Introduction à l'algèbre multilinéaire
Introduction à l'algèbre multilinéaire
7 février 2023
1 Algèbre multilinéaire
Pour lire ce chapitre il est utile de connaître quelques bases sur σn (groupe des permutations
d’un ensemble à n éléments), que l’on trouvera à la partie ??.
Le chapitre est organisé comme suit : généralités (1.1), lien avec la topologie (1.2), déterminant
(1.3), algèbre bilinéaire (1.4), zoologie des déterminants (1.5), zoologie du bilinéaire (1.6).
Les premières sections, de type fondements théoriques pour la suite, sont rapides. On présentera
l’important cas particulier du bilinéaire en détails ; il est fondamental pour passer ensuite au produit
scalaire. Le cas proprement multilinéaire servira notamment pour les dérivées n-ièmes (section ??)
ou les déterminants.
1.1 Généralités
1
est linéaire. Leur ensemble est noté L(E1 , ..., En ; F ).
Si E1 = E2 = ... = En = E on dit que f est une application n-linéaire sur E.
Si F est le corps K, alors f est dite forme n-linéaire.
On note Ln (E, F ) l’ensemble des applications n-linéaires de E dans F .
On note Ln (E) l’ensemble des formes n-linéaires sur E, c’est-à-dire Ln (E, K).
Étant donné f ∈ Ln (E, F ) et σ ∈ σn on note fσ l’application n-linéaire (x1 , ..., xn ) 7→
f (xσ(1) , xσ(2) , ..., xσ(n) ).
Une application n-linéaire est dite symétrique si pour tout σ fσ = f .
Une application n-linéaire est dite antisymétrique si pour tout σ fσ = ǫ(σ).f , avec ǫ() la
signature (cf section ??).
Une application n-linéaire est dite alternée si i 6= j et xi = xj implique f (x1 , ..., xn ) = 0.
On note Sn (E, F ) l’ensemble des applications n-linéaires symétriques de E dans F et An (E, F )
l’ensemble des applications n-linéaires alternées de E dans F .
On note Sn (E) l’ensemble des formes n-linéaires symétriques sur E et An (E) l’ensemble des
formes n-linéaires alternées sur E.
Attention 0.1 Une application n-linéaire n’est pas en général une application linéaire.
Application 0.2 Le déterminant est une application importante du multilinéaire. Les produits
scalaires euclidiens ou hermitiens sont des cas de bilinéaire très important. Les équations diffé-
rentielles utiliseront le caractère n-linéaire alterné du déterminant avec le wronskien (proposition
??).
Proposition 0.1
Notons quelques propriétés immédiates des applications multilinéaires :
n
•Ln (E, F ) est un K-espace vectoriel, sous-espace vectoriel de F E .
•f est symétrique si et seulement si pour toute transposition τ , fτ = f .
•f est antisymétrique si et seulement si pour toute transposition τ , fτ = −f .
Démonstration Premier point évident, les deux points suivants demandent juste de se rappeler que
les transpositions engendrent σn . On pourrait en fait utiliser d’autres familles génératrices.
Proposition 0.2
Une application n-linéaire alternée est antisymétrique ; si K n’est pas de caractéristique 2, la
réciproque est vraie aussi.
Théorème 0.3
Soit φ une forme n-linéaire antisymétrique sur E K-espace vectoriel de dimension n, e1 , ..., en
une base de E, e∗1 , ..., e∗n sa base duale et x1 , ..., xn une famille de n éléments de E.
Alors : !
X
n ∗
φ(x1 , ..., xn ) = ǫ(s).Πi=1 eσ(i) (vi ) .φ(e1 , ..., en )
σ∈σn
et !
X
φ(x1 , ..., xn ) = ǫ(s).Πni=1 e∗i (vσ(i) ) .φ(e1 , ..., en )
σ∈σn
Les notions de dimension finie et de base duale sont définies dans le chapitre ?? et dans la partie
??.
Démonstration On procède
P en quatre étapes pour la formule 0.3 :
•On remplace xj par i e∗i (xj ).ei dans φ(x1 , ..., xn ).
