[A] SUR LA LEGALITE EXTERNE :
1°) Sur le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte :
Les requérants soutiennent que le signataire de l’arrêté, Monsieur
DUPOND, n’était pas compétent pour signer cet arrêté et, qu’il n’est pas
démontré que cet arrêté ait fait l’objet d’un contrôle de légalité.
Il n’en est rien.
En premier lieu, contrairement à ce qu’ils allèguent, l’arrêté de
délégation a été transmis à la préfecture le XXX et a fait l’objet d’un
affichage en mairie le XXX. Cet arrêté est donc pleinement exécutoire
En second lieu, selon l’article 2 de l’arrêté de délégation :
Par cet arrêté, Monsieur DUPOND s’est donc vu déléguer la délivrance des
autorisations d’urbanisme.
Le moyen ne prospéra pas.
2°) Sur la prétendue omission de consulter le gestionnaire du
réseau d’électricité :
Les requérants font mention dans leurs écritures d’une prétendue absence
de consultation du gestionnaire du réseau d’électricité, ce qui constituerait
un manquement à l’article R.410-10 du code de l’urbanisme.
Cette argumentation ne résiste pas à l’analyse.
En droit, aux termes de l’article R.410-10 du code de l’urbanisme :
« L'autorité compétente recueille l'avis des collectivités, établissements publics et services
gestionnaires des réseaux mentionnés à l'article L. 111-11 ainsi que les avis prévus par les
articles R. 423-52 et R. 423-53. »
Selon l’article L.111-11 du code de l’urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la
destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les
réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont
nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne
peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et
par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux
doivent être exécutés. »
L'absence de consultation ne constitue pas une irrégularité de nature à
compromettre la légalité du certificat d'urbanisme dès lors que le défaut
d'avis n'a exercé aucune influence sur l'orientation de la décision adoptée
et n'a pas privé les parties concernées d'une garantie essentielle.
> CAA Nantes, 10 juillet 2015, no 14NT01922 : « 4. Considérant qu'il ressort des
pièces du dossier qu'ERDF, gestionnaire du réseau d'électricité, et la communauté
d'agglomération de Tours Plus, gestionnaire du réseau d'assainissement, ont été consultés
sur la demande de MM.B... ; que par ailleurs, d'une part, il est constant, ainsi que l'indique le
certificat d'urbanisme négatif du 24 juin 2013, que le terrain de MM. B...est desservi par le
réseau d'eau potable, et d'autre part le motif sur lequel est fondé la décision attaquée est
étranger à la desserte du terrain par les réseaux et notamment par le réseau d'eau potable ;
que dans ces conditions, la circonstance que le maire n'aurait pas recueilli l'avis du syndicat
intercommunal des eaux, gestionnaire du réseau d'eau potable, qui n'a pas été susceptible
d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise et n'a pas privé les
intéressés d'une garantie, n'a pas constitué une irrégularité de nature à entacher la
légalité de cette décision ; »
> CAA Nantes, 13 juin 2014, no 12NT01161 : « 4. Considérant que la circonstance
que le maire n'aurait pas recueilli les avis ou accords prévus par les dispositions précitées, qui
n'a pas été susceptible d'exercer, en l'espèce, eu égard notamment, aux motifs sur lesquels
elle se fonde, une influence sur le sens de la décision prise et n'a pas privé l'intéressé d'une
garantie, n'a pas constitué une irrégularité de nature à entacher la légalité de cette
décision ; »
De plus, si le refus d’autorisation d’urbanisme ne repose pas sur ce motif,
cette omission demeure sans incidence sur sa légalité.
> CAA Douai, 28 mai 2015, no 13DA01602 : « 7. Considérant que si le maire n'a
pas recueilli les avis ou accords des services gestionnaires des réseaux prévus par les
dispositions précitées, cette circonstance n'a pas été, en l'espèce, de nature à priver M.
B...d'une garantie ou à exercer une influence sur le sens du certificat d'urbanisme contesté
dès lors que cette décision ne se fonde pas sur un tel motif ; »
En l’espèce, l’arrêté de refus est pris au visa de l’article L.121-8 du code
de l’urbanisme, sans lien avec les réseaux.
Le rattachement au réseau n’a pas été un élément déterminant
concernant le sens de cet arrêté et n’a pas privé les requérants d’une
garantie.
