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Taxonomie des attaques en apprentissage automatique

Cet article présente une taxonomie des attaques sur les méthodes d'apprentissage automatique, soulignant la vulnérabilité des modèles face à diverses menaces durant leur apprentissage et déploiement. Les auteurs classifient les attaques selon l'objectif, la connaissance et la capacité de l'attaquant, tout en fournissant des exemples d'attaques sur des applications spécifiques. L'étude vise à identifier et définir ces menaces afin de proposer des mesures de défense appropriées.

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Taxonomie des attaques en apprentissage automatique

Cet article présente une taxonomie des attaques sur les méthodes d'apprentissage automatique, soulignant la vulnérabilité des modèles face à diverses menaces durant leur apprentissage et déploiement. Les auteurs classifient les attaques selon l'objectif, la connaissance et la capacité de l'attaquant, tout en fournissant des exemples d'attaques sur des applications spécifiques. L'étude vise à identifier et définir ces menaces afin de proposer des mesures de défense appropriées.

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Taxonomie des attaques sur les méthodes

d’apprentissage automatique
Tom Djaaleb, Mohamed-Lamine Messai

To cite this version:


Tom Djaaleb, Mohamed-Lamine Messai. Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage
automatique. Revue des Nouvelles Technologies de l’Information, 2022. �hal-03907887�

HAL Id: hal-03907887


[Link]
Submitted on 20 Dec 2022

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Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage
automatique
Tom Djaaleb∗ , Mohamed-Lamine Messai∗


Univ Lyon, Univ Lyon 2, ERIC
{[Link], [Link]}@[Link]

Résumé. L’apprentissage automatique gagne de plus en plus de terrains d’ap-


plications. Différentes méthodes existent et qui permettent la construction de
modèles à des fins d’aide à la décision. Néanmoins, les modèles d’apprentissage
automatique sont vulnérables et exposés à différents types d’attaques de sécu-
rité durant le processus d’apprentissage des modèles et après leur déploiement.
Par conséquent, ces menaces doivent être, dans un premier temps, identifiées,
définies et classées afin que, dans un deuxième temps, proposer des mesures de
défense pour faire face à ces menaces. Dans cet article, Nous nous sommes inté-
ressés à l’étude des menaces pouvant toucher un processus d’apprentissage au-
tomatique. Nous présentons une classification des menaces autour de l’objectif,
la connaissance et la capacité de l’attaquant. Ensuite, nous montrons quelques
exemples d’attaques sur des applications utilisant l’apprentissage automatique.

1 Introduction
L’apprentissage automatique ou machine (Machine Learning (ML)) est un sous-domaine
de l’intelligence artificielle. Le ML inclut un ensemble d’algorithmes permettant de créer au-
tomatiquement des modèles à partir de données exemples. Ces données, utilisées dans la phase
d’entraînement sont appelées les jeux de données d’apprentissage. Traditionnellement, un pro-
gramme informatique effectue une tâche en suivant des instructions précises, et donc systéma-
tiquement de la même façon. Par contre, un système d’apprentissage automatique ne suit pas
d’instruction, mais apprend à partir de l’expérience. Par conséquent, ses performances s’amé-
liorent au fil de son entraînement sur le jeu de données. La finalité du modèle de ML est d’imiter
un comportement semblable au cerveau humain en termes de prise de décision afin d’automa-
tiser des tâches. Ces dernières années, grâce à des capacités de calcul beaucoup plus puissantes
et des ensembles de données beaucoup plus importants pour l’entraînement des modèles, les
technologies d’apprentissage automatique, en particulier les réseaux neuronaux artificiels et
les architectures d’apprentissage profond, ont fait des progrès considérables. L’apprentissage
automatique a de nombreux domaines d’application comme la détection des spams et des lo-
giciels malveillants en cybersécurité, la classification d’images et la reconnaissance d’objets
pour le contrôle des véhicules autonomes, le diagnostic médical, la reconnaissance vocale, ...
etc.
Avec le succès impressionnant de l’application du ML dans des domaines de plus en plus
nombreux, des faiblesses de sécurité sont présentes dans les étapes des algorithmes d’appren-
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

