτο οἰκειοτάτους τε καὶ ἑταιροτάτους, τελευτῶν δὴ
θαμὰ προσκρούων μισεῖ τε πάντας καὶ ἡγεῖται οὐδενὸς
οὐδὲν ὑγιὲς εἶναι τὸ παράπαν. "ΓΙ οὐκ ἤσθησαι σύ Ta
τοῦτο γιγνόμενον : --- Πάνυ γε, ἦν δ᾽ ἐγώ. .--- Οὐκοῦν, À δ᾽
ὅς,
Φ
αἰσχρόν,
3 1
καὶ\ δῆλον
Las
ὅτι ἄνευ
cr 3, 4
τέχνης
7
τῆς
A
περὶ\
τἀἄνθρώπεια ὃ τοιοῦτος χρῆσθαι 'ξἐπεχείρει τοῖς ἀνθρώποις;
Εἰ γάρ που μετὰ τέχνης ἐχρῆτο ὥσπερ ἔχει, οὕτως ἂν
ἡγήσατο τοὺς μὲν χρηστοὺς καὶ πονηροὺς σφόδρα ὀλίγους
εἶναι ἑκατέρους, τοὺς δὲ μεταξὺ πλείστους. -- Πῶς 90
λέγεις ; ἔφην ἐγώ. — -Ὥστπιερ, À δ᾽ ὅς, περὶ τῶν σφόδρα
σμικρῶν
Ζὰ
καὶ
LRO
μεγάλων᾽
1,7 τ
οἴει
2)
τι σπανιώτερον
Ἵ
εἶναι
Le)
ἢEX σφόδρα
΄
co cet W || Ὁ ἔστιν : -τὶ W || τοίνυν ἔφην : ἕξ. τ. T || ὡς : ὡς
0 T || 8 éon : om. T πρῶτον: x. μὲν Stob. || +: (et Stob.): τί
TW || d ὁ παντάπασί :-oiv T || ye (ex em. B ὃ) : τε Stob. || 7 πιστὸν :
x. ὄντα Stob. || e 2 τὸ παράπαν: om. Stob. || σύ πω Hermann:
σὺ BY Stob. χαί συ γρ. W οὔπω TW || ἡ αἰσχρόν : secl. Schanz
Il 5 τἀνθρώπεια : τὰ ἀνθ. TW Stob. || ἐπεχείρει Stob. : ἐπιχειρεῖ
codd. || ἀνθρώποις (et Stob.) : -πείοις BY || 6 οὕτως : οὗτος Stoba,
IL 7 ἡγήσατο (et Stob.) : -σαιτο B? TY || 90 ἃ : μεταξὺ : μ.
τούτων Stob. μ. τοὺς Stobn, | 2 ἔφην : ἣν à TW || 3 σμιχρῶν:
ux. TW.
90a PHÉDON 56
tends- tu ὃdemandai-je. — Comme s’il s'agissait, répondit-il,
du tout à fait petit et du tout à fait grand: crois-tu qu’il y
ait chose plus rare que de rencontrer du tout à fait grand ou
du tout à fait petit, dans l’homme ou dans le chien ou en
n'importe quoi d'autre? Aussi bien, d’ailleurs, pour le fait
d’être rapide ou lent, d’être laid ou beau, d’être blanc ou
bien noir ?Ou plutôt, n’as-tu point observé que dans toutes
les qualités de ce genre les extrêmes, à/chaque bout opposé,
sont rares et peu nombreux, et qu’au contraire dans l’entre-
deux 1] y a toute la multitude qu’on peut souhaiter ? — Hé!
fis-je, absolument !— N'est-ce pas ton avis, dit-il, que, si la
méchanceté était matière à concours, il y aurait infiniment
peu de gens, là aussi, qui se révéleraient du premier mériteὃ
— C'est au moins vraisemblable, répondis-je. — Vraisem-
blable en effet, dit-il.
« Ce n’est pas toutefois de ce côté-là qu'il y ἃ de la res-
semblance entre les raisonnements et l'humanité ! Mais tu
ouvrais la marche, et je n’ai fait que te suivre‘... Non, c’est
plutôt de celui-ci : on a mis sa confiance dans la vérité d’un
raisonnement, sans sy connaïtre en matière de raisonne-
ments; puis, voilà qu'un peu plus tard on le juge faux, ce
que parfois il est, mais parfois aussi n’est pas ; et derechef
autrement, et encore autrement. Dès lors c’est surtout à ceux
dont le temps se passe à raisonner pour et contre, qu'il
arrive, tu le sais bien, de s’imaginer enfin que, parvenus au
PA Lle de la sagesse, ἣν sont les seuls à avoir reconnu qu'il
n'existe, dans les choses pas plus que dans les raisonnements,
rien de rien qui soit sain n1 davantage stable; toute la réalité
étant au contraire tout bonnement dans une manière d’'Euripe,
remontant et redescendant tour à tour le courant, sans aucun
moment de repos, en aucun point que ce soit ?. — Rien assu-
rément de plus vrai, dis-je. — Par suite, dit-il, ce serait un
accident déplorable, Phédon, s’il est certain qu'il existe un
raisonnement qui est vrai, stable et qu’on peut reconnaitre
pour tel, qu’après, et sous prétexte qu’on en rencontre d’autres
à côté ainsi faits que, sans changer, 115 soient tantôt jugés
d’Alcmène ; Iolaos, neveu du héros, lui vient par bonheur en aide.
1. L'ironie est évidente ; mais des deux côtés la source du mal est
la même : faute de méthode on se jette d’un extrême à l’autre.
La Sophistique se lie au scepticisme logique des Héraclitéens
56 PATAON 90 ἃ
μέγαν ἢ σφόδρα. σμικρὸν ἐξευρεῖν ἄνθρωπον ἢ κύναἢ ἄλλο
δτιοῦν ; ἢ αὖ ταχὺν ἢ βραδὺν ἢ αἰσχρὸν ἢ καλὸν ἢ λευκὸν
ἢ μέλανα ; ἢ οὐκ ἤσθησαι ὅτι πάντων τῶν τοιούτων τὰ μὲν
ἄκρα τῶν ἐσχάτων σπάνια καὶ ὀλίγα, τὰ δὲ μεταξὺ ἄφθονα
καὶ πολλά ; -- Πάνυ γε, ἦν δ᾽ ἐγώ. --- Οὐκοῦν οἴει, ἔφη,
εἰ πονηρίας ἀγὼν προτεθείη, πάνυ ἂν ὀλίγους καὶ ἐνταῦθοι
τοὺς πρώτους φανῆναι ; --- Εἶκός γε, ἦν δ᾽ ἐγώ. — Εἰκὸς
γάρ, ἔφη.
᾿Αλλὰ ταύτῃ μὲν οὐχ ὅμοιοι ot λόγοι τοῖς ἀνθρώποις,
ἀλλὰ σοῦ νῦν δὴ προάγοντος ἐγὼ ἐφεσπόμην, ἀλλ᾽ ἐκείνη
ἣ, ἐπειδάν τις πιστεύσῃ λόγῳ τινὶ ἀληθεῖ εἶναι ἄνευ τῆς
πιερὶ τοὺς λόγους τέχνης, κἄπειτα ὄλίγον ὕστερον αὐτῷ
δόξη ψευδὴς εἶναι, ἐνίοτε μὲν ὦν, ἐνίοτε δ᾽ οὐκ ὧν, καὶ
αὖθις ἕτερος καὶ ἕτερος᾽ καὶ μάλιστα δὴ οἱ περὶ τοὺς
ἀντιλογικοὺς λόγους διατρίψαντες οἶσθ᾽ ὅτι τελευτῶντες
οἴονται σοφώτατοι γεγονέναι καὶ κατανενοήκέναι μόνοι ὅτι
οὔτε τῶν πραγμάτων οὐδενὸς οὐδὲν ὑγιὲς οὐδὲ βέθαιον,
οὔτε τῶν λόγων, ἄλλὰ πάντα τὰ ὄντα ἀτεχνῶς ὥσπερ ἐν
Εὐρίπῳ ἄνω κάτω στρέφεται καὶ χρόνον οὐδένα ἐν οὐδενὶ
μένει. — Πάνυ μὲν οὖν, ἔφην ἐγώ, ἀληθῆ λέγεις. —
Οὐκοῦν, ὦ Φαίδων, ἔφη, οἰκτρὸν ἂν εἴη τὸ πάθος εἶ, ὄντος
δή τινος ἀληθοῦς καὶ βεθδαίου λόγου καὶ δυνατοῦ κοιτα-
νοῆσαι, ἔπειτα διὰ τὸ παραγίγνεσθαι τοιούτοις τισὶ λόγοις,
τοῖς αὐτοῖς, τοτὲ μὲν δοκοῦσιν ἀληθέσιν εἶναι, τοτὲ δὲ μή,
μὴ ξἕαυτόν τις αἰτιῷτο μηδὲ τὴν ἑαυτοῦ ἀτεχνίαν, ἀλλὰ
a ἡ μέγαν: -αΥ || σμιχρὸν B? ( s. u.): x. BTW |] ἄλλο ὁτιοῦν:
-ό τι οὖν T ἀλλ᾽ὃ 5 αἰσχρὸν ἢ χαλὸν : x. ἢ αἱ. TW || 6 οὐκ:
-ὶ TW ||ὃ πόνυ... τ 2 φανῆναι Υ (1. m.) : om. Υ ||yes: om. WY? ||
b27e W:GBTY | 4ἡ ἀνθρώποις : a. εἰσίν TW || 5 ἐφεσπόμην Β2
(ύ 1. m.): -ποίμην BWY I 6 ἢ : secl. Madvig |] ἀληθεῖ W? (em.):
τ W ||7 ὀλίγον àὕστερον: Ü. ὁ. TW || ὃ G0ën: -e W || © 2 καὶ : ve
. BY || 4 οὔτε τῶν λύγων : add. οὐδὲν τῶν ὄντων 1. m. Β5, sed
μι deleta |}τὰ ΒΣ (s. u.) : om. BT || 5 κάτω : xat x. BY || 7 ἔφη:
B? (exp.) om. W || ὃ δή: γε TW || ἃ τ τοιούτοις τισὶ Paris. 1813
(G): -σὶ τ. T (τισὶ exp.) -σὶ BWY || ἃ ἀληθέσιν εἶναι : -θὴ λέγειν
εἷ. ΤΊ] μή, μὴ Τ2 (. m.): μὴ ΤΊ] 8 ze: om. W.
|
90d PHÉDON sat
vrais et tantôt non, on aille refuser de s’en prendre à soi-.
même et à son incompétence! Finalement au contraire,
comme on en souffre, ce serait une joie de détourner de soi
cette faute pour la repousser sur les raisonnements! Ainsi,
désormais on passerait le restant de sa vie à détester les rai-
sonnements, à les outrager ; ce qui d'autre part nous prive-
rait de ce qui dans les êtres est un objet vrai du savoir. —
Oui, par Zeus ! m'’écriai-je ;ce serait assurément un accident
déplorable.
— Voilà donc, dit-il, contre quoi nous devons commencer
par nous mettre en garde : n'allons pas donner en notre
âme accès à cette idée que peut-être dans les raisonnements
il n'y a rien qui soit sain; mais beaucoup plutôt à celle-ci,
que c'est notre manière d'être à nous qui n’est pas saine
encore ; que c'est nous plutôt qui devons, en hommes, mettre
notre cœur à nous comporter sainement : toi comme à
autres en vue de la vie, de toute la vie qui doit suivre;
94 mails moi en vuc FA AU de la mort, moi qui suis exp,
dans le moment où c’est d’elle seule qu'il s’agit, à me com-
porter non pas en homme qui aspire à être sage, mais à la
façon de ceux à qui la culture fait totalement défaut et
en homme qui aspire à avoir le dessus ! Vois ces gens-là en
train de discuter quelque problème : le sens vrai de ce dont
on parle, ils n’en ont cure ; mais faire adopter par les assis-
tants leurs thèses personnelles, voilà ce qu'ils ont à cœur.
Et mon avis est qu'entre eux et moi, ce sera dans le cas pré-
sent toute la différence, et la seule. C’est que mon but n'est pas
de faire accepter pour vrai par les assistants le langage que
je tiens (ce que je n'aurai à cœur que par surcroît), mais
de juger-moi-même, le plus possible, qu'il a ce caractère‘.
Voici, cher Se quel est mon calcul : regarde
comme j'y gagne ! La vérité est-elle, d'aventure, en ce que
je dis? Quelle bonne affaire certes d’en avoir acquis la
conviction ! Si au contraire il n’y a rien après le trépas, eh
bien ! alors, pendant le temps au moins qui justement précède
la mort, je n'ennuierai point de mes lamentations ceux qui
sont auprès de moi. Au reste je n'aurai pas bien longtemps
(Crat. 386, hho a-c; Théétlète 179 6 sqq.). — Entre la Béotie et
l’Eubée, le détroit d’Euripe change chaque jour sept fois de courant.
1. La dialectique n’est pas un art de disputer ou de persuader. Le
δ7 | ΦΑΙΔΩΝ 90d
τελευτῶν διὰ τὸ ἀλγεῖν ἅσμενος ἐπὶ τοὺς λόγους ἂφ᾽
ξαυτοῦ τὴν αἰτίαν ἀπώσαιτο᾽ καὶ ἤδη τὸν λοιπὸν βίον
μισῶν τε καὶ λοιδορῶν τοὺς λόγους διατελοῖ, τῶν δὲ ὄντων
τῆς ἀληθείας τε καὶ ἐπιστήμης στερηθείη. --- Νὴ τὸν Δία,
ἦν δ᾽ ἐγώ, οἰκτρὸν δῆτα.
— Πρῶτον μὲν τοίνυν, ἔφη, τοῦτο εὐλαθηϑῶμεν, καὶ μὴ
παρίωμεν εἷς τὴν ψυχὴν ὡς τῶν λόγων κινδυνεύει οὐδὲν
ὑγιὲς εἶναι, ἀλλὰ πολὺ μᾶλλον ὅτι ἥμεϊῖς οὔπω ὑγιῶς
ἔχομεν, ἀλλὰ ἀνδριστέον καὶ προθυμητέον ὑγιῶς ἔχειν, σοὶ
μὲν οὖν καὶ τοῖς ἄλλοις καὶ τοῦ ἔπειτα βίου παντὸς
ἕνεκα, ἐμοὶ δὲ αὐτοῦ ἕνεκα τοῦ θανάτου, ὡς κινδυνεύω 91
ἔγωγε ἐν τῷ παρόντι περὶ αὐτοῦ τούτου οὐ φιλοσόφως
ἔχειν ἀλλ᾽, ὥσπερ οἵ πάνυ ἀπαίδευτοι, φιλονίκως. Καὶ γὰρ
ἐκεῖνοι, ὅταν περί του ἀμφισθητῶσιν, ὅπῃ μὲν ἔχει περὶ
ὧν ἂν ὃ λόγοςἧ, où φροντίζουσιν, ὅπως δὲ ἃ αὐτοὶ ἔθεντο
ταῦτα δόξει τοῖς παροῦσιν, τοῦτο προθυμοῦνται. Kai ἐγώ
μοι δοκῶ ἐν τῷ παρόντι τοσοῦτον μόνον ἐκείνων διοίσειν᾽
où γὰρ ὅπως τοῖς παροῦσιν à ἐγὼ λέγω δόξει ἀληθῆ εἶναι
προθυμήσομαι, εἰ μὴ εἴη πάρεργον, ἄλλ᾽ ὅπως αὐτῷ ἐμοὶ
ὅτι μάλιστα δόξει οὕτως ἔχειν. Λογίζομαι γάρ, ὦ φίλε
étape (θέασαι ὡς πλεονεκτικῶς), εἶ μὲν τυγχάνει ἀληθῆ
ὄντα ἃ λέγω, καλῶς δὴ ἔχει τὸ πεισθῆναι" εἰ δὲ μηδέν ἐστι
τελευτήσαντι, ἄλλ᾽ οὖν τοῦτόν γε τὸν χρόνον αὐτὸν τὸν πρὸ
τοῦ θανάτου ἧττον τοῖς παροῦσιν ἀηδὴς ἔσομαι ὀδυρό-
μενος, ἣ δὲ διάνοιά μοι αὕτη οὐ ξυνδιατελεῖ (κακὸν γὰρ
ς ᾿ L4 δ, LEA 2 ΄ τ A
ἃ 5 ἑαυτοῦ : ab. TW || 6 τοὺς λόγους B? (1. m.): om. B || διατε-
hot: -λῷ (Ὁ) B -λῶν B? (em.) Y || δὲ ὄντων Fischer : τε 0. Stepha-
nus δεόντων codd. || ὃ οἰχτρὸν : ὡς ot. B? (5. u.) Y || 9 εὐλαδηθῶ-
μεν W? (s. u.): -6ntéov ΒΞ Gi. m.) W {|| e 1 οὐδὲν : iterum W ||
3 ἀλλὰ: ἀλλ᾽ TW || 94 ἃ 2 ἔγωγε : ἐγὼ Stobn, || 3 φιλονίκως Burnet :
-νείχκως BWY Stob. -νεικῶσιν T (sed :v exp. et eras.) || 4 ἀμφισδητῶσιν
(et Stob.): -τήσωσιν TW || 6 παροῦσιν : -σι ΒΞ (v eras.) TWY || 8 (et
b 1) δόξει B°? : -n B (sed -εἰ ἃ 6) W [[ 9 προθυμήσομαι : -μηθήσομαι B
[| b 2 θέασαι : χαὶ 0. B? (5. u.) Y || ὡς : ὥσπερ W {| μὲν : u. γὰρ Β5
(6. u.) || 4 γε B (em. 9): δὲ Υ || 6 διάνοιά : ἄνοιά T'WB?Y? (. m.)
ἄγνοιά Fischer.
94b PHÉDON 58
à méditer là-dessus (ce serait malheureux en effet !); encore
un peu de temps et ce sera fini. Me voilà donc préparé,
dit-il : c'est dans cet état d'esprit, Simmias et toi Cébès,
que j'aborde la discussion. Quant à vous, faites à Socrate,
si m'en croyez, petite place en votre souci et bien plus
grande à la Vérité ! Votre sentiment est-1l que je suis dans le
vrai? alors, tombez-en d'accord avec moi; n’en est-il pas
ainsi? tendez contre moi toutes vos raisons. Attention que
mon zèle ne nous abuse tous ensemble, vous et moi, et que
je ne m'en aille, telle l'abeille, laissant en vous l’aiguillon!
Rétons αν « Sur ce, dit-il, en avant! Rappelez-moi
aux théories d’abord ce que vous disiez, sil vous
de Simmias et de arrive de voir que je ne m'en souviens
Gébès. pas. Pour Simmias ce qui en effet, sauf
erreur de ma part, est l’objet de son doute et de ses craintes,
c'est que l’âme, tout en étant quelque chose de plus divin et
de plus beau que le corps, ne soit détruite avant lui, parce
qu’elle en est une espèce d'harmonie. Quant à Cébès, 1] m'a,
selon moi, concédé ceci, que l’âme est en tout cas quelque
chose de plus durable que le corps ;mais 1] ajoute que c’est une
chose obscure pour tout le monde, de savoir si l’âme, après
avoir nombre de fois usé nombre de corps, n’est pas, en aban-
donnant le dernier, détruite elle-même à ce moment, et si
mourir n’est pas précisément cela, la destruction de l’âme,
puisque le corps, lui, n'arrête absolument jamais dese détruire.
N'est-ce pas cela même, sans plus, Simmias et toi, Cébès,
que nous avons à examiner? » Tous deux tombèrent d'accord
que c'était bien cela. « Est-ce par suite, dit Socrate, l'en-
semble des arguments précédents que vous SPAS d’ dote
ou bien les uns, mais non les autres? — C'est, répondirent-
ils en chœur, les uns, mais non les autres !. — Que dites-
vous donc, reprit-il, de cet argument qui consistait à pré-
tendre que s’instruire c’est se ressouvenir et que, s'il en est
ainsi, c’est une nécessité pour notre àme d'exister quelque
autre part, avant d’être enchaînée dans le corps? — Pour
but étant la vérité, il peut être atteint dans le dialogue intérieur
(Théét. 189 e) et par l’accord avec soi seul (ici 100 de; cf. Charm.
166 c-e, Théét. 154 de, et aussi Lois X, 893 a). Voir Notice, p. xvr.
1. C'est un principe fondamental de la méthode qu'avant d’exa-
58 ΦΑΙΔΩΝ 91b
ἂν ἦν), ἀλλ᾽ ὀλίγον ὕστερον ἀπολεῖται. Π αρεσκευασμένος
δή, ἔφη, ὦ Σιμμία τε καὶ ἰζέθης, οὑτωσὶ ἔρχομαι ἐπὶ τὸν
λόγον. Ὑμεῖς μέντοι, ἂν ἐμοὶ πείθησθε, σμικρὸν φρον-
τίσαντες Σωκράτους, τῆς δὲ ἀληθείας πολὺ μᾶλλον, ἐὰν
μέν τι ὑμῖν δοκῶ ἀληθὲς λέγειν, συνομολογήσατε, εἶ δὲ μή,
παντὶ λόγῳ ἀντιτείνετε, εὐλαθούμενοι ὅπως μὴ ἐγώ, ὕπὸ
προθυμίας ἅμα ἐμαυτόν τε καὶ ὑμᾶς ἐξαπατήσας, ὥσπερ
μέλιττα τὸ κέντρον ἐγκαταλιπὼν οἰχήσομαι.
« ᾿Αλλ᾽ ἰτέον, ἔφη. Πρῶτόν με ὑπομνήσατε ἃ ἐλέγετε, ει 5
ἐὰν μὴ φαίνωμαι μεμνημένος. Σιμμίας μὲν γάρ,ὧς ἐγῷμαι,
ἀπιστεῖ τε καὶ φοθεῖται μὴ ἣ ψυχὴ ὅμως καὶ θειότερον
καὶ κάλλιον ὃν τοῦ σώματος προαπολλύηται, ἐν ἁρμονίας
εἴδει οὖσα K£ônc δέ μοι ἔδοξε τοῦτο μὲν ἐμοὶ ξυγχωρεῖν,
πολυχρονιώτερόν γε εἶναι ψυχὴν σώματος, ἀλλὰ τόδε
ἄδηλον παντί, μὴ. πολλὰ δὴ σώματα καὶ πολλάκις κατα-
τρίψασα ἣ ψυχὴ τὸ τελευταῖον σῶμα καιταλιτοῦσα νῦν
αὐτὴ ἀπολλύηται, καὶ ἦ αὐτὸ τοῦτο θάνατος, ψυχῆς ὄλε-
Bpoc, ἐπεὶ σῶμά γε ἀεὶ ἀπολλύμενον οὐδὲν παύεται. © Apa
ἄλλ᾽ ἢ ταῦτ᾽ ἐστίν, ὦ Σιμμία τε καὶ Κέβης, ἃ δεῖ ἡμᾶς
ἐπισκοπεῖσθαι :;» Συνωμολογείτην δὴ ταῦτ᾽ εἶναι ἄμφω.
« Πότερον οὖν, ἔφη, πάντας τοὺς ἔμπροσθε λόγους οὐκ
ἀποδέχεσθε, ἢ τοὺς μέν, τοὺς δ᾽ οὔ : — Τοὺς μέν, ἐφάτην,
τοὺς δ᾽ οὔ. --- Τί οὖν, ἢ δ᾽ ὅς, περὶ ἐκείνου τοῦ λόγου
λέγετε ἐν ᾧ ἔφαμεν τὴν μάθησιν ἀνάμνησιν εἶναι, καὶ
τούτου οὕτως ἔχοντος ἀναγκαίως ἔχειν ἄλλοθι πρότερον
Ὁ 8 δή: μὲν δή Β5 (5. u.) ΤΥ || 9 ἂν : ἐὰν W ||συιχρὸν : puxo. ΤΥ ||
© 2 μὲν τι: μ. τοι W || ἀληθὲς λέγειν : À. ἀ, Τ ||συνομολογήσατε : ξυν.
BT2 (ξ 5. u.) WY || ὃ εὐλαδούμενοι B? (1. m.): om. Β || 7 γάρ : om.
ΤῊ ὡς ἐγῷμαι ΥΥ2 (8. u.) : om. W || ἃ τ χάλλιον : -ἰιστον W [| ὃ
νῦν : post ψυχὴ T || 7 γε : γ᾽ ΤῊΝ || ἄρα ἄλλ᾽ ἢ ΒΞ (. m.): ἀ. ἄ. ἢ
B (ut uid.) Y ἀρα ἀλλὴ T || ὃ ταῦτ᾽ : -τα W || δεῖ :δῆ (uel dei?) T
|| 9 συνωμολογείτην : ξυν. BWY || e τ ἔμπροσθε : -0ey ΒΞ (add.) Stob.
[| 2 ἐφάτην Β2 (em.) (et Stob.): φάτην BW || 4 λέγετε V2 (ε 5. u.)
(et Stob.): -ταῖι BWY || 5 ἄλλοθι: ἄ, που Β2 (5. u.) W ἄλλό τι B
Stob.
92a PHÉDON τ 59
moi, dit Cébès, ce fut autrefois merveille quelle conviction
j'en reçus, et à présent il n’y a point d’argument auquel je
sois plus attaché ! — Au reste, je suis à mon tour dans le
même cas, ajouta Simmias; et rien ne m'émerveillerait
davantage que de jamais changer d'opinion, au moins à son
| sujet ! »
Alors Socrate : « Eh bien ! Étranger de
Socraie répond
à Simmias.
Thèbes, tu n'y peux rien: il faut prendre
d’autres sentiments, pour peu que pér-
siste cette idée-ci, qu'une harmonie est une chose composée,
et que de son côté l’âme, en tant qu'harmonie, est la compo-
sition des tensions constitutives du corps. Cars’ilest une asser-
tion que tu nete permettrais même pasà toi-même, c'est que
l'harmonie, étant composée, ait précédé dans l'existence les
choses dont il fallait qu’elle fût constituée! Dis, est-ce que tu
la permettras ? — Pas le moins du monde, Socrate! répon-
dit-il. — Tu t’aperçois donc, fit Socrate, que c’est à ce résul-
tat qu'est exposé ton langage 9 Tu affirmes d’une part que
l’âme existait avant de passer dans une forme d'homme et
du même coup dans un corps ; de l’autre, que ce dont elle
a été composée, ce sont les choses qui n’existaient pas en-
core ! Car c’est un fait que l'harmonie ne ressemble pas à ce
qu’elle te sert à figurer : bien au contraire, ce qui est en
premier, c'est la lvyre, les cordes, ce sont leurs sons, qui
naissent sans réaliser encore une harmonie ; mais en dernier,
c’est l'harmonie qui se forme de tous ces sons, et voilà ce qui
est d’abord détruit. Ce langage, en conséquence, quel espoir
as-tu qu'il doive chanter d’accord avec celui dont il était
question — Je n'en ai nul espoir, dit Simmias. — Et
pourtant, repartit Socrate, 51] est un langage auquel au
moins il siée d’être concertant, c’est bien celui qui parle de
miner une thèse 1] faut déterminer de quoi l’on convient de part et
d’autre (cf. p. 12, n. 2). Or Simmias et Cébès ont tous deux accepté
la préexistence de l’âme et, par suite, la réminiscence comme fon-
dement du savoir, 72 6, 76 e-77 Ὁ.
1. Ge sont les deux aspects de la thèse de Simmias. Sur le second
cf. 86 cd: chaud et froid, etc. sont, dans le corps, des tensions
pareilles à celles des cordes pour donner l’aigu et le grave.
2. Ge qu’a dit Simmias le conduit en outre à parler ainsi (p.39, n. 1).
3. La théorie suggère l’emploi de la langue musicale, cf. 86 e.
on | |. DATAON | 92 ἃ
ἡμῶν εἶναι τὴν, ψυχήν, πρὶν ἐν τῷ σώματι ἐνδεθῆναι ; -- 92
"᾿Εγὼ μέν, ἔφη ὃ K£ônc, καὶ τότε θαυμαστῶς ὥς éneio-
θην ὕπ᾽ αὐτοῦ, καὶ νῦν ἐμμένω ὧς οὐδενὶ λόγῳ. --- Kai
μήν, ἔφη ὃ Σιμμίας, καὶ αὐτὸς οὕτως ἔχω, καὶ πάνυ ἂν
θαυμάξοιμι εἴ μοι περί γε τούτου ἄλλο ποτέ τι δόξειεν. »
Kai 6 Σωκράτης. « ᾿Αλλὰ ἀνάγκη σοι, ἔφη, ὦ ξένε
rs An 2 > 7 7 c!
Onbate, ἄλλα δόξαι, ἐάνπερ μείνη ἥδε n€ οἴησις,
2
τὸ. ἅρμο-
€
νίαν
μὲν
\
εἶναι
Cr)
σύνθετον
J θ
πρᾶγμα,
Le
ψυχὴν\ δὲ
δὲ ἁρμονίαν
ε y
τινὰ\
ἐκ τῶν κοτὰ τὸ σῶμα ἐντεταμένων συγκεῖσθαι" où γάρ που
ἀποδέξει
ΕἸ la
γε σαυτοῦle: λέγοντος
£
ὡς
La
πρότερον
, :
ἦν Gpuovia
CE] € s
συγκειμένη, πρὶν ἐϊςεῖν α'εἶναι ἐξ, ὧν ἔδει αὐτὴν ξυντεθῆναι.
, A 2 a Ξ 5 A 21 2 A Laÿ
Ἢ ἀποδέξει : — Οὐδαμῶς, ἔφη, ὦ Σώκρατες. --- Αἰσθάνει
οὖν, ἢ δ᾽ ὅς, ὅτι ταῦτά σοι ξυμθαίνει λέγειν, ὅταν φῇς μὲν
εἶναι
τὰ
τὴν
\
ψυχὴν
\
πρὶνι καὶA εἰς
2
ἀνθρώπου
2 ΑΛ ;
εἶδός
DS 7
τε καὶ\ σῶμοαι
La
ἀφικέσθαι, εἶναι δὲ αὐτὴν ξυγκειμένην ἐκ τῶν οὐδέπω
ὄντων : Οὐ γὰρ δὴ ἅρμονία γέ σοι τοιοῦτόν ἐστιν ὃ ἄπει-
κάζεις᾽ ἀλλὰ πρότερον καὶ À λύρα καὶ ai χορδαὶ καὶ οἵ
φθόγγοι ἔτι ἀνάρμοστοι ὄντες γίγνονται, τελευταῖον δὲ
πάντων ξυνίσταται À ἁρμονία, καὶ πρῶτον ἀπόλλυται.
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Οὗτος οὖν σοι ὃ λόγος ἐκείνῳ πῶς ξυνάσεται: --- Οὐδα-
μῶς, ἔφη 6 Σιμμίας. --- Kai μήν, À δ᾽ ὅς, πρέπει γε εἴπερ
τῷ ἄλλῳ λόγῳ ξυνῳδῷ
4 27 Led
εἶναι καὶ τῷ περὶ ἁρμονίας. —
Ξ' \ Lei A €
92 ἃ τ ἐνδεθῆναι : ἐντε. Stob. || 2 ὡς : om. Stob. || 8 ἐμμένω (et
Stob.) : -ενῶ W || 4 πάνυ : x. γε Stob. || 5 θαυμάζοιμι : -σαιμι Stob.
| ἄλλο ποτέ τι Burnet : &. (-x) -ὁ ἔτι T Stob. ἄλλά (-6 B? em.) ποτε
BWY | 6 aa : ἀλλ᾽ TW [|| 7 ἄλλα : -o Stob, || δόξαι T2 (εν exp.)
(et Stoh.) :-atev T δοξάσαι BWY || ἐάνπεο : ἄνπ. T Stob. |]ὃ σύνθε-
τον (et Stob.): 560. BWY || 9. συγχεῖσθαι (et Stob.): ξυγχ. B?T2
(56. ἃ.) WY || ὃ τ ἀποδέξει: -n B? (ns. u.) Y Stob. || σαυτοῦ B (et
Stob.) : ab. Schanz || 2 συγχειμένη : Euyx. BWY Stob. || ἐχεῖνα : -vo
Stob, || ὃ ἀποδέξει : -η B? (n 5. u.) WY Stob. || οὐδαμῶς : -μοῦ
Stob.||αἰσθάνει : -ἡ Β5 (η s. u.) WY Stob. || 4 ὅτι (et Stob.): 6. οὐ
WY? (5. u.) || 5 τε B? (τ s. u.): γε B om. Stob. || 6 δὲ : δ’ TW
Stob. || 7 ὃ : © B2 (ᾧ 5. u.) TW Stob. || ç 2 ξυνάσετα: B2 (α 5. u.):
-ἔσεται Β -αινέσεται Stob. || ἡ τῷ (et Stob.): τῷ W.
92 c PHÉDON 60
l'harmonie! — Cela lui sied en effet! dit Simmias. — Or
ce langage, ajouta Socrate, n’a rien chez toi de concertant. Il
faut alors voir, entre ces deux langages-ci, quel est celui que
tu préfères : est-ce de dire que s’instruire est se ressouvenir,
ou que l’âme est une harmonie? — Ah ! Socrate, dit-il, c’est
de beaucoup le premier que je préfère !Quant à l’autre, en
effet, l’idée m'en est venue sans l’appui d’une démonstration,
à la faveur d'une convenance vraisemblable et spécieuse, ce
qui est également la source des opinions de la masse. Or, à
mon sens, les arguments qui emploient les vraisemblances à
l’œuvre de la démonstration, jai conscience que ce sont
des charlatans, qui, si l’on nest pas contre eux sur ses
gardes, ee à abuser, en géométrie comme partout ail-
Du ι Au contraire, l'argument qui concerne le ressouvenir
et l'instruction a été établi au moyen d’un principe qui vaut
‘être admis?. On ἃ dit en substance, en effet, que 16 mode
d'existence de notre âme, avant sa venue dans un corps s’en-
tend, est tel que le veut sa relation ὃ avec cette existence qui
porte le nom d’ « existence en réalité ». Or ce principe, la
chose pour moi ne fait aucun doute, j'ai pleinement été dans
mon droit en l’acceptant. Aussi suis-je contraint, comme de
juste, de ne permettre, ni à moi-même, n1 à autrui, de dire
que l’âme est une harmonie.
- Autre question, Simmias, reprit Socrate * : à ton avis,
convient-il à cette harmonie, ou à toute autre composition,
93 de se comporter en rien autrement que les choses dont elle
est constituée? — En aucune façon. — Pas davantage
certes, je pense bien, d’être agent ou patient par rapport à
rien, en dehors de ce par rapport à quoi lesdits éléments
peuvent être agents ou patients? » Il l’accorda. « C’est donc
qu’il ne convient pas à une harmonie de conduire les choses
1. Simmias se reproche d’avoir cédé au penchant du vulgaire pour
les vraisemblances spécieuses ; mais en quoi la géométrie illustre-
rait-elle un tel penchant ὃ L’intention est mystérieuse.
2. Ce principe, c’est la théorie des Idées, 75 cd, 76 d-77 a.
3. L’Idée est une réalité qui est nôtre avant la vie sensible (76 e)
et que nous retrouvons ensuite comme un bien propre : le texte des
manuscrits n’exige donc aucune correction.
4. Socrate se met d’accord avec Simmias sur les différents points,
qui serviront à approfondir sa critique (cf. p. 58, n. 1).
60 ΦΑΊΔΩΝ .02c
Πρέπει γάρ, ἔφη ὃ Σιμμίας. — Οὗτος τοίνυν, ἔφη, σοὶ où
ξυνῳδός. ᾿Αλλ᾽ ὅρα πότερον œipet τῶν λόγων, τὴν μάθησιν
ἀνάμνησιν εἶναι, ἢ ψυχὴν ἁρμονίαν ; — Mod μᾶλλον,
ἔφη, ἐκεῖνον, ὦ Σώκρατες᾽ ὅδε μὲν γάρ μοι γέγονεν ἄνευ
ἀποδείξεως μετὰ εἰκότος τινὸς καὶ εὐπρεπείας, ὅθεν καὶ
τοῖς πολλοῖς δοκεῖ ἀνθρώποις᾽ ἐγὼ δὲ τοῖς διὰ τῶν
εἰκότων τὰς ἀποδείξεις ποιουμένοις λόγοις ξύνοιδα οὖσιν
ἀλαζόσιν, καὶ, ἄν τις αὐτοὺς μὴ φυλάττηται, εὖ μάλα
ἐξαπατῶσι, καὶ ἐν γεωμετρία καὶ ἐν τοῖς ἄλλοις ἅπασιν.
Ὃ δὲ περὶ τῆς ἀναμνήσεως καὶ μαθήσεως λόγος δι
ὑποθέσεως ἀξίοις ἀποδέξασθαι εἴρηται ἔρρήθη γάρ που
οὕτως ἥμῶν εἶναι ἣ ψυχὴ καὶ πρὶν εἰς σῶμα ἀφικέσθαι,
ὥσπερ αὐτῆς ἔστιν ἣ οὐσία ἔχουσα τὴν ἐπωνυμίαν τὴν τοῦ
« ὃ ἔστιν »>° ἐγὼ δὲ ταύτην, ὡς ἐμαυτὸν πείθω, ἱκανῶς τε
καὶ ὀρθῶς ἄποδέδεγμαι. ᾿Ανάγκη οὖν μοι, ὡς ἔοικε, διὰ
ταῦτα μήτε ἐμαυτοῦ μήτε ἄλλου ἀποδέχεσθαι λέγοντος ὡς
ψυχή ἔστιν ἁρμονία.
— Τί δέ, ἢ δ᾽ ὅς, ὦ Σιμμία ; τῇδε δοκεῖ σοι ἁρμονίαἢ
ἄλλη τινὶ ξυνθέσει προσήκειν ἄλλως πὼς ἔχειν ἢ ὡς ἂν
ἐκεῖνα ἔχη ἐξ ὧν ἂν συγκέηται ;— Οὐδαμῶς. — Οὐδὲ μὴν 93
ποιεῖν τι, ὥς ἐγῷμαι, οὐδέ τι πάσχειν ἄλλο παρ᾽ ἃ à
ἐκεῖνα. ἢ ποιῇ ἢ πάσχῃ: » Zuvépn. « Οὐκ ἄρα ἡγεῖσθαί
© ὃ σοὶ οὐ B? (ι eras. et οἱ 5. u.) (et Stob.): οἴου Β (ut. uid.)
σοὶ ὁ Τὸ (ὃ 5. u.) || 6 αἱρεῖ (et Stob.) : -ἢ WB? (ns. u.) Y? (n
ex εἰ || 7 ψυχὴν B? (v add.) (et Stob.): -n B || ὃ ἔφη éxeivov :
ë. ἔφ, TW Stob. || d τ διὰ : ἐχ Procl. in Eucl. || 2 λόγοις : om.
Procl. ἰδία. || 3 ἀλαζόσιν: -σι TWY Stob. || 4 ἐξαπατῶσι : -σιν
T || ἐν τοῖς : τοῖς Stob. || ἅπασιν : πᾶσιν Stob. || 6 ἀποδέξασθαι W?
(a 5. u.) (et Stob.): ὑποὸὃ. W || ἐρρήθη (et Stob.) : -ἔθη B2 (es. u.)
MY || 7 πρὶν : x. ἢ Stob. || ὃ ὥσπερ : οὕτως Stob. || αὐτῆς
(et Stob.): αὐτῇ W? (σ eras.) αὐτὴ Mudge || e 1 δὲ ταύτην B?
(es. u.): δὲ αὖ. Β (Ὁ) || 2 ἀποδέδεγμαι : -δειγμαι Stob. || ἔοιχε : -ev
T || 3 ἐμαυτοῦ... ἄλλου : ὡς €. ... ὡς &. Stob. || 5 δέ W? (ε 5. u.):
δαί codd. || τῇδε : τί δὲ Stob. || ἁρμονίᾳ : a Β [0 ἔχειν : ἔχει
Stob. || ἂν ἐχεῖνα (et Stob.) : ἐχ. ἂν T || 93 a τ ἐξ ὧν (et Stob.):
τὰ ἐξ ὧν W || συγχέηται : ξυγχ. Υ || 2 ἃ: ὃ Stob. || 8 συνέφη : ξυν.
93 ἃ PHÉDON "GE
qui ont pu servir à la composer, mais plutôt de les suivre. ᾿
Ce fut aussi son avis. « Il s'en faut donc de beaucoup que,
dans une harmonie, 1] puisse y avoir contrariété quant aux
mouvements, aux sons, bref aucune contrariéié par rapport
aux éléments de cette harmonie. — Il s'en faut de beaucoup,
assurément. — Nouvelle question : une harmonie n'est-elle
pas, de sa nature, précisément l'harmonie qu’exigent chaque
fois les éléments harmonisés ? — Je ne comprends pas, dit-
il. — Ne serait-ce pas que, pour le cas (à le supposer possible)
où cette harmonisation aurait lieu plus grandement et avec
plus d’étendue, 1l ne doit pas y avoir alors plus d'harmonie ni
plus grande harmonie; et, si c'était plus faiblement et avec
moins d’étendue, une harmonie plus faible et moins étendue ?
— Hé ! c’est incontestable ! ! --- Se peut-il, par suite, qu’il en.
soit, à l’égard de l’âme, de telle sorte qu'une âme ayant,
dans le moindre de ses éléments, à un plus haut degré
qu'une autre, plus d'étendue et de grandeur, ou moins
d’étendue et plus de faiblesse, cela constitue ce que précisé-
ment elle est, savoir une âme ὃ — Jamais de la vie! dit-il.
— Poursuivons donc, par Zeus ! reprit Socrate. On dit
bien d’une âme?, tantôt qu'elle a raison et vertu, qu'elle est
bonne; tantôt qu'elle a déraison et perversité, qu’elle est
mauvaise ὃ Et c’est à bon droit qu'on le dit? — À bon droit,
assurément. — Sur ce, écoutons un partisan de l’âme harmo-
nie : de quelle sorte d'existence dira-t-l qu’existent dans les
âmes ces choses que sont et la vertu et le vice? Dira-t1l que
c’est, et encore une autre harmonie? et une absence d’harmo-
nie ὃque cette âme-ci1 a été harmonisée, la bonne, et qu'en elle-
même, étant une harmonie, elle possède une autre harmonie,
tandis que celle-là, étant, elle, dépourvue d'harmonie, n’en
possède pas une autre en elle-même? Pour ma part, dit
1. Simmias ne comprenait pas, parce que, en Pythagoricien, 1]
envisage chaque accord, moins dans son essence abstraite d’accord, que
dans son contenu numérique et par rapport à l’échelle successive des
sons. Mais il convient que tout accord, quelle qu’en soit l’étendue,
est pareillement accord. Cf. Rep. VII, 55r a-c.
2. C’estle second aspect de la thèse (93 ab) qui est examiné d’abord.
3. Donc un accord essentiel, plus une modalité de cet accord. Dans
la République la vertu est un accord des trois parties de l’âme, cha-
cune faisant ce qui lui est propre, et pareil à celui des cordes de la
lyre, la haute, la basse et la moyenne (IV, 443 de).
6x ΦΑΙΔΩΝ 93a
γξε προσήκει ἁρμονίαν τούτων ἐξ ὧν ἂν συντεθῇ, ἀλλ᾽
ἕπεσθαι. » Συνεδόκει. « Πολλοῦ ἄρα δεῖ ἐναντία γε
ἁρμονία κινηθῆναι ἂν ἢ φθέγξασθαι À τι ἄλλο' ἐναντιωθῆναι
τοῖς αὑτῆς μέρεσιν. --- Πολλοῦ μέντοι, ἔφη. — Τί δέ;
οὔχ οὕτως ἁρμονία πέφυκεν εἶναι ἑκάστη ἅρμονία ὡς ἂν
δημοσθῇ ; --- Οὐ pavBévo, ἔφη. — -Ἢ οὐχί, ñ δ᾽ ὅς, ἂν
μὲν μᾶλλον ἁρμοσθῇ καὶ ἐπὶ πλέον, εἴπερ ἐνδέχεται τοῦτο
γίγνεσθαι, μᾶλλόν τε ἂν ἁρμονία εἴη καὶ πλείων, εἰ δ᾽
Ἧττόν τε καὶ ἐπ᾽ ἔλαττον, ἥττων τε καὶ ἐλάττων ; —
Mévu γε. — ἯἪ οὖν. ἔστι τοῦτο περὶ ψυχήν, ὥστε καὶ
κατὰ τὸ σμικρότατον μᾶλλον ἑτέραν ἕτέρας ψυχῆς ἐπὶ
πλέον καὶ μᾶλλον ἢ ἐπ᾽ ἔλαττον καὶ ἧττον αὐτὸ τοῦτο
εἶναι, ψυχήν ; --- Οὐδ᾽ δπωστιοῦν, ἔφη.
