Résistance aux antibiotiques de Vibrio
Résistance aux antibiotiques de Vibrio
Thèse en vue du
DIPLÔME D'ÉTAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE
présentée par
Nicolas Helsens
Etude de la
résistance aux Thèse soutenue à Rennes
le 01/10/2018
antibiotiques de devant le jury composé de :
Remerciements
Madame Isabelle MOREL bien évidemment, pour ses conseils, son soutien tout au long de
5
Je remercie également toute ma famille, mes parents et mon frère, pour leur soutien, leur
présence, leur tolérance dans les moments les plus durs, et leur indulgence. Je remercie tout
spécialement mes tantes qui ont pris le temps de venir me supporter lors de ma remise de
diplômes, pour leur soutien et leurs cadeaux si particuliers.
Je remercie très très très très chaleureusement mes amis pharmaciens, Arthur, Yanna, Cécile,
Pauline et Margot, Marion, Isabelle, Guillaume et Matthieu, d’être là toujours et j’espère pour
encore très longtemps, de me faire rire et même parfois de me trouver drôle, d’être des gens si
géniaux et surtout d’être détraqués. Je vous aime.
Pour finir je remercie tous les autres, tous ceux que je ne peux pas citer parce qu’il me faudrait
100 pages de plus, mes amis qui sont là depuis longtemps ou pas, mais qui sont bien là, ceux
qui m’apprécient, ceux qui me font rire, ceux qui sont toujours partants, mes collègues, tous
ceux qui m’ont à leur manière tous dirigé vers ce point. Merci à tous, je vous dois tout.
Serment de Galien
Témoigner ma reconnaissance en
Seulement la législation en
L’honneur, de la probité et du
Désintéressement.
Introduction .............................................................................................................................. 11
I. Vibrio spp...................................................................................................................... 12
a. Généralités ................................................................................................................. 12
b. Réglementations ........................................................................................................ 12
II. Prévalence et épidémiologie ......................................................................................... 13
a. Vibrio cholerae .......................................................................................................... 13
b. Vibrio parahaemolyticus............................................................................................ 13
c. Vibrio vulnificus ......................................................................................................... 15
III. Virulence et pathologie ................................................................................................. 15
a. Vibrio cholerae .......................................................................................................... 15
b. Vibrio parahaemolyticus............................................................................................ 16
c. Vibrio vulnificus ......................................................................................................... 17
IV. Méthodes d’identification ............................................................................................. 18
V. Résistance aux antibiotiques......................................................................................... 20
a. Mécanismes de résistance .......................................................................................... 20
b. Techniques d’antibiogramme .................................................................................... 21
c. Etude de l’antibiorésistance ....................................................................................... 22
d. Epidémiologie de la résistance aux antibiotiques chez Vibrio................................... 23
VI. Traitements ................................................................................................................... 26
a. Vibrio cholerae .......................................................................................................... 26
b. Vibrio parahaemolyticus............................................................................................ 26
c. Vibrio vulnificus ......................................................................................................... 26
VII. Présentation du sujet ..................................................................................................... 27
Matériel et méthodes ................................................................................................................ 28
Valorisation............................................................................................................................... 52
9
Introduction
Entre 1996 et 2008, en France, les produits de la mer ont été responsables de 1112 foyers
déclarés de toxi-infections alimentaires collectives (TIAC), soit 12,4% du total des TIAC durant
cette période (Delmas et al. 2010). L’agent majoritairement incriminé est l’histamine et les
autres amines biogènes (67% des TIAC sont dues aux produits de la mer), mais les agents
bactériens représentent un risque non-négligeable, compte tenu de leur pathogénie et de leur
capacité à évoluer dans l’environnement marin. De plus, un grand nombre d’infections dues
aux aliments ne sont pas déclarées et l’agent mis en cause n’est parfois pas identifié voire pas
recherché, ce qui amène à penser que le risque bactérien est sous-estimé (1). Les principaux
agents responsables de TIAC sont les Staphylocoque aureus, Salmonella, Campylobacter,
Yersinia enterocolitica, Clostridium perfringens et Bacillus cereus ainsi que les entérovirus
([Link]). Les bactéries du genre Vibrio sont plus rarement responsables de TIAC.
Cependant, V. parahaemolyticus est le principal agent responsable de gastro-entérites
alimentaires liés aux produits de la mer (2,3). De plus on estime que ces bactéries seraient
responsables chaque année aux Etats-Unis de 80 000 infections, conduisant à 500
hospitalisations et 100 décès dont la plupart des hospitalisations et décès sont dus à Vibrio
vulnificus (4). Le traitement antibiotique est une part importante de la prise en charge
thérapeutique d’une infection bactérienne, c’est pourquoi il est important de s’intéresser à la
résistance aux antibiotiques chez ces bactéries pathogènes. Le nombre croissant de bactéries
pathogènes résistantes aux antibiotiques dirige la médecine moderne vers une ère post-
antibiotique dont la réalité se fait de plus en plus ressentir (5). Il est donc important de faire
l’état des lieux de l’antibiorésistance, notamment vis-à-vis des antibiotiques critiques en santé
humaine, chez les bactéries présentes dans le milieu marin, et plus particulièrement dans les
produits de la mer. Le milieu marin est un environnement peu étudié, et potentiellement
réservoir des gènes de résistance puisque de nombreuses bactéries s’y développent au contact
des antibiotiques résiduels relargués dans l’environnement. Les bactéries du genre Vibrio et
notamment de l’espèce Vibrio parahaemolyticus semblent être de bons modèles à étudier,
puisqu’elles sont présentes naturellement dans le milieu marin (6). Elles sont également
responsables de TIAC et sont susceptibles d’acquérir et de transmettre des résistances aux
antibiotiques grâce à leur capacité à échanger de l’information génétique avec les bactéries
12
environnantes (7), dont des bactéries potentiellement pathogènes, ce qui représente un risque
sanitaire important.
I. Vibrio spp.
a. Généralités
La première description d’une bactérie du genre Vibrio a été faite en 1854 lorsqu’un
médecin italien, Filippo Pacini, observa au microscope des échantillons prélevés dans des tubes
digestifs de patients morts de l’épidémie de choléra qui sévissait alors à Florence. Sa conclusion
fut que cet organisme était responsable de l’épidémie, mais il se heurte à la théorie des miasmes
majoritairement admise à l’époque. Trente ans plus tard, en 1883, Robert Koch et son équipe
parviennent à obtenir des cultures pures de Vibrio cholerae et associent l’agent observé avec
les épidémies de choléra sévissant en Inde et à Alexandrie cette année-là. Ils observent
cependant que cette famille de micro-organismes était omniprésente dans les eaux et que bon
nombre de ses représentants ne provoquaient pas de maladie (8).
Les Vibrio sont des bactéries mobiles à Gram négatif, aéro-anaérobies et capables de
respiration, halophiles et généralement oxydase positive (9). Ils sont très largement répandus
dans les milieux aquatiques (6). Ils sont en forme de virgules et possèdent un flagelle polaire.
Il existe 146 espèces de Vibrio ([Link]) dont trois sont les plus souvent
retrouvées responsables de toxi-infections alimentaires chez l’Homme : Vibrio cholerae, Vibrio
vulnificus et Vibrio parahaemolyticus. Elles seraient responsables chaque année aux Etats-Unis
de 80 000 infections, conduisant à 500 hospitalisations et 100 décès dont la plupart des
hospitalisations et décès sont dus à Vibrio vulnificus (4).
b. Réglementations
Les règlementations européennes n°2073/2005 et 1771/2007 sur les critères
microbiologiques ne prévoient pas de méthode de détection des Vibrio pathogènes pour
l’homme dans les aliments. Il y est cependant noté que des méthodes pour sa détection sont à
développer. La Direction Générale des Aliments (DGAL) a donc repris des textes de la
règlementation européenne CE relatifs à la sécurité et l’hygiène des denrées alimentaires
13
d’origine animale et a publié en 2004 puis en 2014 des notes de service contenant des
recommandations pour la détection des Vibrio dans les matrices alimentaires et la validation
des lots (10). La détection de Vibrio spp. pathogènes se fait selon la norme ISO 21872-1 :2017
a. Vibrio cholerae
V. cholerae est une bactérie aquatique autochtone de nombreuses zones à travers le
monde. Elle serait originellement endémique de certains pays d’Afrique et d’Asie du Sud
(11), mais est maintenant retrouvée dans des estuaires en Australie (12) et à Chesapeake Bay
(13). On la retrouve également fréquemment dans les produits de la mer (14), vecteur par lequel
Vibrio cholerae est l’agent pathogène responsable du choléra, une maladie gastro-
intestinale très contagieuse transmise par les aliments ou des eaux contaminés par la bactérie,
se présentant sous la forme de diarrhées sévères, principalement répandue dans les pays en voie
de développement où sa prévalence est favorisée par les mauvaises conditions sanitaires.