tissage ce qui peut rendre les modèles générés inutilisables. En raison de ces faiblesses, un
système d’apprentissage automatique est vulnérable à divers types d’exploitations adverses
qui peuvent compromettre l’ensemble du système. En fait, un processus d’apprentissage auto-
matique typique, qui consiste en la collecte de données, l’extraction de caractéristiques, l’en-
traînement du modèle, la prédiction et le réentraînement du modèle, est vulnérable aux attaques
malveillantes à chaque étape. Nous nous intéressons dans ce travail à l’étude des menaces et
à l’identification et la classification des différents types d’attaques sur l’apprentissage automa-
tique.
Le reste de l’article est organisé comme suit : la Section 2 explique brièvement le processus
d’apprentissage automatique en donnant les sources de vulnérabilités et présente les travaux
antérieurs sur la sécurité de l’apprentissage automatique. Ensuite, la Section 3 présente une
taxonomie des menaces en présentant notre classification axée sur les dépendances entre les
objectifs de l’attaquant, sa connaissance sur le système ML et les attaques qu’il peut exécuter.
Dans la Section 4, nous présentons quelques attaques sur des exemples d’applications. La
section 5 conclut l’article en donnant quelques perspectives.

2 Apprentissage automatique
La Figure 1, schéma utilisé par McGraw et al. (2020) en amont de leur travaux sur la
sécurité du ML, représente toutes les étapes du processus d’apprentisage automatique. Les
cellules rectangulaires bleues 2, 4, 5, 8 sont des processus ("des actions") alors que les cellules
ovales jaunes 1, 3, 6, 7 et 9 représentent des objets ou des ensembles d’objets. Pour comprendre
d’où proviennent les vulnérabilités de l’apprentissage automatique, il est nécessaire de définir
formellement son fonctionnement. Le livre "An Introduction to Statistical Learning" de James
et al. (2021) propose une définition claire et précise du problème. Soit X = (X1 , ..., Xp )
un ensemble de variables prédictives et Y l’ensemble des réponses associées. Il existe une
fonction f qui établit la relation entre X et Y :

Y = f (X) +  (1)

Le terme  représente l’erreur irréductible et est indépendant de X. Cette relation n’est pas
toujours connue, l’apprentissage automatique cherche donc à l’estimer pour plusieurs raisons :
— La prédiction : généralement, X est connu et accessible mais la réponse Y ne l’est
pas. On peut donc utiliser l’estimation fb pour prédire Yb , l’estimation de la réponse.
— L’inférence : l’estimation de f permet parfois de mieux comprendre la relation entre
Y et les variables explicatives.
L’estimation de f se fait en appliquant des méthodes d’apprentissage statistique sur les données
déjà à notre disposition. Lorsque l’apprentissage est supervisé, chaque observation i est consti-
tuée de j prédicteurs xij et de la réponse associée yi . Si l’apprentissage est non supervisé, seul
l’ensemble des X est disponible, les réponses associées aux observations sont inconnues.
Les deux principales raisons de la vulnérabilité des systèmes d’apprentissage automatique,
outre les problèmes de sécurité classique, sont les suivantes :
— fb est dépendante de X train l’ensemble des données d’entrainement : une modification
de l’ensemble modifie également la fonction.
T. Djaaleb et M.-L. Messai

F IG . 1 – Framework de l’apprentissage automatique.

— fb est une estimation de la relation réelle entre le variables et la réponse : il existe des
paires (Xi0 , yi0 ) telles que
fb(X 0 ) 6= y 0
i i (2)
Plusieurs travaux antérieurs présentent les menaces et les attaques sur l’apprentissage au-
tomatique. Barreno et al. (2006) étaient les premiers à s’intérésser aux vulnérabilités des mé-
thodes d’apprentissage automatique. Ils ont proposé une première classification des attaques
sur le ML en 2006. Leur classification a été reprise et étendue par Huang et al. (2011) et par
Biggio et al. (2013b). Plus récemment, le travail Biggio et al. (2013b) est repris et complété
par Xiao et al. (2015) et Muñoz-González et Lupu (2019). La Table 1 présente un résumé de
chaque travail antérieur ainsi que l’année de publication.
Dans ce travail, nous enrichissons la classification de Biggio et al. (2013b) en ajoutant la
notion de dépendance entre les caractéristiques d’une attaque. Cela permet de mieux com-
prendre les possibilités de l’attaquant dans la construction de son attaque et ainsi déterminer la
faisabilité de celle-ci.
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