•On développe en utilisant la linéarité suivant chaque composante, on obtient donc
X
e∗i1 (x1 ).e∗i2 (x2 ).....e∗in (xn ).φ(ei1 , ..., ein )
(i1 ,...,in )∈[[1,n]]n
•On supprime tous les termes tels que le cardinal de {i1 , ..., in } soit différent de n, ce qui permet
d’introduire les permutations.
•Il ne reste plus qu’à remplacer φ(ei1 , ..., ein ) par ǫ(σ).φ(e1 , ..., en ).
La deuxième formule s’obtient simplement en remplaçant σ par σ −1 (avec l’égalité ǫ(σ) = ǫ(σ −1 )).
Proposition 0.4
•Le produit symétrique de n formes linéaires est symétrique.
•Le produit extérieur de n formes linéaires est antisymétrique.
•L’application qui à n formes linéaires associe leur produit tensoriel est n-linéaire de E ∗ n dans
Ln (E).
•L’application qui à n formes linéaires associe leur produit symétrique est n-linéaire symé-
trique.
•L’application qui à n formes linéaires associe leur produit extérieur est n-linéaire alternée.
Théorème 0.5
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n, (e1 , ..., en ) une base de E, (e∗1 , ..., e∗n ) sa base
duale. On note F l’ensemble des applications de [[1, p]] dans [[1, n]]. Pour tout f dans F on note
ef = e∗f (1) ⊗ e∗f (2) ⊗ · · · ⊗ e∗f (p) . Alors la famille des ef pour f ∈ F est une base de Lp (E).
Corollaire 0.6
La dimension de Lp (E) est np .
Théorème 0.7
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n, (e1 , ..., en ) une base de E, (e∗1 , ..., e∗n ) sa base
duale. K est supposé de caractéristique nulle. Pn
On note A l’ensemble des applications f de [[1, n]] dans [[0, p]] telles que i=1 f (i) = p. Alors
f (1) f (2) f (n)
on note ef = e1 .e2 . . . . .en .
Alors la famille des ef pour f ∈ A forme une base de Sp (E) (ensemble des formes p-linéaires
symétriques sur E).
Dénombrer l’ensemble des applications de [[1, n]] dans [[0, p]] sommant à p conduit au corollaire
suivant :
Corollaire 0.8
Si E est un K-espace vectoriel de dimension finie n et si K est de caractéristique nulle, alors la
p
dimension de Sp (E) est égale à Cn+p−1 .
Théorème 0.9
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n, (e1 , ..., en ) une base de E, (e∗1 , ..., e∗n ) sa base
duale. K est supposé de caractéristique nulle.
On note A l’ensemble des applications f strictement croissantes de [[1, p]] dans [[1, n]]. Alors
on note ef = ef (1) .ef (2) . . . . .ef (n) .
Alors la famille des ef pour f ∈ A forme une base de Ap (E).
Dénombrer les applications strictement croissantes de [[1, p]] dans [[1, n]] fournit alors le résultat
suivant :
Corollaire 0.10
Si E est un K-espace vectoriel de dimension finie n et si K est de caractéristique nulle, alors
dim Ap (E) = Cnp .
On verra que dans le cas bilinéaire, i.e. p = 2, Ap (E) et Sp (E) sont des sous-espaces vectoriels
de l’espace vectoriel Lp (E) et que ces sous-espaces vectoriels sont en somme directe. La dimension
de A2 (E) ⊕ S2 (E) est alors dim(A2 (E)) + dim(S2 (E)) = Cn2 + Cn+1 2
= n(n − 1)/2 + (n + 1)n/2 =
2
n = dim(L2 (E)).Ainsi, L2 (E) = A2 (E) ⊕ S2 (E).
1.3 Déterminants
Le déterminant est une jolie application de l’algèbre multilinéaire à l’étude de familles de vec-
teurs, de matrices, d’endomorphismes. On en verra des applications à l’étude des polynômes via le
résultant de deux polynômes.
Application 0.3 On verra une application amusante et inattendue du discriminant pour l’étude
de polynômes avec le théorème ??.
Proposition 0.12
Si f est n-linéaire sur E, alors σ∈σn ǫ(σ).fσ est n-linéaire et antisymétrique.
P
Théorème 0.13
•Étant donnée une base B de E, il existe une et une seule forme n-linéaire alternée égale à 1 sur
B ; c’est detB (.).
