COURS EN LIGNE
« EMPLOYABILITÉ DES JEUNES ET
ENTREPRENEURIAT : LE RÔLE DE
L'ÉCONOMIE NUMÉRIQUE »
Module 6 : Lignes directrices en
matière de politiques
Introduction
Ce module examine quelques orientations politiques pour exploiter l'économie numérique
afin de générer des emplois pour les jeunes en Afrique subsaharienne. Les modules
précédents ont ouvert la voie en abordant l'ampleur du chômage des jeunes (module 1), les
initiatives et les pactes passés sur l'emploi des jeunes (module 2), les trois piliers de
l'employabilité des jeunes dans une économie numérique (y compris les compétences
numériques, l'infrastructure et l'entrepreneuriat, modules 3, 4 et 5 respectivement). Le
module 6 s'appuie sur ces apports pour explorer les meilleures orientations politiques en
matière d'engagement dans l'économie numérique.
Le contenu et la structure du module s’inspirent de deux observations. La première
est la lenteur du progrès dans la création d'emplois en Afrique. S’exprimant à ce sujet, un
participant au cours a clairement demandé : « Comment se fait-il que, malgré les vastes
ressources déployées à cet effet, nous ne voyions toujours pas d'augmentation majeure de
l'emploi ? » La réponse, selon nous, est soit la politique soit les politiques. Ces causes
jumelles, souvent confondues en raison de leur similitude sémantique,1 doivent être
clairement séparées si l'on veut avancer dans ce domaine. La distinction est difficile, mais
elle tourne autour des nuances entre « processus et résultat », « intérêts privés et publics »
ou encore « faits scientifiques et revendications de groupe ».
La politique est souvent décrite comme le processus socialement négocié
permettant d'arriver à des décisions politiques. En ce sens, la politique est un résultat de
ces négociations politiques. Elle représente les choix finaux faits par la société à travers ses
dirigeants sur a) la direction à donner à un pays, b) les moyens mobilisés au service de cet
objectif, c) les groupes cibles à prioriser et d) les valeurs fondamentales qui sous-tendent
ces choix. Les processus politiques arbitrent entre les besoins de groupes concurrents. Ils
reflètent le pouvoir de négociation relatif des différents groupes d'intérêt. En réalité,
« politique » et « politiques « prêtent tous deux attention au processus. Dans le cas de la
politique, cependant, les processus pertinents sont ceux par lesquels les intérêts de groupe
sont négociés ; Pour les politiques, les processus pertinents sont ceux par lesquels les
décisions sont mises en œuvre, surveillées et évaluées. Par ailleurs, certains sociologues
affirment que si les relations de pouvoir sont clairement visibles et reconnues dans le
processus politique, elles sont aussi présentes dans la mise en œuvre des politiques voire
même dans l’information prétendument scientifique qui fonde les politiques ».
Dans ce module, nous définirons simplement la politique nationale comme le « plan
officiel » qui guide l’action nationale pour résoudre les problèmes de développement, y
compris le chômage des jeunes. En regardant la « la politique comme action/intervention »,
la définition peut être affinée en distinguant « politique » de « programmes » et « projets ». La
distinction ici est une question d'échelle. Les politiques sont à un niveau d'agrégation plus
1
La confusion est encore plus grande en langue française où ces deux termes sont exprimées par le même
mot « politique » contrairement à la distinction anglo-saxonne entre « policy » et « politics ».
élevé, et elles renvoient aux « principes ou lignes directrices généraux qui guident l'action.
Les programmes sont un ensemble de projets et d'activités connexes conçus pour atteindre
les objectifs stratégiques généraux ; Les projets, c'est-à-dire le niveau d'agrégation le plus
bas, sont des initiatives spécifiques et limitées dans le temps avec des résultats définis qui
contribuent aux objectifs et aux buts plus larges. On peut souligner que la politique est
l'apanage exclusif de l'action de l'État, tandis que les projets peuvent être initiés par des
acteurs non étatiques.
Encore une fois, l'accent est mis ici sur les politiques, en particulier relatives au
chômage des jeunes. De ce point de vue, la question est de savoir si des politiques
raisonnables et efficaces peuvent être déployées pour exploiter l'économie numérique et
créer des emplois. Ce défi peut-il être relevé ?
