Notions et classifications des obligations
Notions et classifications des obligations
L’étude du droit des obligations présente un intérêt aussi bien pratique que théorique.
- Sur le plan pratique : l’obligation au sens technique concerne les relations sociales car la
majorité des relations patrimoniales qui se nouent entre les Hommes sont des rapports
d’obligations.
Il faut préciser que tout individu à chaque instant est tenu par des rapports qui lui permettent
de satisfaire ses besoins sur le plan professionnel ainsi qu’au niveau de ses loisirs.
- Sur le plan théorique : le droit des obligations repose sur la construction intellectuelle très
élaborée.
Le droit des obligations a acquis depuis longtemps la valeur de modèle à l’égard d’autres
disciplines juridiques qui se tournent vers lui pour lui emprunter ses concepts, ses
catégories, ses méthodes et ses techniques.
En effet, le droit des obligations constitue dans une certaine mesure le droit commun de
certaines disciplines du droit privé comme le droit commercial et le droit de travail voire la
base commune de tout le droit privé.
Le droit des obligations est en réalité la base commune de tout le droit privé car entre les
personnes juridiques directement ou à travers les biens existe tout un réseau d’obligations.
Le droit des obligations est en réalité la base commune de tout le droit privé car entre
les personnes juridiques directement ou à travers les biens existe tout un réseau
d’obligations.
Ceci nous amène à poser la question suivante :
Il faut savoir que le terme obligation n’a pas une signification unique et pour mieux
l’appréhender, on essaye d’éviter une confusion de terminologie car le mot obligation a
divers sens :
- Au premier sens : on l’utilise pour parler de titre, c'est-à-dire l’acte écrit qui constate une
obligation.
- Au second sens : plus général, plus vague, on dit qu’il y a l’obligation lorsqu’il s’agit d’un
devoir.
A s’en tenir au domaine de droit, le mot obligation désigne tout ce que l’ordre juridique
commande à une personne de faire.
- Et enfin au sens propre : l’obligation n’est que le lien de droit entre deux personnes en vertu
duquel le créancier peut exiger du débiteur l’accomplissement d’une prestation consistant à
faire, ne pas faire, ou donner.
Les obligations sont donc des rapports patrimoniaux, ce sont des droits personnels ou de
créance.
Les obligations sont les relations juridiques les plus fréquentes entre individus car elles sont
l’instrument de toute la vie économique.
Les obligations sont forts diverses, et plusieurs critères peuvent être retenus qui permettent
autant de classifications différentes, c’est ainsi qu’on peut les classer selon la nature, l’objet,
l’intensité, ou d’après leurs sources.
L’objet de l’obligation désigne ce à quoi le débiteur est tenu envers le créancier. Cet objet
peut consister à donner, à faire ou à ne pas faire.
Il s’agit de savoir comment est créé un rapport d’obligation entre un créancier et un débiteur.
Le DOC envisage la question de la manière suivante et en donne l’énumération dans son
article premier qui stipule que « Les obligations dérivent des conventions et autres
déclarations de volonté, des quasi-contrats, des délits et des quasi-délits ».
1- Les conventions :
C’est une notion plus large que celle du contrat, elle désigne un accord de volonté qui ne se
limite pas uniquement à créer des obligations, mais à produire d’autres effets, tels que,
transmettre ou éteindre des obligations.
Exemple : la remise de dette (c’est une convention dans laquelle le créancier renonce à sa
créance vis-à-vis du débiteur = renonce à être rembourser).
3- Les quasi-contrats :
Lorsqu’un dommage a été causé à autrui d’une manière intentionnelle ou non intentionnelle,
l’auteur du dommage sera sanctionné pénalement en fonction de la gravité du dommage ou
de son acte.
En droit civil, il ne s’agit pas de punir, mais de réparer le préjudice causé à autrui par l’auteur
du dommage.
C’est ce qu’on appelle la responsabilité civile délictuelle (lorsqu’il y a intention) ou quasi-
délictuelle (pas d’intention).
La volonté de l’Homme joue un rôle décisif dans la formation des obligations qui trouvent
leurs sources dans les actes juridiques.
L’acte juridique est toute manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit.
Le contrat apparait comme un acte juridique bilatéral en ce qu’il émane de deux volontés.
Il y a aussi des actes juridiques, source d’un rapport d’obligations qui sont fondées sur plus
de deux volontés (multilatéraux ou plurilatéraux) ou ceux qui n’émanent que d’une seule
volonté, et dans ce cas on parle d’un acte juridique unilatéral ou d’engagement unilatéral de
volonté, comme par exemple : le testament.
Il existe aussi l’acte juridique collectif. Exemple : les conventions collectives des syndicats.
Et enfin, on arrive à l’acte juridique bilatéral qui n’est autre que le contrat.
Cela se manifeste à travers un principe fondamental consacré par les auteurs classiques qui
est le principe de l’autonomie de la volonté.
Selon cette théorie, l’Homme étant libre par essence (par nature) ne peut s’obliger que par
sa propre volonté.
Il en résulte que c’est la volonté qui crée les effets du contrat et qui en détermine le contenu.
Ces effets existent que parce qu’ils ont été voulu et comme ils ont été voulu.
La seule tâche du droit est d’assurer l’égalité des libertés en présence, chez les auteurs
classiques : « tout contrat libre est un contrat juste quel qu’en soit le contenu ».
1- La philosophie individualiste :
Le principe suppose que les échanges économiques sont réalisés par la voie des
concessions réciproques qui sont l’œuvre des volontés des contractants car selon la
philosophie individualiste les Hommes seraient par essence et de façon abstraite libres et
égaux et que la volonté individuelle est la seule source de toute obligation juridique et de
justice.
La règle juridique est en lien étroit avec la philosophie du 18ème siècle qui consacre
l’affirmation des droits naturels contre l’Etat.
Dans cette conception, le contrat devient la source de droit par excellence. La volonté
pouvant se donner à elle-même sa propre loi.
Le contrat tire de la rencontre des volontés sa force contraignante.
2- Le libéralisme économique :
Selon cette doctrine, le contrat doit permettre d’établir les rapports individuellement les plus
justes et socialement les plus utiles car l’Etat doit laisser faire laisser passer, et implicitement
laisser contracter pour favoriser les échanges nécessaires au développement économique
en écartant toute entrave (difficulté) à la liberté contractuelle.
Selon certains auteurs de la conception classique : « qui dit contractuel dit juste », car
permettre aux Hommes de contracter comme ils l’entendent est le meilleur moyen d’établir
entre eux les rapports les plus justes et les plus utiles.
De même les tenants (partisans et adeptes) du libéralisme économique pensent que le libre
jeu des volontés individuelles assure l’équilibre économique et la prospérité générale.
Il signifie d’abord que la conclusion du contrat se fera sans que l’on n’exige aucune forme ou
formalité (le principe de consensualisme), ensuite que le contenu du contrat soit librement
débattu par les parties, c’est le principe de la liberté contractuelle.