Il est estimé qu’entre 1,3 et 4 millions de cas de choléra apparaissent chaque année,
responsables d’environ 95 000 décès par an (15).
b. Vibrio parahaemolyticus
V. parahaemolyticus est naturellement présent dans le milieu marin et dans un grand
nombre de produits de la mer. Cette bactérie a notamment été isolée dans des échantillons
14
alimentaires prélevés sur des marchés dans le Sud-Est Asiatique (16,17). Elle a également été
isolée dans des crevettes en Thaïlande, qui est un pays producteur et exportateur majeur de
crevettes (18). Cette étude a rapporté la présence de V. parahaemolyticus dans 6 échantillons
fruits de mer crus, insuffisamment cuits ou re-contaminés après cuisson (24) . Son pouvoir
pathogène est dépendant des deux hémolysines entérotoxiques TDH et TRH (25). Au Japon,
on estime que V. parahaemolyticus serait responsable de 20 à 30% des infections alimentaires
(26). En Europe, les « Vibrioses » non cholériques ne sont pas à déclaration obligatoire, leur
incidence est donc probablement sous-estimée, d’autant plus que cet agent pathogène est très
rarement recherché dans le cas de gastro-entérites. On rapporte cependant plusieurs toxi-
infections alimentaires collectives à V. parahaemolyticus en Europe entre 1995 et 2012 (Tableau
1). Une infection notable en France en 1997 impliquait 44 patients ayant consommé des
c. Vibrio vulnificus
Comme les autres espèces du genre Vibrio, V. vulnificus fait partie de la flore
communément retrouvée dans les eaux d’estuaires (28) et dans les produits de la mer (29,30).
Sa concentration dans l’eau est relativement faible (< 10 UFC/ml) (31). Dans les produits de la
mer, et notamment les coquillages et mollusques, elle peut s’élever à 103 UFC/g de tissus (32)
à cause de la capacité de ceux-ci à filtrer l’eau. Cependant cette concentration varie en fonction
de la salinité de l’eau.
Cette espèce bactérienne a été trouvée dans 13,6% des huîtres de l’espèce Cassostrea
gigas échantillonnées en Nouvelle-Zélande (33). Il a également été observé qu’entre 37% et
69% des poissons prélevés dans le Golfe du Mexique étaient positifs pour V. vulnificus (34).
Dans cette étude il a été noté que la prévalence de V. vulnificus sur les poissons augmentait en
fonction de la température de l’eau et diminuait en fonction de sa salinité.
Vibrio vulnificus est responsable de 95% des décès dus à des infections alimentaires
liées aux produits de la mer au Etats-Unis, et est responsable d’un taux de létalité pouvant aller
jusqu’à 50%. Les affections chroniques ou immunitaires sous-jacentes sont un probable facteur
de risque (35). C’est le pathogène lié aux produits de la mer engendrant la plus grande dépense
de santé aux Etats-Unis, avec un coût annuel de 233 millions de dollars (36). La plupart des
patients atteints sont des hommes âgés de 40 ans ou plus. Cette disparité du sex-ratio pourrait
être due à un effet protecteur de l’œstrogène contre l’endotoxine bactérienne mais actuellement
aucune donnée ne permet d’expliquer le lien entre l’âge et la prévalence (37).
a. Vibrio cholerae
Les sérotypes de V. cholerae épidémiques pour l’homme sont les sérotypes O1 et O139,
retrouvés majoritairement dans les eaux stagnantes dans les pays en voie de développement.
Les autres sérotypes, appelés sérotypes non-O1, non-O139, sont ubiquitaires mais ne présentent
pas de risque épidémique, provoquant simplement des diarrhées simples et souvent non
16
b. Vibrio parahaemolyticus
Le pouvoir pathogène de V. parahaemolyticus est dépendant de deux hémolysines
entérotoxiques TDH (Thermostable Direct Hemolysin) et TRH (TDH-Related Hemolysin) (25)
qui sont responsables d’une β-hémolyse sur gélose au sang appelée Phénomène de Kanagawa
(KP). Ce phénomène est spécifique des souches pathogènes, puisque seules 0,2 à 2% des
souches environnementales possèdent les gènes codant pour ces toxines (40,41).
La toxine TDH se polymérise pour former des pores (42) dans la membrane des
érythrocytes, ce qui provoque une fuite d’eau et d’ions et la lyse des érythrocytes (43). De plus,
TDH et TRH semblent jouer un rôle dans l’induction de la diarrhée aqueuse provoquée par V.
parahaemolyticus. En effet, TDH et TRH se fixent à la membrane apicale des entérocytes et
induisent l’ouverture des canaux Cl- calcium-dépendant ce qui perturbe le flux d’ions et
provoque une libération d’eau et d’électrolytes dans la lumière du tube digestif (44).
De plus, on sait qu’il existe deux systèmes de sécrétion de type III (T3SS) récurrents
chez cette espèce (45), et il a été démontré qu’ils jouaient un rôle dans la pathogénie (46).
T3SS1 est apparenté au système de sécrétion Ysc de Yersinia et induit une cytolyse des cellules
cibles sous l’influence d’une élévation de la température et d’une diminution du taux de calcium
(47). T3SS2 est quant à lui similaire au système Hrp1 de Pseudomonas syringae (45) et joue
un rôle dans l’inflammation et la perturbation du cytosquelette et des voies de signalisation de
la cellule cible (21).
Le sérotypage de V. parahaemolyticus se fait grâce aux antigènes somatique O et de
capsule K. Actuellement, le principal clone pandémique est le clone O3:K6 (48). En Europe,
17
les Vibrioses non cholériques ne sont pas à déclaration obligatoire, leur incidence est donc
probablement sous-estimée. On rapporte cependant plusieurs toxi-infections alimentaires
c. Vibrio vulnificus
Le principal mode de contamination est la consommation d’huîtres crues ou mal cuites
qui concentrent les bactéries lorsqu’elles filtrent l’eau. Après une période d’incubation de 26h
environ, le patient développe une septicémie accompagnée de symptômes tels que des nausées,
fièvre, hypotension, frissons et douleurs abdominales, puis des lésions secondaires telles que
des nécroses cutanées et des lésions bulleuses, principalement aux extrémités (35). Une des
raisons serait que la température du corps y est plus proche de la température optimale de
croissance de ces bactéries (30°C). De plus, il a été rapporté que V. vulnificus était capable
d’engendrer des infections - et des décès – suite à des contacts entre des blessures ouvertes et
des eaux contaminées, ou du matériel souillé par de l’eau contaminée (49). On dénombre trois
biotypes de V. vulnificus, dont le biotype 1, principal pathogène pour l’Homme et impliqué dans
pratiquement toutes les infections dues à cette bactérie (31), et le biotype 3, responsable plus
rarement d’infections de blessures (50). Le biotype 1 est réparti en deux génotypes identifiables
par PCR, le génotype C et le génotype E (49). Le génotype E regroupe environ 85% des souches
retrouvées dans l’environnement, alors que les souches retrouvées dans des isolats cliniques
appartiennent presque exclusivement au génotype C (51). Cela pourrait expliquer le
relativement faible nombre d’infections dues à cette bactérie, en comparaison à sa présence
dans l’environnement. Une autre explication serait que V. vulnificus est un pathogène
opportuniste et qu’il nécessiterait une pathologie chronique pré-existante pour pouvoir
exprimer sa pathogénicité, comme démontré par Bross et al. en 2007 (52), notamment des
affections entraînant une augmentation du taux de fer sérique. En effet, le fer serait un élément
surface (56) ainsi que la toxine RtxA (57). Cette toxine induirait une apoptose des cellules
Les bactéries du genre Vibrio peuvent être cultivées sur un milieu gélosé nutritif à 37°C.