Le moyen ne prospéra pas.
[B] SUR LA LEGALITE INTERNE :
1°) Sur l’absence de continuité avec un village ou une
agglomération :
Le requérant pense pouvoir établir que le projet serait en continuité de
l’agglomération de Rothéneuf, par là il serait respectueux de l’article
L.121-8 du Code de l’urbanisme.
Cette argumentation est erronée.
En premier lieu, en droit, aux termes de l’article L.121-8 du Code de
l’urbanisme : « L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les
agglomérations et villages existants. (…) »
À ce titre, l’autorité administrative veille à ce qu’une autorisation
d’urbanisme respecte l’article L. 121-8 de ce code, en tenant compte des
dispositions du schéma de cohérence territoriale applicable. Ce dernier
établit les critères d’identification des villages, agglomérations et autres
secteurs déjà urbanisés, ainsi que leur localisation, à condition que ces
dispositions soient suffisamment précises et compatibles avec la
législation spécifique au littoral (CE, 9 juillet 2021, n° 445118).
En second lieu, en l’espèce, si la présence d’une agglomération n’est pas
contestée, la continuité fait défaut.
L’analyse macroscopique de la forme urbaine démontre bien l’absence de
continuité agglomérée jusqu’au terrain d’assiette :
Cette agglomération dense à l’ouest, décroit jusqu’à la parcelle, pour ne
devenir qu’un linéaire peu densément urbanisé, avec un seul rideau
d’urbanisation au nord sur de très vastes parcelles.
Quant à l’analyse microscopique, cette dernière montre bien une rupture
du linéaire sur le versant sud de la route :
Et au nord, des terrains bâties mais en retrait d’implantation par rapport à
la voie publique :
A ce titre, la présence de la route démontre bien l’absence de continuité.
Le terrain est situé à une grande distance des constructions :
Aucune continuité n’est caractérisée.
Le moyen est infondé.
2°) Sur l’inclusion du terrain d’assiette en EPR :
Les requérants affirment que l’autorité administrative aurait commis une
erreur d’appréciation en incluant le terrain d’assiette du projet en EPR.
Le PLU n’identifierait pas d’EPR et au vu de l’absence de co-visibilité avec
la mer, le terrain d’assiette n’est pas en EPR.
Cet argumentaire est erroné.
En premier lieu, en droit, pour qualifier un EPR la jurisprudence combine
plusieurs critères : " celui de la visibilité appréciée aussi bien depuis le rivage que de
l’intérieur des terres ; celui de la distance ; celui du relief et de la configuration particulière
des lieux " (CE, 12 février 1993, n° 128251 et 129406)
Ainsi, trois critères alternatifs existent pour caractériser un EPR.
Le critère de la proximité tend à qualifier les EPR, même en l’absence de
co-visibilité (CAA Nantes, 9 mars 2012, n°11NT00985 ; voir également CAA
Nantes, 23 mars 2012, n°10NT01519 ; CAA Bordeaux, 30 décembre 2004,
n°00BX01787).
>CAA Marseille, 16 mai 2012, n°10MA02928 :
En ce sens, un lieu-dit, situé à environ 400 mètres de la mer et séparé de
celle-ci par une zone naturelle, est considéré comme un EPR, même si la
vue sur la mer est obstruée par un rideau d'arbres (TA Rennes, 4 mai
2005, n° 041148).
En second lieu, en l’espèce, le requérant énonce qu’il serait situé à 200
mètres du rivage, en étant dénué de co visibilité avec la mer.
Toutefois, il ne verse aux débats aucun éléments suceptibles de soutenir
ses dires.
En effet, le terrain est en hauteur par rapport au rivage :
Quant aux prétendus « pare-vue », ces derniers ne sauraient obstrués la
vue :
La construction projetée serait par-là visible depuis la mer.
S’il en allait autrement, une distance de 200 mètres n’est pas suffisante
pour disqualifier un EPR.
4) A titre subsidiaire, sur l’ensemble cohérent :
Si une continuité avec un village ou une agglomération était qualifiée, le
projet serait dès lors au sein d’un ensemble cohérent, emportant la
qualification d’EPR.
En effet, le critère de la Co-visibilité peut-être écarté dans le cas d’un
ensemble cohérent.
