Proposition de correction du sujet
ÉTUDE FINE DU SUJET (TRAVAIL DE BROUILLON)
1°) Analyse du Sujet : Les 4 D
Définir les mots-clés :
o « Femme » : Désigne ici le sexe féminin dans son ensemble,
soulignant une prise de parole collective et une invitation à la
conscience de soi et à l'action.
o « Réveille-toi » : Un impératif fort qui appelle à sortir d'un état
d'inconscience, de passivité ou de soumission. Il suggère une situation
antérieure d'oppression ou de manque de reconnaissance.
o « Tocsin de la raison » : Le tocsin est une sonnerie d'alarme, souvent
liée à un danger ou à un événement important. Ici, il est associé à la «
raison », signalant un appel intellectuel et moral universel, basé sur les
principes des Lumières. La raison est présentée comme un guide vers
la reconnaissance des droits.
o « Tout l’univers » : Souligne la portée universelle de cet appel à la
raison et à la reconnaissance des droits, impliquant que la question des
droits des femmes n'est pas isolée mais concerne l'humanité entière.
o « Reconnais tes droits » : L'objectif de cet éveil est la prise de
conscience et l'affirmation des droits propres aux femmes, sous-
entendus comme étant niés ou ignorés.
o « Déclaration des droits de la femme » : Fait référence au texte
spécifique d'Olympe de Gouges, un acte d'écriture militant visant à
établir et proclamer les droits des femmes sur le modèle de la
Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
o « Dénonciation » : Action de signaler publiquement des injustices, des
abus ou des torts. Implique une critique des inégalités existantes.
o « Injustices subies par les femmes » : Met l'accent sur les
discriminations, les inégalités et les oppressions spécifiques auxquelles
les femmes sont confrontées dans la société.
Délimiter le sujet :
o Le sujet porte spécifiquement sur la Déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne d'Olympe de Gouges.
o La réponse doit s'appuyer sur le texte de la Déclaration et sur les textes
étudiés dans le cadre du parcours associé (il est crucial que les élèves
mobilisent ici leurs connaissances spécifiques du parcours).
o La question centrale est de déterminer si la Déclaration se limite à une
simple dénonciation des injustices ou si elle a d'autres dimensions.
Déduire les enjeux :
o Le sujet interroge la nature et la portée du projet d'Olympe de Gouges.
S'agit-il uniquement d'un constat critique du présent ou d'une
proposition pour l'avenir ?
o Il invite à analyser les stratégies argumentatives et les objectifs de
l'autrice.
o Il permet de réfléchir à la place des femmes dans la société de l'époque
et aux revendications d'égalité.
o Il soulève la question de la dimension constructive ou uniquement
contestataire des textes engagés.
Détecter la problématique :
o La citation initiale est un appel puissant à l'action et à la
reconnaissance des droits. La question qui suit nuance cette force en
suggérant que l'œuvre pourrait se limiter à une critique des injustices.
o La problématique centrale est donc de déterminer si la Déclaration des
droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges se cantonne
à une simple dénonciation des injustices faites aux femmes, ou si
elle porte en elle une dimension plus constructive de revendication
de droits et de proposition d'une nouvelle organisation sociale.
2°) Recherche des Idées et des Exemples (en lien avec la problématique)
Thèse (La Déclaration est une dénonciation des injustices) :
o Le Préambule expose l'« ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la
femme » comme causes des malheurs publics.
o De nombreux articles soulignent les inégalités concrètes : l'article 1
affirme l'égalité en droits face à une réalité d'inégalité ; l'article IV
dénonce la « tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose »; l'article
XIII pointe l'égalité des contributions sans égalité dans la distribution
des places et emplois.
o Le Postambule déplore le « mépris plus marqué, un dédain plus signalé
» que les femmes ont récolté de la Révolution.
o Olympe de Gouges critique les lois existantes qui sont défavorables
aux femmes.
o (Mobilisation d'exemples précis d'injustices dénoncées dans la
Déclaration).
