Évolution des institutions internationales
Évolution des institutions internationales
Les premières institutions internationales résultent de la nécessité de développer des techniques qui
permettent de nouer des relations entre les unités politiques qui composent la société internationale. Il en
va ainsi par exemple des relations diplomatiques. Il en va de même des accords internationaux. On va
voir apparaître par la suite l'institution de l’arbitrage, puis de nouvelles institutions internationales avec
le développement de nouvelles techniques.
L’évolution des institutions internationales a lieu véritablement à partir du 19ième siècle. Cette
évolution est marquée par le perfectionnement des grandes institutions internationales. Par exemple, le
statut des agents diplomatiques va être amélioré par la Convention de Vienne de 1815. Le droit
humanitaire va être codifié par les Conventions de la Haie de 1899 et de 1907. Le droit de la mer va lui
aussi être réglementé par des conventions internationales. Mais durant cette période, on va voir apparaître
une nouvelle sorte d` institution internationale, à savoir les premières organisations internationales.
Depuis lors, on observe une diversification des institutions internationales.
Première partie : Les institutions-personnes
L’expression « institution-personne » ou institution-corps ou encore institution organisme désigne
une collectivité humaine unie par une idéologie ou un besoin commun et soumise à une autorité reconnue
et à des règles fixes. L'institution-personne a une existence propre, distincte de celle de ses membres pris
individuellement. En droit interne, on peut citer, au titre des institutions personnes, l’Etat1, les
associations, les sociétés commerciales, etc. Dans l’ordre international, cohabitent de nombreuses
institutions, les unes ayant la qualité de sujet de droit international, les autres en étant dépourvues.
Titre 1 : Les institutions ayant la qualité de sujet de droit international
Les institutions-personnes revêtues de la qualité de sujet de droit international sont l’Etat2 et
l’organisation internationale.
Chapitre 1 : L’Etat
Sujet originaire et principal du droit international, l’Etat peut être défini comme un groupement
d'individus, établis sur un territoire déterminé, sous l’autorité effective d'un gouvernement, et présentant
la qualité d'être souverain.
L’Etat est une réalité évidente que l’on peut saisir à travers ses éléments caractéristiques (section 1)
et ses compétences (section 2). Dans la même optique, il conviendra de faire une classification des Etats
(section 3).
Section 1. Les éléments caractéristiques de l’Etat
Deux types d’éléments, solidaires les uns des autres, permettent d’identifier l’Etat au sens du droit
international. Les uns varient selon les Etats. Ce sont les éléments de fait. Les autres sont communs à
tous les Etats. Il s’agit des éléments juridiques.
Paragraphe 1. Les éléments de fait, conditions d’existence de l’Etat
Selon Pierre-François Gonidec, « L’Etat est d’abord un fait, c’est-à-dire un phénomène issu de la
pratique sociale, à partir de laquelle et en fonction de laquelle on peut construire le concept d’Etat »3.
1
L’Etat est, selon André Hauriou, "l'Institution des institutions".
2
L’Etat est à la fois une institution de droit interne et de droit international.
3
GONIDEC (Pierre-François), Relations internationales, Paris, Editions Montchrestien, 1977, 2ème édition, p. 79.
Il résulte de cette définition que l’existence de l’Etat est tributaire d’un certain nombre d’éléments de
fait. Conditions cumulatives, ces éléments se présentent à la fois comme les seules conditions
indispensables à l’existence de l’Etat.
A. Des conditions cumulatives
Au plan sociologique, l’Etat nait à partir de la réunion de trois éléments de fait : un territoire, une
population et un gouvernement.
1. Le territoire
Pour qu'une population puisse former un Etat, il faut qu'elle soit établie sur un territoire de façon fixe
et permanente. Comme le disait Hauriou, l'Etat est "un phénomène spatial".
a) La notion de territoire
C’est l’espace à l’intérieur duquel l’État exerce ses compétences. Le territoire présente un certain
nombre de caractéristiques et renferme une pluralité de composantes.
- Les caractéristiques du territoire de l’Etat
Le droit international n’impose aucune dimension minimale au territoire terrestre de l’Etat. Aussi,
des Etats à dimension étendue tels que la Chine (9 560 000 km²), la Russie (17 075 400 km²)4, les Etats-
Unis (9 300 000 km²) cohabitent-ils avec d'autres Etats plus petits : la Côte d’Ivoire (322 000 km²), la
Suisse (41 000 km2); le Liban (10 452 km²). On note également la présence de micro-Etats dans la société
internationale5: Monaco (1, 97 km²), le Vatican (0,44 km², 700 habitants), le Lichtenstein (160 km²),
Saint-Marin (61 km²).
Le droit international n’exige pas une unité géographique. Un territoire peut donc être discontinu
(France : métropole et territoires d’outre-mer ; Palestine : la Bande de Gaza et la Cisjordanie) ou composé
d’une multitude d’îles (Indonésie).
- Les composantes du territoire de l’Etat
Le territoire de l’Etat renferme une pluralité de composantes : le territoire terrestre, le territoire
maritime, le territoire aérien
Le territoire terrestre de l'Etat comprend le sol et le sous-sol. Il englobe les fleuves, les lacs, les
lagunes et les mers intérieures (ex: Mer Caspienne, Mer d'Aral, Mer d'Azov, Mer Morte). Il est délimité6
par des frontières c’est-à-dire des "lignes de partage entre deux souverainetés"7.
Le territoire maritime de l'Etat est adjacent au territoire terrestre qu’il prolonge. Il comprend les eaux
intérieures (eaux situées en deçà de la ligne de base ; les eaux enclavées dans les terres : ports, estuaires,
baies), la mer territoriale (12 milles marins, c’est-à-dire 22,250 km à partir de la ligne de base) et la zone
économique exclusive (200 milles marins ou 370 km).
4
L’URSS faisait 22.274 000 km².
5
On peut s’interroger sur l'aptitude des micros Etats à participer à la vie internationale au regard de l'article 4 paragraphe I
de la Charte des Nations Unies qui dispose : " Peuvent devenir membres des Nations Unis tous autres Etats pacifiques qui
acceptent les obligations de la présente charte et, au jugement de l'organisation, sont capables de les remplir et disposés à le
faire".
Ces Etats ont-ils des moyens humains et financiers nécessaires pour participer aux missions de l’ONU chargées du maintien
de la paix, ou régler leurs contributions ?
6
Historiquement établies, les frontières sont généralement consacrés par des actes juridiques, souvent des traités paix.
7
La CIJ, dans l'" Affaire du Différend territorial Lybie-Tchad", arrêt du 3 février 199, dispose: « définir un territoire est définir
ses frontières ».
Le territoire aérien désigne l’espace situé au-dessus du territoire terrestre, des eaux intérieures et de
la mer territoriale de l’Etat.
b) Le régime juridique du territoire
Le territoire est un titre juridique en vertu duquel l’Etat exerce des droits et supporte des obligations.
- L’étendue du titre territorial
Le territoire terrestre est soumis de façon absolue et exclusive à la souveraineté de l'Etat.
Concernant le territoire maritime, il y a lieu de faire une distinction de régime juridique entre les
espaces maritimes. Dans les eaux intérieures et la mer territoriale, la souveraineté de l'Etat est totale.
Dans la zone économique exclusive, l'Etat va jouir d'un certain nombre de droits souverains, c’est-à-dire
des droits finalisés, liés à l’exploitation des ressources biologiques de la colonne d’eau et du sol.
Le territoire aérien est, quant à lui, soumis dans son ensemble à la souveraineté de l’Etat qu’il
surplombe8. L’utilisation du territoire aérien peut être réglementée9, c’est-à-dire autorisée ou interdite
par les Etats10.
- Les droits et obligations de l’Etat sur son territoire
Le territoire permet à l’Etat d’exercer la compétence territoriale. Ainsi, sur son territoire, l’Etat
réglemente les personnes, les biens, les activités et d’une manière générale toutes les situations qui s’y
déroulent. La règlementation se fait à travers la compétence normative, c’est-à-dire le pouvoir de l’Etat
de faire des lois ou des règlements qui s’imposent aux personnes se trouvant sur son territoire.
La compétence territoriale est exclusive, autonome et plénière.
