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Nécrose humide et cicatrisation des plaies

Les plaies traumatiques et chroniques nécessitent des soins distincts, avec un lavage abondant et un nettoyage mécanique comme étapes fondamentales de la prise en charge. La compréhension de l'écologie microbienne est essentielle pour éviter les infections, et les plaies doivent être couvertes de manière appropriée en attendant un traitement. Une évaluation précise des plaies aiguës est cruciale pour déterminer leur gravité et la nécessité d'une intervention médicale rapide.

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Nécrose humide et cicatrisation des plaies

Les plaies traumatiques et chroniques nécessitent des soins distincts, avec un lavage abondant et un nettoyage mécanique comme étapes fondamentales de la prise en charge. La compréhension de l'écologie microbienne est essentielle pour éviter les infections, et les plaies doivent être couvertes de manière appropriée en attendant un traitement. Une évaluation précise des plaies aiguës est cruciale pour déterminer leur gravité et la nécessité d'une intervention médicale rapide.

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Chapitre 100

Les plaies aux urgences


et l’urgence des plaies

H. LEFORT 1 MD, F. ROLLOT 3 MD, I. FROMANTIN 2 IDE PHD

Points essentiels

■ Les plaies traumatiques et chroniques imposent des soins et des démarches de


soins différentes.
■ La plaie doit être lavée abondamment à l’eau ou au sérum physiologique avant
l’évaluation.
■ Le nettoyage avec une solution aqueuse et la détersion mécanique sont les
deux actes fondamentaux de la prise en charge initiale d’une plaie aiguë aux
urgences.
■ Les antiseptiques doivent être utilisés de façon raisonnée. Pour cela, le
praticien doit comprendre l’écologie microbienne et le bactériocycle naturel au
sein de la plaie aiguë ou chronique.
■ En cas d’attente ou en préhospitalier, les lésions sont couvertes d’un
pansement légèrement humide ou permettant un retrait non traumatique.
■ En présence d’un patient porteur d’escarre ou à risque d’escarre, des supports
associés à des mobilisations régulières.
■ Les plaies tumorales compliquées d’un évènement aigu (hémorragie, infection)
nécessitent une prise de contact rapide avec le service d’oncologie en charge
du malade.

1. Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, Service médical d’urgence, 3 rue Darmesteter, 75013 Paris.
2. Institut Curie, Plaies et cicatrisation, 26 rue d’Ulm, 75005 Paris.
3. Institut Curie, oncogériatrie, 26 rue d’Ulm, 75005 Paris.
Correspondance : Médecin principal Hugues Lefort, Service Médical d’Urgence, Brigade de sapeurs-
pompiers de Paris, 3 rue Darmesteter, 75013 Paris.
E-mail : hdlefort@[Link]

LES PLAIES AUX URGENCES ET L’URGENCE DES PLAIES 1


La plaie est un enjeu du quotidien de l’urgence, des urgences (1). Les plaies aiguës
se positionnent comme deuxième motif d’accès aux soins aux urgences aux États-
Unis (11 %) et représentent 13 % des motifs d’admissions aux urgences en
France (2). La moitié intéressent la tête, un tiers le membre supérieur et 13 % les
membres inférieurs. Mais les plaies chroniques peuvent aussi être vues en
structure d’urgence, soit à l’occasion d’une complication aiguë (ex. : hémorragie,
infection), soit parce qu’elles sont portées par un malade admis aux urgences pour
un événement indépendant à la plaie. Si leurs prises en charge requièrent une
compétence commune en soin de plaie, les approches vont différer, tant
techniquement que d’un point de vue plus général.

1. Plaies et cicatrisation
1.1. L’écologie microbienne cutanée
Il est coutume de décrire la peau en 3 couches : hypoderme, derme et épiderme
avec sa flore commensale (3). Cette écologie microbienne peut être le point de
départ d’une infection si des germes sont introduits dans et sous la peau par un
traumatisme ou par une aiguille, d’autant plus si le patient a un système
immunitaire altéré. D’autres germes sont des intermittents du spectacle parfois au
fort pouvoir pathogène ou résistants (hôpital). Ces germes sont apportés par
les mains sales ou abrités dans des lieux plus intimes et se déposent sur la peau par
les frottements ou la toilette.
Après le traumatisme à l’origine de la plaie, la flore commensale de l’épiderme
recouvre et contamine la plaie de façon constante. Dans la plaie aiguë se
rajoutent des germes extérieurs et divers corps étrangers. Il est primordial de
nettoyer la plaie de façon mécanique afin d’éliminer ces débris avec une solution
aqueuse. Ce nettoyage nécessite parfois l’utilisation d’un antiseptique. La plaie
doit idéalement être recouverte par une compresse humide ou un pansement
permettant un retrait atraumatique (interface vaselinée par exemple) dans
l’attente d’une prise en charge adaptée (4). La cicatrisation est une science à part
entière et l’on décrit classiquement deux façons de cicatriser normalement (5-6).