On utilise généralement des milieux sélectifs pour les isoler. Par exemple le milieu Thiosulfate-
Citrate-Bile-Saccharose (TCBS) sur lequel les colonies sont colorées en fonction de leur
capacité à fermenter le saccharose. Sur ce milieu, V. parahaemolyticus donne des colonies
vertes (pas de fermentation du saccharose) et V. cholerae ainsi que V. vulnificus donnent des
colonies jaunes (fermentation du saccharose) (Figure 1). Des bactéries non-Vibrio peuvent
également pousser sur ce milieu, telles que Aeromonas hydrophila ou Pseudomonas spp
(colonies vert-bleues).
Figure 1 : Coloration des colonies de V. cholerae et de V. parahaemolyticus sur gélose TCBS ([Link]
transcriptionnel ToxR. Il est présent chez différentes espèces de Vibrio mais avec une faible
homologie entre les espèces (52% d’homologie entre le gène codé chez V. parahaemolyticus et
20
chez V. cholerae) (60). Il permet de discriminer avec une grande sensibilité les espèces du genre
Vibrio (61).
La Polymerase Chain Reaction (PCR) en temps réel de la séquence R72H du génome
de V. parahaemolyticus permet d’identifier comme étant, ou non, V. parahaemolyticus puisque
cette séquence est spécifique de cette espèce (62,63). Cette séquence est composée d’un
fragment non-codant et d’un gène codant pour une phosphatydilsérine synthétase (64).
De même la PCR du gène 16S codant pour l’ARN ribosomique 16S de la petite sous-
unité du ribosome des procaryotes permet d’identifier des espèces bactériennes des espèces du
genre Vibrio, et notamment V. parahaemolyticus, de par sa structure. Il est composé de
fragments hyper-variables permettant la discrimination entre les souches et de fragments très
conservés permettant d’utiliser des amorces universelles pour être théoriquement amplifié chez
toutes les espèces bactériennes le possédant (65).
a. Mécanismes de résistance
Chez les bactéries, la résistance aux antibiotiques est conférée par plusieurs
mécanismes : la production d’une enzyme de dégradation de l’antibiotique via un gène de
résistance, la modification de la cible de l’antibiotique, la production de pompes à efflux
permettant une évacuation de l’antibiotique du cytoplasme et la modification de la perméabilité
membranaire empêchant l’antibiotique de rentrer dans la cellule.
Chez V. parahaemolyticus, tout comme chez V. vulnificus, la résistance à l’ampicilline
est conférée par la production d’une pénicillinase codée par le gène blaTEM (66). D’autres gènes
de résistance ont également été trouvés chez V. parahaemolyticus, tels que sul2 (résistance aux
sulfamides), strA et strB (résistance à la streptomycine), tetG, tetB et tetH (résistance à la
tétracycline) (66). Il a également été observé chez V. parahaemolyticus la présence de
céphalosporinases de type blaPER-1 et blaCMY-2 (67).
Chez V. cholerae, une souche issue d’un prélèvement fécal réalisé chez un patient atteint
de choléra en Inde était résistante aux céphalosporines de troisième génération et possédait une
bêta-lactamase de type blaDHA et une carbapénèmase blaNDM-1 (68,69). Il a également été
observé la présence de gènes codant pour des carbapénèmases chez V. cholerae, tel que le gène
21
VCC-1 (70). Dans une étude réalisée sur des V. cholerae issus de prélèvements d’eaux et de
produits de la mer, il a été observé une occurrence élevée de gènes de résistances tels que ermA
(97/99), sul1 (86/99) et sul2 (49/99) (71).
La plupart des acquisitions de résistance se fait grâce au transfert horizontal de
plasmides ou de transposons portant des gènes de résistance, au sein d’une même espèce ou
d’une espèce à l’autre (7).
b. Techniques d’antibiogramme
L’augmentation du nombre de bactéries pathogènes résistantes aux antibiotiques a
conduit à une volonté de regrouper les différents plans de surveillance. Dans ce but, une action
européenne, l’« Antibiotic Resistance in Bacteria of Animal Origin » (ARBAO) a été mise en
place en 2000. De cette action sont issues des recommandations ayant permis à plusieurs pays
européens de mettre en place des plans nationaux de surveillance de l’antibiorésistance chez les
bactéries d’origine animale (72). Ces plans de surveillance concernent des bactéries issues du
milieu terrestre, soit des bactéries zoonotiques pathogènes pour l’homme (Salmonella et
Campylobacter), soit des bactéries indicatrices, témoins de l’état d’antibiorésistance d’un
environnement, telles que Escherichia coli et Enterococcus faecium et faecalis. Il n’existe, en
revanche, aucun plan de surveillance et très peu de données portant sur l’antibiorésistance des
bactéries dans les produits issus de la mer.
La mesure de la résistance aux antibiotiques chez les bactéries peut se faire par des
méthodes de dilution des antibiotiques en milieu liquide ou solide, ou par diffusion des
antibiotiques en milieu solide (73,74).
La diffusion par disque consiste à faire se développer un tapis bactérien en présence
d’un disque imprégné d’antibiotique à une concentration définie qui va diffuser dans la gélose
et inhiber la croissance des colonies à un diamètre plus ou moins grand autour du disque (75).
Ce diamètre correspond au diamètre d’inhibition permettant de déterminer la sensibilité ou la
résistance d’une bactérie à un antibiotique. Cette technique est utilisée en routine au laboratoire
et permet d’étudier sur un seul inoculum un grand nombre d’antibiotiques différents et de
déceler d’éventuelles synergies. Elle est en revanche limitée par les conditions de culture
spécifiques de certaines bactéries (bactéries intra-cellulaires, bactéries anaérobies) et par le fait
22
que certains antibiotiques diffusent mal dans les milieux gélosés. De plus des variations des
conditions utilisées (densité de l’inoculum initial, pH, salinité…) peuvent conduire à interpréter
des sensibilités ou des résistances erronées. Les diamètres d’inhibition peuvent être sources de
biais puisqu’ils sont déterminés ou ajustés le plus souvent visuellement et qu’ils ne peuvent pas
être inférieurs à 6 mm (diamètre du disque) ce qui occulte certaines variations de résistance.
Il existe une méthode dérivée, appelée E-test, qui consiste à utiliser une bande de papier
imprégnée d’un gradient de concentration d’un antibiotique qui sera déposée sur un milieu
gélosé ensemencé avec la bactérie d’intérêt. Elle permet de déterminer plus précisément la
c. Etude de l’antibiorésistance
Pour réaliser et interpréter les antibiogrammes, il existe différents référentiels
standardisés. Par exemple le référentiel du CLSI (Clinical and Laboratory Standards Institute)
aux Etats-Unis et le référentiel de l’EUCAST (European Committee on Antimicrobial
Susceptibility Testing) en Europe. Ces deux référentiels retiennent des critères d’interprétation
différents pour déterminer la résistance ou la sensibilité d’une souche bactérienne à un
antibiotique donné. De plus, les notions utilisées dans chacun des deux référentiels
(« breakpoint » et « cut-off » ou ECOFF pour « Epidemiological Cut-off Value ») sont à
prendre en compte. En effet, ces deux notions ne sont pas à utiliser dans le même contexte et
Tableau 2 : Recommandations du CLSI (2016) pour déterminer les diamètres critiques d’inhibition pour V.
parahaemolyticus par la méthode de diffusion en milieu gélosé.
