François Perroux : Économie et développement humain
François Perroux : Économie et développement humain
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développement »
Hubert GÉRARDIN1 et Fabienne LELOUP2
François Perroux est un économiste majeur : il l’est par sa construction d’un
système théorique qui remet en cause l’économie d’équilibre conventionnelle ;
il l’est par ses analyses des économies nationales, ses propositions d’une
utilisation critique des données et des mesures du développement ou encore
par ses travaux sur les pôles de développement ou l’intégration régionale.
L’article examine ce que recouvre le développement et l’économie chez
François Perroux, puis étudie la place de l’homme dans cette dynamique et
l’émergence de mondes en développement, dans le cadre d’un nouvel ordre
économique international.
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l’institutionnalisme. Il s’agit , dans une approche topologique, de « formaliser
des sous-ensembles en relations asymétriques et irréversibles durant une
période donnée » ; les principaux concepts utilisés sont ceux d’asymétries, de
domination, d’irréversibilité, de régulation ou de polarisation » (Hugon, 1993,
49). Au-delà de l’hommage rendu par la revue à son fondateur, la (re)lecture
des travaux de François Perroux en 2022 s’avère d’un surprenant intérêt tant
ses intuitions et ses propositions s’affirment étonnamment d’actualité.
Encadré 1 : Un précurseur
« Dans les années 1950, l’économiste François Perroux publiait deux articles
qui mettaient en question les thèses généralement admises des retards à
rattraper par une croissance des pays sous-développés, obtenus grâce aux
mécanismes du profit et du marché. Il orientait la réflexion vers la
problématique différente d’un développement économique fondé sur la
considération des besoins fondamentaux des populations. Ce qu’il appelait
déjà à l’époque « la couverture des coûts de l’Homme ».
En août 1979, à Quito (Équateur), au cours d’une réunion d’experts de
l’UNESCO, François Perroux fait une communication sur « l’idée de
développement global, endogène et intégré ».
Trente ans ont passé entre ces deux dates, pendant lesquels n’ont cessé de
s’affirmer l’unité et la cohérence d’une pensée tout entière orientée vers la
recherche d’une économie nouvelle, dont les outils d’analyse, les concepts
théoriques, les moyens d’action pratiques doivent permettre d’appréhender le
réel – et particulièrement celui du Tiers-Monde – autrement qu’à travers les
notions abstraites de l’économie marchande et de l’équilibre général, résultat
des confrontations d’intérêts particuliers sur des marchés plus ou moins
imparfaits.
Pour François Perroux, la recherche de la maximisation de la richesse ne
signifie rien dans un monde fait d’inégalités de toutes sortes, livré à la
compétition féroce d’unités économiques, dont certaines disposent d’un
pouvoir financier supérieur à celui des États dans lesquels elles s’installent,
tandis que d’autres n’ont même pas accès au marché de l’épargne et du crédit.
Elle conduit à la guerre économique à travers « l’avarice des nations ». Or,
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« une théorie scientifique impartiale et vérifiable d’une activité économique »
mue par l’Homme et ordonnée à l’Homme. »
Blardone, 1980, Mondes en développement, 11-12.
3Outre des introductions de numéros thématiques, trois articles n’ont pas été mobilisés dans
cette contribution :
- Notion d'équilibre et mathématisations actuelles. Une interprétation, n° 7, 1974.
- Économie et pouvoir, n° 17, 1977.
- L'économie d'intention scientifique et la pensée de Teilhard de Chardin, n° 47-48, 1984.
Sur l’apport de François Perroux en tant qu’auteur ou référence, nous renvoyons aux articles
de ce dossier, et à l’analyse lexicale de 50 ans de publication de Mondes en
développement, présentée infra par B. Boidin, [Link] et C. Figuière.
1. DÉVELOPPEMENT ET ÉCONOMIE DU
DÉVELOPPEMENT
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missions universitaires françaises dans ce pays. Il dispense le premier cours
d’économie à l’université de São Paulo, créée en 1934 et organise des tournées
de conférences à Rio et Porto Alegre. Dans cette université, cette même
année, Fernand Braudel enseigne l’histoire, Claude Levy-Strauss dispense la
sociologie (ethnologie) et effectue ses premières expéditions ethnographiques
dans ce pays (Lefèvre, 1993, 28-30).
