Chapitre IV : La dissolution du mariage
et ses effets
La dissolution du mariage peut être définitive ou
temporaire. Elle est définitive si elle est due au décès de
l’un des époux, ou si elle est consécutive à un divorce
judiciaire ou à une résiliation du mariage. Elle est
temporaire, s’il s’agit d’un divorce révocable.
Les liens du mariage sont dissous par décès ; annulation
du mariage ; divorce (répudiation judiciaire) ; divorce
judiciaire, ou Khol’1.
Le divorce est la dissolution des liens du mariage
exercée par l’époux et l’épouse selon les conditions
auxquelles chacun d’entre eux est soumis, sous contrôle
du juge et conformément au code de la famille.
Le code de la famille a introduit un nouveau mode de
dissolution des liens du mariage par le biais du divorce
consensuel qui est à distinguer du divorce moyennant
compensation « Khol’» ou par le recours à la procédure
de discorde.
La procédure de discorde épargne à la femme la
procédure d’un divorce judiciaire. Mais l’action pour
discorde a pour fondement le règlement d’un différend
entre les époux rendant la vie conjugale impossible et le
divorce pour discorde n’est prononcé qu’après échec des
tentatives de réconciliation des arbitres et du tribunal.
Dans tous les cas, le tribunal statue sur les demandes de
divorce dans un délai de 6 mois, ce qui constitue un
apport considérable. De même les décisions judiciaires
1
Art 71 du Code de la famille.
de divorce sont insusceptibles de recours, dans leur
partie relative à la dissolution des liens du mariage.
Section 1 : Le divorce sous contrôle judiciaire
Le divorce sous contrôle judiciaire est la dissolution du
pacte de mariage à la demande de l’un des époux, selon
des conditions propres à chacun d’eux, sous contrôle de
la justice.
Le code de la famille a soumis le divorce à l’autorisation
préalable du tribunal. En effet, quiconque veut divorcer
doit demander l’autorisation au tribunal pour le
consigner par deux adouls habilités à cet effet, dans le
ressort territorial du tribunal dans lequel est situé le
domicile conjugal, le domicile de l’épouse ou le lieu
d’établissement de l’acte du mariage, selon l’ordre
précité2.
1-1. Les conditions du divorce
Le droit musulman ne prend en considération que le
divorce émanant d’un mari pubère. Le droit positif
marocain se situe dans ce sillage, dans la mesure où
l’une des conditions du mariage est d’être majeur (sauf
exception prévue pour le mariage avant l’âge de la
majorité matrimoniale) et sain d’esprit.
Pour que le divorce soit valable, il faut que le mari ait
agit en pleine connaissance de cause et en toute liberté.
Ainsi, l’art 90 du code de la famille dispose que ne peut
être recevable, la demande d’autorisation de divorce
faite en état d’ébriété avancée, sous la contrainte ou
sous le coup d’une colère enlevant à la personne
2
Art 79 du Code de la famille.
concernée le contrôle de soi même, (il en était de même
à l’art 49 du CSP).
De même l’art 91 du code de la famille dispose que le
divorce par serment est sans effet, (art 50 du CSP).
Le législateur a rétabli la répudiation sunnite en
disposant dans son art 92 que tout divorce associé à un
nombre exprimé par la parole, par un signe ou par
l’écriture n’équivaut qu’un seul divorce (art 52 du CSP).
Pour être valable, le divorce doit concerner la femme
régulièrement mariée ou celle en retraite de continence
consécutive à un divorce révocable. L’art 47 du CSP
énonçait que la formule de répudiation est sans effet si
elle est prononcée au cours d’une période menstruelle.
Si la répudiation a lieu en cette période, le juge oblige le
mari de reprendre sa femme. Cette disposition n’a pas
été reprise dans le code de la famille.
1-2. Les formes de divorce :
Quiconque veut divorcer doit fournir au tribunal des
informations sur l’identité, la profession et l’adresse des
conjoints et, le cas échéant, le nombre d’enfants, leur
âge, leur état de santé, leur situation scolaire, en
joignant à la demande l’acte de mariage ainsi que les
éléments de preuve établissant la situation matérielle
et les obligations financières de l’intéressé3.
