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Adaptation aux risques côtiers : enjeux et stratégies

La thèse d'Aude Naud explore l'adaptation aux risques littoraux à travers la perception et les différentes temporalités du risque. Elle examine les représentations sociales, les stratégies d'adaptation individuelles et collectives, ainsi que l'impact de la communication sur la perception du risque. Les résultats soulignent l'importance de la dimension temporelle et des facteurs sociaux dans l'évaluation et l'acceptabilité des stratégies d'adaptation aux risques côtiers.

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Adaptation aux risques côtiers : enjeux et stratégies

La thèse d'Aude Naud explore l'adaptation aux risques littoraux à travers la perception et les différentes temporalités du risque. Elle examine les représentations sociales, les stratégies d'adaptation individuelles et collectives, ainsi que l'impact de la communication sur la perception du risque. Les résultats soulignent l'importance de la dimension temporelle et des facteurs sociaux dans l'évaluation et l'acceptabilité des stratégies d'adaptation aux risques côtiers.

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S’adapter aux risques littoraux : De la perception à

l’adaptation, au travers des différentes temporalités du


risque
Aude Naud

To cite this version:


Aude Naud. S’adapter aux risques littoraux : De la perception à l’adaptation, au travers des différentes
temporalités du risque. Psychologie. Nantes Université, 2024. Français. �NNT : 2024NANU2020�.
�tel-04956442�

HAL Id: tel-04956442


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abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
THESE DE DOCTORAT

NANTES UNIVERSITE
ECOLE DOCTORALE N° 603
Education, Cognition, Langages, Interactions, Santé
Spécialité : Psychologie

Par
Aude NAUD
S’adapter aux risques littoraux
De la perception à l’adaptation, au travers des différentes temporalités du
risque

Thèse présentée et soutenue à Nantes, le 10 décembre 2024

Unité de recherche : Laboratoire de Psychologie des Pays de la Loire (LPPL, EA4638)

Rapporteurs avant soutenance :

Valérie Fointiat Professeur des universités, Aix-Marseille Université


Raquel Bertoldo Maître de Conférence HDR, Aix-Marseille Université

Composition du Jury :
Président : Mohamed Maanan Maître de Conférence – HDR, Nantes Université
Examinateurs : Valérie Fointiat Professeure des Universités, Aix-Marseille Université
Raquel Bertoldo Maître de Conférence - HDR, Aix-Marseille Université
Ana Loureiro Professeure associée, Universidade Lusófona, Lisbonne
Mohamed Maanan Maître de Conférence – HDR, Nantes Université
Dir. de thèse : Ghozlane Fleury-Bahi Professeure des Universités, Nantes Université
Co-dir. de thèse : Oscar Navarro Professeur des Universités, Université de Nîmes
i
ii
Remerciements
A mes [Link].s de thèse, Oscar et Ghozlane, qui m’ont accompagnée depuis ma première
année de Master avec une considération et une attention sans lesquelles je n’aurais pas osé me
lancer dans un projet de thèse. Votre bienveillance, votre complémentarité et vos compétences
de chercheurs et d’encadrants m’auront autant apporté professionnellement qu’humainement.
A l’équipe de l’OR2C qui m’a offert la plupart des opportunités pour travailler sur ce sujet de
thèse avec une passion inspirante, et qui m’a renouvelé plusieurs fois sa confiance. J’ai bien-
sûr une pensée particulière pour Manon, dont la gentillesse et l’investissement rendent toujours
aussi agréable le travail de terrain.
Merci à tous les psychologues que j’ai croisés au LPPL ou ailleurs et avec qui j’ai pu collaborer,
partager, et sympathiser. Les échanges ont été riches même si la distance ne m’a pas permis
d’en profiter autant que souhaité. J’ai une pensée particulière pour Manuel, nos thématiques de
travail nous rapprochant, et avec qui j’ai pu partager plusieurs expériences de colloques
scientifiques, mais surtout la première, intimidante mais passionnante et bien plus évidente à
deux !
A l’équipe du projet COM2SICA qui m’a offert ma première opportunité de travail de
recherche en psychologie et dont la curiosité à l’égard de nos travaux a été très motivante.
Aux membres de ma famille, de Castelnau-Chalosse à Bruxelles, de Bretagne à Montpellier,
qui savent entretenir ma motivation par leur curiosité et leurs encouragements, et qui savent
me soutenir et me distraire à chaque occasion. Un merci un peu plus particulier à Nico, Claire,
Marielle et leur famille respective qui m’ont aidé logistiquement pour tous mes déplacements
professionnels ces dernières années, c’est un plaisir de pouvoir partager ces moments
privilégiés avec vous !
A mes parents, Fanny, et Coline, dont les mots ne peuvent pas exprimer ce qu’ils m’apportent
au quotidien, je vous dois tant. Merci pour votre patience, votre écoute et votre soutien
inébranlable.
Au centre équestre, sa forêt, tous ses locataires, Hélène et Jean-Claude, et les habitués, qui
m’apportent beaucoup de bonheur mais surtout un équilibre essentiel pour tenir bon dans les
moments plus difficiles.
Aux amis, et plus particulièrement Clotilde et Rudy, et Armelle et Josué, avec qui on peut tout
partager.
A Pauline et Marion, avec qui j’ai goûté aux joies de la psychologie sociale puis
environnementale. C’est un plaisir de partager cette amitié et ce bagage de formation à chaque
retrouvaille.
A Quentin, qui sait prendre soin de moi, me faire rire, m’encourager et me faire relativiser de
mille et une façons quand c’est trop dur, et qui partage avec moi les innombrables moments de
bonheur et de légèreté en forêt comme ailleurs.
A Oualie, Moustache, Furie, Mrs Jackson, Tara, Gemma, Wendy, Donna, Mary, Agent June,
Aslaug et Lagertha qui me rappellent quotidiennement aux plaisirs de la vie d’un simple regard.

iii
Table des matières
Introduction : les risques côtiers ................................................................................................ 1
PARTIE THEORIQUE .............................................................................................................. 5
Chapitre 1: l’Evaluation des risques côtiers........................................................................... 6
I. Perception du risque ................................................................................................... 8
1. Le paradigme psychométrique ............................................................................... 8
2. Perception du risque et affect ............................................................................... 10
3. Perception des risques côtiers .............................................................................. 14
II. Représentations sociales du risque........................................................................... 16
1. La théorie des représentations sociales ................................................................ 17
2. Les représentations sociales des risques côtiers................................................... 19
Chapitre 2: l’adaptation aux risques côtiers ......................................................................... 22
I. Les origines de la notion d’adaptation ..................................................................... 23
1. Etymologie du concept d’adaptation ................................................................... 23
2. L’adaptation aux risques environnementaux ........................................................ 24
II. L’adaptation individuelle/privée .............................................................................. 27
1. Adaptation individuelle : stratégies de coping et intention comportementale ..... 27
2. L’adaptation individuelle aux risques côtiers et ses facteurs d’influence ............ 31
III. L’adaptation publique et planifiée ....................................................................... 37
1. L’adaptation publique et planifiée face aux risques côtiers ................................. 37
2. De la consultation aux processus participatifs d’adaptation du territoire ............ 39
3. L’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation publique aux risques côtiers . 43
Chapitre 3: La dimension temporelle des risques côtiers .................................................... 46
I. La dimension temporelle en psychologie ................................................................ 46
1. Les origines de la dimension temporelle en psychologie .................................... 46
2. Perspective temporelle et double contextualisation ............................................. 47
II. Rapport au temps et adaptation aux risques ............................................................. 49
1. Les stratégies de coping selon la temporalité ...................................................... 49
2. L’expérience du temps dans le cadre de l’adaptation aux risques ....................... 51
3. Distance psychologique et niveau de construit .................................................... 53
PROBLEMATIQUE ................................................................................................................ 57

iv
PARTIE EMPIRIQUE ............................................................................................................. 65
Etude 1 - Représentations sociales des risques côtiers et adaptation selon les perspectives
passée, présente et future ..................................................................................................... 66
I. METHODOLOGIE.................................................................................................. 66
1. Rappel des objectifs ............................................................................................. 66
2. Contexte de l’étude .............................................................................................. 69
3. Outils .................................................................................................................... 70
4. Participants et procédure ...................................................................................... 71
5. Analyse des données ............................................................................................ 72
II. RESULTATS ........................................................................................................... 74
1. Analyse thématique des entretiens ....................................................................... 74
2. Analyse lexicale des entretiens ............................................................................ 80
III. DISCUSSION ...................................................................................................... 89
1. Conscience des risques côtiers et externalisation de l’adaptation ....................... 90
2. Le statut résidentiel déterminant les représentations sociales des risques côtiers92
3. La dimension temporelle dans les représentations des risques côtiers ................ 93
4. Limites de l’étude ................................................................................................ 94
IV. CONCLUSION .................................................................................................... 94
Etude 2 - Communiquer le risque d’érosion : effets de la communication par cartographie
sur la perception du risque et l’affect ................................................................................... 97
I. INTRODUCTION ................................................................................................... 99
1. Processus psychologiques impliqués dans la perception du risque ..................... 99
2. Communication du risque par représentation cartographique ........................... 101
3. Attention visuelle et communication par carte .................................................. 102
II. OBJECTIFS ET HYPOTHÈSES........................................................................... 105
III. METHODOLOGIE............................................................................................ 106
1. Participants ......................................................................................................... 106
2. Procédure ........................................................................................................... 107
3. Outils .................................................................................................................. 108
4. Matériel et opérationnalisation des variables ..................................................... 109
IV. RÉSULTATS ..................................................................................................... 114
1. Effets de la communication du risque par cartes sur la perception du risque et les
affects ......................................................................................................................... 114

v
2. Influence des caractéristiques cartographiques sur leur observation et
interprétation .............................................................................................................. 116
V. DISCUSSION ........................................................................................................ 122
1. Impact de la communication par cartes sur la perception du risque et l’affect .. 122
2. Influences des caractéristiques endogènes et exogènes de la carte sur l’observation
124
3. Limites de l’étude .............................................................................................. 127
VI. CONCLUSION .................................................................................................. 128
ETUDE 3 – Réactions physiologiques de stress et comportementales au cours d’une
exposition à un tsunami simulé en réalité virtuelle ............................................................ 130
I. INTRODUCTION ................................................................................................. 133
1. Individual reactions in disaster situations .......................................................... 133
2. Emotional contagion in disaster situations ........................................................ 135
3. Objective and hypotheses .................................................................................. 137
II. METHOD .............................................................................................................. 138
1. Participants ......................................................................................................... 138
2. Equipment and measurements ........................................................................... 139
3. Procedure ........................................................................................................... 141
4. Data processing .................................................................................................. 144
5. Statistical analysis strategy ................................................................................ 144
III. RESULTS .......................................................................................................... 146
1. Description of participants and descriptive statistics ......................................... 146
2. Description and comparison of time-dependent variables ................................. 147
3. Changes in heart rate during exposure to a virtual tsunami ............................... 150
4. Changes in electrodermal conductance during exposure to a virtual tsunami ... 152
5. Changes in movement speed during exposure to a virtual tsunami ................... 154
IV. DISCUSSION .................................................................................................... 155
1. A rational response to imminent danger ............................................................ 156
2. Absence of emotional and behavioral contagion ............................................... 157
V. LIMITS AND CONCLUSION .............................................................................. 158
ETUDE 4 : L’adaptation collective à un risque au long cours : l’acceptabilité de stratégies
d’adaptation à l’érosion côtière selon la temporalité future............................................... 161
I. METHODOLOGIE................................................................................................ 161
1. Rappel des objectifs ........................................................................................... 161

vi
2. Contexte ............................................................................................................. 164
3. Matériel et opérationnalisation des variables ..................................................... 166
4. Participants ......................................................................................................... 169
5. Plan d’analyse statistique ................................................................................... 170
II. RÉSULTATS ......................................................................................................... 171
1. Cohérence interne des mesures .......................................................................... 171
2. Comparaison de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation .............................. 171
3. Réduction des dimensions de la confiance dans les institutions ........................ 172
4. Facteurs d’acceptabilité sociale des trois stratégies d’adaptation ...................... 174
III. DISCUSSION .................................................................................................... 179
1. Acceptabilité de la recomposition spatiale ........................................................ 179
2. Facteurs associés à l’acceptabilité des stratégies d’adaptation .......................... 179
3. Dimension temporelle de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation ................ 183
4. Limites de l’étude .............................................................................................. 185
IV. CONCLUSION .................................................................................................. 187
DISCUSSION GENERALE .................................................................................................. 190
I. Rappel des objectifs de la thèse et des résultats ..................................................... 190
II. Contributions théoriques ........................................................................................ 194
1. Distinction entre conscience et perception du risque ......................................... 194
2. Incertitude face au risque et processus affectifs à l’œuvre dans l’évaluation du
risque et l’adaptation .................................................................................................. 194
3. Contribution de l’attachement au lieu à l’évaluation du risque et aux processus
l’adaptation ................................................................................................................ 196
4. Contribution d’un facteur situationnel à l’évaluation du risque et à l’adaptation :
le statut résidentiel ..................................................................................................... 197
5. L’influence sociale dans l’adaptation aux risques côtiers .................................. 198
6. Contribution à l’intégration de la dimension temporelle dans l’étude de
l’adaptation aux risques côtiers .................................................................................. 199
III. Contributions pratiques ...................................................................................... 201
1. Rapprocher les adaptations individuelles et publiques ...................................... 201
2. Communiquer sur les risques côtiers ................................................................. 202
3. Envisager la recomposition territoriale face aux risques côtiers ....................... 203
IV. Limites des études .............................................................................................. 203
1. Désirabilité sociale et subjectivité ..................................................................... 203

vii
2. Ecologie de la simulation en réalité virtuelle ..................................................... 204
3. Caractéristiques des échantillons ....................................................................... 204
4. Opérationnalisation des variables ...................................................................... 205
5. Intégration de la dimension temporelle.............................................................. 206
CONCLUSION ...................................................................................................................... 207
Bibliographie.......................................................................................................................... 209

viii
Table des tableaux
Tableau 1: caractéristiques des participants interrogés ............................................................ 71
Tableau 2: pratiques et méthodes d'adaptation aux risques côtiers évoquées par les habitants
.................................................................................................................................................. 78
Tableau 3: analyse lexicométrique des entretiens selon les deux sous-corpus ........................ 80
Tableau 4: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents principaux ................................................................................................................. 80
Tableau 5: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents secondaires ................................................................................................................ 85
Tableau 6: Tests statistiques de comparaison de la répartition du regard sur les différentes cartes
................................................................................................................................................ 114
Tableau 7: Comparaison de la densité de fixation et de la durée moyenne de fixation par ZI en
fonction du niveau d'abstraction ............................................................................................ 117
Tableau 8: Comparaison de la qualité de transmission du message en fonction du niveau
d'abstraction ........................................................................................................................... 120
Table 9: Distribution of participants in each condition by gender......................................... 138
Table 10: Comparison of VR simulation data as a function of experimental condition using a
Kruskal-Wallis test................................................................................................................. 146
Table 11: Description and comparison of physiological and behavioral stress measures by time
and condition, using a parametric test (Fischer's F) for heart rate and a non-parametric test
(Kruskal-Wallis test) for electrodermal conductance and movement speed. ........................ 148
Tableau 12: Répartition des participants par genre et classes d'âge ...................................... 169
Tableau 2: MANOVA appliquée à la combinaison de variables relatives à l'acceptabilité des
stratégies ................................................................................................................................ 172
Tableau 14: Composantes issues de l'ACP relative à la confiance dans les institutions ....... 173
Tableau 15: Caractéristiques des composantes issues de l'ACP ............................................ 173
Tableau 16: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
lutte active .............................................................................................................................. 174
Tableau 17: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
lutte active .............................................................................................................................. 175
Tableau 18: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
recomposition spatiale ........................................................................................................... 176
Tableau 19: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
recomposition spatiale ........................................................................................................... 176
Tableau 20: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
laisser-faire ............................................................................................................................. 177
Tableau 21: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
laisser-faire ............................................................................................................................. 178

ix
Table des figures
Figure 1: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence principale.............................. 84
Figure 2: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence principale . 85
Figure 3: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire ............................ 88
Figure 4: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire . 89
Figure 5: découpage des Zones d'Intérêt (ZI) communes à chaque carte .............................. 109
Figure 6: Jeu de sept cartes de l'étude .................................................................................... 111
Figure 7: A participant equipped with VR headset and measuring device ............................ 139
Figure 8. Timeline of the VR tsunami scenario ..................................................................... 141
Figure 9. Evacuation of virtual agents in "calm" condition ................................................... 143
Figure 10. Observed data on changes in heart rate over time as a function of condition ...... 150
Figure 11. Observed data on changes in skin conductance over time as a function of condition
................................................................................................................................................ 152
Figure 12. Observed data on the evolution of movement speed over time as a function of
condition ................................................................................................................................ 154
Figure 13: Représentations paysagères des trois stratégies d'adaptation à l'érosion.............. 166
Figure 14: Scree plot de l'ACP relative à la confiance dans les institutions .......................... 173

x
Introduction : les risques côtiers
Les zones littorales sont particulièrement vulnérables aux risques environnementaux,

d’autant plus avec le changement climatique aux effets d’ores et déjà visibles. Ces zones

constituent des enjeux forts. En 2021, les 20 000 km de côte ne concentraient pas moins de 8

millions de résidents permanents, soit 12 % de la population française (hors estuaire). La

population des communes littorales métropolitaines est donc 2,4 fois plus dense que la

population moyenne de résidents permanents en France. Le littoral est bien-sûr connu pour son

attrait touristique, et voit sa population parfois être multipliée par 10 dans certaines communes

en saison estivale. Parallèlement, en considérant le littoral métropolitain, ultramarin, et les

communes estuariennes, 1,5 millions de personnes vivent dans des zones potentiellement

exposées au risque de submersion marine, et 5000 à 50000 logements seraient menacés par

l’érosion côtière (Chotard et al., 2021).

L’érosion côtière est un risque au long-cours correspondant au « départ de matériaux vers

la mer ou parfois vers l’intérieur des terres, participant au recul du trait de côte et/ou à

l’abaissement des plages » (Réseau National des Observatoires du Trait de Côte, s. d.). La

submersion marine est « une inondation rapide et de courte durée (de quelques heures à

quelques jours) de la zone côtière par la mer lors de conditions météorologiques et océaniques

défavorables » (Géorisques, s. d.). La mer peut alors dépasser la cote des ouvrages de

protection, les abîmer ou même les détruire. Les risques d’érosion et de submersion sont

décuplés par le changement climatique, à l’origine de l’élévation du niveau de la mer mais

aussi de l’augmentation des événements tempétueux et de leur intensité (Nicholls, 2002). Ainsi,

le changement climatique, au travers des différents risques qu’il accentue, a des conséquences

à la fois à court-terme (fréquence et intensité des tempêtes), à moyen-terme (augmentation de

l’érosion côtière) et à long-terme (élévation du niveau des océans) (Cazenave et al., 2014;

1
Luijendijk et al., 2018; McDonald, 2011). La côte méditerranéenne est également exposée au

risque de tsunami. Ce dernier se produit suite à un séisme sous-marin ou côtier de faible

profondeur avec une magnitude d’au moins 6,5. Même si la hauteur du tsunami est faible

(quelques dizaines de centimètres) le volume d’eau déplacé par les ondes peut entraîner des

inondations importantes et engendrer des dégâts matériels et/ou humaine. Le tsunami le plus

récent est celui du 21 mai 2003 dont la dizaine de centimètres de la vague a engendré des dégâts

dans plusieurs ports. La côte méditerranéenne est menacée par les tsunamis en raison de la

sismicité des côtes algériennes dont les tsunamis provoqués peuvent atteindre la côte française

entre 1 à 2 heures après le séisme, et de celle de la mer de Ligure, dont les tsunamis peuvent

atteindre la côte en moins de 10 minutes (CENALT, s. d.).

De manière concomitante à ces risques et à leur augmentation liée au changement climatique

pour certains (érosion et submersion marine), le littoral voit sa vulnérabilité augmenter en

raison d’une croissance continuelle de sa population et de l’urbanisation (Chadenas et al.,

2014; Meur-Férec et al., 2008). Depuis 1962, le littoral français a connu une hausse de la

population de 44 % en métropole, et a doublé en ce qui concerne le littoral ultramarin (Lamprea,

2024). Cette augmentation des activités du littoral s’explique d’une part par l’attrait de la

population pour ces zones de bord de mer, d’autre part par une volonté politique depuis la

Seconde Guerre Mondiale de croissance industrialo-portuaire et de développement touristique

(Meur-Férec et al., 2008).

La vulnérabilité est définie par « la propension d’une société donnée à subir des dommages

en cas de manifestation d’un phénomène naturel ou anthropique. Cette propension varie selon

le poids de certains facteurs qu’il est nécessaire d’identifier et d’analyser car ils induisent un

certain type de réponse de la société » (D’Ercole et al., 1994, p.87-88). Cette définition permet

de considérer des facteurs objectifs et conjoncturels d’une part, donc directement relatif à

2
l’aléa, mais aussi des facteurs plus structurels en termes de contexte socio-économique, culturel

et politique (Meur-Férec et al., 2008). Mais la vulnérabilité se construit également de façon

subjective au travers de ce que les psychologues appellent la vulnérabilité perçue, qui peut

totalement différer des faits objectifs. Celle-ci dépend certes du degré d’exposition au risque,

mais aussi du sentiment de contrôle et d’anticipation à l’égard du risque, des attributions

causales et croyances développées à propos de ce risque et de la familiarité avec

l’environnement et la menace (Navarro-Carrascal & Michel-Guillou, 2014). Cette question de

subjectivité interroge donc également la façon dont les citoyens non-experts du risque évaluent

celui-ci et dans quelle mesure cette évaluation, mais aussi d’autres facteurs à la fois

dispositionnels et situationnels, influencent leur volonté et leur façon de s’adapter. L’OCDE

(2019) définit l’adaptation aux risques côtiers comme le fait de « maintenir le risque à un niveau

acceptable pour les sociétés », c’est à dire conserver un « équilibre entre les conséquences

sociales, économiques, environnementales différant selon les méthodes (méthodes dures,

méthodes douces, repli…) » (p.36). Des nombreuses solutions techniques permettent de relever

ce défi, mais les dimensions humaines et sociales doivent elles aussi être prises en compte. En

effet, la psychologie sociale et environnementale a déjà démontré comme les perceptions et

représentations « naïves » du risque de la part des citoyens peuvent différer de celles des experts

(Chauvin, 2014). De plus, le rejet de la part du public de certaines stratégies d’adaptation aux

risques côtiers témoigne de ces incompréhensions entre experts et citoyens. La psychologie

sociale et environnementale, en s’intéressant aux interrelations entre l’Homme et ses

environnements physiques et sociaux tout en tenant compte de leurs dimensions spatiales et

temporelles (Moser, 2003), permet de mieux comprendre la façon dont le public perçoit son

environnement de vie, les risques associés, et comment cela influence ses modes d’adaptation.

La définition de la psychologie environnementale proposée par Moser met bien en évidence

l’importance de la dimension temporelle dans l’étude du rapport de l’Homme à son

3
environnement. Néanmoins cette dimension est souvent laissée pour compte dans la recherche

en psychologie, à la fois pour des raisons de facilité méthodologique (les études longitudinales

sont coûteuses et les plans transversaux permettent justement de neutraliser la variabilité dans

le temps qui est difficile à contrôler), et pour des raisons plus épistémologiques : on aurait

tendance à favoriser le statique au dynamique, sans doute car il est plus aisé de conceptualiser

des phénomènes ainsi (McGrath & Kelly, 1992). Pourtant cette dimension temporelle est

particulièrement saillante dans le cadre de l’adaptation aux risques côtiers. Ces derniers

peuvent constituer des événements soudains ou au long cours, peuvent avoir lieu dans

l’immédiat ou dans un futur plus ou moins proches, ou peuvent laisser des traces lorsqu’ils sont

déjà passés. En fait, l’adaptation peut se préparer plus ou moins en amont jusqu’au moment

même de l’actualisation de l’aléa.

Les quatre études présentées dans cette thèse visent donc d’une part à mieux comprendre

comment le public profane évalue et se représente les risques côtiers auxquels il est exposé,

comment cette évaluation influence l’adaptation de la population à ces risques, et d’autre part

à intégrer cette notion de temporalité, à la fois au regard de la temporalité des risques

(soudain/long-cours), et de la phase d’expérience du risque (avant/pendant/après).

4
PARTIE THEORIQUE

5
Chapitre 1: l’Evaluation des risques côtiers
La psychologie environnementale a depuis longtemps mis en évidence les différences

d’évaluation du risque entre les citoyens profanes et les experts (Fischhoff et al., 1978). C’est

en effet une différence de jugement souvent à l’origine d’incompréhensions entre les

différentes parties prenantes, voire d’un rejet des mesures mises en place pour s’adapter au

risque. La réponse souvent donnée à ce type de situation est l’information des citoyens, en

supposant que la raison de leur point de vue divergent est un manque de connaissance pouvant

être comblé par une communication axée sur l’information. Or cette stratégie est réductrice et

se révèle bien souvent inefficace à elle seule. En effet, les citoyens développent bien souvent

une autre sorte de connaissance, moins technique, mais reposant sur une pensée sociale issue

de leur propre expérience, de leur environnement social au travers des échanges développés au

sein de la population, des croyances et valeurs partagées (Navarro, 2022). Cette pensée sociale

détermine ainsi les jugements et la capacité d’adaptation individuelle ou collective, et

l’adhésion aux mesures mises en place par les décideurs face au risque. Elle permet ainsi

d’évaluer le risque, au travers de dimensions cognitives (autrement dit la façon de penser le

risque), de dimensions affectives (la façon de ressentir son environnement et les risques

associés), et de dimensions sociales au travers des communications interpersonnelles, du

rapport aux institutions et aux autorités, ou encore de la culture dans laquelle s’insèrent les

individus.

La psychologie sociale et environnementale propose différentes approches du rapport de

l’Homme aux risques auxquels il est exposé. Nous nous focaliserons ici sur deux d’entre elles.

La première est une approche est celle de la perception du risque (Fischhoff et al., 1978; Slovic,

1987, 2016), qui est plutôt individuelle et tente de rendre compte de la façon dont les individus

perçoivent le risque. Sans écarter la possibilité de l’influence du contexte social dans lequel

s’insère l’individu, cette approche tente d’expliquer les processus cognitifs et affectifs à

6
l’œuvre dans la perception individuelle du risque. A partir de l’expérience phénoménologique

du réel, mais également influencé par son histoire, le contexte, ou encore les relations

interpersonnelles, l’individu peut évaluer le risque. Cette approche permet donc de rendre

compte du degré auquel les individus se sentent vulnérables, et d’expliquer ainsi partiellement

l’adoption de certaines stratégies de faire face. Mais le risque ne constitue pas seulement un

objet à évaluer de faiblement dangereux à très dangereux, de peu probable à très probable.

C’est aussi un objet de débat dont les représentations variant selon les groupes sociaux peuvent

être confrontées les unes aux autres (Navarro-Carrascal & Michel-Guillou, 2014). La deuxième

approche est donc celle des représentations sociales (Abric, 2003; Jodelet, 2003; Joffe, 2003)

et reflète le sens donné au réel à partir de l’ensemble d’informations, de croyances, de valeurs

et d’idéologies préalables partagées au travers des échanges interpersonnels, dans lesquelles

s’ancrent les objets de représentations.

Ces deux approches ne sont pas contradictoires mais bien complémentaires puisqu’elles

considèrent le rapport au risque à différentes échelles : à l’échelle interpersonnelle d’une part,

autour des processus cognitifs et affectifs et de leurs limites pour la perception du risque, et à

l’échelle positionnelle voire idéologique d’autre part, autour du sens donné au risque par les

représentations sociales (Doise, 1987, cité par Navarro, 2022). Considérer ces deux approches

simultanément permet de mieux comprendre les problématiques liées aux risques par une

forme de triangulation méthodologique, et se justifie pleinement lorsque l’on cible les risques

côtiers. Le rapport au risque des citoyens dépend certes de leur traitement des informations

disponibles et des biais et limites qui en découlent, mais doit aussi être compris dans une vision

plus globale : la culture occidentale actuelle promeut fortement la mer comme cadre de vie, de

loisir et de valorisation sociale, et le littoral est constitué de groupes sociaux au rapport bien

spécifiques à leur environnement (résidences principales, résidences secondaires, touristes,

acteurs économiques, gestionnaires locaux…) (Michel-Guillou & Meur-Ferec, 2017). Ces

7
dimensions à la fois sociales, spatiales et temporelles doivent être considérées pour

appréhender complètement le rapport au risque.

I. Perception du risque
1. Le paradigme psychométrique

Une définition classique du risque utilisé dans les premiers travaux sur cette thématique est

la combinaison de la probabilité d’occurrence d’un danger combinée à la gravité des

conséquences dans un contexte donné (Renn, 2008). Ce qui repose donc sur une évaluation

objective et rationnelle du risque, plutôt propre aux experts capables de mesurer ces critères le

définissant. Cependant, les individus non-experts ne sont pas en mesure de rassembler ces

informations objectives et doivent donc s’appuyer sur d’autres types de sources pour évaluer

les risques auxquels ils peuvent être exposés, et ce de manière subjective. C’est de cette

distinction entre l’évaluation experte et l’évaluation profane du risque qu’est né le concept de

perception du risque (Slovic, 1987), en tentant notamment d’expliquer pourquoi certains

risques sont minimisés tandis que d’autres sont amplifiés (Joffe & Orfali, 2005).

Un premier courant, le paradigme psychométrique élaboré par Slovic et ses collaborateurs

(Fischhoff et al., 1978; Slovic et al., 1986; Slovic, 1987), propose que le risque soit évalué par

le public profane selon trois caractéristiques, les deux premières étant relativement stables pour

un même risque entre différentes populations : son caractère effrayant, sa familiarité, et le

nombre de personnes exposées. Cette approche permet ainsi d’affirmer que le grand public

n’est pas irrationnel mais évalue simplement le risque selon des critères différents (Chauvin,

2014). Il a également été mis en évidence à partir de ce paradigme qu’il existe une relation

inverse entre risque et bénéfice perçu (Alhakami & Slovic, 1994; Finucane et al., 2000;

Fischhoff et al., 1978). Ce qui, nous le verrons par la suite, a permis le développement du

concept d’heuristique d’affect dans l’évaluation du risque. Issue de la psychométrie, la

perception du risque visait également à l’origine à comparer de façon quantifiable les


8
évaluations entre différents risques et entre individus, ouvrant la porte à de nombreuses

opportunités de recherche. Il est ainsi désormais possible de comparer les différents risques et

de déterminer des facteurs d’influence de leur perception grâce à la modélisation scientifique

(Touili et al., 2014), ou encore de déterminer comment la perception du risque impacte d’autres

variables, notamment les comportements.

L’un des inconvénients majeurs de cette approche de reposer malgré tout sur une rationalité

importante de la part d’individus qui seraient capables d’évaluer par eux-mêmes ces trois

facteurs (caractère effrayant, familiarité, nombre de personnes exposées) de perception d’un

risque (Chauvin, 2014). D’autres approches de la perception du risque complètent celle du

paradigme psychométrique, et en sont plus ou moins proches. Celle de l’utilité espérée, d’abord

issue des modèles économiques considérant l’individu comme strictement rationnel, consiste

finalement en l’évaluation d’un risque au travers de plusieurs références subjectives (Cadet,

2006, cité par Chauvin, 2014) : l’utilité (positives ou négatives) des conséquences, et les

probabilités d’occurrence. Ces deux références sont produites par l’individu lui-même à partir

de son opinion personnelle, et permettent de donner une valeur aux risques et donc de les

comparer et hiérarchiser (Chauvin, 2014). L’approche du paradigme cognitif (Tversky &

Kahneman, 1974) quant à elle se centre plutôt sur les processus cognitifs de traitement de

l’information dans le cadre de l’évaluation du risque. Cette approche permet notamment de

s’intéresser aux heuristiques à l’œuvre et donc également aux biais et erreurs de jugement dans

l’évaluation des risques (Cadet & Kouabénan, 2005; Gowda, 1999). Les heuristiques consistent

en des raccourcis mentaux permettant une évaluation plus rapide et moins coûteuse à partir de

règles inférentielles, mais pouvant entraîner des estimations erronées. On peut citer

classiquement l’heuristique de disponibilité (Tversky & Kahneman, 1974), c’est à dire la

tendance à ne baser son jugement que sur des informations facilement disponibles en mémoire.

Cela peut biaiser le jugement dans le sens où l’individu peut par exemple prêter plus attention

9
à la prévention à l’égard d’un risque très vif à l’esprit (crash d’avion) qu’à un risque moins vif

mais non moins important (maladies contagieuses) (Zeckhauser & Viscusi, 1996). Un autre

biais classique est celui de l’optimisme comparatif : les individus ont tendance à sous-estimer

les risques pour eux-mêmes par rapport aux risques pour les autres (Weinstein, 1980). Enfin,

l’Amplification Sociale du Risque propose que les individus, les groupes, ou les sociétés

amplifient ou atténuent les signaux de risque au travers de processus communicationnels

(Kasperson et al., 1988). Par ailleurs, le contexte socioculturel impacte la façon dont les

messages sont reçus, interprétés et transmis par les individus ou les groupes en fonction des

symboles, croyances et valeurs déjà appropriées (Bertoldo et al., 2021).

2. Perception du risque et affect


a. L’heuristique d’affect
Un autre type d’heuristique mis en évidence par la littérature en psychologie repose sur les

processus affectifs à l’œuvre dans l’évaluation du risque. Comme évoqué plus haut, les experts

du risque s’appuient dans les évaluations sur des données objectives, techniques et parfois

complexes permettant une analyse fine du risque. Ce processus analytique est long et coûteux,

et constitue le processus « risk-as-analysis » du traitement de l’information liée au risque. De

plus, la longue tradition de définition de la perception du risque comme un processus rationnel

et strictement cognitif a écarté pendant longtemps la possibilité de processus affectifs à l’œuvre

(Böhm & Brun, 2008; Finucane et al., 2000). L’affect est un concept aux multiples définitions

et auquel les termes « émotions » ou encore « sentiment » sont souvent substitués entraînant

des confusions importantes. Une définition couramment retenue est celle de Slovic et ses

collaborateurs (2004) d’après laquelle l’affect serait « un léger bruissement d’émotion” [et]

signifie le caractère “bon” ou “mauvais” (1) ressenti en tant que sentiment/sensation

(consciemment ou inconsciemment) et (2) dénotant la qualité positive ou négative d’un

stimulus »(p.312). Le paradigme psychométrique a déjà commencé à instiller l’existence de

10
processus affectifs dans la perception du risque au travers de la dimension de peur comme étant

l’un des trois déterminants principaux de la perception du risque (Slovic et al., 1986; Slovic,

1987). D’autre part, la célèbre relation inverse entre risque perçu et bénéfice perçu (plus une

activité est perçue comme risquée, moins elle est perçue comme bénéfique) mise en évidence

par Fischhoff et ses collaborateurs (1978), est également à l’origine de l’intérêt pour les

processus affectifs. En effet, le traitement cognitif ne permet pas d’expliquer pourquoi certaines

activités très risquées, telles que parier de l’argent, sont tout de même pratiquées si le bénéfice

perçu est très faible. Alhakami et Slovic (1994) ont donc ensuite mis en évidence que le rapport

entre risque et bénéfice perçu varie selon le jugement affectif envers l’activité, selon qu’elle

est évaluée comme positive ou négative. Une activité jugée très positivement (énergie solaire)

sera jugée comme très bénéfique et peu risquée, tandis qu’une activité jugée très négativement

(fumer) sera considérée comme peu bénéfique et très risquée (Slovic, 2010, cité par Chauvin,

2014). Les activités jugées de façon intermédiaire, ni très négativement, ni très positivement,

voient cette distance entre risque et bénéfice réduite. Ces travaux ont donc lancé tout un champ

d’étude ciblant le rôle de l’affect dans la perception du risque, jusqu’au développement du

concept à part entière d’heuristique d’affect, selon laquelle de façon automatique et dans un

objectif de rapidité et d’économie de charge mentale, les individus évaluent les risques à partir

d’un pool affectif qui associe différents objets à des étiquettes affectives positives ou négatives

(Finucane et al., 2000). A partir de ces affects, comme expliqué précédemment, les individus

peuvent évaluer les risques et bénéfices perçus. De nombreuses études ont malgré tout

démontré les biais que peuvent engendrer cette heuristique d’affect, en favorisant des

comportements irrationnels (Gigerenzer, 2004; Rottenstreich & Hsee, 2001). La plupart des

travaux aujourd’hui reposent donc sur la théorie des processus duels, autrement dit l’existence

de deux systèmes d’appréhension de la réalité qui coopèrent (Finucane & Holup, 2006) : un

11
mode affectif « risk as feelings » reprenant les principes de l’heuristique d’affect, et un mode

cognitif « risk as analysis », plus long et coûteux.

b. Attachement et identité de lieu


Les processus affectifs étudiés dans le cadre de la perception du risque touchent également

au rapport au lieu. L’attachement au lieu correspond au « lien affectif et cognitif que les

individus développent avec un lieu » (Weiss, 2022, p. 28). Afin de mieux comprendre ce

concept, il est nécessaire de définir celui de lieu. En effet, en psychologie, le lieu ne se définit

pas uniquement par l’expérience physique objective du lieu mais par une expérience subjective

et intangible (Weiss, 2022). Ainsi, le lieu n’est pas seulement un espace physique aux

caractéristiques objectives. C’est également un produit social défini par les comportements qui

y sont partagés, et par les cognitions et affects relatifs à ces comportements et à ce lieu (Canter,

1977, cité par Weiss, 2022). De plus, le lieu peut être considéré à différentes échelles (du local

au plus global) mais également selon ses fonctions (lieu de travail, lieu de vie, espace public...)

(Brown et al., 2012). Des travaux ont par exemple montré que l’attachement peut varier selon

l’échelle considérée (Hidalgo & Hernández, 2001). De nombreux travaux ont mis en évidence

les liens affectifs, cognitifs et comportementaux qu’entretiennent les individus avec un lieu,

souvent leur lieu de vie : 1) Affectif car le lieu est souvent relié à des émotions positives, mais

aussi parfois négatives, si ce lieu est amené à changer ou disparaître, 2) Cognitif car le lieu

revêt un sens propre aux individus et aux groupes qui le côtoient, et donne lieu à des

représentations et des souvenirs, 3) Comportemental car des comportements sont induits par

cet attachement et permettent d’entretenir ce lien par exemple en essayant de rester ou revenir

régulièrement dans ce lieu (Hernández et al., 2007), ou parce que les individus mettent parfois

en place des comportements de protection de ce lieu lorsque celui-ci est menacé (Scannell &

Gifford, 2010, 2014). L’attachement au lieu provient à la fois des caractéristiques physiques et

sociales du lieu (Hidalgo & Hernández, 2001; Scannell & Gifford, 2014). En tenant compte de

12
ces processus affectifs, cognitifs, et comportementaux, le modèle tripartite de Scannel &

Gifford (2010) permet ainsi de définir les rapports selon les caractéristiques individuelles et

groupales entre les individus et le lieu dans ses dimensions physique et sociale.

D’autres concepts ont été développés pour décrire et évaluer le lien entre l’Homme et les

lieux qu’il pratique mais il existe une certaine confusion entre ceux-ci. L’identité de lieu, entre

autres, peut-être définie comme une sous-structure de l’identité regroupant les cognitions

relatives à l’environnement dans lequel l’individu évolue, et donc développée non pas par

comparaison entre soi et les autres mais vis-à-vis du lieu (Proshansky et al., 1983). Elle se

développe sur la base des expériences en lien avec l’environnement physique auquel les

individus viennent ancrer leurs souvenirs, leurs objectifs, leurs valeurs, leurs attitudes (Fleury-

Bahi, 2010). Un autre concept très proche de l’attachement au lieu est celui de dépendance à

l’égard du lieu. Il s’agit selon Stokols & Shumaker (1981) d’un sentiment de lien très fort que

peut entretenir une personne avec un lieu, souvent issu de la capacité de ce lieu à répondre aux

attentes de l’individu. Ainsi, l’attachement est parfois considéré comme englobant ces deux

concepts (Guillard, 2020; Vaske & Kobrin, 2001), tandis que d’autres auteurs considèrent qu’à

l’inverse l’attachement au lieu est une composante de l’identité de lieu (Lalli, 1992). D’autres

auteurs proposent le concept de « sense of place », parfois considéré comme un terme englobant

l’ensemble des concepts relatifs au lien qu’entretient l’Homme avec son environnement

(Jorgensen & Stedman, 2006; Shamai, 1991).

De nombreuses études ont montré qu’attachement au lieu et perception du risque sont liés

(Dhar et al., 2023; Lie et al., 2023), cependant il n’y a pas de consensus sur le sens de cette

relation. Les individus qui sont attachés à leur lieu de vie peuvent avoir tendance à se sentir en

sécurité et à sous-estimer le risque (Billig, 2006; Wang et al., 2021). Mais d’autres travaux ont

montré que l’implication, et donc l’information à l’égard du lieu de vie qu’encourage

13
l’attachement au lieu, peut au contraire augmenter la perception du risque (Bonaiuto & De

Dominicis, 2011; Navarro et al., 2020).

3. Perception des risques côtiers


Vivre dans des zones côtières exposées aux risques tels que l’érosion ou la submersion

marine engendre une forme de paradoxe que les habitants peuvent se représenter et auquel ils

peuvent faire face de différentes façons (Michel-Guillou & Meur-Ferec, 2017). En effet, vivre

dans cet environnement est socialement valorisant et désirable (Michel-Guillou et al., 2015),

et pourtant ses habitants peuvent être extrêmement vulnérables aux risques associés.

De manière générale, les populations exposées aux risques côtiers ont tendance à les sous-

estimer (Botzen et al., 2009; Michel-Guillou & Meur-Ferec, 2017; Pagneux et al., 2011). De

nombreux chercheurs ont travaillé à mieux comprendre la perception des risques côtiers et ses

déterminants, mais aussi ses impacts, notamment sur l’adaptation au risque. A partir de

l’approche du paradigme psychométrique, Lemée et ses collaborateurs (2018) ont pu construire

une échelle de perception du risque de submersion marine composée de quatre dimensions :

l’augmentation du risque, la méconnaissance du risque, la vulnérabilité personnelle perçue ou

menace perçue, et la vulnérabilité collective perçue. Cette construction reprend celle proposée

par Slovic (1990) mais la dernière dimension est ici ajoutée en illustrant le grand nombre de

personnes potentiellement exposées à ce même risque et la nécessité d’une adaptation, elle

aussi collective.

L’un des intérêts de l’approche quantitative par le paradigme psychométrique est de pouvoir

identifier les facteurs déterminants de la perception du risque. Il n’y a pas de consensus

concernant l’impact des facteurs sociodémograpiques sur la perception des risques côtiers

(Navarro, 2022a). Par exemple, s’agissant du risque d’inondation, certaines études observent

une corrélation positive entre l’âge et la perception du risque (Kellens et al., 2011), tandis que

14
Botzen et al. (2009) ont montré que les personnes plus âgées ont une plus faible perception du

risque. Il en va de même pour le genre, puisque toujours pour le risque d’inondation, certaines

études montrent que les femmes présentent un niveau plus haut de perception du risque

(Kellens et al., 2011; Lindell & Hwang, 2008) alors que d’autres études ne trouvent aucune

influence du genre sur la perception de ce même risque (Anılan et al., 2024). Mais d’autres

facteurs dispositionnels semblent avoir un effet plus consensuel sur le rapport des habitants au

risque auquel ils sont exposés, notamment les expériences passées. L’expérience passée du

risque est un prédicteur important de la perception du risque (Navarro et al., 2016; Siegrist &

Gutscher, 2006) et de la conscience du risque (Pagneux et al., 2011). Un facteur important ici

semble être celui de l’exposition non pas uniquement au risque mais surtout à ses conséquences

négatives. En effet, Lima et ses collaborateurs (Lima, 2004; Lima et al., 2005) ont par exemple

mis en évidence un effet de normalisation du risque lié à l’exposition à un incinérateur de

déchets ou d’autres technologies, en raison de l’exposition répétée à ces risques, mais pas à

leurs conséquences négatives. De plus, vivre une inondation d’ampleur limitée peut réduire le

sentiment de vulnérabilité, car les habitants ayant eu cette expérience se reposent sur celle-ci

pour estimer le risque d’une prochaine inondation, écartant le risque d’un phénomène plus

grave (Burningham et al., 2008). L’attachement au lieu est également un déterminant important

de la perception des risques côtiers (Navarro et al., 2020, 2021a), cependant son impact est

aléatoire selon les études. S’agissant par exemple du risque d’inondation, un fort attachement

au lieu est parfois associé à une faible perception du risque (Lie et al., 2023), alors qu’ il peut

également, dans certains cas, renforcer la perception du risque (Bonaiuto et al., 2011; Parreira

& Mouro, 2023).

Ensuite, certains facteurs situationnels peuvent influencer la perception des risques côtiers.

Plusieurs travaux ont montré que la distance face à la menace impacte la perception du risque

: les habitants vivant plus près du trait de côte ont une perception du risque d’érosion côtière

15
plus grande (Chadenas et al., 2023; Navarro et al., 2020). Chadenas et ses collaborateurs (2023)

ont également noté que plus les habitants sont proches de la menace, plus leur connaissance du

risque est grande. Lorsque les connaissances à l’égard du risque côtier sont trop faibles, les

habitants s’appuient sur celles des gestionnaires ou des experts du risque, c’est pourquoi la

confiance est un facteur également important à prendre en compte (Kellens et al., 2013). La

confiance, qu’elle soit en les gestionnaires ou en les méthodes de gestion du risque, est un

déterminant important de la peur ainsi que de la perception du risque associée (Terpstra, 2011).

Cette confiance détermine également l’adaptation et surtout l’approbation ou non des stratégies

d’adaptation mises en place par les autorités (Han et al., 2023). Parallèlement de la distance, le

temps de résidence détermine positivement la perception du risque (Navarro et al., 2020).

II. Représentations sociales du risque


L’approche du rapport au risque des citoyens par le concept de perception est intra- voire

interindividuelle, et permet de quantifier dans quelle mesure un risque est perçu ainsi que ses

facteurs d’influence ou ses conséquences sur d’autres processus. Le rapport au risque est ainsi

quantifié mais sans rien dire de son contenu et de la façon dont il est approprié. L’approche par

les représentations sociales permet justement d’appréhender la nature de la construction

mentale relative au risque. En effet, celle-ci est fondamentalement sociale car elle s’ancre dans

un ensemble de représentations préexistantes et partagées par les membres d’un groupe, en lien

avec un contexte, une culture donnée. L’approche par la perception du risque considère elle

aussi l’influence sociale comme en témoigne par exemple la perspective de l’amplification

sociale du risque (Kasperson et al., 1988) mais cette dimension sociale reste peu développées

dans les travaux relatifs à la perception du risque (Navarro, 2022a). Cette considération pour

l’ancrage sociale du rapport au risque est cependant développée dans l’approche des

représentations sociales, rendant ces deux approches complémentaires.

16
1. La théorie des représentations sociales

Les représentations sociales sont définies par Guimelli (1999) comme « l’ensemble des

croyances, des connaissances, des opinions qui sont produites et partagées par les individus

d’un même groupe à l’égard d’un objet social donné » (p.63). De fait, elles constituent des

théories naïves faisant référence à des constructions plus ou moins élaborées, mais différente

de celles des experts. Cette approche lutte elle aussi contre l’explication de la divergence de

pensée entre experts et profanes par l’irrationalité et le déficit de connaissance, en l’expliquant

plutôt par le fait qu’il s’agit de deux produits de nature différente (Joffe, 2003), les

représentations sociales constituant un savoir de sens commun (Jodelet, 2003). Les

représentations sociales ont une visée pratique puisqu’elles organisent le groupe partageant ces

représentations en offrant une grille de lecture du monde et donc en guidant les comportements

et la communication (Jodelet, 2003). Et les pratiques et la communication (interindividuelle ou

de masse) viennent à leur tour nourrir ces représentations (P. Marchand, 2004). Ces dernières

naissent au travers de plusieurs processus présentés ci-après.

a. La structure des représentations sociales

Abric (1994) propose une théorie aujourd’hui consensuelle définissant la structure des

représentations sociales comme constituées d’un noyau central et d’un système périphérique.

Cette théorie permet de répondre aux paradoxes selon lesquels les représentations sont à la fois

stables et dynamiques, et à la fois consensuelles mais pouvant aussi varier dans une certaine

mesure entre les individus.

Le noyau central serait le cœur consensuel, stable et résistant de la représentation, tandis

que le système périphérique serait plus à même de varier entre individus et selon le contexte et

les contradictions. Le noyau central a donc une fonction identitaire puisqu’il permet d’une

certaine manière de conserver l’unité du groupe rassemblé autour de significations partagées.

17
Il assigne un sens à l’ensemble de la représentation sociale et donc au système périphérique, et

structure cet ensemble. Ce qui lui permet également de faire coexister des contradictions

apparentes dans le discours qui peuvent coexister à la lumière du sens donné par le noyau

central (Guimelli, 1999). Le noyau central constitue un filtre de la réalité pour le groupe se le

représentant, et un ensemble d’évidences par lesquelles les individus raisonnent et interagissent

avec le monde (Lo Monaco & Lheureux, 2007).

b. Construction et dynamiques des représentations sociales

Les représentations sociales permettent au groupe de s’approprier un objet. Pour ce faire, le

processus d’objectivation naturalise un concept abstrait, en le rendant concret selon une logique

propre au groupe (Bonardi & Roussiau, 2014; Guimelli, 1999). Par la même, l’objet est

simplifié afin de permettre une forme d’économie cognitive car seuls certains éléments

particuliers de l’objet sont sélectionnés par le groupe, selon leurs croyances ou opinions que

ses membres partagent. De plus, s’appuyer sur des propriétés de l’objet connues et partagées

dans le groupe permet d’éviter la contrainte de l’argumentation et facilite la communication au

sein du groupe. Ces éléments sont ensuite décontextualisés de leur attache initiale ce qui permet

une réappropriation en fonction d’autres éléments préexistants, pour devenir plus proches de

la pensée du groupe (Guimelli, 1999). Ils s’agglomèrent ensuite pour former un noyau figuratif

structuré et concret. La naturalisation de cet ensemble permet de rendre concret et simple une

nouvelle pensée de sens commun considérée alors comme la réalité et non discutable. Le

processus d’ancrage, quant à lui, vise à redéfinir l’objet à partir des pensées préexistantes afin

de l’intégrer à cet ensemble. La représentation de l’objet est alors en adéquation, non seulement

avec les pensées préexistantes, mais surtout avec les valeurs, croyances et idéologies du groupe.

Par ailleurs, les représentations sociales sont capables d’évoluer dans le temps et de

s’adapter au contexte grâce à leur structure à la fois stable et adaptative. Un premier facteur de

18
changement peut être un changement de pratique. En effet, les représentations sociales et

pratiques sont fortement intriquées puisque les premières guident les secondes, et qu’à l’inverse

les pratiques contribuent à définir les représentations (Valence, 2010). Ainsi, si le groupe doit

adopter un changement de pratique forcé par le contexte, mais pouvant être réversible, cela

engendrera une modification du système périphérique, justement élaboré pour absorber ces

changements temporaires et intégrer de nouveaux éléments de façon éphémère (Flament, 1994

cité par Rouquette & Rateau, 1998). Cependant, si les nouvelles pratiques doivent perdurer du

fait d’un contexte irréversible, elles sont d’abord intégrées via le système périphérique et vont

petit à petit modifier également le noyau central. Ce changement est coûteux pour les individus,

c’est pourquoi en cas de situation réversible les membres du groupe préfèrent subir les

conséquences d’une adaptation superficielle de la représentation sociale plutôt que d’en

changer sa nature.

