Défaut de compacité en injection Sobolev
Défaut de compacité en injection Sobolev
Juin 2010
1 Présentation
1.1 Espaces de Sobolev
Soit d un entier positif, la dimension de l’espace ambiant. Les espaces de Sobolev W m,p (Rd )
sont l’ensemble des fonctions Lp (Rd ) dont les dérivées d’ordre au plus m au sens des distributions
se représentent encore par une fonction Lp (Rd ). Par exemple, W 1,p est l’ensemble des fonctions
f ∈ Lp (Rd ) telles qu’il existe g1 , . . . , gd des fonctions Lp (Rd ) vérifiant pour tout indice i :
Z Z
f ∂i φ = − gi φ, pour tout φ dans Cc1 (Rd ).
Rd Rd
On munit W m,p de la norme égale à la somme des normes Lp de ses dérivées successives, qui en
fait un espace de Banach :
X
||f ||W m,p = ||f ||Lp + ||∂ α f ||Lp
α,1≤|α|≤m
Les espaces H m = W m,2 sont des espaces de Sobolev particuliers, car leur norme découle du
produit scalaire : Z X Z
hf, gi = fg + ∂αf × ∂αg
Rd α,1≤|α|≤m R
d
Dans la suite, on étudiera des espaces de Sobolev plus généraux, où l’ordre de dérivation m n’est
pas nécessairement un entier. Pour étendre la définition, remarquons que si f est une fonction
suffisamment régulière pour que l’on puisse considérer sa transformée de Fourier (par exemple si
f est dans l’espace de Schwartz S(Rd ) des fonctions C ∞ telles que toutes les dérivées successives
décroissent plus vite en norme que n’importe quel polynôme quand |x| tend vers +∞1 ), la norme
sur H 1 se réécrit à l’aide de la transformée de Fourier de f :
d Z d Z
Z Z Z Z !
X X
||f ||2 1 =
H |f |2 + |∇f |2 = |f |2 + |∂i f |2 = (2π)−d |fˆ|2 + |ξi |2 |fˆ|2
Rd Rd Rd i=1 Rd Rd i=1 Rd
Z 1/2
1
||f ||H 1 = (1 + |ξ| )|fˆ|2 dξ
2
(2π)d Rd
Par analogie, pour s positif on définit l’espace de Sobolev fractionnaire H s comme l’ensemble
des fonctions L2 dont la transformée de Fourier û (au sens des distributions), se représente par une
fonction L2 telle que (1 + |ξ|2 )s/2 û est encore dans L2 . C’est le complété de l’espace de Schwartz
1/2
1
S(Rd ) pour la norme : (2π) 2 )s |û(ξ)|2 dξ
R
d Rd (1 + |ξ| .
1
formellement c’est l’ensemble S(Rd ) = {u ∈ C ∞ (Rd ), ∀α ∈ Nd , ∀k ∈ N, supx |(1 + |x|k ) × ∂ α f (x)| < +∞}
1
Enfin, pour s ∈]0, d2 [, on définit l’espace de Sobolev homogène Ḣ s comme le complété de S0 (Rd )
(les éléments u ∈ S(Rd ) vérifiant û(ξ) = 0 sur un voisinage de 0) pour la norme
Z 1/2
1 2s 2
||u||Ḣ s = |ξ| |û(ξ)| dξ
(2π)d Rd
1 2s
R
C’est un espace de Hilbert pour le produit : hu, vi = (2π) d Rd |ξ| û(ξ)v̂(ξ)dξ.
Dans H 1 , on observe que −∆u(ξ)
[ = |ξ|2 û(ξ), et on définit par analogie sur Ḣ s (en fait sur S0 (Rd )
s
puis on prolonge par densité) un opérateur Λs = (−∆) 2 par :
Λ
d s u(ξ) = |ξ|s û(ξ)
ce qui revient - comme le Laplacien correspond à une dérivée seconde - à “dériver” s fois. Ainsi,
||u||Ḣ s = ||Λs u||L2 , et les fonctions de Ḣ s sont les fonctions qui dont la transformée de Fourier s’écrit
û = |ξ|v̂ s , où v ∈ L2 , et v = Λs u. Faisons maintenant quelques commentaires sur ces définitions :
si u est dans Ḣ s , décomposons u = u1 + u2 , où uˆ1 = û1B(0,1) . Alors u2 est dans H s , et u1 , ayant
une transformée de Fourier à support compact, est C ∞ . Cela montre que, pour ce qui est de la
régularité locale, il n’y a pas moins d’information dans les espaces homogènes que dans les espaces
non homogènes.
On rappelle qu’un opérateur linéaire T entre deux espaces vectoriels topologiques (par exemple
normés) E et F est dit compact si l’image par T de toute partie bornée de E est d’adhérence
compacte dans F . Cela entraı̂ne en particulier que T envoie une suite faiblement convergente sur
une suite fortement convergente. Si E s’injecte continûment dans F , le caractère compact de cette
injection entraı̂ne que toute suite faiblement convergente est fortement convergente dans l’espace
d’arrivée.
Lorsque s > s(p) = d( 21 − p1 ), on a bien sûr une injection continue de H s dans H s(p) , lui-
même inclus dans Ḣ s(p) , donc dans Lp par injection de Sobolev, et si l’on remplace Lp par Lploc ,
cette injection devient compacte. Pour justifier cela, on peut voir que j : H s ,→ Lploc est limite des
opérateurs compacts jn : u 7→ χn u où χd n u = 1|ξ|≤n û.
Observons maintenant, dans le cas s = s(p) que la norme de Lp et celle de Ḣ s sont toutes deux
invariantes par deux transformations simples :
– Les translations : τy ◦ u(x) = u(x − y). C’est clairement le cas pour la norme Lp , et il suffit
de remarquer qu’une translation de u se traduit par une multiplication par un complexe de
module 1 de û, ce qui laisse invariante la norme de Ḣ s .