Après la guerre, les articles de François Perroux sur l'effet de domination
(théorique et appliqué) annoncent ses publications ultérieures sur le
développement.
Le développement est défini par François Perroux (1972, 1 648) comme « Le
changement des structures mentales et sociales qui favorisent l’entraînement
mutuel de l’appareil de production et de la population au service de cette
dernière ». Dès lors, « [il] suppose le déploiement de l’activité des hommes à
l’égard des hommes par l’échange de biens ou services et par l’échange
d’informations et de symboles. Dans l’ordre économique, il est saisi à trois
niveaux :
- l’articulation des parties dans un tout. Les parties sont des sous-ensembles
structurés.
- l’action et la réaction des secteurs entre eux, directement ou indirectement,
qui n’est autre que la dialectique des structures. […] Les structures
économiques sont étroitement liées aux structures mentales et aux structures
sociales des groupes dans la société organisée : entre les premières et les
secondes, les interactions sont réciproques.
- les ressources humaines, sous toutes leurs formes, ont quelque chance de
gagner en efficacité et en qualité dans les structurations évolutives » (Perroux,
1981, 50-51).
Le développement doit être à la fois global, endogène et intégré, ces trois
dimensions étant étroitement interdépendantes :
« 1. Il s’agit de s’émanciper des contraintes du marché intérieur et extérieur
autant qu’il faut pour valoriser les hommes ; c’est la dialectique des besoins
fondamentaux et du pouvoir d’achat.
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ralentissement du simple taux d’accroissement du produit global suffit. Il
propose des outils pour mieux analyser ce développement (Perroux, 1991 et
1958). Pour l’économiste, le développement est la combinaison des
changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire
croître, cumulativement et durablement, son produit réel global. Le
développement a pour fonctions fondamentales d’augmenter le produit, de le
répartir pour les besoins de base, d’élever les rendements physiques et
humains et d’abaisser les coûts matériels et humains.
De là que s’établissent, entre eux, des actions et des réactions qui sont soit
compensées, soit non compensées, avec un résultat net qui, s’il est positif,
peut être appelé effet d’entraînement, puisque ce terme s’est répandu et devient
d’un usage courant dans les documents scientifiques ou dans les programmes
et plans.
Un entraînement global est constaté quand, pendant une période, le taux de
croissance d’un secteur B est fonction du taux de croissance d’un secteur A. »
Perroux, 1980, Mondes en développement, 229-230.
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« La notion de développement, il y a quelques trente ans, était étrangère et
même suspecte aux économistes. Tout fiers d’avoir reçu la leçon de J. M.
Keynes, ils s’attachaient à la croissance ; l’accroissement soutenu du produit
réel leur paraissait calculable avec une approximation satisfaisante et rendu à
peu près intelligible par la combinaison d’agrégats parmi lesquels, d’abord,
l’investissement. (…)
Les curiosités, désormais réorientées, furent stimulées par les crises des
systèmes (capitalisme-socialisme) qui se présentaient, rhétoriquement,
comme irrémédiablement opposées. L’économie de marché implique la
décentralisation des décisions ; elle est menacée par la dimension et la
concentration des unités : mal dont souffre précisément l’Union soviétique et
qu’elle tente de réduire. Le marché reçoit, pour une grande part, sa forme et
ses effets de la société où il fonctionne : bien qu’on y ait beaucoup recours,
partout, on n’a trouvé nulle part la recette de son fonctionnement pleinement
satisfaisant. Le pouvoir exercé, au moyen du capital, confié soit à des
capitalistes soit à certains fonctionnaires d’un parti unique, soulève des
contestations et exige des limites.
Ne semble-t-il pas qu’il faille approfondir l’enquête ? Quel que soit le système,
l’articulation des parties par les flux et les prix importe extrêmement, tout
autant, peut-être davantage, l’aménagement des flux d’informations qui
commandent la communication entre les hommes. Partout, les asymétries et
les dépendances injustifiées suscitent des rebelles. Partout, le gaspillage des
hommes, détruits ou amoindris, mieux connu qu’autrefois, excite une
irritation croissante.
Les conditions de moindre développement sont universelles ; aucun pays
n’est en droit de se dire développé pleinement. Parce que l’œuvre de l’homme
et l’homme même sont en jeu, le développement n’a pas de terme assignable
et prédéterminé.
Comment cette redécouverte de l’homme sous la pression des faits s’opère-t-
elle ? Et qu’est ce développement pour lequel l’histoire semble travailler ?