R : Résistant ; I : Intermédiaire ; S : Sensible
également de fréquentes résistances à la colistine chez tous les Vibrio (77). Les Vibrio
24
Une étude menée par Sahilah et al. (78) portant sur trente-sept isolats issus de coques
en Malaisie a démontré une émergence de résistance à la bacitracine (92%), à la pénicilline
(89%), à l’ampicilline (68%), au céfuroxime (38%), au ceftazidime (14%) et à l’amikacine
(6%). Il a également été rapporté des résistances multiples pour certains antibiotiques utilisés
en clinique (gentamicine, tétracycline), a fortiori lorsque les bactéries étaient issues d’un
biofilm (79). Tout comme les résistances intrinsèques, les résistances acquises par V.
d’infections par des bactéries non-O1/non-O139 multirésistantes. Entre 1995 et 2001, Tjaniadi
et al. (2003) (83) ont collecté en Indonésie des souches non-O1 pathogènes, résistantes à
sulfamides ont également été observées. Une étude portant sur 33 souches, isolées en Chine à
partir de crevettes destinées à la consommation, a mis en évidence des résistances au céfépime
(3,03%), à la tétracycline (6,06%), à l’aztréonam (24,24%), à la streptomycine (45,45%), à la
gentamicine (93,94%), à la tobramycine (100%) et à la céfazoline (100%) (89). Une autre étude
portant sur des souches de provenance similaire a mis en évidence des résistances acquises à
l’amikacine, à l’ampicilline, à la tétracycline et à la gentamicine (90). Baker-Austin et al. (91)
ont testé 350 isolats issus d’eaux et de sédiments de la côte sud-est des Etats-Unis, ainsi que
dix isolats cliniques, et ont mis en évidence des résistances multiples dans 17,3% des isolats
dont certaines concernant des antibiotiques utilisés pour le traitement des septicémies à V.
vulnificus.
Ces études associées suggèrent que l’environnement constitue un important réservoir de
bactéries résistantes qui pourraient à l’avenir être retrouvées en clinique humaine ou vétérinaire.
26
VI. Traitements
a. Vibrio cholerae
Le traitement de la diarrhée cholérique implique une réhydratation d’urgence par voie
intraveineuse avec l’administration massive d’eau et d’électrolytes, ce qui permet au système
immunitaire de prendre en charge les Vibrio. Cependant, ce traitement prophylactique peut être
accompagné d’un traitement antibiotique composé d’une tétracycline ou de cotrimoxazole par
voie orale. Ce traitement réduit la durée des symptômes et la quantité ainsi que la durée
d’excrétion fécale de V. cholerae ([Link]
b. Vibrio parahaemolyticus
De même que pour les infections à V. cholerae, il n’est pas obligatoire de mettre en place
un traitement antibiotique pour soigner une infection à V. parahaemolyticus puisqu’une
réhydratation suffit jusqu’à la guérison spontanée de l’infection. Dans les cas les plus sévères
ou en cas de septicémie, il est en revanche possible d’administrer des antibiotiques tels que de
la tétracycline ou de la ciprofloxacine. Dans le cas de la diarrhée du voyageur, de nouvelles
c. Vibrio vulnificus
Lorsqu’une infection par V. vulnificus est suspectée, le traitement doit être mis en place
durant les 72h suivant l’exposition, sous peine de voir le taux de létalité de la septicémie
atteindre 100% (93). Il comporte une antibiothérapie par doxycycline et une céphalosporine de
troisième génération ou par une association de cotrimoxazole associé à un aminoside en cas de
contre-indication (chez les enfants notamment) (94). Le cas échéant, le traitement peut
également comprendre un débridage de la zone nécrosée voire une amputation du membre
atteint pour les formes les plus sévères.
27
Matériel et méthodes
alimentaires provenant de diverses origines géographiques. Sur les 248 souches analysées, 180
ont été isolées de crevettes, 17 de gambas, 7 de poissons, une de calamar et 43 de matrices
a) b)
Figure 3 : Origine des souches de V. parahaemolyticus étudiées. a) Matrice alimentaire ; b) Origine géographique du produit.
alimentaires non définies (Figure 3). Les origines des produits de la pêche étaient pour 38 du
Vietnam, 26 d’Equateur, 14 de Madagascar, 12 d’Inde, 37 d’autres origines et 121 d’origine
géographique inconnue.
Les souches ont été isolées et identifiées selon la norme ISO/TS 21872 relative à la
recherche de Vibrio spp. potentiellement entéropathogènes dans les coquillages et produits de
la pêche. Elles ont ensuite été stockées à -80°C dans un milieu Bouillon Cœur-Cervelle (BCC)
ou Marine Broth (MB, Difco) supplémenté de 20% de glycérol (VWR, Radnor, USA).
29
Des tests biochimiques ont été réalisés sur des souches à identifier. Des galeries API 20E
(Biomérieux, Marcy l’Etoile, France) ont été ensemencées avec les souches d’intérêt en
suspension dans de l’eau physiologique contenant 0,85% de NaCl puis incubées à 37°C pendant
18 à 24h. La lecture a ensuite été faite à l’aide d’un lecteur Biomic (Giles Scientific, Santa
l’appareil.
a. Extraction d’ADN
Les ADN des souches d’intérêt ont été extraits grâce à un kit d’extraction DNeasy Blood
& Tissue Kit (Qiagen, Les Ulis, France). Les souches à analyser ont été repiquées sur des
géloses nutritives salées (GNS, Oxoid) contenant 2% de NaCl puis incubées à 37°C pendant
24h. Quelques colonies ont ensuite été prélevées et suspendues dans 180 µL de tampon de lyse
ATL (Animal Tissue Lysis) contenant du dodécylsulfate de sodium (SDS), dont le rôle est
d’éliminer les nucléases susceptibles de dégrader l’ADN. A cette suspension sont ajoutés 20 µL
de protéinase K permettant de lyser les protéines présentes dans la suspension. La lyse des
cellules se fait ensuite en portant le mélange à 56°C pendant 3h. Après la lyse, 4 µL de RNAse
sont ajoutés au mélange pour éliminer l’ARN bactérien. Puis 200 µL de tampon AL qui contient
des sels de guanidine pour faciliter la liaison de l’ADN à la colonne sont ajoutés à la suspension.
Le tampon AL ayant tendance à précipiter avec le SDS, 200 µL d’éthanol sont ajoutés au
mélange pour remettre le précipité en solution. Le tout est ensuite déposé sur une colonne de
silice puis centrifugé pendant une minute à 8000 rotation par minutes. Les débris cellulaires
sont élués et le pH acide des tampons permet à l’ADN de rester fixé sur la colonne. On opère
ensuite à deux lavages à l’aide de tampons AW1 et AW2 servant à éluer de la colonne les sels
et les protéines dénaturées. Le tampon AW1 contient de l’hydrochloride de guanidine, servant
à dénaturer les protéines. Le tampon AW2 contient 70% d’éthanol et sert à éluer les sels pour
purifier l’ADN fixé sur la colonne. Un dernier tampon AE est passé sur la colonne. Il contient
30
96 puits avec le mélange réactionnel. Le volume final était de 50 µL par puits, soit 0,25 µL de
chaque amorce à 50 µM (Eurobio, Les Ulis, France), 0,25 µL de Taq polymérase (Hot Start Taq
DNA Polymerase, Qiagen) à 5 U/µL, 1 µL de désoxyribonucléotide-triphosphates (dNTP) à
10mM (Eurobio), 5 µL de tampon de PCR 10X (Qiagen), 2,5 µL d’extraits d’ADN et 43,25 µL
d’eau purifiée sans nucléase. Deux puits avec des témoins négatifs (mélange réactionnel et eau,
sans ADN) sont également préparés. L’amplification de l’ADN a été réalisée grâce à un
thermocycleur iCycler (Biorad, France). La réaction de PCR commence par une première phase
de 15 minutes à 95°C correspondant à une pré-dénaturation suivi d’une étape de dénaturation
de l’ADN double-brin (94°C, 45 secondes), d’hybridation des amorces (48°C, 45 secondes)
puis d’élongation des amplicons (72°C, 1 minute). Le cycle est répété 35 fois et se termine par
une dernière élongation à 72°C pendant 10 minutes. Les amplicons ont ensuite été stockés à
France). La séquence du gène obtenue a été confrontée à la banque de données du site BLAST
IV. Antibiogrammes
suspension obtenue a été étalée avec un écouvillon sur une gélose Mueller-Hinton. Les disques
contenant les antibiotiques ont ensuite été déposés sur la gélose ensemencée qui est incubée
pendant 16-18h à 35°C. La lecture a été faite grâce à un lecteur automatique de plaque Biomic
(Giles Scientific) et les diamètres d’inhibition ont été ajustés manuellement. Chaque lecture
était accompagnée d’un contrôle positif Escherichia coli ATCC 25922 qui a permis de valider
la qualité du lot de MH utilisé, ainsi que la diffusion des antibiotiques dans la gélose Mueller-
Hinton.