Antithèse (La Déclaration est aussi une revendication de droits et une
proposition) :
o Le titre même est une « Déclaration des droits », un acte performatif qui
vise à établir et proclamer des droits.
o Chaque article, en énonçant un droit pour la femme, est une
revendication positive d'égalité avec l'homme.
o Le Préambule demande que les femmes soient « constituées en
Assemblée nationale », une revendication de participation politique.
o L'article VI insiste sur la participation des citoyennes à la formation de
la loi et à l'accès aux emplois publics.
o Le Postambule appelle les femmes à « reconnaître vos droits » et à «
vous réunir sous les étendards de la philosophie » pour faire valoir
leurs revendications.
o L'allusion à la nécessité d'une « éducation nationale » pour les femmes
dans le Postambule suggère une vision d'un avenir où les femmes
auront une place différente.
o (Mobilisation d'articles spécifiques comme preuves de revendications).
o (Référence au « Forme du contrat social de l'homme et de la femme »
suivant le Postambule, comme proposition d'une nouvelle
organisation).
Synthèse (Nuancer et dépasser l'opposition) :
o La dénonciation des injustices est le point de départ nécessaire pour
justifier la revendication de nouveaux droits.
o La Déclaration n'est pas seulement un constat, mais un acte politique
qui vise à transformer la société en établissant une égalité juridique et
politique.
o La force de l'œuvre réside dans son articulation entre la critique du
présent et la projection d'un avenir fondé sur l'égalité et la raison.
o Le parcours associé peut éclairer la réception et l'impact de cette
double dimension de l'œuvre (dénonciation et revendication).
3°) Établissement du Plan Détaillé
Introduction :
o Amorce : L'émergence de la question des droits des femmes à l'époque
des Lumières et de la Révolution française.
o Présentation du sujet : Citation d'Olympe de Gouges et formulation de
la question.
o Problématique : La Déclaration se limite-t-elle à dénoncer les injustices
ou porte-t-elle aussi un projet constructif de revendication de droits et
de transformation sociale ?
o Annonce du plan : Nous montrerons d'abord comment la Déclaration
met en lumière les nombreuses injustices subies par les femmes, puis
nous analyserons sa dimension de revendication de droits et de
proposition, avant de nuancer notre propos et de montrer
l'interdépendance de ces deux aspects.
I. La Déclaration comme dénonciation des injustices faites aux femmes :
un cri d'alarme face à l'oppression.
o A. Un constat lucide des inégalités dans la sphère privée et
publique.
Exemples tirés du Préambule sur l'ignorance et le mépris des
droits.
Analyse de l'article IV et de la notion de « tyrannie » masculine.
Références aux articles VII, VIII et IX qui soulignent l'inégalité
face à la loi.
o B. La mise en lumière des contradictions de la Révolution
française.
Le Postambule et la déception face aux acquis limités pour les
femmes.
La critique implicite de la Déclaration des Droits de l'Homme et
du Citoyen (mobilisation du parcours associé et éventuellement
du texte comparatif).
L'absence de reconnaissance de la pleine citoyenneté des
femmes.
o C. Un réquisitoire contre les préjugés et les stéréotypes de genre.
Analyse de l'interpellation initiale à l'« Homme ».
Dénonciation des fondements illégitimes de la domination
masculine (force, talents prétendus supérieurs).
(Mobilisation d'autres passages pertinents).
II. Au-delà de la dénonciation : une affirmation de droits et une esquisse
d'une société égalitaire.
o A. L'énonciation performative de droits fondamentaux.
Analyse de la structure de la Déclaration comme pendant de
celle des hommes.
Examen des articles qui affirment l'égalité (articles I, II, III, VI,
XIII, XVII).
La revendication de la liberté, de la propriété, de la sûreté et de
la résistance à l'oppression pour les femmes.
o B. La revendication d'une pleine participation politique et sociale.
L'appel à être constituées en Assemblée nationale.
L'insistance sur l'égalité d'accès aux dignités, places et emplois
publics (article VI).
La demande d'un partage égal dans l'administration publique et
la contribution.
o C. Des perspectives d'évolution pour la condition féminine.
L'importance accordée à la libre communication des pensées et
des opinions, notamment en lien avec la légitimité des pères
(article XI).
(Éventuelle référence au « Contrat social » comme proposition
d'une nouvelle organisation du couple et de la famille).
L'idée d'une nécessaire réforme des lois et des mœurs.