Publication Résumé
Barreno et al. (2006) Les auteurs proposent un premier modèle des attaques
et discutent ensuite des défenses possibles à explorer. Ils
présentent une attaque par empoisonnement simple.
Huang et al. (2011) Le modèle de Barreno et al. (2006) est repris. Étude de
cas sur deux systèmes : SpamBayes et Anomalous Traffic
Detection. Introduction de la confidentialité des données
dans le ML.
Biggio et al. (2013b) Généralisation du modèle de Huang et al. (2011). Intro-
duction des connaissances de l’attaquant. Étude de cas
sur un modèle de clustering.
Xiao et al. (2015) Reprise du modèle de Biggio et al. (2013b). Application à
la sélection de variables et expérimentation d’une attaque
par empoisonnement.
Muñoz-González et Extension du modèle de Biggio et al. (2013b). Optimisa-
Lupu (2019) tion des attaques par empoisonnement. Présentation de
propriétés sur les attaques par empoisonnement et par
évasion. Proposition de pistes de défenses.
Tabassi et al. (2019) Proposition d’un nouveau modèle. Inclusion des défenses
et des conséquences.

TAB . 1 – Publications antérieures.

3 Taxonomie des menaces


Dans cette section, nous présentons le modèle de l’attaquant sur les systèmes d’apprentis-
sage automatique. La stratégie de l’attaquant est représentée autour des trois points clés : son
Objectif, ses Connaissances et ses Capacités.
La Figure 2 représente le modèle de l’attaquant. La capacité de l’attaquant représente la
phase attaquée (Phase d’entrainement ou lorsque le modèle est actif), ses connaissances sont
modélisées en cinq points qui sont précisés dans la section 3.2 et son objectif est défini par la
règle de sécurité enfreinte ainsi que si l’attaque est ciblée ou non.
Bien que ces trois pilliers définissent une attaque sur un modèle d’apprentissage automa-
tique, ils ne sont pas indépendants. En effet, les connaissances que l’attaquant possède sur le
modèle sont essentielles pour que celui-ci puisse déterminer l’objectif de son attaque, ainsi que
son champ d’action. La capacité influe également sur l’objectif de l’attaquant, notamment sur
le type de sécurité enfreint, celui-ci pourra être limité s’il n’a pas accès à la phase d’entraîne-
ment. Nous détaillons par la suite chaque point.

3.1 Objectif de l’attaquant


Xiao et al. (2015) caractérisent l’objectif de l’attaquant en deux catégories ; la spécificité et
la règle de sécurité enfreinte. La Figure 3 illustre les deux catégories.
T. Djaaleb et M.-L. Messai

Dépendance
Attaquant

Capacité Connaissances Objectif

F IG . 2 – Modèle de l’attaquant.

3.1.1 Spécificité
Barreno et al. (2006) puis Huang et al. (2011) introduisent la spécificité comme une des
trois caractéristiques principales de l’attaquant. Elle sépare les attaques ciblées et les attaques
dites "non discriminante" (Indiscriminate Attack). Dans le cadre d’une attaque ciblée, l’atta-
quant vise un type d’échantillon particulier, par exemple une classe précise. L’attaquant aura
pour objectif de maximiser l’erreur pour cette classe sans prendre en compte les autres. Une
attaque non discriminante cherche à dégrader les performances du modèle en maximisant le
taux d’erreur global du modèle.

3.1.2 Sécurité
La norme ISO/CEI 27001 publiée en 2005 et révisée en 2013 définit la sécurité des sys-
tèmes d’informations en trois points fondamentaux : Confidentialité, Disponibilité, Intégrité.
Xiao et al. (2015) ainsi que Muñoz-González et Lupu (2019) intègrent ces trois règles dans
leur modèle des attaques sur les systèmes ML.

Confidentialité On parle de "Privacy Attack" ou "Confidentiality Attack" lorsque l’attaquant


a pour objectif d’obtenir des informations confidentielles sur le modèle ou bien sur les données
d’entraînement (qui peuvent être des données personnelles d’utilisateurs réels).

Disponibilité Les attaques visant à compromettre la disponibilité du modèle cherchent à le


rendre inutilisable. Cela se produit généralement en modifiant le modèle pour que celui-ci
prédise un trop grand nombre de "faux positifs".

Intégrité Les "Integrity Attack" n’ont pas pour objectif de rendre inutilisable le modèle mais
que celui-ci produise des erreurs pour fausser les utilisateurs dans leurs prises de décisions.