Ont été considéré comme ensemble cohérent les situations spatiales
suivantes : “10. Considérant que le secteur dans lequel se trouve le terrain d'assiette du
projet litigieux correspond à l'espace, d'une largeur maximale d'environ 300 mètres, situé
entre les rives du lac d'Annecy et la route départementale 909 ; que ce secteur quasiment
plat forme un ensemble paysager cohérent, et supporte un tissu bâti de faible densité qui
préserve en de multiples points la covisibilité entre cette zone et le lac ; qu'ainsi, le terrain
en cause, même s'il n'est pas lui-même visible depuis la rive, se situe dans un espace
proche du rivage au sens de la disposition précitée ; que toutefois, pour les mêmes raisons
que précédemment, l'association Lac d'Annecy environnement ne peut utilement contester,
sur le fondement du II de l'article L. 146-4 du code de l'urbanisme, les droit acquis conférés à
M. E...et Mme C...par le permis de construire délivré le 13 juillet 2007, auquel l'arrêté
contesté ne s'est pas substitué en tant qu'il autorise une construction nouvelle sur ce terrain ;
qu'ainsi qu'il a été dit, les modifications apportées au projet initial par ledit arrêté n'opèrent
par elles-mêmes aucune extension de l'urbanisation ; qu'ainsi, le moyen tiré de la violation
du II de la disposition précitée ne saurait être accueilli ; » (CAA Lyon, 23 avril 2013,
n°12LY03070)
> CAA de Nantes, 25 novembre 2011, n°10NT01115 : « qu'il ressort des pièces
du dossier, que la zone 1 AUch est située en surplomb du village de Carteret, à la limite du
massif dunaire de Beaubigny ; que cette zone, actuellement entièrement naturelle et
dépourvue de toute construction, est située à 840 mètres du rivage, dont elle est séparée
tant par le bourg de Carteret que par des espaces demeurés à l'état naturel ; qu'alors
même que certaines de ses parcelles ne sont pas situées en covisibilité de la mer, elles
forment un espace naturel cohérent en continuité avec le massif dunaire de Beaubigny ;
qu'il suit de là, que la zone 1 AUch du plan local d'urbanisme constitue un espace proche du
rivage pour l'application des dispositions du II de l'article L. 146-4 précité, dans lequel
l'extension de l'urbanisation doit être limitée et motivée selon des critères liés à la
configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité
immédiate de l'eau ; »
> CE, 3 juin 2009, n°310587 : « Considérant en troisième lieu qu'il ressort du dossier
que l'espace proche du rivage de la COMMUNE DE ROGNAC, délimité par la directive
territoriale d'aménagement des Bouches-Rhône, s'étend dans les terres jusqu'à la ligne de
chemin de fer Paris-Lyon-Marseille incluant la moitié du centre historique de la commune ;
que le point le plus éloigné du rivage se situe au nord de la commune, à 1 350 mètres ; que
cette délimitation a été déterminée au regard de l'élément de rupture le plus marqué du
territoire formé par la voie ferrée longeant le rivage et s'en rapprochant au sud de la
COMMUNE DE ROGNAC ; que l'autre élément de rupture constitué par la route
départementale 113 n'a pas été retenu en ce que cette route est située en grande partie à
toute proximité du rivage, à l'intérieur même de la bande des 100 mètres inconstructible aux
termes des dispositions de l'article L. 146-4 III du code de l'urbanisme ; qu'ainsi, compte tenu
de la configuration des lieux le long de l'étang de Berre, la largeur retenue de l'espace proche
du rivage, sur le territoire de la COMMUNE DE ROGNAC n'est pas excessive ; »
> CAA de Nantes, 30 septembre 2011, n°10NT00802 : « que si le terrain
d'assiette de l'opération projetée est séparé au nord-ouest du golfe du Morbihan, distant
d'environ 400 mètres, par une urbanisation continue, en revanche il n'est situé qu'à 300
mètres de la rade de Navalo sur l'océan atlantique au sud-ouest, dont seule le sépare une
urbanisation lâche formée de maisons individuelles et de jardins, répartis en bordure du
rivage et sur une voie parallèle à ce dernier ; que dans ces conditions, alors même qu'il ne
bénéficierait pas de vues sur la mer et ne serait pas visible de celle-ci, ledit terrain doit être
regardé comme inscrit dans un espace proche du rivage au sens du II de l'article L. 146-4
précité ; »
Par conséquence, en tout état de cause le projet est illégal.