Impact du girofle sur les revenus agricoles à Sainte Marie
Impact du girofle sur les revenus agricoles à Sainte Marie
01/01/2013
CIRAD Madagascar
Richard Annabelle
Penot Eric
Danthu Pascal
Sommaire
Introduction ............................................................................................................................................... 3
I) Typologie des exploitations agricoles ................................................................................................ 4
a) Typologie d’Ambatoroa ................................................................................................................. 4
i) Les critères de la typologie 1 ..................................................................................................... 4
ii) Description des types d’agriculteurs de la typologie 1 .............................................................. 4
b) Typologie d’Ambohitra .................................................................................................................. 6
i) Critère de la typologie 2 ............................................................................................................. 6
ii) Description des types d’agriculteur de la typologie 2 ............................................................... 6
c) Typologie d’Ifotatra........................................................................................................................ 8
i) Critères de la typologie 3 ........................................................................................................... 8
ii) Description des types d’agriculteur de la typologie 3 ............................................................... 9
II) L’outil Olympe .................................................................................................................................... 9
a) Présentation du logiciel Olympe .................................................................................................... 9
b) Convention de calculs pour la modélisation des exploitations de l’île Sainte Marie .................. 10
III) Résultat de la modélisation des 7 exploitants types d’Ambatoroa et d’Ambohitra.................... 12
a) Exploitants d’Ambatoroa ............................................................................................................. 12
Exploitants de type 1 d’Ambatoroa : ....................................................................................... 12
Exploitants de type 2 d’Ambatoroa : ....................................................................................... 13
Exploitants de type 3 d’Ambatoroa : ....................................................................................... 15
Exploitants de type 4 d’Ambatoroa : ....................................................................................... 16
Bilan des exploitants d’Ambatoroa .......................................................................................... 18
b) Exploitants d’Ambohitra .............................................................................................................. 19
Exploitants de type 2 d’Ambohitra : ........................................................................................ 19
Exploitants de type 3 d’Ambohitra : ........................................................................................ 20
Exploitants de type 4 d’Ambohitra : ........................................................................................ 22
Bilan des exploitants d’Ambohitra ........................................................................................... 23
c) Comparaison des exploitants types ............................................................................................. 24
IV) Analyse globale ............................................................................................................................ 26
Conclusion ................................................................................................................................................ 28
Bibliographie ............................................................................................................................................ 29
Introduction
Madagascar est réputé pour sa vanille, sa cannelle, ses baies roses, son poivre vert et ses girofliers. Ces
derniers se trouvent principalement dans la région d’Analanjirofo, au nord-est de Madagascar. Deux
produits sont valorisés : les clous et l’essence de girofle. L’île Sainte Marie, située au nord-est de
Madagascar, a été choisie comme zone d’étude pour représenter les caractéristiques des systèmes de
culture à base de giroflier et d’analyser les systèmes d’exploitations à base de giroflier. Madagascar se
place comme le premier pays exportateur et deuxième pays producteur (FAOstat). Les enjeux sont
primordiaux puisque cette production concerne plus de 30 000 agriculteurs et représente une source
de devises importantes pour le pays.
Notre étude porte sur la place du girofle dans les exploitations agricoles de l’île Sainte Marie, son rôle
dans la résilience globale de l’exploitation face aux aléas naturels et le rôle du girofle sur la sécurité
alimentaire des ménages. Suite à une première étude de découverte du terrain en 2010, puis une
étude de caractérisation des exploitations agricoles intégrant le girofle en 2011 dans 2 villages du nord
et du centre, cette enquête, réalisée en 2012-2013, a complété les travaux de 2011 avec l’étude d’une
troisième zone proche d’Ambodifotatra.
Les deux premiers villages : au nord, Ambatoroa et au centre, Ambohitra sont représentatifs d’une
situation où les exploitations familiales prédominent. Ce sont ces exploitations qui ont été choisi pour
être modélisées avec le logiciel olympe, un outil de modélisation permettant l'analyse des stratégies
paysannes, la prise de décision et l'analyse prospective.
Les principaux objectifs de cette modélisation sont comprendre et répondre aux questions suivantes :
- Quelle est la contribution de la filière girofle à la formation des revenus des exploitations de
l’île Sainte Marie ?
- Quelle est la contribution du girofle dans la résilience des exploitations ?
Nous allons nous intéresser à l’impact du girofle et de cette diversification sur le fonctionnement et la
formation des revenus des exploitations agricoles locales. Notre hypothèse principale est que le girofle
contribue significativement à la résilience globale des exploitations alors que la ressource est
vieillissante pas ou peu renouvelée dans un contexte d’aléas climatiques importants de type
cyclonique.
Les exploitations représentatives de la typologie faite en 2012 par S. Levasseur et al. seront modélisées
et on appréciera la place des deux filières du girofle (clous et essence) au sein des exploitations de
Sainte Marie. On mesurera la vulnérabilité et la résilience des systèmes.
I) Typologie des exploitations agricoles
a) Typologie d’Ambatoroa
Cette typologie se base sur des spécificités générationnelles (3 générations). Chaque génération du
village a adapté ses stratégies en fonction du contexte historique.
A travers les enquêtes, 4 types d’exploitation agricole ont été retenus (Figure 16). Le critère 1
concerne la génération 1 (des grands parents), tandis que les deux autres critères concernent la
génération 2 et 3. Les critères sont :
Critère 1 : L’origine des grands parents (génération 1). Ils sont migrants ou ont toujours vécu à Ste
Marie. Les migrants viennent de la grande terre, ce sont des malgaches. Ils sont venus pour diverses
raisons : rejoindre un parent éloigné, se marier avec une St Marienne, trouver du travail dans les
plantations de girofliers des colons…N’étant pas de Ste Marie, l’accès au foncier pour des terres
contenant des girofliers était assez difficile pour eux.