2. Les représentations sociales des risques côtiers


L’approche du risque par les représentations sociales vient compléter la vision plus intra et

interindividuelle classiquement employée en intégrant la dimension environnementale au sens

large, c’est à dire liée au cadre de vie à la fois physique, social, culturel et historique, dans une

approche psycho-socio-environnementale (Navarro-Carrascal & Michel-Guillou, 2014). Les

risques côtiers ont été l’objet de nombreux travaux s’appuyant sur la théorie des représentations

sociales.

Bertoldo et ses collaborateurs (2021) ont par exemple pu mettre en évidence les processus

d’objectivation des habitants du littoral méditerranéen dans la construction de leur

représentation sociale de la submersion marine. Ces habitants, vivant dans une zone également

exposée au risque d’inondation fluviale, tentent de concrétiser le risque de submersion marine,

qu’ils n’ont jamais vécu, en faisant référence à leur connaissance et expériences relatives au

risque d’inondation fluviale. Il est également à noter que les habitants interrogés font preuve

19
d’une bonne connaissance technique quant à la dynamique côtière et à sa gestion. De la même

manière que cela a été démontré au travers de l’approche par la perception du risque, cette

étude met en évidence le paradoxe chez les habitants à la fois très attachés à leur lieu de vie

mais conscients de leur exposition à des risques environnementaux. Ils feraient donc face à ce

paradoxe au moyen de trois stratégies de rationalisation : la comparaison sociale (le risque est

pire ailleurs), la comparaison des risques (d’autres risques sont plus importants), le fatalisme

(on ne peut rien y faire). Ces stratégies engendreraient une forme d’atténuation sociale du

risque (Kasperson et al., 1988), tandis qu’à l’inverse, l’occurrence d’événements dramatiques

tels que la tempête Xynthia et les pertes humaines et matérielles occasionnées engendrent un

phénomène d’accentuation du risque.

Baggio et Rouquette (2006) ont quant à eux étudié le risque d’inondation et ont observé que

l’implication personnelle joue un rôle important dans la nature et la structure de la

représentation du risque car elle permet de la densifier. L’étude de Lemée et ses collaborateurs

(2019) corrobore ce phénomène. Ils ont constaté que les habitants de la côte exposés au risque

de submersion marine ou d’érosion côtière, donc potentiellement plus impliqués, se

représentent également ces risques de façon plus dense et que ces représentations sont plus

fonctionnelles. En effet, l’implication personnelle repose sur trois dimensions (Rouquette,

1997 cité par Navarro, 2022) : l’identification, c’est à dire le degré auquel l’individu se sent

concerné, la valorisation, soit l’importance accordée à l’objet, et la capacité d’action perçue sur

cet objet. Or l’implication personnelle joue également un rôle médiateur entre les

représentations sociales et l’intention comportementale (Lheureux et al., 2011). Des

représentations sociales denses seraient donc associées à plus d’intention comportementale

donc éventuellement à une meilleure adaptation au risque.

20
Plusieurs études ont également mis en évidence que les représentations sociales des risques

côtiers, qu’il s’agisse du risque d’inondation (Baggio & Rouquette, 2006), d’érosion côtière ou

de submersion marine (Krien & Michel-Guillou, 2014; Lemée, Fleury-Bahi, et al., 2019),

comportent à la fois des éléments relatifs au risque en lui-même et relatifs à la gestion pratique

ou politique de ces risques. Ces représentations comportent donc souvent à la fois une

dimension normative (jugement à l’égard de l’objet lui-même) et une dimension fonctionnelle

(référence à la contextualisation et aux pratiques relatives à l’objet) au sens entendu par

Guimelli (1999). L’étude de Lemée et ses collaborateurs (2019) montre, par une méthode de

caractérisation par questionnaire, que la représentation sociale du risque de submersion marine

chez les habitants du littoral comprend des composantes de gestion politique du risque (ex : «

application des plans de prévention des risques côtiers »), et que la représentation des habitants

exposés est plus fonctionnelle puisqu’elle intègre également des conséquences du risque (« la

disparition des zones habitées », « l’augmentation du risque à l’avenir ») en zone périphérique

ainsi que des méthodes d’atténuation (« Adaptation des bâtiments », « relocalisation de la

population ») de façon plus centrale. Ils observent le même pattern pour le risque d’érosion,

avec une représentation pour les habitants exposés plus fonctionnelle intégrant des impacts liés

à l’érosion, à la gestion politique du risque ainsi que des méthodes d’atténuation.

La gestion des risques côtiers relève de l’adaptation. Ce concept d’adaptation est complexe

et revêt différentes formes : il peut s’agir d’actions individuelles relatives à la préparation au

risque, d’actions collectives visant à sensibiliser la société, ou encore de la gestion publique

des risques au travers d’aménagement du territoire. Cette multiplicité d’échelles d’adaptation

multiplie également les processus à déterminer et comprendre pour favoriser l’adaptation aux

risques côtiers. Plus de recherches sont donc nécessaires pour comprendre dans quelle mesure

la nature des représentations sociales des habitants peut impacter les pratiques et notamment

les comportements adaptatifs face aux risques côtiers.

21
Chapitre 2: l’adaptation aux risques côtiers
Les littoraux français font face à des risques croissants en raison du changement climatique

mais aussi du développement et de l’urbanisation croissante de ces zones. Face à cela, deux

stratégies s’imposent : réduire les risques auxquels ces zones sont exposées, et minimiser leurs

conséquences si ceux-ci s’actualisent. La littérature sur l’adaptation porte souvent sur le

changement climatique et ses conséquences. Ainsi, Klein et ses collaborateurs (2006)

distinguent l’atténuation (mitigation) et l’adaptation. La première est « une intervention

anthropique visant à réduire les sources ou augmenter les puits de gaz à effet de serre »,

autrement dit réduire le phénomène en lui-même. La deuxième est un « ajustement dans les

systèmes humains ou naturels en réponse à des stimuli climatiques actuels ou attendus ou leurs

effets, qui modère les dommages ou exploite les opportunités bénéfiques » (p.750). Les deux

approches sont concomitantes de bien des façons (Klein et al., 2006). Par exemple, encourager

l’adaptation à certains risques environnementaux peut sensibiliser à la cause de leur

amplification (le changement climatique) et donc mener à des actions d’atténuation. Et à

l’inverse, des mesures visant à atténuer le changement climatique (ex : taxes carbone, prix de

l’énergie) peuvent favoriser l’adaptation (ex : allocation de ces ressources à l’adaptation d’un

territoire aux risques encourus). Ainsi le discours opposant adaptation et atténuation arguant

que se concentrer sur l’adaptation serait renoncer à réduire les causes du changement

climatique est aujourd’hui dépassé étant donné l’urgence face aux risques climatiques

croissants (Boissier, 2020). Néanmoins, s’agissant plus précisément des risques côtiers, les

citoyens peuvent difficilement atténuer eux-mêmes ces phénomènes, mais ils peuvent

cependant tenter de s’y adapter. Nous nous focaliserons donc ici sur l’adaptation aux risques

côtiers, tout en gardant à l’esprit que sa promotion peut tout à fait mener à l’atténuation de la

cause de leur amplification, par exemple les émissions de gaz à effet de serre.

22
I. Les origines de la notion d’adaptation
1. Etymologie du concept d’adaptation
Le concept d’adaptation est très large et s’applique aussi bien à des organismes qu’à des

groupes faisant face à des contraintes internes ou externes et devant trouver un nouvel équilibre

face à celles-ci (Fischer & Tarquinio, 2006). Ce concept, fluctuant et non consensuel dès son

origine, provient de la biologie (Simonet, 2009). Il exprimait alors l’idée que tout être vivant

et en capacité de se reproduire a su effectuer des ajustements en fonction de son environnement,

et qu’il est donc adapté (Laborit, 1976 cité par Simonet, 2009). Cette adaptation peut s’observer

à l’échelle individuelle ou à l’échelle d’un groupe, par exemple d’une espèce. L’un des flous

associés au concept d’adaptation se situe dans la distinction entre le processus, souvent mené

sur le long-terme, et le produit de ce processus. En anthropologie, l’adaptation se définit à une

échelle large et une temporalité longue, puisqu’il s’agit de comprendre sur le long-terme

comment les organismes assurent leur reproduction et leur survie face aux contraintes de

l’environnement (Bates, 2005 cité par Simonet, 2009). En géographie, les travaux sur les

catastrophes naturelles et sur les stratégies de faire face des populations face à ces événements

ont orienté le concept d’adaptation vers la capacité de l’Homme à s’ajuster à son

environnement. Cela se détache donc de la vision biologique qui vise à étudier comment

l’environnement influence l’être humain (Reghezza, 2007). Ce concept a aussi été introduit en

psychologie, considéré alors comme « le processus qui entoure l’incessante interaction entre

l’Homme et le monde en mouvement dans lequel il évolue » (Simonet, 2009, p.395). Il se

décline donc aussi bien en psychologie clinique qu’en psychologie sociale par exemple au

travers de l’ajustement des valeurs selon l’environnement social, ou encore en psychologie du

développement notamment par la théorie de l’apprentissage. En miroir de l’adaptation, la

psychologie développe également son antonyme, l’inadaptation, notamment vis-à-vis des

autres, ce continuum étant un indicateur de santé mentale (Rouillon, 1996 cité par Simonet,

2009). On peut rattacher à cette notion de déséquilibre le concept de stress, défini par Lazarus
23
& Folkman (1984) comme un déséquilibre entre les demandes de la situation/ l’environnement

et les capacités de faire face de l’individu, ou du groupe. En situation de danger immédiat, le

stress est une capacité adaptative permettant la survie par des efforts cognitifs et

comportementaux.

Le concept d’adaptation est donc vaste et transdisciplinaire, ce qui témoigne aussi de sa

portée et de sa pertinence dans l’étude du rapport de l’Homme à son environnement (Reghezza,

2007). Son opérationnalisation est donc complexe. Ce concept ne peut ainsi être appréhendé

que par des approches et méthodologies variées.

2. L’adaptation aux risques environnementaux

Smit et ses collaborateurs (1999) proposent d’aborder l’adaptation en définissant ce qu’elle

vise, qui elle vise et par quel moyen elle est menée. Elle peut par exemple consister à lutter

contre un phénomène pour y faire face ou bien à s’en accommoder et ajuster son mode de vie

en fonction de celui-ci. L’adaptation dépend également de qui et de quoi s’adapte, et à quelle

échelle elle est considérée : un individu, une société, un système économique ou des pratiques

? Une plage, une forêt, une zone urbaine ? Enfin, l’adaptation peut se mettre en place de bien

des façons : par rapport à des phénomènes passés, actuels, ou à venir, de façon plus ou moins

spontanée, plus ou moins collective, en faisant face à des contraintes ou en saisissant des

opportunités etc. Carter et al. (1994) distinguent en effet l’adaptation autonome qui est

automatique, spontanée et passive (par exemple l’adaptation naturelle d’une zone humide aux

sécheresses récurrentes) de l’adaptation planifiée, plus stratégique et active et provenant

souvent de prises de décision politiques, mais pouvant s’appliquer aussi bien à l’échelle

individuelle que collective (par exemple au niveau du gouvernement). On peut également

distinguer la temporalité de l’adaptation, selon la phase de la crise au cours de laquelle elle

s’applique, et selon sa durée d’application sur du plus ou moins long-terme. Elle peut donc être

anticipatoire, comme idéalement pour l’adaptation planifiée, afin d’anticiper et minimiser les
24
impacts d’un risque. Elle peut être concomitante donc s’appliquer au cours de la crise, ou

encore réactive donc survenant suite à la crise. Les adaptations autonomes s’appliquent plutôt

à ces deux derniers cas de figure (Smit et al., 1999). Face aux changements climatiques, la

plupart des processus d’adaptation sont implémentés face à des phénomènes individuels, quelle

que soit l’échelle et la temporalité (par exemple le risque de sécheresse, d’inondation etc.). Les

méthodes d’adaptation peuvent ainsi être mises en place de façon aussi bien individuelles (par

exemple contracter une assurance, déménager) qu’au niveau plus global (par exemple réguler

la consommation d’eau d’un territoire, ou relocaliser des infrastructures). Mais ces deux

niveaux sont toujours interdépendants car les individus, les groupes et les institutions sont

intriqués. Il s’agit donc d’une limite de la distinction entre adaptation autonome et adaptation

planifiée, puisque l’adaptation autonome mise en place par un individu ou un groupe naît

toujours dans un contexte dépendant des planifications et régulations précédentes ou courantes

(Adger & Vincent, 2005). Wannewitz & Garschagen (2023) évoquent quant à eux l’adaptation

collective, qu’ils définissent comme « les actions d’un groupe d’individus ou de sous-cultures

collaborant selon des règles partagées pour réduire leur risque climatique, exploiter les

opportunités liées au changement climatique et/ou atteindre d’autres objectifs de

développement communs en adoptant une perspective à long terme », le bénéfice étant

commun voire pour un public plus large. Cette adaptation se met en place au travers des actions

d’un collectif et peut effectivement être associée à un plus grand sentiment d’efficacité perçue

qu’en ne se référant qu’à soi-même. Ainsi, l’adaptation collective est plus que l’addition

d’adaptations individuelles (Guillemot et al., 2014). Enfin, il est possible de distinguer

l’adaptation privée de l’adaptation publique. La première concerne les ménages ou encore les

entreprises et vise des bénéfices qui leurs sont propres, tandis que la seconde est menée par des

acteurs publics à tout niveau, par exemple le gouvernement, et vise des bénéfices plutôt

collectifs (Van Gameren et al., 2014). Mais l’articulation des différentes échelles d’adaptation

25
est parfois complexe comme en témoigne le dilemme social auquel les individus font face :

l’adaptation aux risques environnementaux fait bien souvent l’objet d’un choix entre favoriser

le profit individuel au détriment du bien commun, ou favoriser les intérêts collectifs en

sacrifiant certains avantages individuels (Milfont & Demarque, 2015). La complexité de

l’adaptation aux risques environnementaux réside également dans le fait qu’ils s’inscrivent

dans des processus dynamiques. Les événements extrêmes s’étendent plutôt sur du court-terme,

mais sont dépendants des évolutions climatiques à plus long-terme. S’ajoute à cela l’ensemble

des interactions possibles dans un environnement donné entre les différents systèmes impactés,

qu’ils soient naturels, économiques ou sociaux. Ces changements ont eux aussi des impacts sur

des échelles de temps différentes qui doivent être prises en compte pour s’adapter efficacement

(Smit et al., 1999).

S’agissant plus spécifiquement des risques côtiers, l’OCDE (2019) définit l’adaptation

côtière comme le fait de « maintenir les risques à un niveau acceptable pour la société et

l’environnement dans les zones côtières, maintenant et à l’avenir. ». Cette notion de risque

acceptable s’explique par une forme de paradoxe. D’une part le risque « zéro » n’est pas

atteignable sur ces zones car la hausse du niveau de la mer est un phénomène irréversible. Et

la balance coût-bénéfice de la protection des enjeux économiques, matériels, politiques, ou

encore naturels est encore souvent évaluée plus favorable que le déplacement de ces enjeux.

D’autre part, la protection de ces zones engendrent souvent une détérioration des écosystèmes

(Spalding et al., 2014; Temmerman et al., 2013), reportent simplement le risque dans d’autres

zones moins protégées (Temmerman et al., 2013), et peuvent feindre un sentiment de sécurité

et donc entraîner des mal-adaptations. Face à la nécessité de certains arbitrages entre ce qui est

acceptable ou non en termes de vulnérabilité, ou en termes de solution d’adaptation, l’OCDE

(2017) recommande une approche « sociétale » de l’adaptation aux risques côtiers, afin

d’inclure citoyens, organismes publics ou privés. Néanmoins cette recommandation consiste

26
plus en une démarche descendante au travers de la communication qu’en une contribution

directe de ces acteurs aux prises de décision. De nombreux progrès sont encore à faire dans les

formes de gouvernance que peut prendre l’adaptation aux risques côtiers.

Les stratégies évoquées visent à anticiper et prévenir le risque. Mais lorsque certains risques

soudains s’actualisent, par exemple sous forme de tempête, de submersion marine ou de

tsunami, des réactions rapides et efficaces doivent être mises en place malgré tout, à la fois à

l’échelle globale et institutionnelle de la gestion de crise, mais aussi à l’échelle individuelle,

par l’adoption de comportements de protection.

II. L’adaptation individuelle/privée


1. Adaptation individuelle : stratégies de coping et intention
comportementale
Face aux nombreuses distinctions possibles entre les différents types d’adaptation au risque,

le choix est fait ici de distinguer l’adaptation privée de l’adaptation publique. Une approche

classique de l’adaptation privée ou individuelle est celle du coping, axée directement sur la

mise en œuvre de stratégies (Fischer & Tarquinio, 2006). La notion de coping est issue du

concept de mécanisme de défense employé d’abord dans le champ de la psychanalyse pour

désigner l’ensemble des processus psychiques mis en place par l’individu pour réduire les

conflits internes et affects négatifs. La notion de mécanisme de défense est également utilisée

en psychopathologie cognitive (Fischer & Tarquinio, 2006) où il désigne alors l’adaptation à

des contraintes externes visant le bien-être de l’individu, rejoignant alors la notion de coping.

a. Le modèle transactionnel du stress et les stratégies de coping


La notion de coping a essentiellement été conceptualisé dans le cadre du modèle

transactionnel du stress de (Lazarus & Folkman, 1984). Ces auteurs définissent le stress

comme « une transaction entre [l’individu] et son environnement qui dépasse sa capacité de

le gérer et qui met en danger son bien-être ». A partir de ce déséquilibre, l’individu peut

27
mettre en place une stratégie de coping, ou stratégie de faire face, déterminée par de

nombreux facteurs tels que les caractéristiques sociodémographiques (genre, âge…), le

contexte au travers par exemple de la proximité spatiale (Arias et al., 2017), des facteurs

dispositionnels tels que la perception du risque (Navarro et al., 2016) ou l’attachement au

lieu (Parreira & Mouro, 2023; Stancu et al., 2020). La mise en place de stratégies de coping

consiste en deux évaluations successives de la situation. Une première évaluation consiste à

déterminer les caractéristiques de la situation pour en mesurer l’importance perçue, en

fonction des croyances, des émotions et du sens attribué à la situation (Fischer & Tarquinio,

2006). Par exemple une situation stressante peut être perçue par certains comme une source

de nuisance et par d’autre comme un défi à relever. Les stratégies alors appliquées ne seront

pas les mêmes. La deuxième évaluation porte sur les ressources personnelles et sociales à

notre disposition pour faire face à la situation. Ainsi, l’approche transactionnelle illustre

l’interaction entre l’individu en tant qu’acteur et le contexte à la fois objectif et surtout perçu

subjectivement par l’individu (Folkman & Lazarus, 1980, 1985).

La classification usuelle des stratégies de coping est celle distinguant le coping centré sur

les émotions et le coping centré sur le problème (Lazarus & Folkman, 1984). La première

stratégie vise à réguler ses émotions de différentes manières (évitement, déni…) afin de

réduire la tension interne face à la situation. Le coping centré sur le problème quant à lui

consiste en l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux mis en place d’une part pour

se confronter à la situation et d’autres part pour rechercher et mettre en place les moyens

nécessaires pour résoudre le problème. Concrètement, dans le cas des risques

environnementaux, ces stratégies peuvent consister en une forme d’atténuation de la menace

(par exemple en adoptant des comportements pro-environnementaux pour réduire la

probabilité de risques associés au changement climatique), ou en des comportements de

protection face au risque. Bien souvent dans le cadre des risques environnementaux, les

28
stratégies de coping actives centrées sur le problème sont valorisées, contrairement à celles

centrées sur la régulation des émotions pouvant engendrer une relativisation de la menace,

un déni de responsabilité ou des formes de pensées positives (Parreira & Mouro, 2023).

b. L’adaptation individuelle par les comportements de protection


L’une des formes de coping centré sur le problème est l’adoption de comportements de

protection. Différents modèles théoriques permettent d’expliquer l’adoption de cette stratégie,

qu’elle soit appliquée en amont en tant que préparation au risque, ou en situation d’exposition

ou d’urgence.

Les modèles comportementaux classiques en psychologie sont issus de la Théorie de

l’Action Raisonnée (Theory of Reasoned Action, Fishbein & Ajzen, 1975) et de la Théorie du

Comportement Planifié (Theory of Planned Behavior, Ajzen, 1991). Le premier suggère que

les attitudes envers le comportement (basées sur les probabilités et importances perçues des

conséquences du comportement) et les normes subjectives (pression sociale à l’adoption de ce

comportement) influencent l’intention comportementale, qui a son tour détermine l’adoption

de ce comportement. Le deuxième modèle est enrichi par l’ajout de la notion de contrôle

comportemental perçu qui influence aussi l’intention comportementale.

D’autres modèles plus spécifiques aux comportements de protection face aux risques ont

été développés. Une théorie classique sur laquelle s’appuient d’autres modèles s ultérieurs est

celle de la Théorie de Motivation à la Protection (Protection Motivation Theory, PMT) (Rogers,

1983). Elle propose une approche cognitive de la prise de décision face au risque à partir de

plusieurs évaluations : l’évaluation de la menace, vis-à-vis de sa propre vulnérabilité

(exposition perçue) et de la sévérité du risque (gravité des conséquences), et l’évaluation de

l’efficacité vis-à-vis des solutions et de l’auto-efficacité perçue à les mettre en places. Ainsi, si

les évaluations de la menace et de l’efficacité face au risque sont toutes deux faibles, l’individu

ne sera pas motivé à mettre en place un comportement de protection. Alors qu’à l’inverse, si la

29
menace est évaluée comme importante et que les mesures à mettre en place sont perçues comme

efficaces et applicables, l’individu sera plus à même de les appliquer.

Face à cette approche trop cognitive excluant le rôle des émotions dans la réponse face au

risque (Blondé & Girandola, 2016), le Modèle Étendu des Processus Parallèles a été développé

ensuite (Extended Parallel Process Model, Witte, 1994; Witte & Allen, 2000). Ce modèle

propose de distinguer un processus de « contrôle du danger » et un processus de « contrôle de

la peur » (Leventhal et al., 1983), rejoignant les deux stratégies de coping classiquement

opposées : le coping centré sur le problème et celui centré sur l’émotion. Ce modèle s’appuie

sur les mêmes évaluations que celles proposées dans le PMT, mais il propose des sorties

différentes : si l’efficacité perçue est supérieure à la menace perçue, alors l’individu tend à

favoriser le contrôle du danger donc à mettre en places des actions concrètes d’adaptation. Si

c’est l’inverse, l’individu tend à essayer de contrôler ses émotions.

Les deux modèles évoqués ci-dessus s’appliquent plutôt à la prévention des risques. Mais

lorsqu’il s’agit de mettre en place un comportement de protection très rapidement en cas

d’exposition soudaine et immédiate au danger, les processus à l’œuvre peuvent différer. Le

modèle du Protective Action Decision Model (PADM) (Lindell & Perry, 2012) permet de

déterminer les facteurs influençant l’adoption de comportements de protection en situation de

catastrophe. Ce modèle considère ainsi les indices environnementaux, sociaux, les sources

d’information, les messages d’alerte, les caractéristiques de l’individu (par exemple ses

expériences passées), et ses préférences en matière de communication. Ce modèle considère

également les facteurs situationnels pouvant empêcher l’adoption de ce comportement (ex : le

trafic routier ou le coût). Comme évoqué précédemment, de nombreuses études ont montré le

rôle de facteurs dispositionnels tels que les expériences passées, l’âge, le niveau d’éducation

ou encore la durée de résidence (Mahdavian et al., 2014; Nakaya et al., 2018; Zhao et al., 2009)

30
sur la perception du risque et sur la mise en place de comportements de protection en situation

d’exposition à un risque immédiat, et notamment d’évacuation. Malheureusement, la plupart

de ces variables sont impossibles à contrôler pour les acteurs de la gestion des risques et des

catastrophes. Le modèle PADM permet donc de se focaliser sur d’autres facteurs plus

modulables que constituent les indices sociaux, environnementaux ou encore les sources

d’information (Horney et al., 2010).

2. L’adaptation individuelle aux risques côtiers et ses facteurs d’influence


Les individus peuvent mettre en place un grand nombre de comportements pour s’adapter

aux risques environnementaux, et ceux-ci peuvent être catégorisés selon la phase d’exposition

à l’aléa (Kellens et al., 2013). Ainsi, Lindell & Perry (2004) proposent de distinguer les

comportements de mitigation ou de prévention en amont de l’aléa, les comportements de

préparation appliqués juste avant ou pendant l’aléa, et la phase de récupération à la suite de

l’événement pour retrouver un état d’équilibre. Cette catégorisation peut également être

appliquée aux risques côtiers.

a. La prévention individuelle des risques côtiers


Il existe de nombreuses méthodes d’adaptation aux risques côtiers permettant de protéger

des zones plus ou moins grandes. Mais les fonds publics limités ou alloués à d’autres projets

rendent également nécessaire une adaptation à l’échelle des particuliers. Cependant, ces

derniers sont parfois réticents ou tout simplement non conscients des comportements à adopter

pour prévenir et atténuer les conséquences de ces risques (Krasovskaia et al., 2007; Kreibich

et al., 2011). En effet, bien que la perception du risque soit souvent une condition nécessaire à

l’adoption de comportement de prévention ou de préparation aux risques côtiers (Botzen et al.,

2009; Lin et al., 2008), des travaux montrent qu’elle n’est pas suffisante à elle seule (Bubeck

et al., 2012). De nombreuses études ont donc tenté de comprendre les facteurs impactant la

prévention ou la préparation aux risques côtiers, beaucoup d’entre elles se focalisant sur le

risque d’inondation (marine ou fluviale).


31
On observe dans la littérature une tendance générale à l’adoption de stratégies de coping

passives de la part des citoyens face aux risques environnementaux (Lopez-Vazquez, 1999 cité

par Lemée, 2017). Cela peut notamment s’expliquer par le caractère peu contrôlable de ce type

de risque et donc éventuellement par une faible auto-efficacité perçue, bien que des

comportements de prévention et de préparation puissent être mis en place. Guillemot et ses

collaborateurs (2014) ont quant à eux mis en évidence qu’il n’y a pas toujours de relation

directe entre l’évaluation des risques côtiers et les comportements adaptatifs. Même lorsque la

vulnérabilité collective perçue est importante, les stratégies d’adaptation adoptées sont surtout

individuelles et réactives malgré un fort sentiment d’appartenance communautaire. Et le

rapport entre l’évaluation du risque et l’adaptation diffère selon les lieux et les communautés

et doit donc être abordée localement. Mais on observe parfois également la mise en place de

stratégies individuelles actives d’adaptation aux risques côtiers. Lemée (2017) a par exemple

observé que les habitants confrontés au risque de submersion marine ont tendance à adopter

des stratégies actives, ce qu’il explique de plusieurs façons : le risque est jugé peu effrayant, ce

qui épargne aux individus le fait de devoir mettre en place une stratégie de régulation des

tensions internes (coping centré sur les émotions), et la médiatisation de ce risque et donc sa

familiarité est relativement récente, ce qui peut pousser les gens à adopter une posture de

recherche d’information (coping centré sur le problème). Les émotions jouent néanmoins un

rôle important dans l’adaptation puisqu’elles constituent le « chemin affectif » (heuristique

d’affect) de la perception vers les comportements adaptatifs. En effet, les expériences passées

ainsi que les dommages subis et les affects négatifs qui y sont associés, peuvent parfois

directement déterminer l’adoption de comportements de protection, ou bien augmenter la peur

du risque qui impacte ensuite l’adaptation (Lin et al., 2008; Siegrist & Gutscher, 2006, 2008;

Takao et al., 2004; Terpstra, 2011; Zaalberg et al., 2009). Cependant, on observe souvent un

nombre important de personnes qui bien qu’elles aient subi les conséquences de catastrophes

32
passées, ne mettent pas en place ces mesures. Certaines études ont même constaté que les

habitants ayant vécu des inondations sont moins à même de mettre en place des mesures de

protection (Lin et al., 2008). Siegrist et Gutscher (2008) expliquent cela par un manque

d’efficacité perçue de ces mesures, ainsi qu’un coût important.

Les facteurs situationnels tels que l’altitude de l’habitation ou la distance par rapport au

danger influencent l’acceptation liée à la mise en place des mesures de prévention du risque

par les habitants (ex : acheter des sacs de sable en tant que barrière d’eau), positivement ou

négativement (Arias et al., 2017; Botzen et al., 2009; Navarro et al., 2020). Des incitations

extérieures, par exemple financières, peuvent également favoriser l’adoption de

comportements adaptatifs telles que la contraction d’une assurance face aux inondations.

S’agissant de facteurs plus dispositionnels, les caractéristiques socio-démographiques telles

que le niveau socio-économique ou encore le statut de propriétaire des habitants peuvent

influencer l’adoption de mesures d’adaptation, notamment la souscription à une assurance

(Kick et al., 2011; Lin et al., 2008; Takao et al., 2004). Par ailleurs, le rôle de l’attachement au

lieu sur l’adaptation privée aux risques côtiers est encore difficile à déterminer. En effet,

certaines études montrent qu’il contribue à réduire l’adaptation en minimisant le risque encouru

(Michel-Guillou et al., 2015) et en favorisant un coping centré sur l’émotion (Navarro et al.,

2020). Les individus attachés étant souvent habitants de plus longue date, leurs éventuelles

expériences passées constituent également un référentiel qui n’intègre pas certains événements

extrêmes (ex : crue ou submersion centennale) (Weiss et al., 2011). D’autres études indiquent

au contraire que l’attachement au lieu serait associé à une plus grande conscience des risques

côtiers au travers des connaissances de son environnement et des risques associés, des échanges

au sein de la communauté et de la mémoire collective des usagers du lieu (Lemée, Fleury-Bahi,

et al., 2019; Parreira & Mouro, 2023).

33
La confiance dans les institutions et dans les stratégies de gestion des risques est également

un facteur à prendre en compte dans l’adaptation privée aux risques côtiers. Bamberg et al.

(2017) dans leur revue de littérature portant sur le risque d’inondation observent une forme de

paradoxe lié à la confiance dans les institutions : la confiance tend à réduire les affects négatifs

anticipatoires à l’égard du risque et donc minimise l’intention de préparation au risque, et en

même temps la confiance dans les institutions peut parfois directement pousser à la préparation

au risque. Par exemple, des études ont montré qu’une faible confiance dans les institutions ou

un sentiment de colère à leur égard peuvent pousser à adopter des stratégies de coping actives

face aux risques côtiers ou aux inondations (par exemple la recherche d’information) (Griffin

et al., 2008; Parreira & Mouro, 2023). Néanmoins il est parfois important de développer la

confiance dans les institutions de proximité ou dans des citoyens référents et de développer une

approche communautaire de l’adaptation au risque pour favoriser des comportements

adaptatifs, comme la relocalisation suite à une inondation par exemple (Kick et al., 2011). La

confiance dans les ouvrages de protection est également un facteur de préparation au risque :

elle peut en effet réduire la perception du risque et donc, par la suite, réduire les comportements

de protection (Terpstra, 2011).

b. Préparation et réactions face aux catastrophes naturelles


Les risques côtiers concernent également des catastrophes naturelles soudaines plus ou

moins prévisibles, telles que les submersions marines ou les tsunamis. Durant la catastrophe,

la personne exposée traite les informations disponibles en continu et doit prendre des décisions

rapides pour assurer sa survie ; par exemple pour évacuer rapidement le territoire à risque.

Proulx (1993) rappelle que la prise de décision en situation de catastrophe est significativement

différente du quotidien, en raison de cet enjeu vital, de la pression temporelle importante, mais

aussi du manque d’informations ou de leur ambiguïté. Pour cette raison, le mythe de la victime

paniquée a longtemps été diffusé non seulement dans les médias mais également dans la

34
littérature scientifique, de nombreuses modélisations des comportements d’évacuation

s’appuyant sur ce type de réaction (Sheppard et al., 2006; Walters & Hornig, 1993).

Néanmoins, de nombreux travaux démontrent que les réactions en situation de catastrophe sont

parfois bien différentes, avec des comportements plutôt rationnels et même d’entraide (Dynes,

2006; Glass, 2001; Goltz & Bourque, 2017; Helton et al., 2013; Sheppard et al., 2006).

Une difficulté majeure rencontrée en situation d’urgence face à une catastrophe naturelle est

le manque de réactivité vis-à-vis de l’évacuation. C’est pourquoi des travaux ont essayé de

déterminer quels facteurs peuvent influencer des comportements adaptés dans cette situation,

de la recherche d’information à l’évacuation. En 2011 lors du tsunami de Yuriage, les habitants

ont mis au moins 10 minutes à évacuer ce qui est beaucoup trop long dans ce type de situation

(Mahdavian et al., 2014). Il a également été noté que ce sont les individus à risque dans les

zones les plus éloignées qui ont d’abord évacué. Les habitants les plus proches avaient déjà

connu un tsunami l’année précédente et ont donc minimisé l’alerte. On comprend donc que

l’expérience passée du risque peut avoir un effet délétère sur les comportements adaptatifs. A

l’inverse, Charnkol et Tanaboriboon (2006) ont observé que les individus vivant plus près de

la côte évacuaient plus tôt. Néanmoins cette étude repose sur un questionnaire au cours duquel

les participants devaient imaginer la situation, ce qui questionne la valeur écologique des

résultats. D’autres travaux ont également montré que l’expérience passée de tsunami et/ou

d’exercice d’évacuation favorisent l’évacuation, parfois au travers d’une augmentation de la

perception du risque et de la menace (Charnkol & Tanaboriboon, 2006; Nakaya et al., 2018;

Sugiura et al., 2019).

D’autres travaux ont tenté de déterminer le rôle du genre et de l’âge sur le comportement

d’évacuation. Bien qu’il n’y ait pas consensus sur le rôle du genre, certaines études ont montré

que les femmes seraient plus promptes à l’évacuation que les hommes, qu’il s’agisse du risque

35
d’inondation (Rosenkoetter et al., 2007, cité par Lemée, 2017) ou de tsunami (Harnantyari et

al., 2020; Salah & Sasaki, 2021; Sugiura et al., 2019). Harnantyari et ses collaborateurs (2020)

ont également observé que les habitants plus jeunes ont moins conscience du risque de tsunami

et ont un comportement moins préparé que les plus âgés : ils n’associent pas les secousses

sismiques à la nécessité d’évacuer, et ne savent pas quoi emporter avec eux. Plusieurs études

relèvent l’importance des indices sociaux lors de l’évacuation : les médias audiovisuels sont le

premier indice social d’évacuation (Lindell et al., 2015) tandis qu’en la quasi absence d’alerte

officielle, les habitants évacuent en voyant les autres évacuer (Harnantyari et al., 2020). Ces

observations corroborent le modèle du PADM de Lindell & Perry (2012) d’après lequel des

caractéristiques individuelles mais aussi des indices sociaux impactent le comportement de

protection. Ce modèle met également en évidence le rôle des indices environnementaux, parmi

lesquels le son peut être un facteur important de perception du risque sur l’instant (Dudley et

al., 2011).

La personnalité semble également influencer le comportement d’évacuation en situation de

tsunami. Les personnes présentant un fort leadership et un fort bien-être actif ainsi qu’un haut

niveau d’extraversion auraient plus tendance à évacuer volontairement, et ce sans médiation de

la perception du risque (Sugiura et al., 2019). Les deux premiers traits de personnalité sont en

effet liés à un locus de contrôle interne, favorisant la prise de décision et la mise en place

d’actions.

Les zones côtières étant souvent touristiques, il est également important de considérer les

comportements adoptés par les individus ne résidant pas dans les zones exposées. Charnkol et

Tanaboriboon (2006) ont mesuré que le temps moyen de préparation et d’évacuation évoqué

par des résidents permanents est supérieur à celui de résidents temporaires, ce qu’ils justifient

par le fait que des habitants permanents puissent avoir une résistance à abandonner leurs biens.

36
III. L’adaptation publique et planifiée
L’adaptation publique est menée par des acteurs publics à tout niveau et vise des bénéfices

plutôt collectifs (Van Gameren et al., 2014). Elle peut également être qualifiée de planifiée

lorsqu’elle émane de stratégies définies en amont à partir de décisions politiques (Carter et al.,

1994).

1. L’adaptation publique et planifiée face aux risques côtiers


L’adaptation publique aux risques côtiers dans les pays de l’OCDE est importante, de

nombreuses mesures structurelles étant mises en place pour faire face aux risques de

submersion ou d’érosion côtière (OCDE, 2019a). Il n’existe pas de stratégie universelle face

aux risques côtiers, elles sont diverses et doivent être adaptées à l’environnement et aux enjeux

locaux. On peut distinguer les stratégies de protection, visant à réduire l’aléa,

d’accommodation, visant à réduire la vulnérabilité, ou de repli pour réduire l’exposition.

Chacune à un coût, et offre des bénéfices répartis différemment dans le temps et entre les

acteurs (Wong et al., 2014).

Les mesures de protection peuvent consister en des défenses « en dur » au travers d’ouvrages

généralement statiques (ex : digue, enrochement...) ou en des solutions fondées sur la nature,

s’appuyant parfois sur des protections naturelles existantes, ou sur la restauration visant la

protection (ex : engraissement des plages, végétalisation des dunes ou des rivages…) (Narayan

et al., 2016). Les premières, bien que très efficaces, représentent un coût financier important

de mise en place et d’entretiens des infrastructures, et peuvent déplacer le risque vers d’autres

enjeux en aval d’un ouvrage de protection. Les solutions fondées sur la nature offrent quant à

elle l’avantage non seulement de protéger les enjeux mais également d’être réversibles, et de

préserver les aménités de la côte voire de les accroître permettant ainsi de favoriser d’autres

avantages tels que l’accroissement du tourisme. Cependant elles laissent planer une certaine

37
incertitude quant à leur efficacité systématique, ce qui peut expliquer leur mise en place encore

relativement limitée (OCDE, 2019b).

Les stratégies d’accommodation sont quant à elles mises en place au travers de mesures

réglementaires et d’urbanisme. Elles visent donc souvent à inciter les foyers et organisations à

s’adapter de façon privée (ex : normes de conception des bâtiments). Cela permet ainsi dans le

même temps de sensibiliser les populations exposées aux risques encourus (OCDE, 2019b).

Enfin, la stratégie du repli vise à abandonner ou déplacer des enjeux bâtis trop exposés dans

des zones plus sécurisées tout en empêchant par la réglementation tout aménagement dans la

zone exposée (Nicholls, 2011). A titre d’exemple, en France, la loi Littoral interdit maintenant

toute construction dans la bande littorale de cent mètres. Cependant cette stratégie reste encore

très peu appliquée. Son coût est important dès le début de son application lorsqu’elle comprend

le rachat des biens, bien que le coût total sur le long terme soit moindre que celui de la

protection « en dur » qui, elle, comporte un coût important d’entretien des infrastructures de

protection. Le risque de nombreuses contestations de la part des acteurs visés est également un

frein à sa mise en place.

Les stratégies d’adaptation aux risques côtiers nécessitent donc une évaluation coût/bénéfice

de la part de l’ensemble des acteurs concernés, et engendrent souvent des conflits sociaux et

des oppositions (Adger et al., 2009; Gibbs, 2016). Ces acteurs sont aussi bien des acteurs

privés, particuliers propriétaires de biens exposés aux risques ou promoteurs immobiliers, que

des acteurs publics incluant les collectivités locales et les administrations centrales ou

régionales. Dans beaucoup de situations, les individus sont finalement plus inquiets des

conséquences de la gestion des risques que des conséquences du risque en lui-même (Krien &

Michel-Guillou, 2014). Cela encourage donc à bien considérer le point de vue des habitants

lors de la mise en place de stratégies d’adaptation, voire à les faire contribuer à leur élaboration

38
au travers de processus participatifs afin d’optimiser ces solutions et d’éviter la mal-adaptation.

Le premier cas de figure est le plus courant, passant par la consultation des habitants au travers,

par exemple, de la mesure de l’acceptabilité sociale du projet. Dans le second cas, moins

fréquent, il est possible de faire participer directement les habitants au projet d’adaptation à

différents stades selon l’objectif visé.

2. De la consultation aux processus participatifs d’adaptation du territoire


L’adaptation publique du point de vue des habitants peut être abordée au travers de

l’acceptabilité sociale. Cette notion est définie par Gendron (2014) comme « l’assentiment de

la population à un projet ou à une décision résultant du jugement collectif que ce projet ou cette

décision est supérieure aux alternatives connues, y compris le statu quo ». Mais il s’agit d’un

concept débattu dont les définitions sont diverses et non consensuelles. Ses nombreuses

définitions peuvent être catégorisées selon la nature de l’acceptabilité, c’est à dire tantôt comme

un enjeu, une condition, un outil, un processus ou encore un résultat, et selon les acteurs et

l’objectif visés par cette approche c’est à dire un décideur ou gestionnaire souhaitant faire

accepter un projet, les citoyens acceptant ou non un projet, ou l’interaction entre les deux

(Batellier, 2016). De nombreux auteurs insistent sur son caractère dynamique dans le cadre des

interactions voire de la co-construction entre les parties prenantes (Fournis & Fortin, 2015;

Gendron, 2014; Shindler et al., 2002).

Ce concept est parfois remis en cause en raison de son risque d’instrumentalisation par

certains acteurs afin de labelliser un projet ou même de convaincre les opposants de son bien-

fondé (Amalric & Becu, 2021; Fournis & Fortin, 2015). Les termes d’acceptabilité et

d’acceptation sont utilisés, l’un et l’autre étant parfois plutôt connotés au dialogue et à la

négociation, ou au contraire à l’imposition des décisions (Amalric & Becu, 2021). Certains

auteurs lui préfèrent donc le terme de réception sociale, mais celui d’acceptabilité étant plus

couramment utilisé, c’est celui qui sera employé ici. En effet, l’acceptabilité sociale a

39
longtemps été étudiée sous l’angle du NIMBY (Not In My BackYard), reposant sur l’idée que

les opposants à un projet le sont généralement par égoïsme, par manque de connaissance voire

par irrationalité (Wolsink, 2006). Il est en effet trop réducteur d’opposer les bons aux mauvais

projets, ou les bons aux mauvais territoires, tant les coûts et les bénéfices perçus peuvent

différer selon les acteurs et le contexte, sans compter l’évaluation subjective des individus à

partir de leurs représentations et de leurs croyances partagées.

a. Acceptabilité du risque et des contraintes


Le concept d’acceptabilité est développé dans deux champs de la littérature en psychologie

sociale, auxquels se rattachent des conceptions et modèles spécifiques. En psychologie

environnementale, le concept d’acceptabilité “est utilisé en référence à une idée, à un dispositif

ou à une infrastructure (e.g. parc éolien, usine d’incinération de déchets), normalement

proposée comme présentant des avantages socio-environnementaux, mais impliquant des coûts

locaux, et qui est acceptée (ou pas) par le public et/ou par les communautés locales directement

concernées.” (Batel, 2022, p. 17). En dépassant l’approche du NIMBY, c’est finalement plutôt

le sentiment d’injustice distributive ou procédurale (Gross, 2007) engendré par le projet qui est

considéré, ainsi que le fréquent manque de transparence et d’inclusion de l’ensemble des

parties prenantes dans ces projets, ces dernières étant souvent au mieux consultés mais très

rarement impliqués dans la prise de décision. En effet, de nombreux projets ne considèrent pas

suffisamment la répartition des responsabilités, droits et conséquences des projets, et ne

considèrent pas non plus nécessairement les dimensions affectives et émotionnelles du rapport

à l’environnement (Batel, 2022). Face aux oppositions rencontrées sur le terrain et aux biais

d’évaluation chez les citoyens profanes, la posture de certains gestionnaires et décideurs

politiques est celle du paternalisme libéral, autrement l’orientation des individus vers des

décisions favorables à leur sécurité et leur bien-être pour éviter des choix sous-optimaux (Rey-

Valette & Rulleau, 2016).

40
b. Acceptabilité des solutions
L’adaptation aux risques côtiers engendrent parfois des inconvénients locaux, qui sont donc

plus ou moins acceptés, mais visent aussi et surtout à proposer des solutions face à ces risques.

Un autre champ de la recherche en psychologie sociale permet donc d’aborder cette question

de l’acceptabilité sous un autre angle : celui de l’acceptabilité des solutions, issue du champ de

l’acceptabilité des nouvelles technologies. Ce champ de recherche part du principe qu’une

solution est acceptée si elle est perçue comme utile et efficace (Davis, 1989). On peut distinguer

trois formes d’acceptabilité des nouvelles technologies : l’acceptabilité pratique associée au

fait de rendre utile et utilisable un outil, l’acceptabilité sociale relative à la perception subjective

de l’outil et aux facteurs impactant l’intention d’usage, et l’acceptation située, c’est à dire la

mise à l’épreuve de l’outil dans son contexte d’usage (Bobillier Chaumon, 2016).

L’acceptabilité sociale des nouvelles technologies a été modélisée à partir des modèles

comportementaux classiques que sont la Théorie de l’Action Raisonnée (Fishbein & Ajzen,

1975) ou la Théorie du Comportement Planifié (Ajzen, 1991). Les développements qui ont

suivi ont mené à l’élaboration de la version étendue de la Unified Theory of Acceptance and

Use of Technology (UTAUT 2) (Venkatesh et al., 2012), proposant que l’acceptabilité des

technologies dépend des attentes de performance (degré auquel la technologie offre des

bénéfices), des attentes d’effort (degré de facilité associé à l’usage), de l’influence sociale

(sentiment de pression sociale à l’usage), des conditions facilitatrices (ressources et soutien

perçus), mais aussi de la motivation hédonique (plaisir à l’usage), du prix, et des habitudes

(degré auquel les gens tendent à adopter un comportement automatiquement). Des travaux ont

également montré que l’acceptabilité des nouvelles technologies est influencée par la

crédibilité de la solution quant à son efficacité (Fogg & Tseng, 1999), issue à la fois du

jugement propre à l’individu et des propos d’autres personnes. Les solutions d’adaptation aux

risques côtiers consistent souvent en des projets d’aménagement du territoire qui sont parfois

41
désapprouvés par les citoyens. Cette question de la crédibilité de ces projets semble donc

également pertinente dans le cadre de l’adaptation publiques aux risques côtiers.

c. L’adaptation publique au travers des processus participatifs


Lorsque l’acceptabilité sociale est entendue et appliquée comme un processus dynamique

de co-construction des stratégies d’adaptation, des processus participatifs peuvent émerger afin

de permettre aux différentes parties prenantes d’être entendues et de contribuer à la gestion des

risques. La tradition technocratique de gestion des problèmes politiques en France veut que les

citoyens attendent des experts qu’ils guident les décisions et engendre un contrôle centralisé de

ces problématiques (Slovic, 1993). Néanmoins, depuis plusieurs décennies, on voit émerger

différentes formes de participation des citoyens visant différents objectifs. Elles peuvent viser

aussi bien l’intégration des intérêts et connaissances de différentes parties prenantes dans le

cadre de la gestion et de l’aménagement du territoire, que la récolte bénévole de données issues

des citoyens au travers des « sciences participatives » (Amalric & Becu, 2021; Chlous et al.,

2017). De manière générale, ce sont plutôt des universitaires qui encadrent ce genre de

procédures et sont garants de leur validité (Blondiaux & Fourniau, 2011; Chlous et al., 2017).

Malgré les bonnes intentions sous-tendant ce type de projet, les résultats escomptés ne sont

malheureusement que rarement au rendez-vous, et les processus participatifs sont souvent mis

en place de façon très localisée, traitant de problématiques à petite échelle et ne permettant

donc pas des revirements sociétaux plus ambitieux (Blondiaux & Fourniau, 2011). De plus,

avoir recours à ce type de procédé peut exacerber les tensions plutôt que de les apaiser (Han et

al., 2023). Néanmoins, les échecs de ce type de démarche permettent de considérer les facteurs

et les contextes dans lesquels elle ne fonctionne pas, permettant éventuellement d’affiner les

paramètres nécessaires à sa réussite. Et l’objectif visé n’est pas toujours seulement de répondre

à une problématique donnée mais aussi parfois de sensibiliser les citoyens et d’encourager une

forme d’empowerment de ces acteurs souvent en mal d’écoute et de possibilité d’agir (Blondiau

42
& Fourniau, 2011). Une méthode participative qui s’est beaucoup développée depuis les années

2000 est celle du jeu sérieux, issue du croisement entre la pédagogie et l’informatique, qui vise

à éduquer de façon ludique (Becu, 2020).

3. L’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation publique aux risques


côtiers
Michel-Guillou et ses collaborateurs (2015) ont montré que les habitants exposés aux

risques côtiers n’associent pas forcément leur lieu de vie à ces risques, mais plutôt aux enjeux

de gestion du territoire à la fois face aux risques côtiers mais également concernant d’autres

domaines tels que le tourisme. La question de l’acceptabilité des modes de gestion du territoire

est donc prégnante sur les littoraux. Malgré une tradition technocratique de la gestion des

risques, cette préoccupation pour la gestion locale s’accompagne du souhait de la population

d’une gestion décentralisée vers les communes ou communautés de communes, pouvant ainsi

répondre aux besoins spécifiques et localisés du territoire (Chadenas et al., 2023).

De manière générale, parmi les différentes stratégies d’adaptation proposées, celle de la

relocalisation/du repli est souvent la moins bien acceptée par les habitants (Chadenas et al.,

2023; King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016a; Rey-Valette & Rulleau, 2016).

Les méthodes de maintien du trait de côte sont généralement préférées. Pourtant, ces méthodes

ne sont pas forcément évidentes pour les gestionnaires et décideurs, qui leur voient certaines

limites : les digues par exemple questionnent ces acteurs quant à leur effet redistributif

puisqu’elles déplacent le risque (Touili et al., 2014). Des travaux ont mis en évidence un biais

d’optimisme comparatif chez les habitants exposés aux risques côtiers : ces habitants sont

conscients du risque mais sous-estiment le risque, ou se sentent moins exposés à titre individuel

que le reste de la communauté (Dachary-Bernard et al., 2019; Guillemot et al., 2014). Ils ont

donc tendance à valoriser une approche individualiste de la gestion des risques, par exemple

en n’acceptant la relocalisation que pour des enjeux bien définis avec une responsabilité

individuelle. Dachary-Bernard et ses collaborateurs (2019) les identifient comme des «

43
individualistes inconscients », à l’inverse des « solidaires éclairés » qui ont plus conscience du

risque et sont plus favorables à une approche solidaire de recul maîtrisé. Les gestionnaires et

décideurs peuvent eux aussi faire preuve de biais ou tout du moins d’a priori. Mineo-Kleiner

et Meur-Ferec (2016) ont en effet constaté qu’ils considèrent la population comme peu

consciente du risque, et surtout incapable de se projeter à long-terme et donc d’envisager des

stratégies telles que la relocalisation. Au-delà de savoir s’il s’agit effectivement de la posture

des citoyens, le risque de se fier à des opinions plus qu’à des faits peut nuire à la communication

et à la confiance entre les parties prenantes et donc réduire les capacités d’adaptation d’un

territoire.