Cette compétence n’est pas illimitée. En effet, l’Etat doit respecter les droits de l’homme à l’égard
des personnes qui se trouvent sur son territoire. En outre, il existe en droit international un principe qui
impose à l’Etat une obligation de vigilance. Il en résulte que l’Etat doit veiller à ce que son territoire ne
soit pas utilisé pour porter atteinte aux droits d’autres Etats. Par exemple, si un acte terroriste est préparé
sur le territoire d’un Etat et qu’il est possible de prouver que ceci a été rendu possible parce que l’Etat
n’a pas suffisamment surveillé son territoire, il peut voire éventuellement sa responsabilité engagée.
Au total, le territoire est le fondement juridique à la fois d’un ensemble de droits mais aussi
d’obligations.
2. La population
Selon le droit international, il ne peut pas y avoir d’Etat sans population, c’est-à-dire, s’il n’y a pas un
groupe humain résidant de manière permanente sur l’espace territorial.
a) Les caractéristiques de la population
Le droit international n’impose pas de condition particulière. Il n’est pas nécessaire que la population
soit importante en nombre. Les micro-Etats se caractérisent par une population très faible.
Le droit international n’exige pas que la population présente des caractéristiques particulières. Il
n’exige pas, par exemple, qu’elle constitue une nation, c’est-à-dire un groupe humain soudé par un
8
Le traité de Paris du 13 octobre 1919 et la convention de Chicago du 7 décembre 1944.
9
Toutefois, à l’intérieur de son territoire aérien, l’Etat est tenu de respecter un certain nombre de libertés pour les avions à
utilisation pacifique. Il convient de préciser que l’espace aérien est insusceptible d’appropriation nationale.
10
Le 31 août 1983, l'aviation soviétique a abattu un bœing 747 de Korean Air ayant violé l'espace aérien soviétique (269
morts).
sentiment appartenance culturel, linguistique ou un même ensemble. On doit cependant préciser que le
droit international, à deux moments de son histoire, a favorisé la création d’Etat, lorsque la population
faisait preuve d’une certaine homogénéité. D’abord, au milieu du 19e siècle est apparu le principe des
nationalités selon lequel tous les individus appartenant à une même nation avaient le droit de se
constituer en Etat. Sur la base de ce principe sont apparus au 19e siècle, l’Allemagne et l’Italie et après
la 1ère Guerre mondiale, la Pologne ou encore la Tchécoslovaquie. Ensuite, a été consacré par la Charte
des Nations Unis le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Sur la base de ce principe, l’ONU a
favorisé les luttes des mouvements de libération nationale.
La population de l'Etat est composée de nationaux et de non nationaux.
Les nationaux ou ressortissants d'un Etat sont les personnes rattachées à l'Etat par le lien de la
nationalité. La nationalité est exclusivement attribuée par L'Etat qui, en la matière exerce une compétence
discrétionnaire. Différents procédés d'attribution de la nationalité sont utilisés par l’Etat :
- Le jus soli (=droit du sol) : Un enfant né sur le sol d’un Etat aura la nationalité de cet Etat ;
- Le jus sanguinis (= droit du sang) : Un enfant né de parents ayant la nationalité d'un Etat aura la
nationalité de cet Etat ;
- Le mariage : un étranger épousant le national d'un Etat acquiert la nationalité de cet Etat. Certaines
conditions pourront être envisagées pour éviter les mariages de complaisance (durée, résidence
commune, etc.).
- La naturalisation : un étranger résidant sur le territoire d'un Etat pourra, sous certaines conditions
(durée du séjour, acquisition de la langue, etc.) acquérir la nationalité.
- L’adoption : un enfant étranger adopté par le national d'un Etat pourra obtenir la nationalité de
l'adoptant.
Selon les Etats, tel ou tel procédé pourra être choisi ou combiné avec un autre.
Les étrangers sont des personnes ayant la nationalité d’un autre Etat ou n’en disposant pas du tout
(apatrides) et qui se trouvent sur le territoire de l’Etat.
b) Le régime juridique de la population
- Les droits et obligations de l'Etat à l'égard de ses nationaux.
A l'égard des nationaux résidants, la compétence de l'Etat est exclusive. En d’autres termes, lorsque
les nationaux sont sur le territoire national ils sont entièrement soumis à la compétence territoriale de
leur Etat national.
La compétence de l'Etat suit le national à l'étranger où qu'il se trouve. C'est ce qu'on appelle la
compétence personnelle de l'Etat à l'égard de ses nationaux. Exemples : Législation fiscale, service
militaire, etc.
Mais si la puissance publique a le droit d'exiger des devoirs de ses nationaux, elle leur doit protection.
A l'étranger ce sera la protection diplomatique que l'on peut analyser comme la substitution d'un rapport
Etat-Etat à un rapport individu-Etat.
- La condition juridique des étrangers
−> Les pouvoirs de l’Etat territorial sur les étrangers.
L'Etat est libre d'admettre ou non des étrangers sur son territoire. Il peut soumettre cette entrée à des
conditions : visa, résidence, revenus, vaccination (problème du SIDA), possession d'un billet de retour
etc.... La compétence de l’Etat en la matière peut être limitée par les conventions internationales qu’il a
conclues avec d’autres Etats
Il peut mettre en place un contrôle qui relève de la police des étrangers ; Il peut les expulser. Exemple
: Attitude des Etats-Unis à l'égard des japonais résidant sur le territoire us et japonais américains de
décembre 1941 à 1946.
L’étranger doit se soumettre aux lois de l’Etat d’accueil. Par exemple, si la législation réserve
certaines professions aux nationaux, l’étranger ne pourra pas y accéder. De la même manière, les droits
de la citoyenneté sont réservés généralement aux nationaux. En général, seuls les nationaux sont admis
aux élections politiques dont les étrangers sont exclus. Là encore, la compétence de l’Etat peut être
limitée par les conventions internationales qu’il a acceptées.
On doit cependant préciser qu’en dehors de toute obligation conventionnelle, il y a eu quelques
tentatives pour donner aux étrangers le droit de participer à certaines élections politiques : les Pays Bas,
et la Suède, en Europe, y ont fait figure de pionnier. La Côte d'Ivoire sous le règne de Félix Houphouët
Boigny, dans le cadre d'une politique générale d'ouverture et de peuplement, a adopté la même politique,
allant même jusqu'à accorder le droit de vote aux étrangers africains résidant sur le territoire pour toutes
les élections. Cette politique fut abandonnée après 1993.
−> Les obligations de l’Etat territorial à l’égard étrangers
L’Etat territorial doit respecter tout accord conclu avec un autre Etat concernant la situation de leurs
nationaux. Certains accords prévoient que les deux Etats vont appliquer le traitement national à leurs
nationaux. Il en résulte que l’Etat d’accueil doit accorder les mêmes droits aux nationaux de l’autre Etat
se trouvant sur son territoire.
Le droit international impose le respect de certains droits fondamentaux à tous les Etats vis-à-vis des
étrangers qui se trouvent sur leur territoire. Ainsi, ils ne doivent pas faire l’objet de traitements contraires
aux droits de l’homme et ils doivent pouvoir accéder à la justice de l’Etat pour défendre leurs droits.
Le droit international reconnaît à plusieurs catégories d’individus un statut spécial que doivent
respecter les Etats.
- Les agents diplomatiques bénéficient d’un statut très particulier sur le territoire d’un Etat.
- Le droit international a forgé un statut spécial pour les apatrides. Plusieurs conventions
internationales leur reconnaissent un traitement favorable que doit respecter l’Etat sur lequel ils
se trouvent.
- Des conventions internationales accordent aux réfugiés un statut protecteur sur le territoire de
l’Etat d’accueil.
3. Le gouvernement
L’Etat doit être organisé de manière à soumettre à un ensemble de règles communes, incarnées et
exprimées par le gouvernement, la population qui vit sur son territoire.
La notion de gouvernement recouvre, au sens large, l’exécutif, le législatif, les tribunaux, l’armée, la
police et l’administration. De manière restrictive, le gouvernement est l’exécutif (le Président de la
République, le Premier Ministre le cas échéant, les ministres et les secrétaires d’Etat).
Cette organisation relève d'abord du droit interne. Cependant comme elle touche au problème de la
nature de la puissance étatique, elle affecte, par là même, la situation de l'Etat en droit international.
La seule condition posée par le droit international public à l'exercice des pouvoirs gouvernementaux
est son effectivité : tout gouvernement représente valablement l'Etat à condition de gouverner réellement.