Critère 2 : Ce critère concerne les agriculteurs de la génération 3 qui n’ont pas encore hérité des
parcelles de girofliers appartenant à leurs parents. Les parcelles vivrières sont vite divisées, au
contraire des parcelles de giroflier. Celles-ci peuvent encore appartenir aux parents, qui ne les ont pas
encore divisées à leurs enfants. Dans ce cas, les enfants n’ont pas encore l’entière gestion et la récolte
de ces parcelles. Par contre, ils ont déjà commencé leur exploitation agricole avec les parcelles de
vivriers. Ce qui nous intéresse ici, c’est l’héritage futur des parcelles de girofliers.
Critère 3 : Ce critère concerne les agriculteurs de la génération 3 qui ont hérité des parcelles de
girofliers appartenant à leurs parents et l’ancienneté de leur héritage (inférieure ou supérieure à 10
ans). En fonction de la date d’installation en tant que chef d’exploitation, sous entendu, depuis
combien d’années ont-ils débuté leur exploitation, ils auront des investissements différents. L’âge de
leur giroflier ne sera pas la même, ni les types de parcelles.
T1
T2
Origine des Grands
parents
Héritage des
T3
parcelles
girofliers
Ancienneté de l’héritage
T4
Type 3 : Contrairement au T2, ils sont propriétaires car les parents sont décédés ou ont légué leurs
parcelles : les parcelles familiales ont donc été divisées. Les agriculteurs ont l’entière gestion des
parcelles. En revanche, l’acquisition s’est faite depuis moins de 10 ans. Donc, les agriculteurs n’ont
replantés des girofliers que récemment. L’âge des girofliers est donc inférieur à 10 ans. La production
optimale étant atteinte vers 20 ans, ces girofliers ne produisent qu’une faible quantité de clous
(inférieur à 5 kg pour la saison). Par conséquent, les agriculteurs, même s’ils ont un revenu net total
important (supérieur à 1 million d’ariary), ne stockent pas leurs clous, et vendent directement aux
collecteurs du village dés novembre.
Ils ont des parcelles vivrières de superficie supérieure à 0,5 ha. Ils ont pu acheter ces parcelles grâce
aux diverses activités agricoles (autres que la vente de clous), telles que la vente de poissons séchés, la
vente de fruits (aux hôtels), de vanille ou de poivre (aux touristes). Leurs parcelles sont en majorité des
agroforêts, assez jeunes.
Type 2 : Les grands parents sont de Ste Marie et ont pu titrer leurs parcelles. Les parents ont acquis les
terrains (par mutation ou divisions). Ils ont donc tous les droits d’usage sur ces parcelles. Les parcelles
n’ont pas encore été divisées pour leurs enfants. Ceux-ci ne peuvent qu’aider à la récolte des clous sur
ces parcelles collectives. Les enfants ont quand même hérité des parcelles vivrières. A la mort des
parents, les agriculteurs pourront bénéficier des parcelles de girofliers. Certaines familles lèguent ces
parcelles avant la mort des paternels.
Les enfants sont donc en quelques sortes métayers des parents : ils aident à la récolte, implantent des
girofliers après approbation des parents, entretiennent les arbres…
Type 1 : Les grands parents sont migrants et n’ont pas eu accès au foncier par héritage ou mutation
comme la majorité des St Mariens. De plus, leur capital de départ est faible, ce qui limite l’achat de
parcelles. Le peu de parcelles qu’ils obtiennent leur servent à cultiver du vivrier. Ce sont donc des
agriculteurs qui n’ont pas de cultures de girofliers et peu de parcelles vivrières. Ils ont en moyenne 3
parcelles de vivrier, de surface inférieure à 0,06 ha chacune. Ils peuvent acheter du riz pendant les
deux périodes de soudure (la première entre février et mi-mai et la seconde entre septembre et
novembre).
b) Typologie d’Ambohitra
i) Critère de la typologie 2
Critère 1 : L’origine des grands parents : ils peuvent être soit migrants ou colons, soit autochtones de
Ste Marie. A la différence des migrants du village d’Ambatoroa, ce ne sont pas des migrants de la
grande terre, mais d’un autre pays (Inde, Pakistan, Comores, La Réunion, Chine, …)
Critère 2 : Le capital des grands parents ou parents. En fonction du capital de départ, les
investissements fait sur les parcelles ne seront pas les mêmes. Plus l’apport est important, plus
l’agriculteur pourra se diversifier dans d’autres activités agricoles.
Critère 3 : Les liens de parenté ou d’amitié avec les grandes familles de Ste Marie, qui sont aussi les
grands propriétaires de l’île. Ces derniers n’ayant pas le temps de s’occuper de leur parcelle, ils vont
déléguer la gestion aux agriculteurs d’Ambohitra en qui ils ont confiance.
Grandes familles
T1 de Ste Marie
Important T2
Capital des
grands parents
ou parents
T3
Terres en
métayage chez les
grandes familles
T4
Type 1 : Les grands parents sont soit migrants (en général, de la grande terre, du Pakistan, de la
Réunion ou de Chine), soit colons. Grâce à un capital de départ, ils ont pu acquérir de grandes surfaces.
Ces parcelles se situent en majeure partie au centre de l’île, proche de la capitale et des voies de
communication. Les parcelles ont ensuite été divisées ou ont été gérées collectivement de génération
en génération.