Les diamètres d’inhibition ont été entrés dans un tableur Excel de façon à compiler les
données souche par souche pour chaque antibiotique. Ces données ont été analysées et des
histogrammes ont été construits de façon à mettre en évidence les phénotypes majoritaires et
les phénotypes atypiques de résistance ou de sensibilité à un antibiotique donné. Cette
interprétation des données vise à déterminer des critères d’interprétation afin de différencier les
souches ayant des profils atypiques de la population normale. Elle s’est faite dans un premier
temps par examen visuel des histogrammes comme recommandé par Hombach et al. (96)
auquel s’est ajouté un traitement par le logiciel StatGraphics (Statpoint Technologies, Inc.,
Warrenpoint, USA) visant à appliquer une loi normale sur les données selon la technique NRI
(97,98).
34
Résultats
comme V. parahaemolyticus par galerie API 20E. Une était un V. vulnificus et les deux autres
étaient des V. mimicus. Une colonie verte sur milieu TCBS a été identifiée comme V. cholerae.
Concernant les autres colonies non caractéristiques sur les milieux chromogènes identifiées par
ensemencement d’une galerie API 20E, 5 étaient des V. cholerae, une était un V. alginolyticus
et une était un Aeromonas hydrophila.
Après extraction de l’ADN de 33 souches, des PCR sur le gène 16S ont été réalisées
pour affiner et/ou confirmer l’identification bactérienne. Vingt-sept souches ont été identifiées
Proteus sp. et une comme V. cholerae. La PCR sur le gène 16S rRNA a permis une identification
au niveau du genre bactérien et plus rarement au niveau de l’espèce bactérienne. Une des deux
souches identifiées comme V. parahaemolyticus était mauve et l’autre était bleue sur le milieu
CHROMagar Vibrio. Les deux souches ayant été identifiées comme Proteus sp. avaient un
aspect caractéristique de V. parahaemolyticus sur milieu chromogène CHROMagar (colonies
mauves)
L’identification des souches bactériennes a été complétée en réalisant une PCR sur la
séquence R72H pour confirmer l’espèce V. parahaemolyticus. Au total, vingt-trois souches ont
35
été identifiées comme V. parahaemolyticus, dont 21 donnaient des colonies caractéristiques sur
les milieux chromogènes TCBS ou CHROMagar Vibrio. Les deux autres souches identifiées
comme des V. parahaemolyticus donnaient des colonies blanches ou bleutées non
caractéristiques sur milieu CHROMagar. Plusieurs faux-positifs ont été observés puisqu’en
plus des 21 souches de V. parahaemolyticus, 5 autres souches ont fait des colonies
caractéristiques sur les milieux chromogènes. Une était un V. cholerae (vert sur milieu TCBS),
une était un V. vulnificus, deux étaient des V. mimicus et une était un Proteus spp. dont l'espèce
n'a pas pu être déterminée avec précision (mauve sur milieu CHROMagar Vibrio).
Les 23 souches, dont l’identification en tant que V. parahaemolyticus a été confirmée,
ont été ajoutées à un panel de 225 souches isolées précédemment lors de prestations analytiques
ou collectées au laboratoire dans sa fonction de LNR Vibrio. La résistance aux antibiotiques de
Tableau 3 : Isolement sur milieu gélosé et identification des souches bactériennes par galerie API 20E et/ou par PCR 16S et/ou
par PCR R72H ; ND : Non Déterminé ; + : Identification de V. parahaemolyticus
Numéro de la Milieu d’isolement et couleur Identification par galerie API Identification par PCR 16S Identification par
souche de la colonie 20E (score) (homologie) PCR R72H
12-4054 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (97%) +
13-615 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (98%) +
13-1876 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (97%) +
13-1968 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (96%) +
13-3038 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (97%) +
14-1029 M1 CHROMagar/Mauve ND V. parahaemolyticus (98%) +
1 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (98%) +
Proteus penneri / Proteus
14-1029 2 CHROMagar/Mauve ND ND
vulgaris (98%)
M4
Proteus penneri / Proteus
3 CHROMagar/Bleue ND ND
vulgaris (98%)
14-1029 M3 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (92,5%) Vibrio sp. (98%) +
15-177 J4 CHROMagar/Bleutée V. cholerae (94,6%) V. parahaemolyticus (97%) +
1 CHROMagar/Mauve ND Vibrio sp. (97%) +
15-0709 B2
2 CHROMagar/Bleue ND V. metschnikovii (98%) ND
1 CHROMagar/Bleue V. cholerae (74,5%) Vibrio sp. (98%) ND
15-1556
2 TCBS/Vert V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (97%) +
1 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (96%) +
15-1300
2 CHROMagar/Bleue ND Vibrio metschnikovii (98%) ND
15-1555 CHROMagar/Blanche ND Vibrio sp. (98%) ND
15-1771 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (98%) +
CHROMagar/Blanche V. cholerae (74,5%) Vibrio sp. (97%) ND
15-1770
TCBS/Vert V. parahaemolyticus (99,9%) ND +
1 TCBS/Jaune ND V. cholerae (99%) ND
2 CHROMagar/Blanche V. cholerae (74,5%) Vibrio sp. (98%) ND
15-1580 3 CHROMagar/Mauve V. vulnificus (93,9%) Vibrio sp. (96%) ND
Aeromonas hydrophila
4 CHROMagar/Blanche Vibrio sp. (98%) ND
(87,1%)
1 TCBS/Jaune V. cholerae (99,9%) ND ND
15-1662
2 TCBS/Vert V. parahaemolyticus (98,5%) ND +
1 TCBS/Vert V. cholerae (99,9%) ND ND
15-1932
2 TCBS/Vert V. parahaemolyticus (99,9%) ND +
15-2001 M 6h CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (98%) +
16-0007 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (98%) +
16-0107 CHROMagar/Blanche V. alginolyticus (56,9%) Vibrio sp. (97%) ND
16-0113 CHROMagar/Blanche ND Vibrio sp. (89%) +
1 CHROMagar/Mauve V. mimicus (71%) Vibrio sp. (97%) ND
16-0155
2 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (92,5%) Vibrio sp. (98%) +
1 CHROMagar/Mauve V. mimicus (68,8%) Vibrio sp. (97%) ND
16-0159
2 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (99%) +
16-0160 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) ND +
16-0192 CHROMagar/Mauve V. parahaemolyticus (99,9%) Vibrio sp. (99%) +
37
a) b)
Figure 5 : Exemples d’antibiogrammes obtenus sur milieu Mueller-Hinton a) Souche 15-2013 ; b) Souche 16-0006.
Les antibiogrammes ont été réalisés sur un panel 248 souches de V. parahaemolyticus
isolées de produits de la pêche, dont les 23 souches identifiées précédemment.
Des résistances et des sensibilités différentes en fonction des antibiotiques et des
souches ont été observées (Figure 5). Les cercles rouges correspondent aux diamètres
80 a. 80 b. 80 c. 80 d.