1.2. La cicatrisation normale de première intention


Elle correspond à celle souhaitée avec la suture. Elle ne peut réussir qu’en
l’absence de contamination par des microbes virulents (morsure par exemple) et le
retrait des tissus abîmés. La suture finale permet l’affrontement berge contre
berge sans collection séro-sanglante (qui favorise l’infection avec un mauvais
résultat esthétique).

1.3. La cicatrisation normale de deuxième intention


Elle est le résultat de l’évolution spontanée de la plaie aiguë ou chronique en trois
phases : détersion, bourgeonnement puis épidermisation (6). À la réaction

2 ■ MOTIFS DE RECOURS AUX URGENCES


d’hémostase immédiate, la réaction inflammatoire fait suite très rapidement,
livrant le spectacle de cette lutte des défenses immunitaires contre l’agresseur
(chaleur, rougeur, douleur, tuméfaction, etc.). Si cette inflammation persiste et
que le germe est présent sous ou dans la peau, il y a séquestration de la zone
contaminée au sein d’un abcès. Cet abcès sera évacué vers l’extérieur, aidé parfois
par incision chirurgicale ou dans un vaisseau avec septicémie. Si la plaie est
ouverte, la détersion suppurée (7) – naturelle – de la plaie, va se poursuivre sur
une durée variable aidée par un cycle bactérien stéréotypé favorable à la
cicatrisation. Une analgésie par voie orale et parfois parentérale est parfois
nécessaire lors des premiers soins. L’utilisation d’antiseptiques ou d’antibiotiques
doit être raisonnée, pouvant venir perturber ce « bactériocycle » par la sélection
de germes résistants et favoriser ainsi la surinfection voire l’extension de l’infection
en dehors de la plaie (4-8).
La cicatrisation dirigée se poursuit ensuite par une phase de bourgeonnement
pour restaurer le derme puis une phase de recouvrement ou d’épidermisation (7).
Le sec tue les cellules et l’intérêt d’une cicatrisation en climat humide
contrôlé (9) permet de maintenir un niveau d’humidité juste suffisant, limite la
douleur (4), augmente la vitesse de cicatrisation en réduisant les coûts tout en
évitant la macération et l’apparition de la « croûte », pansement naturel. La
détersion terminée, les soins sont réalisés tous les deux ou trois jours avec un
pansement non adhérent respectant – au retrait – la fragile nouvelle couche
d’épiderme. Lorsque la peau est reconstituée, la cicatrice commence son histoire
sur plusieurs mois d’évolution avec parfois survenue de complications (6).

2. Les plaies aiguës


2.1. Évaluation initiale préhospitalière ou aux urgences
Les plaies aiguës sont le plus souvent d’origine traumatique. Elles imposent de
s’assurer que le patient est à jour de sa vaccination anti-tétanique (10).
En préhospitalier ou à l’accueil du patient au sein de la structure d’urgence l’enjeu
est d’évaluer la gravité des lésions, ce qui n’est pas toujours un exercice facile. S’il est
dans l’histoire naturelle de toute plaie de cicatriser, le rôle du patient et de ses
aidants (soignants, famille) est d’accompagner le processus de cicatrisation pour limiter
les complications, permettre une réhabilitation rapide de la peau et de la victime
tout en limitant l’altération irrémédiable de cette enveloppe qui fait notre image.
La pertinence de la classification d’une plaie aux urgences n’est pas toujours facile,
plus encore en dehors de l’hôpital dans un contexte de stress émotionnel et
physique lié à un traumatisme récent. La difficulté s’accentue en cas d’existence
de plusieurs lésions dont le pronostic fonctionnel ou vital peut être variable,
nécessitant de prioriser la prise en charge des plaies les plus graves, ce qui fait tout
l’art du secourisme. La plaie est-elle simple dès lors que le derme est respecté ?
L’entretien avec anamnèse et recueil des antécédents du patient est systématique,

