qLES IMPOTS DIRECTS
Les impôts directs sont ceux qui frappent le contribuable en raison
de ce qu’il gagne ou de ce qu’il possède. Ils sont définitivement supportés
par le contribuable.
Seront successivement abordés sous cette partie :
- l’impôt sur les traitements et salaires ;
- l’impôt sur les revenus fonciers.
- l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux / l’impôt sur
les sociétés ;
- l’impôt sur les revenus de valeurs mobilières.
CHAPITRE I. L’IMPOT SUR LES TRAITEMENTS ET SALAIRES
1
La première apparition de l’Impôt sur les traitements et salaires (ITS)
dans notre système fiscal date de l’année 1999 1. L’ITS est un impôt d’Etat
qui frappe les revenus de salaires 2. Il est un impôt dont le recouvrement
est très facile pour l’administration fiscale à cause du système du tiers
payeur3. L’ITS est retenu à la source par l’employeur qui le reverse au
trésor public. Le salarié n’a aucune obligation fiscale concernant cet impôt,
c’est cependant lui qui en supporte la charge.
A travers la technique de la personnalisation, l’ITS prend en compte
la dimension de l’équité sociale. La progressivité du barème permet de
tenir compte du niveau du salaire.
Pour mieux appréhender l’ITS, il est nécessaire d’examiner les
revenus imposables et non imposables, les personnes imposables, le
calcul de l’impôt, les obligations des redevables et les sanctions.
SECTION I. LES REVENUS IMPOSABLES ET NON IMPOSABLES
Certains revenus sont soumis à l’impôt et d’autres revenus en sont
exonérés. Ces deux aspects seront successivement abordés.
Paragraphe I. Les revenus imposables
Il convient de bien préciser les revenus imposables à l’ITS afin de
pouvoir les distinguer des revenus présentant des similitudes avec les
traitements et salaires, mais qui sont en fait des bénéfices industriels et
commerciaux ou des bénéfices procurés par une activité libérale. Le CGI
énonce que les revenus soumis à l’ITS concerne les revenus en numéraire
et les avantages en nature.
A. Les revenus en numéraire ou en argent
Les revenus imposables à retenir sont les salaires et traitements
proprement dits, les rémunérations versées en raison d’un service passé
(pensions, retraites) et les rentes viagères. Les revenus soumis à l’ITS sont
1
La Loi n°99-011 du 1er avril 1999 portant modification du Code général des impôts supprime l’Impôt général
sur le revenu (IGR) et le remplace par l’ITS.
2
L’ITS remplace depuis le 1er janvier 1999 l’impôt général sur le revenu.
3
Ce système fait que l’impôt est calculé et payé par l’employeur et amenuise ainsi les cas de fraude.
2
ceux en numéraire, en nature auxquels viennent s’ajouter les diverses
indemnités et primes et les pensions et rentes viagères.
Il ressort des dispositions du CGI 4 que les revenus visés par l’ITS
concernent toutes les sommes payées dans l’année aux salariés par les
employeurs publics et privés, directement ou par l’entremise d’un tiers, en
contrepartie ou à l’occasion du travail, notamment à titre de traitements 5,
indemnités6, émoluments, commissions, participations, primes,
gratifications7, gages8, pourboires, c’est-à-dire une somme d’argent remise
au salarié par le client de l’employeur pour lequel il a travaillé et autres
rétributions quelles qu’en soient la dénomination et la forme.
B. Les avantages en nature
Le salarié peut bénéficier, en plus de la rémunération qui lui est
versée en espèces, d’avantages en nature tels que fourniture de
logement, d’eau, d’électricité. Constituent des avantages en nature, les
dépenses de logement, y compris le matériel et le mobilier, de
consommation d’eau, d’électricité, de téléphone et courrier électronique,
domesticité, d’impôts personnels, de transport, y compris les dotations en
carburant, à l’exception des transports en commun lorsqu’ils sont pris en
charge par l’employeur au profit de l’employé. Les avantages en nature
sont imposables à l’ITS. A cet effet, ils sont évalués et leur montant doit
s’ajouter au salaire perçu en espèce pour la détermination de la base
imposable. Les conditions d’évaluation de ces avantages sont déterminées
4
Article 1er du CGI.
5
« Le traitement est une espèce de rémunération, élément principal de la rémunération des fonctionnaires, celle-
ci comprenant en outre différentes indemnités accessoires ; se distinguant en principe du salaire en ce qu’il ne
constitue pas la contrepartie d’un travail fourni mais le moyen pour le fonctionnaire de vivre et de tenir un rang
en fonction de son grade, le traitement n’en est moins subordonné dans son paiement à l’exercice effectif d’un
emploi et à l’exécution préalable d’un service. » CORNU Gérard, Vocabulaire juridique, PUF, 2011, P.1024.
Le salaire se définit comme le prix du contrat de travail : il correspond à la somme due au salarié en contrepartie
de sa prestation de travail. Le salaire est généralement composé d’une partie fixe (salaire de base), convenue
dans le contrat de travail ou la convention collective publique, à laquelle viennent généralement s’ajouter
diverses primes et autres gratifications complémentaires, cet ensemble constituant l’assiette des cotisations de
sécurité sociale (salaire brut).
6
L’indemnité est constituée de « sommes dues en remboursement de dépenses exposées à l’occasion d’un travail
ou d’une mission, soit en complément de rémunération, soit à titre principal pour couverture de frais réels. »,
CORNU Gérard, Vocabulaire juridique, op cit, P.534.
7
Les gratifications sont des versements faits par un employeur en sus du salaire proprement dit à titre de
récompense ou de rémunération exceptionnelle soit spontanément soit en vertu d’un usage ou d’une convention
collective.
8
Nom donné aux salaires de certains employés comme les domestiques, gens de maison, ouvriers agricoles.
3
conjointement par le CGI et les textes réglementaires 9. Ainsi, le montant
imposable des avantages en nature correspond à 50% de leur valeur
réelle10. Lorsque les avantages en nature ont été accordés en numéraire,
leur montant est entièrement imposé.
Paragraphe II. Les revenus exonérés
Les exonérations sont législatives11 et motivées par diverses
considérations. Ainsi, ne sont pas soumises à l’ITS :
- les allocations familiales et les allocations d’assistance à la famille
versées par l’Etat et les organismes de prévoyance sociale ;
- les majorations de soldes, d’indemnités ou de pensions attribuées en
considération des charges de famille et à condition que tous les
salariés de l’entreprise, sans distinction, bénéficient d’une allocation
d’un montant identique pour une même situation familiale ;
- les indemnités spéciales destinées à couvrir les frais de mission ou
de déplacement, les indemnités de risque ou toute autre indemnité
dont l’exonération est prévue par un texte réglementaire 12 ;
- la retraite des combattants, les pensions servies aux victimes civiles
et militaires de la guerre ou à leurs ayants droit ;
- les rentes viagères et indemnités temporaires attribuées aux
victimes d’accidents de travail ;
- les indemnités de licenciement ou de départ à la retraite, dans la
limite des montants fixés par le Code du travail.
Après avoir abordé les revenus imposables et non imposables, il convient
d’identifier les personnes imposables.
9
Voyez à ce sujet les dispositions de l’arrêté n°99-0894 / MF-SG du 18 mai 1999 portant modalités
d’application des articles 7b et 8 du Code général des impôts et fixation de la valeur imposable des avantages en
nature, de l’arrêté n°99-0892/MF-SG du 18 mai 1999 portant modalités de déduction de l’assiette imposable des
primes et indemnités versées en complément du salaire ainsi que celles de la lettre circulaire n°0009/SDRC
relative à l’assiette des cotisations.
10
Voyez dans ce sens les dispositions de l’Arrêté n°99-0894/MF-SG.
11
L’article 3 du CGI fournit la liste des revenus exonérés.
12
Voyez dans ce sens les dispositions de la Loi n°82-36/AN-RM du 16 février 1982 portant institution d’une
indemnité spéciale en faveur de salariés, les dispositions du Décret n°117/PG-RM du 31 juillet 1974 portant
institution d’une indemnité de cherté de vie au profit des fonctionnaires et travailleurs relevant du Code du
travail et les dispositions de l’Ordonnance n°91-056/CTSP du 03 septembre 1991 portant institution d’une
indemnité spéciale de solidarité.
4
SECTION II. LES PERSONNES IMPOSABLES
Pour ce qui est des personnes imposables, le CGI pose un principe
auquel il apporte quelques dérogations.
Paragraphe I. Le principe
Les personnes imposables sont d’une part, les salariés, c’est-à-dire
toute personne liée par un contrat de travail et, d’autre part, les agents
publics de l’Etat ou des collectivités décentralisées. L’impôt est dû au Mali
par toutes les personnes bénéficiaires des revenus 13, quels que soient leur
statut et leur nationalité, qui résident habituellement au Mali et y exercent
une activité salariale rémunérée ou y perçoivent des revenus
imposables14.
Paragraphe II. Les dérogations
Les dérogations peuvent être abordées selon qu’il y a ou non une
convention fiscale.
A. En l’absence de convention fiscale
En l’absence de convention fiscale, le LPF prévoit que sont imposables
au Mali les personnes domiciliées ou ayant une résidence habituelle au
Mali alors même que l’activité rémunérée s’exercerait hors dudit Etat ou
que l’employeur ou la partie versante serait domicilié ou établi hors de
celui-ci. Sont considérées comme ayant une résidence habituelle au Mali :
- les personnes qui possèdent une habitation à leur disposition à titre
de propriétaire, usufruitier ou locataire lorsque, dans ce dernier cas,
la location est conclue soit par convention unique soit par
convention successive, pour une durée d’au moins 183 jours dans
l’année civile ;
- les personnes qui, sans disposer au Mali, une habitation dans les
conditions dans l’alinéa précédent, ont néanmoins au Mali le lieu de
leur séjour principal.
13
Revenus visés aux articles 1e et 2 du CGI.
14
Article 4 alinéa 1er du CGI
5
Les personnes domiciliées ou résidant hors du Mali, à la double
condition que l’activité rétribuée s’exerce dans cet Etat et que l’employeur
ou la partie versante y soit domiciliée ou établie sont imposables au Mali.
Il en est de même des personnes se trouvant en congé hors du Mali, et
qui sont visées à l’article 13 du CGI ainsi que les fonctionnaires ou agents
de l’Etat et des collectivités territoriales servant dans les pays étrangers
où ils sont exemptés d’impôt sur le revenu ou d’un impôt similaire en
vertu des termes des accords internationaux.
B. En présence d’une convention fiscale
Le LPF15 énonce qu’est exempté de l’ITS au Mali le contribuable qui a
son domicile ou sa résidence habituelle dans un Etat ayant conclu avec le
Mali une convention en vue d’éliminer les doubles impositions. Ce
contribuable doit justifier y être imposé sur l’ensemble de ses revenus
dans l’Etat de son domicile.
Après avoir précisé les personnes imposables, la question qui se
pose est celle du calcul de l’impôt.
SECTION III. LE CALCUL DE L’IMPOT
Pour la détermination des bases d’imposition, il est tenu compte du
montant total net des traitements, salaires, pécules, indemnités,
émoluments, primes, gratifications et de leurs suppléments ainsi que de
tous autres avantages en argent ou en nature accordés aux intéressés,
sous réserve des dispositions de l’article 3.
En ce qui concerne les rémunérations allouées sous forme
d’avantages en nature à défaut de bases certaines résultant de
quittances, factures, mémoires ou de tout autre document permettant de
déterminer la valeur intrinsèque et réelle des avantages concédés, il
pourra être retenu les évaluations résultant des diverses conventions
collectives, sans toutefois que l’administration soit liée par ces
évaluations.
15
Article 4 du CGI.
6
Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du
montant brut des sommes payées et de la valeur des avantages accordés
pendant une année :
les retenues faites par l’employeur en vue de la constitution de pensions
ou de retraites dans la limite de 4 % des salaires bruts. Cependant dans
certains cas particuliers, cette limite déductible sera conforme au plafond
fixé par les textes législatifs régissant ces domaines ;
les allocations et indemnités spéciales destinées à couvrir les frais
inhérents à la fonction ou à l’emploi effectivement utilisées conformément
à leur objet. Toutefois, en ce qui concerne les allocations et indemnités, un
Arrêté du Ministre chargé des finances en fixe le maximum déductible.
Le montant de la somme déductible du revenu imposable à titre
d’indemnité de dépaysement des cadres salariés expatriés du secteur
public ou privé est déterminé par arrêté du Ministre chargé des finances.
Pour appréhender le mode de calcul de l’impôt, il convient de décrire
son mécanisme et d’en apporter une illustration.
Paragraphe I. Le mécanisme de calcul
L’ITS est calculé par :
- l’application au revenu imposable des taux d’imposition,
conformément au barème décrit au CGI16 ;
- l’application à l’impôt brut ainsi obtenu des réductions pour charge
de famille17.
Les taux applicables au revenu imposable sont fixés comme suit pour
chaque tranche de revenu :
Tranches de revenus taux Impôt Cumul
0 à 0% 0 0
330.000
330.001 à 5% 12.420 12.420
16
Article 10 du CGI.
17
Article 11 du CGI.
7
578.400
578.401 à 1.176.400 12% 71.760 84.180
1.176.401 à 1.789. 733 18% 110.400 194.580
1.789.734 à 2.384.195 26% 154.560 349.140
2.384.196 à 3.494.130 31% 344.080 693.220
Au-delà de 3.494.130 37%
La réduction pour charge de famille applicable à l’impôt brut est
déterminée comme suit :
Célibataire, divorcé (e) ou veuf (veuve) sans enfant à 0%
charge :
Marié (e) sans enfant à charge : 10%
Par enfant à charge, jusqu’au dixième inclus : 2,5%
L’enfant mineur infirme donne droit à une réduction d’impôt de 10%.
