Adaptation aux risques côtiers : enjeux et stratégies
Adaptation aux risques côtiers : enjeux et stratégies
NANTES UNIVERSITE
ECOLE DOCTORALE N° 603
Education, Cognition, Langages, Interactions, Santé
Spécialité : Psychologie
Par
Aude NAUD
S’adapter aux risques littoraux
De la perception à l’adaptation, au travers des différentes temporalités du
risque
Composition du Jury :
Président : Mohamed Maanan Maître de Conférence – HDR, Nantes Université
Examinateurs : Valérie Fointiat Professeure des Universités, Aix-Marseille Université
Raquel Bertoldo Maître de Conférence - HDR, Aix-Marseille Université
Ana Loureiro Professeure associée, Universidade Lusófona, Lisbonne
Mohamed Maanan Maître de Conférence – HDR, Nantes Université
Dir. de thèse : Ghozlane Fleury-Bahi Professeure des Universités, Nantes Université
Co-dir. de thèse : Oscar Navarro Professeur des Universités, Université de Nîmes
i
ii
Remerciements
A mes [Link].s de thèse, Oscar et Ghozlane, qui m’ont accompagnée depuis ma première
année de Master avec une considération et une attention sans lesquelles je n’aurais pas osé me
lancer dans un projet de thèse. Votre bienveillance, votre complémentarité et vos compétences
de chercheurs et d’encadrants m’auront autant apporté professionnellement qu’humainement.
A l’équipe de l’OR2C qui m’a offert la plupart des opportunités pour travailler sur ce sujet de
thèse avec une passion inspirante, et qui m’a renouvelé plusieurs fois sa confiance. J’ai bien-
sûr une pensée particulière pour Manon, dont la gentillesse et l’investissement rendent toujours
aussi agréable le travail de terrain.
Merci à tous les psychologues que j’ai croisés au LPPL ou ailleurs et avec qui j’ai pu collaborer,
partager, et sympathiser. Les échanges ont été riches même si la distance ne m’a pas permis
d’en profiter autant que souhaité. J’ai une pensée particulière pour Manuel, nos thématiques de
travail nous rapprochant, et avec qui j’ai pu partager plusieurs expériences de colloques
scientifiques, mais surtout la première, intimidante mais passionnante et bien plus évidente à
deux !
A l’équipe du projet COM2SICA qui m’a offert ma première opportunité de travail de
recherche en psychologie et dont la curiosité à l’égard de nos travaux a été très motivante.
Aux membres de ma famille, de Castelnau-Chalosse à Bruxelles, de Bretagne à Montpellier,
qui savent entretenir ma motivation par leur curiosité et leurs encouragements, et qui savent
me soutenir et me distraire à chaque occasion. Un merci un peu plus particulier à Nico, Claire,
Marielle et leur famille respective qui m’ont aidé logistiquement pour tous mes déplacements
professionnels ces dernières années, c’est un plaisir de pouvoir partager ces moments
privilégiés avec vous !
A mes parents, Fanny, et Coline, dont les mots ne peuvent pas exprimer ce qu’ils m’apportent
au quotidien, je vous dois tant. Merci pour votre patience, votre écoute et votre soutien
inébranlable.
Au centre équestre, sa forêt, tous ses locataires, Hélène et Jean-Claude, et les habitués, qui
m’apportent beaucoup de bonheur mais surtout un équilibre essentiel pour tenir bon dans les
moments plus difficiles.
Aux amis, et plus particulièrement Clotilde et Rudy, et Armelle et Josué, avec qui on peut tout
partager.
A Pauline et Marion, avec qui j’ai goûté aux joies de la psychologie sociale puis
environnementale. C’est un plaisir de partager cette amitié et ce bagage de formation à chaque
retrouvaille.
A Quentin, qui sait prendre soin de moi, me faire rire, m’encourager et me faire relativiser de
mille et une façons quand c’est trop dur, et qui partage avec moi les innombrables moments de
bonheur et de légèreté en forêt comme ailleurs.
A Oualie, Moustache, Furie, Mrs Jackson, Tara, Gemma, Wendy, Donna, Mary, Agent June,
Aslaug et Lagertha qui me rappellent quotidiennement aux plaisirs de la vie d’un simple regard.
iii
Table des matières
Introduction : les risques côtiers ................................................................................................ 1
PARTIE THEORIQUE .............................................................................................................. 5
Chapitre 1: l’Evaluation des risques côtiers........................................................................... 6
I. Perception du risque ................................................................................................... 8
1. Le paradigme psychométrique ............................................................................... 8
2. Perception du risque et affect ............................................................................... 10
3. Perception des risques côtiers .............................................................................. 14
II. Représentations sociales du risque........................................................................... 16
1. La théorie des représentations sociales ................................................................ 17
2. Les représentations sociales des risques côtiers................................................... 19
Chapitre 2: l’adaptation aux risques côtiers ......................................................................... 22
I. Les origines de la notion d’adaptation ..................................................................... 23
1. Etymologie du concept d’adaptation ................................................................... 23
2. L’adaptation aux risques environnementaux ........................................................ 24
II. L’adaptation individuelle/privée .............................................................................. 27
1. Adaptation individuelle : stratégies de coping et intention comportementale ..... 27
2. L’adaptation individuelle aux risques côtiers et ses facteurs d’influence ............ 31
III. L’adaptation publique et planifiée ....................................................................... 37
1. L’adaptation publique et planifiée face aux risques côtiers ................................. 37
2. De la consultation aux processus participatifs d’adaptation du territoire ............ 39
3. L’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation publique aux risques côtiers . 43
Chapitre 3: La dimension temporelle des risques côtiers .................................................... 46
I. La dimension temporelle en psychologie ................................................................ 46
1. Les origines de la dimension temporelle en psychologie .................................... 46
2. Perspective temporelle et double contextualisation ............................................. 47
II. Rapport au temps et adaptation aux risques ............................................................. 49
1. Les stratégies de coping selon la temporalité ...................................................... 49
2. L’expérience du temps dans le cadre de l’adaptation aux risques ....................... 51
3. Distance psychologique et niveau de construit .................................................... 53
PROBLEMATIQUE ................................................................................................................ 57
iv
PARTIE EMPIRIQUE ............................................................................................................. 65
Etude 1 - Représentations sociales des risques côtiers et adaptation selon les perspectives
passée, présente et future ..................................................................................................... 66
I. METHODOLOGIE.................................................................................................. 66
1. Rappel des objectifs ............................................................................................. 66
2. Contexte de l’étude .............................................................................................. 69
3. Outils .................................................................................................................... 70
4. Participants et procédure ...................................................................................... 71
5. Analyse des données ............................................................................................ 72
II. RESULTATS ........................................................................................................... 74
1. Analyse thématique des entretiens ....................................................................... 74
2. Analyse lexicale des entretiens ............................................................................ 80
III. DISCUSSION ...................................................................................................... 89
1. Conscience des risques côtiers et externalisation de l’adaptation ....................... 90
2. Le statut résidentiel déterminant les représentations sociales des risques côtiers92
3. La dimension temporelle dans les représentations des risques côtiers ................ 93
4. Limites de l’étude ................................................................................................ 94
IV. CONCLUSION .................................................................................................... 94
Etude 2 - Communiquer le risque d’érosion : effets de la communication par cartographie
sur la perception du risque et l’affect ................................................................................... 97
I. INTRODUCTION ................................................................................................... 99
1. Processus psychologiques impliqués dans la perception du risque ..................... 99
2. Communication du risque par représentation cartographique ........................... 101
3. Attention visuelle et communication par carte .................................................. 102
II. OBJECTIFS ET HYPOTHÈSES........................................................................... 105
III. METHODOLOGIE............................................................................................ 106
1. Participants ......................................................................................................... 106
2. Procédure ........................................................................................................... 107
3. Outils .................................................................................................................. 108
4. Matériel et opérationnalisation des variables ..................................................... 109
IV. RÉSULTATS ..................................................................................................... 114
1. Effets de la communication du risque par cartes sur la perception du risque et les
affects ......................................................................................................................... 114
v
2. Influence des caractéristiques cartographiques sur leur observation et
interprétation .............................................................................................................. 116
V. DISCUSSION ........................................................................................................ 122
1. Impact de la communication par cartes sur la perception du risque et l’affect .. 122
2. Influences des caractéristiques endogènes et exogènes de la carte sur l’observation
124
3. Limites de l’étude .............................................................................................. 127
VI. CONCLUSION .................................................................................................. 128
ETUDE 3 – Réactions physiologiques de stress et comportementales au cours d’une
exposition à un tsunami simulé en réalité virtuelle ............................................................ 130
I. INTRODUCTION ................................................................................................. 133
1. Individual reactions in disaster situations .......................................................... 133
2. Emotional contagion in disaster situations ........................................................ 135
3. Objective and hypotheses .................................................................................. 137
II. METHOD .............................................................................................................. 138
1. Participants ......................................................................................................... 138
2. Equipment and measurements ........................................................................... 139
3. Procedure ........................................................................................................... 141
4. Data processing .................................................................................................. 144
5. Statistical analysis strategy ................................................................................ 144
III. RESULTS .......................................................................................................... 146
1. Description of participants and descriptive statistics ......................................... 146
2. Description and comparison of time-dependent variables ................................. 147
3. Changes in heart rate during exposure to a virtual tsunami ............................... 150
4. Changes in electrodermal conductance during exposure to a virtual tsunami ... 152
5. Changes in movement speed during exposure to a virtual tsunami ................... 154
IV. DISCUSSION .................................................................................................... 155
1. A rational response to imminent danger ............................................................ 156
2. Absence of emotional and behavioral contagion ............................................... 157
V. LIMITS AND CONCLUSION .............................................................................. 158
ETUDE 4 : L’adaptation collective à un risque au long cours : l’acceptabilité de stratégies
d’adaptation à l’érosion côtière selon la temporalité future............................................... 161
I. METHODOLOGIE................................................................................................ 161
1. Rappel des objectifs ........................................................................................... 161