Ce qui expliquera que les parties en conflit dans une situation de ce genre feront tout pour prouver qu'elles
ont le contrôle effectif de telle ou telle région, alors que leur adversaire tendra à démontrer le contraire.
Si en vertu du principe de l'effectivité, le droit international exige que le pouvoir de l'Etat soit réel
pour l'admettre dans la société internationale, le droit international n'a cependant pas à se préoccuper de
la forme politique sur laquelle se fonde ce pouvoir. Toutefois, les réalités de la vie contemporaine révèlent
une interpénétration de fait entre le statut interne et le statut international de l'Etat (cf. Afrique du Sud).
Si un certain nombre de doctrines et de théories ont pu être présentées à l'encontre du principe
d'effectivité - doctrines Tobar11, Betancourt12, Wilson13 – celles-ci ne sont jamais devenues des règles
générales du droit international public.
Les pouvoirs publics (le gouvernement) interviennent sur le plan international à travers un certain
nombre d’organes : Président de la République, ministres, agents diplomatiques etc.
Si ces éléments objectifs sont nécessaires, ils sont jugés insuffisants par certains auteurs. Ces auteurs
estiment, à tort, qu’un autre élément est nécessaire à l’existence de l’Etat : la reconnaissance.
B. Les éléments de fait et la reconnaissance
La reconnaissance est un acte unilatéral, discrétionnaire, par lequel un sujet de droit international
(Etat, organisation internationale) prend acte d’une situation ou d’un fait et dont il va tenir compte dans
les relations internationales.
La réunion des éléments subjectifs suffit-elle pour que l’Etat naisse ? Ou alors faut-il adjoindre à ces
éléments un acte de reconnaissance ? La réponse à cette question nécessite que soit examinée la portée
de la reconnaissance. Mais avant, il faut cerner la notion en étudiant ses modalités.
1. Les modalités de la reconnaissance
La reconnaissance peut être expresse : déclaration verbale ou consignée dans un écrit. Elle peut être
implicite c’est-à-dire liée au comportement (coopération économique, échange d'ambassadeur, traités
bilatéraux avec un Etat non encore reconnu, traités multilatéraux à moins que l'Etat n'indique clairement
sa volonté de ne pas reconnaître l'une des parties).
La reconnaissance peut être individuelle ou collective : Les pays de l'UE voulant progressivement
une politique étrangère commune ont décidé, le 16 décembre 1991, d'une part d'organiser un mécanisme
de reconnaissance collective et d'autre part de ne reconnaître que les Etats accédant à l'indépendance et
11
Doctrine Tobar : Contenue dans un traité du 20 décembre 1907, entre le Costa-Rica, Guatemala, Honduras, Nicaragua,
Salvador et Equateur. Exprimée par le ministre des affaires étrangères de l'Equateur. Les Etats s'engagèrent à ne pas
reconnaître un gouvernement issu d'une révolution et établi chez l'un d'eux tant que ce gouvernement ne ferait pas apparaître
des formes constitutionnelles et une représentation populaire.
12
Doctrine Betancourt : Du nom de Romulo Betancourt, président du Venezuela en 1958. Cette doctrine interdit la
reconnaissance des gouvernements issus d'un coup de force. Romulo Betancourt avait antérieurement pris le pouvoir à la suite
d'un coup d'Etat en 1945, jusqu'en 1948 où il avait été renversé par un autre coup d'Etat.
13
Théorie de la légitimité révolutionnaire de Wilson : On refuse de reconnaître les gouvernements fondés sur la violence
ou l'usurpation inconstitutionnelle.
la souveraineté en vertu du principe d'autodétermination. Exemple : déclaration de reconnaissance
collective des ex-Républiques Soviétiques.
La reconnaissance peut être de jure ou de facto. La reconnaissance de jure est une reconnaissance
consacrée juridiquement. Elle est pleine et entière, définitive et irrévocable. Ses effets juridiques sont
obligatoires. La reconnaissance de facto est provisoire et révocable. Elle a donc des effets juridiques
limités.
La reconnaissance est un acte discrétionnaire et donc essentiellement lié à des considérations
d’opportunité politique.
On relève cependant des limites au caractère discrétionnaire de la reconnaissance :
− il y a un devoir de non reconnaissance en cas d’État résultant d’un usage illicite de la force. Ex :
Mandchoukouo, 1931 : les États-Unis ont refusé de le reconnaître (doctrine STIMSON) repris dans une
déclaration de la SDN le 11 mars 1932 (condamnation du Japon) ;
− il n’y a pas de reconnaissance en cas d’État fictif : ex du Bantoustan ;
− la reconnaissance sous conditions : il y a des pressions extérieures pour que l’État nouveau se
soumette à un modèle (ce qui à pour but de lutter contre la déstabilisation de la région par le nouvel État).
Ex : En 1991 la CEE a reconnu les pays de l’ex-URSS aux conditions suivantes :
● respect des dispositions de l’ONU sur l’État de droit, la démocratie, les Droits de l’Homme etc.
● garantie du respect des droits des groupes ethniques
● respect des frontières.
Les pays de l’ex-Yougoslavie ont été soumis aux mêmes conditions
2. La portée de la reconnaissance
Le problème le plus souvent débattu en doctrine concerne le caractère constitutif ou déclaratif de la
reconnaissance. Deux thèses sont en présence : la thèse constitutive et la thèse déclarative.
La thèse constitutive : elle a pour effet de créer l'Etat, c’est son 4e élément constitutif. Les partisans
de cette opinion (Jellinek, Cavaglieri, Triepel) estiment que l’Etat doit être nécessairement reconnu par
les autres pour exister C’est une thèse marginale car juridiquement contestable. Elle consacre la rupture
d’égalité entre les Etats.
La thèse déclarative : la reconnaissance n’est qu’un constat de l'existence des éléments constitutifs
pour permettre l'établissement de relations diplomatiques. Le refus de reconnaissance n’affecte alors pas
l’existence de fait d’un État et sa compétence sur son ordre interne. Mais le refus de reconnaissance
représente un handicap pour l’État sur le plan international. Même s’il est sans effet juridique, il peut
avoir des conséquences redoutables (ex : Rhodésie). Selon la décision du tribunal arbitral mixte, au sujet
de la Pologne en 1919, « l’Etat existe par lui-même, et la reconnaissance n’est rien d’autres que la
déclaration de son existence reconnue par les Etats dont elle émane ».
Le refus de reconnaissance n’est donc pas un obstacle à l’existence de l’Etat. C’est pourquoi, en dépit
de leur non reconnaissance par certains Etats, l’URSS et la Chine populaire n’ont pas cessé d’exister en
tant qu’Etats au sens du droit interne et du droit international. Par ailleurs, une anticipation de
reconnaissance ne conduit pas à la naissance d’un Etat. Ainsi, la reconnaissance prématurée et précipitée
de la province du Biafra (Nigéria) en lutte de sécession (1967-1970) par la Côte d’Ivoire d’avoir n’a pas
suffi pour donner naissance à un Etat biafrais. Israël qui n’était pas reconnu par les Etats arabes après le
plan de partage en apporte également la preuve.
Paragraphe 2. Les éléments de droit
Ce sont les attributs par lesquels l’Etat peut être identifié dans les relations internationales. Il s’agit
de la personnalité juridique et de la souveraineté. Ces attributs distinguent les Etats des autres sujets de
droit.
A. La personnalité juridique
La personnalité juridique exprime la permanence des intérêts d'une collectivité territoriale à travers
les politiques variables de ses dirigeants changeants. Elle permet de rendre compte à la fois de sa capacité
et de sa continuité.
1/La capacité de l'Etat
Par capacité, il faut entendre la faculté d'agir et de vouloir au nom de la collectivité.
L'Etat devient ainsi de titulaire de droits et de pouvoir, doué d'une vie propre et indépendante des
volontés individuelles de tous ses membres. En cela il constitue une unité distincte des gouvernants eux-
mêmes, c'est-à-dire une personne collective.
2 / La continuité de l'Etat
a) Contenu
Le fait que l'Etat soit doté d'une personnalité juridique propre permettra d'expliquer que l'Etat survit
aussi bien à ses dirigeants éphémères qu'aux générations qui se succèdent.
L'Etat, en effet est permanent, en ce sens que les changements qui surviennent dans sa composition
ou sa direction n'affectent pas son existence ni la durée de ses décisions.