LES PLAIES AUX URGENCES ET L’URGENCE DES PLAIES 3


suivi d’une inspection notant la localisation, l’aspect et l’importance du
délabrement.
Au quotidien, cet enjeu des premières minutes est de reconnaître les plaies graves
(compliquées ou complexes) par leurs présentations polymorphes ou par leurs
localisations particulières. Certes, la coupure et l’abrasion sont des plaies
évidentes, mais l’écrasement est-il reconnu suffisamment tôt ? Sans atteinte
cutanée immédiatement visible, la plaie est pourtant déjà bien présente dans la
chair portant son devenir inéluctable par les éléments d’ischémie et de cisaillement
propices à son évolution défavorable. Aussi l’évaluation initiale d’une plaie ne
pourrait souffrir d’un simple « coup d’œil » de la part du secouriste pour être
classifiée de simple.
En fait, la définition d’une plaie « simple » est certainement une définition
a posteriori. Si nombre des plaies en préhospitalier bénéficient d’un simple soin,
autorisant même parfois un certain dédain de la part du soignant qui préfère se
concentrer sur d’autres lésions plus vitales d’un patient polyagressé, d’autres
plaies s’imposent d’emblée comme étant graves et nécessitent un contact
médical. Ainsi, les plaies du tronc, du périnée, du cou appellent généralement une
prise en charge médicalisée préhospitalière. C’est aussi le cas des plaies complexes
concernant les yeux, la face, le scalp, les membres qui imposent parfois un geste
de sauvegarde hémodynamique comme l’arrêt d’une hémorragie, ou fonctionnel
par exemple en réaxant en urgence un membre.
Ces plaies prisent en charge par les soignants présents ou les premiers acteurs de
l’aide médicale d’urgence nécessitent de facto une régulation médicale dans
l’hypothèse d’une médicalisation préhospitalière, et de toutes les façons d’une
destination hospitalière régulée pour être la plus adaptée possible vers un service
spécialisé.

2.2. Le lavage initial, étape fondamentale


Laver la plaie permet l’évaluation (5). Ce lavage doit être abondant et débarrasser
tant que possible la plaie des souillures et d’éventuels corps étrangers. Le lavage
est réalisé à l’eau ou au sérum physiologique sans majoration du risque
infectieux (11), en association parfois à un décontaminant (solution scrub ou un
savon tel que le savon de Marseille). Weiss et al. (12) ont publié en 2013 la
première étude prospective avec de bonnes preuves méthodologiques comparant
l’usage de l’eau du robinet (TW) contrôlée à celle du chlorure de sodium
stérile (SS) pour le nettoyage initial (500 cc) des plaies suturables non
compliquées datant de moins de neuf heures et se présentant aux urgences. Sur
663 patients admis en 18 mois, le taux d’infection (abcès de cicatrice, érythème,
exsudat important, aucune hyperthermie > 38 °C) à un mois était de 6,4 % dans
le groupe SS vs 3,5 % pour le groupe TW dont un peu plus de la moitié sur les
petites plaies (moins de 3 cm) plus difficiles à irriguer.
Par ailleurs, peu d’études sont retrouvées (13-14) qui comparent l’utilisation d’un
antiseptique versus du sérum physiologique pour le nettoyage des plaies aiguës. Il

4 ■ MOTIFS DE RECOURS AUX URGENCES


n’est pas montré de différence significative sur le taux d’infection en utilisant ou
pas les antiseptiques.
Connaître l’étiologie de la lésion est essentiel afin d’anticiper certains risques
comme une infection ou une altération profonde du derme, voire au-delà, même
si la plaie est apparemment de petite taille ou superficielle. Les cas les plus
typiques sont ceux des morsures d’animaux, ponctiformes, avec une possible
inoculation de germes (ex. : Pasteurelles) en profondeur (15), certaines brûlures
chimiques qui vont progresser après l’évaluation initiale ou encore des plaies par
armes blanches (couteau effilé, ciseau, aiguille, etc.) ou à feu de petit calibre.
Si l’ouverture de la plaie n’est pas franche, en l’absence d’un contrôle visuel fiable,
la profondeur et les décollements sous cutanés doivent être appréciés au stylet ou
à l’écouvillon stéril. En cas de doute ou d’impossiblité de réalisation (compétence,
moyen, condition précaire) l’avis médical est requis, par exemple en appelant la
régulation médicale du Service d’aide médicale urgente régional (SAMU,
centre 15).
Après l’évaluation, un antiseptique est éventuellement appliqué selon le risque
infectieux, en tenant compte de l’aspect, de l’étiologie et du patient.
En cas d’attente au sein de la structure d’urgence ou en préhospitalier, les lésions
sont couvertes d’un pansement légèrement humide et/ou permettant un retrait
non traumatique (ex. : compresse humidifiée au sérum physiologique, à l’eau
stérile ou à l’eau minérale ou interface) afin d’éviter la douleur et/ou la reprise de
saignement lors de leur retrait. L’application des pains froids au-dessus du
pansement peut également permettre de réduire la douleur et les saignements
pendant l’attente.