•Les formes n-linéaires alternées sur E sont égales à detB (.) à multiplication par un scalaire
près.
Démonstration Il convient pour que la définition ait un sens de démontrer que ce déterminant ne
dépend pas de la base B. On suppose donc données deux bases B et B ′ , et on montre que detB (f (B)) =
detB′ (f (B ′ )).
•La fonction qui à un n-uplet x ∈ E n associe detB (f (x)) est n-linéaire alternée, donc c’est λ.detB .
•En spécialisant en B cette égalité, on obtient detB (f (B)) = λ, soit
c’est-à-dire detB′ (f (x)) = detB (f (B)).detB′ (x), et donc detB′ (f (B ′ )) = detB (f (B)) en spécialisant en
B′.
Proposition 0.14
Proposition 0.15
Le déterminant d’une matrice est aussi le déterminant de ses vecteurs-colonnes ou de ses vecteurs-
lignes dans la base canonique de Kn .
Les propriétés suivantes se déduisent facilement des propriétés équivalentes chez les endomor-
phismes ou les familles de vecteurs :
•Une matrice est inversible si et seulement si son déterminant est non nul.
•Le déterminant du produit est le produit des déterminants.
•SLn(K) est un sous-groupe de GLn (K), noyau du déterminant en tant que morphisme de
groupes de GLn (K) vers K \ {0}.
•Deux matrices semblables ont même déterminant.
Proposition 0.16
Le déterminant d’une matrice triangulaire est égal au produit des éléments diagonaux.
Démonstration Il suffit de voir que seule la permutation identité est telle que pour tout i, Mσ(i),i
soit non nul.
1.3.4 Pratique du calcul d’un déterminant ; développement suivant une ligne ou une
colonne
Le point de vue adopté ici est celui du calcul du déterminant d’une matrice de type (n, n)
sur un corps K ; bien sûr il faut bien voir qu’il en va de même du calcul du déterminant d’un
endomorphisme ou d’une famille de vecteurs dans une base.
Pour la suite il est nécessaire d’avoir lu la section sur les cofacteurs (??).
Proposition 0.19
Le cas général Il est immédiat que φ est symétrique si φ =t φ, et que φ est antisymétrique si
t
φ = −φ.
Proposition 0.20
•L’application qui à φ associe t φ est un automorphisme involutif de L2 (E).
•L2 (E) est somme directe des deux sous-espaces vectoriels de L2 (E) respectivement constitués
des formes bilinéaires symétriques et des formes bilinéaires antisymétriques. On a en fait φ = s+ a
t
φ−t φ
avec s = φ+φ
2 , a= 2 , s symétrique et a antisymétrique.
Proposition 0.21
Avec M la matrice de φ dans la base B, avec X le vecteur défini par Xi = e∗i (x) et Y le vecteur
défini par Yi = e∗i (y), on a
φ(x, y) =t X.M.Y
Son corollaire est bien commode et mérite d’être mentionné ; il justifie l’utilisation de la termi-
nologie de la transposition à la fois pour les matrices et pour les formes bilinéaires :
Corollaire 0.22
La matrice de t φ est la transposée de la matrice de φ.
Proposition 0.23
Étant donnée B une base de E, l’application qui à une matrice associe la forme bilinéaire associée
sur E pour B est un isomorphisme.
Corollaire 0.24
dim L2 (E) = n2
Proposition 0.25
Étant donnée B et B ′ deux bases de E, alors
Proposition 0.26
•La congruence est une relation d’équivalence
•Deux matrices sont congruentes si et seulement si elles représentent la même forme bilinéaire
dans deux bases différentes
•Deux matrices congruentes ont même rang
Attention 0.4 Deux matrices congruentes n’ont pas nécessairement même déterminant.
Définition 0.12
On appelle forme quadratique associée à la forme bilinéaire φ l’application x 7→ φ(x, x).
Une application de E 2 dans K est une forme quadratique sur E si et seulement si c’est la
forme quadratique associée à une certaine forme bilinéaire.
Proposition 0.27
Soit q une forme quadratique, alors
Le cas général
Démonstration Il suffit de développer la formule en considérant une forme bilinéaire φ à laquelle q
est associée.