Il y a un principe fondamental qui est affirmé à ce propos et qui dit que : « les obligations
contractuelles valablement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites… ».
En effet, rien n’oblige les parties à contracter mais dès qu’elles l’ont fait, elles sont tenues de
respecter leurs engagements.
Cela a deux conséquences techniques : d’une part les lois nouvelles ne s’appliquent pas au
contrat en cours et d’autre part le juge n’a pas le droit de modifier le contrat.
C’est le fait que les obligations contractuelles n’engagent que les parties et n’ont pas d’effets
à l’égard des tiers.
Les parties ne peuvent, par un contrat, ni engager autrui ni faire naître à son profit une
créance.
En effet, la société du 18ème et 19ème siècle était une société de dominance agricole, où
les relations contractuelles étaient personnalisées, ce qui permettait la possibilité d’avoir des
rapports égalitaires où les contrats étaient le plus souvent conclus à la suite d’une
négociation qui permettait aux parties de fixer les éléments essentiels.
A partir du milieu du 19ème siècle, l’évolution économique et sociale a bouleversé le
paysage juridique : industrialisation croissante, concentration croissante de capitaux et
moyens de production, apparition des monopoles de la classe ouvrière…
Cet état de chose a du entrainer l’intervention de l’Etat dans une action de protection et de
direction de l’économie afin d’éviter les abus et à ceux qui défendent l’idée qui dit : « qui dit
contractuel, dit juste », répondent ceux qui pensent que : « c’est la liberté qui opprime
(écrase) et c’est la loi qui affranchit (libère) ».
C’est alors que la primauté de la loi sur les volontés individuelles se manifeste par des
dispositions contraignantes protégeant certaines catégories de contractants.
Ces limites au P.A.V aboutissent à restreindre de plus en plus le domaine de la liberté dans
la formation du contrat voire à expulser complètement la volonté, exemple : le contrat légal
ou le contrat d’assurance où la liberté s’efface devant la contrainte.
En effet, par souci d’intérêt général, la liberté contractuelle est limitée par le législateur qui
intervient pour déterminer le contenu du contrat afin de protéger le contractant le plus faible
en imposant certaines mesures ou certaines clauses du contrat comme la réglementation
des prix par exemple.
D’un autre côté, ces limites aboutissent aussi à imposer un formalisme pour certains
contrats, lequel (formalisme) permet aux contractants de réfléchir mûrement avant de
s’engager et donner ainsi un consentement éclairé.
Il reste cependant qu’en dépit de ces multiples atteints, les bases techniques sur lesquelles
repose le droit des contrats sont encore largement inspirés par le P.A.V.
L’article 2 précise : « qu’aucune forme particulière n’est exigée pour la validité du contrat et
que l’échange des consentements suffis à donner naissance au contrat ».
Il faut relever que les textes qui réglementent les contrats sont souvent supplétifs ou
interprétatifs.
- Le contrat consensuel : est celui qui se forme par le seul accord des volontés, sans
qu’aucune condition de forme ne soit imposée.
- Le contrat solennel : est un contrat qui exige la formalité soit par un acte authentique soit
par un acte sous seing privé.
- Les contrats réels : ne sont formés que par la remise de la chose qui en est l’objet, exemple
: contrat de dépôt.
- Le contrat unilatéral : est lorsque une ou plusieurs personnes sont obligées envers une ou
plusieurs personnes sans que de la part de ces dernières, il y’ait engagement. Le contrat
unilatéral crée une obligation à la charge d’une seule partie.
- Le contrat commutatif : chaque partie s’engage à une prestation considérée comme à peu
près équivalente à celle qu’elle reçoit. (il y a équivalence des prestations).
- Le contrat à titre gratuit ou de bienfaisance : est celui où l’un des contractants entend
procurer un avantage à l’autre partie sans rien recevoir en échange, exemple : la donation,
prêt sans intérêt…
- Le contrat à titre onéreux : est celui où chacune des parties reçoit quelque chose de l’autre,
exemple : la vente, l’échange…
- Le contrat nommé : est celui qui a reçu une dénomination et une réglementation propre.
- Le contrat innomé : est celui qui n’est pas prévu par la loi, mais conçu par les parties ou
crées par la pratique.
- Le contrat à exécution instantanée : crée des obligations qui sont susceptibles d’être
exécutées immédiatement ou au plus tard en une prestation, exemple : la vente au
comptant.
- Le contrat de gré à gré : est le fruit d’une libre discussion entre les parties.
- Le contrat collectif : produit effet à l’égard des personnes qui n’y ont pas participé,
exemple : convention collective de travail.
- Le contrat administratif : est celui qui est conclu par une personne morale de droit public et
qui comporte des clauses exorbitantes de droit commun et qui sont soumis à une
réglementation spécifique.
Pour être valablement formé, le rapport contractuel suppose que des conditions, prévues
impérativement par la loi, soient remplies.
Paragraphe 1 : La capacité
L’article 3 du DOC dispose que : « la capacité civile de l’individu est réglée par la loi qui régit
son statut personnel ».
La capacité est l’aptitude d’une personne à acquérir des droits et à les exercer, notamment
l’aptitude à souscrire un engagement valable. Ceci nous amène à dire que le contrat n’est
valable que si légalement les parties avaient la capacité de le faire.
Toutefois, il s’agit en réalité d’une condition négative qui est l’absence d’incapacité.
L’incapable possède les mêmes droits que toute autre personne, mais il ne peut les exercer
lui-même, ou du moins les exercer librement. Il doit être assisté ou représenté par autrui.
Les incapacités d’exercice visent à protéger l’incapable. Elles concernent par exemple le
mineur non émancipé ou le majeur dont les facultés mentales sont altérées.
- Celui dont la prodigalité est établie. (le prodigue est celui qui dilapide (gaspille) ses biens
dans des dépenses futiles lui portant préjudice)
B) L’incapacité de jouissance
Il y a incapacité de jouissance lorsqu’un individu est privé du droit d’accomplir tel ou tel acte.
L’incapable ne peut pas le faire lui-même ni par l’intermédiaire d’un représentant. Il s’agit
d’une incapacité spéciale, car elle ne porte que sur certains droits.
Exemple : le tuteur n’a pas le droit d’acquérir les biens de son pupille, le mandataire n’a pas
le droit d’acheter les biens de son mandant.
Les autres sont des mesures de protection de l’incapable lui-même. Ainsi, un mineur non
émancipé, incapable d’exercice, peut par l’entremise (l’intermédiaire) de son tuteur passer
des actes valables. Mais il ne peut car il s’agit d’incapacité de jouissance, consentir une
donation par aucun moyen.
Paragraphe 2 : L’objet
L’objet de l’obligation, c’est ce à quoi s’oblige le débiteur vis-à-vis du créancier, ce qu’il doit ;
autrement dit, la prestation promise, c’est-à-dire faire, ne pas faire ou donner.