Les T1 font partis des grandes familles de Ste Marie. Ils ont un nombre important de parcelle de
giroflier, de plantations monospécifiques ou de parcs arborés. L’agriculture n’est pas leur première
activité. Ils sont aussi propriétaires d’alambics, qu’ils louent aux agriculteurs. Ce sont des « agro-
managers », qui gèrent leur exploitation en sous traitant en métayage à des parents éloignés ou des
habitants du village d’Ambohitra (les T3). La gestion de leurs girofliers est plus ou moins durable,
certains propriétaires exploitent leurs girofliers de manière trop intensive. Par conséquent, leurs
girofliers sont de moins en moins productifs, voire plus du tout. Leur directive d’exploitation dépend
des connaissances qu’ils ont acquises.
Pour les parcelles en métayage, ce sont les propriétaires qui donnent les directives à leur métayer. Ils
peuvent par exemple décider en année de prix hauts, de faire de l’essence, ils désigneront les arbres à
couper.
Dans cette typologie, on trouve aussi des grossistes qui ont acheté des grandes superficies pour en
faire des plantations monospécifiques de jeunes girofliers. Ce sont les grossistes d’Ambodifotatra, qui
collectent les clous et l’essence de girofle. Ils ont aussi d’autres activités, comme la gestion du
supermarché de la ville.
Type 2 : Les ascendants sont de Ste Marie. Ils ont acquis un capital grâce à un métier bien payé
(souvent en tant que marin) ou bien en plantant des cultures à forte valeur ajoutée telle que la vanille.
Les enfants ont donc hérité d’une part, de parcelles de cultures vivrières et giroflières et d’un certain
héritage pécuniaire. Grâce à ces deux facteurs, ces agriculteurs prospèrent, et ont plusieurs parcelles
bien diversifié, des agroforêts où les cultures de rentes prédominent : vanille, poivre, cannelle,
girofle…Nous avons rencontré qu’un seul agriculteur de ce type à Ambohitra. C’est un cas exceptionnel
pour ce village.
Type 3 : Ces agriculteurs n’ont pas eu de capital important hérité des parents, mais ont hérité de
parcelles, où ils cultivent le riz, le manioc ou encore la patate douce. Ils sont métayers des grandes
familles de Ste Marie (T1). Ils ont la gestion des parcelles de girofliers et/ou de vivriers. Ils peuvent
aider à la récolte de clous, en plus de toute la famille du propriétaire. Certains propriétaires
demandent aux métayers de faire de l’essence grâce à la récolte de feuilles de leurs girofliers. Dans ce
cas, le métayer garde 50% de l’essence produite, le reste sera au propriétaire. Dans tous les cas, ces
agriculteurs ont la chance de pouvoir récupérer une partie des clous et/ou de riz des parcelles
vivrières. Dans un contexte de forte pression foncière, le fait d’être métayer est une opportunité pour
l’agriculteur.
Les métayers ont aussi d’autres parcelles à eux. En moyenne, ils ont 2 à 3 parcelles de vivriers
(superficie de 0,5 ha à 1ha). Ils peuvent aussi avoir des parcelles collectives de giroflier (rare).
Type 4 : Ce sont les agriculteurs ayant le moins de capital et le moins de parcelles agricoles. Ils ne sont
pas métayers des grandes familles et n’ont donc pas la chance de pouvoir cultiver des terres en plus de
celle qu’ils ont acquises par héritage.
Ils peuvent néanmoins exploiter des terres de propriétaires absentéistes, qui travaillent sur la grande
terre. C’est assez particulier, car en échange, le propriétaire ne demande pas une partie de la récolte,
mais soit un entretien de ses parcelles (en les cultivant), soit de planter quelques arbres fruitiers ou
des girofliers sur ses parcelles. En effet, planter des cultures pérennes lui permettra quand il reviendra
à Ste Marie, de bénéficier d’un capital déjà en place.
La particularité de ces T4 est qu’ils font tous de l’essence. Faire de l’essence est vue par la population
de Ste Marie comme un travail ingrat et pour « les plus pauvres des pauvres ». Nous verrons par la
suite les facteurs de décisions qui influencent le fait de produire de l’essence.
c) Typologie d’Ifotatra
i) Critères de la typologie 3
La typologie d’Ifotatra retenue se base sur le critère principal suivant : l’avenir du girofle au sein des
exploitations. A travers les enquêtes faites en 2012 et 2013, quatre types ont été retenus selon deux
critères présentés ci-dessous :
Critère n°1 « ancienneté de l’héritage » : Ce critère concerne l’ancienneté de l’héritage des exploitants
(inférieure ou supérieure à 10 ans). En fonction de la date d’installation en tant que chef
d’exploitation, sous entendu, depuis combien d’années ont-ils débuté leur exploitation, ils auront des
investissements différents. L’âge des girofliers ne sera pas le même, ni les types de parcelles.
Critère n°2 « situation foncière » : Ce critère concerne la situation foncière des exploitants. Suivant
qu’ils aient au moins une parcelle individuelle (tous les droits sont concentrés) ou seulement des
parcelles collectives (droits et acteurs multiples). Le partage des droits sur les parcelles et les
éventuelles modalités de répartition des récoltes ou des revenus sont des freins principaux du
renouvellement de la culture de girofle.