Le tribunal convoque les époux pour une tentative de
réconciliation. Si l’époux reçoit personnellement la
convocation et ne se présente pas, il est considéré
comme ayant renoncé à sa demande de divorce. Si
l’épouse reçoit personnellement la convocation et ne se
présente pas sans communiquer d’observations par écrit,
3
Art 80 du Code de la famille.
le tribunal la met en demeure par l’intermédiaire du
ministère public, qu’à défaut de se présenter il sera
statué sur le dossier. Si le mari prétend que l’adresse de
l’épouse est inconnue, le tribunal recourt à l’aide du
ministère public pour établir la vérité. S’il est établi que
le mari fait de fausses déclarations, les dispositions de
l’art 361 du code pénal lui sont appliquées, et ce à la
demande de l’épouse4.
Lorsque les deux époux se présentent, les discussions
ont lieu en chambre de conseil, y compris l’audition des
témoins et de toute autre personne que le tribunal
jugerait utile d’entendre. Le tribunal doit prendre toutes
les dispositions y compris la désignation de deux
arbitres, d’un conseil de famille ou de quiconque qu’il
estime qualifié pour tenter de réconcilier les conjoints. Si
les époux ont des enfants, le tribunal entreprend deux
tentatives de réconciliation, espacées d’une période
minimale de 30 jours. Si les tentatives de réconciliation
entre les époux aboutissent, un procès verbal est établi
et sera conservé dans le dossier des intéressés 5. Cette
procédure garantie le droit de la femme à l’information.
Si les tentatives de réconciliation échouent, le tribunal
fixe un montant que l’époux dépose à la caisse du
tribunal dans un délai maximum de 30 jours pour
s’acquitter des droits dus à l’épouse et aux enfants
Les droits dus à l’épouse comportent : le reliquat de la
dot s’il y a un arriéré, la pension relative à la retraite de
continence, le logement dans le domicile conjugal ou en
cas de nécessité, dans un logement convenant à l’épouse
et à la situation financière du mari. En cas de difficulté,
4
Art 81 du Code de la famille.
5
Art 82 du Code de la famille.
le tribunal fixe le montant des frais du logement qui sera
déposé à la caisse du tribunal. Les droits dus à l’épouse
comportent également le don de consolation, qui sera
évalué en fonction de la durée du mariage, de la
situation financière de l’époux, des motifs du divorce et
du degré d’abus avéré dans l’exercice de ce droit par
l’époux.6
Les droits dus aux enfants dont la charge incombe au
père sont fixés conformément aux articles 168 et 190 du
code de la famille en tenant compte de leurs conditions
de vie et de leur situation scolaire avant le divorce7.
Si l’époux ne dépose pas le montant prévu dans les
délais impartis, il est censé avoir renoncé à son intention
de divorcer, et le dossier sera conservé.
Aussitôt le montant exigé est déposé par l’époux, le
tribunal l’autorise à enregistrer le divorce auprès des
deux adouls8.
Aux termes de l’art 88 du code de la famille, après
réception de l’exemplaire du document établissant le
divorce homologué par le juge notarial, le tribunal rend
une décision motivée comprenant :
1/ les noms des époux, les dates et lieux de naissance et
de mariage, le domicile ou la résidence des époux ;
2/ un résumé des allégations des deux parties, leurs
demandes, les preuves avancées, les démarches
entreprises et les conclusions du ministère public ;
3/ la date d’enregistrement du divorce ;
4/ si l’épouse est enceinte ou non ;
6
Arts 83, 85 et 85 du Code de la famille.
7
Art 85 du Code de la famille
8
Art 87 du Code de la famille.
5/ les noms des enfants, leurs âges, le titulaire de la
garde (hadana) et l’organisation du droit de visite ;
6/ la fixation des droits dus à l’épouse et aux enfants
conformément aux arts 84 et 85 du code de la famille et
la rémunération de la garde après l’écoulement de la
retraite de continence.
La décision du tribunal peut faire l’objet d’appel dans les
formes ordinaires.
1-3. Les effets du divorce sous contrôle judiciaire
Le droit marocain se situant dans le sillage du droit
musulman distingue le divorce révocable et le divorce
irrévocable.