Conclusion :
o Rappel des arguments principaux : La Déclaration est bien plus qu'une
simple dénonciation ; elle est un acte fondateur qui, en exposant les
injustices, affirme avec force la nécessité de reconnaître les droits des
femmes et esquisse les contours d'une société plus juste.
o Réponse à la problématique : La Déclaration d'Olympe de Gouges est
intrinsèquement double : la dénonciation des injustices est le moteur et
la justification de sa revendication de droits et de son projet d'égalité.
o Ouverture : La pertinence et l'actualité des revendications d'Olympe de
Gouges dans le contexte contemporain de la lutte pour l'égalité des
sexes.
4°) Rédaction (quelques conseils pour les élèves) :
Rédiger l'introduction au brouillon en suivant les quatre étapes.
Pour chaque partie du développement, commencer par énoncer clairement
l'idée directrice (la « thèse » de la sous-partie).
Développer chaque idée directrice en plusieurs paragraphes argumentatifs.
Chaque paragraphe doit contenir : un alinéa et un mot de liaison, l'idée
directrice clairement expliquée et reliée au sujet, des exemples précis tirés de
la Déclaration (citations courtes et analysées) et du parcours associé
(références claires et expliquées en lien avec l'argument), un bilan partiel.
Assurer des transitions claires entre les parties du développement.
Rédiger la conclusion au brouillon en répondant à la problématique et en
ménageant éventuellement une ouverture.
Utiliser un style soutenu et précis, en évitant le pronom personnel « je » dans
le développement.
Citer correctement les passages de la Déclaration (même si une référence
générale au texte est suffisante dans le cadre de cet exercice, pour le
baccalauréat, les citations précises sont valorisées).
CORRIGÉ COMPLÈTEMENT RÉDIGÉ
Introduction
La fin du XVIIIe siècle, marquée par les idéaux des Lumières et l'effervescence
révolutionnaire, voit émerger avec force la question de l'égalité des droits. Si la
Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 pose les fondements d'une
nouvelle société, elle omet cependant de considérer la moitié de la population. C'est
dans ce contexte qu'Olympe de Gouges publie en 1791 sa Déclaration des droits de
la femme et de la citoyenne, dont la virulence transparaît dès l'exhortation inaugurale
: « Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ;
reconnais tes droits. » Cette œuvre, répondant en écho au texte fondateur de la
Révolution, se borne-t-elle à une simple dénonciation des nombreuses injustices
subies par les femmes dans la société de son temps ? Nous montrerons d'abord
comment la Déclaration met en lumière les multiples inégalités auxquelles les
femmes sont confrontées, puis nous analyserons sa dimension de revendication de
droits et de proposition d'une nouvelle organisation sociale, avant de nuancer notre
propos et de montrer l'interdépendance essentielle de ces deux aspects.
I. La Déclaration comme dénonciation des injustices faites aux femmes : un cri
d'alarme face à l'oppression
En premier lieu, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne se présente
indéniablement comme un acte de dénonciation des profondes injustices qui
marquent la condition féminine à la fin du XVIIIe siècle. Dès son Préambule, Olympe
de Gouges souligne avec gravité que « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de
la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des
gouvernements ». Ce constat établit un lien direct entre la non-reconnaissance des
droits des femmes et les dysfonctionnements de la société, plaçant ainsi la
revendication féministe au cœur des enjeux politiques et sociaux. De même, l'article
IV met en évidence l'entrave majeure à la liberté des femmes, affirmant que «
l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes que la tyrannie perpétuelle
que l’homme lui oppose ». Le terme de « tyrannie » est ici particulièrement éloquent,
dénonçant une oppression constante et illégitime exercée par le sexe masculin.
Par ailleurs, la Déclaration met crûment en lumière les contradictions flagrantes de la
Révolution française, qui proclame l'égalité des citoyens mais exclut de fait les
citoyennes de la sphère politique et de nombreux droits civils. Le Postambule
exprime une amère déception face aux maigres acquis de la Révolution pour les
femmes, déplorant un « mépris plus marqué, un dédain plus signalé ». Cette
désillusion souligne l'inachèvement du projet révolutionnaire en matière d'égalité. En
s'inspirant de la structure et du contenu de la Déclaration des Droits de l'Homme et
du Citoyen, Olympe de Gouges révèle par mimétisme les omissions et les exclusions
dont les femmes sont victimes (comme le souligne l'analyse comparative du
programme). L'absence de reconnaissance de la pleine citoyenneté des femmes,
malgré leur participation active à la Révolution, est ainsi pointée du doigt avec force.