Différents facteurs ont été identifiés comme influençant l’acceptabilité des scénarios

d’adaptation aux risques côtiers. S’agissant des caractéristiques socio-démographiques, King

et ses collaborateurs (2014) ont par exemple mis en évidence que les personnes qui ont

tendance à envisager positivement la relocalisation après une catastrophe naturelle sont les

jeunes adultes de classe moyenne, au niveau de vie moyen, plutôt qualifiés et appartenant à une

famille composée d’un couple et d’enfants. Les locataires envisagent également plus

facilement le repli que les propriétaires. La relocalisation dépend des possibilités de se reloger,

de trouver un emploi et donc du contexte économique. L’acceptabilité dépend également du

statut de résident dont dépend le niveau de vulnérabilité. Les simples usagers (non-résidents)

étant moins vulnérables que les habitants exposés aux risques, ils sont aussi plus favorables à

la relocalisation ou à la stratégie de « laisser-faire », puisque ces stratégies n’auront pas d’effets

négatifs sur leur rapport au littoral et leurs usages, ce qui n’est pas le cas pour les habitants

exposés (Rey-Valette & Rulleau, 2016). Se pose donc la question de qui doit prendre part à la

définition des stratégies d’adaptation et qui doit les financer. Mais l’acceptabilité peut

également varier entre les habitants car les degrés de vulnérabilité économique ou sociale sont

différents entre les résidents secondaires ou nouveaux propriétaires et les propriétaires ayant

44
acheté leur bien avant l’augmentation des prix de l’immobilier ou encore les locataires (Rey-

Vallette & Rulleau, 2016).

D’autres travaux montrent que le manque de confiance dans les gestionnaires et décideurs

politiques peut nuire de façon importante à l’acceptabilité de ces stratégies, remettant en cause

soit leurs motivations, soit leurs compétences (Han et al., 2023; Myatt et al., 2003; Philippenko

et al., 2021). La communication et la transparence sont donc des leviers essentiels à la mise en

place de stratégies d’adaptation dans de bonnes conditions. Le manque de connaissance et de

compréhension à l’égard de l’adaptation aux risques côtiers impacte également l’acceptabilité

des différentes stratégies (Myatt et al., 2003). L’attachement au lieu est également un facteur

d’acceptabilité des scénarios d’adaptation, parfois en faveur de la relocalisation ou de mesures

contraignantes (Amundsen, 2015), parfois à son encontre (King et al., 2014 ; Philippenko et

al., 2021). La question de l’attachement au lieu est par ailleurs à croiser avec les caractéristiques

socio-démographiques des habitants. En effet, Philippenko et ses collaborateurs (2021)

remarquent en étudiant l’adaptation aux risques côtiers sur l’île de Saint-Pierre-et-Miquelon

que les habitants originaires de l’île, très attachés à leur lieu de vie, sont moins favorables aux

stratégies d’adaptation contraignantes, contrairement aux habitants originaires du continent,

également attachés au lieu, qui eux sont plus pro-actifs dans l’adaptation. Les auteurs

expliquent cette différence par le fait que les habitants originaires du continent sont présents

sur du plus court-terme donc ne subiront pas les conséquences négatives de l’adaptation à long-

terme, ils sont également plus éduqués et donc potentiellement plus éclairés sur le changement

climatique et les méthodes d’adaptation possible. Enfin, ils sont aussi plus inquiets à l’égard

des risques car moins habitués à ceux-ci que les locaux.

45
Chapitre 3: La dimension temporelle des risques côtiers
L’adaptation aux risques côtiers intègre nécessairement une dimension temporelle, que ce

soit au regard du risque en lui-même, ou au regard de la mise en place des diverses stratégies

possibles. Le changement climatique est associé à une élévation du niveau des océans continue

sur le long-terme, ainsi qu’à l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes qui

eux sont soudains et éphémères. Ces différents effets ne s’envisagent donc pas de la même

manière. De plus, l’adaptation individuelle est souvent envisagée sur le court-terme pour faire

face à des événements météorologiques majeurs tandis que l’adaptation publique visant

l’adaptation du territoire à plus grande échelle nécessite plus de moyens et plus de temps et est

donc souvent plutôt envisagée à long-terme (Guillemot et al., 2014). Ce regroupement n’est

bien-sûr pas systématique, mais il permet de mettre en évidence l’importance de considérer la

temporalité du risque et des stratégies d’adaptation. Ainsi, en plus de constituer un dilemme

social, les risques côtiers constituent également un dilemme temporel puisqu’il s’agit de trouver

un équilibre entre des coûts d’adaptation à court-terme et des bénéfices à plus long terme

(Joireman, 2005). Pourtant, cette dimension temporelle est assez peu étudiée en psychologie

environnementale (Moser & Uzzell, 2003). Néanmoins, elle est conceptualisée en psychologie

et ceci au travers de deux approches.

I. La dimension temporelle en psychologie


1. Les origines de la dimension temporelle en psychologie
Au XIXe siècle, William James et Henri Bergson ouvrent le débat sur la différence entre

temps objectif et temps subjectif et symbolique, avec l’idée que non seulement le présent «

contient le passé et le futur « en perspective » (Fieulaine, 2006, p. 31), le passé constituant la

mémoire et le futur faisant l’objet d’anticipation, mais également que le temps est représenté

par l’individu au travers de rythmes, d’intervalles et de phénomènes successifs (Fieulaine,

2006). Une distinction épistémologique naît alors entre l’étude au travers du temps objectif

46
dans le courant béhavioriste, permettant notamment dans le cadre expérimental de mesurer les

phénomènes psychologiques et comportementaux, et le temps subjectif visant au contraire à

comprendre la perception et la représentation du temps par les individus (Demarque, 2011).

Guyau (1890, cité par Fieulaine, 2006) propose un pont entre ces deux visions en considérant

le temps comme à l’intersection du réel et du perçu, puisqu’il ne peut être perçu sensiblement

mais perçu puis représenté au travers des changements dans l’espace. Le temps est donc d’une

certaine manière spatialisé puisqu’il est entrevu au travers de l’environnement extérieur. Lewin

(1943) théorise ensuite une vision psychosociale du temps en l’intégrant à sa théorie du champ,

qui donnera naissance ensuite à l’approche de la Perspective Temporelle. Lewin définit le

champ comme « tous les faits qui existent à un moment donné pour un individu ou un groupe

» (Demarque, 2011, p. 60). Et ce champ, constitué aussi bien de faits psychologiques

(perceptions, émotions etc.) que de faits non psychologiques (environnement physique, normes

culturelles etc.) détermine le comportement de l’individu au travers des différentes forces qu’il

exerce sur celui-ci. Mais Lewin insiste sur le fait que ce « moment donné » contient également

les représentations passées et futures de l’individu, puisqu’il a des attentes, des peurs, des

souvenirs. Il s’appuie donc sur la définition de la notion de « perspective temporelle » d’abord

proposée par Franck (1939, cité par Lewin, 1943) pour définir cette prise en compte à un instant

t du présent mais aussi du passé et du futur psychologiques. Les développements suivants de

ce concept dans le champ de la psychologie sociale tentent de déterminer les interactions entre

les facteurs sociaux et le temps.

2. Perspective temporelle et double contextualisation


Le concept de perspective temporelle est défini par Demarque (2011) comme « le résultat

d’un processus cognitif de représentation socialement régulé qui permet à un sujet

d’appréhender dans son espace de vie, à un moment donné et dépendamment du contexte, le

passé, le présent et le futur. Concourant à la structuration de cet espace de vie dans une relation

47
dynamique d’interdépendance avec l’environnement, elle détermine la perception des

situations et la signification qui leur est assignée par le sujet, ainsi que ses comportements »

(p.65). Ajoutons à cela que les passé, présent et futur psychologiques sont interdépendants, car

les expériences passées déterminent en partie les aspirations futures, et les faits présents

peuvent redessiner les souvenirs passés et les projections futures (Lewin, 1943).

Le caractère socialement construit de la perspective temporelle est un point central du

concept développé par Lewin, et a été approfondi par des travaux ultérieurs en psychologie

sociale. Elle ferait ainsi l’objet d’une double contextualisation : le rapport au temps définit les

perceptions, représentations et comportements donc l’interaction avec l’environnement, mais

ce rapport au temps est lui-même définit par cet environnement et notamment le contexte social

(Fieulaine et al., 2006). En effet, Thiébaut (1997) propose une revue des études ayant démontré

comme l’insertion sociale des individus peut définir leur rapport au temps et comme ce rapport

peut être socialement partagé.

La perspective temporelle est constituée de plusieurs dimensions différant parfois en

nombre selon les approches. Trois dimensions sont classiquement retrouvées (Apostolidis &

Fieulaine, 2004) : l’extension temporelle, c’est à dire la capacité à se projeter plus ou moins

loin dans le passé ou le futur, l’orientation temporelle prédominante, c’est à dire le registre

temporel privilégié, et l’attitude temporelle, c’est à dire la valence positive ou négative associée

à chacun des registres de temps. D’autres dimensions, moins étudiées, constituent également

la perspective temporelle (Hoornaert, 1973 cité par Demarque, 2011) : la densité temporelle,

autrement dit la richesse du contenu de chaque registre, et la cohérence, c’est à dire le lien entre

les différents registres temporels et la netteté et le réalisme de leur contenu.

48
La plupart des travaux portant sur le rapport au temps se centrent sur le registre temporel

futur, et ce d’autant plus s’agissant de l’étude des risques puisqu’il s’agit généralement

d’anticiper ou déterminer des comportements orientés vers l’avenir (Bonnefoy et al., 2014).

II. Rapport au temps et adaptation aux risques


1. Les stratégies de coping selon la temporalité
Comme vu précédemment, l’adaptation individuelle peut être abordée sous l’angle du

coping. Quelques auteurs ont proposé de tenir compte dans ce cadre de la temporalité du

stresseur et de la temporalité de la stratégie mise en place. McGrath et Tschan (2004) proposent

le concept de « Conditions et événements potentiellement stressants » (SPEC), qui permet déjà

de considérer le fait qu’un même stimulus ne soit pas stressant pour tous, et surtout qu’il puisse

se définir par sa durée, son niveau d’occurrence (fréquent ou non), sa périodicité, et son pattern

temporel (régulier, irrégulier, prédictible…). Ils évoquent également la localisation temporelle

du SPEC et de ses conséquences, qui peuvent se situer dans le passé (par exemple un mauvais

souvenir engendrant un stress à la remémoration), le présent, ou l’avenir. S’agissant des SPEC

futurs, les auteurs identifient la prédictibilité et la contrôlabilité de ce stimulus comme un

facteur important de la réponse à celui-ci. Le stresseur peut s’actualiser selon différentes

temporalités mais la mise en place de réponses à celui-ci également. McGrath & Beehr (1990)

proposent ainsi une classification des styles de coping selon leur temporalité, classification que

Schwarzer et Knoll (2003) reprennent et complètent. Ils définissent le coping réactif comme

une stratégie de faire face à un événement passé ou présent (par exemple une perte ou une

douleur quelle qu’elle soit). Tout comme l’approche classique du coping, les stratégies peuvent

ici être orientée vers l’action, la gestion des émotions, ou la recherche de soutien social, et

passe généralement par la compensation de la perte ou l’acceptation. Le coping anticipatoire

quant à lui est un processus plutôt de court-terme, et fait référence à un événement à venir plus

ou moins certain. De la même manière, il est possible de se focaliser sur la gestion de la menace

49
par exemple en redoublant d’effort, de chercher du soutien social pour y faire face, ou bien

d’essayer de considérer la situation comme moins menaçante. C’est pourquoi ce type de coping

dépendrait largement de l’auto-efficacité perçue permettant de relativiser la menace. Le coping

préventif à l’inverse concerne des événements moins certains et sur du plus long cours.

L’objectif ici est de réduire au maximum les conséquences négatives d’un événement s’il devait

arriver. Bien que le coping préventif en tant qu’anticipation d’un problème soit souvent

considéré comme idéal, il peut paradoxalement être trop efficace ce qui finit par masquer sa

nature adaptative ou bien le risque en lui-même, et donc se traduire par des comportements de

résolution de problèmes certes efficaces, mais aussi des comportements superstitieux ou des

réactions psychonévrotiques (ex : phobie). S’agissant des risques côtiers, ce phénomène peut

par exemple être transposé à la construction de digues protégeant efficacement des enjeux

exposés mais risquant également de donner un sentiment de sécurité trop important et de faire

oublier la menace (McGrath & Beehr, 1990). Enfin, le coping proactif ou dynamique ne dépend

pas d’une menace mais vise plutôt à se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, il est donc

proactif et non réactif à un événement : « le coping devient une gestion du but plutôt qu’une

gestion du risque » (Schwarzer & Knoll, 2003, p. 6).

Dans le cadre des risques d’inondation et d’érosion, Porter et ses collaborateurs (2014)

questionnent également la durabilité de la stratégie de coping mise en place. Ils constatent

notamment que face à un risque imminent, les habitants exposés mettent d’eux-mêmes en place

certaines mesures peu coûteuses, rapides, et temporaires (ex : protection des portes, bouchons

de toilettes…), mais que des mesures plus coûteuses et permanentes (ex : déplacer les

installations électriques) ne sont pas adoptées sans la pression du gouvernement.

L’adaptation à une menace dépend donc de la temporalité de cette menace (passé, présent,

futur proche ou lointain), mais dépend aussi de la temporalité des résultats de la stratégie

50
d’adaptation : ses effets peuvent être immédiats ou plus lointains dans le temps. L’évaluation

de ce laps de temps et de ce qu’il implique pour l’individu ou le groupe fait l’objet d’autres

travaux en psychologie sociale sur le temps et l’adaptation, au travers des concepts de

perspective temporelle et de distance psychologique.

2. L’expérience du temps dans le cadre de l’adaptation aux risques


Comme vu précédemment, les événements passés et notamment les menaces passées

peuvent être à l’origine de mécanismes d’adaptation. De nombreux travaux ont par exemple

montré comment les expériences passées d’inondation peuvent non seulement favoriser la

perception du risque (Botzen et al., 2009; Keller et al., 2006; Lawrence et al., 2014; O’Connor

et al., 2005), mais aussi favoriser des comportements adaptatifs (Brink & Wamsler, 2019;

Lawrence et al., 2014; Zaleskiewicz et al., 2002). L’approche de la perception du risque

proposée par Slovic et ses collaborateurs (2004) distinguant le « risk as analysis » et « risk as

feelings » explique ce phénomène par l’idée que le système expérientiel (« risk as analysis »)

s’appuie sur les sentiments associés aux expériences passées pour évaluer le risque.

Mais la plupart des travaux sur l’adaptation au risque s’appuyant sur la perspective

temporelle ou les concepts liés, se focalisent sur le temps futur, étant donné que l’adaptation

suppose l’anticipation des phénomènes et la détermination des comportements. Ainsi, la

perspective temporelle future a été démontrée comme favorisant la perception du risque et les

comportements adaptatifs, aussi bien dans le champ de la santé (Robbins & Bryan, 2004;

Zimbardo & Boyd, 1999) que du changement climatique (Demarque, 2011). Ainsi, la

Considération pour les Conséquences Futures (CFC), autrement dit « le degré de considération

qu’ont les individus pour les conséquences potentielles à long terme vs à court terme de leurs

actes » (Demarque, 2011), influencerait la perception des risques (Demarque, 2011) ainsi que

l’attitude (Strathman et al., 1994), la perception des risques environnementaux jouant le rôle

de médiateur entre la CFC et les comportement pro-environnementaux (Demarque, 2011).

51
D’autres travaux ont montré une relation directe entre l’orientation future et l’adoption de

comportements pro-environnementaux ou tout du moins la motivation à agir (Arnocky et al.,

2014; Strathman et al., 1994; Vainio et al., 2020). Toujours dans le cadre de l’adaptation au

changement climatique, Milfont et al. (2012) ont quant à eux mis en évidence dans leur méta-

analyses que les travaux montrent un lien plus fort entre perspective temporelle future et

comportement pro-environnementaux qu’entre perspective temporelle future et attitude. Enfin,

le dilemme temporel que représentent les risques environnementaux et le changement

climatique et les risques environnementaux de manière générale suppose de distinguer le

rapport coût/bénéfice à court et long-terme. Ainsi, la perspective temporelle future a été

identifiée comme modératrice du rapport classiquement évalué entre attitude et comportement.

En considérant les comportements pro-environnementaux (donc effets lointains), Rabinovich

et ses collaborateurs (2010) observent qu’une perspective future à long terme renforce le

rapport attitude-comportement, tandis qu’une perspective future à court-terme réduit ce lien.

Arnocky et ses collaborateurs (2014) mettent également en évidence que pour favoriser

l’adaptation à long terme, il est plus utile de réduire les préoccupations immédiates plutôt que

d’encourager la préoccupation future. En effet, dans leurs études, la préoccupation pour le futur

s’accompagne de préoccupations immédiates réduites et favorise les comportements adaptatifs

pro-environnementaux, et les préoccupations immédiates médiatisent l’influence des

préoccupations futures sur le comportement.

Peu de travaux s’appuyant sur la perspective temporelle portent spécifiquement sur les

risques côtiers. Néanmoins, la notion de temps est tout de même considérée en distinguant les

effets et les modes d’adaptation à court-terme et à long-terme. Les différentes parties prenantes

de l’adaptation aux risques côtiers peuvent par exemple évoquer aussi bien des stratégies à

court terme (ex : évacuation de l’eau avec système de pompage, construction d’enrochement)

qu’à long terme (ex : diffusion de l’information sur les risques, adaptation du logement), à

52
l’échelle individuelle ou collective (Guillemot et al., 2014). Les auteurs mettent cependant en

évidence que les participants à l’étude privilégient individuellement l’adaptation à court-terme,

et tiennent les organisations institutionnelles pour responsables de l’adaptation sur le plus long

terme. Ils notent également une incertitude importante dans les discours des participants,

rendant difficile la projection future et l’anticipation, et donc limitant les possibilités d’une

adaptation sur le long-terme. Comme cela a déjà été remarqué dans la littérature (Lennings,

2000), les personnes âgées interrogées dans l’étude de Guillemot et ses collaborateurs sont plus

orientées vers le court-terme. De plus, le discours semble mettre en évidence une cohérence

importante entre les différents registres de temps avec de nombreux aller-retour entre le passé

et le futur pour expliquer les phénomènes. L’échelle de temps futur est également un sujet

important dans le discours des différents acteurs de l’adaptation aux risques côtiers (Mineo-

Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Poumadère et al., 2015). D’une part, une distinction est faite

entre les stratégies nécessaires à court-terme et l’adaptation à plus long-terme, et la priorisation

entre les deux n’est pas nécessairement la même selon les acteurs ou les contextes, bien que la

nécessité de penser l’adaptation sur le long-terme, notamment au travers de la relocalisation,

soit reconnue. D’autre part, les acteurs soulignent le dilemme temporel auquel ils sont

confrontés en raison d’intérêt plus ou moins individuels à court-terme (durée de mandat et

élections, urgence ou exposition à court et moyen terme). Certains suggèrent donc de

déterminer un calendrier et des objectifs temporels précis afin de garantir leur aboutissement

et de rassurer la population sur une stratégie durable et stable, tandis que d’autres au contraire

proposent une gestion flexible dans le temps et modulable selon les aléas.

3. Distance psychologique et niveau de construit


Le concept de distance psychologique, bien que ne se limitant pas à l’aspect temporel,

permet lui aussi d’appréhender dans quelle mesure le rapport au temps des individus peut

influencer leurs perceptions, représentations, et comportements face au risque et a beaucoup

53
été étudié dans le cadre du changement climatique et des risques environnementaux. C’est

d’abord le phénomène d’hyperopia environnementale qui a été mis en évidence par Uzzell

(2000), c’est à dire le fait de considérer les risques environnementaux plus menaçants lorsqu’ils

sont lointains physiquement que lorsqu’ils sont plus proches. Ce biais d’optimisme spatial a

notamment été mis en évidence à propos du changement climatique par Gifford et ses

collaborateurs (2009) dans leur enquête de très grande ampleur rassemblant 18 pays. L’étude

a également montré un biais de pessimisme temporel dans 17 de ces 18 pays, c’est à dire une

tendance à envisager les risques comme plus importants à l’avenir qu’actuellement. Les auteurs

l’expliquent de deux façons : les participants ont connaissance de l’augmentation à venir des

impacts négatifs liés au changement climatique et perçoivent donc l’avenir comme plus négatif,

et il est également possible que ces conséquences étant potentiellement lointaines, le

mécanisme de défense que peut constituer l’optimisme ne soit pas nécessaire à l’égard des

conséquences futures, mais bien utile pour faire face aux phénomènes actuels. Néanmoins, à

l’heure actuelle les effets du changement climatique et des risques qui l’accompagnent sont de

plus en plus fréquents et visibles sur l’ensemble de la planète (Calvin et al., 2023), ce qui

pourrait augmenter la perception de ces risques et éventuellement modifier ces biais

d’optimisme ou pessimisme.

La distance psychologique est un concept permettant d’expliquer ces biais au travers du

caractère abstrait ou concret de l’objet traité et donc de son niveau de construit. Ce concept

repose sur la théorie des niveaux de construit proposée par Liberman & Trope (Liberman &

Trope, 1998; Trope & Liberman, 2010), qui suggère que nos représentations mentales sont

structurées selon un bas niveau et un haut niveau. Le premier permet des représentations

concrètes, ancrées dans la réalité au travers de la faisabilité d’une action et de ses conséquences

concrètes, tandis que le deuxième renvoie plutôt à des représentations générales schématiques

ne conservant que les caractéristiques centrales de l’objet, décontextualisées ou relatives aux

54
attitudes (Bonnefoy et al., 2014). Ainsi, le haut niveau de construit est moins sensible à la

distance psychologique que le bas niveau de construit. Trope et Liberman (2010) donnent

l’exemple de l’objectif d’appeler un ami, qui est donc de plus haut niveau de construit que le

fait de lui envoyer un email, et sera donc moins susceptible de varier selon le lieu ou dans le

temps que le fait de lui envoyer un email qui est plus sensible à certains paramètres. Dans

l’autre sens, la distance psychologique module aussi la construction de haut ou bas niveau de

construit : pour construire une représentation de haut niveau, il est souvent nécessaire d’avoir

une vue d’ensemble de l’objet selon les contextes, selon le temps, pour en tirer les grandes

lignes directrices qui la constitue. A l’inverse, construire une représentation de bas niveau

nécessite plus de détails mais un horizon mental moindre pour son développement. C’est donc

en cela que le niveau de construit et la distance psychologique sont liés. Quatre dimensions de

la distance psychologiques sont proposées proposées (Trope & Liberman, 2010) : la distance

spatiale (local/global, proche ou lointain), la distance temporelle (proche/lointain dans le

temps), la distance sociale (soi/autrui), la distance hypothétique (certain/incertain). Ces

dimensions sont interdépendantes et automatiquement liées, c’est à dire que si un objet est

distant sur une de ces dimensions il le sera également sur les autres (Liberman & Trope, 2010).

Dans le cadre de l’adaptation aux risques et au changement climatique de manière générale,

le rapport entre distance psychologique et comportements adaptatifs n’est pas toujours évident.

En effet, on pourrait supposer qu’une faible distance psychologique liée au risque facilite la

perception de ses conséquences concrètes et de sa propre implication, ou que la faible distance

psychologique d’un comportement adaptatif d’atténuation ou de préparation au risque le rende

concret et applicable. Spaccatini et ses collaborateurs (2021) ont par exemple observé qu’une

distance psychologique faible avec le risque d’inondation augmente la perception de ce risque.

Or s’agissant du changement climatique, il a été montré que le fait de présenter ses

conséquences comme proches ne favorise pas nécessairement à lui seul le passage à l’action

55
(Guillard, 2020; Spence et al., 2012). Mais c’est plutôt la concordance entre le niveau de

construit et le but qui prime et pousse à l’action. Par exemple, des attitudes ou valeurs générales

(haut niveau de construit) combinées à une distance psychologique élevée seront plus

favorables à l’action (Eyal et al., 2009; Rabinovich et al., 2010).

56
PROBLEMATIQUE
Les zones littorales sont soumises à des risques croissants en raison du changement

climatique. Ces territoires et les risques qui les menacent constituent un cas paradigmatique

particulièrement intéressant pour étudier les dimensions psychosociales et environnementales

mobilisées dans l’évaluation des risques et les réponses en matière d’adaptation. Ces

phénomènes permettent d’interroger des approches classiques en psychologie et les actualiser

face à des situations nouvelles : des territoires convoités entrainant à la fois un fort attachement

et considérés comme menacés ou menaçants du fait du dérèglement climatique, lui-même sujet

à débat, interrogent ces dimensions psychosociales. En effet le dérèglement climatique

augmente le risque d’événements tempêtueux et de submersion marine, et engendre une

élévation du niveau des océans accentuant les phénomènes d’érosion. En concomitance avec

la forte anthropisation du littoral liée au tourisme et à l’urbanisation croissante, ces zones aux

forts enjeux économiques et humains sont de plus en plus vulnérables. Face à l’évolution rapide

de ce phénomène sur certains littoraux français, et à l’occurrence de catastrophes, des mesures

ont déjà été mises en place, localement ou à l’échelle de l’Etat. Des maisons trop proches de

falaises à risque en raison de l’érosion ont dû être expropriée en 2001 à Criel-sur-Mer, et

démolie à Wimereux, cette dernière ayant commencé à s’effondrer (Meur-Férec et al., 2008).

Suite à la tempête Xynthia, ayant causé 47 décès sur le littoral atlantique en 2010, l’Etat a lancé

les Plans de Prévention des Risques littoraux (PPR) afin d’organiser l’urbanisation et de limiter

l’exposition aux risques (Chadenas et al., 2014). Ce type de phénomène nécessite donc à la fois

des stratégies de prévention en amont des conséquences, ainsi que des stratégies réactives en

situation d’urgence.

Des solutions d’adaptation permettent de prévenir les risques côtiers, de la protection

en “dur” du littoral (fixer le trait de côte) au moyen de digues ou encore de brise-lames, à la

relocalisation des enjeux trop exposés vers l’arrière-pays, en passant par des méthodes plus

57
“douces” basées sur la réintroduction ou protection des éléments de nature telles que le

rechargement des dunes. La gestion des risques littoraux a été longtemps techno-centrée

(Mocaer, 2021) en essayant d’appliquer la plupart du temps des méthodes “dures” de maintien

du trait de côte luttant contre les phénomènes naturels. Mais l’application de ces mesures

rencontrent d’autres difficultés plus sociales ou de l’ordre de la gouvernance. Les actions de

protection telles que la construction de digue peuvent par exemple impacter les échanges

sédimentaires et questionnent donc sur l’effet redistributif de ces méthodes : les enjeux sont

protégés localement mais le problème est déplacé, en sacrifiant souvent des enjeux moins

proches des intérêts des décideurs (espaces naturels, agricoles...) (Touili et al., 2014). Ce

phénomène d’injustice sociale peut conduire à un rejet plus ou moins violent de la part des

groupes lésés, non seulement de la solution en elle-même mais aussi et surtout des logiques qui

ont conduit à la mise en place de cette solution (Boissonade et al., 2016). Un sentiment

d’injustice émane aussi parfois de la prise en charge des méthodes d’atténuation/protection au

travers de leur financement et de leur entretien, qui peuvent poser plus de questions que le

choix de la méthode en elle-même (Touili et al., 2014). De façon plus individuelle, des

consignes de préparation et de sécurité face au risque peuvent être communiquées avant et

pendant une catastrophe, mais les comportements préconisés ne sont pas toujours appliqués,

ou en tout cas pas assez vite, entraînant parfois des drames (Mahdavian et al., 2015).

Face aux difficultés d’application de certaines mesures sur le terrain et aux débats qui

les animent, force est d’admettre que l’adaptation aux risques côtiers est à la fois physiquement

et socialement construite (Touili et al., 2014). Une réponse donnée à ces difficultés est souvent

l’apport de connaissance aux parties prenantes et surtout aux citoyens, considérés comme naïfs

face à ces problématiques. Ces derniers ne seraient pas assez conscients du risque, pas assez

inquiets, car trop peu informés. Mais cette hypothèse du “déficit de connaissance” ignore les

mécanismes sociocognitifs du rapport au risque et est très contestée par la littérature

58
scientifique (Kahan et al., 2012; Navarro, 2022a). D’une part, la littérature a déjà montré que

la conscience du risque, et donc la connaissance de son existence et de ces caractéristiques,

n’est pas nécessairement associée à la perception du risque (Luís et al., 2016), ou au

développement d’un sentiment de vulnérabilité. D’autre part, les citoyens, certes non-experts

techniquement, développent d’autres formes de connaissances socialement construites à partir

de leurs propres expériences phénoménologiques, de leurs échanges, de leurs rapports aux

institutions. Les concepts de perception du risque (Slovic, 1990) et de représentations sociales

(Joffe, 2003) offrent un autre regard sur le rapport au risque des citoyens, permettant de mieux

comprendre les divergences vis-à-vis des décisions prises par les décideurs politiques ou les

préconisations faites pour s’adapter aux risques côtiers. Afin de dépasser cette vision erronée

d’un public naïf et de favoriser une gestion des risques côtiers plus juste et efficace, on peut

donc s’interroger dans un premier temps sur le regard que portent les citoyens sur les risques

côtiers auxquels ils sont exposés, qui peuvent être de nature diverse et donc évalués et

représentés différemment.

Mais au vu des événements passés et de l’augmentation de la vulnérabilité des littoraux,

au-delà de comprendre comment ces risques sont pensés, la communauté scientifique se doit

de contribuer plus directement à l’adaptation des populations côtières en analysant les

processus psycho-sociaux sous-jacents afin de mieux comprendre les modalités individuelles

et collectives de réponse au risque, principalement en termes d’adaptation. Comme évoqué

précédemment, on peut distinguer l’adaptation individuelle/privée et l’adaptation

publique/planifiée. En psychologie, la première peut s’opérationnaliser par exemple par

l’adoption de comportements de protection (ex : Shiwakoti et al., 2020), ou la recherche

d’information (ex : Stancu et al., 2020). La deuxième concerne plutôt des stratégies

d’adaptation implémentées à plus large échelle visant des bénéfices collectifs et nécessitant des

moyens financiers et techniques importants. L’approche technocratique de l’adaptation aux

59
risques en France (Slovic, 1993) est de plus en plus remise en cause par la population qui

réclame parfois d’être mieux considérée dans la mise en place des stratégies d’adaptation. La

psychologie sociale permet donc d’intégrer le point de vue des citoyens dans le cadre de

l’adaptation publique par des processus participatifs visant à co-construire l’adaptation de

façon plus ascendante (ex : Monfort et al., 2020), ou bien par la mesure de l’acceptabilité

sociale à l’égard d’un projet proposé de façon plus descendante (Boissonade et al., 2016).

L’évaluation du risque, que ce soit sous l’angle de la perception du risque ou des

représentations sociales est l’un des déterminants de l’adaptation (Stancu et al., 2020). Se pose

donc la question de son impact sur l’adaptation aussi bien privée que publique, et ce pour des

risques littoraux certes mais de natures différentes. Plus spécifiquement, nous nous

interrogeons ici sur la façon dont l’évaluation du risque impacte la mise en place de

comportements de protection (adaptation privée), ou bien l’acceptabilité sociale de projets

d’aménagement du territoire pour s’adapter à ce risque (adaptation publique).

Beaucoup d’études ont cherché à déterminer les facteurs d’adaptation individuelle ou

publique. Néanmoins, les études menées en psychologie de manière générale proposent une

vision figée de ces processus. Le paradigme psychométrique de la perception du risque, au

travers des dimensions qu’il évalue, ne permet pas d’aborder l’évaluation du risque de façon

dynamique. Le temps est plus souvent considéré comme une variable parasite plus ou moins

contrôlée mais rarement réellement investiguée en tant que telle (Demarque, 2011). S’agissant

de la théorie des représentations sociales, différents auteurs ont mis en évidence les dynamiques

de transformation des représentations, parfois par des processus de résistance (Abric, 1994),

par des changements de pratiques, ou encore par l’influence sociale (Guimelli, 1999).

Néanmoins, cette dimension temporelle reste peu explorée. Pourtant, dans le cadre de la

psychologie environnementale, le temps est une dimension omniprésente et essentielle dans la

compréhension de nombreux processus. De manière générale, le processus d’ancrage par lequel

60
le cadre de référence familier des individus détermine leur pensée sociale, dépend des

particularités sociospatiales dans lesquelles ces individus évoluent, mais s’inscrit aussi dans

une dimension temporelle (Moser & Uzzell, 2003). Plus concrètement, le rapport au lieu et

donc aux risques environnementaux qui peuvent l’accompagner, dépend bien souvent du temps

de résidence ou bien de la fréquence de visite, notamment au travers de l’attachement au lieu

développé dans le temps (Domingues et al., 2021; Navarro et al., 2020). Le rapport à

l’environnement et aux risques est également façonné par les expériences passées et les

projections futures (Strathman et al., 1994). Concernant les risques environnementaux, et plus

généralement le changement climatique, la dimension temporelle est plus évidente puisqu’il

s’agit d’anticiper des événements ou des conséquences futures aux impacts plus ou moins

importants, plus ou moins personnels. Des études ont par exemple montré que la capacité à se

projeter dans le futur influençait l’adoption de comportements pro-environnementaux

(Demarque, 2022). Il y aurait globalement deux façons d’approfondir cette dimension

temporelle : étudier les phénomènes dans le temps par des études longitudinales, ou étudier le

temps dans les phénomènes, en interrogeant l’expérience subjective du temps ou au moyen de

variables contextuelles liées au temps (par exemple des variables historiques) (Demarque,

2011; Kooij et al., 2018). Mais d’une part, étudier les phénomènes dans le temps au moyen de

protocoles longitudinaux est coûteux, et d’autre part il est plus aisés de conceptualiser des

phénomènes en les pensant stables que dynamiques et fluctuants (McGrath & Kelly, 1992).

Pourtant, comme vu précédemment, les études intégrant la dimension temporelle dans le cadre

de l’adaptation aux risques et au changement climatique témoignent de la richesse de cette

approche. Dans le cadre de l’adaptation individuelle, des travaux ont montré comment la

projection future peut influencer non seulement la perception du risque mais aussi les

comportements adaptatifs (Arnocky et al., 2014; Demarque, 2011; Joireman, 2005; Vainio et

al., 2020). S’agissant de l’adaptation collective, le dilemme temporel auquel font face les

61
acteurs de l’adaptation littorale entre la balance coût/bénéfice à court-terme et à long-terme est

un enjeu majeur auquel ils doivent faire face (Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Poumadère

et al., 2015), et qui peut également influencer le rapport des habitants aux risques.

La dimension temporelle est donc une dimension omniprésente dans l’adaptation aux

risques environnementaux. S’agissant des risques côtiers, on peut distinguer plusieurs axes de

temporalité. D'une part, ces derniers sont de natures diverses et varient notamment selon leur

temporalité intrinsèque : le risque d’érosion est un risque au long cours, pouvant être plus ou

moins anticipé, tandis que les submersions marines ou les tsunamis sont des risques soudains

et moins prévisibles. L’évaluation du risque étant un préalable à l’adaptation (Stancu et al.,

2020), il est important dans un premier temps de comprendre comment ces temporalités

différentes influencent l’évaluation de ces risques de la part des citoyens. Ensuite, comment

l’évaluation du risque influence-t-elle l’adaptation individuelle ou collective face à ces

différentes temporalités de risque ? D’autre part, l’adaptation peut se formaliser avant, pendant

et après l’occurrence d’un phénomène (Schwarzer & Knoll, 2003). Se pose donc la question

de savoir comment s’articulent évaluation du risque et adaptation aussi bien avant l’aléa que

pendant. En effet, si la majorité des études sur l’adaptation aux risques littoraux portent sur la

prévention au risque et l’anticipation, très peu interrogent les mécanismes d’adaptation en

situation d’exposition. Cette thèse propose donc quatre études permettant de mieux comprendre

les interactions entre évaluation du risque et adaptation individuelle ou collective, en tenant

compte de la dimension temporelle intrinsèque au risque, et relative à la phase d’exposition à

l’aléa (avant, pendant, après).

La première étude qualitative permet d’explorer une vision d’ensemble de ces différentes

dimensions (évaluation, adaptation, temporalité) au moyen d’entretiens semi-directifs menés

auprès d’habitants exposés aux risques côtiers. Les représentations sociales se prêtent mieux à

62
l’appréhension du contexte général et surtout social du rapport au risque, les représentations

sociales formant un prisme de lecture de l’environnement et des phénomènes vécus par les

individus. Cette étude interroge donc les représentations de deux risques aux temporalités

différentes, l’érosion et la submersion marine, mais également les représentations de

l’adaptation à ceux-ci, qu’elle soit individuelle ou collective. L’étude interroge également les

expériences passées, présentes, et futures de ces risques afin d’appréhender leur impact sur ces

représentations.

Les études suivantes explorent le rapport aux risques côtiers sous l’angle plus individuel

de la perception du risque, en tenant toujours compte de l’inscription dans le temps des risques

côtiers. La perception étant un préalable à l’adaptation, la deuxième étude vise à déterminer

comment faire évoluer la perception du risque au travers de la communication. La

communication ne doit pas se contenter de transmettre de la connaissance, puisque la

conscience du risque ne suffit pas à engendrer des processus d’adaptation, mais plutôt à

favoriser la perception du risque. Cette étude vise donc à déterminer comment et par quelles

caractéristiques la communication au travers de projections cartographiques passées et futures

peut modifier la perception d’un risque au long-cours, l’érosion côtière.

Les troisième et quatrième études explorent ensuite l’interaction entre perception du

risque et adaptation individuelle et publique selon différentes temporalités de risque, et

d’exposition. La troisième étude, se focalise sur l’adaptation individuelle pendant l’exposition

à un risque soudain. Il s’agit plus précisément d’une expérimentation simulant un tsunami en

réalité virtuelle, permettant ainsi d'explorer la phase encore peu étudiée d’exposition immédiate

au risque. La simulation en réalité virtuelle ainsi que des mesures physiologiques permettent

d’identifier l’interaction entre les processus de perception sensorielle du risque en situation de

63
danger et d’adaptation par l’adoption ou non d’un comportement de protection (ici,

l‘évacuation).

La quatrième et dernière étude se situe cette fois-ci en amont des conséquences de

l’aléa, vise à comprendre le lien de la perception du risque mais aussi de la projection future

sur l'adaptation collective. Au travers d’une enquête par questionnaire, cette étude interroge

l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation à l’érosion et tentent de déterminer les

différents déterminants de cette acceptabilité, notamment la projection future à court-terme et

à long-terme.

64
PARTIE EMPIRIQUE

65
Etude 1 - Représentations sociales des risques côtiers et adaptation
selon les perspectives passée, présente et future
I. METHODOLOGIE
1. Rappel des objectifs

Cette première étude exploratoire a pour objectif, à partir d’une méthodologie qualitative,

d’appréhender les interactions entre évaluation des risques côtiers, modalités d’adaptation à

ces risques et prise en compte de la temporalité chez des habitants exposés au risque. L’étude

aborde cette thématique au travers des représentations sociales, qui se prêtent particulièrement

bien à l’appréhension du contexte général et surtout social du rapport au risque (Bertoldo et al.,

2021; Krien & Michel-Guillou, 2014; Lemée, Guillard, et al., 2019; Poumadère et al., 2015).

Ces dernières offrent en effet un prisme de lecture de l’environnement et des phénomènes vécus

par les individus, et constituent donc un cadre qu’il est intéressant de considérer avant de se

focaliser sur une approche plus individuelle. De plus, les représentations sociales sont

socialement utiles car elles déterminent à la fois notre lecture du monde mais également nos

pratiques et nos attentes (Rateau, 2022). Favoriser l’adaptation aux risques nécessite donc

d’appréhender aussi bien les processus mentaux propres à l’individu que les représentations

socialement construites vis-à-vis de cet objet (Krien & Michel-Guillou, 2014). Ensuite,

l’approche des représentations sociales permet de considérer l’existence de paradoxes dans le

rapport des individus au monde, par la cohabitation d’informations contradictoires dans les

représentations d’un même individu ou groupe (Castro & Lima, 2001). Cette approche est donc

pertinente auprès du public profane qui peut à la fois être conscient du risque mais le percevoir

faiblement (Luís et al., 2016), ou encore le percevoir sans pour autant agir pour se protéger

(Bubeck et al., 2012). Il semble donc pertinent non pas de quantifier ces phénomènes mais

d’essayer d’en comprendre leur nature au travers de l’étude des représentations sociales.

66
Plus concrètement, nous étudions ici les représentations sociales des risques côtiers, en

interrogeant leurs fonctions descriptives, prescriptives au travers des pratiques adaptatives

mises en œuvre face aux risques, et évaluatives vis-à-vis des jugements à l’égard de l’objet et

des pratiques associées (Moliner & Guimelli, 2015). Le choix a été fait d’interroger

simultanément les risques d’érosion côtière et de submersion marine. En effet, de nombreuses

zones littorales sont concernées par ces deux risques, et ceux-ci peuvent être liés : le recul du

trait de côte peut augmenter la vulnérabilité de certains enjeux face aux submersions marines,

tandis que les événements tempêtueux associés aux submersions peuvent accélérer fortement

et soudainement l’érosion. De la même manière, les modalités d’adaptation face à un risque

peuvent impacter la vulnérabilité à un autre risque : par exemple la construction d’ouvrages de

protection « en dur » face aux risques de submersion tels que les digues peut perturber les flux

sédimentaires et donc modifier les phénomènes d’érosion ou d’accrétion des zones en aval

(Narayan et al., 2016). Ces phénomènes et leurs conséquences plus ou moins confondues

peuvent donc entraîner une confusion entre l’érosion côtière et la submersion marine chez la

population profane, ce qui nous a amené à interroger les deux simultanément.

Les communes littorales étant un environnement de vie prisé (Cazaux, 2022), elles

comportent une part importante de résidents secondaires. Ces derniers n’étant présents sur ces

communes qu’une partie de l’année, on peut supposer une moindre connaissance et une

moindre implication à l’égard des risques côtiers. Ainsi, cette plus grande « distance à l’objet »

(Abric, 2001) permet de suggérer une distinction des représentations sociales des risques

côtiers entre les résidents principaux et les résidents secondaires. De plus, les représentations

sont socialement construites et partagées, et répondent donc à une fonction identitaire

puisqu’elles permettent de se positionner en tant que groupe (Abric, 2011; Amer & Howarth,

2016). Or contribution des représentations à la définition de l’identité passe également par le

territoire, qui constitue le lieu où se partagent les expériences et savoirs constituant une

67
mémoire collective et contribuant à la fois à la construction de représentations partagées, et

d’une identité commune (Dias et al., 2024). Les résidents secondaires, par leur présence

discontinue sur le territoire ont possiblement moins accès à cette mémoire collective. On peut

donc supposer que d’une part les identités de lieu diffèrent entre les résidents principaux et

secondaires, et que d’autre part cela engendre également la construction de représentations

sociales des risques côtiers différentes. L’identité de lieu consiste en l’identification à une

communauté (ici relative à son lieu de vie ou d’usage) au travers d’un sentiment

d’appartenance, et se traduit par des cognitions, des processus affectifs et des comportements

relatifs au lieu (Bonaiuto & Chiozza, 2022). L’étude investigue donc également comment le

statut résidentiel (principal ou secondaire) peut influencer l’identité de lieu, et si celle-ci peut

constituer un rapport aux risques différent. De plus, les représentations sociales doivent être

étudiées au travers de leurs dimensions cognitives, conatives, mais aussi affectives (Grenon et

al., 2013). Cette approche permet donc également d’explorer comment les dimensions

affectives de l’identité de lieu interagissent avec les représentations sociales des risques côtiers.

Ensuite, la temporalité du risque (court terme/long terme, soudain/long cours) et celle de la

mise en place de stratégies adaptatives (court terme/long terme, définitif/temporaire)

déterminent en partie l’évaluation du risque et l’adaptation à celui-ci (Arnocky et al., 2014;

Demarque, 2011; Vainio et al., 2020). Or les représentations sociales « remplissent une fonction

d’orientation des pratiques sociales et constituent des systèmes d’attente ou d’anticipation qui

permettent l’ajustement des comportements » (Rateau, 2022). Elles participent donc au rapport

au temps des individus et contribuent à l’adaptation par anticipation. Cette première étude vise

donc non seulement à déterminer comment les habitants du territoire se représentent les risques

côtiers mais aussi à étudier comment la dimension temporelle s’intègre dans ces représentations

et influence leur dimension prescriptive.

68
L’interrogation simultanée de ces différentes dimensions permet de mieux comprendre le

contexte social de croyances et de normes dans lequel s’inscrit l’adaptation aux risques côtiers

en adoptant une analyse explicative plutôt que purement descriptive (Dany, 2016). Pour

résumer, les objectifs de l’étude sont les suivants : (1) explorer le contenu des représentations

sociales des risques côtiers et en particulier leur dimension prescriptive relative à l’adaptation,

(2) identifier les influences sociales de ces constructions en termes de statut de résidence

notamment au travers de l’identité de lieu, (3) explorer comment la dimension temporelle

s’inscrit dans ces représentations.

2. Contexte de l’étude
L’étude a été menée dans la communauté de communes Océan Marais de Monts comportant

trois communes : Saint-Jean-de-Monts, La-Barre-de-Monts et Notre-Dame-de-Monts. Ces

trois communes, accueillant respectivement en 2021 8741, 2298 et 2160 habitants, comportent

une importante part de résidences secondaires : 66,5 % pour Saint-Jean-de-Monts, 54 % pour

La Barre-de-Monts et 67,4 % à Notre-Dame-de-Monts (INSEE, 2024). Ces communes

comportent des enjeux d’un point de vue résidentiel puisque des logements sur le front de mer

et dans l’arrière-pays sont exposés aux risques côtiers. Les enjeux économiques sont également

élevés puisque le tourisme constitue une part importante de l’économie locale mais est

également vulnérable car il y est développé autour de l’accès à la mer, des activités nautiques,

et des structures d’hébergement en bord de mer. Les activités agricoles sont également une part

de l’économie locale vulnérable par l’exposition aux risques côtiers de certaines structures

agricoles (cultures, élevage et conchyliculture). Les enjeux naturels sont également importants

puisqu’un massif dunaire borde le marais et que ce territoire comporte également une forêt

domaniale. Ces trois environnements sont donc caractérisés par une grande biodiversité. Bien

que ce littoral fasse plutôt l’objet d’une stabilisation, voire d’une accrétion depuis une dizaine

d’années, les événements tempêtueux intenses peuvent rapidement dégrader ces espaces qui

69
doivent donc être protégés (Océan Marais de Monts, s. d.). Le cordon dunaire, au-delà de

l’enjeu écologique associé, constitue également une protection pour l’arrière-pays

potentiellement exposé au risque de submersion, et donc un enjeu de sécurité majeur. Malgré

cette accrétion globale, certaines zones restent sensibles à l’érosion. Des digues et un système

de casiers permettent à la commune de La Barre-de-Monts de se protéger des submersions

marines (Océan Marais de Monts, s. d.).

La gestion des risques côtiers applique donc des stratégies de nature différentes selon les

enjeux et les risques. Les gestionnaires et décideurs misent de manière générale plutôt sur des

méthodes « douces » bien que la construction de digues ait été privilégiée face au risque de

submersion. Aucune relocalisation n’a encore été appliquée mais ce scénario est envisagé. Des

actions de sensibilisation sont menées afin d’informer la population des risques et des méthodes

aussi bien individuelles (ex : exposition itinérante sur les risques littoraux et les comportements

de protection) que publiques (ex : serious game, animations technologiques sur l’évolution des

dunes) face aux risques côtiers.

Ainsi, l’enjeu sur ce territoire est donc de considérer l’adaptation à la fois à court terme

s’agissant des infrastructures exposées à l’érosion et la submersion, mais également à long

terme, en envisageant une possible relocalisation des infrastructures trop exposées. Ce

processus est coûteux, long, et souvent rejeté (Chadenas et al., 2023). Il doit donc être réfléchi

en tenant compte du contexte social dans lequel il s’inscrit, ce que vise cette étude.

3. Outils
Les représentations sociales des risques côtiers sont ici interrogées au moyen d’entretien

semi-directifs. Les représentations se construisent au gré des échanges au sein d’un groupe et

sont donc dépendantes de la communication et inscrites dans le langage (Piermattéo &

Guimelli, 2012). L’entretien favorise donc l’identification des représentations par le langage

en mettant en évidence les liens et logiques entre les discours des individus. De plus, les

70
données qualitatives ont l’avantage de leur richesse, de leur ancrage fort dans l’expérience au

monde des individus, et de leur nature explicative des processus en jeu (Dany, 2016).

Un guide d’entretien (Annexe 2) a été élaboré à partir des dimensions sur lesquelles se centre

cette étude et interroge donc l’identité de lieu, les dimensions descriptives, prescriptives et

évaluatives des représentations sociales des risques côtiers, ainsi que les dimensions

temporelles du rapport au risque. Une carte a été proposée à chacun des participants afin de

faciliter leur discours et de les faire identifier à l’écrit les zones d’évolution des risques.

Une carte imprimée en noir et blanc du littoral local ne représentant que les communes et

les axes routiers principaux a également été proposée aux participants en cours d’entretien,

avec des stylos de couleur afin qu’ils puissent illustrer leur discours quant aux évolutions

observées sur le littoral.

4. Participants et procédure
Les entretiens semi-directifs ont été menés auprès de 20 habitants répartis sur les trois

communes de la communauté de communes exposée aux risques d’érosion côtière et de

submersion marine (Tableau 1). Les services de l’Etat (commanditaires de l’étude) ont proposé

une première liste de potentiels contacts dans les trois communes, et les associations locales et

mairies ont également été contactées afin qu’ils puissent diffuser l’appel à participants.

D’autres participants ont été ensuite contactés par effet boule de neige. La classe la plus âgée

est surreprésentée dans les deux groupes d’habitants tout comme dans la population parente,

comportant une proportion importante de personnes retraitées.

Tableau 1: caractéristiques des participants interrogés


Effectif
Résidents principaux Résidents secondaires
Hommes 7 3
Femmes 7 3
18-29 ans 1 0
30-44 ans 2 0
45-59 ans 1 0

71
60-74 ans 10 6
Saint-Jean-de-Monts 6 2
Notre-Dame-de-Monts 4 3
La Barre-de-Monts 4 1
Total 14 6

Les entretiens ont été conduits dans différents environnements selon les préférences et

possibilités des participants (foyer, lieu de travail, espaces publics etc.). Chaque entretien était

initié par la présentation de l’étude et des acteurs associés, suivie d’une demande

d’enregistrement de l’entretien en expliquant le traitement anonyme des données. Puis, si le

participant approuvait de participer à l’étude, l’entretien commençait par des questions de

mises en confiance relatives au statut de la personne puis à l’identité de lieu. Lorsque

l’évolution des risques côtiers était abordée, la carte imprimée du littoral ainsi que les stylos de

couleur étaient proposés afin d’aider les participants à illustrer leur discours. Les

enregistrements, d’une durée moyenne de 45 minutes, ont ensuite été retranscrits.

5. Analyse des données


Une analyse thématique a permis de se focaliser sur le registre sémantique, tandis qu’une

analyse lexicale a permis d’analyser la forme et la proximité des formes lexicales employées

les unes par rapport aux autres. Cette dernière permet de définir la fréquence des éléments et

leur cooccurrence afin de déterminer leur importance et leur force dans les représentations

(Negura, 2006). La structure du discours suit en effet les « lois de distribution du vocabulaire

dans les énoncés d’un corpus comme une trace linguistique d’un travail cognitif de

reconstruction d’un objet par un individu » (Dany, 2016, p. 29). Cette analyse permet donc de

considérer le facteur quantitatif du contenu des représentations et le facteur qualitatif, c’est-à-

dire la relation entre les éléments selon leur caractère signifiant (Negura, 2006).

