injustice coûte cher aux personnes et aux
communautés
Les coûts de l’injustice incombent en premier lieu aux individus et à
leurs communautés. Nous commençons seulement à quantifier leur
ampleur, mais de plus en plus de preuves indiquent que ces coûts
sont bien plus élevés que prévu. La plupart de ces chiffres
proviennent
de pays riches – mais dans la mesure où les problèmes de justice sont
plus graves dans les pays à faibles revenus, les coûts assumés par
ces
derniers sont sans doute plus élevés.60
Les coûts immédiats de l’injustice incombent à ses victimes.61 Les
individus peuvent subir des pertes directes et voir leur propriété
endommagée, volée (ou confisquée) pour payer les frais d’avocat
ou de justice, les trajets longue distance pour se rendre au tribunal
ou encore les jours de travail manqués pour comparaître devant le
tribunal. L’OCDE estime que les personnes confrontées à un problème
juridique perdent en moyenne l’équivalent d’un mois de salaire.62
La somme dépensée par les ménages canadiens pour résoudre
un problème juridique est presque équivalente au montant qu’ils
allouent chaque année à leur alimentation.63
Le coût des
démarches
juridiques
L’OCDE estime avec prudence que
les problèmes juridiques coûtent
à ses États membres entre 0,5 et
3 % de leur PIB.64
D’autres coûts incombant aux individus sont moins directs. Les
problèmes de justice impliquant de la violence et des conflits ont
des conséquences tout au long de la vie, bien au-delà de la mort et
des blessures.65 Les victimes de violence sont les plus exposées face
aux problèmes de santé mentale, de suicide et de toxicomanie, et
sont davantage susceptibles de souffrir de maladies chroniques telles
que le cancer et les maladies cardiaques. Les enfants victimes de
violence font l’expérience « de répercussions durables aux niveaux
les plus élémentaires de leurs systèmes nerveux, endocrinien et
immunitaire »,66 et jouissent de moins bonnes possibilités d’emploi
une fois adultes.67 Les femmes victimes de violence conjugale sont
deux fois susceptibles de connaître un épisode dépressif.68 Elles
font également face à des impacts économiques. Les femmes
tanzaniennes victimes de grave maltraitance de la part de leurs
partenaires ont vu leurs revenus baisser de 60 %.69
44
Les problèmes de justice civile et administrative entraînent également
des dommages à long terme. Les litiges liés à la propriété et aux
terres réduisent les revenus des ménages, et notamment de manière
disproportionnée lorsque les femmes ou les plus pauvres en sont les
victimes.70 Les procédures et les exigences bureaucratiques
complexes
freinent l’esprit d’entreprise des membres de la société. Les
différends
en matière d’emploi diminuent les revenus des travailleurs, tandis
que la perte ou le déni de services publics ont des effets négatifs sur
leur bien-être. 13 % des Kenyans ayant été confrontés à un problème
juridique au cours des quatre dernières années ont déclaré avoir
perdu leur emploi à la suite de leurs démarches.71
Par ailleurs, les impacts sur la santé peuvent être sérieux et durables.
Il
a été démontré que les problèmes liés à l’endettement exacerbent les
maladies mentales.72 Les conflits survenant au sein des familles
peuvent
endommager à long terme le bien-être physique et mental des
adultes
et des enfants.73 Deux Canadiens sur cinq ont consulté un
professionnel
de santé en raison du stress et du préjudice moral générés par un
problème juridique.74 Près d’un Nigérian sur trois a souffert d’une
maladie liée au stress à la suite d’une bataille juridique.75
En outre, l’injustice ébranle et isole les communautés. Elle réduit
la confiance des citoyens, nuit aux économies locales et entame la
résilience. Les dommages sont exacerbés lorsque les personnes sont
incapables de se tourner vers des institutions judiciaires pour solliciter
de l’aide. Lorsque le système judiciaire est défaillant ou abusif, les
perceptions d’injustice résultant d’autres causes sont magnifiées.
Cette situation peut encourager les communautés à se dresser les
unes contre les autres, ou contre les autorités.