vi
2. Contexte ............................................................................................................. 164
3. Matériel et opérationnalisation des variables ..................................................... 166
4. Participants ......................................................................................................... 169
5. Plan d’analyse statistique ................................................................................... 170
II. RÉSULTATS ......................................................................................................... 171
1. Cohérence interne des mesures .......................................................................... 171
2. Comparaison de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation .............................. 171
3. Réduction des dimensions de la confiance dans les institutions ........................ 172
4. Facteurs d’acceptabilité sociale des trois stratégies d’adaptation ...................... 174
III. DISCUSSION .................................................................................................... 179
1. Acceptabilité de la recomposition spatiale ........................................................ 179
2. Facteurs associés à l’acceptabilité des stratégies d’adaptation .......................... 179
3. Dimension temporelle de l’acceptabilité des stratégies d’adaptation ................ 183
4. Limites de l’étude .............................................................................................. 185
IV. CONCLUSION .................................................................................................. 187
DISCUSSION GENERALE .................................................................................................. 190
I. Rappel des objectifs de la thèse et des résultats ..................................................... 190
II. Contributions théoriques ........................................................................................ 194
1. Distinction entre conscience et perception du risque ......................................... 194
2. Incertitude face au risque et processus affectifs à l’œuvre dans l’évaluation du
risque et l’adaptation .................................................................................................. 194
3. Contribution de l’attachement au lieu à l’évaluation du risque et aux processus
l’adaptation ................................................................................................................ 196
4. Contribution d’un facteur situationnel à l’évaluation du risque et à l’adaptation :
le statut résidentiel ..................................................................................................... 197
5. L’influence sociale dans l’adaptation aux risques côtiers .................................. 198
6. Contribution à l’intégration de la dimension temporelle dans l’étude de
l’adaptation aux risques côtiers .................................................................................. 199
III. Contributions pratiques ...................................................................................... 201
1. Rapprocher les adaptations individuelles et publiques ...................................... 201
2. Communiquer sur les risques côtiers ................................................................. 202
3. Envisager la recomposition territoriale face aux risques côtiers ....................... 203
IV. Limites des études .............................................................................................. 203
1. Désirabilité sociale et subjectivité ..................................................................... 203
vii
2. Ecologie de la simulation en réalité virtuelle ..................................................... 204
3. Caractéristiques des échantillons ....................................................................... 204
4. Opérationnalisation des variables ...................................................................... 205
5. Intégration de la dimension temporelle.............................................................. 206
CONCLUSION ...................................................................................................................... 207
Bibliographie.......................................................................................................................... 209
viii
Table des tableaux
Tableau 1: caractéristiques des participants interrogés ............................................................ 71
Tableau 2: pratiques et méthodes d'adaptation aux risques côtiers évoquées par les habitants
.................................................................................................................................................. 78
Tableau 3: analyse lexicométrique des entretiens selon les deux sous-corpus ........................ 80
Tableau 4: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents principaux ................................................................................................................. 80
Tableau 5: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents secondaires ................................................................................................................ 85
Tableau 6: Tests statistiques de comparaison de la répartition du regard sur les différentes cartes
................................................................................................................................................ 114
Tableau 7: Comparaison de la densité de fixation et de la durée moyenne de fixation par ZI en
fonction du niveau d'abstraction ............................................................................................ 117
Tableau 8: Comparaison de la qualité de transmission du message en fonction du niveau
d'abstraction ........................................................................................................................... 120
Table 9: Distribution of participants in each condition by gender......................................... 138
Table 10: Comparison of VR simulation data as a function of experimental condition using a
Kruskal-Wallis test................................................................................................................. 146
Table 11: Description and comparison of physiological and behavioral stress measures by time
and condition, using a parametric test (Fischer's F) for heart rate and a non-parametric test
(Kruskal-Wallis test) for electrodermal conductance and movement speed. ........................ 148
Tableau 12: Répartition des participants par genre et classes d'âge ...................................... 169
Tableau 2: MANOVA appliquée à la combinaison de variables relatives à l'acceptabilité des
stratégies ................................................................................................................................ 172
Tableau 14: Composantes issues de l'ACP relative à la confiance dans les institutions ....... 173
Tableau 15: Caractéristiques des composantes issues de l'ACP ............................................ 173
Tableau 16: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
lutte active .............................................................................................................................. 174
Tableau 17: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
lutte active .............................................................................................................................. 175
Tableau 18: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
recomposition spatiale ........................................................................................................... 176
Tableau 19: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
recomposition spatiale ........................................................................................................... 176
Tableau 20: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
laisser-faire ............................................................................................................................. 177
Tableau 21: Résultats de la régression multivariée (test de Pillai) appliquée à la stratégie de
laisser-faire ............................................................................................................................. 178
ix
Table des figures
Figure 1: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence principale.............................. 84
Figure 2: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence principale . 85
Figure 3: AFC appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire ............................ 88
Figure 4: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence secondaire . 89
Figure 5: découpage des Zones d'Intérêt (ZI) communes à chaque carte .............................. 109
Figure 6: Jeu de sept cartes de l'étude .................................................................................... 111
Figure 7: A participant equipped with VR headset and measuring device ............................ 139
Figure 8. Timeline of the VR tsunami scenario ..................................................................... 141
Figure 9. Evacuation of virtual agents in "calm" condition ................................................... 143
Figure 10. Observed data on changes in heart rate over time as a function of condition ...... 150
Figure 11. Observed data on changes in skin conductance over time as a function of condition
................................................................................................................................................ 152
Figure 12. Observed data on the evolution of movement speed over time as a function of
condition ................................................................................................................................ 154
Figure 13: Représentations paysagères des trois stratégies d'adaptation à l'érosion.............. 166
Figure 14: Scree plot de l'ACP relative à la confiance dans les institutions .......................... 173
x
Introduction : les risques côtiers
Les zones littorales sont particulièrement vulnérables aux risques environnementaux,
d’autant plus avec le changement climatique aux effets d’ores et déjà visibles. Ces zones
constituent des enjeux forts. En 2021, les 20 000 km de côte ne concentraient pas moins de 8
population des communes littorales métropolitaines est donc 2,4 fois plus dense que la
population moyenne de résidents permanents en France. Le littoral est bien-sûr connu pour son
attrait touristique, et voit sa population parfois être multipliée par 10 dans certaines communes
communes estuariennes, 1,5 millions de personnes vivent dans des zones potentiellement
exposées au risque de submersion marine, et 5000 à 50000 logements seraient menacés par
la mer ou parfois vers l’intérieur des terres, participant au recul du trait de côte et/ou à
l’abaissement des plages » (Réseau National des Observatoires du Trait de Côte, s. d.). La
submersion marine est « une inondation rapide et de courte durée (de quelques heures à
quelques jours) de la zone côtière par la mer lors de conditions météorologiques et océaniques
défavorables » (Géorisques, s. d.). La mer peut alors dépasser la cote des ouvrages de
protection, les abîmer ou même les détruire. Les risques d’érosion et de submersion sont
aussi de l’augmentation des événements tempétueux et de leur intensité (Nicholls, 2002). Ainsi,
le changement climatique, au travers des différents risques qu’il accentue, a des conséquences
l’érosion côtière) et à long-terme (élévation du niveau des océans) (Cazenave et al., 2014;
1
Luijendijk et al., 2018; McDonald, 2011). La côte méditerranéenne est également exposée au
profondeur avec une magnitude d’au moins 6,5. Même si la hauteur du tsunami est faible
(quelques dizaines de centimètres) le volume d’eau déplacé par les ondes peut entraîner des
inondations importantes et engendrer des dégâts matériels et/ou humaine. Le tsunami le plus
récent est celui du 21 mai 2003 dont la dizaine de centimètres de la vague a engendré des dégâts
dans plusieurs ports. La côte méditerranéenne est menacée par les tsunamis en raison de la
sismicité des côtes algériennes dont les tsunamis provoqués peuvent atteindre la côte française
entre 1 à 2 heures après le séisme, et de celle de la mer de Ligure, dont les tsunamis peuvent
2014; Meur-Férec et al., 2008). Depuis 1962, le littoral français a connu une hausse de la
2024). Cette augmentation des activités du littoral s’explique d’une part par l’attrait de la
population pour ces zones de bord de mer, d’autre part par une volonté politique depuis la
La vulnérabilité est définie par « la propension d’une société donnée à subir des dommages
en cas de manifestation d’un phénomène naturel ou anthropique. Cette propension varie selon
le poids de certains facteurs qu’il est nécessaire d’identifier et d’analyser car ils induisent un
certain type de réponse de la société » (D’Ercole et al., 1994, p.87-88). Cette définition permet
de considérer des facteurs objectifs et conjoncturels d’une part, donc directement relatif à
2
l’aléa, mais aussi des facteurs plus structurels en termes de contexte socio-économique, culturel
subjective au travers de ce que les psychologues appellent la vulnérabilité perçue, qui peut
totalement différer des faits objectifs. Celle-ci dépend certes du degré d’exposition au risque,
subjectivité interroge donc également la façon dont les citoyens non-experts du risque évaluent
celui-ci et dans quelle mesure cette évaluation, mais aussi d’autres facteurs à la fois
(2019) définit l’adaptation aux risques côtiers comme le fait de « maintenir le risque à un niveau
acceptable pour les sociétés », c’est à dire conserver un « équilibre entre les conséquences
méthodes douces, repli…) » (p.36). Des nombreuses solutions techniques permettent de relever
ce défi, mais les dimensions humaines et sociales doivent elles aussi être prises en compte. En
représentations « naïves » du risque de la part des citoyens peuvent différer de celles des experts
(Chauvin, 2014). De plus, le rejet de la part du public de certaines stratégies d’adaptation aux
temporelles (Moser, 2003), permet de mieux comprendre la façon dont le public perçoit son
environnement de vie, les risques associés, et comment cela influence ses modes d’adaptation.