L’analyse thématique a été menée par un processus itératif manuel d’aller-retour entre le

repérage des thématiques dans l’ensemble du corpus et leur catégorisation en une structure

72
organisée. Cette analyse permet de distinguer les différentes thématiques évoquées et leur

appropriation par les deux groupes sociaux interrogés : les résidents principaux et les résidents

secondaires. L’un des objectifs de cette étude est d’identifier plus particulièrement la dimension

prescriptive des représentations sociales des risques côtiers. Une analyse précise en

pourcentage d’occurrence des modalités d’adaptation dans chacun des groupes a donc permis

de compléter l’analyse thématique sur cette dimension prescriptive.

Pour l’analyse lexicale, le choix a été fait de diviser le corpus en deux sous-corpus (résidents

principaux / résidents secondaires), plutôt que de simplement inclure le statut résidentiel

comme « variable étoilée » (Ratinaud, 2008) dans un seul corpus. Cela permet une analyse plus

fine, d’autant plus que les thématiques abordées par le guide d’entretien sont variées et donc

possiblement structurées différemment entre les deux groupes. Diviser les deux corpus permet

donc de faire apparaître de façon plus flexible la structuration du discours entre ces deux

groupes. Les mêmes analyses ont ensuite été mises en œuvre sur chacun de ces sous-corpus

grâce au logiciel Iramuteq (Ratinaud, 2008). Trois types d’analyse ont été menées : 1) la

classification hiérarchique descendante permettant d’identifier les classes de formes lexicales,

leur contenu et les segments de texte associés, 2) l’analyse factorielle des correspondances

permettant d’identifier la proximité entre ces classes et les facteurs les distinguant, et 3)

l’analyse de similitude permettant d’illustrer la proximité des formes lexicales en fonction de

leur cooccurrence.

Les cartes proposées pendant l’entretien n’ont pas été analysées car trop pauvres en

données : les participants n’ont pas été en mesure de s’approprier ce type de matériel auquel

ils ne sont pas habitués, bien que les cartes aient favorisé la précision de leurs observations

orales.

73
II. RESULTATS
1. Analyse thématique des entretiens
L’analyse thématique révèle 14 thèmes évoqués aussi bien par les résidents principaux que

par les résidents secondaires, mais pas nécessairement avec la même richesse (Annexe 1) :

« Perception du risque », « Vulnérabilité et conséquences des risques », « Dynamique des

risques côtiers », « Changement climatique et environnement »,

« Communication/sensibilisation », « Efficacité des institutions dans la gestion des risques »,

« Gestion des situations d’urgence », « Mesures d’adaptation publique aux risques côtiers »,

« Adaptation individuelle aux risques côtiers », « Conflits d’intérêt et arbitrage », « Marais et

risques côtiers », « Biodiversité », « Identité et attachement au lieu ».

a. Evaluation des risques côtiers dans le temps


Les thématiques « perception du risque », « vulnérabilité et conséquences des risques », et

« dynamique des risques côtiers » mettent en évidence la façon dont les habitants évaluent les

risques côtiers et comment la dimension temporelle contribue à cette évaluation.

Tout d’abord, le discours des participants confirme la façon dont les risques d’érosion et de

submersion se confondent. Ensuite, les habitants perçoivent les risques en s’appuyant à la fois

sur des observations personnelles, sur les connaissances historiques du territoire, mais

également sur des analogies avec d’autres lieux et d’autres risques (parallèle entre submersion

et tsunami). Les résidents principaux comparent également les risques côtiers à d’autres risques

afin de les relativiser, supposant une stratégie de réduction de la tension émotionnelle. Cette

inquiétude est également réduite par la confiance qu’accordent les résidents principaux aux

infrastructures naturelles et artificielles pour les protéger. Certains résidents, principaux ou

secondaires, évoquent également leur acceptation de ne pas pouvoir léguer leur bien immobilier

à leurs enfants, indiquant à la fois la projection dans un futur de quelques décennies mais aussi

une forme de fatalisme. Les représentations sociales des risques côtiers comprennent

effectivement une dimension temporelle puisqu’elles sont construites à la fois grâce au passé
74
et à l’anticipation. Les expériences passées et les connaissances historiques permettent

d’évaluer leur vulnérabilité en les mettant en cohérence avec leurs observations actuelles. Les

habitants s’appuient également sur le caractère cyclique des risques côtiers à court

(saisonnalité) et long terme (siècles) pour expliquer à la fois la vulnérabilité du territoire, et

exprimer une forme de fatalisme. La question de l’avenir est également très présente chez

l’ensemble des participants au travers de l’incertitude quant aux évolutions de ces phénomènes

et leur faible prédictibilité. La perspective future semble légèrement plus claire chez les

résidents principaux qui évoquent une possible augmentation et/ou accélération du risque. Ces

résidents évoquent également l’histoire du territoire et les aménagements passés ayant

aujourd’hui un impact sur les phénomènes côtiers, signe de la cohérence entre les actions

passées et le constat présent.

b. Risques côtiers et phénomènes environnementaux


Les thématiques « changement climatique et environnement » et « biodiversité » mettent en

évidence comment les représentations intègrent un ensemble plus large de phénomènes liés au

changement climatique et à la dégradation/protection de l’environnement naturel (préservation

de la biodiversité ou pollution engendrée par l’Homme). Les résidents secondaires intègrent

les éléments relatifs à l’environnement mais de façon déconnectée, sans lien évident avec les

risques côtiers. Les résidents principaux illustrent plus clairement l’interaction entre le

changement climatique et les risques côtiers puisqu’ils évoquent d’une part l’atténuation

possible et nécessaire du changement climatique qui amplifie les risques côtiers, et d’autre part

la préservation de la biodiversité comme co-bénéfice de la gestion hydraulique du marais par

les agriculteurs.

c. Adaptation publique aux risques côtiers et dimension politique


Les thématiques « Mesures d’adaptation publique aux risques côtiers », « Efficacité des

institutions dans la gestion des risques », « Conflits d’intérêt et arbitrage » et « Gestion des

situations d’urgence » renvoient toutes trois à l’adaptation publique et aux enjeux politiques
75
qui l’accompagnent. Les mesures d’adaptation publiques sont globalement évoquées de la

même manière entre les deux groupes. Elles sont représentées notamment au travers de leur

dimension temporelle puisque les habitants s’appuient sur les expériences passées (ainsi que

sur les connaissances historiques et traditions locales pour les résidents principaux) pour

évaluer les bonnes ou mauvaises pratiques. Les habitants évoquent beaucoup la temporalité de

la mise en place des stratégies d’adaptation (échéance courte ou plus longue) mais font part

d’une grande incertitude sur cette question, et les avis divergent entre les habitants. Les

résidents principaux sont cependant les seuls à évoquer le coût financier de ces mesures et la

prise en charge de ce coût par la collectivité. Ils évoquent également la notion de tradition dans

le mode de vie littoral, qui peut orienter aussi bien vers des pratiques plus adaptées qu’au

contraire être dépassées face à la vulnérabilité croissante de certaines zones. Ces deux éléments

renforcent donc à la fois le caractère fonctionnel et normatif de leur représentation, puisqu’il

s’agit d’une part de penser la gestion pratique des risques mais également d’émettre un

jugement.

Les deux groupes d’habitants reconnaissent la dimension politique de l’adaptation aux

risques côtiers au travers des divergences d’intérêt entre différents groupes sociaux (institutions

publiques, habitants, touristes, agriculteurs) dans la gestion des risques, opposant avantages

économiques et sécurité. On remarque simultanément une confiance dans les experts (et les

institutions publiques pour les résidents principaux) vis-à-vis de leur participation à

l’adaptation aux risques et en même temps la reconnaissance de divergences d’intérêt entre ces

institutions et les habitants (e.g. délivrer des autorisations de construire dans des zones à

risques), ainsi qu’une distance trop importante entre les institutions et la réalité de terrain.

Cependant les résidents principaux proposent de dépasser ce constat en évoquant les bienfaits

d’une approche collective et holistique de la gestion des risques ainsi que la complémentarité

76
du savoir local et expert. Cette approche collective est d’ailleurs également abordée par ces

résidents dans le cadre de l’adaptation à une situation de crise.

La gestion des situations de crise est très peu évoquée, en particulier chez les résidents

secondaires. Ces derniers étant peu présents en hiver, ils sont également moins exposés à ces

situations (submersion marine, inondation). La gestion de crise est essentiellement au travers

des acteurs publiques chez l’ensemble des habitants.

d. Adaptation individuelle et faible capacité d’action perçue


La thématique « Adaptation individuelle aux risques côtiers » est la seule à renvoyer à

l’adaptation individuelle, qui est abordée de façon assez pauvre et peu fonctionnelle et ce

d’autant plus par les résidents secondaires. L’ensemble des participants témoigne à la fois

d’une faible capacité d’action perçue et d’une volonté d’investissement face aux diverses

menaces dont celle des risques côtiers. Les actions individuelles évoquées portent

essentiellement sur la communication et la sensibilisation aux risques côtiers et à

l’environnement entre citoyens, et notamment des professionnels du tourisme (campings) vers

les clients.

e. Le cas particulier du marais face aux risques côtiers


La thématique « Marais et risques côtiers » est essentiellement développée par les résidents

principaux et renvoie à la double facette double du marais. Il est considéré comme une source

de vulnérabilité car sa mosaïque de canaux et d’étiers en communication avec la mer le rend

très exposé au risque d’inondation. Mais il constitue également une ressource de gestion du

risque de submersion puisqu’il constitue un système hydraulique permettant de réguler les

échanges d’eau douce et d’eau de mer, géré par les agriculteurs. Les résidents secondaires

n’évoquent le marais que de façon descriptive au travers de l’interaction entre le marais et la

mer.

77
f. Identité et attachement au lieu forts
La thématique « Identité et attachement au lieu » est évoquée par les deux groupes, mais

semble à première vue détachée de la question des risques. Les deux groupes témoignent d’un

fort attachement au lieu et d’une forte implication dans la communauté, ce qui peut expliquer

leur volonté de s’investir à titre individuel dans l’adaptation du territoire aux différentes

menaces environnementales afin de préserver ce lieu, malgré une faible efficacité perçue. La

façon dont le rapport au risque s’inscrit dans le temps au travers des expériences passées,

connaissances historiques (et traditions chez les résidents principaux) laisse cependant deviner

une connexion entre une forme de mémoire collective et le rapport aux risques côtiers, en

particulier chez les résidents principaux. Ces derniers complètent ce rapport au lieu par une

dimension identitaire en distinguant les habitants de bord de mer et ceux du marais, sans que

cela ait nécessairement d’incidence sur le rapport au risque.

g. Pratiques d’adaptation évoquées


Cette étude vise en particulier à explorer la dimension prescriptive des représentations

sociales des risques côtiers. Les différentes pratiques évoquées par les deux groupes d’habitants

ont donc été analysées plus précisément selon leur pourcentage d’évocation (Tableau 2).

Certaines pratiques peuvent être plus ou moins corrélées, mais ces résultats donnent un aperçu

complémentaire de l’appropriation de l’adaptation aux risques côtiers par les deux groupes de

la population littorale.

Tableau 2: pratiques et méthodes d'adaptation aux risques côtiers évoquées par les habitants
Fréquence d’évocation (%)
Pratiques d’adaptation mentionnées
Résidents principaux Résidents secondaires
Adaptation privée
Sensibilisation 100 67
Alerte téléphonique / sirène 29 17
Préparation individuelle à la crise 7 0
Vente/Déménagement 36 17
Gestion hydraulique du marais 57 0
Adaptation publique
Sensibilisation 100 67

78
Batardeaux 14 0
Réglementation/adaptation des constructions 64 17
Expropriation/Relocalisation 50 17
Établissement de zones tampons 36 0
Laisser-faire 29 0
Végétalisation des dunes 64 67
Fil lisse, ganivelles 57 67
Rechargement des plages 36 33
Réduction du nettoyage des plages 29 33
Enrochement, épis 57 33
Digue 71 67
Brise-lame 14 0

Les habitants ont une vision relativement large des mesures pouvant être mises en place

dans le cadre de l’adaptation aux risques côtiers puisqu’ils citent 17 pratiques s’agissant des

résidents principaux, et 11 s’agissant des résidents secondaires. Cela témoigne donc d’une

connaissance plutôt élevée de la gestion des risques, bien que les résidents secondaires

évoquent des pratiques moins diverses. Cinq pratiques relèvent de l’adaptation individuelle

dont une seule est très fréquemment citée : la sensibilisation. Les résidents principaux sont plus

de la moitié à également citer le rôle des agriculteurs dans la gestion hydraulique des marais,

dont ils ne sont pas forcément eux-mêmes acteurs mais dont ils savent qu’elle revient à des

particuliers. La gestion de catastrophe aussi bien privée que publique (alerte

téléphonique/sirène, préparation au risque/information sur la gestion de crise, batardeaux) est

très peu mentionnée par les deux groupes. S’agissant de l’adaptation publique, les deux groupes

reconnaissent des méthodes aussi bien « douces » (e.g. végétalisation des dunes) que « dures »

(e.g. digue), cependant les résidents secondaires évoquent peu la stratégie de recul

(expropriation, relocalisation, vente, déménagement), et n’évoquent pas celle de laisser-faire.

Cette dernière est également très peu évoquée par les résidents principaux.

79
2. Analyse lexicale des entretiens
a. Analyse lexicométrique
Tableau 3: analyse lexicométrique des entretiens selon les deux sous-corpus
Résidents principaux Résidents secondaires
Nombre de textes 14 6
Nombre d’occurrences 89000 42743
Nombre de types 5951 3767
Nombre d’hapax 2906 (48,83 % des formes, 1935 (51,37 % des formes,
3,27 % des occurrences) 4,53 % des occurrences)
Indice de diversité 0,07 0,09
Indice de variabilité 0,49 0,51

L’analyse lexicométrique présentée dans le tableau 3 montre une structure relativement

similaire entre les deux groupes d’habitants, avec un indice de diversité (ratio

types/occurrences) faible pour chacun des groupes, indiquant une faible hétérogénéité des

formes utilisées et donc une certaine pauvreté lexicale dans le discours, ce qui est commun

d’une part s’agissant du discours oral spontané et d’autre part compte-tenu de l’absence

d’expertise des personnes interrogées. L’indice de variabilité (ratio hapax/types) est moyen

pour les deux groupes, ce qui indique une homogénéité relative dans le discours des habitants

de chacun des groupes.

b. Analyse lexicale du discours des habitants en résidence principale


1. Classification hiérarchique descendante
La CHD appliquée au discours des résidents principaux révèlent quatre classes de discours

(Tableau 4) détaillée ci-après.

Tableau 4: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents principaux
Classe (n° et thématique) 10 premières formes lexicales significatives (Chi²)
[Link] des risques côtiers Eau (136,7), Mer (109,24), sable (87,5), Submersion (66,35),
par le marais Digue (64,39), Monter (61), Marée (55,82), Haut (49,47),
Dune (47,9), Inonder (45,9)

80
[Link] collective et Penser (115,56), Chose (92,25), Dire (75,69), Savoir (70,76),
incertitude Falloir (65,47), Commun (46,58), Population (33,92), Parler
(31,94), Informer (30,5), Pouvoir (28,39)
[Link] au lieu et Forêt (112,44), Plage (106,96), Activité (67,47), Touriste
tourisme (65,02), Gens (59,67), Balader (55,76), Incroyable (54,62),
Station (54,51), Quartier (49,83), Vélo (47,78)
[Link] dans la Association (346,92), Naître (102,94), Ecole (97,83), Famille
communauté et le territoire (86,71), Originaire (77,42), Syndicat (76,83), Producteur
(67,91), Connaître (67,32), Parent (66,16), Politique (64,12)
i. Gestion des risques côtiers par le marais
La première classe, « gestion des risques côtiers par le marais », représente près de la moitié

du discours (44,3%) et est la plus isolée. Elle réfère aux risques côtiers mais se concentre en

particulier sur la gestion du risque de submersion, notamment au travers de la gestion

hydraulique du marais par les agriculteurs. Ces habitants ont une connaissance assez précise

des mécanismes d’échange d’eau douce pluviale et d’eau salée et de la gestion du niveau et du

débit d’eau grâce aux canaux, étiers et écluses. En témoignent l’utilisation significative de

nombre relatifs aux distances, aux coefficients de marée ou à la vitesse du vent, ou encore la

présence significative de prépositions spatiales (« jusqu’ », « au-dessus »…). Le marais est ici

évoqué à la fois comme une solution de gestion du risque de submersion, et comme zone

vulnérable à la submersion marine (régulée par les digues), et à la submersion « pluviale »

(régulée par les étiers).

• « enfin elle monte comme ça et puis après elle descend au niveau des marais, la mer

est automatiquement… l’eau suivra la pente et se réfugiera dans les marais »

• « il faut pas trop d’eau douce d’un coup en mer, il y a une qualité d’eau à respecter,

c’est ce qui fait la mosaïque du marais, il y a beaucoup de temps, de métier »

La vulnérabilité est ici évoquée de façon technique et factuelle. Tandis que la gestion du

risque, bien qu’évoquée également au travers des aspects techniques de la gestion hydraulique,

a également une dimension normative si l’on se réfère aux jugements émis par certains

habitants sur la gestion actuelle du marais. La contribution des agriculteurs à l’adaptation au

81
risque de submersion et l’évaluation de cette gestion par les participants démontrent une forme

d’implication des habitants à l’égard de l’adaptation.

• « aujourd’hui pour vider les marais qui se remplissent d’eau douce quand il pleut, on

met toute la partie de Notre-Dame qui est plus haute que Saint-Jean-de-Monts à sec

donc on jette l’eau douce en mer dont on a besoin »

ii. Adaptation collective et incertitude


La seconde classe, « adaptation collective et incertitude », représente 32,4% du corpus et est

proche de la classe 3. Elle révèle une forte incertitude quant à l’évolution des risques et aux

méthodes d’adaptation. Elle réfère à la nécessité de s’adapter aux risques mais de manière très

générale, notamment au travers de la communication (« dire », « parler », « informer »…)

entre les différents acteurs (« population », « collectivité », « maire »…), ainsi qu’une certaine

vision collective de la situation (« nos », « nous »…). Cette catégorie reste très abstraite

(« chose », « machin ») et les habitants énoncent la nécessité de l’adaptation mais sans certitude

sur les moyens d’agir (« question », « essayer », « compliqué », « peut-être »…).

• « il y a ceux qui disent on fera autre chose, on fera autrement, en fait on est plusieurs

à y penser mais personne pour l’instant on en parle mais on ne fait rien de concret »

iii. Attachement au lieu et tourisme


La classe 3, « attachement au lieu et tourisme », représente 12,8% du discours et est proche

de la classe 2. Elle semble révéler un fort attachement au lieu par l’évocation des différentes

aménités offertes par le lieu de vie (paysages, activités, praticité…), le terme « incroyable »

étant l’un des mots les plus associé à cette classe.

• « je trouve qu’on a un cadre de vie extraordinaire, enfin on a à la fois la plage et la

forêt, on a les marais »

Les communes sont décrites comme des stations balnéaires dans lesquelles le tourisme est

encouragé ce qui motive entre autres la gestion du risque d’érosion, mais le tourisme peut

également constituer une menace (pollution, dégradation).

82
• « l’érosion côtière c’est une peu comme la dune, la forêt, les plages et les touristes, on

roule du sable toute l’année pour préserver les plages de Fromentine »

iv. Insertion dans la communauté et le territoire


ème
La 4 et dernière classe, « insertion dans la communauté et le territoire », représente 10,5%

du corpus, et renvoie essentiellement à l’insertion des individus dans la communauté aussi bien

au travers des racines familiales qu’au niveau associatif ou même par l’engagement politique.

Les individus semblent également fortement ancrés au le territoire, que ce soit au travers des

professions évoquées directement en lien avec son exploitation (agriculture, pêche,

conchyliculture) ou de l’adhésion à des associations promouvant la protection de

l’environnement ou du patrimoine local.

2. AFC
L’AFC (Figure 1) montre que les classes « adaptation collective et incertitude » et

« attachement au lieu et tourisme » sont entremêlées, et situées dans la même valence positive

du facteur 1 que la classe « insertion dans la communauté et le territoire », et donc à l’opposé

de la dernière classe « gestion des risques côtiers par le marais ». Ces trois classes sont en effet

plutôt normatives puisqu’elles renvoient à des dimensions socio-affectives du rapport au

territoire et au risque : le sentiment d’incertitude à l’égard de l’avenir, la nécessité de protéger

les activités jugées essentielles comme le tourisme et surtout l’attachement fort à l’égard du

lieu de vie et l’insertion dans la communauté. A l’inverse, la classe « gestion des risques côtiers

par le marais » est très fonctionnelle puisqu’elle renvoie essentiellement à la dimension

concrète et spatiale des risques côtiers et aux solutions de gestion.

Le second facteur oppose les classes « adaptation collective et incertitude » et « attachement

au lieu et tourisme », aux deux autres classes, celle relative aux risques et à leur gestion étant

un peu plus proche. Ces classes semblent s’opposer relativement à leur dimension temporelle :

les deux classes entremêlées font explicitement référence au devenir du territoire face aux

risques quels qu’ils soient, tandis que les deux autres classes sont plus ancrées dans le présent

83
et la description de phénomènes actuels, voire relativement aux expériences passées (« gestion

des risques par le marais »).

Figure 1: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence principale


3. Analyse de similitude
L’analyse de similitude (Figure 2) montre la centralité de la « mer » à laquelle se rattachent

de nombreux termes relatifs aux risques côtiers ou leur gestion. S’y rattachent d’autres

regroupements, dont la majorité est relative à la dynamique côtière et aux risques qui

l’accompagnent. Un regroupement plus excentré ne renvoie pas au risque mais plutôt à la

question plus abstraite du changement et de l’adaptation (« mettre en place », « changer »,

« laisser », « essayer »).

84
Figure 2: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence principale
c. Analyse lexicale du discours des habitants en résidence secondaire
1. Classification hiérarchique descendante
La CHD appliquée au discours des résidents secondaires met en évidence trois classes

(Tableau 5) détaillée ci-après.

Tableau 5: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents secondaires
Classe (n° et thématique) 10 premières formes lexicales significatives (Chi²)
[Link] du littoral et Chose (31,07), Enfant (30,23), Gens (28,81), Littoral
sensibilisation (27,96), Essayer (27,96), Faire (24,75), Personne (24,19),
Falloir (22,31), Information (22,15), Sûr (21,88)
[Link]é des risques côtiers Sable (61,59), Mer (46,13), Côté (39,4), Maison (31,53),
Plage (28,97), Remblai (27,24), Marée (26,92), Eau (23,93),
Dernier (20,83), Vague (19,53)
[Link] du territoire Tourisme (76,31), Changement (45,31), Nature (44,69),
face au changement Rôle (43,84), Réchauffement (43,84), Jouer (37,49), Activité
climatique (37,03), Touriste (34,42), Vélo (33,69), Important (33,69)

85
i. Protection du littoral et sensibilisation
La première classe, « protection du littoral et sensibilisation » représente 39,5% du corpus

et est directement liée à la classe 3. Elle réfère à la sensibilisation des habitants et usagers au

respect du littoral entendu comme un environnement riche et à préserver au travers du

ramassage des déchets ou de la protection de la faune et de la flore. Cette sensibilisation doit

passer par l’information et l’éducation notamment des jeunes générations, et la classe reflète

une forme d’implication des habitants et de volonté de contribuer à la préservation de leur

environnement, notamment par la présence significative de pronoms personnelles et d’adjectifs

possessifs relatifs à soi (« je », « moi »…).

• « on me dirait est ce que vous pouvez nous aider pour faire telle chose oui dans le

domaine de mes possibilités je le ferais comme de ramasser je vous dis les détritus et

tout ça quand il faut faire je fais »

• « et cette exposition temporaire qui sensibilisait à plein de choses au niveau de la vie

de la forêt, de la plage, du littoral en général elle était très orientée, très pédagogique

et très orientée vers les jeunes, vers les enfants »

ii. Exposé des risques côtiers


La deuxième classe, plus isolée, représente 40,3% du discours décrit les risques côtiers

auxquels est exposé le littoral de la région, et est présentée sous le nom « exposé des risques

côtiers ». Elle évoque de façon descriptive et assez précise la dynamique sédimentaire

favorisant l’érosion ou l’accrétion et l’influence des phénomènes météorologiques. Les repères

spatiaux (« mètre », « haut », « côté », « bas »…) et temporels (« an », « semaine »…) associés

à cette classe démontrent sa dimension descriptive et concrète. Bien que cette classe soit

essentiellement axée sur le risque d’érosion et la dynamique des plages, le risque de submersion

est également évoqué plutôt au travers du phénomène de tempête, en se référant à la tempête

Xynthia de 2010, ou par le risque d’inondation notamment par les marais.

86
• « et du coup le sable du sud de la plage sud a tendance à s’en aller vers la mer et la

grande plage nord a tendance à se gonfler, le sable revient »

• « les plages me semblent de plus en plus longues avec des phénomènes très originaux

qui sont devant chez nous par exemple »

iii. Evolution du territoire face au changement climatique


La troisième classe, « évolution du territoire face au changement climatique » est proche de

la première et représente 20,2% du discours. Elle concerne l’évolution du territoire d’un point

de vue essentiellement économique, le tourisme étant le secteur le plus évoqué car il constitue

en grande partie l’attractivité du territoire et est une ressource à développer. Cette classe évoque

également l’interaction entre tourisme et changement climatique à la fois par rapport aux

possibles impacts négatifs du second sur le premier, et d’autre part par rapport au rôle que peut

jouer le tourisme dans l’adaptation au changement climatique en développant le tourisme vert

basé sur la nature et l’environnement paysager.

• « il y a une volonté politique du M. [le maire] […] de développer le tourisme vert

dans sa station, il a ouvert cette année à la demande assez générale des pistes de

VTT »

• « D’un autre il y aura le risque sur le tourisme, sur l’économie, parce que l’économie

dans ces villes de Vendée, quand même le tourisme ça joue un rôle premier »

2. AFC
L’AFC (Figure 3) montre une distinction claire et relativement équivalente entre les trois

classes, et donc leur indépendance. Les classes « protection du littoral et sensibilisation » et

« évolution du territoire face au changement climatique » sont toutes deux associées aux

valences négatives du premier facteur, et opposées à la classe « exposé des risques côtiers ».

Ce facteur peut être interprété comme l’orientation temporelle distinguant d’une part les classes

orientées vers le futur et l’avenir du territoire et d’autre part une classe plus axée sur le présent

voire les expériences passées.

87
Le second facteur divise les trois classes sur un continuum distinguant légèrement la classe

« protection du littoral et sensibilisation » de la classe « exposé des risques côtiers », et

fortement de la classe « évolution du territoire face au changement climatique ». Ce facteur

pourrait renvoyer au degré d’implication personnelle. La première classe renvoie à une

implication forte puisqu’elle valorise la protection du littoral et est empreinte d’une volonté de

contribuer à l’avenir positif du littoral. La deuxième décrit les risques côtiers mais aussi

l’expérience personnelle de ces risques au travers de la perception visuelle et des souvenirs,

bien que le risque ne soit pas particulièrement valorisé ou que la classe ne réfère pas

spécifiquement à la capacité de faire face. La troisième enfin ne relève d’aucune implication

personnelle, comme en témoigne d’ailleurs les termes renvoyant à autrui associés à la classe

(« lui », « ceux », « son », « sa »).

Figure 3: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire

88
3. Analyse de similitude
L’analyse de similitude (Figure 4) montre la centralité du terme abstrait « chose »,

préfigurant une appropriation limitée de la question des risques côtiers ou tout du moins de leur

gestion. Ce halo central comprend cependant différents risques côtiers ainsi que l’émotion de

« peur », mais reste plutôt hétérogène et pas forcément associé au risque. Les sept

regroupements périphériques ne sont pour l’essentiel pas associés aux risques côtiers mais

plutôt au lieu (description, pratiques, histoire personnelle.

Figure 4: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire

III. DISCUSSION
Cette première étude exploratoire a pour but d’appréhender l’articulation entre les

dimensions abordées dans cette thèse sous l’angle des représentations sociales : l’évaluation

des risques côtiers, l’adaptation privée et l’adaptation publique, et la dimension temporelle dans

laquelle s’inscrivent l’évaluation et l’adaptation. L’approche des représentations sociales

permet de considérer le contexte social de croyances, de valeurs et de pratiques dans lequel

89
s’insère le rapport au risque. On considère ici cette dimension sociale en distinguant deux

groupes au sein de la population côtière ayant un rapport différent au littoral : les résidents

principaux et les résidents secondaires. Cette distinction est également abordée au travers de

l’identité de lieu. L’une des dimensions explorées dans cette étude étant l’adaptation, cette

étude porte une attention particulière à la dimension prescriptive des représentations sociales

des risques côtiers.

1. Conscience des risques côtiers et externalisation de l’adaptation


Bien que l’ensemble des habitants semblent avoir une certaine connaissance et conscience

des risques côtiers qui menacent le territoire, le statut résidentiel influence malgré tout le

contenu des représentations sociales des risques côtiers. Cela corrobore donc l’influence déjà

observée dans la littérature de variables contextuelles sur les représentations sociales du risque

(Baggio & Rouquette, 2006). D’une part, la représentation des résidents principaux, plus dense

et centrée sur les risques côtiers que celle des résidents secondaires, s’accompagne d’une plus

forte implication personnelle. En témoignent leur connaissance précise des phénomènes

d’érosion et de submersion notamment au travers de leur propre expérience, et par la

considération du rôle des agriculteurs dans la gestion du risque de submersion. L’implication

personnelle plus importante chez les résidents principaux semble contribuer ici à la

densification et à la complexification de la représentation (Baggio & Rouquette, 2006).

Cependant, l’ensemble des habitants considèrent plutôt l’adaptation en délégant cette

responsabilité aux institutions publiques, et leur implication personnelle est plutôt relative aux

diverses menaces environnementales (changement climatique, pollution) qu’aux risques

côtiers spécifiquement. Ainsi, ces deux représentations sociales ont, comme souvent s’agissant

des risques environnementaux, tendance à externaliser la gestion des risques côtiers (Castro et

al., 2010). L’adaptation publique est plutôt considérée au travers de la lutte active, plutôt par

des méthodes douces voire plus artificielles pour les zones exposées à la submersion. La

90
stratégie de recul est très peu évoquée, seulement s’agissant de l’érosion et seulement par les

résidents principaux. Cela peut être lié au fait que dans la représentation des résidents

principaux, le risque de submersion est plutôt associé aux habitants (notamment du marais),

tandis que le risque d’érosion est plutôt associé au secteur du tourisme. Il est donc peut-être

plus évident pour ces résidents d’imaginer la relocalisation d’activités économiques que

d’habitants. Les résidents secondaires évoquent très peu les stratégies de recul ou de laisser-

faire, indiquant possiblement leur volonté de conserver leur lieu de vie. Le recul n’étant pas

rejeté mais simplement pas considéré, cela peut être mis en perspective avec le très fort

attachement au lieu des résidents secondaires qui a déjà été observé dans la littérature (Urbain,

2002), ne leur permettant pas de s’imaginer abandonner ce lieu. L’adaptation individuelle aux

risques côtiers est souvent difficile à solliciter (Krasovskaia et al., 2007; Kreibich et al., 2011)

et on constate dans cette étude que malgré le désir des habitants de s’impliquer dans

l’adaptation du territoire aux menaces environnementales, l’adaptation individuelle est

effectivement plus difficile à concevoir et est associée à une faible capacitée d’action perçue.

La question de la gestion des catastrophes naturelles que constituent les submersions et

inondations est encore moins présente dans ces représentations sociales. Comme cela a déjà été

observé (Krien & Michel-Guillou, 2014), les habitants se préoccupent des risques côtiers mais

également des impacts de la gestion des risques, en questionnant les intérêts divergents entre

les acteurs, ou encore le bien-fondé et la pérennité de certaines méthodes. Mais contrairement

à ce que Guillemot et ses collaborateurs (Guillemot et al., 2014) ont observé, les résidents

principaux se saisissent de cette question en intégrant la possibilité d’une approche plus

collective et anticipatrice de la gestion des risques et ne se focalisent pas sur une approche

individuelle qui est d’ailleurs difficilement représentée.

Malgré les considérations sur l’adaptation publique et privée, une forme de fatalisme voire

d’acceptation des risques (« la nature/mer reprend ses droits ») est présente dans le discours

91
des participants qu’ils illustrent par l’histoire du territoire. Cette acceptation pourrait permettre

d’expliquer le paradoxe entre d’une part la confiance dans la gestion des risques menée par les

autorités locales, et d’autre part l’incertitude quant à l’avenir qui est malgré tout bien présente.

L’Homme peut faire ce qu’il peut pour tenter de s’adapter aux risques côtiers, il ne pourra pas

faire face à la nature indéfiniment.

2. Le statut résidentiel déterminant les représentations sociales des risques


côtiers
Un autre objectif était d’identifier les influences sociales dans la constitution de ces

représentations sociales en termes de statut résidentiel et d’identité de lieu. S’agissant des

résidents principaux, la densité des thématiques abordées, leur caractère aussi bien pratique

qu’évaluatif, ainsi que la structure du discours organisé explicitement autour de la mer, des

risques et de leur gestion témoignent d’une représentation des risques côtiers bien définie, qui

bien qu’associée à d’autres phénomènes, a son existence propre et qui détermine le rapport des

individus à l’environnement physique et social. Concernant les résidents secondaires, les

risques côtiers semblent plutôt dilués dans un ensemble plus large de phénomènes évolutifs

notamment liés au changement climatique et à la dégradation de l’environnement. L’adaptation

au risque y est envisagée de façon plus restrictive et avec une moindre considération du

contexte historique et des rapports sociaux dans lequel elle s’insère. Mais bien que les

représentations des risques côtiers ne soient pas les mêmes selon le statut résidentiel, celui-ci

ne semble pas constituer un facteur identitaire chez les habitants. Les seules références dans le

discours à cette distinction entre résidence principale et secondaire résident dans l’observation

factuelle de la variation du dynamisme du littoral selon la saison, et dans le renouvellement de

la population qui se traduit notamment par le passage d’une résidence secondaire à principale

au moment de la retraite. Les résidents secondaires de ce territoire sont en effet très intégrés à

la population, car ils y passent une grande partie de l’année, sont investis dans la communauté

locale, et choisissent ce lieu de résidence secondaire souvent en raison d’une histoire

92
personnelle associée à ce lieu, des phénomènes déjà observés dans la littérature (Hellequin et

al., 2013). Urbain (2002) parle à ce propos de « bi-résidences » pour désigner ces forts

attachement et investissement des résidents secondaires vis-à-vis de leur second lieu de vie.

Cependant, une distinction est formulée par les résidents principaux entre les « maraîchins »

(habitant du marais) et les habitants du bord de mer. De plus, le territoire du marais est

considéré à la fois comme vulnérable mais aussi comme une ressource pour l’adaptation au

risque de submersion grâce à la gestion hydraulique de ses habitants. La façon dont le lieu de

vie (littoral / arrière-pays) détermine l’adaptation aux risques côtiers pourrait donc être

approfondie dans de futurs travaux.

3. La dimension temporelle dans les représentations des risques côtiers


Enfin, le troisième objectif de l’étude était d’explorer comment la dimension temporelle

s’inscrit dans les représentations des risques côtiers. On observe tout d’abord une forte mise en

cohérence du passé, du présent et du futur, en s’appuyant sur les expériences et observations

passées pour analyser les risques actuels, à venir et les enjeux. Cela peut expliquer la

représentation plus pauvre des résidents secondaires qui ont une expérience moindre, et en

particulier s’agissant du risque de submersion puisque ces habitants sont généralement absents

l’hiver (Hellequin et al., 2013). Des références historiques au passé plus lointain sont également

utilisées, surtout par les résidents principaux pour comprendre les risques côtiers mais

également l’impact de l’Homme sur ceux-ci. C’est d’ailleurs sur la base de ces connaissances

que les habitants conçoivent le caractère cyclique des risques côtiers, et que naît l’acceptation

du risque par certains habitants, évoquée plus haut. Cette mémoire collective mêlée aux

expériences personnelles peut nourrir une culture du risque (Baggio & Rouquette, 2006) chez

les résidents principaux, dont ne bénéficient pas forcément les résidents secondaires, ayant

moins accès à cette mémoire collective. Cette culture du risque pourrait d’ailleurs réduire

l’inquiétude des résidents principaux, ce que corrobore le sentiment de protection qu’évoquent

93
certains résidents principaux. Le futur est donc perçu de façon plutôt positive chez ces habitants

mais ne semble pas pour autant aisé à se représenter. Pour les deux groupes, l’incertitude relève

à la fois de l’évolution des risques et du pas de temps auquel appliquer des mesures

d’adaptation. Ce dernier point est d’ailleurs l’objet de divergence entre les habitants quel que

soit leur statut résidentiel : certains voient une forme d’urgence à agir d’une manière ou d’une

autre, d’autres au contraire privilégient l’observation et l’attente pour n’agir que

ponctuellement. La capacité à considérer le futur déterminant l’adaptation aux risques

(Demarque, 2011), il semble donc essentiel de favoriser la projection future des habitants du

littoral.

4. Limites de l’étude
L’ensemble de ces observations fait cependant face à certaines limites. Certaines sont

inhérentes à la méthode qualitative et donc à la subjectivité de l’interprétation du discours et

des résultats des analyses lexicales. De plus, l’utilisation d’un guide d’entretien semi-directif,

bien que garantissant mieux d’accéder aux dimensions visées, oriente également le discours,

ce qui est problématique lorsqu’il s’agit d’étudier les représentations sociales. D’autres limites

relèvent de l’échantillonnage : le groupe constitué de résidents secondaires ne comporte que

six entretiens, ce qui d’une part est difficilement représentatif de l’ensemble du groupe source,

et d’autre part augmente le risque que certaines classes ou thématiques soient associées

uniquement à un entretien. De plus, certaines variables sont confondues telles que le rôle dans

la communauté (habitant, acteur économique, anciens élus, acteur associatif) qui pourrait avoir

un impact sur la façon de se représenter le littoral. Certaines catégories étant trop peu

représentées, il n’a pas été permis de les tester ici.

IV. CONCLUSION
L’approche des représentations sociales a permis au cours de cette étude d’appréhender le

rapport des habitants aux risques, tout en se focalisant notamment sur leur dimension

94
fonctionnelle. Cette dimension est ici plutôt solide mais essentiellement axée sur les pratiques

à l’échelle publique. Comme souvent à l’égard de risques côtiers (Navarro, 2016), la capacité

d’action individuelle perçue reste faible. Cependant, les résidents principaux font preuve d’une

plus grande implication personnelle et d’une vision plus collective de l’adaptation dont

pourraient se saisir les autorités. Les résidents secondaires sont moins vulnérables aux risques

côtiers puisqu’ils ne sont pas directement exposés aux phénomènes météorologiques l’hiver, et

que le bien immobilier exposé n’est pas le seul dont ils soient propriétaires. Mais leur plus

faible implication peut rendre leur capacité d’adaptation moins effective. Ces résidents

constituant une part très importante de la population totale sur une période de l’année, il serait

donc judicieux de développer une culture du risque (c’est-à-dire « la prise de conscience, et

l’ensemble des connaissances permettant aux acteurs et aux citoyens d’anticiper les impacts

d’une situation et d’adopter des comportements adaptés en cas de catastrophe » (Courant et al.,

2021, p. 12) chez ces habitants en s’appuyant sur leur désir de s’investir dans l’adaptation du

territoire aux diverses menaces.

Enfin, la dimension temporelle des risques côtiers offre certaines pistes de réflexion sur les

capacités d’adaptation de la population. Le fait que de nombreux habitants acceptent le

caractère dynamique et cyclique du littoral et donc le fait que la mer puisse reprendre les terres

que l’Homme a conquises offre une perspective positive à d’éventuelles stratégies de recul

mises en place sur ces territoires (Rulleau et al., 2015). Enfin, malgré des difficultés à concevoir

l’avenir, l’implication et la culture du risque des résidents principaux semblent atténuer

l’inquiétude à l’égard de l’avenir. Néanmoins, la faible considération pour l’adaptation

individuelle dans les deux groupes de participants suggère qu’il est nécessaire de développer

leur capacité de projection future, qui est démontrée comme favorisant les comportements

adaptatifs (Demarque, 2011). Du point de vue des représentations sociales, les risques côtiers

en tant qu’objet de pensée sociale, renvoient à une série de croyances concernant l’adaptation

95
et le devenir du territoire qui sont spécifiques au type d’habitant. Ces croyances réfèrent aux

risques côtiers comme un tout, qui au travers de leur dynamique particulière intègrent une

dimension temporelle forte. Ces croyances sont ainsi dépendantes à l’expérience du risque mais

aussi au rapport que les individus ont avec l’objet et déterminé par leur appartenance aux

catégories sociales d’habitants. Cette étude montre l’intérêt de considérer la dimension

temporelle du rapport au risque ainsi que le type d’habitant pour qui les enjeux ne sont pas

nécessairement les mêmes.

96
Etude 2 - Communiquer le risque d’érosion : effets de la
communication par cartographie sur la perception du risque et
l’affect

Avant-propos de l’article scientifique (soumis à publication)

La première étude de cette thèse montre une difficulté d’appropriation de l’adaptation aux

risques côtiers de la part des habitants, qui se traduit par une faible efficacité personnelle perçue

ainsi qu’une externalisation de la gestion des risques côtiers vers les experts et l’Etat. En effet,

ces habitants évoquent très peu les mesures d’adaptation individuelle. L’étude montre

également un fort sentiment d’incertitude chez les habitants au regard de l’évolution future des

risques côtiers, et de la nécessité d’adaptation face à ceux-ci. La perspective temporelle future

favorisant l’adoption de comportement adaptatifs (Arnocky et al., 2014; Demarque, 2011,

2022), on peut supposer que faciliter la projection future des citoyens les aide à s’approprier

l’adaptation face aux risques côtiers. En effet, Demarque (2011) a pu mettre en évidence le rôle

médiateur de la perception du risque entre la perspective temporelle future et l’adoption de

comportements éco-citoyens (constituant des comportements adaptatifs individuels face au

changement climatique). D’autres travaux montrent également que la perception du risque est

un préalable à l’adaptation (Botzen et al., 2009 ; Lin et al., 2008). Encourager la capacité de

projection future des citoyens constituerait donc un moyen de favoriser leur perception du

risque, et par conséquent leur adaptation. Cette étude vise donc à déterminer si communiquer

sur la dynamique temporelle du risque peut influencer sa perception. De nombreuses études

s’appuyant notamment sur le concept d’heuristique d’affect montrent également le rôle

important des processus affectifs dans la perception du risque (Finucane et al., 2000; Finucane

& Holup, 2006). Le deuxième objectif est donc de déterminer comment perception du risque

et affects évoluent conjointement face à la communication du risque relative à sa dynamique

97
temporelle. Plus concrètement, un protocole expérimental permet ici d’évaluer dans quelle

mesure l’observation de cartes représentant la dynamique du risque d’érosion côtière fait

évoluer la perception du risque et les affects chez des individus non-experts de la gestion du

risque d’érosion. L’ensemble des participants observe donc quatre cartes de risque, et la

perception du risque ainsi que les affects sont mesurés et comparés avant et après l’observation.

Pour avoir les effets escomptés, la communication du risque doit permettre à la population

ciblée de comprendre et d’interpréter correctement le message. Un troisième objectif est donc

de déterminer plus précisément les caractéristiques cartographiques favorisant la

compréhension et l’interprétation du message relayé par différents types de cartes de risque.

Pour ce faire, des mesures oculométriques permettent d’identifier objectivement et précisément

la façon dont les individus observent et lisent chaque carte. Afin de permettre l’interprétation

de ces mesures implicites, un court questionnaire d’évaluation de la carte est proposé à l’issue

de l’observation de chaque carte, et un entretien semi-directif est mené en fin de protocole pour

approfondir certains aspects.

98
I. INTRODUCTION
La communication du risque est un outil essentiel à l’adaptation des citoyens aux

risques environnementaux. Elle permet non seulement de leur apporter de la connaissance,

mais aussi de façon plus implicite d’influencer leur évaluation du risque, et leur prise de

décision et comportements. Une des méthodes parfois utilisée pour communiquer les risques

environnementaux est la cartographie, sa forte composante spatio-temporelle en faisant un

excellent support (Dransch et al., 2010). Elle peut répondre à différentes finalités, que Givone

(1998) résume ainsi : l'information, la formation et la documentation, la réglementation et les

recommandations et/ou la prescription. La communication par carte dans le cadre de la

prévention des risques a déjà été étudiée concernant le risque d’inondation (e.g. Fuchs et al.,

2009), ou les risques sanitaires (e.g. Mills & Curtis, 2008) mais aucune étude à notre

connaissance ne l’a étudiée concernant le risque d’érosion côtière. Cette étude vise à

comprendre comment la représentation du risque d’érosion côtière par carte peut influencer la

perception du risque et l’affect de citoyens profanes, en s’attardant sur les caractéristiques

cartographiques favorisant la transmission du message véhiculé par la carte grâce à

l’oculométrie.

1. Processus psychologiques impliqués dans la perception du risque


Les premiers travaux sur la perception du risque ont tenté de la modéliser par des

raisonnements rationnels (Fleury-Bahi, 2010), mais la psychologie a permis d’apprécier le rôles

de processus aussi bien cognitifs (Tversky & Kahneman, 1982) (Slovic, 1987), qu’affectifs

(Finucane et al., 2000; Slovic et al., 1991, 2004). D’un point de vue cognitif, des heuristiques

permettent d’élaborer un jugement sur le risque sans démarche analytique, le rendant simple et

rapide à effectuer (Tversky & Kahneman, 1982), mais aussi parfois source de biais (ex :

l’optimisme comparatif développé par (Weinstein, 1980). D’autres modèles intègrent

également des valeurs sociales, tels que celui du paradigme psychométrique (Fischhoff et al.,

99
1978) proposant trois facteurs influençant la perception du risque : son caractère redoutable,

son caractère familier ou inconnu, et le nombre de personnes exposées (Slovic, 1987). A partir

de ce paradigme, Slovic (2016) a pu mettre en évidence la différence de perception entre

experts et citoyens profanes, ces derniers adoptant plutôt un « jugement intuitif du risque ».

L’évaluation du risque naîtrait ainsi de la combinaison de ces deux concepts, et elle doit être

étudiée à travers plusieurs dimensions, à la fois sociales, affectives et cognitives (Navarro-

Carrascal & Michel-Guillou, 2014).

D’autre part, Slovic et ses collaborateurs (Finucane et al., 2000; Slovic et al., 1991,

2004) proposent le concept d’heuristique d’affect : les réactions affectives associées au risque

constituent un raccourci mental de traitement de l’information. A partir de ces développements

naît l’hypothèse d’un processus double du traitement de l’information avec deux systèmes

parallèles interdépendants (Finucane & Holup, 2006; Van Der Linden, 2014) : un processus de

traitement cognitif analytique et un processus de traitement affectif. Le premier, aussi appelé

« risk as analysis » (Chauvin, 2014) consiste en un traitement intentionnel basé sur la logique

formelle, et est lent et coûteux. Le deuxième est le mode « risk as feelings » (Loewenstein et

al., 2001) et propose un traitement heuristique reposant sur l’affect, automatique et donc plus

rapide : les objets ou événements sont représentés dans l’esprit par des images auxquelles sont

associées des sensations positives ou négatives qui facilitent ensuite et accélèrent le jugement

d’un risque (Chauvin, 2014). Ces dernières années, de nombreuses études ont pu détailler

l’impact des réponses affectives sur la perception des risques environnementaux, notamment

pour le risque d’inondation (Kwon et al., 2019; Lebel et al., 2018). Dans le cadre de la

communication du risque, l’impact de l’affect sur la perception du risque et les comportements

a beaucoup été employé au travers de l’appel à la peur, visant à influencer les décisions des

individus par des messages effrayants relatifs à différents types de risques (sanitaires, naturels,

technologiques...). Or l’appel à la peur n’est pas systématiquement efficace et peut même être

100
contre-productif. La peur peut être source de comportement adapté à condition que le message

augmente le sentiment d’efficacité face au risque (Blondé & Girandola, 2016). Ainsi, la

communication du risque se doit de considérer aussi bien l’affect que la perception du risque

pour intervenir de façon efficace (Van Der Linden, 2014).

2. Communication du risque par représentation cartographique


Un outil de communication courant relatif aux risques environnementaux est la

représentation cartographique. Celle-ci, lorsqu’elle est bien construite, bénéficie de ce que

Dransch et ses collaborateurs (2010) appellent vividness, « l’éclat » de la présentation de

l’information, car l’information y est concrète et facile à extraire notamment grâce aux

couleurs, symboles, ce qui facilite la représentation mentale et la mémorisation. Ce faisant, ces

représentations mentales du risque étant associées aux émotions anticipatoires, la vividness

influence également les réactions émotionnelles associées à l’information présentée

(Loewenstein et al., 2001). Ce phénomène serait particulièrement vrai pour les populations

profanes ce qui est donc utile dans le cadre de la communication aux citoyens (Dransch et al.,

2010). La saillance visuelle des éléments de cartographie, c’est à dire leur qualité à être

facilement et rapidement repérés, permet d’extraire facilement l’information et d’expliciter

clairement le message (Fabrikant et al., 2010). Il existe différentes typologies de carte variant

selon la complexité de l’information géographique transmise et à quel public elles sont

adressées (Quodverte, 1997). Elles peuvent notamment varier selon leur niveau d’abstraction,

c’est-à-dire la « simplification de la perception du monde réel » (Hoarau, 2015, p.63), laquelle

est constituée de trois composantes : l’abstraction sémantique (choix des éléments représentés),

l’abstraction géographique (simplification de la représentation visuelle ou niveau de détails),

et enfin l’abstraction graphique (construction de la légende, relations signes-sens). On peut

ainsi classer les cartes selon différentes typologies. Celle de Quodverte (1997) comprend 3

types de carte : les cartes d’analyse, qui ne présentent qu’un thème, les cartes de corrélations,

101
plus complexes et présentant plusieurs thèmes, et les cartes de synthèses, qui combinent

plusieurs thèmes selon des procédures d’analyse spatiale. Ainsi, les possibilités de

représentation de l’information sont variées mais comment sont-elles reçues pas le public ?

Fischhoff et ses collaborateurs (1978), dans leur développement du paradigme psychométrique,

évoquaient déjà l’importance d’adapter la communication au public étant donné la variation de

la perception d’un risque selon le niveau d’expertise, voire d’autres caractéristiques

sociodémographiques. Les études sur la communication des risques par cartes portent la plupart

du temps sur une communication destinée aux experts et scientifiques, et rarement à la

population exposée (Mills & Curtis, 2008). D’autre part, bien que certaines études comparent

la perception selon le niveau d’expertise, et que l’efficience des cartes ait été étudiée par

oculométrie (Fuchs et al., 2009; Spachinger et al., 2008), cela n’a été fait la plupart du temps

qu’au regard des besoins de l’usager et des patterns de lecture et rarement à travers la perception

et la compréhension du risque (Humair-Charriere, 2018). La question se pose donc de savoir

comment la communication par représentations cartographiques du risque auprès de citoyens

influence la perception du risque et les réactions affectives.