Il y a plus de deux millénaires aujourd’hui, un philosophe grec offrait une réponse
résolument optimiste à cette question générale : « Donnez-moi un levier et un point d'appui
sur lesquels le placer, et je ferai bouger le monde. » Cette déclaration d’Archimède
soulignait non seulement des principes de physique, mais aussi le pouvoir des stratégies et
politiques : une politique appropriée peut surmonter même les problèmes les plus
redoutables, surtout lorsque ces politiques sont ancrées dans les bonnes institutions et
dirigées par des acteurs dévoués. La citation d'Archimède sera une deuxième inspiration
pour la structure de ce module. Nous organiserons ainsi notre discussion sur les politiques
appropriées en fonction de quatre éléments clés, notamment (a) les leviers/incitations, (b)
les acteurs, (c) les ancrages institutionnels, et (d) les groupes cibles à prioriser. Cependant,
en parcourant ces sections, nous nous inspirons non seulement de la philosophie grecque,
mais aussi de la sagesse et des proverbes africains qui offrent des perspectives uniques sur
le processus de sélection des politiques. La discussion de chacune de ces sections sera
enfin inspirée par la sagesse issue de proverbes africains.
Section 1 : Politique —
Réglage de direction, réglage de voiles et correction de cap
« Même si nous ne pouvons changer la direction du vent, nous pouvons ajuster nos voiles»
(Proverbe de Somalie)
« On apprend à abattre des arbres en les abatant. »
(Proverbe Luba, au Congo)
Les politiques ne sont pas simplement des déclarations, elles sont des cadres d'intention,
des plans pour transformer des aspirations nationales en actions concrètes. Dans le
contexte de l'économie numérique, les politiques doivent aller au-delà de la simple
promotion de l'accès à la technologie. Au lieu de cela, il doit se concentrer sur la
transformation de système, en faisant passer la création d'emploi du secteur public au
privé. Les Somali nous rappellent que même si l'économie numérique mondiale
d'aujourd'hui n'est pas une création africaine, nous pouvons la naviguer et en tirer profit. Les
Luba, en outre, encouragent une plongée audacieuse et intrépide et une volonté de corriger
le tir et d'apprendre de ses erreurs si nécessaire. Vu notre définition de la politique comme
guide d’action, il est logique de consacrer cette section à une description générale des
principes et des leviers clés qui peuvent guider l'action politique. Nous avons sélectionné
plusieurs principes et leviers fondamentaux, comme suit :
Cinq principes
1. Transformation du système : La transformation recherchée dans cette transition
vers l'économie numérique n'est pas linéaire. Elle est accélérée, intentionnelle et
perturbatrice. Plutôt que d'ajouter des outils numériques aux systèmes existants, la
politique doit remodeler l'écosystème numérique et son intégration dans le système
de reproduction du travail. Il s'agit d'aligner les investissements numériques sur les
résultats en matière d'emploi.
Vous app
coupant.
2. Inclusion : Tout le monde, quel que soit son sexe, son revenu, sa situation
géographique ou son handicap, doit avoir accès à Internet et à des outils numériques
abordables. Sans inclusion, l'économie numérique risque d'exacerber les inégalités
existantes.
3. Innovation et autonomie : Au-delà de l'importation de technologies, les pays
africains doivent cultiver la capacité d'innover localement, en adaptant les solutions
à leurs propres besoins et valeurs.
4. Cybersécurité et intégrité culturelle : La sécurité des informations des utilisateurs
doit être garantie par des cadres réglementaires clairs. De plus, le contenu
numérique et l'accès doivent respecter les valeurs culturelles (relatives à la moralité
et à la décence), et veiller à ce que l'innovation s'aligne sur les normes sociales (par
exemple, des options de travail flexibles pour les mères).
5. Objectifs centrés sur l'emploi et les personnes : En fin de compte, le succès final
des politiques dans ce secteur se mesure à l’impact sur la création d'emplois et la
qualité de vie, et pas seulement sur le niveau des infrastructures technologiques ou
leur utilisation. L'objectif ultime est la création d'emplois significatifs, stables et
culturellement ancrés, plutôt qu'un environnement numérique moderne.
Le message général est clair : la politique doit agir comme une boussole, guidant les nations
à travers des alternatives concurrentes, avec une main ferme sur la barre, même lorsque le
« vent » numérique ne peut être contrôlé.