Paragraphe II. L’exercice d’application
Le salaire brut du mois de mars 2020 de Monsieur Traore, cadre
supérieur, marié et père de deux enfants à charge, se décompose ainsi :
- salaire de base…………………………………………….320.000 F ;
- indemnité de logement……………………………….90.000 F ;
- indemnité de transport……………………………….60.000 F ;
- indemnité spéciale de solidarité…………………2000 F ;
- allocations familiales………………………………….3.000 F ;
- heures supplémentaires……………………………..95.000 F.
Solution :
Détermination des éléments imposables du salaire
8
A l’exception de l’indemnité spéciale de solidarité et des allocations
familiales, tous les autres éléments constitutifs de la rémunération sont
passibles de l’ITS. Il convient de noter utilement que les avantages en
nature sont imposés pour moitié ; le montant de l’indemnité de transport
est plafonné à 10% du traitement de base du salarié.
La rémunération brute imposable est de :
220.000 + (80.000 x 50%) + (60.000 - 22000) + 50.000 = 348.000
Détermination du revenu mensuel net imposable
348.000 – (348.000 x 4%) = 334.080
Le revenu annuel imposable :
334.080 x 12= 4.008.960 soit 4.008.000
Calcul de l’ITS brut
Tranches de revenus taux Impôt Cumul
0 à 0% 0 0
330.000
330.001 à 5% 12.420 12.420
578.400
578.401 à 1.176.400 12% 71.760 84.180
1.176.401 à 1.789. 733 18% 110.400 194.580
1.789.734 à 2.384.195 26% 154.560 349.140
2.384.196 à 3.494.130 31% 344.080 693.220
Au-delà de 3.494.130 37% 190.123 883.352
Calcul du taux de réduction d’impôt
10% + (2,5% x 2) = 15%
Calcul du montant de la réduction d’impôt
9
883.352 x 15% = 132.503
Calcul du montant de l’ITS
883.352– 132.503 = 750.849
Réduction de deux points de pourcentage
Taux de pression fiscale= ITS annuel net / Revenu annuel imposable soit
750.849
/ 4.008.000 = 0,187338 soit 18,73%
Ce taux, réduit de deux (02) points de pourcentage, donne
16,73%.
L’impôt annuel revient ainsi à :
4.008.000 x 16,73% = 670.691
L’ITS dû par mois :
670.691 / 12 =55.891 F.
Les redevables sont astreints à des obligations dont la violation est
sanctionnée.
SECTION IV. LES OBLIGATIONS ET SANCTIONS
La législation fiscale encadre la question des obligations du redevable
ainsi que celle des sanctions y afférentes.
Paragraphe I. Les obligations de l’employeur
Les obligations varient selon que l’employeur a son domicile au Mali ou
non.
A. Les obligations de l’employeur ou de la partie versante
domicilié au Mali
L’employeur ou la partie versante est tenu de retenir l’impôt pour le
compte du Trésor18. Les retenues afférentes aux paiements effectués
pendant un mois déterminé, doivent être déclarées et versées, au plus
18
Article 413 du LPF.
10
tard le 15 du mois suivant ou le cas échéant le premier jour ouvrable
suivant cette date lorsque celle-ci tombe sur un jour non ouvrable.
Les versements peuvent être opérés par tous les modes de libération
légaux, versement direct, virement bancaire ou postal.
Le versement doit être effectué au plus tard les quinze des mois d’avril,
juillet, octobre et janvier, pour chaque trimestre écoulé lorsque le montant
des retenues mensuelles opérées par l’employeur n’excède pas
5.000 FCFA.
Si pour un mois déterminé, le montant des retenues vient à excéder
5.000 FCFA, toutes les retenues faites depuis le début du trimestre en
cours doivent être versées au plus tard le 15 du mois suivant.
Le LPF énonce que, « Tout particulier, société, association, Établissement
Public à Caractère Industriel ou Commercial, Société d’État et Société
d’Économie Mixte occupant au Mali des employés, commis, ouvriers ou
auxiliaires, moyennant traitement, salaire ou rétribution, est tenu de
déposer dans le courant du mois de janvier de chaque année auprès du
service d’assiette territorialement compétent, un état récapitulatif
présentant pour chacune des personnes qu’il a occupées au cours de
l’année précédente, les indications nécessaires pour le contrôle de l’impôt
dû. Ces indications sont prescrites par voie de règlement »19.
Dans le cas de cession ou de cessation en totalité ou en partie de
l’entreprise, l’état visé à l’article 29 du LPF doit être produit, en ce qui
concerne les rémunérations payées pendant l’année de la cession ou de la
cessation, dans un délai de vingt jours, déterminé comme il est indiqué à
l’article 69 du LPF. En cas de décès de l’employeur, la déclaration des
traitements et salaires payés par le défunt pendant l’année au cours de
laquelle il est décédé doit être souscrite par les héritiers dans les 6 mois
du décès et au plus tard le 31 mars de l’année suivante.
B. Les obligations de l’employeur de la partie versante
domicilié hors du Mali
19
Article 29 du LPF.
11
Les contribuables domiciliés au Mali, qui perçoivent des personnes
physiques ou morales domiciliées ou établies hors du Mali, des sommes
passibles de l’impôt, sont tenus de calculer eux-mêmes le montant de la
taxe dont ils sont redevables et d’en effectuer le versement à la caisse du
receveur du centre des impôts du lieu de leur domicile ou du chef de
division recouvrement de la direction des grandes entreprises dans les
conditions et délais fixés en ce qui concerne les employeurs.
Paragraphe II. Les sanctions
Les sanctions découlant de l’inobservation des obligations peuvent être
deux ordres, à savoir les sanctions liées à l’assiette et les sanctions liées
au recouvrement.
A. Les sanctions liées à l’assiette
En cas de défaut de retenue de l’ITS, le contribuable s’expose à une
taxation d’office et au paiement d’une amende égale au montant des
retenues non effectuées. La même amende est payée par les personnes
domiciliées au Mali qui perçoivent une rémunération par des employeurs
demeurant hors du Mali si elles n’effectuent pas les versements prévus au
titre des retenues ITS.
En cas de minoration ou de calcul inexact, l’amende est égale au double
des retenues non versées. Lorsque les retenues ITS ont été régulièrement
opérées mais non déclarées et versées à l’administration, l’amende est
égale au double de ces retenues.
En cas de retard dans le dépôt de l’état annuel ou d’erreurs commises
dans ledit état, l’amende est égale à 5000 f par omission ou inexactitude
avec un minimum de 50.000 f pour toute déclaration contenant une
omission ou une inexactitude.
B. Les sanctions liées au recouvrement de l’impôt
Les sommes retenues et déclarées dans les délais impartis mais non
acquittées ouvrent droit à l’application d’une amende égale à 2% des
12
retenues par mois de retard sans pour autant excéder 20% du montant
des droits simples.
CHAPITRE II. LES PRELEVEMENTS CONNEXES A L’IMPOT SUR LES
TRAITEMENTS SALAIRES
13
Les prélèvements connexes à l’impôt sur les traitements salaires
(ITS) sont constitués essentiellement par la Contribution forfaitaire à la
charge de l’employeur et la Taxe-logement, taxe de formation
professionnelle et la taxe Emploi-Jeunes. Les textes qui ont institué la taxe
de formation professionnelle et la taxe Emploi-Jeunes ont été abrogés.
SECTION I. LA CONTRIBUTION FORFAITAIRE A LA CHARGE DES
EMPLOYEURS (CFE)
Régie par les articles 159 à 163 du CGI et les articles 93 à 98 du LPF,
la Contribution forfaitaire à la charge des employeurs (CFE) est une
contribution très simple au plan technique. Le rendement de cette
contribution est très limité.
Pour savoir le montant de la CFE dû, il convient d’aborder les règles
régissant l’assiette, le taux, les obligations et sanctions.
Paragraphe I. L’assiette
La CFE est due par tous les employeurs des secteurs public et privé
passibles de l’Impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (Impôt
sur les sociétés) ou de l’Impôt sur les bénéfices agricoles.
Sous réserve des éléments de salaire expressément exonérés par le
CGI, la base de calcul de la CFE est constituée par le montant brut des
rémunérations du travail en espèce ou en nature.
Les exonérations sont temporaires (trois ans au maximum) et visent
exclusivement les rémunérations soit à des jeunes diplômés recrutés par
l’entreprise, soit à des partants volontaires, victimes de réformes
économiques recrutés par un nouvel employeur, soit aux stagiaires placés
sous contrat de formation professionnelle, soit aux entreprises agréées au
Code des investissements (suivant certaines modalités particulières).
Les salaires versés aux compressés pour motif économiques sont
exonérés de la CFE pendant une période de deux ans 20.
20
Loi n°90/056/AN-RM du 20 juillet 1990.
14
Par ailleurs, il est relevé une déduction de la base de la CFE des
salaires versés aux stagiaires pendant la durée du stage 21.
Paragraphe II. Le taux
Dans la Loi n°86-50 /AN-RM du 1er mars 1986, le taux de la CFE est
ramené de 15% à 7,5%. Celui-ci a été rabaissé par la suite à 5,5% 22. A
l’adoption de la Loi n°08-020 du 22 juillet 2008 portant modification de la
Loi n°06-067 du 29 décembre 2006 portant CGI instituant la taxe Emploi-
Jeunes23, le taux de 5,5%a été porté à 3,5%24 afin de ne pas accroître la
charge des entreprises.
Paragraphe III. Les obligations des assujettis et les sanctions
La contribution afférente aux paiements effectués pendant un mois
déterminé doit être déclarée dans les 15 premiers jours du mois suivant
ou le cas échéant le premier jour ouvrable suivant le quinzième jour dudit
mois lorsque celui-ci tombe sur un jour non ouvrable, à la caisse du payeur
ou du bureau des recettes du lieu du domicile de la personne ou du siège
de l’établissement ou du bureau qui l’a calculée.
Lorsque le montant de la contribution mensuelle n’excède pas
5.000 FCFA la déclaration peut n’être effectuée que dans les 15 premiers
jours des mois d’avril, juillet, octobre et janvier pour chaque trimestre
écoulé.
Si, pour un mois déterminé, le montant de la contribution vient à
excéder 5.000 FCFA la totalité de la contribution due depuis le début du
trimestre en cours doit être déclarée dans les 15 premiers jours du mois
suivant.
Dans le cas de transfert de domicile d’établissement ou de bureau
hors du ressort de la paierie ou du bureau de recettes, ainsi que dans le
21
Voyez dans ce sens l’Ordonnance n°92-022/P-CTSP du 13 avril 1992.
22
Loi n°06-067 du 29 décembre 2006 portant CGI.
23
La loi qui a institué la taxe Emploi-Jeunes a été abrogée aux travers les dispositions de l’Annexe fiscale à la loi
de finances, exercice 2019.
24
Article 160 (nouveau) du CGI.
15
cas de cession ou de cessation d’entreprise, la contribution due doit être
immédiatement déclarée.
En cas de décès de l’employeur, la contribution due doit être
déclarée par les héritiers dans les 15 premiers jours du mois suivant celui
du décès.
Chaque versement est accompagné d’une déclaration datée et signée de
la partie versante indiquant la période pour laquelle la contribution a été
calculée, la désignation, l’adresse et la profession de la personne physique
ou morale qui l’a calculée ainsi que son montant.
Le montant des versements constatés au nom de chaque employeur
fera l’objet par l’inspecteur des impôts, au fur et à mesure de la réception
des déclarations formant avis de recouvrement, d’un relevé nominatif
tenant lieu de rôle provisoire et donnera lieu, à chaque fin de mois, à
l’établissement d’un rôle de régularisation dans les conditions prévues par
la réglementation en vigueur.
L’employeur qui souscrit après les délais fixés aux articles 93 à 96
du présent Livre la déclaration relative à la contribution forfaitaire est
passible d’une amende égale à 50 % de l’impôt dû d’après cette
déclaration sans préjudice de la majoration pour retard de paiement. Le
simple retard dans le versement de la contribution forfaitaire entraîne la
perception d’une amende fiscale de 2 % par mois de retard, calculée à
compter de la date d’exigibilité de l’impôt, toute fraction de mois étant
considérée comme un mois entier 25. Cette amende est portée à 100 % si la
déclaration est déposée après intervention du service ou en cas de
taxation d’office. Les omissions et inexactitudes constatées dans les
déclarations relatives à la contribution forfaitaire sont sanctionnées par
une amende égale à 100 % des droits compromis.
SECTION II. LA TAXE-LOGEMENT
La taxe-logement est une taxe spéciale dont la liquidation,
l’émission, le recouvrement, le contrôle et le contentieux sont confiés à la
25
Article 302 du LPF.
16
DGI qui les assure en relation avec l’agent comptable du Fonds national de
Logement (Office malien de l’Habitat) selon les mêmes règles que celles
applicables en matière de CFE 26. A la charge réelle et effective de
l’employeur, la taxe-logement constitue une charge pour la détermination
du résultat de l’entreprise. Le produit de la taxe-logement alimente le
budget de l’Office malien de l’Habitat.
L’étude de la taxe-logement peut se faire à travers l’examen des règles
d’assiette et de liquidation ainsi que celles ayant trait au recouvrement.