3
environnement. Néanmoins cette dimension est souvent laissée pour compte dans la recherche
en psychologie, à la fois pour des raisons de facilité méthodologique (les études longitudinales
sont coûteuses et les plans transversaux permettent justement de neutraliser la variabilité dans
le temps qui est difficile à contrôler), et pour des raisons plus épistémologiques : on aurait
tendance à favoriser le statique au dynamique, sans doute car il est plus aisé de conceptualiser
des phénomènes ainsi (McGrath & Kelly, 1992). Pourtant cette dimension temporelle est
particulièrement saillante dans le cadre de l’adaptation aux risques côtiers. Ces derniers
peuvent constituer des événements soudains ou au long cours, peuvent avoir lieu dans
l’immédiat ou dans un futur plus ou moins proches, ou peuvent laisser des traces lorsqu’ils sont
déjà passés. En fait, l’adaptation peut se préparer plus ou moins en amont jusqu’au moment
Les quatre études présentées dans cette thèse visent donc d’une part à mieux comprendre
comment le public profane évalue et se représente les risques côtiers auxquels il est exposé,
comment cette évaluation influence l’adaptation de la population à ces risques, et d’autre part
4
PARTIE THEORIQUE
5
Chapitre 1: l’Evaluation des risques côtiers
La psychologie environnementale a depuis longtemps mis en évidence les différences
d’évaluation du risque entre les citoyens profanes et les experts (Fischhoff et al., 1978). C’est
différentes parties prenantes, voire d’un rejet des mesures mises en place pour s’adapter au
risque. La réponse souvent donnée à ce type de situation est l’information des citoyens, en
supposant que la raison de leur point de vue divergent est un manque de connaissance pouvant
être comblé par une communication axée sur l’information. Or cette stratégie est réductrice et
se révèle bien souvent inefficace à elle seule. En effet, les citoyens développent bien souvent
une autre sorte de connaissance, moins technique, mais reposant sur une pensée sociale issue
de leur propre expérience, de leur environnement social au travers des échanges développés au
sein de la population, des croyances et valeurs partagées (Navarro, 2022). Cette pensée sociale
l’adhésion aux mesures mises en place par les décideurs face au risque. Elle permet ainsi
risque), de dimensions affectives (la façon de ressentir son environnement et les risques
rapport aux institutions et aux autorités, ou encore de la culture dans laquelle s’insèrent les
individus.
l’Homme aux risques auxquels il est exposé. Nous nous focaliserons ici sur deux d’entre elles.
La première est une approche est celle de la perception du risque (Fischhoff et al., 1978; Slovic,
1987, 2016), qui est plutôt individuelle et tente de rendre compte de la façon dont les individus
perçoivent le risque. Sans écarter la possibilité de l’influence du contexte social dans lequel
s’insère l’individu, cette approche tente d’expliquer les processus cognitifs et affectifs à
6
l’œuvre dans la perception individuelle du risque. A partir de l’expérience phénoménologique
du réel, mais également influencé par son histoire, le contexte, ou encore les relations
interpersonnelles, l’individu peut évaluer le risque. Cette approche permet donc de rendre
compte du degré auquel les individus se sentent vulnérables, et d’expliquer ainsi partiellement
l’adoption de certaines stratégies de faire face. Mais le risque ne constitue pas seulement un
objet à évaluer de faiblement dangereux à très dangereux, de peu probable à très probable.
C’est aussi un objet de débat dont les représentations variant selon les groupes sociaux peuvent
être confrontées les unes aux autres (Navarro-Carrascal & Michel-Guillou, 2014). La deuxième
approche est donc celle des représentations sociales (Abric, 2003; Jodelet, 2003; Joffe, 2003)
Ces deux approches ne sont pas contradictoires mais bien complémentaires puisqu’elles
autour des processus cognitifs et affectifs et de leurs limites pour la perception du risque, et à
l’échelle positionnelle voire idéologique d’autre part, autour du sens donné au risque par les
représentations sociales (Doise, 1987, cité par Navarro, 2022). Considérer ces deux approches
simultanément permet de mieux comprendre les problématiques liées aux risques par une
forme de triangulation méthodologique, et se justifie pleinement lorsque l’on cible les risques
côtiers. Le rapport au risque des citoyens dépend certes de leur traitement des informations
disponibles et des biais et limites qui en découlent, mais doit aussi être compris dans une vision
plus globale : la culture occidentale actuelle promeut fortement la mer comme cadre de vie, de
loisir et de valorisation sociale, et le littoral est constitué de groupes sociaux au rapport bien
7
dimensions à la fois sociales, spatiales et temporelles doivent être considérées pour
I. Perception du risque
1. Le paradigme psychométrique
Une définition classique du risque utilisé dans les premiers travaux sur cette thématique est
conséquences dans un contexte donné (Renn, 2008). Ce qui repose donc sur une évaluation
objective et rationnelle du risque, plutôt propre aux experts capables de mesurer ces critères le
définissant. Cependant, les individus non-experts ne sont pas en mesure de rassembler ces
informations objectives et doivent donc s’appuyer sur d’autres types de sources pour évaluer
les risques auxquels ils peuvent être exposés, et ce de manière subjective. C’est de cette
risques sont minimisés tandis que d’autres sont amplifiés (Joffe & Orfali, 2005).
(Fischhoff et al., 1978; Slovic et al., 1986; Slovic, 1987), propose que le risque soit évalué par
le public profane selon trois caractéristiques, les deux premières étant relativement stables pour
nombre de personnes exposées. Cette approche permet ainsi d’affirmer que le grand public
n’est pas irrationnel mais évalue simplement le risque selon des critères différents (Chauvin,
2014). Il a également été mis en évidence à partir de ce paradigme qu’il existe une relation
inverse entre risque et bénéfice perçu (Alhakami & Slovic, 1994; Finucane et al., 2000;
Fischhoff et al., 1978). Ce qui, nous le verrons par la suite, a permis le développement du
opportunités de recherche. Il est ainsi désormais possible de comparer les différents risques et
(Touili et al., 2014), ou encore de déterminer comment la perception du risque impacte d’autres
L’un des inconvénients majeurs de cette approche de reposer malgré tout sur une rationalité
importante de la part d’individus qui seraient capables d’évaluer par eux-mêmes ces trois
paradigme psychométrique, et en sont plus ou moins proches. Celle de l’utilité espérée, d’abord
issue des modèles économiques considérant l’individu comme strictement rationnel, consiste
2006, cité par Chauvin, 2014) : l’utilité (positives ou négatives) des conséquences, et les
probabilités d’occurrence. Ces deux références sont produites par l’individu lui-même à partir
de son opinion personnelle, et permettent de donner une valeur aux risques et donc de les
Kahneman, 1974) quant à elle se centre plutôt sur les processus cognitifs de traitement de
s’intéresser aux heuristiques à l’œuvre et donc également aux biais et erreurs de jugement dans
l’évaluation des risques (Cadet & Kouabénan, 2005; Gowda, 1999). Les heuristiques consistent
en des raccourcis mentaux permettant une évaluation plus rapide et moins coûteuse à partir de
règles inférentielles, mais pouvant entraîner des estimations erronées. On peut citer
tendance à ne baser son jugement que sur des informations facilement disponibles en mémoire.
Cela peut biaiser le jugement dans le sens où l’individu peut par exemple prêter plus attention
9
à la prévention à l’égard d’un risque très vif à l’esprit (crash d’avion) qu’à un risque moins vif
mais non moins important (maladies contagieuses) (Zeckhauser & Viscusi, 1996). Un autre
biais classique est celui de l’optimisme comparatif : les individus ont tendance à sous-estimer
les risques pour eux-mêmes par rapport aux risques pour les autres (Weinstein, 1980). Enfin,
l’Amplification Sociale du Risque propose que les individus, les groupes, ou les sociétés
(Kasperson et al., 1988). Par ailleurs, le contexte socioculturel impacte la façon dont les
messages sont reçus, interprétés et transmis par les individus ou les groupes en fonction des
processus affectifs à l’œuvre dans l’évaluation du risque. Comme évoqué plus haut, les experts
du risque s’appuient dans les évaluations sur des données objectives, techniques et parfois
complexes permettant une analyse fine du risque. Ce processus analytique est long et coûteux,
(Böhm & Brun, 2008; Finucane et al., 2000). L’affect est un concept aux multiples définitions
et auquel les termes « émotions » ou encore « sentiment » sont souvent substitués entraînant
des confusions importantes. Une définition couramment retenue est celle de Slovic et ses
collaborateurs (2004) d’après laquelle l’affect serait « un léger bruissement d’émotion” [et]
10
processus affectifs dans la perception du risque au travers de la dimension de peur comme étant
l’un des trois déterminants principaux de la perception du risque (Slovic et al., 1986; Slovic,
1987). D’autre part, la célèbre relation inverse entre risque perçu et bénéfice perçu (plus une
activité est perçue comme risquée, moins elle est perçue comme bénéfique) mise en évidence
par Fischhoff et ses collaborateurs (1978), est également à l’origine de l’intérêt pour les
processus affectifs. En effet, le traitement cognitif ne permet pas d’expliquer pourquoi certaines
activités très risquées, telles que parier de l’argent, sont tout de même pratiquées si le bénéfice
perçu est très faible. Alhakami et Slovic (1994) ont donc ensuite mis en évidence que le rapport
entre risque et bénéfice perçu varie selon le jugement affectif envers l’activité, selon qu’elle
est évaluée comme positive ou négative. Une activité jugée très positivement (énergie solaire)
sera jugée comme très bénéfique et peu risquée, tandis qu’une activité jugée très négativement
(fumer) sera considérée comme peu bénéfique et très risquée (Slovic, 2010, cité par Chauvin,
2014). Les activités jugées de façon intermédiaire, ni très négativement, ni très positivement,
voient cette distance entre risque et bénéfice réduite. Ces travaux ont donc lancé tout un champ
concept à part entière d’heuristique d’affect, selon laquelle de façon automatique et dans un
objectif de rapidité et d’économie de charge mentale, les individus évaluent les risques à partir
d’un pool affectif qui associe différents objets à des étiquettes affectives positives ou négatives
(Finucane et al., 2000). A partir de ces affects, comme expliqué précédemment, les individus
peuvent évaluer les risques et bénéfices perçus. De nombreuses études ont malgré tout
démontré les biais que peuvent engendrer cette heuristique d’affect, en favorisant des
comportements irrationnels (Gigerenzer, 2004; Rottenstreich & Hsee, 2001). La plupart des
travaux aujourd’hui reposent donc sur la théorie des processus duels, autrement dit l’existence
de deux systèmes d’appréhension de la réalité qui coopèrent (Finucane & Holup, 2006) : un
11
mode affectif « risk as feelings » reprenant les principes de l’heuristique d’affect, et un mode
au rapport au lieu. L’attachement au lieu correspond au « lien affectif et cognitif que les
individus développent avec un lieu » (Weiss, 2022, p. 28). Afin de mieux comprendre ce
concept, il est nécessaire de définir celui de lieu. En effet, en psychologie, le lieu ne se définit
pas uniquement par l’expérience physique objective du lieu mais par une expérience subjective
et intangible (Weiss, 2022). Ainsi, le lieu n’est pas seulement un espace physique aux
caractéristiques objectives. C’est également un produit social défini par les comportements qui
y sont partagés, et par les cognitions et affects relatifs à ces comportements et à ce lieu (Canter,
1977, cité par Weiss, 2022). De plus, le lieu peut être considéré à différentes échelles (du local
au plus global) mais également selon ses fonctions (lieu de travail, lieu de vie, espace public...)
