Un risque réduit de conflit et d’instabilité
Les systèmes judiciaires équitables et efficaces jouent un rôle crucial
dans la réduction du risque de conflits violents.
Le rapport de l’étude phare des Nations Unies et de la Banque
mondiale Pathways for Peace a souligné l’importance de la
prévention des conflits, qualifiant cette dernière de « stratégie
rationnelle et économique pour les pays exposés à la violence, et
pour
la communauté internationale ».97
Un système efficace pour
prévenir les conflits violents
permettrait à l’économie
mondiale d’économiser 70
milliards de dollars chaque
année.98
Il est impossible de quantifier séparément l’impact de la justice sur
la réduction des risques de conflit (et compte tenu de l’importance
de stratégies de prévention des conflits intégrées, une telle
désagrégation s’avèrerait inutile). Toutefois, il est possible de prévoir
que le renforcement des capacités d’un pays à assurer les fonctions
principales d’un système judiciaire et à offrir un accès accru à la
justice
permettrait d’obtenir des retours sur investissement similaires aux
retours sur investissement générés par les stratégies de prévention
dans leur ensemble. Selon le scénario prudent du rapport de
Pathways
to Peace, les gains s’élèveraient à 16 $ pour chaque dollar investi.99
Nous pouvons également calculer des impacts en prenant en compte
le nombre de vies sauvées. La Commission internationale contre
l’impunité au Guatemala a été établie pour combattre l’impunité
des forces de sécurité illégales et les organisations de sécurité
clandestines. Elle a également contribué à lutter contre la corruption
et à rétablir les capacités du système judiciaire. L’International Crisis
Group estime que le travail de cette Commission a entraîné une
baisse de 5 % du nombre d’homicides, par comparaison avec un
groupe témoin de pays voisins, et a permis de sauver près de 5 000
personnes en dix ans.100 Les réformes institutionnelles,
l’amélioration
des techniques d’enquête, les partenariats plus étroits entre les
acteurs de la sécurité et les acteurs judiciaires, et la confiance accrue
dans le système ont participé à élever le niveau de sécurité.
47
Les gouvernements ne seraient pas les seuls à profiter des
investissements dans les systèmes judiciaires. Compte tenu du
caractère mondialisé des chaînes d’approvisionnement modernes,
il semble nécessaire que le secteur privé procède également à
ces investissements, en particulier lorsqu’il est susceptible de
devenir partie à certaines violations des droits de l’homme. De
nombreuses entreprises multinationales ont souffert de graves
problèmes de réputation, notamment lorsqu’il a été prouvé que
des esclaves modernes étaient impliqués dans leurs chaînes
d’approvisionnement.101 D’autres encore ont perdu une partie de
leur clientèle et ont vu le cours de leurs actions chuter à la suite de
révélations concernant l’absence de protection de leurs travailleurs
et leur exploitation des ressources naturelles dans des pays dotés
d’une règle de droit peu stricte.102
D’autres avantages plus larges sont observables au-delà de la
réduction des risques. Selon une récente étude, les entreprises
investissant dans les droits sociaux et du travail « ont tendance
à obtenir de meilleurs résultats sur le plan économique, elles
enregistrent également des niveaux plus élevés de productivité et
d’innovation, un approvisionnement de marchandises et de services
davantage prévisible, une meilleure rétention et une plus grande
motivation au sein de leur personnel, et sont équipées de systèmes
de suivi et de stratégies d’analyse financière plus efficaces ».103
Une capacité accrue à prévenir et résoudre les
problèmes juridiques du quotidien
La lutte contre les problèmes de justice ordinaires comporte
également des avantages.
La première étape dans cette voie consiste à rediriger
les investissements dédiés aux politiques inefficaces et
contreproductives. En effet, il a été démontré que de nombreuses
approches privilégiées, dont le but était de « sévir contre le crime »,
ont finalement participé à augmenter le taux de criminalité. Les
programmes basés sur la dissuasion par la peur, par exemple, qui
exposent les jeunes à risque à des peines de prison contribueraient
à renforcer les taux de délinquance.104 Les approches ayant mené
à une explosion du taux d’emprisonnement se sont révélées
davantage néfastes que bénéfiques. Plus de dix millions de
personnes sont incarcérées à travers le monde, et près de 30 %
d’entre elles sont en attente de jugement.105 Pourtant, peu de
preuves indiquent que les peines de prison longues ont un effet
dissuasif.106 Ces politiques ont particulièrement touché les jeunes.
Selon certaines études, plus d’un million d’enfants sont privés de
liberté.107 Pour bon nombre d’entre eux, cette situation commet
des dégâts irréversibles.