Paragraphe I. Les règles d’assiette
Les règles d’assiette portent sur l’identification des personnes
imposables et la détermination de la base taxable.
A. Les personnes imposables
Tous particuliers, sociétés, groupements ou associations passibles de
l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux sont assujettis au
paiement de la taxe-logement. Le texte qui a institué la taxe-logement ne
prévoit pas l’éventualité d’une exonération.
Le fait générateur est constitué par l’allocution à un ou des employés,
des rémunérations, traitements, salaires et indemnités par tout employeur
B. La base taxable
Sont taxables à la taxe-logement toutes rémunérations, traitements,
salaires, indemnités versés à l’ensemble de leur personnel par les
employeurs publics et privés passibles de l’impôt sur les bénéfices.
Paragraphe II. La liquidation et le recouvrement
La base de la taxe-logement est la même que celle de la CFE.
Cependant, la taxe-logement n’est pas liée à la CFE. L’exonération d’un
employeur à la CFE ou tout autre impôt n’implique aucunement celle de la
taxe-logement.
26
Voyez dans ce sens les dispositions de l’Arrêté n°94-9629/MFC-SG du 11 octobre 1994 fixant les modalités
de perception de la taxe-logement.
17
La Taxe-logement dont le taux est fixé à 1% de la masse salariale
brute totale supportée par les employeurs publics et privés. Le montant de
la taxe s’obtient en multipliant la base par le taux.
Les déclarations se font dans les mêmes conditions que la CFE. La
contribution afférente aux paiements effectués pendant un mois
déterminé doit être reversée dans les 15 premiers jours du mois suivant.
Paragraphe III. Le contrôle et les sanctions
Les sanctions prévues en matière d’assiette et de recouvrement de
la CFE sont étendues à la taxe-logement.
Les règles et les procédures relatives au contentieux des impôts
directs sont applicables en matière de taxe-logement.
Exercice d’application :
Le montant total des salaires bruts versés par une entreprise à son
personnel au cours du mois de juillet 2019 s’élève à : 2.000.000 F
Pendant le mois de juin 2019 cette entreprise a procédé à divers
recrutements dont :
- deux jeunes diplômés âgés respectivement de 37 et 29 ans à la date
d’embauche et totalisant une masse salariale brute de 200.000 F ;
- trois salariés licenciés pour motif économique dont la masse
salariale brute s’élève à 350.000 F ;
- un stagiaire dont l’allocation mensuelle brute se chiffre à 30.000 F.
Base taxable à la Contribution forfaitaire à la charge des employeurs au
titre du mois de juillet 2019 :
Base : 2.000.000 F – (350.000 F + 200.000 + 30.000) = 1.420.000 F.
Calcul du montant de la CFE : 1.420.000 F x 3,5% = 49.700 F.
Base soumise à la taxe-logement au titre du mois juillet 2019
Base : 2.000.000 F
Calcul de la taxe-logement : 2.000.000 F x 1%= 20.000 F.
18
CHAPITRE III. L’IMPOT SUR LES REVENUS FONCIERS
19
L’impôt sur les revenus fonciers27 (IRF) est un impôt cédulaire auquel
sont assujettis les revenus des immeubles bâtis ou non bâtis, urbains ou
ruraux28 à l’exception des revenus issus de la location d’un immeuble
inscrit à l’actif du bilan d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés. Il
présente les caractéristiques suivantes :
- l’imposition de l’IRF se butte à des difficultés qui influent
négativement sur son rendement. Celles-ci ont trait notamment à
l’adressage des propriétés imposables, à la preuve de l’existence d’un
contrat de location, à l’évaluation de l’assiette de l’impôt, à l’identification
du propriétaire redevable ;
- le mécanisme de retenue à la source institué pour le recouvrement
ne fonctionne pas à merveille. Le taux de recouvrement est assez faible.
Le champ d’application, la liquidation, les obligations des redevables
et les sanctions appellent quelques précisions.
SECTION I. LE CHAMP D’APPLICATION
L’IRF s’applique, en principe, aux revenus des immeubles bâtis ou
non bâtis, il s’agira d’une part, de déterminer les revenus soumis à l’IRF et
les revenus qui en sont exonérés et de préciser le fait générateur et
l’exigibilité, d’autre part.
Paragraphe I. Les revenus imposables et les exonérations
L’IRF frappe les revenus locatifs des immeubles bâtis ou non bâtis ;
néanmoins, certains revenus sont exonérés.
A. Les revenus imposables
Les revenus fonciers imposables à l’IRF sont constitués par les
revenus locatifs provenant des propriétés qu’elles soient non bâties ou
bâties ou même des biens assimilés aux immeubles 29.
27
L’impôt sur les revenus foncier est à distinguer de la taxe foncière.
28
Dans la pratique, l’IRF est assis essentiellement sur les immeubles bâtis urbains.
29
Exemple : des chantiers, des lieux de dépôt des marchandises.
20
Est assimilé à un immeuble bâti, l’outillage des établissements
industriels fixé au sol à perpétuelle demeure ou reposant sur des
fondations spéciales faisant corps avec l’immeuble.
La nature de l’immeuble n’est pas prise en considération. Les
revenus sont taxables que les constructions soient en dur ou en banco.
B. Les exonérations
L’IRF admet des exonérations qui sont motivées par des raisons
sociales ou économiques30. Ainsi sont exonérés de l’IRF, les immeubles
non productifs de revenus31, les voies ferrées publiques, les bâtiments
publics, les lieux de culte.
Paragraphe II. Le fait générateur et l’exigibilité
Le fait générateur, c’est-à-dire l’événement qui donne naissance à la
dette fiscale ne coïncide pas avec l’exigibilité. La dette fiscale naît, en
principe, à partir de la mise de l’immeuble à la disposition du locataire. En
revanche, le fisc ne peut demander impérativement ce qui est dû qu’à la
fin de l’année, sauf en cas de retenue à la source de l’impôt.
Après l’étude du champ d’application, il convient d’aborder le mode
de calcul de l’IRF.
SECTION II. LA LIQUIDATION DE L’IMPOT
La liquidation de l’IRF soulève la question de la détermination du
revenu imposable ainsi que celle de l’application des taux.
Paragraphe I. La détermination du revenu imposable
Le revenu imposable est égal à la différence entre le revenu brut
foncier qui est constitué de toutes les sommes perçues au cours de
l’année d’imposition à titre de loyer ou de recettes accessoires 32 et
l’ensemble des dépenses faites et qui incombent normalement aux
30
Les exonérations sont énoncées à l’article du CGI.
31
Il s’agit des immeubles d’habitation non loués appartenant aux propriétaires et occupés par eux-mêmes, par
leurs familles ou leurs employés domestiques.
32
Au nombre de ces revenus, on peut retenir le droit d’affichage, le droit de chasse.
21
locataires. Viennent en augmentation du revenu imposable, les sommes
payées par le locataire et qui, de droit, incombent au bailleur.
Le revenu brut est l’ensemble des sommes perçues par le
propriétaire au cours de l’année d’imposition à titre de loyers ou de
recettes accessoires.
Le propriétaire doit déduire des loyers perçus les dépenses qu’il a
faites et qui incombent normalement aux locataires (dépenses d’eau,
d’électricité des locataires des locataires). En revanche, il doit ajouter aux
loyers perçus les dépenses payées par ses locataires et qui normalement
lui incombent (grosse réparation).
Les charges déductibles sont celles afférentes à l’amortissement, à
l’entretien et à la conservation de l’immeuble.
Par charges, il faut entendre les dépenses engagées pour maintenir
l’immeuble dans un bon état d’habitabilité (réfection des toitures,
peintures, réparations). Les dépenses faites pour la construction d’une
piscine, d’un garage, l’installation de la climatisation ne sont pas des
charges : elles ne peuvent être déduites.
Exemple : M Traore a encaissé pour la villa construite en dur dont il
est propriétaire à Kalaban et qu’il donne en location pour 1.470.000 f hors
TVA en 2016.
Au cours de la même année, il a dépensé :
- pour faire repeindre la façade de son immeuble 120.000 f ;
- pour divers travaux d’entretien 75.000 f.
Il a joint à l’appui de sa déclaration les pièces justificatives de ces
dépenses.
Le revenu imposable sera calculé comme suit :
- Revenu brut : 1.470.000 f
- Charges déductibles : 120.000 f + 75.000 = 195.000 f
- Le revenu imposable : 1.470.000 f – 195.000 f = 1.275.000 f
22
Lorsque le terrain est nu ou l’immeuble portant une construction
sans grande valeur est loué par bail de longue durée à charge par le
locataire de construire33 à ses frais un immeuble bâti de valeur ou de
consistance donnée devant revenir sans indemnité et libre de toute
charge au bailleur à l’expiration du contrat, le revenu imposable afférent
à l’immeuble ainsi construit est imposable au nom du propriétaire du sol.
Le revenu imposable est égal pendant la période contractuelle, à l’annuité
correspondant à la somme nécessaire pour amortir, pendant cette durée,
le prix des travaux et des charges imposés au preneur.
Lorsque le revenu réel n’a pas été communiqué ou lorsque le revenu
réel a été manifestement sous-évalué, le fisc peut procéder à une
évaluation par comparaison ou à une évaluation directe.
Paragraphe II. Les taux d’imposition
Préalablement fixés par la Loi n°99-011 du 1er avril 1999 portant
modification du CGI à 15% pour les immeubles en dur ou semi dur et à
10% pour les immeubles en banco, les taux de l’IRF varient en fonction de
la nature de l’immeuble mais restent assez modestes. Les taux de l’IRF
sont fixés ainsi qu’il suit34 :
- 12% pour les immeubles en dur ou semi dur ;
- 8% pour les immeubles en banco35.
Après avoir déterminé le mode de calcul de l’IRF, il convient
d’aborder les obligations et les sanctions.
33
Le bail à construction est le contrat par lequel une personne s’engager à édifier des constructions sur le terrain
du propriétaire qu’il exploitera pendant un certain temps afin de récupérer les sommes investies et une juste
rémunération.
Selon Dictionnaire du vocabulaire juridique, « le bail à construction est un contrat d’une durée minimale de 18
ans et maximale de 99 ans par lequel un propriétaire met un fonds à la disposition d’un preneur afin qu’il
effectue des constructions, ce preneur étant en contrepartie tenu de remettre une fraction ou la totalité des
immeubles, ou de payer un loyer éventuellement convenu. » Rémy CABRILLAC, Dictionnaire du vocabulaire
juridique, 3ème édition Litec, 2008, P.47.
L’article 26 de la loi n°99-040 du 10 août 1999 régissant la promotion immobilière énonce que : « Constitue un
bail à construction, le bail par lequel le preneur s’engage, à titre principal, à édifier des constructions sur le
terrain du bailleur et à les conserver en bon état d’entretien pendant toute la durée du bail. Le bail à construction
est conclu pour une durée comprise entre 19 et 99 ans. Il ne peut se prolonger que d’accord parties ».
34
Article 22 (nouveau) du CGI.
35
Le régime d’imposition des revenus fonciers frappe plus faiblement les immeubles en banco que les
immeubles en dur.
23
SECTION III. LES OBLIGATIONS DES CONTRIBUABLES ET LES
SANCTIONS
Des obligations pèsent sur les redevables et leur inobservation fait
l’objet de sanctions.
Paragraphe I. Les obligations (articles 40 à 42 du LPF)
Les obligations sont fondamentalement celles déclaratives et de
paiement.
Le ou les propriétaires de l’immeuble bâti sont normalement débiteurs de
l’impôt. Cependant, en cas d’usufruit, l’impôt est dû par l’usufruitier.
De même, en cas de bail emphytéotique, le preneur ou emphytéote est
entièrement substitué au bailleur et est imposable comme tel.
Par ailleurs, en cas de location moyennant un loyer mensuel hors
taxes égal ou supérieur à 100.000 FCFA, l’impôt fait l’objet d’une retenue
à la source effectuée par le locataire sur les loyers dus au propriétaire et à
valoir sur l’impôt dont ce dernier sera redevable (articles 423 et suivants
LPF). Toutefois, les services, établissements et organismes publics ainsi
que les collectivités locales doivent procéder obligatoirement à ces
retenues pour les immeubles qu’ils prennent en location quel que soit le
montant mensuel du loyer.
Au surplus, les propriétaires ne peuvent s’opposer à ce que ces
retenues soient effectuées par les locataires qui, bien que ne rentrant pas
dans l’une des catégories visées ci-dessus, acceptent de procéder à ces
retenues. Une telle acceptation est valable jusqu’à renonciation
expressément notifiée à l’Administration par le locataire.
Dans les trois premiers mois de chaque année, les contribuables
assujettis à l’impôt doivent faire la déclaration auprès du service d’assiette
compétent.
Les propriétaires fonciers doivent faire annuellement la déclaration
et procéder au paiement de l’impôt. Cette déclaration doit être adressée
24
au centre des Impôts du lieu de situation de l’immeuble le 31 mars au plus
tard de chaque année.
La déclaration doit faire ressortir les revenus fonciers qu’ils ont
perçus au cours de l’année précédente.
Paragraphe II. Les sanctions
Elles sont fonctions des situations suivantes :
- dépôt de déclaration hors délai : l’amende encourue est de 25% de
l’impôt dû ;
- défaut de déclaration : taxation d’office par l’administration. L’impôt
correspondant au revenu non déclaré est majoré de 25% à titre
d’amende ;
- déclaration inexacte : l’administration rectifie d’office ladite
déclaration. L’impôt correspondant au revenu non déclaré est
majoré de 25% à titre d’amende ;
- non versement des retenues dans le délai entraîne l’application
d’une majoration de 2% par mois de retard jusqu’au cinquième mois
inclus à la charge du locataire. La même sanction est applicable au
locataire qui n’a pas opéré les retenues ;
- non-paiement de l’impôt dans le délai : amende égale à 10% des
sommes dues. Par ailleurs, le contribuable s’expose à des
poursuites.