Proposition 0.28
L’application qui à une forme bilinéaire associe la forme quadratique qui lui est associée est une
application linéaire de L2 (E) dans l’ensemble des fonctions de E dans K. Son noyau est l’ensemble
des applications bilinéaires antisymétriques, et elle induit un isomorphisme de l’ensemble des
applications bilinéaires symétriques sur E sur l’ensemble des formes quadratiques.
Démonstration Le fait que cette application soit linéaire est évident. La surjectivité est évidente.
Montrons donc seulement que si sa forme quadratique associée est nulle, alors φ est antisymétrique. Pour
tout x et tout y φ(x + y, x + y) = φ(x, x) + φ(y, y) + φ(x, y) + φ(y, x) ; donc si pour tout z φ(z, z) = 0,
alors φ(x, y) + φ(y, x) = 0. D’où le résultat.
Proposition 0.29
Les formules suivantes permettent de déterminer la forme polaire φ associée à une forme quadra-
tique q :
•φ(x, y) = 12 (q(x + y) − q(x) − q(y))
•φ(x, y) = 14 (q(x + y) − q(x − y))
Définition 0.14 Orthogonalité
Étant données q une forme quadratique et φ sa forme polaire :
•x et y appartenant à E sont orthogonaux si et seulement si φ(x, y) = 0
•deux parties X et Y de E sont dites orthogonales si et seulement si tout x dans X et tout
y dans Y sont orthogonaux.
•On appelle orthogonal d’une partie X de E et on note X ⊥ l’ensemble des éléments ortho-
gonaux à tous les éléments de X.
•On appelle noyau de q l’orthogonal de E (à ne pas confondre avec le cône isotrope de q) ;
on le note N (q).
•On appelle cône isotrope de q et on note C(q) l’ensemble des x tels que q(x) = 0 (à ne pas
confondre avec le noyau de q). Un élément du cône isotrope est appelé vecteur isotrope.
•Une forme quadratique est dite dégénérée si son noyau n’est pas réduit à {0}.
•Une forme quadratique est dite définie si son cône isotrope est réduit à {0}.
•Un sous-espace vectoriel de E est dit isotrope si la restriction de q à ce sous-espace
vectoriel est dégénérée.
•Un sous-espace vectoriel de E est dit totalement isotrope si la restriction de q à ce
sous-espace vectoriel est nulle.
•Une forme quadratique q sur un R-espace vectoriel E est dite positive (resp. négative)
lorsque pour tout x on a q(x, x) ≥ 0 (resp. q(x, x) ≤ 0).
Attention 0.5 Il convient de bien noter que l’orthogonalité est une notion relative à φ.
Proposition 0.30
•Si X ⊂ E, alors X ⊥ est un sous-espace vectoriel de E.
•Si X et Y ⊂ E, alors (X ∪ Y )⊥ = X ⊥ ∩ Y ⊥ .
•Un sous-espace vectoriel est isotrope si et seulement si il a une intersection non réduite à
{0} avec son orthogonal.
•Un sous-espace vectoriel est totalement isotrope si et seulement si il est inclus dans son
orthogonal.
•L’orthogonal d’une partie de E est l’orthogonal du sous-espace vectoriel engendré par cette
partie.
•Avec X et Y des parties de E, X ⊂ V ect(Y ) → Y ⊥ ⊂ X ⊥
Proposition 0.31
•Le noyau d’une forme quadratique est un sous-espace vectoriel
• La restriction d’une forme quadratique définie à un est définie.
Attention 0.6 Le cône isotrope d’une forme quadratique n’est pas nécessairement un sous-
espace vectoriel (mais il contient le sous-espace vectoriel noyau de q).
Attention 0.7 La restriction d’une forme quadratique non-dégénérée à un sous-espace vec-
toriel n’est pas nécessairement non-dégénérée.
Proposition 0.32
Le cône isotrope est un cône, c’est-à-dire que x isotrope ⇒ λ.x isotrope pour tout λ dans K.
Proposition 0.33
•Une famille orthogonale sans vecteur isotrope est libre. En particulier si q est définie une famille
orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
•Une famille orthonormale est libre.
Le cas de la dimension finie - expression matricielle On suppose que B = (e1 , ..., en ) est
une base de E.
