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Boissons énergisantes : santé et risques

La thèse de Constance Béguerie examine la composition des boissons énergisantes et leurs conséquences sur la santé des consommateurs. Elle aborde les ingrédients principaux tels que la caféine, la taurine et les vitamines B, ainsi que les effets sur différents groupes de personnes, notamment les étudiants et les sportifs. L'étude met en lumière les risques associés à la consommation de ces boissons, en particulier en association avec l'alcool.

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Boissons énergisantes : santé et risques

La thèse de Constance Béguerie examine la composition des boissons énergisantes et leurs conséquences sur la santé des consommateurs. Elle aborde les ingrédients principaux tels que la caféine, la taurine et les vitamines B, ainsi que les effets sur différents groupes de personnes, notamment les étudiants et les sportifs. L'étude met en lumière les risques associés à la consommation de ces boissons, en particulier en association avec l'alcool.

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Boissons dites ”énergisantes” : composition et

conséquences sur la santé des consommateurs


Constance Béguerie

To cite this version:


Constance Béguerie. Boissons dites ”énergisantes” : composition et conséquences sur la santé des
consommateurs. Sciences pharmaceutiques. 2014. �dumas-01061048�

HAL Id: dumas-01061048


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UNIVERSITE DE BORDEAUX
COLLEGE SCIENCES DE LA SANTE
U.F.R DES SCIENCES PHARMACEUTIQUES

Année 2014 Thèse n° 57

Thèse pour l’obtention du

DIPLOME D’ETAT DE DOCTEUR EN PHARMACIE


Présentée et soutenue publiquement
Le 26 juin 2014

Par Constance BÉGUERIE

Née le 09 Juin 1989 à Bayonne

BOISSONS DITES “ÉNERGISANTES”:


COMPOSITION ET CONSÉQUENCES SUR LA SANTÉ
DES CONSOMMATEURS

Directeur de thèse
Madame Catherine CHÈZE

Jury

Madame Catherine CHÈZE Maître de Conférences Président


Monsieur Christophe BULOT PRAG Assesseur
Madame Magali LABADIE Médecin toxicologue Assesseur
Monsieur Jean-Paul AKBARALY Docteur en pharmacie Assesseur

1
REMERCIEMENTS

2
A mes Juges

Madame Catherine CHEZE,


Maître de conférences en pharmacognosie
Je suis très honorée de vous avoir comme directeur et président de Thèse.
Je vous remercie très sincèrement pour le temps que vous m’avez accordé malgré votre
emploi du temps chargé.

Monsieur Christophe BULOT,


PRAG
Je vous remercie de m’avoir orientée sur l’étude effectuée. Votre disponibilité lors de la
correction de cette partie m’aura été très précieuse.

Madame Magali LABADIE,


Médecin toxicologue, Médecin urgentiste.
Je vous remercie de faire partie de mon jury. Ces trois mois passés au Centre Antipoison
ont été très enrichissants. Votre enseignement me sera d’une grande utilité dans mon
futur métier.

Monsieur Jean‐Paul AKBARALY,


Docteur en pharmacie
Je vous remercie pour ces 6 mois de stage passés dans votre officine. Vos qualités
humaines et professionnelles m’auront beaucoup apporté.

3
A mes proches,

A mes parents, qui m’ont permis d’arriver là où je suis aujourd’hui.


Merci pour toutes les concessions que vous avez faites pour moi, je vous en serai
éternellement reconnaissante.

A ma sœur, mon frère et mon beau‐frère, Caroline, Edouard et Tony qui m’ont
supporté pendant les périodes d’examens durant ces 6 années.
Merci Caro pour tes conseils durant ces années.
Merci Doudou de m’avoir supporté. Promis, maintenant, les baguettes de ta batterie ne
seront plus confisquées pendant que je révise !
Merci Tony pour tes conseils précieux en informatique.

A mes Grands‐Parents, Ketty et Patxi : Merci pour les connaissances que vous m’avez
apportées jusqu’à présent et que vous m’apporterez encore.
Merci à Amy et Attia qui, j’en suis sûre, me surveillent de là‐haut.

A toi, Simon, qui m’a soutenu tout au long de cette thèse.


Cette fameuse course à pied fait partie des meilleurs choix que j’ai pu faire dans ma vie.
Tu as su être patient et me canaliser comme personne dans les moments difficiles.
Merci d’accepter de me suivre à l’autre bout du monde, maintenant de nouvelles
aventures nous attendent !

A mes amies d’enfance, Amandine, Hortense, Laetitia, Marie‐Ines et Rachel.


Merci d’avoir toujours été là pour moi.
Je suis fière que notre amitié perdure depuis les années Collège‐Lycée malgré les
distances qui nous séparent.
Même si la vie active commence pour chacune d’entre nous, les 400 coups sont loin
d’être terminés !

4
A mes amis de promo, Alexia, Alice, Anne‐so, Biza, Chungy, Damien, Dum’s, Emma,
Hugo, Jordi, Julie, Julien, Laura, Manon, Margaux, Mathieu, Mathilde, Oihana, Quentin.
Sans vous mes années pharma n’auraient pas été aussi fabuleuses.
Merci d’avoir partagé avec moi tous ces moments que je n’oublierai jamais : les
nombreuses soirées, les heures passées à la BU et au RU, les WEP avec nos déguisements
improbables, les périodes de stress avant les exams ….
Une page se tourne mais je suis sûre de vous retrouver à la suivante !
Maintenant, je vous passe le relais, à votre tour de dire « J’peux pas je fais ma thèse » !

A Nicolas BURGUETE, merci cousin d’avoir pris du temps pour relire cette thèse.
Comme tu dis, la langue française n’est pas le point fort des scientifiques !

A Jean MENDIBOURE, je tiens à te remercier très sincèrement pour l’aide que tu m’as
apportée et le temps que tu m’as consacré.

A Léa BOURSE, merci pour les conseils que tu m’as donnés concernant la méthode de
travail. Ils m’ont été d’une grande aide pour bien démarrer cette thèse.

5
SOMMAIRE

6
PARTIE I : COMPOSITION

I. La caféine.................................................................................................................................. 17
A. Propriétés physico‐chimiques ................................................................................................... 18
B. Pharmacocinétique de la caféine .............................................................................................. 18
1. Absorption ....................................................................................................................................................... 18
2. Demi‐vie ............................................................................................................................................................ 19
3. Métabolisme .................................................................................................................................................... 19
4. Distribution ..................................................................................................................................................... 20
5. Elimination ...................................................................................................................................................... 20
C. Pharmacologie de la caféine ....................................................................................................... 20
D. Physiologie ....................................................................................................................................... 21
E. Toxicologie ....................................................................................................................................... 23

II. La taurine ................................................................................................................................. 25


A. Généralités ....................................................................................................................................... 25
B. Structure chimique ........................................................................................................................ 25
C. Sources ............................................................................................................................................... 26
D. Physiologie ....................................................................................................................................... 26
E. Pharmacocinétique ........................................................................................................................ 28
1. Absorption ....................................................................................................................................................... 28
2. Distribution et transport ........................................................................................................................... 28
3. Métabolisme: .................................................................................................................................................. 28
4. Elimination ...................................................................................................................................................... 30
F. Toxicité/Effets indésirables ........................................................................................................ 30
G. Le rôle de la taurine dans les pathologies ............................................................................. 30

III. Les vitamines B....................................................................................................................... 32


A. Historique ......................................................................................................................................... 32
B. Généralités ....................................................................................................................................... 32
C. Sources ............................................................................................................................................... 33
D. Les différentes vitamines retrouvées dans les boissons dites « énergisantes »...... 33

IV. La D‐glucuronolactone......................................................................................................... 40
A. Propriétés physiques et chimiques.......................................................................................... 40
B. Sources et besoins .......................................................................................................................... 40

7
C. Pharmacocinétique ........................................................................................................................ 41
D. Rôle du D‐glucuronolactone ....................................................................................................... 41
E. Toxicité .............................................................................................................................................. 41

V. Le Ginseng ................................................................................................................................ 42
A. Historique ......................................................................................................................................... 42
B. Description ....................................................................................................................................... 43
C. Composition chimique .................................................................................................................. 43
1. Les saponosides ............................................................................................................................................. 44
2. Autres constituants ...................................................................................................................................... 45
D. Physiologie ....................................................................................................................................... 45
E. Pharmacocinétique ........................................................................................................................ 46
F. Toxicité/Effets indésirables ........................................................................................................ 46
G. Contre‐indication : ......................................................................................................................... 46
H. Indications ....................................................................................................................................... 46

VI. Le Guarana ............................................................................................................................... 47


A. Caractéristiques.............................................................................................................................. 48
B. Composition chimique ................................................................................................................. 49
C. Les effets du Guarana .................................................................................................................... 49
D. Toxicité .............................................................................................................................................. 50

PARTIE II : CONSEQUENCES SUR LA SANTE DES CONSOMMATEURS

I. Généralités sur les boissons dites « énergisantes » ................................................... 53


A. Composition ..................................................................................................................................... 53
1. Constituants présents dans les boissons dites “énergisantes” en France ............................ 53
2. Comparaison de la teneur en caféine de différents aliments et boissons ............................ 54
3. Doses nocives ................................................................................................................................................. 56
4. Comparaison avec les médicaments OTC ........................................................................................... 58
B. Les différents groupes de personnes touchées .................................................................... 59
1. Effets des boissons dites « énergisantes » sur les personnes saines..................................... 59
2. Effets des boissons dites « énergisantes » sur les personnes à risques ............................... 66

II. Boissons dites « énergisantes » et les étudiants ........................................................ 70


A. Motivations de la consommation de boissons dites « énergisantes » ......................... 70
B. Les boissons dites « énergisantes » et l’alcool ..................................................................... 71
1. Etudes réalisées ............................................................................................................................................. 71

8
2. Caféine et alcool............................................................................................................................................. 75
3. Taurine et alcool : ......................................................................................................................................... 76
4. Autres constituants et éthanol ................................................................................................................ 77

III. Boissons dites « énergisantes » et le sport .................................................................. 78


A. Efficacité des boissons dites « énergisantes » sur les performances physiques ..... 78
B. Effets des constituants des boissons dites « énergisantes » chez les sportifs .......... 80
1. Caféine ............................................................................................................................................................... 80
2. Sucre ................................................................................................................................................................... 80
3. Autres constituants ...................................................................................................................................... 81
C. Différence entre boissons dites « énergisantes » / boissons pour sportifs ................ 81

PARTIE III: ETUDE

I. Population concernée par l’étude .................................................................................... 86


A. Répartition du sexe des consommateurs ............................................................................... 86
B. Analyse de l’âge des consommateurs ...................................................................................... 86
1. Dans l’ensemble............................................................................................................................................. 86
2. Par tranche d’âge .......................................................................................................................................... 87

II. Quantité .................................................................................................................................... 87

III. Répartition géographique de l’étude .............................................................................. 88

IV. Evaluation de la quantité des différentes marques de boissons dites


"énergisantes" utilisées par les consommateurs .............................................................. 91

V. Répartition des cas par symptôme .................................................................................. 94

VI. Distribution des scores d’imputabilité en fonction des symptômes.................... 95


A. Imputabilité dans l’ensemble .................................................................................................... 95
B. Imputabilité en fonction de symptômes: ............................................................................... 97

[Link] des circonstances d’utilisation des boissons dites « énergisantes » en


consommation aigue ................................................................................................................... 98

VII. Comparaison des symptômes en fonction du volume de boissons dites


« énergisantes » ingérées seules ........................................................................................... 101

9
TABLE DES FIGURES

Figure 1 : Structure chimique de la caféine


Figure 2 : Structure chimique de la taurine
Figure 3 : Schéma du métabolisme de la taurine
Figure 4 : Structure chimique du D‐glucuronolactone
Figure 5 : Dessin des feuilles, baies et racine du Panax Ginseng PA Mayer
Figure 6 : Caractéristiques du Paullinia Cupana
Figure 7 : Photographie du Paullinia Cupana
Figure 8 : Effet inotrope positif de la caféine sur une cellule musculaire cardiaque
Figure 9 : Effet chronotrope positif de la caféine sur une cellule sinusale cardiaque
Figure 10 : Schéma représentant le métabolisme de l’éthanol
Figure 11 : Carte de France représentant les régions les plus touchées
Figure 12 : Répartition des cas par symptôme
Figure 13: Distribution des scores d’imputabilité intrinsèque

10
TABLE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Les effets physiologiques de la caféine

Tableau 2 : Signes toxiques engendrés par la caféine

Tableau 3 : Actions physiologiques de la taurine

Tableau 4 : Les différentes vitamines retrouvées dans les boissons dites


« énergisantes»

Tableau 5 : Constitution des hétérosides

Tableau 6 : Actions physiologiques du Ginseng

Tableau 7 : Les différents effets du Guarana

Tableau 8 : Teneur en caféine, taurine, glucuronolactone dans les boissons dites


« énergisantes » en contenant

Tableau 9 : Comparaison de la teneur en caféine de différents aliments et boissons

Tableau 10 : Résumé des évaluations de l’innocuité des ingrédients composant une


boisson dite énergisante typique

Tableau 11 : Comparaison des constituants des médicaments OTC par rapport aux
boissons dites « énergisantes »

Tableau 12 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » au niveau
cardiaque

Tableau 13 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » au niveau
du système nerveux

Tableau 14 : Limites recommandées de l’apport quotidien en caféine chez les jeunes

11
Tableau 15 : Etudes analysant les effets du mélange boisson dite « énergisante »
/éthanol

Tableau 16 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » sur les
performances physiques

Tableau 17 : Comparaison boisson dite « énergisante » / boisson énergétique

Tableau 18 : Répartition du sexe des consommateurs durant l’enquête

Tableau 19 : Evolution de l’âge des consommateurs

Tableau 20 : Evaluation des tranches d’âge des consommateurs

Tableau 21 : Evaluation de la quantité du volume ingéré de façon aiguë et chronique

Tableau 22 : Nombre de cas d’exposition en fonction des régions

Tableau 23 : Différentes marques de boissons dites « énergisantes » utilisées par les


consommateurs entre 2009 et 2012

Tableau 24 : Imputabilité des boissons dites « énergisantes » sur les symptômes


recensés

Tableau 25 : Analyse des circonstances d’utilisation des BDE en consommation aiguë


en association ou non avec d’autres produits

Tableau 26 : Evolution des signes cardiaques en fonction du volume de boisson dites


« énergisante » ingéré

Tableau 27 : Evolution des signes digestifs en fonction du volume de boisson dites


« énergisante » ingéré

Tableau 28 : Evolution des signes du système nerveux en fonction du volume de


boissons dites « énergisantes » ingéré

12
INTRODUCTION

13
Le terme « boisson énergisante » désigne « tout produit se présentant sous la
forme d’une boisson ou d’un concentré liquide et qui prétend contenir un mélange
d’ingrédients ayant la propriété de rehausser les niveaux d’énergie et de vivacité,
excluant les boissons pour sportifs(1) ».
L’industrie concernée a choisi ce terme pour soutenir ses procédés de marketing et
mettre en avant les propriétés stimulantes de ces boissons. Ne se référant à aucune
définition règlementaire, nous parlons de boissons dites « énergisantes(2) » (BDE).

La première boisson dite « énergisante » fut créée en Autriche en 1987(3) par


Dietrich Mateschitz qui s’inspira d’une boisson thaïlandaise découverte lors d’un voyage
en Asie(4). Elle arrive aux Etats‐Unis en 1997 déclenchant une forte croissance de sa
commercialisation. Ceci a entraîné :
‐ 200 nouvelles marques lancées aux États‐Unis en 12 mois
‐ Une valeur de marché pour les EU de 5,4 milliards de dollars en 2006
‐ Des mélanges contenant à la fois caféine et alcool.

Cependant, la Thaïlande reste le pays le plus consommateur au monde. Après de


nombreuses années d’interdictions, elles arrivent en France en Avril 2008 sans taurine,
ni glucuronolactone. Le 15 juillet 2008, la composition originale est acceptée(5).
Il est constaté, depuis, une consommation croissante de ces boissons, en
particulier chez les jeunes. En effet, les stratégies marketing relativement agressives
incitent particulièrement cette population à les consommer au cours d’un exercice
physique ou en association avec l’alcool. Il est cependant difficile d’établir une
réglementation, car l’utilisation de thé et de café dans l’alimentation est fortement
répandue(6).
Aujourd’hui, l’ANSES recense une centaine de BDE sur le marché français(7).
Dans l’ensemble, leurs compositions sont relativement hétérogènes, mais elles
possèdent majoritairement une dose importante de caféine. Nous nous sommes donc
intéressée à ces boissons dites « énergisantes ».
Dans une première partie, nous aborderons le contenu précis de ces boissons et
nous évaluerons si la quantité des composants utilisés présente ou non un danger pour
les consommateurs. Le contexte dans lesquelles sont utilisées ces boissons ne devra pas
être négligé et le risque éventuel pour la santé devra être évalué. Aussi dans la deuxième

14
partie, nous essaierons de déterminer les personnes les plus concernées et les
risques encourus au vu des apports nutritionnels de ces boissons. Enfin, une analyse sur
le rapport du comité de coordination de toxicovigilance a été effectuée dans le but
d’illustrer ces deux premières parties.