70 70 70 70
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
60 60 60 60
50 50 50 50
40 40 40 40
30 30 30 30
20 20 20 20
10 10 10 10
0 0 0 0
11
16
21
26
31
36
11
16
21
26
31
36
10
14
18
22
26
30
34
38
11
16
21
26
31
36
6
6
Diamètres d’inhibition Diamètres d’inhibition Diamètres d’inhibition Diamètres d’inhibition
80 e. 80 f. 80 g.
80 h.
70
70 70 70
Nombre de souches
60
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
60 60 60
50 50 50 50
40 40 40 40
30 30 30 30
20 20 20 20
10 10 10 10
0 0 0 0
11
16
21
26
31
36
6
11
16
21
26
31
36
10
14
18
22
26
30
34
38
11
16
21
26
31
36
6
80 i. 80 j. 80 k. 80 l.
70 70 70 70
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
60 60 60 60
50 50 50 50
40 40 40 40
30 30 30 30
20 20 20 20
10 10 10 10
0 0 0 0
26
11
16
21
26
31
36
11
16
21
26
31
36
10
14
18
22
26
30
34
38
6
10
14
18
22
30
34
38
6
80 m. 80 n. 80 o. 80 p.
70 70 70 70
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
Nombre de souches
60 60 60 60
50 50 50 50
40 40 40 40
30 30 30 30
20 20 20 20
10 10 10 10
0 0 0 0
11
16
21
26
31
36
6
11
16
21
26
31
36
6
11
16
21
26
31
36
11
16
21
26
31
36
6
Figure 6 : Distribution des diamètres d'inhibition (en mm) par antibiotique mesurées pour 248 souches de Vibrio parahaemolyticus.
a : Ampicilline ; b : Amoxicilline-acide clavulanique ; c : Témocilline ; d : Ceftazidime ; e : Céfalotine ; f : Céfoxitine ;
g : Céfotaxime ; h : Tétracycline ; i : Azithromycine ; j : Chloramphénicol ; k : Streptomycine ; l : Gentamicine ; m : Colistine ;
n : Cotrimoxazole ; o : Ciprofloxacine ; p : Acide nalidixique
39
correspond globalement à la limite haute des diamètres observés. Pour 6 antibiotiques (la
témocilline, la céfalotine, l’azithromycine, la streptomycine, la colistine et l’acide nalidixique)
le CLSI ne donne pas de critères d’interprétation. Il donne également des critères
d’interprétation pour l’ampicilline alors que l’étude de nos histogrammes ne permet pas de
déterminer visuellement un diamètre moyen qui pourrait correspondre à une CMI critique.
En observant les populations atypiques, on observe que certaines souches sont, selon les
critères déterminés pour des souches cliniques, résistantes à la tétracycline et au cotrimoxazole.
D’autres résistances phénotypiques existent (céfalotine, azithromycine, céfoxitine, céfotaxime,
streptomycine, acide nalidixique) mais en l’absence de critères correspondant il n’a pas été
possible de déterminer si ces faibles diamètres mesurés sont cliniquement pertinents ou non.
40
Tableau 4 : Critères d'interprétation permettant de déterminer les populations normales et les critères d’interprétation du CLSI
(2015) pour les souches de Vibrio;
Les populations normales regroupaient 100% des souches dans la zone des diamètres
critiques indiqués par le CLSI pour la témocilline, le chloramphénicol, la ciprofloxacine, la
colistine et la gentamicine, 99,6% des souches (247/248 souches) pour la ceftazidime,
l’amoxicilline-acide clavulanique et le céfotaxime, 99,2% des souches pour l’azithromycine
(246/248), 98,4% des souches pour l’acide nalidixique et la céfoxitine (244/248), 98% des
souches pour la streptomycine (243/248), 97,2% des souches pour la céfalotine (241/248),
95,6% des souches pour le cotrimoxazole (237/248) et 88,7% des souches pour la tétracycline
(220/248). Par ailleurs, dans le cas de l’ampicilline, la distribution des diamètres d’inhibition
empêchait de dégager un phénotype normal et donc de déceler de véritables modifications de
sensibilité.
Les antibiotiques pour lesquels des souches ont montré des caractères atypiques sont la
ceftazidime (1 souche sur 248 ; 0,4%), l’amoxicilline-acide clavulanique (1/248 ; 0,4%), le
céfotaxime (1/248 ; 0,4%), l’azithromycine (2/248 ; 0,8%), l’acide nalidixique (4/248 ; 1,6%
dont deux plus sensibles, diamètre d’inhibition supérieur à 33 mm ), la céfoxitine (4/248 ; 1,6%
dont trois plus sensibles, diamètre d’inhibition supérieur à 26 mm), la streptomycine (5/248,
2%), la céfalotine (7/248 ; 2,8%), le cotrimoxazole (11/248 ; 4,4%) et la tétracycline (28/248 ;
41
11,3%). On note un très grand nombre de souches résistantes à la tétracycline (28 souches)
ainsi qu’au cotrimoxazole (11 souches). La résistance à ces deux antibiotiques est très souvent
associée puisque 10 des 11 souches résistantes au cotrimoxazole sont aussi résistantes à la
tétracycline.
Parmi les souches avec un profil atypique, seules cinq sur 39 ont une sensibilité plus
importante à un antibiotique, trois concernent la céfoxitine et deux l’acide nalidixique. Parmi
les 39 souches qui ont un profil atypique, on note plusieurs multi-résistances (Figure 7). La
souche 16-0263 présentait quatre résistances atypiques aux antibiotiques testés : l’acide
nalidixique, la tétracycline, le cotrimoxazole et la streptomycine. La souche 16-0006 montrée
précédemment (Figure 5) avait 8 résistances atypiques à la tétracycline, au cotrimoxazole, à la
streptomycine et à toutes les bêta-lactamines, à l’exception de la témocilline.
30
Nombre de souches
25
bactériennes
20
15
10
5
0
1 2 3 4 5 6 7 8
Nombre de caractères atypiques
Concernant l’origine des souches étudiées, 180 souches sur 248 ont été isolées de
crevettes. Sur ces 180 souches, 32 (17,8%) ont un profil atypique. Ce ratio est supérieur à celui
que les souches ayant des résistances à 4 ou 8 antibiotiques proviennent de crevettes (Figure 8).
42
a. 30
25
Nombre de souches
20 Vietnam
Nicaragua
15
Madagascar
10 Indonésie
inconnue
5 Equateur
0
1 2 3 4 5 6 7 8
Nombre de caractères atypiques
b. 30
25
Nombre de souches
Inconnue
20
15 Rouget
10
Gambas
5
Crevette
0
1 2 3 4 5 6 7 8
Nombre de caractères atypiques
Figure 8 : Répartition des origines (a.) géographiques et (b.) alimentaires des souches de
Vibrio parahaemolyticus ayant un profil atypique.
43
Discussion
CHROMagar Vibrio).
Ces données rejoignent les travaux de Di Pinto et al. (99) évaluant la pertinence de
l'utilisation de ces milieux pour isoler V. parahaemolyticus. En ensemençant les deux types de
milieux (CHROMagar Vibrio et TCBS) avec 47 échantillons contaminés, il a été observé 2 faux
positifs et 43 faux négatifs sur milieu TCBS, et 6 faux négatifs sur milieux CHROMagar Vibrio.
Les deux types de milieux chromogènes semblaient donc présenter des imprécisions, avec une
fiabilité plus importante du milieu CHROMagar Vibrio. Fabbro et al. (100) ont observé des
résultats similaires puisque seules 58% des colonies caractéristiques retenues sur milieu TCBS
avaient été confirmées comme V. parahaemolyticus par des méthodes biochimiques. De même,
Ghenem et al. (101) concluaient de leur étude que le milieu TCBS n’était pas assez sélectif pour
identifier avec certitude des V. parahaemolyticus et que d’une façon plus générale,
l’identification de V. parahaemolyticus ne pouvait être confirmée par des méthodes de
microbiologie.