C'est ce qui explique que les traités conclus avec une puissance étrangère survivent aux régimes qui
en ont pris l'initiative. Traité de Rome du 25 mars 1957, créant le Marché Commun par exemple.
b) Conséquences
La reconnaissance d'une personnalité juridique à l'Etat, cette personnification ou, si l'on préfère cette
institutionnalisation permettra ainsi:
− d'imputer à la collectivité nationale les effets de droit qui résultent des activités des personnes
physiques qui la représentent. Exemple: En signant et en ratifiant un traité, le Président de la République
engage la Côte d’Ivoire.
− d’amorcer, à travers la succession des hommes, un fonctionnement continu des pouvoirs,
indispensables à la sécurité des relations (sociales) internationales.
Exemples:
- La continuité de la politique française de défense de la France, depuis 1960: politique de
dissuasion nucléaire, retrait de l'organisation militaire de l'OTAN, en 1966.
- La continuité de la politique française à l'égard de l'Afrique, que les gouvernements français
soient de droite ou de gauche.
La personnalité juridique de l'Etat, pour essentielle qu'elle soit à la définition de l'Etat sur le plan
international, n'est cependant pas suffisante. Elle ne permet pas notamment de la distinguer des autres
collectivités territoriales (commune, département, région). En dépit d'une critique d'une partie de la
doctrine (à la suite de Georges Scelle notamment), le critère qui sera retenu pour définir l'Etat sera celui
de la souveraineté.
B. La souveraineté
Ce critère a été consacré par la pratique internationale. Il est retenu par l'article 2 de la Charte des
Nations Unies du 26 juin 1945, qui dispose :" l'organisation est fondée sur le principe de l'égalité
souveraine de tous ses membres".
a) Sa signification
La souveraineté peut avoir, à la fois, une dimension positive et une dimension négative.
Dans sa dimension positive, la souveraineté est l'expression par laquelle on désigne un pouvoir
suprême, c'est-à-dire un pouvoir supérieur qui ne relève d'aucun autre. Appliqué à l'Etat cette
prééminence se traduit par:
− Une indépendance complète au dehors, et par conséquent l'absence de toute sujétion à l'égard des
puissances étrangères. C'est ce qu'on appelle la "souveraineté externe".
− Une supériorité absolue au dedans, ce qui implique la possibilité d'imposer sa volonté à l'intérieur
de son territoire, non seulement aux individus, mais à tout groupement public ou privé. C'est la
"souveraineté interne". C'est au nom de ce pouvoir supérieur originaire que l'Etat, par exemple, décidera
lui-même de sa propre organisation.
Envisagée sous l'angle de la compétence étatique, on peut dire que la souveraineté est l'exclusivité de
la compétence, l'autonomie de la compétence, la plénitude de la compétence (= théorie de
l'indépendance); le pouvoir de s'"auto-limiter".
Du point de vue de la dimension négative de la souveraineté, l'idée est que l'Etat, sur le plan
international, ne pourra être soumis sans son assentiment à aucune autorité ou organisme qui lui impose
une contrainte.
b) ses implications
1/ les droits fondamentaux de l'Etat dans la société internationale
L'Etat personne est aussi susceptible d'avoir des droits fondamentaux, comme le citoyen à l'intérieur de
l'Etat.
La théorie des droits fondamentaux de l'Etat tend à assurer, à garantir, la liberté de l'Etat dans ses rapports
avec les autres Etats. Ces droits sont dits fondamentaux par ce qu'imprescriptibles, inviolables et pouvant
être invoqués de façon péremptoire en cas de menace les mettant en danger. Ce sont :
− Le droit de conservation
C'est le droit à la vie, à l'existence. Lorsqu'un Etat est historiquement formé et organisé, il ne saurait se
voir refuser la participation à la vie internationale. Cet Etat, juridiquement structuré, politiquement
organisé, ne saurait être assujetti par un autre Etat sous l'effet de la violence.
Chaque Etat a le droit d'assurer les moyens de sa propre conservation : il a le droit de s'armer et de se
défendre.
− Le droit à l'indépendance
Il tend à écarter toute ingérence extérieure dans l'activité de l'Etat. Ce droit entraîne l'application du
principe de non intervention. Il signifie qu'un Etat ne saurait faire pression sur un autre Etat pour le
contraindre à agir d'une certaine manière.
Sont illicites non seulement les contraintes militaires, mais toutes les pressions économiques,
diplomatiques ou autres qu'un Etat puissant peut exercer sur un Etat plus faible.
Exemple: aides économiques liées aux réformes constitutionnelles.
Ce principe va se heurter de nos jours aux idéaux politiques et aux réalités qui vont empêcher sa pleine
application.
Exemples
- Ingérence humanitaire.
- Intervention d'humanité.
− Le droit à l'égalité
Ce droit a été conçu par la théorie classique de manière absolue. Il ne s'agit pas seulement d'une égalité
théorique et abstraite, mais une égalité de fait et pratique.
Ce droit à l’égalité peut être analysé comme la faculté qu'a un Etat d'utiliser les facultés juridiques que
lui confère sa qualité d'Etat. Chaque Etat, quelles que soient ses dimensions, ses capacités économiques
ou militaires est sur un plan d’égalité avec les autres Etats et participe à la vie internationale.
Exemple : Règle de vote "un Etat une voix" dans les organisations internationales.
− Le droit au respect mutuel
Il se distingue à peine du droit à l'égalité. Il a une couleur plus morale. Georges Scelle disait que ce droit
au respect mutuel était une prétention à base psychologique fondée sur le point d'honneur et la fierté
nationale.
Toute marque de mépris (ex: le fait de brûler un drapeau, d'attaquer une ambassade etc...), de
discrimination, va susciter dans un Etat un sentiment d'atteinte à ses prérogatives essentielles
C'est ce droit au respect mutuel qui est à la base des règles de la courtoisie internationale (privilèges
diplomatiques, étiquette diplomatique, cérémonial des voyages, salut au drapeau etc...). Cette pratique
est un élément efficace de l'équilibre des relations entre les Etats.
Exemple: Mesures de réparation de l'assassinat du Ministre d'Allemagne le baron von Kettler, le
20 juin 1900 à Pekin. Voyage d'excuse à Berlin du frère de l'Empereur pour présenter ses excuses à la
Cour, monument expiatoire etc...
− Le droit au commerce international.
C'est le droit qui est reconnu tant aux particuliers qu'aux administrations publiques d'un Etat de participer
aux échanges qui font la vie de toute société internationale. Le droit au commerce international diffère
par sa nature des droits fondamentaux précédents qui reflètent les différents aspects du subjectivisme et
de la souveraineté de l'Etat.
Le droit au commerce international, au contraire, procède quant à lui d'une réalité objective. Cette règle
est véritablement une donnée première de la vie des Etats. C'est une norme fondamentale vue de
l'extérieure même de l'Etat. Il possèdera un corollaire qui sera l'obligation faite aux Etats d'ouvrir à
l'extérieur les territoires qu'ils contrôlent.
2/ Les obligations de l’Etat
La souveraineté impose aussi des obligations dont celle de faire respecter à l’intérieur de son territoire le
droit des autres Etats.
Section 2. Les compétences de l’Etat
On appelle compétence, l’aptitude légale pour un Etat d’agir, c’est-à-dire connaître d’une affaire, prendre
une décision, poser un acte, accomplir une action. L’Etat exerce ainsi des compétences internes et des
compétences internationales.
Paragraphe 1. Les compétences internes
Au plan interne, l’Etat exerce des compétences territoriales, personnelle et fonctionnelle.
A. La compétence territoriale
La compétence étatique est liée à son territoire, il ne peut se concevoir sans cet attribut. Son territoire est
le lieu de prédilection pour exercer ses compétences.
La compétence territoriale est pleine et entière. L’Etat dispose de toutes les compétences sur son
territoire. Les compétences territoriales de l’Etat ne se limitent pas aux nationaux, mais sont valables
pour tous ceux qui se trouvent sur le territoire national.
La compétence territoriale est exclusive. Cela signifie que l’Etat est souverain sur son territoire et
empêche qu’un Etat tiers puisse exercer un acte d’autorité sur le territoire de l’Etat. Aucun autre Etat ne
peut exercer des actes de puissance publique sur le territoire d’un autre Etat.
B. La compétence personnelle
Il s’agit de la compétence qu’un État exerce à l’égard des individus rattachés à ce dernier par le lien de
nationalité. Ce titre de compétence, qui est propre à l’Etat, s’exerce à l’égard de personnes physiques et
morales.