τ — Φέρε δή, ἔφη, πρὸς Δίος. Λέγεται ψυχὴ ἣ μὲν νοῦν
τε ἔχειν καὶ ἀρετὴν καὶ εἶναι ἀγαθή, ñ δὲ ἄνοιάν τε καὶ
μοχθηρίαν καὶ εἶναι κακή ; Καὶ ταῦτα ἀληθῶς λέγεται : —
᾿Αληθῶς μέντοι. -- Τῶν οὖν θεμένων ψυχὴν ἅἁρμονίαν
εἶναι, τί τις φήσει ταῦτα ὄντα εἶναι ἐν ταῖς ψυχαῖς, τήν
τε ἀρετὴν καὶ τὴν κακίαν ; πότερον ἁρμονίαν αὖ τινα ἄλλην
καὶ ἀναρμοστίαν ; καὶ τὴν μὲν ἡρμόσθαι, τὴν ἀγαθήν, καὶ
ἔχειν ἐν αὑτῇ, ἁρμονία οὔσῃ, ἄλλην ἁρμονίαν, τὴν δὲ
ἀνάρμοστον ἀὐτήν TE εἶναι καὶ οὐκ ἔχειν ἐν αὑτῇ ἄλλην à
a ἡ ἁρμονίαν : -lx B? (as. u.) Stob. || συντεθῇ : ξυντ. BY -ετέθη
Stob. || 6 ἁρμονία (et Stob.) : -ἰαν Y (fort. ex em.) || ἂν Stob.: om
codd. || 7 αὑτῆς: αὐ. BWY Stob. || μέρεσιν : -σι WY || μέντοι : μέν
τι Stob. || δέ W2?(e 5. u.) (et Stob.) : δαί BWY ||9 ἢ (et Stob.): à
BTY (ut. uid.) om. Heusde || ἂν : ἐὰν TW Stob. || ro ἁρμοσθῇ χαὶ
(et Stob.) : -σθῆναι W || εἴπερ : ἤπερ T (nex em.) || ἢ τ ἂν (et
ob οἴη. Τ [|| ἃ ἐπ᾿: ἐπὶ τι, 1 ὃ ἢ Β5 (. m.): BW Stob.
ἢ B? (add. )ἢ et Υ || χαὶ : om. Stob. | 4 Fo secl. Heusde
Iψυχῆς :-nv Stob. || 5 ἐπ᾽ : ἐπὶ Stob. om. W || 6 ὁπωστιοῦν: ὁ.
εἶναι ΒΞ (1. m. cf. g4b2)|[c: θεμένων: τιθ. B? CG 5. u.) TWY
Stob. || 2 εἶναι, τί τις Stob. : et, τίς τί W εἶναί τι, τίς BTY || 3 πότε-
ρον :-pæ T Stob. ᾿ αὖ τινα (et Stob. τιν Di τ aù T || ἄλλην : χαλὴν
1. m. B2Y? " 5 αὑτῇ : ξαυ. ΤῊΝ αὐ. Y αὐ. τῇ Stob. ||τὴν δὲ :τήν τε
50}. [| 0 αὑτῇ : ξαυ. ὟΥ αὐ. T Stob.
NES
93c PHÉDON 62.
Simmias, je ne suis pas à même de te renseigner; mais, évi-
demment, c’est à peu près ce que dirait un partisan de cette
doctrine. — Il y a cependant, reprit Socrate, une chose sur
laquelle l'accord s'est fait précédemment, c’est qu'une âme
n'est en rien plus ou moins âme qu'une autre. Et ce qui
constitue l’objet de cet accord, c’est qu’il n’y a rien de plus
grand ou de plus étendu, ni rien de plus faible ou de moins
étendu dans une harmonie que dans une autre ; n'est-ce pas
cela ? — Hé! absolument.— Et, en tout ον, que l’har-
monie, puisqu elle n'est pas plus ou moins harmonie, n’est
ni plus grandement ni plus faiblement harmonisée; en est-il
ainsi? — [l en est ainsi. — Or l'harmonie, dont l’harmoni-
sation ne comporte n1 plus ni moins, y a-t-il moyen qu'elle
participe plus largement ou moins largement de l'harmonie,
ou bien dans la mesure même de l’harmonisation ? — Dans
cette mesure même. — N'en faut-il pas conclure que, dans
une âme, du moment qu'elle n’est en rien par rapportà une
autre, plus ou moins, ceci précisément savoir une âme, il n'y
a pas non plus d'harmonisation supérieure on inférieure ὃ -—
C’est juste ! — Et en tout cas qu'elle ne pourra, dansces con-
ditions, participer en rien plus largement de l’absence d’har-
monie ou de l'harmonie? — Non, bien sûr! — Or est-ce
que, dans ces conditions encore, une âme pourra avoir, plus
largement qu'une autre, part au vice ou à la vertu, s’il est
vrai que le vice soit une absence d'harmonie, et la vertu, une
harmonie ? — Pas plus largement du tout ! — Mais ilya
mieux encore, Simmias, et sans doute, à suivre tout droit le
94 raisonnement, nulle âme n'aura part au vice, 51] est vrai que
l’âme soit une harmonie ! Une harmonie en effet, c'est assez
clair, du fait qu'elle est pleinement cela même, savoir une
harmonie, ne pourra jamais avoir part à l'absence d’'harmo-
nie. — Non vraiment! — Aussi bien n'est-ce pas moins clair
pour une âme, du fait qu'elle est pleinement une âme, par
rapport au vice. — Comment en effet serait-ce possible, au
moins d’après nos prémisses ?— C'est donc que, d’après ce
raisonnement, nous devrons penser que les âmes de tous les
vivants sont toutes semblablement bonnes, s’il est vrai que
la nature des âmes soit semblablement d'être cela même,
savoir des âmes ? — Oui, Socrate, dit1l, c'est bien mon
avis. — Est-ce aussi lon avis, repart Socrate, que ce soit
62 PATAON 990
— Οὐκ ἔχω ἔγωγ᾽, ἔφη ὃ Σιμμίας, εἰπεῖν: δῆλον δ᾽ ὅτι
τοιαῦτ᾽ ἄττ᾽ ἂν λέγοι ὃ ἐκεῖνο ὑποθέμενος. — ᾿Αλλὰ
προωμολόγηται, ἔφη, μηδὲν μᾶλλον μηδ᾽ ἧττον ἑτέραν
ἑτέρας ψυχὴν ψυχῆς εἶναι, τοῦτο δ᾽ ἔστι τὸ δμολόγημα,
μηδὲν μᾶλλον μηδ᾽ ἐπὶ πλέον μηδ᾽ ἧττον μηδ᾽ ἐπ᾽ ἔλαττον
Étépav ἑτέρας ἁρμονίαν ἁρμονίας εἶναι" À γάρ ; — Πάνυ
γε. — Τὴν δέ γε, μηδὲν μᾶλλον μηδὲ ἧττον ἁρμονίαν
οὖσαν, μήτε μᾶλλον μήτε ἧττον ἡρμόσθαι᾽ ἔστιν οὕτως; ---
Ἔστιν. -- Ἢ δέ, μήτε μᾶλλον μήτε ἧττον ἡρμοσμένη,
ἔστιν ὅτι πλέον ἢ ἔλαττον ἁρμονίας μετέχει, ἢ τὸ ἴσον: ---
Τὸ ἴσον. --- Οὐκοῦν ψυχή, ἐπειδὴ οὐδὲν μᾶλλον οὐδ᾽ ἧττον
ἄλλη ἄλλης αὐτὸ τοῦτο, ψυχή, ἐστίν, οὐδὲ δὴ μᾶλλον οὐδὲ e
ἧττον ἥρμοσται; — Οὕτω. --- Τοῦτο δέ γε πεπονθυῖα,
οὐδὲν πλέον ἀναρμοστίας οὐδὲ ἁρμονίας μετέχοι ἄν : ---
Οὐ γὰρ οὖν. — Τοῦτο δ᾽ αὖ πεπονθυῖα, ἄρ᾽ ἄν τι πλέον
κακίας ἢ ἀρετῆς μετέχοι ἑτέρα ἕτέρας, εἴπερ ἧ μὲν
κακία ἀναρμοστία, ἣ δὲ ἀρετὴ ἁρμονία εἴη ; — Οὐδὲν
τιλέον. --- Μᾶλλον δέ γέ που, ὦ Σιμμία, κατὰ τὸν ὄρθὸν
λόγον κακίας οὐδεμία ψυχὴ μεθέξει, εἴπερ ἁρμονία ἐστίν. 94
ς
Apuovia
J
γὰρ
Ü
δήπου,
,
παντελῶς
Ἷ A
αὐτὸ
DEN
τοῦτο
A
οὖσα,
5
ἁρμονία,
€
ἄναρμοστίας οὕτοτ᾽ ἂν μετάσχοι. --- Οὐ μέντοι. --- Οὐδέ
γε δήπου ψυχῆ, οὖσα παντελῶς ψυχή, κακίας. -- Πῶς
γὰρ ἔκ γε τῶν προειρημένων ; --- Ἔκ τούτου ἄρα τοῦ λόγου
ἡμῖν πᾶσαι ψυχαὶ πάντων ζῴων δμοίως ἀγαθαὶ ἔσονται,
εἴπερ δμοίως ψυχαὶ πεφύκασιν αὐτὸ τοῦτο, ψυχαί, εἶναι ;
— Ἔκμοιγε δοκεῖ, ἔφη, ὦ Σώκρατες. — Ἢ καὶ καλῶς
C 7 ἔγωγ᾽ ἔφη 0: -γε ἔ. ὁ TW ἔγ. φησὶν ὁ Stob. || δ᾽ : δὲ TW ||
ἃ 2 δ᾽: δὲ TW || ὃ ἐπ᾽: T Stob. || 4 ἁρμονίαν :om. Stob. || &ouo-
vlas : secl. Schmidt || 5 μηδὲ: μηδ᾽ BW I 6 μήτε... μήτε Stallbaum:
μηδὲ... μηδὲ uel μηδ᾽ codd. Stob. || 7 ἣ : εἰ BY Stob. || alter. μήτε
(et Stop) : und’ W ||9 ἐπειδὴ : om. Stob. || οὐδ᾽: -δὲ TW Stob. [et
οὐδὲ δὴ (et Stob.) : -δὲν δὴ Bekker || 94 ἃ 3 οὐδὲ... 5 προειρημένων:
om. W ï. m. W? sed omnia Socrati tribuens ||5 γε :τε Stob. || 7
τοῦτο, ψυχαί, εἶναι: τ. τὸ Det BIENS VU) MT εἴ. ψ. Stob.
ψυχαί 560]. Heindorf.
4 a PHÉDON -63
bien parler? et que de pareilles choses fussent arrivées au
raisonnement si ce principe eût été juste, que l’âme est une
harmonie? — Non, pas le moins du monde, répondit-il.
— Et maintenant!, dis-moi, reprit ἜΑ Ὁ de tout ce qui
existe dans l’homme ne rien qui, d’après toi, ait l’autorité,
sinon l’âme, et surtout selon son intelligence ? — Non, d'après
moi, rien. — Et est-ce, d'après toi, l’âme qui cède le pas aux
affections du corps, ou bien celle qui les contrarie? Voici de
quoi je veux parler : on a la fièvre par exemple, on a soif, et
cette âme nous tire du sens opposé, « Tu ne boiras pas ! » ;
on a faim, « Non, tu ne mangeras pas! ». Et des milliers
d’autres cas, où 1] est assez visible que l’âme contrarie les
affections corporelles ?. N'est-ce pas vrai? — C’estabsolument
certain. — Ne sommes-nous pas par contre tombés d'accord
auparavant que jamais l’âme, en tant du moins qu'harmo-
nie, ne pourrait chanter en opposition avec les tensions, les :
relâchements, les vibrationsὃ, et tout état quelconque par
lequel passent ces composants dont il peut se faire qu’elle
soit constituée, mais que bien plutôt elle les suit et ne peut
en aucun cas les diriger ?— Nous en sommes tombés d’ac-
cord, répondit Simmias; comment n’en eût-il pas été ainsiὃ
— Qu'est-ce à dire? Ne voilà-t-il pas qu'à présent elle se
montre à nos yeux en train de faire tout l'opposé, de diriger
tous ces facteurs prétendus de sa constitution et de les con-
trarier en tout ou peu s’en faut, toute la vie durant : pre-
nant en tout l’attitude d’un maître; usant, pour les réduire,
parfois plutôt de rudesse et recourant à la souffrance comme
font gymnastique et médecine, et plutôt parfois de moins de
dureté, soit qu’elle menace ou qu’elle admoneste ;parlant en-
fin aux désirs, aux colères, aux craintes, comme s'ils étaient
par rapport à elle une chose étrangère ? C'est à peu près
1. On passe à l’examen dn premier aspect (92 e sq.) de la thèse.
2. C’est de la même façon que, Rep. IV, 439 b-d, Platon distin-
gue dans l’âme entre les appétits et la raison. Mais à c’est la raison
qui résiste ; ici c’est, sans distinction, l’âme, et c’est du corps que
relèvent désirs, colères et craintes. Le Phédon définit en effet l’âme
essentiellement par la pensée, et la division en trois parties, dont on
peut soupçonner le germe à 68 b, apparaît comme une nouveauté
dans la République (1V, 435 bc, 436 ab, 44o c-44x c).
3. Avec la leçon des manuscrits on a un sens peu différent et très
voisin de l’expression de la même idée, 93 a s. in.
a ΦΑΊΔΩΝ 94a
δοκεῖ, ἢ ὅς, οὕτω λέγεσθαι, καὶ πάσχειν ἂν ταῦτα ὃ
ΓΝ 9. co
λόγος εἰ ὀρθὴ ἧ ὑτιόθεσις ἦν, τὸ ψυχὴν ἁρμονίαν εἶναι ; — b
Οὐδ᾽ δπωστιοῦν, ἔφη.
— Τί δέ; ἢ δ᾽ ὅς. Τῶν ἐν ἀνθρώπῳ πάντων ἔσθ᾽ ὅτι
ἄλλο λέγεις ἄρχειν ἢ ψυχὴν ἄλλως τε καὶ φρόνιμον : —
Οὐκ ἔγωγε. --- Πότερον συγχωροῦσαν τοῖς κατὰ τὸ σῶμα
πάθεσιν ἢ καὶ ἐναντιουμένην ; Λέγω δὲ τὸ τοιόνδε, οἷον
καύματος ἐνόντος καὶ δίψους ἐπὶ τοὐναντίον ἕλκειν,
τὸ μὴ πίνειν, καὶ πείνης ἐνούσης ἐπὶ τὸ μὴ ἐσθίειν,
καὶ ἄλλα μυρία που δρῶμεν ἐναντιουμένην τὴν Ψυχὴν
τοῖς κατὰ τὸ σῶμα. Ἢ οὔ : -- Πάνυ μὲν οὖν. «--
Οὐκοῦν αὖ ὡμολογήσαμεν ἐν τοῖς πρόσθεν μήποτ᾽ ἂν
αὐτήν, ἁρμονίαν γε οὖσαν, ἐναντία ὄδειν οἷς ἐπιτείνοιτο
καὶ χαλῷτο καὶ ψάλλοιτο καὶ ἄλλο ὅτιοῦν πάθος πάσχοι
ἐκεῖνα ἐξ ὧν τυγχάνοι οὖσα, ἀλλ᾽ ἕπεσθαι ἐκείνοις καὶ
. οὕτιοτ᾽ ἂν ἡγεμονεύειν : — -Ὡμολογήσαμεν, ἔφη᾽ τιῶς γὰρ
OÙ; — Ti οὖν: νῦν οὐ πᾶν τοὐναντίον ἥμῖν φαίνεται
ἐργαζομένη, ἡγεμονεύουσά τε ἐκείνων πάντων ἐξ, ὧν φησί
τις αὐτὴν εἶναι καὶ ἐναντιουμένη ὀλίγου πάντα διὰ παντὸς
τοῦ βίου καὶ δεσπόζουσα πάντας τρόπους, τὰ μὲν χαλεπώ-
τερον κολάζουσα καὶ μετ᾽ ἀλγηδόνων, τά τε κατὰ τὴν
γυμναστικὴν καὶ τὴν ἰατρικήν, τὰ δὲ πραότερον, καὶ τὰ μὲν
ἀπειλοῦσα,
3 λ Le
τὰ\ δὲ
& À
νουθετοῦσα,
Le
ταῖς
An
ἐπιθυμίαις
> u
καὶ\ ὄργαῖς
5 An
καὶ φόθοις ὥς ἄλλη οὖσα ἄλλῳ πράγματι διαλεγομένη :
a 90 ἂν Stob.: om. codd. || Ὁ τ ἣ (et Stob.): om. BY || ὁπωσ-
τιοῦν : ὃ, εἶναι B? (1. m.) ||ὃ δέ Stob. : δαί codd. (T exp.) ||5 συγχωροῦ-
σὰν (et Stob.): Euyy. BY || 6 πάθεσιν : παθήμα. W Stob. || ἢ χαὶ B2
(s. ἃ.) (et Stob.) :om. B || ἐναντιουμένην (et Stob.): ë. παθήμασ: BY
(exp.) Τῷ (οἱ -σιν 1. m.) || τὸ (et Stob.) : om. W || οἷον (et Stob.): ὡς εἰ
BY ὡσεὶ B?(i. m.) || 9 τὸ (et Stob.) : τοῦ W || g uvota που : π. μ. Stob.
[| ὁρῶμεν : ἐροῦ. Stob. || c 2 πρόσθεν (et Stob.) : Euro. B? (éu. s. u.)
WY |} μήποτ᾽ ἂν αὐτὴν B? (Gi. m.): μήπ. ταύτην B Stob. || 4 ψάλλοιτο
Stob. : πάλλ. codd, (T rex à) || 5 τυγχάνοι : -νει BWY Stob. || 7
νῦν (post v. interp. BT) : om. W Stob. || ἡμῖν φαίνεται: φ. qu. Stob.
[| d 2 τε (et Stob.): δὲ W.
94d PHÉDON 64
ainsi du reste qu'Homère a représenté cela dans l'Odyssée, à
l'endroit où 1] dit d'Ulysse :
Se frappant la poitrine, il apostropha rudement son cœur :
« Supporle, mon cœur ! En fait de déchirement, tu as jadis
« supporté bien pis ! »
Est-ce que tu crois que, dans cette peinture, il a conçu le
cœur du héros comme étant lui-même une harmonie? autre-
ment dit, de nature à être mené par les dispositions du corps
au lieu d’être de nature à les mener et à faire le maître? bref,
comme une chose trop divine pour être mise au rang d’une
harmonie ? — Par Zeus ! Socrate, voilà justement ce que je
pense. — La conclusion, mon excellent ami, c’est que pour
nous ce n'est pas du tout une bonne affaire de dire que
l'âme est une harmonie ! Car ainsi, à ce qu'il semble, nous
ne serions d'accord ni avec Homère, divin poète, ni nous
95 avec nous-mêmes. — C'est Justement le cas, dit Simmias.
— Courage donc ! reprit Socrate. Main-
orCébès.
répond tenant qu'Harmonie, En je veux dire la
déesse de Thèbes ?, nous est devenue de
quelque façon propice, et de la façon qui lui convient, avec
mesure, occupons-nous, dit-il, de son époux Cadmus ; com-
ment nous le concilierons-nous, Cébès, et par quelle formule ?
— Tu sauras bien, je crois, la découvrir, dit Cébès. En tout
cas, cet argument que tu as exposé contre l'harmonie m'a
émerveillé, tant 1] était imprévu! C’est que, pendant que
Simmias s'expliquait sur ce qui l’embarrassait : « ce serait
« merveille absolument, me disais-je, qu’on füt jamais ἃ même
« de s'arranger de son objection ! » Aussi ai-je trouvé on ne
peut plus étrange que, du premier coup, elle n’ait pas sou-
tenu l'assaut de ton argument : le même sort assurément,
je ne m'émerveillerais guère qu'il fût aussi celui de l'argument
de Cadmus !
— Ah! mon bon, dit Socrate, ne parle pas si haut! Re-
doute le mauvais œil, qui nous pourrait faire faire demi-tour
à l’argument, à l’instant où il va se manifester. Après tout, ce
sera là l’affaire de la Divinité! La nôtre, c’est, en style homé-
rique, de nous serrer de près et d’éprouver ainsi ce que peut
bien valoir ta théorie. Or voici le principal de ce que tu vou-
1. XX, 17. Plus bas l’accord obligé avec Homère est ironique.
2. Fille d’Arès et d’Aphrodite, sœur du dragon que tua Cadmus.
64 ΦΑΙΔΩΝ 94d
οἷόν που καὶ “Ὅμηρος ἐν Ὀδυσσεία πεποίηκεν, οὗ λέγει
τὸν ᾽Οδυσσέα"
στῆθος δὲ πλήξας κραδίην ἠνίπαπε μύθῳ᾽
τέτλαϑι δὴ, κραδίη" καὶ κύντερον ἄλλο ποτ᾽ ÉTANG.
2 7
ἂρ᾽ οἴει αὐτὸν ταῦτα ποιῆσαι διανοούμενον ὡς ἁρμονίας
αὐτῆς οὔσης καὶ οἵας ἄγεσθαι ὕττὸ τῶν τοῦ σώματος παθη-
μάτων, ἀλλ᾽ οὐχ οἵας ἄγειν τε ταῦτα καὶ δεσπόζειν, καὶ
οὔσης αὐτῆς πολὺ θειοτέρου τινὸς πράγματος ἢ καθ᾽
ἁρμονίαν ; --- Νὴ Δία, ὦ Σώκρατες, ἔμοιγε δοκεῖ. --- Οὐκ
ἄρα, ὦ ἄριστε, ἡμῖν οὐδαμῇ καλῶς ἔχει ψυχὴν ἁρμονίαν τινὰ
φάναι εἶναι" οὔτε γὰρ ἄν, ὡς ἔοικεν, Oufow θείῳ ποιητῇ
éuoloyotuev οὔτε αὐτοὶ nuîv αὐτοῖς. --- Ἔχει οὕτως, ἔφη.
A 2
95
— Εἶεν δή, ἢ δ᾽ ὃς ὃ Σωκράτης: τὰ μὲν ‘Apuoviac
nutv τῆς Onbaixfs ἵλεά πως, ὡς ἔοικε, μετρίως γέγονεν.
τί δὲ δὴ τὰ Κάδμου, ἔφη, ὦ [Κέθης, πῶς ἱλασόμεθα καὶ τίνι
λόγῳ ; — Σύ μοι δοκεῖς, ἔφη ὃ [Κέθης, ἐξευρήσειν- τουτονὶ
γοῦν τὸν λόγον τὸν πρὸς τὴν ἁρμονίαν θαυμαστῶς μοι
εἶπες ὡς παρὰ δόξαν. Σιμμίου γὰρ λέγοντος ὅτε ἠπόρει,
πάνυ ἐθαύμαζον εἴ τι ἕξει τις χρήσασθαι τῷ λόγῳ αὐτοῦ᾽
πάνυ οὖν μοι ἀτόπως ἔδοξεν εὐθὺς τὴν πρώτην ἔφοδον οὐ
δέξασθαι τοῦ σοῦ λόγου. Ταὐτὰ δὴ οὐκ ἂν θαυμάσαιμι καὶ
τὸν τοῦ (Κάδμου λόγου εἰ πάθοι.
— Ὥγαϑέ, ἔφη ὃ Σωκράτης, μὴ μέγα λέγε, μῆ τις ἡμῶν
βασκανία περιτρέψῃ τὸν λόγον τὸν μέλλοντα ἔσεσθαι.
᾿Αλλὰ δὴ ταῦτα μὲν τῷ θεῷ μελήσει, ἥμεῖς δὲ .“Ομηρικῶς
ἐγγὺς ἰόντες πειρώμεθα et ἄρα τι λέγεις. Ἔστι δὲ δὴ τὸ
\
ὃ ηνίπαπε B? (ts. u.) ΤΞ (em.) (et Stob.): ἡνεί. BTW || e 2 παθη-
μάτων B? (infra 1. m.) (et Stob.): παθῶν BY || 4 πράγματος : om. T
. Stob. || 5 ἔμοιγε (et Stob.): ἐμοὶ T || 95 a 1 ὁμολογοῖμεν : -οὔμεν
Stob. || αὐτοῖς δὲ (ut uid.): αϑτοῖς T || Éyer (et Stob.): -εἰν BT2 (v
5. u.) Ÿ || 3 γέγονεν : -ve BWY || 4 δὲ W?(:s.u.)(et Stob.): ai
BWY || 5 τουτονὶ : τοῦτον TW || 7 ὅτε : ὅ τι Forster ||8 γρήσασθαι :
χρῆσθαι Τ ||Ὁ τ οὖν : μὲν οὖν BY || 2 radra: ταῦ. BTY || 4 ἡμῶν:: -w
Heindorf || 5 ἔσεσθαι : λέγεσθαι B?T2 (ambo 1. πα.) WY.
95 b PHÉDON 65
drais savoir : tu réclames qu’on démontre l’indestructibilité,
c l’immortalité de notre âme; sans quoi, pour le philosophe
qui va mourir, sa confiance, sa conviction de trouver là-bas
après sa mort une félicité qu’il n’eût point égalée en vivant
d'une autre vie jusqu'à sa fin, cette confiance sera, penses-
tu, une confiance déraisonnable et folle. Mais, de montrer
que l’âme est quelque chose de résistant, de presque divin et
qui existait déjà antérieurement au temps où nous sommes
devenus des hommes, cela n'empêche en rien, dis-tu, que tous
ces caractères ne marquent, non point que l’âme est immor-
telle, mais qu’elle dure longtemps, que son existence anté-
rieure a pu remplir un temps incalculable, et avec une mul-
titude de connaissances et d’actions ; ce qui pourtant ne lui
confère pas davantage l’immortalité, le fait même de venir
d dans un corps humain étant plutôt pour elle le commence-
ment de sa perte et une sorte de maladie ; de la sorte, c’est
dans un état de misère qu’elle doit vivre cette existence-là,
et, quand elle la termine dans ce qu’on appelle la mort, elle
doit être détruite. D’autre part, il est, dis-tu, complètement
indifférent que cette venue dans un corps soit isolée, ou bien
quelle se répète, indifférent au moins quant à ce qui est de
nos craintes personnelles. Craintes légitimes en eflet pour
peu qu’on ait sa raison, puisqu'on ne sait pas, étant hors
d'état d'en fournir la preuve, si l’âme est bien une chose
immortelle. Tel est, je crois, Cébès, à peu près ton langage.
e C'est à dessein que j'y reviens et que je le reprends en détail,
pour que rien ne nous échappe et qu'ainsi, à ton gré, tu y
ajoutes ou en retranches. » Alors Cébès : « Hé mais!iln'ya
rien à présent que, pour ma part, j'aie besoin d’y ajouter ou
d’en retrancher ; non, c’est bien là ce que je prétends. »
| Là-dessus, Socrate fit une longue pause,
Le problème A a Ι ΠΣ ne
général absorbé dans quelque réflexion: « Ce
de la Physique: n’est pas une mince affaire, Cébès, dit-
comment Socrate 1], que ton problème ! Quelle est d’une
a fini | façon générale la cause de la génération
par le concevoir. é à 42
et de la corruption, voilà en eflet la
question qu'il nous faut traiter à fond. Je m'en vais donc à
36 leur sujet, pourvu que tu le désires, te raconter, moi, mes
propres expériences. Puis, au cas où dans ce que je pourrai
65 ΦΑΊΔΩΝ 95 5
κεφάλαιον ὧν ζητεῖς" ἀξιοῖς ἐπιδειχθῆναι ἡμῶν τὴν ψυχὴν
ἀνώλεθρόν τε καὶ ἀθάνατον οὖσαν, εἰ φιλόσοφος ἀνὴρ
μέλλων ἀποθανεῖσθαι, θαρρῶν τε καὶ ἡγούμενος ἀποθανὼν
ἐκεῖ εὖ πράξειν διαφερόντως ἢ εἰ ἐν ἄλλῳ βίῳ βιοὺς
ἐτελεύτα, μὴ ἀνόητόν τε καὶ ἠλίθιον θάρρος θαρρήσει. Τὸ
δὲ ἀποφαίνειν ὅτι ἰσχυρόν τί ἔστιν ἧ ψυχὴ καὶ θεοειδές,
καὶ ἣν ἔτι πρότερον πρὶν ἣμᾶς ἀνθρώπους γενέσθαι, οὐδὲν
κωλύειν φὴς πάντα ταῦτα μηνύει ἀθανασίαν μὲν μή, ὅτι δὲ
πολυχρόνιόν τέ ἔστιν ψυχὴ καὶ ἦν που πρότερον ἀμήχανον
ὅσον χρόνον καὶ ἤδει τε καὶ ἔπραττε πολλὰ ἄττα' ἀλλὰ
γὰρ οὐδέν τι μᾶλλον ἣν ἀθάνατον, ἀλλὰ καὶ αὐτὸ τὸ εἰς
ἀνθρώπου σῶμα ἐλθεῖν ἀρχὴ ἣν αὐτῇ ὀλέθρου, ὥσπερ
νόσος" καὶ ταλαιττωρουμένη τε δὴ τοῦτον τὸν βίον ζῴη καὶ
τελευτῶσά γε ἔν τῷ καλουμένῳ θανάτῳ ἀπολλύοιτο.
Διαφέρειν δὲ δὴ φὴς οὐδὲν εἴτε ἅπαξ, εἰς σῶμα ἔρχεται
εἴτε πολλάκις, πρός γε. τὸ ἕκαστον ἧἥμῶν φοθεῖσθαι"
προσήκει γὰρ φοβεῖσθαι, εἰ μὴ ἀνόητος εἴη, τῷ μὴ εἰδότι
μηδὲ ἔχοντι λόγον διδόναι ὧς ἀθάνατόν ἐστιν. Τοιαῦτ᾽
ἄττα ἐστίν, οἶμαι, ὦ Κέθης, ἃ λέγεις" καὶ ἐξεπίτηδες
πολλάκις ἀναλαμθάνω, ἵνα μή τι διαφύγη ἡμᾶς, εἴ τέ τι
βούλει, προσθῇς ἢ ἀφέλης. » Kai ὃ ἰζέθης: « ᾿Αλλ᾽
οὐδὲν ἔγωγε ἔν τῷ παρόντι, ἔφη, οὔτε ἀφελεῖν οὔτε
προσθεῖναι δέομαι" ἔστι δὲ ταῦτα ὃ λέγω. »
Ὃ οὖν Σωκράτης, συχνὸν χρόνον ἐπισχὼν καὶ τιρὸς
ξαυτόν τι σκεψάμενος: « Οὐ φαῦλον πρᾶγμα, ἔφη, ὦ
ἱζέθης, ζητεῖς" ὅλως γὰρ δεῖ περὶ γενέσεως καὶ φθορᾶς τὴν
αἰτίαν διαπραγματεύσασθαι. ᾿Εγὼ οὖν σοι δίειμι περὶ 96
c ὃ εἰ :om. Ÿ || 4 θάρρος B? (0 s. u.) : -σος BWY || θαρρήσει: -ση
Β5 (η s. u.) || ὃ ἣν: ὅτι ἣν B2 (ὅτι s. u.) WY || 7 onc: ©. ἂν ΒΣ (i.
m.) ||8 πολυχρόνιον : -τιώτερον W ||g ὅσον γρόνον : om. T || ἔπραττε :
πεν BT || ἃ 4 διαφέρειν : -εἰ Heindorf || 6 προσήκει: -εἰν Baiter || 7
υηδὲ: -0’ Τ || ἐστιν.: -τι BTY || τοιαῦτ᾽ ἄττα: -τα ἄ. Y ra T || e 2
διαφύγῃ : -ύγοι BWY || 4 pri. οὔτε: -τ T || 5 ἔστι: -τιν T || δὲ ταῦτα:
ë s. u. et tin ras. B? || 9 ἑαυτὸν : αὗ. TW || ὃ δεῖ (et Stob.) :δὴ W.
96 ἃ PHÉDON 66
bien dire tu verrais quelque chose d'utile, ce sera à toi de
l'utiliser pour rendre convaincante ta propre thèse. — Mais
oui, certes, c'est là ce que je veux, dit Cébès.
— Écoute donc, car c'est un exposé que je vais faire !. Eh
bien ! quand j'étais jeune homme, poursuivit Socrate, ce fut
merveille, Cébès, la passion que j'’apportai à ce genre de
savoir auquel on donne le nom d’enquête? sur la Nature. Je
lui trouvais en effet une incomparable splendeur : 1] con-
naît les causes de chaque chose, en vertu de quoi chacune
vient à l'existence, en vertu de quoi elle périt, en vertu de
quoi elle existe ! Maintes fois il m’arrivait de me mettre la
tête à l'envers dans l’examen, premièrement ὃ de questions
comme celles-ci : Est-ce par l'effet d’une espèce de putréfac-
tion, à laquelle participent le chaud et le froid, que, comme
certains le prétendaient, se constituent les animaux“ ? Ou
encore, est-ce le sang qui fait que nous pensons, ou bien
l’air, ou le feu ἢOu bien n’est-ce aucune de ces choses, mais
plutôt le cerveau, en donnant naissance aux sensations de
l'ouïe, de la vue, del’odorat, desquelles résulteraient d'autre
part la mémoire et le jugement, tandis que de la mémoire
et du jugement, quand ils ont acquis la stabilité, se forme-
rait par ce procédé un savoir ὅ ὃ J’examinais aussi inversement
la façon dont tout cela se corrompt, et puis ce qui se rapporte
au ciel comme à la terre. Et je finis ainsi par me faire
1. Un exposé continu, et qui est pourtant partie intégrante de la
réponse à Cébès. Sur l’historicité voir Notice, p. xvir.
2. Proprement histoire, au sens global primitif du mot: c’est le
nom que donne Héraclite à la srience de Pythagore (fr. 129 Diels).
3. La génération d’abord ; puis, plus bas, la corruption.
4. Archélaüs d'Athènes (dont la tradition fait le premier maître de
Socrate) mêlait l'Esprit d’Anaxagore à l'Air d’Anaximène, et en faisait
naître le monde par condensation et raréfaclion ; c’est ainsi que du
froid se sépare le chaud, principe moteur dont ensuite l’action sur le
limon de la terre produit, tous ensemble, les premiers vivants, qui
sont nourris de ce limon.
5. a) Pour Empédocle le sang est le plus parfait mélange, surtout
près du cœur, des éléments qui constituent les objets de la connais-
sance, laquelle est assimilation du sujet à l’objet. — δ) Diogène
d’Apollonie, dont l’éclectisme rappelle Archélaüs, dérive de l'Air la
pensée parce que, tant qu’on respire, on vit et on sent. — c) Héra-
clite la tire du Feu : l’âme la plus sèche, ou la plus ignée, est en
66 , PAIAON 96a
αὐτῶν, ἐὰν βούλῃ, τά γε ἐμὰ πάθη᾽ ἔπειτα, ἐάν τί σοι
χρήσιμον
ΛΎΣΙΣ
φαίνηται
Υ
ὧν
La
ἂν
3ι
λέγω,
΄
δ1 τὴν
\
πειθὼ
je, θὰ
περὶνι ὧν
Ὁ
λέγεις χρήσει. — ᾿Αλλὰ μήν, ἔφηὃ ἰζέθης, βούλομαί γε.
— Ακουε τοίνυν ὡς ἐροῦντος. ᾿Εγὼ γάρ, ἔφη, ὦ
Κέθης, νέος ὧν θαυμαστῶς ὡς ἐπεθύμησα ταύτης τῆς
σοφίας ἣν δὴ καλοῦσι περὶ φύσεως ἱστορίαν" ὑπερήφανος
γάρ μοι ἐδόκει εἶναι, εἰδέναι τὰς αἰτίας ἑκάστου, διὰ τί
γίγνεται ἕκαστον καὶ διὰ τί ἀπόλλυται καὶ διὰ τί ἔστιν.
Kai πολλάκις ἐμαυτὸν ἄνω κάτω μετέθαλλον, σκοττῶν
πρῶτον
A
τὰA) τοιάδε' . 3
Ap,2 ἐπειδὰν
2 \
τὸÀ θερμὸν
A
καὶ4 ToA Ψυχρὸν\
σηπεδόνα τινὰ λάθη ὥς τινες ἔλεγον, τότε δὴ τὰ ἔα
1 ᾿ ι A ΄
! \ BR, 1 3 a
συντρέφεται ; καὶ πότερον τὸ αἷμά ἐστιν ᾧ φρονοῦμεν, ἢn ὃἪ
ἀήρ, ἢ τὸ πῦρ ; ἢ τούτων μὲν οὐδέν, ὃ δ᾽ ἐγκέφαλός ἐστιν
ὃ τὰς αἰσθήσεις παρέχων τοῦ ἀκούειν καὶ δρᾶν καὶ ὀσφραί-
νεσθαι, ἐκ τούτων δὲ γίγνοιτο μνήμη καὶ δόξα, ἐκ δὲ μνή-
5 ΄ A ΄ A \ ΄ 3 \ #
uns καὶ δόξης, λαθούσης τὸ ἡρεμεῖν, κατὰ ταῦτα γίγνεσθαι
ἐπιστήμην ; Καὶ αὖ τούτων τὰς φθορὰς σκοπῶν, καὶ τὰ περὶ
τὸν οὐρανόν τε καὶ τὴν γῆν πάθη, τελευτῶν οὕτως ἐμαυτῷ
96 ἃ 2 ἐὰν : ἂν Stob. || βούλῃ : -ἕι Stob. || ÿe : γ᾽ T Stob. ||
ἔπειτα ἐάν (et Stob.) : ἔ. dv BY -τ᾽ ἐάν W || 3 φαίνηται (et Stob.) : φα-
νεῖται T || 4 λέγεις (et Stob.): ἂν -γης BW ἂν -γεις Υ δὴ -γεις Bau-
mann Burnet || χρήσει: -σῃ Β5 (ns. u.) WY Stob. || βούλομαι... 5 ὦ
Ké6ns B? (i. m.): om. B || γε 13 (5. u.): τε T |] 6 θαυμαστῶς : ὑπερ-
φυῶς Theod. || ὡς: om. Cyr. || 7 ὑπερήφανος : -νον Eus. Theod.
Cyr. Stob. Thom. M. ὑπέρφρων schol. 1. m. TW || ὃ ἐδόχει εἶναι:
εἰ, ἐς Bus”, || εἰδέναι τὰς B? (add.): ei. om. (ut uid.) B ante εἶναι
Stob. || αἰτίας T2 γρ. (et Eus. Theod. Stob.): ἱστορίας T Thom. M.
lg ἔστιν : -τι BW Y Stob. || τὸ ἐμαυτὸν : om. Stob. || ἄνω χάτω : à.
χαὶ x. Eusn. Cyr. || μετέδαλλον : -6akoy Cyr. || b τ πρῶτον τὰ Β5
(add.) (et Eus. Cyr. Stob.): 7. om. B (utuid.) ||τὰ τοιάδε : om. Cyr.
Stob. [καὶ τὸ ψυχρὸν B? (τὸ 5. u.) (et Eus. Stob.): ante τὸ 0. Cyr. ».
L. Β secl. Schanz x. τὸ ὕγρον Sprengel || 2 τότε (et Eus. Cyr. Stob.):
τὰ te V || δὴ : ἤδη Eus. Cyr. || 3 συντρέφεται : ξυντ. BW Eus. ||
ἡ ὁ δ᾽ : ὁ δὲ T || 5 ἀχούειν χαὶ δοᾶν (et Stob. [1 482 23 Wachsm.]) :
ὃ. x. ἀ. Eus. ἀ. χ. τοῦὁ. Stob. (I 339 14) || 7 χατὰ ταῦτα (et Eus.
Stob. Η 339 16 |) : χαὶ τ. T Stobn. (1 482 25) x. ταὐ. Heindorf Schanz
|| ὃ αὖ τούτων ; αὐτῶν τοιούτων Cyr. || © 1 te ΒΣ (s. u.) (et Eus.
Stob.) : om. B.
96c PHÉDON 67
l’idée qu'à l'égard de cette recherche j'étais d’une inaptitude à +
nulle autre pareille !
« Je vais au reste t'en donner une preuve qui sufhra.
Voici : il y avait des choses dont, même avant, j'avais une
connaissance assurée, au moins selon mon sentiment et celui
d'autrui; eh bien! cette recherche arrivait à produire en
moi un 81 radical aveuglement, que je désapprenais jusqu à
ces choses qu He 76 m'imaginais savoir!:oui, en voici
un exemple entre beaucoup d’autres, jusqu'à la cause qui
fait grandir un homme ! Ce qu auparavant je m'imaginais en
effet être clair pour tout le monde, c’est que cette cause est
manger et boire. Cela s'explique: provenant des aliments,
des chairs sajoutent-elles aux chairs, des os aux os, caddie
des autres parties du corps s ἐἀφολοι ΝΣ ainsi suivant la même
‘loi d'éléments de son espèce? le résultat est, par la suite,
une progression de la masse réelle, de peu à beaucoup; oui,
c'est ainsi que l’homme, de petit devient grand! Voilà ce
qu'à ce moment je m’imaginais : est-ce à juste titre selon
toi? — Selon moi, oui, dit Cébès. — Examine donc encore
ceci. Dans mon idée, en effet, il n’y avait rien à redire à mon
jugement en présence d’un homme grand placé contre un
petit, que c’est de la tête précisément qu'il est plus grand ;
de même pour un cheval par rapport à un cheval ; ou,
exemple plus clair encore que les précédents, à l'opinion où
jétais que, si 10 est plus que 8, c’est parce qu'à ὃ s'ajoute 2,
et que la longueur de deux coudées est plus grande que celle
d’une coudée, parce qu’elle surpasse celle-ci de la moitié. —
Et à présent, dit Cébès, ton opinion là-dessus ? — Ah! ma
foi, s’écria Socrate, c’est, par Zeus, que je suis loin de me
figurer connaître la cause d'aucune de ces choses ! Moi qui ne
me résous même pas à dire, quand à une unité on ajoute
une unité, si c’est l'unité à laquelle cette adjonction a été faite
qui est devenue deux, ou si c’étaient l’unité ajoutée et celle à
laquelle elle a été ajoutée qui, par suite de l’adjonction de
effet la plus sage. — d) Le cerveau était, d’après Alcméon de Cro-
tone, l’organe où aboutissent les sensations, où elles sont conservées
et groupées, de façon à constituer enfin une connaissance stable et
générale.
Socrate peint l’état d'esprit où l’ont mis les prétendues expli-
67 ΟΠ ΦΑΙΔΩΝ 96€
ἔδοξα πρὸς ταύτην τὴν σκέψιν ἀφυὴς εἶναι ὧς οὐδὲν χρῆμα.