(Brown et al., 2012). Des travaux ont par exemple montré que l’attachement peut varier selon
l’échelle considérée (Hidalgo & Hernández, 2001). De nombreux travaux ont mis en évidence
les liens affectifs, cognitifs et comportementaux qu’entretiennent les individus avec un lieu,
souvent leur lieu de vie : 1) Affectif car le lieu est souvent relié à des émotions positives, mais
aussi parfois négatives, si ce lieu est amené à changer ou disparaître, 2) Cognitif car le lieu
revêt un sens propre aux individus et aux groupes qui le côtoient, et donne lieu à des
représentations et des souvenirs, 3) Comportemental car des comportements sont induits par
cet attachement et permettent d’entretenir ce lien par exemple en essayant de rester ou revenir
régulièrement dans ce lieu (Hernández et al., 2007), ou parce que les individus mettent parfois
en place des comportements de protection de ce lieu lorsque celui-ci est menacé (Scannell &
Gifford, 2010, 2014). L’attachement au lieu provient à la fois des caractéristiques physiques et
sociales du lieu (Hidalgo & Hernández, 2001; Scannell & Gifford, 2014). En tenant compte de
12
ces processus affectifs, cognitifs, et comportementaux, le modèle tripartite de Scannel &
Gifford (2010) permet ainsi de définir les rapports selon les caractéristiques individuelles et
groupales entre les individus et le lieu dans ses dimensions physique et sociale.
D’autres concepts ont été développés pour décrire et évaluer le lien entre l’Homme et les
lieux qu’il pratique mais il existe une certaine confusion entre ceux-ci. L’identité de lieu, entre
autres, peut-être définie comme une sous-structure de l’identité regroupant les cognitions
relatives à l’environnement dans lequel l’individu évolue, et donc développée non pas par
comparaison entre soi et les autres mais vis-à-vis du lieu (Proshansky et al., 1983). Elle se
développe sur la base des expériences en lien avec l’environnement physique auquel les
individus viennent ancrer leurs souvenirs, leurs objectifs, leurs valeurs, leurs attitudes (Fleury-
Bahi, 2010). Un autre concept très proche de l’attachement au lieu est celui de dépendance à
l’égard du lieu. Il s’agit selon Stokols & Shumaker (1981) d’un sentiment de lien très fort que
peut entretenir une personne avec un lieu, souvent issu de la capacité de ce lieu à répondre aux
attentes de l’individu. Ainsi, l’attachement est parfois considéré comme englobant ces deux
concepts (Guillard, 2020; Vaske & Kobrin, 2001), tandis que d’autres auteurs considèrent qu’à
l’inverse l’attachement au lieu est une composante de l’identité de lieu (Lalli, 1992). D’autres
auteurs proposent le concept de « sense of place », parfois considéré comme un terme englobant
l’ensemble des concepts relatifs au lien qu’entretient l’Homme avec son environnement
De nombreuses études ont montré qu’attachement au lieu et perception du risque sont liés
(Dhar et al., 2023; Lie et al., 2023), cependant il n’y a pas de consensus sur le sens de cette
relation. Les individus qui sont attachés à leur lieu de vie peuvent avoir tendance à se sentir en
sécurité et à sous-estimer le risque (Billig, 2006; Wang et al., 2021). Mais d’autres travaux ont
13
l’attachement au lieu, peut au contraire augmenter la perception du risque (Bonaiuto & De
marine engendre une forme de paradoxe que les habitants peuvent se représenter et auquel ils
peuvent faire face de différentes façons (Michel-Guillou & Meur-Ferec, 2017). En effet, vivre
dans cet environnement est socialement valorisant et désirable (Michel-Guillou et al., 2015),
et pourtant ses habitants peuvent être extrêmement vulnérables aux risques associés.
De manière générale, les populations exposées aux risques côtiers ont tendance à les sous-
estimer (Botzen et al., 2009; Michel-Guillou & Meur-Ferec, 2017; Pagneux et al., 2011). De
nombreux chercheurs ont travaillé à mieux comprendre la perception des risques côtiers et ses
déterminants, mais aussi ses impacts, notamment sur l’adaptation au risque. A partir de
menace perçue, et la vulnérabilité collective perçue. Cette construction reprend celle proposée
par Slovic (1990) mais la dernière dimension est ici ajoutée en illustrant le grand nombre de
aussi collective.
L’un des intérêts de l’approche quantitative par le paradigme psychométrique est de pouvoir
concernant l’impact des facteurs sociodémograpiques sur la perception des risques côtiers
(Navarro, 2022a). Par exemple, s’agissant du risque d’inondation, certaines études observent
une corrélation positive entre l’âge et la perception du risque (Kellens et al., 2011), tandis que
14
Botzen et al. (2009) ont montré que les personnes plus âgées ont une plus faible perception du
risque. Il en va de même pour le genre, puisque toujours pour le risque d’inondation, certaines
études montrent que les femmes présentent un niveau plus haut de perception du risque
(Kellens et al., 2011; Lindell & Hwang, 2008) alors que d’autres études ne trouvent aucune
influence du genre sur la perception de ce même risque (Anılan et al., 2024). Mais d’autres
facteurs dispositionnels semblent avoir un effet plus consensuel sur le rapport des habitants au
risque auquel ils sont exposés, notamment les expériences passées. L’expérience passée du
risque est un prédicteur important de la perception du risque (Navarro et al., 2016; Siegrist &
Gutscher, 2006) et de la conscience du risque (Pagneux et al., 2011). Un facteur important ici
semble être celui de l’exposition non pas uniquement au risque mais surtout à ses conséquences
négatives. En effet, Lima et ses collaborateurs (Lima, 2004; Lima et al., 2005) ont par exemple
déchets ou d’autres technologies, en raison de l’exposition répétée à ces risques, mais pas à
leurs conséquences négatives. De plus, vivre une inondation d’ampleur limitée peut réduire le
sentiment de vulnérabilité, car les habitants ayant eu cette expérience se reposent sur celle-ci
pour estimer le risque d’une prochaine inondation, écartant le risque d’un phénomène plus
grave (Burningham et al., 2008). L’attachement au lieu est également un déterminant important
de la perception des risques côtiers (Navarro et al., 2020, 2021a), cependant son impact est
aléatoire selon les études. S’agissant par exemple du risque d’inondation, un fort attachement
au lieu est parfois associé à une faible perception du risque (Lie et al., 2023), alors qu’ il peut
également, dans certains cas, renforcer la perception du risque (Bonaiuto et al., 2011; Parreira
Ensuite, certains facteurs situationnels peuvent influencer la perception des risques côtiers.
Plusieurs travaux ont montré que la distance face à la menace impacte la perception du risque
: les habitants vivant plus près du trait de côte ont une perception du risque d’érosion côtière
15
plus grande (Chadenas et al., 2023; Navarro et al., 2020). Chadenas et ses collaborateurs (2023)
ont également noté que plus les habitants sont proches de la menace, plus leur connaissance du
risque est grande. Lorsque les connaissances à l’égard du risque côtier sont trop faibles, les
habitants s’appuient sur celles des gestionnaires ou des experts du risque, c’est pourquoi la
confiance est un facteur également important à prendre en compte (Kellens et al., 2013). La
confiance, qu’elle soit en les gestionnaires ou en les méthodes de gestion du risque, est un
déterminant important de la peur ainsi que de la perception du risque associée (Terpstra, 2011).
Cette confiance détermine également l’adaptation et surtout l’approbation ou non des stratégies
d’adaptation mises en place par les autorités (Han et al., 2023). Parallèlement de la distance, le
interindividuelle, et permet de quantifier dans quelle mesure un risque est perçu ainsi que ses
facteurs d’influence ou ses conséquences sur d’autres processus. Le rapport au risque est ainsi
quantifié mais sans rien dire de son contenu et de la façon dont il est approprié. L’approche par
mentale relative au risque. En effet, celle-ci est fondamentalement sociale car elle s’ancre dans
un ensemble de représentations préexistantes et partagées par les membres d’un groupe, en lien
avec un contexte, une culture donnée. L’approche par la perception du risque considère elle
sociale du risque (Kasperson et al., 1988) mais cette dimension sociale reste peu développées
dans les travaux relatifs à la perception du risque (Navarro, 2022a). Cette considération pour
l’ancrage sociale du rapport au risque est cependant développée dans l’approche des
16
1. La théorie des représentations sociales
Les représentations sociales sont définies par Guimelli (1999) comme « l’ensemble des
croyances, des connaissances, des opinions qui sont produites et partagées par les individus
d’un même groupe à l’égard d’un objet social donné » (p.63). De fait, elles constituent des
théories naïves faisant référence à des constructions plus ou moins élaborées, mais différente
de celles des experts. Cette approche lutte elle aussi contre l’explication de la divergence de
plutôt par le fait qu’il s’agit de deux produits de nature différente (Joffe, 2003), les
représentations sociales ont une visée pratique puisqu’elles organisent le groupe partageant ces
représentations en offrant une grille de lecture du monde et donc en guidant les comportements
de masse) viennent à leur tour nourrir ces représentations (P. Marchand, 2004). Ces dernières
Abric (1994) propose une théorie aujourd’hui consensuelle définissant la structure des
représentations sociales comme constituées d’un noyau central et d’un système périphérique.