C. La compétence fonctionnelle
C’est celle que l’Etat exerce à raison de ses services publics à l’étranger ou sur le territoire national. Il
s’agit de tout ce qui a trait à l’organisation politique, à la défense nationale, aux services diplomatiques
et consulaires. Ex : les navires, le stationnement des troupes à l’étranger, les ambassades, les consulats.
A côté des compétences internes, l’Etat exerce des compétences internationales.
Paragraphe 2. Les compétences internationales
Elles permettent à l’Etat d’entretenir des rapports avec d’autres acteurs des relations internationales,
notamment des sujets de droit international. Ainsi, l’Etat exerce des compétences internationales de
natures diverses.
A. Les relations diplomatiques
Le droit de légation est une prérogative de l’Etat. IL envoie à l’étranger des diplomates et reçoit ceux des
autres Etats.
B. Le pouvoir de conclure des traités
L’Etat a la faculté de conclure des accords ou conventions internationales avec d’autres Etats ou des
organisations internationales.
C. Le pouvoir de présenter une réclamation internationale
L’Etat peut saisir une juridiction internationale lorsqu’un préjudice lui a été causé. Mais également sa
responsabilité internationale peut être engagée.
Section 3. La classification des Etats
Si juridiquement tous les Etats ont des caractéristiques identiques tenant au fait qu’ils naissent à partir
des mêmes éléments constitutifs (le territoire, la population et le gouvernement), Ils présentent en
pratique des différences notables. On peut les mettre en relief en présentant une typologie des Etats.
La question se pose de savoir quel sera le critère de classification. En se référant à la forme juridique, on
distingue quatre types d’Etats : l’Etat unitaire, l’Etat fédéral, la confédération d’Etats et les unions d’Etats
(union personnelle, union réelle). Si ce critère de distinction ne manque pas d’intérêt, il ne permet pas au
plan sociologique de découvrir la nature profonde de l’Etat. Aussi, convient-il de recourir à d’autres
critères : la nature de la formation sociale, la puissance et le niveau de développement.
Paragraphe 1. La classification reposant sur la nature de la formation sociale
Toute société est remarquable par un mode de production prépondérant déterminé par deux
éléments inséparables: les forces productives et les rapports de production14. Les Etats, en tant que
formations sociales, se subdivisent en trois catégories d’Etats : les Etats capitalistes et les Etats socialistes
et les Etats du Tiers-Monde.
A. Les Etats capitalistes
Les Etats capitalistes peuvent être identifiés à travers un certain nombre d’éléments : le multipartisme, la
démocratie, la possibilité de l’alternance politique, le pluralisme syndical et associatif, la liberté
d’expression et de presse, la liberté d’opinion et de croyance. Le capitalisme se caractérise par la propriété
privée des moyens de productions.
B. Les Etats socialistes
Les Etats socialistes sont les Etats qui, au plan politique, s’identifient par l’existence d’un parti unique,
reposant sur le centralisme démocratique15. Les Etats socialistes se caractérisent également par l’unicité
syndicale et associative, la normalisation de pensée, l’expression de l’opinion et de la croyance. Ils
mettent l’accent sur les libertés concrètes c’est-à-dire les droits économiques, sociaux et culturels au
détriment des droits civils et politiques jugés formels.
Au plan économique, la spécificité des Etats socialistes réside dans l’appropriation collective des moyens
de production et la planification de l’économie.
C. Les Etats du Tiers-Monde
Forgée par Alfred SAUVY, la notion du Tiers-Monde provient de celle de « Tiers-Etats ». Elle désigne
les Etats sous-développés. Un certain nombre d’éléments les caractérisent : pouvoir centralisé, déficit de
liberté d’opinion, de croyance, d’expression et de presse ; production de matières premières ou de
produits de bases ; économie désarticulée ; pauvreté et misère.
Paragraphe 2. La classification fondée sur la puissance
14
GONIDEC (P.F.) et CHARVIN (R.), Relations internationales, Montchrestien, Paris, 1983, p. 53 et suivantes.
15
Définie par LENINE, l’expression centralisme démocratique désigne un principe d’organisation des partis communistes. Il
s’exprime dans l’élection par degré successif des dirigeants, dans la libre discussion de toute décision à chaque niveau de la
hiérarchie.
Serge Sur analyse la puissance comme une capacité à plusieurs degrés, « une capacité de faire ;
capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire », tributaire des moyens
de l’Etat et des circonstances extérieures. Au plan international, la puissance d’un Etat se mesure par sa
capacité de projeter et d’étendre son influence politique, idéologique, économique, militaire, culturelle,
technologiques … sur d’autres Etats.
La puissance s’apprécie à travers différents critères. Dans ses aspects traditionnels, la puissance
est déterminée par les éléments suivants : la force militaire, le facteur démographique, la position
géographique. Aujourd’hui, le contrôle des échanges, des télécommunications et des transactions est un
critère décisif de la puissance.
Sur la base des éléments qui précèdent, la classification opérée permet de répertorier quatre types
d’Etats : les superpuissances, les grandes puissances, les puissances régionales et les puissances
moyennes.
A. Les superpuissances
Ils exercent une influence sur l’ensemble de la planète. Aucun problème d’ordre international ne peut
être résolu sans eux. Pour être qualifié de superpuissance, l’Etat doit satisfaire à un certain nombre
d’exigences :
- Être capable d’assurer sa propre sécurité.
- Avoir des capacités de destruction massives et planétaires
- Être porteur d’un grand dessein pour l’ensemble de la société internationale.
- Détenir des moyens économiques, technologiques, diplomatiques, militaires et idéologiques qui lui
permettent de peser sur la destinée du monde.
Durant la guerre froide, l’URSS et les Etats-Unis étaient les deux superpuissances de la planète. A l’heure
actuelle, les attributs de la superpuissance ne peuvent être reconnus qu’aux Etats-Unis.
B. Les grandes puissances
Qualifiées également de « puissances moyennes », les grandes puissances, sans avoir une influence
déterminante sur l’ensemble du système international, exercent leur domination dans certains secteurs
(économique, politique, militaire)16 et dans certaines zones géographiques17.
C. Les puissances régionales
Ce sont des Etats qui exercent une influence sur un espace géographique considéré. Ces puissances, en
raison de certaines insuffisances qui les caractérisent en matière économique, industriel, militaire ou
politique, ne peuvent être considérées comme de grandes puissances. Au titre des Etats qui peuvent
revendiquer un tel statut, on peut citer l’Afrique du sud, l’Egypte, l’Iran, l’inde, le Brésil, l’Argentine,
etc.
D. Les petites puissances
Ce sont les petits Etats dont l’influence sur l’environnement international est très faible. Quelques-uns
d’entre eux peuvent assurer seuls leur sécurité. Les autres n’ont pas en général les moyens nécessaires
pour préserver leur intégrité territoriale. La solution consiste généralement à se mettre sous la tutelle des
16
L’Allemagne et le Japon sont des grandes puissances industrielles et commerciales.
17
La France, le Royaume uni et la Russie sont des grandes puissances diplomatiques et militaires (La Russie exerce une
grande influence sur le territoire de l’ex-URSS et la France sur l’Afrique).
grandes puissances ou la protection des organisations internationales. Quelquefois, la voie de la neutralité
a été choisie par certains Etats comme la Suisse (depuis 1815) ou l’Autriche (en 1955).
Il faut cependant admettre que les petites puissances ont, grâce au principe majoritaire « un Etat une
voix », une influence non négligeable dans les institutions multilatérales. De même, quelques Etats ont
pesé à un moment donné sur l’environnement international : Cuba en 196218, les Emirats arabes en 1974
lors du premier choc pétrolier19.
Paragraphe 3. La classification fondée sur le niveau de développement
Ce critère de classification permet de distinguer les pays développés des pays sous-développés
A. Les Etats développés
Le développement est, selon François Perroux, « la combinaison des changements mentaux et
sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître son produit réel global »20. Les pays
développés sont ceux qui ont connu la révolution industrielle et dont l’opulence se manifeste par une
multitude de biens matériels et par des réalisations technologiques.