Évidemment, il renvoie aux structures mentales et sociales des populations :
il comporte aussi un entraînement réciproques des agents par l’appareil de
production et de l’appareil de production par les agents ; il oblige, en fin
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L’économie est ainsi le fait d’agents actifs inégalement dotés de capacités au
changement et possédant des pouvoirs asymétriques ; animés d’un projet, ces
agents interviennent au sein de structures dont ils subissent les limites mais
aussi au sein de groupes eux-mêmes capables d’un projet collectif : cette
dynamique rend les agents capables de se transformer dans un processus de
création collective (Destanne de Bernis, 1978).
Pour François Perroux, le développement doit être conscient et réciproque et
dépasser l’économie marchande ; les formations ne peuvent être confiées aux
automatismes du marché car la technique moderne impose une unité de
grande taille et concentrée et les marchés sont imparfaits et impurs. Dès lors
le fonctionnement des marchés est à arbitrer. De même les croissances sont
nationales et ce sont les croissances des plus forts et puissants qui imposent
aux autres nations leur propre politique de croissance « à moins que des
arbitrages n’existent » (Perroux, 1969, 207) : ces arbitrages se prononcent au
nom de l’intérêt général et du bien commun qui se forment dans des
institutions permettant de changer les conflits en dialogues sociaux.
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Perroux, 1977a, Mondes en développement, 637-638.
Par contraste, des notions et des concepts dont nous sommes responsables,
tels que ceux d’unité active, de macro-unité, d’effets asymétriques et d’emprise de structure
sont incontestablement féconds. Ils se mettent en place dans une théorie
générale des équilibrations, des actions et réactions des agents, des unités et de
leurs groupes capables inégalement de modifier leur milieu ; l’équilibre devient,
alors, une position limite où, sous la contrainte de structures intercompatibles,
les énergies de changements sont sensiblement égales à zéro : ce n’est pas un
état de cosatisfaction universelle, mais une situation où les rapports d’échange
se combinent toujours à des rapports de force. »
Perroux, 1975a, Mondes en développement, 671-672.
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Encadré 6 : Des pôles de développement à l’intégration mondiale
« Les plans économiques des grandes entreprises et des pouvoirs publics
embrassent un réseau de relations bien plus large que la nation, le
rayonnement polarisé de puissants pôles de croissance est supranational et,
enfin, une nation ne peut être réduite à un marché homogène.
Ce conflit entre espace politique et espace économique a des conséquences
étendues. La théorie économique courante du commerce international
camoufle cependant ce conflit lorsqu’elle présente le commerce international
comme étant un trafic entre États souverains et égaux. Dans Pôles de
Développement ou Nations ?, F. Perroux montre comment les pays possédant de
grands pôles de développement qui ont une influence supranationale,
exercent une sorte d’impérialisme structurel sur d’autres pays qui dépendent
de ces pôles de développemt. F. Perroux estime, en conséquence, nécessaires
des formes nouvelles d’intégration mondiale en fonction d’un contrôle
commun sur les pôles de développement supranationaux ».
Bouckaert, 1973, Mondes en développement, 179.
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La croissance et le développement des territoires et de leurs populations
s’obtiennent, pour François Perroux, par l’aménagement conscient du milieu
de propagation des effets de pôles. En effet, la croissance n’est pas partout,
elle se manifeste en ces points spécifiques que sont les pôles, et seulement si
les effets externes qu’ils suscitent sont initiés.
Un pôle de développement se définit comme une unité économique motrice ou un
ensemble formé par de telles unités, une entreprise, une industrie, une
combinaison d’industries. Ce pôle exerce sur son environnement des effets
d’entraînement, d’attraction, de diffusion, d’agglomération, de jonction, par
les prix, par les flux, par l’information.
Les effets d’agglomération rassemblent des activités complémentaires qui suscitent
des occasions cumulatives de gains et de coûts en un lieu et les effets de
jonction interviennent entre les unités agglomérées, grâce aux moyens de
transport et de communication, ce qui élargit, entre autres, le champ des
possibles des producteurs locaux.