Démonstration Il suffit d’aller voir la démonstration équivalente pour les formes bilinéaires, au §1.4.1,
page 10.
Deux matrices congruentes ayant même rang, la définition ci-dessus est donc cohérente.
Proposition 0.35
Étant donnés x dans E et X le vecteur défini par Xi = e∗i (x), on a q(x) =t X.M atB (q).X.
Proposition 0.36
Un polynôme homogène de degré 2 en x1 , ..., xn est une forme quadratique sur Kn .
Pour obtenir sa forme polaire, on remplace chaque xi .xi par xi .yi , et chaque xi .xj (i 6= j)
par 21 (xi .yj + xj .yi ) ; le polynôme que l’on obtient, en (xi )i∈[[1,n]] et (yi )i∈[[1,n]] , est une forme
bilinéaire symétrique sur Kn , et est la forme polaire du polynôme.
Proposition 0.37
Le noyau d’une forme quadratique en dimension finie est le noyau de l’endomorphisme ayant
même matrice (dans la même base).
La dimension de E est la somme du rang de q et de la dimension du noyau de q.
Proposition 0.38
•Une base est orthogonale si et seulement si la matrice de q dans cette base est diagonale.
•Une base est orthonormale si et seulement si la matrice de q dans cette base est l’identité.
Théorème 0.39
Pour toute forme quadratique sur E de dimension finie, il existe une base de E orthogonale pour
q.
Démonstration Il suffit de voir dans le corollaire précédent que l’on peut multiplier fi par une racine
carrée de λ1i .
Démonstration Il suffit de voir que l’on peut multiplier fi par une racine carrée de |λ1i | ; il ne reste
alors plus qu’à montrer l’unicité de p. Pour cela, on considère s la valeur maximale possible pour p, et
u la valeur minimal de p possible ; on note t = r − u. Supposons p < s pour arriver à une contradiction.
Alors
— q est définie positive sur un espace de dimension s
— q est définie négative sur un espace de dimension t
On déduit facilement que :
— ces deux espaces sont en somme directe, donc s + t ≤ r
— p<s
— r−p ≤ t
et sommer ces trois lignes conduit au contradictoire s + t + r < s + t + r.
Encore un corollaire dans le cadre d’une forme quadratique définie positive :
Corollaire 0.43 Cas K = R et q définie positive
Pour tout forme quadratique q définie positive sur un R-espace vectoriel E de dimension n, il
existe f1 ,...,fn dans E ∗ tels que
•les fi forment
Pn une famille libre
•q(x) = i=1 fi (x)2
On en déduit aussi l’existence d’une base orthonormale.
Le cas général On rappelle la définition suivante : une forme quadratique q sur un R-espace
vectoriel E est dite positive (resp. négative) lorsque pour tout x on a q(x, x) ≥ 0 (resp.
q(x, x) ≤ 0).
•Soit q une forme quadratique définie positive sur un R-espace vectoriel E, et soit φ sa forme
polaire. Alors pour tout x et tout y dans E
et
φ(x, y)2 = q(x).q(y) =⇒ (x, y) est une famille liée.
Démonstration du polynôme t 7→ q(x.t + y) (ce polynôme est toujours positif puisque la forme
quadratique est positive).
•L’égalité implique que q(y − φ(x,y)
q(x)
.x) = 0.
On remarque que l’inégalité de Schwarz implique qu’une forme bilinéaire
p φ symétrique positive
est continue pour la topologie qu’elle engendre avec la norme kxk = φ(x, x).
Proposition 0.46
Une forme quadratique q sur un R-espace vectoriel qui est définie est nécessairement soit positive
soit négative.
Démonstration On suppose qu’il existe x et y avec q(x) > 0 et q(y) < 0. Alors l’application qui à t
dans [0, 1] associe q(t.x + (1 − t).y) est continue (il suffit de développer pour le voir : c’est un polynôme
du second degré en t), donc par le théorème des valeurs intermédiaires ?? elle s’annule en un certain
t0 . Nécessairement t.x + (1 − t)y = 0 (puisque q est définie), donc x et y sont linéairement dépendants
(t 6= 0 et t 6= 1). Donc q(x) et q(y) sont de même signe, d’où contradiction.