B. Les Etats sous-développés
Le sous-développement traduit l’idée de l’insuffisance et de l’infériorité d’une condition par rapport à
une autre. Le sous-développement est identifiable par les critères suivants : faible produit national brut,
malnutrition, analphabétisation, forte mortalité infantile, maladies endémiques, faible industrialisation,
faiblesse de l’investissement, forte ruralité, faiblesse des classes moyennes, chômage très élevé, travail
des enfants, structures économiques dépendantes de l’extérieur21.
Un Etat sous-développé est donc un Etat caractérisé par des inégalités extrêmes, un pouvoir personnel
ou des déficits démocratiques et qui subit une domination économique extérieure. On recrute les pays
sous-développés en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
18
Pour la première fois depuis 1945, un conflit va opposer les Etats-Unis et l’URSS au sein même de la zone d’influence
américaine à l’occasion de la crise de Cuba.
19
20
PERROUX François, L’économie du XXe siècle, PUF, Paris, p. 19.
21
BREMON J. et GELEDAN A. Dictionnaire économique et social, Hâtier, Paris, 1981, p. 339 et 343.
Chapitre 2 : L’organisation internationale
Au vingtième siècle, la société internationale s’est profondément institutionnalisée avec
l’apparition d’un nouvel acteur sur la scène internationale : l’organisation internationale. Apparu d’abord
sur le continent européen avec la création de nombreuses organisations techniques, le phénomène va
s’universaliser. Ainsi, d’autres organisations vont voir le jour au plan universel (SDN et l’ONU) et
régional. Ces nouvelles institutions internationales sont dotées de la qualité de sujet de droit international.
Pour les distinguer des Etats, il convient de les identifier et d’examiner leur personnalité juridique.
Section 1. Identification de l’organisation internationale
On peut appréhender l’organisation internationale dans sa généralité en examinant ses caractéristiques.
On peut la saisir dans sa diversité en procédant à la classification des organisations internationales
Paragraphe 1. Les caractéristiques de l’organisation internationale
D’après Michel Virally : « Une organisation internationale est une association d’Etats établie par
accord entre ses membres et dotée d’un appareil d’organes permanents chargé de poursuivre la réalisation
d’objectifs d’intérêts communs par une coopération entre eux. »
Il en résulte cinq éléments constitutifs :
1. L’organisation internationale regroupe des Etats
2. Elle est basée sur un accord international (le traité constitutif)
3. Elle suppose la présence d’organes permanents (Assemblée générale, secrétariat général)
4. L’organisation internationale bénéficie d’une autonomie par rapport aux Etats membres
5. Elle vise à assurer la coopération entre Etats
Paragraphe 2. La typologie des organisations internationales
La classification des organisations internationales peut se faire selon des différents critères :
A. Selon les membres
OI à vocation universelle : L’organisation internationale est ouverte à tous les Etats. Il s’agit bien d’une
vocation car il n’existe pas d’organisation internationale comprenant tous les Etats de la planète.
OI à participation restreinte : Il s’agit d’une organisation internationale réunissant des Etats possédant
des liens politique, géographique, économique ou autres comme l’OCDE ou l’OEA.
L’organisation internationale ouverte : Elle est dite ouverte lorsqu’elle permet l’admission de nouveaux
membres sans exiger l’unanimité des Etats membres.
L’organisation internationale fermée : Elle est dite fermée si l’admission d’un nouveau membre exige
l’unanimité des Etats membres et la révision de l’acte constitutif (par exemple l’UE). Toutes les
organisations internationales imposent certaines conditions à l’admission comme l’article 4 paragraphe
1 de la Charte des Nations Unies ou pour le Conseil de l’Europe.
B. Selon les domaines d’activité
OI générales : Tous les domaines d’activité possibles tombent sous le coup de l’organisation comme
l’ONU.
OI sectorielles : L’organisation a compétence dans un certain nombre de domaine comme la sécurité, les
sciences ou l’alimentation.
C. Selon les méthodes de coordination
OI normatives : Les organisations se bornent à harmoniser et orienter le comportement et les actions de
leurs membres comme l’OMS.
OI opérationnelles : Les organisations s’engagent elles-mêmes dans des actions concrètes comme la
Banque Mondiale.
OI mixtes : Les organisations sont à la fois normatives et opérationnelles comme l’ONU.
Nous pouvons aussi établir une autre distinction ; celle entre les organisations de coopération et celles
d’intégration : Les organisations de coopération sont les plus nombreuses, les Etats leur confère certaines
compétences implicites ou explicites ; Les organisations d’intégration se voient déléguer par les Etats
certaines prérogatives et compétences souveraines. Les décisions prises par ces organisations sont
directement applicables en droit interne.
Section 2. La personnalité juridique de l’organisation internationale
Elle est double et s’affirme à la fois dans l’ordre juridique interne et dans l’ordre juridique international.
Paragraphe 1. La personnalité juridique interne
Contrairement aux Etats, l’organisation ne dispose pas de territoire. Cet attribut constitue le point de
départ des compétences de l’Etat, ce qui n’est pas le cas avec les organisations internationales. Au
contraire, ils agissent sur le territoire d’un Etat et il faut donc reconnaître à cette organisation des moyens
pour pouvoir agir. C’est la personnalité juridique interne qui sert à cela.
L’acte constitutif d’une organisation internationale reconnaît généralement cette personnalité. Ex : La
Charte des Nations unies (Art. 104) confère la personnalité juridique interne aux Nations Unies.
L’aptitude de l’organisation internationale à agir sur le territoire des Etats membres et surtout là
où elle a son siège, est une nécessité. Même en cas de silence du traité constitutif, il faut reconnaître la
personnalité juridique interne à l’organisation internationale, c’est un attribut inhérent. Elle peut se
définir à travers 3 prérogatives fondamentales :
1. Capacité de contracter
2. Capacité d’acquérir des biens
3. Capacité d’ester/d’agir en justice
Ce sont trois éléments qui permettent à l’organisation internationale d’agir dans la vie quotidienne.
Ex : Entreprise de sécurité privée qui a utilisé des logos des Nations Unis pour des fins
publicitaires. C’est un détournement du sigle des Nations Unis. Il faut que l’ONU dispose de la
personnalité juridique interne pour qu’elle puisse saisir la justice et demander à cette entreprise
d’arrêter de violer ses droits.
Paragraphe 2. La personnalité juridique externe ou internationale
Elle est en général prévue par l'acte constitutif de l'Organisation Internationale. Cependant, même
dans le silence des textes, toute organisation internationale est dotée de la personnalité juridique, c'est à
dire de l'aptitude à être titulaire de droits et d'obligations. C’est ce qui ressort de l’Avis consultatif de la
CIJ du 11 avril 1949 dans l’Affaire Bernadotte". Il en va ainsi de l’ONU dont la Charte ne prévoit aucune
disposition explicite consacrant la personnalité internationale de celle-ci. A la différence de la
personnalité juridique internationale de l'Etat, cette personnalité juridique est de caractère fonctionnel,
car toutes les organisations internationales sont soumises au principe de spécialité.
L'existence de cette personnalité va avoir des conséquences sur le plan international.
L’organisation internationale pourra exercer un certain nombre de prérogatives :
- Droit de légation
- Droit de conclure des traités.
- Droit d’exercer la compétence fonctionnelle : se traduit par la délivrance de laissez-passer (=
passeport) reconnus, l'exercice d'une protection fonctionnelle qui donnera à l'organisation le droit de
réclamer réparation du préjudice subi par un agent du fait du manquement au respect du droit
international imputable à un Etat.
- Possibilité de bénéficier de privilèges et immunités
En tant que sujet de droit, l’organisation pourra voir sa responsabilité internationale engagée. La
responsabilité internationale de l'OI peut être mise en cause lorsqu'un manquement au Droit
International, causant un dommage à un autre sujet de droit international, lui est imputable.
A côté des Etats et des organisations internationales, sujets du droit des gens22, d’autres acteurs
participent au jeu international. Ce sont les groupements internes à dimension internationale. Le champ
d’intervention de leurs activités, c’est-à-dire le milieu international, confère à ces acteurs la qualité
d’institutions internationales. Toutefois, ce sont des institutions dépourvues de la personnalité juridique
internationale.
22
L’expression « droit des gens » désigne le droit international.
Titre 2
Les institutions dépourvues de la qualité de sujet de droit international
Certaines institutions ne sont pas des sujets de droit international. Cependant, en raison de leur champ
d’intervention, le milieu international, elles sont qualifiées d’institutions internationales. On peut citer
les groupements privés et les mouvements de libération nationale.