15
PARTIE I

16
Afin de bien comprendre les effets sur la santé de ces boissons dites
« énergisantes », nous allons dans un premier temps détailler les principaux
constituants qu’elles peuvent contenir.
Il s’agit d’un mélange de différents composés excitants organiques tels que la
caféine, la taurine, les vitamines B et les dérivés sucrés comme la glucuronolactone, mais
qui implique aussi des plantes tels que le Paullinia et le Ginseng.
Les proportions qualitatives et quantitatives de ces composants varient d’une
boisson dite « énergisante » à l’autre, bien que la caféine, la taurine et les vitamines B
soient retrouvées de manière courante.
Nous détaillerons, entre autres, leurs caractéristiques, leurs pharmacocinétiques,
les effets sur la santé et bien sûr l’innocuité et/ou la toxicité de chacun.

I. La caféine

La caféine (1,3,7‐triméthylxanthine ) est une base purique retrouvée dans les


feuilles de thé (Camelia sinensis Kuntze), les graines de café (Coffea sp.), le cacao
(Theobroma cacao L.), les noix de cola (Cola acuminata Schott et Endl), ainsi que dans
bien d’autres plantes(8).
Sa réputation est d’offrir une protection aux plantes en agissant comme un agent
antiherbivore et allélopathique. Elle peut être artificiellement synthétisée en laboratoire.
Il s’agit d’un stimulant du système nerveux central qui réduit la somnolence et
augmente la vigilance(9).
La caféine constitue la substance psychoactive la plus fréquemment utilisée dans
le monde : elle est retrouvée dans les boissons courantes (café, thé, boissons gazeuses)
ainsi que dans les produits à base de cacao, chocolat, les médicaments OTC (Over The
Counter) stimulants ou traitant les maux de tête(10), et les produits
d’amaigrissement(11).
D’après l’ANSES, la consommation spontanée dans la Communauté Européenne et les
Etats‐Unis de caféine se situe aux alentours de 200 mg/ jour(12).

17
A. Propriétés physico‐chimiques

La caféine (1,3,7‐triméthyxanthine), la théophylline (3,7‐diméthylxanthine) et


la théobromine (1,3‐diméthylxanthine) sont des méthylxanthines.(Figure 1)

Figure 1 : Structure chimique de la caféine

Elle se présente comme un solide inodore, blanc ayant la forme d'aiguilles ou de


poudre. Son goût est amer et présente une masse molaire de 194.19 g / mol. En raison
de sa polarité modérée, sa solubilité est faible dans l'eau(13).

B. Pharmacocinétique de la caféine
1. Absorption

La caféine est très rapidement absorbée par le tube digestif. En effet, 20 minutes
suffisent pour qu’elle soit résorbée au niveau du tractus gastro‐intestinal(11).
Il faut savoir que la caféine issue du café est plus rapidement absorbée que la
caféine contenue dans les boissons froides.
Il y a trois explications possibles à ce phénomène:
‐ La basse température de la boisson peut diminuer le débit sanguin dans
l’intestin.
‐ La présence d’acide phosphorique dans les boissons froides peut diminuer la
vidange gastrique.

18
‐ Le sucre présent dans les boissons froides peut inhiber la vidange gastrique et
retarder l’absorption(14).

2. Demi‐vie

Elle varie entre 3 et 7h et peut être influencée par de nombreux facteurs tels que
le sexe, l'âge, l'utilisation de contraceptifs oraux, la grossesse et le tabagisme.

En effet :
• Chez les femmes qui utilisent des stéroïdes contraceptifs oraux, la demi‐vie est
environ le double de celle observée chez les femmes qui ne prennent pas de
contraceptifs oraux.
• Pendant la grossesse, la demi‐vie passe de 4 h pendant le premier trimestre à
18 h au cours du troisième trimestre(10).
• Le tabagisme : elle est réduite de 30 à 50 % chez les fumeurs par rapport aux
non‐fumeurs.

La concentration maximale est atteinte au bout de 15 à 20 minutes après


ingestion per os(14).

3. Métabolisme

La caféine est rapidement métabolisée par le foie. Il s’agit d’un processus


complexe établit grâce au cytochrome P450 réductase. Cette enzyme joue également un
rôle dans l’élimination de médicaments ayant une action psychotrope, à savoir les
antidépresseurs, les antipsychotiques, les anxiolytiques… : la caféine entre donc en
compétition avec la voie d’élimination de ces médicaments(12).
Au moins 2 % du composé ingéré sera récupérable dans l’urine sous forme non
métabolisée(11)(15).
Chez les adultes, la caféine est quasiment métabolisée en 1 ‐ methylxanthine et en
intermédiaire du acide 1‐méthylurique du para‐xanthine : seulement 1 à 5% de la
caféine ingérée est récupérée inchangée dans les urines. Les nourrissons, jusqu'à l'âge
de 8‐9 mois, ont une capacité très réduite à métaboliser la caféine, cependant environ
85% de la caféine administrée reste inchangée dans les urines(10).

19
4. Distribution

La caféine passe à travers :


• la barrière hémato‐encéphalique.
• le placenta dans le liquide amniotique et le fœtus.
• le lait maternel.

Elle peut aussi être détectée dans le sperme(15).

5. Elimination

La caféine est excrétée dans les urines avec seulement 2‐3% de formes
inchangées.
Cependant, certains métabolites primaires tels que la théobromine et la
théophylline ont des demi‐vies plus longues(14).

C. Pharmacologie de la caféine

La caféine est un antagoniste des récepteurs à l’adénosine A1 et A2. A des doses


moyennes et lors d’une consommation régulière de caféine chez l'homme, celle‐ci
présente une affinité égale pour les récepteurs A1 et A2A. Lors d’administration aiguë, la
caféine est dominante sur les récepteurs A1.
La consommation de caféine chronique provoque dans un premier temps des
effets sur les récepteurs A1, sur lesquels elle devient ensuite négligeable, puis possède
des effets dominants sur les récepteurs A2A. Elle se fixe alors sélectivement sur les
récepteurs de l'adénosine et inhibe de façon compétitive leur action.
La caféine permet donc la libération de noradrénaline, dopamine et sérotonine
dans le cerveau ainsi que l'augmentation des catécholamines, conformément à
l'inversion de l'effet inhibiteur de l'adénosine.
De plus, elle inhibe les phosphodiestérases et influence l’hémostasie du calcium
intracellulaire : il y a effectivement une amélioration de la libération de Ca2+ par le
réticulum sarcoplasmique ou par l'intermédiaire des unités à moteur en inhibant les
actions adénosine sur le système nerveux central(8).
La caféine constitue donc un puissant stimulant du système nerveux central, de la
respiration, du muscle squelettique ainsi que du système cardiaque en provoquant la

20
dilatation des vaisseaux coronaires, la relaxation des muscles lisses cardiaques, et de la
diurèse.
En effet, étant un composé ergogénique, elle augmente la fréquence cardiaque et
la pression artérielle. Se liant au récepteur de l'adénosine lui même couplé à la
protéine G à la surface des cellules du muscle cardiaque, elle active l'adénosine
monophosphate cyclique (AMPc) dans les cellules et imite les effets de l'adrénaline. De
ce fait, le taux de glycolyse augmente, augmentant à son tour la quantité de l’adénosine
triphosphate (ATP) disponible pour la contraction musculaire et la relaxation. Il en
résulte un effet inotrope et chronotrope positif, soit un rythme cardiaque plus fort et
plus rapide(11)(10)(16)(14).

D. Physiologie

La caféine possède de nombreux effets physiologiques sur les systèmes nerveux,


le système cardiovasculaire, le système digestif et le système respiratoire. La fonction
rénale et les muscles squelettiques sont également affectés par son action (Tableau 1)

21
Tableau 1 : Les effets physiologiques de la caféine(13)(15) :

Système
Système nerveux Système rénale Autres
cardiovasculaire

‐ Augmentation de ‐ Réduction de ‐ Élévation de la ‐ Brûlures


la vitesse de façon significative circulation d’estomac
conduction du débit sanguin sanguine : ‐ Tremblements
‐ Augmentation de cérébral due à la augmentation du
la sécrétion de constriction des taux de filtration
catécholamines vaisseaux sanguins glomérulaire des
‐ Rigidification cérébraux reins
artérielle ‐ Augmentation de
‐ Vasodilatation la vigilance
dépendante de ‐ Diminue la fatigue
l'endothélium

=> Augmentation
de la pression
systolique et
diastolique

Les effets antagonistes de la caféine sur les récepteurs de l'adénosine réduisent


alors l'inhibition des neurones cholinergiques produisant ainsi une augmentation de
l’excitation.
Les premiers effets éveils de la caféine sont constatés 25 minutes après
l’ingestion et observés ensuite pendant 30 minutes.
Un grand nombre d'études montrent ainsi que la consommation de caféine augmente la
vigilance tout en réduisant la fatigue(14).

22
E. Toxicologie

Les décès dus à l'ingestion excessive de caféine ne sont pas communs: seuls
quelques cas ont été rapportés dans la littérature.

La toxicité aiguë clinique commence à 1 gramme et peut devenir mortelle de


5 grammes à 10 grammes. Un décès a été signalé après l'ingestion de 6,5 grammes de
caféine, mais la survie d'un patient qui aurait ingéré 24 grammes de caféine a également
été rapportée.

La consommation quotidienne et régulière de caféine supérieure à 500‐600 mg


(de quatre à sept tasses de café ou de sept à neuf tasses de thé) représente un risque
significatif pour la santé et peut donc être considérée comme abusive.
Le tableau suivant nous permet s’évaluer les signes cliniques provoqués par la
caféine en fonction du dosage (Tableau 2) :

23
Tableau 2 : Signes toxiques engendrés par la caféine(10)(9) :

Quantités faibles à
modérées Consommation Symptômes
(1 à 3 mg/kg) de 4 à 12 mg/kg d’intoxication :

‐ Augmentation de ‐ Anxiété ‐ Tremblements


l'endurance ‐ Nervosité ‐ Tachycardie
physique ‐ Maux de tête ‐ Palpitations
‐ Amélioration de ‐ Fatigue ‐ Maux d'estomac
la cognition ‐ Douleurs abdominales
‐ Diminution du ‐ Hypokaliémie
temps de ‐ Hallucinations
réaction ‐ Augmentation de
‐ Amélioration de pression intracrânienne
l'humeur avec
Plus grave :
privation de
Signes
‐ Œdème cérébral
sommeil.
‐ Accident vasculaire
cérébral
‐ Paralysie
‐ Rhabdomyolyse
‐ Altération de la
conscience
‐ Rigidité
‐ Convulsions
‐ Arythmies
‐ Mort

24
II. La taurine

A. Généralités

Découverte en 1827 dans la bile du bœuf, il a été mis en évidence en 1975 que sa
présence dans l’organisme est majoritairement due à l’alimentation. Cependant, de plus
petites quantités de taurine sont synthétisées de manière endogène dans le foie à partir
de la méthionine et de la cystéine. Elle entre également dans la composition du lait
maternel et dans les protéines animales et végétales(17).
Une trop faible concentration de taurine induit des lésions pathologiques tels que
des cardiomyopathies, une dégénérescence rétinienne, un retard de croissance.
Elle n’est pas considérée comme un réel acide aminé car la taurine possède un groupe
sulfonate à la place du groupe carboxyle typiquement présent(18)(19).
La taurine possède par ailleurs plusieurs rôles physiologiques importants.

B. Structure chimique

La taurine, aussi appelée acide 2‐amino‐éthane‐sulfonique, est une amine


sulfonique(18) jouant le rôle d’osmolyte organique (petite molécule jouant un rôle dans
la lutte contre les stress liés à l'environnement chez les organismes vivants) impliqué
dans la régulation du volume de la cellule.
Elle se retrouve principalement dans la rétine, le cerveau, la moelle épinière, les
leucocytes, le cœur et les cellules musculaires.(Figure 2)

Figure 2 : Structure chimique de la taurine

25
Il ne s’agit pas d’un acide α aminé car elle ne possède pas son atome d’azote sur le
premier mais sur le deuxième atome de carbone, c’est donc un acide β‐aminé. De plus,
elle ne possède pas de groupe carboxyle typique aux acides aminées mais un groupe
sulfonate(18)(20)(21).

C. Sources

L’apport principal de taurine se fait par le biais de l’alimentation. Elle se trouve


en faible quantité dans les produits laitiers comme les crèmes glacées et le lait de vache,
et en quantité élevée dans les coquillages (pétoncles, moules, palourdes), la viande
brune de dinde et de poulet.
L'apport moyen de taurine quotidien pour adultes non‐végétariens est de 40 à
400 milligrammes par jour(18), en effet une alimentation normale apporte une quantité
inférieure à 200 mg/jour(22).

D. Physiologie

Le tableau suivant nous permet d’évaluer les actions physiologiques de la


taurine (Tableau 3) :

26
Tableau 3 : Actions physiologiques de la taurine

Causes Conséquences
‐ Diminution de la
signalisation de
l'angiotensine II  Vasodilatation
‐ Amélioration du  Diminution des niveaux
fonctionnement du système d’adrénaline
kinine‐kallicréine dans le rein  Diminution de la
noradrénaline
 Diminution de la pression
Effets cardiaques artérielle

‐ Modulation de l’activité des  Protection du muscle


canaux Ca2+ et Na+ voltages‐ cardiaque
dépendant(22)00
‐ Segment S‐T modifié, les  atténue les signes et les
inversions de l'onde T et les symptômes physiques de
extrasystoles(19)00 l'insuffisance cardiaque
congestive (ICC)
‐ Conjugue le cholestérol aux  Solubilisation du
acides cholestérol et donc facilite son
biliaires(18)00(22)00 excrétion
Activité anti‐  Carence = augmentation
cholestérolémiante
du cholestérol et donc
augmentation du risque
d’athérosclérose
‐ Amélioration de la fonction => Empêche la formation
mitochondriale en stabilisant la d’anions superoxydes

Activité anti‐ chaîne de transport d'électrons


oxydante et en inhibant les espèces
réactives de
l'oxygène(21)00(22)00

27
E. Pharmacocinétique
1. Absorption

La taurine est rapidement absorbée par le tractus gastro‐intestinal, au niveau de


l’estomac et de l’intestin grêle. Ceci se fait par l'intermédiaire de transporteurs présents
dans les parois cellulaires des entérocytes par diffusion passive limitée(23).

2. Distribution et transport

La taurine apportée par l’alimentation passe par transport actif à travers la


membrane des entérocytes et est ensuite transportée au niveau de la veine porte.
Arrivée dans le foie, elle est libérée dans la circulation sanguine pour ensuite rentrer
dans les cellules via le transporteur tauT de la taurine. Cette protéine va répondre à la
concentration de taurine dans les cellules :
‐ A concentration élevée de taurine : le récepteur tauT est régulé à la baisse et la
taurine sera excrétée par le corps dans l'urine.
‐ A faible concentration de taurine : le récepteur tauT est régulé et réabsorbée
dans la circulation à travers les tubules rénaux.
Par ailleurs, elle est largement distribuée à travers les tissus : elle traverse de
façon active la barrière LCR‐ cerveau, les barrières hémoliquidienne et hémato‐
encéphalique(22)(23).

3. Métabolisme :

La taurine est synthétisée à partir de la méthionine qui se transforme en


homocystéine par l’intermédiaire du magnésium. Il s’agit d’un processus réversible par
la vitamine B12 et la folate méthionine synthétase enzyme‐dépendante. L’homocystéine
libère son groupe de soufre pour former la cystathionine sous l’influence du pyridoxal‐
5‐phosphate (P5P) qui se décompose de la même façon en cystéine.
A partir de là, trois voies sont disponibles pour arriver à la synthèse de la taurine.
Chacune exigeant:
‐ le pyridoxal‐5‐phosphate (P5P)
‐ la forme active de la vitamine coenzyme B6, comme cofacteur(22)(19)(18)
‐ la cystéine décarboxylase d'acide sulfinique CSAD qui est une enzyme qui convertit
les deux cystéines acide sulfinique en hypotaurine, et l'acide cystéique en taurine.
La cystéine peut alors subir deux dégradations:

28
‐ être transformée en cystéamine par le P5P formant à son tour l’hypotaurine.
‐ subir une oxydation par la cystéine déoxygénase combinée au dioxygène pour
devenir l’acide cystéine sulfinique.
Cet acide cystéine sulfinique évolue ensuite de deux manières possibles :
‐ être décarboxylé par la cystéine décarboxylase d'acide sulfinique (CSAD) et le P5P
en hypotaurine.
‐ subir une oxydation pour se transformer en acide cystéique qui sera lui même
décarboxylé par P5P pour former la taurine.
Cependant les humains ont une capacité de synthèse de CSAD plus faible que les
animaux, et donc une capacité de synthèse de la taurine plus faible. (Figure 3) :

Méthionine
Mg
Vit B12
Folate
Homocystéine
P5P

Cystathionine

P5P
P5P

Cystéine Cystéamine Hypotaurine

Cystéine déoxygénase CSAD


P5P

Acide cystéine sulfinique


P5P

Acide cystéique

Figure 3 : Schéma du métabolisme de la taurine

29
4. Elimination

La taurine s’élimine par deux voies : principalement la voie urinaire, puis la voie
biliaire.
L’excrétion urinaire se fait à 72 % sous forme de taurine et 23 % sous forme de
sulfate. Si l’apport exogène en taurine est trop important, une augmentation de
l'excrétion rénale de taurine est observée en raison de la saturation d'un processus de
re‐captage utilisé pour maintenir une charge constante de taurine dans le corps.
Le reste de la taurine est éliminé par les selles sans subir de cycle entéro‐
hépatique(23)(20).