« Τεκμήριον δέ σοι ἐρῶ ἱκανόν. ᾿Εγὼ γάρ, ἃ καὶ πρό-
περον σαφῶς ἠπιστάμην ὥς γε ἐμαυτῷ καὶ τοῖς ἄλλοις
ἐδόκουν, τότε ὕπὸ ταύτης τῆς σκέψεως οὕτω σφόδρα
ἐτυφλώθην, ὥστε ἀπέμαθον καὶ ταῦτα ὃ πρὸ τοῦ ᾧμην
εἰδέναι, περὶ ἄλλων τε πολλῶν καὶ διὰ τί ἄνθρωπος
αὐξάνεται. Τοῦτο γὰρ ᾧμην πρὸ τοῦ παντὶ δῆλον εἶναι,
ὅτι διὰ τὸ ἐσθίειν καὶ πίνειν: ἐπειδὰν γὰρ ἐκ τῶν σιτίων
ταῖς μὲν. σαρξὶ σάρκες προσγένωνται, τοῖς δὲ ὀστοῖς ὀστᾶ,
καὶ οὕτω κατὰ τὸν αὐτὸν λόγον καὶ τοῖς ἄλλοις τὰ αὐτῶν
οἰκεῖα ἑκάστοις προσγένηται, τότε δὴ τὸν ὀλίγον ὄγκον
ὄντα ὕστερον πολὺν γεγονέναι καὶ οὕτω γίγνεσθαι τὸν
σμικρὸν ἄνθρωπον μέγαν. Οὕτω τότε ᾧὥμην᾽ où δοκῶ σοι
μετρίως ; -- ἜἜμοιγε, ἔφη 6 Κέθης. — Σκέψαι δὴ καὶ
τάδε ἔτι. "μην γὰρ ἱκανῶς μοι δοκεῖν, δτιότε τις φαίνοιτο
ἄνθρωπος παραστὰς μέγας σμικρῷ μείζων εἶναι αὐτῇ τῇ
κεφαλῇ, καὶ ἵππος ἵππου" καὶ ἔτι γε τούτων ἐναργέστερα,
τὰ δέκα μοι ἐδόκει τῶν ὀκτὼ πλέονα εἶναι διὰ τὸ δύο αὐτοῖς
προσεῖναι, καὶ τὸ δίπηχυ τοῦ πηχυαίου μεῖζον εἶναι διὰ τὸ
ἡμίσει αὐτοῦ ὑπερέχειν. --- Νῦν δὲ δὴ, ἔφη ὃ Κέβης, τί
σοι δοκεῖ περὶ αὐτῶν : --- Πόρρω που, ἔφη, νὴ Δία, ἐμὲ
εἶναι τοῦ οἴεσθαι περὶ τούτων του τὴν αἰτίαν εἰδέναι᾽ ὅς
γε οὐκ ἀποδέχομαι ἐμαυτοῦ οὐδὲ ὡς ἐπειδὰν ἕνί τις
προσθῇ Le]
ἕν,
€,
ἢ τὸ
NA L
ἕν
a
ᾧ προσετέθη δύο γέγονεν, ἢ τὸ
LA ΄ LA A Δ
Ο 2 ἔδοξα : ἐδόξασα Cyr. || 5 ὑπὸ ταύτης : ὑπ᾽ αὐτῆς W Eus.
Theod®. Cyr. || οὕτω: -- TW || 6 ἐτυφλώθην : διετ. Theod. ||
ἀπέμαθον καὶ ταῦτα ἃ B? (i. m.) (et Eus. Cyr. [raÿ0’]): &. x. ἃ Theod.
ἅποτ᾽ ἔμα. x. ἃ B {|| τοῦ (et Eus.): τούτου Theodn, || ὃ αὐξάνεται:
αὔξεται B2 (ζε 5. u.) || g9 τὸ: τοῦ T || ἃ τ προσγένωνται Β5 (i. m.):
-γεννῶνται Β || ὀστοῖς ὀστᾶ B? (ro 5. u.) : -τέοις ὀστᾶ BY -τέοις
-τέα W || 4 οὕτω : -τως W [{77γὰρ : y. ἐγὼ T y. ἔγωγε B? (5. u.)
WY || 8 ἄνθρωπος παραστὰς : π. ἄ. W || αὐτῇ : -τοῦ Wyttenbach
[| e 1 ἵππου: -πῳ B? (ὦ 5. u.) T || 2 πλέονα : -είονα B2 (ἰ 5. u.) WY
[| τὸ: τὸ τὰ W || 3 προσεῖναι B? (σεῖ 5. u.): -θεῖναι: BY || ἡ ἡμίσει
ΒΣ (es. u.): ἥμισυ BY [| 6 του T? (em. ut uid.): τοῦ codd. Ι 8 ἡ:
«ἣ τὸ προστεθέν> ἢ Wyttenbach Schanz Burnet.
97 a PHÉDON 68
97 l’une à l’autre, devenaient deux ! Car, j'en suis ébahi, quand
chacune d’elles était à part de l’autre, chacune d'elles était
bien une, et il n’y avait pas alors de deux ; mais elles se sont
rapprochées, et voilà qu’ainsi se produisait en elles la cause
.de la production du deux : je veux dire la rencontre résultant
du rapprochement mutuel de leurs positions ! Au reste, dans
le cas du fractionnement de l’unité, je ne suis pas moins inca-
pable, une fois de plus, de me persuader que cette cause de la
production du deux, ce soit alors le fractionnement qui l’ait
fait se produire ; car c’est en son contraire que s’est changée la
première cause de la production du deux! Dans ce premier cas
en effet, la raison était qu’on amenait les deux unités à se
rapprocher et qu’on ajoutait l’une à l’autre, et maintenant
c'est qu'on les écarte et qu’on les sépare l’une de l’autre.
Quant à savoir en vertu de quoi se produit l’unité, là-dessus
encore je ne me fais pas de conviction; pas plus, d’un mot,
que sur rien d'autre quantà la cause de son apparition, de sa
disparition ou de son existence : voilà l’effet de ce procédé de
recherche. De mon côté, pourtant, au petit bonheur j'en
brasse confusément un autre; car, pour celui-là, non, il ne
me va pas du tout! |
« Or voici qu'un jour j'entendis faire une lecture dans un
livre qui était, disait-on, d’Anaxagore et où était tenu ce
langage : « C’est en définitive l'Esprit qui a tout mis en ordre,
« c’est lui quiest cause de toutes choses » ?. Une telle cause fit ma
joie; il me sembla qu’il y avait, en un sens, avantage à faire
de l'Esprit une cause universelle : s’il en est ainsi, pensai-je,
cet Esprit ordonnateur, qui justement réalise l’ordre univer-
sel, doit aussi disposer chaque chose en particulier de la
ee façon qui se puisse : voudrait-on donc, pour cha-
cune, découvrir la cause selon laquelle elle naît, périt ou
cations de la Physique ; ce dont il était certain avant de les connaître
n’est ensuite pour lui qu’incertitudes : cette méthode ne satisfait donc
pas son désir de savoir.
1. Inassouvi, son désir de savoir le pousse cependant à chercher
par lui-même ; maïs ce sont des tâtonnements d’aveugle, cf. 96 c.
2. « Comment devaient être les choses, comment furent celles qui ne
sont plus, et comment elles sont, c’est l'Esprit qui a tout arrangé »
(Anaxagore, fr. 12 Diels); il est souverain, autocratôr (Crat. ἡ τ c).
— Avant de prendre lui-même le livre (08 b; Apol. 26 d), Socrate
en a entendu lire un fragment : par qui ? par Archélaüs?
ἐδ ΦΑΙΔΩΝ 97 a
τιροστεθὲν καὶ ᾧ προσετέθη διὰ τὴν πρόσθεσιν τοῦ ἑτέρου 97
τῷ Étépo δύο ἐγένετο. Θαυμάξω γὰρ εἶ, ὅτε μὲν ἑκάτερον
αὐτῶν χωρὶς ἀλλήλων ἣν, ἕν ἄρα ἑξκάτερον ἦν καὶ οὐκ
ἤστην τότε δύο, ἐπεὶ δ᾽ ἐπλησίασαν ἀλλήλοις, αὕτη ἄρα
αἰτία αὐτοῖς ἐγένετο τοῦ δύο γενέσθαι, ἣ ξύνοδος τοῦ
πλησίον ἀλλήλων τεθῆναι. Οὐδέ γε ὧς, ἐάν τις ἕν διασχίσῃ,
δύναμαι ἔτι πείθεσθαι ὧς αὕτη αὖ αἰτία γέγονεν, ἣἧ σχίσις,
SJ 2 , Le c Lo) 5... 7 ΄ € ΄
τοῦ δύο γεγονέναι ἐναντία γὰρ γίγνεται ἣ τότε αἰτία τοῦ
δύο γίγνεσθαι" τότε μὲν γὰρ ὅτι συνήγετο πλησίον ἀλλήλων
καὶ προσετίθετο ἕτερον ἑτέρῳ, νῦν δ᾽ ὅτι ἀπάγεται καὶ
χωρίζεται ἕτερον ἀφ᾽ ἑτέρου. Οὐδέ γε διότι ἕν γίγνεται
ὡς ἐπίσταμαι, ἔτι πείθω ἐμαυτόν, οὐδ᾽ ἄλλο οὐδὲν ἑνὶ λόγῳ
διότι γίγνεται ἢ ἀπόλλυται ἢ ἔστι, κατὰ τοῦτον τὸν
τρόπον τῆς μεθόδου: ἀλλά τιν᾽ ἄλλον τρόπον αὐτὸς εἰκῇ
, 4 > a ΄
φύρω, τοῦτον δὲ οὐδαμῇ προσίεμαι.
« ᾿Αλλ᾽ ἀκούσας μέν ποτε ἐκ βιθλίου τινός, ὡς ἔφη,
᾿Αναξαγόρου ἀναγιγνώσκοντος, καὶ λέγοντος ὧς ἄρα νοῦς
ἔστιν ὃ διακοσμῶν TE καὶ πάντων αἴτιος, ταύτη δὴ τῇ
ΡῚ ε Le) \ L4 C2 LA A A
' ' ι
αἰτία. ἥσθην τε καὶ ἔδοξέ μοι τρόπον τινὰ εὖ ἔχειν τὸ τὸν
νοῦν εἶναι πάντων αἴτιον᾽ καὶ ἡγησάμην, εἰ τοῦθ᾽ οὕτως
ἔχει, τόν γε νοῦν κοσμοῦντα πάντα κοσμεῖν καὶ ἕκαστον
τιθέναι ταύτῃ ὅπῃ ἂν βέλτιστα ἔχη᾽ εἰ οὖν τις βούλοιτο
τὴν αἰτίαν εὑρεῖν περὶ ἑκάστου ὅπη γίγνεται ἢ ἀπόλλυται
An €
97 a 3 ἣν: ante χωρὶς Sextus an Hi da 306 || ἄρα: ἄρ UE
om. Sext. et postea ἐχ. ἦν transp. || 4 W || ὃ αἰτία αὐτοῖς:
αὖ. αἱ. TW -τῶν at. Sext. || τοῦ δύο: τ. _ δύο) BY -οἵν T Sext.
(τοῦ om.) || n: om. Sext. || τοῦ : τῷ Β5 (w 5. u.) || 6 διασχίσῃ
(εἰ Sext.) : διχάσῃ W || 7 πείθεσθαι: πεισθῆναι Sext. || ὡς αὕτη αὖ:
ὡς αὐ. αὖ BY ὡς αὖ. (ἢ: ad) Τ' ὡσαύτως Sext. || 8 γίγνεταψ: γέγονεν
Sext. || ἣ (et Sext.): ἢ Heindorf||b 1 μὲν (et Sext.) : om. W ||
AE Euv. BY || 2 un (et Sext.) : τὸ Ë. W || ὃ «o "(et Sext.) :
ὑφ W ||ή ἑνὶ λόγῳ : ἐν ὀλίγῳ Τ || 5 γίγνεται: ἢ γ. W || ο ἀναγιγνώσ-
χοντος : ἄναγιν. BW Eus. || © 1 δὴ (et Eus.): ἤδη T || ἥσθην
τε χαὶ (et Eus.): 4. χαὶ ΤΊ] ἡ χοσμεῖν : secl. Heindorf || 5 τιθέ-
ναι: τιθέντα Eus?. coni. Valgimigli || ἔχῃ (et Επ5.): -χοι Y || 6
ὅπῃ : 0. ἢ Eus. || ἢ : καὶ Simplic. in Phys.
97 c PHÉDON 69
existe? ce qu'il y aurait à découvrir à son sujet, c’est selon
quoi il est le meilleur pour elle, soit d'exister, soit de subir
ou de produire quelque action que ce soit. Or, en partant de
cette idée, il n’y ἃ absolument rien, me dis-je, qu'il soit in-
téressant pour un homme d’avoir en vue dans la recherche,
aussi bien au sujet de cette chose-là qu’à propos des autres,
sinon la perfection et l'excellence; et il est nécessaire que pa-
reillement 1] ait aussi connaissance du pire, attendu que ce
sont les objets d'un même savoir. Ces réflexions donc me
comblaient d'’aise : je me figurais avoir découvert l’homme
capable de m’enseigner la cause, intelligible à mon esprit,
de tout ce qui est. Oui, Anaxagore va me faire comprendre
si, en premier lieu, la terre est plate ou ronde, et, en me le
faisant comprendre, 1] m'expliquera de plus en détail pour-
quoi cela est nécessaire : puisqu'il dit ce qui vaut mieux, il dira
aussi que, pour la terre, telle forme valait mieux. S'il me
dit ensuite qu’elle est au centre, en détail il m'expliquera
aussi comment il valait mieux qu’elle fût au centre?. Bref, il
n'avait qu'à me le révéler, et j'étais tout prêt à ne plus sou-
haiter d’autre espèce de causalité ! Naturellement, pour le
soleil j'étais aussi tout prêt à recevoir cette même sorte d’en-
98 seignement, et pour la lune encore, et pour le reste des astres,
tant au sujet de leurs vitesses relatives que de leurs retours ὃ
et de leurs autres vicissitudes; oui, comment enfin, pour
chacun, il vaut mieux produire ou subir en fait ces choses-là.
Pas un instant en effet il ne me serait venu à la pensée que,
déclarant que tout cela a été mis en ordre par l'Esprit, 1]
eût à ce propos mis en avant une cause autre que celle-ci : la
meilleure manière d’être pour tout cela, c’est précisément la
manière d’être de tout cela; du moment donc que la causalité
dont il s’agit, 1] l’attribue à chacune de ces choses comme à
toutes ensemble, il va, je me l’imaginais, expliquer aussi en
détail ce qui pour chacune est le meilleur et ce qui est le
1. Disque supérieur d’un cylindre plus ou moins haut (la plupart
des Physiciens); ou bien sphère (Pythagoriciens, Parménide).
_2. Opinion attestée de presque tous les Présocratiques, même des
Pythagoriciens (cf. 109 a, l’adhésion de Simmias) malgré Phypothèse
du feu central: leur prétendu héliocentrisme est incertain.
3. Proprement les points où tournent les planètes pour revenir sur
leur route, les « solstices » de chacune, soleil compris.
69 ΦΑΊΔΩΝ 97 0
ἢ ἔστι, τοῦτο δεῖν περὶ αὐτοῦ εὑρεῖν, ὅπῃ βέλτιστον αὐτῷ
3 27
ἐστιν ἢ εἶναι ἢ ἄλλο δτιοῦν πάσχειν ἢ ποιεῖν. ᾽Εκ δὲ δὴ τοῦ
λόγου τούτου οὐδὲν ἄλλο σκοπεῖν προσήκειν ἀνθρώπῳ, καὶ
περὶ αὐτοῦ ἐκείνου καὶ περὶ τῶν ἄλλων, ἄλλ᾽ ἢ τὸ ἄριστον
καὶ τὸ βέλτιστον: ἀναγκαῖον δὲ εἶναι τὸν αὐτὸν τοῦτον
καὶ τὸ χεῖρον εἰδέναι᾽ τὴν αὐτὴν γὰρ εἶναι ἐπιστήμην περὶ
αὐτῶν. Ταῦτα δὴ λογιζόμενος ἅσμενος εὑρηκέναι ὥμην
9 Le] L4 €, LA 3, τ
διδάσκαλον τῆς αἰτίας περὶ τῶν ὄντων κατὰ νοῦν ἐμαυτῷ,
τὸν ᾿Αναξαγόραν, καί μοι φράσειν πρῶτον μὲν πότερον ἣ
γῆ πλατεῖά ἔστιν ἢ στρογγύλη, ἐπειδὴ δὲ φράσειεν,
Le) A 7 9 En J 2 \ \ 7
ἐπεκδιηγήσεσθαι τὴν αἰτίαν καὶ τὴν ἀνάγκην, λέγοντα τὸ
2 LA A 2 LA \ Ὰ > ͵ LA Ὰ
ἄμεινον καὶ ὅτι αὐτὴν ἄμεινον ἦν τοιαύτην εἶναι" καὶ εἶ ἐν
5’ À 2 A 2, Lo U [ον \ 2 2
μέσῳ φαίη εἶναι αὐτήν, ἐπεκδιηγήσεσθαι ὡς ἄμεινον ἦν
DEN > , A js
αὐτὴν ἐν μέσῳ etvar καὶ\ εἴ537 μοι ταῦτα
A 2 ,
ἀποφαίνοι, παρε-
σκευάσμην ὧς οὐκέτι ποθεσόμενος αἰτίας ἄλλο εἶδος. [Καὶ
“δὴ καὶ περὶ ἡλίου οὕτω παρεσκευάσμην ὡσαύτως πευσό-
μενος, καὶ σελήνης καὶ τῶν ἄλλων ἄστρων, τάχους τε 98
tu J A La) 27 2 L£
πέρι πρὸς ἄλληλα καὶ τροπῶν καὶ τῶν ἄλλων παθημάτων,
πῇ ποτε ταῦτ᾽ ἄμεινόν ἐστιν ἕκαστον καὶ ποιεῖν καὶ
πάσχειν ἃ πάσχει. Οὐ γὰρ ἄν ποτε αὐτὸν ὥμην, φάσκοντά
γε ὕπὸ νοῦ αὐτὰ κεκοσμῆσθαι, ἄλλην τινὰ αὐτοῖς αἰτίαν
ἐπενεγκεῖν ἢ ὅτι βέλτιστον αὐτὰ οὕτως ἔχειν ἔστιν ὥσπερ
ἔχει ἑκάστῳ οὖν αὐτῶν ἀποδιδόντα τὴν αἰτίαν καὶ κοινῇ l
πᾶσι, τὸ ἑκάστῳ βέλτιστον ὥμην καὶ τὸ κοινὸν πᾶσιν
Le À ς { ἐλ 3 A A \ A
7 ἔστ τὴν ἡ ᾿Ι αὐτῷ: -τὸν B2)(o su.) Eus, -τῶν Bi
8 δὲ: om. Eus. || d 1 προσήχειν B? (ν add.) (et Eusr.): x BW?
(at uid.) || 2 αὐτοῦ ἐχείνου : αὐτοῦ T Eus. αὑτοῦ Ven. 184 (E) αὐτοῦ
W || τῶν B? (5. u.) (et Eus.): om. BY ||ὃ δὲ : δὴ Eus. || 5 εὑρηχέναι
(et Eus.) : ndp. Burnet || 8 ἐστιν: ante ἣ γῆ W |l.e 1 ete 3, 98 b 3
ἐπεχδιηγήσεσθαι : priorum € exp. B? -oacûat W Eus. (alt. -γεῖσθαι
Eus?.) || 4 αὐτὴν (et Eus.) : -τῇ W || ἀποφαίνοι ΒΣ (το exp.) : -τὸ
BWY Eus. || et θ. παρεσχευάσμην (et Eus.): -ασάμην W || 5 ποθεσό-
μενος (et Bus. ut ex corruptelis uid.) : ὑποθέμενος BY γρ. T ὑποθησό-
μενος W || 98 4 5 αὐτοῖς αἰτίαν : at. αὐ. B? (transp.) W/|| 6 βέλτιστον :
-τιον W || Ὁ τ ἑχάστῳ : -του Eus. || αὐτῶν : -τὸν T om. Eusr.
ἀπιὸν: 19
98 b PHÉDON ut AS
bien commun de toutes. Ah! pour beaucoup je n’aurais pas
cédé mes espérances ! Avec quelle ardeur au contraire je me
saisis du livre! Je 16 lisais le plus vite possible, afin d’être au
plus vite instruit du meilleur et du pire.
« Eh bien! adieu la merveilleuse espérance ! Je m'en éloi-
gnais éperdument!. Avançant en effet dans ma lecture, je vois
un homme qui ne fait rien de l'Esprit, qui ne lui impute non
plus aucun rôle dans les causes particulières de l’ordre des
choses, qui par contre allègue à ce propos des actions de l’air,
de l’éther, de l’eau ?, et quantité d’autres explications déconcer-
tantes. Or son cas, me sembla-t-il, était tout pareil à celui de
quelqu'un qui, après avoir dit que dans tous ses actes Socrate
agit avec son esprit, se proposant ensuite de dire les causes de
chacun de mes actes, les présenterait ainsi : Pourquoi,
d’abord, suis-je assis en ce lieu? C’est parce que mon corps
est fait d’os et de muscles; que les os sont solides et ont des
commissures qui les séparent les uns des autres, tandis que
les muscles, dont la propriété est de se tendre et de se relà-
cher, enveloppent les os avec les chairs et avec la peau qui
maintient l’ensemble; par suite donc de l’oscillation des os
dans leurs emboîtements, la distension et la tension des
muscles me rendent capable, par exemple de fléchir à présent
ces membres; et voilà la cause en vertu de laquelle, plié de
la sorte ὃ, je suis assis en ce lieu! S'agit-il maintenant de
l'entretien que j'ai avec vous? Il serait question d’autres
causes analogues : à ce propos on allèguerait l’action des sons
vocaux, de l’air, de l’audition, mille choses encore en ce
genre ; et l’on n'aurait cure de nommer les causes qui le sont
véritablement. Or les voici : puisque les Athéniens ont jugé
meilleur de me condamner, pour cette raison même, moi à
1. Anaxagore a failli à ses promesses ;de même (sans le nom) Lois
XI, 967 b-d, et cf. Arist. Metaph. À 3, 984 b, 17 sq. ; 4, 985 a, 18-27.
2. L'Esprit ne donne que la chiquenaude et l’arrangement se
machine ensuite tout seul. La première brisure dans le mélange pri-
mitif de tout avec tout détermine en lui une rotation qui, en s’éten- :
dant, multiplie les séparations : ce qui est chaud, lumineux, sec,
subtil se sépare de ce qui est froid, sombre, humide, dense ; d’où
l’éther et l'air; puis de l’air se séparent l’eau et la terre. Dans la
physique du Timée le mécanisme est, au contraire, dirigé par la pen-
sée du bien chez le Démiurge, avec les Idées pour modèle.
3. Socrate reprend momentanément la position décrite 60 b
ne DAIAON 98 ἢ
᾿ἐπεκδιηγήσεσθοαι ἀγαϑόν. Kai οὖκ ἂν ἀπεδόμην πολλοῦ τὰς
ἐλπίδας, ἀλλά, πάνυ σπουδῇ λαδὼν τὰς βίθλους, ὡς τάχιστα
οἷός τ᾽ ἢ ἀνεγίγνωσκον, ἵν᾽ ὡς τάχιστα εἰδείην τὸ βέλτιστον
καὶ τὸ χεῖρον.
And δὴ θαυμαστῆς ἐλπίδος, ὦ ἑταῖρε, ᾧχόμην φερό-
μενος, ἐπειδή, προϊὼν καὶ &vayiyvookov, δρῶν ἄνδρα τῷ
3 [A ss À At 2 LA € Le] 2 ὃ a
μὲν νῷ οὐδὲν χρώμενον οὐδέ τινας αἰτίας ἐπαιτιώμενον EG
ΑΥ̓͂ Les 2 A [A 2 LA 2 [4 3 (A 2
τὸ διακοσμεῖν τὰ πράγματα, ἀέρας δὲ καὶ αἰθέρας καὶ
ὕδατα αἰτιώμενον καὶ ἄλλα πολλὰ καὶ ἄτοπα. Kat μοι
ἔδοξεν δμοιότατον πεπονθέναι ὥσπερ ἂν εἴ τις, λέγων ὅτι
Σωκράτης πάντα ὅσα τιράττει νῷ πράττει, κἄπειτα,
ἐπιχειρήσας
2 ,
λέγειν
΄
τὰς
A
αἰτίας
DA
ἑκάστων
€ ΄
ὧν
μὰ
πράττω,
΄
λέγοι
[A
τιρῶτον μὲν ὅτι διὰ ταῦτα νῦν ἐνθάδε κάθημαι, ὅτι σύγκειταί
βου τὸ σῶμα ἐξ ὀστῶν καὶ νεύρων, καὶ τὰ μὲν ὀστᾶ ἐστι
A La 2 2 Le] A U A À À 2 A 53
στερεὰ καὶ διαφυὰς ἔχει χωρὶς ἀπ᾽ ἀλλήλων, τὰ δὲ νεῦρα,
οἷα ἐπιτείνεσθαι καὶ ἀνίεσθαι, περιαμπέχοντα τὰ ὄστᾶ
μετὰ τῶν σαρκῶν καὶ δέρματος ὃ συνέχει αὐτά αἰωρου-
μένων οὖν τῶν ὀστῶν ἐν ταῖς αὑτῶν ξυμθολαῖς χαλῶντα καὶ
συντείνοντα τὰ νεῦρα κάμτιτεσθαί που ποιεῖ οἷόν τ᾽ εἶναι
ἐμὲ νῦν τὰ μέλη᾽ καὶ διὰ ταύτην τὴν αἰτίαν συγκαμφθεὶς
ἐνθάδε κάθημαι. Kai αὖ περὶ τοῦ διαλέγεσθαι ὑμῖν, ἑτέρας
«οιαύτας αἰτίας λέγοι, φωνάς τε καὶ ἀέρας καὶ ἀκοὰς καὶ
ἄλλα μυρία τοιαῦτα αἰτιώμενος, ἀμελήσας τὰς ὡς ἀληθῶς
αἰτίας λέγειν, ὅτι, ἐπειδὴ ᾿Αθηναίοις ἔδοξε βέλτιον εἶναι
Euo0 καταψηφίσασθαι, διὰ ταῦτα δὴ καὶ ἐμοὶ βέλτιον αὖ
2 οὐχ ἡ οὐδ᾽ Bus. Ὁ ἢ: ἣν B'W?Y Eus. || ἀνεγίγνωσχον:
ἽΝ Eus. || εἰδείην (et Bus.) ἠδ. BY || 7 ἐλπίδος, ὦ ἑταῖρε:
. ΤῊΝ Eus. || ὃ ἀναγιγνώσχων: -γιν. W Eus. || c 3 λέγων W?
(s. (et Eus.): λέγοι W || 6 ἐνθάδε : post pr. ὅτι Eus. || σύγχειταί (et
Eus.) : Evyx. BY || 7 et d 3 ὀστῶν: -éwv BWY || ὀστᾶ et d 1: -éx
W (sed -τᾶ 99 a 1) || ἐστι: -τιν B || d 2 σαρχῶν: ©. τε Eus. ||
συνέχει: ξυν. BY || αἰωρουμένων B?Y? (αι 5. u.) (et Eus.): wo.
BY || 8 αὑτῶν (et Eus.): αὖ. W {|| ξυμθολαῖς (et Eus.): ἐμ6. W ||
ἡ. συντείνοντα : ξυντ. BY || που (et Eus.): om. W [| συγχαμφθεὶς:
ξυγχ. BY || 7 τοιαύτας : τοιάσδε Eus. || 8 ὡς T2? (5. u.) : om. T.
98e PHÉDON FAR
mon tour, j'ai jugé meilleur d’être assis en ce lieu, c'est-à-
dire plus juste de subir, en restant où j'étais, telle peine qu'ils
m'infligent. Oui, par le Chien! il y ἃ beau temps, je ne me
99 trompe pas, que ces muscles et ces os pourraient être du côté,
soit de Mégare, soit de la Béotie!, là où les aurait portés une
certaine conception du meilleur, si mon idée n'avait pas été
qu'il était plus juste et plus beau de préférer à la fuite et à
l'évasion l'acceptation, due à la Cité, de la peine qu’elle me
fixerait.
« Donner toutelois le nom de causes à des choses pareilles
est un comble d’extravagance. Dit-on au contraire que, sans
la possession d'os, de muscles, de tout ce qu’ en plusj'ai à moi,
je ne serais pas à même de réaliser mes desseins? Bon, ce
serait la vérité. Mais dire que c’est à cause de cela que je fais
ceque je fais, et qu'en le faisant j'agis avec mon esprit, non ce-
pendant en vertu du choix du meilleur, peut-être est-ce en
prendre plus que largement à son aise avec le langage! Il y ἃ
là une distinction dont on est incapable : autre chose est en
effet ce qui est cause réellement ; autre chose, ce sans quoi la
cause ne serait jamais cause ?. Or voilà, à mes yeux, ce que la
plupart, tâtonnant comme dans les ténèbres, désignent, d’un
terme dont l'emploi est impropre, comme étant une cause.
La conséquence, c'est qu’un tel, ayant entouré la terre d’un
tourbillon, veut que ce soit le ciel qui la maintienne en
place, tandis que pour un autre elle est une sorte de vaste
huche à laquelle l’air sert de base et de support *. Quant à la
puissance, par l’action de laquelle la meilleure disposition
possible pour ces choses est celle qui est en fait réalisée, cette
puissance, ils ne la cherchent pas ; ils ne se figurent pas qu'une
force divine est en elle. Maïs 115 pensent pouvoir un jour dé-
couvrir quelque Atlas plus fort que celui-là, plus immortel,
et par qui soit davantage supporté ARE des choses;
autrement dit, le bien, qui est obligation, ils se figurent que
et qu'il avait quittée pour mettre les pieds à terre, 67 c.
1. Près d’Euclide ou de Simmias et Cébès (Criton 53 b, 45 b). A
comparer 62 c avec 6r b fin et 63 bc: évasion ou suicide c’est tout un.
2. Cause réelle et conditions secondaires de son action, nécessité
du bien dans l’âme et nécessité mécanique dans les corps : c’est la
base de la cosmologie du Timée, 46 de, et des Lois X, 8g7 ab ; cf.
fore 245 de.
3. Empédocle expliquait la stabilité de la terre par la giration ‘du
τ | DAIAON S8 6
δέδοκται ἐνθάδε καθῆσθαι, καὶ δικαιότερον παραμένοντοαι
ὑπέχειν τὴν δίκην ἣν ἂν κελεύσωσιν. Erntei, νὴ τὸν κύνα,
ὡς ἐγῶμαι, πάλαι ἂν ταῦτα τὰ νεῦρα καὶ τὰ ὀστᾶ ἢ περὶ Μέ- 99
γαρα ἢ Βοιωτοὺς ἦν, ὑπὸ δόξης φερόμενα τοῦ βελτίστου, εἰ
᾿Βὴ δικαιότερον ὥμην καὶ κάλλιον εἶναι, πρὸ τοῦ φεύγειν τε
καὶ ἀποδιδράσκειν, ὑπέχειν τῇ πόλει δίκην ἥντιν᾽ ἂν τάττῃ.
« ᾿Αλλ᾽ αἴτια μὲν τὰ τοιαῦτα καλεῖν λίαν ἄτοπον. Ἐὶ δέ
τις λέγοι ὅτι, ἄνευ τοῦ τὰ τοιαῦτα ἔχειν καὶ ὄὃστᾶ καὶ
νεῦρα καὶ ὅσα ἄλλα ἔχω, οὐκ ἂν οἷός T ἢ ποιεῖν τὰ
δόξαντά μοι, ἀληθῆ ἂν λέγοι. ‘Qc μέντοι διὰ ταῦτα ποιῶ
ἃ ποιῶ, καὶ ταῦτα νῷ πράττω ἀλλ᾽ οὐ τῇ τοῦ βελτίστου
αἱρέσει, πολλὴ ἂν καὶ μακρὰ ῥαθυμία εἴη τοῦ λόγου" τὸ
γὰρ μὴ διελέσθαι οἷόν τ᾽ εἶναι ὅτι ἄλλο μέν τί ἔστι τὸ
αἴτιον τῷ ὄντι, ἄλλο δὲ ἐκεῖνο ἄνευ οὗ τὸ αἴτιον οὐκ ἄν
ποτ᾽ εἴη αἴτιον᾽ ὃ δή μοι φαίνονται ψηλαφῶντες ot πολλοὶ
ὥσπερ ἐν σκότει, ἀλλοτρίῳ ὄνόματι προσχρώμενοι, ὡς
αἴτιον αὐτὸ προσαγορεύειν. Διὸ δὴ καὶ ὃ μέν τις, δίνην
περιτιθεὶς τῇ γῆ, ὑπὸ τοῦ οὐρανοῦ μένειν δὴ ποιεῖ τὴν
γῆν᾽ ὃ δὲ ὥσπερ καρδόπῳ πλατείο βάθρον τὸν ἀέρα
ὑπερείδει. Τὴν δὲ τοῦ ὡς οἷόν τε βέλτιστα αὐτὰ τεθῆναι
δύναμιν οὕτω νῦν κεῖσθαι, ταύτην οὔτε ζητοῦσιν οὔτε τινὰ
οἴονται δαιμονίαν ἰσχὺν ἔχειν, ἀλλὰ ἡγοῦνται τούτου
"Άτλαντα ἄν ποτε ἰσχυρότερον καὶ ἀθανατώτερον καὶ
μᾶλλον ἅπαντα ξυνέχοντα ἐξευρεῖν, καὶ ὡς ἀληθῶς
e ἡ ἂν χελεύσωσιν : ἂν -εύωσιν Τ' -εύουσιν Eusr. ||99 à τ χαὶ (οἱ
Eus.): τε χαὶ BY || 7 ὅσα ἄλλα (et Eus.) : ἄ. 6. W || ἡ (et Επ5.) : ἦν
BW (cf. 98 b 5) Y à T ||ὃ ἀληθῆ ἂν λέγοι : om. T ||ποιῶ ΒΞ (et Eus.) :
τῶν (v eras.) B || 9 πράττω (et Eus.): -wy Heindorf ||Ὁ τ ἂν (et Eus.) :
post pal. Y om. B || 2 διελέσθαι: EX. Simplic. in Phys. || οἷόν τ᾽:
of. τε T || τί ἐστι (et Stob.): ἐ. τ. T || 3 ἐχεῖνο (et Stob. Simplic.):
ἐ. ὃ BE (( πι.) ΤΞΖ (5. u.) W || Δ ποτ᾽: -τε W]|5 σχότει (et Stob.
Simplic.): -τῷ Τὸ (ὦ 5. u.) W || ὀνόματι (et Stob. Simplic.): ὄυ.-
part BWY || 7 περιτιθεὶς : περιθεὶς Eus. || ὃ ἀέρα (et Eus. Stob. Sim-
plic.): d. χάτω W || 1 βέλτιστα αὐτὰ (et Euseb. Stob. Simplic.):
αὖ. -τα B? (transp. et α s. u.) W -τον αὐτὰB || 4 ΓΔτλαντα ἄν ποτε:
ἀν x. Δ. ΤΥ Eus. Stob.
99c PHÉDON 72
ce n'est pas lui qui relie ‘et supporte en vérité quoi que ce
soit. Mais moi au contraire, pour savoir comment se com-
porte cette sorte de cause, avec quelle joie ne me serais-je pas
mis à l’école de n importe qui | Puisque cependant la cause
s'était dérobée à moi, puisque je n'avais eu le moyen, ni dela
découvrir par moi-même, nide m'en instruire près d’un autre,
ἃ javais, pour me mettre à sa recherche, à « changer de navi-
gation » ὁ : quelles peines j'y ai prises, désires-tu, Cébès, dit-il,
que je t'en donne un exposé? — Impossible assurément, ré-
pondit-il, de le souhaiter plus que moi!
— Eh bien! voici, reprit Socrate, quelles
La cause vraie
est la Forme.
furent après cela mes réflexions, et depuis
que je me fus découragé de l'étude de
l'être:je devais prendre garde pour moi à cet accident dont les
spectateurs d’une éclipse de soleil sont victimes dans leur
observation; 1] se peut en effet que quelques-uns y perdent
la vue, faute d'observer dans l'eau ou par quelque procédé
analogue l’image de l’astre. Oui, c’est à quelque chose de ce
genre que je pensai pour ma part : je craignis de devenir
complètement aveugle de l’âme, en braquant ainsi mes yeux
sur les choses et en m'efforçant, par chacun de mes sens,
d'entrer en contact avec elles. Il me sembla dès lors indis-
pensable de me réfugier du côté des idées et de chercher à
voir en elles la vérité des choses. Peut-être, 1] est vrai, ma
comparaison en un sens n est-elle point exacte, car je ne con-
100 viens pas sans réserve que l'observation idéale des choses nous
les fasse envisager en image, plutôt que ne fait une expérience
effective ?. Toujours est-il que c’est du côté de celle-là que je
me lançai. Ainsi, après avoir dans chaque cas pris pour
base l’idée qui est à mon jugement la plus solide, tout ce en
quoi je puis trouver consonance avec elle, je le pose comme
ciel environnant : ainsi l’eau reste dans un vase qu’on fait tourner
très vite. On peut songer aussi au tourbillon éthéré de Diogène
d’Apollonie. L'autre opinion est celle d’Anaximène, d’Anaxagore,
d’Archélaüs (cf. Arist. De caelo 11, 13, 295 ἃ, 13; 294 b, 13 sqq.).
1. Of. ce qu’a dit Simmias 85 cd, et voir Notice, p. ΧΕΙ, n. 2.
2. Regarder le soleil avec ses yeux ou l’être avec ses sens, c’est
s’aveugler à plaisir (cf. 96 c, 97 b). L’être se contemple par la pensée
et dans Les Idées, qui n'en sont donc pas de simples images.
72 ΦΑΙΔΩΝ 89 0
τὸ ἀγαθὸν καὶ δέον ξυνδεῖν καὶ συνέχειν οὐδὲν οἴονται.
᾿Εγὼ μὲν οὖν τῆς τοιαύτης αἰτίας ὅπη ποτὲ ἔχει μαθητὴς
δτουοῦν ἥδιστ᾽ ἂν γενοίμην. ᾿Επειδὴ δὲ ταύτης ἐστερήθην
καὶ οὔτ᾽ αὐτὸς εὕρεϊν οὔτε παρ᾽ ἄλλου μαθεῖν οἷός τε
ἐγενόμην, τὸν δεύτερον πλοῦν ἐπὶ τὴν τῆς αἰτίας ζήτησιν
ἣ πεπραγμάτευμαι βούλει σοι, ἔφη, ἐπίδειξιν ποιήσωμαι, ὦ
ἰἱκέθης; — Ὑπερφυῶς μὲν οὖν, ἔφη, ὡς βούλομαι.
"Ἔδοξε τοίνυν μοι, À δ᾽ ὅς, μετὰ ταῦτα, ἐπειδὴ
ἀπείρηκα τὰ ὄντα σκοπῶν, δεῖν εὐλαθηθῆναι μὴ πάθοιμι
ὅπερ ot τὸν ἥλιον ἐκλείποντα θεωροῦντες καὶ σκοπούμενοι"
διαφθείρονται γάρ που ἔνιοι τὰ ὄμματα, ἐὰν μὴ ἐν ὕδατι ἤ
τινι τοιούτῳ σκοπῶνται τὴν εἰκόνα αὐτοῦ. Τοιοῦτόν τι καὶ
ἐγὼ διενοήθην, καὶ ἔδεισοι μὴ παντάπασι τὴν ψυχὴν τυφλω-
θείην. βλέπων πρὸς τὰ πράγματα τοῖς ὄμμασι καὶ ἑκάστη
τῶν αἰσθήσεων ἐπιχειρῶν ἅπτεσθαι αὐτῶν. "Εδοξε δή μοι
3
χρῆναι εἷς τοὺς λόγους καταφυγόνται ἐν ἐκείνοις σκοπεῖν
τῶν ὄντων
La 2
τὴν x
ἀλήθειαν.
39 , C2
“low μὲν οὖν ᾧ εἰκάζω
X 5 La]
ι
2 ΄
τρόπον
,
τινὰ οὐκ ἔοικεν᾽ οὐ γὰρ πάνυ συγχωρῶ τὸν ἐν λόγοις 100
σκοπούμενον τὰ ὄντα ἐν εἰκόσι μᾶλλον σκοτιεῖν ἢ τὸν ἐν
ἔργοις. ᾿Αλλ᾽ οὖν δὴ ταύτη γε ὥρμησα, καὶ ὑποθέμενος
ἑκάστοτε
€ ΄
λόγον aὃν ἂν
λό 2\
κρίνω
΄
ἐρρωμενέστατον
2 L ἡ
εἶναι,
EE
ἃει μὲν
X
ἄν μοι δοκῇ τούτῳ συμφωνεῖν τίθημι ὡς ἀληθῆ ὄντα, καὶ
© 0 τὸ ἀγαθὸν : tay. W || Evydeiv (et Eus.) : συνιδεῖν Stob. ||
συνέχειν : Euv. ΒΤΞ (ξ 5, αν.) WY -ϑδέειν Stob. || 7 οὖν Υ3 (s. u.):
om. Υ || τοιαύτης (et Stob.): αὐτῆς T || g οἷός τε: οἷ. τ᾽ W ἃ 2
ἢ πεπραγμάτευμαι (et Stob.) : ἣ π. BW ἣν x. ΒΣ (ν 5. u.) Y ἡ -τευται ΒΞ
(. m.) || ποιήσωμαι : -σομαι BTW Stob. || 3 οὖν (et Stob.): om. W ||
5 ἀπείρηχα T? (as. u.): τήχη T (n ex et) -ἥχειν et -ἤχει Stob. || 6
ἐχλείποντα (et Stob.): ἐχλίπ. T (sic) || σχοπούμενοι: σ. πάσχουσιν
T 6. -σ! B2W Stob. || 7 ἕνιοι (et Stob.) : ἐνίοτε B?T2 (ambo 1. m.)
W ||ἤ τινι (et Stob.): ἢ ἕν τ. T ||e 2 ἔδεισα uel 3 βλέπων... ἡ αὐτῶν:
addub. Jackson et Archer Hind || 6 ᾧ B2Y2(ambo.i. m.) (et Stob.n):
ὡς codd. || 400 ἃ τ συγχωρῶ: ἔυγχ. BY || λύγοις et a 3 ἔργοις:
τοῖς utrimq. P'ESES BY Stob. || 4 ὃν add. B? [Link].): om. B ||
Ὁ συμφωνεῖν : Euuo. BY
400 8 PHÉDON 73
étant vrai, et quand il s’agit de cause, et quand 1] s’agit de
n importe quoi; tout ceen quoi au contraire DRICRITE te con-
sonance, je tiens que ce n’est point vrai. Mais j'ai envie de
t’exposer plus clairement ce que je viens de dire, car pour l’ins-
tant, si je ne me trompe, tu ne comprends pas. — Non, par
Zeus, dit Cébès, pas très fort !— Et pourtant, reprit Socrate,
ce langage n’est pas du tout nouveau ; mais, en toute autre
occasion aussi bien que dans l'argumentation passée, c’est
celui que pas une fois je n’ai cessé de tenir. Dès que j'en
. viens à essayer de t’exposer quelle est l'espèce de causalité
pour laquelle je me donnai toute cette peine, voici en effet
que derechef je vais retrouver ce que, vous le savez, j'ai cent
fois ressassé ; voici que cela me sert de point de départ et de
base, quand j'admets qu’il existe un Beau en soi et par soi,
un Bon, un Grand, et ainsi de tout le reste. Si tu m’accordes
l'existence de ces choses, si tu en conviens avec moi, j'ai
espoir qu'elles me mèneront à mettre sous tes yeux la
cause, ainsi découverte, qui fait que l'âme a l’immortalité.
— Mais bien sûr que je te l'accorde, dit Cébès, et tu n'auras,
toi, qu'à achever au plus vite!