Cette théorie permet de répondre aux paradoxes selon lesquels les représentations sont à la fois
stables et dynamiques, et à la fois consensuelles mais pouvant aussi varier dans une certaine
que le système périphérique serait plus à même de varier entre individus et selon le contexte et
les contradictions. Le noyau central a donc une fonction identitaire puisqu’il permet d’une
17
Il assigne un sens à l’ensemble de la représentation sociale et donc au système périphérique, et
structure cet ensemble. Ce qui lui permet également de faire coexister des contradictions
apparentes dans le discours qui peuvent coexister à la lumière du sens donné par le noyau
central (Guimelli, 1999). Le noyau central constitue un filtre de la réalité pour le groupe se le
processus d’objectivation naturalise un concept abstrait, en le rendant concret selon une logique
propre au groupe (Bonardi & Roussiau, 2014; Guimelli, 1999). Par la même, l’objet est
simplifié afin de permettre une forme d’économie cognitive car seuls certains éléments
particuliers de l’objet sont sélectionnés par le groupe, selon leurs croyances ou opinions que
ses membres partagent. De plus, s’appuyer sur des propriétés de l’objet connues et partagées
sein du groupe. Ces éléments sont ensuite décontextualisés de leur attache initiale ce qui permet
une réappropriation en fonction d’autres éléments préexistants, pour devenir plus proches de
la pensée du groupe (Guimelli, 1999). Ils s’agglomèrent ensuite pour former un noyau figuratif
structuré et concret. La naturalisation de cet ensemble permet de rendre concret et simple une
nouvelle pensée de sens commun considérée alors comme la réalité et non discutable. Le
processus d’ancrage, quant à lui, vise à redéfinir l’objet à partir des pensées préexistantes afin
de l’intégrer à cet ensemble. La représentation de l’objet est alors en adéquation, non seulement
avec les pensées préexistantes, mais surtout avec les valeurs, croyances et idéologies du groupe.
Par ailleurs, les représentations sociales sont capables d’évoluer dans le temps et de
s’adapter au contexte grâce à leur structure à la fois stable et adaptative. Un premier facteur de
18
changement peut être un changement de pratique. En effet, les représentations sociales et
pratiques sont fortement intriquées puisque les premières guident les secondes, et qu’à l’inverse
les pratiques contribuent à définir les représentations (Valence, 2010). Ainsi, si le groupe doit
adopter un changement de pratique forcé par le contexte, mais pouvant être réversible, cela
engendrera une modification du système périphérique, justement élaboré pour absorber ces
cité par Rouquette & Rateau, 1998). Cependant, si les nouvelles pratiques doivent perdurer du
fait d’un contexte irréversible, elles sont d’abord intégrées via le système périphérique et vont
petit à petit modifier également le noyau central. Ce changement est coûteux pour les individus,
c’est pourquoi en cas de situation réversible les membres du groupe préfèrent subir les
changer sa nature.
large, c’est à dire liée au cadre de vie à la fois physique, social, culturel et historique, dans une
risques côtiers ont été l’objet de nombreux travaux s’appuyant sur la théorie des représentations
sociales.
Bertoldo et ses collaborateurs (2021) ont par exemple pu mettre en évidence les processus
représentation sociale de la submersion marine. Ces habitants, vivant dans une zone également
qu’ils n’ont jamais vécu, en faisant référence à leur connaissance et expériences relatives au
risque d’inondation fluviale. Il est également à noter que les habitants interrogés font preuve
19
d’une bonne connaissance technique quant à la dynamique côtière et à sa gestion. De la même
manière que cela a été démontré au travers de l’approche par la perception du risque, cette
étude met en évidence le paradoxe chez les habitants à la fois très attachés à leur lieu de vie
mais conscients de leur exposition à des risques environnementaux. Ils feraient donc face à ce
paradoxe au moyen de trois stratégies de rationalisation : la comparaison sociale (le risque est
pire ailleurs), la comparaison des risques (d’autres risques sont plus importants), le fatalisme
(on ne peut rien y faire). Ces stratégies engendreraient une forme d’atténuation sociale du
risque (Kasperson et al., 1988), tandis qu’à l’inverse, l’occurrence d’événements dramatiques
tels que la tempête Xynthia et les pertes humaines et matérielles occasionnées engendrent un
Baggio et Rouquette (2006) ont quant à eux étudié le risque d’inondation et ont observé que
représentation du risque car elle permet de la densifier. L’étude de Lemée et ses collaborateurs
(2019) corrobore ce phénomène. Ils ont constaté que les habitants de la côte exposés au risque
représentent également ces risques de façon plus dense et que ces représentations sont plus
1997 cité par Navarro, 2022) : l’identification, c’est à dire le degré auquel l’individu se sent
concerné, la valorisation, soit l’importance accordée à l’objet, et la capacité d’action perçue sur
cet objet. Or l’implication personnelle joue également un rôle médiateur entre les
20
Plusieurs études ont également mis en évidence que les représentations sociales des risques
côtiers, qu’il s’agisse du risque d’inondation (Baggio & Rouquette, 2006), d’érosion côtière ou
de submersion marine (Krien & Michel-Guillou, 2014; Lemée, Fleury-Bahi, et al., 2019),
comportent à la fois des éléments relatifs au risque en lui-même et relatifs à la gestion pratique
ou politique de ces risques. Ces représentations comportent donc souvent à la fois une
Guimelli (1999). L’étude de Lemée et ses collaborateurs (2019) montre, par une méthode de
chez les habitants du littoral comprend des composantes de gestion politique du risque (ex : «
application des plans de prévention des risques côtiers »), et que la représentation des habitants
exposés est plus fonctionnelle puisqu’elle intègre également des conséquences du risque (« la
population ») de façon plus centrale. Ils observent le même pattern pour le risque d’érosion,
avec une représentation pour les habitants exposés plus fonctionnelle intégrant des impacts liés
La gestion des risques côtiers relève de l’adaptation. Ce concept d’adaptation est complexe
multiplie également les processus à déterminer et comprendre pour favoriser l’adaptation aux
risques côtiers. Plus de recherches sont donc nécessaires pour comprendre dans quelle mesure
la nature des représentations sociales des habitants peut impacter les pratiques et notamment
21
Chapitre 2: l’adaptation aux risques côtiers
Les littoraux français font face à des risques croissants en raison du changement climatique
mais aussi du développement et de l’urbanisation croissante de ces zones. Face à cela, deux
stratégies s’imposent : réduire les risques auxquels ces zones sont exposées, et minimiser leurs
anthropique visant à réduire les sources ou augmenter les puits de gaz à effet de serre »,
autrement dit réduire le phénomène en lui-même. La deuxième est un « ajustement dans les
systèmes humains ou naturels en réponse à des stimuli climatiques actuels ou attendus ou leurs
effets, qui modère les dommages ou exploite les opportunités bénéfiques » (p.750). Les deux
approches sont concomitantes de bien des façons (Klein et al., 2006). Par exemple, encourager
l’inverse, des mesures visant à atténuer le changement climatique (ex : taxes carbone, prix de
l’énergie) peuvent favoriser l’adaptation (ex : allocation de ces ressources à l’adaptation d’un
territoire aux risques encourus). Ainsi le discours opposant adaptation et atténuation arguant
que se concentrer sur l’adaptation serait renoncer à réduire les causes du changement
climatique est aujourd’hui dépassé étant donné l’urgence face aux risques climatiques
croissants (Boissier, 2020). Néanmoins, s’agissant plus précisément des risques côtiers, les
citoyens peuvent difficilement atténuer eux-mêmes ces phénomènes, mais ils peuvent
cependant tenter de s’y adapter. Nous nous focaliserons donc ici sur l’adaptation aux risques
côtiers, tout en gardant à l’esprit que sa promotion peut tout à fait mener à l’atténuation de la
cause de leur amplification, par exemple les émissions de gaz à effet de serre.
22
I. Les origines de la notion d’adaptation
1. Etymologie du concept d’adaptation
Le concept d’adaptation est très large et s’applique aussi bien à des organismes qu’à des
groupes faisant face à des contraintes internes ou externes et devant trouver un nouvel équilibre
face à celles-ci (Fischer & Tarquinio, 2006). Ce concept, fluctuant et non consensuel dès son
origine, provient de la biologie (Simonet, 2009). Il exprimait alors l’idée que tout être vivant
et qu’il est donc adapté (Laborit, 1976 cité par Simonet, 2009). Cette adaptation peut s’observer
à l’échelle individuelle ou à l’échelle d’un groupe, par exemple d’une espèce. L’un des flous
associés au concept d’adaptation se situe dans la distinction entre le processus, souvent mené
échelle large et une temporalité longue, puisqu’il s’agit de comprendre sur le long-terme
comment les organismes assurent leur reproduction et leur survie face aux contraintes de
l’environnement (Bates, 2005 cité par Simonet, 2009). En géographie, les travaux sur les
catastrophes naturelles et sur les stratégies de faire face des populations face à ces événements
environnement. Cela se détache donc de la vision biologique qui vise à étudier comment
l’environnement influence l’être humain (Reghezza, 2007). Ce concept a aussi été introduit en
psychologie, considéré alors comme « le processus qui entoure l’incessante interaction entre
décline donc aussi bien en psychologie clinique qu’en psychologie sociale par exemple au
autres, ce continuum étant un indicateur de santé mentale (Rouillon, 1996 cité par Simonet,
2009). On peut rattacher à cette notion de déséquilibre le concept de stress, défini par Lazarus
23
& Folkman (1984) comme un déséquilibre entre les demandes de la situation/ l’environnement
stress est une capacité adaptative permettant la survie par des efforts cognitifs et
comportementaux.