F. Toxicité/Effets indésirables

Grâce à des expérimentations animales, il a été remarqué que la taurine joue un


rôle important dans l'amélioration des pathologies cardiovasculaires notamment au
profil des lipides et de la pression artérielle constatée sur des essais cliniques et des
études observationnelles chez l’homme.
Il n’a pas été établi une dose minimale à partir de laquelle les effets indésirables
apparaitraient. Cependant une étude récente d’évaluation a démontré que la
supplémentation en taurine supérieur à 3 g par jour provoque un risque. En effet, après
avoir ingéré 3 g de taurine, des troubles intestinaux apparaissent comme seuls effets
indésirables, la dose habituelle de taurine apportée par l’alimentation étant inférieure à
0,4 g /jour(22).

G. Le rôle de la taurine dans les pathologies

 Troubles oculaires(21)(19)

La taurine est retrouvée en quantité importante au niveau des tissus oculaires.


En effet, une analyse quantitative chez le rat a révélé que la taurine est l'acide aminé le
plus abondant dans la rétine, mais aussi dans le corps vitré, le cristallin, la cornée, l'iris
et le corps ciliaire. L’expérience a permis de mettre en évidence que le groupe de
volontaires possédant une rétine normale avait une concentration de taurine supérieure
à celle des autres acides aminés contrairement au groupe ayant une rétine malade.

30
Celui‐ci présente des concentrations de taurine inférieures d’un tiers aux concentrations
mesurées sur le groupe à rétine normale.
Cependant aucun signe d’amélioration n’a été signalé lors d’un essai clinique sur des
patients atteints de rétinites pigmentaires ayant reçu 1 à 2 g de taurine par jour pendant
un an, bien que certains avantages subjectifs ont été signalés.

 Antiépileptique(21)(19)
Une activité anti‐épileptique a été démontrée par des expérimentations animales
chez le chat, la souris, le rat et le chien. En effet, la taurine bloque les synapses dentato‐
hippocampe qui est un locus ayant une importance épileptigène. Cette observation a par
la suite été confirmée chez l’homme, mais du fait d’une faible diffusibilité à travers la
barrière hémato‐encéphalique, les effets restent de faible importance.
Le rôle précis de la taurine dans la transmission synaptique est incertain. En effet,
plusieurs expériences et études cliniques à court terme ont montré une faible pertinence
clinique des observations faites concernant son action anti‐épileptique. Les essais avec
une période de suivi plus longue ont généralement produit des résultats encore moins
satisfaisants.

 Alzheimer(19)
La taurine augmente la concentration d’acétylcholine dans le cerveau. Il a été
démontré que les patients à un stade avancé de la maladie possèdent une concentration
de taurine diminuée dans le LCR. Malheureusement à ce jour, aucun essai clinique sur
l'utilisation de la taurine dans le traitement de la maladie d'Alzheimer n’a été signalé
dans la littérature médicale.

 Le diabète(21)
Un niveau élevé de glucose a tendance à perturber l’osmorégulation cellulaire. Ce
changement peut alors revenir à la normale grâce à une production supplémentaire
d’osmolytes intracellulaires comme la taurine, la bétaïne, le myo‐inositol, le sorbitol et le
glycérophosphorylcholine (GPC).
Cependant, la taurine, la bétaïne et le myo‐inositol sont les seuls osmolytes
mobiles contrairement au sorbitol et au GPC qui ont une action uniquement
intracellulaire. Le diabétique présente donc une diminution de la concentration

31
intracellulaire en taurine, qui provoquerait des dysfonctionnements cellulaires et
vasculaires.
L’effet hypoglycémiant de la taurine a été observé à partir des années 1930. Elle
potentialiserait l’effet de l’insuline et affecterait ses récepteurs. Il a été de plus mis en
évidence qu’un diabète mal contrôlé serait associé à une importante excrétion urinaire
de taurine.
Elle empêcherait également la micro‐angiopathie induite par le glucose et l’apoptose des
cellules endothéliales.

III. Les vitamines B

A. Historique

En 1753, le docteur LIND, médecin écossais, découvre la théorie selon laquelle le


scorbut pourrait être soigné par des agrumes. Il faut attendre 1909 pour donner un rôle
aux composants non énergétiques contenu dans l’alimentation.
C’est en 1914 que Funk démontre la guérison du béribéri par un complexe aminé
contenu dans les polissures de riz. Un rôle essentiel est ensuite attribué en 1920 à ces
petites molécules non énergétiques, actives à pleine dose et qui seront par la suite
isolées chimiquement.
Enfin, de 1930 jusqu’à la seconde guerre mondiale s’est effectuée la mise à jour
de la lignée du groupe des vitamines B(24).

B. Généralités

Les vitamines B sont des nutriments hydrosolubles classées en deux groupes :


‐ les vitamines induisant une production d’énergie.
‐ les vitamines impliquées dans le transfert de carbone simple(25)(16).

Ces vitamines sont très nombreuses et possèdent toutes une structure chimique
et une action biologique différentes. Elles sont regroupées dans une même classe car
elles ont été découvertes à partir d’une même source à savoir le foie et la
levure(26)(25)(16).
Les vitamines B le plus fréquemment retrouvées dans les boissons dites
« énergisantes » sont la thiamine, la riboflavine, la niacine, la vitamine B6 et l'acide

32
pantothénique. Celles‐ci sont impliquées dans le fonctionnement mitochondriale et donc
dans le métabolisme de production d’énergie à partir du sucre (présent en grande
quantité dans les boissons dites « énergisantes » ) d’où leur intérêt dans ces boissons.

C. Sources

Les vitamines B sont retrouvées dans de nombreux aliments comme le lait, les
viandes et substituts, les fruits et les légumes. De plus, il n’est pas rare de les retrouver à
des concentrations plus élevées dans certains compléments alimentaires, produits
naturels, ainsi que dans des comprimés destinés à divers traitements sous supervision
médicale.

D. Les différentes vitamines retrouvées dans les boissons dites


« énergisantes »

Les tableaux suivants regroupent les différentes vitamines du groupe B retrouvées dans
les boissons dites « énergisantes » (Tableau 4) :

33
« énergisantes » (27)
Tableau
Vitamines Thiamine ou Vitamine B1 Riboflavine ou Niacine ou vitamine B3 Pyridoxine ou
vitamine B2 ou PP vitamine B6
2600 avant J.C : Confondue avec la 1755 : pellagre 1935 : découvert par
description du béri‐béri vitamine B1 1867 : synthèse de l’acide Svent‐Gyorgy

4:
Historique 1885 : cause nutritionnelle 1920 : différenciée de nicotinique 1938 : substance
1901 : carence alimentaire la vitamine B1 1912 : cause nutritionnelle isolée

Les
1910 : substance isolée 1933 : isolation 1935 : substance isolée par 1939 : synthèse
1936 : structure et 1937 : synthèse de la [Link] et [Link]
synthèse riboflavine dans les 1945 : synthèse à partir du

différentes
laboratoires de [Link] tryptophane
1938 : isolation de la 1960 : effet hypolipémiant
flavine adénine des hautes doses
dinucléotide ( FAD)
1970 : détermination

vitamines
du statut biologique

C12H7N4OS : C17H20 06N4 : Acide nicotinique : 2 méthyl 3hydrroxy‐


34

C6 H5 02 N 4‐5 dihydroxy‐
Structure Nicotinamide : C6 H6 0 N2 pyridine : C8 H11 O3 N

retrouvées
= combinaison d’une
flavine (hétérocycle

dans
azoté à 3 noyaux) +un
Composition : cycle ribose. Nicotinamide=précurseurs
pyrimidique + cycle Deux dérivés de 2 dérivés :

les
thiazolique soufré, azoté importants sur le plan ‐ Le nicotinamide adénine
reliés par un pont métabolique : dinucléotide (NAD)

boissons
méthylène (partie fragile ‐La flavine ‐ Le nicotinamide adénine
de la molécule). mononucléotide (FMN) nucléotide phosphate Dérivé de la
‐La flavine Adénine (NADP) pyridine
Dinucléotide (FAD)

dites
Vitamines Thiamine ou Vitamine B1 Riboflavine ou Niacine ou vitamine B3 Pyridoxine ou
vitamine B2 ou PP vitamine B6
Régule l’utilisation Le FMN et le FAD = Rôle : transformation
énergétique du glucose coenzymes des Fournit des protons pour la du tryptophane en
déshydrogénases et des phosphorylation oxydative vit PP(16)00
‐Essentiel pour la oxydases ayant un rôle au donc rôle majeur dans la
décarboxylation oxydative niveau : production d’énergie des
des chaines ‐du catabolisme des AG, cellules : Impliquée dans :
multienzymatiques de certains AA et des • Le NAD =coenzyme ‐ le métabolisme
ramifiées du cycle de bases puriques. des déshydrogénases de
l’acide citrique => ‐du cycle de krebs et de la au niveau : l'homocystéine,
Fonctions
précurseur de coenzyme de chaine respiratoire. ‐de la glycolyse du glucose et
certaines enzymes clés du ‐de la lipolyse des lipides
métabolisme des glucides ‐du cycle de krebs ‐ dans la
• NADP = coenzyme des production des
déshydrogénases neurotransmett
dans la voie des eurs,
35

pentoses phosphates dans la synthèse


• La NADPH2 = d'ADN et d'ARN
coenzyme des
reductases dans la
synthèse des acides
gras

Stimule la production de :
‐ la L‐dopa,
‐ la dopamine,
‐ la sérotonine
‐ la noradrénaline
Vitamines Thiamine ou Vitamine B1 Riboflavine ou Niacine ou vitamine B3 Pyridoxine ou
vitamine B2 ou PP vitamine B6
Besoins Besoins Besoins Besoins :
Nourrissons : 0,4mg/j Nourrissons : 0,6 mg/j Unité = « équivalent‐niacine » Nourrisson : 0,6 mg/j
1 à 3 ans : 0,7 mg/j 1 à 3 ans : 0,8 mg/j 1EN= 1 mg d’acide 1 à 3 ans : 0,8 mg/j
4 à 9 ans : 0,8 mg/j 4 à 9 ans : 1,0 mg/j nicotinique 4 à 9 ans : 1,4 mg/j
10 à 12 ans : 1 à 2mg/j 10 à 12 ans : 1,4 mg/j = 1 mg d’amide 10 à 12 ans : 1,6 mg/j
Adolescents, hommes Adolescent et hommes nicotinique Adolescent et hommes
adultes : 1,5 mg/j adultes : 1,8 mg/j Nourrissons : 6 EN adultes : 2,2 mg/j
Adolescentes, femmes Adolescentes et femmes 1 à 3 ans : 9 EN Adolescentes et femmes
adultes : 1,3 mg/j adultes : 1,5 mg/j 4 à 9 ans : 12 EN adultes : 2 mg/j
Grossesse, allaitement : Grossesse : 1,8 mg/j 10 à 12 ans : 14 EN Grossesse : 2,5 mg/j
1,8mg/j Adolescents, hommes
adultes : 18 EN
Adolescentes, femmes
Besoins et sources adultes : 15 EN
Grossesses : 20 EN
36

Sources Sources Sources Sources


‐cuticules de céréales ‐légumes frais ‐viande poissons œufs : 50% ‐levure et le germe de
‐pain complet ‐fruits ‐pain, céréales : 23% blé en majorité
‐levure de bière ‐œuf ‐légumes et fruits frais 13% ‐viandes, poissons :
‐soja, produits animaux ‐levure ‐produits laitiers : 5% 27à28%
‐viande, poisson, œuf : 28 à ‐viande ‐pain céréales : 20à28%
40% ‐poisson ‐ ‐légumes, fruits :
‐pain, céréales, pommes de ‐surtout les produits 20à22%
terre : 21 à 30% laitiers ‐produits laitiers : 11
‐légumes et fruits : 17 à 24% à 18%
‐produits laitiers : 14 à 21%
Vitamines Thiamine ou Vitamine B1 Riboflavine ou Niacine ou vitamine B3 Pyridoxine ou
vitamine B2 ou PP vitamine B6
Action sur : Manifestation : Signes cliniques : Manifestation par des
‐le système nerveux signes cutanéo‐muqueux signes :
Carences ‐les muscles et oculaires ‐signes cutanés,
‐le cœur ‐signes digestifs, ‐ Cutanéo‐
‐le foie ‐signes psychiques muqueux (derm
‐signes hématologique, ite
Dans les pays en voies de Provoque : précédés par des signes séborrhéique,
développement, la carence se ‐des glossites généraux non spécifiques. chéilite,
manifeste par le béri‐béri. ‐des dermites glossite)
‐des conjonctivites On parle de vitamines des 3D ‐ neuropsychiatri
Dans les pays industrialisés, ‐une opacification de la (diarrhée, dermatose, ques (asténie,
surviennent par : cornée(28)00 démence) car la carence dépression,
‐l’alcoolisme chronique induit la pellagre qui associe irritabilité)
‐la malabsorption chronique ‐Représente un facteur aux lésions dermatologiques hématologiques (ané
‐les personnes âgées de risque pour le cancer et digestives d’importants mie microcytaire
37

‐la nutrition parentérale non ‐ Réduit le troubles mentaux hypochrome)


supplémentée métabolisme de l’acide
‐les maladies génétiques folique et de la
vitamine B6

Provoque : Provoque :
Surdosage
‐ crampes ‐ vasodilatation cutanée Pas de contre‐
‐ convulsions ‐ activation de la fibrinolyse indications même à
‐ collapsus ‐ effet hypolipémiant fortes doses
Vitamines Acide pantothénique ou vitamine B5 Vitamines B12 ou cobalamine

1931 : carence animale 1925 : action antianémique du foie de veau


1933 : substance isolée 1928 : substance antipernicieuse=facteur extrinsèque
Historique 1940 : isolé et synthétisé par Williams alimentaire et intrinsèque alimentaire
1947 : composant du coenzyme A 1948 : cyanocobalamine isolée
1954 : carence expérimentale chez l’homme 1955 : structure chimique
1973 : synthèse

C9 H17 O5 N
38

Structure

Structure linéaire Macromolécule analogue à l’hémoglobine mais


Combinaison d’une molécule d’acide pantoïque et de beta‐alaline. possédant un atome de cobalt au centre

Entre dans la constitution de la coA et de l’ACP qui sont des Contrôle la transméthylation => formation de
transporteurs de radicaux acyle : R‐CO‐ méthionine
‐ Le CoA : impliqué dans le catabolisme des glucides, des ‐ Contribue à la synthèse des bases puriques et
Fonctions lipides et certains AA pyrimidiques : production d’ADN(16)
‐ Le CoA et l’ACP participent à la synthèse des acides gras et ‐ Maintient la fonction des cellules nerveuses
du cholestérol(16)00. ‐ Important dans la formation des globules rouges
Permet la formation du pyruvate déshydrogénase, ainsi que
l’oxydation des acides gras. Apporté par l’alimentation, libérée par le suc gastrique
puis par les enzymes pancréatiques et intestinaux
‐Subit le cycle entéro‐hépatique
‐Elimination par les urines et les fèces de l’ordre de 2g/j.
Vitamines Acide pantothénique ou vitamine B5 Vitamines B12 ou cobalamine

Besoins : 5 à 10 mg par jour Besoins


Nourrissons : 3 mg/j Adultes : 2 à 5 µg/j
4 à 9ans : 5 mg/j Nourrissons : 1 μg/j
10 à 12 ans : 8 mg/j 1 à 12 ans : 2 μg/j
Ado et adultes : 10 mg/j Adolescents : 3 μg/j
Grossesse et allaitement : 10 mg/j Grossesse : 4 μg/j
Besoins et
sources
Sources : exclusivement dans les produits animaux
Sources : large distribution à travers les légumes, les Viandes poissons, œufs : 85%
fruits, les laitages, les viandes et poissons. Produits laitiers : 15%
39

Difficilement réalisable car très répandu dans Manifestation:


l’alimentation. ‐Signes généraux : asthénie, anorexie
Peut engendrer : ‐Signes hématologiques : anémie macrocytaire,
‐déficiences coenzymatiques normochrome arégénérative avec une anisocytose.
‐ affection de la synthèse des acides nucléiques ‐Signes neuropsychiatriques
‐ asthénie ‐Signes cutanéo‐muqueux :
Carences
‐ signes digestifs
‐signes cutanés Les déficits congénitaux sont rares, mais peuvent
‐signes neurologiques. être dus à :
‐ Absence ou dysfonctionnement de fabrication
du facteur intrinsèque
‐ Incapacité d’absorption de la vitamine B
‐ Non libération de tetrahydrofolate
maladies digestives atteignant l’estomac, l’intestin ou
le pancréas
IV. La D‐glucuronolactone

A. Propriétés physiques et chimiques

La D‐glucuronolactone est une substance naturelle produite en petite quantité


dans notre organisme. En effet, ce métabolite est synthétisé à partir du glucose : il s’agit
d’une association de glucose et d’acide glucuronique.
De formule brute C6H8O6, sa masse molaire est de 176,12 g/mol. C’est un ester
cyclique dont la formule chimique est la suivante(29)(11)(2) (Figure 4) :

Figure 4 : Structure chimique du D‐glucuronolactone

B. Sources et besoins

La D‐glucuronolactone est surtout retrouvée dans le vin ainsi que dans les
gommes végétales telles que la gomme xanthane. Ces gommes sont très largement
utilisées dans l’industrie alimentaire en tant qu’épaississant et stabilisant dans les
yaourts, mayonnaises et gâteaux.