Type 1 : Exploitants de la troisième génération qui ont hérité depuis peu de leurs parcelles. Ainsi, l’âge
des jeunes girofles replantés est inférieur à 10 ans. Seulement, le partage des droits sur leurs parcelles
limite la replantation de girofle pour leur propre ménage. Ce sont des exploitants jeunes, qui veulent
replanter pour l’avenir de leurs enfants mais qui ont une marge de manœuvre limitée par les
problèmes fonciers : FAIBLE RENOUVELLEMENT des girofliers
Type 2 : Exploitants de la 3ème génération qui ont hérité depuis peu de leurs parcelles. Ainsi, l’âge des
jeunes girofles replantés est inférieur à 10 ans. Et ce sont des exploitants qui ont soit directement
hérité de leur parcelle individuelle ou qui ont racheté les parts aux autres héritiers. Leurs parcelles
individuelles sont majoritairement destinées à la culture de girofle dû à l’augmentation du prix des
clous de girofle depuis une dizaine d’année. Ce sont de jeunes exploitants qui ont pour projet de
replanter une quantité suffisante de girofliers pour des raisons patrimoniales. RENOUVELLEMENT
TOTALE des girofliers.
Type 3 : Exploitants de 2ème ou 3ème génération qui ont hérité depuis plus de 10 ans de leurs parcelles.
Ce sont des parcelles collectives, avec des girofliers qui datent de plus de 10 ans. La ressource sur ces
parcelles est vieillissante du fait de partage des droits et de l’âge de l’exploitant : PAS OU PEU DE
RENOUVELLEMENT des girofliers.
Type 4 : Exploitants de 2ème génération qui ont hérité de leurs parcelles depuis plus de 10 ans. Ils ont
hérité ou acheté une ou plusieurs parcelles à leur nom pour leur ménage. Les jeunes girofliers ont plus
de 10 ans, ils ont replanté autour des années 2000 dans leurs parcelles individuelles. Il s’agit le plus
souvent de système de culture agroforestier. Ces exploitants ne replantent plus, mais leurs enfants
respectifs qui s’occupent des parcelles replantent pour eux à la place des girofles qui sont ravagés par
les cyclones. RENOUVELLEMENT PARTIELLE des girofliers.
L’effet « année » est très importante autant pour la récolte d’informations durant les enquêtes que la
modélisation. En effet, on cherchera à confronter une année dite « bonne », sans problèmes de perte
de production avec une année « mauvaise », due à la perturbation cyclonique ou une chute des prix
des épices. ([Link], 2008)
- Du fait de l’absence d’informations précises sur le rendement de manioc, patate douce et fruit
à pain qui constituent 60-90% de la ressource alimentaire des ménages, on ne valorise pas la
production autoconsommée de manioc et patate douce qui ne rentre pas dans le calcul du
revenu. Donc on considère par défaut le revenu comme étant le revenu réel hors
autoconsommation de manioc et patate douce. Il correspond de fait au revenu réel monétaire
représentatif des ventes réelles de l’exploitation et non de la valeur totale de la production.
- On valorise la production en riz, car d’une part la production et la part dans l’alimentation est
faible (cas particulier pour Madagascar en général mais courant sur la cote est) et, d’autre
part, le riz constitue un potentiel de vente s’il n’est pas entièrement autoconsommé et qui
peut potentiellement être vendu alors que le marche des cultures vivrières pour le manioc, la
patate douce et l’arbre a pain est extrême, limite et non significative. Production de riz, on
calcule le Résultat Net Total RNT équivalent à la somme de toutes les marges nettes des
produits effectivement vendus. Majoritairement, les paysans consomment la quasi-totalité de
leur riz produit : on calcule alors pour être au plus prés de la réalité le revenu réel, qui est le
RNT moins la marge nette (MN) de la production de riz.
- Si le paysan n’est pas autosuffisant, ils achètent un complément en riz (limite car la
consommation ne dépasse pas 1 ou 2 mois/an).
- Le détail de l’autoconsommation sera exprimé par un tableau montrant le type de
consommation aux différentes époques de l’année représenté ci-dessous.
- La marge brute du Girofle est égale à la valeur de la production, car les charges
opérationnelles sont égales à 0 : la MO est entièrement familiale (ou entre aide équivalent a
MO familiale entre les paysans de village) et aucun intrant.
- Sophie Levasseur a réalise une enquête en début d’année 2012, pour récolter les données des
productions de l’année 2011 des exploitations sélectionnées. L’année 2011 a été une très
bonne année pour la production des girofliers. La production de clous de girofle par
exploitation relevée par Sophie Levasseur peut atteindre 250kg. Le prix du kg de l’année 2011
était d’environ 10 000 Ar, un prix moyen. Or, la production des girofliers de 2012 a été divisée
par 2 mais le prix de vente s’est élevé à 15 000 Ar. Sachant qu’une année sur trois, il y a une
bonne production de clous de girofle, nous avons pour les années 2012, 2013 divisé par 2 la
production des clous de girofle de 2011 avec un prix de vente au kg montant à 15 000 Ar. On a
ensuite adopte un cycle du type une année de type 2011 et 2 années de type 2012 ainsi de
suite jusqu’en 2022.
- Lors de nos enquêtes, il a été difficile de connaître la surface des parcelles sur lesquels se
trouvent les girofliers du fait de la diversité des densités de plantations et des types de
parcelles. Donc nous avons seulement entré dans olympe la production totale des girofles sans
la surface. C’est pourquoi, nous avons entré cette culture en culture dérobé où la surface égale
à 1 n’est pas pris en compte dans le calcul final de la surface totale de l’exploitation.