Tabassi et al. (2019) dans leur taxonomie ne considèrent pas que l’infraction d’une de ces
trois règles est une caractérisique de l’attaque mais plutôt une conséquence de l’attaque. L’at-
taquant ayant généralement choisi quelle règle il souhaite enfreindre, nous préférons définir le
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

Confidentialité

Sécurité Disponibilité

Intégrité
Objectif

Ciblée

Spécificité

Non Ciblée

F IG . 3 – Objectif de l’attaquant.

type d’infraction comme un objectif de l’attaquant plutôt que comme une conséquence de ses
actions. Muñoz-González et Lupu (2019) proposent également une troisième catégorie pour
définir l’objectif de l’attaquant, la spécificité de l’erreur. Cette caractéristique n’étant propre
qu’à un nombre restreint de modèles, nous ne la prendrons pas en considération.

3.2 Connaissances de l’attaquant


Les informations détenues par l’attaquant sur le modèle jouent un rôle essentiel dans l’éla-
boration de sa stratégie. Muñoz-González et Lupu (2019) définissent ces connaissances en cinq
composantes :
— Le jeu de données d’entraînement Dtr
— L’ensemble des variables explicatives X
— L’algorithme d’apprentissage M
— La fonction objective de l’algorithme L
— Les paramètres de l’algorithme w
L’attaquant peut connaître tout ou une partie de ces cinq paramètres, cependant, Barreno et al.
(2006) assument que l’algorithme M est connu de tous. Dans la continuité de cette idée, Huang
et al. (2011) citent le principe de Kerckhoffs en expliquant que la sécurité d’un système ne doit
pas reposer sur des attentes irréalistes de confidentialité. L’état de l’art propose deux visions
pour étudier les connaissances de l’attaquant :
— Connaissances limitées (limited knowledge) vs connaissances parfaites (perfect know-
ledge)
— Boite noire (black box) vs boite grise (grey box) vs boite blanche (white box)
La première vision assume que l’attaquant connaît toujours au moins une des cinq informa-
tions présentées ci-dessus (connaissances limitées) et qu’il connaît parfaitement le modèle s’il
T. Djaaleb et M.-L. Messai

Parfaites

Connaissances

Limitées

F IG . 4 – Connaissances de l’attaquant.

détient les cinq informations. La deuxième vision est une extension de la première dans la-
quelle on accepte d’étudier le cas où l’adversaire n’a aucune information sur le modèle (Black
Box), ce qui est rarement le cas dans une situation réelle, c’est pourquoi dans notre taxonomie,
nous décidons de classer les connaissances en deux catégories seulement (Figure 4). Dans cette
deuxième vision, Grey Box signifie que l’attaquant a des connaissances limitées, et White Box,
celui-ci a des connaissances parfaites. Les attaques avec connaissances limitées sont les plus
fréquentes, la confidentialité des données étant aujourd’hui un enjeu majeur, Dtr est très sou-
vent inconnu. Les informations possédées par l’attaquant sont généralement les paramètres M,
X et L. Dans cette configuration, l’attaquant peut chercher un échantillon D̂tr statistiquement
proche de Dtr pour obtenir une estimation ŵ des paramètres du modèle. Tabassi et al. (2019)
expliquent que si ce modèle de substitution est suffisament ressemblant au modèle original, les
connaissances de l’attaquant deviennent "parfaites". Il est rare que l’attaquant ait une parfaite
connaissance du modèle, mais ce type d’attaque est étudié dans la littérature car dans cette
configuration, l’attaquant peut attaquer le modèle de façon très performante (celui-ci peut tes-
ter son attaque en amont avant de la déployer). Implémenter une défense contre les attaques
White Box renforce considérablement la résistance du modèle puisque celles-ci sont d’ordi-
naire, optimisées. Cependant, il existe de rare cas où trouver une attaque optimale est difficile
dû à la complexité de certains algorithmes de décision, même avec une connaissance parfaite
du modèle.

3.3 Capacité de l’attaquant


La capacité de l’adversaire définit comment et dans quelle mesure l’attaquant peut contrôler
le processus d’apprentissage (Biggio et al. (2013b)). On retrouve également le terme d’"influence"
pour définir la capacité de l’attaquant (Barreno et al. (2006) Huang et al. (2011)). Lors de la
mise en place d’un modèle d’apprentissage automatique, deux phases sont vulnérables aux at-
taques malveillantes : la phase d’entraînement et la phase d’inférence (Figure 5). Une attaque
pendant la phase d’apprentissage est dite "causale" (Causative Attack), la caractéristique prin-
cipale de ce type d’attaque est qu’elles modifient la structure même de l’algorithme pour que
celui-ci produise des erreurs de classifications lors de la mise en production. Les attaques "ex-
ploratoires" (Exploratory Attack) surviennent lors de la phase d’inférence, lorsque le modèle
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

est mis en production. Ce type d’attaque ne modifie pas le modèle mais cherche plutôt à le
leurrer ou à le rendre inutilisable.