La norme ISO/TS 21872, qui demande l'utilisation des deux milieux TCBS et
CHROMagar Vibrio pour l’isolement de Vibrio pathogènes dans les produits alimentaires est
actuellement en révision et pose la question de la pertinence de l'utilisation conjointe de ces
deux milieux.
parahaemolyticus par galerie API 20E ont été confirmées par PCR R72H. Un faux-négatif en
plus a été noté, une souche identifiée V. cholerae (94,5%) par galerie API 20E et positive comme
V. parahaemolyticus à la PCR R72H. Il a déjà été observé que la sensibilité des galeries API
20E pouvait poser problème dans une étude au cours de laquelle 7 faux-négatifs ont été observés
sur 21 souches testés, avec une sensibilité de 67% (100). Il semblerait que cette faible sensibilité
soit due aux conditions d’incubation des galeries qui pourraient ne pas correspondre aux
conditions de culture idéales de V. parahaemolyticus, ce qui pourrait inhiber l’expression de
certaines voies métaboliques (61). Ce problème semble pouvoir être contourné par l’inoculation
des galeries avec des suspensions bactériennes enrichies en sels (3% de NaCl), ce qui
correspondrait mieux aux conditions de cultures idéales de V. parahaemolyticus (100).
Les souches isolées sur milieux chromogènes ont ensuite été analysés par biologie
moléculaire. La PCR sur le gène 16S rRNA a permis d’identifier 26 souches sur 33 au niveau
du genre bactérien. Les 5 autres souches ont été identifiées au niveau de l’espèce (leur séquence
a > 97% d’homologie avec la séquence de la souche de référence) : V. parahaemolyticus (2
souches), V. cholerae (1 souche), V. metschnikovii (2 souches). Il semble donc difficile
d'identifier les espèces de Vibrio à partir d'une flore totale grâce à la PCR sur le gène 16S. Il a
même été observé que cette identification pouvait être fausse au niveau du genre puisque que
cette méthode pouvait confondre les genres Aeoromonas et Vibrio (102). En plus de la PCR sur
le gène 16S, réaliser d’autres tests tels que l’ensemencement de galeries API 20E, une PCR
ciblant des gènes de ménage ou une PCR ciblant la séquence R72H permettraient d’améliorer
l’identification de V. parahaemolyticus.
Devant les imprécisions des méthodes de microbiologie et de biochimie, le meilleur
moyen d’identifier V. parahaemolyticus semble donc être l’utilisation de méthodes de biologie
moléculaire. La PCR R72H par exemple cible une séquence spécifique chez V.
parahaemolyticus. Elle permet de confirmer l'identification de souches après orientation du
diagnostic microbiologique mais ne permet pas d’identifier une souche inconnue, seulement de
savoir si une souche d’intérêt est ou pas un V. parahaemolyticus (62,63). Le gène toxR peut
également être amplifié puis séquencé pour identifier l’espèce, puisqu’il est présent chez toutes
les espèces de Vibrio et permet de les discriminer grâce à sa faible homologie d’une espèce à
l’autre (61).
45
Le choix des antibiotiques composant l’antibiogramme a été décidé avant l’étude. Ils
comprennent des antibiotiques critiques en santé humaine et certains antibiotiques
recommandés par le CLSI pour l’étude de l’antibiorésistance chez V. parahaemolyticus. Les
molécules utilisées pour le traitement des « Vibrioses » à V. parahaemolyticus sont les
fluoroquinolones telles que la ciprofloxacine, ainsi que la tétracycline dans certains cas et
l’azithromycine dans le cadre des diarrhées du voyageur, comme recommandé par le CDC
(Center for Disease Control and Prevention) (92). Il paraît donc intéressant d’étudier les profils
de résistance à ces antibiotiques, et plus particulièrement pour ce qui est de l’azithromycine qui
a fait l’objet de nombreux mésusages, conduisant à une augmentation du nombre de bactéries
résistantes (103). Les autres molécules testées représentent les grandes familles
d’antibiotiques : pénicillines (ampicilline, amoxicilline-acide clavulanique, témocilline),
céphalosporines (ceftazidime, céfalotine, céfoxitine et céfotaxime), aminosides (streptomycine
et gentamicine), chloramphénicol, colistine et les sulfamides avec l’association cotrimoxazole.
En l’absence de profils de résistance intrinsèque décrits par les référentiels, il semble intéressant
de déterminer les populations avec des profils normaux et celles avec des profils atypiques
parmi des souches alimentaires.
En l’absence de critères interprétatifs de référence il est difficile d’établir des limites
strictes et fiables pour déterminer les populations résistantes et sensibles à un antibiotique. C’est
pourquoi dans cette étude ces populations ont été déterminées par analyses statistiques en
confrontant les différents diamètres d’inhibition. L’objectif est de pouvoir compléter des
d’inhibition s’étalent de 6 à 26 mm sans que l’on puisse déterminer des critères d’interprétation.
Les variations de résistance à cet antibiotique chez V. parahaemolyticus a déjà été observée
notamment par Han et al. (104) lors d’une étude portée sur des souches prélevées dans des
huîtres aux Etats-Unis. Sur 252 souches analysées, 95 étaient résistantes et 41 étaient
46
intermédiaires vis-à-vis de l’ampicilline d’après les critères CLSI (105) pour les
antibiogrammes par la méthode de dilution, soit un total de 54% de souches non sensibles . Un
fort taux de résistance à l’ampicilline avait été rapporté dès 1979 par Blake et al. (106). La
résistance à l’ampicilline chez V. parahaemolyticus est conférée par les pénicillinases de type
ampC, fréquemment retrouvées dans les souches issues de l’environnement (107). Le nombre
élevé de variation des profils de résistance à l’ampicilline semble rendre compliquée la
détermination d’un phénotype normal.
La témocilline a été choisie car c’est un antibiotique de la famille des bêta-lactamines non
hydrolysée par les bêta-lactamases des entérobactéries (BLSE, AmpC…). L’inhibition de son
activité ne peut se faire que par la production d’une carbapénèmase de type métallo-bêta-
lactamase (108), en particulier la carbapénèmase de type OXA-48 qui est très résistantes à la
témocilline. Aucune souche résistante à la témocilline n’a été observée, ce qui est concordant
avec les données bibliographiques puisqu’au moment de l’analyse de ces données, aucune
carbapénèmase n’avait été décrite chez V. parahaemolyticus. Cependant Mangat et al. (70) ont
décrit chez V. cholerae une carbapénèmase appelée VCC-1 codée par le gène blaVCC-1. Par
ailleurs, une carbapénèmase blaNDM-1 a été retrouvée chez V. cholerae, conférant des résistances
aux céphalosporines de troisième génération (68). Ces études posent la question de la
dissémination de ce gène dans l’environnement bien qu’il soit pour l’instant restreint au
chromosome de V. cholerae. Il est cependant possible que de gènes de résistances aux
carbapénèmes puissent être acquis par V. parahaemolyticus étant donné la proximité
phylogénétique entre les deux espèces (69).
Concernant les céphalosporines, la souche de V. parahaemolyticus 16-0006 était
résistante aux quatre molécules testées. Cinq autres souches ont été trouvées résistantes à la
céfalotine, ce qui semble cohérent dans la mesure où cette molécule est une céphalosporine de
première génération couvrant un spectre bien moins large que les molécules des générations
plus récentes. La résistance aux céphalosporines chez V. parahaemolyticus est rare mais a déjà
été décrite, notamment par Li et al. (67). Cette étude a mis en évidence l’existence d’une bêta-
lactamase de type AmpC codée par le gène blaCMY-2 et d’une bêta-lactamase à spectre étendu
(BLSE) codée par le gène blaPER-1 chez des souches de V. parahaemolyticus isolées de produits
alimentaires chinois. Le gène blaCMY-2 était porté par le plasmide IncA/C qui est normalement
un plasmide conjugatif des Enterobacteriaceae (109), signe que les Vibrio peuvent acquérir des
plasmides d’autres espèces, et le gène blaPER-1 est normalement porté par un plasmide de type
47
IncN (110). Ces deux enzymes confèrent des résistances aux céphalosporines de troisième,
voire quatrième, génération et pourraient être à l’origine de la multi-résistance décrite dans ces
travaux.