— Examine donc, continua Socrate, ce qui suit de l’exis-
tence des susdites réalités, pour voir si là-dessus tu partages
mon sentiment. 1] est en effet pour moi évident que, si la
beauté appartient à quelque chose encore hors du Beau en
soi, il n'y ἃ absolument aucune autre raison que cette chose
soit belle, sinon qu’elle participe au Beau dont il s’agit. Et
pour tout j'en dis autant. Est-ce là une sorte de cause qui
ait ton assentiment? — Elle a, dit-il, mon assentiment. —
Dans ces conditions, repartit Socrate, les autres causes, celles
qui sont savantes, je ne les comprends plus, je ne réussis pas
davantage àà me Le expliquer : , qu'on me donne pour
raison de la beauté de telle es ou l'éclat de sa couleur,
ou sa forme, ou quoi que ce soit encore d’analogue, autant
d'explications auxquelles je dis bonsoir, pareillement troublé
d’ailleurs en toutes ! Cette raison-ci au contraire, avec une
simplicité naïve, sotte peut-être, moi j'en fais mon aflaire,
me disant que la beauté de cette chose n’est produite par rien
d'autre sinon, ou par une présence du Beau en question, ou
encore une communication, soit enfin par tels voies et
moyens que comporte cette corrélation. Sur ce dernier
point en effet je ne prends point jusqu'à présent fermement
3 De ΟΠ DAIAON 100 a
περὶ αἰτίας καὶ περὶ τῶν ἄλλων ἁπάντων᾽ ἃ δ᾽ ἂν μή, ὥς
οὐκ ἀληθῆ. Βούλομαι δέ σοι σαφέστερον εἰπεῖν ἃ λέγω"
οἶμαι γάρ σε νῦν où μανθάνειν. --- Οὐ, μὰ τὸν Δία, ἔφη ὃ
Κέθης, où σφόδρα. -- ᾿Αλλ᾽, ἢ δ᾽ ὅς, ὧδε λέγω οὐδὲν
καινόν, ἀλλ᾽ ἅπερ ἀεί τε ἄλλοτε καὶ ἐν τῷ παρεληλυθότι
λόγῳ οὐδὲν πέπαυμαι λέγων. "Epyouar γὰρ δὴ ἐπιχειρῶν
σοι ἐπιδείξασθαι τῆς αἰτίας τὸ εἶδος ὃ πεπραγμάτευμαι,
καὶ εἶμι πάλιν ἐπ᾽ ἐκεῖνα τὰ πολυθρύλητα καὶ ἄρχομαι ἀπ᾽
ἐκείνων, ὑποθέμενος εἶναί τι καλὸν αὐτὸ καθ᾽ αὑτὸ καὶ
ἀγαθὸν καὶ μέγα καὶ τἄλλα πάντα. “A εἴ μοι δίδως τε καὶ
ξυγχωρεῖς εἶναι ταῦτα, ἐλπίζω σοι ἐκ τούτων τὴν αἰτίαν
ἐπιδείξειν καὶ ἀνευρήσειν ὧς ἀθάνατον ἣ ψυχή. --- ᾿Αλλὰ
μήν, ἔφη ὃ Κέθης, ὡς διδόντος σοι οὐκ ἂν φθάνοις
περαίνων. |
— Σκόπει δή, ἔφη, τὰ ἑξῆς ἐκείνοις ἐάν σοι ξυνδοκῇ
ὥσπερ ἐμοί: φαίνεται γάρ μοι, εἴ τί ἔστιν ἄλλο καλὸν πλὴν
αὐτὸ τὸ καλόν, οὐδὲ δι ἕν ἄλλο καλὸν εἶναι ἢ διότι
μετέχει ἐκείνου τοῦ καλοῦ" καὶ πάντα δὴ οὕτως λέγω. Τῇ
τοιᾶδε αἰτία συγχωρεῖς : --- Συγχωρῶ, ἔφη. --- Οὐ τοίνυν,
ἢ δ᾽ ὅς, ἔτι μανθάνω οὐδὲ δύναμαι τὰς ἄλλοις αἰτίας, τὰς
σοφὰς ταύτας, γιγνώσκειν ἄλλ᾽ ἐάν τίς μοι λέγη διότι καλόν
ἐστιν ὅδτιοῦν, ἢ χρῶμα εὐανθὲς ἔχον ἢ σχῆμαἢ ἄλλο δτιοῦν
τῶν τοιούτων, τὰ μὲν. ἄλλα χαίρειν ἐῶ, ταράττομαι γὰρ ἐν
τοῖς ἄλλοις πᾶσι᾽ τοῦτο δὲ ἅπλῶς καὶ ἀτέχνως καὶ ἴσως
εὐήθως ἔχω παρ᾽ ἐμαυτῷ, ὅτι οὐκ ἄλλο τι ποιεῖ αὐτὸ καλὸν
ἢ ἐκείνου τοῦ καλοῦ εἴτε παρουσία εἴτε κοινωνίαι, εἴτε ὅπῃ
a Ὁ περὶ τῶν (et Stob.): B? τῶν (περὶ exp.) || ἁπάντων : ravt. Stob.
ἅπ. ὄντων BWY ἀπ. τῶν ὄντ. uulg. || 7 οὐχ : om. W || ὃ Δία: Ar’
WI br te B?: χαὶ B || γὰρ : om. ΤΊ} 3 6 : ὑπερ. ||: 7 oo1: σε
Ὑ ||τὴν : τήν το W || 8 ἢ T2(s..u.) : om. T | ὁ 4 πλὴν αὐτὸ τὸ χαλόν
B? (. m.): om. Β || ὁ οὕτως: ττω WY || 7 συγχωρεῖς, συγχωρῶ
Gb). ΒΥ 4 τ ἢ... ἢ : ἢ ὅτι... 1B? (ὅτι 5...} ΤΥ Philop:
in De gen. et corr. ἢ ὅτι... ἢ ὅτι W || 2 τὰ μὲν ἄλλα : τὰλ. Philop. ||
3 πᾶσι: -σιν T || 4 εὐήθως (et Philop.): εὔηθεςW {| 5 ἢ (et Philop.):
ἡ ἢ.
100 à PHÉDON 7h
parti, mais bien sur celui-ci que le Beau est ce qui rend
belles toutes les belles choses. Car voilà où je trouve le plus
de sécurité dans une réponse, qu'elle s'adresse à moi-même
ou à autrui. En m'attachant à ce principe, j'estime ne plus
risquer de faux pas : quelle sécurité, plutôt, de répondre, à
moi comme à n'importe qui d'autre, que c’est par le Beau
que les belles choses sont belles ! N'est-ce pas aussi ton avis?
— C'est mon avis. — C'est aussi, en conséquence, par
la Grandeur que les grandes choses sont grandes et plus
grandes celles qui sont plus grandes, comme par la Petitesse
plus petites celles qui sont plus petites? — Oui. — En con-
séquence, ce n'est pas toi non plus qui accepterais qu'on
vint te dire sur celui-ci, qu’il est de la tête plus grand que
celui-là, et, sur le plus petit des deux, que c’est de cette
même chose qu'il est plus petit! Bien plutôt protesterais-tu
101 que, pour ce qui est de toi, tu ne dis rien que ceci : « ce qui
« est plus grand n'est, en aucun cas, plus grand par rien
« d'autre que par une grandeur, c’est-à-dire que ce qui fait
« qu'il est plus grand, c’est la Grandeur ; tandis que ce qui
« est plus petit n’est plus petit par rien d'autre que par une
« petitesse, c’est-à-dire que ce qui fait qu'il est plus pelit,
« c’est la Petitesse ». Car tu aurais peur, je crois, de voir
s’avancer contre toi une objection qui, lorsque tu soutiendrais
que c’est de la tête que celui-ci est plus grand ou celui-là
plus petit, dirait en premier lieu : « Alors, c’est de la même
« chose que le plus grand est plus grand et le plus petit, plus
« petit? » ; et ensuite : « C'est donc de la tête, laquelle est
« petite, que celui qui est plus grand est plus grand ! » Assu-
rément c’est un prodige d’être grand par quelque chose de
petit. Est-ce que tout cela ne te ferait pas peur? » Cébès se
mit à rire: « À moi? dit-il, oh oui! — Et encore, reprit
Socrate, que 10 soit de 2 plus que 8, et que cela soit la
cause de sa supériorité, n’aurais-tu pas peur de le dire, mais
non pas si c'était par une quantité et du fait de la Quantité?
Et, pour la longueur de deux coudées, de dire que c’est de la
moitié qu’elle est plus grande que celle d’une coudée, mais
non pas de dire que c’est par une grandeur? Car sans doute,
en fait de peur, c’est pareil! — Hé! tout à fait, dit-il. —
Autre chose : quand une unité a été ajoutée à une unité, pré-
tendre que cette adjonction est cause de la production du deux,
ou, quand elle ἃ été fractionnée, que c’est ce fractionnement,
TAN. ΦΑΙΔΩΝ 100 d
δὴ καὶ ὅπως προσγενομένη, οὐ γὰρ ἔτι τοῦτο διισχυρίζομαι,
ἀλλ᾽ ὅτι τῷ καλῷ πάντα τὰ καλὰ γίγνεται καλά" τοῦτο γάρ
μοι δοκεῖ ἀσφαλέστατον εἶναι καὶ ἐμαυτῷ ἂποκρίνασθαι
καὶ ἄλλῳ. Kai τούτου ἐχόμενος ἡγοῦμαι οὐκ ἄν ποτε
πεσεῖν, ἀλλ᾽ ἀσφαλὲς εἶναι καὶ ἐμοὶ καὶ δτῳοῦν ἄλλῳ
ἀποκρίνασθαι ὅτι τῷ καλῷ τὰ καλὰ καλά ἢ où καὶ σοὶ
δοκεῖ: --- Δοκεῖ. -- Καὶ μεγέθει ἄρα τὰ μεγάλα μεγάλα
καὶ τὰ μείζω μείζω, καὶ σμικρότητι τὰ ἐλάττω ἐλάττω ; —
Ναί. --- Οὐδὲ σὺ ἄρα ἂν ἀποδέχοιο εἴ τίς τινα φαίη ἕτερον
ἑτέρου τῇ κεφαλῇ μείζω εἶναι, καὶ τὸν ἐλάττω τῷ αὐτῷ
τούτῳ ἐλάττω, ἀλλὰ διαμαρτύροιο ἂν ὅτι σὺ μὲν οὐδὲν ἄλλο 401
λέγεις ἢ ὅτι τὸ μεῖζον πᾶν ἕτερον ἕτέρου οὐδενὶ ἄλλῳ
μεῖζόν ἐστιν ἢ μεγέθει, καὶ διὰ τοῦτο μεῖζον, διὰ τὸ
μέγεθος, τὸ δὲ ἔλαττον οὐδενὶ ἄλλῳ ἔλαττον ἢ σμικρότητι,
καὶ διὰ τοῦτο ἔλαττον, διὰ τὴν σμικρότητα, φοθούμενος
οἶμαι μή τίς σοι ἐναντίος λόγος ἀπαντήσῃ, ἐὰν τῇ κεφαλῇ
μείζονά τινα φῆς εἶναι καὶ ἐλάττω, πρῶτον μὲν τῷ αὐτῷ
τὸ μεῖζον μεῖζον εἶναι καὶ τὸ ἔλαττον ἔλαττον, ἔπειτα τῇ
κεφαλῇ, outkp@ οὔση, τὸν μείζω μείζω εἶναι" καὶ τοῦτο δὴ
τέρας εἶναι, τὸ σμικρῷ τινι μέγαν τινὰ εἶναι. Ἢ οὐκ ἂν
φοθοῖο ταῦτα; » Καὶ ὃ ἱκέθης γελάσας: « Ἔγωγε,
ἔφη. — Οὐκοῦν, ἢ δ᾽ ὅς, τὰ δέκα τῶν ὀκτὼ δυοῖν πλείω
εἶναι καὶ διὰ ταύτην τὴν αἰτίαν ὑὕπερθάλλειν, φοθοῖο ἂν
λέγειν, ἀλλὰ μὴ πλήθει καὶ διὰ τὸ πλῆθος ; καὶ τὸ δίπηχυ
τοῦ πηχυαίου ἡμίσει μεῖζον εἶναι, ἀλλ᾽ οὐ μεγέθει; ὃ αὐτὸς
γάρ που φόθος. --- Πάνυ γ᾽, ἔφη. --- Τί δέ ; ἑνὶ ἑνὸς προσ-
τεθέντος, τὴν πρόσθεσιν αἰτίαν εἶναι τοῦ δύο γενέσθαι ἤ,
ἃ 0 προσγενομένη : -γιν. W Philop. -ἀγορευο. Wyttenbach -γὙένοιτο
ἂν Wilamowitz 348 sq. |] 7 πάντα Β5,(. m.) : om. Β || γίγνεται χαλά :
om. W || ὃ ἀποχρίνασθαι : -νεσθαι (-vaolar e2) T || e 2 alt. χαλά:
γίγνετα! 2, ΒΞ (y. 5. u.) ΤΥ x. y. W || 3 ἄρα: ἀρα BW || 4 ἐλάττω
alt. Τὸ (1. m.)+ om. T || 5 ἄρα ἂν: ἄρα BY || 101 ἃ 2 τὸ: τὸ μὲν
W || 4 ἄλλῳ ἔλαττον ἢ : &. à T || b 2 alt. εἶνα! : εἰδέναι T || 8
δέ : δαί codd.
404 c PHÉDON κδ΄
᾿
est-ce que tu ne t'en garderais pas? Tu jetterais les hauts cris ὃ
« Non, il n’y a pas, que je sache, d'autre façon pour chaque
« chose de venir à l’existence, sinon de participer à l’essence
« propre de chaque réalité dont elle doit participer; et ainsi,
« dans ces deux cas, je n'ai pas d'autre cause à alléguer de
« l'apparition du deux, si ce n’est la participation à la Dua-
« lité ; bref, c'est une nécessité que participe à celle-ci ce qui
« doit être deux, et à l'Unité, ce qui doit être un ». Quant à
ces fractionnements, à ces adjonctions et autres semblables
finesses, tu leur dirais bonsoir, abandonnant ces explications
aux hommes qui sont plus savants que toi!
PR Toi au contraire, l’effroi que tu as,
comme on dit, de ton ombre même,
l'effroi de ton incompétence, ton attachement à la sécurité
que tu as trouvée à prendre pour base la thèse dont 1] s’agit,
t'inspireraient une semblable réponse. Mais si quelqu'un
s’attachait à la thèse en elle-même, c’est à lui que tu dirais
bonsoir ; et, pour répondre, tu attendrais d’avoir examiné si,
entre les conséquences qui en partent, il y a selon toi con-
sonance ou dissonance. Puis, quand le moment serait venu
pour toi de rendre raison de cette thèse en elle-même, tu en
rendrais compte par le même procédé, en posant cette fois
pour base une autre thèse, celle de toutes à laquelle, en
remontant, tu trouverais le plus de valeur, jusqu'à ce que tu
fusses arrivé à quelque résultat satisfaisant. Mais tu ne t’em-
pètrerais pas dans les confusions où tombent les controver-
sistes; car tu ne t'entretiendrais pas du principe, en même
temps que des conséquences dont il est le point de départ; à
condition du moins que tu eusses envie de découvrir quelque
chose qui soit une réalité. C’est de quoi en effet, semble-t-il,
ces gens-là ne parlent aucunement ct ne se soucient pas
davantage, aptes seulement, avec cette sagesse qui fait tout
brouiller ensemble, à pouvoir se faire plaisir à eux-mêmes !
Toi, s’il est vrai que tu sois un philosophe, au contraire, j'en
ai la conviction, tu feras ce que je dis. — Ton langage,
dirent en chœur Simmias et Cébès, est la vérité même ! »
Écnécrare. — Et, par Zeus ! non sans
Nouvelle pause
raison, Phédon. C’est en eflet, à mon
dans le récit.
sens, une merveille de clarté, même
pour un esprit médiocre, l'exposé de ces idées par Socrate.
75 | ΦΑΊΔΩΝ 104 c
'διασχισθέντος, τὴν σχίσιν οὐκ εὐλαθοῖο ἂν λέγειν ; Kai
μέγα ἂν βοῴης ὅτι οὐκ οἶσθα ἄλλως πὼς ἕκαστον γιγνό-.
Evov ἢ μετασχὸν τῆς ἰδίας οὐσίας Ékdotou οὗ ἂν
MN x Le] 2 [A 2 LA € L4 LOS n
/ ue) , L 9 > > ᾿ > 7
μετάσχη, καὶ ἐν τούτοις οὐκ ἔχεις ἄλλην τινὰ αἰτίαν τοῦ
δύο γενέσθαι ἀλλ᾽ ἢ τὴν τῆς δυάδος μετάσχεσιν: καὶ δεῖν
τούτου μετασχεῖν τὰ μέλλοντα δύο ἔσεσθαι, καὶ μονάδος ὃ
ἂν μέλλῃ ἕν ἔσεσθαι. Τὰς δὲ σχίσεις ταύτας καὶ προσθέσεις
καὶ τὰς ἄλλας τὰς τοιαύτας κομψείας ἑἐῴης ἂν χαίρειν,
παρεὶς ἀποκρίνασθαι τοῖς σεαυτοῦ σοφωτέροις.
« Σὺ δὲ δεδιὼς ἄν, τὸ λεγόμενον, τὴν σαυτοῦ σκιὰν καὶ
τὴν ἀπειρίαν, ἐχόμενος ἐκείνου τοῦ ἀσφαλοῦς τῆς ὕπο-
θέσεως, οὕτως ἀποκρίναιο ἄν. Εἰ δέ τις αὐτῆς τῆς
ὑτιοθέσεως χ
ἔχοιτο, , χαίρ
γαίρειν ἐῴηςons ἄν, ἄν, καὶ οὐκ κ ἀποκρίναιο
ὁ ί
ἕως ἂν τὰ ἀπ᾽ ἐκείνης δρμηθέντα σκέψαιο εἴ σοι ἀλλήλοις
ξυμφωνεῖ ἢ διαφωνεῖ. ᾿Επειδὴ δὲ ἐκείνης αὐτῆς δέοι σε
διδόναι λόγον, ὡσαύτως ἂν διδοίης, ἄλλην αὖ ὑπόθεσιν"
ὑποθέμενος ἥτις τῶν ἄνωθεν βελτίστη φαίνοιτο, ξἕως ET
τι ἱκανὸν ἔλθοις. ἍΑμα δὲ οὐκ ἂν φύροιο, ὥσπερ οἱ ἄντι-
'λογικοί, περί τε τῆς ἀρχῆς διαλεγόμενος καὶ τῶν ἐξ
ἐκείνης ὡρμημένων, εἴπερ βούλοιό τι τῶν ὄντων εὑρεῖν᾽
ἐκείνοις μὲν γὰρ ἴσως οὐδὲ εἷς περὶ τούτου λόγος οὐδὲ
φροντίς" ἱκανοὶ γὰρ ὕπὸ σοφίας ὅμοῦ πάντα κυκῶντες
ὅμως δύνασθαι αὐτοὶ αὑτοῖς ἀρέσκειν᾽ σὺ δ᾽, εἴπερ εἶ τῶν
φιλοσόφων, οἶμαι ἂν ὡς ἐγὼ λέγω ποιοῖς. — ᾿Αληθέστατα,
ἔφη, λέγεις, ὅ τε Σιμμίας ἅμα καὶ ὃ ἰζέθης. »
EX. Νὴ Δία, ὦ Φαίδων, εἰκότως γε’ θαυμαστῶς γάρ
C 2 μέγα uel μεγ᾽ B2: -ἀλα B (exp.) Y || οἶσθα : οἰόμεθα BY
οἰώμ. W || 4 μετάσχῃ W? (ns. u.): -σχοι BW || 5 ἀλλ᾽ à : ἀλλὰ W
[7 ἂν : ἐὰν W || 9 σεαυτοῦ B? (σ 5. u.): ἑαυ. B oav. Y || d r δὲ B?
G: m.): om. B || σαυτοῦ B? (σ 5. u. ) : ἑαυ. B || 3 ἀποχρίναιο᾽: -voin
PW (cf. ἃ 4) || 4 ἔχοιτο : ἔφ. (uel -cv0) Madvig || ἀποχρίναιο:
-νοιο W || 7 αὖ T2 (i. m.): δ ΤΙ 6 1 φύροιο: -zots Madvig || 3 ὧρ-
μημένων T? (η 5. u.): -λωμένων T || 4 οὐδὲ εἷς : οὐδεὶς TW.
%1
402 a PHÉDON 56
Paéponx. — Rien de plus certain, Échécrate ; tel fut aussi le
sentiment de ceux qui étaient là.
Écnécrate. — Et le nôtre, tu le vois, à nous qui n’y
étions pas, mais qui écoutons à présent ton récit ! Et mainte-
nant, quelle fut la suite de la conversation?
Reprise. Pnépox. — Si je ne me trompe, lors-
Te ΣΕ qu'on eut convenu de cela avec lui et
des formes et le qu'on se fut mis d’accord sur l'existence
problème réelle de chacune des formes, sur la
des contraires. nt . -
participation à ces formes de tout ce
qui n'est pas elles et qui en reçoit la dénomination, après
cela, 1l posa cette question : « Si telle est donc, dit-il, ta doc-
trine, est-ce que, en énonçant de Simmias qu'il est plus
grand que Socrate mais plus petit que Phédon, tu n’énonces
pas qu'il y a alors en Simmias l’un et l’autre : la grandeur et
la petitesse? — Eh oui! — Mais en réalité, n’est-ce pas? tu
accordes qu’en ceci : « Simmias dépasse Socrate », la façon
dont s'exprime le langage ne correspond pourtant pas à ce
qui est véritablement? qu'il n'appartient sans doute pas, en
effet, à la nature de Simmias de dépasser, du fait précisément
qu'il est Simmias, mais du fait de la grandeur, en tant qu'il
en possède une quelconque ? pas plus d’ailleurs que de dépas-
ser Socrate ne s'explique parce que Socrate est Socrate, mais
parce que Socrate possède de la petitesse relativement à la
grandeur de l’autre ? — C'est vrai. — Et encore, que, s’il est
dépassé, lui, par Phédon, ce n'est pas non plus parce que
Phédon est Phédon, mais parce que Phédon possède de la
srandeur relativement à la petitesse de Simmias? — C'est
cela. — De la sorte, par conséquent, la dénomination qui
appartient à Simmias, c’est aussi bien « être grand » que
« être petit », puisqu'il est entre les deux et qu’à la grandeur
de l’un, pour que celle-ci dépasse, 1] soumet sa petitesse,
tandis qu’à l’autre ce qu'il présente, c'est sa grandeur, qui
dépasse la petitesse de celui-ci... » Alors, avec un sourire:
« J'ai l'air de vouloir rédiger un contrat? ! Mais, après tout, il
en est bien à peu près comme je dis. » Cébès acquiesça.
« Toujours est-il, reprit Socrate, que la raison de mes paroles
1. En participant à l’Idée, la ehose lui devient homonyme (78 e).
2. Il y a là en effet comme une obligation à imposer ou à subir;
τὸ ΦΑΙΔΩΝ 102 a
μοι δοκεῖ ὧς ἐναργῶς τῷ καὶ σμικρὸν νοῦν ἔχοντι εἰπεῖν
ἐκεῖνος ταῦτα.
ΦΑΙΔ. Πάνυ μὲν οὖν, ὦ ᾿Εχέκρατες, καὶ πᾶσι τοῖς
παροῦσιν ἔδοξεν.
EX. Καὶ γὰρ fuîv τοῖς ἀποῦσι, νῦν δὲ ἀκούουσιν. ᾿Αλλὰ
τίνα δὴ ἦν τὰ μετὰ ταῦτα λεχθέντα;
ΦΑΙΔ. Ὡς μὲν ἐγὼ οἶμαι, ἐπεὶ αὐτῷ ταῦτα συνεχωρήθη,
καὶ ὡμολογεῖτο εἶναί τι ἕκαστον τῶν εἰδῶν καὶ τούτων
τἄλλα μεταλαμθάνοντα αὐτῶν τούτων τὴν ἐπωνυμίαν
ἴσχειν, τὸ δὴ μετὰ ταῦτα ἠρώτα « Et δή, ἦ δ᾽ ὅς, ταῦτα
οὕτως λέγεις, ἂρ᾽ οὐχ, ὅταν Σιμμίαν Σωκράτους φῆς μείζω
εἶναι, Φαίδωνος δὲ ἐλάττω, λέγεις τότ᾽ εἶναι ἐν τῷ
Σιμμίᾳ ἀμφότεραι, καὶ μέγεθος καὶ σμικρότητα: --- [Ἔγωγε.
— ᾿Αλλὰ γάρ, ἢ δ᾽ ὅς, ὁμολογεῖς τὸ « τὸν Σιμμίαν ὑπερέχειν
« Σωκράτους » οὐχ ὡς τοῖς ῥήμασι λέγεται οὕτω καὶ τὸ
ἀληθὲς ἔχειν ; Οὐ γάρ που πεφυκέναι Σιμμίαν ὑπερέχειν
τούτῳ, τῷ Σιμμίαν εἶναι, ἀλλὰ τῷ μεγέθει 8 τυγχάνει
ἔχων’ οὐδ᾽ αὖ Σωκράτους ὑπερέχειν, ὅτι Σωκράτης ὃ
Σωκράτης ἔστιν, ἀλλ᾽ ὅτι σμικρότητα ἔχει ὃ Σωκράτης
τιρὸς τὸ ἐκείνου μέγεθος ; — ᾿Αληθῆ. --- Οὐδέ γε αὖ ὑπὸ
Φαίδωνος ὑπερέχεσθαι τῷ ὅτι Φαίδων ὃ Φαίδων ἐστίν,
ἀλλ᾽ ὅτι μέγεθος ἔχει ὃ Φαίδων πρὸς τὴν Σιμμίου σμικρό-
TTo ; --- Ἔστι ταῦτα. --- Οὕτως ἄρα ὃ Σιμμίας ἐπωνυμίαν
ἔχει σμικρός τε καὶ μέγας εἶναι, ἐν μέσῳ ὧν ἀμφοτέρων, τοῦ
μὲν τῷ μεγέθει ὕπερέχειν τὴν σμικρότητα ὑπέχων, τῷ δὲ
τὸ μέγεθος τῆς σμικρότητος παρέχων ὕπερέχον. » Kai ἅμα
μειδιάσας « Έοικα, ἔφη, καὶ ξυγγραφικῶς ἐρεῖν ἀλλ᾽
οὖν ἔχει γέ που ὥς λέγω. » Ξυνέφη. « Λέγω δὴ τοῦδ᾽
102 ἃ 7 ἔδοξεν : -ἰε BWY || 10 συνεχωρήθη : ξυν. BT2 (ξ 5. u.)Y
{| Ὁ 3 οὕτως : -τω Β5 (σ exp.) Y || 4 τότ᾽: -τε W ταῦτ᾽ T ||c 5 τῷ:
τούτῳ W || d τ ὑπέχων: ὑπερέ. BT? (ep 5. u.) WY παρέ. Stephanus
secl. Vôgelin Hermann || τῷ δὲ τὸ: τῷ δὲ T || 4 δὴ B2 (n 5. u.):
δὲ BY.
102 d PHÉDON 74
est mon désir de te voir partager mon propre sentiment. Une
chose en effet est à mes yeux évidente : ce n’est pas seulement
la Grandeur en soi qui jamais ne consent à être à la fois grande
et petite; mais la grandeur qui est en nous, elle aussi, jamais
ne fait accueil à la petitesse; encore moins consent-elle à être
dépassée ‘. Mais, de deux choses l’une : ou bien elle s’enfuit et
cède la place lorsque contre elle avance son contraire, la Peti-
tesse ; ou bien, du fait même de cette avance, elle cesse d’exis-
ter?; quant à attendre de pied ferme et à recevoir en soi la
Petitesse, elle se refuse à être ainsi une autre chose que celle-
là même qu'elle est. Une comparaison : moi, une fois que j'ai
reçu sans avoir faibli la Petitesse, continuant d’être celui que
justement je suis, moi, ce même Socrate, Je suis petit; elle,
au contraire, la Grandeur, étant grande, ne peut se résoudre
à être petite. Et pareillement aussi, la petitesse qui est en
nous se refuse toujours, et à devenir grande et à l'être; aussi
bien tout autre contraire, tant qu'il est ce que justement 1]
est, se refuse-t-il à devenir ou à être en même temps son
103 propre contraire. Mais, s’il lui arrive ce que je viens de dire,
ou bien 1] s'éloigne, ou bien 1] cesse d’exister. — La chose
est à mes yeux, dit Cébès, d’une évidence absolue ! »
Alors un de ceux qui se trouvaient là
Objection.
(qui était-ce? je n’en ai pas de souvenir
bien sûr) prit la parole : « Par les Dieux ! est-ce que, dans ce
que vous disiez auparavant, on ne s'était pas mis d'accord sur
l'inverse précisément de ce qu’on dit à présent ? que c’est du
plus petit que naît le plus grand, et du plus grand, le plus
petit? que ce qui absolument constitue la génération pour les
contraires, c’est de provenir des contraires ? Or, à présent, ce
qu’on dit, me semble-t-il, c’est que jamais cela ne peut se pro-
‘duire! » Socrate tourna la tête du côté d’où venait la voix :
« Tu es un brave, dit-il, de nous avoir rappelé cela! Tu ne
_— ou « de faire le styliste avec ces mots balancés » (J. Burnet).
r. Ce qui dépasse ou est dépassé, c’est le sujet, non en tant que
« Un tel », mais en tant que sa relation accidentelle à un autre sujet
le fait participer à telle ou telle Idée.
2. Principe capital : les contraires sont deux adversaires, dont l’un.
sera exterminé par l’autre, ou lui échappera par la fuite.
3. Voir surtout 70 d-71 a. La réponse est de grande portée.
|
77 PATAON 102 d
ἕνεκα, βουλόμενος δόξαι σοὶ ὅπερ ἐμοί. ᾿Εμοὶ γὰρ φαίνεται
οὗ μόνον αὐτὸ τὸ μέγεθος οὐδέποτ᾽ ἐθέλειν ἅμα μέγα καὶ
σμικρὸν εἶναι, ἀλλὰ καὶ τὸ ἐν ἧἥμῖν μέγεθος οὐδέποτε
πιροσδέχεσθαι τὸ σμικρόν, οὐδ᾽ ἐθέλειν ὑπερέχεσθαι: ἀλλὰ
δυοῖν τὸ ἕτερον, ἢ φεύγειν καὶ ὕπεκχωρεῖν ὅταν αὐτῷ
᾿ προσίῃ τὸ ἐναντίον, τὸ σμικρόν, ἢ προσελθόντος ἐκείνου
ἀπολωλέναι: ὕπομένον δὲ καὶ δεξάμενον τὴν σμικρότητα
οὖκ ἐθέλειν εἶναι ἕτερον ἢ ὅπερ ἦν. “ὥσπερ ἐγώ, δεξάμενος
καὶ ὑπομείνας τὴν σμικρότητα καὶ ἔτι ὧν ὅσπερ εἰμί, οὗτος
ὃ αὐτὸς σμικρός εἶμι, ἐκεῖνο δὲ οὐ τετόλμηκεν, μέγα ὄν,
σμικρὸν εἶναι. “Ὡς δ᾽ αὕτως καὶ τὸ σμικρὸν τὸ ἐν ἡμῖν οὐκ
ἐθέλει ποτὲ μέγα γίγνεσθαι οὐδὲ εἶναι, οὐδ᾽ ἄλλο οὐδὲν τῶν
ἐναντίων, ἔτι ὃν ὅπερ ἦν, ἅμα τοὐναντίον γίγνεσθαί τε καὶ
εἶναι, ἀλλ᾽ ἤτοι ἀπέρχεται ἢ ἀπόλλυται ἐν τούτῳ τῷ 103
“παθήματι, --- Παντάπασιν, ἔφη ὃ ἰζέθης, οὕτω φαίνεταί
μοι.»
Kai τις εἶπε τῶν παρόντων ἀκούσας, ὅστις δ᾽ ἦν où
σαφῶς μέμνημαι" « Πρὸς θεῶν, οὐκ ἐν τοῖς πρόσθεν ὑμῖν
λόγοις αὐτὸ τὸ ἐναντίον τῶν νυνὶ λεγομένων ὡμολογεῖτο,
ἔκ τοῦ ἐλάττονος τὸ μεῖζον γίγνεσθαι καὶ ἐκ τοῦ μείζονος
τὸ ἔλαττον, καὶ ἀτεχνῶς αὕτη εἶναι À γένεσις τοῖς
ἐναντίοις ἐκ τῶν ἐναντίων ; Νῦν δέ μοι δοκεῖ λέγεσθαι ὅτι
τοῦτο οὖκ ἄν ποτε γένοιτο. D Kai ὃ Σωκράτης παρα--
Baldv τὴν κεφαλὴν καὶ ἀκούσας. « ᾿Ανδρικῶς, ἔφη,
᾿ἀπεμνημόνευκας᾽ OÙ μέντοι ἐννοεῖς τὸ διαφέρον τοῦ τε
ἃ 6 οὐδέποτ᾽ ἐθέλειν: -τε 0. TW || 7 οὐδέποτε : οὔποτε T || ὃ οὐδ᾽
ἐθέλειν : -δὲ 0. TW||e 1 προσίη Β5 (ι 5. ..} : προσείη B -ἥει W || 2
ὑὉπομεένον : ὑπομεῖναν Hirschig Schanz || 4 ὅσπερ : ὥσπ. W || οὗτος T2:
οὕτως T (ut uid.)||5 ἐχεῖνο δὲ οὐ B? fi. m.): -vos δὲ Β ||τετόλ-
mnzev:-xe WY || 6 ὡς δ᾽ αὕτως: ὡσαύτως T || 7 γίγνεσθα: : γενέσθαι
W || οὐδὲ: οὔτε B?T? (ts. u.) W || οὐδ᾽ : -δὲ TW||8 ἔτι ὃν:
αἴτιον BY et γρ. W || 403 ἃ 2 φαίνεταί μοι: μ. φ. Y || 4 εἶπε: -ev T ||
ὦ ὑμῖν: Au.W || τὸ παραδαλὼν : παραλαῦ.W ||b 1 ἀπεμνημόνευχας:
aroueuvn. B? (με s. u.) ἀπομνη. B ut uid.
IV. — τῷ
103 b PHÉDON 78
réfléchis pas cependant à la différence qu'il y a entre ce
qu'on dit à présent et ce qu’on disait à ce moment-là. Ce
qu'on disait en eflet à ce moment, c'est que de la chose qui
est contraire naît la chose qui lui est contraire; mais à pré-
sent, que c’est le contraire lui-même qui ne saurait devenir
son propre contraire, pas plus envisagé en nous-mêmes
qu'envisagé dans la réalité de sa nature‘. Oui, mon cher, à ce
moment 1] s'agissait des sujets auxquels appartiennent les
contraires et que nous qualifions d’après la dénomination de
ceux-ci: mais à présent c'est des contraires en eux-mêmes,
dont la dénomination, avec leur présence dans les sujets qua-
lifiés, passe à ceux-ci ; et les contraires en question, jamais,
disons-nous, ils ne consentiraient à recevoir les uns des autres,
la génération. » En même temps il regarda Cébès et s’exprima
ainsi : « Est-ce que par hasard, dit-il, tu n’as pas été trou-
blé, toi aussi Cébès, par un doute sur ce dent a parlé l’homme
que voici? — Eh bren non, dit Cébès, pas du tout! ce n’est
pas mon cas. Ce qui pourtant ne veut pas dire qu'il n’y ait
quelques petites choses qui me troublent ! — Est-ce que,
reprit-il, nous nous sommes tous deux bien mis d’accord sans.
restriction, que jamais le contraire ne sera son ΒΓΟΡΓῸ con--
traire ? — Absolument, répondit Cébès.
— Poursuivons ione. dit Socrate :fais-moi le plaisir d’exa-
miner si, sur ceci, toi et moi nous sommes d'accord. Il y a
une chose que tu appelles chaud, et une autre, froidἢ —
Hé! bien sûr. — Est-ce là, précisément, ce que tu appelles.
neige et feu ?— Ah! non, bien sûr, par Zeus! — Mais alors
le chaud est une chose autre que du feu, et le froid, une
chose autre que de la neige ? — Oui. — Mais c'est qu'alors,
je pense, selon ton sentiment jamais une neige authentique,
ui aura, de la façon que nous disions auparavant, reçu en
elle le chaud, ne continuera d’être ce que précisément elle est,
en étant neige avec chaud ; tout au contraire, à l'avance du.
chaud, ou bien elle lui cédera la place, ou bien elle cessera:
d'exister ?. — Hé! absolument. — Et le feu à son tour, quand
le froid avance contre lui, ou bien 1] se dérobe, ou bien il est
détruit, sans jamais se résoudre, après avoir reçu en lui la froi-
dure, à êtreencore ce que précisément il est, en étant feu avec
m'Par opposition à « en nous ». Cf. Rep. X, 507 b, Parm. 132 ἃ.
2. Il s’agità présent de choses qui ont un attribut qu’elles ne-
78 PATAQN 103 b
“νῦν λεγομένου καὶ τοῦ τότε. Τότε μὲν γὰρ ἐλέγετο ἐκ τοῦ
ἐναντίου πράγματος τὸ ἐναντίον πρᾶγμα γίγνεσθαι" νῦν δέ,
ὅτι αὐτὸ τὸ ἐναντίον ἑαυτῷ ἐναντίον οὐκ ἄν ποτε γένοιτο,
οὔτε τὸ ἐν ἡμῖν οὔτε τὸ ἐν τῇ φύσει. Τότε μὲν γάρ, ὦ
φίλε, περὶ τῶν ἐχόντων τὰ ἐναντία ἐλέγομεν, ἐπονο-
᾿μάζοντες αὐτὰ τῇ ἐκείνων ἐπωνυμία᾽ νῦν δὲ περὶ ἐκείνων
αὐτῶν ὧν ἐνόντων ἔχει τὴν ἐπωνυμίαν τὰ ὄνομαζόμενα,
αὐτὰ δ᾽ ἐκεῖνα οὐκ ἄν ποτέ φαμεν ἐθελῆσαι γένεσιν
ἀλλήλων δέξασθαι. » Καὶ ἅμα βλέψας πρὸς τὸν Ké6nta
εἶπεν. « Ἄρα μή που, ὦ Κέβης, ἔφη, καὶ σέ τι τούτων
ἐτάραξεν ὧν ὅδε εἶπεν : --- Οὐδ᾽ αὖ, ἔφη ὃ Κέθης, οὕτως
ἔχω καίτοι οὔτι λέγω ὡς οὐ πολλά με ταράττει. —
Συνωμολογήκαμεν ἄρα, ἢ δ᾽ ὅς, ἁπλῶς τοῦτο, μηδέποτε
ἐναντίον ἑαυτῷ τὸ ἐναντίον ἔσεσθαι; --- Παντάπασιν,
ἔφη.
37
--- Ἔτι δή μοι καὶ τόδε σκέψαι, ἔφη, εἰ ἄρα ξυνομο-
λογήσεις. Θερμόν τι καλεῖς καὶ ψυχρόν;: — "Ἔγωγε. --
“ΑἊρ᾽ ὅπερ χιόνα καὶ πῦρ ; --- Μὰ Δί᾽, οὐκ ἔγωγε. — ᾿Αλλ᾽
ἕτερόν τι πυρὸς τὸ θερμόν, καὶ ἕτερόν τι χιόνος τὸ ψυχρόν:
— Ναί. --- ᾿Αλλὰ τόδε γ᾽ οἶμαι δοκεῖ σοι, οὐδέποτε χιόνα
οὖσαν, δεξαμένην τὸ θερμὸν ὥσπερ ἔν τοῖς ἔμπροσθεν
ἐλέγομεν, ἔτι ἔσεσθαι ὅπερ ἦν, χιόνα καὶ θερμόν ἀλλά,
πιροσιόντος τοῦ θερμοῦ, ἢ ὑπεκχωρήσειν αὐτῷ ἢ àTo-
λεῖσθαι. --- Πάνυ γε. — Καὶ τὸ πῦρ γε αὖ, προσιόντος τοῦ
Ψυχροῦ αὐτῷ, ἢ ὑπεξιέναι ἢ ἀπολεῖσθαι: οὐ μέντοι ποτὲ
τολμήσειν, δεξάμενον τὴν ψυχρότητα, ἔτι εἶναι ὅπερ ἦν,
b ἡ ποτε: om. T || 9 δ᾽: δὲ TW || φαμεν : -aiuev B? (αἴ 5. u.) Y ||
oc 1 πρὸς: εἰς ΒΞ (. m.) TWY || 2 ὦ Κέόδης, ἔφη : ἔ. ὦ Κι TW
om. ἔφ. Υ ||ὃ οὐδ᾽ αὖ ΤΞ (i. m.): ὁ δ᾽ αὖ Β [6] T γρ. W || 4 καίτοι
οὔτι B? (1. m.): καὶ τοιοῦτό τι codd. ||5 συνωμολογήχαμεν : ξυν. BY
|| ἀρα: ἄρα W ἀρα T || μηδέποτε: -τ᾽ W || 0 ἔσεσθαι : ante ἑαυτῶ Β5
(transp.) Τ || τὸ χιόνα : χιὼν T || ἃ 2 χιόνα οὖσαν : χιόνα γ᾽ οὖ. Vin-
dob. τοῦ (V) Burnet y. y. οὗ. Schanz ||3 ἔμπροσθεν : πρόσθ. T |] ἡ χαὶ
θερμόν: secl. Schanz || 5 αὐτῷ B? (1. m.): -+0 BY secl. Schanz || 6 sq.
πάνυ... ἀπολεῖσθαι: om. T || ὃ τολμήσειν B2 (1, m.): -os1e (-ev ἢ) B.
103 e PHÉDON : =
e froid. — C’est exact, dit-il. — Il se peut donc, reprit-il, que dans
certains exemples analogues il en soit de telle sorte, que non
seulement la forme en elle-même ait droit à son propre nom
pour une durée éternelle, mais qu’il y ait encore autre chose
qui, tout en n'étant pas la forme dont il s’agit, possède cepen-
dant le caractère de celle-ci, et cela pour l’éternité de sa propre
existence. Mais voici encore des cas où peut-être s’éclaircira
ce que je dis. De l’impair en effet est sans doute toujoursin-
séparable en droit ce nom que nous prononçons à présent;
n'est-ce pas? — Hé ! absolument. — Est-ce qu'il en est ainsi
de cette réalité seulement (oui, voilà ma question), ou bien
aussi d’une autre qui, sans être l’impair lui-même, en porte
104 cependant de droit toujours le nom, joint à son propre nom,
car sa nature est telle que jamais l’impair ne lui fait défaut ὃ
Or, dis-je, c’est quelque chose comme cela qui se passe pour
le trois, et bien d’autres fois. Ne considère que le cas du
trois : n'es-tu pas d'avis, et que son propre nom doit tou-
jours servir à le désigner, et aussi celui de l’impair, bien que
l’impair ne soit pas cela même qu'est le trois? Eh bien!
pourtant, si c’est àsa façon la nature du trois, c'est aussi celle
du cinq et de la moitié tout entière de la numération, que,
tout en n'étant pas cela mème qu'est l’impair, chacun de ces
nombres soit toujours impair. Le deux d'autre part, et le
quatre, et la totalité encore de l’autre rangée de la numéra-
tion, ne sont pas cela même qu'est le pair, et néanmoins
chacun de ces nombres est toujours pair. En conviens-tu ou
non ? — Comment s’y refuser en effet? dit-il.
— Eh bien! donc, reprit Socrate, sois attentif à ce que
jai l'intention de montrer. Voici : manifestement il n'y a
pas que nos premiers contraires pour ne pas se recevoir l’un
l’autre ; il y a aussi tout ce qui, sans être mutuellement
contraire, possède toujours ces contraires et qui vraisembla-
blement ne recevra pas non plus telle qualité qui serait le
contraire de celle qui existe en ces sujets ; mais, à l'approche
de cette qualité, le sujet cesse d’être ou bien cède la place‘.
Ne dirons-nous pas du trois qu'il cessera d'exister, qu'il
peuvent perdre sans cesser d’être ce qu’elles sont, donc d’une relation
essentielle et qui a son fondement propre dans l’Idée.
1. Ainsi deux choses, dont la qualité essentielle est contraire, sui-
vent la loi des contraires tout en n’étant pas des contraires.
29 | DAIAON 103 e
πῦρ καὶ ψυχρόν. --- ᾿Αληθῆ, ἔφη, λέγεις. — [Ἔστιν ἄρα, ἢ e
δ᾽ ὅς, περὶ ἔνια. τῶν τοιούτων ὥστε μὴ μόνον αὐτὸ τὸ
εἶδος ἀξιοῦσθαι τοῦ αὑτοῦ ὀνόματος εἷς τὸν ἀεὶ χρόνον,
ἀλλὰ καὶ ἄλλο τι, ὃ ἔστι μὲν οὐκ ἐκεῖνο, ἔχει δὲ τὴν
ἐκείνου μορφὴν ἀεὶ ὅτανπερ ἧ. "Ἔτι δὲ ἐν τοῖσδε ἴσως
ἔσται σαφέστερον ὃ λέγω. Τὸ γὰρ περιττὸν ἄεί που δεῖ
τούτου τοῦ ὀνόματος τυγχάνειν ὅπερ νῦν λέγομεν" ἢ οὔ ; —
Πάνυ γε. — Αρα μόνον τῶν ὄντων (τοῦτο γὰρ ἐρωτῶ) ἢ
καὶ ἄλλο τι, ὃ ἔστι μὲν οὐχ ὅπερ τὸ περιττόν, ὅμως δὲ δεῖ
αὐτὸ μετὰ τοῦ ἑαυτοῦ ὀνόματος καὶ τοῦτο καλεῖν ἀεί, διὰ 404.
