Pendant la colonisation belge au Congo, deux langues officielles étaient imposées :
le français et le néerlandais. Toutefois, en pratique, le français dominait, bien
que les postes subalternes, notamment parmi les missionnaires, étaient souvent
occupés par des néerlandophones. Ces missionnaires privilégiaient l'évangélisation
plutôt que la diffusion de la langue coloniale.
La Charte coloniale de 1908 établissait une égalité théorique entre les deux
langues, mais dans les faits, seul le français était utilisé dans l’administration
et les écoles secondaires, ce qui le rendait inaccessible à la plupart des
Congolais. Les langues congolaises (kiswahili, lingala, kikongo et ciluba) étaient
enseignées dans les écoles primaires pour éviter le « déracinement » des
populations locales.
Ce n’est que dans les années 1950, à l’approche de l’indépendance, que l'État belge
s’investit davantage dans la formation des élites locales en français, mais cette
politique fut critiquée par les Congolais instruits, qui la trouvaient trop tardive
et inadéquate.
En 1953, un changement important s'opéra lorsque le Parlement colonial autorisa
l'utilisation des principales langues congolaises (kiswahili, lingala, kikongo et
ciluba) dans les débats, avec traduction, tout en renforçant l'usage du français.
Cependant, cette mesure fut perçue comme rétrograde par une partie des Congolais
éduqués, qui revendiquaient un accès plus large à l'enseignement du français sur
tout le territoire.
En réalité, malgré l'égalité linguistique proclamée par la loi, le français demeura
la langue dominante, tant dans l'administration que dans les écoles secondaires,
tandis que les langues locales restaient cantonnées à un usage limité, notamment
dans l'enseignement primaire. Cette situation freinait l'émergence d'une élite
locale capable de rivaliser avec l'administration coloniale, et le retard dans la
formation d'une classe politique congolaise marqua la colonisation belge jusqu'aux
années précédant l'indépendance.
En somme, la politique linguistique coloniale, qui visait à maintenir les Congolais
dans leurs langues locales tout en réservant le français aux élites, renforça les
inégalités et limita la participation des Congolais aux affaires publiques,
retardant ainsi leur accès aux postes de pouvoir dans la société postcoloniale.
L'approche de l'administration coloniale belge en matière linguistique a ainsi
contribué à perpétuer un fossé entre les colonisateurs et les colonisés. Le
français, langue de l'administration et des institutions, était inaccessible à la
majorité de la population congolaise, ce qui a entravé leur participation aux
affaires publiques et freiné la formation d'une véritable élite locale.
Cette situation a renforcé la dépendance des Congolais vis-à-vis des colonisateurs,
car la maîtrise de la langue française était une condition essentielle pour accéder
aux postes administratifs ou politiques. Par ailleurs, la formation tardive des
élites locales dans les années 1950, juste avant l'indépendance, n’a pas suffi à
compenser le manque d'opportunités linguistiques et éducatives pour la majorité de
la population.
Ainsi, au moment de l'indépendance du Congo en 1960, il existait peu de cadres
formés pour diriger le pays. L'héritage linguistique et éducatif de la colonisation
a laissé un impact durable sur la structuration des élites et des institutions
postcoloniales, marquant profondément l'évolution politique et sociale du Congo
après l’indépendance.
L'une des conséquences de cette politique linguistique a été la faible préparation
des Congolais à prendre le relais des colonisateurs à l'indépendance. En effet, la
colonisation belge, en ne formant qu'un nombre restreint d'élites locales et en
limitant l'accès à l'éducation en français, a contribué à un vide administratif et
politique après 1960. La majorité des Congolais ne maîtrisait pas les langues de
pouvoir, ce qui a amplifié les difficultés de gouvernance et de gestion après
l'indépendance.
La lenteur de l'État belge à investir dans l'éducation des populations africaines
et à généraliser l'enseignement du français a renforcé l'exclusion d'une grande
partie de la population des cercles de décision. Ce retard a également laissé un
terrain fertile à des inégalités et des tensions internes, la petite élite formée
dans les dernières années de la colonisation se retrouvant soudainement en charge
d'un État sans réelle transition ou préparation.
L'usage limité des langues congolaises dans le système éducatif a également
contribué à une fracture linguistique qui persiste aujourd'hui. Alors que le
français demeure la langue officielle et administrative de la République
démocratique du Congo, une grande partie de la population continue d’utiliser les
langues locales dans la vie quotidienne. Cette dualité linguistique reflète encore
les divisions créées par l'héritage colonial, entre une élite francophone et une
majorité restée en marge des institutions.
En conclusion, la politique linguistique adoptée pendant la colonisation belge au
Congo a contribué à structurer des inégalités durables, tant au niveau de l'accès à
l'éducation que dans la formation des élites politiques et administratives. Malgré
les tentatives tardives d'intégrer les Congolais dans les rouages de l'État
colonial, l'héritage de cette période continue d'influencer la structure sociale et
politique de la RDC aujourd'hui, avec des tensions persistantes entre les langues
locales et la langue officielle, le français.
La bibliographie présentée comprend des ouvrages et des articles académiques axés
sur la didactique du français langue étrangère (FLE), les enjeux de la francophonie
et les pratiques pédagogiques dans l'enseignement du français.
1. **Didactique du français** : Les travaux de Chiss, David et Reuter (1995)
fournissent une analyse de l'état de la discipline, tandis que Cuq et Gruca (2017)
proposent un cours approfondi sur les méthodes d’enseignement du FLE et du français
langue seconde.
2. **Francophonie et institutions** : Cuq (2021) examine les institutions et les
acteurs de la francophonie, mettant en lumière les interactions entre le FLE et les
dynamiques francophones dans le monde.
3. **Sources et pratiques pédagogiques** : Dumortier et Van Beveren (2010)
explorent les sources du savoir des futurs enseignants de français en Belgique,
tandis que Garcia-Debac et al. (2014) analysent les curricula et les pratiques
observées dans l'étude de la langue.
4. **Analyse des besoins langagiers** : Ishamalangenge Nyimilongo (2022) plaide
pour une étude des besoins en FLE et français langue seconde, spécifiquement pour
les apprenants congolais, soulignant l'importance d'adapter l'enseignement aux
contextes locaux.
5. **Héritages et défis de l'éducation congolaise** : Sesep N’Sial (2021) aborde
les héritages et défis de l'école congolaise, contribuant à une meilleure
compréhension des contextes éducatifs.
6. **Innovation pédagogique** : Les travaux de Lemaître (2018) et Spaëth (2021)
mettent en avant les enjeux de l'innovation pédagogique et l'évolution de la notion
de FLE dans la discipline, examinant les discours des praticiens et les pratiques
historiques.
7. **Conception de documents de cours** : Sylvestre et Daele (2013) proposent des
repères théoriques et des applications pratiques pour la conception et
l'élaboration de documents de cours dans le cadre de l'enseignement supérieur.