Enfin, la Déclaration constitue un véritable réquisitoire contre les préjugés et les
stéréotypes de genre qui fondent et perpétuent l'inégalité. L'interpellation initiale à l'«
Homme, es-tu capable d’être juste ? » place d'emblée le lecteur masculin face à ses
responsabilités et à la remise en question de sa prétendue supériorité. Olympe de
Gouges dénonce les fondements illégitimes de la domination masculine, tels que la
simple « force » ou des « talents » intellectuels prétendument supérieurs. Elle invite
au contraire à observer la nature, où les sexes coopèrent harmonieusement,
contestant ainsi toute justification naturelle à l'inégalité. À travers cette critique
incisive, l'autrice met en évidence le caractère arbitraire et culturellement construit
des rapports de pouvoir entre les sexes.
II. Au-delà de la dénonciation : une affirmation de droits et une esquisse d'une
société égalitaire
Cependant, réduire la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne à une
simple dénonciation serait une lecture incomplète. L'œuvre porte en elle une
dimension profondément constructive d'affirmation de droits et d'esquisse d'une
société fondée sur l'égalité. En adoptant la forme d'une « Déclaration des droits »,
Olympe de Gouges ne se contente pas de critiquer l'existant ; elle pose un acte
performatif qui vise à établir et proclamer des droits fondamentaux pour les femmes,
sur le modèle de ceux accordés aux hommes. L'examen des articles révèle une
volonté d'établir une égalité juridique et politique. L'article premier affirme ainsi que
« La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », posant un principe
fondamental d'égalité naturelle. De même, les articles II et III revendiquent pour la
femme les mêmes droits naturels et imprescriptibles que l'homme – la liberté, la
propriété, la sûreté et surtout la résistance à l'oppression – et affirment la
participation conjointe des femmes et des hommes à la souveraineté nationale.
De plus, la Déclaration ne se limite pas à énoncer des principes généraux ; elle
revendique une pleine participation des femmes à la vie politique et sociale. L'appel
dès le Préambule à être « constituées en Assemblée nationale » est une demande
concrète de représentation et de pouvoir décisionnel. L'article VI insiste sur le droit
pour toutes les citoyennes de « concourir personnellement, ou par leurs
représentants, à sa formation [de la loi] » et d'être « également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités ». Ces revendications
témoignent d'une volonté de dépasser une conception de la citoyenneté limitée au
seul sexe masculin. L'article XIII, en soulignant l'égalité des contributions aux
dépenses publiques, en déduit logiquement la nécessité d'une égale participation à
la distribution des places et des emplois, établissant un lien direct entre devoirs et
droits.
Enfin, au-delà de l'affirmation de droits immédiats, la Déclaration ouvre des
perspectives d'évolution pour la condition féminine. L'importance accordée à la «
libre communication des pensées et des opinions » à l'article XI, justifiée par la
nécessité d'assurer la légitimité des pères envers les enfants, souligne le rôle
essentiel de la parole des femmes dans la sphère publique et privée. La mention
dans le Postambule de la nécessité d'une « éducation nationale » pour les femmes
suggère une vision d'un avenir où, grâce à l'instruction, elles pourront pleinement
exercer leurs droits et jouer un rôle actif dans la société. (Le parcours associé, par
l'étude d'autres textes d'Olympe de Gouges ou de son époque, peut éclairer
davantage les propositions concrètes de l'autrice pour transformer la condition
féminine, comme par exemple ses réflexions sur le mariage et le divorce).
Conclusion
En définitive, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de
Gouges est bien plus qu'une simple dénonciation des injustices subies par les
femmes. Certes, l'œuvre met en lumière avec force les inégalités criantes et les
contradictions de la société de son temps, notamment celles de la Révolution
française. Cependant, cette dénonciation constitue le fondement et la justification
d'une affirmation puissante de droits fondamentaux pour les femmes et d'une vision
d'une société où l'égalité entre les sexes serait une réalité juridique, politique et
sociale. La Déclaration est donc intrinsèquement double : elle est à la fois un cri
d'alarme face à l'oppression et un manifeste fondateur qui appelle à un réveil des
consciences et à une transformation profonde des rapports entre les femmes et les
hommes. La pertinence et l'actualité des revendications d'Olympe de Gouges
résonnent encore aujourd'hui dans les débats contemporains sur l'égalité des sexes,
témoignant de la portée visionnaire de son engagement.