τὸ οὕτω πεφυκέναι ὥστε τοῦ περιττοῦ μηδέποτε ἄπο-
λείπεσθαι ;Λέγω δὲ αὐτὸ εἶναι οἷον καὶ ἣ τριὰς πέπονθε
καὶ ἄλλα πολλά. Σκόπει δὲ περὶ τῆς τριάδος. ἄρα où
δοκεῖ σοι τῷ τε αὑτῆς ὀνόματι ἀεὶ προσαγορευτέα εἶναι
5
καὶ τῷ τοῦ περιττοῦ, ὄντος οὐχ ὅπερ τῆς τριάδος ; ᾿Αλλ
ὅμως οὕτω πὼς πέφυκε καὶ ἣ τριὰς καὶ ἧ πεμτιτὰς καὶ δ'
ἥμισυς τοῦ ἀριθμοῦ ἅπας, ὥστε, οὐκ ὧν ὅπερ τὸ περιττόν,
ἀεὶ ἕκαστος αὐτῶν ἔστι περιττός. Kai αὖ τὰ δύο καὶ τὰ.
τέτταρα καὶ &Tac ὃ ἕτερος αὖ στίχος τοῦ ἀριθμοῦ, οὐκ dv
ὅπερ τὸ ἄρτιον, ὅμως ἕκαστος αὐτῶν ἄρτιός ἐστιν ἀεί"
ξυγχωρεῖς ἢ οὔ; --- Πῶς γὰρ οὔκ ; ἔφη. |
— Ὃ τοίνυν, ἔφη, βούλομαι δηλῶσαι, ἄθρει. "Ἔστι δὲ
τόδε, ὅτι φαίνεται οὗ μόνον ἐκεῖνα τὰ ἐναντία ἄλληλα οὔ
δεχόμενα, ἀλλὰ καί ὅσα, οὐκ ὄντ᾽ ἀλλήλοις ἐναντία, ἔχει
ἀεὶ τἀναντία, οὐδὲ ταῦτα ἔοικε δεχομένοις ἐκείνην τὴν
ἰδέαν ἣ ἂν τῇ ἐν αὐτοῖς οὔσῃ ἐναντία ἧ, ἀλλ᾽ ἐπιούσης
αὐτῆς ἤτοι ἀπολλύμενα ἢ ὕπεκχωροῦντα. Ἢ οὐ φήσομεν
e 1 χαὶ ψυχρόν: secl. Schanz || ἄρα : ἄρ᾽ T ἀρα W || 3 αὑτοῦ (Β ἢ):
ξαυτοῦ TW αὐ. V || 5 Ex: δὲ : ἔ, δ᾽ TW || τοῖσδε: τῷδε T || 9 χαὶ
ἄλλο tt: iterum, sed Cebetis interrogantis, B? (1. m.) Y || 404 a
2 οὕτω: -s TW || 4 δὲ: δὴ B?(ns.u.)Y || 5 abris: αὖ. TW || 6
ὅπερ: οὗπερ Heindorf || 7 πέφυχε : -xev T || πεμπτὰς : πεντὰς B2
(Gi: m.) πεμπάς Phot. Lex. || Ὁ 1 τὰ τέτταρα: τέττ. T || 3 ἐστιν ἀεί:
ἐστι D || 5 ἔστι: -τιν © || 7 ὄντ᾽ : -τα TW || ἔχει ἀεὶ: à. ἔ. T || 9
αὐτοῖς uetustior aliorum codd. emendatio: -τῇ codd.
404 c PHÉDON 80
subira n'importe quelle vicissitude, avant qu'il ait enduré,
étant encore trois, d’être devenu pair? — C’est, dit Cébès,
absolument certain. — Il n’est pas moins certain, fit Socrate,
qu'il n’y ἃ pas contrariété entre la Dyade et la Triade. —
Non, bien sûr! — Ce ne sont donc pas seulement les
formes entre lesquelles il y ἃ contrariété qui n’endurent
pas l'approche l’une de l’autre ; il yen a aussi certaines autres
qui n'endurent pas l'approche des contraires. — (C’est la
vérité même !dit-il. — Veux-tu donc, reprit Socrate, que, si
nous en sommes capables, nous déterminions de quelle sorte
sont ces dernières? — Hé! absolument. — Ne seraient-ce
donc pas, dit-il, celles-ci, Cébès? celles dont la mainmise sur
quoi que ce soit ne le contraint pas seulement à posséder sa
propre nature à soi, mais encore celle d’un contraire qui tou-
jours a un contraire 19 — Comment dis-tu 9 — Comme nous
disions il n’y a qu'un instant. Voyons, tu le sais bien, tout
ce qui subit la mainmise de la nature du Trois, cela nécessai-
rement n'est pas seulement trois, mais est aussi impair. —
Hé ! absolument. — Par suite, disons-nous, à ce qui est de
même sorte ne surviendra sans doute jamais telle nature,
qui s’opposerait en contrariété au caractère dont le rôle est
d'achever de façonner ce dont il s’agit. — Non, en effet. —
Or le caractère qui, c’est entendu, le façonne est bien « im-
pair » 9 — Oui. — Et le caractère contraire, c’est celui du
pair ?— Oui. — Au Trois, par conséquent, jamais ne sur-
viendra la nature du Pair. — Non certes ! — Par suite, le
Pair n’est pas l’attribut du Trois. — Ce n’en est pas l’attri-
but. — Donc la Triade est non-paire. — Oui. — Voilà en
somme ce que j'appelais déterminer de quelle sorte sont les
formes qui, sans être le contraire de telle autre, ne la reçoi-
vent pourtant pas, cette forme contraire : exemple, à présent,
la Triade qui, n’étant pas le contraire du Pair, ne le reçoit,
pour cela, nullement davantage en elle, car elle apporte
toujours avec elle ce qui est le contraire de celui-ci : comme
la Dyade, le contraire de l’Impair; le Feu, le contraire du
105 Froid ; et quantité de formes encore. Eh bien! vois donc si tu
t’arranges de cette détermination : ce n’est pas seulement le
1. Ce qui reçoit la forme Triade devient trois et, en outre, impair,
puisque par là-même 1] reçoit la forme Imparité ; il se nie donc
comme pair : double effet, positif et négatif, de la participation.
80 | DAIAON 404 c
τὰ τρία καὶ ἀπολεῖσθαι πρότερον καὶ ἄλλο δτιοῦν πείσεσθαι,
τιρὶν ὑπομεῖναι ἔτι τρία ὄντα ἄρτια γενέσθαι: ; — Πάνυ μὲν
οὖν, ἔφη ὃ Κέθης. --- Οὐδὲ μήν, À δ᾽ ὅς, ἐναντίον γέ ἐστι
δυὰς τριάδι. — Οὐ γὰρ οὖν. --- Οὐκ ἄρα μόνον τὰ εἴδη τὰ
ἐναντία οὐχ ὑπομένει ἐπιόντα ἄλληλα, ἀλλὰ καὶ ἄλλ᾽ ἄττα
τὰ ἐναντία οὐχ ὑπομένει ἐπιόντα. --- ᾿Αληθέστατα, ἔφη,
λέγεις. — Βούλει οὖν, À δ᾽ ὅς, ἐὰν οἷοί τ᾽ ὦμεν, δρισώμεθα
ὁποῖα ταῦτά ἐστιν : — Πάνυ γε. -- Αρ᾽ οὖν, ἔφη, ὦ
Κέθης, τάδε εἴη ἄν, ἃ ὅτι ἂν κατάσχῃ μὴ μόνον᾽ ἀναγκάζει
LA 14 c/2 27 € € n Ti À . 2 L4
τὴν αὑτοῦ ἰδέαν αὐτὸ ἴσχειν, ἀλλὰ καὶ ἐναντίου τῷ ἄεί
τινος ; --- Πῶς λέγεις: --- Ὥσπερ ἄρτι ἐλέγομεν᾽ οἶσθα
γὰρ δήπου ὅτι ἃ ἂν À τῶν τριῶν ἰδέα κατάσχῃ, ἄνάγκη
αὐτοῖς où μόνον τρισὶν εἶναι ἀλλὰ καὶ περιττοῖς. --- Πάνυ
γε. --- Eni τὸ τοιοῦτον δή, φαμέν, ἣ ἐναντία ἰδέα ἐκείνῃ
τῇ μορφῇ ἣ ἂν τοῦτο ἀπεργάζηται οὐδέποτ᾽ ἂν ἔλθοι. ---
Οὐ γάρ. --- Εἰργάζετο δέ γε À περιττή ; — Ναί. --
“Evavtia δὲ ταύτῃ ñ τοῦ ἀρτίου : — Ναί. --- Ἐπὶ τὰ τρία
ἄρα À τοῦ ἀρτίου ἰδέα οὐδέποτε ἥξει. --- Οὐ δῆτα. —
3
Αμοιρα δὴ\ τοῦΝΟ ἀρτίου
53 ,
τὰÀ τρία.
,
— 2 Αμοιρα. --- 2 ᾿Ανάρτιος
΄
ἄρα ἣ τριάς. --- Ναί. --- -Ὁ τοίνυν ἔλεγον δρίσασθαι ποῖα,
οὐκ ἐναντία τινὶ ὄντα, ὅμως οὗ δέχεται αὐτό, τὸ ἐναντίον᾽
9 > ΄ A 7 « 2 ΄ 9 ΄ 1 3 ῇ
οἷον νῦν ἣ τριάς, τῷ ἀρτίῳ οὐκ οὖσα ἐναντία, οὐδέν τι
μᾶλλον αὐτὸ δέχεται, τὸ γὰρ ἐναντίον ἀεὶ αὐτῷ ἐπιφέρει,
καὶ ἣ δυὰς τῷ περιττῷ καὶ τὸ πῦρ τῷ ψυχρῷ καὶ ἄλλα
πιάμπολλαι. ᾿Αλλ᾽ ὅρα δὴ εἰ οὕτως δρίζει, μὴ μόνον τὸ 105
ἐναντίον τὸ ἐναντίον μὴ δέχεσθαι, ἀλλὰ καὶ ἐκεῖνο, ὃ ἂν
© ὃ πρὶν B?: x. ἡ Β (exp.)Y || 4 οὐδὲ: οὐ δὴ W? (ἢ 5...) || γέ:
οἵη. Υ || ἡ τὰ : οπι. Τ' || ὃ ἢ δ᾽ ὅς (post rasuram T): ἔφη Υ || 9
ταῦτά : -τ᾽ Τ || ap” : ἄρ᾽ BY || d τ ἃ Β5 (5. u.) : om. BTY || ἀναγ-
χάζει ΒΞ : -ζειν B (v exp.) Y || 2 αὑτοῦ : ἑαυ. TW αὐ. Υ || αὐτὸ : -τοῖς
W ||ἴσχειν : σχεῖν BY || τῳ ae! τινος coni. : αὐτῷ ἀεί τινος BY de!
τ. αὐτῷ W δεῖ αὐ. τ. T τοῦ ἀ. τ. Heindorf αὐτῷ 560]. Schanz || 6
ἐπὶ : ἐπεὶΤ || 7 à Ven. 185 (D?): ἢ codd. ||e 3 ἄρα: ἄρ᾽ TW || δρί-
σασθαι: ὁ. δεῖν W || 6 ἀεὶ αὐτῷ : αὐ. à. TW || 405 ἃ τ ἀλλ᾽: ἀλλὰ
ΤΊ} ὁρίζει : -ζῃ Y||2 τὸ ἐναντίον μὴ δέχεσθαι T? (transp.) : μὴ ὃ.
TO ἐν, T.
405 a PHÉDON 8x
contraire qui ne reçoit pas en soi le contraire, mais aussi cette
forme qui avec elle apporte un contraire quelconque dans
l’objet quelconque auquel elle survient, et jamais la forme
. même qui apporte ne reçoit en elle la contrariété de ce
qu'elle apporte. Fais d’ailleurs un retour sur tes souvenirs :
ce n’est pas un mal d'entendre répéter la même chose! Le
Cinq ne recevra pas en lui la nature du Pair ; ni le Dix, qui
en est le double, celle de l’Impair. Le Double, au demeurant,
est aussi, en lui-même, contraire d'autre chose; mais pour-
tant, c’est la nature de l’Impair qu’il ne recevra pas en lui ;
non plus certes que le Trois-demis, ni les autres fractions de
même sorte comportant la Moitié, à l’égard de la nature de
l’Entier ; aussi bien, d'autre part, que le Tiers et toute frac-
tion de cette sorte‘. Je suppose, à la vérité, que tu me suis et
que tu partages mon sentiment. — Je le partage, dit Cébès,
de toutes mes forces, et 76 te suis.
— Maintenant, dit Socrate, reviens à
Application : À :
au problème notre point de départ et parle-moiï, sans
de la survivance employer pour répondre les mots mêmes
des âmes: de ma question, mais en prenant modèle
quatrième sur moi. Je m'explique: à côté de la
argument.
réponse dont je parlais en premier lieu,
la sûre réponse que je disais, j'aperçois, à la lumière de notre
langage présent, une autre sécurité. Si tu me demandais en
effet: « Qu'est-ce qui, en se présentant dans le corps, fera
qu'il soit chaud? », je ne te ferais point la sûre réponse en
question, celle qui n’est pas savante : « C’est la Chaleur, qui
le fera » ; mais une autre plus habile, tirée de ce qu’on vient
de dire : « Ce qui le fera, c’est le Feu ». Et encore, si tu
demandes qu'est-ce qui, en se présentant dans un corps, fera
qu'il soit malade, je ne dirai pas non plus que ce sera la
Maladie, mais que ce sera la Fièvre. Aussi bien : « Qu'est-ce
qui, en se présentant dans un nombre, fera qu'il soit impair» ;
je ne répondrai pas que ce sera l'Imparité, mais que ce sera
l'Unité. Et ainsi du reste. Vois cependant si, dès à présent,
tu comprends suffisamment ce que je veux dire. — Hé mais!
tout à fait suffisamment, dit Cébès. — Réponds donc, reprit
Socrate : qu'est-ce qui, en se présentant dans un corps, fera
1. Le contraire du double esten un sens la moitié et de toute frac-
δὲ | ΦΑΊΔΩΝ 105 a
ἐπιφέρῃ τι ἐναντίον ἐκείνῳ, ἐφ᾽ ὅ τι ἂν αὐτὸ ἴη, αὐτὸ τὸ
ἐπιφέρον τὴν τοῦ ἐπιφερομένου ἐναντιότητα μηδέποτε
δέξασθαι. Πάλιν δὲ ἀναμιμνήσκου (οὐ γὰρ χεῖρον πολλάκις
ἀκούειν) τὰ πέντε τὴν τοῦ ἀρτίου où δέξεται, οὐδὲ τὰ
δέκα τὴν τοῦ περιττοῦ, τὸ διπλάσιον. τοῦτο μὲν οὖν καὶ
αὐτὸ ἄλλῳ ἐναντίον, ὅμως δὲ τὴν τοῦ περιττοῦ où δέξεται"
οὐδὲ δὴ τὸ ἡμιόλιον οὐδὲ τἄλλα τὰ τοιαῦτα, τὸ ἥμισυ, τὴν
τοῦ ὅλου᾽ καὶ τριτημόριον αὖ καὶ πάντα τὰ τοιαῦτα, εἴπερ
ἕπῃ τε καὶ συνδοκεῖ σοι οὕτως. — Πάνυ σφόδρα καὶ
ξυνδοκεῖ, ἔφη, καὶ ἕπομαι.
--- Πάλιν δή μοι, ἔφη, ἐξ ἀρχῆς λέγε, καὶ μή μοι ὃ ἂν
ἐρωτῷ ἀποκρίνου, ἀλλὰ μιμούμενος ἐμέ. Λέγω δή, παρ᾽ ἣν
τὸ τιρῶτον ἔλεγον ἀπόκρισιν τὴν ἀσφαλῆ ἐκείνην, ἐκ τῶν
νῦν λεγομένων ἄλλην δρῶν ἀσφάλειαν. Εἰ γὰρ ἔροιό με
La) 3. 7 2 A s 3 ͵ Β 5 3 2 |
ῷ αν τι εν τῷ σῶματι εγγενηται ερμον εσται, OÙ τὴν
ἀσφαλῆ σοι ἐρῶ ἀπόκρισιν ἐκείνην τὴν ἀμαθῆ, ὅτι ᾧ ἂν
is ἀλλὰ κομψοτέραν ἐκ τῶν νῦν, ὅτι ᾧ ἂν πῦρ᾽ οὐδὲ Lo
ἂν ἔρῃ
ξ &
ᾧ ἂν cer τί ἐγγένηται in οὐκ ἐρῶ ὅτι ῷ
ὦ ἂν
νόσος, ἀλλ᾽ ᾧ ἂν πυρετός: οὐδ᾽ ᾧ ἂν ἀριθμῷ τί ἐγγένηται
Lo
περιττὸς ἔσται, οὐκ ἐρῶ ᾧ ἂν περιττότης, ἀλλ᾽ ᾧ ἂν
ι 21 2 > A A ΄ 9 2 “ἃ ΒΕ.
μονάς᾽ καὶ τᾶλλα οὕτως. ᾿Αλλ᾽ ὅρα εἰ ἤδη ἱκανῶς οἶσθ᾽ ὅ τι
βούλομαι. --- ᾿Αλλὰ πάνυ ἱκανῶς, ἔφη. — Αποκρίνου δή,
ἢ δ᾽ ὅς, ᾧ ἂν τί ἐγγένηται σώματι ζῶν ἔσται: --- -Ὡ ἂν
a 3 ὅτι: ὅτῳ B? (. m.) WY || ἴῃ :à BY εἴη W || 5 δέξασθαι:
πξεσθαι Madvig || 8 αὐτὸ: -τῷ BW? (5. u.) Y [{ἐναντίον : οὐχ ἐν.
Kôhler Schanz || Ὁ 1 δὴ B° (i. m.): om. B || τἄλλα: τὰ ἄ. TW
[| alt. τὸ :τῶν ΒΞ (5. u. )| 3 συνδοχεῖ: ξυνὸ. ΒΥ (cf. ἡ, ξυνδοχεῖ codd.) ||
Ὁ μή μοι: μοι un ΤΊ! ὃ ἂν ἐρωτῶ : ᾧ ἂν ἐ. Τ ἣν ἂν ἐρ. ἀπόκρισιν W Ye.
Il 6 ἀλλὰ: à. ἄλλῳ T ἐλ} ἄλλην W Ye. || n B? (ns.u.): δὲ ΒΥ |
ἡ ἔχ: ἀλλ᾽ἣν ἐχ W || ὃ ὁρῶν B? (vs. u.): ὁρῶ BWY || 9 © : ὃ BWY ||
ἐν τῷ:: secl. Stephanus et, cum σώματι, Schanz || ἔσται W? (αι 5. u.):
uv W [ὁ 1,.4 ᾧ: ὃ ΒΥ {| 3 pr. ᾧ ἂν Stephanus: ὃ ἂν BWY & ᾧ δὲ
ΤΊ! τί : om. W Ïνοσήσει.. . 4 ἐγγένηται Β5 te m.): om. B {||ὅτι ᾧ Y?
(5. u.): ὅτι ὃ B2Y ||4 pri. ᾧ B?Y? (5. u.): δ Y |} alt. ᾧ B2Y? (5. u.) :
ὃ WY}]5 xecrrros ΤΞ (σ 5. u.): -0vT ||utrumq. ᾧ B? (exo) Y?
(5. u.): ὃ BY || 8 utrumgq. ᾧ B? (ex ὃ) (et Stob.): ὃ BY et alt. W,
405 c PHÉDON 82
qu'il soit vivant? — Ce sera l’Ame, dit-il. — Est-ce qu'il en
est toujours ainsi — Le moyen, en effet, de le nier! fit
Cébès. — Sur quelque objet, par conséquent, que l’Ame
mette sa prise, elle est venue à l’objet en question portant
avec elle la Vie. — C’est bien comme cela, dit-il, qu’elle y est
venue! — Or, y a-t-il un contraire de la Vie ou n’y en
a-t-1l pas? — Il yen ἃ un, répondit-il. — Lequel? — La
Mort. — N'est-il pas vrai que jamais l’Ame ne devra rece-
voir en elle le contraire de ce que, par soi, elle apporte tou-
jours avec elle, et que sur ceci l’accord doit résulter de ce
qu'on a dit précédemmentt ὃ — Et sans la moindrerestriction,
répondit Cébès.
— Que s’ensuit-il? Ce qui ne reçoit pas en soi la nature
du Pair, comment tout à l’heure le nommions-nous ? — Non-
pair, dit-il. — Ce qui ne reçoit pas en soi le Juste? ce qui
n'est pas apte à recevoir en soi le Cultivé? — Non-cultivé,
répondit-il, et, pour l’autre, Non-juste. — Allons ! et ce qui
n’est pas apte à recevoir en soi la Mort, comment l’appelons
nous? — Non-mortel, dit-il. — L'Ame, n'est-ce pas? ne
reçoit pas en soi la Mort? — Non. — C’est donc que l’Ame
est une chose non-mortelle ? — Une chose non-mortelle. —
Avançons! Car cela, bien sûr, nous devons dire que c’est
prouvé: tu n’en juges pas autrement — Hé non! Socrate,
on en ἃ dit bien assez. — Que s’ensuit-il, Cébès ? reprit-il. Si
c'était pour l’'Impair une nécessité d’être indestructible,
106 serait-il possible que le Trois ne füt pas indestructible?—
Le moyen en effet qu'il ne le füt pas? — Et, si c'était aussi
pour le Non-chaud une nécessité d’être indestructible, est-ce
que, toutes les fois que sur de la neige on appliquerait le
Chaud, la Neige ne se déroberait pas, sauvegardant infondue
son essence? Car, bien sûr, la Neige ne cesserait pas d'exister,
pas plus que d’autre part elle ne supporterait sans faiblir la
Chaleur et ne la recevrait en soi. — C’est la vérité, dit Cébès.
— Pareillement, je pense, si c'était pour le Non-refroidi une
nécessité d’être indestructible, jamais le Feu, dans le cas où il
tion, l’entier;mais 3 : 2 et 1 : 3 sont fractions paire et impaire, et la
moitié de 10 est paire quoique 5 soit impair.
1. Argument ontologique, dont les prémisses sont : La vie est né-
cessairement dans l'essence de l’âme, comme la maladie dans celle de
la fièvre ou la chaleur dans celle du feu; Or mort est contraire de
vivant, comme sain, de malade et froid, de chaud.
82 ΦΑΙΔΩΝ 405 ὁ
ψυχή, ἔφη. --- Οὐκοῦν ἀεὶ τοῦτο οὕτως ἔχει; --- Πῶς γὰρ
οὐχί; ἢ δ᾽ ὅς. --- Ψυχὴ ἄρα ὅ τι ἂν αὐτὴ κατάσχῃ, ἄεὶ
ἥκει ἐπ᾽ ἐκεῖνο φέρουσα ζωήν ; -- Ἥκει μέντοι, ἔφη. —
Πότερον δ᾽ ἔστι τι ζωῇ ἐναντίον ἢ οὐδέν : --- "Ἔστιν, ἔφη.
— Τί; --- Θάνατος. --- Οὐκοῦν ψυχὴ τὸ ἐναντίον ᾧ αὐτὴ
ἐπιφέρει ἀεὶ οὐ μή ποτε δέξηται, ᾿Ξ ἐκ τῶν πρόσθεν
ὡμολόγηται ; --- Kai μάλα σφόδρα, ἔφηὃ Κέβης.
— Τί οὖν ; τὸ μὴ δεχόμενον τὴν τοῦ ἀρτίου ἰδέαν τί
νῦν δὴ ὠνομάξζομεν ; — ᾿Ανάρτιον, ἔφη. — Τὸ δὲ δίκαιον
μὴ δεχόμενον, καὶ ὃ ἂν μουσικὸν μὴ δέχηται: --- Ἄμουσον,
ἔφη, τὸ δὲ ἄδικον. — Eîtev' ὃ δ᾽ ἂν θάνατον μὴ δέχηται τί
καλοῦμεν : --- ᾿Αθάνατον, ἔφη. --- Οὐκοῦν ψυχὴ οὐ δέχεται
θάνατον : — Οὔ. — ᾿Αθάνατον ἄρα ψυχή ; --- ᾿Αθάνατον.
— Εἶεν, ἔφη᾽ τοῦτο μὲν δὴ ἀποδεδεῖχθαι φῶμεν: ἢ πῶς
δοκεῖ: — Καὶ μάλα γε ἱκανῶς, ὦ Σώκρατες. -- Τί οὖν, ἢ
δ᾽ ὅς, ὦ Κέβης: Εἰ τῷ ἀναρτίῳ ἀναγκαῖον ἦν ἀνωλέθρῳ
εἶναι, ἄλλο τι τὰ τρία ἢ ἀνώλεθρα ἂν ἦν : --- Πῶς γὰρ οὔ ; 106
--- Οὐκοῦν, ai καὶ τὸ ἄθερμον ἀναγκαῖον ἦν ἀνώλεθρον εἶναι,
διτότε τις ἐπὶ χιόνα θερμὸν ἐπάγοι, ὑπεξήει ἂν ἧ χιών,
οὖσα σῶς καὶ ἄτηκτος : Οὐ γὰρ ἂν ἀπώλετό γε, οὐδ᾽ αὖ
ὑπομένουσα ἐδέξατο ἂν τὴν θερμότητα. --- ᾿Αληθῆ, ἔφη,
λέγεις. — “Qc δ᾽ αὕτως, οἶμαι, κἂν εἰ τὸ ἄψυκτον
ἀνώλεθρον ἦν, ὅπότε ἐπὶ τὸ πῦρ ψυχρόν τι ἐπήει, OÙTTOT
© 9 ἔφη (et Stob.): ἔ. ἔσται T || ἃ τ ψυγὴ :ἣ ψ. BWY Stob. || αὐτὴ
(et Stob.) : -τῇ T || 4 ψυχὴ (et οὐ. ñ a TW || ὃ νῦν δὴ B?
(em.) (et Stob.): νυνδὴ B || ὠνομάζομεν B?T? (i. m.): ταῦτα (exp.)
ὠν. B ὀν. W Stob. ὡμολογήσα (exp.) T || 9 ἂν (et Stob.): ἐὰν TW || e
2 ψυχὴ (et Stob.): ἣ ψ. BY || 3 ἄρα : ἀρα BW2 (em. et interrog.
signo distinxit) Stob. || ψυχὴ (et Stob.) : à bd. BWY || 6 ἀναρτίῳ T?
(ἀν 5. u.)(et Stob.) : «pt. T || 106 a τ ἢ: post τι ΤΞ (5. u.) Stob. om.
T [ἦν: cum interrog. signo B? (i. m. )[| 2 ἄθερμον Τ' (ἄ 5. α.): θερμ.
codd. (exp. B post ras. W) Stob. μὴ ἐθέλῃ ψυχρὸν B? (. m.) || 5
ἐπάγοι : -αγάγοι BY -άγε: Stob. ᾿ 4 οὐσα σῶς χαὶ: μένουσα Stob.
|| ὃ ἐδέξατο : -ar” T ||6 ὡς δ᾽ αὕτως (et Stob.): ὡσαύτως BY ||
|| ἄψυχτον (et Olympiod. a 3t Norvin]): ψυχρὸν Stob. ἄψυχρον
Wyttenbach.
106 a PHÉDON 83
serait attaqué par quelque chose de froid, ne s’éteindrait;il ne
cesserait pas, lui non plus, d'exister, maisils’enirait, sesauve-.
gardant par |’éloignement. — C’est une nécessité, dt il. —
N'est-ce pas, reprit Socrate, une nécessité encore de s’expri-
mer ainsi au sujet de l’Immortel ἢ L’Immortel est-il, lui aussi,
indestructible ? alors 1] y a pour l’Ame, quand sur elle a fondu
la Mort, impossibilité de cesser d'exister ; car la Mort, c'est
une conséquence assurée de ce qui a été dit auparavant, elle ADR
+— ue
ne la recevra point en elle, elle ne sera pas âme morte; tout
comme le Trois, nous l'avons dit, ne sera pas plus pair que
ne pourrait l'être l’'Impair lois ni non plus le Feu,
froid, plus que ne le pourrait la Chaleur qui est dans le feu!.
« Peut-être demandera-t-on cependant qui empêche l’Im-
pair, tout en ne devenant pas pair, ainsi qu’on en est tombé
d'accord, à l’approche du Pair, de cesser en revanche d’exis-
ter en lui-même pour devenir pair au lieu de ce qu'il était?
Α l'encontre d'un tel langage il n’y aurait pas moyen pour
nous de riposter que l’Impair ne cesse pas d’exister: c’est que
le Non-pair n’est point indestructible ; car, si nous en étions
tombés d’accord, il nous eût été facile de riposter que, devant
l'approche du Pair, l’Impair et le Trois s’en vont et s’éloignent.
Pour le cas du Feu et du Chaud, comme pour tous les autres,
telle eût été notre riposte, n'est-ce pas! — C'est tout à fait
certain. — Par conséquent aussi à présent, si pour l’Immortel
nous sommes d'accord qu'il est en outre indestructible,
l’Ame en plus de la non-mortalité aurait aussi l’indestruc-
tibilité; tandis que,si nous ne le sommes pas, la question
serait à reprendre. — À reprendre? Mais pas du tout, au
moins eu égard à ce point !À grand peine en effet y aurait-il
rien de rebelle à recevoir en soi l’anéantissement, s’il était
vrai que l’anéantissement dût être reçu par l’Immortel,
auquel l'éternité appartient?! — En tout cas, dit Socrate,
pour la Divinité, je pense, pour la forme elle-même de la Vie,
pour tout ce qu’il peut encore y avoir d’immortel, il n'y
aurait personne pour ne pas accorder que jamais cela ne
1. Première conclusion : Donc l’âme ne reçoit pas en elle la mort.
Ame non-vivante est aussi contradictoire que fiévreux non-malade
ou feu non-chaud : elle est donc non-mortelle (cf. p. 80, n. 1).
2. Or non-sain, non-froid peuvent être détruits par leurs con-
traires, de sorte que la fièvre tombe et que le feu s’éteigne. Mais non-
83 PATAON 406 ἃ
ἂν ἀπεσθέννυτο οὐδ᾽ ἀπώλλυτο, ἀλλὰ σῶν ἂν ἀπελθὸν
ὥχετο. --- ᾿Ανάγκη, ἔφη. --- Οὐκοῦν καὶ ὧδε, ἔφη, ἀνάγκη
περὶ τοῦ ἀθανάτου εἶπεῖν: Εἰ μὲν τὸ ἀθάνατον καὶ b
ἀνώλεθρόν
5. ΄
ἐστιν,
35
ἀδύνατον
597
ψυχῇ,A ὅταν θάνατος
΄
ET
> _2
αὐτὴν
2: +
ἴῃ, ἀπόλλυσθαι" θάνατον μὲν γὰρ δή, ἐκ τῶν προειρημένων,
οὐ δέξεται οὐδ᾽ ἔσται τεθνηκυῖα΄ ὥσπερ τὰ τρία οὖκ ἔσται,
ἔφαμεν, ἄρτιον, οὐδὲ γ᾽ αὖ τὸ περιττόν, οὐδὲ δὴ πῦρ
ψυχρόν, οὐδέ γε À ἐν τῷ πυρὶ θερμότης.
« ᾿Αλλὰ τί κωλύει, φαίη ἄν τις, ἄρτιον μὲν τὸ περιττὸν
« μὴ γίγνεσθαι, ἐπιόντος τοῦ ἀρτίου, ὥσπερ ὡμολόγηται,
« ἀπολομένου
2 ΄
δὲX αὐτοῦ,
9 n
ἄντ᾽
2
ἐκείνου
2 2 ΄
ἄρτιον
37
γεγονέναι:
Le
»
Τῷ ταῦτα λέγοντι οὐκ ἂν ἔχοιμεν διαμάχεσθαι ὅτι οὐκ
ἀπόλλυται" τὸ γὰρ ἀνάρτιον οὐκ ἀνώλεθρόν ἐστιν, ἐπεί, εἰ
τοῦτο ὡμολόγητο ἧἣμῖν, ῥαδίως ἂν διεμαχόμεθα ὅτι, ἐπελ-
θόντος τοῦ ἀρτίου, τὸ περιττὸν καὶ τὰ τρία οἴχεται
ἀπιόντοι. Kai περὶ πυρὸς καὶ θερμοῦ καὶ τῶν ἄλλων οὕτως
ἂν διεμαχόμεθα. Ἢ où ; --- Πάνυ μὲν οὖν. --- Οὐκοῦν καὶ
νῦν περὶ τοῦ ἀθανάτου, εἰ μὲν muîiv ὁμολογεῖται καὶ
ἀνώλεθρον εἶναι, ψυχὴ ἂν εἴη, πρὸς τῷ ἀθάνατος εἶναι,
καὶ ἀνώλεθρος: εἰ δὲ μή, ἄλλου ἂν δέοι λόγου. ---- ᾿Αλλ᾽
οὐδὲν δεῖ, ἔφη, τούτου γε ἕνεκα’ σχολῇ γὰρ ἄν τι ἄλλο
2 \ A J! 4 « τς La) Δ 57 2/
φθορὰν μὴ δέχοιτο, εἴ γε τὸ ἀθάνατον, ἀίδιον ὄν, φθορὰν
͵ ς ͵ ͵ CN 57 ε '
δέξεται. — Ὁ δέ γε θεός, οἶμαι, ἔφη ὃ Σωκράτης, καὶ
αὐτὸ τὸ τῆς ζωῆς εἶδος καὶ εἴ τι ἄλλο ἀθάνατόν ἐστιν,
“τιαρὰ πάντων ἂν δμολογηθείη μηδέτιοτε ἀπόλλυσθαι. —
a 8 σῶν : σῶον Stob. ||ἀπελθὸν (et Stobr.): -ὧν T || b τ ἀθανάτου:
θανάτου Stob. || εἰπεῖν : om. T Stob. || ἡ οὐδ᾽: -δὲ W || 5 γ᾽ αὖ:
"γοῦν Stob. || πῦρ: τὸ x. Stob. || © r ἀπολομένου : ἀπολλυ. W Stob.
(ut uid.) || 2 διαμάγ εσθαι (et Stob.): -γέσασθαι ΤῊΝ || 4 ὡμολόγητο:
=ysito T Stob. || 7 πάνυ μὲν οὖν T2 (i. m.): om. T || ὃ ἀθανάτου T?
(6 5. u.): θανάτου T Stob. || fuiv (et Stob.): om. W || 9 τῷ B? (em.)
(et Stob.): τὸ Β (ut uid. et B? 1. m.) ||d 2 δεῖ: δὴ Stob. || σχολῇ:
τὴ BTW Stob. || 3 εἴ γε τὸ : εἰ τό γε ΒΞ (1. τι.) TW εἰ τό τε Stob.
et γρ. in Plat. cod. quod. || ἀίδιον ὄν (et Stob.): χαὶ αἰδ, TW ||
M δέξεται W? (Ξε et as. u.): τξαιτο TW || 5 ἐστιν : -τι BWY Stob.
106 d PHÉDON UE 84
cesse d'exister. — Personne assurément, par Zeus! dit Cébès,
ni des hommes, ni à plus forte raison, si je m'’en crois, des
Dieux ! — Du moment donc que l’Immortel ne peut, de plus,
être anéanti, l’Ame, à qui précisément il appartient de n'être
pas mortelle, se peut-il qu'elle ne soit pas, de plus, inde-
structible ?— C’est de toute nécessité. — Quand, par suite,
la Mort survient à l’homme, c’est vraisemblablement ce qu'il
y a de mortel en lui qui meurt, tandis que ce qu’il a d’immor-
tel s’en va de son côté, sauvegardé de l’anéantissement et
cédant la place à la Mort'. — C’est évident. — Plus que
tout, par suite, Cébès, l’Ame est chose non-mortelle et qui
107 ne peut être anéantie, dit Socrate; c’est donc réellement que
nos âmes à nous existeront dans les demeures d’'Hadès.
Caractère
—
ï
Assurément,
:
dit 1 Cébès, je
À
n’ais quantἽ
des arguments ἃ moi, Socrate, après cela rien d'autre à
présentés : ajouter, ni aucun sujet de défiance à
conséquences l'égard de ces raisonnements. S'il y ἃ
morales.
pourtant quelque chose que Simmiasici
présent, ou tout autre, trouvent à dire, ils feront bien de ne
pas garder le silence. Je me demande en effet s’il est une
autre occasion, hors celle qui s'offre à présent, où l’on
pourrait renvoyer l'intention de parler ou d'entendre parler
de semblables questions! — Eh bien, non ! répliqua Sim-
mias, je n'ai plus, pour ma part aussi, sujet d’être en
défiance, au moins par rapport aux raisons alléguées. La
grandeur, toutefois, du problème que nous traitons, le
mépris que j'ai pour l’humaine faiblesse, me contraignent à
garder en mon for intérieur quelque défiance à l’égard de
ces thèses. — Ce n'est pas cela seulement, Simmias, dit
Socrate. Mais la justesse de tes paroles s’étend aussi à nos
prémisses : quelque croyables que celles-ci soient pour vous,
elles n’en méritent pas moins un examen plus assuré?. Oui,
à condition que vous les distinguiez avec toute la précision
mortel est par définition indestructible (105 e-106 b). Donc l’âme
(deuxième conclusion) est par là même indestructible.
1. C’est le second cas de la loi des contraires: cf. p. 77, n. 2.
2. Nul doute sur la rigueur du raisonnement ; mais peut-être
l'analyse des postulats n’a-t-elle pas été poussée assez loin (cf. τοῖ ἃ
fin).
84 ΦΑΙΔΩΝ 106 d
Παρὰ πάντων μέντοι, νὴ Δί᾽, ἔφη, ἀνθρώπων τέ γε καὶ
ἔτι μᾶλλον, ὡς ἐγῷμαι, παρὰ θεῶν. -- Ὁπότε δὴ τὸ
ἀθάνατον καὶ ἀδιάφθορόν ἐστιν, ἄλλο τι ψυχὴ ἤ, εἰ
ἀθάνατος τυγχάνει οὖσα, καὶ ἀνώλεθρος ἂν εἴη ; --- Πολλὴ
ἀνάγκη. --- ᾿Επιόντος ἄρα θανάτου ἐπὶ τὸν ἄνθρωπον, τὸ
μὲν θνητόν, ὡς ἔοικεν, αὐτοῦ ἀποθνήσκει, τὸ δ᾽ ἀθάνατον,
σῶν καὶ ἀδιάφθορον, οἴχεται ἀπιόν, ὑὕπεκχωρῆσαν τῷ
θανάτῳ. --- Φαίνεται. — Παντὸς μᾶλλον ἄρα, ἔφη, ὦ
Κέθης, ψυχὴ ἀθάνατον καὶ ἀνώλεθρον. καὶ τῷ ὄντι ἔσονται 107
ἡμῶν at ψυχαὶ ἐν “Αιδου.
--- Οὐκοῦν ἔγωγε, ὦ Σώκρατες, ἔφη, ἔχω παρὰ ταῦτα
ἄλλο τι λέγειν, οὖδέ πῃ ἀπιστεῖν τοῖς λόγοις. ᾿Αλλ᾽ ei δή τι
Σιμμίας ὅδε ἤ τις ἄλλος ἔχει λέγειν, εὖ ἔχει μὴ κατασιγῆ-
# [74 27 2’ 27 Ἃι Ὁ Ai
σαι ὧς οὐκ οἷδα εἰς ὅντινά τις ἄλλον καιρὸν ἀναδάλλοιτο
ἢ τὸν νῦν παρόντα, περὶ τῶν τοιούτων βουλόμενος ἤ τι
εἰπεῖν ἢ ἀκοῦσαι. --- ᾿Αλλὰ μήν, ἢ δ᾽ ὃς ὃ Σιμμίας, οὐδ᾽
αὐτὸς ἔχω ἔτι ὅπῃ ἀπιστῶ, ἔκ γε τῶν λεγομένων. Ὑπὸ
μέντοι τοῦ μεγέθους περὶ ὧν ot λόγοι εἰσὶ καὶ τὴν
ἀνθρωπίνην ἀσθένειαν ἀτιμάζων, ἀναγκάζομαι ἀπιστίαν
ἔτι ἔχειν, παρ᾽ ἐμαυτῷ, περὶ τῶν εἰρημένων. — Οὐ μόνον
74 9) 2 2 Le) At Le] 2 LA dE]
γ᾽, ἔφη, ὦ Σιμμία, ὃ Σωκράτης, ἀλλὰ ταῦτά τε εὖ λέγεις
καὶ τάς γε ὑποθέσεις τὰς πρώτας" καὶ εἶ πισταὶ ὑμῖν
5 er > , , δ , > 14 CHEN
εἶσιν, ὅμως ἐπισκεπτέαι σαφέστερον᾽ καί, ἐὰν αὐτὰς
ἱκανῶς διέλητε, ὡς ἐγῷμαι ἀκολουθήσετε τῷ λόγῳ καθ᾽
ἃ 7 Δί᾽: Δία W || τέ γε (et Stob.) : τε TW γε W2(ys. u.). || 8 δὴ
(et Stob. Phot. Lex.) : δὲ Y || e 1 ἐστιν B? (v add.): -τι Β || τι ψυχὴ
ἤ ΤΟ (ui. m.): τι ψ. T τι ἣ ψ. W Stobn. τιἢ ψ. Stobr. || 4 δ᾽: δὲ W
|| ὃ σῶν :σῶον Stob. || 107 ἃ τ ψυχὴ... ὄντι :om. Stob. || 4 οὐδέ πῃ:
οὐδέτιW ||τι: τις W || 5 ὅδε B? (5. u.): om. Β || τις : τις ἂν W ἄν τις
libri duo, Schanz || Ὁ ἀναδάλλοιτο : -ὁάλοιτο W ἀναχρούοιτο W2? (1.
m.) ||7 ἤ τι : ἤτοι W || 9 ἔτι : om. BY || b τ ἀτιμάζων : οὐχ à. B? (i.
m.)||3 γ᾽:γε ὟΝ [[ταῦτα.... λέγεις :secl. Hirschig Schanz||re : γε BWY
|| 4 γε : om. BY || 5 ἐπισχεπτέαι : -τέα Seager Schanz || 6 διέλητε :
Elnte T2? (es. u.) ἕληται T || ἀχολουθήσετε T2 (e 5. u.): -σεται T
407 b à PHÉDON 85
voulue, alors, si je m’en crois, la marche du raisonnement
sera suivie par vous dans la plus large mesure où l’homme
soit capable d’une telle suite. Supposons enfin que cela ait
eu lieu d’une manière assurée: ainsi, vous ne pousserez pas
plus avant votre recherche. — C'est la vérité même, dit-il.
— 11 y a pourtant, reprit Socrate, une chose au moins à
laquelle il est juste, vous tous, que vous réfléchissiez : c’est
que, si vraiment l’âme est immortelle, elle réclame qu'on en
ait soin, non pas seulement pour le temps que dure ce que
nous appelons vivre, mais pour la totalité du temps; car ce
serait dès lors un risque redoutable, semble-t-il, de ne pas se
soucier d'elle. Admettons en eflet que mourir, ce soit se déta-
cher de son tout, quelle aubaine serait-ce pour les méchants,
une fois morts, en même temps qu'ils sont détachés de leur
corps, de l’être aussi, avec leur âme, de cette méchanceté qui
est leur ! ! Mais en réalité, du moment où 1] est manifeste
que l’âme n’est point mortelle, alors il n'existe pour elle
aucune autre échappatoire à ses maux, aucune autre sauve-
garde, sinon de se rendre et la meilleure possible et la plus
sage. L’âme en effet n’a rien de plus avec elle, quand elle
se rend chez Hadès, que sa formation morale et son régime
de vie, dont justement, selon la tradition, c'est ce qui sert ou
nuit le plus à un trépassé dès le début de la route qui le con-
duit là-bas ?.