– Les dilatations : δh ◦ u(x) = u( hx ) × hd/p 1
avec h > 0. Ici aussi, cette transformation laisse, par
homogénéité, la norme L invariante. Le fait d’avoir choisi l’espace Ḣ s , dont la norme vérifie
p
également un critère d’homogénéité (ce qui n’est pas le cas pour la norme de H s ), permet
d’écrire (pour u régulière, le résultat général s’en déduisant par densité) :
Z Z Z 2
x 1
2s
|ξ| |δd 2
h u(ξ)| dξ =
2s
|ξ| e−iξx u( ) d/p dx dξ
Rd Rd Rd h h
2
2 2 2
hd h2d h−d
Z Z Z Z
−ihξx0 0 0 0 2s 0 0
= 2s
|ξ| e u(x )dx dξ = |ξ | e−iξ x u(x0 )dx0 dξ 0
Rd hd/p Rd Rd h2d/p h2s Rd
Z
= |ξ 0 |2s |b
u(ξ 0 )|2 dξ 0 par l’identité d − 2s − 2d/p = 0
Rd
Ces invariances de la norme induisent un défaut de compacité de l’injection Ḣ s ,→ Lp . En effet,si
u et v sont deux fonctions de Ḣ s non nulles (que l’on peut supposer, par densité, être dans S0 (Rd )),
on a :
– Si (xn )n est une suite de points de Rd , alors :
Z
1
hτxn ◦ u, vi = |ξ|2s e−ixn ξ û(ξ)v̂(ξ)dξ
(2π)d Rd
et le lemme de Riemann-Lebesgue nous garantit que cette quantité tend vers 0, quelque soit
v, quand xn tend vers +∞. Par autodualité des espaces de Hilbert, la suite τxn ◦ u tend donc
faiblement vers 0 si |xn | −→ +∞.
n+∞
– Si (hn )n est une suite de réels strictement positifs, alors :
hdn
Z
1 2s
hδhn ◦ u, vi = |ξ| û(h n ξ)v̂(ξ) dξ
(2π)d Rd d/p
hn
Si hn tend vers 0, cette quantité tend vers 0 par convergence dominée : d − dp > 0 donc
l’intégrande tend presque partout vers 0, et la domination résulte du fait que u et v sont dans
Ḣ s , et que la norme de Ḣ s est invariante par dilatation. De même, si hn tend vers +∞, le
changement de variable ξ 0 = hξn permet de se ramener au cas précédent (la dilatation porte
alors sur v, et l’échelle concernée (1/hn )n tend bien vers 0). En résumé, la suite δhn ◦ u tend
faiblement vers 0 lorsque hn tend vers 0 ou +∞.
Par conséquent, pour toute fonction non nulle u de Ḣ s , et toutes suites (xn )n ou (hn )n vérifiant
les hypothèses précédentes, les suites τxn ◦ u et δhn ◦ u tendent faiblement vers 0 dans Ḣ s , et
ont pourtant une norme constante dans Lp . Si l’injection était compacte, elle enverrait ces suites
faiblement convergentes vers des suites tendant fortement vers 0 dans Lp , et de norme constante
non nulle, ce qui est absurde. On a donc un défaut de compacité dans le cas limite s = s(p).
Réciproquement, la description du défaut de compacité consiste à montrer que ces invariances
sont, en un sens à préciser, entièrement responsables du défaut de compacité de l’injection de Sobolev.
Pour cela, on introduit trois appellations :
3
Description du défaut de compacité La compacité de l’injection Ḣ s ,→ Lp permettrait d’affir-
mer que de toute suite bornée de Ḣ s on peut extraire une suite qui converge dans Lp . Ici, on décrit
le défaut de compacité par le théorème suivant :
Théorème 2. Soit u une suite bornée de Ḣ s . Alors il existe une suite extraite u0 , une suite d’échelles
h(j) , une suite de cœurs x(j) et une suite de profils ψ (j) vérifiant :
– Les couples (h(j) , x(j) ) sont deux à deux orthogonaux.
– Pour tout entier l ≥ 1, il existe un développement à l’ordre l de la suite (u0n )n faisant intervenir
les l premiers profils ψ (j) , mis à l’échelle et recentrés selon le n-ième terme du couple échelle-
cœur (h(j) , x(j) ), ainsi qu’un reste d’ordre l qui tend vers 0 en norme Lp pour l grand, et ce
uniformément en n :
l
X
u0n (x) = δh(j) ◦ τx(j) ◦ ψ (j) (x) + rn(l) , lim sup ||rn(l) ||Lp −→ 0
n n n+∞ l+∞
j=1
On s’intéresse d’abord à la détermination des échelles, puis des cœurs et des profils.
2.1 Définitions
Définition (Suites h-oscillantes, étrangères à une échelle h). Soit f une suite bornée de L2 , et h
une échelle.
1. On dit que f est h-oscillante lorsque :
Z Z !
lim sup |fˆn (ξ)| dξ +
2
|fˆn (ξ)| dξ2
−→ 0
n+∞ {ξ, hn |ξ|≤1/R} {ξ, hn |ξ|≥R} R+∞
4
Propriétés
1. Comme l’indique la définition précédente, une suite fn qui serait à la fois h-oscillante et
étrangère à h pour une certaine échelle h tend vers 0 en norme L2 , puisque le spectre de fn
ne peut ni se trouver dans une couronne compacte de Rd − {0}, ni se concentrer au voisinage
de 0 / + ∞. Précisément : pour tout R > 0, on peut décomposer Rd en deux morceaux :
{ξ, hn |ξ| ≤ 1/R ou hn |ξ| ≥ R} et {ξ, 1/R < hn |ξ| < R}. Quand f est h-oscillante l’intégrale
de |fˆn |2 sur le premier morceau est petite uniformément en n pour R suffisamment grand, et
l’intégrale sur le second tend, à R fixé, vers 0 quand f est étrangère à h, donc la norme L2
de fˆn (qui coı̈ncide avec celle de fn à une constante multiplicative près d’après la formule de
Plancherel) tend bien vers 0.