3. Attention visuelle et communication par carte


La communication par cartographie repose sur l’attention visuelle, c’est à dire «

l’ensemble des mécanismes qui permettent de sélectionner une partie de l’information visuelle

dans le but de la traiter en priorité et d’orienter correctement son comportement » (Ibos, 2009,

p.16). On distingue notamment le processus attentionnel bottom-up, influencé par des facteurs

exogènes, et le processus top-down, régi par des facteurs endogènes. Le premier relève de la

saillance visuelle des éléments, c’est-à-dire leur faculté à être perçus parmi les autres éléments

en captant directement l’attention, et est favorisé par l’absence de consigne ou de but,

d’expertise. De nombreuses études ont travaillé à énumérer les caractéristiques rendant un

élément saillant visuellement (Borji & Itti, 2013) telles que la taille (Francolini & Egeth,

102
1980), la couleur (Lohse, 1997), la localisation (Chandon et al., 2009), l’orientation (Wolfe,

1994; Wolfe & Horowitz, 2004). Ces études s’apparentent à ce que Henderson (2020) appelle

les Feature Integration Theory, c'est-à-dire l’étude des facteurs exogènes, propres à la scène

ou à l’objet, qui influencent l’attention. Il s’agit donc d’un processus bottom-up, automatique,

rapide et involontaire (Borji & Itti, 2013). Ce type de processus est plus étudié car plus facile

à observer et mesurer. Le deuxième processus de l’attention visuelle est de type top-down,

dépendant de facteurs endogènes. Une étude pionnière de Loftus & Mackworth (1978) met en

évidence son rôle prépondérant : la sémantique de l’objet prévaut sur sa saillance visuelle car

c’est d’abord la non-congruence d’un objet avec le contexte de la scène ou « gist » qui attire le

regard, et non pas la saillance visuelle. Cependant, les résultats restent divergents quant à

l’influence de la non-congruence sur la saillance visuelle (Brockmole & Henderson, 2008;

Graef, 1998; Underwood & Foulsham, 2006). Ce paradigme donne néanmoins naissance aux

cognitive-guidance models, d’après lesquels l’attention est guidée par des facteurs propres à la

personne et au sens, reposant sur « des représentations cognitives qui sont activées ou

récupérées par les systèmes d’identification, de mémoire et sémantiques de données physiques

de la scène, ainsi que de l’état antérieur et général du système cognitif » (Henderson, 2020,

p.98). Trois facteurs endogènes essentiels impactent donc l’orientation du regard : le contexte

ou « gist », l’objectif ou la tâche (Hayhoe & Ballard, 2005), ainsi que la mémoire, aussi bien

sémantique qu’épisodique (Henderson et al., 2009). L’attention est donc ici volontairement

dirigée vers certaines zones (Boloix, 2007). Il est admis aujourd’hui que les orientations

bottom-up et top-down peuvent être toutes deux sollicitées sur une même tâche (Itti & Koch,

2001) : les processus top-down peuvent être menés volontairement et donc être sollicités, ou

inhibés et donc supplantés par des processus bottom-up (Muller & Rabbitt, 1989). Cela se

vérifie au niveau neuronal puisque deux réseaux différents sont activés par ces deux types

d’orientation : un réseau dorsal pour l’orientation endogène, et un réseau ventral pour

103
l’orientation exogène (Ibos, 2009). Il faut cependant distinguer le type de stimulus visuel

observé par un individu car les processus et patterns d’observation peuvent être différents.

L’attention visuelle est souvent abordée dans les études par des supports de « scènes

visuelles », ou images « naturelles », c'est-à-dire des « scènes visuelles telles qu’un œil humain

rencontre habituellement » (Jégou & Deblonde, 2012, p.20). Mais peu d’études, à notre

connaissance, interrogent les processus d’attention visuelle dans la lecture de cartes. La

question se pose donc de savoir comment les caractéristiques des cartographies de risque

guident l’attention visuelle et influencent leur observation et leur interprétation.

L’oculométrie est idéale pour étudier l’attention visuelle car elle permet de relever avec

précision les mouvements oculaires et les points de fixation successifs du regard d’un individu.

La pupille est détectée et suivie grâce à un algorithme permettant de mettre ces informations

en correspondance avec l’image que l’individu observe, et donc de déterminer avec précision

où son regard se dirige. Elle permet donc de mesurer implicitement, objectivement et avec

précision la façon dont les individus observent un stimulus visuel, en rendant compte du

nombre de fixations et de leur durée sur différentes zones. Les caractéristiques des fixations

(localisation, durée) peuvent informer sur l’allocation de ressources attentionnelles et/ou la

difficulté d’analyse du stimulus (Eckstein et al., 2017). Plus précisément, les fixations

correspondent à des intervalles de temps durant lesquelles le regard reste sur une zone très

réduite, entre 0,7 et 1,3° (Blignaut, 2009), car celui-ci n’est jamais totalement fixe, mais fait

l’objet de nystagmus, glissements et microsaccades, c’est-à-dire de légers mouvements

oculaires lors de toute fixation (van Gompel et al., 2007; Krauzlis et al., 2017; Rayner, 1998).

L’intervalle de temps des fixations dépend quant à lui de la tâche effectuée (fixations plus

longues en observation de scène qu’en lecture par exemple (Rayner, 1998, 2009) et varie selon

les études. Il est en moyenne de 180 à 330 millisecondes selon le type de tâche (Rayner, 2009)

mais étant donnée la très grande variabilité interindividuelle, le temps de fixation peut parfois

104
dépasser les 600 ms, ou même ne durer que 100 ms, comme l’ont démontré Manor et Gordon

(2003).

II. OBJECTIFS ET HYPOTHÈSES


L’effet de la communication sur le risque est difficile à évaluer, puisque l’objectif, en

général, comporte différentes dimensions impliquant des changements au niveau des

connaissances, des attitudes, et du comportement (Neresini & Pelllegrini, 2008). Cette étude

vise donc deux objectifs.

Le premier consiste à déterminer les effets de la communication par carte sur la perception

du risque et l’affect. Étant donné la vividness de la communication du risque par carte,

notamment chez le public profane (Weidenmann, 1988, cité par Dransch et al., 2010), nous

émettons l’hypothèse que l’observation par les citoyens non-experts de cartes de risque

d’érosion côtière favorise la perception du risque (H1a). A partir des travaux sur l’heuristique

d’affect (Finucane et al., 2000), nous émettons également l’hypothèse qu’après observation des

cartes de risque, la perception du risque est positivement corrélée aux affects négatifs (H1b) et

négativement corrélée aux affects positifs (H1c). Nous émettons donc également l’hypothèse

que cette observation engendre des réactions affectives en augmentant les affects négatifs (H2)

et en diminuant les affects positifs (H3).

Le second objectif consiste à déterminer l’influence des caractéristiques cartographiques

sur l’observation et l’interprétation du message véhiculé. Les facteurs exogènes influencent

l’attention visuelle par des processus bottom-up (Borji & Itti, 2013), et notamment les couleurs

(Lohse, 1997). Nous émettons donc l’hypothèse que les couleurs des cartes influencent la

répartition du regard sur celles-ci (H4), ainsi que la transmission du message véhiculé par la

carte (H4bis). Toujours sur la base des processus bottom-up, nous émettons également

l’hypothèse que la nature du fond de carte influence la répartition du regard (H5), ainsi que la

105
transmission du message véhiculé (H5bis). Ensuite, les processus top-down de l’attention

visuelle sont influencés par les facteurs endogènes (sens du stimulus, informativité...)

(Henderson, 2020). Les cartes de risques pouvant être construites selon différents degrés

d’abstraction (Quodverte, 1997), nous émettons l’hypothèse que le niveau d’abstraction des

cartes influence la répartition du regard sur celles-ci (H6), ainsi que la transmission du message

véhiculé (H6bis). Le cartouche régalien représentant l’État comme auteur de la carte illustre la

confiance pouvant être accordée à l’information, par exemple via un biais d’autorité.

Également sur la base des processus top-down, nous émettons donc l’hypothèse que la présence

d’un cartouche régalien sur la carte de risque influence la répartition du regard (H7), ainsi que

la transmission du message véhiculé (H7bis).

III. METHODOLOGIE
1. Participants
Afin de répondre à ces deux objectifs, un échantillon par convenance de 50 citoyens a

été constitué pour cette expérimentation, dont 31 femmes et 19 hommes, de 21 à 89 ans (m =

50.1, SD = 18.2). Les participants résident dans des communes littorales autres que celle

représentée sur les cartes de risque. Aucun participant n’est personnellement exposé au risque

d’érosion. 32 personnes connaissaient la commune représentée sur les cartes. Ils ont été

sollicités par affichage dans ces différentes communes, par la newsletter de certaines mairies,

ou par contact direct avec le public. Tous les participants ont une vue normale ou corrigée par

des dispositifs adaptés. Il a préalablement été demandé aux participants de porter lorsque c’était

possible des lentilles de contact afin d’éviter les reflets, et de ne pas porter de maquillage

sombre autour des yeux afin de ne pas perturber le captage de la pupille par l’appareil

d’oculométrie.

106
2. Procédure
Lors de l’expérimentation, chaque participant était tout d’abord invité à lire une

présentation de l’étude et à remplir un formulaire de consentement éclairé quant à sa

participation à cette étude et l’utilisation des données recueillis pendant la passation. Le

participant devait répondre à un premier questionnaire en ligne relatif à ses caractéristiques

sociodémographiques, et comportant également une échelle de perception du risque et une

échelle mesurant l’affect. Une fois le questionnaire terminé, des définitions étaient présentées

à l’écran afin de s’assurer que tous les participants aient bien un même niveau minimum de

connaissances sur le sujet (l’érosion côtière) pour comprendre l’ensemble des cartes. Cela

permet aussi de contrôler que le participant est bien en mesure de lire et voir clairement ce qui

est affiché à l’écran. Ensuite, la calibration des lunettes d’oculométrie a été effectuée par la

procédure standard du logiciel, à savoir l’apparition de cinq cibles successives en différents

points de l’écran. Il était donc demandé au participant de trouver une position confortable dans

laquelle il puisse rester parfaitement immobile. Lorsque le taux d’erreur était trop élevé

(>20%), la procédure a été réitérée autant de fois que nécessaire jusqu’à obtention d’un taux

satisfaisant. Une fois la calibration effectuée, une première carte était affichée, représentant le

risque d’érosion côtière sur une partie de la commune de Saint-Hilaire-de-Riez (France). Le

participant avait pour seule consigne d’observer cette carte pendant deux minutes. Cette

procédure a été réitérée trois fois pour que le participant ait observé quatre cartes au total. A la

suite de chaque observation, il lui était demandé de répondre à un bref questionnaire sur la

tablette tactile par lequel il devait évaluer la carte qui venait de lui être présentée, selon

différentes caractéristiques détaillées plus loin. Une fois toutes les cartes observées, la personne

répondait à un dernier questionnaire reprenant les échelles du premier questionnaire en version

intégrale. L’expérimentation se terminait par un entretien semi-directif enregistré avec l’accord

du participant, au cours duquel sont interrogés les défauts et qualités de la carte, la sémantique

107
de la carte et la saillance des éléments, mais également la compréhension et l’interprétation du

message transmis.

3. Outils
L’attention visuelle est mesurée grâce à un outil d’oculométrie. Les lunettes d’eye-tracking

Pupil Core développées par Pupil Labs© comportent une caméra filmant l’œil à une fréquence

de 120Hz. Les données oculométriques relatives aux fixations sont recueillies par le logiciel

Pupil Capture, et extraites par le logiciel Pupil Player. L’attention visuelle est plus

classiquement opérationnalisée à partir du nombre de fixations et du temps moyen de fixation.

Afin de pouvoir calculer la répartition du regard sur les différentes cartes, des zones d’intérêt

(ZI) ont été définies et sont identiques d’une carte à l’autre. Elles sont au nombre de trois

(Figure 5). La ZI « Légende » enveloppe l’ensemble de la légende de chacune des cartes. La

ZI « Ouvrage » comprend les différentes zones d’enjeu fort de la carte dans lesquelles se situent

un ouvrage de protection face à l’érosion côtière, puisque ces zones comportent la plupart du

temps du bâti et sont exposées à l’érosion côtière. La ZI « Sans Ouvrage » comprend

l’ensemble des autres zones représentées sur la carte constituant des enjeux moindres : il n’y a

pas d’ouvrage de protection, peu ou pas de bâti et/ou une moindre exposition à l’érosion. Pour

chacune de ces ZI, les variables suivantes ont été mesurées : la densité de fixations, c’est-à-dire

le nombre de fixations de chaque participant sur toute la durée de l’observation de la carte,

divisé par la surface totale de la ZI, et le temps moyen de fixation, c’est à dire la durée moyenne

de l’ensemble des fixations posées sur la ZI par chaque participant sur toute la durée de

l’observation. Pour calculer le nombre de fixations (et donc ensuite leur densité), le seuil de

dispersion des fixations a été fixé ici à 1.3°. La moyenne d’âge relativement élevée et un

nombre important de participants portant des lunettes justifient le fait de choisir un seuil de

dispersion relativement haut car ces deux facteurs peuvent être source de « tremblements » du

regard (Blignaut, 2009), et donc « éparpiller » une fixation unique dans un espace un peu plus

108
grand. Les cartes mêlant observation et lecture (dont on sait que les fixations sont très courtes

en raison du balayage des mots par le regard), un seuil minimum d’identification de la fixation

d’une durée de 100 millisecondes a été choisi.

Figure 5: découpage des Zones d'Intérêt (ZI) communes à chaque carte

4. Matériel et opérationnalisation des variables


a. Cartographies
Un total de sept cartes a été testé au cours de cette expérimentation (Figure 6). Chaque

participant a observé quatre cartes représentant l’érosion côtière d’une même commune, mais

ces quatre cartes n’étaient pas toutes les mêmes selon les participants, exceptée la carte

contrôle. Celle-ci, présentée à tous, est la carte officielle utilisée par l’État pour communiquer

le risque d’érosion à la population. Cette carte officielle issue du PPRL (Plan de Prévention des

Risques Littoraux) est une carte d’analyse, aux couleurs rouges et bleues et comporte le

cartouche régalien de l’Etat. Les trois autres cartes observées par le participant représentaient
109
également l’érosion de la même commune mais sous différentes formes, permettant de tester

les différentes hypothèses grâce à plusieurs variables indépendantes (VI) :

• H7 et H7bis – effet du cartouche régalien (VI intra-individuelle) : la moitié des

participants (groupe 1) a vu une version sans cartouche de la carte contrôle ;

• H4 et H4 bis – effet des couleurs (VI intra-individuelle) : l’autre moitié des participants

(groupe 2) a quant à elle vu une version aux couleurs modifiées (marron et vert) de la

carte contrôle ;

• H6 et H6bis – effet du niveau d’abstraction (VI intra-individuelle) : tous les participants

ont vu trois niveaux d’abstraction de carte différents à savoir une carte d’analyse (carte

contrôle), une carte de corrélation, et une carte de synthèse ;

• H5 et H5 bis – effet du fond de carte (cartes de corrélation) (VI interindividuelle) : pour

la moitié des participants (groupe 1), la carte de corrélation observée avait un fond basé

sur un plan parcellaire (peu détaillé, représentation du bâti uniquement), tandis que

l’autre moitié des participants (groupe 2) a observé une carte de corrélation avec un

fond basé sur une orthophotographie (très détaillé, représentation du bâti, des espaces

naturels etc.) ;

• H5 et H5 bis – effet du fond de carte (cartes de synthèse) (VI interindividuelle) : pour

la moitié des participants (groupe 1), la carte de synthèse observée avait un fond basé

sur un plan parcellaire (groupe 1), tandis que pour l’autre moitié (groupe 2) la carte de

synthèse avait un fond basé sur une orthophotographie.

110
Figure 6: Jeu de sept cartes de l'étude

b. Mesures
Deux variables dépendantes (VD) ont été mesurées avant et après l’observation de

l’ensemble des cartes de risque (H1, H2, H3) au moyen d’échelles validées

psychométriquement : la perception du risque d’érosion et l’affect, tous deux déclinés en quatre

scores selon leurs quatre dimensions respectives. La perception du risque a été mesurée par la

Coastal Flooding Risk Perception (CFRP) (Lemée et al., 2018), adaptée ici pour le risque

d’érosion. Elle comprend 14 items évaluant quatre dimensions : la peur, la vulnérabilité

collective, l’augmentation du risque, la méconnaissance du risque. Pour chaque item, les

111
participants devaient répondre dans quelle mesure ils étaient en accord avec l’affirmation sur

une échelle en cinq points. La deuxième échelle, la Mesure de l’Affectivité Valence/Activation

(MAVA) (Congard et al., 2011) permet d’évaluer l’expérience affective en tenant compte des

deux dimensions classiques de l’affect : la valence (plaisir/déplaisir) et l’activation (arousal).

Cette échelle comprend donc 16 items évaluant quatre dimensions composées chacune de

quatre affects : les Affects Positifs à Fort Niveau d’Activation (APFONA), les Affects Positifs

à Faible Activation (APFANA), les Affects Négatifs à Forte Activation (ANFONA), et les

Affects Négatifs à Faible Activation (ANFANA). Pour chaque item, le participant devait

exprimer dans quelle mesure il ressentait chacune des affects cités (un par item) sur une échelle

en 11 points. Pour alléger le protocole expérimental, une version réduite de ces échelles a été

proposée avant l’observation des cartes (un item par dimension). Les scores de chaque

dimension des deux échelles après l’observation ont donc été divisés par le nombre d’items

pour que les scores pré- et post-observation soient comparables.

Une autre VD a donc été mesurée à l’issue de chaque observation de carte afin de

faciliter l’interprétation des données oculométriques : la qualité de transmission du message

véhiculé par la carte. Cette variable a été mesurée au moyen de sept questions évaluant les

caractéristiques de la carte sur une échelle de 0 à 10 : « Cette carte exprime bien le risque »,

« Cette carte est lisible », « Cette carte est difficile à comprendre », « Cette carte donne envie

de se renseigner plus avant », « Le message de cette carte est facile à retenir », « Cette carte

est anxiogène », « Cette carte est rassurante ». Le protocole a également été complété par un

entretien semi-directif portant sur l’interprétation des cartes.

c. Analyses statistiques
Afin de répondre aux hypothèses H1 pour la perception du risque, et H2 et H3 pour les

affects (MAVA), un t de Student apparié a été appliqué au score total de perception du risque

(CFRP), ainsi qu’aux scores de chacune des dimensions des deux échelles avant et après

112
l’observation des quatre cartes pour chaque participant. Les données de trois participants sont

manquantes pour l’échelle MAVA, et d’un seul participant pour l’échelle CFRP. Lorsque la

distribution des données n’était pas normale pour certaines dimensions des deux variables, un

test de Wilcoxon a été appliqué à celles-ci. Pour répondre aux hypothèses H1b et H1c relatives

à la corrélation entre perception du risque et affect, les corrélations entre chaque dimension de

la perception du risque et chaque dimension affective sont calculées après l’observation des

cartes.

Le tableau 6 présente l’ensemble des tests de comparaisons de moyenne réalisés pour la

validation des hypothèses H4, H5, H6 et H7. Pour chacune, les deux VD (densité de fixations

et temps moyen de fixation) ont été comparées entre les ZI des différentes cartes : chaque ZI

est comparée à celle de/des autre(s) carte(s) opérationnalisant la VI, et ce pour les deux VD.

Certains participants n’ont pas été immobiles malgré la consigne, limitant donc le nombre de

mesures valides pour l’ensemble des cartes. En raison du faible nombre de données (inférieur

à 30) et de l’anormalité de la distribution des résidus standardisés de certaines données, des

tests non-paramétriques ont été appliqués. S’agissant de l’hypothèse H5, l’échantillon n’étant

pas équilibré n'a pas permis de comparer l’ensemble des cartes au fond parcellaire à l’ensemble

des cartes au fond en orthophotographie tout en contrôlant le niveau d’abstraction de la carte

(carte de corrélation ou carte de synthèse). Deux comparaisons ont donc été menées en

parallèle : une comparaison entre fond de carte pour les cartes de corrélation et une

comparaison entre fond de carte pour les cartes de synthèse. De la même manière, pour

l’hypothèse H6 relative au niveau d’abstraction, les comparaisons entre les cartes au fond

parcellaire ont été faites séparément des comparaisons entre les cartes au fond en

orthophotographie.

113
Tableau 6: Tests statistiques de comparaison de la répartition du regard sur les différentes
cartes
Hypothèse VI Comparaison Mesures Test statistique
H4 Couleurs de la carte 3 ZI x 2 cartes Répétées Test de Wilcoxon
H5 Fond de carte (cartes de 3 ZI x 2 cartes Indépendantes Test de Mann-Whitney
corrélation)
Fond de carte (cartes de 3 ZI x 2 cartes Indépendantes Test de Mann-Whitney
synthèse)
H6 Niveau d’abstraction 3 ZI x 3 cartes Répétées Test de Friedman (post-
(fond de carte parcellaire) hoc de Conover)
Niveau d’abstraction 3 ZI x 3 cartes Répétées Test de Friedman (post-
(fond de carte en hoc de Conover)
orthophotographie)
H7 Cartouche régalien 3 ZI x 2 cartes Répétées Test de Wilcoxon
Enfin, s’agissant des hypothèses relatives à la qualité de transmission du message des

différentes cartes (H4bis, h5bis, H6bis, H7bis), les scores de chaque question relative à la

qualité de transmission du message ont été comparés entre les différentes cartes relatives à

chacune des hypothèses, soit par un test de Wilcoxon pour les comparaisons intra-individuelles

(H4bis, H6bis, H7bis), soit par un test de Mann-Whitney pour les comparaisons inter-

individuelles (H5bis). S’agissant de l’hypothèse H6bis relative au niveau d’abstraction, afin

d’éviter les variables confondues, les deux groupes de comparaisons inter-cartes ont été menés

séparément : les comparaisons entre les cartes au fond parcellaire avec la carte contrôle, et les

comparaisons avec les cartes au fond en orthophotographie avec la carte contrôle.

IV. RÉSULTATS
1. Effets de la communication du risque par cartes sur la perception du
risque et les affects
a. Perception du risque
L’hypothèse H1 selon laquelle l’observation de cartes de risque d’érosion côtière

augmente la perception du risque est partiellement validée. On n’observe pas d’effet de

l’observation des cartes sur le score général de perception du risque. Cependant, la dimension

de méconnaissance du risque augmente significativement après observation des cartes

114
(m=1.78, SD=0.73) par rapport à avant (m=1.43, SD=1.22) (t(48)=-2.29, p<.05, d=-0.33). A

l’inverse, la dimension de peur du risque est supérieure avant l’observation des cartes (m=3.69,

SD=1.05) par rapport à après (m=2.84, SD=0.94)(t(48)=6.27, p<.001), avec une taille d’effet

élevée de 0.90.

b. Réactions affectives
Les hypothèses H2 et H3 relatives à l’augmentation des affects négatifs et à la diminution

des affects positifs suite à l’observation des cartes de risque est validée (Tableau 3). A partir

des scores du MAVA, on observe une diminution significative des affects positifs à fort niveau

d’activation avec une forte taille d’effet (t(46)=7.62, p<.001, d=1.111) après observation des

cartes (m=5.06, SD=1.55) par rapport à la phase pré-observation (m=6.68, SD=1.58). De

même, les affects positifs à faible niveau d’activation diminuent significativement entre la

mesure pré-observation (m=7.21, SD=1.73) et la mesure post-observation (m=6.46, SD=1.82)

(t(46)=3.43, p<.001, d=0.50). Les affects négatifs augmentent significativement entre la phase

pré-observation (m=2.43, SD=2.46) et la phase post-observation (m=3.00, SD=2.22)

(W=229.5, p<.01, d= -0.492). Il n’y a cependant pas de différence significative concernant les

affects négatifs à faible niveau d’activation.

c. Lien entre la perception du risque les réactions affectives


Les tests de corrélations (r de Pearson) entre les dimensions de la perception du risque et les

dimensions de l’échelle d’affect montre une corrélation significative positive entre les affects

négatifs à faible niveau d’activation et la méconnaissance du risque (r=.31, p<.05) et une

corrélation significative négative entre les affects négatifs à fort niveau d’activation et la

vulnérabilité collective (r=-.29, p<.05). Les autres corrélations ne sont pas significatives.

115
2. Influence des caractéristiques cartographiques sur leur observation et
interprétation
a. Effet des couleurs de la carte sur l’observation
Afin de répondre à l’hypothèse H4, la carte contrôle a été comparée à la carte aux couleurs

modifiées. On n’observe aucune différence d’observation pour la densité de fixations ou la

durée moyenne de fixation, quelque-soit la ZI.

L’hypothèse H4bis relative à la transmission du message selon les couleurs de la carte est

partiellement confirmée : la seule différence significative sur les sept items évaluant cette

variable, concerne la carte aux couleurs modifiées (m=2.33, SD=2.37) évaluée comme

significativement moins facile à retenir que la carte contrôle (m=3.17, SD=2.79) et ce avec une

taille d’effet plutôt élevée (W=77.50, p<.05, taille d’effet =0.70).

b. Effet du fond de carte sur l’observation


Afin de répondre à l’hypothèse H5, les cartes de corrélation au fond parcellaire et au fond

en orthophotographie ont été comparées entre elles, de même pour les cartes de synthèse.

Aucune différence n’est à noter dans la répartition du regard selon le fond de carte, qu’il

s’agisse des cartes de corrélation ou des cartes de synthèse, et ce pour les deux VD.

L’hypothèse H5bis relative à la transmission du message selon le fond de carte n’est pas

validée. Aucune différence sur les sept items n’est relevée entre les deux cartes de corrélation.

Une seule différence est à noter entre les deux cartes de synthèse : celle avec fond en

orthophotographie est significativement plus anxiogène que celle avec fond parcellaire

(W=151.500, p<.01) avec une taille d’effet de -0.474.

c. Effet du niveau d’abstraction sur l’observation des cartes


Afin de répondre à l’hypothèse H6, trois cartes au niveau d’abstraction différent ont été

comparées, mais en deux temps : d’un côté les cartes au fond parcellaire, de l’autre les cartes

au fond en orthophotographie. Les résultats des analyses sont présentés dans le Tableau 7.

116
S’agissant des cartes au fond parcellaire, on constate que la densité de fixation est moins

importante sur la légende de la carte contrôle que sur celle de la carte de synthèse, mais que

ces fixations sont en moyenne plus longues. On note également que la ZI « Ouvrage » de la

carte de contrôle est moins fixée (en termes de densité ou de durée) que celle des cartes de

corrélation et de synthèse. La ZI « Sans ouvrage » est fixée moins longuement sur la carte de

contrôle que sur les deux autres cartes. Enfin, la légende de la carte de corrélation fait l’objet

de fixations plus courtes que la légende des deux autres cartes.

S’agissant des cartes au fond en orthophotographie, on observe que les fixations sur la

légende de la carte de corrélation sont plus courtes que sur les deux autres cartes. La ZI

« Ouvrage » de la carte de synthèse fait l’objet d’une plus grande densité de fixations que celle

de la carte contrôle, tandis que la même ZI de la carte de corrélation fait l’objet de fixations

plus longues que sur la carte contrôle. On n’observe aucune différence entre les ZI « Sans

ouvrage ».

Tableau 7: Comparaison de la densité de fixation et de la durée moyenne de fixation par ZI


en fonction du niveau d'abstraction
Fond de carte parcellaire
Densité de fixation
ZI par carte Carte Carte de Carte de χ²F(2) Post-Hoc (Holm)
contrôle corrélation synthèse
ZI 104.40 136.71 154.33 10.30** Carte de contrôle < Carte de synthèse*
« Légende » (42.55) (86.60) (55.66) (d=-0.78)

ZI 91.90 261.18 305.40 5.20 Carte contrôle < Carte de corrélation*


« Ouvrage » (75.54) (296.72) (270.16) (d=-.72)
Carte contrôle < Carte de synthèse*
(d=-.91)
ZI « Sans 88.36 138.73 157.43 3.70 /
ouvrage » (62.71) (101.11) (133.04)

Temps de fixation (en Durée moyenne)


ZI 555.46 322.83 458.49 32.44** Carte contrôle > Carte de
« Légende » (140.79) (71.20) (103.24) * corrélation*** (d=2.14)

117
Carte contrôle > Carte de synthèse***
(d=0.89)
Carte de synthèse > Carte de
corrélation*** (d=-1.25)

ZI 775.73 1286.85 1270.56 8.44* Carte contrôle < Carte de corrélation**


« Ouvrage » (335.74) (564.41) (585.76) (d=-1.01)
Carte contrôle < Carte de synthèse**
(d=-0.97)

ZI « Sans 999.98 1394.46 1352.35 8.11* Carte contrôle < Carte de corrélation*
ouvrage » (401.08) (504.80) (420.30) ( d=-0.89)
Carte contrôle < Carte de synthèse*
( d=-0.79)
Fond de carte en orthophotographie
Densité de fixation
ZI 109.07 114.77 134.31 1.37 /
« Légende » (68.18) (84.06) (104.27)
ZI 90.79 162.50 220.40 12.19** Carte contrôle < Carte de synthèse**
« Ouvrage » (84.05) (164.15) (152.84) (d=-0.94)
ZI « Sans 99.16 111.37 142.61 2.11 /
ouvrage » (56.89) (83.83) (88.20)
Temps de fixation (en Durée moyenne)
ZI 456.04 306.29 419.34 19.18** Carte contrôle > Carte de corrélation**
« Légende » (198.15) (92.47) (103.70) * (d=1.07)
Carte de synthèse > Carte de
corrélation*** (d=-0.81)

ZI 748.12 1159.68 1072.41 8.15* Carte de corrélation > Carte contrôle*


« Ouvrage » (431.17) (616.15) (514.02) (d=-0.78)
ZI « Sans 937.78 1350.90 1217.11 4.39 /
ouvrage » (411.45) (705.87) (515.15)

L’hypothèse H6bis relative à la transmission du message selon le niveau d’abstraction est

partiellement validée. Les trois cartes avec fond en orthophotographie variant selon le niveau

d’abstraction ont été comparées d’une part, et les trois cartes avec fond parcellaire ont été

comparées d’autre part (Tableau 8). Le niveau d’abstraction ne semble pas influencer l’envie

de se renseigner plus avant, ni le caractère anxiogène des cartes. Mais quel que soit le fond de

carte, les cartes de corrélation et de synthèse expriment mieux le risque, sont plus lisibles, sont

moins difficiles à comprendre, sont plus faciles à retenir que la carte contrôle. On note enfin

118
que la carte contrôle est jugée significativement moins rassurante que les cartes de corrélation

et de synthèse avec fond en orthophotographie

119
Tableau 8: Comparaison de la qualité de transmission du message en fonction du niveau d'abstraction
Items Carte Carte de Carte de Friedman (2) post-hoc
contrôle corrélation synthèse
Fond parcellaire
« Cette carte exprime bien le 4.58 (3.43) 8.54 (1.56) 7.75 (1.94) 24.33*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
risque » Carte contrôle < Carte de synthèse***

« Cette carte est lisible » 3.88 (3.15) 7.96 (1.92) 7.29 (1.90) 23.87*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
Carte contrôle < Carte de synthèse***

« Cette carte est difficile à 6.25 (3.35) 2.33 (2.37) 4.00 (3.18) 14.34*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
comprendre » Carte contrôle < Carte de synthèse**

« Cette carte donne envie de 6.08 (3.43) 7.08 (1.86) 7.25 (2.21) 2.00 /
se renseigner plus avant »

« Le message de cette carte 3.17 (2.79) 7.96 (1.78) 7.17 (2.46) 29.03*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
est facile à retenir » Carte contrôle < Carte de synthèse**

« Cette carte est anxiogène » 4.25 (2.79) 5.04 (2.81) 5.79 (2.52) 5.31 /

« Cette carte est rassurante » 2.88 (2.29) 3.21 (2.43) 2.50 (1.79) 0.73 /

Fond en orthophotographie

« Cette carte exprime bien le 5.38 (3.10) 7.83 (2.22) 7.17 (2.73) 9.69** Carte contrôle < Carte de corrélation**

120
risque »

« Cette carte est lisible » 3.79 (2.78) 8.21 (1.93) 7.38 (2.16) 25.78*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
Carte contrôle < Carte de synthèse***

« Cette carte est difficile à 5.88 (3.03) 2.58 (2.92) 3.33 (2.55) 9.30 Carte contrôle < Carte de corrélation**
comprendre »

« Cette carte donne envie de 5.88 (3.03) 6.17 (2.84) 6.88 (2.54) 4.11 /
se renseigner plus avant »

« Le message de cette carte 2.96 (2.44) 7.29 (2.27) 7.04 (2.27) 29.95*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
est facile à retenir » Carte contrôle < Carte de synthèse***

« Cette carte est anxiogène » 3.21 (2.78) 3.54 (3.02) 3.41 (2.65) 1.97 /

« Cette carte est rassurante » 2.00 (2.00) 3.25 (3.08) 3.14 (2.21) 8.38* Carte contrôle < Carte de corrélation*
Carte contrôle < Carte de synthèse*

121
d. Effet du cartouche régalien sur l’observation des cartes
Afin de répondre à l’hypothèse H7 concernant l’impact de la présence d’un cartouche

régalien sur l’observation de la carte, la répartition du regard sur la carte contrôle a été

comparée à celle sur une même carte sans cartouche. On n’observe aucune différence

d’observation que ce soit en termes de densité de fixations ou de durée moyenne de fixation

pour les ZI « Légende » ou « Ouvrage » entre la carte contrôle et la carte sans cartouche. La

durée de fixation est similaire entre les ZI « Sans ouvrage » des deux cartes, cependant, la

densité de fixations sur la ZI « Sans ouvrage » de la carte sans cartouche régalien est

significativement plus élevée que sur la carte contrôle (m=84.15, SD=64.10) (W=58.00, p<.05,

taille d’effet = -0.50).

L’hypothèse H7bis relative à la transmission du message selon la présence du cartouche

régalien n’est pas validée : aucune différence significative n’est relevée sur les sept items

relatifs à la qualité de transmission du message.

V. DISCUSSION
1. Impact de la communication par cartes sur la perception du risque et
l’affect
La comparaison pré-observation et post-observation de la perception du risque d’érosion

montre des résultats surprenants. La méconnaissance du risque est une dimension de la

perception du risque, et l’objectif de la communication étant d’augmenter cette perception, ce

résultat est plutôt attendu. Mais il reste tout de même surprenant que l’exposition

d’informations relatives à l’érosion, ici sous forme de cartes, réduise ce sentiment de

connaissance. Cela peut s’expliquer à l’aune des entretiens puisque la totalité des participants

déclare ne pas avoir compris la carte contrôle, et certains ont également eu des difficultés à

comprendre la carte de synthèse, ou celle-ci a tout du moins soulevé certains questionnements

sur la dynamique côtière (« Le reste après c’est stable, et après tout d’un coup ça se dégrade.

Pourquoi ? A cause du réchauffement toujours ? Je sais pas. » (P10)). Donc ce support de


122
communication pourrait être interprété comme trop technique et destiné aux experts,

engendrant difficulté de compréhension, plus des nouvelles questions et mettant à mal les

certitudes et croyances. D’un autre côté, d’après la littérature sur l’adaptation au risque, cette

augmentation de la méconnaissance pourrait ne pas être problématique puisque d’une part

l’augmentation des connaissances corrèle faiblement avec l’adoption de comportements

adaptatifs (Salas Reyes et al., 2021), et d’autre part, ce sentiment de manque de connaissance

peut pousser à la recherche d’information, comportement généralement promu dans le cadre

de la gestion des risques. Prendre conscience de son manque de connaissance peut donc être

un objectif recherché par la communication du risque. Concernant la diminution de la peur du

risque, de nombreux participants ont relevé l’aspect rassurant des cartes de corrélation en raison

de son échelle : les projections des traits de côte successifs dans le temps sont visuellement très

proches. Le choix de l’échelle de la carte est donc une variable essentielle à prendre en compte

pour la bonne transmission du message. Cette diminution n’est pas nécessairement

problématique car la peur n’est pas la seule composante de la perception du risque et n’explique

pas nécessairement les comportements adaptatifs (Navarro, 2022b). De plus, les études sur

l’appel à la peur dans la communication du risque ont montré que la sollicitation de cette

émotion est parfois contre-productive, s’il n’est pas accompagné d’un sentiment d’efficacité

(Blondé & Girandola, 2016). Néanmoins, ce résultat est contradictoire avec ceux de l’échelle

d’affect qui montrent une augmentation significative des affects négatifs à fort niveau

d’activation. Cette divergence peut cependant s’expliquer par le fait que l’échelle d’affects

mesure ici l’état affectif général actuel, tandis que la mesure de peur dans l’échelle de

perception est spécifiquement relative au risque d’érosion. Or les participants ne sont pas eux-

mêmes exposés à ce risque. L’augmentation des affects négatifs pourraient donc être due à

d’autres facteurs tels que la lassitude en fin d’expérimentation. De manière cohérente, les

affects positifs diminuent suite à l’observation des cartes. Les résultats apparemment

123
contradictoires entre ces deux échelles nécessiteraient des approfondissements, d’autant plus

que la littérature a montré l’importance du rôle joué par l’affect dans la perception du risque

(Finucane & Holup, 2006), mais également dans l’adoption de comportements à l’égard de ce

risque (Harries, 2012; Yang & Kahlor, 2013) . Zaalberg et al. (2009) suggèrent quant à eux

que la communication sur le risque gagnerait à être plus vive émotionnellement, ce qui est

difficile à déterminer dans le cadre de cette étude. Les corrélations entre perception du risque

et affects permettent cependant d’émettre une interprétation à ces résultats à première vue

paradoxale. Le sentiment de vulnérabilité collective est négativement corrélé aux affects

négatifs à fort niveau d’activation. La vulnérabilité collective renvoie au fait que d’autres

personnes soient elles aussi exposées au risque. Or les participants n’étant pas eux-mêmes

exposés au risque d’érosion, on peut interpréter ce résultat comme une forme d’optimisme

comparatif (Weinstein, 1980) selon lequel les autres sont plus exposés au risque que soi-même,

ce qui a un côté rassurant et réduit donc les affects négatifs. D’autre part, le fait que la

méconnaissance du risque soit positivement corrélée aux affects négatifs à faible niveau

d’activation peut être interprétée comme une forme d’intolérance à l’incertitude, dont la

littérature à déjà démontré les effets sur les affects négatifs (Ladouceur et al., 2000).

2. Influences des caractéristiques endogènes et exogènes de la carte sur


l’observation
Notre étude met en évidence l’influence du niveau d’abstraction sur l’observation des

cartes et leur interprétation : les cartes de corrélation et de synthèse guident mieux l’attention

vers les zones d’enjeux, ici représentées par les ZI « Ouvrage », que la carte contrôle (carte

d’analyse), et ces cartes sont évaluées comme plus efficaces dans la transmission du message

véhiculé par la carte. Les entretiens corroborent ces résultats puisque ces deux cartes semblent

permettre l’identification des ouvrages de protection et de leur efficacité (« On voit la

progression qui est relativement homogène, en dehors des pointillées […] » (P2)), ainsi que

des variations de niveau d’érosion et des zones à risques (« Et puis on voit que ça empiète un
124
peu aussi sur... Alors je sais pas si c'est ça exactement mais que ça empiète sur du bâtiment. »

(P32)). La répartition du regard sur ces trois cartes ainsi que les entretiens montrent que la

légende est moins accessible sur la carte contrôle en raison de fixations moins denses mais plus

longues (« […] la légende pour moi elle était incompréhensible. Je comprenais pas ce que

c’était Rn, R machin et tout ça. » (P1)). Le pattern inverse sur la légende de la carte de synthèse

(plus de fixations mais plus courtes) peut témoigner d’une plus grande informativité (« Alors

moi j’aime bien les chiffres. […] c’était bien parce que les chiffres étaient bien parlants […]. »

(P17), bien que les entretiens mettent tout de même en évidence une certaine complexité (« Les

chiffres on se dit alors là moins, plus... Y a combien, 36 ? On est obligé de faire des calculs. »

(P34), « Et j'ai mis plus de temps à analyser parce que du coup c'était un mot que je ne

connaissais pas l'accrétion. » (P36)). Des travaux ont montré l’effet du manque de familiarité

avec certains stimulus (facteur endogène) sur le temps d’observation nécessaire pour le

comprendre, notamment dans le cadre de la lecture. De plus, une attention plus élevée peut être

nécessaire face à un stimulus trop peu lisible. Ainsi, qu’il s’agisse de la légende de la carte

contrôle ou de celle de la carte de synthèse, l’insistance sur cette zone pourrait être expliquée

par sa complexité ou tout du moins le manque de familiarité à son égard. La durée des fixations

plus longue sur la légende de la carte de corrélation peuvent quant à elle s’expliquer par son

format en phrases, induisant un processus de lecture, lors duquel les fixations de l’observateur

sont plus courtes et se suivent dans l’ordre des mots. S’agissant de la qualité de transmission

du message, les réponses relatives à la carte de contrôle et à la carte de corrélation témoignent

de l’efficience de ces deux cartes. Et bien que l’on n’observe pas de résultat tranché quant à

l’influence du niveau d’abstraction sur le caractère rassurant ou anxiogène de la carte, les

entretiens éclairent un peu leur interprétation. Les cartes de synthèse provoquent à la fois

inquiétude (« Mais par contre oui 83 cm par an c’est inquiétant. » (P11)), et soulagement (« Ca

m’a un petit peu rassurée en voyant que c’est pas… 13 cm oui…. » (P18)), tandis que les cartes

125
de corrélation semblent plutôt rassurantes en raison de l’échelle utilisée et donc de la distance

entre les traits de côte successifs, minimisant le risque perçu (« Mais l’échelle lui rendait pas

grâce. Parce que les traits sont relativement proche donc ça donne une impression de peu

d’érosion. » (P5)). A l’inverse, la carte contrôle semble être moins rassurante, comme en

témoigne les résultats aux questions d’évaluation de transmission du message, ainsi que les

entretiens : « Ouais donc elle serait peut-être quand même relativement anxiogène cette carte.

Au vu de l'ampleur en fait des zones qui sont... Du nombre de maisons qui sont dedans, du bâti,

enfin... » (P37). Pour terminer, les résultats de cette échelle ne montrent pas d’effet du niveau

d’abstraction sur l’intention de s’informer plus avant. Cependant, les participants semblent plus

curieux ou tout du moins questionnés à la lecture des cartes de synthèse : « Je me suis posée

des questions sur la toute petite zone bleue d'accrétion... » (P41), « Le reste après c’est stable,

et après tout d’un coup ça se dégrade. Pourquoi ? A cause du réchauffement toujours ? Je sais

pas. » (P10). Ce résultat est intéressant dans le cadre de la communication du risque puisqu’elle

vise aussi généralement à inciter à la recherche d’information pour ensuite faciliter l’adoption

de comportements d’adaptation (Terpstra et al., 2014). Un autre facteur endogène testé dans

cette étude était la présence d’un cartouche régalien, mais aucun effet n’a réellement été mis

en évidence que ce soit sur la répartition du regard ou l’interprétation du message.

S’agissant des processus bottom-up, peu d’effets des facteurs exogènes ont été mis en

évidence dans cette étude. Aucun effet du fond de carte n’est observé sur la répartition du

regard. Pourtant, Spachinger et ses collaborateurs (2008) ont mis en évidence que des cartes

avec plus d’informations graphiques, par exemple avec fond en orthophotographie,

comprennent significativement plus de fixations que des cartes au fond noir et blanc, et ce

particulièrement chez les participants profanes. De plus, Carter & Luke (2020) suggèrent que

des cartes avec un faible contraste rendent l’information moins accessible car le regard

s’éparpille plus sur l’ensemble de la carte. Le fond de carte n’impactant pas non plus la

126
transmission du message véhiculé, le rôle de cette variable devrait donc être approfondi dans

de futurs travaux. L’autre facteur exogène testé ici était les couleurs de la carte, mais aucun

effet n’a été mis en évidence sur la répartition du regard ou l’interprétation du message, si ce

n’est que la carte aux couleurs modifiées serait moins facile à retenir que la carte contrôle.

Néanmoins, les participants ont évoqué l’importance de la sémiologie des couleurs au cours

des entretiens, notamment le fait que le rouge soit associé au danger, et le vert soit au contraire

rassurant. La variation de couleur permettrait donc une interprétation différente du message

véhiculé à partir du sens attribué aux couleurs.

3. Limites de l’étude
La première limite pouvant être relevée dans le cadre de cette étude est la taille restreinte

de l’échantillon (50 participants). Afin d’optimiser la quantité de données enregistrées pour

chaque participant ainsi que le nombre de variables testées dans l’étude, les participants ont

observé plusieurs cartes mais pas nécessairement les mêmes ce qui divise également environ

par deux l’échantillon de la plupart des analyses. Ensuite, la perception du risque et l’affect

n’ont été mesurés qu’après l’observation de l’ensemble des quatre cartes observées, ne

permettant pas de distinguer l’effet propre de chacune des cartes sur ces variables. De plus, le

protocole expérimental étant long et lourd, le choix a été fait de réduire le temps de

questionnaire dans la première phase de l’expérimentation. Les échelles de perception du risque

et d’affects ont donc été présentées en version réduite avec un seul item par dimension. Ces

versions réduites ont été créées pour l’étude et n’ont pas été validées psychométriquement.

S’agissant des données oculométriques, comme évoqué au cours de l’article, ces dernières

constituent des données objectives dont les questionnaires et entretiens ont tenté de faciliter

l’interprétation, mais celle-ci reste malgré tout à la discrétion des chercheurs. De plus,

l’attention n’est pas forcément centrée sur la vision fovéale (Duchowski, 2017) et une

distinction est aujourd’hui démontrée entre l’attention « manifeste » (overt) et l’attention

127
« cachée » (covert). La première consiste en la concentration de l’attention vers là où la vision

fovéale se centre, tandis que la deuxième concerne les situations lors desquelles l’attention se

dirige soit vers la périphérie du regard, soit vers d’autres stimuli sensoriels (Borji & Itti, 2013).

Mesurer l’activité oculaire ne garantit donc pas de mesurer spécifiquement l’attention. Enfin,

les cartes choisies pour l’expérimentation représentent toutes la même commune dont les

participants ont été sélectionnés pour ne pas y vivre. L’objectif était d’éviter des biais

d’observation relatifs à la familiarité avec la carte de la commune, ou au fait que l’attention

visuelle puisse-t-être focalisée sur des lieux connus par le participant (son propre lieu de vie,

des lieux habituellement fréquentés etc.), car ces facteurs sont difficiles à identifier précisément

et donc à contrôler. Néanmoins, en situation réelle, les citoyens observeraient plutôt des cartes

concernant leur propre commune et donc avec laquelle ils seraient éventuellement plus

familiers, ce qui pourrait donc engendrer des processus différents. De plus, ces habitants

n’étaient pas eux-mêmes exposés au risque d’érosion, ce qui pourrait avoir un impact sur la

lecture, l’interprétation des cartes, ainsi que sur leur influence sur la perception du risque et

l’affect. Il serait donc pertinent de réitérer ce type d’étude avec des habitants de la commune

représentée elle-même soumise au risque en question.

VI. CONCLUSION
Les résultats mitigés concernant l’influence de la communication par carte sur la

perception du risque démontrent la nécessité de continuer les travaux sur ce type de support,

mais aussi l’importance de penser la communication du risque au-delà de la simple

transmission d’information, puisque de toute évidence d’autres processus sont en jeu.

L’utilisation de ce type de support n’est donc pas anodine et peut même être contre-productive

selon le but recherché si l’on n’en considère pas tous les paramètres. Bien souvent, les citoyens

dits « naïfs » font finalement preuve d’une bonne connaissance du risque, même si celle-ci

n’est pas nécessairement technique, que ce soit par leurs propres observations ou encore par

128
les échanges informels au sein de la population. De plus, Luis et ses collaborateurs (2016) ont

démontré qu’une conscience du risque élevée, nourrit notamment par l’information, ne

s’accompagne pas nécessairement d’une forte perception du risque. La communication du

risque ne doit donc pas se contenter de simplement transmettre de l’information. Elle peut

notamment s’attacher à faire appel aux affects, qui à leur tour peuvent impacter la perception

du risque et les comportements (Salas Reyes et al., 2021). Mais la perception du risque et la

peur ne déterminent pas à elles seules l’adoption de comportements adaptatifs, la peur pouvant

les limiter si elle n’est pas accompagnée d’un sentiment d’efficacité face au risque (Blondé &

Girandola, 2016 ; Navarro et al., 2020). Les résultats de cette étude ne font donc pas des

cartographies du risque des supports inadaptés pour la communication, mais montrent que ce

champ de recherche gagnerait à explorer plus loin les processus à l’œuvre face à ce type de

support, ainsi que son impact sur l’adoption de comportements adaptatifs.

Enfin, cette étude permet aussi d’aiguiller les choix de support de communication dans le

cadre de la communication par carte, car les différentes cartes ne sont pas observées et

interprétées de la même manière. L’ensemble des données récoltées concernant la carte

contrôle, proposée par les services de l’État aux citoyens exposés aux risques côtiers, montrent

d’une part qu’elle n’est pas suffisamment claire, et d’autre part que l’attention n’est pas dirigée

vers les zones d’enjeux qui pourtant devraient être au cœur du message véhiculé par la carte.

A l’inverse, les cartes de synthèse et de corrélation sont plus accessibles et dirigent mieux

l’attention vers les zones pertinentes, la carte de synthèse semblant néanmoins un peu plus

complexe pour les citoyens non-experts. A nouveau, ces résultats témoignent de l’importance

de penser en amont les cartographies de risque destinées aux citoyens afin de s’assurer que

l’information soit accessible et compréhensible pour la population.

129
ETUDE 3 – Réactions physiologiques de stress et
comportementales au cours d’une exposition à un tsunami simulé
en réalité virtuelle

Avant-propos de l’article scientifique (soumis à publication)


Cette thèse vise à étudier l’articulation entre l’évaluation du risque et l’adaptation, en tenant

compte de la dimension dynamique du rapport au risque. Cette dimension est opérationnalisée

notamment en distinguant deux des phases d’exposition à l’aléa : la phase de prévention et de

préparation en amont, et la phase de réponse en situation de danger imminant. La plupart des

études sur les risques environnementaux portent sur les phases de prévention et de préparation

au risque ou sur la phase de récupération après que l’aléa s’est manifesté. Mais peu d’étude se

centrent sur la phase en situation d’exposition imminente à l’aléa, puisqu’il est difficile

d’obtenir des données psychologiques ou psychosociales dans ce type de situation dangereuse,

et d’autant plus de façon éthique.

Ensuite, la première étude de cette thèse montre une faible considération pour l’adaptation

individuelle aux risques côtiers de la part des habitants exposés. D’une part ceux-ci se reposent

essentiellement sur la gestion publique des risques, et d’autre part ils évoquent assez peu les

situations de catastrophe. Se pose donc la question des capacités adaptatives des citoyens en

situation de catastrophe naturelle. L’adaptation dans ce type de situation dépend en grande

partie de la prise de décision et de la réactivité des individus. Des travaux ont donc essayé de

déterminer les facteurs pouvant influencer l’adoption de comportements efficaces et rapides

dans ce type de situation. Les indices sociaux (médias de communication, autres citoyens…)

ainsi que les indices environnementaux tels que le son peuvent déclencher des comportements

de protection comme l’évacuation (Dudley et al., 2011; Harnantyari et al., 2020; Lindell et al.,

2015; Lindell & Perry, 2012). Cette étude propose donc de mesurer les réactions individuelles

des citoyens en situation d’exposition à une catastrophe naturelle, et de déterminer comment

130
des facteurs contextuels (influence sociale, indices visuels, indices sonores) influencent les

réactions des individus. Pour ce faire, un protocole expérimental a été élaboré visant à

immerger les participants dans une simulation de tsunami en réalité virtuelle d’environ 3

minutes. Les réactions physiologiques de stress ont été mesurées au travers du rythme

cardiaque et de la conductance électrodermale, tandis que les réactions comportementales ont

été mesurées par la vitesse de déplacement dans l’environnement virtuel.