2007). Son opérationnalisation est donc complexe. Ce concept ne peut ainsi être appréhendé
vise, qui elle vise et par quel moyen elle est menée. Elle peut par exemple consister à lutter
contre un phénomène pour y faire face ou bien à s’en accommoder et ajuster son mode de vie
échelle elle est considérée : un individu, une société, un système économique ou des pratiques
? Une plage, une forêt, une zone urbaine ? Enfin, l’adaptation peut se mettre en place de bien
des façons : par rapport à des phénomènes passés, actuels, ou à venir, de façon plus ou moins
spontanée, plus ou moins collective, en faisant face à des contraintes ou en saisissant des
opportunités etc. Carter et al. (1994) distinguent en effet l’adaptation autonome qui est
automatique, spontanée et passive (par exemple l’adaptation naturelle d’une zone humide aux
souvent de prises de décision politiques, mais pouvant s’appliquer aussi bien à l’échelle
s’applique, et selon sa durée d’application sur du plus ou moins long-terme. Elle peut donc être
anticipatoire, comme idéalement pour l’adaptation planifiée, afin d’anticiper et minimiser les
24
impacts d’un risque. Elle peut être concomitante donc s’appliquer au cours de la crise, ou
encore réactive donc survenant suite à la crise. Les adaptations autonomes s’appliquent plutôt
à ces deux derniers cas de figure (Smit et al., 1999). Face aux changements climatiques, la
plupart des processus d’adaptation sont implémentés face à des phénomènes individuels, quelle
que soit l’échelle et la temporalité (par exemple le risque de sécheresse, d’inondation etc.). Les
méthodes d’adaptation peuvent ainsi être mises en place de façon aussi bien individuelles (par
exemple contracter une assurance, déménager) qu’au niveau plus global (par exemple réguler
la consommation d’eau d’un territoire, ou relocaliser des infrastructures). Mais ces deux
niveaux sont toujours interdépendants car les individus, les groupes et les institutions sont
intriqués. Il s’agit donc d’une limite de la distinction entre adaptation autonome et adaptation
planifiée, puisque l’adaptation autonome mise en place par un individu ou un groupe naît
(Adger & Vincent, 2005). Wannewitz & Garschagen (2023) évoquent quant à eux l’adaptation
collective, qu’ils définissent comme « les actions d’un groupe d’individus ou de sous-cultures
collaborant selon des règles partagées pour réduire leur risque climatique, exploiter les
commun voire pour un public plus large. Cette adaptation se met en place au travers des actions
d’un collectif et peut effectivement être associée à un plus grand sentiment d’efficacité perçue
qu’en ne se référant qu’à soi-même. Ainsi, l’adaptation collective est plus que l’addition
l’adaptation privée de l’adaptation publique. La première concerne les ménages ou encore les
entreprises et vise des bénéfices qui leurs sont propres, tandis que la seconde est menée par des
acteurs publics à tout niveau, par exemple le gouvernement, et vise des bénéfices plutôt
collectifs (Van Gameren et al., 2014). Mais l’articulation des différentes échelles d’adaptation
25
est parfois complexe comme en témoigne le dilemme social auquel les individus font face :
l’adaptation aux risques environnementaux fait bien souvent l’objet d’un choix entre favoriser
l’adaptation aux risques environnementaux réside également dans le fait qu’ils s’inscrivent
dans des processus dynamiques. Les événements extrêmes s’étendent plutôt sur du court-terme,
mais sont dépendants des évolutions climatiques à plus long-terme. S’ajoute à cela l’ensemble
des interactions possibles dans un environnement donné entre les différents systèmes impactés,
qu’ils soient naturels, économiques ou sociaux. Ces changements ont eux aussi des impacts sur
des échelles de temps différentes qui doivent être prises en compte pour s’adapter efficacement
S’agissant plus spécifiquement des risques côtiers, l’OCDE (2019) définit l’adaptation
côtière comme le fait de « maintenir les risques à un niveau acceptable pour la société et
l’environnement dans les zones côtières, maintenant et à l’avenir. ». Cette notion de risque
acceptable s’explique par une forme de paradoxe. D’une part le risque « zéro » n’est pas
atteignable sur ces zones car la hausse du niveau de la mer est un phénomène irréversible. Et
encore naturels est encore souvent évaluée plus favorable que le déplacement de ces enjeux.
D’autre part, la protection de ces zones engendrent souvent une détérioration des écosystèmes
(Spalding et al., 2014; Temmerman et al., 2013), reportent simplement le risque dans d’autres
zones moins protégées (Temmerman et al., 2013), et peuvent feindre un sentiment de sécurité
et donc entraîner des mal-adaptations. Face à la nécessité de certains arbitrages entre ce qui est
(2017) recommande une approche « sociétale » de l’adaptation aux risques côtiers, afin
26
plus en une démarche descendante au travers de la communication qu’en une contribution
directe de ces acteurs aux prises de décision. De nombreux progrès sont encore à faire dans les
Les stratégies évoquées visent à anticiper et prévenir le risque. Mais lorsque certains risques
tsunami, des réactions rapides et efficaces doivent être mises en place malgré tout, à la fois à
le choix est fait ici de distinguer l’adaptation privée de l’adaptation publique. Une approche
classique de l’adaptation privée ou individuelle est celle du coping, axée directement sur la
mise en œuvre de stratégies (Fischer & Tarquinio, 2006). La notion de coping est issue du
désigner l’ensemble des processus psychiques mis en place par l’individu pour réduire les
conflits internes et affects négatifs. La notion de mécanisme de défense est également utilisée
des contraintes externes visant le bien-être de l’individu, rejoignant alors la notion de coping.
transactionnel du stress de (Lazarus & Folkman, 1984). Ces auteurs définissent le stress
comme « une transaction entre [l’individu] et son environnement qui dépasse sa capacité de
le gérer et qui met en danger son bien-être ». A partir de ce déséquilibre, l’individu peut
27
mettre en place une stratégie de coping, ou stratégie de faire face, déterminée par de
contexte au travers par exemple de la proximité spatiale (Arias et al., 2017), des facteurs
lieu (Parreira & Mouro, 2023; Stancu et al., 2020). La mise en place de stratégies de coping
fonction des croyances, des émotions et du sens attribué à la situation (Fischer & Tarquinio,
2006). Par exemple une situation stressante peut être perçue par certains comme une source
de nuisance et par d’autre comme un défi à relever. Les stratégies alors appliquées ne seront
pas les mêmes. La deuxième évaluation porte sur les ressources personnelles et sociales à
notre disposition pour faire face à la situation. Ainsi, l’approche transactionnelle illustre
l’interaction entre l’individu en tant qu’acteur et le contexte à la fois objectif et surtout perçu
La classification usuelle des stratégies de coping est celle distinguant le coping centré sur
les émotions et le coping centré sur le problème (Lazarus & Folkman, 1984). La première
stratégie vise à réguler ses émotions de différentes manières (évitement, déni…) afin de
réduire la tension interne face à la situation. Le coping centré sur le problème quant à lui
consiste en l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux mis en place d’une part pour
se confronter à la situation et d’autres part pour rechercher et mettre en place les moyens
protection face au risque. Bien souvent dans le cadre des risques environnementaux, les
28
stratégies de coping actives centrées sur le problème sont valorisées, contrairement à celles
centrées sur la régulation des émotions pouvant engendrer une relativisation de la menace,
un déni de responsabilité ou des formes de pensées positives (Parreira & Mouro, 2023).
qu’elle soit appliquée en amont en tant que préparation au risque, ou en situation d’exposition
ou d’urgence.