L’administration dispose d’un délai expirant à la fin de la troisième
année civile suivant celle de la réalisation des revenus pour réparer les
omissions ou les erreurs.
Exercice d’application
Monsieur Bathily est propriétaire d’un immeuble en dur situé en commune
IV du district de Bamako qu’il a loué à 175.000 francs le mois en 2019. Il a
supporté, au cours de l’année 2019, les charges relatives aux
consommations d’eau et d’électricité de l’immeuble à concurrence de
300.000 francs.
25
A la même période, le locataire a procédé à la réfection des toitures pour
un montant de 500.000 francs.
Déterminer le montant de l’impôt sur les revenus fonciers dû au titre de
l’année 2019.
Solution :
Revenu brut annuel : 175.000 F x 12 : 2.100.000 F
Charge mise à la charge du locataire normalement prise en charge par le
propriétaire : 500.000 F
Détermination des revenus bruts : 2.100.000 F + 500.000 F : 2.600.000 F
Charges déductibles : 300.000 F
Revenu imposable : 2.600.000 F - 300.000 F= 2.300.000 F.
Impôt dû : 2.300.000 F x 12% = 267.000 F.
26
CHAPITRE IV. L’IMPOT SUR LES BENEFICES INDUSTRIELS ET
COMMERCIAUX / L’IMPOT SUR LES SOCIETES
L’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (IBIC) est un
impôt d’Etat régi par les articles 43 à 98 du CGI et les articles 53 à 81 du
LPF. Cette cédule d’imposition vise tous les revenus provenant d’une
activité lucrative, qu’elle soit commerciale, industrielle, artisanale ou
libérale et qui n’est pas visée par une autre cédule d’imposition. Le taux
d’imposition est de 30% avec un minimum d’imposition de 1% du chiffre
d’affaires.
L’impôt sur les sociétés (IS) remplace l’IBIC et vise l’ensemble des
revenus gagnés par la société. Il est régi par les mêmes règles et principes
applicables à l’IBIC. Sont passibles de l’IS, les sociétés de capitaux, les
sociétés et entreprises d’Etat, les sociétés et entreprises mixtes.
Les revenus imposables concernent les produits d’exploitation
générés par l’activité normale de l’entreprise, les produits accessoires 36,
les produits exceptionnels37.
D’une façon générale, le résultat passible de l’IS est déterminé selon
les mêmes règles que celles applicables en matière d’IBIC. Toutefois, les
particularités suivantes doivent être relevées en ce qui concerne l’IS :
- aucune charge d’intérêts servis en compte courant d’associés ne
peut être admise dans les charges déductibles du résultat que si le
capital est entièrement libéré ;
- le maximum de somme d’argent pouvant être rémunérée en compte
courant d’associés est limité au montant du capital social ;
- tous les produits, y compris donc les produits accessoires et les
produits exceptionnels, sont à prendre en compte pour la
détermination du résultat fiscal ;
- un crédit d’impôt pour IRVM /dividende servi est octroyé.
36
Revenus des immeubles inscrits au bilan, revenus de valeurs mobilières, par exemple.
37
Produits de cession d’éléments de l’actif immobilisé, par exemple.
27
L’étude de cette cédule peut se limiter pour l’essentiel à l’examen du
champ d’application, de la détermination du bénéfice imposable, de
l’établissement de l’imposition, des obligations des contribuables.
SECTION I. LE CHAMP D’APPLICATION DE L’IBIC/IS
Examiner le champ d’application de l’IBIC/IS conduit à aborder le
champ d’application en ce qui concerne les bénéfices imposables et le
champ d’application au regard du lieu de réalisation du bénéfice.
Paragraphe I. Les bénéfices imposables
Sont imposés dans cette catégorie, les bénéfices provenant d’une
activité commerciale, industrielle, artisanale ou même libérale. Toutefois,
le Code général des impôts prévoit des exonérations et exemptions et une
réduction du taux, prévue par les dispositions du Code minier et du Code
des investissements. Aussi, convient-il de préciser les bénéfices
imposables ainsi que les exonérations et exemptions et le taux réduit.
A. Les bénéfices provenant de l’exercice d’une profession
industrielle ou commerciale
On peut noter les activités commerciales proprement dites qui
consistent à acheter des biens meubles ou immeubles en vue de la
revente ou de la location sans leur faire subir de transformation
(commerçants grossistes, demi-grossistes, détaillants), les industries de
transformation (fabrique de meubles, de matériels agricoles), les banques
et assurances, les entreprises de transport, les industries extractives, les
activités des agents d’affaires, commissionnaires et courtiers, les
établissements qui fournissent la nourriture et le logement (hôtels, les
restaurants).
B. Les bénéfices provenant de l’exercice d’une activité artisanale
et de l’exercice d’une activité libérale
28
L’artisan étant celui qui exerce à ses risques et périls une industrie
manuelle, travaillant lui-même comme ouvrier, en général avec des
matières premières lui appartenant et rarement à façon 38.
L’artisan cherche essentiellement à réaliser la valeur de son travail
personnel et ne fait pas de la matière un objet de spéculation.
Les bénéfices provenant d’une activité libérale39 ou ceux réalisés par
les titulaires de charges et offices40.
Les bénéfices réalisés par les sociétés de capitaux sont quelle que
soit l’activité de ces sociétés imposables dans la catégorie des bénéfices
industriels et commerciaux.
Les bénéfices provenant des activités énumérées ci-avant ne sont
imposables au Mali que s’ils résultent d’une activité exercée au Mali. Une
société ayant son siège social au Mali et des succursales à l’étranger
n’acquittera l’impôt sur ses sociétés au Mali que sur les bénéfices
provenant de son activité au Mali.
Une société ayant son siège social à l’étranger mais exerçant une
activité au Mali sera soumise à l’impôt sur les bénéfices au Mali pour les
bénéfices provenant de son activité au Mali. Pour être imposable, l’activité
doit se rattacher au Mali.
Paragraphe II. La territorialité de l’IBIC/IS
L’impôt est dû à raison des bénéfices réalisés par
les personnes physiques ou morales qui disposent d’un
établissement stable au Mali. Dès lors, il y a lieu d’aborder la notion de
territorialité avant d’en tirer les conséquences quant aux bénéfices
imposables et aux bénéfices non imposables.
A. La notion de territorialité
38
Tisserand, tailleur, par exemple.
39
Avocats, architectes, expert-comptable, par exemple.
40
Notaire, huissier, commissaire-priseur, par exemple.
29
Dans certains cas, le problème de territorialité n’est pas posé,
notamment lorsque l’imposition a lieu au Mali en vertu d’une convention
fiscale internationale, lorsqu’il n’y a pas d’élément d’externalité.
La territorialité pose une difficulté lorsqu’on s’interroge s’il y a
véritablement exploitation au Mali. Le traitement fiscal dépend de
l’existence ou de l’inexistence d’un établissement stable. L’établissement
est une installation fixe d’affaires par l’intermédiaire de laquelle une
entreprise exerce tout ou partie de son activité. Il a y a établissement
stable lorsqu’une personne, agissant pour le compte d’une entreprise d’un
autre Etat, dispose de pouvoirs qu’elle y exerce habituellement, lui
permettant de conclure des contrats au nom de l’entreprise.
Au regard des difficultés pour appréhender la notion d’établissement
stable, il eut été utile que le législateur procède à une énumération
d’exemples. Sont considérés comme des établissements stables : un siège
de direction, une succursale, un bureau, une usine, une mine, une
carrière, un puits de pétrole ou de gaz ou tout autre lieu d’extraction de
ressources naturelles, un atelier, un chantier de construction ou de
montage, une installation aux fins de stockage, d’exposition.
B. Les incidences de la territorialité
Les incidences de la territorialité sont fonction de l’existence d’un
établissement stable. Les bénéfices provenant d’un établissement stable
au Mali d’entreprises étrangères sont imposables au Mali. Corrélativement,
les charges y afférentes sont déductibles. Par contre, les bénéfices des
entreprises maliennes ne sont pas imposables au Mali s’ils proviennent
d’un établissement stable situé hors du Mali. Corrélativement, les charges
correspondantes ne sont pas déductibles du bénéfice imposable au Mali 41.
En effet, un principe du droit fiscal énonce « qu’à un revenu non
imposable, correspondent des charges non déductibles ».
Certains bénéfices sont exonérés de l’impôt même réalisés à
l’intérieur du territoire national.
41
Un principe du droit fiscal veut qu’à un revenu non imposable correspondent des charges non déductibles.
30
Paragraphe III. Les exemptions et réduction du taux
Les exemptions sont motivées par des raisons économiques ou
sociales. Il convient de rappeler que l’exonération s’applique
essentiellement aux activités et l’exemption aux personnes. A ce sujet,
observaient le Professeur SAWADODO et Monsieur DEMBELE, « au plan
fiscal, les activités et les personnes sont les deux facettes d’une même
réalité, d’où l’utilisation invariable de ces vocables» 42.
A. Les exemptions
Les personnes exemptées de l’impôt sont énoncées par le CGI.
Elles sont énoncées par le CGI 43. L’exemption est nominative pour les
entreprises et groupement suivants :
- les sociétés coopératives de consommation qui se bornent à grouper
des commandes de leurs adhérents et à distribuer dans leurs
magasins de dépôts les denrées, produits ou marchandises qui ont
fait l’objet de ces commandes ;
- les offices publics d’habitations économiques ;
- les caisses de crédit agricole mutuel ;
- les sociétés de prévoyance, sociétés coopératives agricoles,
association d’intérêt général agricole, sociétés d’assurances et de
réassurances mutuelles agricoles ;
- les sociétés de secours mutuels ;
- les établissements publics à but non lucratif de l’Etat ou des
collectivités décentralisées ;
- les collectivités locales, les syndicats de communes ainsi que leurs
régies de services publics à but non lucratif ;
- les chambres de commerce, d’industrie, d’artisanat, d’agriculture et
des métiers lorsqu’elles ne se livrent pas à des activités de nature
commerciale ;
42
SAWADOGO Filiga Michel et DEMBELE Salifou, Précis de droit fiscal burkinabè, op. cit. p.146.
43
Le CGI, l’article 47 (nouveau) consacre la transposition de l’article 11 de la directive n°01/2008/CM/UEMOA
du 26 septembre 2008 portant harmonisation des modalités de déterminations du résultat imposable des
personnes morales au sein de l’UEMOA.
31
- les associations et organismes sans but lucratif légalement
constitués et dont la gestion est désintéressée ;
- les sociétés d’investissement à capital fixe et variable pour la partie
des bénéfices provenant des produits nets de leur portefeuille ou
des plus-values qu’elles réalisent sur la vente des titres ou des parts
sociales faisant partie de ce portefeuille.
Sont aussi exemptés de l’IBIC, les assujettis à l’impôt synthétique.
B. Les réductions de taux
Le Code des investissements44 énonce un taux réduit de 25%
applicable aux bénéfices des entreprises agréées. De même, le Code
minier45 prévoit un taux réduit de 25% applicable aux bénéfices des
entreprises minières. Ces réductions de taux, limitées dans le temps,
impulsent le développement économique et social.
SECTION II. LA DETERMINATION DU BENEFICE IMPOSABLE
La détermination du bénéfice imposable est « le problème le plus
important mais aussi le plus délicat »46 de l’I.B.I.C /IS. L’impôt est établi
chaque année sur les bénéfices réalisés pendant l’année précédente.
La détermination du bénéfice imposable conduit à l’examen des règles
générales, à l’identification des produits et les profits de l’entreprise mais
aussi à celui des charges déductibles de l’entreprise.
Paragraphe I. Les règles générales
La détermination du bénéfice imposable ou du déficit si l’activité de
l’entreprise se traduit par un résultat négatif met en œuvre un certain
nombre de règles ou de notions générales, notamment la période
d’imposition (A), le bénéfice net imposable (B).
A. La période d’imposition
Les contribuables font l’objet chaque année d’une imposition établie au
titre de l’année précédente, conformément au principe de l’annualité de
44
Loi n°2012-016 du 27 février 2012 portant Code des investissements.
45
Ordonnance n°2019-022/P-RM du 27 septembre 2019 portant Code minier.
46
SAWADOGO F. M et DEMBELE S, Précis de droit fiscal burkinabè, op. cit.
32
l’impôt. L’exercice comptable coïncide avec l’année civile. Toutefois, la
durée de l’exercice est exceptionnellement inférieure à douze mois pour le
premier exercice débutant au cours du premier semestre de l’année civile.
La durée peut être supérieure à douze mois pour le premier exercice
commencé au cours du deuxième semestre de l’année.
Si l’exercice clos au cours de l’année précédente s’étend sur une période
de plus ou moins de douze mois, l’impôt est néanmoins établi d’après les
résultats dudit exercice.
Si aucun bilan n’est dressé au cours d’une année quelconque, l’impôt dû
au titre de l’année suivante est établi sur les bénéfices de la période
écoulée depuis la fin de la dernière période imposée ou dans le cas
d’entreprise nouvelle, depuis le commencement des opérations jusqu’au
31 décembre de l’année suivante.
Lorsqu’il est établi des bilans successifs, au cours d’une même année, les
résultats en sont totalisés pour l’assiette de l’impôt dû au titre de l’année
suivante47.