3.3.1 Attaque Causale

Les attaques causales interviennent pendant la phase d’entraînement du modèle, on appelle


aussi ce type d’attaque "empoisonnement". Les attaques par empoisonnement sont découpées
en trois catégories selon Tabassi et al. (2019) :
— Injection de données
— Manipulation des données
— Corruption du modèle
L’injection de données revient à ajouter des échantillons malveillants dans l’ensemble des don-
nées d’entraînement pour dégrader les performances de l’algorithme (Saadi et al. (2022)). Dans
le cadre d’une attaque ciblée, l’injection permet à l’attaquant d’introduire des backdoor pour
pouvoir les utiliser lors de la mise en production et d’éviter la détection. La manipulation des
données est une extension de l’injection puisqu’elle permet également à l’attaquant de pou-
voir modifier/supprimer les échantillons d’entraînement. Cela peut être une modification des
données en entrée (Xi ) ou bien des labels (yi ). La corruption du modèle (Logic Corruption)
est l’attaque la plus difficile à mettre en place mais la plus "puissante". L’attaquant cible le
modèle d’apprentissage lui-même, il modifie ainsi le processus d’apprentissage. Ce type d’at-
taque peut survenir à l’entraînement initial ou alors pendant les phases de réentrainement si le
système le permet. Il arrive que dans certains cas, les données d’entraînements soient volées
avec des attaques informatiques plus classiques. Cela ne modifie pas le modèle mais viole la
confidentialité des données, l’attaquant pourra utiliser les informations récoltées pour créer un
modèle de substitution et réaliser une attaque exploratoire.

3.3.2 Attaque Exploratoire

Lors d’une attaque exploratoire, l’attaquant n’a pas accès au modèle (il peut tout de même
connaître des informations sur ce dernier). Plusieurs possibilités s’offrent à l’adversaire, celui-
ci peut dans un premier temps déstabiliser le modèle en envoyant des données en entrée qui
produiront des prédictions "faussement positives" (Shi et al. (2018)). Dans le cadre d’un IDS
(Intrusion Detection System) par exemple, le système alertera sans cesse d’une attaque alors
que la situation est normale, ce qui rendra la modèle inutilisable. L’attaquant peut également
essayer de traverser le système en trouvant une configuration de variables en entrée qui ren-
voient une prédiction "faussement négative". Lorsque le modèle est connu, cela peut se faire
en analysant le modèle et donc en une seule étape, mais dans le cas où l’adversaire a des
connaissances limitées sur le système, il peut trouver cette configuration de manière itérative
en ajustant les paramètres à chaque étape. Pour ces types d’attaques, on parle généralement
d’attaque par "évasion". Les attaques exploratoires posent également des problèmes de confi-
dentialité. L’attaquant peut, avec un jeu de données en entrées et les prédictions du modèle
associées, déduire des informations sur le modèle comme sa nature (paramétrique ou non) ou
bien les paramètres choisis par le constructeur (par exemple la fonction objective associée).
Ces informations peuvent être utilisées pour créer un modèle de substitution et donc avoir une
meilleure connaissance du modèle original. Ce nouveau modèle sera utilisé pour trouver les
T. Djaaleb et M.-L. Messai

Accès aux donneés

Causale
Injection

Empoisonnement Manipulation

Capacité Corruption

Erreurs

Exploratoire
Modèle

Inférence

Données

F IG . 5 – Capacité de l’attaquant.