l’Action Raisonnée (Theory of Reasoned Action, Fishbein & Ajzen, 1975) et de la Théorie du
Comportement Planifié (Theory of Planned Behavior, Ajzen, 1991). Le premier suggère que
les attitudes envers le comportement (basées sur les probabilités et importances perçues des
D’autres modèles plus spécifiques aux comportements de protection face aux risques ont
été développés. Une théorie classique sur laquelle s’appuient d’autres modèles s ultérieurs est
1983). Elle propose une approche cognitive de la prise de décision face au risque à partir de
l’efficacité vis-à-vis des solutions et de l’auto-efficacité perçue à les mettre en places. Ainsi, si
les évaluations de la menace et de l’efficacité face au risque sont toutes deux faibles, l’individu
ne sera pas motivé à mettre en place un comportement de protection. Alors qu’à l’inverse, si la
29
menace est évaluée comme importante et que les mesures à mettre en place sont perçues comme
Face à cette approche trop cognitive excluant le rôle des émotions dans la réponse face au
risque (Blondé & Girandola, 2016), le Modèle Étendu des Processus Parallèles a été développé
ensuite (Extended Parallel Process Model, Witte, 1994; Witte & Allen, 2000). Ce modèle
la peur » (Leventhal et al., 1983), rejoignant les deux stratégies de coping classiquement
opposées : le coping centré sur le problème et celui centré sur l’émotion. Ce modèle s’appuie
sur les mêmes évaluations que celles proposées dans le PMT, mais il propose des sorties
différentes : si l’efficacité perçue est supérieure à la menace perçue, alors l’individu tend à
favoriser le contrôle du danger donc à mettre en places des actions concrètes d’adaptation. Si
Les deux modèles évoqués ci-dessus s’appliquent plutôt à la prévention des risques. Mais
modèle du Protective Action Decision Model (PADM) (Lindell & Perry, 2012) permet de
catastrophe. Ce modèle considère ainsi les indices environnementaux, sociaux, les sources
d’information, les messages d’alerte, les caractéristiques de l’individu (par exemple ses
trafic routier ou le coût). Comme évoqué précédemment, de nombreuses études ont montré le
rôle de facteurs dispositionnels tels que les expériences passées, l’âge, le niveau d’éducation
ou encore la durée de résidence (Mahdavian et al., 2014; Nakaya et al., 2018; Zhao et al., 2009)
30
sur la perception du risque et sur la mise en place de comportements de protection en situation
de ces variables sont impossibles à contrôler pour les acteurs de la gestion des risques et des
catastrophes. Le modèle PADM permet donc de se focaliser sur d’autres facteurs plus
modulables que constituent les indices sociaux, environnementaux ou encore les sources
aux risques environnementaux, et ceux-ci peuvent être catégorisés selon la phase d’exposition
à l’aléa (Kellens et al., 2013). Ainsi, Lindell & Perry (2004) proposent de distinguer les
l’événement pour retrouver un état d’équilibre. Cette catégorisation peut également être
des zones plus ou moins grandes. Mais les fonds publics limités ou alloués à d’autres projets
rendent également nécessaire une adaptation à l’échelle des particuliers. Cependant, ces
derniers sont parfois réticents ou tout simplement non conscients des comportements à adopter
pour prévenir et atténuer les conséquences de ces risques (Krasovskaia et al., 2007; Kreibich
et al., 2011). En effet, bien que la perception du risque soit souvent une condition nécessaire à
2009; Lin et al., 2008), des travaux montrent qu’elle n’est pas suffisante à elle seule (Bubeck
et al., 2012). De nombreuses études ont donc tenté de comprendre les facteurs impactant la
prévention ou la préparation aux risques côtiers, beaucoup d’entre elles se focalisant sur le
passives de la part des citoyens face aux risques environnementaux (Lopez-Vazquez, 1999 cité
par Lemée, 2017). Cela peut notamment s’expliquer par le caractère peu contrôlable de ce type
de risque et donc éventuellement par une faible auto-efficacité perçue, bien que des
collaborateurs (2014) ont quant à eux mis en évidence qu’il n’y a pas toujours de relation
directe entre l’évaluation des risques côtiers et les comportements adaptatifs. Même lorsque la
vulnérabilité collective perçue est importante, les stratégies d’adaptation adoptées sont surtout
rapport entre l’évaluation du risque et l’adaptation diffère selon les lieux et les communautés
et doit donc être abordée localement. Mais on observe parfois également la mise en place de
stratégies individuelles actives d’adaptation aux risques côtiers. Lemée (2017) a par exemple
observé que les habitants confrontés au risque de submersion marine ont tendance à adopter
des stratégies actives, ce qu’il explique de plusieurs façons : le risque est jugé peu effrayant, ce
qui épargne aux individus le fait de devoir mettre en place une stratégie de régulation des
tensions internes (coping centré sur les émotions), et la médiatisation de ce risque et donc sa
familiarité est relativement récente, ce qui peut pousser les gens à adopter une posture de
recherche d’information (coping centré sur le problème). Les émotions jouent néanmoins un
d’affect) de la perception vers les comportements adaptatifs. En effet, les expériences passées
ainsi que les dommages subis et les affects négatifs qui y sont associés, peuvent parfois
du risque qui impacte ensuite l’adaptation (Lin et al., 2008; Siegrist & Gutscher, 2006, 2008;
Takao et al., 2004; Terpstra, 2011; Zaalberg et al., 2009). Cependant, on observe souvent un
nombre important de personnes qui bien qu’elles aient subi les conséquences de catastrophes
32
passées, ne mettent pas en place ces mesures. Certaines études ont même constaté que les
habitants ayant vécu des inondations sont moins à même de mettre en place des mesures de
protection (Lin et al., 2008). Siegrist et Gutscher (2008) expliquent cela par un manque
Les facteurs situationnels tels que l’altitude de l’habitation ou la distance par rapport au
danger influencent l’acceptation liée à la mise en place des mesures de prévention du risque
par les habitants (ex : acheter des sacs de sable en tant que barrière d’eau), positivement ou
négativement (Arias et al., 2017; Botzen et al., 2009; Navarro et al., 2020). Des incitations
comportements adaptatifs telles que la contraction d’une assurance face aux inondations.
(Kick et al., 2011; Lin et al., 2008; Takao et al., 2004). Par ailleurs, le rôle de l’attachement au
lieu sur l’adaptation privée aux risques côtiers est encore difficile à déterminer. En effet,
certaines études montrent qu’il contribue à réduire l’adaptation en minimisant le risque encouru
(Michel-Guillou et al., 2015) et en favorisant un coping centré sur l’émotion (Navarro et al.,
2020). Les individus attachés étant souvent habitants de plus longue date, leurs éventuelles
expériences passées constituent également un référentiel qui n’intègre pas certains événements
extrêmes (ex : crue ou submersion centennale) (Weiss et al., 2011). D’autres études indiquent
au contraire que l’attachement au lieu serait associé à une plus grande conscience des risques
côtiers au travers des connaissances de son environnement et des risques associés, des échanges
33
La confiance dans les institutions et dans les stratégies de gestion des risques est également
un facteur à prendre en compte dans l’adaptation privée aux risques côtiers. Bamberg et al.
(2017) dans leur revue de littérature portant sur le risque d’inondation observent une forme de
paradoxe lié à la confiance dans les institutions : la confiance tend à réduire les affects négatifs
même temps la confiance dans les institutions peut parfois directement pousser à la préparation
au risque. Par exemple, des études ont montré qu’une faible confiance dans les institutions ou
un sentiment de colère à leur égard peuvent pousser à adopter des stratégies de coping actives
face aux risques côtiers ou aux inondations (par exemple la recherche d’information) (Griffin
et al., 2008; Parreira & Mouro, 2023). Néanmoins il est parfois important de développer la
confiance dans les institutions de proximité ou dans des citoyens référents et de développer une
adaptatifs, comme la relocalisation suite à une inondation par exemple (Kick et al., 2011). La
confiance dans les ouvrages de protection est également un facteur de préparation au risque :
elle peut en effet réduire la perception du risque et donc, par la suite, réduire les comportements
moins prévisibles, telles que les submersions marines ou les tsunamis. Durant la catastrophe,
la personne exposée traite les informations disponibles en continu et doit prendre des décisions
rapides pour assurer sa survie ; par exemple pour évacuer rapidement le territoire à risque.
Proulx (1993) rappelle que la prise de décision en situation de catastrophe est significativement
différente du quotidien, en raison de cet enjeu vital, de la pression temporelle importante, mais
aussi du manque d’informations ou de leur ambiguïté. Pour cette raison, le mythe de la victime
paniquée a longtemps été diffusé non seulement dans les médias mais également dans la
34
littérature scientifique, de nombreuses modélisations des comportements d’évacuation
s’appuyant sur ce type de réaction (Sheppard et al., 2006; Walters & Hornig, 1993).
Néanmoins, de nombreux travaux démontrent que les réactions en situation de catastrophe sont
parfois bien différentes, avec des comportements plutôt rationnels et même d’entraide (Dynes,
2006; Glass, 2001; Goltz & Bourque, 2017; Helton et al., 2013; Sheppard et al., 2006).
Une difficulté majeure rencontrée en situation d’urgence face à une catastrophe naturelle est
le manque de réactivité vis-à-vis de l’évacuation. C’est pourquoi des travaux ont essayé de
déterminer quels facteurs peuvent influencer des comportements adaptés dans cette situation,
ont mis au moins 10 minutes à évacuer ce qui est beaucoup trop long dans ce type de situation
(Mahdavian et al., 2014). Il a également été noté que ce sont les individus à risque dans les
zones les plus éloignées qui ont d’abord évacué. Les habitants les plus proches avaient déjà
connu un tsunami l’année précédente et ont donc minimisé l’alerte. On comprend donc que
l’expérience passée du risque peut avoir un effet délétère sur les comportements adaptatifs. A
l’inverse, Charnkol et Tanaboriboon (2006) ont observé que les individus vivant plus près de
la côte évacuaient plus tôt. Néanmoins cette étude repose sur un questionnaire au cours duquel
les participants devaient imaginer la situation, ce qui questionne la valeur écologique des
résultats. D’autres travaux ont également montré que l’expérience passée de tsunami et/ou
perception du risque et de la menace (Charnkol & Tanaboriboon, 2006; Nakaya et al., 2018;
D’autres travaux ont tenté de déterminer le rôle du genre et de l’âge sur le comportement
d’évacuation. Bien qu’il n’y ait pas consensus sur le rôle du genre, certaines études ont montré
que les femmes seraient plus promptes à l’évacuation que les hommes, qu’il s’agisse du risque
35
d’inondation (Rosenkoetter et al., 2007, cité par Lemée, 2017) ou de tsunami (Harnantyari et
al., 2020; Salah & Sasaki, 2021; Sugiura et al., 2019). Harnantyari et ses collaborateurs (2020)
ont également observé que les habitants plus jeunes ont moins conscience du risque de tsunami
et ont un comportement moins préparé que les plus âgés : ils n’associent pas les secousses
sismiques à la nécessité d’évacuer, et ne savent pas quoi emporter avec eux. Plusieurs études
relèvent l’importance des indices sociaux lors de l’évacuation : les médias audiovisuels sont le
premier indice social d’évacuation (Lindell et al., 2015) tandis qu’en la quasi absence d’alerte
officielle, les habitants évacuent en voyant les autres évacuer (Harnantyari et al., 2020). Ces
observations corroborent le modèle du PADM de Lindell & Perry (2012) d’après lequel des
protection. Ce modèle met également en évidence le rôle des indices environnementaux, parmi
lesquels le son peut être un facteur important de perception du risque sur l’instant (Dudley et
al., 2011).
tsunami. Les personnes présentant un fort leadership et un fort bien-être actif ainsi qu’un haut
la perception du risque (Sugiura et al., 2019). Les deux premiers traits de personnalité sont en
effet liés à un locus de contrôle interne, favorisant la prise de décision et la mise en place
d’actions.
Les zones côtières étant souvent touristiques, il est également important de considérer les
comportements adoptés par les individus ne résidant pas dans les zones exposées. Charnkol et
Tanaboriboon (2006) ont mesuré que le temps moyen de préparation et d’évacuation évoqué
par des résidents permanents est supérieur à celui de résidents temporaires, ce qu’ils justifient
par le fait que des habitants permanents puissent avoir une résistance à abandonner leurs biens.