Avec l’adoption de l’Acte uniforme relatif au droit comptable et à
l’information financière, il y a lieu de retenir désormais l’année civile
comme base d’imposition du bénéfice.
B. Le bénéfice net imposable
Le bénéfice imposable48 est le bénéfice net déterminé d’après les
résultats d’ensemble des opérations de toute nature effectuées par
l’entreprise, y compris les cessions d’éléments quelconques de l’actif, soit
en cours soit en fin d’exploitation. Le bénéfice imposable est établi sous
déduction de toutes les charges remplissant les conditions énoncées au
CGI49.
Paragraphe II. Les produits et les profits de l’entreprise
47
Voyez dans ce sens l’article 48 du CGI.
48
Article 49 (nouveau) du CGI.
49
Alinéa 2 de l’article 49 (nouveau) du CGI.
33
Les produits et profits divers sont composés des ventes de
marchandises, de déchets, de ristournes, des rabais ou remises obtenues,
des produits accessoires50, des produits financiers, des travaux faits par
l’entreprise pour elle-même, des travaux ou produits en cours. Les
créances relatives à ces produits ou profits doivent être comptabilisées au
titre de l’exercice dès lors qu’elles sont acquises, c’est-à-dire certaines
dans leur principe et déterminées dans leur montant.
L’étude des produits et les profits de l’entreprise conduit
fondamentalement à l’examen des questions de l’évaluation des stocks,
du régime des plus-values, de la réévaluation du bilan, du traitement des
revenus de valeurs mobilières.
A. L’évaluation des stocks
Les stocks comprennent l’ensemble des marchandises, matières
premières, produits finis, produits en cours de fabrication appelés travaux
en cours, approvisionnements divers qui sont la propriété de l’entreprise à
la date de l’inventaire.
Les stocks doivent être évalués au prix de revient ou au cours du jour de
la clôture de l’exercice si ce cours est inférieur au prix de revient. Les
travaux en cours sont évalués au prix de revient 51.
B. Les plus-values
Il peut être distingué un régime général et des régimes particuliers.
I. Le régime général
La plus-value est définie comme la « valeur prise positivement par un
bien au cours d’une période donnée par rapport à sa valeur d’acquisition
ou le plus souvent par rapport à sa valeur comptable ». On l’oppose aux
produits ou revenus qui sont l’aboutissement d’une combinaison de biens
et d’activités. A contrario, lorsque le bien en question n’a pas pris de
valeur positive, on parle de moins-value.
50
Ne provenant pas de l’activité principale.
51
Article 61 du CGI.
34
Les plus-values sont relativement liées aux phénomènes d’érosion
monétaire. Elles font partie des résultats imposables et les moins-values
sont des pertes à déduire du résultat.
II. Les régimes particuliers
Parmi les régimes particuliers, les plus-values réinvesties occupent une
place centrale.
1. Les plus-values réinvesties
Ce régime particulier consiste en une exonération de la plus-value sous
la condition de son réemploi. Les plus-values provenant de la cession, en
cours d’exploitation, d’éléments de l’actif immobilisé ne sont pas
comprises dans le bénéfice imposable de l’exercice au cours duquel elles
ont été réalisées si, dans la déclaration des résultats dudit exercice, le
contribuable a pris l’engagement de réinvestir en immobilisations dans ses
entreprises situées dans un ou plusieurs États membres de l’UEMOA une
somme égale au montant de ces plus-values ajoutées au prix de revient
des éléments cédés. Ce réinvestissement doit avoir lieu dans les trois ans
qui suivent la clôture de l’exercice au cours duquel les plus-values ont été
réalisées.
Au cas où ces conditions ne sont pas satisfaites, les plus-values sont
rapportées au bénéfice imposable de l’exercice au cours duquel a expiré le
délai de trois ans.
Par cette exonération, il s’agit d’accorder à l’entreprise un avantage de
trésorerie non négligeable et qui peut l’amener à investir.
2. Les autres régimes particuliers
D’abord, il peut être relevé les dispositions de l’article 56 du CGI qui
organisent une exemption au profit des associés des sociétés ayant pour
objet la construction d’immeubles en vue de leur division. Les plus-values
résultant de l’attribution exclusive aux associés, par voie de partage en
nature à titre pur et simple, de la fraction des immeubles construits par
celles-ci et pour laquelle ils ont vocation, sont exonérées de l’IBIC.
35
Le bénéfice de cette opération est subordonné, toutefois, à la condition
que le procès-verbal de l’Assemblée générale approuvant le projet de
partage soit enregistré avant l’expiration d’un délai de cinq ans à compter
de la date de constitution de la société.
L’acte de partage lui-même devra être enregistré au plus tard un an
après l’enregistrement du procès-verbal de la délibération de l’Assemblée
générale approuvant le projet de partage.
Ensuite, les plus-values, autres que celles réalisées sur les
marchandises, résultant de l’attribution d’actions ou de parts sociales
(part de capital) à la suite de fusions de sociétés de capitaux sont
exonérées de l’IBIC ou de l’IS52.
Il en est de même des plus-values autres que celles réalisées sur les
marchandises, résultant de l’attribution gratuite d’actions ou de parts
sociales à la suite de l’apport par une société de capitaux à une autre
société de capitaux, d’une partie de ses éléments d’actif, à condition que
la société bénéficiaire de l’apport ait son siège social au Mali.
De même, d’autres exonérations sont destinées à favoriser
l’investissement53. Ainsi, les plus-values provenant de la cession
d’éléments d’actif immobilisé en fin d’exploitation ou en cas de cession
partielle d’entreprise et les indemnités reçues en contrepartie de la
cessation de l’exercice de la profession ou du transfert d’une clientèle sont
imposées de la façon suivante :
- sur la totalité lorsque la cession, le transfert ou la cessation
interviennent moins de deux ans après la création ou l’acquisition ;
- la plus-value est comptée pour moitié lorsque la cession, le transfert ou
la cessation interviennent plus de deux ans et moins de cinq ans après
la création ou l’acquisition ;
- la plus-value n’est retenue que pour le tiers de son montant lorsque la
cession, le transfert ou la création interviennent plus de cinq ans après
la création ou l’acquisition de l’élément cédé.
52
Article 90 du CGI.
53
Voyez dans ce sens les dispositions de l’article 91 du CGI.
36
Cette exonération est accordée sous réserve du respect des dispositions de
l’alinéa 2 de l’article 71 du LPF. Dans le cas de décès de l’exploitant, la
taxation de la plus-value provenant du fonds de commerce est, lorsque
l’exploitation est continuée par les héritiers en ligne directe ou par le
conjoint, reportée au moment de la cession ou de la cessation de
l’exploitation par ces derniers à condition qu’aucune augmentation ne soit
apportée aux évaluations des éléments de l’actif figurant au dernier bilan
dressé par le défunt, sauf cas de révision du bilan prévue aux articles 62
et suivants du CGI.
C. La réévaluation du bilan
Les éléments de l’actif immobilisé peuvent connaître une variation
importante de leurs valeurs en fonction de l’écoulement du temps. Cette
variation concerne ceux qui ont une longue durée de vie, notamment les
terrains et les constructions. De ce fait, un écart plus ou moins grand va
s’instaurer entre les valeurs comptables et les valeurs réelles. Or, la
comptabilité devrait donner une photographie fidèle de la réalité, d’où la
nécessité de la réévaluation
En cas de hausse importante des prix de gros industriels, un décret pris
en Conseil des Ministres pourra autoriser les entreprises passibles de
l’Impôt sur les Bénéfices Industriels et Commerciaux à procéder à la
réévaluation de certains éléments de leur bilan.
Sont autorisées à procéder à la réévaluation de leur bilan, les
personnes physiques et les personnes morales qui exercent une activité
industrielle, commerciale, agricole ou artisanale, qui sont soumises à
l’Impôt sur les Bénéfices Industriels et Commerciaux, à l’Impôt sur les
Sociétés ou à l’Impôt sur les Bénéfices Agricoles suivant le régime réel.
Ces personnes ont la faculté de procéder à la réévaluation de leurs
immobilisations corporelles amortissables, non entièrement amorties, sous
réserve qu’elles figurent au bilan d’ouverture de l’exercice comptable qui
sera retenu par le décret fixant les modalités d’application de la
réévaluation.
37
Ce privilège s’applique également aux immobilisations de même nature
acquises ou créées entre le premier jour de l’ouverture de l’exercice et la
date de l’événement qui motive la décision de réévaluer.
Sont exclues du bénéfice de la réévaluation les sociétés de fait, les
entreprises en liquidation, quelle que soit leur forme juridique.
La mise en œuvre de la réévaluation est subordonnée à la réalisation
simultanée des deux conditions ci-après :
- l’existence d’un décret pris en Conseil des Ministres autorisant la
réévaluation des bilans ; ce décret fixe les modalités particulières de la
réévaluation ainsi décidée.
- la tenue d’une comptabilité complète conformément aux règles
prescrites en la matière au Mali.
Les entreprises pourront réévaluer les éléments suivants les immobilisations
corporelles, les créances et les dettes en monnaie étrangère, les amortissements
afférents aux immobilisations corporelles.
Toutefois, n’ouvrent pas droit à la réévaluation les immobilisations
dont l’entreprise n’est pas encore propriétaire à la date de l’événement qui
motive la réévaluation, les terrains et autres immobilisations incorporelles, les
véhicules conçus pour le transport des personnes à l’exception de ceux
directement et exclusivement affectés à l’exercice d’une activité de transport.
Les nouvelles annuités d’amortissement sont calculées à partir des valeurs
nettes réévaluées.
La réévaluation des immobilisations amortissables ne modifie pas les
plans d’amortissement en vigueur à la clôture de l’exercice comptable
précédant celui de la réévaluation.
Les plus-values ou moins-values de cession des immobilisations sont
déterminées à partir des nouvelles valeurs réévaluées.
L’augmentation des valeurs d’origine des immobilisations ne sera
retenue pour l’assiette de la contribution des patentes qu’à concurrence
de la moitié de son montant pour l’établissement des impositions émises
au titre des deux années suivant celle de la réévaluation.
38
Au-delà, la contribution visée à l’alinéa précédent est calculée sur le
montant intégral des nouvelles valeurs réévaluées.
La réserve spéciale de réévaluation est passible d’une taxe spéciale
dite de « réévaluation » dont le taux est fixé à 10 %. L’exigibilité de cette
taxe est indépendante de la situation de l’entreprise au regard de l’Impôt
sur les Bénéfices Industriels et Commerciaux.
La réserve spéciale de réévaluation ne peut être affectée ni directement,
ni indirectement à la compensation de pertes ou faire l’objet d’une
distribution.
En cas d’incorporation de la réserve spéciale de réévaluation au capital
social dans les deux années suivant celle de la clôture de l’exercice
comptable de réévaluation, le droit prévu à l’article 324 du présent Code
est applicable.
D. Le revenu de valeurs mobilières
Le bénéfice imposable est obtenu en déduisant du bénéfice net total, le
revenu des valeurs et capitaux mobiliers figurant à l’actif de l’entreprise et
atteints par l’Impôt sur le revenu des valeurs mobilières ou exonérés de cet
impôt, à l’exception des produits de comptes courants remplissant les conditions
définies à l’article 32 du CGI, c’est-à-dire les opérations inscrites à un compte
courant se rattachant exclusivement à l’industrie, au commerce ou à
l’exploitation des deux parties.
Sont exclus de la déduction prévue ci-dessus les produits des prêts non
représentés par des titres négociables ainsi que les produits des dépôts et
comptes courants lorsqu’ils sont encaissés par ou pour le compte des
banquiers ou d’établissements de banques, des entreprises de placement
ou de gestion de valeurs mobilières, ainsi que les sociétés et compagnies
autorisées à faire des opérations de crédit foncier.
Cependant, les sociétés passibles de l’Impôt sur les Sociétés, imposées sur
leurs résultats incluant les revenus des valeurs mobilières, ne peuvent
procéder à cette déduction.
39
L’article 57 du CGI exonère ces revenus de l’IBIC/IS en raison de
leur soumission à l’IBIC/IS et à l’IRVM dans la première société
Paragraphe III. Les pertes et charges de l’entreprise
A la différence des produits et profits, les charges déductibles font
l’objet d’une réglementation « plus pointilleuse »54 aux fins d’éviter le
gonflement ou l’exagération des charges voire des transferts indirects de
bénéfices.
La liste est fournie par le CGI 55. Pour être déductibles, les charges doivent
remplir les conditions ci-après :
- être exposées dans l’intérêt direct de l’entreprise ou se rattacher à
la gestion normale de l’entreprise ;
- correspondre à une charge effective et être appuyée de justifications
suffisantes ;
- se traduire par une diminution de l’actif net de l’entreprise ;
- être comprises dans les charges de l’exercice au cours duquel elles
ont été engagées ;
- concourir à la formation d’un produit non exonéré d’impôt sur le
bénéfice.
Ne sont pas considérées comme charges déductibles les transactions,
amendes, confiscations, pénalités de toute nature. Aussi, convient-il
d’aborder les frais généraux autres que les amortissements et provisions,
les amortissements et provisions.
A. Les frais généraux autres que les amortissements et provisions
Le CGI ne fournit aucune définition des frais généraux. En l’absence
d’une définition légale, les frais généraux sont définis comme les
dépenses nécessaires au bon fonctionnement de l’entreprise. Ils doivent
donc se rattacher à la gestion de l’entreprise d’où l’exclusion des
dépenses personnelles comme le loyer de la maison occupée par le
contribuable ou les dépenses exposées pour l’entretien de la famille du
54
SAWADOGO F M, DEMBELE S, Précis de droit fiscal burkinabè, Collection précis de droit burkinabè, op
cit. 2005, p.159.