Cependant, l’objet du contrat peut être défini comme l’opération juridique que les parties
cherchent à réaliser (tel un échange, une vente…).
A) La détermination de l’objet
L’objet doit être déterminé, car un débiteur ne saurait s’engager sans savoir à quoi. Faute de
détermination de l’objet de l’obligation, le créancier ne serait pas à même (capable) de savoir
ce qu’il peut exiger.
La détermination de l’objet est une garantie de sécurité pour les parties et particulièrement
pour le débiteur, en ce qu’elle exclut que l’une des parties prétende tardivement et
unilatéralement, imposer à l’autre une prestation excessive ou insatisfaisante.
Il suffit de considérer la formulation de l’article 2 du DOC qui précise bien que l’objet doit être
certain, et l’article 58 qui nous dit : « la chose qui forme l’objet de l’obligation doit être
déterminée au moins quant à son espèce ».
- Si l’objet est une chose de genre : une chose fongible qui se vend au poids, au compte ou
à la mesure, objet de série interchangeable, l’article 58 précise qu’il faut au moins déterminer
l’espèce de la chose. Par espèce, le code entend le genre auquel la chose appartient : du
riz, du blé, du bois…
Cependant, la détermination de l’espèce doit être complétée par deux autres indications à
savoir la qualité et la quantité.
B) L’existence de l’objet
Selon l’article 2 du DOC, la validité d’un contrat requiert l’existence d’un objet certain qui
forme la matière de l’engagement. Cette exigence n’a donné lieu qu’à un nombre
relativement réduit d’annulation, car l’absence d’objet est en général suffisamment évidente
pour écarter la conclusion du contrat.
Le contrat est cependant annulable sur le fondement de l’article 2 du DOC, dès l’instant que
la chose qui fait l’objet de la prestation est inexistante ou que l’exécution de l’obligation est
impossible.
Cependant, on doit se garder de confondre l’absence d’objet avec le cas où l’objet consiste
en une chose future ; car une chose future peut être l’objet d’une obligation valable, comme
le précise l’article 61 du DOC : « l’obligation peut avoir pour objet une chose future et
incertaine, sauf les exceptions établies par la loi… ». Cet article répond à un besoin certain
de la vie commerciale qui a tendance à multiplier les ventes dans lesquelles, le vendeur
s’oblige à fabriquer et à livrer dans un délai convenu.
Autrement dit, l’impossibilité autorisant la nullité du contrat pour absence de l’objet doit
s’entendre de l’impossibilité contemporaine de la conclusion du contrat et non d’un cas de
force majeure rendant son exécution impossible postérieurement à sa formation.
L’article 57 du DOC précise que : « les choses, les faits et les droits incorporels qui sont
dans le commerce peuvent seuls former objet d’obligation… »
Lorsque l’objet du contrat porte sur une chose hors de commerce, ce contrat sera frappé
d’une nullité absolue, pour illicéité de l’objet. Parmi les choses qui sont hors du commerce,
nous pouvons citer les choses dangereuses comme la drogue ou les substances polluées.
Mais le mot chose est entendu largement ; il s’agit aussi de droits ou d’intérêts dont la
négociation porte atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Ainsi, l’ordre public justifie l’annulation de conventions portant atteinte aux droits
élémentaires de la personne (ex : engagement perpétuel ou esclavage); et à l’intégrité du
corps humain (ex : prélèvement d’organes).
Signalons également que d’autres conventions portent atteinte aux bonnes mœurs, comme
les gains jugés immoraux (ex : prostitution) ou l’engagement de commettre un vol ou un
meurtre.
Paragraphe 3 : La cause
L’article 2 du DOC exige « une cause certaine de s’obliger », et l’article 62 du DOC précise
que « l’obligation sans cause ou fondée sur une cause illicite est non avenue ».
A) La notion de la cause
Le mot cause évoque la raison, la motivation, que l’on a eu de contracter, le but que l’on a
poursuivi en le faisant.
La conclusion d’un contrat ne saurait être déterminée par une seule raison commandée par
la poursuite d’un seul but ; et on peut d’ors et déjà dire qu’il y a toujours une raison proche
(causa proxima) et des raisons plus lointaines.
B) L’existence de la cause
La théorie classique consiste à définir la cause comme étant le but en vue duquel les parties
ont contracté. Il s’agit d’un but spécifique, qui est toujours le même pour un type donné de
contrat. La cause est objective et s’oppose aux motifs qui sont au contraire individuels,
différents d’un contractant à un autre. C’est bien la distinction de la raison proche et des
raisons lointaines.
Si par exemple au moment de la vente, la chose vendue était périe (expirée) en totalité, la
vente serait nulle, dans ce cas l’obligation du vendeur est sans objet et celle de l’acheteur
est sans cause.
C) La licéité
D) La preuve
Le plus souvent, le titre qui constate l’obligation du débiteur en indique en même temps la
cause. Ainsi, dans un acte de vente, la cause de l’obligation de l’acheteur résulte de la
mention de la chose vendue.
Dans un acte de prêt, le billet qui le constate mentionne le versement des espèces. La cause
est alors établie par la seule production du titre.
Si le débiteur soutient que la cause est absente parce que la chose, objet de l’obligation du
vendeur n’existe pas ou parce que les deniers n’ont pas été remis, il lui appartiendra de le
démontrer. Mais il se peut que le titre qui constate l’obligation n’en indique pas la cause.
Classiquement, le contrat est présenté comme le produit de la rencontre d’une offre et d’une
acceptation. Une personne, le pollicitant émet une offre de contracter qui est acceptée par le
destinataire de celle-ci. En réalisant l’accord des volontés, l’acceptation donne naissance au
contrat.
Autrement dit, la manifestation des consentements des parties est réalisée par une offre de
contrat, faite à l’autre partie qui l’accepte et c’est donc la rencontre de l’offre et de
l’acceptation qui constitue la conclusion du contrat.
1- L’offre :
L’offre ou pollicitation est une manifestation de volonté unilatérale par laquelle une personne
fait connaitre son intention de contracter et les conditions essentielles du contrat.
L’acceptation de ces conditions par le destinataire de l’offre formera le contrat.
L’offre doit être précise, ferme et dépourvue d’équivoque afin d’exprimer un véritable
engagement.
2- L’acceptation :
En effet, la formation du contrat suppose qu’il y a eu accord des parties sur toutes les
conditions du contrat et particulièrement sur les éléments essentiels du contrat, comme
l’objet et le prix de la vente.
- Elle est expresse : lorsqu’elle résulte d’un acte qui a été spécialement accompli par le
destinataire de l’offre en vue de porter son accord à la connaissance de l’auteur de l’offre.
L’acceptation se traduit le plus souvent par un écrit, une parole ou par un simple geste.
- Elle est tacite : lorsqu’elle résulte d’un comportement d’où l’on peut raisonnablement induire
la volonté de contracter. Tel est le cas du destinataire d’une offre qui exécute le contrat qui
lui a été proposé.