entrées optimales qui permettent de créer des erreurs de classifications. Le modèle peut éga-
lement détenir des informations sur le jeu de données d’apprentissage et des attaques peuvent
être construites pour récupérer le jeu de données d’entrainement (Shokri et al. (2017)).
Les trois caractéristiques présentées précédemment sont dépendantes. Plus particulière-
ment, les connaissances influent sur l’objectif et la capacité de l’attaquant, de même que la
capacité de l’attaquant influe sur son objectif.
Dans le cas où Dtr est connu, l’attaquant n’aura pas besoin de réaliser une attaque explo-
ratoire pour retrouver le jeu de données d’entraînement (Inférence), on peut donc considérer
que ce type d’attaque n’est pas une menace pour notre modèle. En revanche, si l’attaquant
connaît Dtr , deux possibilités sont retenues : les données sont publiques, il n’y a pas de pro-
blème de confidentialité ; les données sont privées, il y a une violation de la confidentialité
des données. Dans le deuxième cas, en plus de la sécurité enfreinte par l’attaque en ques-
tion, il faudra aussi considérer qu’il y a eu des failles dans la sécurité des données. Comment
l’attaquant a-t-il pu avoir accès aux données ? Méthode classique ou inférence par attaque ex-
ploratoire ? Lorsque l’attaquant ne connais ni Dtr ni X , cela devient très compliqué pour lui de
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

générer des exemples contradictoires : premièrement si le format des données empoisonnées


n’est pas le bon, celles-ci pourront tout simplement être rejetées par l’algorithme ; deuxième-
ment, comment déterminer la pertinence des exemples ? seront-ils assez biaisés pour baisser
les performances du modèle. On peut donc se demander si une attaque par empoisonnement
est vraiment à craindre lorsque ces informations manquent pour l’attaquant.
La Figure 5 illustre la classification des différentes attaques et la Table 2 présente un résumé
du modèle de l’attaquant.

Objectif
Spécificité
Ciblée L’attaquant ne se préocuppe que d’un échantillon de
données précis.
Non Discriminante Maximise l’erreur globale du modèle.
Sécurité
Confidentialité Obtention d’informations secrètes comme des don-
nées personnelles.
Disponibilité Tente de rendre inutilisable le modèle en dégradant
drastiquement ses performances.
Intégrité Cherche à tromper le modèle dans sans remettre en
cause son état de marche.
Connaissances
Limitées L’attaquant a des connaissances restreintes parmi Dtr ,
X , M, L, w.
Parfaites L’attaquant a toutes les informations concernant le
modèle.
Capacité
Causale
Empoisonnement Injecte ou modifie des données pour perturber l’en-
trainement du modèle.
Accès aux données Vole les données d’entraînement.
Exploratoire
Évasion Envoie des données en entrée qui provoquent des er-
reurs de classifications.
Inférence Déduit les paramètres du modèle ou les données d’en-
traînement en analysant les sorties du modèle.

TAB . 2 – Résumé du modèle de l’attaquant.

4 Quelques exemples d’attaques


Dans cette section, nous présentons trois exemples d’attaques bien connues dans la littéra-
ture. Ces exemples permettent d’illustrer la diversité des menaces qui plannent sur l’appren-
T. Djaaleb et M.-L. Messai

tissage automatique. Il existe bien d’autres attaques appliquées à différentes applications ou


différents modèles.

4.1 Attaque par empoisonnement


Goodfellow et al. (2015) proposent une méthode rapide pour générer des exemples contra-
dictoires : Fast Gradient Sign Method (FGSM). Leurs travaux traitent de la classification
d’images. Cette méthode consiste a ajouter une quantité linéaire de bruit inperceptible à l’image
et à faire en sorte que le modèle la classe de manière incorrecte. L’exemple contradictoire est
généré à partir d’une image des données d’entraînement, à laquelle on ajoute une constante
 multipliée par le signe du gradient. Plus  est grand, plus le modèle sera perturbée, mais la
perturbation sera également plus visible. La formule pour générer les exemples contradictoires
est la suivante :
η =  × sign(∇x J(θ, x, y)) (3)
Avec η la perturbation finale ajoutée à l’image de départ,  le montant de la perturbation, J la
fonction de coût, θ les paramètres du modèles, x les données en entrées et y la réponse associée.
Une fois les exemples générés, ils sont introduits dans l’ensemble des données d’entraînement
et vont perturbés la construction du modèle. Le modèle sera biaisé et ses performances seront
dégradées.
Bien que cette méthode ne soit pas la plus efficace, c’est l’une des plus rapide, elle est donc
toujours très utilisée pour tester la robustesse des modèles face aux exemples contradictoires.
Des méthodes plus efficaces ont été proposées par la suite comme l’attaque C & W du nom de
ses auteurs par Carlini et Wagner (2017).