- Le divorce révocable :
Le divorce révocable entraîne pour la femme la retraite
de continence. Le mari perd tout droit sur le corps de sa
femme, mais le lien matrimonial n’est pas rompu, il est
simplement relâché, ce qui signifie que le mariage
continue à produire ses effets, tels : la conservation par
la femme du droit à l’entretien, la vocation héréditaire
réciproque, etc.
Pendant la retraite de continence, le mari peut revenir
sur sa décision et rétablir le lien matrimonial.
Il faut que la volonté de reprendre sa femme par son
époux soit claire. Le mari peut reprendre sa femme sans
nouvelle dot, ni intervention du wali (le cas échéant).
Toutefois, le code de la famille a introduit une nouvelle
disposition pour la révocation du divorce en imposant à
l’époux de faire constater cette reprise par deux adouls
qui informent immédiatement le juge9. De même le
code de la famille a mis fin au droit de reprise de
l’épouse par l’époux pendant la retraite de continence,
dans la mesure où le juge, avant d’homologuer l’acte de
reprise doit convoquer l’épouse pour l’en informer. Si
elle refuse la reprise de la vie conjugale, elle peut
recourir à la procédure de discorde (Chiquaq).
Cette mesure met fin à la contrainte exercée sur la
femme et consacre sa liberté de choisir la reprise des
liens matrimoniaux ou de demander leur dissolution
définitive.
L’acte de divorce doit mentionner : la date et le numéro
de l’autorisation du divorce ; le nom, la filiation, le
domicile, le numéro de la carte d’identité de chacun des
époux. L’acte de répudiation doit se référer à l’acte de
mariage en indiquant ses numéro, folio et date ; doit
indiquer la nature du divorce et s’il s’agit de la première,
la deuxième ou la troisième10.
L’acte établissant le divorce est propriété de l’épouse et
doit lui être remis dans un délai ne dépassant pas quinze
jours. Le mari a droit à une copie11.
Le tribunal envoie un extrait du document de divorce, de
reprise, ou du jugement du divorce, ou de l’annulation
du mariage à l’officier de l’état civil du lieu de naissance
des époux accompagné d’une attestation de remise de ce
document dans le délai des 15 jours. L’officier d’état civil
9
Art 124 du Code de la famille.
10
Art 139 du Code de la famille.
11
Art 140 du Code de la famille.
fait mention de ces éléments en marge de l’extrait de
naissance des époux. Si les époux ne disposent pas de
lieu de naissance au Maroc, l’extrait est envoyé au
Procureur du Roi près du tribunal de première instance
de Rabat.
- Le divorce irrévocable :
Le lien matrimonial se trouve rompu, si au jour où la
retraite de continence prend fin, le mari n’a pas exercé
son droit de reprise. Toutefois, la retraite de continence
ne s’impose que si le mariage est consommé. La femme
irrévocablement divorcée a droit au don de consolation
et aux droits qui lui sont dus (voir supra).
Section 2 : Le droit d’option « Tamlik »
En droit musulman, le principe est que seul le mari peut
répudier. Mais le mari peut déléguer ce pouvoir à la
femme (Tafwid). Il peut également accorder à son
épouse le droit de prononcer elle-même sa répudiation
(Tamlik).
Ces procédés ont été retenus par les jurisconsultes,
même si des oppositions ont été soulevées, quant à leur
durée et quant à leur caractère provisoire ou définitif.
Pour les malékites, le mari peut revenir sur sa décision
dans le cadre de la délégation du pouvoir de répudiation.
Le Tamlik peut être absolu ou stipulé dans l’acte du
mariage s’il est lié à une condition suspensive : par
exemple, clause de monogamie, etc.
En droit positif marocain, le droit d’option figurait dans
l’art 44 du CSP qui disposait que la répudiation est la
dissolution des liens du mariage prononcée par
« l’épouse, lorsque la faculté lui a été donnée », mais
dans la pratique, les juges s’abritaient souvent derrière
l’art 82 du CSP qui disposait que « tous les cas qui ne
pourront être résolus en application du présent code,
seront réglés en se référant à l’opinion dominante ou à la
jurisprudence constante dans le rite malékite ».
Toutefois, l’Abrégé de Khalil Ibn Ishaq du rite malékite,
énonce que le mari peut déléguer la répudiation à son
épouse, cette délégation peut être absolue ou liée à une
condition.