Cependant, qu’en est-il du silence de l’acceptant ? Peut-on qualifier le silence comme une
acceptation tacite ?
La réponse est claire en droit : en principe, le silence ne vaut pas acceptation. Cela
s’explique par le fait que la liberté contractuelle suppose qu’on est libre de répondre ou de ne
pas répondre lorsqu’on reçoit une offre de contrat.
Mais ce principe comporte des exceptions, comme cela est prévu par l’article 25 du DOC qui
précise que « …l’absence de réponse vaut…consentement lorsque la proposition se
rapporte à des relations d’affaires déjà entamées entre les parties ». De même, les articles
340 et 343 du DOC indiquent que « …la remise de l’obligation a effet tant qu’elle n’a pas été
expressément refusée par le débiteur ».
B) La protection du consentement
L’article 39 du DOC précise que : « est annulable le consentement donné par erreur, surpris
par dol, ou extorqué par violence ».
1- L’erreur :
L’erreur se définit comme une fausse représentation de la réalité, c’est-à-dire qu’il y a erreur
lorsque l’un des contractants pense qu’une chose existe alors qu’elle n’existe pas ou
réciproquement.
L’erreur au sens stricte concerne l’hypothèse où l’une des parties s’est trompée d’une façon
spontanée. Les articles 40 à 45 du DOC réglementent cette matière.
L’idée générale, c’est que seules les erreurs les plus graves sont sanctionnées par la loi,
d’où deux catégories d’erreurs.
a) L’erreur obstacle :
C’est une erreur tellement grave que les parties ne se sont pas mis d’accord du tout.
La loi distingue deux cas d’erreurs dite nullité à savoir l’erreur sur la substance et l’erreur sur
la personne.
Elle est prévue par l’article 41 du DOC. La qualité qui peut déterminer le consentement et qui
justifie l’annulation du contrat lorsqu’elle fait l’objet d’une représentation erronée varie
considérablement selon les contrats et les circonstances.
Ce qui compte, c’est que l’erreur porte sur une qualité déterminante : dès lors, il importe peu
de savoir s’il s’agit d’une erreur de fait ou d’une erreur de droit.
L’ignorance d’une règle de droit comme la fausse représentation d’un élément de fait peut
justifier l’annulation du contrat pourvu qu’elle ait déterminé le consentement.
Certes, on a pu soutenir le contraire en invoquant le principe selon lequel « nul n’est censé
ignorer la loi ». Ce principe est propre au droit pénal et signifie qu’on ne peut invoquer son
ignorance pour échapper à l’application de la loi. Or, celui qui demande l’annulation du
contrat pour erreur de droit, ne cherche pas à éluder (éviter) la loi, mais prétend seulement
avoir donné son consentement dans l’ignorance de la loi. Il en est ainsi de la personne qui
achète un terrain pour y construire et qui découvre que les règles de l’urbanisme y
interdisent toute construction.
- Il faut que l’erreur de droit ait été « …la cause unique ou principale ».
L’article 42 du DOC le texte précise que : « l’erreur portant sur la personne de l’une des
parties ou sur sa qualité ne donne pas ouverture à résolution, sauf le cas où la personne ou
sa qualité ont été l’une des causes déterminantes du consentement donné par l’autre partie
».
Quelque soit l’erreur (sur l’objet du contrat ou sur la qualité de la personne), le juge devra
pour se prononcer sur le caractère déterminant ou non de l’erreur, prendre en considération
la situation concrète de celui qui invoque l’erreur et les circonstances du contrat. (article 44
du DOC).
Toutefois, pour justifier l’annulation du contrat, l’erreur doit revêtir une certaine gravité, mais
aussi réunir des conditions tenant à l’équité. Ainsi, même lorsqu’il est établit que l’erreur a
déterminé le consentement, le juge hésitera à prononcer l’annulation dans deux hypothèses :
2- Le dol :
Le dol est un vice de consentement et consiste dans les manœuvres déloyales, par
lesquelles, une partie obtient le consentement de l’autre en la trompant. (articles 52 et 53 du
DOC).
a) Notion du dol :
Le dol suppose la faute intentionnelle. Il n’y a pas de dol sans l’intention d’induire en erreur
et de tromper. Mais cet élément psychologique ne suffit pas, il faut qu’il se concrétise par un
élément matériel.
- Il peut se concrétiser dans des manœuvres, c'est-à-dire une mise en scène organisée,
prévue et destinée à tromper l’autre partie, comme faire croire à des qualités qui n’existent
pas dans une marchandise.
- L’intention d’induire en erreur peut aussi se réaliser par le moyen de mensonge (fausse
pièce, faut titre).
A ce propos, il faut remarquer que l’article 52 du DOC ne parle pas de mensonge, d’où la
question qui se pose : le mensonge constitue-t-il un dol ?
La réponse est très nuancée. Dans l’ensemble, le mensonge ne constitue pas toujours un
dol. Ce n’est pas un dol, le fait de vanter ses marchandises est une pratique tolérée. Pour les
autres mensonges, c’est le juge qui appréciera s’il y a dol ou pas. Pratiquement, il adoptera
le critère suivant : le mensonge constitue un dol lorsqu’il a un rôle déterminant, lorsque c’est
ce mensonge qui a incité l’autre partie à conclure.
On peut dire que le mensonge constitutif du dol se situe entre le menu mensonge que la
société accepte ou tolère et le trop gros mensonge, qui, parce qu’il est invraisemblable et
grotesque, ne doit pas induire en erreur.
- Et enfin, l’intention de tromper peut consister en une simple réticence. La réticence est un
fait négatif, une abstention, le fait de ne pas parler, de garder le silence, de ne pas informer
son cocontractant sur certains éléments du contrat. Il y a réticence constitutive de dol
lorsqu’une partie ne révèle pas à l’autre partie des informations que cette dernière avait
intérêt à connaitre et qu’elle ne pouvait connaitre par elle- même.
Selon l’article 52 du DOC, le dol doit émaner du cocontractant de son représentant ou d’un
tiers complice. L’article va encore plus loin et considère que le dol commis par un tiers peut
justifier l’annulation lorsque la partie qui en profite en a connaissance.
Le cocontractant qui en profite de cette intervention et ne fait rien pour rétablir la vérité et
pour démentir se rend complice de la déloyauté et mérite d’être privé du bénéfice du contrat.
En revanche, si celui qui profite du dol d’un tiers n’en a pas connaissance, le contrat ne sera
pas annulé mais l’auteur du dol peut être poursuivi en dommages et intérêts.
L’article 52 parle de rescision (nullité relative). Pour justifier la rescision du contrat, il faut que
le dol ait déterminé le consentement. Ce dol déterminant est appelé dol principal par
opposition au dol incident, sans lequel le contrat aurait été conclu d’autre façon. Le dol
incident n’est pas une cause de nullité mais donne droit à des dommages et intérêts.
Selon l’article 53 du DOC : « le dol qui porte sur les accessoires de l’obligation et qui ne l’a
pas déterminée ne peut donner lieu qu’à des dommages et intérêts ».