Cinq leviers
Au-delà des principes décrits ci-dessus, les sociétés disposent d'une gamme d'outils – ou «
leviers » – pour influencer le comportement humain vers des objectifs communs et son
engagement dans l'économie numérique. Ces leviers fonctionnent souvent en
complémentarité, c'est-à-dire que leurs effets sont amplifiés lorsqu'ils sont utilisés
ensemble. Chacun façonne l'action individuelle et collective différemment et, ensemble, ils
forment un cadre solide pour piloter le changement social. Ils sont également mobilisés
différemment en fonction de l'urgence de la réponse souhaitée. Certains de ces leviers
incluent
a) Appels à la bonne volonté. Ce levier fondamental repose sur la persuasion morale et la
motivation intrinsèque, demandant aux individus d'agir par empathie, responsabilité ou
altruisme. Bien qu'elle soit puissante pour inspirer l'action volontaire, la bonne volonté
seule peut ne pas suffire à provoquer un changement de comportement généralisé ou
durable, en particulier lorsque des sacrifices individuels sont nécessaires.
b) Incitations économiques. Lorsque la persuasion seule ne fonctionne pas, et pour
soutenir et intensifier ces efforts, les sociétés utilisent souvent des incitations telles que
des subventions, des impôts ou des récompenses. Celles-ci font appel à l'intérêt personnel
et peuvent modifier les comportements en modifiant le calcul coût-bénéfice. Par exemple,
les crédits d'impôt pour l'installation de panneaux solaires rendent les choix écologiques
plus attrayants. Cependant, ces incitations peuvent être limitées si elles ne sont pas
associées à d'autres leviers qui renforcent la légitimité sociale ou éliminent les obstacles
systémiques.
c) La pression normative découle des attentes sociales et du désir de se conformer aux
valeurs du groupe. Il peut s'agir d'une force subtile mais puissante, encourageant les gens
à agir d'une manière qu'ils croient être socialement approuvée. Le recyclage, par exemple,
est devenu une norme dans de nombreuses communautés, non seulement en raison
d'incitations ou de règles, mais aussi parce qu'il est maintenant considéré comme la «
bonne chose à faire ». Des pressions similaires peuvent être exercées dans le domaine de
la littératie numérique ou de la connectivité.
d) Les mouvements sociaux jouent un rôle essentiel dans la refonte des normes, la
sensibilisation et l'exigence de changements institutionnels. Les mouvements
commencent souvent par faire appel à la bonne volonté et à la pression normative, mais ils
catalysent également l'action qui conduit à des changements de politique. Leur pouvoir
réside dans la voix collective et l'urgence morale, suscitant souvent un discours public plus
large et une volonté politique.
e) Les règlements et les lois formalisent les comportements souhaités et créent des
normes exécutoires. Ce recours devient crucial lorsque la conformité volontaire est
insuffisante ou lorsque l'équité exige une application uniforme des règles, comme en
matière de protection de l'environnement ou de droits civils. Cependant, les lois sont plus
efficaces lorsqu'elles sont socialement légitimes et qu'elles sont soutenues par la
compréhension et les normes du public.
f) Le rationnement ou (inversement) la prescription autoritaire deviennent pertinents
dans des contextes d'urgence, comme lors de crises. Bien qu'autocratique et donc
controversé, ce levier peut être nécessaire et équitable s'il est conçu de manière
transparente et combiné à la communication, à la confiance et au soutien social.
Ces leviers ne fonctionnent pas de manière isolée. Leur efficacité est accrue si elles sont
utilisées en combinaison – par exemple, des lois fondées sur des normes partagées, des
incitations qui s'alignent sur des appels moraux ou un rationnement qui s'accompagne
d'une éducation publique et de récits d'équité. Une stratégie complémentaire reconnaît la
complexité du comportement humain et tire parti des forces de chaque outil pour guider les
sociétés vers une progression équitable dans le monde du numérique.
Section 2 : Acteurs
(Partenariats Etat -- Marché -- Société Civile)
Attachez plusieurs brindilles ensemble, et elles forment un paquet incassable.
(Kikuyu, Kenya)
Les acteurs politiques jouent un rôle clé dans la concrétisation de la vision politique. Avant
les années 1990, la pratique du développement impliquait généralement une interaction
entre l'État et le Marché, considérés comme deux acteurs complémentaires. Depuis lors, la
société civile est apparue comme une troisième voie. Le défi consiste à cerner les forces et
complémentarités de ces acteurs individuels, de manière à les assembler en un « paquet
incassable ». Le tableau ci-dessous de Norman Uphoff (1993) résume les complémentarités
de ces trois acteurs.