131
Abstract

The simultaneous study of physiological stress and behavioral reactions in an individual when

they evacuate in a disaster situation is rare. Virtual reality (VR) makes it possible to study this

phenomenon in an ecological way. We studied stress and behavioral reactions, as well as the

influence of other people’s behavior, in individuals exposed to a tsunami-type natural disaster

modeled in VR.

Eighty-eight participants (43 women, 45 men, mean age: 26.8 (SD = 9.4)) took part in this

experiment. Three experimental conditions were defined to study emotional contagion: being

alone on the beach; being in the presence of calm virtual agents; or being in the presence of

“panicked” ones (random assignment). The feeling of presence in the virtual environment was

assessed by scale to check the effectiveness of the VR device. Emotional/Stress response was

measured with physiological measures (heart rate, electrodermal conductance) repeated over

the course of the scenario. The behavioral variable of escape was assessed using the movement

speed in the virtual environment.

The mean presence score was 3.32/6 (SD = 0.90). Random-effects mixed models for

longitudinal data showed an increase in movement speed as soon as the wave appeared (b=0.60,

p<.001), followed by an increase in stress when the alarm was triggered (electrodermal

conductance: b=0.76, p<.01; heart rate: b=2.23, p<.01), with no difference with or without

virtual agents.

The results suggest a rational, moderate reaction to danger. Complemented by the absence of

emotional panic contagion, this study challenges the irrational panic reactions of disaster

victims relayed by the media.

132
I. INTRODUCTION
With climate change, the number and scale of natural disasters will intensify (Botzen et al.,

2019). To keep human and economic losses to a minimum, we need to anticipate natural

hazards and develop more effective adaptation strategies. However, two psychosocial factors

undermine these strategies in disaster situations: individual emotional and stress reactions, and

collective emotional contagion.

1. Individual reactions in disaster situations


Disaster situations, such as fires, tornadoes or tsunamis, can pose a particularly high risk in

terms of mental health (Boudoukha et al., 2017; Neria et al., 2008). Indeed, people exposed to

such disasters enter a state of stress, i.e., “a transaction between [themselves] and their

environment that exceeds their capacity to manage it and endangers their well-being” (Lazarus

& Folkman, 1984). The lack of information or the presence of ambiguous information

(environmental cues such as noise, smell, etc.) maintain this state. According to (Endler, 1997),

a major consequence of perceiving or evaluating a threatening situation is a transient increase

in anxiety. When the threat is prolonged, given the sudden, violent and potentially lethal nature

of a disaster, the person may develop mental symptoms or even post-traumatic stress disorder

(Ehring et al., 2011). Thus, an emotional dimension is inherent to disaster exposure. However,

work on evacuation situations in the face of disaster generally does not take sufficiently into

account the human aspect of these phenomena, and even less so the emotional processes (Wang

et al., 2021). A vast body of literature has developed on evacuation modeling, particularly in

the event of fire or earthquake. In particular, it has made it possible to study the movements of

individuals in relation to each other, the influence of the architectural characteristics of the site

or the choice of exit. Most of this research focuses on the operational phase of evacuation and

is macroscopic in nature, often drawing on fluid dynamics or other physical phenomena by

analogy(Jiang et al., 2016; Kok et al., 2016). It is therefore difficult to include the emotional or

133
stress dimension in such work. Other approaches focus on the adoption of protective behaviors.

These works were first applied to health behaviors, then in particular to disaster situations

(Rogers’ Protective Motivation Theory (PMT) (1983), Transtheoretical Model (TMT) by

Loewenstein (2001). Nevertheless, most of these models are difficult to transpose to natural

disaster situations, notably due to different temporalities and communication fields (Lindell &

Perry, 2012). These models tend to focus on the adoption of long-term health behaviors adapted

to specific populations, whereas in disaster situations, communication must be massive and

aimed at immediate and temporary behavior. However, Lindell & Perry’s (2012) Protective

Action Decision Model, first developed in 1992 and revised in 2012, was designed specifically

for disaster and emergency situations, and therefore seems particularly suited to the context of

this study. This model integrates several psychological processes leading to the adoption of a

behavior. Pre-decisional processes (exposure, attention, comprehension) integrate the

processing of different types of information of an environmental, social and communicational

nature, but they are also linked to individual characteristics. Perception processes are then

initiated with regard to the threat, the protective action and the stakeholders involved, leading

to protective action decision-making. Yet the resulting behavioral response will also depend

on situational facilitators and impediments. The authors suggest that the behavioral response

may consist of an information-seeking response, a protective response, or a form of emotion-

focused coping. The advantage of this model is that it is perfectly suited to emergency situations

and takes into account a wide range of information and cues.

During a disaster, the exposed person processes continuously available information and has

to make rapid decisions to ensure survival; for example, to evacuate quickly from the risky

environment. A disaster therefore meets the DSM-5 “traumatic event” criterion (American

Psychiatric Association, s. d.), i.e., exposure to a vital risk. Proulx (1993) reminds us that

decision-making in a disaster situation is significantly different from in everyday life, due to

134
the vital stakes involved, the significant time pressure, but also the lack of information or its

ambiguity. The literature on modeling evacuation situations does, however, point to confusion

between stress and panic. Panic can be defined as “an acute reaction involving terror,

confusion, and irrational behavior” (Goldenson, 1984, quoted by Dynes (2006), p. 1).

Moreover, the myth of the panicked victim has been so widely publicized that it has spread

rapidly and remains particularly tenacious (Sheppard et al., 2006; Walters & Hornig, 1993).

Yet this image of people panicking in a disaster bears little resemblance to reality (Dynes, 2006;

Glass, 2001; Goltz & Bourque, 2017; Helton et al., 2013; Hiroi et al., 1985; Proulx, 1993). As

far back as the 1950s, Quarantelli (1954) observed that panic reactions only occurred in very

specific circumstances of confinement and exposure to a very sudden and direct threat, and a

feeling of helplessness in the face of danger leaving only the possibility of fleeing. Some

studies in the field of risk response have demonstrated the significant effect of emotions on

reactions and behaviors (e.g. Miceli et al., 2008; Takao et al., 2004; Terpstra, 2011), notably

through the “risk-as-feelings” theory (Loewenstein et al., 2001), although this is often applied

to longer time scales than that of exposure to a disaster. Goltz & Bourque (2017) have observed

in several studies that the feeling of fear experienced in a situation of exposure to an earthquake

does not lead to panic and therefore to irrational behavior, but on the contrary engages

individuals to adopt advocated behaviors including sheltering. Conversely, intense stress in a

traumatic situation can impair cognitive abilities and compromise adaptation to the urgency of

a situation (Kobes et al., 2010). Finally, it should be emphasized that the stress felt by

individuals can be shared and influence the emotional and behavioral reactions of others. This

is known as emotional contagion.

2. Emotional contagion in disaster situations


In natural disaster situations, individuals are rarely isolated. Consequently, understanding

individual reactions is not enough to understand trajectories and decision-making processes, as

135
these individual reactions are influenced by social interactions through a phenomenon known

as “emotional contagion”. Hatfield et al., (1993) define it as “the tendency to automatically

mimic and synchronize expressions, vocalizations, postures, and movements with those of

another person’s and, consequently, to converge emotionally” (p. 96). Emotional contagion is

considered to consist firstly in the imitation of an individual’s non-verbal expressions,

vocalizations and the suchlike, and then through a system of physiological feedback from these

movements, facial expressions, etc., the brain is believed to trigger the corresponding emotions

(Barsade et al., 2018).

There are some studies on emotional contagion in emergency evacuation situations, but they

generally concern crowd modeling on a macroscopic scale and are based on theoretical

principles, including the notion that individuals systematically panic in these situations, thus

ignoring the possibility of rational behaviors (e.g., Liu et al., 2021). Thus, there seems to be

little work empirically measuring this phenomenon in emergency situations. Nevertheless,

studies carried out in the laboratory in the context of simple interactions between individuals

have demonstrated the possibility of measuring this phenomenon through physiological

measurements such as skin conductance or heart rate (Barsade et al., 2018).

It would be interesting therefore to consider the automatic aspect of this contagion process

in relation to the more “conscious” approach of evacuation modeling and models of the

adoption of protective behaviors. For example, Weinstein et al., (2020), writing about the

Precaution Adoption Process Model (PAPM), state that “Adoption of a new precaution or

cessation of a risky behavior requires deliberate steps unlikely to occur outside of conscious

awareness.” (p. 3). Yet we could imagine this phenomenon of emotional contagion occurring

just as much in everyday life as it does in the case of stress reactions in disaster situations. This

type of phenomenon has been observed on very different scales, from dyads to social networks

136
(Kramer et al., 2014). It has also been observed for different types of emotion, such as anxiety

(Parkinson & Simons, 2009), or fear (Bhullar, 2012).

The scientific literature on adaptation to risk focuses primarily on risk preparation, or the

pre-crisis phase (e.g., Bubeck et al., 2012; Joffe et al., 2016; MacGregor et al., s. d.; Navarro

et al., 2020; Terpstra, 2011). Although this approach is essential, psychological knowledge is

lacking with regard to the exposure phase, i.e., adaptation reactions in direct danger situations

during a disaster. Yet the human damage caused by certain natural disasters due to

inappropriate reactions demonstrates the importance of interrogating this temporality

(Mahdavian et al., 2014).

3. Objective and hypotheses


To better understand reactions in natural disaster situations, we chose to set up an

experiment using virtual reality (VR). Today, immersive virtual environments make it possible

to study the reactions of individuals in dangerous situations while respecting their safety and

allowing a high degree of control over the situation. VR is defined as a ‘real or simulated

environment in which the perceiver experiences telepresence’ (Steuer, 1992). VR consists of

representing a 3D virtual environment in which it is generally possible to interact, and which

can be presented as a simple desktop display or as a head-mounter display for greater

immersion. Some studies have shown the transposability of emotional processes (Chirico &

Gaggioli, 2019) and also of behaviours in emergency evacuation situations (Ronchi et al.,

2019). Thus, immersive VR is often used to study risk communication to promote risk

awareness and preparedness (Bernhardt et al., 2019; Duarte et al., 2014; Mol et al., 2022). But

studies have also investigated affective or behavioural reactions in evacuation situations (Cao

et al., 2019; Deng et al., 2024; Fujimi & Fujimura, 2020; Ronchi et al., 2015; Zou et al., 2017).

However, the simultaneous study of stress and behavioral reactions in individuals when they

evacuate in a disaster situation is rare, even with simulation tools such as VR. The aim of this

137
study is therefore to complement the existing literature on understanding adaptation to natural

disasters in exposure situations with VR simulation.

We will focus here on a tsunami situation, which models the feeling of extreme urgency

given the very short time between the communication of the risk and the arrival of the danger.

Various stimuli associated with the disaster were created to determine their impact on

individual reactions. Environmental cues were formulated in the form of visual and sound

stimuli associated with the tsunami; social cues were represented by the presence and behavior

of virtual agents; and warning messages were communicated in the scenario, since they are

also identified by the authors as influencing subsequent reactions.

With regard to intra-individual adaptation to risk, we hypothesize that a stress reaction is

triggered by the processing of ambiguous information in the face of danger, i.e., the

visualization of the appearance of a wave whose height is much less than that conveyed by the

news or entertainment media, and which, although constituting a real danger, is not necessarily

threatening at first sight. A second hypothesis suggests that the protective behavioral response

occurs only after explicit danger cues have been received, i.e., when concrete threat information

such as an alarm is relayed.

II. METHOD
1. Participants
Table 9: Distribution of participants in each condition by gender
Conditions Gender Age, mean Total
(SD)
Women Men
Calm 15 15 27.5 (9.97) 30
Panic 14 15 27 (9.4) 29
Alone 14 15 25.8 (9.07) 29
Total 43 45 26.8 (9.4) 88

138
Eighty-eight people took part in the experiment, including 43 women and 45 men, with an

average age of 26.8 years (standard deviation (SD) = 9.4). They were recruited by convenience

from the city of Nantes, France, a non-coastal city and therefore not exposed to tsunami risk.

The control condition, “Alone”, comprised 29 participants, the “Calm” condition 30

participants, and the “Panic” condition 29 participants (c.f. Table 9). The majority of

participants (95%) were completely new to the tool and immersion, while 5% had already used

VR (once). Nineteen participants had actually been to the beach modeled in the environment,

but only four of them recognized it.

2. Equipment and measurements


a. VR headset
Participants were immersed in the VR environment using the HTC Vive Pro headset, which

transmitted image and sound, and they moved around the virtual environment by using manual

control (see Figure 7).

Figure 7: A participant equipped with VR headset and measuring device


b. Feeling of presence
Sense of presence was measured using Schubert’s Igroup Presence Questionnaire (IPQ)

(Schubert, 2003). Sense of presence refers to the subjective impression of being present in the

virtual environment and not in one’s real environment (Barfield & Hendrix, 1995). It was

measured by self-questionnaire at the end of the VR immersion sequence, to ensure the

effectiveness of the simulation. In addition to the overall score (ranging from 0 to 6), four sub-

139
dimensions representing general presence, spatial presence, involvement and realism are also

described by scores (ranging from 0 to 6).

c. Behavioral and physiological stress measures


Physiological measures of stress (heart rate and electrodermal conductance) were measured

via electrodes using the Nexus 10 MKII device at a frequency of 32Hz. As suggested by

Laborde et al. (2017), prior to experimentation we asked participants to sleep normally and not

to engage in strenuous exercise the day before experimentation, not to eat or consume

caffeinated beverages two hours beforehand, and not to drink alcohol 24 hours beforehand.

Heart rate is considered an indicator of stress: the higher the heart rate, the higher the stress

level. “Cardiac defense” is said to be a physiological stress response of the heart rate

comprising two successive alternating accelerations and decelerations spanning several tens of

seconds (Vila et al., 2015).

Skin conductance is also considered a stress indicator. It has been measured through the

integrated skin conductance response (ISCR), the integral of the area under the phasic activity

curve. This is the most appropriate measure for assessing electrodermal responses (Droulers et

al., 2013). The higher its value, the greater the stress response is considered to be. The

electrodermal response is a sudden physiological reaction in response to a stimulus under a

latency of between 1 and 3 seconds, with a rise time of between 1 and 2.5 seconds, then a

decrease over several seconds as well (Sequeira & D’Hondt, 2013). Thus, a significantly

elevated ISCR certainly stems from a stimulus close in time rather than a continuous evolution

over several tens of seconds.

The individual’s speed of movement, measured in meters per second, is considered here as a

behavioral indicator of stress: the higher the speed, the more the individual can be considered

to be adopting an escape behavior and thus adapting to danger, speed being an essential factor

140
in a well-executed evacuation (Gates et al., 1982). The duration of immersion in the VR

environment was also measured in seconds. Both measurements were recorded by an

application created for the experiment, Tsuna_Vizu.

d. Socio-demographic questions
A questionnaire prior to VR immersion collected socio-demographic information on age,

gender and socio-professional category; it also included questions on knowledge of VR and

knowledge of the simulated beach.

3. Procedure
a. Recruiting participants
Participants were recruited via a poster campaign in a French city, on social networks, and

through an article in a regional newspaper. The study received a positive opinion from the

Ethics and Non-interventional Research Committee of the University of Angers

(CER_20200114), in line with the recommendations of the Declaration of Helsinki.

b. VR Scenario

Figure 8. Timeline of the VR tsunami scenario


To observe and measure the participant’s physiological stress and behavioral reactions, a

tsunami scenario was created in VR (Unity software). The participant was immersed in a virtual

141
environment representing the Promenade des Anglais beach in Nice, France. This was a

tsunami scenario. A tsunami is defined by the Intergovernmental Oceanographic Commission

(Intergovernmental Oceanographic Commission, 2013, p. 13) as “a series of travelling waves

of extremely long length and period, usually generated by disturbances associated with

earthquakes occurring below or near the ocean floor.” The environment and images in the

software were inspired by observations made in the field. The simulated wave respects the

predictions for this event, in terms of wave size (around 1.50 m high) and low water withdrawal

upstream of the disaster.

Once immersed in VR, the participant was instructed: “You are going to be immersed in a

beach environment, so enjoy this moment at the beach”. In order to operationalize and identify

the different types of cues that could trigger a stress and/or behavioral response, a timeline

identical for all participants was designed (see Figure 8), integrating different stimuli

corresponding to different informational cues:

• The first stimulus was a visual and aural environmental cue, corresponding to the slight

receding of the water and the appearance of the wave in the background, starting at 60

seconds. This was an ambiguous stimulus due to the moderate size of the wave, which

was therefore not necessarily interpreted as a danger.

• The second stimulus, a communicative cue, was the sounding of an alarm siren from

90 seconds onwards.

• The third stimulus was the flight of the virtual agents (for the “panic” and “calm”

conditions).

• The fourth and final stimulus was the triggering of a voice announcement telling people

that a tsunami was on its way and asking them to evacuate the beach.

142
The scenario could end in one of three ways: once the participants had reached one of the

two arches to enter the city, when they were hit by the wave if they had stayed on the beach,

or after five minutes if they stayed on the embankment (see Figure 9).

Figure 9. Evacuation of virtual agents in "calm" condition


c. Experimental protocol
The experimental protocol began by administering the first questionnaire, which included

socio-demographic variables. The experimenters then installed electrodes to measure

physiological variables, on the chest or arm for heart rate, and on the hand for skin conductance.

Once the signal from these measurements had been verified, the participant was first

immersed in an environment which was totally different from the subject of the study, a Viking

village, to avoid any bias. This phase enabled the participant to become accustomed to

immersion in VR, to get to grips with how to control their movement in the environment, and

allowed the experimenters to check that the physiological measurements were working

correctly. Once the participants had become accustomed to VR immersion, they were

immersed in the virtual scenario of the experiment. Following VR immersion, the participant

was asked to complete a second questionnaire to assess their sense of presence.

The process ended with the debriefing interview. It included questions about the tsunami

scenario, such as “What happened?” and “How did you react?”, and was also designed to

ensure the participant’s well-being, and that they had no symptoms related to VR immersion,

which can cause nausea (Chang et al., 2020).

143
4. Data processing

Three experimental conditions were defined to assess the influence of virtual agent

behaviors on the participants’ stress and behavioral responses:

• In the “Alone” control condition, the participant was alone on the beach.

• In the “Calm” experimental condition, virtual agents were present and calmly evacuated

the beach, walking in an orderly way in the same direction.

• Finally, in the “Panic” experimental condition, virtual agents fled danger by

“panicking”, running in random, incoherent directions and shouting.

Physiological data were processed using BioTrace software. Skin conductance was

processed using Ledalab software (Benedek & Kaernbach, 2010) to calculate ISCR. All data

were analyzed using R software.

5. Statistical analysis strategy

First, we described the study sample and the course of the experiment (presence score,

immersion time, distance traveled in the virtual environment). The dependent variables (i.e.,

heart rate, skin conductance and movement speed) were compared according to the three

experimental conditions and for each time point (corresponding to the five stimuli: Start, Wave,

Escape, Alarm and Voice). Ten-second windows were sampled (three seconds before and

seven seconds after) around each of these stimuli. The mean and standard deviations for each

of these windows were computed in order to compare the physiological reactions of individuals

over time and according to the different stimuli. The Time variable thus corresponded to the

following five ordered modalities: 1-Start (between 57 and 67 sec), 2-Wave (between 87 and

97 sec), 3-Alarm (117 and 127 sec), 4-Escape (between 152 and 162 min) and 5-Voice

(between 177 and 187 min). Movement speed in the virtual environment was available for only

four of the stimuli (no measurement available at 4-Escape time point for technical reasons).

144
The means and standard deviations of these measurements for each condition were presented,

and Fisher’s tests (ANOVA) were carried out to compare the means of the dependent variables

between the conditions at each time. Depending on the data distribution, Kruskal-Wallis tests

(non-parametric counterpart of ANOVA) were used.

We then used a statistical model to consider longitudinal data and directly estimate change

over time of the heart rate, the skin conductance and the escape velocity. Since the participants

could leave the scenario as soon as they wished, the experimental mortality increased as the

scenario progressed. Consequently, certain data were missing as many participants escaped

from the virtual environment early in the scenario. Thus, we used linear mixed effect models

that fit longitudinal data (estimating slope across time) and allow missing data throughout the

follow-up. We first described the observed dependent variables (heart rate, skin conductance

and movement speed) across time. We expected that this evolution would not be entirely linear.

Indeed, we assumed that the stimuli would impact the natural evolution of dependent variables,

and not necessarily in a progressive and linear way. When the evolution was observed as

nonlinear, we tested segmented models with a change in the slope (with one segment of time

estimating evolution before and after a time cut-off). The choice of the time cut-off was guided

graphically and using data fit parameters (AIC and BIC maximization). We thus estimated a

mixed model for each dependent variable with a random intercept and a random slope, and

integrated a fixed effect for the condition and the time, and an interaction between time and

condition (i.e. we tested a difference in the slope across conditions). We used a symmetric

variance-covariance matrix. In order to specifically test the experimental conditions, we

performed secondary analyses: 1) to test the presence of agents (comparing the “Calm”

condition versus the “Panic” and “Alone” conditions combined); 2) to test the panic context

(comparing the “Panic” condition versus the “Alone” and “Calm” conditions combined).

145
Finally, Student tests for paired series (or Wilcoxon tests if non-normal distributions) were

used to specifically compare the measurements between two time points. Indeed, stress-related

reactions could be very sudden, in particular for skin conductance, meaning that this specific

pattern of change would not be captured well by the linear mixed model. This bivariate test

would thus allow us to investigate evolutions between two stimuli more precisely, as a lens for

a specific moment of the experiment instead of a global evolution captured by the linear mixed

model representing the whole sequence of the natural disaster. The software used for the

analysis was R with the package lme4.

III. RESULTS
1. Description of participants and descriptive statistics
Table 10: Comparison of VR simulation data as a function of experimental condition using a
Kruskal-Wallis test

Control Calm Panic Full sample H df p

Mean (SD) Mean (SD) Mean (SD)

Mean score of 3.39 (0.90) 3.47 (0.86) 3.17 (1.12) 3.34 (0.96) 0.79 2 .673

total presence

Spatial presence 3.93 (0.99) 3.80 (1.16) 3.88 (0.90) 3.87 (1.01) 0.05 2 .98

Involvement 3.43 (1.53) 3.39 (1.59) 3.95 (1.34) 3.59 (1.49) 2.47 2 .291

Experienced 2.25 (1.27) 2.10 (0.92) 2.01 (1.02) 2.12 (1.05) 0.31 2 .858

realism

Global presence 3.93 (1.36) 4.03 (1.47) 3.41 (1.82) 3.80 (1.57) 1.53 2 .465

Immersion time 158.67 (54.72) 152.19 (31.01) 152.57 (34.91) 154.48 (41.15) 0.04 2 .982

Distance covered 211.95 (118.12) 236.75 (131.19) 269.74 (131.39) 273.2 (129.2) 4.822 2 .09

Analyses were carried out on 88 participants. However, some participants were

excluded from the analyses owing to the absence of measurements for certain dependent

variables. (Three participants for heart rate, two participants for electrodermal conductance and

146
five participants for movement speed). In the case of skin conductance, this corresponded to

poor electrode adhesion and pressure applied to the electrodes by the participant during

measurement, artificially increasing the conductance level recorded.

The feeling of presence during immersion in the virtual environment was the same in all

conditions (Table 10). Similarly, the duration of immersion in the virtual environment and the

distance covered did not differ according to experimental condition.

The debriefing interviews revealed that five participants in the “Alone” condition did not

understand that a tsunami was coming until the end of the scenario. In addition, three

participants in the “Panic” condition reported trying to help the virtual agents evacuate the

beach (although no interaction was possible).

2. Description and comparison of time-dependent variables

147
Table 11: Description and comparison of physiological and behavioral stress measures by time and condition, using a parametric test (Fischer's
F) for heart rate and a non-parametric test (Kruskal-Wallis test) for electrodermal conductance and movement speed.

N Alone Calm Panic F df p

n Mean (SD) n Mean (SD) n Mean (SD)

Heart rate (bpm)

Mean* 85 29 88.9 (11.4) 27 84.7 (11.1) 29 84.6 (10.8) 1.42 2, 82 .25

0-Start 85 29 87.7 (12.3) 27 85.5 (13.6) 29 83.6 (10.8) 0.80 2, 82 .45

1-Wave 85 29 88.3 (12.7) 27 83.7 (10.7) 29 83.1 (11.5) 1.75 2, 82 .18

2-Alarm 85 29 87.8 (12.0) 27 84.0 (12.7) 29 84.2 (12.7) 0.87 2, 82 .42

3-Escape 76 23 90.7 (11.6) 26 85.4 (12.5) 26 86.0 (11.8) 1.42 2, 73 .25

4-Voice 42 16 94.5 (13.2) 12 85.1 (12.9) 13 85.7 (11.6) 2.60 2, 39 .09

Electrodermal conductance (muS*s)

Mean 85 29 1.6 (2.1) 29 1.3 (1.30) 27 1.33 (1.04) 0.2 2 .93

0-Start 85 29 1.1 (2.4) 29 0.5 (0.9) 27 1.1 (1.3) 3.2 2 .21

1-Wave 85 29 1.5 (2.3) 29 0.9 (1.6) 28 1.1 (1.1) 3.4 2 .18

2-Alarm 85 29 2.8 (3.8) 28 2.3 (2.0) 28 1.9 (2.2) 0.7 2 .70

3-Escape 72 23 1.3 (2.3) 25 1.4 (2.0) 25 1.6 (2.5) 2.1 2 .35

4-Voice 37 13 1.2 (1.7) 13 2.0 (2.6) 13 0.8 (1.6) 2.2 2 .34

Movement speed (m/s)

148
Mean 81 28 1.0 (0.3) 29 0.9 (0.4) 26 0.8 (0.4) 2.1 2, 78 .13

0-Start 81 28 0.8 (0.4) 29 0.5 (0.3) 26 0.6 (0.3) 7.8 2 .02*

1-Wave 80 28 1.5 (0.8) 29 1.2 (0.9) 25 1.1 (0.9) 3.7 2 .15

2-Alarm 78 27 0.9 (0.5) 28 0.8 (0.4) 25 0.8 (0.4) 0.3 2 .88

4-Voice 31 12 0.7 (0.7) 10 1.1 (0.7) 12 1.2 (0.7) 3.3 2 .19

Note 1: * Mean of the total sequence

149
Means and standard deviations of the three dependent variables were calculated for each

time/stimulus per condition (Table 11). This allowed comparison of means between conditions

for each stimulus by ANOVA, or by the Kruskal-Wallis test for electrodermal conductance and

movement speed, as the data were not normally distributed. Overall, there were no significant

differences in any of the three measurements between the conditions for each time/stimulus.

There was only one significant difference between conditions for movement speed at the start

of the scenario (H(2)=7.8, p<.05): speed was significantly higher in the control condition than

in the panic condition (p<.05*) and than in the calm condition (p<.01**).

3. Changes in heart rate during exposure to a virtual tsunami

Figure 10. Observed data on changes in heart rate over time as a function of condition
From the observed heart rate curve (shown in Figure 10), it appears that the heart rate

increased from Time 2, when the alarm was triggered. We therefore proposed a model with a

150
change in slope at Time 2. A random effect on the slope was incorporated only on the second

slope, which showed more variability (AIC = 2533.687, BIC = 2584.598).

For this analysis, 85 participants were considered. The mean scores are presented in Table

3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5. There was a significant

increase in heart rate from Time 2 onwards, i.e., from the triggering of the alarm, b=2.25 95%

confidence interval (IC95%) (0.58, 3.92), p<.01.

There was no significant variation in heart rate before the alarm was triggered (p=.645). The

experimental condition was not significantly associated with changes in heart rate either before

or after the alarm was triggered (respectively for the “Calm” versus “Alone” condition, p=.638,

p=.336, for the “Panic” versus “Alone” condition, p=.368, p=.592). The graph of the fit

between this model and the observed data is presented in Appendix 6 (with diagnosis in

Appendix 7). The model specifically investigating the presence of agents showed similar

results, i.e., no effect of the panic context before or after the alarm (respectively p=.798,

p=.380).

The model investigating only the panic context also showed no difference according to

context, i.e., no effect of panic context (respectively p=.185, p=.937).

It therefore appears that heart rate increased significantly in all participants from the moment

the alarm was triggered.

151
4. Changes in electrodermal conductance during exposure to a virtual
tsunami

Figure 11. Observed data on changes in skin conductance over time as a function of
condition
For this analysis, 85 participants were considered. According to the observed skin

conductance curve (shown in Figure 11), there appears to be an increase in conductance from

the start of the scenario to Time 2, when the alarm is triggered. This appears to be followed by

a decrease. We therefore proposed a model with a change in slope at Time 2, after logarithmic

transformation (log(x+0.5)) of the data, in order to improve the fit of random-effect mixed

models with observed data. A random effect on the slope was incorporated only on the second

slope, which showed more variability (AIC = 903.67, BIC = 954.44). The mean scores are

presented in Table 3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5.

Skin conductance increased significantly until the alarm was triggered: b = 0.29 IC95%

(0.11, 0.46), p<.01. This increase in skin conductance appears to follow on directly from the

triggering of the alarm: mean (SD) Start, Wave and Alarm respectively: 0.89(1.68), 1.15(1.75),

152
2.36(2.79). A Wilcoxon test specifically tested the differences between the 1-Start/2-Wave and

2-Wave/3-Alarm times to determine the moment of increase in skin conductance. It was found

that there was no significant difference between 1-Start/2-Wave, W=1345; p=.188. However,

there was a significant difference between 2-Wave/3-Alarm, W=774; p<.001. We can therefore

consider that the increase in skin conductance, a rather sudden physiological reaction, took

place when the alarm was triggered. Then, after the alarm was triggered, there was a significant

drop in skin conductance b = -0.32 IC95% (-0.54, -0.09), p<.01.

The experimental condition was not significantly associated with changes in electrodermal

conductance either before or after the alarm was triggered (respectively for the “Calm” vs.

“Alone” condition, p=.19, p=.21; for the “Panic” vs. “Alone” condition, p=.62, p=.40). The

graph of the fit between the model and the observed data is presented in Appendix 8 (and the

diagnosis in Appendix 9).

Models specifically investigating the presence of agents or the panic context showed no

significant effect of these variables on skin conductance, either before or after the alarm was

triggered (respectively for the presence of agents, p=0.61; p=0.25; respectively for the panic

context, p=0.19; p=0.79).

It therefore appears that skin conductance rose significantly when the alarm was triggered,

and then fell significantly until the end of the scenario. Furthermore, the results show no effect

of the presence and behavior of others on the evolution of skin conductance.

153
5. Changes in movement speed during exposure to a virtual tsunami

Figure 12. Observed data on the evolution of movement speed over time as a function of
condition
The observed speed curve (shown in Figure 12) shows an increase in speed from the start

of the scenario to Time 1, when the wave appeared. We therefore proposed a model with a

change in slope at Time 1-Wave. A random effect on the slope was incorporated only on the

second slope, which showed more variability (AIC = 558.72, BIC = 605.92). The mean scores

are presented in Table 3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5.

There was a significant increase in movement speed up to wave onset: b = 0.60 95% CI

(0.31, 0.88), p<.001. This increase in movement speed appears to be directly consecutive to the

onset of the wave: mean (SD) Start and Wave respectively: 0.66(0.37), 1.28(0.87). Then,

following wave onset, there was a significant decrease in movement speed: b=-0.45 95% CI (-

0.67, -0.23), p<.001. Experimental condition was not significantly associated with movement

speed at the start of the scenario (“Calm” vs. “Alone” condition, p=.11, “Panic” vs. “Alone”

condition, p=.13). On the other hand, a smaller decrease in movement speed in the “Panic”
154
condition compared to the “Alone” condition was revealed after the onset of the wave: b=0.34

95% CI (0.02, 0.66), p<.05; and the results tend to show the same phenomenon for the “Calm”

condition compared to the “Alone” condition: b=0.27 95% CI (-0.05, 0.58), p=.098. The small

sample size may explain the lack of significance by a lack of statistical power.

The model specifically investigating the presence of agents showed that their presence was

significantly associated with a smaller reduction in movement speed after the alarm was

triggered: b=0.30 95% CI (0.03, 0.57), p<.05, compared with the absence of agents. However,

the presence of an agent was associated neither with the speed’s starting level (p=.07), nor with

its evolution before the alarm (p=.73). A graph of the fit between the model and the data

observed is presented in Appendix 10 (and a diagnosis of the model in Appendix 11).

The model investigating only the panic context showed no association with movement speed

and how it changed at the beginning, before or after the onset of the wave (respectively p=.42;

p=.42; p=.14).

It therefore appears that, whatever the experimental condition, movement speed made a

significant initial jump from the start of the scenario to the appearance of the wave (probably

suddenly at the moment of the wave’s appearance), then fell considerably from the wave’s

appearance to the voice announcement. The presence of agents induced a greater movement

speed after the wave appeared than when the individual was alone (for whom there was a

smaller decrease, with a higher speed maintained).

IV. DISCUSSION
This study enabled us to explore stress reactions and protective behaviors (evacuation) in

the face of natural disasters in situations of exposure to a sudden risk such as a tsunami. The

use of VR enabled us to make use of simulation and implicit measures (physiological and

behavioral), providing a more ecological approach to real-life response.

155
1. A rational response to imminent danger
The first objective focused on the intra-individual aspect of adaptation, aiming to determine

the individual stress response to danger. Measurements of heart rate and electrodermal

conductance revealed that the stress response occurs when the alarm is triggered. Thus,

contrary to our expectations, the stress response seems to occur only once the danger has been

made explicit by a stimulus clearly connoting a threat. An ambiguous stimulus such as the

appearance of the wave was not sufficient here to trigger stress and physiological activation,

suggesting that either the perception of danger is rather delayed, or that it is uncorrelated with

physiological stress reactions. Moreover, the fact that participants in the “Alone” condition

were the only ones who failed to understand that a tsunami was coming corroborates Lindell

& Perry’s PADM model (2012), according to which the behaviors of others are a source of

information. In terms of behavioral response, our results reveal that the participants moved

faster when the wave appeared. If we interpret this increased speed as flight from danger, this

means that participants adopt evacuation behavior even before they have interpreted the

stimulus as a real threat. This therefore runs counter to our second hypothesis, according to

which the protective behavioral response occurs only after explicit danger cues have been

received. However, Mahdavian et al. (2014) had observed a delayed evacuation of residents

despite explicit warnings. Nevertheless, as Charnkol & Tanaboriboon (2006) suggest,

permanent residents may evacuate later than individuals who are temporarily present and

therefore have no particular attachment to a dwelling (as was the case here). It would therefore

be interesting to investigate this question of residence and belonging to a place exposed to risk,

or the role of attachment to one’s place of residence. During the debriefing, moreover, many

participants expressed that they had expected “something to happen”, “without knowing

exactly what”. Thus, even before identifying the wave as a danger, participants were able to

adopt a more cautious attitude than in a real situation and evacuate earlier. An explanation for

the subsequent drop in the speed of movement for all conditions may be found in the fact that
156
participants quickly took shelter on the embankment and would have been waiting or seeking

information about the event. This link between threat perception and evacuation behavior

remains to be investigated.

2. Absence of emotional and behavioral contagion


The second objective of the study focused on the influence of the presence and behavior of

virtual agents on the stress and behavioral reactions of the individual in a disaster situation.

The various models concerning heart rate and electrodermal conductance showed no effect of

the condition on their level or evolution. As far as heart rate is concerned, the lack of effect of

the presence of others on its evolution could be linked to a “plateauing” effect of heart rate and

less variability compared to electrodermal conductance. As the heart rate had already increased

before the virtual agents escaped, it had already reached a certain level of stress and therefore

might be less sensitive to the behavior of others, all the more so as a heart rate changes less

suddenly overall than electrodermal conductance. Nevertheless, the lack of influence of the

presence of others on the evolution of electrodermal conductance tends to demonstrate that

there is indeed no emotional contagion effect. Thus, the hypothesis that the physiological stress

reaction is more intense when virtual agents panic cannot be confirmed here. Regarding the

behavioral reaction, the presence and behavior of virtual agents do not influence the initiation

of an evacuation. However, a smaller reduction in speed was observed in the presence of virtual

agents. Several explanations can be proposed. The presence of virtual agents could have acted

either as a distractor (“Panic” condition) or as a guide (“Calm” condition) in the evacuation

process: panicking virtual agents could have altered the location of the exit and the movement

itself, thus limiting evacuation speed, while calm virtual agents evacuating at a moderate speed

could have prompted participants to adapt their speed to follow or at least observe them, again

reducing movement speed. Moreover, the fact that three participants in the “Panic” condition

claimed to have wanted to help the virtual agents evacuate, thus wasting time, corroborates

157
work reporting altruistic behavior in disaster situations (Barfield & Hendrix, 1995; Quarantelli,

1954). The results therefore run counter to our hypothesis that movement is faster when virtual

agents panic.

V. LIMITS AND CONCLUSION


Certain limitations minimize the generalization of these results. Firstly, the sample is not

representative of the general population, with a relatively young average age of 26.8(SD=9.4)

years. Secondly, the representativeness of VR exposure to a tsunami may be questionable in

relation to actual exposure. Indeed, the rather moderate presence scores call into question the

transferability of our results to a real-life situation. Although Gromer et al. (2019) did not

observe a causal link between the feeling of presence in VR and fear, they admit that this

relationship needs to be investigated further, given the divergent results between studies. In

addition, the tsunami modeled is based on a realistic scenario for this environment, with a fairly

low wave height, far removed from the images conveyed by the media. In fact, during the

debriefing, a number of participants expressed their perplexity at the size of the wave. The

distance between this model and the participants’ representations may have minimized the

danger and thus minimized emotional and behavioral reactions.

Secondly, the rather small sample size puts the statistical power of the random-effects mixed

models into perspective, given the number of variables studied. In addition, the fit of the

electrodermal conductance and speed models is relatively mediocre (Appendices 8 and 9, and

Appendices 10 and 11 respectively). As a result, certain effects, notably that of the presence

and behavior of virtual agents, may have appeared insignificant here due to the small sample

size. However, this observation needs to be qualified according to the meta-analysis by Lanier

et al. (2019), who found that the median number of participants in VR psychology experiments

is 45, with a median number of participants per condition of 25. This sample distribution is

considered sufficient to detect large effects, but not medium-to-small effects (Cohen, 1992,

158
cited by Lanier et al., 2019) and a fortiori with longitudinal modeling as carried out in this

study. The longitudinal modeling performed in this study was preferred as it can consider

missing data over time (owing to technical issues or the escape of participants during the

experiment). In particular, this choice was guided by the need to avoid inducing selection bias

and to allow a longitudinal view of reaction and behavior. Random-effects models, as

implemented in our study, have been shown to improve the validity of estimates (Droulers et

al., 2013; Sequeira & D’Hondt, 2013). Admittedly, one could indeed wonder if the missing

data might not be informative, perhaps indicating emotional levels that trigger escape and

leading to missing data, and should this be so, the model would not minimize the bias properly.

Nevertheless, our results show that premature escape from the experiment was unrelated to the

conditions, allowing us to assert that our results are reliable, particularly concerning the effects

of agent presence. This choice seems appropriate for modeling the stress response via heart

rate, which showed finer results than the time-by-time approach. Nevertheless, it is very

demanding in terms of statistical power and should be implemented with larger sample sizes

in future research, notably to allow non-linear evolutions (by integrating splines into the model

equation). Other types of mathematical modeling could also be used, developed specifically in

the context of using Experience Sampling Method data (data repeated over time via sampling

of measurement times), making it possible to define activation phases for example (Vennin,

2019). The approach of experimentation via virtual reality could greatly benefit from larger

samples in order to implement such finer mathematical or statistical methods to inform more

detailed stress and behavioral reactions after a natural disaster.

Finally, there are some limitations to the operationalization of escape behavior in terms of

movement speed. It can be considered that it is also dependent on the participant’s movement

path and position in the environment, since they are free to move from the start of the scenario.

For example, the further away a person is from the exits, the faster they will have to move to

159
reach them before the tsunami arrives, or a person may wish to move quickly from the start of

the scenario before the wave appears, simply to explore the environment, which is therefore

not indicative of escape behavior.

Nevertheless, the results of this study corroborate the assertion of previous work that crowd

panic behavior during natural disasters is more a myth relayed by the media than a scientific

reality (Barfield & Hendrix, 1995; Hiroi et al., 1985; Quarantelli, 1954). Not only did the

individuals exposed to the tsunami not react irrationally to the danger, but the panic behavior

simulated by the virtual agents did not seem to have led them to panic in their turn. Thus, we

did not observe any emotional or behavioral contagion in this context, and some participants

even engaged in self-help behaviors instead. Certain participants’ early evacuation preceding

their stress reaction testifies to the prudence and rationality of behavior adapted to the

circumstances. Helton et al. (2013) complement this notion of rationality with the idea that

seemingly irrational behaviors (e.g., heading towards the risk zone) may in actual fact simply

be founded on seeking information, and can therefore be reduced by better communication. In

terms of risk management on the ground, it may be advisable to specify the nature of the hazard

at an early stage, identifiable for example by a specific alarm, but also to ensure that inhabitants

and non-permanent residents have the opportunity to learn how to recognize it. Indeed, the

nature of the hazard determines the location of the danger or safety zones, so it is essential to

guide people in the right direction, and as early as possible. The capacity of keeping a certain

critical distance in individuals exposed to natural disasters must therefore be taken into account

in risk management strategies, and be optimized by better communication during such events.

160
ETUDE 4 : L’adaptation collective à un risque au long cours :
l’acceptabilité de stratégies d’adaptation à l’érosion côtière selon
la temporalité future
I. METHODOLOGIE
1. Rappel des objectifs
La première étude, mobilisant une approche des représentations sociales, a permis de

constater le poids de la dimension temporelle dans l’adaptation aux risques côtiers. Elle a

également montré que les habitants sont plus à même de se représenter les stratégies

d’adaptation collective plutôt que d’adaptation individuelle, et que les propriétaires des

résidences secondaires ont plus de difficultés à se représenter les risques côtiers et surtout

l’adaptation à ceux-ci. Les représentations sociales des risques côtiers reposent en partie sur

les attentes et projection des individus, malgré des difficultés certaines à anticiper aussi bien

l’évolution des risques que les stratégies d’adaptation nécessaires à l’avenir. L’un des résultats

importants de cette étude reposait sur le fatalisme de certains habitants quant à l’inéluctabilité

de la submersion de terres autrefois gagnées sur la mer. Cela offre donc une perspective positive

à d’éventuelles stratégies de recul pour ces territoires (Rulleau et al., 2015). En parallèle, nous

avons constaté que parmi les méthodes d’adaptation publique citées, la plupart du discours se

centre sur la lutte active (par des méthodes dures ou douces), tandis que la recomposition

spatiale est moins « populaire », et le laisser-faire quasiment pas évoqué. Ainsi, entre une

projection future laissant entrevoir une possible acceptation de la recomposition spatiale, et un

discours pourtant ancré sur les approches plus classiques, se pose la question de l’acceptabilité

sociale de ces différentes stratégies, et du rôle de la dimension temporelle.

L’acceptabilité sociale est un concept aux nombreuses définitions. S’agissant de

l’acceptabilité sociale d’aménagements du territoire et des nuisances/risques associés, certaines

approches proposent l’acceptabilité sociale en tant que résultat, notamment au travers

d’attitudes ou de comportements, tandis que d’autres la considèrent comme un processus

161
dynamique en se centrant sur les processus d’évaluation de la part du public (Batellier, 2016).

Quelle que soit l’approche, la question se pose de connaître les facteurs d’acceptabilité afin de

mieux comprendre le rapport du public aux projets d’adaptation et de gestion des risques

côtiers. Une faible perception du risque peut être associée à une approche individualiste de la

gestion des risques côtiers (Dachary-Bernard et al., 2019), on peut donc imaginer que le niveau

de perception du risque soit associé à l’acceptabilité de stratégie d’adaptation publique ayant

un coût et un impact relatifs à de nombreux habitants (Lima, 2006b). Ensuite, l’attachement au

lieu est souvent révélé comme impactant l’acceptabilité sociale de projets d’aménagement,

mais cet impact n’est pas clairement déterminé dans la littérature (Amundsen, 2015; King et

al., 2014; Philippenko et al., 2021). Certaines stratégies permettent de maintenir des aménités

coûte que coûte dans une vision statique du territoire (lutte active), tandis que d’autres

proposent au contraire des évolutions aussi bien physiques qu’en termes de pratiques ou de

valeurs (recomposition spatiale). On peut supposer qu’un attachement fort au lieu favorise des

stratégies conservant au mieux les qualités actuelles du lieu. Enfin, le manque de confiance

dans les institutions serait associé à un rejet des mesures contraignantes d’adaptation

(Philippenko et al., 2021), et la confiance dans les institutions à une adhésion aux stratégies de

gestion des risques côtiers, qu’il s’agisse de la relocalisation ou de la lutte active (Jones &

Clark, 2014). De plus, le sentiment d’injustice aussi bien procédurale que distributive dans le

cadre de la gestion du territoire et des risques est une cause de rejet de certains aménagements

(Batel, 2022; Jones & Clark, 2014; Rey-Valette et al., 2019; Visschers & Siegrist, 2012).

L’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation au risque est particulière puisqu’elle relève

de l’évaluation d’un objet constituant à la fois une solution et de possibles nuisances ou risques.

Elle consiste donc entre autres en une évaluation coût -bénéfice à l’échelle locale,

contrairement aux projets d’aménagements souvent étudiés dans la littérature, dont les

bénéfices sont à plus large échelle que les risques. Il est donc possible d’emprunter à la fois au

162
concept d’acceptabilité sociale dans le champ de la psychologie environnementale (Batel,

2022; Casal & Devine-Wright, 2014; Lima, 2006b), et à celui de l’acceptabilité des nouvelles

technologies ou des solutions (Boissonade et al., 2016; Dubois & Bobillier-Chaumon, 2010).

D’une part, de nombreux modèles ou approches tels que la Théorie du Comportement Planifié

(Ajzen, 1991), les Modèles d’Acceptabilité des Technologies (Davis, 1989), l’UTAUT 2

(Unified Theory of Acceptance and Use of Technology2) (Venkatesh et al., 2012), la crédibilité

de l’outil (Fogg & Tseng, 1999) ont mis en avant diverses variables pour modéliser

l’acceptabilité sociale d’outils technologiques : les normes subjectives, l’utilisabilité,

l’efficacité perçue, la crédibilité de la solution, l’attitude envers la solution, la motivation

hédonique à adopter une solution. D’autre part, l’acceptabilité sociale de projets

d’aménagement a largement été démontrée comme dépendant du contexte et de la dynamique

d’application du projet (Batellier, 2016) et donc des facteurs cités plus haut (perception du

risque, attachement au lieu, confiance dans les institutions, sentiments de justice). Nous

proposons de combiner ces deux approches en évaluant dans quelle mesure le résultat d’une

stratégie d’adaptation est accepté en fonction du processus et du contexte de sa mise en place

en amont. L’étude se centre sur le risque d’érosion côtière, caractérisé par son évolution lente,

observable et prévisible. L’acceptabilité de la stratégie d’adaptation est ici mesurée au travers

de l’attitude à l’égard de cette stratégie et de sa crédibilité, mais également de ses

conséquences : son efficacité perçue face au risque, son impact hédonique. Nous émettons

plusieurs hypothèses relatives aux facteurs associés à l’acceptabilité sociale des différentes

stratégies d’adaptation publique. Nous émettons plusieurs hypothèses relatives au processus de

mise en place des stratégies d’adaptation, selon lesquels l’acceptabilité sociale de toute

stratégie :

• Est positivement associée au sentiment de justice quelle que soit la stratégie

considérée (H1a),

163
• Est associée à la mise en place à court terme de la stratégie (H1b),

• Est associée à la mise en place à long terme de la stratégie (H1b),

• Est associée à la mise en place définitive de la stratégie (H1d),

• Est positivement associée à la faisabilité de la stratégie (H1e).

Nous émettons également plusieurs hypothèses relatives au contexte de la mise en place des

stratégies, selon lesquelles l’acceptabilité sociale de toute stratégie est associée à la perception

du risque (H2a), à l’attachement au littoral (H2b), à la confiance dans les institutions (H2c),

aux normes subjectives (H2d), au statut résidentiel (H2e).

Nous émettons également l’hypothèse que, comme souvent présenté dans la littérature, la

stratégie de lutte active est plus acceptable que celles de recomposition spatiale ou de laisser-

faire (H3) (Chadenas et al., 2023; King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Rey-

Valette & Rulleau, 2016).

2. Contexte
L’adaptation préventive aux risques côtiers repose en grande partie sur des stratégies

planifiées de grande ampleur menées à l’échelle du territoire. On peut distinguer trois grandes

tendances en France : la stratégie de lutte active visant à maintenir le trait de côte

essentiellement au moyen de protection en « dur » ou de solutions fondées sur la nature, le

laisser-faire n’intervenant aucunement sur l’évolution du trait de côte en visant une stabilisation

naturelle du trait de côte, la relocalisation/recomposition spatiale, qui consiste en l’acquisition

des biens exposés et leur relocalisation en arrière-littoral, incluant parfois la renaturation de la

zone constituant une zone tampon (OR2C, 2022).

Cette étude porte sur l’adaptation de la plage du Goulet (France), dont cinq habitations

(quatre en résidence secondaire) sont exposées à plus ou moins court-terme au risque d’érosion

côtière. Dans une démarche d’intégration de l’ensemble des acteurs à la réflexion sur

164
l’adaptation du territoire au changement climatique, des ateliers participatifs ont d’abord été

menés par l’équipe de chercheurs. Ces ateliers avaient pour but d’une part d’esquisser des pistes

de réflexion et d’autre part de mettre les citoyens en situation de réfléchir à la gestion des

risques côtiers afin également de les sensibiliser aux différents enjeux. Quatre ateliers ont été

organisés auxquels des habitants et anciens élus de la commune et des communes avoisinantes

ont participé. Le premier atelier consistait à redéfinir collectivement les concepts clefs de la

gestion du trait de côte. Le second consistait en un parcours commenté in situ sur deux lieux

emblématiquement exposés au risque d’érosion afin de présenter les enjeux, une seconde phase

visant à présenter les différentes stratégies d’adaptation et méthodes associées. Le troisième

atelier consistait en l’élaboration collective, par groupes, de stratégie d’adaptation pour le site.

Les participants étaient assistés au besoin par des géographes mais avec une intervention

minimale de la part de ces derniers. Les trois groupes d’habitants constitués pour cet atelier ont

proposé chacun un scénario différent, proposant tous une évolutivité des stratégies dans le

temps. Ces scénarios reprennent les trois grandes stratégies de gestion de trait de côte. Le

premier groupe propose une stratégie de lutte active avec renforcement des infrastructures

croissante dans le temps. Le second groupe propose une stratégie de laisser-faire avec un

maintien à court-terme du trait de côte. Le troisième groupe propose la protection à court-terme

des enjeux au moyen de méthodes souples puis la relocalisation à long terme de l’ensemble des

enjeux. Ces trois scénarios ont fait l’objet de représentations paysagères ainsi que d’une

estimation des coûts par année sur le long terme. Un quatrième atelier permettait enfin

d’échanger autour de ces trois scénarios avec l’appui des informations précitées.

À la suite de ce processus de réflexion participative, une enquête quantitative par

questionnaire a été menée auprès d’un échantillon plus large d’habitants de ces mêmes

communes afin de répondre aux objectifs de cette étude. Cette enquête consistait à présenter

165
les trois grandes stratégies d’adaptation et d’évaluer l’acceptabilité de chacune de ces stratégies

ainsi que ses facteurs déterminants.