La grande entreprise ou l’industrie est dite motrice si, dans un espace
économique et social déterminé, la résultante de tous les efforts déployés est
positive. Pour ce faire, elle se doit de réinvestir sur place une partie de ses
profits et de contribuer ainsi aux développements techniques et humains. En
effet, le pôle implanté distribue des salaires et des revenus monétaires
additionnels mais il peut le faire sans accroître nécessairement la production
locale des biens de consommation : il peut déplacer la main-d’œuvre et la
séparer de ses unités originaires sans lui procurer nécessairement un nouvel
encadrement social, accumuler en un lieu investissement, innovation
technique et économique sans en procurer forcément l’avantage à d’autres
lieux, voire en retardant la croissance de ces autres lieux.
Cette unité motrice ne doit pas être confondue avec le lieu des centres
décisionnels : ceux-ci – dans les pays en développement – dépendent souvent
de groupes économiques ou financiers agissant de concert avec les pouvoirs
publics autochtones ou extérieurs. Les décisions prises dans ces centres
concernant les pôles commandent le développement des territoires et de leurs
populations
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rapports de forces, minimisés par le modèle de concurrence néo-classique,
deviennent chez F. Perroux des variables décisives, pour l’explication de la
dynamique économique. La solution du problème de la rareté, nœud de
l’activité économique, est vue à la lumière de la lutte et de la coopération, de
la lutte-concours, entre groupes inégaux, dans le dessein de posséder et
d’employer les biens rares. (…) Selon F. Perroux, la dynamique socio-
économique procède de la créaion collective dans laquelle par le conflit et par
le dialogue entre groupes sociaux (macro-agents), l’on cherche à tâtons un
développement moins antagonique de la richesse. Le développement de la
société visé par F. Perroux est celui d’une croissance vers une société de
participation dans laquelle les objectifs du développement sont déterminés
non par l’un ou l’autre groupe de puissance, non par l’État, non par les
technocrates, mais bien entre les groupes sociaux, sur la base d’une
information objective et sous la supervision de l’autorité publique. C’est en
fonction de ce développement que F. Perroux s’emploie à analyser
l’irrationalité et la rationalité de l’Économie. D’une part ce qu’il veut c’est
démasquer, comme irrationnel et en opposition avec le développement
fondamental à long terme, toute tentative de rationaliser l’économie en
fonction des intérêts de l’un ou l’autre groupe particulier de puissance. D’autre
part, ses analyses tendent à montrer la rationalité d’une économie qui est
orientée vers le développement effectif de chaque homme et de tout l’homme
(l’économie de l’homme). Selon F. Perroux, l’économie du XXè siècle n’est
possible qu’en tant qu’économie fonctionnelle au service de l’homme.
Bouckaert, 1973, Mondes en développement, 167-168.
Le ressort national reste puissant mais il ne joue que grâce à des moyens
extérieurs qui doivent être acquis par voie de négociation. Le contrôle du
déséquilibre extérieur est, quant à lui, facilité par la constitution d’ensembles
plurinationaux, tels que des unions économiques, qui peuvent communiquer
les uns avec les autres et avec le reste du monde.
L’économie du développement permet de proposer une politique du
développement réciproque entre pays européens et pays africains. Elle repose,
d’une part, sur des réseaux de pôles de développement africains, européens et
mondiaux dont le contenu et le tracé doivent être décidés et mis en œuvre
avec les républiques africaines ; elle s’appuie, d’autre part, sur la constitution
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de régions-relais en Afrique et en Europe, des régions transnationales qui
regroupent les nations qui ont des intérêts communs en matière d’échanges
commerciaux ou monétaires, d’investissements et d’échanges d’informations.
Elle inclut, enfin, l’incorporation de secteurs modernes qui ne peuvent plus
être des corps étrangers croissant aux dépens de l’environnement immédiat.
Le progrès économique recherché par les pays dits en voie de développement
est à l’opposé d’un préfabriqué : c’est l’expérimentation sociale de chaque
nation qui en définit ses objectifs et ses modalités, intégrant le projet « des
élites autochtones et locales qui peuvent seules inventer les temps sociaux, les
rythmes et les risques sociologiquement tolérables » (Perroux, 1969, 287).
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l’activité personnelle constitue le ressort premier et le critère suprême de tout
développement. Les paysanneries traditionnelles, les populations liées à leur
sol sont dotées d’énergies issues des profondeurs du passé ancestral
qu’aucune action extérieure n’a pouvoir de détruire tout-à-fait. (…)
Nous n’adhérons aucunement au mythe du « bon paysan » ; nous évoquons
seulement la résistance spécifique des valeurs culturelles et traditionnelles des
populations qui, en contact direct avec la nature, sont vouées à l’effort
quotidien pour la transformer selon les besoins et les aspirations de l’homme.