On peut montrer en revanche (voir l’annexe) qu’il existe des suites f étrangères à toute échelle
qui ne tendent pas vers 0 en norme L2 , ce qui justifiera que l’on introduise une autre norme
pour éviter ces phénomènes.
2. Ces deux comportements possibles (qui ne sont pas exhaustifs, puisqu’une suite peut bien
sûr être ni h-oscillante, ni étrangère à h en général) induisent une relation dite de presque
orthogonalité : si h est une échelle, f une suite h-oscillante et g une suite étrangère à h, on a
d’après la formule de Parseval :
Z Z
1
fn (x)gn (x)dx = fˆn (ξ)ĝn (ξ)dξ −→ 0
Rd (2π)d Rd n+∞
En effet, la masse du second terme se concentre là où la masse du premier terme est nulle, et
inversement. Plus précisément, en découpant encore Rd en deux morceaux A = {ξ, hn |ξ| ≤
1/R ou hn |ξ| ≥ R} et B = {ξ, 1/R < hn |ξ| < R}, et en appliquant l’inégalité de Cauchy-
Schwarz :
Z Z
ˆ ˆ
fn (ξ)ĝn (ξ)dξ ≤ ||ĝn ||L2 ||fn 1A ||L2 et fˆn (ξ)ĝn (ξ)dξ ≤ ||ĝn 1B ||L2 ||fˆn ||L2
A B
Par définition, le premier terme est petit uniformément en n pour R assez grand, car f est
h-oscillante et g bornée, tandis que le second terme est petit uniformément en n pour R assez
grand car g est étrangère à h et f bornée.
3. On en déduit, sous les mêmes hypothèses, l’identité de presque orthogonalité :
4. Remarquons qu’une suite constante de L2 est toujours 1-oscillante (c’est le “normal” évoqué
plus haut), et que si une suite f est h-oscillante, c’est encore le cas de n’importe quel translaté
de f, puisqu’une translation laisse invariant |fˆ|.
Proposition 1. Soit h une échelle, f une suite bornée dans L2 . Il existe une extraction φ et une
suite bornée g de L2 , hφ -oscillante, telle la suite de terme général fφ(n) − gn soit étrangère à h.
Ainsi, f se décompose, à extraction près, comme la somme d’une suite h-oscillante et d’une suite
étrangère à h.
Preuve. La démonstration utilise le lemme de Helly, dont nous rappelons l’énoncé en annexe. Pour
n entier et R > 1, on pose : Z
Ln (R) = |fˆn (ξ)|2 dξ
1
R
≤hn |ξ|≤R
5
(Ln )n∈N est alors une suite de fonctions croissantes sur I =]1, +∞[, vérifiant sup Ln (R) < +∞. Le
n,R
lemme de Helly garantit alors l’existence d’une extraction ϕ1 , telle que Lϕ1 (n) (R) −→ L(R) pour
n+∞
tout R. Alors en particulier :
1
∀R > 1, ∃nR , ∀n > nR , |L(R) − Lϕ1 (n) (R)| ≤
R
On peut en particulier construire une deuxième extraction ϕ2 vérifiant :
1
∀n ∈ N, |L(n) − Lϕ1 (ϕ2 (n)) (n)| ≤
n
En notant l = lim L(R) et ϕ = ϕ1 ◦ ϕ2 , on obtient :
R→+∞
et on définit alors gn par ĝn (ξ) = 1 1 ≤hϕ(n) |ξ|≤n fˆϕ(n) (ξ). La suite (gn )n∈N est bornée dans L2 . Pour
n
b > a > 0, pour n assez grand, [a, b] ⊂ [ n1 , n], donc
et il vient : Z
|fˆϕ(n) (ξ) − gˆn (ξ)|2 dξ = 0
{ξ, a≤hn |ξ|≤b}
Si f est une suite bornée de L2 et h une échelle, une suite g donnée par la proposition 1 est
unique à une suite tendant vers 0 en norme L2 près : on appellera une telle suite une composante
h-oscillante de f.
Orthogonalité On dit que deux échelles h et h0 sont orthogonales (et on note h ⊥ h0 ) lorsque
| log( hh0n )| −→ +∞ (comportement que l’on trouve déjà dans la définition de deux couples échelles-
n
cœurs orthogonaux).
Le comportement d’une fonction par rapport à deux échelles orthogonales est décrit par la
proposition suivante :
6
2. Si f est h-oscillante, et si de plus ||fn ||L2 admet une limite inférieure strictement positive,
alors toute échelle h0 à laquelle f est étrangère est orthogonale à h.
Preuve. 1. Supposons que f est h-oscillante, soit h0 étrangère à h, et soient 0 < a < b < +∞
des réels. On remarque que {|ξ|, a ≤ h0n |ξ| ≤ b} = {|ξ|, hhn0 a ≤ hn |ξ| ≤ hh0n b}, or hhn0 prend des
n n n
valeurs arbitrairement petites ou arbitrairement grandes (éventuellement de façon alternée)
pour n assez grand , donc - par définition d’une suite h-oscillante - l’intégrale sur ce domaine
(à l’échelle h) de |fˆn (ξ)|2 tend vers 0, ce qui assure que f est étrangère à h.