3. Matériel et opérationnalisation des variables


a. Stratégies d’adaptation
Les stratégies étaient représentées sous forme de représentations paysagères (Figure 13)

accompagnées d’un bref descriptif oral. L’acceptabilité de chaque stratégie était mesurée à la

suite de sa présentation. L’ordre de présentation des stratégies variaient aléatoirement entre les

participants afin d’éviter tout effet d’ordre.

Figure 13: Représentations paysagères des trois stratégies d'adaptation à l'érosion


b. Mesures
Les différentes mesures de cette étude sont tirées ou inspirées de divers travaux et modèles

préexistants sur l’acceptabilité sociale.

1. Variables relatives à l’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation


L’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation a été mesurée auprès de l’ensemble des

participants pour chacune des trois stratégies et au travers de quatre variables mesurées sur une

échelle de 1 à 5 par des items ad-hoc :

• L’attitude à l’égard de la solution (Ajzen, 1991; Fishbein & Ajzen, 1975) a été mesurée

par l’item suivant : « Ce scénario me correspond parfaitement » ;

166
• L’efficacité perçue (Davis, 1989; Terrade et al., 2010; Venkatesh et al., 2012) de la

stratégie face au risque d’érosion a été mesurée par l’item suivant : « Ce scénario est la

meilleure stratégie à adopter pour s’adapter à l’érosion du littoral » ;

• La crédibilité de la stratégie a été mesurée par trois items mesurant chacun la crédibilité

de réputation (« D’après ce que j’ai entendu sur le sujet, ce scénario semble crédible »),

la crédibilité de surface (« D’après ce que je vois sur les documents ici, ce scénario

semble crédible »), la crédibilité liée à l’expérience (« D’après mon expérience des

risques côtiers, ce scénario semble crédible ») (Fogg & Tseng, 1999) ;

• L’impact hédonique (Brown & Venkatesh, 2005; Venkatesh et al., 2012) de la stratégie

a été mesurée par deux items : « Ce scénario est celui qui prend le plus en compte l’aspect

paysager », « Ce scénario est compatible avec mes pratiques du bord de mer ».

2. Variables relatives au processus d’application des stratégies


Les variables explicatives relatives au processus d’application des stratégies d’adaptation

ont été mesurées pour chacune des trois stratégies sur une échelle de 1 à 5 par des items ad-

hoc :

• La faisabilité (Davis, 1989; Terrade et al., 2010) de la stratégie a été mesurée au moyen

de trois items (« Ce scénario est techniquement simple à mettre en place », « Ce scénario

est soutenable économiquement », « Ce scénario est acceptable politiquement ») ;

• Les normes subjectives (Ajzen, 1991) ont été mesurées grâce à deux items (« Les

personnes qui sont importantes pour moi me recommanderaient ce scénario », « Les

autres habitants me recommanderaient de choisir ce scénario ») ;

• L’application à court terme à été mesurée par l’item « Ce scénario doit s’appliquer dès

maintenant » ;

167
• L’application à long terme a été mesurée par l’item « Ce scénario doit s’appliquer plus

tard » ;

• L’application définitive a été mesurée par l’item « Ce scénario doit être définitif »).

3. Variables relatives au contexte d’application des stratégies


Les variables explicatives relatives au contexte d’application de la stratégie d’adaptation ont

été mesurées une fois pour chaque participant avant de présenter les trois scénarios :

• La perception du risque a été mesurée par une version courte (4 items) créée ad-hoc à

partir de la Coastal Flooding Risk Perception (CFRP) (Lemée et al., 2018), et adaptée

ici pour le risque d’érosion. Sur les 14 items de l’échelle d’origine, l’item contribuant

le plus à chaque dimension dans l’étude de Lemée et al. (2018) a été conservé pour

chacune des quatre dimensions (augmentation du risque, peur du risque, vulnérabilité

collective, méconnaissance du risque). Pour chaque item, les participants devaient

répondre dans quelle mesure ils étaient en accord avec l’affirmation sur une échelle en

cinq points ;

• L’attachement au littoral a été mesuré par une version courte (4 items) créée ad-hoc à

partir de l’échelle d’attachement et d’identité de lieu de Hernández et al. (2007) et

adaptée ici pour le littoral. Sur les 12 items, 4 ont été conservés, 1 (sur 4 items) pour la

dimension d’identité de lieu, et 3 (sur 8 items) pour la dimension attachement au lieu.

Pour chaque item, les participants devaient répondre dans quelle mesure ils étaient en

accord avec l’affirmation sur une échelle en cinq points ;

• La confiance dans les institutions a été mesurée par une échelle ad-hoc inspirée des

travaux de (Siegrist, 2019; Siegrist et al., 2005). L’échelle interroge la confiance en

neuf institutions (Europe, Etat, région, département, intercommunalité, commune,

experts scientifiques, secteur privé, associations de riverains). Pour chacune d’elle, le

168
participant devait indiquer sur deux échelles en cinq points sa confiance en les

compétences de l’institution, et la fiabilité de cette institution. Ces deux scores ont été

additionnés afin d’obtenir un score total de confiance dans chacune des institutions ;

• Le sentiment de justice a été mesuré par quatre items ad-hoc, deux relatifs à la justice

procédurale (« En tant que citoyen, je peux agir sur le choix des stratégies d’adaptation

à l’érosion du littoral mises en place », « J’estime ne pas être impliqué.e dans les

stratégies d’adaptation à l’érosion du littoral ») et deux relatifs à la justice distributive

(« Je ressens un sentiment d’injustice de voir cet environnement modifié alors que

d’autres ne le seront pas », « Face à l’érosion du littoral, il est normal que l’on mette

en place des stratégies d’adaptation »). Pour chaque item, les participants devaient

indiquer leur degré d’accord sur une échelle en cinq points. Un score total de sentiment

de justice a été calculé en additionnant ces deux scores.

Le statut résidentiel a également été interrogé afin de dissocier les résidents principaux et

les résidents secondaires.

4. Participants
164 habitants de la commune exposée et des communes avoisinantes ont été interrogés. Cent

trente-trois connaissaient la plage du Goulet. La répartition par genre est plutôt équilibrée

(Tableau 12). La surreprésentation de participants de plus de soixante ans, et la sous-

représentation de la tranche d’âge la plus jeune reflètent la composition de la population locale

d’origine.

Tableau 12: Répartition des participants par genre et classes d'âge


Tranches d’âge Hommes Femmes Total
18-29 ans 6 8 14
30-59 ans 23 31 54
60-74 ans 30 35 65
75 et plus 10 21 31
Total 69 95 164

169
5. Plan d’analyse statistique
La cohérence interne des différentes mesures a été calculée par un α de Cronbach lorsque

cette mesure est considérée comme unidimensionnelle, et par le ω de McDonald lorsque la

mesure est multidimensionnelle (Orçan, 2023).

Une MANOVA (test de Pillai) a permis de comparer la combinaison des quatre variables

relatives à l’acceptabilité sociale entre chacune des trois stratégies. Des ANOVAs ont ensuite

été appliquées à chacune de ces quatre variables pour identifier plus précisément comment

l’acceptabilité diverge entre les trois stratégies. Des tests post-hoc ont également permis de

comparer les stratégies deux à deux lorsque les ANOVAs étaient significatives.

Ensuite, afin de réduire le nombre de variables explicatives (Field et al., 2012), une Analyse

en Composantes Principales (ACP) a été menée sur les scores de l’échelle de confiance dans

les institutions, permettant de passer de neuf à trois variables.

Puis, les corrélations entre les différentes variables déterminées relatives à l’acceptabilité

sociale (attitude, efficacité, crédibilité, impact hédonique) ont été calculées, afin de pouvoir

ensuite appliquer une régression multiple multivariée pour mesurer les liens entre la

combinaison des variables dépendantes (relatives à l’acceptabilité sociale) et l’ensemble des

variables indépendantes (perception du risque, attachement au littoral, sentiment de justice,

mise en place à court terme, à long terme, définitive, faisabilité perçue, normes subjectives).

Les régressions multivariées n’ont été appliquées qu’à 132 participants : les différentes

mesures comportaient la possibilité de répondre « Ne sait pas » ce qui a réduit le nombre de

réponses complètes. Des régressions multiples ont ensuite été appliquées afin de détailler les

liens entre chaque variable dépendante et l’ensemble des variables indépendantes. Une

MANOVA a enfin été appliquée entre la combinaison des variables relatives à l’acceptabilité

170
sociale comme variable dépendante et le statut résidentiel (résidence principale ou secondaire)

comme facteur.

II. RÉSULTATS
1. Cohérence interne des mesures
L’attachement présente un ω de McDonald satisfaisant (α=.72). La perception du risque

indique une cohérence faible (α=.41) qui remonte à un niveau moyen (α=.47) en supprimant le

troisième item relatif à la méconnaissance du risque. Cette variable n’étant mesurée que par

trois items et le résultat du calcul de cohérence interne étant souvent assez faible lorsqu’il y a

peu d’items, la variable est malgré tout conservée. La confiance dans les institutions présente

une cohérence interne satisfaisante (α=.76). Le sentiment de justice présente un α très faible

(α=.30), mais passe à un niveau moyen en supprimant les deux items relatifs à la justice

distributive (α=.57). Les deux autres items sont conservés et la variable relative au sentiment

de justice devient donc uniquement relative au sentiment de justice procédurale. La crédibilité

de la stratégie d’adaptation a été mesurée pour chacune des trois stratégies, et présente un α

très élevé pour chacun (lutte active : α=.99 ; Recomposition spatiale : α=.99 ; Laisser-faire :

α=.99). La faisabilité présente une cohérence interne satisfaisante étant donné qu’elle n’est

mesurée que par trois items (lutte active : α=.52 ; Recomposition spatiale : α=.61 ; Laisser-

faire : α=.62). L’impact hédonique présente une cohérence interne élevée pour les trois

stratégies (lutte active : α=.88 ; Recomposition spatiale : α=.91 ; Laisser-faire : α=.92), de

même pour les normes subjectives (lutte active : α=.83 ; Recomposition spatiale : α=.83 ;

Laisser-faire : α=.62).

2. Comparaison de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation


Bien que les données ne soient pas normalement distribuées, la MANOVA est considérée

comme un test robuste tant que l’échantillon est équilibré et qu’il dépasse les 20 mesures par

groupe et par variable, ce qui est le cas ici. Le test montre que l’acceptabilité sociale varie

171
significativement selon la stratégie d’adaptation évaluée (F(8, 866)=31.63, p<.001). Les

ANOVAs non paramétriques appliquées par le test de Kruskal-Wallis mettent en évidence une

différence significative entre les stratégies pour l’ensemble de ces variables déterminées.

Tableau 13: MANOVA appliquée à la combinaison de variables relatives à l'acceptabilité des


stratégies
Variable dépendante Facteur Statistique ddl p Rang ε²

Attitude à l’égard de la stratégie Stratégie 62.15 2 < .001 0.23

Crédibilité de la stratégie Stratégie 17.24 2 <.001 0.07

Efficacité perçue de la stratégie Stratégie 54.61 2 <.001 0.20

Impact hédonique de la stratégie Stratégie 108.87 2 <.001 0.33

Le test non-paramétrique post-hoc de Dunn met en évidence que l’attitude positive à l’égard

de la stratégie de recomposition spatiale (m=4.08, ET=1.23) est significativement supérieure à

l’attitude à l’égard de la stratégie de lutte active (m=2.48, ET=1.44) (p<.001), ou de laisser-

faire (m=2.46, ET=1.57) (p<.001). L’impact hédonique de la stratégie de recomposition

spatiale (m=9.42, ET=1.40) est significativement supérieur à celui de la stratégie de lutte active

(m=5.23, ET=3.12) (p<.001), ou de laisser-faire (m=5.62, ET=3.14) (p<.001). La crédibilité de

la stratégie de recomposition spatiale (m=11.58, ET=4.31) est significativement supérieure à

celle de la stratégie de lutte active (m=10.04, ET=4.69) (p<.01), ou de laisser-faire (m=8.40,

ET=4.92) (p<.001). L’efficacité perçue de la stratégie de recomposition spatiale (m=3.90,

ET=1.29) est significativement supérieure à celle de la stratégie de lutte active (m=2.45,

ET=1.41) (p<.001), ou de laisser-faire (m=2.34, ET=1.56) (p<.001).

3. Réduction des dimensions de la confiance dans les institutions


L’ACP est basée sur la matrice de corrélations entre les items et sur une rotation oblique

(promax). Le nombre de composantes de l’ACP a été déterminé à partir du scree plot (Figure

14) et du critère de Keiser (K>1) laissant apparaître trois composantes (Tableau 14) : la

composante 1 correspond aux institutions locales, la composante 2 aux institutions globales, la

172
composante 3 aux experts et associations. L’ensemble des items sont donc conservés. Les

caractéristiques des composantes sont détaillées dans le Tableau 15. L’ensemble des valeurs

KMO est supérieur à .60 indiquant une « factoriabilité » moyenne voire bonne pour l’ensemble

des items (Berger, 2021). Les composantes 1 et 2 présentent une corrélation de .20, les

composantes 2 et 3 présentent une corrélation de .22, et les composantes 1 et 3 une corrélation

de .25.
Figure 14: Scree plot de l'ACP relative à la confiance dans les institutions

Tableau 14: Composantes issues de l'ACP relative à la confiance dans les institutions
Comp. 1 Comp. 2 Comp. 3 Singularité
Département .91 .16
Intercommunalité .86 .25
Région .82 .20
Commune .77 .40
État .84 .24
Europe .83 .28
Experts scientifiques .76 .38
Secteur privé .69 .44
Associations de riverains .61 .64

Tableau 15: Caractéristiques des composantes issues de l'ACP


Solution non rotative Solution rotative
Variance Poids de la somme des Variance
Eigenvalue Cumulative Cumulative
proportionnelle carrés proportionnelle
Comp. 1 3.33 0.37 0.37 2.90 0.32 0.32
Comp. 2 1.61 0.18 0.55 1.65 0.18 0.51

173
Solution non rotative Solution rotative
Variance Poids de la somme des Variance
Eigenvalue Cumulative Cumulative
proportionnelle carrés proportionnelle
Comp. 3 1.09 0.12 0.67 1.48 0.16 0.67
4. Facteurs d’acceptabilité sociale des trois stratégies d’adaptation
a. Stratégie de lutte active
Les hypothèses de normalités multivariées et bivariées étant réfutées, un test non-

paramétrique de Spearman a été appliqué pour calculer les corrélations entre chacune des

variables relatives à l’acceptabilité du scénario de lutte-active. Ce test montre des corrélations

significatives entre presque l’ensemble des variables (Tableau 16).

Tableau 16: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de


lutte active
Variable Attitude Efficacité perçue Crédibilité Impact hédonique
ρ —
Attitude
p —
ρ 0.92 —
Efficacité perçue
p < .001 —
ρ 0.14 0.16 —
Crédibilité
p .10 .05 —
ρ 0.25 0.26 0.50 —
Impact hédonique
p < .01 < .01 < .001 —
Ensuite, la régression multivariée (test de Pillai) montre que la combinaison des variables

relative à l’acceptabilité de la stratégie de lutte active est significativement liée à la confiance

dans les experts et associations, à l’application de la stratégie à court terme et à long terme, et

aux normes subjectives (Tableau 17). Le graphique de distribution des résidus montre une

répartition proche de la normalité (Annexe 12).

Les régressions multiples appliquées à chaque variable dépendante montrent que l’impact

hédonique (R² ajusté=.31) est positivement lié à la faisabilité de la stratégie (β=0.15, p<.05)

ainsi qu’aux normes subjectives (β=0.46, p<.001). L’attitude (R² ajusté=.69) est négativement

associée à la confiance dans les experts et association (β=-0.16, p<.01), et positivement à

l’application à court terme (β=0.61, p<.001), à long terme (β=0.24, p<.001), et définitive

(β=0.18, p<.05). L’efficacité perçue (R² ajusté =.67) est positivement associée à l’application

174
de la stratégie à court terme (β=0.59, p<.001), à long terme (β=0.19, p<.01), et définitive

(β=0.22, p<.01), et est négativement associée à la confiance dans les experts et associations

(β=-0.11, p<.05). Enfin, la crédibilité de la stratégie de lutte active (R² ajusté =.27) est

positivement associée aux normes subjectives (β=0.46, p<.001). Un test de corrélation non-

paramétrique (ρ de Spearman) montre que les résultats relatifs à l’application à court terme

sont positivement corrélés à l’application à long terme (ρ =.27, p<.001).

Tableau 17: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de


lutte active
Ddl F N Ddl Den Ddl p
Attachement au lieu 1 1.01 4 131 .40
Perception du risque 1 1.10 4 131 .36
Sentiment de justice procédurale 1 0.71 4 131 .59
Confiance dans les institutions locales 1 1.79 4 131 .13
Confiance dans les institutions globales 1 0.85 4 131 .50
Confiance dans les experts et associations de 1 3.08 4 131 <.05*
riverains
Faisabilité de la stratégie 1 1.74 4 131 .14
Application à court terme 1 28.55 4 131 <.001***
Application à long terme 1 5.01 4 131 <.05*
Application définitive 1 2.52 4 131 .08
Normes subjectives 1 10.94 4 131 <.001***
La MANOVA visant à déterminer le lien entre l’acceptabilité de la lutte active avec le statut

résidentiel ne montre aucune différence significative (F(4, 116)=1.32, p=.27).

b. Stratégie de recomposition spatiale


Les hypothèses de normalités multivariées et bivariées étant réfutées, un test non-

paramétrique de Spearman a été appliqué entre chacune des variables relatives à l’acceptabilité

du scénario de recomposition spatiale. Nous observons une corrélation significative parfois

élevée entre quasiment l’ensemble des variables constituant l’acceptabilité de la stratégie

(Tableau 18).

175
Tableau 18: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
recomposition spatiale
Variable Attitude Efficacité perçue Crédibilité Impact hédonique
ρ —
Attitude
P —
ρ 0.76 —
Efficacité perçue
P < .001 —
ρ -0.01 0.04 —
Crédibilité
P .87 .65 —
ρ -0.02 0.07 0.40 —
Impact hédonique
p .79 .39 < .001 —
La régression multivariée montre que la combinaison des variables constituant

l’acceptabilité de la stratégie de recomposition spatiale est significativement et positivement

liée à la faisabilité de la stratégie, à son application à court terme, à son application à définitive

(Tableau 19). Le graphique de distribution des résidus se rapproche d’une distribution normale

(Annexe 13). La régression multiple appliquée à l’attitude à l’égard de cette stratégie (R² ajusté

=.48) montre qu’elle est associée à son application à court terme (β=0.49, p<.001) et définitive

(β=0.32, p<.001). La crédibilité de cette stratégie (R² ajusté =.16) est significativement associée

à sa faisabilité (β=0.35, p<.001). Son efficacité (R² ajusté =.54) est positivement associée à sa

faisabilité (β=0.15, p<.05), son application à court terme (β=0.50, p<.001) et définitive

(β=0.32, p<.001). Enfin, l’impact hédonique de cette stratégie (R² ajusté =.12) est

significativement associé aux normes subjectives (β=0.26, p<.01).

Tableau 19: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de


recomposition spatiale
Ddl F N Ddl Den Ddl p
Attachement au lieu 1 1.56 4 131 .19
Perception du risque 1 1.05 4 131 .39
Sentiment de justice procédurale 1 1.37 4 131 .25
Confiance dans les institutions locales 1 1.25 4 131 .29
Confiance dans les institutions globales 1 0.56 4 131 .69
Confiance dans les experts et associations de 1 0.25 4 131 .91
riverains
Faisabilité de la stratégie 1 5.92 4 131 <.001***
Application à court terme 1 14.74 4 131 <.001***

176
Application à long terme 1 0.64 4 131 .63
Application définitive 1 6.43 4 131 <.001***
Normes subjectives 1 2.32 4 131 .06

La MANOVA visant à déterminer le lien entre l’acceptabilité de la recomposition

territoriale et le statut résidentiel ne montre aucune différence entre les résidents principaux et

secondaires (F(4, 116)=1725.19, p=.87).

c. Stratégie de laisser-faire
Les hypothèses de normalités multivariées et bivariées étant réfutées, un test non-

paramétrique de Spearman a été appliqué entre chacune des variables relatives à l’acceptabilité

du scénario de laisser-faire. Nous observons une corrélation significative parfois élevée entre

quasiment l’ensemble des variables constituant l’acceptabilité de la stratégie de laisser-faire

(Tableau 20).

Tableau 20: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de


laisser-faire
Variable Attitude Efficacité perçue Crédibilité Impact hédonique
ρ —
Attitude
p —
ρ 0.85 —
Efficacité perçue
p < .001 —
ρ 0.34 0.34 —
Crédibilité
p < .001 < .001 —
ρ 0.12 0.17 0.50 —
Impact hédonique
p .15 < .05 < .001 —
La régression multivariée montre que la combinaison des quatre variables constituant

l’acceptabilité du résultat de la stratégie de laisser-faire est liée au sentiment de justice

procédurale, à la confiance dans les experts et les associations, à la faisabilité de la stratégie, à

sa mise en place à court terme, à long terme et définitive, et aux normes subjectives (Tableau

21). Le graphique de distribution des résidus se rapproche d’une distribution normale (Annexe

14). L’attitude (R² ajusté =.68) est significativement et positivement associée à l’attachement

au littoral (β=0.11, p<.05), à la confiance dans les institutions locales (β=0.11, p<.05), à

l’application à court terme de la stratégie (β=0.41, p<.001) mais également à long terme

177
(β=0.26, p<.001) et définitive (β=0.27, p<.01). La crédibilité de la stratégie (R² ajusté =.23) est

significativement liée à sa faisabilité (β=0.32, p<.001), à l’attachement au littoral (β=0.18,

p<.05), et aux normes subjectives (β=0.17, p<.05). L’efficacité de cette mesure (R² ajusté =.75)

est associée négativement au sentiment de justice procédurale (β=-0.10, p<.05), et positivement

à son application à court terme (β=0.47, p<.001), à long terme (β=0.15, p<.05) et définitive

(β=0.33, p<.001). Enfin, l’impact hédonique de la stratégie de laisser-faire (R² ajusté =.25) est

associé positivement à sa faisabilité (β=0.26, p<.001), à son application à court terme (β=0.10,

p<.001) et à la confiance dans les experts et associations (β=0.17, p<.05).

Un test de corrélation non-paramétrique (ρ de Spearman) montre une corrélation positive

entre l’application à court terme et l’application à long terme (ρ =.53, p<.001), ainsi qu’entre

l’application à court terme et l’application définitive (ρ =.79, p<.001) et l’application à long

terme et l’application définitive (ρ =.68, p<.001).

Tableau 21: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de


laisser-faire
Ddl F N Ddl Den Ddl p
Attachement au lieu 1 2.38 4 131 .05
Perception du risque 1 1.65 4 131 .16
Sentiment de justice procédurale 1 3.25 4 131 <.05*
Confiance dans les institutions locales 1 1.62 4 131 .17
Confiance dans les institutions globales 1 0.61 4 131 .65
Confiance dans les experts et associations 1 3.41 4 131 <.05*
de riverains
Faisabilité de la stratégie 1 5.76 4 131 <.001***
Application à court terme 1 13.12 4 131 <.001***
Application à long terme 1 4.00 4 131 <.01**
Application définitive 1 4.43 4 131 <.01**
Normes subjectives 1 4.40 4 131 <.01**
La MANOVA visant à déterminer le lien entre l’acceptabilité du laisser-faire et le statut

résidentiel ne monte aucune différence significative (F(4, 116)=0.57, p=.69).

178
III. DISCUSSION
1. Acceptabilité de la recomposition spatiale
Cette étude visait d’une part à déterminer l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation

publique face à l’érosion côtière, et d’autre part à déterminer les facteurs associés à cette

acceptabilité. Contrairement à ce qui était attendu (H3), la stratégie de recomposition

spatiale/relocalisation est largement plébiscitée par les participants de l’étude. La littérature

démontre pourtant qu’elle est généralement très peu populaire (Chadenas et al., 2023; King et

al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Rey-Valette & Rulleau, 2016). Plusieurs

phénomènes pourraient expliquer ce résultat. Le premier, plus évident, est le fait que les

participants à l’étude ne sont pas les habitants qui seraient concernés directement par une

relocalisation (Rey-Valette & Rulleau, 2016). Cette étude était appliquée à une plage française

au bord de laquelle se situent cinq habitations, dont quatre en résidence secondaire et dont les

propriétaires résident à l’étranger. Ces résidents étaient donc difficilement joignables, et surtout

trop peu nombreux pour permettre l’approche quantitative appliquée ici. Néanmoins les études

rapportant un rejet de la relocalisation ne concernaient pas uniquement des résidents

directement concernés par le projet. L’acceptabilité de cette stratégie pourrait donc être aussi

bien liée à un changement de posture vis-à-vis de la relocalisation qu’à la distance de cette zone

concernée. De plus, la première étude de cette thèse montrait que, bien que cette stratégie soit

très peu évoquée spontanément, donc certainement encore faiblement représentée, les habitants

étaient nombreux à montrer une forme de fatalisme quant au retour de la mer sur certaines

terres gagnées autrefois. Cette acceptation de la submersion des terres sur le long terme pourrait

expliquer l’acceptabilité de la stratégie de recul et donc de relocalisation.

2. Facteurs associés à l’acceptabilité des stratégies d’adaptation


Cette étude a également permis de mettre en évidence divers facteurs d’acceptabilité du

résultat des stratégies d’adaptation, en se focalisant sur le contexte et le processus de leur mise

en place. Tout d’abord, contrairement à ce qui est observé dans la littérature (Lima, 2006a), on
179
n’observe pas d’effet de la perception du risque sur l’acceptabilité des stratégies d’adaptation,

l’hypothèse H2a n’est donc pas validée. Cette variable n’est ici mesurée que par trois items et

la dimension de méconnaissance du risque a été exclue en raison d’une faible fiabilité de la

mesure. Le lien entre perception et acceptabilité devrait donc être approfondi à partir de

mesures plus complètes.

Ensuite, l’attachement, bien qu’ayant un rôle relativement minime, semble déterminer

l’attitude à l’égard de la stratégie de laisser-faire et sa crédibilité. L’hypothèse H2b est donc

partiellement validée. La stratégie de laisser-faire constituant une stratégie passive laissant

l’environnement tel quel, on peut aisément supposer que les personnes très attachées au littoral

refusent de le voir modifié et favorisent donc plus la stratégie de laisser-faire. On pourrait

également approfondir la possibilité qu’un fort attachement au lieu conduise à une

minimisation du risque et donc une attitude plutôt attentiste, sans sentiment d’urgence à passer

à l’action. Ensuite, l’effet limité de l’attachement au littoral pourrait s’expliquer ici par le

manque d’identification des participants aux enjeux concernés. Bien que 133 personnes sur les

164 interrogées connaissent la plage du Goulet ciblée par cette étude, leur fréquentation de ce

lieu est très occasionnelle. L’attachement a été mesuré à l’égard du littoral en général, donc

l’attachement à ce lieu spécifique ne permet sans doute pas de justifier l’acceptabilité de l’une

ou l’autre des stratégies d’adaptation. Ce point devrait être approfondi en interrogeant des

individus plus impliqués à l’égard du lieu exposé.

Le sentiment de justice procédurale est négativement lié à l’acceptabilité de la stratégie de

laisser-faire, et plus particulièrement à l’efficacité de cette stratégie, l’hypothèse H1a est donc

partiellement validée. La littérature a démontré à plusieurs reprise comme le sentiment

d’injustice à l’égard des mesures prises par les autorités politiques peut nuire à l’acceptabilité

de projets d’aménagement du territoire (Batel, 2022; Jones & Clark, 2014; Visschers &

Siegrist, 2012). On observe ici qu’un faible sentiment de justice procédurale est associé à

180
l’acceptabilité de la stratégie de laisser-faire. On peut interpréter ce phénomène comme le fait

que lorsque les citoyens ressentent un sentiment d’injustice, ils préfèrent ne rien voir être mis

en place. Cependant, l’absence de lien entre le sentiment de justice procédurale et

l’acceptabilité des deux autres stratégies ne permet pas d’affirmer qu’un sentiment d’injustice

entraîne le rejet de ces deux stratégies. Cette relation entre justice et acceptabilité doit donc être

approfondie, en incluant également la notion de justice distributive qui a ici été exclue pour des

raisons méthodologiques.

La confiance joue un rôle dans l’acceptabilité de certaines stratégies d’adaptation et

confirme donc partiellement l’hypothèse H2c. La confiance dans les institutions locales

(commune, intercommunalité, département, région) et globales (Etat, Union Européenne) n’est

pas associée à l’acceptabilité. Pourtant la confiance dans les institutions publiques a déjà été

identifiée comme influençant l’acceptabilité de stratégies d’adaptation publique et notamment

leur efficacité perçue (Cvetkovich & Winter, 2003). Cependant, la confiance dans les experts

et associations de riverains est ici plus déterminante. Plus les participants leur font confiance,

plus ils rejettent la stratégie de lutte active, à la fois en matière d’attitude et d’efficacité perçue,

et à l’inverse plus ils soutiennent la stratégie de laisser-faire. Effectivement, le discours actuel

des scientifiques suggère plutôt d’adopter des stratégies alternatives à celle de la lutte active,

qui tend à déplacer le risque et à causer d’autres dommages de façon plus ou moins directe

(Narayan et al., 2016; OCDE, 2019b), en promouvant aussi bien la surveillance passive dans

l’attente d’un potentiel équilibre du trait de côte dans le temps, que la relocalisation en cas de

situation extrême. Les scientifiques mais aussi les associations au travers des savoirs locaux

sont généralement jugés comme étant les plus légitimes pour évaluer les risques (Rey-Valette

et al., 2019; Rocle et al., 2016), ce qui explique en partie que la confiance que leur accorde les

citoyens impacte l’acceptabilité de certaines stratégies. Cependant, les institutions publiques

sont souvent considérées comme légitimes dans la mise en place de stratégies de relocalisation

181
(Rey-Valette et al., 2019), ce qui n’est pas mis en évidence ici. Les institutions publiques faisant

généralement l’objet d’une confiance limitée, cela peut justifier le fait que seule la confiance

en les experts et associations soit associée à l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation

publique.

La faisabilité est quant à elle positivement associée à l’acceptabilité des stratégies de

recomposition spatiale et de laisser-faire. Elle est associée à la crédibilité et à l’efficacité de la

recomposition spatiale, ainsi qu’à la crédibilité et l’impact hédonique du laisser-faire. Certains

items interrogeant la faisabilité réfèrent également aux risques que peut constituer une stratégie

d’adaptation aux risques côtiers. La faisabilité économique reflète le sujet sensible du coût et

de la détermination des acteurs finançant le projet. La faisabilité politique reflète quant à elle

le risque d’opposition de la part du public mais également la volonté des autorités locales à

prendre des décisions parfois mal perçues par l’opinion publique ou bien favorisant des intérêts

collectifs et durables plutôt qu’économiques et politiques sur le court terme (Adger et al., 2009;

Gibbs, 2016). La stratégie de recomposition spatiale est encore peu connue et peu ou pas

appliquée, ce qui peut engendrer des doutes quant à d’une part l’accueil que lui ferait la

population et d’autre part la prise de risque que seraient capables d’assumer les autorités locales

pour porter ce type de projet. La faisabilité politique peut donc effectivement être déterminante

pour cette stratégie. La faisabilité économique également, puisque son coût, bien que moindre

sur le long terme que la lutte active, est très conséquent dès le début de sa mise en place et peut

donc refroidir aussi bien les habitants que les autorités locales. Enfin, sa faisabilité technique

peut également légitimement questionner puisqu’il s’agit d’une méthode encore peu connue et

nécessitant entre autres de déterminer des zones de relocalisation pour les biens détruits, ce qui

n’est pas forcément aisé dans des zones aussi densément peuplées que les zones côtières. Tous

ces éléments justifient clairement que la faisabilité de la stratégie de recomposition spatiale

puisse être associée à son acceptabilité. S’agissant de la stratégie de laisser-faire, cette stratégie

182
ne nécessitant précisément aucune action, elle semble techniquement et économiquement facile

à mettre en œuvre ce qui encourage donc certainement son acceptabilité. On peut supposer

également que la faisabilité politique puisse être un facteur déterminant de l’acceptabilité de

cette stratégie, qui elle aussi peut être difficile à porter politiquement dans un contexte de forte

exposition au risque.

Les normes subjectives sont associées à l’acceptabilité du résultat de la lutte active et du

laisser-faire, mais pas à celle de la recomposition spatiale. Cette dernière est moins connue et

appliquée que la lutte-active, l’influence sociale est donc certainement moindre. La stratégie

de laisser-faire est celle mise en place depuis quelques années sur le site ce qui pourrait

expliquer qu’elle soit mieux représentée socialement.

Enfin, la première étude de cette thèse présentait une différence de représentation des risques

côtiers entre les résidents principaux et secondaires, et notamment quant aux stratégies

d’adaptation publique envisagées. De plus, cette question du statut résidentiel doit être

considérée puisque les résidents secondaires constituent généralement la majorité des résidents

des communes littorales. Néanmoins, quel que soit la stratégie envisagée, aucune différence

n’est observable entre ces deux groupes. Il est pourtant admis dans la littérature que des

variables situationnelles et notamment le statut résidentiel impactent le rapport au risque

(Navarro et al., 2021a). Cette question doit donc être approfondie, mais les résultats sont malgré

tout encourageant puisqu’ils signifient également qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’aborder

la question de l’adaptation différemment selon ces deux groupes d’habitants.

3. Dimension temporelle de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation


Les ateliers participatifs insistaient sur le rôle essentiel de la temporalité d’application de la

stratégie, ce qu’on observe également dans les résultats de cette enquête. La lutte active,

lorsqu’elle est jugée acceptable, est considérée comme une solution envisageable rapidement

mais également plus tard, cependant elle n’est pas acceptée de façon définitive. On peut donc

183
en déduire plusieurs choses. Quelle que soit la temporalité de sa mise en place, la lutte active

est considérée comme une mesure temporaire qui peut remédier à la vulnérabilité des enjeux

un certain temps mais pas définitivement. Ensuite, les réponses aux items relatifs à la

temporalité de mise en place de la lutte active sont corrélées, c’est-à-dire que les personnes

souhaitant voir cette stratégie mise en place à court terme, souhaitent également la voir mise

en place à long terme, et les personnes rejetant cette stratégie ne l’envisagent ni à court terme

ni à long terme. Ainsi, cette stratégie constitue donc potentiellement une stratégie d’escalade

qui, si elle est adoptée à court terme, doit également être poursuivie à long terme pour être

efficace. Ou bien à l’inverse, si elle est rejetée, elle l’est quelle que soit la temporalité. La

stratégie de laisser-faire quant à elle est envisagée à court terme, à long terme, et de façon

définitive. Les corrélations significatives entre les réponses à ces trois items indiquent que les

participants qui envisagent cette solution l’envisagent sur ces trois temporalités à la fois. Le

fait que les participants insistent également sur sa mise en place à long terme illustre la nature

résiliable de cette méthode mais qui ici au contraire est souhaitée comme durable. Ces

corrélations signifient également qu’à l’inverse, les personnes rejetant cette stratégie la rejettent

quelle que soit sa temporalité d’application. On note que l’impact hédonique positif de cette

stratégie n’est visible qu’à court terme, ce qui peut s’expliquer par l’absence d’aménagement

de cette zone sur le long terme et donc par une sorte de laisser à l’abandon nuisant à l’aspect

paysager et aux pratiques. La lutte active et le laisser-faire comportent une certaine flexibilité

dans le temps car ils peuvent être abandonnés ou repris. Les résultats suggèrent que les

participants semblent conscients de la possibilité d’une évolutivité de l’adaptation à l’érosion,

sans pour autant considérer cette évolutivité dans leurs choix puisqu’aucune stratégie n’est

envisagée qu’à court terme. Le laisser-faire est pourtant généralement considéré comme une

stratégie permettant d’observer les évolutions naturelles du trait de côte, soit en espérant une

stabilisation spontanée soit dans l’attente d’autres que d’autres stratégies soient mises en place

184
en fonction des évolutions. On pourrait interpréter le souhait d’une application définitive du

laisser-faire comme un rejet de toute stratégie active face à l’érosion. L’une des raisons

possibles et souvent revendiquée est le refus de contribuer à financer la protection de quelques-

uns aux frais de toute la communauté. Or l’acceptabilité de la stratégie de laisser-faire est

effectivement positivement associée à la faisabilité (incluant la faisabilité économique), et

négativement au sentiment de justice perçue. C’est-à-dire que les personnes ayant un faible

sentiment de justice tendent à accepter la stratégie la plus passive et la moins coûteuse, celle

de laisser-faire.

La recomposition spatiale a quant à elle un caractère plus définitif puisque que lorsqu’elle

est jugée acceptable elle est envisagée comme étant mise en place à court terme et de façon

définitive, sans besoin de réitérer son application à long terme. Pourtant, d’autres travaux ont

montré l’importance de l’échelonnement de la mise en place d’une relocalisation, non pas dans

l’objectif de repousser son application mais plutôt de l’anticiper dans les meilleures conditions

sociales et financières possibles (Rey-Valette et al., 2019). L’absence d’évolutivité suggérée

par les participants questionne d’une part l’opérationnalisation de la dimension temporelle de

cette étude, et d’autre part la considération pour le futur de ces participants, qui en étant limitée

pourrait réduire leur capacité à se représenter des évolutions à long terme (Demarque, 2011).

4. Limites de l’étude
Les limites de cette étude résident notamment dans le fait que les participants à l’enquête ne

sont pas directement concernés par l’étude de cas présentée. Cette limite peut néanmoins être

relativisée grâce aux travaux ayant démontré que l’acceptabilité sociale d’aménagements du

territoire n’est pas nécessairement liée à la distance géographique avec le projet, la proximité

pouvant même parfois l’encourager (Devine‐Wright, 2005). Ensuite, les résultats suggèrent

une certaine difficulté à envisager l’évolutivité des stratégies d’adaptation contrairement à ce

qui est proposé dans d’autres travaux. Cela pose donc la question de l’opérationnalisation du

185
rapport au temps qui devrait être améliorer dans de futurs travaux, par exemple en incluant des

échelles validées relatives à la perspective temporelle (Strathman et al., 1994). Ensuite, la

modélisation de l’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation publique, et la définition des

facteurs d’acceptabilité nécessite d’être approfondie au vu de la faible contribution de certaines

variables aux modèles statistiques. Ce type de modélisation gagnerait à être appliqué à des

échantillons plus larges permettant une approche plus complexe.

Enfin, l’une des limites majeures concerne l’opérationnalisation des variables et est associée

au contexte de l’étude. Tout d’abord, l’acceptabilité sociale est un concept complexe dont les

approches très diverses n’offrent pas de mode d’opérationnalisation unanime. Cette étude tente

donc de proposer une approche globale en incluant un certain nombre de variables issues de

différents champs de la littérature. Certaines de ces variables n’ont pas d’échelles validées

associées ou tout du moins pas dans ce contexte particulier mêlant à la fois acceptabilité de la

solution et de la nuisance/du risque. De nombreuses variables sont opérationnalisées ad-hoc et

peuvent donc être discutées. Ensuite, s’agissant d’une recherche-action pluridisciplinaire, cette

étude a fait l’objet d’une commande précise et donc a fait face à certaines contraintes. Les

questionnaires ont été passé en face à face. D’une part car le protocole mêlait présentation

visuelle et orale des stratégies et questionnaire. D’autre part car cela favorisait le contact avec

la population sur le terrain. Au-delà de mesurer l’acceptabilité de stratégies d’adaptation,

l’objectif secondaire était également de sensibiliser et d’échanger de façon plus informelle sur

ces thématiques, ainsi que de réduire ce sentiment souvent évoqué de distance entre les experts

et la population. Pour toutes ces raisons, le questionnaire se devait d’être relativement court ce

qui explique le faible nombre d’items pour l’ensemble des variables mesurées, mais ce qui

constitue une limite importante en termes de fiabilité des mesures.

186
IV. CONCLUSION
Cette étude vise à évaluer l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation publique à

l’érosion côtière, et donc de projets qui constituent aussi bien une solution qu’un risque ou une

nuisance pour les habitants du territoire concerné. Pour cela, elle propose de concilier deux

champs d’étude de l’acceptabilité sociale : les travaux sur l’acceptabilité d’aménagements du

territoire et ceux sur l’acceptabilité des nouvelles technologies. L’étude met ainsi en évidence

des liens significatifs entre l’acceptabilité de trois stratégies d’adaptation publiques à l’érosion

côtières (laisser-faire, lutte active, recomposition territoriale) et les contexte et processus de

leur mise en place. Certains résultats confirment les observations d’études précédentes quant

au rôle de l’attachement au lieu, du sentiment de justice ou de la confiance dans les institutions.

Cependant la perception du risque n’influence pas l’acceptabilité sociale des stratégies dans

cette étude et ce lien doit donc être davantage approfondi.

Ensuite, les trois stratégies étudiées ici semblent se distinguer selon leur caractère plus ou

moins définitif : la recomposition territoriale est admise comment définitive tandis que le

laisser-faire et la lutte active sont de nature plus flexible dans le temps. La lutte-active est

d’ailleurs envisagée plutôt de façon temporaire, tandis que le laisser-faire est malgré tout

souhaité de façon définitive lorsqu’il est jugé acceptable. Cette évolutivité plus ou moins

importante selon les stratégies rejoint donc partiellement ce qui a été montré dans des travaux

précédents (Rey-Valette, 2019) et dans les ateliers participatifs menés en amont de cette étude.

Les habitants perçoivent le caractère potentiellement dynamique de certaines stratégies mais

semblent avoir du mal à planifier de façon cohérente l’évolution de ces stratégies. On peut donc

s’interroger sur leur capacité de projection future sur le long terme. Les études portant sur

l’acceptabilité sociale gagneraient donc à mieux intégrer la perspective temporelle. Les ateliers

précédant l’enquête ont permis aux participants de discuter et d’échanger longuement sur les

nombreux paramètres à prendre en compte pour anticiper l’avenir de cette plage ce qui a sans

187
doute encouragé leur projection future, ce que ne permettait pas ici le protocole de l’enquête.

Faciliter la perspective temporelle future semble donc essentielle et devoir passer par une

sensibilisation riche et précise.

Ensuite, le caractère définitif de la recomposition spatiale est loin de rebuter les habitants

qui sont significativement plus favorables à cette stratégie et surtout à sa mise en place

immédiate. Ce qui va à l’encontre de travaux montrant au contraire la nécessité d’une

programmation évolutive des mesures d’adaptation pour en arriver à la recomposition spatiale

(Abel et al., 2011; Rey-Valette et al., 2019; Sahin & Mohamed, 2013). L’acceptabilité de cette

stratégie est ici uniquement associée à sa faisabilité perçue, le rôle des autres dimensions

devrait donc être approfondi dans un protocole plus riche afin de déterminer si elles ne sont

effectivement pas associées. D’autre part, ces trois stratégies pourraient renvoyer à différentes

valeurs voire idéologies : la lutte active témoigne d’une vision du mondé centrée sur une forme

de domination technique de l’Homme sur la nature dans des objectifs souvent économiques et

consuméristes (protéger des biens matériels, conserver l’attractivité économique d’une zone

etc.), tandis que le laisser-faire et la recomposition spatiale renvoient plutôt à une recherche

d’équilibre entre les modes de vie et les contraintes naturelles. Différentes visions du monde

peuvent s’entrechoquer entre les différentes parties prenantes de la gestion du territoire ce qui

explique souvent les incompréhensions et conflits dans ces situations (Huybens, 2011).

L’apparente acceptabilité de la recomposition spatiale dans cette étude pourrait témoigner d’un

passage du « lutter contre » à « faire avec » chez ces habitants, et donc d’une éventuelle

évolution des valeurs dont il serait légitime d’essayer de comprendre la nature et les raisons

dans de futurs travaux.

Enfin, un projet d’aménagement du territoire ne fait jamais l’unanimité. Cependant, il est

important de garder à l’esprit que même si une majorité d’individus soutient ce projet il n’en

188
est pas juste pour autant, les dimensions éthiques de ce projet doivent toujours être

questionnées par les chercheurs et les autorités locales (Batellier, 2016).

189
DISCUSSION GENERALE
I. Rappel des objectifs de la thèse et des résultats
En considérant la vulnérabilité croissante des populations littorales face aux risques côtiers,

cette thèse vise à appréhender le rapport de l’Homme aux risques côtiers et en particulier ses

capacités adaptatives à ceux-ci. L’adaptation est ici abordée dans le contexte du littoral,

environnement à la fois convoité et valorisé socialement mais également exposé à divers

risques côtiers dont l’ampleur et la temporalité varient selon les sites considérés. L’une des

particularités des risques environnementaux réside dans le fait que l’adaptation au risque

dépend à la fois de comportements individuels et de stratégies menées à l’échelle du territoire

et dépendant donc fortement des acteurs publics. Face aux risques environnementaux, il est

bien souvent difficile pour les citoyens de s’approprier la question de l’adaptation et d’imaginer

leur contribution à ce processus. Se pose donc la question des capacités adaptatives des citoyens

face aux risques côtiers. Leur étude offre également l’opportunité de considérer la dimension

temporelle du rapport au risque. Ces derniers peuvent en effet s’actualiser de façon soudaine

ou continue et sur un pas de temps court ou à plus long terme. On peut donc imaginer que des

processus différents sont à l’œuvre selon que l’on considère l’adaptation à l’érosion côtière,

risque au long cours dont les conséquences sont parfois lointaines, ou l’adaptation en situation

d’exposition immédiate à un tsunami par exemple. D’une part, l’objectif de cette thèse était de

contribuer à la compréhension du rapport des citoyens aux risques côtiers en déterminant les

facteurs d’évaluation du risque et les modalités d’adaptation individuelle et publique. D’autre

part, elle a également tenté de proposer une approche plus dynamique de l’adaptation aux

risques en intégrant la dimension temporelle relative à la phase d’exposition à l’aléa (avant ou

pendant) et relative à la nature du risque en lui-même (soudain ou au long cours).

La première étude a proposé une vision d’ensemble de l’évaluation et de l’adaptation aux

risques côtiers en considérant la théorie des représentations sociales, et en distinguant les

190
résidents principaux et secondaires. Les communes littorales comportent une importante part

de résidents secondaires, or ces derniers n’étant présents qu’une partie de l’année ils sont moins

susceptibles d’accéder à l’information, d’observer des changements, et donc de manière

générale de s’approprier la problématique des risques côtiers. Des entretiens semi-directifs ont

ainsi permis d’identifier une représentation sociale du risque axée sur une conscience élevée

du risque pour l’ensemble des habitants. Une autre dimension est identifiée, axée sur une

identification limitée à ces risques, à la fois en minimisant sa propre vulnérabilité et en

externalisant la gestion des risques vers les autorités et les experts. Les habitants font

effectivement preuve d’une faible implication au risque et plus précisément d’une faible

capacité d’action perçue, ce qui explique une très faible connaissance de l’adaptation

individuelle. Les habitants font ainsi part de leur incertitude face à l’avenir et de leur difficulté

à se projeter, aussi bien quant à l’évolution des risques que quant aux mesures à appliquer et à

leur pas de temps (court terme ou long terme). Leur discours n’est néanmoins pas très connoté

affectivement. Les habitants laissent même transparaître une forme de fatalisme quant au fait

que « la mer reprenne ses droits ». Cette forme de rationalisation laisse donc entrevoir la

possibilité d’une relocalisation des biens en rendant des terres à la mer. Pourtant, les stratégies

de recomposition spatiale et de laisser-faire sont peu évoquées, et l’adaptation publique est

plutôt évoquée en termes de lutte active. Cette étude met également en évidence comment la

dimension temporelle et surtout la cohérence passé-présent-futur influencent les

représentations sociales, et cela en particulier chez les résidents principaux. Cela peut en partie

expliquer le fait que les résidents principaux ont une représentation sociale des risques côtiers

à la fois plus dense et plus fonctionnelle, au sein de laquelle les risques et les enjeux sont

centraux. A l’inverse, les résidents secondaires, dont l’expérience de ces risques est moindre

(une forte distance à l’objet de représentation), font état d’une représentation sociale plus

191
diffuse et non pas centrée sur les risques côtiers mais sur un certain nombre d’autres

phénomènes environnementaux associés au littoral (changement climatique, pollution…).

Alors que la première étude montre des difficultés de projection future quant à l’évolution

des risques côtiers, la deuxième étude vise à déterminer comment des représentations

cartographiques de l’évolution de l’érosion peuvent influencer la perception du risque et les

réactions affectives. Les résultats montrent que l’observation de cartes de risque augmente le

sentiment de méconnaissance du risque et réduit la peur face à celui-ci. Ces résultats à première

vue contre-intuitifs ne sont finalement pas forcément contre-productifs. D’une part le sentiment

de méconnaissance peut conduire à des comportements de recherche d’informations, ce qui est

souhaitable. D’autre part, l’appel à la peur dans la communication peut aussi bien favoriser les

comportements adaptatifs que les inhiber lorsqu’il n’est pas accompagné d’un sentiment

d’efficacité personnel (Blondé & Girandola, 2016). Le voir diminuer n’est pas donc pas

forcément négatif si dans le cas présent les cartes n’étaient pas accompagnées de solutions face

au risque. Les objectifs de la communication sur le risque doivent donc être précisément définis

avant toute campagne. Les résultats montrent également une diminution des affects positifs et

une augmentation des affects négatifs, pouvant soit révéler la lassitude et la fatigue des

participants en fin d’expérimentation, soit une forme d’intolérance à l’incertitude étant donné

la diminution de la connaissance du risque (Ladouceur et al., 2000). Enfin, les mesures

oculométriques ainsi que le questionnaire d’évaluation des cartes et l’entretien semi-directif en

fin de passation permettent de déterminer les caractéristiques cartographiques les plus

efficientes dans la transmission du message. Le niveau d’abstraction est l’une d’entre elles : les

cartes de corrélation et de synthèse sont mieux comprises, retenues et interprétées que les cartes

d’analyse jugées beaucoup moins claires et compréhensibles. Les couleurs de la carte n’ont pas

d’effet sur sa lecture, mais les participants insistent néanmoins sur l’importance de respecter la

sémiologie classique des couleurs. Les résultats de cette étude permettent donc d’une part

192
d’émettre des recommandations quant à la communication visuelle des risques, et montrent

d’autre part que communiquer sur l’évolution des risques ne semblent pas permettre de réduire

l’incertitude.

La troisième étude investigue les réponses adaptatives individuelles en situation

d’exposition à un risque imminant. Alors que l’étude 1 témoigne d’une faible capacité d’action

perçue face aux risques côtiers, et d’une externalisation de la gestion des risques, la question

se pose sur des capacités adaptatives des citoyens en situation d’exposition à un danger

immédiat. Cette expérimentation en réalité virtuelle a permis de mettre en évidence que face à

une situation de tsunami, les citoyens adoptent un comportement rationnel et adapté à la

situation, en se protégeant (évacuation) dès les premiers signaux ambigus et avant même les

réactions physiologiques de stress. Ces résultats permettent d’appuyer les travaux remettant

déjà en cause le mythe de la victime paniquée (Hiroi et al., 1985; Mileti & Nigg, 1984;

Quarantelli, 1954), et ce d’autant plus qu’aucune contagion émotionnelle n’est observée, c’est-

à-dire que les comportements de panique des agents virtuels n’entraînent pas d’augmentation

du stress des participants. Bien qu’il n’y ait pas d’influence sociale sur les réactions

émotionnelles, les indices sociaux transmis au travers des comportements des agents virtuels

constituent une information grâce à laquelle les participants peuvent interpréter la situation.