« Or voici quelle est cette tradition. Tous
_ Mythe les trépassés, ayant été individuellement
géographique
de la destinée
Gurant leur vie attribués par le sort à
ΡΟΣ, un Génie, celui-ci se charge de les mener
en un certain lieu, celui où ils sont ras-
semblés pour se faire juger. Après quoi ils doivent se mettre
en route vers les demeures d'Hadès, en compagnie du guide
en question, auquel mission a éte donnée de faire faire route
jusque là-bas à ceux qui viennent d'ici. Mais, quand ils y ont
eu le sort qu'ils y devaient avoir et qu'ils y sont restés le
temps qu'ils devaient y rester, c’est un autre guide qui les
ramène par ici; ce pour quoi il faut de multiples et longues
révolutions du temps. Preuve que la route n'est pas comme
1. Idée développée dans Rep. X, 608 ἀ-θτι a; cf. surtout 6ro d.
2. Voir le texte (déjà cité p. 42, n. 1) du Gorgias 523c,e; 524 d fin.
85 DAIAQN 107 ἢ
ὅσον δυνατὸν μάλιστ᾽ ἀνθρώτῳ éTtakolouBfioat κἂν τοῦτο.
αὐτὸ σαφὲς γένηται, οὐδὲν ζητήσετε περαιτέρω. --- ᾿Αληθῆ,
ἔφη, λέγεις.
--- ᾿Αλλὰ τόδε γ᾽, ἔφη, ὦ ἄνδρες, δίκαιον διανοηθῆναι,
ὅτι, ε εἴπερ ἣ ψυχὴ ἀθάνατος, ἐπιμελείας δὴ δεῖται, οὐχ
ὑπὲρ τοῦ χρόνου τούτου μόνον ἐν ᾧ καλοῦμεν τὸ ζῆν, ἀλλ᾽
ὑπὲρ τοῦ παντός, καὶ ὃ κίνδυνος νῦν δὴ καὶ δόξειεν ἂν
δεινὸς εἶναι εἴ τις αὐτῆς ἀμελήσει. Εἰ μὲν γὰρ ἦν ὃ
θάνατος τοῦ παντὸς ἀπαλλαγή, ἕρμαιον ἂν ἦν τοῖς κακοῖς
ἀποθανοῦσι τοῦ τε σώματος ἅμ᾽ ἀπηλλάχθαι καὶ τῆς αὑτῶν
κακίας μετὰ τῆς ψυχῆς. Νῦν δέ, ἐπειδὴ ἀθάνατος
φαίνεται οὖσα, οὐδεμία ἂν εἴη αὐτῇ ἄλλη ἀποφυγὴ κακῶν
οὐδὲ σωτηρία, πλὴν τοῦ ὡς βελτίστην τε καὶ φρονιμωτάτην
γενέσθαι’ οὐδὲν γὰρ ἄλλο ἔχουσα εἰς “Atôou ἣ Ψυχὴ
ἔρχεται πλὴν τῆς παιδείας τε καὶ τροφῆς, ἃ δὴ καὶ
μέγιστα λέγεται ὠφελεϊν ἢ βλάπτειν τὸν τελευτήσαντα,
εὐθὺς ἐν ἀρχῇ τῆς ἐκεῖσε πορείας.
« Λέγεται δὲ οὕτως, ὡς ἄρα τελευτήσαντα ἕκαστον ὃ
ἑκάστου δαίμων, ὅσπερ ζῶντα εἰλήχει, οὗτος ἄγειν
ἐπιχειρεῖ εἰς δή τινα τόπον, οἷ δεῖ τοὺς ξυλλεγέντας διαδι-
κασαμένους εἷς Αιδου πορεύεσθαι, μετὰ ἡγεμόνος ἐκείνου
ᾧ δὴ προστέτακται τοὺς ἐνθένδε ἐκεῖσε πορεῦσαι.
Τυχόντας δὲ ἐκεῖ ὧν δὴ τυχεῖν καὶ μείναντας ὃν χρὴ
χρόνον, ἄλλος δεῦρο πάλιν ἡγεμὼν κομίζει, ἔν πολλαῖς
χρόνου καὶ μακραῖς περιόδοις. "Ἔστι δὲ ἄρα ἣ πορεία οὐχ
b 7 μάλιστ᾽ :-τα TW || χἂν ΤΞΖ (. m.): καὶ T || ὃ περαιτέρω ἢ
TW || τὸ τόδε γ᾽: τ. ὃ. y” T τόδε W lambl. τό γ᾽ Stob. || ὁ 1 ἀθάνατος
(et [ambl. Stob.): ἀ. ἐστιν B? (s. u.) WY || 4 ἀμελήσε: (et [ambl.
Stob.): -seuv B (add.) WY || γὰρ: exp. B? || 5 ἂν T? 6. u.)(et
- Tambl.): om. T Stob. || καχοῖς (et [ambl.): -ὥς Stob. || 6 ἅμ᾽: ἅμα
TW || αὑτῶν (et Iambl.): αὐ. TWY Stob. || 7 δε: δ᾽ ΒΥ || ἀ ἡ μέγιστα
λέγεται: À. μ. TW Iambl. Stob. ||7 ὅσπερ... οὗτος : ὥσπερ.... οὕτως
Stob. {| e 1 ᾿νθένδε (et Stob. ): “pd ΤΊ] πορεῦσαι (οι Stob. τς
AE … : δ᾽ ΤῊΝ || ἐχεῖ ὧν : ἐχείνων ὧν BWY ἐχείνων Stob. || à
Stob. : πα;
IV. — 17
108 4 PHÉDON 86
108 dit le Télephe d'Eschyle ! Il déclare en effet que simple est le
chemin qui mène chez Hadès ; tandis que, pour moi, mani-
festement il n’est ni simple, ni unique: il n’y aurait, dans ce
cas, pas même besoin de guides, car on ne risquerait pas de
s'égarer s'il n y avait qu'une voie. Mais en réalité elle paraît
bien avoir des bifurcations, des carrefours ‘ en grand nombre:
ce que prescrivent chez nous la piété et l'usage ? me fournit
des indices à l’appui de mon dire. Ainsi donc, l’âme qui a pru-
dence et sagesse est aussi obéissante qu’exempte d’ignorance
au sujet de ce qui lui advient*. (6116, au contraire qui tient
passionnément au corps, dont pendant longtemps, comme
je l'ai exposé auparavant, les violents transports ont eu celui-
ci pour centre ainsi que le lieu visible, cette âme-là, après
beaucoup de résistances et beaucoup d'épreuves, c’est sous la
contrainte et avec peine qu'elle s’en va, menée par le Génie
qui en a reçu la mission. Voilà l’âme parvenue en ce lieu où
sont déjà les autres. Celle qui ne s’est pas purifiée de ce
qu'elle a bien pu faire, comme de s’être appliquée à d’injus-
tes homicides ou d’avoir perpétré tels autres crimes analogues,
qui sont frères de ces crimes autant qu'ils sont en fait œuvres
d’âmes sœurs, celle-là, tout le monde la fuit, tout le monde
l’évite, nul ne consent à lui servir, ni de compagnon de route,
ni de guide; mais elle erre de-ci, de-là, dans un état de
déroute totale, jusqu’à ce que de certains temps soient accom-
plis, avec la venue desquels en vertu d’une nécessité elle
est portée à la résidence qui lui 5164 ÿ. L’âme au contraire
dont toute la vie s’est écoulée dans la pureté et la mesure,
ayant trouvé des Dieux pour lui servir de compagnons de
route et de guides, sa résidence est aussitôt la région qui lui
convient.
« Or, la terre compte un grand nombre de régions merveil-
leuses, et, ni pour sa constitution, ni pour sa grandeur, elle
n’est ce qu'admettent les gens qui ont coutume de parler de
1. Ou des circuits (manuscrits et Stobée). La leçon suivie est celle
de Proclus et, sans doute, d’Olympiodore : sur les autels d’'Hécate,
aux carrefours, on déposait à Athènes des offrandes aux morts.
2. Couple usuel, que trouble l’idée de sacrifices (variante).
3. Car elle sait que ce sera pour elle la régénération.
k. Geci renvoie à 8r c; cf. 68 ο.
5. Seuls, les bons atteignent d’un trait leur séjour (cf. p. 96, n. 3;
Rep. Χ, 6rg e) ; les méchants traversent une série d'épreuves, 113 d 544.
86 | PAIAON 108 a
ὡς ὃ Αἰσχύλου Τήλεφος λέγει’ ἐκεῖνος μὲν γὰρ ἁπλῆν οἶμόν 108
φησιν εἰς “Αἰδου φέρειν" ἣ δ᾽ οὔτε ἁπλῆ οὔτε μία φαίνεταί
οι εἶναι οὐδὲ γὰρ ἂν ἡγεμόνων ἔδει, οὐ γάρ πού τις ἂν
διαμάρτοι οὐδαμόσε μιᾶς δδοῦ οὔσης. Νῦν δὲ ἔοικε σχίσεις
τε καὶ τριόδους πολλὰς ἔχειν᾽ ἀπὸ τῶν δὅσίων τε καὶ νομίμων
τῶν ἐνθάδε τεκμαιρόμενος λέγω. Ἣ μὲν οὖν κοσμία τε καὶ
φρόνιμος ψυχὴ ἕπεταί τε καὶ οὐκ ἀγνοεῖ τὰ παρόντα᾽ À δ᾽
ἐπιθυμητικῶς τοῦ σώματος ἔχουσα, ὅπερ ἐν τῷ ἔμτιροσθεν
εἶπον, περὶ ἐκεῖνο πολὺν χρόνον ἐπτοημένη καὶ περὶ τὸν
δρατὸν τόπον, πολλὰ ἀντιτείνασα καὶ πολλὰ παθοῦσα βία
καὶ μόγις ὕπὸ τοῦ προστεταγμένου δαίμονος οἴχεται ἀγο-
μένη. ᾿Αφικομένην δὲ ὅθιπερ at ἄλλαι, τὴν μὲν ἀκάθαρτον
καί τι πεποιηκυῖαν τοιοῦτον ἢ φόνων ἀδίκων ἡἥμμένην, ἢ
ἄλλ᾽ ἄττα τοιαῦτα εἰργασμένην ἃ τούτων ἀδελφά τε καὶ
ἀδελφῶν ψυχῶν ἔργα τυγχάνει ὄντα, ταύτην μὲν ἅπας
φεύγει τε καὶ ὑπεκτρέπεται, καὶ οὔτε ξυνέμπορος οὔτε
ἡγεμὼν ἐθέλει γίγνεσθαι. αὐτὴ δὲ πλανᾶται ἐν πάσῃ
ἐχομένη ἀπορία, ἕως ἂν δή τινες χρόνοι γένωνται, ὧν
ἐλθόντων ὕπ᾽ ἀνάγκης φέρεται εἰς τὴν αὐτῇ πρέπουσαν
οἴκησιν. Ἣ δὲ καθαρῶς τε καὶ μετρίως τὸν βίον διεξελ--
θοῦσα, καὶ ξυνεμπόρων καὶ ἡγεμόνων θεῶν τυχοῦσα,
ᾧκησε τὸν αὐτῇ ἑκάστῃ τόπον προσήκοντα.
« Εἰσὶ δὲ πολλοὶ καὶ θαυμαστοὶ τῆς γῆς τόποι, καὶ
αὐτὴ οὔτε οἵα οὔτε ὅση δοξάζεται ὑπὸ τῶν περὶ γῆς
108 a 3 οὐδὲ : -δὲν Stob. || pr. ἂν (et Stob.) :post ἔδει T || οὐ (et
Stob.): οὐδὲ B? (δὲ s. u.) WY {|| 4 διαμάρτοι: ἀμ. TW Stob. ||
ὅδου οὔσης : οὔσ. ὁ. Stob. || ἔοιχε: -xev T || 5 τριόδους Dobrée
coll. Proclum in Remp. 372 [1 85 6, zx; cf. II 132 sqq. Kr.], OI.
192 19 sq., 21 et 233 14 sq. N. [sed non in lemm.]) et Plat.
Gorg. 524 ἃ 2: περιόδ. codd. Stob. || ὁσίων T2W? γρ. (et Proclus
ut uid.): θυσιῶν TWY? (mut. oin0,us.u.) Stob. || 6 οὖν B? (5.
u.) (et Stob.) : om. B || 7 ἀγνοεῖ : ayavaxret Heusde || δ᾽ : δὲ TW
|| ὃ ἔμπροσθεν (et Stob.): πρόσ. ΤΊ[Ὁ 1 πολλὰ: ἄλλα Stob. || 2
μόγις: μόλις T Stob. || 3 ὅθιπερ: οἷπερ Cobet Schanz || 7 ὑπεχτρέ-
etat: ὑποχρύπτειαι Stob. [[ 4 θεῶν B? (1. m.) (et Stob.): ὅσων B
[| 5 ὥχησε: -σεν BT || ἑἕχάστη : -tn Schanz Burnet.
408 c PHÉDON 87
la terre : c'est ce dont on m'a fait acquérir la conviction. »
Simmias interrompit: « Que veux-tu dire par là, Socrate?
Car moi aussi, il va sans dire que sur la terreon m'a appris
beaucoup de choses, et ce ne sont sans doute pas celles aux-
quelles va ta conviction. J'aurais donc plaisir à t’entendre en
parler. — Hé mais! Simmias, ce n’est bien sûr pas, à mon
sens, le secret de Glaucus ?, de t’en donner à tout le moins
un exposé !Mais là-dedans, quelle vérité? ah! voilà qui, mani-
festement, surpasse à mes yeux pour la difficulté le secret
de Glaucus! C'est-à-dire que tout ensemble il y aurait inca-
pacité probable de ma part, et que tout ensemble le temps
que j'ai à vivre, Simmias, ne suffit pas non plus, je pense, à
l'étendue du sujet. Quelle est au surplus la nature de la
terre selon ma conviction, quelles en sont les régions, rien
ne m'empêche de vous le dire. — Mais oui, dit Simmias, il
n’en faut pas plus! — Voici donc, reprit Socrate, de quoi je
me suis laissé convaincre. C’est, tout d’abord, que si la terre
est au centre du monde et qu’elle soit ronde, elle n’a nul
109 besoin, pour éviter de tomber, ni de l'air, ni d'aucune autre
pression du même genre. Mais ce qui suffit à la retenir, c’est
la similitude de toutes les directions du monde entre elles et
l’état d'équilibre de la terre elle-même; car pour une chose
qui est placée en équilibre au centre d’un contenant homo-
gène, il n’y aura lieu, ni peu πὶ prou, de tomber d’aucun
côté ὃ ; or, une telle position étant celle de la terre, étant inca-
pable de tomber elle restera immobile. Voilà donc, dit-il, le
premier point dont on m'a convaincu. — C'est à bon droit,
oui! dit Simmias.
— Le second point maintenant, poursuivit Socrate : c’est
qu'il s’agit de quelque chose de tout à fait grand et dont nous,
qui habitons du Phase jusqu'aux colonnes d'Hercule#, nous
1. Qui? Peut-être personne ; non du moins les Pythagoriciens,
car l’adhésion de Simmias (109 a) ne concerne que le premier point.
Aristophane (Nuées 188-192, 206-215) raille les études de l’école de:
Socrate sur la géographie, sur les abîmes du Tartare.
2. Le dicton, dont il est inutile d’énumérer les interprétations
(Burnet, App. Il), équivaut à notre « ce n’est pas sorcier ».
3. Cette indifférenciation est du ciel et de la terre, et non pas seu-
lement de celle-ci, comme dit Aristote, De caelo IL 13, 295 b, ro-
16, qui rapporte à Anaximandre l’origine de la théorie.
ἡ. C'est-à-dire, de l’extrémité orientale de la mer Noire (Col-
δὴ nu ΦΑΊΔΩΝ 108 ὁ
εἰωθότων λέγειν, ὧς ἐγὼ ὕπό τινος πέπεισμαι. » Καὶ ὃ
᾿ Σιμμίας: « Πῶς ταῦτα, ἔφη, λέγεις, ὦ Σώκρατες ; Περὶ
γάρ τοι γῆς καὶ αὐτὸς πολλὰ δὴ ἀκήκοα, οὐ μέντοι ταῦτα ἃ
σὲ πείθει" ἡδέως οὖν ἂν ἀκούσαιμι. --- ᾿Αλλὰ μέντοι, ὦ
Σιμμία, οὐχ ἣ Γλαύκου τέχνη γέ μοι δοκεῖ εἶναι διηγήσασθαι
ἅ γ᾽ ἐστίν: ὥς μέντοι ἀληθῆ, χαλετιώτερόν μοι φαίνεταιἢ
κατὰ τὴν Γλαύκου τέχνην᾽ καὶ ἅμα μὲν ἐγὼ ἴσως οὐδ᾽ ἂν
οἷός τε εἴην, ἅμα dE, εἰ καὶ ἢπιστάμην, ὃ βίος μοι δοκεῖ ὃ
ἐμός, ὦ Σιμμία, τῷ μήκει τοῦ λόγου oùk ἐξαρκεῖν. Τὴν
μέντοι ἰδέαν τῆς γῆς οἵαν πέπεισμαι εἶναι, καὶ τοὺς
τόπους αὐτῆς οὐδέν με κωλύει λέγειν. -- “AA, ἔφη ὃ
Σιμμίας, καὶ ταῦτα ἀρκεῖ. — ΠΠέπεισμαι τοίνυν, ἦ δ᾽ ὅς,
ἐγὼ ὡς πρῶτον μέν, εἰ ἔστιν ἐν μέσῳ τῷ οὐρανῷ περι-
φερὴς οὖσα, μηδὲν αὐτῇ δεῖν μήτε ἀέρος πρὸς τὸ μὴ
πεσεῖν, μήτε ἄλλης ἀνάγκης μηδεμιᾶς τοιαύτης᾽ ἀλλὰ 409
ἱκανὴν εἶναι αὐτὴν ἴσχειν τὴν ὅδμοιότητα τοῦ οὐρανοῦ
αὐτοῦ ἑαυτῷ πάντῃ καὶ τῆς γῆς αὐτῆς τὴν ἰσορροπίαν"
Ἰσόρροπον γὰρ πρᾶγμα, δμοίου τινὸς ἐν μέσῳ τεθέν, οὐχ
ἕξει μᾶλλον οὐδ᾽ ἧττον οὐδαμόσε κλιθῆναι, ὁμοίως δ᾽ ἔχον
ἀκλινὲς μενεῖ. Πρῶτον μὲν δή,À δ᾽ ὅς, τοῦτο πέπεισμαι.
- Καὶ ὀρθῶς γε, ἔφη ὃ Σιμμίας.
— Ἔτι τοίνυν, ἔφη, πάμμεγά τι εἶναι αὐτό, καὶ ἥμᾶς
οἰκεῖν, τοὺς μέχρι Ἥρακλείων στηλῶν ἀπὸ Φάσιδος, ἐν
Ο ὃ τινος : δέ (fort. δή) τινος Stob. || ἃ 4 γῆς (et Stob.) : τῆς
. Β5 (5. u. ) TWY |} 3 οὖν ἂν: ἂν οὖν TW οὖν Stob. || 4 οὐχ ἣ (et
Stob.) : οὐχὶ ἣ Eus. οὐχὶ Heindorf || τέγ νη γέ μοι (οι Euseb. Stob.):
y. mt. W || 5 ἅ γ᾽ (et Eus.): ἅ γε W & τε Stob. δέ γ᾽ BY ||ὃ οὐδ’
(et Eus. Stob.): οὐχ W ||7 εἰ καὶ (et Stob.) : χαὶ εἰ Eus. ||8 τοῦ λόγου:
om. Eus”. Stob. || ἐξαρχεῖν (et Eus. Siob.): -χεῖ BY || e 2 χωλύει
λέγειν (et Eus.): À. x. Stob. || 4 ὡς (et Stob.): om. Eus. || εἰ (et
Eus.) : γῆ Stob. || τῷ οὐρανῷ (et Eus.): τοῦ -voù Stob. || 409 a
1 ἀλλὰ: ἀλλ᾽ ΤῊΝ || 2 ἱκανὴν (et Eus. Stob.): -νήν γε Β5 (GEu.) Y
Ἰ αὐτὴν (et Stob.) : αὐ, τε B2(s. u.) WY | 3 ἑαυτῷ : αὐ. T av. Eusr.
Stob. ||αὐτῆς T2 (σ 5. ἃ.) (et Stob.): -τὴν T Eus. | 6 μενεῖ Ven.
184 (E) (et Eus.) : μένει codd. Stob. || δή (εἰ Eus.): τοίνυν TW om.
BY Stob. |} ἡ δ᾽ ὅς T? (i. m.) (et Eus. Stob.): om. TW || 7 γε:
De
409 b PHÉDON 88
n'occupons qu’une petite parcelle, logés à l’entour de la mer,
fourmis ou grenouilles, comme à l’entour d’une eau stagnante!.
IT existe encore, en d’autres lieux, d’autres hommes en grand
nombre, et logés dans un grand nombre de régions analo-
gues. C’est que, partout sur la rondeur de la terre, il y a un
grand nombre de creux, de toute forme et de toute grandeur,
où se sont déversés ensemble eau, vapeur et air. Quant à la
terre, en elle-même et toute pure, c'est dans la partie pure
du monde qu’elle se trouve, celle où sont les astres et à la-
quelle le nom d’éther est donné par la foule de ceux qui ont
coutume de discourir sur de telles questions. Un dépôt aban-
donné par celui-ci, voilà ce qui constitue ces matières qui
continuellement viennent ensemble se déverser dans les creux
de la terre. Nous, donc, nous en habitons les creux, mais
sans nous en douter ; et nous nous imaginons habiter en
haut, sur la surface de la terre ?. Tel serait le cas d’un homme
logé à mi-distance du fond de la pleine mer ; il s’imagine-
rait être logé à la surface de celle-ci, et, comme à travers
l’eau il verrait le soleil et le reste des astres, il prendrait en
même temps la mer pour du ciel ; son indolence et sa fai-
blesse ne lui auraient encore jamais permis de parvenir au
sommet de la mer, ni, une fois qu'il aurait émergé de cette
mer et levé la tête au dehors vers cette région-ci, de voir à
quel point elle est plus pure et plus belle que celle de ses
pareils, dont nul non plus ne l’aurait instruit faute de l'avoir
vue. C’est la même chose, certainement, qui nous arrive
à nous aussi : logeant dans un des creux de la terre, nous
nous imaginons loger tout en haut de celle-ci ; nous appelons
ciel l’air, comme s’il était le ciel que parcourent les astres.
Et voici en quoi le cas est bien le même : notre faiblesse et
notre indolence nous font incapables de traverser l’air de bout
en bout; oui, supposons qu’on en atteigne le sommet, ou
chide) au détroit de Gibraltar, le bassin Méditerranéen tout entier.
1. Par rapport à la grandeur de la terre, nous sommes des four-
mis ; d'autre part, habitant autour d’une mer presque fermée, nous
ressemblons à des grenouilles autour d’un marais.
2. La cosmologie nomme le milieu sidéral éther. Au dessous, doit
être une partie de la terre où elle est sans mélange. Les bas-fonds
dans lesquels nous vivons sont faits au contraire pour recevoir, comme
s
88 PATAQN 109 b
σμικρῷ τινι μορίῳ,,
0
ὥσπερ περὶ τέλμα, μύρμηκας ἢ ἢ
βατράχους, περὶ τὴν θάλατταν οἰκοῦντας" καὶ ἄλλους
ἄλλοθι πολλοὺς ἐν πολλοῖσι τοιούτοις τόποις οἰκεῖν. Εἶναι
γὰρ πανταχῇ περὶ τὴν γῆν πολλὰ κοῖλα καὶ παντοδαπὰ καὶ
τὰς ἰδέας καὶ τὰ μεγέθη, εἰς ἃ ξυνερρυηκέναι τό τε ὕδωρ
καί τὴν δμίχλην καὶ τὸν ἀέρα. Αὐτὴν δὲ τὴν γῆν καθαρὰν ἐν
καθαρῷ κεῖσθαι τῷ οὐρανῷ, ἐν ᾧπέρ ἐστι τὰ ἄστρα, ὃν δὴ
αἰθέρα ὀνομάζειν τοὺς πολλοὺς τῶν περὶ τὰ τοιαῦτα
εἰωθότων λέγειν: οὗ δὴ ὑὕποστάθμην ταῦτα εἶναι καὶ
ξυρρεῖν ἀεὶ εἰς τὰ κοῖλα τῆς γῆς. μᾶς οὖν οἰκοῦντας ἐν
τοῖς κοίλοις αὐτῆς λεληθέναι καὶ οἴεσθαι ἄνω ἐπὶ τῆς γῆς
οἰκεῖν, ὥσπερ ἂν εἴ τις, ἐν μέσῳ τῷ πυθμένι τοῦ πελάγους
οἰκῶν, οἴοιτό τε ἐπὶ τῆς θαλάττης οἰκεῖν, καί, διὰ τοῦ
ὕδατος δρῶν τὸν ἥλιον καὶ τὰ ἄλλα ἄστρα, τὴν θάλατταν
ἡγοῖτο οὐρανὸν εἶναι διὰ δὲ βραδυτῆτά τε καὶ ἀσθένειαν
Εηδετιώποτε ἐπὶ τὰ ἄκρα τῆς θαλάττης ἀφιγμένος μηδὲ
ἑωρακὼς εἴη, ἐκδὺς καὶ ἀνακύψας ἐκ τῆς θαλάττης εἷς
τὸν ἐνθάδε τόπον, ὅσῳ καθαρώτερος καὶ καλλίων τυγχάνει
Ov τοῦ παρὰ σφίσι, μηδὲ ἄλλου ἀκηκοὼς εἴη τοῦ ξωρακότος.
Tadtov δὴ τοῦτο καὶ μᾶς πεπονθέναι" οἰκοῦντας γὰρ ἔν
τινι κοίλῳ τῆς γῆς, οἴεσθαι ἐπάνω ᾿αὐτῆς oîketv, καὶ τὸν
ἀέρα οὐρανὸν καλεῖν, ὥς διὰ τούτου οὐρανοῦ ὄντος τὰ
ἄστρα χωροῦντα᾽ τὸ δὲ εἶναι ταῦτόν, ὕπ᾽ ἀσθενείας καὶ
βραδυτῆτος οὐχ οἵους τε εἶναι ἣἥμᾶς διεξελθεῖν ἐπ᾽
ἔσχατον τὸν ἀέρα" ἐπεί, εἴ τις αὐτοῦ ἐπ᾽ ἄκρα ἔλθοι ἢ
2
b 3 πολλοῖσι : -οῖς BWY Eus. Stob. om. Orig. || τοιούτοις τόποις:
om. Eusr. || 6 xaapàv: -dy τε Eus. || © 1 sq. τῶν... λέγειν: ad-
dub. Hirschig, εἰωθότων λέγειν Burnet || τῶν περὶ τὰ τοιαῦτα : τῶν
τ. τ. Bus. τοὺς x. ταῦτα Stob. || 2 ταῦτα εἶναι : εἶ, τ. Eus. || 4 τῆς
(et Eus.): om. Stob. || 8 τε : om. Eus', ||d 1 μηδεπώποτε (et Eus.
Stob.) :οὐδεπ. B? (οὐ 1. m.) W || ἀφιγμένος: εἴη d. Eus. || 3 ὅσῳ (et
Eus.) :ὅσον Stob. || χαλλίων T? (ν 5. ἃ.) (et Eusr. Stob.): -ίω T ||
ἡ alt. τοῦ : τοῦτο Eus. || 5 ταὐτὸν : -τὸ Eus. || ὃ τὸ δὲ εἶναι ταὐτόν
(et Bus. Stob.) : ultima uerba ambo 560]. Schanz ||e 2 ἄχρα (et Eus.
Stob.): -ov W.
409 e PHÉDON 89
bien qu'on prenne des ailes et qu’on s’envole, alors en effet
on en aurait le spectacle, parce qu'on élèverait la tête, comme
ici-bas les poissons en élevant la tête hors de la mer voient
les choses d’ici-bas ; oui, c’est ainsi qu’on aurait le spectacle
de celles qui sont là-haut. Supposons enfin à notre nature le
pouvoir de soutenir cette contemplation : on connaîtrait alors
que ce qui en est l’objet est le ciel véritable, et la vraie lu-
110 mire, et la terre véritablement terre ! ! Car cetteterre-ci, les
pierres même, et dans son entier la région où nous sommes,
tout cela est corrompu, mangé complètement, comme l’est
par la salure ce que renferme la mer; la mer où rien ne
pousse qui mérite qu'on en parle, où il n’y a pour ainsi
dire rien d’accompli, mais des roches creuses, du sable, une
quantité inimaginable de vase, des lagunes partout où s’y
mêle de la terre, bref des choses qui ne doivent pas le moins
du monde être jugées en les rapportant aux beautés de chez
nous ?. Mais, à leur tour, celles de là-haut seraient manifeste-
ment de beaucoup supérieures encore à celles de chez nous.
Si donc c'est en effet le bon moment pour conter une his-
toire, il vaut la peine, Simmias, d'écouter quelle est précisé-
ment la qualité des choses qui sont sur cette terre dont la
place est au-dessous du ciel. — Ma foi! Socrate, nous
serions, nous, bien aises, dit Simmias, d'entendre cette his-
toire.
— Bon ! Voici donc, camarade, répondit-il, ce que l’on
rapporte. C’est d'abord que l’image de cette terre, pour qui
la regarde de haut, est à peu près celle-ci : un ballon bariolé
pareil aux balles de peau à douze pièces, et dont les quartiers
se distinguent par des couleurs qu'imitent à leur façon les
couleurs mêmes d’ici-bas ὃ, celles notamment que les peintres
une lie de l’éther, l’air humide et enfin l’eau que ce dernier dépose
à son tour (110 6, 6).
1. Appliquée au rapport du sensible et de l’intelligible, l’image
devient celle du dieu marin Glaucus (Rep. X, Grx c-e; cf. Esch.
fr. 34 N2.), ou encore celle de la caverne (VII début).
2. On doit les estimer par rapport à des choses encore pires. Cor-
ruptrice (cf. e), la mer l’est même des mœurs, Lois IV, 704 d-505 a.
3. La terre, vue d’en haut, l’est par sa partie pure. Un dodécaèdre,
fait de douze pentagones, donne une sphère si l’on en courbe les sur-
faces ; or c’est ainsi qu'a été fait le monde lui-même, et il est peint
en. PATAQN 109 ὁ
“πτηνὸς γενόμενος ἀνάπτοιτο, κατιδεῖν (ἂν) ἀνακύψαντα,
ὥσπερ ἐνθάδε οἱ ἐκ τῆς θαλάττης ἰχθύες ἀνακύπτοντες
δρῶσι τὰ ἐνθάδε, οὕτως ἄν τινα καὶ τὰ ἐκεῖ κατιδεῖν"
καὶ εἰ ἣ φύσις ἱκανὴ εἴη ἀνασχέσθαι θεωροῦσα, γνῶναι ἂν
ὅτι ἐκεῖνός ἐστιν ὃ ἀληθῶς οὐρανὸς καὶ τὸ ἀληθινὸν φῶς
καὶ ἣἧ ὡς ἀληθῶς γῆ. Ἥδε μὲν γὰρ ἧ γῆ καὶ οἱ λίθοι καὶ 110
ἅπας ὃ τόπος ὃ ἐνθάδε διεφθαρμένα ἐστὶ καὶ καταθεθρω-
μένα, ὥσπερ τὰ ἐν τῇ θαλάττῃ ὑπὸ τῆς ἅλμης καὶ οὔτε
φύεται ἄξιον λόγου οὐδὲν ἐν τῇ θαλάττῃ, οὔτε τέλειον ὡς
ἔπος εἰπεῖν οὐδέν ἐστιν, σήραγγες δὲ καὶ ἄμμος καὶ πηλὸς
ἀμήχανος καὶ βόρθοροί εἶσιν ὅπου ἂν καὶ γῆ À, καὶ πρὸς
τὰ παρ᾽ uiv κάλλη κρίνεσθαι οὐδ᾽ ὁπωστιοῦν ἄξια.
"Ἐκεῖνα δὲ αὖ τῶν παρ᾽ ἡμῖν πολὺ ἂν ἔτι πλέον φανείη δια-
φέρειν. Εἰ γὰρ δὴ καὶ μῦθον λέγειν καλόν, ἄξιον ἀκοῦσαι,
ὦ Σιμμία, οἷα τυγχάνει τὰ ἐπὶ τῆς γῆς ὑπὸ τῷ οὐρανῷ
ὄντα. --- ᾿Αλλὰ μήν, ἔφη ὃ Σιμμίας, ὦ Σὠκρατες, ἡμεῖς γε
τούτου τοῦ μύθου ἡδέως ἂν ἀκούσαιμεν.
— Λέγεται τοίνυν, ἔφη, ὦ ἑταῖρε, πρῶτον μὲν εἶναι
τοιαύτη ἣ γῆ αὕτη ἰδεῖν, εἴ τις ἄνωθεν θεῷτο, ὥσπερ ai
δωδεκάσκυτοι σφαῖραι ποικίλη, χρώμασι διειλημμένη, ὧν
καὶ τὰ ἐνθάδε εἶναι χρώματα ὥσπερ δείγματα, οἷς δὴ ot
e 3 ἀνάπτοιτο (et Stob.): -οἴτο Β5 (οἱ 5. u.) T ἀναπτοιτοΎ || «---Ἠἂν"-
Steph. : om. codd. οἱ Stob. δὴ Eus. || 6 ἀνασχέσθαι T2? (et
Orig. Stob.): ἂν (exp.) av. T ἀνέχεσθαι BW? (es. u.) Υ Eus. || 7
ἀληθινὸν B? (i. m.) (et Orig. Eus. Stob.):-0&s BY || 440 a τ ἥδε
B? (s. u.) (et Eus. Stob.) : ἤδη B || 2 ἅπας : πᾶς Eus. [| ἐστὶ: -tiv Y
[| 4 ἄξιον λόγου οὐδὲν (et Eus. Stob.): οὐδ. &. À. BY || 5 ἐστιν: -τι
BWY || 6 καὶ γῆ recc. et Eus. : x. ἣ y. codd. ἣ y. Stob. || 9 et sq.
χάλλη... τῶν παρ᾽ nuiv: om. Stob. || χάλλη : καλὰ Eus. || ὃ πολὺ
(et Eus. Stob.): πολλοῦ BT? (ου 5. u.) Y || πλέον : -εἴον Eus. || b 1
δὴ T?(em.) (et Eus. Stob.) : δεῖ BTY || μῦθον λέγειν: μυθολογεὶν
Eus. || χαλὸν B? (Gi. m.) (et Eus. Stob.) : om. B || ἄξιον (et Eus.
Stob.): xat ἄ. ΒΞ (Gi. m.) WY || 2 τῆς : om. Stob. || 6 αὕτη (et
Stob.): αὐ. Eus. || εἴ τις B? (εἰ s. u.) (et Eus.) : ἥτις B Stob. || θεῶτο
(et Eus. Stob.): 0. αὐτὴν BWY || 7 ypœuaot : -ouv B || διειλημμένη
W (us. u.):-nuévn W || 8 ὥσπερ δείγματα :om. Stob.
440 c PHÉDON go
emploient. Or, dans cette région lointaine, c’est la totalité de
la terre qui est faite de telles couleurs ; bien mieux, de cou-
leurs beaucoup plus éclatantes et plus pures que celles-ci :
ici en effet elle est pourpre et d’une merveilleuse beauté, là
elle est comme de l'or, ailleurs toute blanche et plus blanche
que la craie ou que la neïge ; et les autres couleurs dont elle
est pareillement constituée sont aussi plus nombreuses encore
et plus belles que toutes celles que, nous, nous avons pu
voir. C’est que, d'eux-mêmes, ces creux de notre terre, étant
tout remplis d’eau et d’air, se donnent au milieu du bario-
lage de toutes les autres couleurs le brillant éclat d’une
coloration uniforme, si bien que la terre présente l'aspect
d’un bariolage continu dont le ton est uniforme‘. Quant à
l’autre terre, constituée comme elle l’est, tout ce qui pousse
ÿ pousse en proportion ?, arbres ou fleurs et fruits ; de même,
de leur côté, ses montagnes ; les pierres y ont, dans le même
rapport, plus de beauté pour le poli, pour la transparence,
pour la couleur; les pierreries mêmes d’ici-bas, celles que
nous qualifions de précieuses, en sont des déchets, nos sar-
doines et nos jaspes et nos émeraudes et tout ce qui est de
même sorte ; mais dans celte région lointaine, s'il n’est
rien qui n'existe en ce genre, elles y sont plus belles encore
que celles d’ici-bas. En voici la raison : les pierres de cette
région sont pures; elles ne sont pas complètement rongées
et corrompues, comme celles de la nôtre, par la putréfac-
tion et la salure, dues aux mélanges dont ces lieux-ci sont le
déversoir ; car c’est là ce qui apporte, et aux pierres, et à la
terre, et aux animaux d'autre part comme aux plantes, aussi
aussi par le Démiurge (Timée 55 c). Peut-être les couleurs de la
terre sont-elles les douze couleurs fondamentales du Timée 67 e-68 c.
Les douze signes du Zodiaque ne sont pas en cause ici ; mais on peut
signaler une analogie avec l’attribution d’une couleur à chacun des
cercles célestes, Rep. X, 616 e sq.
1. Dans une lumière vaporeuse, les couleurs sont moins tranchées,
et comme fondues dans une tonalité générale qui varie avec l’heure
et la saison. Tel est notamment le cas pour nos bas-fonds : sur la
surface uniformément colorée de la mer, une voile fait une tache mal
délimitée et qui en semble inséparable.
2. Platon aime à employer ainsila proportion (110 a fin et 111 b;
cf. Rep. VI fin). Le terme supérieur est ici un paradis, non pas
céleste comme celui des Pythagoriciens (Vors.® 1, 358, 20), mais
go: PAIAQN 110 c
γραφεῖς καταχρῶνται. ᾽Εκεῖ δὲ πᾶσαν τὴν γῆν ἐκ τοιούτων c
εἶναι, καὶ πολὺ ἔτι ἐκ λαμτπροτέρων καὶ καθαρωτέρων ἢ
τούτων: τὴν μὲν γὰρ ἅἁλουργῆ εἶναι καὶ θαυμαστὴν τὸ
κάλλος, τὴν δὲ χρυσοειδῆ, τὴν δέ, ὅση λευκή, γύψου ἢ
χιόνος λευκοτέραν, καὶ ἐκ τῶν ἄλλων χρωμάτων συγκει-
μένην ὡσαύτως, καὶ ἔτι πλειόνων καὶ καλλιόνων ἢ ὅσα
ἡμεῖς ἑωράκαμεν. Kai γὰρ αὐτὰ ταῦτα τὰ κοῖλα αὐτῆς,
ὕδατός τε καὶ ἀέρος ἔκπλεα ὄντα, χρώματός τι εἶδος
παρέχεσθαι στίλθοντα ἔν τῇ τῶν ἄλλων χρωμάτων ποικιλίᾳ,
ὥστε ἕν τι αὐτῆς εἶδος συνεχὲς ποικίλον φαντάζεσθαι.
Ἔν δὲ ταύτῃ, οὔση τοιαύτῃ, ἀνὰ λόγον τὰ φυόμενα
φύεσθαι, δένδρα τε καὶ ἄνθη καὶ τοὺς καρπούς. Kai αὖ τὰ
ὄρη ὡσαύτως καὶ τοὺς λίθους ἔχειν ἀνὰ τὸν αὐτὸν λόγον
τήν τε λειότητοι καὶ τὴν διαφάνειαν καὶ τὰ χρώματα
καλλίω: ὧν καὶ τὰ ἐνθάδε λιθίδια εἶναι ταῦτα τὰ ἀγαπώ-
μεναι μόριοι, σάρδιά τε καὶ ἰάσπιδας καὶ σμαράγδους καὶ
πάντο: τὰ τοιαῦτοι᾽ ἐκεῖ δὲ οὐδὲν ὅ τι οὗ τοιοῦτον εἶναι καὶ
ἔτι τούτων καλλίω. Τὸ δ᾽ αἴτιον τούτου εἶναι, ὅτι ἐκεῖνοι
ot λίθοι εἰσὶ καθαροὶ καὶ où κατεδηδεσμένοι οὐδὲ διεφθαρ-
μένοι ὥσπερ οἵ ἐνθάδε ὑπὸ σηπεδόνος καὶ ἅλμης ὑπὸ τῶν
δεῦρο ξυνερρυηκότων᾽ ἃ καὶ λίθοις καὶ γῇ καὶ τοῖς ἄλλοις
ζῴοις τε καὶ φυτοῖς αἴσχη τε καὶ νόσους παρέχει. Τὴν δὲ
© 1 γραφεῖς : -ἧς Burnet {|| 3 χαὶ (et Stob.): om. T Eus. || 4 ἢ:
χαὶ Eus. || 5 ἄλλων : ἄνω coni. Mudge || συγχειμένην (et Eus. Stob.):
Eux. BY ἔγχ. W || ὃ ἔχπλεα (et Euseb. Stob.) : Eur. Υ || εἶδος:
εἰ, παρὰ τὸ εἶδος Stob. || d τ παρέχεσθαι B? (1. m.) (et Eus). : -ἔγχεται
B Stob. ||2 συνεχὲς: σ. χαὶ Eus. || 4 ἄνθη (et Eus. Stob.): ἄλση B?
(. m.) W || καὶ τοὺς: ἔχοντα τ᾿ Eus. || 5 ἀνὰ: χατὰ Eus. ||λόγον:
inter À. et τήν te rasura circa XIII literarum in T || 6 τήν τε λειότητα
(οἱ Eus.): τ. τελειό. Β (ut midi) Stob. 6 1τὅ τι où τοιοῦτον etva::
ὁτιοῦν τ. οὐκ et. Eus. ὅ τι μὴ τ. εἰ. B? (i. m.) WY ὃ μὴ τοι. εἶ.
Stob. || ὃ εἰσὶ χαθαροὶ : x. εἰσὶν T uel -σὶW Eus. Stob. || χατε-
δηδεσμένοι (et Eus. Stob.): -δομένοι W? (0 s. u.) Stob. χαταδεόρωμέ-
νοι T2W? (i. m. ambo, cf. 110 a 2) || οὐδὲ : οὔτ. Stob. || ἡ ὑπὸ
σηπεδόνος χαὶ ἅλμης: secl. Schanz || ὑπὸ τῶν : χαὶ τ. Eus. ᾿Ὁ ἃ T2
(ἃ 5. α.): om. T Stob. || λίθοις... γῇ (et Eus. Stob.): τοῖς À. ... τῇ
y. ΒΞ (s. u.) W.
410 6 PHÉDON οἱ
bien laideur que maladie. À la parure que fait à la terre vé-
ritable la foule de ces gemmes, s'ajoutent encore, et l'or, et
l'argent, et le reste enfin de ce qui est de même sorte. Parure
411 qui d'elle-même et par nature se découvre aux regards si
abondante, si grandiose, si universellement répandue sur la
terre, que celle-ci est un spectacle fait pour des spectateurs
bienheureux !
« Pour ce qui est des animaux qu’elle porte, le nombre :
‘est grand de ceux qui ne sont pas les mêmes qu'ici. Et
quant aux hommes, les uns en habitent le milieu; les autres,
‘au bord de l’air comme nous au bord de la mer; d’autres,
dans des îles! baignées tout autour par l’air et reposant sur
la terre ferme. En un mot, ce que sont justement pour nous
l’eau et la mer en vue de nos besoins, c’est l’air qui l’est là-
bas ; tandis que ce qu'est l’air pour nous, l’éther l’est pour
ces hommes-là. Il y ἃ dans le climat dont ils jouissent un si
parfait tempérament qu'ils sont exempts de maladies et que,
pour la durée de la vie, ils dépassent de beaucoup les hommes
d’ici-bas. Pour la vue, pour l’ouie, pour la pensée, pour toutes
les fonctions analogues, ils sont de nous à une aussi grande
distance que, pour la pureté, l’air l’est de l’eau et l’éther, de
l'air. Il va de soi qu'ils ont pour les Dieux bosquets sacrés?
et sanctuaires, et qui servent réellement de résidence à des
Dieux ; des voix aussi, des prophéties, parlesquelles les Dieux
se rendent sensibles à eux ; et, de la sorte, 115 entrent en com-
merce avec eux, face à face. Ajoutons même que le soleil, la
lune, les astres sont vus par eux tels qu’ils peuvent bien être
en réalité. Α ces privilèges s'ajoute une félicité qui en est l’ac-
compagnement. |
« Ainsi donc, telle est la nature de la terre en son en-
semble et de ce qui appartient à la terre. Quant à ses régions
intérieures, elles en continuent les parties creuses et sont dis-
posées circulairement, en grand nombre, par rapport à l’en-
semble. Les unes sont plus profondes et plus largement
terrestre; non passé comme celui de l’Age d’or (le règne de Cronos,
Polit, 269 a-274 ἃ ou Lois IV, 513 a-714 d), mais actuel et réservé
aux saints et aux philosophes (114 bc).