2. Raisonnons par l’absurde et supposons que h et h0 ne soient pas orthogonales, quitte à extraire
0
on peut supposer que hhnn est bornée, donc (quitte à extraire de nouveau), tend vers une limite
h0n
λ ∈]0, +∞[. Observons alors que pour n assez grand, l’inclusion hn ∈ [λ/2, 2λ] assure que :
Z Z
|fˆn (ξ)|2 dξ ≤ |fˆn (ξ)|2 dξ
{|ξ|, a≤hn |ξ|≤b} {|ξ|, λa/2≤h0n |ξ|≤2λb}
Le terme de droite tendant, par hypothèse, vers 0, il en est de même du terme de gauche, et ce
quels que soient 0 < a < b < +∞. La suite f est alors étrangère à h, étant pourtant h-oscillante,
et tend donc vers 0 en norme L2 ce qui contredit l’hypothèse faite sur lim inf ||fn ||L2 .
Avant d’énoncer le premier résultat de décomposition d’une suite bornée de L2 , il nous faut in-
troduire, comme annoncé précédemment, une nouvelle norme dont le principal intérêt est de mesurer
le fait qu’une suite f soit étrangère à toute échelle.
d d\
Y α
Y 1 αj
\ (ξ) =
a(D)f ξj j fˆ(ξ) = ∂x f (ξ)
i j
j=1 j=1
Soit ϕ une fonction positive C ∞ à support compact dans Rd − {0}, telle que 1 = +∞ −k
P
P+∞ −∞ ϕ(2 ξ)
pour tout ξ 6= 0. En Fourier, cette égalité se traduit par l’identité I = −∞ ∆k , où P
∆k est le
multiplicateur de Fourier ϕ(2 D), en effet, par définition, les transformées de Fourier de +∞
−k ∆k f
P+∞ −∞ −k
et de f sont égales (en fait elles coı̈ncident en tout point sauf, a priori, en 0 puisque −∞ ϕ(2 ξ) =
0, mais on peut toujours travailler avec des fonctions S0 (R) dont la transformée de Fourier est nulle
près de 0).
Une telle décomposition permet de découper la transformée de Fourier selon une infinité dé-
nombrable de supports (qui sont les dilatés du support de φ par 2k pour k entier relatif), or le
comportement d’une suite f vis-à-vis d’une échelle h est précisément défini par le comportement, à
la limite, de sa transformée de Fourier considérée sur des supports compacts.
Définissons, pour toute fonction f ∈ L2 , la norme de Besov de f par :
norme qui ne dépend pas pas, à équivalence près, du choix de la fonction ϕ vérifiant l’égalité précé-
dente. Remarquons que ||f ||B ≤ ||f ||L2 . Pour une construction explicite d’une telle fonction ϕ, on
7
peut se reporter au chapitre 2 de [CHEM]. En particulier, on supposera que ϕ est minorée par une
constante C > 0 sur une couronne α ≤ |ξ| ≤ β avec αβ ≥ 2.
L’exemple donné dans l’Annexe de suite de fonctions f étrangère à toute échelle et ne tendant
pas vers 0 en norme L2 trouve sa réponse dans la proposition suivante :
Proposition 3. Soit f une suite bornée dans L2 . Alors f est étrangère à toute échelle si et seulement
si ||fn ||B tend vers 0.
Preuve. Supposons maintenant que le support de ϕ soit inclus dans la couronne {ξ, a ≤ |ξ| ≤ b}
(avec a > 0), et que ϕ soit minorée par C > 0 sur la couronne {ξ, α ≤ |ξ| ≤ β} avec a < α ≤ β < b
et 2α ≤ β. On a alors, pour tout f dans L2 , l’inégalité :
C2
Z Z
| ˆ(ξ)|2 dξ ≤ ||∆k f ||2 2 ≤ 1
f |fˆ(ξ)|2 dξ (3)
L
(2π)d {ξ,α≤2−k |ξ|≤β} (2π)d {ξ,a≤2−k |ξ|≤b}
Soit f une suite de L2 , observons que par définition lim sup||fn ||B = lim sup sup||∆k fn ||L2 , et que
n+∞ n+∞ k∈Z
cette dernière expression se ré-écrit sous la forme :
Si f est étrangère à toute échelle,Ra fortiori pour toute échelle h = 2−k avec k ∈ ZN , l’inégalité de
droite dans (3) : ||∆kn fn ||2L2 ≤ (2π)1 ˆ 2
d {ξ,a≤2−kn |ξ|≤b} |fn (ξ)| dξ entraı̂ne que lim supn+∞ ||∆kn fn ||L2 =
0. Réciproquement, si ||f ||B tend vers 0, supposons par l’absurde qu’il existe une échelle h telle que
f ne soit pas étrangère à h : il existe donc une couronne a0 < b0 pour laquelle :
Z
lim sup |fˆn (ξ)|2 dξ > 0
n+∞ {|ξ|, a0 ≤hn |ξ|≤b0 }
Comme on peut toujours encadrer hn par 2−(kn +1) ≤ hn ≤ 2−kn , on remarque que - quitte à supposer
que 2a0 < b0 , ce qui n’est pas restrictif - :
Z Z Z
ˆ 2
|fn (ξ)| dξ ≤ ˆ 2
|f (ξ)| dξ + |fˆ(ξ)|2 dξ
{|ξ|, a0 ≤hn |ξ|≤b0 } {ξ,a0 ≤2−kn |ξ|≤b0 } {ξ,a0 ≤2−(kn +1) |ξ|≤b0 }
et f est alors non étrangère à une échelle du type précédent, à savoir 2−k pour k ∈ ZN . De plus,
comme 2α ≤ β, on peut recouvrir la couronne a0 < |ξ| < b0 par un nombre fini de dilatés de la
couronne α < |ξ| < β, et Rque par conséquent il existe une des ces couronnes C = {α ≤ 2−r |ξ| ≤ β}
pour laquelle lim supn+∞ 2−kn C |fˆn (ξ)|2 dξ > 0, ce qui compte tenu de l’inégalité de gauche dans (3)
entraı̂ne que ||fn ||B ne tend pas vers 0, ce qui est absurde.