3- La violence :
- La violence doit être déterminante : elle doit avoir amené l’autre partie à contracter par le
moyen de la contrainte d’ordre physique et d’ordre moral, c'est-à-dire la crainte d’exposer sa
personne, son honneur ou ses biens à un préjudice.
- La violence doit être illégitime : dans le sens où la contrainte est exercée sans l’autorité de
la loi. Toutefois, l’article 51 précise que : « la crainte révérencielle (mélange de crainte et de
respect) ne donne pas ouverture à rescision, à moins que des menaces graves ou des voies
de fait se soient ajoutées à cette crainte révérencielle ». Il s’agit du mélange de crainte et de
respect qu’inspirent les parents et autres ascendants.
Dans le même ordre d’idées, l’article 48 du DOC précise que « la crainte inspirée par la
menace d’exercer des poursuites ou d’autres voies de droit ne peut donner ouverture à la
rescision que si on a abusé de la position de la partie menacée pour lui extorquer (retirer)
des avantages excessifs ou indus, à moins que ces menaces ne soient accompagnées de
faits constituant une violence…».
En effet, chacun peut utiliser normalement ses droits et a le droit d’user de contrainte pour
obtenir ce qui lui est du. Mais le créancier qui détourne le droit de son but commet un abus
de droit, si profitant de cette situation, il tente d’obtenir une promesse sans rapport ou même
seulement hors de proportion avec l’engagement primitif.
Et enfin, la violence peut émaner soit du cocontractant, soit d’un tiers, même si celui qui en
profite n’en a pas connaissance.
L’essentiel à retenir c’est que le consentement de la victime a été vicié quelque soit l’auteur
de la violence vice de consentement.
L’article 54 du DOC traite un vice particulier affectant aussi la validité du contrat. En effet, cet
article précise les cas de rescision fondés sur l’état de la maladie et autres cas analogues
qui sont abandonnés à l’appréciation du juge.
5- La lésion :
La lésion peut être définie comme le préjudice matériel résultant pour l’une des parties d’une
inégalité de valeur entre les prestations. Un contrat lésionnaire est considéré comme un
contrat injuste pour l’une des parties en ce sens qu’elle n’en retire pas les avantages
correspondant à la prestation qu’elle effectue.
- La lésion donne ouverture à rescision lorsque la partie lésée est un incapable même sans
dol.
La nullité ou la rescision se définit comme le fait que l’on considère qu’un acte juridique ou
un contrat n’a jamais existé en raison d’une cause antérieure ou contemporaine de sa
formation.
Autrement dit, lorsque l’une des conditions requises pour la formation d’un contrat n’est pas
remplie, le contrat est nul, soit de nullité absolue, soit de nullité relative.
Cette nullité vise à sanctionner les règles de formation du contrat tendant à protéger l’intérêt
général de la société.
Alors que la nullité relative, appelée rescision par le DOC, sanctionne le défaut de capacité,
les vices du consentement, la lésion et même les cas relatifs à la maladie et les autres cas
analogues (identiques).
La nullité relative sanctionne donc la violation des règles de formation du contrat destinées à
protéger les contractants (les incapables, les victimes d’un vice de consentement, les
victimes d’une lésion) ; autrement dit, cette nullité vise à protéger l’intérêt particulier.
Les effets
Au niveau des effets, dans les deux cas de nullité, les effets sont les mêmes ; il s‘agit de la
destruction partielle ou totale, mais toujours rétroactive.
- Ou bien les parties n’avaient pas encore exécuté, ce contrat ne produira pas d’effet pour
l’avenir.
- Ou bien l’une des parties ou les deux avaient déjà exécuté le contrat, auquel cas, il y aura
restitution réciproque. Cette nullité produira son effet et pour le passé et pour l’avenir. En cas
d’impossibilité de restitution, comme pour les contrats successifs, la nullité ne produira son
effet que pour l’avenir.
Ces deux techniques se ressemblent très largement, mais il existe toutefois quelques
différences :
C’est le fait que la partie victime du défaut des conditions de validité du contrat affirme
vouloir, en dépit de tout, exécuter son engagement.
- La confirmation est impossible lorsque la nullité de plein droit est encourue (risquée).
2- Au niveau de prescription :
- Concernant la nullité de plein droit, le droit d’invoquer cette nullité n’est pas soumis à des
délais particuliers de prescription. Il s’éteint par la prescription de 15 ans conformément au
droit commun.
- Concernant la rescision, l’article 311 du DOC prévoit que l’action en rescision se prescrit
par le délai d’un an et l’article 312 vient différer le point de départ du délai de prescription de
la manière suivante :
- Lorsqu’il s’agit de la violence, le délai ne court qu’à partir du jour où elle a cessé.
- Lorsqu’il s’agit de l’erreur ou du dol, le délai ne court qu’à compter du jour où ils ont été
découverts.
- La nullité de plein droit entraine la destruction rétroactive. Ce qui veut dire que peuvent
invoquer la nullité non seulement les parties, mais encore tous les intéressés et même le
juge, lequel peut soulever d’office la nullité du contrat.
- La rescision ne peut être invoquée que par les parties et plus particulièrement par celui que
la loi a entendu protéger, comme par exemple l’incapable ou la victime de l’erreur. Par
conséquent, le juge ne peut soulever d’office une cause de rescision.
L’article 230 du DOC précise que : « les obligations contractuelles valablement formées
tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites… ».
Ce texte établit un rapprochement suggestif (qui donne l’impression) entre la loi et le contrat,
et fonde le principe de la force obligatoire du contrat qui signifie que le contrat s’impose aux
parties et au juge avec la même force que la loi.
Section 1 : La force obligatoire à l’égard des parties
L’article 228 du DOC dispose : « les obligations n’engagent que ceux qui ont été partis à
l’acte… ».
La qualité de partie s’applique aux personnes qui échangent leur consentement pour
produire les effets de droit qu’elles définissent par leur convention.
La qualification de partie s’applique donc à tous ceux qui, en personne, donnent leur
consentement au contrat, ceux qui matériellement signent l’acte établi pour constater la
convention.
L’ayant cause à titre universel (l’héritier) est celui qui se voit transférer l’ensemble du
patrimoine ou une cote part du patrimoine.
L’ATU est assimilé au défunt, c'est-à-dire que lorsque le défunt était lié par le contrat ou était
créancier à raison d’un contrat, l’héritier sera lié ou deviendra créancier dans les mêmes
conditions.
C’est ce qu’affirme l’article 229 du DOC qui dit : « les obligations ont effet non seulement
entre les parties mais aussi entre les héritiers… ».
Mais ce principe de la substitution appelle des exceptions et des correctifs prévus par le
même article qui ajoute : « …à moins que le contraire ne résulte de la nature de
l’obligation… ». Il s’agit du contrat intuitu personae.
L’article 229 du DOC précise aussi que : « …la transmission à lieu à moins que le contraire
ne résulte de la loi… ». Exemple : les articles 745 et 929 du DOC.