55
CGI, Article 51 (nouveau).
40
contribuable. Pour être déductibles du bénéfice imposable, les frais
généraux doivent :
- se traduire par une diminution de l’actif net de l’entreprise, ce qui
n’est pas le cas pour les dépenses relatives à l’acquisition
d’éléments de l’actif, par exemple acquisition de véhicules, de
machines…;
- être appuyés de justifications suffisantes ;
- se rattacher à la gestion normale de l’entreprise.
I. Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel, de main
d’œuvre, les indemnités de fonction allouées aux mandataires sociaux, le
loyer des biens meubles et immeubles dont l’entreprise est locataire, le
loyer versé par le crédit preneur pour la partie représentant les charges
d’intérêt.
Concernant les dépenses de personnel et les rémunérations allouées aux
mandataires sociaux, elles doivent correspondre à un travail effectif et ne
pas être excessives au regard du travail effectué. Les États membres ont
la faculté de fixer un montant maximum pour la déduction de ces charges.
II. Les charges suivantes, à la condition que le débiteur apporte la preuve
que les dépenses correspondent à des opérations réelles et qu’elles ne
présentent pas un caractère anormal ou exagéré :
- les redevances de cession ou de concession de licences
d’exploitation, de brevets d’invention, de marques de fabrique, de
procédés ou formules de fabrication et autres droits analogues ;
- les frais d’assistance technique ;
- les intérêts, arrérages et autres produits des obligations, créances,
dépôts et cautionnements ou les rémunérations de services, payés
ou dus par un contribuable domicilié ou établi au Mali à des
personnes physiques ou morales domiciliées ou établies dans un
État étranger ou un territoire situé hors du Mali.
III. Les impôts à la charge de l’entreprise et mis en recouvrement au cours
de l’exercice, à l’exception de l’impôt sur les bénéfices lui-même et du
minimum forfaitaire y afférent.
41
IV. Les intérêts servis aux associés, à raison des sommes qu’ils mettent à
la disposition de la société en sus de leur part de capital, quelle que soit la
forme de la société, à condition que le taux d’intérêt ne dépasse pas le
taux d’escompte de la BCEAO majoré de trois points et que le capital
social soit entièrement libéré.
V. Les versements effectués par l’entreprise au profit d’œuvres ou
organismes d’intérêt général à caractère philanthropique, éducatif,
scientifique, social ou familial reconnus d’utilité publique sont déductibles
du bénéfice imposable dans la limite d’un pour mille de son chiffre
d’affaires.
VI. Les abonnements ou versements complémentaires effectués à
l’occasion de l’émission et l’achat de part de fonds commun de placement
d’entreprise situé dans un Etat membre de l’UEMOA.
VII. Le déficit provenant d’un exercice antérieur.
Si le bénéfice n’est pas suffisant pour que la déduction de ce déficit puisse
être intégralement opérée, l’excédent du déficit est reporté
successivement sur les trois exercices qui suivent l’exercice déficitaire.
VIII. Les primes d’assurance versées à des compagnies d’assurance
établies dans un pays membre de l’UEMOA en vue de couvrir les risques
dont la réalisation entraîne une diminution de l’actif net de l’entreprise.
IX. Les frais de siège56
Lorsqu’une entreprise exerce son activité au Mali sans y avoir son
siège social, la quote-part des frais de siège incombant aux entreprises
établies au Mali ne peut dépasser 20% des frais généraux de l’entreprise 57.
Le but de cette disposition est la limitation des frais de siège.
X. Les dépenses d’études et de prospection
Le CGI58, en vue de faciliter l’installation dans les Etats membres de
l’UEMOA, d’un établissement de vente, d’un bureau d’études ou de
renseignements des entreprises installées au Mali, permet de déduire les
56
Il s’agit des frais de secrétariat, de rémunération du personnel employé au siège et autres frais engagés par la
société mère pour les besoins de l’ensemble de ses filiales (et ou) établissements stables (Article 80 alinéa
57
L’entreprise n’est pas autorisée à porter une somme égale ou inférieure à 20% des frais généraux sans
justification aucune dans les charges de l’entreprise.
58
CGI, Article 51 (nouveau).
42
dépenses ainsi que les charges supportées par l’entreprise pour le
fonctionnement dudit établissement ou bureau pendant les trois premiers
exercices.
Il faut relever que ne sont pas considérées comme charges
déductibles les transactions, amendes, confiscations, pénalités de toute
nature, notamment celles mises à la charge de contrevenants à la
réglementation régissant les prix, le contrôle des changes, ainsi que de
l’assiette, la liquidation et le recouvrement des impôts, contributions,
taxes et tout droit d’entrée, de sortie, de circulation ou de consommation.
Sont également admis comme charges déductibles les
amortissements et provisions. Les développements qui suivront seront
consacrés aux amortissements et aux provisions.
B. Les amortissements
Le bénéfice net est établi sous déduction des amortissements
réellement effectués par l’entreprise. Les amortissements ont pour but de
constater une dépréciation des éléments de l’actif immobilisé résultant de
l’usure ou du temps. L’amortissement est « la déduction comptable
opérée au cours de chaque exercice sur le bénéfice des entreprises pour
tenir compte de la dépréciation des éléments immobilisés de leur
patrimoine».
Les amortissements fiscaux représentent une part essentielle de
l’autofinancement des entreprises. Du point de vue fiscal, les
amortissements permettent la réalisation d’une économie d’impôt. Les
amortissements linéaires effectivement comptabilisés viennent en
déduction du bénéfice imposable. Les biens donnés en location dans le
cadre d’une opération de crédit-bail peuvent être amortis.
Les amortissements ne sont déductibles que lorsqu’ils :
- sont pratiqués par le propriétaire de l’élément d’actif ;
- correspondent à une dépréciation effective ;
- sont constatés en comptabilité et figurent sur un relevé spécial.
43
Ainsi les biens loués par l’entreprise qui ne se déprécient pas ne peuvent
faire l’objet d’amortissement.59
Les modes d’amortissement60 sont :
I. L’amortissement linéaire
L’amortissement linéaire est la règle. C’est ce que traduisent les
dispositions de l’article 51 (nouveau) in fine.
Exemple :
Sachant que l’exercice comptable d’une entreprise est clos chaque année
le 31 décembre, dresser le tableau d’amortissement d’une machine
acquise le 1er janvier 2010 au prix de 3.700.000 francs et utilisée pour des
opérations industrielles de fabrication et prévue pour une durée
d’utilisation de 10 ans.
II. L’amortissement accéléré
Les matériels et outillages neufs peuvent faire l’objet d’un
amortissement accéléré à la double condition d’être utilisés exclusivement
pour les opérations industrielles de fabrication, de manutention,
d’hôtellerie, de téléphonie, de transport ou d’exploitation agricole et
d’avoir une durée de vie supérieure à 5 ans.
Le système consiste à doubler le montant de la première annuité
d’amortissement, calculé d’après la durée d’utilisation normale du bien. La
durée d’amortissement du matériel ou de l’outillage est réduite d’une
année.
Exemple :
Sachant que l’exercice comptable d’une entreprise est clos chaque
année le 31 décembre, dresser le tableau d’amortissement d’une machine
acquise le 1er janvier 2010 au prix de 3.700.000 francs et utilisée pour des
opérations industrielles de fabrication et prévue pour une durée
d’utilisation de 10 ans.
59
Il s’agit de terrains, de titres, de fonds de commerce.
60
L’Acte uniforme portant organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises, adopté dans le cadre
de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires a introduit deux autres modes
d’amortissement dont l’amortissement économique.
44
III. L’amortissement dégressif
Les entreprises imposées suivant le régime du bénéfice réel sont
autorisées à amortir suivant le système dégressif leurs matériels et
outillages neufs. Le taux d’amortissement est obtenu par l’affectation au
taux d’amortissement normal d’un coefficient fixé en fonction de la durée
de vie du bien :
- 1,5 lorsque la durée normale d’utilisation est de trois ou quatre
ans ;
- 2 lorsque la durée d’utilisation est de cinq ou six ans ;
- 2,5 lorsque la durée d’utilisation est supérieure à six ans.
Les immobilisations autres que les matériels et outillages qui ne sont pas
neufs au moment de leur acquisition et ceux dont la durée d’utilisation est
inférieure à trois ans ne peuvent pas faire l’objet d’un amortissement
dégressif.
Exemple :
Une entreprise arrête son exercice le 31 décembre de chaque
année. Le 1er janvier 2010, elle a acquis une machine-outil pour 15
millions de francs dont la durée d’utilisation est prévue pour 8 ans.
Déterminer le taux d’amortissement dégressif.
C. Les provisions
Les entreprises peuvent constituer des provisions destinées à faire
face à des pertes ou charges que des événements en cours rendent
probables : provision pour procès en cours, pour dépréciation des stocks,
pour risques de pertes sur créances douteuses.
« La provision est une déduction opérée par une entreprise sur les
résultats d’un exercice en vue de faire face ultérieurement à une perte ou
à une charge61. »
Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes et charges
nettement précisées et que les événements en cours rendent probables
sont déductibles du bénéfice imposable.
61
BARILARI MM, et DRAPE, Lexique fiscal, P.138
45
Les provisions les plus courantes sont : les provisions pour
dépréciation de l’actif (provisions pour créances douteuses, pour
dépréciation des stocks ou des titres), les provisions régulatrices du passif
(provisions pour risques et litiges), les provisions spéciales (provisions
pour hausse des prix).
Pour être fiscalement déductibles, les provisions doivent remplir des
conditions de fond et de forme. La provision doit se rapporter à des pertes
et charges nettement précisées, c’est-à-dire individualisées et évaluées,
probables et non purement éventuelles. La condition de forme consiste en
l’inscription en comptabilité et sur le relevé des provisions joint à la
déclaration des résultats.
La déductibilité de la provision ne devient effective qu’après la réalisation
de la perte ou de la charge. Les pertes et charges ci-après ne peuvent
donner lieu à constitution de prévisions déductibles :
- les provisions de propre assureur constituées par les entreprises ;
- les provisions que constitue une entreprise en vue de faire face
au versement d’allocation en raison de départ à la retraite ou pré
retraite des membres de son personnel ;
- l’indemnité pour congé payé.
Les entreprises bénéficient par ailleurs d’un avantage fiscal : le report
déficitaire. Le déficit subit au cours d’un exercice est une charge
déductible de l’exercice suivant. Lorsque ce bénéfice n’est pas suffisant
pour l’éponger, l’excédent du déficit est reporté successivement jusqu’au
troisième exercice qui suit l’exercice déficitaire. Au-delà de cette période,
le déficit non encore épongé est considéré comme perdu. A ce sujet,
SAWADOGO F. M. et DEMBELE S. ont observé qu’il pourra se poser un
problème relativement complexe quand plusieurs exercices sont
déficitaires et que les déficits ne pourront pas tous être épongés dans les
délais. L’entreprise a intérêt à commencer par éponger les déficits les plus
anciens en date. Si les déficits sont importants, l’entreprise peut avoir
intérêt à pratiquer la réévaluation libre de son bilan.
Section III. L’établissement de l’imposition
46
Pour la détermination de leur bénéfice imposable, les entreprises
peuvent être placées soit sous le mode du régime du réel d’imposition soit
sous le régime de l’impôt synthétique.
Paragraphe I. Le régime du bénéfice réel
Il existe deux modes dans le régime du réel d’imposition 62: le mode
réel simplifié (A) et le mode réel normal (B). Les entreprises imposables
suivant le régime du bénéfice réel doivent tenir une comptabilité au cours
de l’exercice permettant de déterminer exactement le résultat (le bénéfice
ou le déficit). Elles doivent tenir une comptabilité régulière comportant les
documents énoncés à l’article 60 du LPF63.
A. Le mode réel simplifié
Le CGI détermine les personnes auxquelles le régime du mode réel
simplifié s’applique64. Ces personnes sont celles qui ne sont pas assujetties
à l’impôt synthétique ou imposables suivant le mode réel normal.
Le champ d’application du régime du bénéfice réel simplifié avait été
réduit. Le régime du bénéfice réel simplifié ne s’appliquait qu’aux
entreprises individuelles. Aujourd’hui, la loi admet que les personnes
morales puissent être assujetties. Il convient d’évoquer les personnes
relevant du régime du bénéfice réel simplifié avant d’évoquer l’option pour
le mode du réel simplifié.
I. Les personnes relevant du régime du bénéfice réel simplifié
Le mode du bénéfice réel simplifié, prévu à l’article 76 (nouveau) du CGI,
s’applique aux personnes :
- dont l’activité principale est de vendre des marchandises, objets,
fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place, ou
de fournir des prestations de services, lorsque leur chiffre
d’affaires annuel hors taxe sur la valeur ajoutée est supérieur ou
62
Le CGI énonce le régime de l’impôt synthétique. Il est applicable aux exploitants individuels d’entreprises
réalisant par an au plus 30 millions de chiffre d’affaires hors taxes.
63
Il s’agit de la liste détaillée par catégorie des frais généraux, la copie des états financiers comportant le NIF et
les liasses harmonisées selon les normes du SYSCOA, le tableau des amortissements.
64
CGI, Article 76.
47
égal à 50 millions de francs et inférieur ou égal à 250 millions de
francs ;
- relevant du régime de l’impôt synthétique et qui ont exercé
l’option pour le régime réel d’imposition.