1. Les Iles des Bienheureux : cf., entre beaucoup d’autres, Pin-
dare, Olymp. 11, 77 sqq.
2. Ou plus largement, avec une autre leçon, « leurs demeures ».
g1 ᾿ς ΦΑΙΔΩΝ 110 €
γῆν αὐτὴν κεκοσμῆσθαι τούτοις τε ἅπασι, καὶ ἔτι χρυσῷ
πε καὶ ἀργύρῳκαὶ τοῖς ἄλλοις αὖ τοῖς τοιούτοις. ᾿Εκφανῆ
γὰρ αὐτὰ πεφυκέναι, ὄντα πολλὰ πλήθει καὶ μεγάλα καὶ 114
πανταχοῦ τῆς γῆς, ὥστε αὐτὴν ἰδεῖν εἶναι θέαμα Ebdat-
uévov θεατῶν.
« Ζῷα δ᾽ ἐπ᾽ αὐτῇ εἶναι ἄλλα τε πολλὰ καὶ ἀνθρώπους,
τοὺς μὲν ἐν μεσογαία οἰκοῦντας, τοὺς δὲ περὶ τὸν ἀέρα
ὥσπερ ἡμεῖς περὶ τὴν θάλατταν, τοὺς δ᾽ ἐν νήσοις ἃς
περιρρεῖν τὸν ἀέρα πρὸς τῇ ἠπείρῳ οὔσας. Kat ἑνὶ λόγῳ,
ὅπερ ἣἥμῖν τὸ ὕδωρ τε καὶ ἣ θάλαττά ἐστι πρὸς τὴν ἧμε-
τέραν χρείαν, τοῦτο ἐκεῖ τὸν ἀέρα" ὃ δὲ ἣμῖν ἀήρ, ἐκείνοις
τὸν αἰθέρα. Τὰς δὲ ὥρας αὐτοῖς κρᾶσιν ἔχειν τοιαύτην
ὥστε ἐκείνους ἀνόσους εἶναι καὶ χρόνον τε ζῆν πολὺ πλείω
τῶν ἐνθάδε. Καὶ ὄψει καὶ ἀκοῇ καὶ φρονήσει καὶ πᾶσι τοῖς
τοιόύτοις ἡμῶν ἀφεστάναι τῇ αὐτῇ ἀποστάσει ἧπερ ἀήρ τε
ὕδατος ἀφέστηκεν καὶ αἰθὴρ ἀέρος πρὸς καθαρότητα. Kai
δὴ καὶ θεῶν ἄλση τε καὶ ἱερὰ αὐτοῖς εἶναι, ἐν οἷς τῷ ὄντι
οἰκητὰς θεοὺς εἶναι, καὶ φήμας τε καὶ μαντείας καὶ
αἰσθήσεις τῶν θεῶν, καὶ τοιαύτας συνουσίας γίγνεσθαι
αὐτοῖς πρὸς αὐτούς. Kai τόν γε ἥλιον καὶ σελήνην καὶ
ἄστρα δρᾶσθαι ὕτ᾽ αὐτῶν οἷα τυγχάνει ὄντα. Kai τὴν ἄλλην
εὐδαιμονίαν τούτων ἀκόλουθον εἶναι.
Καὶ ὅλην μὲν δὴ τὴν γῆν οὕτω πεφυκέναι καὶ τὰ περὶ
τὴν γῆν. Τόπους δ᾽ ἐν αὐτῇ εἶναι κατὰ τὰ ἔγκοιλα αὐτῆς
κύκλῳ περὶ ὅλην πολλούς, τοὺς μὲν βαθυτέρους καὶ ἄνα-
e 7τε : om. Eusebii codd. pleriq. ||ἅπασι : (et Eus. Stob.) : πᾶσιν Τ'
[| 8 τε χαὶ B? (τε 5. u.) (et Eus. Stob.): xat BY || 441 ἃ 2 πανταχοῦ:
πολλ. BY Eus. Stob. ||ἰδεῖν : δεῖν Eus. || 3 θεατῶν (et Eus. Proclus):
om. Stob. || 4 αὐτῇ :-τὴν ΤῊΝ -τῆς Stob. || 8 ὅπερ ἡμῖν (et Stob.): ὃ
παρ᾽ quiv Hirschig Schanz (cf. OL. 194, 9 N.) || τε: om. TW Stob.
|| ἐστι : -ἰν W || b 2 αὐτοῖς (et Stob.): -τῆς BY W2 (em.) || ὃ ἧπερ
(et Stob.) : ἤπερ T || 7 ἄλση (et Stob.): ἔδη T (cf. ἔδος in Timaei
lex.) [ 9. συνουσίας : ξυν. BY || © 1 αὐτούς (et Stob.): αὗτ. T ||
τόν γε (et Stob.): τόν τε Υ || 2 ὁρᾶσθαι (et Stob.) : θεωρεῖσθαι Β5
(. m.) W || 3 τούτων (et Stob.): om. T.
411 :c PHÉDON 92
ouvertes que celle où nous habitons ; les autres, tout en étant
plus profondes, ont un gouffre moins étendu que n’est notre
propre région; il en est d’autres enfin dont la profondeur
est plus faible que celle de ce lieu-ci, mais la largeur plus
grande. Or toutes ces régions souterraines communiquent
entre elles!, en une foule d’endroits, par des trous d’un dia-
mètre plus étroit ou plus large, et elles possèdent en outre
des voies de passage. Aux points où une eau abondante
s'écoule des unes dans les autres ainsi qu’en de grands vases,
il existe aussi des fleuves intarissables, d’une grandeur
immense, qui portent sous la terre des eaux aussi bien
chaudes que froides; mais, où s'écoule en abondance du feu,
il y a aussi de grands fleuves de feu; il y en a beaucoup
enfin qui sont de boue liquide, tantôt plus claire, tantôt plus
bourbeuse ; c’est ainsi qu’en Sicile? coulent avant la lave les
fleuves de boue, et puis la lave elle-même. Ces fleuves donc
emplissent en outre chaque région ὃ selon le sens dans lequel,
pour chacune et à chaque fois, le courant vient à se produire.
Or ce qui cause tous ces mouvements de montée et de des-
cente, c’est une manière d’oscillation qui se fait au-dedans
de la terre, et l’existence de cette oscillation doit tenir aux
conditions que voici #.
« Parmi les gouffres de la terre il y en a un surtout qui est
le plus grand, et précisément parce qu'il traverse la terre
112 tout entière d’outre en outre. C’est de lui précisément que
parle Homère, quand il en dit : « bien loin, dans l’endroit où
« sous la terre est le plus profond des abîmes$ », et c’est celui
qui en d’autres passages, d'Homère aussi bien que de beaucoup
d’autres poètes, est appelé le Tartare. Le fait est que ce gouf-
fre est le lieu où vient converger le cours de tous les fleuves,
et aussi celui d’où inversement il part 5, chacun acquérant en
revanche ses caractères propres de ceux que peut avoir le
terrain à travers lequel il coule. Quant à la raison pour
laquelle cet endroit est, pour tous, l’origine aussi bien que le
. Au moins par le moyen de la cavité centrale (Notice, p. Lxx).
. Probablement Platon l’a déjà visitée ; cf. Notice, p. vrur.
. Sur ceci voir plus loin 112 b et c.
Aristote expose cette théorie Meteor. 11 2, 355 b, 32-356 a, 14.
. Iliade VITE, 14 et, pour l’allusion qui suit, 481.
μ᾿ De la façon qui sera expliquée quelques lignes plus bas.
DOUE
&
Dour ΦΑΊΔΩΝ 414 c
πετιταμένους μᾶλλον ἢ ἐν ᾧ ἡμεῖς οἰκοῦμεν, τοὺς δὲ βαθυ-
τέρους ὄντας τὸ χάσμα αὐτοὺς ἔλαττον ἔχειν τοῦ παρ᾽ ἡμῖν
τόπου" ἔστι δ᾽ οὕς καὶ βραχυτέρους τῷ βάθει τοῦ ἐνθάδε
εἶναι καὶ τιλατυτέρους. Τούτους δὲ πάντας ὑπὸ γῆν εἰς
ἀλλήλους συντετρῆσθαί τε πολλαχῇ καὶ κατὰ στενότερα καὶ
εὐρύτερα, καὶ διεξόδους ἔχειν. “Ἢ πολὺ μὲν ὕδωρ ῥεῖν ἐξ,
ἀλλήλων εἰς ἀλλήλους ὥσπερ εἰς κρατῆρας, καὶ ἀενάων
ποταμῶν ἀμήχανα μεγέθη ὕπὸ τὴν γῆν καὶ θερμῶν ὕδάτων
καὶ ψυχρῶν᾽ πολὺ δὲ πῦρ, καὶ πυρὸς μεγάλους ποταμούς"
πολλοὺς δὲ ὕγροῦ πηλοῦ καὶ καθαρωτέρου καὶ βορθορωδε-
στέρου, ὥσπερ ἐν Σικελίᾳ οἵ πρὸ τοῦ ῥύακος πηλοῦ ῥέοντες
ποταμοὶ καὶ αὐτὸς ὃ ῥύαξ. “Ὧν δὴ καὶ ἑκάστους τοὺς
τόπους πληροῦσθαι, ὧς ἂν ἑἕκάστοις τύχη ἑἕκάστοτε ἣ
περιρροὴ γιγνομένη᾽ ταῦτα δὲ πάντα κινεῖν ἄνω καὶ κάτω
ὥσπερ αἰώραν τινὰ ἐνοῦσαν ἐν τῇ γῆ᾽ ἔστι δὲ ἄρα αὕτη ἥ
αἰώρα διὰ φύσιν τοιάνδε τινά.
« Ἕν τι τῶν χασμάτων τῆς γῆς ἄλλως τε μέγιστον
τυγχάνει ὃν καὶ διαμπερὲς τετρημένον δι᾽ ὅλης τῆς γῆς,
τοῦτο ὅπερ Ὅμηρος εἶπε, λέγων αὖτό 112
τῆλε μάλ᾽, ἧχι βάθιστον ὑπὸ χθονός ἐστι βέρεθρον᾽
ὃ καὶ ἄλλοθι
ει
καὶ ἐκεῖνος καὶ ἄλλοι πολλοὶ τῶν ποιητῶν
Τάρταρον κεκλήκασιν. Εἷς γὰρ τοῦτο τὸ χάσμα συρρέουσί
τε τιάντες oÙ ποταμοὶ καὶ ἐκ τούτου πάλιν ἐκρέουσιν,
γίγνονται δὲ ἕκαστοι τοιοῦτοι δι᾽ οἵας ἂν καὶ τῆς γῆς
ῥέωσιν. Ἣ δὲ αἰτία ἐστὶ τοῦ ἐκρεῖν τε ἐντεῦθεν καὶ
Ο ὃ τὸ χάσμα αὐτοὺς (et Stob.): τὸ αὑτῶν y. Schanz || ἔλαττον:
-σσον W ||ἃ τ οὺς ΤΞ (σ 5. u.): οὗ T (αἱ uid.) || 3 χαὶ χατὰ : x. τὰ
Stob. χαὶ addub. Heindorf || στενότερα : -ὠτεοα B?T? (em.) Υ Stob.
| 4 ἢ B? (spirit. refing., τ add.) : ἢ B (ut uid.) Tubing. (C) Ven.
185 (D) Stob. || 5 χαὶ (et Stob.) : ἐξ B Y || ἀενάων: ἀενν. Stob.
|| 7 πῦρ καὶ :om. Stob. || 8 δὲ (et Stob.): τε B2? (i. m.) W ||χαθα-
pwrépou (et Stob.) : -Gestépou B? (1. m.)|| e τ ἐν (et Stob.): οἱ ἐν T || 3
ὡς Stob. : ὧν codd. || 5 ἔστι: -ἰν T || &oc :om. Stob. ||442 à 5 τε
(et Stob.): om. W || ἐχρέουσιν : -σι Υ πάντες €. Stob. || 7 ἐστὶ: -iv B
112 ἢ PHÉDON 93
b terme du cours de leurs flots, c’est que l’eau n’y trouve pas
de point d’appui ni de base ; il est donc naturel qu'elley ait
un mouvement d’oscillation et d’ondulation, qui la fait mon-
ter et descendre. L’air aussi et le souffle qui s’y rattache font
de même ? ; ils accompagnent et suivent en effet le mouve-
ment de l’eau, aussi bien quand il la porte vers l’autre côté de
la terre, que lorsque c’est de ce côté-ci. C’est comme quand
nous respirons : expiration et inspiration sont toujours um
cours du souffle ; de même aussi, dans la région dont il
s’agit, l’oscillation du souffle, concomitante de celle de la
substance humide, donne lieu à des vents d’une irrésistible
violence, tant lorsqu'il entre que lorsqu'il sort. Supposons
donc que l’eau se soit retirée vers les régions qu’on appelle
inférieures ; alors, en affluant à travers le sol aux lieux où,
comme on l’a vu, s'opère la descente de son flot, elle les
emplit : c'est comparable au procédé de Da ee Sup-
posé au contraire qu'elle les déserte pour se lancer de notre
côté, ce sont ceux d'ici qu’elle emplit à nouveau. Une fois
qu'ils ont été emplis, le flot s’écoulant par les voies de pas-
sage et traversant le sol, chaque fois aussi il parvient à
chacun des endroits vers lesquels 1] s’est fait une route :
c'est ainsi que, outre les mers, il produit lacs, fleuves et.
sources. Puis il part de là pour s’enfoncer derechef à l’inté-
rieur de la terre, et, après avoir fait, tantôt des circuits de
plus grande longueur et en plus grand nombre, tantôt de
moins nombreux et de plus courts, derechef 1] se jette dans
le Tartare. Il y a des cas où c’est beaucoup plus bas que l’ir-
rigation n'avait eu lieu, dans d’autres un peu plus bas,
le cours du flot aboutissant toujours cependant en dessous de:
son départ?. De plus, tandis que parfois le point où le cours
aboutit fait vis-à-vis à celui où s’est produit le jaillissement.
initial, parfois au contraire ces points sont dans la même
partie ; il peut arriver d’ailleurs que les circuits du flot fas-
sent un tour complet ; s’enroulant une seule fois ou même
plusieurs en spirale autour de la terre à la façon des ser-
pents, ils descendent aussi bas que possible pour regagner
1. Pour comprendre ceci il faut le rapprocher de 112 6 8. in.
2. Dans nos creux l’eau est mêlée à l'air (cf. rog b, 110 ὁ, e) x
l'air mù est le souffle (Crat. Aro b}), qui ainsi est mùû avec l’eau.
3. En descendant, on va le voir, le plus possible, le flot monte:
toujours vers le centre; voir ἢ. 1 et cf. 113 b.
93 PAIAON 442 b
εἰσρεῖν πάντα τὰ ῥεύματα, ὅτι πυθμένα οὐκ ἔχει οὐδὲ. b
βάσιν τὸ ὕγρὸν Toto’ αἰωρεῖται δὴ καὶ κυμαίνει ἄνω καὶ
κάτω. Kai ὃ ἀὴρ καὶ τὸ πνεῦμα τὸ περὶ αὐτὸν ταὐτὸν
τιοιεῖ᾽ ξυνέπεται γὰρ αὐτῷ, καὶ ὅταν εἰς τὸ ἐπ᾽ ἐκεῖνα τῆς
γῆς δρμήσῃ καὶ ὅταν εἰς τὸ ἐπὶ τάδε: καί, ὥσπερ τῶν
ἀνατινεόντων ἀεὶ ἐκτινεῖ τε καὶ ἀναπνεῖ ῥέον τὸ πνεῦμα,
οὕτω καὶ ἐκεῖ ξυναιωρούμενον τῷ ὑγρῷ, τὸ πνεῦμα δεινούς
τινας ἄνέμους καὶ ἀμηχάνους παρέχεται, καὶ εἰσιὸν καὶ
ἐξιόν. “Ὅταν τε οὖν ὕποχωρήση τὸ ὕδωρ εἰς τὸν τόπον
τὸν δὴ κάτω καλούμενον, τοῖς κατ᾽ ἐκεῖνα τὰ ῥεύμαται διὰ
τῆς γῆς εἰσρεῖ τε καὶ nAnpot αὐτά, ὥσπερ ot ἔπαν τλοῦντες᾽
ὅταν τε αὖ ἐκεῖθεν μὲν ἀπολίπῃ, δεῦρο δὲ δρμήσῃ, τὰ
ἐνθάδε πληροῖ αὖθις. Τὰ δὲ πληρωθέντα ῥεῖ διὰ τῶν
ὀχετῶν καὶ διὰ τῆς γῆς, καὶ εἷς τοὺς τόπους ἕκαστα
ἀφικνούμενα εἰς oÙc ἑἕκάστους ὡὥὡδοποίηται, θαλάττας τε
καὶ λίμνας καὶ ποταμοὺς καὶ κρήνας ποιεῖ. ᾿Εντεῦθεν δὲ
πάλιν δυόμενα κατὰ τῆς γῆς, τὰ μὲν μακροτέρους τόπους
περιελθόντα καὶ πλείους, τὰ δὲ ἐλάττους καὶ βραχυτέρους,
πάλιν εἰς τὸν Τάρταρον ἐμβάλλει: τὰ μὲν πολὺ κατωτέρω
ἢ ἐπηντλεῖτο, τὰ δὲ ὀλίγον, πάντα δέ ὕποκάτω εἰσρεῖ τῆς
ἐκροῆς᾽ καὶ ἔνια μὲν καταντικρὺ ἣ εἰσρεῖ ἐξέπεσεν, ἔνια
δὲ κατὰ τὸ αὐτὸ μέρος᾽ ἔστιν δὲ À παντάπασι κύκλῳ περιελ--
θόντα, ἢ ἅπαξ, ἢ καὶ πλεονάκις περιελιχθέντα περὶ τὴν γῆν
ὥσπερ οἱ ὄφεις, εἰς τὸ δυνατὸν κάτω καθέντα πάλιν
b 2 δὴ : δὲ Stob. || 3 αὐτὸν (et Stob.) : -τὸ Heindorf cett. sed cf.
Crat. 410 b 3 || τῶν: ἐπὶ τ. Siob. ||7 δὕτω... τὸ πνεῦμα : om. Stob.
[| © r οὖν (et Stob.): οὖν ὁρμῆσαν ΒΣ (. μὴ WY || 2 διὰ : om.
Stob. || 3 εἰσρεῖ: εἰσφρεὶ Madvig || ἡ μὲν : om. Stob. || ἀπολίπῃ W?
(ts. u.) (et Stob.): -εἴπη W ||δὲ : δὴ Stob. ||6 χαὶ διὰ (et Stob.) :om.
W || ἑχάστους : -où Stobr. Mudge || ὡδοποίηται Stob.: ὁδοποιεῖ.
BTW? (os. u.) Y εἰδο. W || θαλάττας : θάλαττάν Stob. || g dudueva:
τη. Stob. || ἃ r ἐλάττους (et Stob.): -ἄττω W || βραχυτέρους (οι
Stob.) : βραῦυ. T || 2 χατωτέρωἢ Β (ut uid.): x. ἣι Τ x. n B? (em.
et τ add.) x. εἰ W -τέρων Stob. x. AU ἢἢ Burnet | ἡἢ εἰτρεῖ ἐξέπεσεν
_B2 Gpirit. asper. add.) : ἧι et ἢ: εἰσρ. ἐξέ. Β οὐT n ἐξέπεσεν Stob.
«(ἢΣΞ ἡ [eioc.| ἐξέ. Burnet || 5 ἔστιν : -τ'. BWY.
πὸ
112 6 PHÉDON | g4
6 leur embouchure. Or ce qui est possible, c'est que, dans
l’une et l’autre direction, la descente se fasse jusqu'au centre,
mais non pas au delà; car la partie de la terre qui est de
chacun des deux côtés du centre est pour chacun des deux
flots l’origine d’une montée.
« À coup sür 1] existe bien d’autres courants, aussi nom-
breux que grands et variés ;mais aussi, dans cette multitude,
y a-t-il lieu d’en distinguer quatre’. Le plus grand, et celui
dont le cours décrit le cercle le plus extérieur, c’est celui qu'on
appelle Océan ?. Lui faisant vis-à-vis et coulant en sens con-
traire, est l’Achéron ; en outre des régions désertes que tra-
verse son cours, c’est surtout sous la terre qu'il coule ὃ, pour
143 arriver au lac Achérousias; c'est là que se rendent les âmes
de la grande masse des trépassés, lesquelles, après un séjour
dont la durée leur fut impartie, plus longue pour les unes,
plus courte pour les autres, sont de là dirigées à nouveau
vers les générations animales ἡ. Un troisième fleuve jaillit à
mi-distance entre les deux premiers, et, près du point d’où
il ἃ jailli, il vient tomber dans un vaste espace brûlé d’un
feu intense; il y forme un lac plus grand que notre mer à
nous, et tout bouillonnant d’eau et de boue; son cours cir-
culaire est, au sortir de ce lac, trouble et boueux ; puis, ayant
sous la terre décrit une spirale, 1] parvient, dans une direc-
tion différente, jusqu'aux extrémités du lac Achérousias mais
sans se mêler à son eau, et pour finir, après des enroule-
ments répétés, 1] se jette dans une partie plus basse du Tar-
tare ; c’est à ce fleuve qu’on donne le nom de Pyriphlégéthon ;
ses laves crachent même leurs éclats vers la surface de la terre
1. Ces quatre fleuves appartiennent à la géographie homérique :
seul, Océan n’y est pas un fleuve infernal, il entoure la terre; Aché-
ron reçoit Pyriphlégéthon et Cocyte, lequel est un bras du Styx qui,
à son tour, selon Hésiode, est un bras d’Océan. Peut-être, en modi-
fiant ces données, Platon a-t-il suivi la tradition orphique, alléguée à
ce propos par Olympiodore (202, 12 sqq.; 241, 10 N.). |
2. L’Océan est donc un fleuve qui, pour la plus grande partie de
son cours, ne coule pas sous terre. La Méditerranée n’en est sans doute
pas la seule mer, mais aussi bien tout autre bassin visible analogue
(οἴ. τορ D). \
3. La première partie de son cours, la plus petite, est superficielle.
Le lac Achérousias est sa mer ou son bassin de stagnation.
ἡ. Voir 113 ἃ, 114 ab et, plus haut, δὶ de.
Ὁ4 Ὁ Ὁ ΦΑΊΔΩΝ 442 e
ἐμθάλλει: δυνατὸν δέ ἔστιν ÉKATÉPOOE μέχρι τοῦ μέσου e
καθιέναι, πέρα δ᾽ οὔ πρὸς ἄναντες γὰρ ἀμφοτέροις τοῖς
ῥεύμασι τὸ ἑκατέρωθεν γίγνεται μέρος.
« Τὰ μὲν οὖν δὴ ἄλλα πολλά τε καὶ μεγάλα καὶ παντο-
δαπὰ ῥεύματά ἐστιν᾽ τυγχάνει δ᾽ ἄρα ὄντα ἐν τούτοις τοῖς
πολλοῖς τέτταρ 2
ἄττα
24
ῥεύματα, ὧν τὸ μὲν μέγιστον καὶ
ἐξωτάτω ῥέον περὶ κύκλῳ ὃ καλούμενος ᾿Ωκεανός
,
ἐστιν.
Τούτου δὲ καταντικρὺ καὶ ἐναντίως ῥέων, ᾿Αχέρων, ὃς δι-
ἐρήμων τε τόπων ῥεῖ ἄλλων καὶ δὴ καὶ ὑπὸ γῆν ῥέων εἷς
τὴν λίμνην ἀφικνεῖται τὴν ᾿Αχερουσιάδα, οὗ at τῶν τετε- 113
λευτηκότων ψυχαὶ τῶν πολλῶν ἀφικνοῦνται καί, τινας
εἱμαρμένους χρόνους μείνασαι, ai μὲν μοικροτέρους, at δὲ
βραχυτέρους
ρ P πάλιν εἰς ἐκπέμτιονται
τὰς τῶν
Β Ζῴων
᾿
/ γενέσεις. Τρίτος δὲ ποταμὸς τούτων κατὰ μέσον ἐκβάλλει,
“καὶ ἐγγὺς τῆς ἐκβολῆς εἰσπίπτει εἷς τόπον μέγαν πυρὶ
A ΄ ; À 7 a D 4 A DIE tire
πολλῷ καιόμενον, καὶ λίμνην ποιεῖ μείζω τῆς παρ᾽ ἧἣμῖν
θαλάττης, ζέουσαν ὕδατος καὶ πηλοῦ᾽ ἐντεῦθεν δὲ χωρεῖ
κύκλῳ θολερὸς καὶ πηλώδης, περιελιττόμενος δὲ τῇ γῇ
ἄλλοσέ τε ἀφικνεῖται καὶ παρ᾽ ἔσχατα τῆς ᾿Αχερουσιάδος
2 2
λίμνης où ξυμμιγνύμενος τῷ ὕδατι περιελιχθεὶς δὲ πολ-
λάκις ὑπὸ γῆς ἐμθδάλλει κατωτέρω τοῦ Ταρτάρου οὗτος δ᾽
e 1 δέ: ὁ’ TW || 2 πέρα: -« T " πρὸς ἄναντες γὰρ ἀμφοτέροις conti.
(ex Arist. Meteor. IL 2 356 ἃ 12 τὸ γὰρ λοιπὸν πρὸς ἄν. ἤδη πᾶσιν) :
ἄν. γὰρ ἀμφ. T Stob. ἄν. γὰρ πρὸς ἀμφ. BY ἡρ. Τὰἄν. γ. TO. -ὀτερα
W?2 (. m.) ἄν. πρὸς γὰρ -οτέοοις ΒΞ (i. m.) wW Il 5 ἐστιν : -τι BWY
| τυγχάνει (et Stob.): -ev W || 6 ἄττα : om. T Stob. ὄντα B? (1.
m.) || 7 περὶ χύχλῳ : περιχύχλῳ BWY (περι secl. Schanz) τὰ περὶ χ.
Stob, || ἐστιν : -τι WY || ὃ ἐναντίως (et Stob.) : -{os BWY || ’Ayé-
pwy :-αίρων T || 9 xat δὴ xat B2V? (x. alt. 1. τὰ. οἱ s. u.): x. δὴ BY
|| 443 ἃ τ où (et Stob.): οἵ Schanz || 5 τούτων (et Euseb. Theod.
Stob.): διὰ τ. W || ἐχδάλλει (et Eus. Stob.): εἰσό. Theod. || 6 ἐχδο-
λῆς (et Eus. Theod®. Stob.): εἰσό. Theod. ||εἰσπίπτει Theod. (alii ἐμπ.
uel ἐπιπ.): éxx. codd. [Eus. Stob. || μέγαν : -ya T || 7 χαιόμε-
γον : 40. Burnet || Ὁ 1 τῇ γῇ (et Eus. Stob.): om. Theod. ||3 οὐ
ξυμμιγνύμενος : καὶ οὐ -ίγνυται Theod. où συμμειγνύμ. Burnet ||4 xatw-
τέρω (et Eus.) : -ov Theod”. Stobn.
443 ἢ PHÉDON 95
aux points où elles peuvent l’atteindre ‘. Faisant à son tour
vis-à-vis à celui-ci, le quatrième fleuve débouche d’abord
dans un pays qui est, à ce qu'on dit, d’une effrayante sauva-
gerie et tout entier revêtu d'une espèce de coloration bleuâtre;
c'est le pays qu'on nomme Stygien; ce fleuve forme en outre
le lac du Styx, dans lequel. il se jette; après qu’en y tom-
bant ses eaux ont acquis de redoutables propriétés, il s’en-
fonce sous la terre et, en faisant des spirales, il court en sens
contraire du D da au devant duquel il s’avance,
au voisinage du lac Achérousias, du côté opposé; son eau
du reste ne se mêle non plus à aucune autre, mais, lui
aussi, après un trajet circulaire 1] vient se jeter dans le Tar-
tare à l'opposé du HAS le nom de ce fleuve, au
dire des poètes, est Cocyte?.
« Telle est donc la distribution naturelle de ces Heu
Voilà les trépassés parvenus au lieu où chacun d’eux est
amené par son Génie. [15 s’y sont tout d’abord fait juger, et
ceux qui ont eu une belle et sainte vie tout comme les autres”.
Les uns alors, s’il ἃ été reconnu que leur existence fut
moyenne, sont mis en route sur l’Achéron, montés dans les
barques * qui leur sont destinées et sur lesquelles 1ls parvien-
nent au lac. C'est là qu'ils résident et là qu'ils se purifient,
aussi bien en se déchargeant, par les peines qu'ils en paient, des
injustices dont ils ont pu se rendre coupables, qu’en obtenant
pour leurs bonnes actions des récompenses proportionnées au
mérite de chacun ὅ. Il en est d’autres dont l’état aura été re-
connu sans remède à cause de la grandeur de leurs fautes :
auteurs de vols sacrilèges répétés et graves, d’homicides en
foule, injustes et sans légalité, et de tous les forfaits de ce genre
qu’il peut bien y avoir encore ; le lot qui convient à ceux-là,
1. Pour rendre de l’eau au Tartare ce fleuve devra faire de longs
circuits. ΠῚ s’était ignifé en traversant (cf. 112 a fin) une région sou-
terraine ; il ne nous est d’ailleurs connu que par les éruptions volca-
niques : ce n’est donc pas le Sénégal, et il n’y a pas lieu (avec J. Bur-
net) d’alléguer ici le périple d’'Hannon.
2. Inversement ce fleuve se glace en un lieu qui est visible, comme le
Styx même au sortir duquel il plonge sous terre. Doit-on penser 1ci à
ce qu’on racontait des pays au delà de Thulé ? Cf. Notice, p. Lxxvr.
3. Cf. 108 b. Sur le jugement voir le mythe final du Gorgias.
ἡ. Des barques pareilles à celles du nocher Charon.
5. Ce purgatoire n’est donc pas uniquement un lieu d’expiation.
95 DAIAL) 113 Ὁ
ἐστὶν ὃν ἐπονομάζουσι [Πυριφλεγέθοντα, οὗ καὶ ot ῥύακες
ἀποσπάσματα ἀναφυσῶσιν ὅπη ἂν τύχωσι τῆς γῆς. Τούτου
δὲ αὖ καταντικρὺ ὃ τέταρτος ἐκπίττει εἰς τόττον TPÔTOV,
δεινόν τε καὶ ἄγριον ὡς λέγεται, χρῶμα δ᾽ ἔχοντα ὅλον
οἷον ὃ κυανός, ὃν δὴ ἐπονομάζουσι Στύγιον, καὶ τὴν
λίμνην Tout ὃ ποταμὸς ἐμθάλλων Στύγα᾽ ὃ Ô ἐμπεσὼν
ἐνταῦθα καὶ δεινὰς δυνάμεις λαδὼν ἐν τῷ ὕδατι, δὺς κατὰ
τῆς γῆς, περιελιττόμενος χωρεῖ ἐναντίος τῷ [υριφλε-
γέθοντι καὶ ἀπαντᾷ ἐν τῇ ᾿Αχερουσιάδι λίμνῃ ἐξ, ἐναντίας"
καὶ οὐδὲ τὸ τούτου ὕδωρ οὐδενὶ μίγνυται, ἀλλὰ καὶ οὗτος,
κύκλῳ περιελθών, ἐμβάλλει εἰς τὸν Τάρταρον ἐναντίος τῷ
ΓΠυριφλεγέθοντι: ὄνομα δὲ τούτῳ ἐστίν, ὡς οἱ ποιηταὶ
λέγουσιν, ἱζωκυτός.
« Τούτων δὲ οὕτως πεφυκότων, ἐπειδὰν ἀφίκωνται ot
τετελευτηκότες εἷς τὸν τότιον οἵ ὃ δαίμων ἕκαστον κομίζει,
τιρῶτον μὲν διεδικάσαντο, οἵ τε᾿καλῶς καὶ δσίως βιώσαντες
καὶ ot un. Kat ot μὲν ἂν δόξωσι μέσως βεβιωκέναι, πορεὺυ--
θέντες ἐπὶ τὸν ᾿Αχέροντα ἀναθάντες ἃ δὴ αὐτοῖς ὀχήματά
ἔστιν, ἐπὶ τούτων ἀφικνοῦνται εἰς τὴν λίμνην, καὶ ἐκεῖ
οἰκοῦσί τε καὶ καθαιρόμενοι τῶν τε ἀδικημάτων διδόντες
δίκας ἀπολύονται εἴ τίς τι ἠδίκηκεν, τῶν τε εὐεργεσιῶν
τιμὰς φέρονται κατὰ τὴν ἀξίαν ἕκαστος. OT δ᾽ἂν δόξωσιν
ἀνιάτως ἔχειν διὰ τὰ μεγέθη τῶν ἁμαρτημάτων, ἢ ἵερο-
συλίας πολλὰς καὶ μεγάλας ἢ φόνους ἀδίκους καὶ παροι-
νόμους πολλοὺς ἐξειργασμένοι, ἢ ἄλλα ὅσα τοιαῦτα
b 5 ἐπονομάζουσ!: (et Eus. Theod. Stob.) : ἔτι ὀνομάζουσιν -σι BY ||
6 ὅπη: ὅπου Eus. Theod. ὅποι Stob. || 7 αὖ B2? (eras. et em.)
(et Eus. Theod. Stob.): αὐτοῦ Β ἴα! uid.) Υ || πρῶτον (et Eus.
Stob.) :om. Theod. secl. Schanz || 8 δ᾽ : δὲ TW Eus. om. Stob. || c
2 λίμνην (et Eus. Stob.) : À. ἣν Theod. Schanz Burnet||4 γῆς : y. χαὶ
Eus. Theod. |}ἐναντίος : -ίως Eusr. Stob. || 5 ᾿Αχερουσιάδ! : -σίᾳ Eus.
|| 7 ἐναντίος : -ίως W Βαβι, Theodn. -ἰα uel -{as Theod”. Stob. | g λέ-
γουσιν : -σι BY I d 3 ὁσίως : ὁ. xat διχαίως Dar I 4 ἂν δόξωσ! T2 (ὦν
s. u.): dûdéwotT || ὃ ἠδίχηχεν (et Eus.): -χε Ÿ -σε T Stob. || 6 2
ἀνιάτως :ἀνηχέστως Theod. | ἢ B? (s. u.) (et Eus. Theod. Stob.):
om. B ||4 τοιαῦτα τυγχάνε! ὄντα (οἱ Eus. Theod. Stob. ἡ τὺ τὺ:
413 e PHÉDON 96
c'est d’être lancés dans le Tartare, d’où plus jamais ils ne
sortent !. Quant à ceux dont les fautes ont été reconnues pour
des fautes qui, malgré leur gravité, ne sont pas sans remède
(ainsi ceux qui, sous l'empire de la colère, ont usé de violence
à l’égard de leurs père et mère et qui s’en sont repentis le
114 restant de leur vie, ou qui, dans d’autres conditions sembla-
bles, sont devenus homicides), pour ceux-là c’est bien une néces-
sité d'être précipités dans le Tartare; mais, lorsqu’après y être
tombés ils ont en ce lieu fait leur temps, la montée du flot
les rejette, les homicides au fil du Cocyte, et au fil du Pyri-
phlégéthon ceux qui ont porté la main sur leur père ou leur
mère. Une fois qu'ils ont été transportés à la hauteur du
lac Achérousias, là ils appellent à grands cris, les uns ceux
qu'ils ont tués, les autres ceux qu'ils ont violentés; après
les appels, les supplications : ils réclament d’eux qu'ils les
laissent passer sur le lac et qu’ils les accueillent. Réussissent-
ils à les fléchir, ils passent et c’est la fin de leurs peines. Dans
le cas contraire, ils sont de nouveau portés au Tartare et de
là ramenés aux fleuves, et telle est, sans trêve, leur condition
jusqu'à ce qu'ils aient pu fléchir ceux qu'ils ont injustement
traités; car voilà la punition que les Juges ? ont ordonnée
pour eux. Ceux enfin dont il aura été reconnu que la vie
fut d’une éminente sainteté, voilà ceux qui, de ces régions
intérieures de la terre, sont en fait, ainsi que de geôles, libé-
rés à la fois et dégagés ; ceux qui, parvenus aux hauteurs du
pur séjour, s’établissent sur le dessus de la terre! Et, parmi
ceux-là mêmes, ceux qui par la philosophie se sont, autant
qu'il faut, purifiés, ceux-là vivent absolument sans corps pour
toute la suite de la durée ὃ, et ils parviennent à des demeures
1. De même Gorgias 525 c-e, 526 b ; Rep. X, 615 c-616 a. Mais,
avec la doctrine ultérieure du Phèdre (248 e-249 b), il n’y a plus de
peines éternelles, car les plus grands coupables eux-mêmes peuvent
à nouveau choisir leur destinée ; ils sortent donc du Tartare.
2. Éaque juge les morts d'Europe et Rhadamanthe, d'Asie; Minos
est arbitre suprême (Gorg. 524 a ; l’'Apologie 41 ἃ ajoute Triptolème).
L’expiation dure mille ans au moins : les âmes ne peuvent «revenir»
(cf. 115 a) plus tôt (Rep. 615 a, 619 4; Phèdre 249 ab).
3. La prison d'Hadès (Gorg. 525 c) ne les garde pas. Mais leur
droit immédiat (p. 86, n. 5) à la béatitude et même à l’incorporéité
sera subordonné plus tard (Phèdre 248 e sq.) à trois options millé-
naires identiques.
96 PAIAON 413 e
τυγχάνει ὄντα, τούτους δὲ ἣ προσήκουσα μοῖρα ῥίπτει εἷς
τὸν Τάρταρον, ὅθεν οὔποτε ἐκθαίνουσιν, Οἵδ᾽ ἂν ἰάσιμα
μέν, μεγάλα δέ, δόξωσιν ἡμαρτηκέναι ἁμαρτήματα, οἷον
τιρὸς πατέρα ἢ μητέρα ὕπ᾽ ὀργῆς βίαιόν τι πράξαντες, καὶ
μεταμέλον αὐτοῖς τὸν ἄλλον βίον βιῶσιν, ἢ ἀνδροφόνοι 114
τοιούτῳ τινὶ ἄλλῳ τρόπῳ γένωνται, τούτους δὲ ἐμπεσεῖν
᾿Βὲν εἷς τὸν Τάρταρον ἄνάγκη᾽ ἐμπεσόντας δὲ αὐτοὺς καὶ
ἐνιαυτὸν ἐκεῖ γενομένους ἐκθάλλει τὸ κῦμα, τοὺς μὲν
ἀνδροφόνους κατὰ τὸν Kokutév, τοὺς δὲ πατραλοίας καὶ
μητραλοίας κατὰ τὸν Πυριφλεγέθοντα᾽ ἐπειδὰν δὲ φερό-
μενοι γένωνται κατὰ τὴν λίμνην τὴν ᾿Αχερουσιάδα, ἐνταῦθα
βοῶσί τε καὶ καλοῦσιν, οἱ μὲν οὕς ἀπέκτειναν, ot δὲ οὕς
ὕθρισαν, καλέσαντες δ᾽ ἰκετεύουσι καὶ δέονται ἐᾶσαι σφᾶς
ἐκθῆναι εἰς τὴν λίμνην καὶ δέξασθαι: καί, ἐὰν μὲν πείσωσιν,
ἐκθαίνουσί τε καὶ λήγουσι τῶν κακῶν. εἰ δὲ μή, φέρονται
αὖθις εἰς τὸν Τάρταρον καὶ ἐκεῖθεν πάλιν εἰς τοὺς ποτα-
μούς, καὶ ταῦτα πάσχοντες OÙ πρότερον παύονται πρὶν ἂν
πείσωσιν οὕς ἠδίκησαν: αὕτη γὰρ ἧ δίκη ὑπὸ τῶν δικαστῶν
αὐτοῖς ἐτάχθη. OT δὲ δὴ ἂν δόξωσι διαφερόντως πρὸς τὸ
δσίως βιῶναι, οὗτοί εἶσιν où τῶνδε μὲν τῶν τόπων τῶν ἐν
τῇ γῇ ἐλευθερούμενοί τε καὶ ἀπαλλαττόμενοι ὥσπερ δεσμω-
τηρίων, ἄνω δὲ εἰς τὴν καθαρὰν οἴκησιν ἀφικνούμενοι καὶ
ἐπὶ γῆς οἰκιζόμενοι. Τούτων δὲ αὐτῶν ot φιλοσοφία ἱκανῶς
καθηράμενοι ἄνευ τε σωμάτων ζῶσι τὸ παράπαν εἰς τὸν
ἔπειτα χρόνον, καὶ εἷς οἰκήσεις ἔτι τούτων καλλίους
444a 2 τοιούτῳ : ἢ τ. Eus. Theod. || τούτους (et Stob.) : -τοῖς T
Eus. || 4 χῦμα (et Eus.): ῥεῦμα Stob. || 5 et 6 πατραλοίας unroa.
ΒΞ (em.) : -τρο. B -λῴας Eus. μητρ. om. || ὃ φερόμενοι : φλεγό. Kus.
[| b 2 éx6atvouoi B? (ἐχ 5. u.) (et Eus.) : ἀπο. ΒΤ Stob. || 5 ἠδίχησαν
(et Eus. Stob.) : -χήχασιν W || 7 βιῶναι (et Clem. Str. ΠῚ 19 2 Eus.
Stob.): fr. προσχεχλῆσθαι Clem. IV 379 2 βι. et διαδιῶναι προχεχρίσθαι
Theod. || τῶν ἐν : ἐν Stob. || © 1 ἀφιχνούμενο: (et Eus. Theod. Stob.):
ἀφιχό, W || 2 ἐπὶ γῆς : ἐ. τῆς y. Eus. Theod. Stob. ||οἰχιζόμενοι : inter
οἶχι et Cousvot ras. T ||ὃ χαθηράμενοι: χαθῃρ. T || σωμάτων (et Clem.
Stob.): χαμάτων Eus. Theod. || 4 οἰχήσεις : οἰχίσεις ΥΥΞ (( 5...) ||
τούτων χαλλίους : x. τ. W.
444 ὁ PHÉDON 97
plus belles encore que les précédentes !; les décrire n’est pas
bien facile, sans parler du temps qui n’y suffit pas présen-
tement.
« Eh bien! ces choses donc, Simmias,
Utilité morale
de ce mythe.
dont nous avons fait au long l’exposé,
voilà en vue de quoi 1] faut tout faire pour
participer en cette vie à une vertu constituée par la pensée :
c'est que la récompense est belle et grande notre espérance! Au
demeurant, s’acharner à prétendre qu'il en est de ces choses
comme je l’ai exposé, voilà qui ne sied pas à un homme ayant
son bon sens. Que cependant ce soit cela ou quelque chose
d’approchant pour nos âmes et pour leurs résidences, puis-
qu'aussi bien l’immortalité appartient manifestement à l’âme,
voilà à mon sens le risque qu 1l sied de courir, celui qui en
vaut la peine quand on croit à cette immortalité. Ce risque
est beau en effet, et dans des croyances de cette sorte 1] y a
comme une incantation qu'il faut se faire à soi-même. C’est,
ma foi, pour cette raison que, depuis longtemps même, je
m'attarde sur cette histoire. Eh bien ! dis-je, ayant égard à
ces croyances, 1] doit être confiant sur le sort de son âme,
l’homme qui, durant sa vie, a dit adieu aux plaisirs qui ont
le corps pour objet, à ses parures en particulier, car ce sont
des choses étrangères et qui de plus, à son jugement, pro-
duisent bien plutôt l'effet opposé. Les plaisirs, au contraire,
qui ont l'instruction pour objet ont eu tous ses soins, et, tout
en parant ainsi son âme, non point d'une parure étrangère
mais de ceile qui est proprement la sienne, tempérance, jus-
tice, courage, liberté, vérité, il attend ainsi de se mettre
115 en route pour les demeures d'Hadès, prêt à en prendre le
chemin quand l’appellera sa destinée?. Vous, bien βὰν, ajouta-
t-il, Simmias, Cébès, tous les autres, c’est plus tard, je ne sais
quand, que vous en prendrez le chemin. Mais moi, voici que
dès maintenant, comme dirait un héros tragique, ma desti-
née m'appelle ! Peu s’en faut même que l’heure ne soit venue
pour moi de me diriger vers le bain? : 1] vaut mieux en effet,
1. Donc, au-dessus de la terre, dans les astres; cf. Timée 41 ἃ.
2. Résumé vigoureux du dialogue: cf. surtout 64 d-69 b, 82 e-
84 b. Et aussi 82 c, 83 e; 107 cd; 638 c, 108 d; 77 e sqq., 62 a, ὁ.