L’article 229 du DOC ajoute que : « …la règle ne joue à moins que le contraire ne soit
exprimé… ».
L’article 229 du DOC précise que : « …en cas de transmission des obligations, les héritiers
ne sont tenus que jusqu’à concurrence des forces héréditaires, et proportionnellement à
l’émolument de chacun d’eux… (les héritiers ne payent que jusqu’à concurrence de ce qu’ils
ont reçu) ».
Cette force obligatoire signifie qu’il y sera éventuellement contraint par l’autorité publique
(juge) qui veille au respect du contrat comme l’observation de la loi.
L’article 230 du DOC stipule que : « les obligations … ne peuvent être révoquées que de leur
consentement mutuel… », cela veut dire que le contractant ne peut rompre unilatéralement
le contrat car il est lié.
Tel est le principe de cette irrévocabilité qui apparait comme un corollaire de la force
obligatoire car ce qui a été créé par la volonté des parties ne peut être détruit que par leur
commune volonté.
La question de la révocation par consentement mutuel est traitée par le DOC sous le titre de
la résiliation volontaire dans les articles 393 à 398 du DOC.
Ainsi, dans les contrats conclus pour une durée illimitée, la faculté de résiliation unilatérale
s’impose en vertu du respect de la liberté individuelle ou encore dans les contrats qui
supposent entre les parties un rapport mutuel de confiance.
L’article 231 du DOC précise que : « tout engagement doit être exécuté de bonne foi et
oblige non seulement à ce qui est exprimé mais encore à toutes les suites que la loi, l’usage
ou l’équité donnent à l’obligation d’après sa nature ».
Interpréter le contrat c’est en déterminer le sens, plus précisément déterminer les obligations
qui l’ont fait naitre. A supposer que les parties soient en désaccord sur ce point, c’est
évidement aux tribunaux qu’ils appartiennent d’en décider, encore faut-il savoir selon quelle
règle ceci doit procéder à cette interprétation ? Quels sont les pouvoirs du juge de fond et la
cour suprême ?
Le droit positif marocain, ne retient pas l’une ou l’autre des ces méthodes à titre exclusif. Il
les combines et de ce fait elles sont complémentaires.
Cependant, à la lecture des articles 2, 21, et 461 du DOC, on constate que notre code
s’inspire davantage de la méthode objective.
Toutefois, le recours à la méthode subjective n’a pas pour autant été écartée. Pour s’en
rendre compte, il suffit de lire l’article 462 qui dit que : « lorsque la rédaction du contrat se
trouve entachée d’obscurité, d’ambigüité ou de contradiction, le juge doit dans ce cas «
rechercher qu’elle a été la volonté des parties sans s’arrêter au sens littéral des termes ou à
la construction des phrases ».
On peut dire que lorsque le contrat est clair et précis, il s’impose au juge dans les termes où
il a été rédigé, et lorsque la rédaction est obscure et ambigüe ou contradictoire, il y a lieu à
interprétation et le juge devra rechercher la volonté réelle des parties.
Afin d’y arriver, sans pour autant dénaturer le contrat, le législateur prévoit certaines
dispositions contenues dans les articles 463, 464 et 465 du DOC. Ces dispositions stipulent
que le juge doit combler les lacunes du contrat par référence aux usages du lieu ou de la
profession et par tout élément qui résulte de la nature de l’acte.
Le principe est que l’interprétation du contrat est une question de fait qui relève de
l’appréciation souveraine des juges de fond.
Cette mission s’explique par le fait qu’il s’agit d’une recherche de la volonté qui est toujours
particulière à tel ou tel espèce alors que l’un des caractères fondamentaux de la règle de
droit est la généralité.
Cette interprétation souveraine par les juges de fond connait certaines limites.
- Dans un premier lieu, la cour suprême se reconnait le pouvoir de censurer la décision des
juges de fond lorsque ceux-ci ont dénaturé une clause claire et précise qui n’en est pas
réellement à interprétation.
Tout contrat dont l’exécution s’échelonne (dure) dans le temps expose les parties à un aléa
(risque) car les obligations ont été fixé en considération des circonstances économiques
contemporaines de l’échange des consentements et que celles-ci se transforment
profondément et les prestations réciproques originairement égales vont se trouver
déséquilibrées.
La prestation pécuniaire devient alors dérisoire (sans importance) par rapport à celle dont
elle forme la contrepartie. C’est le problème de l’imprévision qui divise depuis longtemps la
doctrine en deux courants opposés : un courant favorable à la révision et un autre courant
hostile (défavorable) à la révision pour cause d’imprévision.
- En ce qui concerne le 1er courant, ses défenseurs trouvent injuste et immoral de maintenir
un débiteur dans les liens d’un contrat dont l’exécution est devenue trop onéreuse. Il
s’appuie sur un principe d’équité de justice contractuelle.
- Pour le 2ème courant, lequel est hostile à la théorie de la révision, ses défenseurs estiment
qu’il n‘appartient pas au juge modifier ou de réviser la loi contractuelle et les engagements
contractuels devront donc être exécutés en dépit du changement des circonstances
économiques d’autant plus qu’on ne peut fonder la révision ni sur la lésion ni sur la force
majeure.
Le droit marocain opte pour l’interdiction de la révision du contrat par le juge pour cause
d’imprévision.
Cependant, les parties peuvent inclure dans le contrat des clauses de révision tout en
déterminant les conditions et les modalités de leurs choix qui consistent par exemple : en
cas de réalisation de l’événement de négocier un nouvel accord ou de recourir à un tiers et
en dernier lieu recourir au juge. Ce dernier sera tenu de respecter les termes de la clause de
révision et devra réajuster le contrat conformément aux critères retenus par les parties. Les
parties peuvent également prévoir dans le contrat une clause d’indexation qui permet une
adaptation automatique des obligations aux fluctuations économiques.
Il faut préciser également que le législateur intervient dans certains cas précis, afin
d’organiser la possibilité d’un recours au juge en vue d’adapter le contrat à l’évolution des
conditions économiques.
Section 3 : La simulation
La simulation est le fait de créer une fausse apparence dans la conclusion d’un contrat. Les
parties rédigent souvent un contrat simulé destiné à créer l’apparence de convention
différente, autrement dit, la situation apparente ne correspond pas à la situation réelle.
La gamme des simulations est très variée :
- Des simulations sur la nature du contrat, notamment pour échapper aux règles spéciales
de donation, on distingue une donation d’un bien sous l’apparence mensongère d’une vente
en lui supposant un prix fictif.
- Des simulations sur le montant d’une créance contractuelle, elles sont généralement
dirigées contre le fisc, exemple : pour la vente d’un immeuble, on diminue les droits de
mutation en supposant mensongèrement dans l’acte qu’on a fait enregistrer un prix inférieur
à la vérité (au prix réel). Cette simulation reste souvent occulte (cachée, secrète) et si elle
apparait le fisc réagit sévèrement.