Une autre formulation des inégalités de Schwarz est donnée dans le corollaire ci-dessous :
et donc
q(x + y) − q(x) − q(y) p
≤ q(x).q(y)
2
p
q(x + y) ≤ q(x) + q(y) + 2. q(x).q(y)
p p p
q(x + y) ≤ q(x) + q(y)
•Même principe.
Proposition 0.48
•Une forme quadratique q est positive si et seulement si −q est négative
•Une forme quadratique sur un R-espace vectoriel est convexe si et seulement si elle est
positive
•Une forme quadratique sur un R-espace vectoriel est concave si et seulement si elle est
négative
Corollaire 0.52
•Toute matrice symétrique est congruente à une matrice diagonale dont les termes diagonaux sont
(1, ..., 1, −1, ... − 1, 0, ...0).
•Deux formes quadratiques ont la même signature si et seulement si on passe de l’un à l’autre
en composant par un automorphisme.
Proposition 0.53
Une matrice M de type (n, n) est antisymétrique si et seulement si pour tout vecteur X de Kn
on a t X.M.X = 0.
Démonstration La forme polaire de la forme quadratique associée à M est (X, Y ) 7→t X.( 21 (M +t
M )).Y . Elle est nulle si et seulement si M est antisymétrique (voir proposition 0.28).
Quelques formules en vrac enfin avec q une forme bilinéaire dans E espace vectoriel de dimension
finie, φ sa forme polaire, P e1 , . . . , enPune base de E, et Mi,j = φ(ei , ej ) et avec X = (x1 , . . . , xn ) et
Y = (y1 , . . . , yn ), x = xi ei , y = yi ei ,
X
q(x1 .e1 , x2 .e2 , ..., xn .en ) = Mi,j xi xj
(i,j)∈[[1,n]]2
X
φ ((x1 .e1 , x2 .e2 , ..., xn .en ), (y1 .e1 , y2 .e2 , ..., yn .en )) = Mi,j xi .yj
(i,j)∈[[1,n]]2
q(ei ) = Mi,i
et avec (f1 , ..., fn ) une autre base,
q(x) =t X.M.X
φ(x, y) =t X.M.Y
Le cas d’un espace euclidien E Pour plus d’informations sur les espaces euclidiens on
consultera la partie ??. Un espace euclidien étant réel de dimension finie, ce qui vient d’être dit
(pour les espaces réels de dimension finie) est donc encore valable dorénavant (pour les espaces
euclidiens). On va s’intéresser aux interactions entre forme quadratique et produit scalaire, et à la
reformulation de formes quadratiques en termes de produit scalaire.
On va noter Q(E) l’espace des formes quadratiques. Les notations usuelles seront utilisées :
•(e1 , ..., en ) est une base de E
•q ∈ Q(E)
•M la matrice (symétrique) associée à q pour la base des ei
•φ la forme polaire de q (symétrique, de matrice M dans la base des ei )
•X désigne le vecteur colonne des coordonnées de x dans la base des ei
•Y désigne le vecteur colonne des coordonnées de y dans la base des ei
Théorème 0.54
L’application F de L(E) dans l’ensemble des applications de E dans R définie par F (f ) : y 7→<
f (y)|y > induit un isomorphisme de S(E) (ensemble des endomorphismes symétriques de E) sur
Q(E) (ensemble des formes quadratiques sur E).
Démonstration •F (f ) appartient à Q(E) pour tout f dans L(E) se voit en considérant la forme
bilinéaire φ = (x, y) 7→ 21 (< f (x)|y > + < x|f (y) >).
•< f (x)|x >= 0 pour tout x ⇐⇒ f antisymétrique (si vous n’en êtes pas convaincu, revoyez la
partie ??).
•Avec n la dimension de E, on sait alors que l’image de F est de dimension n2 − 21 n.(n − 1) =
1
2
n.(n + 1) = dim Q(E), donc F a bien pour image Q(E) ; S(E) étant un supplémentaire du noyau de
F , F induit bien un isomorphisme de S(E) sur Q(E).
Corollaire 0.55
•Toute forme quadratique q s’écrit x 7→< f (x)|x > pour un certain endomorphisme symétrique
f (on peut d’ailleurs aussi écrire x 7→< x|f (x) >, puisque f est symétrique).