Le code de la famille dans son art 89 stipule que si
l’époux a consenti au droit d’option de l’épouse, celle-ci
peut l’exercer en saisissant le tribunal d’une demande de
divorce. Le tribunal s’assure que les conditions du droit
d’option sont réunies et entreprend une tentative de
réconciliation. Si la tentative de réconciliation échoue, le
tribunal autorise l’épouse à demander la consignation du
divorce et statue sur ses droits et, le cas échéant, sur
ceux des enfants, conformément à l’art 84 du code de la
famille. Le mari ne peut empêcher son épouse d’exercer
son droit d’option, si celui-ci lui a été consenti.
Section 3 : Le divorce moyennant compensation
(Khol’) : divorce par rachat
Le divorce par rachat est un mode de dissolution du
mariage par accord des conjoints, en vertu duquel, le
mari accepte de divorcer de sa femme en contrepartie
d’une compensation qu’elle lui verse. Ce mode de
dissolution appelle l’étude des conditions relatives au
consentement des époux ; à la compensation et aux
effets du Khol’.
1/ Les conditions du consentement des époux :
La capacité des époux, si la femme est mineure quant à
ses biens, le divorce est acquis et la mineure n’est tenue
de se libérer de la contrepartie qu’avec l’accord du
tuteur chargé de l’administration de ses biens. La femme
doit être saine d’esprit et doit donner librement son
consentement.
La femme n’a pas à chercher à acquérir sa liberté
moyennant compensation, si elle est fondée à demander
le divorce judiciaire.
2/ Les conditions relatives à la compensation :
Tout ce qui peut légalement faire l’objet d’une obligation
peut valablement servir de contrepartie en matière de
divorce moyennant compensation12.
Si la femme est pauvre, toute contrepartie sur laquelle
les enfants ont un droit est interdite. Toutefois, si la
mère qui en contrepartie a accepté de prendre en charge
la pension alimentaire de ses enfant devient insolvable,
la pension redevient à la charge du père, sous réserve de
demander à la mère la restitution de ce qu’il a versé13.
Le code de la famille a introduit une innovation qui aura
le mérite de limiter les effets négatifs d’un Khol’ consenti
à des conditions onéreuses. Ainsi, l’art 120 dispose que
si les époux conviennent du principe du divorce
moyennant compensation (Khol’), sans se mettre
d’accord sur la contrepartie, l’affaire est portée devant le
12
Art 118 du Code de la famille.
13
Art 119 du Code de la famille.
tribunal en vue d’une réconciliation. Si la tentative de
réconciliation n’aboutit pas, le tribunal ordonne la mise
en exécution du divorce moyennant compensation après
en avoir évalué la contrepartie, en prenant en
considération le montant de la dot, la durée du mariage,
les raisons justifiant la demande ainsi que la situation
matérielle de l’épouse. Si l’épouse persiste à demander
le Khol’ et que l’époux n’y consent pas, elle peut recourir
à la procédure de discorde.
3/ Les effets du Khol’ :
Les effets du Khol’ sont ceux d’un divorce irrévocable. Il
s’agit d’une dissolution irrévocable des liens du mariage.
Section 4: Le divorce par consentement
mutuel
Il s’agit d’un mode de dissolution du mariage sous
contrôle du juge institué par le code de la famille, en
vertu de l’art 114. Les époux peuvent consentir d’un
commun accord de mettre fin à leur relation conjugale
avec ou sans conditions, pourvu que celles-ci ne soient
pas contraires aux dispositions du code de la famille et
ne portent pas préjudice aux intérêts des enfants. En
cas de désaccord, les époux le portent à la connaissance
du juge qui tentera de les réconcilier, autant que
possible, s’il n’y parvient pas, le juge ordonne la
consignation et l’enregistrement du divorce
Section 5 : Le divorce judiciaire :Tatliq
L’épouse est fondée à demander le divorce judiciaire
pour l’une des raisons suivantes :
- le manquement de l’époux à l’une des conditions de
l’acte du mariage ;
-le préjudice ;
- le défaut d’entretien ;
- l’absence ;
- les vices rédhibitoires ;
- le serment de continence ou le délaissement (art 98 du
code de la famille).
Le pouvoir d’appréciation du juge en matière du divorce
judicaire est très [Link] requête en divorce est
présentée à la section de la justice de la famille du lieu
de domicile des époux, à défaut selon l’ordre précité par
le code de la famille.