8
la suite des restes d’ordre l, notée r(l) , étant étrangère aux l premières échelles et vérifiant :
Preuve. Posons, pour f une suite bornée de L2 , la fonction d’erreur δ(f) = lim sup||fn ||B .
n+∞
Première étape. Soit f une suite bornée de L2 , montrons qu’il existe une suite extraite f 0 de f et
une échelle h telle que f 0 admette une composante h-oscillante g, qui vérifie de plus :
δ(f)
||gn ||L2 −→ C ≥ (4)
n+∞ 2
Pour cela, dans le cas où δ(f) > 0 (sinon, comme on sait d’après la proposition 3 que δ(f) = 0 si et
seulement si f est étrangère à toute échelle, on peut prendre g = 0 et h quelconque, sans extraire),
on se place le long d’une sous-suite f 0 et d’une suite d’indices (kn ) ∈ ZN telles que :
δ(f)
||∆kn fn0 || −→ C1 ≥ (5)
n+∞ 2
(Une telle suite existe par définition de δ). Considérons l’échelle h associée de terme général hn =
2−kn . D’après la proposition 1, on sait que - quitte se placer de nouveau le long d’une sous-suite -,
f 0 possède une composante h-oscillante, notée g. Comme g est bornée, on peut également supposer
que ||gn ||L2 admet une limite, et cette limite vérifie :
δ(f)
lim ||gn ||L2 ≥ lim ||∆kn fn0 ||L2 ≥
n+∞ n+∞ 2
En effet, ∆kn fn0 = ∆kn (fn0 −gn )+∆kn gn , avec g qui est h-oscillante et f 0 −g qui est étrangère à h, et on
peut appliquer la relation de presque orthogonalité (1), tout en utilisant que ||∆kn gn ||L2 ≤ ||gn ||L2 .
Deuxième étape. On montre par récurrence la propriété suivante : il existe des extractions ψj ,
des échelles h(j) et des suites g(j) vérifiant :
– Les suites g(j) sont h(j) -oscillantes.
– Les échelles h(j) sont deux à deux orthogonales.
– On a le développement à l’ordre l suivant :
l−1
(j)
X
fψ1 ◦···◦ψl (n) = gψj+1 ◦···◦ψl (n) + gn(l) + rn(l)
j=1
(j)
où la suite des restes d’ordre l, notée r(l) , est étrangère aux hψj+1 ◦···◦ψl , et où g(j) vérifie :
1
||gn(j) ||L2 −→ Cj ≥ δ(r(j−1) ) (avec r(0) = f)
n+∞ 2
Sans détailler la preuve, remarquons que l’initialisation résulte de la première étape. On applique
ensuite la première étape aux restes successifs, et les orthogonalités des échelles ainsi obtenues
résultent du critère d’orthogonalité des échelles obtenu dans la proposition 2.
Il est important de noter que par construction, les suites de fonctions g(j) peuvent s’obtenir toutes
sous la forme du produit d’un multiplicateur de Fourier par une suite extraite de f : c’est le cas pour
la première suite g(1) puisqu’elle est obtenue en considérant la composante h-oscillante d’une suite
extraite de f pour une certaine échelle h (voir à ce propos l’identité 2), et on vérifie aisément que cette
propriété se conserve en passant aux restes successifs. On utilisera cette remarque pour reformuler
ce résultat dans le cadre “naturel” (Ḣ s et Lp ) à la partie 3.
Troisième étape. On réalise une extraction diagonale, pour obtenir des échelles H, des fonctions
G, des restes R et une extraction F de f qui vérifient (pour n > l), le développement :
l
X
Fn = G(j) (l)
n + Rn
j=1
9
avec R(l) étrangère aux l premières échelles H(j) et l’égalité :
1 1
||G(j) −→ Cj ≥ δ(r(j−1) ) ≥ δ(R(j−1) )
n ||L2 n+∞
2 2
(l)
La presque orthogonalité (1) donne alors : ||Fn ||2L2 ≥ 41 lj=1 δ(R(j−1) )2 + ||Rn ||2L2 + o(1). Comme
P
la suite f est bornée, la convergence de la série des δ(R(j) )2 entraı̂ne que δ(R(j) ) tend vers 0, ce qui
était la dernière condition du théorème.
Preuve. On démontre l’inégalité de Sobolev raffinée pour u ∈ S0 (Rd ) et on l’étend ensuite à Ḣ s par
densité de S0 . Décomposons u selon “hautes” et “basses” fréquences, en posant pour tout A > 0 :
u = u1,A + u2,A , avec
u1,A = F −1 (1B(0,A) u
b) et u2,A = F −1 (1B(0,A)c u
b)
On a, d’après le théorème de Fubini :
Z Z Z |f | Z Z
p p−1
|f | dµ = ( pλ dλ)dµ = p ( 1λ≤|f | λp−1 dλ)dµ
Rd Rd 0 Rd R+
d’où l’identité : Z Z
p
|f | dµ = p µ(ξ ∈ Rd , |f (ξ)| > λ)λp−1 dλ. (6)
Rd R+
γ γ
Par ailleurs, l’inégalité triangulaire |α + β| > γ ⇒ |α| > 2 ou |β| > 2 garantit que :
λ λ
µ(|u| > λ) ≤ µ(|u1,A | > ) + µ(|u2,A | > )
2 2
On décompose maintenant u1,A en u1,A = +∞
P
−∞ ∆k u1,A . Alors, en choisissant le plus petit entier
k(A) vérifiant 2 k(A)+1 c
Supp(ϕ) ⊂ B(0, A) , il vient :
k(A)
X
||u1,A ||L∞ ≤ ||ud
1,A ||L1 ≤ ||∆\
k u1,A ||L1
−∞
10
−2s ,
R
où K = Supp(ϕ) ξ ce qui, en sommant, donne :
λ λ
||u1,Aλ ||L∞ ≤ donc µ(|u1,Aλ | > ) = 0
2 2
ce qui entraı̂ne que :
λ
µ(|u| > λ) ≤ µ(|u2,Aλ | > ).