Chapitre 1 ! Les groupements privés
Les groupements privés sont des sujets de droit interne dont les activités transcendent les frontières
étatiques. C’est le cas des firmes multinationales et des organisations non gouvernementales.
Section 1. Les firmes multinationales
D’un point de vue économique, une firme ou société multinationale est un ensemble d’entreprises privées
poursuivant un but lucratif, agissant dans plusieurs pays et obéissant à une stratégie commune élaborée
par un centre d’organisation et de décision. Il n'existe pas de définition juridique de la multinationale.
Les plus grandes firmes multinationales ont atteint une puissance financière supérieure à celle de
nombreux Etats. Déjà en 1968, une comparaison du budget annuel de certaines firmes à celui des Etats
indiquait que General Motors occupe la troisième place avec 9,6 milliards de dollars devant l’Italie, (8,6),
le Japon (7,1) et le Canada (7). De même, des multinationales comme Standard Oil, Ford et Shell,
surclassaient la Suède et les Pays-Bas23. Cette situation a fait dire que les multinationales étaient en train
de supplanter les Etats. Cette puissance financière peut permettre aux firmes multinationales de jouer
un rôle important dans le système international.
Une firme transnationale peut être un facteur de puissance de l’État d’origine, à l’exception de
celle qui, en raison de son organisation, affiche une véritable indépendance à l’égard de celui-ci24. Si l'on
se réfère au caractère centralisé des firmes transnationales, c'est-à-dire au fait que ces dernières possèdent
le plus souvent un centre principal de décision, l'État peut avoir une influence sur celles-ci et les utiliser
comme instruments. Quelle que soit l'internationalisation de ses opérations, une société appartient,
psychologiquement et sociologiquement, à sa région d'origine. Il est possible que ses directeurs acceptent
les souhaits et ordres des gouvernements des Etats auxquels ces firmes sont rattachées.
Les firmes transnationales peuvent permettre aux États d'intervenir en dehors de leurs frontières,
d'influencer les États rivaux, d'augmenter leur rayonnement international, de répandre leur culture à
travers le monde. On peut considérer par exemple qu'une société comme Honda, à la pointe de
l'automobile et de la robotique, va augmenter le prestige de son pays d'origine (le Japon) et donner alors
à ce dernier plus de crédit sur la scène internationale.
Les firmes transnationales sont une menace pour les États d’accueil.
En effet, les firmes transnationales créent leur propre espace économique, indépendamment des États, et
leur flexibilité leur permet d'exploiter les disparités de législations sociales ou environnementales, de
mettre ces derniers en concurrence. La souveraineté des États est alors soumise aux stratégies globales
des plus grandes multinationales. Concrètement, l'aménagement d'un port dépend désormais moins des
plans décidés par le gouvernement que ceux des chargeurs, armateurs ou opérateurs des firmes
transnationales.
23
MERLE (Marcel), Sociologie des relations internationales, Dalloz, Paris, 1976, p. 364.
24
MERLE (Marcel), op. Cit., p. 374.
En plus d'influencer les États par un lobbying, elles peuvent avoir recours à de la corruption. Cela peut
aller de la corruption d'agents publics en vue de l'obtention d'un marché, à la capture d'État. Dans cette
dernière, la corruption a lieu le plus en amont possible de la décision, au niveau de la législation.
Les firmes transnationales ont le pouvoir de contrôler les gouvernements et même de renverser un régime
qui leur est défavorable25. La chute du régime de Salvador Allende au Chili en 1973 est ainsi due en
grande partie à la participation de ITT (International Téléphone & Telegraph).
Section 2. Les organisations non gouvernementales
Paragraphe 1. La Notion
A. Définition
Une organisation non gouvernementale ou ONG est une institution d'intérêt public créée par l’initiative
privée, à l’exclusion de tout accord intergouvernemental, regroupant des personnes privées ou publiques,
physiques ou morales, de nationalités diverses et poursuivant des objectifs communs.
L’ONG ne relève donc ni de l'État ni d'une institution [Link] terme d’ONG est en général
réservé aux personnes morales à but non lucratif financées sur des montants importants par des fonds
privés. Les principaux critères définissant une ONG sont:
• L’origine privée de sa constitution
• Le but non lucratif de son action : en principe l’objectif n’est pas le profit.
• L’indépendance financière
• L’indépendance politique : les ONG ne doivent pas être contrôlées par d’autres organisations.
• La notion d'intérêt public
• Le bénévolat des adhérents : même s’il y a des permanents salariés.
Une ONG est une personne morale qui, bien que n'étant pas un Gouvernement, intervient dans le champ
international. Les relations juridiques internationales sont en effet traditionnellement des relations
uniquement entre États (ou entre Gouvernements). On considère parfois le Comité international de la
Croix-Rouge comme l'ancêtre des ONG. Dans le cas d'organisations ayant une envergure internationale
importante, on parle d'organisations non gouvernementales internationales.
B. Les types d’ONG et leurs divers rôles
Les ONG interviennent dans différents secteurs d’activités : les Droits de l’Homme (Amnesty
International ou ATD Quart Monde), les questions humanitaires (CICR), la lutte contre la faim (Action
Contre la Faim), la protection des enfants (World Vision), l’économie mondiale (Mouvements
altermondialistes comme ATTAC), l’écologie (Les Amis de la Terre) ou alors la protection de la nature
(Sea Shepherd Conservation Society ou WWF).
Il convient toutefois de distinguer les ONG caritatives (Médecins sans frontières, Comité international
de la Croix-Rouge), souvent spécialisées dans l’aide d’urgence, des ONG de développement engagées
25
ELIAN (Georges), « Le principe de la souveraineté sur les ressources naturelles et ses incidences juridiques sur le commerce international », R.C.A.D.I.,
1976, T. 149, p. 66. PELLET (Alain), Droit international du développement, Que sais-je ? n° 1731, PUF, Paris, p. 36.
sur des programmes à long terme. En général ces dernières sont plus discrètes, les ONG d’urgence étant
souvent plus médiatisées.
Paragraphe 2. Le statut juridique des ONG
A. Au regard de l’ordre interne
Les ONG sont toutes créées conformément aux règles nationales. Elles sont par conséquent des sujets de
droit interne. Ce statut juridique rend leur situation vulnérable. Il faut souligner en effet que les ONG
sont l’objet de nombreuses tentatives de contrôle de la part des Etats. Ceux-ci disposent d’un pouvoir de
modification unilatérale de la législation nationale qui constitue une menace réelle sur l’existence des
ONG.
B. Au regard de l’ordre international
L’existence des ONG et leur rôle dans les relations internationales sont reconnus par les Etats et les
organisations internationales. Les chartes constitutives de celles-ci prévoient des rapports de coopération
avec les ONG. Certaines organisations leur accordent le statut d’observateur. Il n’en résulte pas
cependant que les ONG sont des sujets de droit international.
Paragraphe 2. Le rôle des ONG dans l’ordre international
Les ONG exercent une influence sur l’élaboration du droit international public : les traités et le droit
dérivé de certaines organisations.
A. L’influence des ONG sur l’élaboration des traités
Il est possible de présenter quelques illustrations d’un tel processus.
Dans le passé, des sociétés savantes ont joué un rôle important dans l’élaboration du droit international
en différentes matières. Ex : droit maritime.
Actuellement, les ONG exercent une influence non négligeable en matière d’élaboration de traités. Leur
apport a été déterminant lors de la négociation de certains traités : la Convention d’Ottawa sur la
prohibition des mines antipersonnel de 1997, la Convention de Rome de 1998 sur la Cour pénale
internationale, de nombreuses conventions sur l’environnement.
Les ONG tirent leur force de persuasion de leur composition non militante et de leur réputation
d’expertise scientifique.
Tendance contemporaine des OI et même de nombreux Etats à associer un certain nombre d’entre elles
aux travaux de ces organisations et aux délégations officielles de ces gouvernements.
Il est toutefois prématuré d’affirmer que la participation des ONG aux conférences internationales est
une véritable obligation juridique pour les organisateurs de ces assises.
B. L’influence des ONG sur l’élaboration du droit dérivé de certaines organisations
1. La reconnaissance de leur existence
Le besoin de collaboration régulière avec les ONG ressentie par les OI.