- La simulation peut porter sur l’existence même du contrat, dans l’acte apparent, il s’agirait
même d’une vente qui est en fait fictive quand cela est stipulé dans la contre-lettre.
En principe, les rapports des parties obéissent à leur véritable contrat même si elles le
cachent aux tiers.
A l’acte mensonger rédigé pour créer l’apparence du contrat simulé, les parties joignent
généralement à cet effet un écrit secret indiquant leur véritable convention et appelé contre-
lettre. Grâce à lui, elles peuvent démasquer le mensonge et chacune est en droit de corriger
entre elles l’acte simulé.
On appelle donc contre lettre une convention secrète entre les parties contractantes afin de
rétablir la situation véritable qu’elles ont volontairement indiqué de façon inexacte dans un
acte ostensible (apparent, visible).
La contre-lettre suppose deux conventions contradictoires conclues entre les mêmes parties,
l’une étant entachée de simulation, l’autre rétablissant la vérité. La première était destinée à
être connu des tiers, la seconde devait être tenue secrète.
Cela revient à dire qu’il y a une certaine concertation et un accord des deux parties au
niveau du mensonge et non pas le mensonge de la part d’une seule partie, lequel nous
conduirait vers le dol.
D’un autre côté, la contre-lettre doit être distinguée de la modification conventionnelle d’un
contrat antérieurement conclu.
Dans l’intention des parties, la convention apparente n’a jamais été prise au sérieux, seule la
contre-lettre doit compter. Autrement dit, l’acte secret doit être contemporain de l’acte
apparent, et enfin l’acte apparent ne doit en aucun cas révéler l’accord secret.
En principe, la simulation n’est pas en soi une cause de nullité des contrats.
Les parties sont en principe liées par leur convention, laquelle comprend et l’acte apparent et
la contre-lettre (l’acte secret).
Cependant, il y a des cas où la nullité frappe soit l’acte secret soit la convention toute entière
(acte secret + acte apparent).
En effet, l’acte secret est nul quand il concerne le prix dans les ventes, et cette nullité de la
convention peut entacher la validité de la simulation.
On applique le droit commun des contrats et particulièrement l’article 22 du DOC qui dit : «
les contre-lettres ou autres déclarations écrites n’ont d’effets contre les parties contractantes
et leurs héritiers… ».
En conséquence, c’est la contre-lettre seule qui règle les rapports des parties entre elles
puisque la contre-lettre seule contient l’expression de l’accord de leur volonté.
Il convient de citer l’article 22 du DOC et qui précise à ce propos que : « …les contre- lettres
ne peuvent être opposées aux tiers s’ils n’ont n’en eu connaissance, les ayants cause et les
successeurs à titre particulier sont considérés comme tiers… ».
1- Les créanciers et les ayants cause des parties ont le droit d’invoquer la contre- lettre
lorsque tel est leur intérêt.
Ils écartent alors l’effet de l’acte apparent en traitant leur opposé en démontrant la
simulation.
2- Les créanciers ou ayants cause à titre particulier peuvent aussi, lorsque tel est leur intérêt,
méconnaitre et ignorer la contre-lettre, ainsi les créanciers ou les ayants cause à titre
particulier de l’acheteur apparent invoqueront l’acte ostensible (apparent) pour considérer
leur débiteur ou leur auteur comme étant devenu propriétaire, grâce à quoi les premiers
(créanciers) pourront saisir l’immeuble et les seconds verront valider les droits qui leur ont
été transmis sur ce bien.
Le contrat ne peut nuire ni profiter aux tiers, tel est le principe de la relativité du contrat.
Corollaire du principe de l’autonomie de la volonté : « si les parties peuvent se lier elles-
mêmes par l’accord de leur volonté, elles ne peuvent pas lier ceux qui sont étrangers à cet
accord ».
Ce principe de relativité du contrat appelle une définition précise qui en marque les limites. Il
n’y ait dérogé que de façon exceptionnelle.
Le principe de l’effet relatif des contrats signifie qu’un contrat ne peut créer le droit et
d’obligation qu’au profit et à l’encontre de ceux qui y sont partis pour avoir leur
consentement.
Le contrat crée une sphère d’activité juridique qui ne saurait être étendue aux tiers pour les
rendre créanciers ou débiteurs.
Cependant, pour énoncer le principe de l’effet, la loi oppose expressément les parties et les
tiers.
Les parties sont donc toutes les personnes dont la volonté a été déterminante en vue de la
conclusion du contrat alors que les tiers sont tous les autres.
Les tiers absolus sont des personnes complètement étrangères au contrat et aux
contractants.
Il est certes vrai que selon le principe de l’effet relatif du contrat, le contrat ne profite point
aux tiers et ne leur nuit, mais le texte qui prévoit ce principe ne peut pour autant autoriser les
tiers à méconnaitre ou à ignorer l’existence du contrat.
Cela tient à ce que le contrat est un fait social dont chacun doit tenir compte, c’est ce qui
explique que le principe de l’effet relatif se trouve ainsi complété par un autre principe
général d’opposabilité du contrat aux tiers.
Les tiers doivent respecter le contrat conclu entre les parties. Cela ne veut pas dire que le
tiers doit exécuter le contrat mais ne doit rien faire qui puisse nuire à l’exécution de celui-ci.
Le tiers ne doit intervenir dans le contrat et surtout, ne doit pas être complice dans la
violation d’une obligation contractuelle.
Exemple 1 : Dans un contrat de travail, lorsqu’un salarié est lié à son employeur par un
contrat de travail, les autres employeurs (tiers) doivent respecter ce contrat et ne pas
embaucher ce salarié pendant la durée de son contrat.
S’il propose au salarié de l’embaucher malgré le contrat, il ferait en sorte que le salarié
n’exécute pas son contrat, ce deuxième employeur est complice de cette violation.
Ces divers exemples font nettement apparaître l’opposabilité du contrat aux tiers, ceux-ci se
voient interdire sous peine d’engager leur responsabilité, l’établissement d’un lien de droit
concurrent avec l’une des parties au contrat.
L’opposabilité du contrat aux tiers n’est en principe subordonnée qu’à une condition que le
tiers est en connaissance du contrat générateur de l’obligation violée. Cette connaissance
suffit pour constituer le tiers en faute et engager sa responsabilité selon les principes de la
responsabilité délictuelle, quant à la sanction de cette responsabilité consiste en une
condamnation à des dommages et intérêts au bénéfice du créancier dont le droit a été
méconnu.
Le tiers peut fonder une augmentation sur l’existence d’un contrat auquel il n’a pas été parti.
- Situation 1 : Lorsque le tiers invoque le fait qu’un contrat a transmis un droit, exemple : une
personne achète un objet, or celui qui avait vendu à son vendeur cet objet, estime qu’il en
est toujours propriétaire et invoque donc la nullité de l’achat pour la raison que nul ne peut
transmettre plus de droits qui en a.