Les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 250 millions de
francs et inférieur à un milliard sont régies par la Direction des moyennes
entreprises. Elles relèvent du régime du bénéfice réel normal.
D’une façon générale, et sous réserve de certaines exclusions
limitativement énumérées par la loi, le domaine respectif du régime
d’imposition applicable aux moyennes entreprises est fonction du chiffre
d’affaires annuel toutes taxes comprises réalisé.
II. L’option pour le mode du réel simplifié
Le mode du bénéfice réel simplifié, prévu à l’article 76 (nouveau) du
CGI, s’applique aux personnes :
- dont l’activité principale est de vendre des marchandises,
objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur
place, ou de fournir des prestations de services, lorsque leur
chiffre d’affaires annuel hors taxe sur la valeur ajoutée est
supérieur ou égal à 50 millions de francs et inférieur ou égal à
250 millions de francs ;
- relevant du régime de l’impôt synthétique et qui ont exercé
l’option pour le régime réel d’imposition.
Les personnes relevant de plein droit du régime de l’impôt
synthétique peuvent opter pour le mode du réel simplifié. Toutefois, cette
option doit être faite avant le 1er novembre de chaque année65. L’option
prend effet à compter du 1er janvier de l’année suivant celle au cours de
laquelle elle est exercée.
L’option ainsi faite est irrévocable pendant trois exercices
consécutifs. Au terme de cette période de trois exercices consécutifs,
65
CGI, article 76.
48
l’option peut être dénoncée66 par le contribuable lorsque le chiffre
d’affaires annuel devient inférieur au seuil d’assujettissement du régime
du bénéfice réel d’imposition.
B. Le mode réel normal
Le CGI énonce les conditions d’application du mode réel normal 67. Il
s’agit de contribuables qui ne sont pas assujettis soit au régime de l’impôt
synthétique soit au régime du mode du bénéfice réel simplifié.
Le montant de l’impôt dû par les contribuables ne peut être
inférieur à 1% du chiffre d’affaires hors taxe. Ce minimum forfaitaire est
dû même au cas où l’exercice est déficitaire sans prendre en compte
l’importance du déficit.
Lorsque le chiffre d’affaires est supérieur ou égal au seuil
d’assujettissement du bénéfice réel d’imposition, le minimum forfaitaire
de 1% du chiffre d’affaires hors taxes ne peut être inférieur à la fraction de
l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux contenu dans le
montant maximum des cotisations68.
Pour les entreprises passibles de l’impôt sur les sociétés dont l’objet
est la gestion des immeubles productifs de revenus locatifs inscrits à l’actif
de leur bilan, le minimum forfaitaire de perception de l’impôt sur les
sociétés ne peut être inférieur au montant de l’impôt sur les revenus
fonciers dont elles auraient été redevables si elles n’y avait pas été
exonérées69.
Les impositions sont assurées par la Direction des grandes
entreprises, la Direction des moyennes entreprises et les Centres des
Impôts.
En rappel, le mode du bénéfice réel normal, appelé régime du réel,
est le régime d’imposition de droit commun. Il s’applique à tous les
redevables qui ne remplissent pas les conditions du mode du bénéfice réel
66
La dénonciation doit être faite dans le mois de janvier suivant la fin des trois exercices consécutifs.
67
CGI, Article 79.
68
Article 86 alinéa 4 du Code général des impôts.
69
Article 86 A du Code général des impôts.
49
simplifié ou qui, les remplissant, ont néanmoins opté de se soumettre au
régime du réel. Pour l’essentiel, ce sont les redevables dont le chiffre
d’affaires excède 250 millions. De nombreuses obligations pèsent sur de
tels redevables, dont la violation est sanctionnée.
I. Les obligations
Le redevable doit :
- faire une déclaration d’existence et des déclarations modificatives ;
- tenir une comptabilité régulière conformément aux règles
comptables et fiscales en vigueur et respecter les règles régissant la
facturation70 ;
- enfin, déclarer mensuellement son chiffre d’affaires et payer la TVA
y afférente.
La première obligation du redevable, c’est-à-dire à toute personne
assujettie à la TVA, est de déclarer son existence dans les quinze jours du
commencement de ses activités ou de l’ouverture de son établissement,
sur un imprimé fourni par l’administration fiscale. En effet, une déclaration
similaire doit être souscrite en cas de cession d’entreprises ou de
cessation d’activité ou en cas de modification de l’activité 71. Le défaut de
déclaration est sanctionné par une amende.
La seconde obligation est relative à la tenue d’une comptabilité régulière
et au respect des règles en matière de facturation. Relativement à la
comptabilité, la loi indique que la comptabilité doit être tenue en français
et doit être conforme aux dispositions de l’Acte uniforme portant
organisation et harmonisation des comptabilités des entreprises dans les
Etats parties du Traité de l’OHADA adopté à Yaoundé le 24 mars 2000 et
par le Règlement de l’UEMOA n°4 CM du 20 décembre 1996 portant
adoption d’un référentiel comptable commun au sein de l’UEMOA
dénommé Système comptable ouest africain (SYSCOA) dont les
dispositions ont été ultérieurement mises en conformité avec celles de
l’Acte uniforme. En outre, les importateurs doivent tenir un livre spécial
70
Article 115 du LPF.
71
Article 112 du LPF.
50
faisant apparaître pour chaque opération la quantité, la valeur en douane,
le montant des droits et taxes perçus par les services des douanes, le
numéro et la date de la déclaration de mise en consommation. Ils doivent
également communiquer au service des impôts dont ils dépendent
l’identité et l’adresse de leur déclarant en douane. La comptabilité se fait
en principe hors TVA.
Le non-respect des règles ci-dessus énoncées est sanctionné.
II. Les sanctions
Destinées à obtenir le respect des règles ci-dessus énoncées, les
sanctions énoncées sont, en général, sévères.
Le retard et le défaut de déclaration d’existence ou de demande
d’immatriculation fiscale sont sanctionnés par une amende de 25.000
francs en cas de retard ou de 50.000 francs en cas de défaut.
Paragraphe II. Le régime de l’impôt synthétique
L’impôt synthétique est un régime particulier au sein de l’IBIC/IS. Il
est une synthèse de plusieurs impôts72.
A. Les personnes imposables, exemptées ou exonérées
L’impôt synthétique est dû par les entreprises réalisant un chiffre
d’affaires annuel inférieur à 50 millions de francs. Le taux de l’impôt est
fixé à 3%. Il est applicable au chiffre d’affaires annuel réalisé. A contrario,
en sont exclues, les entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel
supérieur ou égal à 50 millions de francs d’une part, et les entreprises
soumises au régime du bénéfice réel, d’autre part.
Sont exemptées, pour la première année, les entreprises assujetties
à l’impôt synthétique.
Les entreprises dont le chiffre d’affaires vient à dépasser, au cours
d’une année, la limite du seuil d’assujettissement à l’impôt synthétique,
72
L’Arrêté n°99-0893/MF-SG du 18 1999 fournit la liste des impôts qui figure dans le paquet : patente, taxe de
voirie, cotisation chambre de commerce, taxe sur la valeur ajoutée, contribution forfaitaire à la charge des
employeurs, taxe-logement, taxe de formation professionnelle, retenue d’impôt sur les traitements et salaires,
impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux, 50,90%).
51
deviennent de ce fait, imposables suivant le régime du bénéfice réel. Elles
ne peuvent bénéficier à nouveau du régime de l’impôt synthétique que si
le montant du chiffre d’affaires qu’elles réalisent au cours des deux
années suivante reste inférieur à 50 millions de francs.
B. Les modalités d’imposition
Le montant de l’impôt synthétique est établi selon le critère relatif
exclusivement au chiffre d’affaires déclaré par le contribuable.
Le paiement de l’impôt synthétique par les assujettis libère ceux-ci
des autres impôts, droits et taxes73 que sont l’impôt sur les traitements et
salaires, l’impôt sur les revenus fonciers, l’impôt sur les revenus de
valeurs mobilières, la contribution des patentes et licences, la taxe sur la
valeur ajoutée. Toutefois, les personnes disposant d’autres revenus que
ceux au titre desquels elles sont passibles de l’impôt synthétique sont
soumises au régime de droit commun pour ces activités ou revenus 74.
En cas de déclassement pour le régime du bénéfice réel
d’imposition, une fraction de l’impôt synthétique acquitté devient un
acompte sur l’impôt dû75.
SECTION IV. LES OBLIGATIONS DES CONTRIBUABLES
Les contribuables sont assignés à des obligations de retenue à la source
d’impôts et à des obligations déclaratives.
Paragraphe I. Les obligations de retenues d’impôts à la source
Elles ont trait à l’obligation de retenue à la source de l’impôt sur les
bénéfices et à celle de retenue à la source imposée par les articles 441 à
73
CGI, Article 73.
74
CGI, Article 73 alinéa 3.
75
Le montant de l’acompte est déterminé par arrêté du ministre chargé des finances portant répartition du produit
de l’impôt synthétique.
52
444 du Livre de procédures fiscales. En outre, les contribuables sont tenus
à des versements d’acomptes provisionnels.
A. L’obligation de retenue à la source de l’impôt sur les bénéfices
Le LPF76 a institué une retenue à la source de toutes les sommes
versées à un prestataire de service ne disposant pas de numéro
d’identification fiscal en rémunération de services rendus.
Le taux de la retenue est de 15%77. Le versement de la retenue opérée au
cours d’un mois doit intervenir au plus tard le 15 ème jour du mois suivant.
Le défaut de retenue ou de versement est sanctionné par l’exclusion des
rémunérations versées des charges d’exploitation de l’entreprise.
B. L’obligation de retenue à la source imposée par les articles 441
à 444 du LPF
Cette obligation vise les sommes versées à des entreprises
étrangères n’ayant pas au Mali d’installation permanente en contrepartie
des divers services rendus.
Le taux de la retenue est de 15%. Les marchés et les contrats
administratifs font l’objet de retenue lorsque l’adjudicataire n’a pas
d’installation professionnelle permanente au Mali.
C. Le versement d’acomptes provisionnels
Les entreprises soumises à l’IBIC, selon le mode du réel normal, sont
tenues de calculer elles-mêmes et de verser trois acomptes provisionnels
au titre de l’IBIC78. Le montant de cet acompte est égal à ¼ du montant de
l’IBIC dû au titre de la dernière imposition (cas d’une ancienne imposition)
ou de l’IBIC prévisionnel (cas d’une entreprise nouvelle). Les versements
ont lieu au plus tard les 31 mars, 31 juillet et 30 novembre.
Lorsque le contribuable relève du mode du réel simplifié, le montant
de chaque acompte est égal à 1/3 du produit obtenu en multipliant le
76
Voyez les articles 440 à 444 du LPF.
77
La réduction du taux de l’impôt de 35% à 30% par la loi de finance 2011-078 devait conduire à la réduction du
taux de 17,5% à 15%. Le taux de 17,5% est obtenu en divisant le taux de 35% par deux.
78
Article 278 du LPF.
53
chiffre d’affaires de l’année N-1 par le coefficient 0,60%. Ce coefficient est
ramené à 0,20% pour les stations-services s’approvisionnant
exclusivement sur le marché local79.
Les versements ont lieu au plus tard les 31 mars, 31 juillet et 30
novembre de chaque année.
Paragraphe II. Les obligations déclaratives
Les contribuables assujettis à l’IBIC/IS sont astreints à des
déclarations dont certaines prennent leur source dans les dispositions de
l’article 75 du LPF ou de l’article 72 du LPF.
La date limite fixée pour le dépôt des déclarations de l’IBIC/IS est le
30 avril suivant la clôture de l’exercice comptable. Ce délai est fixé au 31
mai pour les sociétés et compagnies d’assurance.
A. L’obligation relative à la déclaration des sommes versées à des
personnes n’occupant pas un emploi salarié dans l’entreprise
Les contribuables passibles de l’I.B.I.C/ IS sont tenus de joindre à
leur déclaration d’impôt sur les bénéfices le relevé concernant toutes les
sommes versées à des personnes n’occupant pas un emploi salarié dans
l’entreprise80.
B. L’obligation relative à la déclaration des rémunérations versées
au personnel
Les entreprises passibles de l’IBIC qui occupent des salariés sont
tenues de remettre, au cours du mois de janvier suivant l’exercice
comptable, un état récapitulatif des rémunérations annuelles allouées au
personnel. Cet état doit préciser pour chaque personne employée :
- nom, prénoms, emploi et adresse ;
- le montant des traitements et salaires et autres rémunérations en
argent ou en nature ;
- la période de l’emploi ;
79
Article 276 du LPF.
80
Il s’agit notamment des sommes payées à titre de commissions, de ristournes, de vacations, d’honoraires
divers, de loyers.
54
- le nombre d’enfants à charge au 31 décembre de l’exercice
comptable ;
- le montant des allocations spéciales destinées à couvrir les frais
de représentation ;
- le montant des retenues opérées et versées au Trésor public au
titre de l’Impôt sur les traitements et salaires (ITS).
L’imposition des bénéfices des entreprises au Mali n’est pas
fondamentalement différente de celle des autres pays membres de
l’UEMOA. Elle soulève, cependant, la question de la neutralité de l’impôt.
L’imposition des bénéfices réalisés par les entreprises peut être
considérée comme un phénomène social qui existe dans tous les systèmes
fiscaux. Les entreprises ne constituent pas, a priori, une assiette fiscale en
tant que telle81. Elles sont un voile juridique entre le fisc et les associés et
les consommateurs.