La consommation quotidienne de D‐glucuronolactone est de l’ordre de 1,2 à


2,3 mg/ jour. L’apport quotidien maximal autorisé a lui été évalué à 1200 mg/jour. Il est
alors intéressant de noter que la concentration en glucuronolactone varie de 250 à
2500 mg/L en fonction des boissons dites « énergisantes » , c’est à dire bien au‐delà des
apports journaliers recommandés(29)(11)(2).

40
C. Pharmacocinétique

La D‐glucuronolactone est absorbée par voie orale et est rapidement métabolisée


sous forme d’acide glucarique, de xylitol et de L‐xylulose qui ne présentent pas de
danger d’un point de vue toxicologique. Sa concentration plasmatique maximale est
atteinte une à deux heures après son administration(29)(2).

D. Rôle du D‐glucuronolactone

Ce métabolite joue plusieurs rôles dans notre organisme :


‐ Régule la formation de glycogène au niveau du foie.
‐ Intervient dans la composition des sels biliaires. Ces derniers sont sécrétés par le
foie puis stockés dans la vésicule biliaire permettant ainsi la digestion des lipides.
‐ Joue un rôle de détoxification : il permet en effet l’évacuation des substances
étrangères à l’organisme par le biais des urines. Il s’agit du phénomène de
glucuronoconjugaison.

E. Toxicité

Des études ont été menées sur des rats afin d’évaluer la toxicité de ce métabolite.
Il n’en résulte aucun décès lié au traitement, aucune différence de poids corporel ni
aucun changement hématologique. Cependant, il a été observé des changements
inflammatoires sur la papille du rein chez la femelle. Changements qui n’ont pas été de
nouveau observés lors d’une deuxième étude similaire. La dose sans effet nocif observé
(DSENO) a donc été établie à 1000 mg/kg pc/jour, soit la dose maximale de l’essai.
Il est important de noter que la voie métabolique de la glucuronolactone chez les
animaux est différente de celle des hommes, mettant ainsi en doute ces résultats. De
plus, aucune étude sur le potentiel génotoxique, tératogène et cancérogène n’a été
réalisée(29)(11).

41
V. Le Ginseng

A. Historique

Le ginseng Panax ginseng C.A. Meyer et les autres espèces appartiennent à la


famille des Araliaceae. C’est une plante utilisée depuis plus de 4000 ans en Chine, en
Corée, au Tibet, en Inde et au Japon. Il a été décrit pour la première fois il y a 2000 ans
durant l’ère Chien Han, et était réputé pour ses capacités de longévité et de préservation
de la santé.
Le ginseng sauvage pousse naturellement dans des régions montagneuses.
Cependant, le ginseng est cultivé depuis le 15ème siècle. Devenu très rare à l’état sauvage,
il a laissé la place pour l’essentiel à un ginseng de culture (Corée). D’autres espèces sont
utilisées :
• le ginseng à 5 feuilles provenant de culture d’Amérique du Nord :
P. quinquefolius L.
• Le ginseng san‐chi, P. notoginseng (Burkill) F.H. Chen officinal en Chine pour ses
propriétés tonique et hémostatique.
• Le ginseng du Japon, P. pseudoginseng Wall. Subsp. japonicus (C.A. Meyer) C. Ho &
Tseng ((= P. japonicus C.A. Meyer) qui est cultivé en Chine, au Japon et au Vietnam
pour ses propriétés antipyrétique, stomachique et expectorante.
Autrefois, cette plante médicinale était rare et considérée comme ayant des pouvoirs
mystérieux(30). La racine de ginseng est inscrite à la 8ème édition de la Pharmacopée
Européenne.

42
B. Description

Le ginseng est une plante herbacée, vivace, pouvant atteindre 60 cm de hauteur.


Elle possède des feuilles isolées, palmées, avec un long pétiole.
Les fleurs sont blanchâtres, groupées en ombelles.
Les fruits sont des baies rouges contenant une à trois graines.
La racine, tubérisée et pivotante. Elle peut atteindre 25 cm de long sur 0,7 à
2,7 centimètres de large. La racine fusiforme et bifurquée ressemble à « un corps
humain ».

Figure 5 : Dessin de feuilles, baies et racine du Panax ginseng C.A. Meyer

C’est une plante vendue à prix élevé, car sa culture est longue (8 ans de
maturation), exigeant des soins attentifs. En effet, le sol doit être riche et ombragé, le
climat tempéré‐chaud et humide. De plus, elle aspire tous les oligo‐éléments nobles du
sol, laissant épuisée et impropre toute nouvelle culture. Récoltée au printemps ou en
automne suivant le pays, elle se conserve à l’abri de l’humidité car elle est fragile et
cassante.

C. Composition chimique

Le ginseng possède une structure chimique complexe. En effet, il est plus ou


moins riche en saponosides, responsables de l’activité thérapeutique, et d’autres
constituants.

43
1. Les saponosides

Les saponosides sont constitués de 2 parties reliées de la façon suivante(31)(32)


(Tableau 5) :
Tableau 5 : Constitution des hétérosides

Une génine pouvant être classé en 3 groupes Sucres


Dammaranediol(33) Protopanaxatriol(35) Acide Trois
oléanolique(36) possibilités:
(Ro) ‐ glucose
‐ arabinose
‐ rhamnose

Hydrolyse
Hydrolyse

Panaxadiol(34)
Panaxatriol(35)

(Re, Rf, Rg1 et Rg2)


(Rb1, Rb2, Rb3, Rc et
Rd )

Deux nominations différentes ont été établies :


‐ Les« panaxosides » par Elyakov qui a mis en évidence 6 panaxosides A, B, C, D, E, F
‐ Les ginsénosides par Shibata l qui en a isolé 13: Ro, Ra, Rb1, Rb2, Rc, Rd,Re, Rf,Rg1,
Rg2, Rg3, Rh1, Rh2, Rs4(37).

44
2. Autres constituants

‐ L’amidon est présent en grande quantité.


‐ Les sucres libres qui sont présents en petites quantité : glucose et fructose.
‐ Les lipides sont sous forme de triglycérides.
‐Les acides aminés sont nombreux : thréonine, proline, leucine, isoleucine, lysine,
histidine, valine, g‐aminobutyrate, g‐amino‐isobutyrate, phénylalanine et histidine.
‐ Les Vitamines : B1, B6, B12, PP, C et E.
‐ Les oligoéléments : Al, Cu, Fe, Mg, P, Co, K, Vanadium.
‐ Les phytostérols : β‐sitostérol, stigmastérol, campostérol.
‐ Les œstrogènes : œstradiol, œstriol et œstrone sont présents en faible quantité.

D. Physiologie

Tableau 6 : Actions physiologiques du Ginseng(31)(32)

Action sur le
Action sur la
Effet tonique système Autres actions
reproduction
immunitaire

‐ Régule la Pression ‐ Maintient ‐ Stimule la synthèse ‐ Anti‐fatigue


artérielle. l’homéostasie de l’ADN au niveau ‐ Anti‐alcool
‐ Diminue le taux de immunitaire. des testicules. ‐ Anti‐cancéreux
glycémie (stimule la ‐ Augmente les ‐ Favorise la ‐ Anti‐inflammatoire
production résistances aux spermatogenèse(30).
d’insuline)(38). maladies et attaques
‐ Joue un rôle dans microbiennes(38).
les maladies
nerveuses
(Alzheimer,
Parkinson(39)

• A faible dose :
stimule le SNC.
• A forte dose :
propriétés sédatives.

45
E. Pharmacocinétique

Le ginseng est rapidement absorbé au niveau gastro‐intestinal et est distribué


dans tous les organes : rate foie, poumons, pancréas… L’élimination se fait par voie
urinaire car les saponosides se fixent sur les protéines plasmatiques, entraînant donc
une augmentation de la demi‐vie du ginseng dans l’organisme.

F. Toxicité/Effets indésirables

Une étude réalisée sur des souris dans le but de montrer la toxicité du Ginseng a
conclu qu’il n’y avait :
‐ Aucune mortalité observée ni après 24h ni après 8 jours d’observation.
‐ Aucun symptôme observé sur le système nerveux central ou autonome.
‐ Aucune activité analgésique.
Aux doses habituelles, le ginseng ne donne donc aucun trouble particulier.

Le ginseng est une plante généralement bien tolérée avec des effets indésirables
légers et réversibles tels que des nausées, diarrhées, céphalées, hypertension ou
hypotension, insomnie, euphorie et saignements vaginaux.

G. Contre‐indication :

Cette plante est à proscrire en cas d’hypertension artérielle, d’asthme aigu,


d’infection aiguë, d’épistaxis ou de menstruations excessives(39).

H. Indications(31)(32)

Le ginseng peut être utilisé dans deux groupes d’indications :


‐ En prévention chez l’homme en bonne santé dans le but :
• d’avoir un meilleur rendement physique, sexuel et intellectuel
• d’être plus résistant aux agressions en général
• prévenir certains troubles métaboliques

‐ Seul ou en association chez le malade :


• asthénie à tous les degrés
• anorexie

46
• états carentiels divers et leurs conséquences
• vieillissement prématuré et anormalement exagéré

VI. Le Guarana

Paullinia cupana Kunth ex aussi appelée Guarana appartient à la famille des


Sapindaceae et à l’ordre des sapindales. C’est une plante originaire d’Amérique du Sud et
plus précisément du Brésil(40)(41) qui pousse le long de la rivière de Maues et est
récoltée à la main durant la saison sèche(42). Le Guarana est connu depuis bien
longtemps pour ses propriétés énergétiques. En effet, les Indiens d’Amérique de Maués
avaient l’habitude de boire une préparation à base de Guarana afin d’augmenter la durée
de la chasse(43).

Ces propriétés sont surement dues à la présence de caféine présente dans les
graines de Guarana à une concentration variant de 2 à 15 % du poids sec(40) soit quatre
fois plus que la graine de café arabica(44).

47
A. Caractéristiques(43)

Il s’agit d’une plante vivace pouvant atteindre 10 m de long.

Figure 6: Caractéristiques du Paullinia cupana Kunth

Figure 7 : Photographie des baies de Paullinia cupana Kunth

La tige est striée et possède une coloration brun‐jaunâtre lorsqu’elle est lignifiée.
Les feuilles vert foncé sont alternes et imparipennées. Le pétiole principal (rachis) est de
8 à 19 cm, et les pétioles des folioles sont très courts. Les feuillets ont une forme à peu
près ovale allant de 10 à 14 cm de large et de 27 à 33 cm de long.
Les fleurs pseudo‐hermaphrodites sont petites et zygomorphes, et sont disposées le long
de l'axe principal de l'inflorescence.

48
Le fruit est une baie rouge qui à maturité laisse apparaître la graine qui
ressemble à un œil humain, ce qui représente une caractéristique frappante pour
l'identification de guarana.
La graine sphérique, glabre et luisante est débarrassée de son tégument, grillée et
broyée avec de l’eau pour donner une pâte qui est ensuite roulée en bâtons, séchée au
soleil, puis soumise au fumage.

B. Composition chimique

Le constituant principal de Paullinia cupana est la caféine, base purique


appartenant à la famille des méthylxanthines comme indiqué dans la première partie.
D’autres éléments de la même famille sont retrouvés à des proportions moindres
(inférieur à 3 %) tels que la théobromine et la théophylline(44)(43).

La graine renferme également des tanins catéchiques (catéchine, epicatéchine et


proanthocyanidols) qui réduisent l’agrégation plaquettaire et sont à l’origine d’une forte
activité anti‐oxydante et des saponines en petite quantité(43)(40)(45).
Les effets du guarana sont généralement semblables à ceux de la caféine, avec une durée
d'action peut être plus longue en raison de la présence de saponines et de tanins(46).

C. Les effets du Guarana

Chez la plante, elles servent à protéger les plantes voisines des attaques des
insectes ravageurs, des herbivores et des pathogènes. Chez l'homme, il a été démontré
que les xanthines stimulent le système nerveux central, augmentent la sécrétion d'acide
gastrique et ont un effet diurétique.

49
Tableau 7 : Les différents effets du Guarana(45)(43)(47)(44)

Propriétés Propriétés Propriétés


Autres
énergétiques psychoactives cardiaques
‐ Effet anti‐fatigue ‐ Amélioration de : ‐ Tonicardiaque ‐Contrôle l’appétit
• la vigilance
‐ Améliore les • du temps de ‐ Abaisse le ‐Aphrodisiaque
performances réaction cholestérol
physiques ‐Traite les
• la vitesse de ‐ Diurétique migraines,
‐ Tonique/stimulant traitement de céphalées, névralgie,
des fonctions l'information leucorrhées,
cérébrales • la mémoire crampes
• la vitesse menstruelles
‐ Fortifiant d ‘exécution
‐Puissant diurétique
Ces propriétés dû à la présence de
sont dues à la théobromine
présence de
saponosides et ‐Traitement de la
de tanins diarrhée

‐ Traitement à court
terme de la fatigue
chez les patients
recevant une
chimiothérapie

D. Toxicité

La toxicité du guarana a été étudiée à plusieurs reprises sur une population


volontaire et en bonne santé. Il a été à chaque fois démontré que le guarana, à faible
concentration, ne montre aucune activité génotoxique et/ou mutagène.

Bydlowski et al. (1988) ont constaté que l’ingestion de 100 mg/ml de guarana
entraîne une diminution de la synthèse des thromboxanes dans les plaquettes sanguines
et une diminution de l'agrégation plaquettaire. Ainsi le guarana pourrait s'avérer utile
dans la prévention des maladies cardiovasculaires(41).

50
Conclusion

Dans certains pays, la surveillance des boissons dites « énergisantes » repose sur
les aspects nutritionnels et toxicologiques des ingrédients qu’elles contiennent. Nous
avons vu dans cette partie combien la toxicité et les effets indésirables pouvaient varier
d’un constituant à l’autre. En effet, la caféine peut entrainer des troubles
cardiovasculaires engendrant une augmentation de la pression artérielle et la taurine
engendrer des troubles intestinaux. Cependant d’après certaines études, cette dernière
améliore certaines pathologies cardiovasculaires, mais aussi la maladie d’Alzheimer, le
diabète, et les crises épileptiques. La glucuronolactone et le ginseng ne présentent peu
ou pas de toxicité particulière contrairement au Guarana qui, à forte dose, pourrait
activer une activité cytotoxique.

Grâce à ces éléments, nous pouvons alors maintenant étudier les effets des
boissons dites « énergisantes » chez différents groupes à risque tels que les adolescents,
les sportifs et les femmes enceintes et constater si, comme indiqué dans les campagnes
publicitaires, elles ont un effet majeur lors de performances physiques.

51
PARTIE II

52
De nos jours, les boissons dites « énergisantes » sont de plus en plus populaires.
Red Bull®, Monster®, Burn energy drink® ou encore Truc de fou® font de plus en plus
apparition dans les évènements sportifs, plus particulièrement dans les sports extrêmes
comme le snowboard, le surf, les sauts de falaise, le ski alpin et les sports mécaniques
laissant facilement confondre ces boissons avec les boissons pour sportifs.
L’association boisson dite « énergisante » /alcool est de plus en plus utilisée
notamment par les étudiants pour diverses raisons.
Compte tenu du nombre d’ingrédients présents dans ces boissons et de leurs potentiels
effets qui ont été évoqués précédemment, quels sont les impacts sur la santé :
• lors d’une utilisation ponctuelle chez les individus sains ?
• puis en association avec l’alcool ou durant un exercice physique ?

I. Généralités sur les boissons dites « énergisantes »

A. Composition
1. Constituants présents dans les boissons dites « énergisantes » en
France(48)

Le marché des boissons dites « énergisantes » en France ne cesse d’augmenter.


Aujourd’hui, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, Alimentation, Environnement,
Travail (ANSES) en relève 103 sur notre territoire (Red Bull®, Monster®, Burn energy
Drink®, Truc de Fou®….).
Pour connaître la composition de ces boissons, l’ANSES a recherché dans diverses
bases de données les ingrédients les plus fréquemment rencontrés dans ces boissons :
 La caféine : dénominateur commun de ces boissons, 99 marques en contiennent,
soit 96 %
 La taurine : contenue dans 54 des boissons dites « énergisantes », soit 52 %
 La glucuronolactone : présente dans 34 de ces boissons, soit 33 %
 Les vitamines : existent dans 69 des boissons identifiées (67 %) mais seulement
51 d’entres elles précisent celles utilisées :
44 contiennent des vitamines du groupe B
‐ 11 possèdent de la vitamine C
‐ 2 de la vitamine E

53
 Le Ginseng : retrouvé dans 20 % des boissons dites « énergisantes ».

Le tableau suivant permet d’observer de façon générale la teneur en caféine,


taurine, glucuronolactone dans les boissons dites « énergisantes » (Tableau 8) :

Tableau 8: Teneur en caféine, taurine, glucuronolactone dans les boissons dites


« énergisantes » en contenant (48)

Moyenne
Substances
pondérée sur les Teneur minimale Teneur maximale
(mg/100mL)
parts de marchés

Caféine 30 12 32

Taurine 396 250 410

Glucuronolactone 113 24 240

2. Comparaison de la teneur en caféine de différents aliments et boissons

Afin de se rendre plus facilement compte de la quantité de caféine présente en


moyenne dans une canette de 250mL de BDE, il est intéressant d’évaluer la teneur en
caféine dans divers aliments ou boissons que nous avons l’habitude de consommer au
quotidien (Tableau 9).