L'État
L’État peut jouer un rôle de planificateur, régulateur et fournisseur direct. Son avantage
comparatif réside dans la promotion de l'équité, la planification à long terme et la gestion
des biens publics. Il peut (a) fournir des informations pour éviter la désinformation et les
asymétries, (b) offrir des incitations pour stimuler les comportements souhaitables (par
exemple, des subventions aux startups), (c) appliquer des réglementations sur le contenu
numérique, la sécurité et l'emploi, et (d) fournir directement des services là où les acteurs
privés ne sont pas à la hauteur. Il convient de noter que ces quatre rôles reflètent des degrés
croissants de participation directe. L'implication relative de l'État peut donc varier d'une
orientation de « laissez-faire » dans laquelle son rôle consiste principalement à fournir des
informations et à faire respecter les règles, à un rôle plus actif dans un modèle d'« État
développementaliste », où il intervient plus directement dans la fourniture de services et les
partenariats actifs avec le secteur privé. En d'autres termes, la gamme va de la planification
indicative à la planification impérative ; On peut ainsi mobiliser l'État flexiblement dans une
approche stratégique qui équilibre les politiques libérales de marché avec des interventions
structurées de l'État.
Le marché
Les forces et les faiblesses comparatives des marchés sont bien connues dans la
littérature sur le développement. Elles sont pertinentes dans notre discussion de
l'économie numérique et sa mobilisation, qui combine des aspects technologiques,
économiques et sociaux. Du côté positif, les marchés peuvent allouer efficacement les
ressources et stimuler l'innovation. Grâce à des prix appropriés, à la concurrence et à des
incitations, les politiques nationales peuvent encourager les institutions et les personnes
à participer à cette économie. En revanche, les marchés négligent les inégalités et le sort
des groupes marginalisés. Les forces du marché peuvent également ne pas s'aligner sur
les valeurs sociales plus larges ou la durabilité. L'expansion des médias sociaux, par
exemple, crée de nouvelles préoccupations sociales (sécurité, moralité, désinformation,
...) qui ne peuvent pas être abordées uniquement par des approches axées sur le profit. En
l'absence de subventions ciblées, de réglementations ou de dispositions publiques, les
marchés aggraveront les inégalités et creuseront la fracture numérique.
Société civile
Autrefois sous-estimées, les organisations de la société civile (OSC) sont aujourd'hui
indispensables. Elles peuvent jouer de multiples rôles, allant de la veille et conseil à
l'expertise et à l'expérimentation (renforcement des capacités, incubateurs,
normalisateurs) et enfin à la fourniture directe de services, en particulier en cas de crise.
Pendant la pandémie de Covid19 en particulier, les ONG ont joué un rôle utile dans la
fourniture d'éducation en ligne, par exemple. De manière cruciale, les OSC servent
souvent « en dessous, avant, après et au-dessus » de l'État et du marché, en comblant les
lacunes, en anticipant les problèmes et en promouvant la justice sociale (voir le graphique
ci-dessous).
Partenariats
La voie optimale ne consiste pas à choisir entre la main invisible (le marché) et le bras fort
(l'État), mais plutôt à établir des partenariats stratégiques dans lesquels chacune des
institutions joue le rôle pour lequel il possède un avantage comparatif. Par exemple dans
la mobilisation de l’infrastructure digitale, la division du travail pourrait se servir comme
suit:
• Infrastructure de haut niveau : priorité à l’Etat.
• Compétences numériques : des ONGs qui combinent des programmes peu
coûteux dirigés par des bénévoles avec des stages et de l'apprentissage en ligne.
• Entrepreneuriat numérique : soutenir les jeunes par des concours de présentation
d'entreprises et l'accès au financement.
Ensemble, ces acteurs forment un paquet incassable lorsqu'il est unifié, comme le
suggère un proverbe kikuyu.
Section 3 : Points d'entrée
Bâtir l'économie numérique, une étape à la fois
« Petit à petit, l’oiseau fait son nid »
(Baoulé, Côte d'Ivoire)
Comme un nid d'oiseau dans la culture baoulé, la transformation digitale ne se fait pas en
un jour. C'est plus le résultat d'efforts patients, cumulatifs et stratégiques de l'ensemble
des institutions et des étapes de la vie. Le graphique ci-dessous présente un résumé de
l'approche gradualiste et multi-institutionnelle que nous proposons pour les politiques
d'ED. Cette approche se déroule en trois grandes étapes qui varient en fonction de la
couverture de la population, des institutions leaders, de la profondeur des compétences
numériques et du coût par personne.