L’imposition des bénéfices des entreprises est un type d’impôt
économiquement efficace car elle n’altère en rien l’allocation des
ressources dans l’économie nationale.
Illustration :
La société « ANKABIN » a arrêté ses comptes le 31 décembre 2017. Elle
dégage un bénéfice de 16.400.000 F.
Le conseil fiscal a fait les remarques suivantes :
1. Il n’y a aucune trace au niveau de l’exercice en ce qui concerne la
machine acquise neuve, à usage exclusif de fabrication industrielle
d’une durée de 5 ans, le 1 er janvier 2014 à 6.800.000 f et vendue le 31
décembre 2017 à 1.500.000 f.
2. La société n’a pas enregistré les produits en cours de fabrication
d’une valeur de 1.200.000 f.
81
Voyez dans ce sens « Pourquoi imposer les sociétés ? », Document de travail 96-2 rédigé pour le comité
technique de la fiscalité des entreprises-Canada, 1996.
55
3. L’entreprise a fait état dans sa comptabilité d’un déficit (le report
déficitaire) de 700.000 F, ce déficit date de 2013 et d’un déficit de
500.000 F. qui date de 2015.
4. L’entreprise a constitué une provision contre les risques de vol pour
un montant de 1.300.000 F.
5. Une plus-value de 1.900.000 F figure dans la comptabilité alors qu’il
y a engagement de réinvestissement conforme aux dispositions du
Code général des impôts.
6. Des pénalités de 100.000 F figurent en comptabilité et
correspondent à un retard dans le paiement des impôts commerciaux
dus par l’entreprise.
7. Des cadeaux d’un montant de 7.000.000 F composés de stylos et de
calendriers ont été faits à des clients en violation des conditions fixées
par le Code général des impôts.
8. La société n’a pas enregistré ses factures d’eau, d’électrisé, de
téléphonie, de secrétariat et d’entretien à concurrence de 500.000 F.
9. La société a enregistré 1.300.000 F pour l’achat d’un billet d’avion
en faveur du beau-père du directeur pour son pèlerinage à la Mecque ;
10. La société n’a pas déduit 7.200.000 F représentant la rémunération
annuelle du directeur de la société qui travaille effectivement et à
temps plein.
11. La déclaration des résultats ne comporte aucune indication sur les
3.000.000 F représentant des frais d’études et de création d’un bureau
à Dakar (Sénégal) exposés par la société au cours des exercices 2014,
2015 et 2016 et intégralement déduits des résultats desdits exercices.
Déterminer :
1. le résultat fiscal ;
2. l’Impôt sur les sociétés.
Solution à l’exercice :
56
1. Le résultat fiscal :
Nature des Produits et profits Pertes et charges
opérations (Réintégration) (Déduction)
Bénéfice comptable 16.400.000
Annuité 1.360.000
d’amortissement 2017
de la machine
Plus-value réalisée lors 140.000
de la cession de la
machine
Les produits en cours 1.200.000
de fabrication
Déficit 2013 700.000
Déficit 2015 500.000
Provision 1.300.000
irrégulièrement
constituée
Une plus-value 1.900.000
réinvestie conforme au
CGI
pénalités dans le 100.000
paiement des impôts
commerciaux dus par
l’entreprise
Des cadeaux faits à 7.000.000
des clients en
violation des
conditions fixées
par le CGI
factures d’eau, 500.000
d’électrisé, de
téléphonie, de
57
secrétariat et
d’entretien
Achat d’un billet 1.300.000
d’avion en faveur du
beau-père du directeur
pour son pèlerinage à
la Mecque
La rémunération 7.200.000
annuelle du directeur
de la société
Les frais d’études et 3.000.000
de création d’un
bureau à Dakar
(Sénégal) exposés par
la société au cours des
exercices 2014, 2015
et 2016 et
intégralement déduits
des résultats desdits
exercices
Total 31.140.000 11.460.000
Résultat fiscal : 31.140.000 -11.460.000 = 19.680.000
2. L’Impôt sur les sociétés
31.140.000 -11.460.000 = 19.680.000
19.680.000 x 30% = 5.904.000
58
CHAPITRE V. L’IMPOSITION DES REVENUS DE VALEURS
MOBILIERES
Les revenus des valeurs mobilières sont appréhendés par deux
impôts : l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières proprement dit
(IRVM) et l’Impôt sur le revenu de créances et dépôts (IRCD). Ces impôts
sont régis par les dispositions du CGI et du LPF. L’application de l’un exclut
l’application de l’autre. En effet, l’IRVM et l’IRCD ne peuvent être perçus
cumulativement sur une même somme en raison d’une même opération
juridique.
59
On entend par valeurs mobilières82 des biens tels que parts d’intérêt,
actions, obligations. Ces biens rentrent dans la catégorie des meubles d’où
leur nom et rapportent, en principe, à leurs titulaires des revenus dits
revenus de valeurs mobilières ou de capitaux mobiliers lesquels reçoivent
des appellations diverses : dividendes, intérêts, arrérages. Les tantièmes
et les jetons de présence versés par les sociétés sont, malgré leur
caractère un peu particulier, assimilés, sur le plan fiscal, à des revenus de
valeurs mobilières. Ces revenus, au plan fiscal, constituent une cédule à
part. Les principales valeurs mobilières sont les actions et les
obligations83.
L’imposition de ces deux cédules présente la particularité de se faire
au moyen d’une retenue à la source.
Pour la clarté de l’exposé, il sera successivement abordé l’assiette
de l’impôt, la détermination du revenu imposable, le fait générateur et les
taux, le lieu, le mode de paiement et les pénalités, le recouvrement et les
obligations des redevables.
SECTION I. L’ASSIETTE DE L’IMPOT
Certains revenus sont imposables à l’IRVM et d’autres en sont
exonérés.
Paragraphe I. Les revenus imposables
L’IRVM s’applique sous réserve d’exonérations :
- aux intérêts, dividendes, arrérages, revenus et tous autres produits
des actions de toute nature et des parts de fondateurs des sociétés,
compagnies et entreprises quelconques financières ;
82
Le professeur Ives GUYON définit les valeurs mobilières comme « des titres négociables qui représentent les
droits, identiques par catégorie, acquis par ceux qui ont apporté à une personne morale, publique ou privée, les
espèces ou les biens nécessaires à son financement. Elles représentent, selon le cas, soit une quotité du capital de
la personne morale soit une créance à long terme sur celle-ci. Elles sont susceptibles d’être cotées en bourse ».
83
Voyez dans ce sens l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt
économique adopté dans le cadre l’OHADA.
60
- aux intérêts, produits et bénéfices des parts d’intérêts dans les
sociétés, compagnies et entreprises ayant leur siège social au Mali,
dont le capital n’est pas divisé en actions ;
- au montant des remboursements et amortissements totaux ou
partiels que les sociétés désignées dans les numéros qui précèdent
effectuent sur le montant de leurs actions, parts d’intérêts, avant
leur mise en liquidation ;
- au montant des indemnités de fonction, remboursement forfaitaire
des frais revenant aux membres des conseils d’administration des
sociétés ;
- aux intérêts, arrérages et tous autres produits des obligations et
emprunts de toute nature de communes, établissements publics
ainsi que des sociétés, compagnies et entreprises ;
- aux intérêts, arrérages et tous autres produits des créances
hypothécaires, privilégiées et chirographaires à l’exclusion de toute
opération commerciale ne présentant pas le caractère juridique d’un
prêt ;
- aux intérêts des dépôts de somme d’argent à vue ou à échéance
fixe, quel que soit le dépositaire et quelle que soit l’affectation du
dépôt, les intérêts de cautionnement de numéraire et des comptes
courants.
Les dividendes, arrérages, bénéfices et produits s’entendent de toutes
sommes ou valeurs attribuées à quelque époque que ce soit aux associés
et porteurs de parts, à un autre titre que celui de remboursement de leur
apport.
Paragraphe II. Les revenus exonérés
Les exemptions sont prévues par le CGI et bénéficient :
- à certains amortissements opérés grâce à la réalisation d’éléments
de l’actif et au moyen de prélèvement sur les éléments autres que le
compte de résultats, les réserves ou provisions diverses du bilan ;
- aux intérêts des livrets d’épargne ;
61
- aux produits des comptes courants entre industriels, commerçants,
exploitants agricoles ou miniers et se rattachant à l’activité des deux
parties ;
- aux revenus des emprunts ou des obligations des coopératives et
des associations ;
- aux parts d’intérêts, emprunts ou obligations de sociétés ou unions
de sociétés coopératives agricoles ou caisses de crédit agricole ;
- aux intérêts, arrérages et tous autres produits des rentes,
obligations et autres effets publics émis par l’Etat, les régions ou les
communes ;
- aux obligations et emprunts émis ou à émettre par les sociétés
d’habitation à bon marché.
Après la précision de l’assiette de l’impôt, il convient de déterminer le
revenu imposable.
SECTION II. LA DETERMINATION DU REVENU IMPOSABLE
Le revenu taxable est déterminé :
- pour les actions, par le dividende fixé par les assemblées
d’actionnaires ;
- pour les parts d’intérêts, soit par la part de bénéfice dont la
distribution a été décidée par l’Assemblée des associés soit au
moyen d’une déclaration à souscrire dans les trois mois de clôture
de l’exercice, faisant connaître les bénéfices ou produits
effectivement distribués ;
- pour les obligations ou emprunts, par l’intérêt distribué dans
l’année.
Les revenus imposables au titre de l’impôt sur le revenu des créances
et dépôts
sont constitués par les intérêts, arrérages et tous autres produits. Il s’agit
de toutes les créances qui ne prennent pas la forme de titres négociables
ou de valeurs mobilières.
62
Le revenu taxable est déterminé pour les intérêts des créances,
dépôts, cautionnement et tous autres produits des valeurs désignées aux
points 7 et 8 de l’article 23 du CGI par le montant brut des intérêts payés.
SECTION III. LE FAIT GENERATEUR ET LES TAUX D’IMPOSITION
Il est utile d’évoquer successivement le fait générateur et les taux.
Paragraphe I. Le fait générateur
Le fait générateur est l’événement qui donne naissance à la dette
fiscale. Pour les valeurs mobilières proprement dites, le fait générateur est
constitué par la mise en distribution.
L’impôt est exigible non à compter du paiement mais à partir du
moment où les dividendes sont mis à la disposition des bénéficiaires.
Pour les revenus de créances, dépôts, cautionnements, le fait
générateur est constitué par le paiement des intérêts ou leur inscription à
un compte.
Paragraphe II. Les taux
Les revenus de valeurs mobilières sont passibles 84, d’un impôt
proportionnel dont le taux est fixé comme suit :
- 10% pour les dividendes distribués. Ce taux est ramené à 7% pour
les dividendes distribués par les sociétés cotées sur une bourse des
valeurs agréées par le conseil régional de l’Epargne publique et des
marchés financiers ;
- 6% pour les revenus des obligations. Ce taux est ramené à 3%
lorsque les obligations sont émises par l’Etat ou par les collectivités
publiques et leurs démembrements et sous réserve que la durée
desdites obligations soit comprise entre cinq et dix ans. Lorsque la
durée des obligations émises par l’Etat ou les collectivités publiques
et leurs démembrements est supérieure à dix ans, le taux de 6% est
ramené à 0% ;
84
Article 42 (nouveau) du CGI.
63
- 13% pour les intérêts arrérages et autres produits des obligations
d’emprunts contractés par des sociétés ayant leur siège au Mali ou
qui exerçant une activité au Mali sont constituées sous forme qui les
rendraient imposables si elles avaient leur siège au Mali ;
- 9% pour les intérêts, arrérages et autres produits des dépôts à vue
ou à échéance fixe et des comptes courants ;
- 15% pour les lots payés aux créanciers et porteurs d’obligations ;
- 18% pour tous les autres revenus.
SECTION IV. LE LIEU, LE MODE DE PAIEMENT ET LES PENALITES
L’IRVM, bien qu’à la charge des bénéficiaires, n’est pas acquitté par les
bénéficiaires eux-mêmes. Il est prélevé par la collectivité qui distribue les
produits imposables sur les sommes revenant aux mêmes bénéficiaires et
est ensuite reversé par cette dernière au service des impôts.
Les bénéficiaires de ces sommes n’ont aucune obligation à accomplir
auprès de l’administration fiscale.
L’impôt est versé conformément aux dispositions du LPF 85. Aux termes de
l’article 433 du LPF, tout défaut de déclaration, toute inexactitude
aboutissant à une minoration de l’impôt sont sanctionnés par une amende
fiscale égale au montant des droits compromis.
Tout retard dans le paiement de l’impôt est sanctionné par une amende
fiscale à 2% par mois de retard calculée à compter de la d’exigibilité, tout
mois commencé étant considéré comme un mois entier.
SECTION V. LE RECOUVREMENT ET LES OBLIGATIONS DES
REDEVABLES
Lorsque les produits imposables sont payés par les banquiers, ces
derniers doivent, à cet effet, acquitter l’impôt dans les conditions prévues
au LPF.
85
Article 427 et suivants du LPF.
64
Lorsque les produits imposables sont payés par les particuliers, l’impôt
est acquitté aux moyens de timbres fiscaux apposés soit sur les quittances
soit sur le compte où l’inscription des intérêts est opérée.
Les sanctions sont les suivantes :
- en cas d’inexactitude ou de minoration, l’amende est égale au
double des droits correspondants ;
- en cas de paiement tardif, l’amende est égale à 2% par mois de
retard.
65