- Pour les dépenses familiales nous avons fait une moyenne des dépenses annuelles en Produits
de Premières Nécessite (PPN) de toutes les familles autour de 400 000 Ar / an. Nous avons
généralisé ce résultat pour tous les exploitants. De même, pour les dépenses d’écolage, nous
avons fixé un prix cohérent pour tous les ménages :
o Frais scolaire : 10 000Ar/ enfants / an
o Fournitures scolaires : 15 000Ar/ enfants / an
Convention des choix du réseau de fermes de références représentatifs des exploitations de Sainte
Marie :
- On établit des fourchettes de la production de clous de Girofle pour établir des catégories
d’exploitants : paysans à faible, moyenne ou grosse production de clous de girofle. Puis on fait
la moyenne des marges nettes (MN) des différentes activités des exploitants qui se trouvent
dans cette fourchette. Cette moyenne représente un exploitant de référence dans une des 3
catégories de production de girofle de chaque type pour chaque village.
III) Résultat de la modélisation des 7 exploitants types
d’Ambatoroa et d’Ambohitra
a) Exploitants d’Ambatoroa
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Ces deux exploitants ne font pas de girofle mais se sont chacun diversifiés dans des activités
différentes. Comme on peut l’observer, Boudi Armand s’est spécialisé dans la pêche et Jemy Desiré fait
de la main d’œuvre extérieur. Ce sont des exploitants dont le facteur limitant pour faire de la culture
de girofle est le foncier.
Tableau 2: Comparaison des ratios d'activité de type 1 d'Ambatoroa
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Le ratio de l’activité pêche pour Boudi Armand et de l’activité autres activités agricoles pour Jemy
Desire confirme que chacun s’est dirige dans d’autre activité que celle du girofle. Seulement on peut
observer que la part des autres activités agricoles est supérieure à 100%. Ce résultat s’explique par le
fait que le revenu réel est égal au revenu total net moins la production de riz (car entièrement
autoconsommé). Or malgré que la production en riz n’apporte aucun apport monétaire, les charges de
cette culture ne sont pas pour autant effacées du calcul du revenu réel. Dans ce cas précis, pour Jemy
Desire : Revenu des autres activités agricoles = (Revenu réel - Charges Opérationnelles du riz) donc
Revenu des autres activités agricoles > revenu réel.
Cette situation est semblable pour les exploitants qui ont une culture de riz avec des charges
opérationnelles liées à cette activité.
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On peut constater que la monétarisation de l’exploitation de Felack Arsen vient principalement des
activités pêche et girofle. L’activité pêche représente environ 45% (tableau 4) du revenu total réel de
l’exploitation tandis que l’activité giroflière représente environ 50% (tableau 4). Les derniers 5%
proviennent de la vente de fruits (tableau 4). Ces activités indiquent qu’il s’agit d’une ancienne
exploitation dont les grands parents viennent de Sainte de Marie et qui se situent au bord de la mer.
De même, on peut observer que le solde est relativement élevé pour assurer les dépenses
supplémentaires aléatoires au cours de l’année. L’activité girofle joue un rôle majeur dans cette
exploitation. On peut observer sur le graphe ci-dessous (figure 1) que le revenu réel varie de 600 kAr
environ, en parallèle à la variation de la production de clous de girofle. Cette variation ne représente
que 13% du solde grâce à la part importante de la pêche dans la formation du revenu.
Figure 1: Graphique des différents revenus en fonction du solde cumulé de l'exploitation de Felack Arsen
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Dans la catégorie des paysans à faible production, nous avons choisi de modéliser Totolevo Stéphine,
un exploitant au préalable choisi par Sophie Levasseur comme étant l’exploitant le plus représentatif
des exploitants de type 3 à Ambatoroa. Mais nous avons voulu confronter cet exploitant avec un autre
de même type mais avec une production plus forte de girofle. Il y a deux exploitants de type 3 qui ont
une production moyenne de girofle. Nous avons calculé la moyenne de leurs revenus des autres
activités agricoles, de la pêche, du off farm et du girofle afin de constituer un exploitant de type 3 à
moyenne production de girofle de référence. Les variables et les marges liées à l’activité du riz sont les
même que Totolevo Stéphine, l’exploitant de référence de type 3 selon S. Levasseur. Ceci afin de
simplifier les calculs et de pouvoir comparer facilement les résultats de ces exploitants.
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On peut observer que Totolevo Stéphine s’est spécialisé majoritairement dans les autres activités
agricoles, cela représente environ 70% du revenu réel (tableau 6). Il s’est diversifié dans la culture
d’autres produits de rente tels que la vanille, le poivre et l’ylang ylang. Et on constate que malgré que
la part du girofle (3% à 0%, tableau 6) soit faible chez Totolevo Stéphine, le solde est relativement égal
à celui de l’exploitant de référence qui a une plus grosse production de clous de girofle (3 300 kAr en
moyenne pour les deux exploitants, tableau 5).
Tableau 6: Comparaison des ratios d'activité de type 3 d'Ambatoroa
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Dans la catégorie des paysans à faible production, il y a deux exploitants, dont nous avons décidé d’en
faire la moyenne des revenus de leurs différentes activités pour créer un exploitant de référence de
type 4 à faible production. Puis Il y a deux exploitants de type 4 qui ont une production moyenne de
girofle. Nous avons calculé la moyenne des revenus des autres activités agricoles, de la pêche, du off
farm et du girofle afin de constituer un exploitant de type 4 à moyenne production de girofle de
référence. Enfin, dans la catégorie des paysans à forte production, il y en a qu’un, Bothra Lisien
(l’exploitant représentatif des exploitants de type 4 selon S. Levasseur) que l’on va modéliser. Les
variables et les marges liées à l’activité du riz sont les même que Bothra Lisien, l’exploitant de
référence de type 4 selon S. Levasseur, pour les deux exploitants de référence dont on a calculé les
moyennes des revenus. Ceci afin de simplifier les calculs et de pouvoir comparer facilement les
résultats de ces exploitants.