54
Tableau 9: Comparaison de la teneur en caféine de différents aliments et boissons(49)

Caféine
Produits Taille de la portion Caféine (mg)
(mg/100mL)

Boissons dites
250 mL 72,5 29
« énergisantes »

Café

Expresso 50 mL 35,7 71 ,4

Café « filtre » ou café


100 mL 51,3 51,3
long dosettes

Café soluble
reconstitué prêt à 100 mL 48,4 48,4
boire

Café décaféiné 100 mL 2,1 2,1

Thé

Infusé 200 mL 54,2 27,1

Thé décaféiné 200 mL 0 0

Boissons au cola

Coca Cola® 330 mL (1 canette) 40 12,12

Pepsi Cola® 330 mL 37,1 11,2

Produits à base de
cacao

Chocolat chaud 250mL 7,5 3

Chocolat au lait 60 g 10 _

Chocolat noir 60 g 30 _

La comparaison des doses de caféine contenues dans diverses boissons et


aliments montre que les boissons dites « énergisantes » sont positionnées au premier
rang en valeur totale de caféine pour une unité de vente consommée. La consommation

55
d’une boisson dite « énergisante » est équivalente à la consommation de 2,03 expressos
ou d’un peu moins de 2 canettes de cola. Cependant, en comparant les doses de caféine à
volume égale, les boissons dites « énergisantes » se situent en dessous de toutes les
sortes de café.

Autrement dit, la concentration en caféine d’une boisson dite « énergisante »


n’est pas excessive, mais le volume dans laquelle la boisson est commercialisée est bien
trop important compte tenu de sa concentration.

3. Doses nocives

Le tableau suivant nous permet de constater à partir de quelle quantité de


canettes (une canette=250mL) l’apport quotidien alimentaire moyen de chaque
constituant et la DSENO sont dépassés (Tableau 10) :

56
Tableau 10(29): Résumé des évaluations de l’innocuité des ingrédients composant une
boisson dite « énergisante » typique :

Apport Apport Apport Apport


Constituants alimentaire par 1 par 2 par 5 DSENO
quotidien cannette canettes canettes

Caféine 160 mg 80mg 160 mg 400 mg

Taurine 40‐400 mg 1000 mg 2000 mg 5000 mg 6000 mg/ j

Glucuronolactone 1,2‐2,4 mg 600mg 1200mg 3000 mg 3000mg /j

500 à 1000
Inositol 50 mg 100 mg 250 mg 18000 mg/ j
mg

Thiamine 4 mg 5 mg 10 mg 25 mg Faible danger


de toxicité

Riboflavine 1,1 à 1,3 mg 1,65 mg 3,30 mg 8,25 mg 50 mg/kg


pc/jour

Niacine 77 mg 18 mg 36 mg 90 mg 3 à 9 g/j
pendant
(sous forme
nicotinamide) plusieurs
jours a
entrainé des
nausées chez
un seul sujet
et une
hépatite chez
un autre

Vitamine B6 0,9‐4,5 mg 2 mg 4 mg 10 mg 100 à 500


provoquent
des
symptômes
neurologiques

Vitamine B12 2‐6 μg 1 μg 2 μg 5 μg ‐

Acide 3 à 12 mg 6 mg 12 mg 30 mg 10 000 mg
pantothénique provoquent
des effets
gastro‐
intestinaux

57
DSENO (= Dose Sans Effet Nocifs Observée) : désigne la dose ou la concentration
la plus élevée n'ayant pas provoqué un effet nocif observé, par rapport à un groupe
témoin, au cours d'une expérimentation animale ou d'une étude épidémiologique.
Ainsi, en prenant compte uniquement des constituants majeurs, il est possible de faire
deux observations :
‐ 2 canettes de BDE suffisent pour dépasser l’apport quotidien alimentaire de
caféine
‐ 1 canette suffit pour dépasser l’apport quotidien alimentaire de taurine et de
glucuronolactone.
Cependant, il faudrait ingérer en moyenne plus de 5 canettes de ces boissons pour
dépasser la DSENO.

4. Comparaison avec les médicaments OTC

Le tableau ci‐dessous permet de comparer la quantité de caféine et d’acide


glucuronique contenue dans une canette de BDE de 250mL et dans des médicaments à
visée stimulante (tableau 11).

Tableau 11 : Comparaison des constituants des médicaments OTC par rapport aux
boissons dites « énergisantes » :

Substances Dérivé de l’acide


Caféine (mg)
Produits glucuronique

Boisson dite 80 mg Glucuronolactone : 600 mg


« énergisante »

Guronsan® 50 mg Glucuronamide : 400 mg

GC form® 50 mg Glucuronamide : 400 mg

SARVIT Glucuronam® 50 mg Glucuronamide : 400 mg

L’analyse de ce tableau montre que les médicaments dispensés en officine pour le


traitement d’appoint de la fatigue possèdent une quantité inférieure de caféine et de
dérivé de l’acide glucuronique par comprimé en comparaison avec une canette de
boisson dite « énergisante » .

58
B. Les différents groupes de personnes touchées

1. Effets des boissons dites « énergisantes » sur les personnes saines

Les personnes les plus concernées par l’utilisation de ces boissons dites
« énergisantes » sont les jeunes étudiants et les jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans. Pour
cette raison, les études suivantes sélectionnent uniquement des volontaires en bonne
santé et compris dans cette tranche d’âge.

 Effets cardiaques
Suite à de nombreuses atteintes du système cardiovasculaire, et même quelques
décès par infarctus du myocarde après ingestion de ces boissons dites « énergisantes »,
des chercheurs ont analysé les effets de ces produits d’un point de vue cardiaque
(Tableau 12).

59
Tableau 12 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » au niveau
cardiaque :

Références Echantillon Quantité Résultats

Steinke. L et n=15 adultes Volume : 2 x 250 mL 2 heures après ingestion :


coll. âge : 18 à 40 ans Boisson : Inconnu Augmentation de la PAD :
(2009)(50)
Santé: bonne Dosage : ‐ +7,0 % le jour 1
‐ 100 mg caféine ‐ +7,8 % le jour 7 soit 10
mmHg.
‐ 1000 mg taurine
4 heures après ingestion :
Augmentation PAS :
‐ + 7,9 % jour 1
‐ + 9,6 % jour 7
Augmentation FC :
‐ + 7,8 % jour 1
‐ + 11 % jour 7
 +5‐7 battements/minute
Aucune modification de
l’ECG

Rashti et ‐ n = 10 adultes Volume : 2 x 70 mL ‐ Augmentation de la PAS


Coll. femmes séparée de 30 moyenne :
(2009)(51) ‐ Santé : bonne minutes Boisson : 110,0 ± 3,9 mmHg
Boisson : inconnue Placebo : 107,3 ± 4,4 mmHg
Détermination de la
‐ Aucun changement constaté
PA toutes les 15 min
au niveau de la fréquence
pendant les 30
cardiaque et de la PAD.
premières minutes et
toutes les 30 minutes
par la suite.

Matthew ‐n=50 Volume : 250mL ‐ Augmentation significative


et coll volontaires sains Boisson : inconnue de l’agrégation plaquettaire
(2010)(52) dont 34 hommes sans sucre
‐Abstention Caféine : 80 mg ‐ Augmentation de la
7 jours avant le pression artérielle
test de tout
produit caféiné
et d’alcool
‐ Aucune modification de la
fréquence cardiaque
PAD= Pression artérielle diastolique
PAS= Pression artérielle systolique

60
Des résultats contradictoires sont constatés notamment au niveau de la
fréquence cardiaque, mais les études sont encore peu nombreuses à ce sujet. La majorité
des études relèvent tout de même une augmentation de la pression artérielle.
Le nombre d’ingrédients étant élevé dans ces boissons, il est difficile de
déterminer quelle substance est responsable de ces effets cardiovasculaires. Cependant,
certains suggèrent que la caféine et la taurine peuvent modifier indépendamment les
paramètres cardiovasculaires.

 Hypothèse sur la caféine(11)(10)(16)(14) :

La caféine est un composé ergogénique qui produit ses effets par l’intermédiaire
de plusieurs mécanismes :
‐ Il s’agit d’un antagoniste des récepteurs de l'adénosine agissant principalement
sur les récepteurs A1. Physiologiquement, ces derniers sont couplés à la
protéine Gi située à la surface des cellules du muscle cardiaque. Cette protéine va
inhiber l’adénylate cyclase (AC), ce qui aura pour conséquence une diminution de
la concentration d’AMP cyclique intracellulaire. La caféine étant un antagoniste,
elle entraînera l’effet inverse, à savoir (Figure 8) :

Figure 8 (53) : Effet inotrope positif de la caféine sur une cellule musculaire
cardiaque

61
‐ Elle agit aussi en inhibant les phosphodiéstérases responsables de l’inactivation
de l’AMPc (Figure 9) :

Figure 9(53) : Effets chronotrope positif de la caféine sur une cellule sinusale
cardiaque

Il en résulte un effet inotrope et chronotrope positif, soit un rythme cardiaque


plus fort et plus rapide : augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression
artérielle.

 Hypothèse sur la taurine

Certaines études montrent que la taurine a tendance à diminuer la pression


artérielle en atténuant la signalisation de l'angiotensine II, en améliorant le système
kinine‐kallikréine dans le rein provoquant ainsi une vasodilatation, et en baissant les
niveaux d'adrénaline et de la noradrénaline. En effet, une étude utilisant une dose
quotidienne de 6 g de taurine a montré la diminution de manière significative de la
pression systolique et diastolique au fil du temps, contrairement au groupe placebo.
Il est possible alors de penser que la taurine pourrait compenser les effets de la
caféine. Cependant il est important de noter que les effets obtenus lors de cet essai ont
été évalués à une dose relativement élevée en comparaison avec les quantités
véritablement présentes dans les boissons dites « énergisantes » (22).
De plus, la taurine a la capacité de protéger le cœur contre les effets néfastes de
l’accumulation ou l’insuffisance de calcium: un excès de calcium intracellulaire conduit à

62
la mort de la cellule. Elle aide en effet à réguler le niveau d’ion intracellulaire en
modulant l’activité des canaux Ca2+ voltages‐dépendant ainsi que les canaux Na+.
Par ailleurs, la taurine atténue les signes et les symptômes physiques de l'insuffisance
cardiaque congestive (ICC). En effet, les études menées par Chazov et al. ont pu
démontrer que la taurine pourrait inverser les anomalies de l’ECG en modifiant le
segment S‐T, les inversions de l'onde T et les extrasystoles chez les animaux ayant une
arythmie induite chimiquement(19).
Compte‐tenu de ces éléments, il est important de noter que les personnes atteintes de
maladies cardiovasculaires ne doivent pas consommer ce genre de boissons.

 Effets neurologiques

De nombreuses marques vantent leur boisson en promettant aux jeunes un


surplus d’énergie, une augmentation de l’efficacité de la mémoire, une meilleure
concentration, etc. Plusieurs études ont étudié l’effet des boissons dites « énergisantes »
sur le système nerveux central (Tableau 13) :

Tableau 13 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » au niveau du
système nerveux.

Effets
neurolo‐ Références But de l’étude Méthode Résultat
giques

‐ Réduction
significative des
n=12 jeunes incidents de
Evaluer adultes conduite liés au
l’efficacité des
Santé : bonne sommeil et à la
boissons dites
somnolence
« énergisantes » Conditions :
Sommeil subjective pendant
Reyener et sur la réduction Restriction de 5 h
coll.( les 90 premières
de la de sommeil la nuit
2002)(54) minutes de
somnolence précédente
l'entraînement
chez les Boisson : 250 mL
conducteurs sur contenant 80 mg de ‐ L’EEG reflète
test de conduite caféine moins de
simulée. somnolence durant
cette période

63
Références But de l’étude Méthode Résultat

‐ Réduction du
n=15 jeunes temps de sommeil
Sarah M Jay Rechercher adultes de 29,1 min
Sommeil et coll ( l’impact sur le ‐ Efficacité du
Santé : bonne
2006)(55) sommeil sommeil réduit de
BE : Inconnue 91,8 ± 0,9 % à 84,7
± 2,7 %

n=20 sujets jeunes


Boisson : non
Evaluer Amélioration du
précisée
l’efficacité des rendement en
contenant :
Scholey et boissons matière de
Mémoire Kennedy, énergisantes ‐ 75 mg caféine, mémoire
2004(56) sur les ‐ 37,5 g glucose, secondaire en
performances ‐ 12,5 mg extrait comparaison à la
cognitives de ginseng boisson témoin
‐ 2 mg extrait de
ginkgo biloba

n=42 sujets
Boisson : non
précisée
contenant :
‐ 80 mg caféine
‐ 1000 mg Amélioration de
taurine l’attention et du
‐ 600 mg raisonnement
Traitement Evaluation de glucuronolacto verbal en
Warburton
s des l’efficacité des ne comparaison aux
et coll
informatio BE sur la ‐ 5,25 mg placebos
(2001)(57)
ns performance glucose
‐ 21,5 mg
sucrose Aucun effet sur la
‐ 50 mg inositol mémoire
‐ 20 mg niacine
‐ 5 mg vit. B6
‐ 5 mg vit. B5
‐ 1,5mg vit. B2
‐ 0,005 mg vit.
B12

64
Analyse :
Ces études permettent de conclure que les boissons dites « énergisantes » ont
bien un effet sur la réduction de la somnolence. En effet, la caféine exerce une action au
niveau des neurones cholinergiques mésopontines qui ont un rôle dans la production
d’éveil. Pour comprendre le mécanisme d’action, il est important de savoir que ces
derniers sont inhibés par l'adénosine. Les effets antagonistes de la caféine sur les
récepteurs de l'adénosine réduisent alors l'inhibition des neurones cholinergiques
produisant ainsi une augmentation de l’excitation(14).
En outre, la caféine est souvent utilisée pour contrer les effets du manque de
sommeil sur l'éveil diurne. Cette consommation de caféine perturbe le sommeil,
entrainant de nouveau une fatigue et une somnolence diurne : il y a alors installation
d’un cercle vicieux pouvant avoir des conséquences dans la vie de tous les jours tels
qu’une diminution des performances cognitives, des performances scolaires…

L’amélioration des performances cognitives, de la concentration, du


raisonnement verbal incite de nombreux étudiants à consommer ces boissons en
période d’examen non seulement pour diminuer la somnolence comme il a été observé,
mais aussi pour améliorer les capacités d’apprentissage. L’amélioration des
performances cognitive ne fait cependant pas l’unanimité dans toutes les études.

Certains des constituants présents dans ces boissons permettent néanmoins


d’expliquer ce phénomène : le ginseng et le guarana sont connus pour améliorer la
mémoire, notamment grâce aux saponosides (ginsénosides) et aux tanins présents dans
ce dernier.
Certaines études suggèrent que la teneur en sucre et la carbonatation (= réaction
de combinaison avec le CO2) peuvent jouer un petit rôle modulateur dans ces tâches,
seulement en présence de caféine. En revanche, en comparant les effets d’une boisson
dite « énergisante » contenant du glucose à la caféine seule, il est observé que la majorité
de ces améliorations cognitives et psychomotrices n’ont lieu qu’en présence de la
totalité des constituants des boissons dites « énergisantes » .
Ceci suggère que la caféine et le sucre peuvent travailler en synergie pour améliorer
les performances cognitives et psychomotrices. Les écarts entre ces études peuvent être

65
attribuables à des variations telles que les heures de la journée, les expériences et / ou
les autres substances contenues dans les boissons(58).

2. Effets des boissons dites « énergisantes » sur les personnes à


risques

 Les femmes enceintes

Aucune étude concernant l’effet des boissons dites « énergisantes » sur les
femmes enceintes ou allaitantes n’a encore été réalisée. Nous avons ainsi relevé les
effets des principaux ingrédients contenus dans ces boissons chez la femme enceinte.

 La caféine :

La grande différence observée chez les femmes enceintes par rapport au reste de
la population se présente au niveau de la durée de demi‐vie d’élimination de la caféine.
En effet, il a été prouvé à plusieurs reprises que la demi‐vie pouvait augmenter jusqu’à
10 heures, voire même 18 heures de façon moins courante, durant les quatre dernières
semaines de grossesse(11)(59). Il y a donc une augmentation de la concentration de
caféine dans l’organisme se retrouvant directement en contact avec le fœtus. La caféine
ingérée par la mère est directement absorbée par le tractus gastro‐intestinal, traverse
facilement le placenta et sera distribuée à tous les tissus fœtaux sans oublier le système
nerveux central(10).

L’apport quotidien maximal recommandé chez les femmes enceintes est donc de
300 mg/jour(1).

Des études ont montré chez le nouveau‐né une réduction significative du poids de
naissance(60)(59).

Des expériences sur les rats ont par ailleurs montré :


‐ Un taux de mortalité plus élevé pendant ou après la naissance
‐ Une diminution de la taille des portées
‐ Une croissance plus lente donnant par la suite des adultes plus petits que la
normale(61).

66
De plus, la caféine est aussi excrétée directement dans le lait maternel(10). Des études
sont encore à approfondir sur ce sujet, mais dans l’attente de nouveaux résultats
l’abstention de caféine chez la femme enceinte et allaitante est à conseiller.

 La taurine :

Une étude réalisée sur des chattes nourries avec 0,05, 0,2 ou 1 % de taurine n’a
montré aucun effet indésirable chez les adultes ou chez les petits. Il en a même résulté
de meilleures performances de reproduction en comparaison avec les femelles ayant
reçu un régime alimentaire normal. Le poids à la naissance et le poids du cerveau au
moment du sevrage étaient significativement plus élevés dans le groupe riche en taurine
que dans le groupe contenant une quantité normale de taurine. Cependant, le taux de
croissance le plus grand a été réalisé par le groupe contenant le moins de taurine.
La concentration en taurine dans le lait des femelles en lactation était sensiblement plus
élevée chez les chats nourris avec des régimes plus élevés de taurine : de la même façon
que la caféine, la taurine passe également dans le lait maternel(62).