Étape I. Couverture primaire universelle et parrainée par l'État.
Cette première étape est une éducation générale (universelle) en matière d'informatique de
base. Celle-ci commence tôt dans le système scolaire (avant et pendant l'adolescence) et
relève en grande partie de la responsabilité de l'État.
Étape II. Action transitoire et ciblée par partenariat PPP.
Cette deuxième section, qui nous semble la plus cruciale, cible les jeunes en transition
entre l'école secondaire et l'université ou la vie active. Un groupe clé dans cette perspective
est le NEET (Youth Not in Education, Employment or Training). Ce groupe peut fortement
rentabiliser l’investissement dans l'économie numérique. Compte tenu de sa grande taille
et de son niveau d'éducation (général et informatique), il peut rapporter des dividendes
importants si les pays développent intensivement ses compétences numériques et
entrepreneuriales, tout en renforçant l'infrastructure de soutien. Ces efforts doivent être
guidés par une bonne compréhension de la démographie, sociologie et compétences de ce
groupe. Pour renforcer les capacités des NEET, nous recommandons une approche
holistique couvrant plusieurs formes de capital, y compris les formes classiques de
capital humain (connaissances académiques et compétences numériques), les formes
plus humanistes de capital humain (~ intelligence émotionnelle, connaissance de soi,
relations interpersonnelles, compétences domestiques, ...), le capital économique (y
compris l'entrepreneuriat) et le capital social (réseautage familial élargi et réseautage
social).
( ob creat on, nterns ps,
(co un t ser ce,
entrepreneurs p)
net or ng, .)
(l terac , nu erac , (personal agenc , do est c s lls,
co puter s lls, ) reproduct e ealt , ealt , tness)
Ce n'est qu'avec un tel renforcement holistique des capacités, décrit par le modèle 4E –
c'est-à-dire autonomiser, éduquer, employer et intégrer – que les pays peuvent aider les
jeunes à accéder plus facilement à un emploi décent, mais aussi à mener des carrières plus
productives et des vies socialement pleines. Cet effort nécessite une collaboration étroite
entre État, secteur privé et organisations de la société civile. Le rôle de l'État serait la
direction et supervision des ONG dans ce secteur vital du développement socio-
économique. Les ONG incuberaient et expérimenteraient diverses formes de formation,
afin d'en tirer les meilleures pratiques nationales qui pourraient être mises à échelle.
Le modèle 4E peut aussi être vu comme une approche de construction des individus
de l'intérieur vers l'extérieur. Le processus commence par l'autonomisation (renforcement
de la conscience de soi et du sens de l'action personnelle), puis l'éducation
(alphabétisation, numératie, compétences numériques), l'emploi (stages, entrepreneuriat,
création d'emplois) et l'intégration (réseautage, apprentissage par le service, action
communautaire) qui préparent le terrain pour le service communautaire et l'impact social
des jeunes. L'un des aspects clés du partenariat public-privé est que certaines de ces
activités peuvent être entreprises par le biais de programmes scolaires, mais aussi par le
biais d'initiatives non scolaires (bootcamps, cours en ligne, programmes communautaires)
dirigées par des institutions périéducatives. Cette mixité dense d'institutions permet aux
jeunes comme aux économies nationales de « construire leur nid petit à petit », selon les
mots du peuple Baoulé de Côte d'Ivoire.
Section 4 : Populations cibles —
La diversité de la jeunesse africaine
« La forêt a beaucoup d'arbres de toutes sortes. »
(Yoruba, Nigeria)
La jeunesse africaine n'est pas un monolithe. Parce que les ressources sont limitées et pour
des raisons stratégiques d'efficacité, il est impératif de reconnaître la diversité de la
jeunesse africaine, qui est bien illustrée dans le dicton yoruba ci-dessus. Au moins deux
dimensions de cette diversité doivent être reconnues. L'une est économique et l'autre
concerne les compétences et les intérêts.
Diversité économique.