Tableau 7 : Comparaison des revenus des exploitants de type 4 d'Ambatoroa
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On observe que Bothra Lisien qui a une forte production de clous de girofle (2 510 kAr, environ 250 kg
de clous de girofle vendus à 10 000 Ar, tableau 7) a le solde le plus élevé. Cela peut s’expliquer de
deux manières différentes :
Les dépenses sont généralisées pour tous les exploitants et ces trois exploitants ont le même nombre
de personnes à charge (tableau 7) et la même production en riz. Et le revenu réel de Bothra Lisien est
plus grand que les autres exploitants (6 760 kAr contre 4 294 kAr et 680 kAr). On peut supposer que
cette grande différence de revenu réel est due au revenu issu de l’activité giroflière. Or cette activité
ne représente que 30% du revenu réel contrairement à son activité off farm qui représente environ
60% du revenu réel (tableau 8). Sa marge de son activité off farm provient de la retraite d’ancien marin
qu’il reçoit d’un montant de 360 000 Ar/ mois.
On constate que l’agriculteur qui ne fait quasiment pas de clous de girofle a un solde élevé et environ
six fois supérieur à l’exploitant qui a une production moyenne de girofle. Celui à faible production a
abandonné totalement la production de clous de girofle pour se diversifier dans la pêche et les autres
activités agricoles. Ce choix de diversification a porté ces fruits et lui permet de vivre correctement.
Contrairement à l’exploitant qui a une production moyenne de clous de girofle et dont le solde varie
significativement en fonction de la production de clous de girofle. Son solde est divisé par 2 et passe
de 140 000 Ar à 70 000 Ar quand l’année de production de clous de girofle est mauvaise. Cette
observation montre que le girofle contribue fortement à la résilience de cette exploitation.
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100
90
80
70
60
Moyenne T1
50
Moyenne T2
40
30 Moyenne T3
20 Moyenne T4
10
0
%Girofle/revenu %autre activité %pêche/revenu %Off
réel agricole/revenu réel farm/revenu
réel réel
Figure 2: Histogramme des % MN des différentes activités / revenu réel par type d'exploitants d'Ambatoroa
D’après le détail des revenus des agriculteurs (figure 5), on constate que les agriculteurs d’Ambatoroa
se spécialisent dans une activité spécifique : certains dans la vente d’œufs et de poulets, d’autres dans
les fruitiers, d’autres encore dans la vente de poissons. Cependant, la majorité des agriculteurs
préfèrent une diversification plus large. En effet, l’instabilité du prix du clou de girofle ne permet pas
de stabiliser le revenu d’une année sur l’autre. Ainsi, la génération des parents des agriculteurs actuels
avaient déjà commencé à se diversifier en plantant des fruitiers dans leurs parcelles. Avec la
génération actuelle, on voit apparaître des élevages avicoles (canards et poules), des produits de rente
autre que le girofle (vanille et poivre surtout), et une augmentation de la plantation de fruitiers (forte
demande de la part de l’hôtellerie locale).
b) Exploitants d’Ambohitra
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On peut constater que la monétarisation de l’exploitation de Felack Arsen vient principalement des
autres activités agricoles et du girofle. Les autres activités agricoles représentent environ 50 à 60%
(tableau 10) du revenu total réel de l’exploitation tandis que l’activité giroflière représente environ 40
à 50% (tableau 10). La marge nette des autres activités agricoles se constitue des marges de la
production de miel et surtout de vanille dont le montant est de 1 800 000 Ar. Ces activités confirment
qu’il s’agit d’une exploitation dont les grands parents sont de Sainte de Marie et qui ont investi dans la
culture de girofle et de vanille à l’époque où les prix de ces cultures de rente étaient élevés. De même,
on peut observer que le solde est relativement élevé pour assurer les dépenses supplémentaires
aléatoires au cours de l’année. L’activité girofle joue un rôle majeur dans cette exploitation. On peut
observer sur le graphe ci-dessous que le revenu réel varie de 700 kAr environ, en parallèle à la
variation de la production de clous de girofle. Seulement cette variation ne représente que 10% du
solde. Cette variation a un impact mais faible par rapport à un exploitant dont le revenu repose
majoritairement sur l’activité giroflière (tableau 7 : Moyenne T4 Ambatoroa_MOYENNE, cet exploitant
de référence à moyenne production de clous de girofle voit son solde divisé par deux lorsque la
production de clous de girofle est mauvaise)
On peut conclure que les exploitants de Sainte Marie se sont diversifiés dans d’autres activités que
celle du girofle et que la diversification suit une logique géographique.
Figure 3 : Graphique des différents revenus en fonction du solde cumulé de l'exploitation de Lemalade Robert
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Dans la catégorie des paysans à faible production, il y en a qu’un, Siza Sebastien (l’exploitant
représentatif des exploitants de type 4 selon S. Levasseur) que l’on va modéliser. Puis Il y a deux
exploitants de type 4 qui ont une production moyenne de girofle. Nous avons calculé la moyenne des
revenus des autres activités agricoles, de la pêche, du off farm et du girofle afin de constituer un
exploitant de type 4 à moyenne production de girofle de référence. Enfin, dans la catégorie des
paysans à forte production, il y a deux exploitants, dont nous avons décidé de faire la moyenne des
revenus de leurs différentes activités pour créer un exploitant de référence de type 4 à forte
production. Pour les deux exploitants de référence dont on a calculé les moyennes des revenus Les
variables et les marges liées à l’activité du riz sont les même que ceux de Siza Sebastien. Ceci afin de
simplifier les calculs et de pouvoir comparer facilement les résultats de ces exploitants.