4.2 Attaque exploratoire : Erreur de classification


Biggio et al. (2013a), en plus de proposer un modèle de l’attaquant, publie également un
article qui traite des attaques exploratoires visant à produire des erreurs de classifications. Les
auteurs construisent une attaque basée sur la descente de gradient pour déterminer x∗ , l’echan-
tillon optimal qui "échappe" au modèle (mauvaise classification). Leurs tests sont effectués
sur deux systèmes, le premier est un algorithme de reconnaissance d’image et le deuxième, un
algorithme ayant pour but de détecter les malwares dans les documents PDF. Leurs expérimen-
tations montrent que les méthodes d’apprentissage populaires comme les SVM ou les réseaux
de neurones sont sensibles à ce genre d’attaque, même lorsque les connaissances de l’attaquant
sont limitées.

4.3 Attaque exploratoire : Inférence


Shokri et al. (2017) construisent une attaque permettant de déterminer si une observation
a été utilisée ou non pour construire un modèle. Cette attaque exploite le fait que les modèles
d’apprentissage automatique se comportent souvent différement lorsqu’ils ont en entrée des
données sur lesquels ils ont été entraînés comparé à des données qu’ils rencontrent pour la
première fois. L’attaque se base uniquement sur les sorties du modèle attaqué. Le modèle
d’attaque est une collection de modèles, un pour chaque classe de sortie du modèle cible. Cela
augmente la précision de l’attaque car le modèle cible produit différentes distributions sur ses
Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

Shadow Training Set 1


Prediction
"in" Prediction Set 1

Shadow Model 1

Shadow Test Set 1 "out" Prediction Set 1

. . .
. . . Training
. . . Attack Model

"in" Prediction Set k


Shadow Training Set k

Shadow Model k

"out" Prediction Set k


Shadow Test Set k

Attack Training Set

F IG . 6 – Création du modèle d’attaque par inférence.

i
classes de sortie en fonction de la classe réelle de l’entrée. k modèles "fantômes" fshadow (un
pour chaque classe) sont construits et destinés à se comporter de manière similaire au modèle
train
cible. Chaque modèle fantôme i est entraîné sur un jeu de données Dshadow i de distribution

similaire aux données d’entraînement du modèle ciblé. Les sorties de ses modèles sont "in" si
l’observation fait partie du jeu de données d’entrainement et "out" si ce n’est pas le cas. Plus il
y a de modèles fantômes, plus l’attaque sera performante. Pour finaliser l’attaque, les sorties de
chaque modèle fantôme sont associées à leurs données en entrée pour créer le jeu de données
d’entrainement du modèle final. C’est ce modèle qui sera utilisé pour attaquer le modèle ciblé
et déterminer les observations utilisées pour son entraînement. La construction de cette attaque
est schématisée dans la Figure 6.

5 Conclusion
L’intelligence artificielle occupe de plus en plus de place dans nos applications de tous
les jours. Les modèles d’apprentissage automatique, utilisés dans ces applications, sont vul-
nérables et sont exposés à différents types d’attaques. Avant d’utiliser massivement l’appren-
tissage automatique dans les différents domaines notamment le domaine de la cyber-sécurité,
il est très important d’étudier la sécurité du processus d’apprentissage automatique. Dans cet
article, nous avons présenté les vulnérabilités et une taxonomie des attaques qui peuvent affec-
ter le fonctionnement d’un système ML. Comme perspectives de ce travail, nous envisageons
d’étudier l’ensemble de mesures proposées pour faire face aux différents types d’attaques pré-
sentés. Les techniques de défense ont pour objectif d’éliminer ou de diminuer l’impact des
attaques sur les modèles tout en assurant une précision acceptable.

N. B. : Ce travail a été effectué dans le cadre d’un stage de recherche financé par l’équipe SID
du laboratoire ERIC.
T. Djaaleb et M.-L. Messai

Références

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Taxonomie des attaques sur les méthodes d’apprentissage automatique

Summary
Machine learning is gaining more and more application fields. Different methods exist
that allow model constructions for decision support purposes. Nevertheless, machine learn-
ing models are vulnerable and exposed to different types of security attacks during the model
learning process and after their deployment. Therefore, these threats must be first identified,
defined and classified in order to propose defensive measures in the aim to have robust models.
In this paper, we study various threats that can affect a machine learning process. We present
a classification of threats divided into three parts, the objective, the knowledge and the capa-
bility of the attacker. Then, we show some examples of attacks on applications using machine
learning.

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