Pour souligner l'inégalité des ressources constatée aujourd'hui parmi les jeunes Africains,
il suffit de considérer les niveaux d'inégalité des revenus. Au cours de ce dernier quart de
siècle, l'Afrique (et l'Afrique australe en particulier) est devenue l’épicentre mondial des
inégalités. Sur les 10 pays les plus inégalitaires du monde, 6 ou 7 se trouvent en Afrique
(Banque mondiale 2025). Si l'on ajoute à cela l'inégalité croissante du PIB dans la région,
ainsi que les différences dans les budgets de l'éducation publique, cela signifie que les
enfants des pays africains sont confrontés à des environnements éducatifs et à des
ressources très différents. Plus encore, il existe un gradient universellement inverse entre
les ressources familiales et la taille de la famille. Les graphiques ci-dessous montrent que
dans tous les pays africains disposant de données EDS récentes, les familles du quintile de
richesse le plus bas ont beaucoup plus de naissances que celles du quintile supérieur. Au
Libéria, par exemple, ce ratio dépassait 2,5 (8 enfants par femme dans le quintile inférieur
contre un peu plus de 3 pour le quintile supérieur). Cette combinaison d'inégalité dans les
revenus et la reproduction entraîne une énorme inégalité des ressources entre les enfants
des familles pauvres et les familles riches. En pratique, cela se traduit par un accès très
différencié à de bonnes écoles et à des opportunités d'acquérir des compétences en
informatique et en entrepreneuriat. Dans ces conditions, les subventions et la participation
des organisations de la société civile sont primordiales.
Intérêts et compétences
En plus des ressources, les jeunes varient sur le plan de leurs intérêts et compétences (voir
ci-dessous un résumé des principaux types d’intelligence). Nos activités communautaires
et notre travail auprès des jeunes lors des camps d'été ont clairement démontré cette
diversité frappante. Ce serait une erreur de gommer cette diversité. Tous les jeunes ne
veulent pas devenir codeurs, et ils ne devraient pas avoir à le faire. Les compétences
numériques ne sont pas un objectif en soi, mais un moyen pour soutenir les compétences
des jeunes dans leurs sphères d’intérêt individuelles. Le paysage numérique est
suffisamment riche pour soutenir cette diversité intellectuelle, car il offre de multiples
points d'entrée, de la conception et du marketing numériques à la création de contenu IA et
au commerce électronique. Les pays doivent insister sur une approche centrée sur les
personnes qui aligne les opportunités numériques sur les intérêts personnels, plutôt que
l'inverse.
Stratégies de ciblage
Compte tenu de cette diversité de compétences et de ressources, mais aussi des
ressources limitées disponibles pour soutenir le renforcement des capacités et la création
d'emplois chez les jeunes, la plupart des pays africains doivent prendre des décisions
difficiles concernant l'allocation des ressources. Les efforts devraient-ils répartir les
ressources uniformément entre tous les jeunes ou les programmes devraient-ils cibler en
priorité quelques groupes clés ? En cas de ciblage sélectif, quels sont les groupes à
privilégier ? Le choix reposera sur des raisons à la fois techniques et idéologiques, en clair
un mélange de politique et de politique. Tout choix impliquera des compromis. Si l'on croise
les deux dimensions de la diversité (ressources et compétences/talents), l’on obtient
quatre quadrants possibles, chacun ayant des points forts et des points faibles, comme
indiqué ci-dessous en vert et en rouge, respectivement.
CONCLUSION
Ce module examine les grandes orientations politiques visant à tirer parti de l'économie
numérique pour réduire le chômage des jeunes en Afrique. Il s'articule autour de quatre
sections qui examinent les leviers politiques, les acteurs clés, les institutions de soutien et
les groupes cibles. Il commence par des principes clés, parmi lesquels l'idée que les
politiques doivent être intentionnelles, inclusives et fondées sur des objectifs pratiques et
centrés sur les personnes. Pour être efficaces, les stratégies nécessitent une orientation
stratégique claire et l'utilisation stratégique de leviers complémentaires, qu'il s'agisse
d'appels à la bonne volonté ou d’une législation ou réglementation vigoureuse. Le succès
dépend également de partenariats dynamiques et agiles entre l'État, le marché et la
société civile, chacun offrant des atouts uniques. Les politiques doivent également
reconnaître les divers besoins et capacités de la jeunesse africaine, et en prenant des
mesures progressives mais coordonnées entre les institutions et les étapes de la vie, les
pays peuvent construire des économies numériques équitables, innovantes et résilientes.
Le défi est de taille, mais avec de bons ancrages institutionnels, des acteurs visionnaires
et un ciblage inclusif, l'économie numérique peut servir de puissant moteur de création
d'emplois et de transformation sociale. Les pays doivent être disposés à suivre avec
diligence les progrès accomplis et à ajuster leurs pratiques et leurs objectifs
d'investissement sur la base d'une évaluation constante des interventions existantes. Ce
thème de l'évaluation est abordé dans le prochain et dernier module.
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