2
λ 4
Or, par l’inégalité de Bienaimé-Tchebychev µ(|u2,Aλ | > 2) ≤ λ2
||u2,Aλ ||2L2 donc, en réinjectant
dans (6) :
||u2,Aλ ||2L2 p−1
Z Z
p p−1
||u||Lp ≤ p µ(|u| > λ)λ dλ ≤ 4p λ dλ
R+ R+ λ2
Z Z !
≤ 4p λp−3 (2π)d |û(ξ)|2 dξ dλ
R+ Aλ ≤|ξ|
1
λ
car Aλ = ( 2C||u|| ) d/2−s ≤ |ξ| ⇔ λ ≤ Cξ .
Ḃ s
2d 4s
Enfin, compte tenu de l’égalité p = d−2s i.e. p − 2 = d−2s , on a :
d’où :
(2C)p−2 4p(2π)−d
Z
||u||pLp ≤ 4p(2π)−d p−2
||u||Ḣ s
|ξ|2s |û(ξ)|2 dξ ≤ (2C)p−2 ||u||p−2
Ḃ s
||u||2Ḣ s
p−2 Rd p−2
Théorème 4. Soit u une suite bornée de Ḣ s . Alors il existe une suite extraite u0 , une suite d’échelles
h(j) et une suite v(j) de suites bornées de Ḣ s vérifiant :
– Les échelles h(j) sont deux à deux orthogonales.
– Les suites bornées de fonctions de L2 , Λs v(j) sont h(j) -oscillantes.
11
– Pour tout entier l ≥ 1, il existe un développement à l’ordre l de la suite u0 faisant intervenir
les l premières fonctions v(j) , ainsi qu’un reste d’ordre l qui tend vers 0 en norme de Lp pour
l grand, et ce uniformément en n :
l
X
u0n (x) = vn(j) (x) + ρ(l) (l)
n (x), lim sup||ρn ||Lp −→ 0 (7)
n+∞ l+∞
j=1
Théorème 5. Soit w une suite bornée de Ḣ s telle que la suite Λs w soit 1-oscillante. Alors il existe
(α)
une sous-suite w0 de w, une suite xα≥1 de cœurs et une suite ψ (α) de profils (i.e. de fonctions de
Ḣ s ) vérifiant :
1. Si α 6= β, les couples (1, x(α) ) et (1, x(β) ) sont orthogonaux, i.e. |xαn − xβn | −→ +∞.
n+∞
2. Il existe un développement de w0 à tout ordre A ≥ 1, de la forme :
A
X
wn0 = τx(α) ◦ ψ (α) + Rn(A) , lim sup||Rn(A) ||Lp −→ 0
n n+∞ A+∞
α=1
12
w, c’est à dire l’ensemble des ψ ∈ Ḣ s tels qu’il existe une sous-suite wϕ et un cœur x tel que
(τ−xn ◦ wϕ(n) )n (attention au signe −) converge faiblement (dans Ḣ s ) vers ψ, ce qui s’écrit encore :
Z Z
wϕ(n) (x + xn )χ(x)dx −→ ψ(x)χ(x)dx, et ce pour tout χ ∈ S0 (Rd )
Rd n+∞ Rd
Première étape. Soit w une suite bornée de Ḣ s , avec γ(w) > 0 : soit ψ dans P(w) vérifiant
||Λs ψ||L2 > γ(w)
2 . Soit wϕ et x donnés par la définition de P(w), on définit un reste d’ordre 1, noté
R(1) par la formule :
wϕ(n) (x) = ψ(x − xn ) + Rn(1) (x)
Ce reste est borné dans Ḣ s et la suite Λs R(1) est encore 1-oscillante (comme différence de deux
fonctions qui le sont, voir la propriété 4 suivant la définition d’une suite de fonction étrangère à une
échelle). Par définition, R(1) tend faiblement vers 0 (au sens précédent), ce qui permet d’écrire :
Supposons que ψ ∈ S0 (Rd ), ce terme est alors (d’après la formule de Plancherel), de l’ordre de
R (1) −1 ((1+|ξ|2 )s ψ̂(ξ)) ∈ S (Rd ), et tend bien vers 0 d’après
Rd Rn (x+xn )g(x)dx pour un certain g := F 0
l’hypothèse de convergence faible vers 0 de R(1) . Par densité de S0 (Rd ) dans Ḣ s et plongement
Λs
isométrique Ḣ s ,→ L2 , le résultat demeure vrai en général.
Deuxième étape. En combinant une récurrence et un argument d’extraction diagonale comme
dans la démonstration du Théorème 3, on construit une sous-suite w0 de w et des suites ψ (α) , x(α)
de profils et de cœurs telles que 1., 2. et 3. soit vérifiées, à l’exception de l’estimation :
Le principe de la récurrence est le même pour que le Théorème 3 : l’initialisation résulte de la première
étape, puis on applique cette même étape aux restes successifs. Une conséquence de l’égalité 3. est
que la série de terme général ||Λs ψ (α) ||2L2 est convergente, ce qui entraı̂ne que γ(R(A) ) tend vers 0
(en effet on choisit, à l’étape α, une fonction ψ (α) vérifiant ||Λs ψ (α) ||2L2 ≥ 12 γ(R(α−1) )).