3. Le changement voulu du ton est saisissant.
97 PAIAQN . 114 ς
ἀφικνοῦνται, ἃς οὔτε ῥάδιον δηλῶσαι οὔτε ὃ χρόνος ἱκανὸς
ἐν τῷ παρόντι.
« ᾿Αλλὰ τούτων δὴ ἕνεκα χρὴ ὧν διεληλύθαμεν, ὦ Σιμμία,
nâv ποιεῖν ὥστε ἀρετῆς καὶ φρονήσεως ἐν τῷ βιῷ
μετασχεῖν: καλὸν γὰρ τὸ ἄθλον καὶ ἧ ἐλπὶς μεγάλη. Τὸ
μὲν οὖν ταῦτα διισχυρίσασθαι οὕτως ἔχειν ὧς ἐγὼ διελή-
λυθα, οὐ πρέπει νοῦν ἔχοντι ἀνδρί. ὅτι μέντοι ἢ ταῦτ᾽
ἐστὶν ἢ τοιαῦτ᾽ ἄττα περὶ τὰς ψυχὰς ἡμῶν καὶ τὰς
οἰκήσεις, ἐπείπερ ἀθάνατόν γε ἣ Ψυχὴ φαίνεται οὖσα,
τοῦτο καὶ πρέπειν μοι δοκεῖ καὶ ἄξιον κινδυνεῦσαι οἰομένῳ
οὕτως ἔχειν. ἱζαλὸς γὰρ 6 κίνδυνος, καὶ χρὴ τὰ τοιαῦτα
ὥσπερ ἔπάδειν ξαυτῷ- διὸδὴ ἔγωγε καὶ πάλαι μηκύνω τὸν
μῦθον. ᾿Αλλὰ τούτων δὴ ἕνεκα θαρρεῖν χρὴ περὶ τῇ ἑαυτοῦ
ψυχῇ ἄνδρα ὅστις ἐν τῷ βίῳ τὰς μὲν ἄλλας ἧδονὰς τὰς
περὶ τὸ σῶμα καὶ τοὺς κόσμους εἴασε χαίρειν ὧς ἀλλοτρίους
τε ὄντας καὶ πλέον θάτερον ἡγησάμενος ἀπεργάζεσθαι"
τὰς δὲ περὶ τὸ μανθάνειν ἐσπούδασέ τε καί, κοσμήσας τὴν
ψυχήν οὐκ ἀλλοτρίῳ ἀλλὰ τῷ αὑτῆς κόσμῳ, σωφροσύνῃ τε
καὶ δικαιοσύνῃ καὶ ἀνδρεία καὶ ἐλευθερία καὶ ἀληθείᾳ,
οὕτω περιμένει τὴν εἰς “Αἰδου πορείαν ὧς πορευσόμενος 410
ὅταν À εἱμαρμένη καλῇ. Ὑμεῖς μὲν οὖν, ἔφη, ὦ Σιμμία τε
καὶ K£6ns καὶ ot ἄλλοι, εἰς αὖθις ἕν τινι χρόνῳ ἕκαστοι
πορεύσεσθε. ἐμὲ δὲ νῦν ἤδη καλεῖ, φαίη ἂν ἀνὴρ τραγικός,
ἣ εἱμαρμένη. Kai σχεδόν τί μοι ὥρα τραπέσθαι πρὸς τὸ
λουτρόν: δοκεῖ γὰρ δὴ βέλτιον εἶναι λουσάμενον πιεῖν
Ο.7 τούτων δὴ ἔνεχα yon (et Eus. Theod.) : τ. μὲν y. £. Stob. || 8
πᾶν (et Eus. Theod”. Stob.): πάμπαν uel πάντα Theod. || ἐν τῷ βιῷ:
om. Theod. || ἃ τ ταῦτα B? (em.) (et Stob.}: τοιαῦτα B (ut uid.) ||
διισχυρίσασθα: (et Stob.): -ζεσθαι W || 4 γε: om. Stob. || 5 μοι
(et Stob.): ἐμοὶT || 8 τῇ ἑαυτοῦ ψυχῇ (et lambl.): τῇ αὖ. ψ. T τῆς
αὐτῆς -yñs W||e 2 τε (et Tlambl.): om. W||4 αὑτῆς : ἑαυτῆς W
Tambl. αὐτῆς cum quibusd. codd. Burnet || 445 à τ sq. ὡς... χαλῇ:
_secl. Hirschig Burnet | 6 δὴ : ἤδη B? (ἢ 5. u.) WY.
415 ἃ PHÉDON 98
ce semble, m'être lavé moi-même avant de boire Le poison,
et ne pas donner aux femmes la peine de laver un cadavre: »
Sur ces mots de Socrate, Criton prit la
Avoir souci
de soi- même.
parole : « Eh bien! dit-il, quels ordres
nous donnes-tu, Socrate, à ceux-ci ou à
moi, soit au sujet de tes'enfants, soit pour toute autre affaireὃ
De notre part cette tâche serait, par amour pour (oi, notre
tâche principale !— Justement, Cu je ne cesse pas d'en
parler, répondit-il, et 1] n’y a rien de pe à en dire! Voici:
ayez, vous, le souci de vous-mêmes, et de votre part alors
toute tâche sera une tâche faite par amour, et pour moi ou
pour ce qui est mien, et pour vous-mêmes, n’eussiez-vous à
présent pas pris d'engagement ! Supposons au contraire que
de vous, oui, de vous-mêmes, vous n'ayez point le souci, et
que vous ne veuilliez point vivre en suivant, comme à la trace,
ce qui s’est dit aussi bien aujourd'hui que par le passé ; alors,
quels qu’aient pu être aujourd’hui le nombre et la force de
vos engagements, non, vous n'en serez pas plus avancés !—
Nous mettrons, c'est entendu, tout notre cœur, dit Criton,
à nous conduire ainsi. Mais tes funérailles, comment y pro-
céderons-nous ?— Comme il vous plaira, répondit-il ; à con-
dition bien sûr que vous mettiez la main sur moi et que je
ne vous échappe pas! » Là-dessus, il se mit à rire doucement
et, tournant vers nous ses regards : « Je n'arrive pas, cama-
rades, dit-il, à convaincre Criton que ce que, moi, je suis,
c'est ce Socrate qui à présent s’entretient avec vous et qui
règle l’ordre de chacun de ses arguments! Tout au contraire,
il est persuadé que moi, c’est cet autre Socrate dont le cadavre
sera un peu plus tard devant ses yeux; et le voilà qui de-
mande comment procéder à mes funérailles ! Quant à ce que
depuis longtemps je me suis maintes fois employé à répéter,
qu'après avoir bu le poison je ne resterai plus auprès de vous,
mais qu’en partant je m'en irai vers des félicités qui doivent
être celles des Bienheureux, tout cela, je crois bien, n’était
pour lui que vaines paroles, des consolations que je cherchais
à vous donner, en même temps du reste qu'à moi-même !
Portez-vous donc garants pour moi, dit-il, envers Criton, en
garantissant le contraire de ce qu'il garantissait, lui, envers
mes juges ! : de sa part en effet, 1l en jurait, c'était que je
L'engagement pris par Criton ne peut ici concerner le paie-
98 | ΦΑΙ͂ΔΩΝ 419 ἃ
τὸ φάρμακον, καὶ μὴ πράγματα ταῖς γυναιξὶ παρέχειν
νεκρὸν λούειν. »
Ταῦτα δὴ εἰπόντος οὐτοῦ, ὃ Kpitov: « Εἶεν, ἔφη, ὦ
Σώκρατες. Τί δὲ τούτοις ἢ ἐμοὶ ἐπιτέλλει, ἢ περὶ τῶν
παίδων ἢ περὶ ἄλλου του, ὅ τι ἄν σοι ποιοῦντες ἡμεϊς ἕν
χάριτι μάλιστα ποιοῖμεν ; — Ἅπερ ἀεὶ λέγω, ἔφη, ὦ
Kpitov, οὐδὲν καινότερον ὅτι ὑμῶν αὐτῶν ἐπιμελούμενοι
ὑμεῖς καὶ ἐμοὶ καὶ τοῖς ἐμοῖς καὶ ὑμῖν αὐτοῖς ἐν χάριτι
ποιήσετε ἅττ᾽ ἂν ποιῆτε, κἂν μὴ νῦν δμολογήσητε᾽ ἐὰν δὲ
ὑμῶν μὲν αὐτῶν ἀμελῆτε καὶ μὴ θέλητε ὥσπερ κατ᾽ ἴχνη
κατὰ τὰ νῦν τε εἰρημένα καὶ τὰ ἐν τῷ ἔμπροσθεν χρόνῳ
ζῆν, οὔδέ, ἐὰν πολλὰ δμολογήσητε ἐν τῷ παρόντι καὶ
σφόδρα, οὐδὲν πλέον ποιήσετε. — Ταῦτα μὲν τοίνυν
τιροθυμηθησόμεθα, ἔφη, οὕτω ποιεῖν. Θάπτωμεν δέ σε τίνα
τρότον : — Ὅπως ἄν, ἔφη, βούλησθε, ἐάνπερ γε λάθητέ
με καὶ μὴ ἐκφύγω ὑμᾶς. » Γελάσας δὲ ἅμα. ἡσυχῇ καὶ
τπιρὸς ἥμᾶς ἀποθλέψας εἶπεν « Οὐ πείθω, ὦ ἄνδρες,
Kpitova, ὡς ἐγώ εἶμι οὗτος Σωκράτης, ὃ νυνὶ διαλεγό-
μενος καὶ διατάττων ἕκαστον τῶν λεγομένων. ᾿Αλλ᾽ οἴεταί
με ἐκεῖνον εἶναι ὃν ὄψεται ὀλίγον ὕστερον νεκρόν, καὶ
ἐρῶτᾶ δὴ πῶς με θάπτῃ. Ὅ τι δὲ ἐγὼ πάλαι πολὺν λόγον
πεποίημαι, ὧς ἐπειδὰν πίω τὸ φάρμακον οὐκέτι ὑμῖν
παραμενῶ, ἀλλ᾽ οἰχήσομαι ἀπιὼν εἷς μακάρων δή τινας
εὐδαιμονίας, ταῦτά μοι δοκῶ αὐτῷ ἄλλως λέγειν, Tapa-
μυθούμενος ἅμα μὲν ὑμᾶς, ἅμα δ᾽ ἐμαυτόν. ᾿Εγγυήσασϑε
οὖν με πρὸς Κρίτωνα, ἔφη, τὴν ἐναντίαν ἐγγύην ἢ ἣν
δι δὲ W? (es. u.): δαὶ BW || ἐπιτέλλει : τῇ Β5 (η 5. u.) WY
-εις Τ' ἐπιστέλλεις Coislin. (Τ᾿ Bekker) Heind. Burnet (116 b 3) || 3
ποιοῖμεν : -ὥμεν B? (em. ὃ) WY || λέγω, ἔφη: €. À. W || ὃ καὶ τοῖς
ἐμοῖς : om. T{||7 μὲν : om. ΤΥ [[ 2 προθυμηθησόμεθα: -μησό-
μεθα T || θάπτωμεν : -τομεν TW || σε τίνα : τ. σε T || 4 με: om. Τ'
ἢ δ ὦ: om. Β ἔφη, ὦ B2(s. u.) WY [| 6 οὗτος : οὗτος ὁ TW || dr
θάπτῃ : -τει TW -ψει W? (ᾧ 5. u.) || 4 μοι: del. Madvig 566].
Schanz. |
445 ἃ PHÉDON 99
demeurerais; mais vous, vous en jurerez, portez-vous au
oontraire garants que je ne demeurerai pas quand je serai
mort, que bien plutôt je partirai et m'en irai! Voilà le
moyen de rendre à Criton l'épreuve plus facile à porter, ie
moyen d'éviter qu’en voyant brûler ou enterrer mon corps, il
ne s’irrite pour moi des choses effroyables qu'à son idée j’en-
dure, et qu'au cours des funérailles il ne dise pas non plus :
« C’est Socrate que je m'occupe d'exposer ; je le conduis à
« sa sépulture; je l’enterre ! » Sache-le bien en effet, reprit-il,
mon brave Criton : l’incorrection du langage n’est pas seu-
lement une faute contre le langage même ; elle fait encore
du mal aux âmes’. Non lil faut êtresans crainte, 1] faut parler
116 des funérailles de mon corps, et faire ces funérailles comme
tu l’aimeras et comme tu estimeras que c’est le plus conforme
aux usages. »
Cela dit, Socrate se leva, et, pour se
Épilogue £ baigner, passa dans une autre pièce.
ἃ πο ες ALse Criton le suivit en nous disant de res-
de Socrate! ter. Nous restâmes donc à converser
entre nous de ce qui s'était dit et à en
reprendre l'examen, non sans nous étendre, alors même, sur
la grandeur de l’infortune où nous étions tombés. Vraiment
oui, c'était pour nous, à notre jugement, comme la perte
d’un père, et nous passerions en orphelins le reste de notre
vie ! Quand 1] se fut baigné et qu'on eut mené près de lui
ses enfants (il en avait deux tout petits, un autre déjà grand?),
ses parentes arrivèrent aussi* ; 1] s’entretint avec elles en pré-
sence de Criton, en leur adressant ses recommandations ; 1]
dit ensuite aux femmes et aux enfants de se retirer et 1l
revint, lui, de notre côté.
Déjà le soleil était prêt de se coucher ; car Socrate avait
k
passé beaucoup de:temps en cet endroit. En venant du bain
ment de l’amende (Apol. 38 b), mais la non-évasion (Criton 44 e).
1. Formule curieuse de la croyance au pouvoir magique des mots.
2. Cf. Apol. 34 ἃ : Lamprocles (Xen. Mem. II, 2) était l'aîné;
la donnée de 60 a ruine la tradition qui fait naître d’une autre
femme que Xanthippe les deux derniers, Sophronisque et Ménexéne,
3. Elles ont amené les enfants ; mais Xanthippe semble absente :
paisible et résignée, elle ne serait plus celle du début (60 8).
96 PAIAON 1145 d
οὗτος πρὸς τοὺς δικαστὰς ἡγγυᾶτο᾽ οὗτος μὲν γὰρ ἢ μὴν
παραμενεῖν. ὕμεῖς δὲ À μὴν μὴ παραμενεῖν ἐγγυήσασθε
ἐπειδὰν ἀποθάνω, ἀλλὰ οἰχήσεσθαι ἀπιόντα, ἵνα Kpitov
ῥδον φέρῃ, καὶ μή, δρῶν μου τὸ σῶμαἢ καιόμενον ἢ
κατορυττόμενον, ἀγανοικτῇ ὑπὲρ ἐμοῦ ὡς δεινὰ πάσχοντος,
μηδὲ λέγη ἐν τῇ ταφῇ ὡς ἢ προτίθεται Σωκράτη ἢ ἐκφέρει
ἢ κατορύττει. Ἐ γὰρ ἴσθι, ἦ δ᾽ ὅς, ὦ ἄριστε Κρίτων, τὸ
μὴ καλῶς λέγειν où μόνον εἷς αὐτὸ τοῦτο πλημμελές, ἀλλὰ
καὶ κακόν τι ἐμποιεῖ ταῖς ψυχαῖς. ᾿Αλλὰ θαρρεῖν τε χρή,
καὶ φάναι τοὐμὸν σῶμα θάπτειν,
καὶ θάπτειν οὕτως ὅπως
ἄν σοι φίλον À καὶ μάλιστα ἡγῇ νόμιμον εἶναι. » 116
Ταῦτ᾽ εἰπών, ἐκεῖνος μὲν ἀνίστατο εἰς οἴκημά τι ὥς
λουσόμενος, καὶ ὃ Koitov εἵπετο αὐτῷ ἣμᾶς δ᾽ ἐκέλευε
περιμένειν. Περιεμένομεν οὖν, πρὸς ἣμᾶς αὐτοὺς διαλεγό-
μενοι περὶ τῶν εἰρημένων καὶ ἀνασκοποῦντες, τότε Ô αὖ
΄ὰ 2 # 2 le) 2 S\
περὶ τῆς συμφορᾶς διεξιόντες ὅση ἣμῖν γεγονυῖα εἴη,
ἀτεχνῶς ἡγούμενοι ὥσπερ πατρὸς στερηθέντες διάξειν
2 Le) « LA ς΄ LA 4
ὀρφανοὶ τὸν ἔπειτα βίον. ᾿Επειδὴ δὲ ἐλούσατο καὶ ἠνέχθη
map” αὐτὸν τὰ παιδία (δύο γὰρ αὐτῷ υἱεῖς σμικροὶ ἦσαν, εἷς
δὲ μέγας), καὶ αἵ οἰκεῖαι γυναῖκες ἀφίκοντο, ἐκείναις
ἐναντίον τοῦ Kpitovos διαλεχθείς τε καὶ ἐπιστείλας ἅττα
ἐθούλετο, τὰς μὲν γυναῖκας καὶ τὰ παιδία. ἄπιξναι ἐκέ-
λευσεν, αὐτὸς δὲ ἧκε παρ΄
x 2 il A Li 2
ἣμᾶς.
Ca
Kai ἦν ἤδη ἐγγὺς ἡλίου δυσμῶν: χρόνον γὰρ πολὺν
διέτριψεν ἔνδον. ᾿Ελθὼν δ᾽ ἐκαθέζετο [Azkouuévoc], καὶ où
d 7 ἠγγυᾶτο W γρ. : éyyuñsaro B? ((. m.) WY || ὃ παρα-
μενεῖν : -μένειν W -μένειν T alt.-uéveiy B? || ἐγγυήσασθε : ἐ, οὖν T2?
(add.) || e 2 ῥᾷον: ῥάδιον BWY || καιόμενον : χαόμ. T || 3 δεινὰ
πάσχοντος Τὸ (i. m.): ὃ. ἅττα oyovros T || ἢ ΣΙωχράτη : -ττης W?
(add. 6) || et sq. ἐχφέρει... χατορύττει : -n ... -n W? (em.)|| 8 χαὶ
θάπτειν : om. T || 416 à 6 συμφορᾶς : ξυμῳ. BWY || Ὁ τ υἱεῖς: δεῖς
Burnet || σμικροὶ : μιχρ. W || 2 ἐχείναις ἐναντίον Wohlrab : ἐν. ἐχ.
B2 (os. u.) YŸ ἐν. éxeivar B -var ἐν. TW secl. ἐχείναις Hermann
ἐχεῖναι Schanz || ὃ αὐτὸς : αὑτὸς W ||χε : -ἐν W || [λελουμένος]
inclusi : codd. et edd. omnes, sed ut uidetur parum apte.
446 Ὁ PHÉDON 100
il s'était assis et à partir de ce moment, l'entretien fut très
court. Alors arriva le serviteur des Onze! et, debout devant
lui : « Socrate, dit-il, je n’aurai pas à te reprocher, à toi, ce
que justement je reproche aux autres ! Ils se mettent en
colère contre moi et me chargent d’imprécations, quand je
les invite à boire le poison parce que tel est l’ordre des
Magistrats. Toi au contraire, j'ai eu, en d’autres occasions,
tout le temps de comprendre que tu es l’homme le plus
généreux, le plus doux et le meilleur de tous ceux qui sont
jamais arrivés en ce lieu. Et, tout particulièrement aujour-
d’hui, je suis bien sür que ce n’est pas contre moi que tu es en
colère, tu les connais en effet, les responsables ?, mais contre ces
gens-là. Maintenant donc, car tu n’ignores pas ce que je suis
venu t’annoncer, adieu ! Tâche de supporter de ton mieux ce
qui est fatal! » En même temps il se mit à pleurer et,
s'étant détourné, il s’éloigna. Socrate leva les yeux vers [Ὁ]:
« À toi aussi, adieu! dit-il. Pour nous, nous suivrons ton
avis. » Là-dessus 1] se tourna de notre côté: « Que de gentil-
lesse, dit-il, en cet homme! Durant tout mon séjour ici, il
venait me trouver, me faisant parfois la conversation : bref,
un homme excellent. Et aujourd’hui, quelle générosité dans
la façon dont il me pleure ! Eh bien donc, allons ! obéissons-.
lui, Criton, et qu’on apporte le poison s’il est broyé ; sinon,
que celui qui le broiïe s’en occupe ! »
Alors Criton : « Mais, dit-il, Socrate, le soleil, si je ne me
trompe, est encore sur les montagnes et il n’a pas fini de
se coucher*. Aussi bien ai-je oui dire que d’autres ont bu le
poison très longtemps après en avoir reçu l'invite, et après
avoir bien mangé et bien bu, quelques-uns même après avoir
eu commerce avec les personnes dont ils pouvaient bien avoir
envie. Allons ! pas de précipitation : il y a encore le temps! »
Α quoi Socrate de répliquer : « Il est naturel sans doute,
Criton, que les gens dont tu parles fassent ce que tu dis,
pensant en effet qu'ils gagneront quelque chose à le faire.
1. Ce fonctionnaire ne peut être le portier de 59 e. C’est un autre
encore (cf. d fin, 117 ἃ et 63 d) qui prépare et apporte le poison.
2. Îl ne s’agit pas des Magistrats, mais des accusateurs.
3. Le demi-jour qui règne encore dans la prison doit venir, pense
Criton, des reflets du couchant sur les pentes de l’Hymette (au N.-E.);
le soleil n’a donc pas tout à fait disparu derrière l’horizon.
100 Fi PATAON 116 b
πολλὰ ἄττα μετὰ ταῦτα διελέχθη. Kai ἧκεν ὃ τῶν ἕνδεκα
ὑπηρέτης, καὶ στὰς παρ᾽ αὐτόν: « Ὦ Σώκρατες, ἔφη, où
κοαιταγνώσομαί γε σοῦ ὅπερ ἄλλων καταγιγνώσκω, ὅτι μοι
χαλεπαίνουσι καὶ καταρῶνται, ἐπειδὰν αὐτοῖς παραγγείλω
πίνειν τὸ φάρμακον ἀναγκαζόντων τῶν ἀρχόντων. Σὲ δὲ
ἐγὼ καὶ ἄλλως ἔγνωκα ἐν τούτῳ τῷ χρόνῳ γενναιότατον
καὶ πιραότατον καὶ ἄριστον ἄνδρα ὄντα τῶν πώποτε δεῦρο
ἀφικομένων. καὶ δὴ καὶ νῦν εὖ οἶδ᾽ ὅτι οὔκ ἐμοὶ χαλεπαί-
νεις, γιγνώσκεις γὰρ τοὺς αἰτίους, ἀλλὰ ἐκείνοις. Νῦν οὖν,
οἶσθα γὰρ & ἦλθον ἀγγέλλων. χαῖρέ τε καὶ πειρῶ ὥς ῥᾶστα,
φέρειν τὰ ἄναγκαιαι. » Kai, ἅμα δακρύσας, μεταστρε-
φόμενος TEL. Kai ὃ Σωκράτης, ἀναθλέψας πρὸς
αὐτόν « Kat σύ, ἔφη, χαῖρε᾽ καὶ ἡμεῖς ταῦτα ποιήσομεν. »
> # 74 21 An EU: it ς An Le) #
Καὶ ἅμα πρὸς ἧμᾶς᾽ « ‘Qc ἀστεῖος, ἔφη, ὃ ἄνθρωπος"
καὶ παρὰ πάντα μοι τὸν χρόνον προσήει καὶ διελέγετο
ἐνίοτε, καὶ ἦν ἀνδρῶν λῷστος" καὶ νῦν, ὡς γενναίως με
ἀποδακρύει. ᾿Αλλ᾽ ἄγε δή, ὦ Κρίτων, πειθώμεθα αὐτῷ, καὶ
ἐνεγκάτω τις τὸ φάρμακον, εἶ τέτριπται᾽ εἰ δὲ μή, τριψάτω
δ ἄνθρωπος. »
Καὶ 6 Κρίτων. « ᾿Αλλ᾽ οἶμαι, ἔφη, ἔγωγε, ὦ Σώκρατες,
ἔτι ἥλιον εἶναι ἐπὶ τοῖς ὄρεσι καὶ οὔπω δεδυκέναι. Kai
ἅμα ἐγὼ οἷδα καὶ ἄλλους πάνυ ὄψὲ πίνοντας ἐπειδὰν
παραγγελθῇ αὐτοῖς, δειπνήσαντάς τε καὶ πιόντας εὖ μάλα
᾿ Se , > 2.7 A n , >
καὶ συγγενομένους γ᾽ ἐνίους ὧν ἂν τύχωσιν ἐπιθυμοῦντες.
᾿Αλλὰ μηδὲν ἐπείγου᾽ ἔτι γὰρ ἐγχωρεῖ.» Kai ὃ Σωκράτης"
« Εἰκότως γε, ἔφη, ὦ Κρίτων, ékeîvoite ταῦτα ποιοῦσιν
οὕς σὺ λέγεις, οἴονται γὰρ κερδανεῖν ταῦτα ποιήσαντες.
b 8 ἄττα B? (5. u.): om. Β || © τὸ γε : om. BY || 2 παραγγείλω :
-γέλλω BWY ||ὃ δὲ : δ’ Τ [[5 δεῦρο ἀφιχομένων : δεῦρ᾽ doryu. W || 7
νῦν οὖν B? (. m.): νῦν BWY (post νῦν interpunxit) || 8 ἃ T2 (ἃ 5.
u.) : om. T || ἀγγέλλων : -ελῶν Hirschig || ῥᾷστα B? (i. m.): ἄριστα B
| ἃ ὁ λῷστος - λῶσ. B? ( m.) || ue ἀποδαχρύει : ἡμᾶς ἀποδεδάχρυχε
Epict. Diss. 49 65 || e 5 συγγενομένους : ξυγγ. BWY || ἂν : om. BY
|| 8 χερδανεῖν : -δαίνειν fort. pr. man. T Burnet.
416 e PHÉDON IOI
Quant à moi, il est naturel aussi que je n’en fasse rien, car
117 je pense ne rien gagner d'autre à boire un peu plus tard le
poison, sinon de devenir pour moi-même un objet de risée,
en me collant ainsi à la vie et en l’économisant alors qu'il
n’en reste plus! Assez parlé, dit-il; va, obéis et ne me con-
trarie pas. »
Ainsi interpellé, Criton fit signe à l’un de ses serviteurs
qui se tenait à proximité. Celui-ci sortit et revint au bout de
quelque temps, amenant avec lui celui qui devait donner le
poison; 1] le portait broyé dans une coupe. En voyant
l'homme : « Eh bien! mon cher, dit Socrate, toi qui es au
courant de la chose, que faut-il que je fasse? — Rien de
plus, répondit-il, que de faire un tour après avoir bu, jus-
qu'à ce que tes jambes se fassent lourdes, ensuite rester étendu :
comme cela, 1] produira son effet. » Ce disant, 1] tendit la
coupe à Sata Celui-ci la prit, et en conservant, Échécrate,
toute sa sérénité, sans un tremblement, sans une altération
ni de son teint, ni de ses traits. Mais, regardant dans la
direction de l’homme, un peu en dessous à son habitude et
avec ses yeux de taureaut: « Dis-moi, interrogea-t-1l, une
libation de ce breuvage-ci à quelque divinité est-elle permise
ou non? — Nous en broyons, Socrate, répondit l’homme,
juste autant qu'il convient d’en avoir bu. — Compris, dit-il.
Mais au moins est-il permis, et c’est même un devoir,
d'adresser aux dieux une prière pour l’heureux succès de ce
changement de résidence, d’ici là-bas?. Voilà ma prière: ainsi
soit-1l ! » Aussitôt dit, sans s'arrêter, sans faire aucunement
le difficile πὶ le dégoûté, il but jusqu'au fond.
Alors nous, qui presque tous jusqu'alors avions de notre
mieux réussi à nous retenir de pleurer, quand nous vimes
qu'il buvait, qu'il avait bu, il n'y eut plus moyen : ce fut
plus fort que moi; mes larmes, à moi aussi, partent à flots,
Ce regard de taureau n’est pas menaçant, comme celui d’'Eschyle
dans les Grenouilles d’Aristophane (804) ; mais il fixe fortement son
objet (cf. 86 d); en outre les yeux, étant saillants, voient de côté
sans se tourner ; d'autre part, le regard en dessous est celui du ques-
tionneur ironique. Comparer les autres portraits de Socrate, Ménon
80 ἃ; Banquet 215 ab, 216 cd, 221 b (avec rappel de Nubes ie
Théélète 183 e; Re Se hon. Bd Do!
2. Voir p. Un « 1:(67 bc; cf. 61.c déb, et de).
_ JOI ΦΑΊΔΩΝ 416 6
Kai ἔγωγε ταῦτα εἰκότως οὐ ποιήσω οὐδὲν γὰρ οἶμαι
κερδαίνειν, ὀλίγον ὕστερον πιών, ἄλλο γε ἢ γέλωτα ὀφλή- 117
σειν παρ᾽ ἐμαυτῷ, γλιχόμενος τοῦ ζῆν καὶ φειδόμενος oÙdE-
νὸς ἔτι ἐνόντος. AA ἴθι, ἔφη, πείθου καὶ μὴ ἄλλως ποίει. »
Καὶ ὃ Κρίτων ἀκούσας ἔνευσε τῷ παιδὶ πλησίον ἕστῶτι.
Kat ὃ παῖς ἐξελθὼν καὶ συχνὸν χρόνον διατρίψας ἧκεν
ἄγων τὸν μέλλοντα δώσειν τὸ φάρμακον, ἐν κύλικι φέροντα
τετριμμένον. ᾿Ιδὼν δὲ ὃ Σωκράτης τὸν ἄνθρωτιον᾽ « Εΐεν,
ἔφη, ὦ βέλτιστε, σὺ γὰρ τούτων ἐπιστήμων, τί χρὴ ποιεῖν :
--- Οὐδὲν ἄλλο, ἔφη, ἢ πιόντα περιιέναι ἕως ἄν σου
βάρος ἐν τοῖς σκέλεσι γένηται, ἔπειτα κατοικεῖσθαι" καὶ
οὕτως αὐτὸ ποιήσει. » Καὶ ἅμα ὥρεξε τὴν κύλικα τῷ
Σωκράτει. Kai ὃς λαθὼν καὶ μάλα ἵλεως, ὦ Eyékpatec,
οὐδὲν τρέσας οὐδὲ διαφθείρας οὔτε τοῦ χρώματος οὔτε
ποῦ τιροσώπου, ἀλλ᾽ ὥσπερ εἰώθει ταυρηδὸν ὑποθλέψας
τιρὸς τὸν ἄνθρωπον « Τί λέγεις ; ἔφη᾽ περὶ τοῦδε τοῦ
πόματος πρὸς τὸ ἀποσπεῖσαί τινι, ἔξεστιν ἢ οὔ : —
Τοσοῦτον, ἔφη, ὦ Σώκρατες, τρίθομεν ὅσον οἴόμεθα
μέτριον εἶναι πιεῖν. — ΜΙανθάνω, ñ δ᾽ ὅς. "AA εὐχεσθαί γέ
τίου τοῖς θεοῖς ἔξεστί τε καὶ χρή, τὴν μετοίκησιν τὴν
ἐνθένδε ἐκεῖσε εὐτυχῆ γενέσθαι à δὴ καὶ ἐγὼ εὔχομαί τε
καὶ γένοιτο ταύτῃ. » Kai ἅμ᾽ εἰπὼν ταῦτα, ἐπισχόμενος
καὶ μάλα εὐχερῶς καὶ εὐκόλως ἐξέπιεν.
Kai ἡμῶν οἵ πολλοὶ τέως μὲν ἐπιεικῶς οἷοί τε ἦσαν
κατέχειν τὸ μὴ δακρύειν’ ὡς δὲ εἴδομεν πίνοντά τε καὶ
πεπωκότα, οὐκέτι ἀλλ᾽ ἐμοῦ γε βία καὶ αὐτοῦ ἀστακτεὶ
e 0 ταῦτα εἰχότως: εἰχ. τ᾿ Τ' etx. 560]. Schanz || 147 à 1 χερδαίνειν:
-ανεῖν B? (x et “ s. u.) || roy B?T? (em.) : ποιῶν BT (αἱ uid.
ἀπιώνW || 3 πείθου : πιθοῦ BY || 6 δώσειν B? (1. m.) : διδόναι B γρ. T
Il ὃ τί : εἰπὲ τι W || 9 πιόντα: inter ἢ et x. lacuna T || ἢ 4 διαφ-
| θείρας οὔτε : draw. οὔτε τοῦ σώυατος οὔτε Il 7 πόματος ru.
et "ἢ 7 τ S ù 0 " - LA W 4 Ἦ 7 ι
post Stallbaum. omnes || ἀποσπεῖσαι : -χέα: B? (1. m.) || ὁ 3 ἅμ᾽
εἰπὼν : ἅμα λέγων W || 4 μάλα : μάλ᾽ W || 7 γε βία χαὶ αὐτοῦ:
τὺ... ΕὙΥ 2 avr. γε β: Β5 (ransp.) re x: αὐτ. β. Ὗ || dora
τεὶ (-τὶ edd.): ἀσταλαχτὶ W χαὶ ἀδασταχτὶ χαὶ βίᾳ W yo.
LV. — 19
147 ὁ PHÉDON LT
si bien que, la face voilée, je pleurais tout mon saoul sur
moi-même (car, bien sûr non, ce n’était pas sur lui !), oui,
sur mon infortune à moi qui serais privé d’un tel compa-
gnon ! (Criton du reste, hors d'état, même avant moi, de
retenir ses larmes, s'était levé pour sortir. Quant à Apollo-
dore qui, déjà auparavant, n'avait pas un instant cessé de
pleurer, 1] se mit alors, comme de juste, à pousser de tels
rugissements de douleur et de colère, que tous ceux qui
étaient présents en eurent le cœur brisé, sauf, 1l est vrai,
Socrate lui-même. « Qu'est-ce que vous faites là? s’écria- vi
alors ; vous êtes extraordinaires ! Si pourtant j'ai renvoyé les
femmes, c'est pour cela surtout, pour éviter de leur part
So nblable faute de mesure ; car, on me l’a enseigné, c’est
avec des paroles ent qu’il faut finir'. Soyez calmes,
voyons! ayez de la fermeté! » En entendant ce langage,
nous fûmes saisis de honte, et nous nous retinmes de pleurer.
Pour lui, il circulait, quand 1] déclara sentir aux jambes
de l’alourdissement. Alors 1l se coucha sur le dos, ainsi
qu’en effet le lui avait recommandé l’homme. En même
temps celui-ci?, appliquant la main aux pieds et aux jambes,
les lui examinait par intervalles. Ensuite, lui ayant fortement
serré le pied, 1] lui demanda s'il sentait ; Socrate dit que
non. Après cela, 1] recommença au bas des jambes, et,
118 en remontant ainsi, il nous fit voir qu'il commençait à se
refroidir et à devenir raide. Et, le touchant encore, 1l nous
déclara que, quand cela serait venu jusqu'au cœur, à ce mo-
ment Socrate s'en irait. Déjà donc il avait glacée presque
toute la région du bas-ventre, quand 1] découvrit son visage,
qu'il s'était couvert, et dit ces mots, les derniers qu'il pro-
nonça : « Criton, nous sommes le débiteur d’Asclépios* pour
1. La forme de l’observation semble donner raison à Olympio-
dore, qui allègue (205, 15-20 N.; cf. 244, 9 sqq.) un précepte pytha-
gorique (voir Jamblique, Vie de Pythagore 257).
2. Il faudrait lire « celui qui lui donna le poison », si ces mots
n'étaient une évidente interpolation.
3. À quoi bon (p. ex. avec Wilamowitz, Platon 3,1, 178; I, 58 sq.)
conjecturer à quelle occasion de fait Socrate a pu faire le vœu dont
cette offrande doit être l’accomplissement. Après ce qui précède, la
signification symbolique est, en tout état de cause, seule intéressante :
Socrate sent que son âme est enfin guérie du mal d’être unie à un
corps ; sa gratitude va donc au Dieu qui rétablit la santé, Asclépios.
102 PATAQN 117 c
ἐχώρει τὰ δάκρυα, ὥστε ἐγκαλυψάμενος ἀπέκλαιον ἐμαυτόν,
où γὰρ δὴ ἐκεῖνόν γε, ἀλλὰ τὴν ἐμαυτοῦ τύχην, οἵου
ἀνδρὸς ἑταίρου ἐστερημένος εἴην. Ὃ δὲ Κρίτων, ἔτι τιρό-
τερος ἐμοῦ ἐπειδὴ οὐχ οἷός T ἦν κατέχειν τὰ δάκρυα,
ἐξανέστη. ᾿Απολλόδωρος δέ, καὶ ἐν τῷ ἔμπροσθεν χρόνῳ,
οὐδὲν ἐπαύετο δακρύων, καὶ δὴ καὶ τότε ἀναθρυχησάμενος
κλαίων καὶ ἀγανακτῶν, οὐδένα ὅντινα οὐ κατέκλασε τῶν
παρόντων πλήν γε αὐτοῦ Σωκράτους. ᾿Εκεῖνος δέ᾽
« Οἷα, ἔφη, ποιεῖτε, ὦ θαυμάσιοι. ᾿Εγὼ μέντοι οὐχ ἥκιστα
τούτου ἕνεκα τὰς γυναῖκας ἀπέπεμψα, ἵνα μὴ τοιαῦτα
τιλημμελοῖεν᾽ καὶ γὰρ ἀκήκοα ὅτι ἐν εὐφημία χρὴ τελευτᾶν.
᾿Αλλ᾽ ἡσυχίαν τε ἄγετε καὶ καρτερεῖτε. » Kai ἡμεῖς
ἀκούσαντες ἠσχύνθημέν τε καὶ ἐπέσχομεν τοῦ δακρύειν.
Ὃ δὲ περιελθών, ἐπειδὴ οἵ βαρύνεσθαι ἔφη τὰ σκέλη,
κατεκλίθη ὕπτιος᾽ οὕτω γὰρ ἐκέλευεν ὃ ἄνθρωτιος᾽ καὶ ἅμα,
ἐφαπτόμενος αὐτοῦ, οὗτος διαλιπὼν χρόνον ἔπεσκότιει
τοὺς πόδας καὶ τὰ σκέλη᾽ κἄπειτο, σφόδρα πιέσοις αὐτοῦ
τὸν πόδα, ἤρετο εἰ αἰσθάνοιτο. Ὃ δ᾽ οὐκ ἔφη. Καὶ μετὰ
τοῦτο αὖθις τὰς κνήμας, καί ἐπανιὼν οὕτως ἧμῖν ἐπε- 118,
δείκνυτο ὅτι ψύχοιτό τε καὶ πήγνυτο. Kai αὐτὸς ἥπτετο,
καὶ εἶπεν ὅτι, ἐπειδὰν πρὸς τῇ καρδία γένηται αὐτῷ, τότε
οἰχήσεται. Ηδὴ οὖν σχεδόν τι αὐτοῦ ἦν τὰ περὶ τὸ
ἦτρον ψυχόμενα᾽ καὶ ἐκκαλυψάμενος, ἐνεκεκάλυτιτο γάρ,
εἶπεν, ὃ δὴ τελευταῖον ἐφθέγξατο: « “Ὦ Κρίτων, ἔφη, τῷ
᾿Ασκληπιῷ ὀφείλομεν ἀλεκτρυόνα᾽ ἀλλὰ ἀπόδοτε καὶ μὴ
c 8 ὥστε: ὥστ᾽ W || ἀπέχλαιον : -αον Burnet ||d 1 πρότερος W?
τὸ Po Ὸ (ν Ξ. }}}: 2 ἐμοῦ: mou Τὶ τ᾿ : τε WE ὃ
χλαίων χαὶ: -dwy x. Burnet 560]. Schanz || κατέχλασε Β57ΤΞ2 (υ eras.):
-xhauce BTY || ὃ ἀπέπεμπψα : ἀπελύσαμεν Epict. I 29 66 || 9 χαὶ
γὰρ ἀκήχοα ὅτι: ἀκ. δὲ ὅτι χαὶ Stob. || e 1 τε: om. Stob. || 2 τε:
γε W || ἐπέσχομεν 13 (σ 5. u.): ἐπέχ. T || 4 χατεχλίθη : -χλίνη
Hirschig || 5 οὗτος :οὗ. ὁ δοὺς τὸ φάρμαχον codd. ; quae IV uerba,
fort. ad e ἡ ὃ ἄνθρωπος interpretamentum, addub. plures; cum
οὗτος secl. Schanz ; deleui || 118 ἃ τ οὕτως ἡμῖν: οὔτ. ip. «vote W
qu. οὔτ, ἡμῖν T fu. αὐτοῖς (om. οὔτ.) B? (i. m.).
118 a PHÉDON | 103
un coq; eh bien! payez ma dette, pensez-y. — Bon! ce sera
fait, dit Criton. Mais vois si tu n'as rien d'autre à dire. » La
question de Criton resta sans réponse. Au bout d’un petit
moment, il eut pourtant un sursaut. L'homme alors le dé-
couvrit : son regard était fixe. Voyant cela, Criton lui ferma
la bouche et les yeux.
Telle fut, Échécrate, la fin que nous avons vu faire à notre
compagnon, à l’homme dont nous pouvons bien dire qu'entre
tous ceux de son temps qu'il nous fut donné de connaitre 1]
fut le meilleur, et en outre le plus sage et le plus juste.
103 | PATAQN 448 ἃ
ἀμελήσητε. — ᾿Αλλὰ ταῦτα, ἔφη, ἔσται, ὃ Kpitov’ ἀλλ᾽
ὅρα εἴ τι ἄλλο λέγεις. » Ταῦτα ἐρομένου αὐτοῦ, οὐδὲν ἔτι
ἀπεκρίνατο" ἀλλ᾽ ὀλίγον χρόνον διαλιπὼν ἐκινήθη τε καὶ ὃ
ἄνθρωπος ἐξεκάλυψεν αὐτόν. Kai ὃς τὰ ὄμματα ἔστησεν᾽
ἰδὼν δὲ ὃ Kpitov συνέλαβε τὸ στόμα καὶ τοὺς ὀφθαλμούς.
“δε ἣ τελευτή, ὦ ᾿Εχέκρατες, τοῦ ἑταίρου ἡἣμῖν ἐγένετο,
ἀνδρός, ὡς ἡμεῖς φαῖμεν ἄν, τῶν τότε ὧν ἐπειράθημεν
ἀρίστου καὶ ἄλλως φρονιμωτάτου καὶ δικαιοτάτου.
a 8 ἀμελήσετε : διαμ. W || ταῦτα, ἔφη, ἔσται : τ. ἔστ. ἔφ. T || τὸ
διαλιπὼν W2: διαλεί, W (αὐ uid.) || 11 αὐτόν: -ός Υ (σ exp.) || 12
συνέλαύε : ξυν. BY || χαὶ : τε καὶ TW || 15 ἄλλως : 560]. Schanz.
19.
ὅ 9
TABLE DES MATIERES
Pages
NO
DOERA RA DES πω NE se M VE UE ES SN MT
Le Phédon, vit — Problème historique, 1x — Structure du
Phédon et contenu philosophique, xxrr — Le mythe final du’
Phédon, ταν — Établissement du texte etapparatcritique, Lxx1x.
Sigles ἀν ARR sen AE Et RAA De Sn
NON Lt SAN ae ere nr I-103
CHARTRES. — JMPRIMERIE DURAND, RUE FUIBERT (1-1020).ὕ
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