2.3. Conduite à tenir en fonction des grands types de plaies


Les plaies superficielles sont traitées avec une interface (ex. : Urgotul®, Mepitel®,
Adaptic®) ou un hydrocolloïde (ex. : Comfeel®, Algoplaque®). Les lambeaux
superficiels (épiderme) de peau sont préalablement repositionnés sur la plaie afin
de réduire le temps de cicatrisation et assurer une meilleure qualité cicatricielle. Si
la lésion est peu ou pas suintante, elle peut également être recouverte de
pansement hydrogel (ex. : Hydrotac® transparent) assurant une cicatrisation en
milieu humide contrôlé tout en conservant un contrôle visuel.
La brûlure du 2e degré superficielle est un cas particulier (4). Après avoir percé puis
vidé les phlyctènes qui seront excisées, après s’être assuré qu’il s’agit bien d’une
lésion superficielle en constatant un lit de la plaie rouge et douloureux, il est
conseillé d’appliquer une crème antiseptique non stérilisante (bactériostatique)
pendant les premiers jours (Flammazine®, Cicazine®) excepté si la brûlure est située
sur la paume des mains (absence de pilosité) (16). Une brûlure doit être surveillée
quotidiennement en cas de doute sur sa sévérité (grade 2 profond ou 3) qui
nécessiterait une prise en charge spécialisée. La vigilance est de rigueur, après
conseil auprès du centre 15, si les brûlures atteignent le visage, les mains, le cou,

LES PLAIES AUX URGENCES ET L’URGENCE DES PLAIES 5


le périnée, si elles sont circonférentielles au niveau d’un membre, ou s’il s’agit d’un
enfant. En effet, les risques fonctionnels et de séquelles esthétiques sont trop
importants pour en négliger la surveillance. Un avis spécialisé doit être demandé
au moindre doute.

Les plaies ouvertes suturées sont les plus simples en termes de soins et peuvent
être couvertes d’un pansement sec après fermeture ou d’une simple couche
vaselinée à renouveler. Sauf cas particulier, le patient est autorisé à prendre une
douche dès le lendemain, sans pansement. Les morsures et plaies chroniques ne
sont pas des plaies amenées à être suturées.

Les plaies délabrantes (ex. : expositions osseuses, écrasement) sont prises en


charge par des spécialistes dès leurs arrivées en structure d’urgence. Elles restent
couvertes par un pansement humide jusqu’au bloc opératoire.

Les plaies infectées ou risque élevé d’infection (ex. : plaie contaminée, traumatisme
abdominal ou thoracique pénétrant, fracture ouverte, exposition articulaire ou
tendineuse, etc.) indiquent une antibiothérapie prophylactique par voie
intraveineuse (IV). Il est recommandée l’association pénicilline G et métronidazole.

Une plaie peut aussi s’infecter en décours d’une cicatrisation dirigée ou pas. Cela
correspond à l’apparition de signes locorégionaux ou généraux signant une
évolution pathologique de la contamination locale de la plaie : la contamination
s’intensifie pour devenir critique, aboutissant à une infection, stade du
dépassement de la capacité du corps à faire face au volume des germes incriminés
qui diffusent au-delà des limites de la plaie (présence inhabituelle de ganglions,
frissons ou hyperthermie). En cas d’infection avérée ou probable sur une plaie
aiguë, les mêmes antibiotiques IV sont recommandés par l’OMS (érythromycine en
cas d’allergie à la pénicilline).

L’association pénicilline A + acide clavulanique (ex. : Augmentin ®) en IV est


adaptée dans de nombreuses situations, et permet une administration orale en cas
d’absence de signe de gravité (c’est-à-dire hors terrain fragile, infection
systémique, morsures complexes, plaie pénétrante, etc.). La clindamycine est
parfois proposée en second choix, parfois associée à la gentamycine en cas de
fracture ouverte, d’exposition articulaire et tendineuse, ou terrain ischémique
local.

Une réévaluation locale et générale à 12, 24 et 48 heures (selon la gravité initiale)


s’impose pour adapter éventuellement l’antibiothérapie, en considérant aussi la
microbiologie disponible (germes et antibiogrammes), le terrain du patient et ses
traitements antérieurs.

Les antibiotiques sont nécessaires mais insuffisants à traiter une plaie infectée (4).
Ils doivent être associés au parage et au lavage appropriés de la plaie (détersion
active). En cas de morsure animale à risque de contamination par la rage,
contacter un centre de vaccination antirabique dans un délai de 24 à 48 heures.