Troisième étape. On cherche à conclure en majorant la norme Lp du reste par une expression
dépendant de la fonction d’erreur γ (qui tend vers 0 comme annoncé plus haut). On va pour cela
établir l’inégalité suivante :
2
1− p2
lim sup||wn ||Lp ≤ Clim sup||Λs wn ||Lp 2 γ(w) (8)
n+∞ n+∞
pour toute suite w bornée dans Ḣ s et telle que Λs w est 1-oscillante, hypothèses vérifiées par la
fonction w de départ, et par tous les restes successifs comme indiqué dans la première étape.
1. Cas où le spectre est inclus dans une couronne Faisons d’abord l’hypothèse que w
est une suite de S0 (Rd ), et même que le support de wn est contenu dans une couronne Ka,b : {ξ, a ≤
|ξ| ≤ b} indépendante de n. On dispose alors de la majoration suivante :
1 s
||wn ||L2 ≤ ||Λ w n ||L2 (9)
as
(en effet le terme en |ξ| qui apparaı̂t dans la transformée de Fourier de Λs wn est minoré par a)
Pour faire apparaı̂tre γ(w), remarquons que si ρ est une fonction de S0 (Rd ) telle que ρ̂ = 1 au
voisinage de Ka,b , on a wn = ρ ? wn , ce qui s’écrit encore :
Z
wn (y) = ρ(−x)wn (x + y)dx (10)
Rd
13
Par ailleurs, on a :
lim sup||wn ||L∞ = sup lim sup|wn (xn )|, pour x ∈ (Rd )N
n+∞ x n+∞
Soit x dans (Rd )N , et ϕ une extraction telle que lim |wϕ(n) (xϕ(n) )| = lim sup|wn (xn )|. Comme cette
n+∞ n+∞
suite est bornée dans Ḣ s
(et que Ḣ s
est réflexif), on peut (quitte à extraire de nouveau) supposer
que τ−xϕ (n) ◦ wϕ(n) admet une limite faible. Cela permet d’écrire (en utilisant (10) avec y = xϕ(n) ) :
Z
lim sup||wn ||L∞ ≤ sup ρ(−x)ψ(x)dx , ψ ∈ P(w)
n+∞ Rd
le premier terme étant toujours aussi proche que souhaité (quitte à approcher précisément 1Ka,b (D)ψ,
la suite w étant bornée dans L2 ) de Rd wϕ(n) (x + xn )1Ka,b (D)ψ(x)dx,
R
R qui vaut 0 (d’après l’égalité
de Parseval), et le second terme étant aussi proche que souhaité de Rd 1Ka,b (D)|ψ(x)|2 dx.
L’hypothèse faite sur le spectre de w se conserve donc quand on construit les restes successifs
(puisqu’elle passe à la limite faible et qu’elle est stable par différence). Ainsi, sous cette hypothèse,
l’inégalité (12) est valable pour tous les termes de la suite des restes, et permet de conclure à la
convergence vers 0 en norme Lp de cette suite. On dispose alors de la totalité des conclusions de
la Proposition 5 sous cette hypothèse de localisation du spectre. En particulier, la conclusion 2.
entraı̂ne que :
∞
0 p
||ψ (α) ||pLp
X
lim ||wn ||Lp = (13)
n+∞
α=1
Si l’on se fixe > 0, le caractère uniforme en n de la convergence vers 0 du reste assure l’existence
d’un ordre A tel que
lim sup||Rn(A) ||Lp ≤
n+∞
14
Mais alors, le développement à l’ordre A injecté dans l’inégalité (14) précédente permet d’écrire que :
A A
(j) p
X X X
τx(j) ◦ ψ − |τx(j) ◦ ψ (j) |p ≤ CA |τx(j) ◦ ψ (j) ||τx(k) ◦ ψ (k) |p−1
n n n n
j=1 j=1 j6=k
en intégrant cette inégalité et en utilisant la remarque 1 du paragraphe 1.2 (qui s’applique ici car
les couples (1, x(j) ) sont deux à deux orthogonaux et car les |ψ (j) | sont dans Lp ), on obtient que :
A
||wn0 − Rn(A) ||pLp −
X
||ψn(j) ||Lp −→ 0
n+∞
j=1
avec une constante C indépendante de w, a et b. Quitte à se placer au préalable le long d’une sous-
suite, on peut supposer que lim ||wn0 ||Lp = lim sup||wn ||Lp . On obtient finalement (en majorant les
n+∞ n+∞
termes de droite par les termes correspondant pour w) :
2
1− p2
lim sup||wn ||Lp ≤ C lim sup||Λs wn ||Lp 2 γ(w) (16)
n+∞ n+∞
3. Cas général Dans le cas général (où l’on ne fait plus d’hypothèse sur le support de ŵ), on
va montrer que l’on peut prolonger cette inégalité par approximation.
Soit donc w une suite bornée de Ḣ s telle que Λs w soit 1-oscillante, et soit > 0. Par définition,
il existe alors R > 0 tel que :
Z Z !
lim sup |ξ|2s |ŵn (ξ)|2 dξ + |ξ|2s |ŵn (ξ)|2 dξ ≤ 2 . (17)
n+∞ {ξ, hn |ξ|≤1/R} {ξ, hn |ξ|≥R}
15
Remarquons d’abord que si ψ est une fonction de P(w), alors λ(D)ψ est dans P(λ(D)w). En
effet, si ϕ et x sont l’extraction et le cœur donnés par la définition de P(w), alors le multiplicateur
de Fourier λ(D) et la translation τxn commutent car une translation induit une multiplication par
un complexe de module 1 en Fourier, ce qui ne change pas la valeur de λ(|ξ|). Aussi peut-on écrire
indifféremment, pour tout χ ∈ S0 (R) :
Z Z
(λ(D)w)ϕ(n) (x + xn )χ(x)dx = wϕ(n) (x + xn )(λ(D)χ)(x)dx
Rd Rd
Supposons un instant que λ(D)χ soit une fonction de S0 (Rd ), alors par hypothèse :
Z Z Z
wϕ(n) (x + xn )(λ(D)χ)(x)dx −→ ψ(x)(λ(D)χ)(x)dx = (λ(D)ψ)(x)χ(x)dx
Rd n+∞ Rd Rd
d’où le résultat annoncé, quitte à approcher (dans L2 ) la fonction λ(D)χ par une fonction S0 (Rd )
(la suite w étant quant à elle bornée dans L2 ).