Une autre expérience réalisée sur des femmes enceintes a montré une diminution
de l’excrétion de taurine dans les urines pendant la gestation et l’allaitement. Il s’agirait
d’une réponse physiologique qui permet de satisfaire les besoins du fœtus et du
nourrisson allaité par cet « acide aminé(63) ».

 Le ginseng :

Un effet tératogène du ginseng a été mis en évidence in vitro suite à l’exposition


du fœtus aux ginsénosides. Ce résultat a rapidement été remis en question car le niveau
de ginsénosides était trop élevé dans cette étude comparée à la dose présente dans les
boissons dites « énergisantes ».
Concernant l’allaitement, il n'existe pas d'études humaines sur la sécurité de
Panax ginseng, mis à part trois études in vitro sur des animaux rapportant un risque
minime du ginseng(64).
Il est donc recommandé d’éviter l’utilisation de produits à base de ginseng tels
que les boissons dites « énergisantes » tant que des études plus rigoureuses ne prouvent

67
une sécurité chez ces personnes à risque.

L’utilisation des boissons dites « énergisantes » paraît donc dangereuse chez la


femme enceinte compte tenu des effets que peuvent engendrer les constituants pris
indépendamment les uns des autres.

 Les enfants

Avec le temps, la moyenne d’âge des consommateurs a tendance à diminuer, et


les 10‐15 ans deviennent de plus en plus adeptes à ce genre de boissons. En effet,
concernant une population de 1000 adolescents, une étude allemande indique que 94 %
d’entre eux étaient au courant de l’existence des boissons dites « énergisantes », 53 %
avaient déjà essayé et 25 % en buvaient régulièrement.

Les boissons dites « énergisantes » sont vendues dans de nombreux commerces


de proximité et sont donc facilement accessibles par les enfants et les adolescents. De
plus, certaines marques contenant des niveaux élevés en caféine vantent leur utilisation,
à savoir « pensée claire, meilleure performance athlétique, etc. ». Des promesses qui
sont très tentatrices pour les jeunes(65).
L’intérêt dans cette partie sera majoritairement porté sur le principal ingrédient
présent : la caféine.
En effet, il faut savoir que la consommation maximale de caféine chez les enfants
et les jeunes adolescents ne doit pas dépasser 2,5 mg/kg de poids corporel. En prenant
l’exemple d’une canette de Red bull contenant 77 mg de caféine : sa consommation
équivaut à 1,1 mg/kg pour un homme de 70 kg et 2,2 mg/kg pour un préadolescent de
35 kg(9).
Les limites recommandées de l’apport journalier en caféine chez les jeunes sont
résumées dans le tableau 14 :

68
Tableau 14 : Limites recommandées de l’apport quotidien en caféine chez les jeunes(1)

Apport quotidien Equivalence en tasse de


Population maximal de caféine café filtré contenant 135
recommandé mg de caféine

Enfants de 12 ans et 2,5 mg/kg de poids


moins corporel

4‐6 ans 45 mg ≈ ⅓ de tasse


7‐9ans 62,5 mg ≈ ½ de tasse
10‐12 ans 85 mg ≈ ⅔ de tasse

Adolescents de 13 ans et 2,5 mg/kg de poids


plus corporel

Fille ou garçon : 112 mg ≈ ¾ de tasse


13 ans Fille (55 kg) : 138 mg ≈ 1 tasse
Garçon (65kg) :162 mg ≈1 ¼ tasse

La faible consommation de caféine par les enfants amplifie le risque


d’intoxication en raison de l’absence de tolérance pharmacologique(65).
Une étude a montré qu’une même dose administrée à la fois chez les adultes et les
enfants de sexe masculin affecte la pression artérielle de la même façon dans les deux
groupes, mais augmente la fréquence cardiaque chez les garçons(66).
D’un point de vue physiologique, la caféine augmente la pression artérielle
ambulatoire d’une façon dose‐dépendante chez les enfants et les adolescents et son
exposition sur un cerveau en développement peut avoir des effets à long terme sur son
fonctionnement. Durant la période de l’adolescence le cortex orbito‐frontal et le lobe
temporal sont encore en développement. Ces zones contiennent des récepteurs à
l’adénosine ce qui expliquerait une potentielle modification à ce niveau(67).

Durant cette tranche d’âge, les enfants ne dorment pas plus de 8 heures en
moyenne. Les jeunes ayant l’habitude de consommer une quantité modérément élevée
ou très élevée de caféine ont un sommeil de moins bonne qualité avec des perturbations
ou des réveils plus fréquents que les non consommateurs.

69
De la même façon que les adultes, la suppression de caféine chez les adolescents a
mis en évidence des maux de tête, somnolence et fatigue.
Une meilleure dextérité manuelle et un temps de réaction plus court chez les enfants
consommateurs de caféine seraient le seul point positif de cet élément(58).

L’utilisation de boissons dites « énergisantes » peut s’avérer encore plus nocive


pour certains groupes d’enfants dits « à risques » :

‐ Les enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention : ils représentent en


effet le taux le plus élevé d’enfants toxicomanes.
‐ Les enfants souffrant de troubles alimentaires notamment les enfants obèses. Ces
boissons sont d’une part riches en calories et sont d’autre part un facteur limitant
dans la consolidation des os et de la croissance(65).

II. Boissons dites « énergisantes » et les étudiants

Les boissons dites « énergisantes » sont particulièrement consommées par les


adolescents et les jeunes adultes : il s’agit en effet de la tranche d’âge la plus
consommatrice. D’après une étude réalisée aux USA(68), 81,4 % des jeunes participants
à l’étude ont essayé une boisson dite « énergisante » au moins une fois dans le passé,
18,6 % de l'échantillon n'ont jamais essayé de boisson dite « énergisante » et 6,4 % de
l'échantillon total se sont décrits comme des consommateurs réguliers.
De nos jours, le mélange boisson dite « énergisante » / alcool est un cocktail de
plus en plus populaire en particulier chez les étudiants(69). En effet, l’étude précédente
décrit que 44 % ont déjà essayé ce mélange ou étaient des consommateurs réguliers.

A. Motivations de la consommation de boissons dites


« énergisantes » (70)(71)(72)

La population interrogée, à savoir les jeunes adultes y compris les étudiants,


déclare consommer ces boissons dites « énergisantes » de façon occasionnelle pour les
raisons suivantes :

70
• Lutter contre le manque de sommeil
• Augmenter leur concentration
• Augmenter leur énergie
• Etudier
• Conduire pendant un long trajet
• Traiter « la gueule de bois »
• Améliorer leur performance sportive
• Par curiosité

Les raisons pour lesquelles ils associent ces boissons avec de l’alcool sont :

• Se rendre ivre
• Améliorer le goût des boissons alcoolisées (54 %)
• Pour faire la fête
• Pour boire sans se sentir ivre
• Etendre leur période de soirée (27,7 %)

B. Les boissons dites « énergisantes » et l’alcool

De nombreuses études ont donc montré une forte augmentation de


consommation de ces « cocktails » chez les jeunes étudiants. Afin d’avoir une
appréciation de l’effet de ce mélange dans notre organisme, il est intéressant d’étudier
l’effet de l’éthanol sur les principaux constituants des boissons dites « énergisantes ».

1. Etudes réalisées

De nombreuses études ont été réalisées ces dernières années dans le but
d’obtenir plus d’informations concernant l’effet du mélange boisson dite « énergisante »
/éthanol (Tableau 15).

71
Tableau 15 : Etudes analysant les effets du mélange boisson dite « énergisante » /éthanol

Références Population/Produits But de l’étude Résultat

Howland et Coll. ‐ 127 jeunes étudiants Comparer les effets L'alcool compromet :
ou jeunes diplômés de l’alcool (bière)
2010(73) ‐ l'attention
avec ou sans caféine
‐ le temps de réaction
sur l’attention et le
au volant
‐ Bière/ caféine temps de réaction
lors d’une épreuve Aucune différence de
de conduite simulée performance n’est
constatée entre les
groupes avec et sans
caféine

Marczinski et coll. ‐12 jeunes adultes Test paradigme de Résultats :


2006(74) ‐ alcool/ caféine
double avec les
Alcool seul: la difficulté
mêmes conditions
augmente
que l’étude 1 : ex :
conduite dans une Alcool + caféine =
circulation lente+ ‐ meilleure précision
téléphone au volant
‐ perception de
l’intoxication altérée :
sensation d’état d’ivresse
affaiblie

Ferreira et coll. ‐ 26 jeunes Evaluer les effets de ‐ Concentration d’alcool


volontaires de sexe l'ingestion simultanée dans l’haleine non
2006(69)
masculin d’alcool + une boisson modifiée
dite « énergisante »
‐ Diminution des signes
comparativement à
d’intoxications liés à
‐ Red Bull®: 3,57 ceux présentés après
l’alcool (réduction des
ml/kg l'ingestion d'alcool
maux de tête, faiblesse,
seule ou d’une BE
sécheresse de la bouche et
seule
des troubles de la
coordination motrice)
‐ Vodka 37,5% v/v
‐Résultats aux tests
moteurs de coordination
et des temps de réaction
visuelle inchangés
‐ Réduction des
symptômes subjectifs de
l’ivresse

72
Références Population/Produits But de l’étude Résultat

O’Brien et coll. Produit non précisé ‐ Sondage en ligne ‐ 697 élèves (24 %) ont
2008(75) mené sur 4271 consommé le mélange
étudiants de dans les 30 derniers jours
10 universités en
‐ Les étudiants de sexe
Caroline du Nord.
masculin, de couleur
blanche, jeunes et sportifs
étaient beaucoup plus
susceptibles de
consommer ce mélange
‐ Augmentation de la
fréquence de
consommation (6,4 jours
contre 3,4 jours en
moyenne)
‐ Deux fois plus d'épisodes
d'ivresse hebdomadaire
(1,4 jour / semaine vs
0,73 jour / sem.).
Les étudiants qui ont
déclaré avoir consommé
des boissons dites
« énergisantes » avec de
l’alcool ont une prévalence
significativement plus
élevée de subir les risques
liés à l'alcool

Thombs et ‐ 802 personnes Interrogation des Les personnes ayant


coll(76)(77). sélectionnées au hasard clients sur l’intention consommé le mélange ont
de conduire et un risque trois fois plus
dosage de la élevé de sortir d’un bar en
‐Produits non précisés concentration état d’ébriété et un risque
d’alcool dans 4 fois plus important de
l’haleine des prendre le volant en état
personnes ayant d’ébriété que celles qui
consommé des n’ont pas fait de mélange
boissons dites
« énergisantes » avec
de l’alcool en sortant
d’un bar

73
Références Population ‐ But de l’étude Résultat
/Produits

Curry & Stasio, ‐ 27 femmes non Consommation au Les participants ayant


2009(78)(76) privées de caféine hasard : consommé la boisson dite
« énergisante » avec
‐ Boisson dite
‐ Monster Energy l'alcool montrent une
« énergisante » seule
drink® diminution des
‐ Mélange alcool + performances post‐test sur
boisson dite un score global de l'état
« énergisante » neuropsychologique : à la
‐ Boisson sans fois sur les performances
caféine ni alcool visuelles spatiales et
structurales et sur la
performance linguistique

En résumé, il y a quelques désaccords entre ces études, notamment entre l’étude


réalisée par Howland et Coll. qui ne voit aucune différence entre le groupe contenant de
la caféine et celui sans caféine, et l’étude réalisée par Marczinski et Coll. qui note un petit
bénéfice de la caféine dans la lutte contre les effets délétères de l’alcool, notamment par
une impression d’état d’ivresse diminuée et une meilleure précision de conduite.

D’après les études ci‐dessus, les modifications qu’apportent le mélange boisson


dite « énergisante » /alcool par rapport à la consommation d’alcool seul sont :
‐ Une diminution des signes d’intoxications liés à l’alcool
‐ Une réduction des symptômes subjectifs de l’ivresse
‐ Une augmentation de la fréquence de consommation
‐ Une augmentation des épisodes d'ivresse hebdomadaire
‐ Une augmentation de la prévalence des risques liés à l'alcool
‐ Une diminution des performances post‐test sur un score global de l'état
neuropsychologique

A l’inverse, certains éléments ne varient pas par rapport à la consommation


d’alcool seul :
‐ Aucune modification de la concentration de l’alcool dans l’haleine
‐ Les résultats aux tests moteurs de coordinations et des temps de réaction visuelle
sont inchangés.

74
Enfin, une étude non citée dans le tableau ci‐dessus réalisé par Miller et Coll. en
2008, a examiné les relations entre la consommation de boissons dites « énergisantes »
et les problèmes de comportement chez les adolescents et les adultes émergents. Elle
conclut que la fréquence de la consommation des boissons dites « énergisantes » serait
associée à la consommation de marijuana, la prise de risque sexuel, les combats,
l’omission de ceinture de sécurité, au tabagisme, à la consommation de médicaments
illicites et aux problèmes d'alcool(79). Brach et Coll., quant à eux, se demandent si les
individus consommant ces boissons ne sont pas depuis toujours des individus aimant
prendre des risques(80).

Les résultats de ces études ne font pas l’unanimité chez certains auteurs. Elles sont
insuffisantes pour tirer des conclusions définitives. En effet, aucune d’entre elles ne
prouve que :
‐ les boissons dites « énergisantes » soient consommées plus que les autres boissons
contenant de la caféine (par exemple, colas)
‐ la co‐consommation d'alcool et de boissons dites « énergisantes » initie la
dépendance ou l'abus de drogues et d'alcool(70).

2. Caféine et alcool

Il est possible de penser que la caféine pourrait être un traitement contre


l’intoxication aiguë à l’alcool : en effet, elle est utilisée comme traitement des
intoxications modérées par les dépresseurs du système nerveux en jouant un rôle
d’antagonisme partiel.
Les études citées ci‐dessus montrent que la caféine inverse les effets de l’alcool
en ce qui concerne le temps de réaction, la vitesse psychomotrice et les performances de
conduites simulées à des niveaux d’alcool modéré. Cependant le taux d’erreur n’a pas été
modifié.
La caféine a donc permis aux personnes intoxiquées de répondre aussi
rapidement que si elles étaient sobres, mais leur performance est affectée.
Seulement deux conditions s’opposent à la théorie du traitement :
‐ Les doses nécessaires pour réduire les effets dépresseurs de l’alcool sont inconnues
de nos jours.

75
‐ La réduction des effets dépresseurs n’a pas fait ces preuves dans un simulateur de
conduite(69)(81)(82).

De plus, une étude établie sur des souris a montré qu’à certaines doses (3 g/kg
d’éthanol et pas moins de 100 mg/kg de caféine) il y aurait augmentation de l’activité
locomotrice par rapport à l’injection d’éthanol seul(83).

3. Taurine et alcool(69) :

La taurine possède de nombreux rôles au niveau de l’activité locomotrice, de la


régulation osmotique, de la neuro‐protection, de la neuro‐modulation et de la libération
de dopamine. En effet, la taurine et l’éthanol exercent des effets modulateurs
allostériques positifs sur les canaux neuronaux ligand chlorures‐dépendants (récepteurs
GABAA et récepteurs à la glycine) ainsi que des effets inhibiteurs sur des canaux
cationiques voltage‐dépendants (récepteurs RNMDA et canaux Ca2+). La taurine pourrait
donc avoir un effet modulateur important de l’éthanol sur le système nerveux, mais peu
d’études ont été réalisées sur les interactions alcool/taurine concernant les
performances cognitives des humains.

Elle possède également un rôle dans la motivation de prise d’éthanol :

La taurine et plusieurs molécules apparentées, y compris l'acamprosate dérivé de


l’homotaurine (acétylhomotaurinate de calcium), peuvent réduire l’auto‐
administration d’éthanol et les rechutes.

Prises ensemble, ces données suggèrent que le système de taurine endogène peut
être un modulateur important des effets de l'éthanol sur le système nerveux et peut
représenter une nouvelle voie thérapeutique pour le développement de médicaments
pour traiter l'abus d'alcool et l'alcoolisme(84).

76
‐ des effets de l’éthanol dans le foie(85) :

La co‐administration de taurine et d’alcool de façon chronique chez le rat établie


lors de l’étude réalisée par Kerai et Coll. a montré une réduction de stéatose hépatique et
a complètement empêché la peroxydation hépatique contrairement à l’administration
d’éthanol seul. La taurine n’empêche cependant pas l’augmentation de l’excrétion de
l’homocystéine. De plus, les acides biliaires conjuguent la taurine (acide taurocholique)
pour inhiber l'activité de certaines enzymes microsomales dont la CYP2E1 présente
dans le métabolisme de l’éthanol (Figure 10)

CYP 2E1

Ethanol AcétylCoA Acétaldéhyde


Alcool Aldehyde
déshydrogénase déshydrogénase

Figure 10 (69): Schéma représentant le métabolisme de l’éthanol

4. Autres constituants et éthanol(69)

‐ Glucides et vitamines B : administrés en même temps, ils peuvent favoriser la


stimulation du métabolisme énergétique contribuant ainsi à la réduction des effets
dépresseurs de l'alcool.