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On peut observer que Siza Sebastien a le solde le plus élevé des trois exploitants. Son solde est égale
au double du paysan de référence qui a une forte production de clous de girofle. La formation de son
solde provient majoritairement des autres activités agricoles (une parte de 97% selon le tableau 14).
Ces activités agricoles sont la vente de poulet, de vanille et de miel mais surtout de charbon qui lui
rapporte 1 800 000 Ar / an. Les exploitants d’Ambohitra se diversifient majoritairement dans la vente
de charbon et de miel. Cet exploitant matérialise cette conclusion. Et malgré une production moyenne
de clous de girofle tournant au alentour de 50 kg, le solde de l’exploitant de référence ayant une
production moyenne est faible. Il ne lui reste que 85 000 Ar pour assurer les dépenses imprévisibles
durant l’année. Ainsi, une production moyenne de clous de girofle suffit à assurer un revenu
convenable pour nourrir et payer l’écolage de deux enfants en école primaire mais ne suffit pas à
assurer des dépenses imprévisibles comme un problème de santé grave.
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100,0
90,0
80,0
70,0
60,0
50,0 Moyenne T2
40,0 Moyenne T3
30,0 Moyenne T4
20,0
10,0
0,0
%Girofle/revenu %autre activité %pêche/revenu %Off farm/revenu
réel agricole/revenu réel réel
réel
Figure 4: Histogramme des % MN des différentes activités / revenu réel par type d'exploitant d'Ambohitra
Au contraire des villages du nord, les agriculteurs d’Ambohitra ne se diversifient pas ou peu. Le village
se situant relativement loin de la mer, la faible activité de pêche ne sert qu’à l’autoconsommation. La
vente des produits issus du giroflier (clou et essence) représente 55% (écart type de 34 %, cf. Annexe
1) du revenu réel et constitue donc l’activité et la source de revenu principale.
La part des autres activités agricoles n’est cependant pas à négliger (42% des revenus, écart type de
35%). Par contre, au contraire d’Ambatoroa où les autres activités englobent la vente de fruits,
l’élevage, la vente de vanille… à Ambohitra, les agriculteurs ne font que du charbon de bois et du miel.
En effet, la plupart des agriculteurs d’Ambohitra n’ont pas la pleine gestion de leur parcelle : ils sont
soit métayers/fermiers soit en parcelles collectives familiales, où ils devront partager la récolte. Il y a
donc peu d’agroforêts (pas ou peu d’enrichissement en fruitiers), très peu d’investissement dans des
produits à forte valeur ajoutée, comme la vanille ou le poivre. De plus, la pression foncière étant
importante (ce sont les grandes familles en partie absentéistes qui possèdent la plupart des terres), les
parcelles des agriculteurs sont en priorité cultivées pour le vivrier. Ainsi, ils ne peuvent se diversifier
comme à Ambatoroa (S. Levasseur et al. , 2012). Ils ne peuvent également pas replanter de façon
significative car le foncier est limite tant a l’ouest qu’a l’est ou la zone sableuse est très proche, nom
propice a la plantation d’arbres en général.
Grace à ce tableau bilan, nous pouvons observer qu’il y a cinq exploitants de type et village confondus
qui ont un revenu réel inférieur 1 millions d’Ariary. Ce faible revenu peut s’expliquer selon différentes
logiques dépendantes de la situation de l’exploitant en question. C’est pourquoi, nous allons détailler
les revenus réels de ces cinq exploitants :
- Les deux exploitants d’Ambatoroa : Jemy Désiré et Boudi Armand sont deux
exploitants qui ont respectivement comme source de revenu les autres activités
agricoles ou la pêche. La non diversification des activités due à une limite foncière
pourrait être une cause de leurs faibles revenus réels. Cette limite foncière expliquant
notamment l’absence de culture giroflière et donc un revenu réel faible.
- L’exploitant de référence de type 4 d’Ambatoroa ayant une production moyenne de
clous de girofle a un faible revenu réel relativement identique à l’exploitant de
référence de type 4 d’Ambohitra. Ces deux exploitants de référence se sont diversifiés
dans les autres activités agricoles. Le revenu des autres activités agricoles de
l’exploitant d’Ambatoroa est supérieur à celui d’Ambohitra et égal à 500 000 Ar.
L’exploitant d’Ambohitra a produit plus de clous de girofle : 50 kg environ contre 30 kg
pour celui d’Ambatoroa. Ces deux exploitants ont un niveau de vie relativement faible.
Néanmoins, l’exploitant d’Ambatoroa qui produit moins de clous de girofle a un niveau
de vie plus stable car, on peut observer que lors des années de mauvaise production
de clous de girofle, le revenu réel du paysan d’Ambohitra diminue fortement d’environ
18% contre 11% pour l’exploitant dont le revenu est constitué majoritairement par le
revenu des autres activités agricoles.
- Siza séraphin a un revenu très faible car son activité giroflière est pratiquement
inexistante et que sa seule monétarisation est la vente de charbon qui lui rapporte
400 000 Ar. Le seul moyen qu’il utilise pour avoir un solde positif est de faire de la
main d’œuvre extérieur chez les autres exploitants de son village. Ce paysan confirme
la description des exploitants de type 3 d’Ambohitra : « Ces agriculteurs n’ont pas eu
de capital important hérité des parents […] Ils sont métayers des grandes familles de
Ste Marie (T1). » Ainsi, dans un contexte de forte pression foncière, le fait d’être
métayer est une opportunité pour l’agriculteur de satisfaire au besoin du ménage.