Réciproquement, si ψ = λ(D)ψ est une fonction de P(λ(D)w) (l’écriture ψ = λ(D)ψ est justifiée
par le fait que les éléments de P(λ(D)w) ont un spectre contenu dans C 1 ,R ), et si ϕ et x sont
R
l’extraction et le cœur fournis par définition, comme la suite (1 − λ)(D)τxn ◦ wϕ(n) est bornée, on
peut en extraire une suite faiblement convergente vers une certaine fonction u = (1 − λ)(D)u, si
bien que ψ + u est dans P(w), et par conséquent ψ = λ(D)(ψ + u) est un élément de λ(D)(P(w)).
Finalement, on dispose de l’égalité :
P(λ(D)w) = λ(D)P(w) (19)
Par ailleurs, la même démarche que celle utilisée au paragraphe 2. ci-dessus pour établir que si
w a son spectre inclus dans une couronne Ka,b , alors il en est de même pour les éléments de P(w),
permet aussi de montrer que l’hypothèse (18) faite plus haut sur le support de w se conserve quand
on considère les éléments de P(w), ce qui entraı̂ne :
∀ψ ∈ P(w), ||Λs ((1 − λ)(D)ψ)||L2 ≤ (20)
On peut alors prolonger à w l’inégalité (16), qui vaut pour λ(D)w puisque cette suite a son
spectre contenu dans une couronne. On a en effet obtenu les encadrements suivants :
1. lim sup||(1−λ)(D)wn ||Lp ≤ lim sup C||Λs (1−λ(D)wn ||L2 ≤ C, en utilisant d’abord l’inégalité
n+∞ n+∞
de Sobolev puis la majoration (18).
2. lim sup||Λs ((1 − λ)(D)wn ))||L2 ≤ ce qui est exactement la majoration (18).
n+∞
3. |γ(λ(D)w) − γ(w)| ≤ d’après l’égalité (19) et la majoration (20).
4.2 Conclusion
Pour obtenir le théorème principal 2, il faut alors combiner les conclusions du théorème 4 et du
théorème 5. Soit u une suite bornée de Ḣ s . Le théorème 4 fournit une sous-suite u0 de u, des échelles
(j)
h(j) et des suites v(j) bornées dans Ḣ s vérifiant en particulier que, pour tout j, la suite (Λs vn )n est
h(j) -oscillante. Posons alors pour tout j :
wn(j) = δ −1 (j)
j ◦ hn
hn
16
5 Annexe
5.1 Une fonction étrangère à toute échelle qui ne tend pas vers 0 dans L2
Soit ψ ∈ C0∞ (Rd ), telle que
R
Rd ψ(x)dx 6= 0. Pour n ≥ 2, on pose
nd
fn : x 7→ fn (x) = (1 − ∆)−d/4 (ψ(nx))
(log n)1/2
soit
1 ξ
fˆn (ξ) = 1/2
(1 + |ξ|2 )−d/4 ψ̂( )
(log n) n
−d R
Par la formule de Plancherel, ||fn ||2L2 = (2π)
log n
1 ξ 2
Rd (1+|ξ|2 )d/2 |ψ̂( n )| dξ, qui se décompose
(2π)−d (2π)−d
Z Z
1 ξ 2 1 ξ
||fn ||2L2 = |ψ̂( )| dξ + |ψ̂( )|2 dξ
log n |ξ|≤n (1 + |ξ|2 )d/2 n log n |ξ|≥n
2
(1 + |ξ| )d/2 n
(2π)−d (2π)−d
Z Z
1 ξ 2 1
|ψ̂( )| dξ = |ψ̂(ξ)|2 dξ −→ 0
log n |ξ|≥n (1 + |ξ|2 )d/2 n log n |ξ|≥1 (1/n2 + |ξ|2 )d/2 n→+∞
sphérique,
(2π)−d rd−1
Z Z
= 2 + r 2 )d/2
(|ψ̂(0)|2 + O(r))drdω
log n ω∈S d−1 r≤1 (1/n
(2π) −d Z Z
1
−→ |ψ̂(0)|2 drdω
n→+∞ log n ω∈S d−1 1/n≤r≤1 r
donc Z
−d
||fn ||2L2 −→ (2π) |S d−1
|| ψ(x)dx|2 6= 0
n→+∞ Rd
Néanmoins, pour toute échelle h et pour tout b > a > 0,
Z Z
C dξ
|fˆn (ξ)|2 dξ ≤
a≤hn ξ≤b log n a≤hn ξ≤b (1 + |ξ|2 )d/2
C0
Z
C dξ b
≤ d
≤ log −→ 0
log n a≤hn ξ≤b |ξ| log n a n→+∞
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Références
[CHEM] J.-Y. Chemin : Fluides parfaits incompressibles, Astérisque 230 (1995) 22-25.
[GOUR] X. Gourdon : Analyse, 2eme édition, 235.
[3] P. Gérard : Description du défaut de compacité de l’injection de Sobolev. ESAIM : Cocv, 3, (Mai
1998), 213-233
[4] H. Bahouri, P. Gérard : High frequency approximation of solutions to critical nonlinear wave
equations, Am. J. of Math., 121, 1 (1999) 131-175.
[5] J.-Y. Chemin, C.J. Xu : Inclusions de Sobolev en calcul de Weyl-Hörmander et champs de
vecteurs sous-elliptiques, Ann. Scient. Éc. Norm. Sup., 30, (1997), 721-724.
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