Ainsi, l’article 71 de la Charte de l’ONU dispose : « Le Conseil économique et social peut prendre toutes
dispositions utiles pour consulter les organisations non gouvernementales qui s'occupent de questions
relevant de sa compétence. Ces dispositions peuvent s'appliquer à des organisations internationales et s'il
y a lieu, à des organisations nationales après consultation du Membre intéressé de l'Organisation ».
Seul un organe de l’ONU, le CES, bénéficie de cette association institutionnelle. Or, tous les domaines
intéressant l’action de l’ONU ne relèvent pas de sa compétence. Il en résulte le caractère restrictif de
cette disposition.
Une coopération similaire est prévue par les actes constitutifs de certaines institutions spécialisées (OIT26,
Unesco27, UIT) et de certaines organisations régionales (OEA, Communautés européennes).
Même dans le silence des textes, rien n’interdit d’établir des relations officieuses ou officielles avec les
ONG : l’OACI, le Conseil de l’Europe, l’OMI utilisent fréquemment des propositions émanant
d’associations spécialisées (l’IFALPA, en matière de sécurité aérienne ; le CMI, en droit maritime privé,
etc).
2. Les modalités de la coopération
Parfois informel, le statut des ONG est fixé par les organes des OI auprès desquelles elles sont
représentées.
A l’ONU, les relations avec les associations internationales sont fondées sur la résolution 1296 (XLIX)
de 1968 du Conseil économique et social, revue et corrigée par la résolution 1996/31.
L’influence des ONG au sein des Nations unies est surtout sensible en matière humanitaire et dans le
domaine des droits de l’Homme. Ainsi, le CICR, « eu égard au rôle et aux mandats particuliers qui lui
ont été assignés par les conventions de Genève de 1949 », s’est vu reconnaitre le statut d’observateur
(en principe réservé aux organisations internationales et aux Etats non membres) par l’Assemblée
générale (Résolution 45/6 du 16 octobre 1990). L’ordre souverain de Malte et l’Union internationale
pour la conservation de la nature en ont également bénéficié. (Résol. 48/265 du 24 août 1994).
26
Les ONG peuvent participer aux activités de l'OIT, notamment aux processus officiels de prise de décisions. Dans ce cas, les ONG jouent un rôle consultatif.
Pour ce qui est des relations consultatives avec les ONG, trois catégories différentes ont été définies. La première correspond aux organisations faisant preuve
d'un grand intérêt pour les activités de l'OIT, bénéficiant d'un statut consultatif soit général, soit régional. A l'heure actuelle, ce pouvoir a été conféré à plus
de 20 organisations. Elles se consacrent toutes soit aux activités des travailleurs, soit à celles des employeurs. La seconde catégorie est composée d'ONG
internationales - autres que des organisations d'employeurs et de travailleurs - partageant les principes et les objectifs énoncés dans la Constitution de l'OIT.
On compte à l'heure actuelle plus de 150 ONG sur cette liste, notamment celles concernées par la défense des droits de l'homme, la lutte contre la pauvreté,
la sécurité sociale et les questions liées aux différences entre les sexes. La troisième catégorie est constituée d'ONG internationales susceptibles d'être conviées
par le Conseil d'administration aux réunions de l'OIT portant sur des questions pour lesquelles elles ont démontré un intérêt particulier.
27
La coopération avec les ONG est basée sur la Constitution de l’UNESCO. En effet, l’article XI.4 dispose : « L’UNESCO peut prendre toutes dispositions
pour faciliter les consultations et assurer la coopération avec les ONG ».
L’UNESCO entretient avec les ONG des relations de consultation et d’association. Les relations de consultation sont ouvertes aux ONG internationales
représentatives. Celles-ci sont appelées à donner des avis qualifiés sur les questions relevant de leur compétence et à contribuer efficacement par leurs
activités à l’exécution du programme de l’UNESCO. Les relations d’association sont ouvertes à un nombre restreint d’ONG internationales capables de
fournir régulièrement des avis sur l’élaboration et l’exécution des programmes de l’organisation. Ce sont des relations de travail étroites et continues.
Chapitre 2 : Les mouvements de libération nationale
Section 1. Le processus de reconnaissance des mouvements de libération nationale
La pratique contemporaine dans ce domaine donne de constater que le processus se déroule en deux
Etapes.
- Une première étape consistera à obtenir une reconnaissance de la part d'organisations internationales
(régionales, puis universelles).
- Une seconde étape, sans aucun doute facilité, par les résultats obtenus lors de la première, à obtenir des
reconnaissances individuelles de la part des Etats.
Exemple : OLP.
- créée à l'initiative de la Ligue arabe le 29 mai 1964;
- reconnue par l'ONU comme représentant du peuple palestinien le 14 octobre 1964;
- observateur permanent à l'ONU, le 22 novembre 1974.- fin des années 1980 reconnaissance par une
majorité des Etats d'une Nation Palestinienne.
- proclamation par Le Conseil National Palestinien de l'Etat de Palestine.
Des phénomènes semblables pourraient être constatés à propos des mouvements de libérations dans les
anciennes colonies portugaises (Res. AGONU n°2918 XXVII du 14/11/72), de la Rhodésie, de la
Namibie.
Section 2. Le régime juridique applicable aux mouvements de libération nationale
La désignation d'un "mouvement de libération nationale", comme représentatif d'un "peuple" va entrainer
pour celui-ci d'un régime juridique. On examinera ses caractéristiques, avant de s'arrêter sur son contenu.
Paragraphe 1. Caractéristiques du régime juridique applicable aux mouvements de libération
Nous en retiendrons trois:
A. La reconnaissance d'un mouvement de libération national a un caractère déclaratif.
Les mouvements de libération ne tiennent leurs droits que de la reconnaissance qui leur est accordée par
les Etats.
B. La personnalité juridique qui leur est reconnue est fonctionnelle. Le seul objectif qu'ils peuvent
poursuivre est leur transformation en Etat.
C. Cette personnalité juridique est transitoire. Elle s'inscrit dans la perspective et les limites de leur
constitution en Etat.
Après la signature d'un accord d'indépendance, le peuple au nom duquel il agissait sera représenté par le
nouvel Etat.
Exemple: Accords d'Alger entre le Portugal et les mouvements de libération de colonies portugaises en
Afrique du 26 novembre 1974.
Paragraphe 2. Contenu du régime applicable aux mouvements de libération
On l'analysera en relevant un certain nombre de points que l'on peut regrouper autour de deux pôles :
dans le cadre des organisations internationales et dans le cadre de relations conventionnelles.
A. Dans le cadre des organisations internationales.
1- Possibilité de participer en tant qu’observateur, au sein de l'ONU et d'autres organisations
internationales aux débats intéressant le territoire en cause ; mais pas de droit de vote.
Exemples:
- Res. (AG/ONU) n°3210 XXIX, du 14 octobre 1974, invitant l'OLP à participer aux délibérations sur la
question palestinienne.
- Res. (AG/ONU) n°3280 XXIX, du 10 décembre 1974, coopération ONU/OUA.
- Res. (AG/ONU) n°3412 XXX, du 28 novembre 1975, coopération ONU/OUA.
2- Possibilité de participer en tant qu'observateur aux conférences de codification et de développement
du droit international.
Exemple: Art. 63 du règlement intérieur de la Conférence sur le droit de la mer.
3- Appui "moral" de l'ONU qui recommande aux Etats membres de considérer les mouvements de
libération nationale comme seul représentant du peuple concerné.
4- Possibilité (plus rare) d'être membre à part entière d'une organisation internationale.
Exemple: OLP membre de la Ligue arabe.
5- Recommandation de l'ONU de faire bénéficier les combattants des garanties du droit de la guerre.
B. Dans le cadre de relations conventionnelles.
1-Les mouvements de libération reconnus vont avoir la possibilité de contracter des engagements
internationaux (ne serait-ce que signer un accord d'indépendance).
Exemple:
Accords d'Evian entre le FLN et la France, du 19 mars 1962.
Lorsqu'un Etat accepte d'entrer en relations conventionnelles officielles fondées sur le DIP avec un
mouvement de libération nationale, il lui reconnaît la qualité de sujet du DIP.
2-Mais cette capacité sera limitée. Il s'agira là encore d'une limitation fonctionnelle. Ils devront s'inscrire
dans ce qui est leur objectif : l'acheminement du peuple qu'ils représentent à la pleine souveraineté;
Exemples: Traités conclus par l'OLP, en vue de continuer la lutte armée, avec le Liban, la Jordanie, la
Tunisie.