‐ Le saccharose : Zacchia et al. (1991) ont rapporté que l’administration de


saccharose atténuerait certains effets subjectifs de l'intoxication alcoolique, sans
influencer la concentration d'alcool dans le souffle.

77
III. Boissons dites « énergisantes » et le sport

A. Efficacité des boissons dites « énergisantes » sur les


performances physiques

Suite à la grande consommation de ces boissons par les athlètes avant un effort
important, quelques études ont été réalisées afin de tester leur efficacité ou leurs
dangers dans plusieurs situations (Tableau 16).

Tableau 16 : Etudes analysant les effets des boissons dites « énergisantes » sur les
performances physiques

Sport
Quantité Performance Résultats Réf.
pratiqué
Volume : 255 mL 3 séries de huit Aucune modification
Todd A.
Boisson : Red Bull® épisodes de sur :
Sprint et
Caféine : 1,3 mg / kg sprint une heure La distance parcourue
coll(86).
Taurine : 1000 mg après l’ingestion La fréquence cardiaque

Boisson : Red Bull® Red Bull® sans sucre


Andow
sans sucre n’a pas influencé
Course à Test de durée et
pied Caféine : 2mg/kg soit l’intensité des
coll(87).
147 mg performances

Amélioration de la
performance avec la
BDE par rapport au

500 mL Red Bull® placebo (3,690 ± 64 s


vs 3,874 ± 93 s, p < .01) Ivy et
‐ 2 g de taurine Course contre la
Cyclisme Coll(88).
‐ 160 mg de caféine montre
soit 2,2 mg/kg

78
Sport Quantité Performance Résultats Réf.
pratiqué
Augmentation de :

‐ hauteur des sauts


(35,8 ± 5,5 cm; P
<0,05)
‐ Test de saut de
‐ vitesse moyenne de la
15 s
course pendant le
630 ± 52 mL de Red ‐ Sprint répété
sprint (26,3 ± 1,8 km · Des coso
Bull sans sucre soit (7 x 30 m , 30 s de
Football h‐1, p <0,05) et
3mg de caféine/kg récupération
‐ distance totale al(89).
active )
parcourue à une
‐ Match de
vitesse supérieure de
football simulé
13 km/h au cours du
jeu

‐ nombre de sprints
pendant tout le match

Musculation Red Bull® : 2mg/ kg ‐ Endurance ‐ Augmentation : Forbes


(développé‐
de caféine musculaire : Du nombre de et
couché) :
anaérobie de nombre maximal développés‐couchés Coll(90).
wingate
. de répétitions sur De l’endurance des
3 séries muscles du corps
‐ Trois test de ‐ Aucun effet sur la
30 s de vélo puissance moyenne
Wingate (charge
= 0,075 kp/kg de
masse corporelle)

Ces études montrent que les effets des boissons dites « énergisantes » sur
l’activité physique sont variables selon la quantité de boisson ingérée. Les études dans
lesquelles les patients ne consomment qu’une seule boisson dite « énergisante » soit
environ 1,1 mg/kg pour un adulte de 70 kg ne prouvent aucune amélioration concernant

79
la performance physique. Cependant, l’ingestion de 2 ou 3 canettes (soit 2 à 3 mg/kg de
caféine) a tendance à améliorer les performances physiques. En effet, une étude a
démontré(91) qu’à partir de 3mg/kg de caféine, il y a une relation entre la force de
production et la vitesse vers le haut sur le demi‐squat et le développé‐couché. Ainsi, une
boisson dite « énergisante » comprenant au moins 3 mg/kg est nécessaire pour
améliorer considérablement la performance musculaire.
De plus, il a été prouvé que les muscles du bas du corps sont plus sensibles à
l’ingestion de caféine en raison de leur faible niveau d’activation.

B. Effets des constituants des boissons dites « énergisantes » chez


les sportifs

1. Caféine

Durant l’effort, la caféine peut jouer un rôle néfaste du point de vue


physiologique. En effet, elle a tendance à jouer un rôle sur l’aldostérone (hormone
antidiurétique) provoquant ainsi une grande rétention d’eau. De même, après un effort
physique, la caféine à un effet diurétique qui limite la réhydratation en augmentant la
production d’urine lorsque le corps est au repos.
De ce fait, la caféine ne doit pas être consommée dans les heures précédant ou suivant
un exercice physique. En effet, l’hydratation du sportif est primordiale durant cette
période(92).

2. Sucre

Le glucose est un nutriment important pour améliorer les performances


musculaires.
Les boissons dites « énergisantes » contiennent une concentration de sucre plus élevé
que les boissons énergétiques pouvant provoquer à l’effort des effets indésirables. En
effet, au‐delà de 14 g pour 250 mL, le sucre peut inhiber la libération d’eau dans les
muscles et donc avoir un effet diurétique empêchant l’hydratation du sportif(93).

80
3. Autres constituants

Les études concernant la taurine et la glucuronolactone chez les sportifs sont


extrêmement limitées, il est probable que la combinaison des ingrédients influence les
résultats.

C. Différence entre boissons dites « énergisantes » / boissons pour


sportifs

De nombreuses personnes ont tendance à confondre « boisson dite


"énergisante" » et « boisson énergétique ». En effet, le sponsoring des sports extrêmes et
la pression marketing y sont pour beaucoup. La différence entre ces deux types de
boissons est reportée dans le tableau 17.

Tableau 17 : Comparaison boisson dite « énergisante » / boisson énergétique(94)(95)

Boissons pour sportifs/


Boissons dites « énergisantes »
boissons énergétiques
‐ Caféine : de 50 à 80 mg pour ‐ Electrolytes : Na et K
250mL ‐ Glucides : 6 g pour 100mL
‐ Glucides : 10 à 12 g pour 100mL ‐ Minéraux : Ca, Mg
‐ Acide aminé : Taurine ‐ Vitamines C et E
Composition
‐ Vitamines B ‐ Nutriments
‐ Glucuronolactone

‐ Extrait de plantes : Guarana,


Ginseng…

‐ Supposée améliorer : la ‐ Réhydratation en remplaçant


perception, la vigilance, les électrolytes perdus dans la
l’attention sueur, l’urine, les fèces

la concentration mentale ‐ Réguler la température


Rôles de la
boisson la capacité d’exercice corporelle

la perception de fatigue ‐ Fournir de l’énergie

Initialement non destinée pour le ‐ Améliorer la performance

sport

81
Boisson dite « énergisante » Boisson pour sportifs/
boissons énergétiques
Adultes Athlètes professionnels et
Personnes
concernées grands sportifs

Enfants Enfants

Adolescents Adolescents
Personnes contre‐ Diabétiques Personnes en surpoids
indiquées
Antécédent cardiovasculaire

Femmes enceintes

Inadaptation : Adaptation :

‐Quantité de sucre trop ‐ Apporte eau, minéraux et


importante énergie nécessaire pour les

‐ N’apporte pas une bonne efforts prolongés ou intense

hydratation

Inadaptation/ ‐Trop concentrée donc peu


adaptation à
digestes pendant l’effort
l’effort
‐Leur minéralisation n’est pas
adaptée au besoin de l’effort

‐Fortement acide
‐Présence de caféine favorisant la
perte d’eau et de minéraux.

Marques Red bull® Powerade®

Monster® Isostar®

La consommation de boisson dite « énergisante » a, certes, fait ces preuves dans


l’amélioration des performances physiques, cependant il est important de signaler que :
‐ L’effet se manifeste à partir de 3 mg/kg de caféine
‐ La caféine conduit à une rétention d’eau importante durant l’effort
‐ La concentration de sucre trop élevée inhibe la libération d’eau dans les muscles.

82
Ces effets sont donc néfastes pour la santé, les boissons dites « énergisantes » ne
permettent pas de maintenir l’équilibre électrolytique et sont responsables de
déshydratations qui peuvent engendrer des pertes de connaissance, des vertiges ou un
risque d’hypotension.
C’est pourquoi il est préférable d’utiliser des boissons énergétiques qui contiennent tous
les éléments nécessaires à la réhydratation, à la régulation de la température et à
l’augmentation d’énergie. Cependant ces boissons ne doivent être utilisées que par des
sportifs avérés et de la même façon que les boissons dites « énergisantes » , les enfants
(en dehors des enfants sportifs de haut niveau) doivent s’abstenir d’en consommer.

Conclusion :

Malgré les effets qu’elles engendrent, la commercialisation des boissons dites


« énergisantes » ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années. L’amélioration des effets
cognitifs, de l’attention, du temps de réaction, de la concentration et des performances
physiques sont des éléments attractifs parfois surévalués par les campagnes
publicitaires.
Les effets néfastes tel que l’augmentation de la pression artérielle, la diminution de la
qualité de sommeil, le risque de déshydratation sont trop souvent ignorés par la
population notamment chez les enfants et les femmes enceintes qui présentent un
risque plus élevé.

83
PARTIE III

84
Suite à la nouvelle formulation du RedBull® avec taurine apparue en France le
15 juillet 2008, l’InVS (Institut de Veille Sanitaire) en collaboration avec l’ANSES(96)
(Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du
Travail) a demandé aux Centres Antipoison et de Toxicovigilance (CAPTV) de France de
signaler durant 6 mois les effets indésirables dus aux boissons dites « énergisantes » (en
particulier la boisson RedBull®).
Compte‐tenu de la survenue d’effets indésirables parfois graves, une nouvelle
enquête a été menée sur une période plus longue, allant du 1er janvier 2009 au
30 novembre 2012.
Ces deux enquêtes se sont basées sur l’interrogation de la BNPC (Bases
Nationales des Produits et Compositions) et du SICAP (Système d’Information des
Centres Antipoison) afin de déterminer la liste des préparations éligibles.
De plus, une fiche de recueil élaborée par le CAPTV de Marseille, puis validée par le
comité de coordination de toxicovigilance, a été adressée à tous les CAPTV de France
afin de la compléter.
Les analyses ont été effectuées d’après les données suivantes :
 L’âge et le sexe
 La marque de la boisson dites énergisante utilisée
 La concentration de caféine
 La région géographique des cas
 Les circonstances d’exposition
 Le cas d’imputabilité
 La présence ou non de substances, d’alcool ou de médicaments associés aux
boissons énergisantes
 La gravité a été déterminée en fonction de la classification PSS

Les termes aigus et chroniques seront utilisés dans cette partie. On parle alors de
chronicité au‐delà de 2 mois de consommation de BDE de façon répétitive.

Cette partie va uniquement concerner la deuxième étude établie par le CAPTV. En


effet, elle recense un échantillon plus large (Cf annexe 1) que la première étude car le
recueil s’est effectué sur une longue période et les données en sont également plus
précises.

85
Parmi les 209 sujets éligibles, 205 ont été inclus de l’analyse suivante, soit un taux
d’inclusion de 98 %.
En effet, les boissons énergétiques qu’ont consommées les quatre sujets exclus ne
rentrent pas dans cette étude.

I. Population concernée par l’étude

A. Répartition du sexe des consommateurs

Tableau 18 : Répartition du sexe des consommateurs durant l’enquête

Effectif (n) Fréquence (%)


Taille de l’échantillon 205
Féminin 49 23,9
Masculin 156 76,1

La majorité des consommateurs est de type masculin. Ils représentent en effet 76,1% de
la population.

B. Analyse de l’âge des consommateurs


1. Dans l’ensemble

Tableau 19 : Analyse de l’âge des consommateurs.

Période 2009‐2012
Effectif (n) 196
Âge
Moyenne 21,1
Ecart‐type 12,823
Médiane 19
Minimum 0,6
Maximum 85

Sur les 205 sujets inclus dans cette enquête, 9 d’entre eux n’avaient pas renseigné leur
âge.

86
L’âge moyen de cette étude était 21 ,1± 12,2 ans. Le sujet le plus jeune était âgé de
7 mois tandis que le plus âgé avait 85 ans. Afin d’en savoir plus sur l’âge des
consommateurs concernés, il serait intéressant d’évaluer la tranche d’âge la plus
consommatrice de boissons dites « énergisantes ».

2. Par tranche d’âge

L’âge des consommateurs a été divisé en 5 tranches :


Tableau 20 : Evaluation des tranches d’âge des consommateurs

Effectif (n) Fréquence (%)


Age
< 5 ans 19 9,3
Entre 5 et 9 ans 12 5,9
Entre 10 et 19 ans 86 42,0
Entre 20 et 39 ans 74 36,1
> 40 ans 14 6, 8

Le tableau suivant permet d’observer que la tranche d’âge la plus consommatrice


de boissons dites « énergisantes» est la tranche des 10‐19 ans.
Les circonstances d’utilisation de ces boissons par les jeunes adolescents seront
détaillées plus bas.

II. Quantité

De façon à évaluer les volumes consommés par les personnes exposées, les
consommations aiguës et chroniques ont été séparées. Une consommation est dite
chronique à partir de 2 mois de consommation régulière.
65 cas ont été exclus de l’étude soit un taux d’exclusion de 31,7% pour les raisons
suivantes :
• la variable « aiguë ou chronique » n’a pas pu être renseignée (2 cas)
• le volume n’est pas renseigné ou impossible à évaluer (62 cas) ;

En effet, certains volumes ont été évalués en « gorgées » notamment chez les
nourrissons. Le volume de boisson ingéré d’un nourrisson à l’autre étant très différent,
ces cas ont été exclus de l’étude.

87
Tableau 21 : Evaluation de la quantité du volume ingéré de façon aiguë et chronique :

Aiguë Chronique
Effectif (n) 126 10
Volume (mL)
Moyenne 991,9 2075,0
Ecart‐type 510,99 2300,51
Médiane 500,0 1250,0
Minimum 15 250
Maximum 11000 8000

Le tableau suivant permet de constater qu’en moyenne, les consommateurs de


boissons dites « énergisantes » consomment 991,9 ± 510,99 mL de façon aiguë, soit
environ 4 canettes. Afin de se rendre réellement compte du volume ingéré, il est
important de noter que sur une majorité de marques de ces boissons, une canette
correspond à 250mL.
La plus grande quantité de boisson énergisante ingérée de façon aiguë est de 11000 mL
soit 44 canettes de 250 mL en 18 h.
Concernant les consommations chroniques, le volume reste inconnu pour 5 cas.
La moyenne s’élève à 2075 ± 2300,51 mL.

III. Répartition géographique de l’étude

Le tableau suivant indique la répartition géographique des cas d’exposition aux


boissons dites « énergisante » entre 2009 et 2012 :

88
Tableau 22 : Nombre de cas d’exposition en fonction des régions

Région Nombre de cas d’exposition Nombre d’habitants (97)


N %* N %**

Alsace 7 3,3 1 852 325 2,9


Aquitaine 8 3,8 3 254 233 5,2

Auvergne 2 1,0 1 350 682 2,1

Basse‐Normandie 2 1,0 1 475 684 2,3

Bourgogne 1 0,5 1 642 734 2,6

Bretagne 7 3,3 3 217 767 5,1

Centre 6 2,9 2 556 835 4,0

Champagne‐Ardenne 4 1,9 1 336 053 2,1

Corse 1 0,5 314 486 0,5

Franche‐Comté 4 1,9 1 173 440 1,9

Haute‐Normandie 4 1,9 1 839 393 2,9

Ile‐de‐France 28 13,4 11 852 851 18,8


Languedoc‐Roussillon 14 6,7 2 670 046 4,2

Limousin 1 0,5 741072 1,2

Lorraine 4 1,9 2 350 657 3,7


Midi‐Pyrénées 15 7,1 2 903 420 4,6

Nord‐Pas‐de‐Calais 14 6,7 4 042 015 6,4

Pays de la Loire 17 8,1 3 601 113 5,7

Picardie 3 1,4 1 918 155 3,0


Poitou‐Charentes 5 2,4 1 777 773 2,8
Provence‐Alpes‐Côte 21 10,0 4 916 069 7,8
d’Azur
Rhône‐Alpes 35 16,7 6 283 541 10,0
Département et 1 0,5 1 863 056 2,9
Territoires d’Outre‐Mer
Monaco 1 0,5
Etranger 1 0,5
Non renseignée 3 1,4
Total 209 100 63 070 344 100
* Nombre de cas de la région rapporté au nombre de cas en France
**Nombre d’habitant de la région rapporté à la population française

89
Ce tableau montre que les régions présentant le plus de cas d’exposition aux BDE
sont les régions Rhône‐Alpes et Ile de France.
Il serait intéressant de savoir si ces valeurs sont conformes avec le nombre d’habitants
dans la région ou si au contraire elles reflètent un nombre de consommateurs supérieur
aux autres régions.
Pour cela, le pourcentage de cas d’exposition aux boissons dites « énergisantes »
par région a été évalué. De la même façon, le nombre d’habitants de chaque région a été
rapporté à la population française dans le tableau 22 ci‐dessus.
Il est possible d’observer :
‐ Concernant l’Ile de France, la quantité importante de cas d’exposition peut être
expliquée par le nombre d’habitants présents dans cette région (la proportion
des cas exposés de cette région dans cette étude étant inférieure à la proportion
des habitants d’Ile de France dans la population française)
‐ Pour la région Rhône‐Alpes, la situation inverse se présente : la proportion de cas
d’exposition aux boissons dites « énergisantes » est supérieure à la proportion de
ses habitants en France. Ainsi, cette région est supposée être plus consommatrice
de boissons dites « énergisantes » que les autres régions.