- Situation 2 : Le tiers invoque un contrat auquel il ne fait pas partie. Lorsque les héritiers
d’une personne qui a eu un accident au cours d’un contrat de transport, auquel leurs parents
étaient partis pour prouver que le transporteur n’a pas rempli son obligation de sécurité, les
héritiers engagent alors la responsabilité du transporteur à leur égard en invoquant
l’inexécution d’un contrat auquel ils n’ont pas été partis.
Il se définit comme celui qui a reçu un droit ou un bien de l’un des contractants, c’est celui à
qui l’un des contractants a transmis un élément précis de son patrimoine, l’acheteur est
l’ayant cause à titre particulier du vendeur, le donataire c’est l’ayant du donateur.
La question est de savoir si l’ayant cause à titre particulier est tenu des contrats passés à
son auteur, peut-il profiter ou s’offrir des contrats que son auteur a pu conclure auparavant ?
Ce problème de la transmission des droits et des obligations d’un contrat aux ayants cause à
titre particulier d’un contractant ne se pose que lorsque le contrat à un rapport avec le bien
ou le droit cédé.
Exemple 1 : la transmission des baux conclus par le vendeur à l’acheteur de l’immeuble. Ici,
il apparaît que la volonté de l’auteur (vendeur) et de son ayant cause (acheteur) à titre
particulier est précisément de déplacer du premier vers le second les effets du contrat ou
bien lorsqu’il s’agit d’un bien sur lequel était constitué un droit réel.
Exemple 2 : la servitude de passage, car le droit réel concerne la manière d’être de la chose.
Le droit réel portant sur la chose s’incorpore à elle.
A ce propos, l’ayant cause à titre particulier bénéficie des droits et charges de son auteur.
Cela signifie que les droits réels ainsi constitués sont transmis activement et passivement
aux acquéreurs successifs du bien auquel ce droit est attaché.
C’est ainsi que la jurisprudence admet dans certains cas que les créances et les dettes se
transmettent aux ayants cause à titre particulier. Cette transmission est admise plus
largement pour les créances que pour les dettes.
- Lorsque le droit est indissociable de la propriété de la chose, il est transmis avec elle.
Exemple : le contrat d’assurance se poursuit même si on vend la voiture.
Pour les dettes, cette transmission est admise moins facilement pour la jurisprudence.
Exemple : la transmission de l’obligation de non concurrence.
Cependant, dans certains cas, la loi impose à l’ayant cause à titre particulier le respect des
contrats passés par son auteur.
Exemple 1 : en matière de louage des choses, l’acquéreur d’un immeuble loué doit respecter
les baux en cours qui ont acquis date certaine antérieure à l’acquisition.
Les créanciers chirographaires sont ceux qui ne bénéficient pas d’une sureté réelle, n’ayant
pas d’autres droits que celui qui résulte de leur créance elle-même.
Les créanciers chirographaires ne peuvent saisir que les biens qui figurent effectivement
dans le patrimoine de leurs débiteurs, le jour où il pratique une saisie.
Ils subissent donc l’effet des contrats de leurs débiteurs dans la mesure où son patrimoine
s’en trouve enrichi ou appauvri. Dans cette mesure, les dits contrats leurs profitent ou leurs
nuisent.
A ce niveau, on constate que le principe de la relativité du contrat fait défaut puisque selon
ce principe le contrat ne peut nuire ni profiter aux tiers. Or, dans ce cas, le créancier
chirographaire ne peut être considéré comme un tiers puisqu’il subit les fluctuations
(changements) du patrimoine de son débiteur.
Section 2 : Les dérogations au principe de l’effet relatif
L’article 36 du DOC prévoit la possibilité de stipuler pour un tiers sous réserve de ratification,
la promesse de porte-fort se définit comme un contrat par lequel une personne s’engage à
obtenir d’une autre personne un engagement quelconque.
Exemple 1 : un agent immobilier se porte-fort auprès d’un acheteur éventuel que le vendeur
(ou propriétaire) vendra la maison pour tel prix.
Les effets de la promesse diffèrent suivant que le tiers ratifie ou non ce qu’a fait le porte-fort.
Le refus de ratification suppose d’un côté le contrat principal est privé de toute efficacité, et
en cas d’exécution antérieure à la ratification, les prestations accomplies donnent lieu à
répétition = restituer ce qu’on a donné.
D’un autre côté, le porte-fort doit indemniser son cocontractant du préjudice résultant pour
celui-ci de la non ratification.
Cette ratification produit un effet rétroactif et tout se passe comme si c’était le tiers ratifiant
qui avait initialement contracté.
L’article 33 du DOC dispose que : « nul ne peut engager autrui, ni stipuler pour lui… ». Cet
article consacre le principe de la relativité du contrat auquel l’article 34 apporte une
exception en prévoyant que : « néanmoins, on peut stipuler au profit d’un tiers, même
indéterminé, lorsque telle est la cause d’une convention à titre onéreux que l’on fait soi-
même ou d’une libéralité que l’on fait au promettant ».
La stipulation pour autrui est une convention conclue en vue de faire naître une créance au
profit d’un tiers.
Il s’agit d’un contrat par lequel le stipulant obtient du promettant que ce dernier exécute une
prestation au profit d’un tiers.
La stipulation pour autrui est prévue par les articles 34 et 35 et suivants du DOC.
Exemple : l’assurance vie ou sur les marchandises. L’assuré obtient d’une compagnie
d’assurance qu’à son décès, celle-ci versera une somme déterminée au bénéficiaire qui
l’aurait désigné.
A) Les conditions
La stipulation pour autrui doit, pour être valable, réunir les conditions générales de validité du
contrat, et il faut que le tiers appelé à recueillir le bénéfice soit déterminé ou au moins
déterminable le jour où la stipulation produira effet, qu’il soit né ou au moins conçu au jour de
la stipulation.
B) Les effets
La stipulation pour autrui crée des rapports juridiques entre 3 personnes : le stipulant, le
promettant et le tiers bénéficiaire.
Entre eux, il y’a un contrat. Chaque partie est liée et doit exécuter ses obligations
conformément au droit commun. Le stipulant a le droit d’agir soit en résolution soit en
exécution.
Entre eux, il n’y a aucun contrat. Cependant, le tiers a contre le promettant un droit direct
conditionné par le contrat qui en est la source. Il a acquis ce droit dès le jour de la stipulation
et indépendamment de toute acceptation de sa part.
En conséquence, s’il s’agit d’une assurance sur la vie, le capital que lui payera la compagnie
d’assurance au décès du stipulant n’aura jamais fait partie du patrimoine du stipulant, et les
créanciers du stipulant n’ont aucun droit à prétendre sur ce capital.
Autrement dit, le tiers bénéficiaire puise de son droit direct le moyen d’agir en exécution
contre le promettant si celui-ci ne lui verse pas de son plein gré la prestation promise.
D’un autre côté, l’acceptation des tiers bénéficiaires rend l’acceptation irrévocable et opère
rétroactivement.