Enfin, la dernière étude investigue cette fois-ci l’adaptation publique et les réponses des

individus en termes d’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation. Elle se focalise sur

l’érosion côtière, et montre que, contrairement aux travaux précédents (Chadenas et al., 2023;

King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016), la recomposition spatiale et la stratégie

la plus acceptable pour l’ensemble des participants. L’acceptabilité sociale des stratégies

d’adaptation publique dépend de la confiance dans les experts et associations de riverains, de

leur faisabilité, des normes subjectives et donc de l’influence sociale. Les sentiments de justice

procédurale et l’attachement au lieu ne sont associés qu’à l’acceptabilité de la stratégie de

193
laisser-faire. Cette étude montre également que l’acceptabilité sociale des stratégies

d’adaptation dépend systématiquement de la temporalité de leur mise en place. Cependant,

alors que les participants aux ateliers précédant l’enquête suggèrent une évolutivité des

stratégies dans le temps, cette nécessité ressort moins dans les résultats de l’enquête. Les

stratégies de recomposition spatiale et de laisser-faire sont toutes deux considérées à la fois à

court terme et de façon définitive. La stratégie de lutte-active n’est certes pas acceptée

définitivement, néanmoins elle est significativement associée à une mise en place à court terme

et à long terme. Ces différents résultats suggèrent une certaine difficulté à envisager les

stratégies d’adaptation comme dynamiques, et donc possiblement des difficultés à se projeter

dans le futur à long terme.

II. Contributions théoriques


1. Distinction entre conscience et perception du risque
Tout d’abord, l’étude 1 met en évidence une conscience du risque élevée chez les habitants

interrogés. Luís et al. (2016) ont identifié que la conscience du risque ne s’accompagne pas

nécessairement d’une perception élevée du risque. Les résultats de cette étude corroborent cette

distinction puisqu’ils montrent effectivement que malgré la perception visuelle des

phénomènes, et malgré les connaissances importantes relatives au risque et ses évolutions, la

plupart des habitants s’identifient assez peu aux risques côtiers et leur accordent une ampleur

toute relative, suggérant une assez faible perception du risque. L’étude 2 soutient elle aussi la

distinction entre conscience du risque et perception, puisque la présentation de cartographies

sur le risque d’érosion, bien qu’offrant des informations précises sur les enjeux les plus

vulnérables et la dynamique du trait de côte, tend à diminuer la peur du risque.

2. Incertitude face au risque et processus affectifs à l’œuvre dans


l’évaluation du risque et l’adaptation
La littérature montre que les processus affectifs jouent un rôle important dans l’adaptation

aux risques aussi bien avant, pendant, qu’après l’exposition (Alipour et al., 2020). Les études
194
menées dans le cadre de cette thèse mettent elles aussi en évidence le rôle de ces processus.

Les résultats de l’étude 1 montrent une dimension affective assez peu prégnante dans les

représentations sociales des risques côtiers chez l’ensemble des habitants. Ces mêmes habitants

témoignent également d’une faible identification aux risques côtiers, et évoquent également

très peu d’actions individuelles mises en place pour s’adapter à ces risques. En ce sens, les

résultats de cette étude rejoignent les travaux démontrant qu’une faible évaluation du risque

ainsi que la réduction des affects négatifs dissuadent d’adopter des comportements de

protection (Terpstra, 2011). Cependant, les habitants évoquent également un fort sentiment

d’incertitude à l’égard de l’avenir qui concerne aussi bien l’évolution à venir des risques que

les nécessités d’adaptation en termes de stratégies mais aussi de temporalité de leur application

(agir vite, attendre, anticiper…). L’incertitude est définie par Defays (1991, cité par Marchand

et al., 2017) comme « un état de méconnaissance ou d’indétermination d’un système, d’un

individu, d’une situation, d’une assertion ». Les travaux relatifs à l’intolérance à l’incertitude

(Ladouceur et al., 2000) montrent que l’incertitude engendre des réactions affectives négatives

au travers de l’inquiétude ou de l’anxiété. Pourtant, la dimension affective est assez pauvre

dans le discours des participants de la première étude. Mais puisque l’on remarque également

une assez faible identification aux risques côtiers ainsi qu’une valorisation des risques plutôt

réduite et cantonnée à certaines zones auxquelles les habitants ne se disent pas appartenir, on

peut imaginer qu’il s’agit là d’une forme de relativisation (rationalisation ?) du risque visant à

réduire les possibles tensions émotionnelles liées à l’incertitude. En effet, la faible capacitée

d’action perçue face aux risques relatée dans ces entretiens suggère que les habitants ne peuvent

faire face à ce sentiment que par une forme de régulation émotionnelle à travers une stratégie

de rationalisation (control cognitif et réduction de l’incertitude). De la même manière, le

fatalisme évoqué peut également correspondre à une stratégie de régulation des émotions.

195
L’étude 2 quant à elle met en évidence comment la communication du risque par

l’intermédiaire d’une carte peut finalement accroître le sentiment d’incertitude en augmentant

le sentiment de méconnaissance du risque. L’incertitude n’est pas liée ici à la peur à l’égard du

risque qui au contraire diminue à la suite de l’observation des cartes. Mais elle semble être mise

en évidence par une augmentation des affects négatifs après observation, révélant possiblement

à nouveau une forme d’intolérance à l’incertitude, puisque dans cette situation expérimentale,

aucune solution de réduction de l’incertitude ne peut être mise en place.

Dans l’étude 3, le participant est immergé dans une situation ambigüe d’urgence dont les

caractéristiques favorisent l’incertitude : l’environnement change de façon rapide, l’individu

dispose de très peu de temps pour réagir, et il fait également face à un manque d’information

(Zhou et al., 2018). Les participants à cette étude résolvent cette situation d’incertitude très tôt

et cette fois-ci par l’action, en évacuant rapidement avant même toute réaction de stress

physiologique.

Ces trois études mettent donc en évidence d’une part comment l’exposition aux risques

côtiers peut-être source d’incertitude, et d’autre part comment ce sentiment engendre différents

types de réactions parfois d’ordre plutôt émotionnel ou bien comportemental selon les

situations et notamment la capacité d’action perçue.

3. Contribution de l’attachement au lieu à l’évaluation du risque et aux


processus l’adaptation
L’étude 4 met en évidence le rôle des processus affectifs relatifs cette fois-ci au lieu de vie,

et non pas relatifs au risque en lui-même. En effet, cette étude montre que l’attachement au

littoral chez les résidents côtiers conduit à prôner une posture attentiste face au risque en

favorisant l’adoption de la stratégie de laisser-faire. Ce résultat suggère que les individus très

attachés refusent de voir leur environnement modifié, tout du moins artificiellement. D’autres

travaux mettent également en évidence que l’attachement au lieu peut parfois nuire à

196
l’adaptation en amenant les habitants à refuser le changement par exemple au travers d’un

déménagement (Weiss et al., 2006). Pourtant, dans l’étude 1, les habitants témoignent d’un fort

attachement au lieu et se représentent plutôt l’adaptation aux risques côtiers au travers des

stratégies de lutte active. Ces deux résultats apparemment divergents témoignent du rôle

complexe de l’attachement au lieu sur l’adaptation aux risques environnementaux et montrent

que même s’agissant de risques similaires, et de communes géographiquement proches, les

facteurs d’adaptation peuvent varier et engendrer des processus différents.

4. Contribution d’un facteur situationnel à l’évaluation du risque et à


l’adaptation : le statut résidentiel
La première étude montre l’impact du facteur situationnel que constitue le statut résidentiel

(résident principal ou secondaire) sur le rapport au risque, puisque les représentations sociales

des risques côtiers varient selon ce statut. Les résidents principaux présentent des

représentations sociales plus denses, fonctionnelles et centrées sur les risques côtiers, tandis

que les résidents secondaires se représentent les risques côtiers comme plus dilués dans un

ensemble de phénomènes environnementaux et climatiques. On peut supposer que cette

représentation sociale moins consolidée chez les résidents secondaires peut accroître leur

vulnérabilité face aux risques puisqu’en étant moins fonctionnelle, elle encourage moins à

l’implication et donc à l’action. Le rôle du statut résidentiel dans l’adaptation au risque est

cependant difficile à déterminer puisqu’à l’inverse, Navarro et al. (2021) observent que les

résidents principaux sont moins actifs face aux risques côtiers et ont même plus tendance à

sous évaluer leur exposition en exprimant une forme d’habituation au risque. L’influence du

statut résidentiel n’est pas observée dans l’étude 4, selon laquelle l’acceptabilité des trois

stratégies d’adaptation ne varie pas entre les résidents principaux et les résidents secondaires.

Le statut résidentiel semble donc peu influencer le rapport des habitants à l’adaptation

publique, mais la question reste de savoir dans quelle mesure cela impacte leur adaptation

individuelle.
197
5. L’influence sociale dans l’adaptation aux risques côtiers
La première étude, par l’approche des représentations sociales, met en évidence les

connaissances et croyances partagées à l’égard des risques côtiers, d’une part chez les résidents

principaux et d’autre part chez les résidents secondaires. Comme évoqué précédemment,

l’appartenance à l’un de ces deux groupes distincts détermine la façon dont les individus se

représentent les risques. Ces divergences représentationnelles peuvent notamment s’expliquer

par un rapport différent au territoire, les résidents principaux construisant leurs représentations

en grande partie sur leurs expériences personnelles et sur une culture partagée entre les

générations, tandis que les résidents secondaires ont moins accès à ces éléments. Cependant,

les deux groupes font preuve d’une forte identité de lieu, au travers de leur attachement au

littoral et de leur implication dans la communauté. L’implication importante des résidents

secondaires à l’égard de leur lieu de vie secondaire peut expliquer leur conscience des risques

côtiers malgré tout élevée. On trouve également une forme d’influence sociale dans l’étude 4

puisque l’acceptabilité des stratégies de lutte-active et de laisser-faire dépendent entre autres

des normes subjectives, évaluées ici au travers de l’influence des proches et des autres

habitants. Cependant, l’appartenance au groupe des résidents principaux ou celui des résidents

secondaires n’influence pas l’acceptabilité.

Dans l’étude 3 relative aux réactions en situation de danger immédiat, on n’observe pas

d’influence sociale sur les réactions affectives, ce qui soutient les résultats de travaux

précédents mettant en cause les phénomènes de panique et de contagion émotionnelle souvent

relayés au travers de médias (Hiroi et al., 1985; Mileti & Nigg, 1984; Quarantelli, 1954).

Cependant, les agents virtuels constituent des indices sociaux permettant d’analyser la situation

et sont donc considérés par les participants comme des sources d’information. En ce sens, on

peut considérer que l’adaptation à une situation de danger immédiate est elle aussi influencée

socialement.

198
6. Contribution à l’intégration de la dimension temporelle dans l’étude de
l’adaptation aux risques côtiers
Cette thèse propose de distinguer l’adaptation au risque selon la temporalité d’exposition à

l’aléa, c’est-à-dire en distinguant la prévention et la préparation en amont des conséquences

d’une part (étude 1, 2 et 4), et les réactions à un danger immédiat d’autre part (étude 3). La

plupart des travaux portent sur la première approche, notamment car il est difficile d’accéder

aux processus à l’œuvre en situation d’exposition à une menace soudaine et importante, tel

qu’une submersion marine ou un tsunami. L’étude 1 se situe justement en amont des risques,

et notamment de celui de submersion marine. Bien que les expériences passées (vécues

personnellement ou au travers des proches ou des médias) aient laissé des traces affectives

importantes, les habitants s’approprient peu l’adaptation au risque de submersion marine et

font plutôt référence aux mesures de gestion publiques, à l’exception de quelques habitants du

marais, qui en tant qu’agriculteurs sont eux-mêmes acteurs de la gestion hydraulique

permettant de prévenir et réduire la probabilité d’inondation. Cette faible préparation et

appropriation de l’adaptation au risque soudain peut donc laisser perplexe quant à la capacité

de réponse adaptative des habitants en situation de danger immédiat. L’étude 3 offre des

éléments de réponse en montrant des réactions adaptées, rationnelles, voire altruistes en

situation d’exposition immédiate au danger. La question de la temporalité de l’aléa doit

cependant être approfondie puisque l’étude 3 porte sur le risque de tsunami, dont les effets

apparaissent en quelques minutes, tandis que les risques de submersion ou d’inondation

peuvent s’étaler sur plusieurs heures voire jours. Il se peut donc que les réactions ne soient pas

aussi vives et adéquates dans ce contexte et que d’autres facteurs aient le temps d’entrer en jeu,

comme la confiance dans l’information et les institutions (Mahdavian et al., 2014).

Les différentes études constituant cette thèse questionnent également la façon dont

l’expérience du risque s’inscrit dans le temps. L’étude 1 met en évidence l’importance des

expériences passées et de la cohérence passé-présent-futur dans la construction des


199
représentations sociales des risques. Ce type de résultat se retrouve également chez Dias et al.

(2024) qui mettent en évidence comment cette cohérence temporelle permet la construction des

représentations sociales des risques et des comportements associés, notamment au travers de

l’identité de lieu. Intégrer la possibilité d’un risque à venir nécessiterait des changements aussi

bien à l’échelle individuelle que du territoire, mettant donc en péril cette identité de lieu, ce qui

pousse à relativiser le risque (Dias et al., 2024). C’est sans doute ce qui explique en partie le

sentiment de sécurité et de confiance dans la gestion des risques de la part des participants de

l’étude 1, qui eux-mêmes témoignent d’une forte identité de lieu. Bien qu’ils évoquent

également une forme de fatalisme et d’acceptation des risques, ces derniers ne sont projetés

que dans un futur relativement lointain, souvent à l’échelle d’une génération, permettant de

protéger leur identité.

L’étude 1 montre également la difficulté des habitants à se projeter dans l’avenir. Cette

difficulté se retrouve également d’une certaine manière dans l’Etude 4. Les habitants interrogés

quant à l’acceptabilité de diverses stratégies d’adaptation ne semblent pas intégrer d’évolutivité

dans leur évaluation de l’adaptation publique en considérant chaque stratégie comme

applicable à court et à long terme. Pourtant, une adaptation dynamique est appelée dans les

ateliers participatifs dont découle l’étude 4, montrant que l’appropriation de l’adaptation

publique aux risques côtiers par des processus participatifs peut faciliter et concrétiser la

projection future à long terme. La question des capacités de considération future semble donc

essentielle pour favoriser les capacités adaptatives des citoyens, les démarches participatives

seraient donc un outil pertinent en ce sens. L’efficacité de la communication par carte de risque,

proposée dans l’étude 2, pour faciliter cette projection future reste à approfondir étant donnés

les résultats mitigés vis-à-vis de la perception du risque et du sentiment d’incertitude.

200
III. Contributions pratiques
1. Rapprocher les adaptations individuelles et publiques
L’étude 1 met en évidence l’externalisation de la gestion des risques déléguant la

responsabilité de l’adaptation de la communauté aux institutions publiques et aux experts

(Alipour et al., 2020; Navarro et al., 2021b), ce qui se traduit également par une faible capacitée

d’action perçue. Cette externalisation de la gestion des risques est également associée à une

certaine confiance dans les institutions malgré la conscience d’intérêts parfois divergents. La

confiance dans les institutions est ainsi une façon de se décharger de la nécessité d’une analyse

rationnelle de la situation pour s’en remettre aux autorités ou aux experts (Jacquez &

Rouquette, 2024). Pourtant, ces mêmes habitants sont demandeurs d’information, et se

présentent comme ouverts à toute forme de participation à l’adaptation aux risques

environnementaux. Jacquez et Rouquette (2024) ont également constaté ce paradoxe chez des

habitants apparemment peu impliqués dans l’adaptation aux risques mais demandeurs d’une

meilleure communication et de plus d’informations. Se pose donc la question de comment et

pourquoi sensibiliser le public sur les risques. La culture technocratique en France suggère une

gestion centralisée des risques par les experts et l’Etat (Slovic, 1993), engendrant une

déresponsabilisation des citoyens. Ainsi, la simple distribution d’information n’est sans doute

pas suffisante pour inciter les citoyens à s’impliquer dans l’adaptation aux risques

environnementaux. La sensibilisation doit encourager un changement de paradigme en incitant

les citoyens à devenir acteurs de l’adaptation de la communauté aux risques. Les initiatives

participatives à différents degrés tels que les procédés de sciences participatives ou encore les

serious games (Amalric & Becu, 2021; Becu, 2020; Chlous et al., 2017) permettent justement

une forme d’empowerment des citoyens (Blondiaux & Fourniau, 2011) et gagnent donc à être

encore développés. L’étude 4 montre d’ailleurs la différence d’appropriation de l’adaptation

publique à l’érosion côtière entre des habitants ayant participé à plusieurs ateliers de co-

construction de scénarios d’adaptation, capables de proposer des solutions concrètes et


201
dynamiques, et des habitants non sensibilisés présentant plus de difficulté à se représenter cette

évolutivité de l’adaptation à l’érosion. Néanmoins, l’étude 3 montre que les individus semblent

au contraire réactifs et autonomes en situation d’exposition immédiate au danger ou

l’externalité de la réponse n’est plus possible. Les divers résultats de cette thèse suggèrent donc

que ces deux temporalités d’exposition au risque, en amont et en situation, engendrent

différents degrés d’appropriation et d’autonomie face au risque.

2. Communiquer sur les risques côtiers


Le discours des participants de l’étude 1 insiste sur l’importance de la communication sur

les risques aussi bien entre les autorités locales et les habitants, qu’entre les habitants eux-

mêmes. La communication sur les risques s’appuient souvent sur la « vividness » des stimuli

visuels puisque les images notamment tendent à provoquer plus facilement des réactions

émotionnelles (Xie et al., 2011). Cependant, l’étude 2 montre également que les outils de

communication doivent être judicieusement construits, et utilisés avec prudence, puisqu’ils

peuvent avoir des effets indésirables. Communiquer sur le risque d’érosion par carte peut

augmenter le sentiment d’incertitude et de méconnaissance du risque, engendrant un inconfort

qui n’est pas nécessairement souhaitable chez les populations, mais peut aussi pousser les

individus à la recherche d’information, ce qui au contraire est encouragé dans le cadre de

l’adaptation au risque. A l’inverse, l’observation de ces cartes réduit la peur du risque, ce qui

peut être problématique dans la mesure ou les affects négatifs à l’égard d’un risque peuvent

faciliter l’adoption de comportements de protection (Terpstra, 2011), mais ce qui peut aussi

être un avantage si l’on considère les travaux montrant que l’appel à la peur peut conduire à un

rejet du message (Blondé & Girandola, 2016). Cette deuxième étude propose également des

recommandations pour la construction de carte de risque : la sémiologie classique des couleurs

(ex : rouge pour indiquer le danger) doit être conservée, le message véhiculé par les cartes de

corrélation et de synthèse est mieux compris qu’au travers des cartes d’analyse, et la légende

202
des cartes doit être adaptée à un public non-initié. La première étude montre d’ailleurs que les

cartes présentées pour faciliter l’entretien n’ont quasiment pas été utilisées, appuyant donc les

difficultés d’appropriation de ce type d’outil par les citoyens non-initiés.

3. Envisager la recomposition territoriale face aux risques côtiers


La recomposition territoriale est de plus en plus encouragée par les experts face à la

vulnérabilité croissante des littoraux et aux inconvénients qui accompagnent les différentes

méthodes de lutte active (Narayan et al., 2016; OCDE, 2019b). Bien que des travaux antérieurs

aient mis en évidence un rejet de la stratégie de relocalisation ou de recomposition spatiale,

l’étude 4 la désigne au contraire comme la stratégie la plus acceptable face au risque d’érosion.

De plus, le fatalisme des habitants de l’étude 1 quant au fait que « la mer reprenne ses droits »

un jour ou l’autre laisse également imaginer que cette stratégie puisse être envisagée par les

habitants comme une évidence. Bien-sûr, cette question doit être approfondie afin de

déterminer plus clairement les facteurs d’acceptabilité de la recomposition territoriale. En effet,

l’étude 4 met en évidence l’importance de la faisabilité de la stratégie pour qu’elle soit jugée

acceptable, mais aucun effet n’est relevé de la perception du risque, de l’attachement, de la

confiance dans les institutions ou encore du sentiment de justice. Or ces facteurs sont largement

démontrés comme contribuant à l’acceptabilité de projet d’aménagement du territoire (Batel,

2022; Dias et al., 2024; Lima, 2006a). Il s’agirait dont d’approfondir ces questions dans de

futures travaux.

IV. Limites des études


1. Désirabilité sociale et subjectivité
Ce travail de thèse fait face à différentes limites. Un biais de désirabilité sociale est inhérent

à la plupart des études en psychologie lorsqu’elles sont basées sur des mesures explicites. Les

quatre études de cette thèse comprennent des questionnaires ou entretiens pouvant donc

engendrer un biais de désirabilité sociale. Ce biais de désirabilité sociale est sans doute encore

203
plus prégnant dans les études 1 et 4, pour lesquelles les réponses des participants ont été

formulées à voix haute auprès des chercheurs. Des mesures implicites dans les études 2 et 3,

grâce à l’oculométrie ou aux mesures physiologiques tentent de contrebalancer ce phénomène

de désirabilité sociale. Cependant elles sont elles-mêmes sujettes à l’interprétation et la

subjectivité du chercheur. Cette subjectivité constitue elle aussi une limite qui s’applique

également à l’interprétation de l’ensemble des données, et tout particulièrement à celles

relatives aux analyses de contenu de l’étude 1.

2. Ecologie de la simulation en réalité virtuelle


Ensuite, s’agissant de l’étude 3, on peut également mettre en doute la validité écologique de

l’immersion en réalité virtuelle. En effet, bien que des études aient montré que certains

processus soient similaires entre une situation réelle et une immersion en réalité virtuelle

(Barfield & Hendrix, 1995 ; Laborde et al., 2017), simuler une situation aussi extrême que celle

d’une catastrophe naturelle nécessite de considérer les résultats avec du recul. La mesure du

sentiment de présence (Schubert, 2003) visait à limiter ce biais en s’assurant que l’immersion

soit efficace, mais les scores, bien que satisfaisants, restent moyens. Malgré tout, la réalité

virtuelle reste une le seul moyen pour mesurer de façon objective et éthique les réactions en

situation de catastrophe naturelle, et les résultats obtenus dans l’étude 3 restent cohérents avec

de précédents travaux, encourageant à développer l’utilisation de ce type de protocole.

3. Caractéristiques des échantillons


Une première limite relative aux caractéristiques des échantillons des études renvoie au

nombre de participants. Les échantillons sont en effet relativement faibles, ce qui a dû être pris

en compte dans les analyses statistiques appliquées, car des modèles statistiques complexes

nécessitent des échantillons importants. Ainsi, des modèles plus poussés tels que des modèles

d’équation structurelles permettraient dans de futurs travaux de déterminer plus précisément

les interactions entre les diverses variables interrogées dans les trois études quantitatives (étude

204
2, 3 et 4). De plus, certaines variables dont on sait pourtant qu’elles peuvent avoir un impact

n’ont pas été prises en compte dans les analyses pour en limiter le nombre (âge, genre, catégorie

socio-professionnelle, durée de résidence). L’âge et le genre ont été contrôlés dans une moindre

mesure en essayant d’équilibrer au mieux les échantillons de chaque étude par rapport à ces

deux variables.

Une deuxième limite tient au fait que les échantillons des quatre études sont constitués non

seulement d’individus différents, mais également groupes sociaux différents, ce qui peut limiter

la comparaison et les mises en perspective entre les quatre études. Bien qu’elles aient toute été

menées auprès d’habitants d’une même région (Pays de la Loire, France), les participants

résident dans des communes différentes et donc des environnements différents, ce qui peut

engendrer un rapport au lieu et aux risques environnementaux différents. On peut ajouter à cela

le fait que les divers travaux sur lesquels s’appuient ces différentes études portent eux-mêmes

sur des populations différentes, appartenant parfois même à d’autres cultures (e. g. Guillemot

et al., 2014; Han et al., 2023; Lima, 2006a; Mahdavian et al., 2014).

4. Opérationnalisation des variables

Diverses contraintes ont obligé à faire certains compromis quant à l’opérationnalisation de

plusieurs variables dans les études 2 et 4. Dans l’étude 2, la longueur du protocole expérimental

faisait craindre un faible nombre de participants. Il a donc été décidé de mesurer certaines

variables de façons intra-individuelles afin d’augmenter le nombre de mesures même avec un

nombre restreint de participants. Cependant, cela engendre également une complexification du

protocole qui en présentant plusieurs cartes et questionnaires aux participants peut engendrer

une fatigue cognitive nuisant à la qualité des réponses. Le protocole étant long et complexe, il

a également été décidée de réduire certaines échelles en version courte afin d’alléger la charge

cognitive. Dans l’étude 4, la conduite de l’enquête par questionnaire en face à face a nécessité

205
de réduire au mieux sa longueur, et ce d’autant plus que trois stratégies d’adaptation étaient

présentées, augmentant ici aussi la fatigue cognitive.

Dans ces deux études, l’utilisation de certaines échelles en versions courtes non-validées

constitue un biais statistique qui nécessiterait d’être résolu en utilisant des échelles complètes

dans de futurs travaux, on en testant ces versions courtes en amont de l’étude.

5. Intégration de la dimension temporelle


La dimension temporelle a été intégrée dans chacune des études soit par

l’opérationnalisation des variables (relances sur la dimension temporelle dans l’étude 1,

questions relatives au pas de temps futur dans l’étude 4) soit par la nature de l’étude et ce

qu’elle interroge (évaluation de cartes de projections du trait de côte dans l’étude 2, simulation

de l’adaptation pendant une catastrophe naturelle dans l’étude 3). Mais des outils validés et

mesurant explicitement la dimension temporelle existent (Strathman et al., 1994; Zimbardo &

Boyd, 1999) et mériteraient donc d’être appliqués à ces problématiques dans de futurs travaux

afin d’approfondir le rôle de cette dimension dans l’adaptation aux risques environnementaux.

206
CONCLUSION
Les zones littorales font l’objet d’un paradoxe entre un territoire valorisé et désirable,

souvent à l’origine d’une identité de lieu forte, et une vulnérabilité importante face aux risques

environnementaux associés. Ce paradoxe engendre donc une dissonance cognitive qui se

traduit souvent par une minimisation du risque, entravant les capacités adaptatives des

populations (Jacquez & Rouquette, 2024). Cette thèse visait donc à mieux comprendre

comment s’articulent évaluation du risque et adaptation dans divers contextes littoraux,

permettant de différencier les échelles d’adaptation (individuelle ou publique) mais aussi leur

temporalité (en amont des conséquences de l’aléa ou en situation d’exposition immédiate). Les

comportements de préparation mais aussi la réponse à l’aléa sont déterminants pour la sécurité

des individus, mais les risques côtiers menaçant les territoires à grande échelle, l’adaptation

dépend aussi et surtout de la gestion du territoire et des stratégies adoptées soit pour y faire

face, soit pour « faire avec ».

S’agissant de l’adaptation individuelle, cette thèse contribue à mieux comprendre le rapport

visiblement distant aux risques auxquels les citoyens sont soumis, et propose des pistes

explicatives en termes de régulation des émotions face au sentiment d’incertitude provoqué par

leur vulnérabilité. Malgré cette faible appropriation de l’adaptation individuelle exprimée en

amont de l’aléa (étude 1), on constate tout de même des réactions individuelles autonomes,

prévenantes voire altruistes en situation d’exposition directe (étude 3). Face à la faible capacité

d’action perçue en amont, les citoyens délèguent l’adaptation aux risques côtiers aux autorités

et aux experts, renvoyant donc à l’adaptation publique et à la gestion du territoire à large

échelle. La dimension temporelle prend toute son importance dans la façon dont les individus

appréhendent les stratégies d’adaptation publique. La cohérence passé-présent-futur détermine

en grande partie les représentations sociales des risques, mais les difficultés de projection à

long terme accentuent non seulement le sentiment d’incertitude, mais entrave également

207
l’adaptation aux risques des citoyens. Communiquer sur le risque et son évolution peut donc

être considéré comme une solution afin de favoriser cette projection future, mais peut

également accentuer le sentiment d’incertitude. Les différents résultats de cette thèse

contribuent donc à appréhender la complexité du rapport des citoyens aux risques littoraux et

encouragent d’un point de vue théorique à mieux intégrer la dimension temporelle dans les

travaux sur l’adaptation aux risques, et d’un point de vue pratique à favoriser l’implication des

citoyens à l’adaptation aussi bien individuelle que publique.

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254
Annexes
Annexe 1: Analyse thématique catégorielle du discours des résidents principaux et des

résidents secondaires (étude 1) .............................................................................................. 257

Annexe 2: Guide d’entretien (étude 1)................................................................................... 263

Annexe 3: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin

conductance and movement speed over time as a function of experimental condition (étude 3)

................................................................................................................................................ 265

Annexe 4 : Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin

conductance and movement speed over time, as a function of the presence of virtual agents

(étude 3) ................................................................................................................................. 266

Annexe 5: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin

conductance and movement speed over time, as a function of virtual agent behavior (panic or

not) (étude 3) .......................................................................................................................... 267

Annexe 6 : Fit of observed and predicted data by the mixed model with fixed effect of the

“Condition” variable (étude 3) ............................................................................................... 269

Annexe 7: Diagnostic accuracy of the mixed model of heart rate evolution over time with

effect of the “Condition” variable (étude 3) .......................................................................... 270

Annexe 8: Fit of observed skin conductance data and data predicted by the mixed model with

fixed effect of the variable “Condition” (étude 3) ................................................................. 271

Annexe 9: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of skin conductance over time with

effect of the “Condition” variable (étude 3) .......................................................................... 272

Annexe 10: Fit of observed movement speed data and data predicted by the mixed model

with fixed effect of the variable “Agent” (étude 3) ............................................................... 273

Annexe 11: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of movement speed over time with

effect of the “Agent” variable (étude 3) ................................................................................. 274

255
Annexe 12: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à

l'acceptabilité de la lutte active (étude 4) ............................................................................... 275

Annexe 13: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à

l'acceptabilité de la recomposition territoriale (étude 4) ........................................................ 276

Annexe 14: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à

l'acceptabilité du laisser-faire (étude 4) ................................................................................. 276

iv.

256
Annexe 1: Analyse thématique catégorielle du discours des résidents principaux et des résidents secondaires (étude 1)
THEMATIQUES ABORDEES PAR LES RESIDENCES PRINCIPALES ABORDEES PAR LES RESIDENCES SECONDAIRES
GENERALES
Perception du Prédictibilité / probabilité des aléas Prédictibilité / probabilité des aléas
risque
Relativisation vis-à-vis d'autres risques
Sentiment d'incertitude et de peur Sentiment d'incertitude et de peur
Incontrôlabilité du risque Incontrôlabilité du risque
Impact émotionnel Impact émotionnel
Lien/confusion entre l'érosion côtière et la submersion marine Lien/confusion entre l'érosion côtière et la submersion marine
Rapprochement entre la submersion marine et le tsunami Rapprochement entre la submersion marine et le tsunami
Perception visuelle des risques côtiers Perception visuelle des risques côtiers
Comparaison perception visuelle/faits scientifiques Comparaison perception visuelle/faits scientifiques
Augmentation/accélération du risque
Vulnérabilité et Optimisme comparatif (le risque est plus importants ailleurs) Optimisme comparatif (le risque est plus importants ailleurs)
conséquences des
Acceptabilité du risque Acceptabilité du risque
risques côtiers
Sentiment de protection grâce aux infrastructures naturelles et
artificielles
Impact des expériences passées sur le sentiment de vulnérabilité / le
Impact des expériences passées sur le sentiment de vulnérabilité / le
risque perçu
risque perçu
Variabilité de la vulnérabilité du territoire selon les zones
Variabilité de la vulnérabilité du territoire selon les zones

257
Vulnérabilité accrue par l'Homme actuellement et par le passé Vulnérabilité accrue par l'Homme actuellement (urbanisation,
(urbanisation, tourisme) tourisme)
« La mer reprend ses droits » « La mer reprend ses droits »
Culture du risque et vulnérabilité accrue Culture du risque et vulnérabilité accrue
Expériences passées traumatisantes (vécu personnel) Expériences passées traumatisantes (faits relatés)
Conséquences économiques Conséquences économiques
Impact sur l’habitat et le paysage Impact sur l’habitat
Héritage des biens immobiliers Héritage des biens immobiliers
Dynamique des Caractère cyclique des risques côtiers Caractère cyclique des risques côtiers
risques côtiers
Les souvenirs personnels comme témoins des variations Les souvenirs personnels comme témoins des variations
Déséquilibres engendrés par l'Homme
L'Histoire et les expériences passées comme source de compréhension L'Histoire et les expériences passées comme source de
des risques présents et à venir compréhension des risques présents et à venir
Changement Pollution engendrée par les risques côtiers
climatique et
Le changement climatique comme amplificateur des risques côtiers Le changement climatique comme amplificateur des risques côtiers
environnement
Phénomènes météorologiques associés aux risques côtiers Climatoscepticisme
Atténuer le changement climatique
Autres effets locaux du changement climatique Autres effets locaux du changement climatique
Pollution de l'environnement par les déchets Pollution de l'environnement par les déchets

258
Communication/s Différents acteurs/sources de communication (services de l'Etat, Communication de la part des autorités locales/gestionnaires des
ensibilisation autorités locales, écoles...) risques
Communication par l'art
Sensibilisation du public, notamment des jeunes Sensibilisation du public, notamment des jeunes
Echanges entre les citoyens Echanges entre les citoyens
Recherche d'information Recherche d'information
Impacts de la communication (sensibilisation, risque Impacts de la communication (sensibilisation)
d’inquiétude/panique)
Réceptivité des citoyens
Réceptivité des citoyens
Efficacité des Crédibilité/compétences des experts/scientifiques Crédibilité/compétences des experts/scientifiques
institutions dans
Complémentarité du savoir expert et du savoir local
la gestion des
risques Distance entre les institutions (publiques et scientifiques) et le terrain Distance entre les institutions publiques et le terrain
Confiance dans la gestion des risques par les institutions de l'Etat
Contribution des différentes institutions de l'Etat (communes,
intercommunalité, observatoires, services départementaux...)
Gestion des Rôle des institutions publiques dans la gestion des urgences Rôle des institutions publiques dans la gestion des urgences
situations
Mesures de gestion des situations d'urgence Mesures de gestion des situations d'urgence
d’urgence
Formation des fonctionnaires en charge de la gestion d'urgence
Efficacité des institutions publiques dans la gestion d'urgence
Adaptation collective en situation d'urgence

259
Mesures Méthodes de gestion douces des risques Méthodes de gestion douces des risques
d’adaptation
Mesures de lutte active contre les risques Mesures de lutte active contre les risques
publique aux
risques côtiers Efficacité des mesures de gestion / possibilité d'action perçue Efficacité des mesures de gestion / possibilité d'action perçue
Incertitude quant à l'efficacité et le bien-fondé des mesures de gestion Incertitude quant à l'efficacité et le bien-fondé des mesures de
gestion
Traditions et adaptation aux risques
Coût financier et prise en charge des mesures d'adaptation
Temporalité de la mise en place des mesures d'adaptation
Temporalité de la mise en place des mesures d'adaptation
Réglementations de l’immobilier
Réglementations de l’immobilier
Gestion des risques côtiers complexe et technique
Gestion des risques côtiers complexe et technique
Souvenirs personnels des modes de gestion passés
Références historiques et souvenirs personnels des modes de gestion
passés
Adaptation Difficultés de se représenter des mesures d'adaptation individuelles Difficultés de se représenter des mesures d'adaptation individuelles
individuelle aux
Sensibilisation des proches / des clients
risques côtiers
Respect de l'environnement Sensibilisation des proches
Volonté d'investissement dans la réduction des risques côtiers Volonté d'investissement dans la réduction des risques côtiers
Approche individuelle et collective de la réduction et de l'adaptation
aux risques côtiers
Conflits d’intérêt Divergence d'intérêts entre les institutions de l'Etat et la population Divergence d'intérêts entre les institutions de l'Etat et la population
et arbitrage
Balance bénéfice-risque/coût des mesures d'adaptation aux risques
Arbitrage entre les enjeux, les intérêts divergents Arbitrage entre les enjeux, les intérêts divergents

260
Vision holistique de l'adaptation du territoire aux risques (pratiques
agricoles, urbanisme, rapport à la nature...)
Responsabilité et coordination des différentes parties prenantes dans la
gestion hydraulique
Marais et risques Interaction hydraulique marais-mer Interaction hydraulique marais-mer
côtiers
Le marais comme une zone vulnérable
Le marais comme une ressource adaptative
Gestion hydraulique complexe du marais
Biodiversité Protection de la biodiversité Protection de la biodiversité
Co-bénéfice de la gestion de l’eau
Respect de la biodiversité par les individus Respect de la biodiversité par les individus
Vulnérabilité de la biodiversité face aux risques côtiers Vulnérabilité de la biodiversité face aux risques côtiers
Identité et Implication dans la communauté Implication dans la communauté
attachement au
Cadre de vie valorisé Cadre de vie valorisé
lieu
Attachement au littoral Attachement au littoral
Identités de lieu (marais VS bord de mer)
Renouvellement de la population Renouvellement de la population
Racines familiales et/ou souvenirs de jeunesse Racines familiales et/ou souvenirs de jeunesse
Modifications du paysage urbain Modifications du paysage urbain
Variabilité du dynamisme du lieu selon la saison

261
Statut de station balnéaire Statut de station balnéaire

262
Annexe 2: Guide d’entretien (étude 1)
« Bonjour, nous sommes ingénieures d’études pour l’OR2C (Observatoire Régional des Risques
Côtiers). L’Observatoire dépend de Nantes Université et il s’intéresse au devenir des espaces habités
littoraux dans un contexte de changement climatique.
Nous souhaitons vous poser quelques questions concernant les phénomènes d’érosion et de
submersion marine. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Nous souhaitons recueillir
votre représentation des choses, la plus complète et fidèle possible. L’entretien devrait durer environ
45 minutes, et si ça ne vous dérange pas nous souhaiterions l’enregistrer pour pouvoir être
pleinement à votre écoute sans avoir besoin de tout noter. Etes-vous d’accord ? L’entretien restera
anonyme. »
Questions de confiance :
• Quelle est votre commune de résidence ?
• Habitez-vous en résidence principale ou secondaire ? Où se situe-t-elle ?

Identité de lieu / attachement au lieu :


• Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu ici en arrivant ? Pourquoi le littoral plutôt
qu’ailleurs ?
• Que ressentez-vous vis-à-vis de ce territoire, que représente-t-il pour vous ?
• Etes-vous adhérent à une association, ou un collectif d’habitants ?
o Si oui laquelle ?
o Est-ce une association locale ?
o Vous vous sentez intégré(e) ici, dans cette communauté, auprès de la population
locale ? Vous vous sentez y appartenir ? De quelle manière ?
• Suivez-vous l’actualité politique de votre commune ?
• Est-ce que vous assistez aux conseils municipaux ?

Questions sur les termes érosion et submersion :


• Quand on vous parle d’érosion côtière, quels sont les mots qui vous viennent à l’esprit ?
• Qu’est-ce que vous entendez par ces mots ? Pourquoi avoir choisi ces mots ?
Puis la même chose pour la submersion

• Est-ce que d’après-vous il y a une différence entre submersion et l’érosion ? Quelle différence
feriez-vous ?
« Si cela vous convient, on vous parlera dans la suite de l’entretien de risques côtiers pour parler de
l’érosion et de la submersion. Si à un moment, lors d’une question vous pensez plus à l’érosion ou à la
submersion, n’hésitez pas à nous le dire. »

Représentation /Perception des phénomènes d’érosion et de submersion


• Depuis que vous résidez ici, avez-vous observé des changements le long du littoral ?
o Si oui :
▪ Qu’est-ce qui a évolué ?
▪ Depuis combien de temps observez-vous ces changements ?
▪ A quoi sont-ils dus selon vous ?
▪ Des lieux en particulier ?
Ajouter une carte à l’entretien pour qu’ils puissent mettre une croix sur les lieux qu’ils identifient
ainsi que les changements. L’objectif est de le faire qualifier ce qui a évolué (des biens, des
personnes, des espaces naturels) et de localiser le plus possible ces lieux. S’ils ne sont pas localisés,
bien insister sur le lieu exact en étant sûr de l’orthographe.

• Que ressentez-vous par rapport à ces évolutions ?

263
• Pensez-vous que ces changements peuvent se poursuivre à l’avenir ? (Investiguer les
temporalités à court ET long terme)
• Si pas d’évocation des risques côtiers : Avez-vous perçu des changements liés à l’érosion
ou à la submersion par ici ?
Au-delà des informations que vous avez formulées :
• Parlez-vous de ces changements avec votre entourage ? Qu’en dites-vous ?
o A quelle fréquence ?
o Y a-t-il des moments de l’année où c’est plus régulier ?
o Y a-t-il des lieux qui ressortent de vos discussions ?
• Selon-vous, la commune vous informe-t-elle suffisamment des risques côtiers ? Essayez-vous
de vous informer sur ces phénomènes, ces changements ? (Littérature, sur internet…)

Adaptation aux phénomènes d’érosion et de submersion

• D’après-vous que peut-on faire pour adapter le littoral aux risques côtiers ?
• La collectivité prend-elle les risques côtiers suffisamment en main, d’après vous ? Par quels
moyens en particulier ?
o Y a-t-il un risque plus concerné ?
• Etes-vous informé de ce qui est fait à ce sujet ? De quelle manière ?
• Selon-vous à quel pas de temps faut-il agir pour adapter le territoire ?
• Pensez-vous pouvoir agir à votre échelle ?
• Selon-vous, dans ce contexte de changements climatiques et en particulier d’élévation du
niveau marin, comment les activités économiques du littoral peuvent-elles s’adapter ?

Variables sociodémographiques :

• Genre
• Âge
• CSP

« Nous vous remercions pour le temps que vous nous avez consacré. Après cette première petite
enquête, nous allons mener des ateliers participatifs avec des habitants afin d’imaginer ensemble des
scénarios d’adaptation à l’érosion. Seriez-vous intéressé(e) pour y participer ? Connaîtriez-vous du
monde qui pourrait l’être ? »

264
Annexe 3: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time as a function of
experimental condition (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed

Predictors Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p

(Intercept) 87.55 2.23 83.17 – 91.94 <.001*** 0.02 0.14 -0.26 – 0.30 0.891 0.83 0.12 0.60 – 1.06 <.001***

T1 -0.30 0.65 -1.59 – 0.98 .645 0.29 0.09 0.11 – 0.46 <.01** 0.60 0.14 0.31 – 0.88 <.001***

Condition [Panic] -4.31 3.15 -10.51 – 1.88 .172 0.08 0.21 -0.32 – 049 .686 -0.25 0.17 -0.58 – 0.08 .134

Condition [Calm] -2.45 3.21 -8.76 – 3.86 .446 -0.35 0.20 -0.75 – 0.04 .081 -0.26 0.16 -0.58 – 0.06 .113

T2 2.25 0.85 0.58 – 3.92 .008** -0.32 0.12 -0.54 – -0.09 <.01** -0.45 0.11 -0.67 – -0.23 <.001***

T1 * Condition [Panic] 0.83 0.92 -0.99 – 2.65 .368 -0.06 0.13 -0.31 – 0.18 .621 -0.14 0.21 -0.55 – 0.27 .500

T1 * Condition [Calm] 0.46 0.94 2.31 – 1.39 .628 0.16 0.12 -0.08 – 0.41 .191 0.01 0.20 -0.39 – 0.40 .976

Condition [Panic] * T2 -0.66 1.23 -3.08 – 1.76 .592 0.14 0.16 -0.18 – 0.46 .402 0.34 0.16 0.02 – 0.66 .035*

Condition [Calm] * T2 -1.20 1.25 -3.66 – 1.25 .336 0.21 0.17 -0.12 – 0.54 .209 0.27 0.16 -0.05 – 0.58 .098

Random Effects

σ2 26.44 0.47 0.31

τ00ID 122.00 0.20 0.07

τ11ID.T2 2.03 0.02 0.08

ρ01ID -0.35 -0.15 -0.78

265
ICC 0.82 0.31 0.19

N ID 85 86 83

Observations 371 367 279

Marginal R2 /
0.029 / 0.823 0.088 / 0.367 0.150 / 0.312
Conditional R2

Note : *** p<0.001, **p<0.01, *p<0.05

Annexe 4 : Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time, as a function
of the presence of virtual agents (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed

Predictors Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p

83.20 – 91.9 <.001** 0.14 0.12


(Intercept) 87.55 2.22 0.02 -0.26 – 0.69 0.891 0.83 0.60 – 1.06 <.001***
1 *

T1 -0.30 0.66 -1.59 – 0.99 .646 0.28 0.09 0.11 – 0.46 <.01** 0.60 0.14 0.32 – 0.88 <.001***

Agent -3.41 2.73 -8.78 – 1.96 .212 -0.14 0.18 -0.49 – 0.21 .420 -0.26 0.14 -0.54 – 0.02 .074

T2 2.25 0.85 0.58 – 3.92 .008** -0.32 0.12 -0.55 – -0.09 <.01** -0.45 0.11 -0.67 – -0.23 <.001***

T1 * Agent 0.21 0.81 -1.38 – 1.80 .798 0.06 0.11 -0.16 – 0.27 .610 -0.06 0.18 -0.41 – 0.29 .726

Agent * T2 -0.93 1.06 -3.02 – 1.15 .380 0.17 0.11 -0.12 – 0.45 .254 0.30 0.14 0.03 – 0.57 .030*

266
Random Effects

σ2 26.62 0.48 0.31

τ00ID 120.35 0.21 0.07

τ11ID.T2 1.97 0.03 0.08

ρ01ID -0.36 -0.22 -0.78

ICC 0.81 0.31 0.19

N ID 85 86 83

Observations 371 367 279

Marginal R2 /
0.028 / 0.820 0.076 / 0.358 0.149 / 0.307
Conditional R2
Note : *** p<0.001, **p<0.01, *p<0.05

Annexe 5: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time, as a function of
virtual agent behavior (panic or not) (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed

Estimate
Predictors std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p
s

83.23 – 89.5 0.10 0.08


(Intercept) 86.38 1.60 <.001*** -0.16 -0.36 – 0.04 0.120 0.70 0.53 – 0.86 <.001***
3

267
0.06 <.001** 0.10
T1 -0.54 0.47 -1.47 – 0.39 .252 0.37 0.25 – 0.49 0.60 0.41 – 0.80 <.001***
*

Panic -3.14 2.74 -8.53 – 2.26 .253 0.26 0.18 -0.09 – 0.61 .148 -0.12 0.15 -0.41 – 0.17 .451

T2 1.68 0.62 0.46 – 2.90 .007** -0.22 0.09 -0.39 – -0.05 <.01** -0.33 0.08 -0.49 – -0.17 <.001***

T1 * Panic 1.07 0.81 -0.51 – 2.66 .185 -0.14 0.11 -0.36 – 0.07 .187 -0.15 0.18 -0.50 – 0.21 .421

Panic * T2 -0.09 1.08 -2.21 – 2.04 .937 0.04 0.15 -0.25 – 0.33 .786 0.21 0.14 -0.07 – 0.49 .144

Random Effects

σ2 26.51 0.47 0.30

τ00ID 121.72 0.21 0.08

τ11ID.T2
Note : *** p<0.001,1.83
**p<0.01, *p<0.05. 0.04 0.09

ρ01ID -0.27 -0.29 -0.81

ICC 0.82 0.31 0.21

N ID 85 86 83

Observations 371 367 279

Marginal R2 /
0.014 / 0.821 0.076 / 0.359 0.13 / 0.317
Conditional R2

268
Annexe 6 : Fit of observed heart rate data and predicted data by the mixed model with fixed effect of the “Condition” variable (étude 3)
Measured data for Heart Rate

Predicted data of the mixed model for Heart Rate

269
Annexe 7: Diagnostic accuracy of the mixed model of heart rate evolution over time with effect of the “Condition” variable (étude 3)

270
Annexe 8: Fit of observed skin conductance data and data predicted by the mixed model with fixed effect of the variable “Condition” (étude 3)

Measured data for Skin Conductance

Predicted data of the mixed model for Skin Conductance

271
Annexe 9: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of skin conductance over time with effect of the “Condition” variable (étude 3)

272
Annexe 10: Fit of observed movement speed data and data predicted by the mixed model with fixed effect of the variable “Agent” (étude 3)
Measured data for movement Speed

Predicted data of the mixed model for movement Speed

273
Annexe 11: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of movement speed over time with effect of the “Agent” variable (étude 3)

274
Annexe 12: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité de la lutte active (étude 4)

275
Annexe 13: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité de la recomposition territoriale (étude 4)

Annexe 14: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité du laisser-faire (étude 4

276
Titre : S’adapter aux risques littoraux – De la perception à l’adaptation au travers des différents
temporalités du risque

Mots clés : Risques côtiers ; Adaptation ; Perception du risque ; Représentations sociales ; Temps ;
Catastrophe naturelle

Résumé : Cette thèse explore comment Les deux études suivantes explorent ensuite
s’articulent la perception du risque et l’interaction entre perception du risque et
l’adaptation en considérant la dimension adaptations individuelle et publique selon
temporelle du risque (au long cours ou différentes temporalités de risque et
soudain) et de l’adaptation (avant et pendant d’exposition. La première a permis d’identifier
l’exposition). Quatre études ont appliqué cette les réactions individuelles en situation
approche aux risques côtiers. d’exposition à un risque soudain (tsunami)
La première, qualitative, offre une vision grâce à une simulation en réalité virtuelle, et
d’ensemble au travers de l’étude des notamment de reconsidérer le « mythe de la
représentations sociales des risques côtiers et victime paniquée » face à une catastrophe
leur dimension prescriptive. La deuxième naturelle. La deuxième considérait cette fois-
étude a déterminé comment la communication ci l’adaptation publique à un risque au long-
par cartes de risque présentant des projections cours (érosion côtière). Elle a montré que la
futures influence la perception d’un risque au stratégie généralement très contestée de
long cours tel que l’érosion côtière, en relocalisation des enjeux est finalement la
mesurant notamment l’observation de cartes plus acceptée et a permis de déterminer des
de risque grâce à l’oculométrie. facteurs d’acceptabilité des différentes
stratégies, le pas de temps (court terme ou
long terme) de leur application n’en étant pas
un.

Title : Adapting to coastal risks – From perception to adaptation through the different temporalities of
risk

Keywords : Coastal risks; Adaptation; Risk perception; Social representations; Time ; Natural
disaster

Abstract : This thesis explores the The following two studies then explore the
relationship between risk perception and interaction between risk perception and
adaptation, taking into account the temporal individual and public adaptations according to
dimension of risk (long-term or sudden) and different temporalities of risk and exposure. The
adaptation (before and during exposure). Four first identified individual reactions to exposure
studies have applied this approach to coastal to a sudden risk (tsunami) using a virtual reality
hazards. simulation, and in particular reconsidered the
The first, a qualitative study, provides an “myth of the panicked victim” in the face of a
overview of the social representations of natural disaster. The second looked at public
coastal risks and their prescriptive dimension. adaptation to a long-term risk (coastal erosion).
The second study determined how risk map It showed that the generally hotly contested
communication presenting future projections strategy of relocating the stakes is ultimately
influences the perception of a long-term risk the most accepted, and identified factors in the
such as coastal erosion, by measuring risk acceptability of different strategies, with the
map observation using eye-tracking. time step (short or long term) of their
. application not being one of them.

277

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