Quand on accepte, à propos des populations des PVD, l’idée que le paysan
fait la nation, il faut éviter de transposer une expérience européenne. Mais
c’est un fait massif et irrécusable : les jeunes nations, compte tenu de leur
situation présente, ne se consolideront pas sans intégrer par une économie et
une politique renouvelées leurs producteurs agricoles et leurs sociétés rurales.
C’est l’impératif social et psycho-sociologique d’une politique de
développement appliquée à la dialectique industrie-agriculture. »
Perroux, 1980, Mondes en développement, 242.
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comptabilisables.
L’économie tend à surmonter, par le calcul, les raretés naturelles et sociales.
Ce qu’on nomme calcul économique dans l’économie standard est une
opération quantifiée au bénéfice immédiat de quelques-uns ; elle est
contestable scientifiquement parce qu’elle choisit étroitement ses variables et
ses algorithmes.
Elle se trompe dans ses calculs et nous trompe par eux ; c’est au nom de la
science ouverte que l’on doit scruter ses comptes. Les comptes, tels qu’ils sont
dressés aujourd’hui sont le lieu des erreurs de l’économie standard et des
chances de l’économie plus scientifique.
Le mouvement de l’histoire et celui de la science nous invitent à compter mieux.
Est-il possible de le nier après examen de l’infidélité des compte, des
compromis et des exigences du paradigme ? »
Perroux, 1974, Mondes en développement, 37.
Les relations économiques qui lient les agents concernent donc, certes, des
relations marchandes mais aussi des contraintes, privées et publiques, du don
et du pseudo-don. L’étude du marché lui-même inclut la prise en compte de
pratiques hors marché, de relations asymétriques, de dominances. Sont remis
en lumière les phénomènes non mercantiles, les contraintes politiques ou
publiques, les actions et les représentations (Maréchal, 2003). Dans un article
sur « Le concept d’acteur du développement chez les pionniers du développement : Albert
Otto Hirschman et François Perroux » Hugon (2003) montre la place déterminante
prise par les acteurs chez ces deux fondateurs de l’économie du
développement.
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objectivement permettant aux agents de savoir ce qui est bon pour eux ;
l’exclusion de toute destruction de services et de biens produits par les
cultures et/ou dons de la nature, propres à des effets bénéfiques pour les êtres
humains, le plein développement multidimensionnel de chaque être humain.
Ces trois principes ont été réactualisés notamment par l’UNESCO dans son
concept de développement humain durable et partagé. Le respect de ces trois
principes d’économicité exige de la part des acteurs de la vie économique –
les gouvernements des États/nations, le monde des affaires en général et les
sociétés transnationales en particulier, les sociétés civiles, les organisations
non gouvernementales, les organisations intergouvernementales à vocation
mondiale ou régionale, les médias – la promotion d’une éthique de
responsabilité et de solidarité vis-à-vis des générations actuelles et futures »
Hugon, 2003, Mondes en développement, 8-9.
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Le vrai est que des forces scientifiques, techniques, industrielles aident à
réaliser éventuellement une progression dont ont rêvé philosophes et
hommes de religion, dès que la raison s'est affirmée universelle et que l'espoir
d'un salut de l'humanité entière a fait battre le cœur des meilleurs serviteurs
de l’espèce.
Les courants impétueux qui favorisent le développement des mondes,
conspirent à une certaine unification du monde.
L'inégal développement des parties du monde promet une moindre inégalité
en même temps que l'émergence d'inégalités nouvelles, justifiées celles-là par
la capacité de produire et de donner un sens à la production ».
M. D. 1973, Mondes en développement, n° 1, 10.
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Perroux, 1976, Mondes en développement, 846.
CONCLUSION
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données ou encore du profond humanisme de son œuvre, François Perroux
révèle donc dans ses décennies de recherche les fondements que la revue a
essayé de continuer à diffuser depuis 200 numéros, cette revue qui
« s’intéresse aux différents modes et trajectoires de développement des pays
dans le monde, selon des valeurs humaines, économiques, sectorielles et
techniques, financières. Une attention particulière [étant] accordée aux enjeux
institutionnels et de la société civile dans une perspective de développement
durable.” (site de Mondes en développement)
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