Après enrôlement de la requête, le juge convoque les
époux pour une tentative de réconciliation sauf dans le
cas de l’absence.
Si la réconciliation a lieu, le tribunal rend une
ordonnance la constatant, laquelle met fin à la
procédure.
Si la réconciliation n’a pas été possible ou si après
convocations demeurées infructueuses, les époux ou l’un
d’eux n’ont pas comparu, le tribunal rend une
ordonnance de non réconciliation et autorise l’époux
demandeur à poursuivre la procédure.
Le tribunal statue, le cas échéant, sur les mesures
provisoires et conservatoires relatives à l’entretien de la
femme, le domicile, le droit des enfants, la garde de ces
derniers et les objets mobiliers qui se trouvent dans la
maison. Cette ordonnance est exécutoire sur minute,
nonobstant toutes voies de recours.
En cas d’instance de divorce et si la cohabitation s’avère
impossible, le tribunal prend des mesures provisoires
qu’il estime convenir à la femme et aux enfants, et ce de
sa propre initiative ou sur requête, en attendant le
jugement rendu dans l’affaire. Ces mesures concernent
également le choix du domicile chez l’un des parents de
l’époux ou de l’épouse. Ces dispositions sont exécutoires
sur minute par voie du ministère [Link] tous les
cas, l’obligation d’entretien demeure à la charge du
mari.
5-1. Le divorce pour défaut d’entretien :
L’épouse aura la faculté de demander le divorce pour
défaut d’entretien conformément aux cas et dispositions
suivantes, selon les dispositions de l’art 102 du code de
la famille :
a/ si l’époux dispose de biens permettant d’assurer
l’entretien de son épouse, le tribunal peut y recourir à
cette fin et ne donne pas en conséquence suite à la
demande de divorce ;
b/ en cas d’incapacité financière, le tribunal fixe, selon
les circonstances à l’époux, un délai ne dépassant pas 30
jours pour procéder à l’entretien, à défaut le divorce est
prononcé, sauf en cas de force majeure ou de
circonstances exceptionnelles ;
c/ le tribunal prononce le divorce, séance tenante, si
l’époux refuse d’assumer l’entretien de son épouse sans
prouver son incapacité financière.
Ces dispositions s’appliquent également à l‘époux absent
s’il est joignable. Si le lieu du mari est inconnu, le
tribunal s’assure de l’impossibilité de joindre le mari
avec l’aide du ministère public ainsi que du fondement
de la demande de l’épouse et statue sur la demande à la
lumière des résultats de l’enquête et des éléments du
dossier14.
Le divorce pour défaut d’entretien est révocable car
l’époux a le droit de reprendre sa femme pendant la
retraite de continence si elle est d’accord, s’il justifie des
moyens d’existence et démontre sa volonté d’assurer son
obligation d’entretien vis-à-vis de sa femme.
En effet l’art 122 du code de la famille dispose que « tout
divorce prononcé par le juge est irrévocable, à
l’exception de celui qui résulte du serment de continence
ou du défaut d’entretien ».
5-2. Le divorce pour manquement à l’une des
conditions de l’acte du mariage et pour préjudice :
Aux termes de l’art 99 du code de la famille, est
considéré comme un préjudice justifiant le divorce, tout
manquement à l’une des conditions de l’acte du mariage.
Est considéré comme préjudice justifiant le divorce, tout
acte ou comportement infamant émanant de l’époux ou
contraires aux bonnes mœurs portant un dommage
matériel ou moral à l’épouse, la mettant dans
l’impossibilité de continuer la vie conjugale.
Le préjudice subi est établi par tous les moyens de
preuve, y compris la déposition des témoins qui seront
entendus par le tribunal en chambre de conseil. Si
l’épouse ne parvient pas à prouver le préjudice mais
persiste à demander le divorce, elle peut recourir à la
procédure de discorde15.
14
Art 103 du Code de la famille.
15
Art 100 du Code de la famille.
Dans le cas où le divorce est prononcé pour cause de
préjudice subi, le tribunal peut fixer, dans le même
jugement le montant de l’indemnité due au titre du
préjudice.
Ces dispositions du code de la famille permettent de
renforcer le droit de la femme à demander le divorce
pour préjudice subi : femmes battus, abandonnées, etc.