6 ■ MOTIFS DE RECOURS AUX URGENCES


3. Les plaies chroniques
3.1. Une prise en charge globale du patient
Des patients porteurs de plaies chroniques, ou à risque d’en développer, sont
admis chaque jour aux urgences. Les personnes âgées représentent la population
la plus exposée. La plaie chronique est bien souvent le signe d’une fragilité (ex. :
perte de la mobilité, problème vasculaire) mettant à mal l’une des phases de
cicatrisation et dont il faut tenir compte (17).
Si une escarre ou un risque d’escarre est présent, supports et mobilisations doivent
être mis en place pour éviter que la situation ne se complique. L’immobilité sur un
brancard, pendant plus de trois heures peut causer des dommages dont la
réparation sera longue et incertaine.

3.2. Une prise en charge plus spécifique de la plaie chronique


Les pansements doivent être ouverts et refaits selon le principe de cicatrisation en
milieu humide (9-18). Pour ce faire, si la plaie coule, l’application de pansements
drainants-absorbants sera privilégiée (19) : alginate (ex. : Algosteril®, Biatain®
alginate, Urgosorb®), fibres de carboxyméthylcellulose (ou CMC, dites aussi
hydrofibres : Aquacel®, Urgoclean®), hydrocellulaire (ex. : Allevyn®, Mepilex®). Si la
plaie est suintante (ou sèche) et superficielle, les interfaces hydrocolloïdes ou
hydrocellulaires sont indiquées. Les pansements gras type Tulle Gras® ou Jelonet®
ont peu de place dans le traitement des plaies chroniques.
Le nettoyage est fait à l’eau ou au sérum physiologique (4-12). En l’absence de
signes infectieux avérés, l’application d’antimicrobiens est déconseillée sur ces
plaies colonisées, et d’autant plus s’il s’agit d’une solution antiseptique dont l’effet
est transitoire et inhibé par la présence de débris organiques tels que fibrine,
nécrose ou sang.
Aucune prophylaxie antibiotique n’est indiquée pour une plaie chronique se
présentant aux urgences, sauf si un geste chirurgical imminent est envisagé.

3.3. La plaie tumorale


Parfois, la plaie chronique est un motif d’admission aux urgences, car source
d’infection, de saignement ou de douleurs insupportables. Les patients porteurs
de plaies tumorales évoluées sont particulièrement exposés à ce type d’accident
aigu. Ces plaies sont peu fréquentes comparativement aux autres plaies
chroniques comme les escarres et les ulcères (20).
L’évolution d’une plaie tumorale dépend de la réponse du patient au traitement
anticancéreux. L’atteinte cutanée au niveau du sein est la plus fréquente, avant
celles de la sphère cervico-céphalique ou des atteintes génitales et du pli de
l’aine (21). Ces plaies potentiellement délabrantes et étendues saignent
facilement étant donné le caractère friable de leurs bourgeons. Elles sont souvent
malodorantes sans pour autant être forcément infectées. Elles peuvent mettre en

LES PLAIES AUX URGENCES ET L’URGENCE DES PLAIES 7


jeu le pronostic vital du patient par rupture d’un gros vaisseau, ou d’autres
complications sur des terrains fragilisés par la maladie et les traitements
anticancéreux.
En cas de saignement, l’origine doit être rapidement identifiée afin de définir s’il
est curable ou non. Différents hémostatiques peuvent être appliqués tels que du
Pangen® ou du Surgicel® fibrillaire, voire des pansements hémostatiques utilisés
historiquement sur les plaies hémorragiques par agents vulnérants (ChitosanTM,
Quicklot TM Combat Gauze, etc.) (22-23). Bien entendu, les répercussions
hémodynamiques doivent être rapidement évaluées, notamment par un
monitorage des constantes vitales continu ou régulier, même pour une
hémorragie de moyenne importance, étant donnée la vulnérabilité des malades.
Un contact avec l’établissement de référence doit être très rapidement pris si le
pronostic vital du patient est engagé afin de discuter de la pertinence à maintenir
le malade en vie dans un contexte palliatif.

4. Conclusion
La prise en charge des plaies en préhospitalier ou aux urgences requiert une
attention toute particulière et une adaptation des pratiques selon le type de plaies
et le patient qui la porte. Contrairement à d’autres incidents de la vie, le malade
gardera toujours une cicatrice visible d’une plaie traumatique, d’où la nécessité
d’une prise en charge immédiate de qualité afin d’en limiter les séquelles
esthétiques et fonctionnelles.

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