Tableau 15: Tableau bilan de tous les exploitants modélisés par type et par village
2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022
60
50
40
30
20 Moyenne totale
10
0
% MN % MN autre % MN % MN Off
Girofle/revenu activité pêche/revenu farm/revenu
réel agricole/revenu réel réel
réel
Dans cette figure 6, ci-dessus, on peut constater que malgré une diversification vers d’autres activités
agricoles et activités off farm, la part de l’activité girofle est majoritaire pour une grande partie des
exploitants enquêtés. Malgré une baisse de cette activité au cours des années, actuellement, on est
témoin d’un renouvellement récent de cette ressource pour des raisons détaillées dans la partie 3)b).
L’activité girofle comprend la vente de clou et la vente d’essence. D’après la bibliographie existante et
le dire d’acteur dont les agriculteurs, il y a incompatibilité entre production de clous et collecte des
feuilles pour la production d’essence. En effet, la récolte abusive des feuilles de giroflier pourrait
entrainer une chute voire une non production des clous l’année suivant la récolte de feuilles. Un
équilibre est donc à respecter entre les deux collectes.
Quelle est la part de l’activité « essence de girofle » au sein des exploitations enquêtées ?
700 000
600 000
Revenu moyen (Ar)
500 000
400 000
300 000
moyenne
200 000
100 000
0
marge nette clous marge nette essence
Activités girofle
La figure 7 présente les marges nettes de la vente d’essence par rapport aux marges nettes de la vente
de clou. Pour les exploitations enquêtées pour l’année 2011.
La marge nette de la vente d’essence est inférieure à celle des clous. D’après les enquêtes, la
production d’essence est réservée aux « plus pauvres des pauvres », aux « sans terres », comme une
activité résiduelle. Cependant, certains producteurs ont recours à la taille des girofliers, collecte de
vente des feuilles ou traitement pour l’essence uniquement pour les fêtes de fin d’année, les frais
d’écolage des enfants ou la main d’œuvre agricole (rizicole en général) (Demangel, 2011). L’avantage
de cette activité (essence) est qu’on peut la pratiquer à n’importe quels moments de l’année. L’année
2011 a été une année ou les prix de l’essence ont triplé : Le nombre d’alambics est passe de 1 à 15 : la
production d’essence a donc été intéressante pour tout le monde. En temps normal, il reste un
alambic sur l’ile, ce qui confirme notre hypothèse d’une production par défaut pour les sans terre.
Malgré, un prix parfois très attractif comme en 2011, cette activité reste très contraignante et
considérée comme très fatigante : il faut couper le bois et les feuilles, les apporter jusqu’à un alambic
(parfois plus de 5 km à parcourir)…
La part la plus importante du revenu agricole des exploitations est donc fournie par l’activité giroflière
et plus particulièrement par la vente de clous de girofle avec des variations de prix et de productions
importantes. Les revenus sont donc relativement cycliques.
Sainte Marie était un gros producteur de clou de girofle après le district de Mananara dans les années
1930. De nombreux facteurs ont engendrés la baisse de productivité du girofle : perte de main
d’œuvre, non renouvellement, effet des cyclones, maladies, non entretien, collecte des feuilles… La
baisse des prix dans les années 1990 (figure 4) a entrainé un net recul de la production. Suite à la
dégradation de la ressource girofle, d’autres espèces ont complantées : la vanille, la cannelle… Le
système monospécifique de girofle a évolué en système agroforestier majoritairement et en système
de parc.
La place de l’activité girofle dans le revenu des exploitations agricoles de Sainte Marie reste majoritaire
en comparaison aux activités off farm dont la pèche. Si cette dernière activité s’est structurée autour
d’une coopérative avec un prix attractif du poisson pour le pécheur, la quantité péchée semble en
baisse du fait d’une probable surpêche côtière. Le revenu issu de l’exploitation des girofliers, clous et
essence, est principalement destiné à l’achat de PPN, à l’écolage et l’habillement et quasiment jamais
a l’intensification des cultures.
Conclusion
On peut conclure que la diversification des systèmes d’activité est une option de sortie de la pauvreté
(N. ANDRIANIRINA et Al., 2010). La ressource monétaire du girofle est principalement utilisée pour
l’achat des PPN (Produits de Première Nécessité), le riz éventuellement, les frais de scolarité des
enfants et les autres dépenses de base. Les autres ressources économiques sont le miel, la pêche et les
activités hors agricoles (off-farm) : activités qui se développent au sein des exploitations de l’île. De
façon globale, la sécurité alimentaire est assurée par les productions vivrières locales à savoir : le
manioc, la patate douce et le fruit à pain et dans une moindre mesure, pour une part très limitées : le
riz (pluvial et de bas-fond).
Par le biais de la modélisation des exploitations choisies, nous pouvons conclure que l’activité
giroflière est importante dans la formation du revenu monétaire d’une exploitation familiale de Sainte
Marie. Cette culture contribue significativement à la résilience des exploitations agricoles locales
malgré certaines contraintes : l’irrégularité interannuelle de la production, la pression foncière due au
partage des droits sur la production de girofle. Mais, nous avons pu observer que le renouvellement de
cette ressource est problématique et différencié selon les situations. L’avenir de cette ressource est
incertain malgré un certain dynamisme de replantation observé depuis quelques années lié à une
augmentation des prix de vente des clous de girofle. Qu’arrivera-t-il si les prix des clous s’effondrent à
nouveau ?
Bibliographie
Penot. E, 2008. Harmonisation des calculs économiques et correspondance avec le logiciel Olympe.
Document méthodologique de travail n° 5.