Le divorce pour préjudice subi est irrévocable.
5-3. Le divorce pour absence du mari :
Il faut que l’absence dure plus d’un an et que le lieu où
se trouve le mari soit connu. L’absent signifie la
personne que l’on sait toujours vivante. L’absence du
mari porte préjudice à la femme et cette dernière est
fondée à demander le divorce même si le mari a laissé
des biens pouvant servir à son entretien.
Si des correspondances peuvent parvenir au mari
absent, le tribunal l’informe de la demande de divorce,
en l’avisant que le divorce sera prononcé s’il ne revient
pas résider avec sa femme ou s’il ne la fait pas venir
auprès de lui16.
Si des correspondances ne peuvent parvenir au mari
absent, le tribunal aidé du ministère public prend toutes
les dispositions pour faire parvenir la mise en demeure à
l’époux absent, y compris la désignation d’un curateur.
Si le mari ne revient pas, le divorce sera prononcé.
Le divorce pour absence de mari est irrévocable.
5-4. Le divorce pour délaissement :
16
Art 104 du Code de la famille.
Lorsque le mari délaisse son épouse et n’accomplit plus
ses devoirs intimes, celle-ci est fondée à saisir la justice
qui fixera au mari un délai de quatre mois ; passé ce
délai et si l’époux ne revient pas à résipiscence, le
divorce est prononcé par le juge.
Le divorce pour délaissement est révocable à l’instar du
divorce pour défaut d’entretien.
5-5. Le divorce pour vices rédhibitoires :
Sont considérés comme vices rédhibitoires affectant la
vie conjugale et fondant la demande du divorce :
- les vices empêchant les relations conjugales ;
- les maladies graves pouvant porter atteinte à l’autre
époux et dont la guérison ne peut intervenir dans un
délai d’un an.
Pour que la demande de divorce de l’un des époux pour
vices soit acceptée, il faut que :
- le demandeur ignore l’existence de ce vice avant la
conclusion du mariage ;
- le demandeur soit incapable de continuer la vie
conjugale s’il apprend que la guérison est impossible.
L’époux qui a eu connaissance des vices affectant son
épouse avant la consommation du mariage peut la
répudier sans être tenu au paiement de la dot. Si le mari
a été induit en erreur, il peut réclamer le
remboursement de la dot.
Si l’époux a eu connaissance des vices avant
l’établissement de l’acte du mariage et qu’il a répudié sa
femme avant la consommation du mariage, cette
dernière a droit à la moitié de la [Link] sera fait appel à
des médecins spécialistes aux fins d’obtenir tous les
éclaircissements utiles sur le vice ou la maladie allégés.
Le divorce prononcé par le juge pour vices rédhibitoire
est irrévocable et définitif.
Section 6 : Les effets de la dissolution du
mariage
La femme dont les liens du mariage sont dissous observe
une retraite de continence (Idda).
Cette retraite commence à compter de la date de la
répudiation judiciaire, du divorce judiciaire, de
l’annulation du mariage ou décès de l’époux.
La retraite de continence ne concerne que la femme dont
le mariage a été consommé, à l’exception de la veuve qui
doit l’observer même en cas de non consommation du
mariage.
La retraite de continence doit être observée dans le
domicile conjugal ou dans un autre domicile qui lui est
réservé.
La retraite de la veuve non enceinte est de quatre mois
et 10 jours.
La retraite de la femme enceinte prend fin à
l’accouchement ou en cas de fausse couche.
Si la femme en état de retraite prétend être enceinte et
qu’il y a contestation, il sera fait appel à des experts
pour déterminer s’il y a grossesse et à partir de quelle
date, pour décider de l’arrêt ou de la poursuite de la
retraite.
La retraite de la femme non enceinte est de :
- trois périodes inter menstruelles pour la femme
sujette au flux menstruel ;
- trois mois pour celle qui n’a jamais eu de flux
menstruel et celle en âge de ménopause ;
- trois mois après une attente de 9 mois pour celle
dont les menstrues sont tardifs ou qui ne peut
distinguer le flux menstruel d’un autre écoulement.
La femme divorcée à titre révocable et dont l’époux
décède au cours de la retraite de continence, passe de
celle-ci à la retraite pour cause de décès.