•Dans une même base orthonormée, q, φ et f ont même matrice.
Ceci nous permet de donner quelques résultats, conséquences immédiates de résultats connus
sur les endomorphismes symétriques :
Théorème 0.56
•Soit q une forme quadratique sur E euclidien ; alors il existe une base orthonormale de E dans
laquelle la matrice de l’endomorphisme associée à q est diagonale ; c’est-à-dire que cette base est
orthogonale pour q aussi.
•Si on a deux formes quadratiques sur un R-espace vectoriel E de dimension finie dont l’une
(au moins) est définie, alors il existe une base orthogonale pour les deux formes quadratiques (il
suffit de considérer l’espace euclidien engendré par la forme définie (ou son opposée si elle est
négative) pour conclure).
•Une forme quadratique sur E euclidien est positive (resp. négative) si et seulement si toutes
les valeurs propres de l’endomorphisme symétrique associé sont positives (resp. négatives).
•Une forme quadratique sur E euclidien est définie si et seulement si toutes les valeurs propres
de l’endomorphisme symétrique associé sont non nulles et de même signe.
∀x ∈ E, q(x) ∈ R
On note au passage que le deuxième résultat de cette proposition donne l’unicité recquise dans
la définition de la forme polaire ci-dessus.
Proposition 0.58
La matrice M associée à une forme quadratique hermitienne est hermitienne c’est-à-dire que
M =t M .
Avec X le vecteur colonne des coordonnées de x dans une base donnée B = (e1 , ..., en ), Y le
vecteur colonne des coordonnées de y dans la même base (i.e. Xi = ei ∗ (x) et Yi = ei ∗ (y)), M la
matrice associée à q ou φ dans cette base, on a
φ(x, y) =t X.M.Y
n
X X
q(x) =t X.M.X = Mi,i .|Xi |2 + [Link]( Mi,j X i .Xj )
i=1 i<j
Théorème 0.59
L’application F de H(E) dans QH(E) défini par F (f ) = (x 7→< f (x)|x >) est un isomorphisme.
Théorème 0.60
Pour toute forme quadratique hermitienne il existe une base orthonormale (pour le produit
scalaire hermitien) qui est orthogonale pour cette forme quadratique.
On suit les flèches marquées d’un + pour retrouver les produits à compter positivement, et
les flèches marquées d’un − pour retrouver les produits à compter négativement. On peut aussi
compléter la figure en recopiant les deux premières lignes sous la troisième.
Πi<j (xj − xi ).
On ajoute alors à la dernière colonne la somme des pk .ck pour k ∈ [[1, n − 1]] avec ck la colonne k. Sur
la dernière colonne, on a maintenant seulement des 0, sauf pour la dernière ligne où l’on a Pn (xn ). En
développant alors par rapport à la dernière colonne, on a
Wn = Pn (xn ).Wn−1 .
C’est le polynôme d’interpolation de Lagrange associé aux points (xi , yi )... que l’on retrouvera dans
le §??, page ??.
Proposition 0.62
Le déterminant de la matrice de la permutation σ est égal à la signature ǫ(σ) de la permutation
σ.
x1 x2 x3 ... xn
..
. xn−1
xn x1 x2
..
. xn−2
xn−1 xn x1
. ..
.. .. .. ..
. . . .
x2 x3 x4 ... x1
Proposition
Q 0.63
det(M ) = ni=1 P (yi ) avec P (X) = i=0
Pn−1 2iπ
xi .X i−1 et yi = e n .
1 0 0 0 ... 0
1 1 0 0 ... 0
1 1 1 0 ... 0
.. .. .. .. . . ..
. . . . . .1
... ... ... ... 1
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie n, et q une forme quadratique sur E. Alors,
avec r le rang de q, il existe r formes linéaires indépendantes sur E, f1 ,...,fr tels que
r
X
q= ǫi fi2 avec ǫi ∈ {−1, 1}.
i=1
Démonstration Il s’agit simplement d’opérations sur les lignes et les colonnes ; voir la méthode de
Gauss, théorème ??.
Références
[1] B. Chazelle, The Discrepancy Method, Cambridge University Press, 2000.