Une résistance à l’amoxicilline-acide clavulanique a été observée chez la souche 16-
0006. Ce type de résistance a déjà été décrit chez V. cholerae par Bier et al. (111). Les souches
de V. cholerae étudiées étaient résistantes aux pénicillines et aux carbapénèmes mais pas aux
céphalosporines de troisième génération. Le gène responsable n’a pas été identifié mais leur
conclusion indiquait qu’une carbapénèmase était suspectée. Il semble plus probable que la
résistance à l’amoxicilline-acide clavulanique observée pour la souche 16-0006 soit due à une
céphalosporinase, ces molécules étant résistantes aux inhibiteurs de bêta-lactamases.
antibiotique permet de bien séparer les souches résistantes et les souches sensibles. Cette
résistance a été décrite chez V. parahaemolyticus, notamment par Letchumanan et al. (112).
Dans cette étude, 17% des souches testées issues de crevettes étaient résistantes à la tétracycline
d’après le référentiel du CLSI (113). Le ou les gènes responsables de la résistance à la
tétracycline n’avaient pas été recherchés. Une autre étude portant sur des souches isolées dans
des fermes aquacoles au Japon a décrit des résistances à la tétracycline dues aux gènes tetB,
tetC, tetD, tetG, et tetY (114).
dans un hôpital indien chez des patients dont on suspectait qu’ils étaient atteints de choléra.
Chez V. cholerae, il a été observé que des gènes de résistances aux macrolides tels que
mphR, mrx, mph(K), mel et mph2 étaient portés par le plasmide IncA/C (116). Néanmoins, la
sur-prescription d’azithromycine dans les cas de diarrhées transitoires pourrait conduire à
l’émergence de résistances qui n’ont potentiellement pas encore été décrites.
48
Parmi les souches étudiées, cinq étaient résistantes à la streptomycine dont la souche
16-0006, 11 étaient résistantes au cotrimoxazole et deux étaient résistantes à l’acide nalidixique.
La résistance à la streptomycine chez V. parahaemolyticus est un phénomène déjà retrouvé par
Shaw et al. (117) dans des souches issues de prélèvements d’eau aux Etats-Unis et surtout en
Inde par Sudha et al. (118) dans une étude au cours de laquelle 89% des souches de V.
résistances au cotrimoxazole, portées par le gène sul2. La résistance à l’acide nalidixique chez
V. parahaemolyticus est due à un homologue des gènes de résistance aux quinolones qnr, la
séquence VPA0095. Cette séquence est probablement dérivée du gène qnrA présent chez les
Entérobactéries (119).
Sudha et al. (118) ont observé 95% de résistance à la colistine et 100% de résistance à
l’ampicilline chez V. parahaemolyticus, en s’appuyant sur des critères interprétatifs fournis par
le fabricant des disques contenant les antibiotiques. Ces critères définissent la limite entre la
résistance et la sensibilité à la colistine à 10 mm pour les Enterobacteriaceae et pour
Pseudomonas aeruginosa. De même pour l’ampicilline, l’interprétation indiquée est différente
en fonction de l’espèce étudiée mais aucun critère ne concerne V. parahaemolyticus, ce qui pose
la question de la référence prise en compte pour interpréter les résultats (HiMedia Laboratories,
2012). Ces problèmes d’interprétation sont retrouvés dans la plupart des études portant sur
L’acquisition par les bactéries de gènes de résistance aux antibiotiques peut se faire via
le transfert d’éléments génétiques mobiles (EGM) portant plusieurs gènes associés Les
bactéries peuvent ainsi acquérir des résistances à plusieurs antibiotiques grâce à un seul EGM.
Ainsi, un plasmide portant un intégron de classe 1 a été décrit chez V. parahaemolyticus (120).
Cet intégron contenait les gènes blaVEB-2, aadB, arr2, cmlA, blaOXA-10, aadA1 et sul1. L’analyse
49
de la séquence de cet intégron et de son environnement génétique a révélé qu’il possédait une
forte similitude avec des intégrons trouvés chez Acinetobacter baumanii¸ Pseudomonas
aeruginosa et Escherichia coli. Ce résultat semble montrer que cet intégron peut être transféré
horizontalement d’une espèce à l’autre. Sur le plasmide a également été identifiée une région
de « multidrug-resistance » contenant les gènes floR, tetA, tetR, strA et strB ainsi que la cassette
qnrVC4.
Le plasmide portant l’intégron présentait une très forte homologie avec un plasmide de multi-
résistance décrit chez V. cholerae. Il semblerait donc possible qu’il ait été transféré chez V.
parahaemolyticus à partir d’une souche de V. cholerae.
De la même façon, d’autres EGM portant des gènes de résistance ont été décrits chez V.
parahaemolyticus, tels que présentés par Liu et al. en 2013 (121) avec un plasmide portant des
bêta-lactamases à spectre étendu ainsi que d’autres gènes de résistance aux antibiotiques (dfrA1,
qnrVC, aacA3, aadA1, blaPER-1) et notamment des séquences d’insertions et des intégrases à
proximité de cette région de « multidrug resistance ».
Des éléments similaires ont été décrits chez V. cholerae, avec notamment la description
d’un élément mobile contenant les gènes sul2, strA, strB, dfrA18 et floR ainsi que d’un intégron
de classe 1 contenant les gènes sul1 et qncEΔ1 (122). Etant donné la possibilité qu’ont V.
cholerae et V. parahaemolyticus à échanger des informations génétiques, la présence chez l’une
des espèces d’éléments mobiles a un intérêt pour l’étude de la résistance aux antibiotiques chez
d’autres espèces de Vibrio.
50
Conclusion et perspectives
nombreuses autres espèces. De plus, lorsqu’elle infecte un hôte elle transite dans son tube
et al. (124) lors d’une étude portant sur la résistance aux macrolides chez Treponema pallidum.
Les gènes de résistance à la streptomycine strA et strB, aux sulfamides sul2 et aux quinolones
VPA0095 décrits chez V. parahaemolyticus seront aussi intéressants à rechercher pour trouver
l’origine des résistances aux antibiotiques et évaluer leur potentielle dissémination.
possédait les gènes de résistance blaNDM-1, sul1, sul2, dfrA16, strA, strB, aadA2, floR et tetA. Le
gène blaNDM-1 code pour une carbapénémase conférant une résistance étendue aux bêta-
lactamines. Elle a déjà été observée dans des souches d’origine alimentaire telles que
Salmonella enterica et Enterobacter spp. (125,126) mais c’est la première description d’un
Vibrio d’origine alimentaire porteur de ce gène (69). La localisation du gène sur le génome est
pour l’instant inconnue, mais il a pu être transmis à E. coli via des tests de conjugaison. Il est à
noter que, bien que possédant un gène codant pour une carbapénèmase, la souche 16-0006 était
phénotypiquement sensible à l’imipénème. Cette observation renforce l’idée que des bactéries
peuvent posséder des gènes de résistances non-exprimés et les transmettre à d’autres bactéries
qui pourront exprimer une résistance aux carbapénèmes.
Par sa capacité à survivre dans l’environnement, les Vibrio, et en particulier V.
parahaemolyticus, pourraient donc servir de réservoirs de gènes de résistance, y compris les
gènes codant les carbapénèmases. Les gènes situés sur des intégrons pourraient également
favoriser le maintien et la dissémination de la multirésistance.
52
Valorisation
L’ensemble des analyses réalisées sur cette souche a fait l’objet d’un poster présenté
lors du congrès Antimicrobial Resistance in Animals and the Environment (ARAE, Berlin, 26-
28 Juin 2018) (Figure 9) et d’une publication dans la revue Journal of Antimicobial
Chemotherapy (Impact Factor 2017=5.217) (69).
53
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U.F.R. DE PHARMACIE DE RENNES
N°
HELSENS, Nicolas - Etude de la résistance aux antibiotiques de souches de Vibrio
parahaemolyticus isolées de produits de la pêche