Cependant, ce constat pourrait être mis en relation avec la moyenne d’âge de ces
deux régions.
La région Rhône‐Alpes, par sa géographie, offre un large choix d’activités physiques et
extrêmes : ski , snowboard, VTT… Sa population peut être ainsi plus exposée aux
boissons dites énergisantes par la pression marketing des industriels et les évènements
sportifs organisés. De plus, cette région présente un grand nombre d’étudiants par la
présence de Lyon et Grenoble, augmentant alors les raisons de leur consommation
(cadre festif, période d’examen).
La région Rhône‐Alpes présente ainsi toutes les prédispositions à la consommation de
boissons dites « énergisantes ».
Néanmoins, cela pourrait provenir d’une meilleure prise en charge de ce
phénomène dans cette région. Les CAP de la région Rhône‐Alpes ont peut‐être été plus
sensibilisés à ce sujet que les autres régions.

90
Figure 11: Carte de France représentant les régions les plus touchées :

IV. Evaluation de la quantité des différentes marques de boissons dites


« énergisantes » utilisées par les consommateurs

Au fil des années, le nombre de marques de boissons dites « énergisantes » ne


cesse d’augmenter. Durant la 2ème enquête des CAPTV de France voici les produits qui
ont été relevés (Tableau 23) :

91
Tableau 23 : Différentes marques de boissons dites « énergisantes » utilisées par les
consommateurs entre 2009 et 2012 :

Marque de boissons énergisantes Nombre de consommateurs


Burn Energy Drink® 2
Burn Instinct Energy Drink® 2
Burn Intense Energy Drink® 1
Burn Intense Energy Drink Shot® 6
Casino Energy Drink® 1
Dark dog® 7
Free Energy Drink® 1
Get‐it Energy drink 1
Mixxed Up Stimulation Drink® 2
Red Bull Energy Drink avec Taurine® 123
Red Bull Energy Drink sans taurine® 9
Taurus Energy Drink Saveur Originale® 1
River tonic water® 1
V Energy Drink® 1
XXX Energy Drink® 2
Carrefour Taurine Force® 1
Iperia® 1
Monster® 7
Monster Energy® 7
Monster Ripper® 1
Red Energy® 1
Rockstar® 1
Rodeo® 1
Truc de fou® 1
Total 180

Ce tableau regroupe 180 consommateurs de boissons dites « énergisantes », les


boissons énergétiques ont été exclues à savoir : 2 cas d’exposition avec Powerade®, un
cas avec Minreal Drink® et un cas avec Ergysport®.

92
De plus, dans 20 autres cas, il n’a pas été indiqué si la Red Bull® contenait ou non de la
taurine.
Enfin, dans 8 cas, le nom et la composition de la boisson dite « énergisante » ne
sont pas renseignés.
Au total, l’enquête révèle 205 cas d’exposition. Cependant, cette étude comprend un cas
impliquant 2 produits de marques différentes et un cas en impliquant 3.
Le nombre de boissons dites « énergisantes » s’est donc démultiplié en quelques années.
Il est évident que la boisson la plus représentée dans cette étude est la boisson
Red Bull®. En effet, sur 205 patients faisant partie de l’enquête, 152 cas, soit 74% , en
consomment. En deuxième position la boisson Monster® est la plus représentée avec
15 cas (7%) suivie de la boisson Burn® avec 11 cas (5%).
Dans la population française, d’après le journal Le Figaro®, les boissons dites
« énergisantes » les plus consommées en France sont, dans l’ordre :
‐ Red Bull® 49,6%
‐ Monster® 18,3%
‐ Burn® 6,3%
On constate alors que le classement de ces boissons dans l’étude est identique au
classement de la population française.
Cependant, la répartition est différente, il y a une surreprésentation apparente de
Red Bull® et une sous‐représentation de Monster® dans cette étude.

93
V. Répartition des cas par symptôme

De façon à pouvoir analyser les symptômes, l’échantillon choisi ne comprend


qu’une seule BDE afin de supprimer toutes les variations possibles au niveau des
différentes concentrations en caféine.
La BDE la plus consommée étant la Red Bull®, l’analyse portera uniquement sur celle‐
ci (figure 12) :

49%
50%
45%
40%
35%
30% 25%
25%
20% 13%
15%
10% 3% 3% 4%
1% 1% 2%
5%
0%

Figure 12 : Répartition des cas par symptôme

L’étude recense 150 cas exposés à la boisson Red Bull®.


Parmi eux, les typologies des cas les plus représentés sont :
• Les symptômes nerveux (49%) : somnolences, vertiges, acouphènes, troubles
visuels, confusion, agitation…
• Les symptômes cardiaques (25%) : HTA, extrasystoles, fibrillations, ischémies
myocardiques…
• Les symptômes digestifs (13%) : vomissements, diarrhées, douleurs, brûlures
gastriques…

94
VI. Distribution des scores d’imputabilité en fonction des symptômes

Définition de l’imputabilité : « l’imputabilité en toxicovigilance est un indicateur


probabiliste scalaire de la force du lien existant entre une exposition à un xénobiotique
(ici la boisson Red Bull®) et l’apparition d’un symptôme, d’un syndrome ou d’une
maladie. L’indicateur a 6 modalités et 5 niveaux » :
‐ Imputabilité très probable I4
‐ Imputabilité probable I3
‐ Imputabilité possible I2
‐ Imputabilité non exclue I1
‐ Imputabilité nulle I0
‐ Imputabilité non applicable Ii

De façon à ne pas faire intervenir d’autres paramètres, l’étude suivante ne


concerne que la boisson Red Bull® consommée seule : 124 cas sont alors enregistrés :

A. Imputabilité dans l’ensemble

Concernant les 124 cas utilisés pour cette étude, 26 d’entre eux sont d’imputabilité
inconnue.

50,00% 43%

40,00%
30,00% 21%

20,00% 9% 6%
10,00%
0,00%
I0 I1 I2 I3

Fréquence

Figure 13 : Distribution des scores d’imputabilité intrinsèque

95
Sur les 98 cas restant, en terme d’analyse d’imputabilité, 11 ont été considérés
d’imputabilité exclue (I0 : 8,87%), 53 jugés non exclue (I1 :42,74%), 26 d’imputabilité
possible (I2 :20,97%) et 8 cas d’imputabilité probable (I3 : 6,45%)

96
Tableau 24 : Imputabilité des boissons dites « énergisantes » sur les symptômes recensés :

symptômes recensés
Le tableau 24 nous permet d’évaluer l’imputabilité des boissons énergisantes sur les
Imputabilité I0 I1 I2 I3 Total

B. Imputabilité en fonction de symptômes:


N % N % N % N %

Symptômes

Cardiaques 1 2,17 22 47,83 19 41,30 4 8,70 46

Respiratoires 1 16,67 5 83,33 0 0 6

Digestifs 4 17,39 13 56,52 4 17,39 2 8,70 23


97

SNC 7 11,86 28 47,46 19 32,30 5 59

Dermatologiq 0 5 100 0 0 5
ues

Musculaires 0 1 50 1 50 0 2

Rénales 0 3 75 0 1 25 4

Hématologiqu 1 100 0 0 0 1
es
Métaboliques 1 33,33 2 66,67 0 0 3
Ce tableau montre que 47,83% des symptômes cardiaques, 56,52% des
symptômes digestifs et 47,46% des symptômes du système nerveux central ont été
considérés comme ayant une imputabilité non exclue.
Cette analyse nous montre qu’il n’est pas exclu que la boisson Red Bull® implique des
symptômes cardiaques, digestifs et du système nerveux, mais cela reste à vérifier.
Cependant, on considère que 41,30% des personnes atteintes de signes cardiaques ont
une imputabilité possible avec la boisson dite énergisante.
Enfin il est important de noter que 8,70% des atteintes cardiaques sont dues de façon
probable aux boissons dites énergisantes, dans notre cas Red Bull®.

VII. Analyse des circonstances d’utilisation des boissons dites


« énergisantes » en consommation aiguë

Afin de déterminer les circonstances de consommation de BDE les plus utilisées,


les données ont été résumées dans le tableau 25.
Il comprend uniquement les cas d’exposition pour des consommations aiguës. En effet,
les cas chroniques n’étaient pas assez nombreux pour pouvoir rentrer dans l’étude
(15 cas).
De plus, 2 cas ont également été écartés en raison d’imprécisions quant à
l’absence d’information sur le type de consommation aiguë ou chronique de la boisson.
Le reste des données a été séparé en 2 groupes :
‐ Un groupe pour lequel les boissons ont été ingérées seules
‐ Un groupe pour lequel les boissons ont été ingérées en association avec de
l’alcool ou des médicaments.

98
Tableau 25 : Analyse des circonstances d’utilisation des BDE en consommation aiguë en
association ou non avec d’autres produits

Association Non Oui

Fréquence Fréquence
Effectif Effectif
(%) (%)
Circonstances
Accident de la vie courante 5 4,5 1 1,3
Accidentelle 5 4,5 2 2,6
Acte de malveillance 0 0 1 1,3
Alimentaire 44 40 3 3,9
Déconditionnement 2 1,8 0 0
Défaut de perception du
12 10,9 2 2,6
risque
Indéterminé 1 0,9 1 1,3
Mésusage habituel 2 1,8 8 10,4
Mésusage ponctuel 39 35,5 36 46,8
Soumission chimique 0 0 3 3,9
Tentative de suicide 0 0 20 26
Total 110 100 77 100

Ce tableau permet de constater que les accidents alimentaires sont les premières
causes d’exposition aux boissons dites énergisantes consommées seules (40%). Dans ce
cadre, il ne s’agit, d’après le rapport du CAPTV, que d’une consommation de boissons
dites « énergisantes » à dose normale.
En deuxième position, en association ou non avec un autre constituant, la consommation
de ces boissons s’effectue beaucoup par mésusages ponctuels (35,5% sans association et
46,8% en association avec un autre produit). Il s’agit de consommations aiguës à des
doses supérieures à des doses recommandées dans un but festif et/ou pour obtenir un
effet stimulant.

Les mésusages habituels sont des surconsommations répétées. Les accidents de


la vie courante et les défauts de perception du risque concernent beaucoup
d’intoxications accidentelles chez les enfants.

99
Il est important de signaler que dans 20% des cas, les BDE ont été ingérés en association
avec d’autres produits (alcool, médicaments) dans le but de mettre fin à ses jours.

100
VIII. Comparaison des symptômes en fonction du volume de boissons dites
« énergisantes » ingérées seules

De façon à pouvoir analyser les symptômes, l’échantillon choisi ne comprend que


la boisson Red Bull® (boisson la plus consommée) afin de supprimer toutes les
variations possibles au niveau des différentes concentrations en caféine.
De plus cette analyse concerne uniquement les consommations aiguës de ces boissons
afin d’évaluer le risque d’ingestion d’un grand volume de BDE dans un cours laps de
temps. Tous les cas pour lesquels la boisson dite « énergisante » était accompagnée
d’alcool, de médicaments ou autres substances ont également été écartés de cette
analyse.
Afin de déterminer une éventuelle différence de volume de Red Bull® consommé
en fonction des symptômes rapportés, un test de Student a été effectué.
Une « p‐value » (= probabilité d’obtenir la même valeur du test si l’hypothèse nulle était
vraie) inférieure à 0,05 reflète une différence significative.
Pour chaque type de symptôme, le groupe de patients présentant ce symptôme a été
comparé au reste de l’échantillon.

Tableau 26 : Evolution des signes cardiaques en fonction du volume de boisson dite


« énergisante » ingéré :

Symptômes cardiaques p‐value


Non Oui 0,0388
Effectif (n) 33 21
Volume (mL)
Moyenne 681,2 1420,5
Ecart‐type 667,4 1828,4

Les patients souffrant de symptômes cardiaques ont en moyenne bu un volume


de boissons dites « énergisantes » significativement plus important (1420,5 mL) que les
personnes ne souffrant pas de signes cardiaques (681,2 mL), (p=0,0388).

Il serait intéressant de comparer le volume de boisson consommé par les patients


présentant des personnes cardiaques à un groupe contrôle de consommateurs ne

101
présentant aucun symptôme afin de déterminer si une consommation importante est un
facteur de risque cardiaque.

Tableau 27 : Evolution des signes digestifs en fonction du volume de boisson dite


« énergisante » ingéré :

Symptômes digestifs p‐value


Non Oui 0,5801
Effectif (n) 44 10
Volume (mL)
Moyenne 921,8 1175,0
Ecart‐type 1246,8 1518,6
Médiane 500 500

Les personnes n’ayant pas de signes digestifs ont consommé en moyenne


921,8 ±1246,8 mL. Les personnes souffrant de symptômes digestifs ont consommé en
moyenne 1175,0 ±1518,6 mL de boissons dites « énergisantes ».

Tableau 28: Evolution des signes du système nerveux en fonction du volume de boisson
dite « énergisante » ingéré

Symptômes nerveux p‐value


Non Oui 0,3372
Effectif (n) 24 30
Volume (mL)
Moyenne 778,5 1120,8
Ecart‐type 741,4 1596,6
Médiane 500 500
Minimum 50 125
Maximum 2500 7500

Les personnes ne souffrant pas de symptômes nerveux ont consommé en


moyenne 778,5±741,4 mL. Les patients souffrant de symptômes nerveux ont en
moyenne consommé 1120,8±1596,6 mL.

102
Les patients ayant eu des signes digestifs ou nerveux, ne semblent pas avoir
consommé un plus grand volume de Red Bull® que le reste de l’échantillon.

Conclusion :

Les enfants et les adolescents de sexe masculin sont les premiers concernés par la
consommation de boissons dites « énergisantes ».
En moyenne, la population de cette étude consomme 4 canettes, correspondant à
240 mg de caféine, ce qui est bien supérieur à l’apport quotidien maximal de caféine,
recommandé par Santé Canada (2,5 mg/kg de poids corporel), pour des jeunes de 10 à
19 ans.
La boisson Red Bull® reste le leader sur le marché français malgré le
développement d’une grande quantité de différentes marques de boissons dites
énergisantes.
Les symptômes qui ressortent le plus de cette étude sont, en premier lieu, les
troubles nerveux (irritabilités, insomnies…), en deuxième position les troubles
cardiovasculaires (tachycardie, hypertension artérielle) et enfin les troubles digestifs.
D’après l’analyse d’imputabilité, les symptômes cardiaques auraient un lien possible
avec la consommation de Red Bull®.
Une consommation excessive de ces boissons augmente de façon significative les risques
cardiovasculaires.
Il serait intéressant de savoir si l’association BDE/alcool modifie la gravité et /ou
la quantité des symptômes par rapport à la consommation de boissons dites
« énergisantes » seules.

103
CONCLUSION

104
La consommation des boissons dites « énergisantes » est un phénomène nouveau
mais peu d’études ont encore été réalisées à ce sujet.

Les nombreux ingrédients présents dans ces boissons peuvent varier d’une
marque à l’autre. Cependant la caféine, la taurine, le glucuronolactone sont les composés
les plus souvent retrouvés.

La consommation de ces boissons de façon ponctuelle et modérée ne présente, au


vu des résultats évoqués dans cette thèse, pas ou peu d’effets néfastes chez les
consommateurs en bonne santé. En revanche, une consommation régulière et excessive
peut engendrer de nombreux effets indésirables tels qu’une tachycardie, une insomnie,
une hypertension artérielle et des troubles gastro‐intestinaux.

Les contextes d’utilisation de ces boissons sont nombreux, incitant alors une
grande partie de la population à la consommation. Les personnes sensibles à la caféine
tels que les femmes enceintes, les enfants, les personnes atteintes d’hypertension
artérielle, de nervosité ont une probabilité plus importante de subir des effets
indésirables que les autres.

La présence de plus en plus importante des boissons dites « énergisantes » dans


les évènements sportifs, est source de confusions entre les boissons énergétiques et les
boissons dites « énergisantes ». Au vu des résultats parfois positifs sur les performances
physiques, il serait intéressant d’évaluer l’éventuel pouvoir dopant de la boisson.
Cependant, la caféine et l’importante quantité de sucre sont responsables d’une
déshydratation pouvant devenir dangereuse chez le sportif.

Compte tenu des effets indésirables pouvant apparaître à des doses plus ou
moins élevées, une meilleure information concernant les ingrédients pourrait être
envisagée sur les étiquettes de chaque produit. Par ailleurs, une information auprès des
enfants et des adolescents, par les intervenants, serait envisageable afin de les alerter
sur les risques encourus notamment en association avec de l’alcool ou lors d’ingestion
de quantité importante. De la même façon, les professionnels de santé exerçant auprès
des personnes à risque pourraient alerter leurs patients afin qu’ils soient mieux
informés sur les risques encourus.

105
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115
ANNEXE

116
Annexe 1 : Exemple de données retranscrites par les Centres Antipoison de France

117
SERMENT DE GALIEN

Je jure, en présence des maîtres de la Faculté, des conseillers de l’ordre des


Pharmaciens et de mes condisciples :

D’honorer ceux qui m’ont instruit(e) dans les préceptes de mon art et de
leur témoigner ma reconnaissance en restant fidèle à leur enseignement ;

D’exercer, dans l’intérêt de la santé publique, ma profession avec


conscience et de respecter non seulement la législation en vigueur, mais aussi les
règles de l’honneur, de la probité et du désintéressement ;

De ne jamais oublier ma responsabilité et mes devoirs envers le malade et


sa dignité humaine.

En aucun cas, je ne consentirai à utiliser mes connaissances et mon état


pour corrompre les mœurs et favoriser des actes criminels.

Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.

Que je sois couvert(e) d’opprobre et méprisé(e) de mes confrères si j’y


manque.

118

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