36
III. L’adaptation publique et planifiée
L’adaptation publique est menée par des acteurs publics à tout niveau et vise des bénéfices
plutôt collectifs (Van Gameren et al., 2014). Elle peut également être qualifiée de planifiée
lorsqu’elle émane de stratégies définies en amont à partir de décisions politiques (Carter et al.,
1994).
nombreuses mesures structurelles étant mises en place pour faire face aux risques de
submersion ou d’érosion côtière (OCDE, 2019a). Il n’existe pas de stratégie universelle face
aux risques côtiers, elles sont diverses et doivent être adaptées à l’environnement et aux enjeux
Chacune à un coût, et offre des bénéfices répartis différemment dans le temps et entre les
Les mesures de protection peuvent consister en des défenses « en dur » au travers d’ouvrages
généralement statiques (ex : digue, enrochement...) ou en des solutions fondées sur la nature,
s’appuyant parfois sur des protections naturelles existantes, ou sur la restauration visant la
protection (ex : engraissement des plages, végétalisation des dunes ou des rivages…) (Narayan
et al., 2016). Les premières, bien que très efficaces, représentent un coût financier important
de mise en place et d’entretiens des infrastructures, et peuvent déplacer le risque vers d’autres
enjeux en aval d’un ouvrage de protection. Les solutions fondées sur la nature offrent quant à
elle l’avantage non seulement de protéger les enjeux mais également d’être réversibles, et de
préserver les aménités de la côte voire de les accroître permettant ainsi de favoriser d’autres
avantages tels que l’accroissement du tourisme. Cependant elles laissent planer une certaine
37
incertitude quant à leur efficacité systématique, ce qui peut expliquer leur mise en place encore
Les stratégies d’accommodation sont quant à elles mises en place au travers de mesures
réglementaires et d’urbanisme. Elles visent donc souvent à inciter les foyers et organisations à
s’adapter de façon privée (ex : normes de conception des bâtiments). Cela permet ainsi dans le
même temps de sensibiliser les populations exposées aux risques encourus (OCDE, 2019b).
Enfin, la stratégie du repli vise à abandonner ou déplacer des enjeux bâtis trop exposés dans
des zones plus sécurisées tout en empêchant par la réglementation tout aménagement dans la
zone exposée (Nicholls, 2011). A titre d’exemple, en France, la loi Littoral interdit maintenant
toute construction dans la bande littorale de cent mètres. Cependant cette stratégie reste encore
très peu appliquée. Son coût est important dès le début de son application lorsqu’elle comprend
le rachat des biens, bien que le coût total sur le long terme soit moindre que celui de la
protection « en dur » qui, elle, comporte un coût important d’entretien des infrastructures de
protection. Le risque de nombreuses contestations de la part des acteurs visés est également un
Les stratégies d’adaptation aux risques côtiers nécessitent donc une évaluation coût/bénéfice
de la part de l’ensemble des acteurs concernés, et engendrent souvent des conflits sociaux et
des oppositions (Adger et al., 2009; Gibbs, 2016). Ces acteurs sont aussi bien des acteurs
privés, particuliers propriétaires de biens exposés aux risques ou promoteurs immobiliers, que
des acteurs publics incluant les collectivités locales et les administrations centrales ou
régionales. Dans beaucoup de situations, les individus sont finalement plus inquiets des
conséquences de la gestion des risques que des conséquences du risque en lui-même (Krien &
Michel-Guillou, 2014). Cela encourage donc à bien considérer le point de vue des habitants
lors de la mise en place de stratégies d’adaptation, voire à les faire contribuer à leur élaboration
38
au travers de processus participatifs afin d’optimiser ces solutions et d’éviter la mal-adaptation.
Le premier cas de figure est le plus courant, passant par la consultation des habitants au travers,
par exemple, de la mesure de l’acceptabilité sociale du projet. Dans le second cas, moins
fréquent, il est possible de faire participer directement les habitants au projet d’adaptation à
l’acceptabilité sociale. Cette notion est définie par Gendron (2014) comme « l’assentiment de
la population à un projet ou à une décision résultant du jugement collectif que ce projet ou cette
décision est supérieure aux alternatives connues, y compris le statu quo ». Mais il s’agit d’un
concept débattu dont les définitions sont diverses et non consensuelles. Ses nombreuses
définitions peuvent être catégorisées selon la nature de l’acceptabilité, c’est à dire tantôt comme
un enjeu, une condition, un outil, un processus ou encore un résultat, et selon les acteurs et
l’objectif visés par cette approche c’est à dire un décideur ou gestionnaire souhaitant faire
accepter un projet, les citoyens acceptant ou non un projet, ou l’interaction entre les deux
(Batellier, 2016). De nombreux auteurs insistent sur son caractère dynamique dans le cadre des
interactions voire de la co-construction entre les parties prenantes (Fournis & Fortin, 2015;
Ce concept est parfois remis en cause en raison de son risque d’instrumentalisation par
certains acteurs afin de labelliser un projet ou même de convaincre les opposants de son bien-
fondé (Amalric & Becu, 2021; Fournis & Fortin, 2015). Les termes d’acceptabilité et
d’acceptation sont utilisés, l’un et l’autre étant parfois plutôt connotés au dialogue et à la
négociation, ou au contraire à l’imposition des décisions (Amalric & Becu, 2021). Certains
auteurs lui préfèrent donc le terme de réception sociale, mais celui d’acceptabilité étant plus
couramment utilisé, c’est celui qui sera employé ici. En effet, l’acceptabilité sociale a
39
longtemps été étudiée sous l’angle du NIMBY (Not In My BackYard), reposant sur l’idée que
les opposants à un projet le sont généralement par égoïsme, par manque de connaissance voire
par irrationalité (Wolsink, 2006). Il est en effet trop réducteur d’opposer les bons aux mauvais
projets, ou les bons aux mauvais territoires, tant les coûts et les bénéfices perçus peuvent
différer selon les acteurs et le contexte, sans compter l’évaluation subjective des individus à
proposée comme présentant des avantages socio-environnementaux, mais impliquant des coûts
locaux, et qui est acceptée (ou pas) par le public et/ou par les communautés locales directement
concernées.” (Batel, 2022, p. 17). En dépassant l’approche du NIMBY, c’est finalement plutôt
le sentiment d’injustice distributive ou procédurale (Gross, 2007) engendré par le projet qui est
parties prenantes dans ces projets, ces dernières étant souvent au mieux consultés mais très
rarement impliqués dans la prise de décision. En effet, de nombreux projets ne considèrent pas
considèrent pas non plus nécessairement les dimensions affectives et émotionnelles du rapport
à l’environnement (Batel, 2022). Face aux oppositions rencontrées sur le terrain et aux biais
politiques est celle du paternalisme libéral, autrement l’orientation des individus vers des
décisions favorables à leur sécurité et leur bien-être pour éviter des choix sous-optimaux (Rey-
40
b. Acceptabilité des solutions
L’adaptation aux risques côtiers engendrent parfois des inconvénients locaux, qui sont donc
plus ou moins acceptés, mais visent aussi et surtout à proposer des solutions face à ces risques.
Un autre champ de la recherche en psychologie sociale permet donc d’aborder cette question
de l’acceptabilité sous un autre angle : celui de l’acceptabilité des solutions, issue du champ de
solution est acceptée si elle est perçue comme utile et efficace (Davis, 1989). On peut distinguer
fait de rendre utile et utilisable un outil, l’acceptabilité sociale relative à la perception subjective
de l’outil et aux facteurs impactant l’intention d’usage, et l’acceptation située, c’est à dire la
mise à l’épreuve de l’outil dans son contexte d’usage (Bobillier Chaumon, 2016).
L’acceptabilité sociale des nouvelles technologies a été modélisée à partir des modèles
comportementaux classiques que sont la Théorie de l’Action Raisonnée (Fishbein & Ajzen,
1975) ou la Théorie du Comportement Planifié (Ajzen, 1991). Les développements qui ont
suivi ont mené à l’élaboration de la version étendue de la Unified Theory of Acceptance and
Use of Technology (UTAUT 2) (Venkatesh et al., 2012), proposant que l’acceptabilité des
technologies dépend des attentes de performance (degré auquel la technologie offre des
bénéfices), des attentes d’effort (degré de facilité associé à l’usage), de l’influence sociale
perçus), mais aussi de la motivation hédonique (plaisir à l’usage), du prix, et des habitudes
(degré auquel les gens tendent à adopter un comportement automatiquement). Des travaux ont
également montré que l’acceptabilité des nouvelles technologies est influencée par la
crédibilité de la solution quant à son efficacité (Fogg & Tseng, 1999), issue à la fois du
jugement propre à l’individu et des propos d’autres personnes. Les solutions d’adaptation aux
risques côtiers consistent souvent en des projets d’aménagement du territoire qui sont parfois
41
désapprouvés par les citoyens. Cette question de la crédibilité de ces projets semble donc
de co-construction des stratégies d’adaptation, des processus participatifs peuvent émerger afin
de permettre aux différentes parties prenantes d’être entendues et de contribuer à la gestion des
risques. La tradition technocratique de gestion des problèmes politiques en France veut que les
citoyens attendent des experts qu’ils guident les décisions et engendre un contrôle centralisé de
ces problématiques (Slovic, 1993). Néanmoins, depuis plusieurs décennies, on voit émerger
différentes formes de participation des citoyens visant différents objectifs. Elles peuvent viser
aussi bien l’intégration des intérêts et connaissances de différentes parties prenantes dans le
des citoyens au travers des « sciences participatives » (Amalric & Becu, 2021; Chlous et al.,
2017). De manière générale, ce sont plutôt des universitaires qui encadrent ce genre de
procédures et sont garants de leur validité (Blondiaux & Fourniau, 2011; Chlous et al., 2017).
Malgré les bonnes intentions sous-tendant ce type de projet, les résultats escomptés ne sont
malheureusement que rarement au rendez-vous, et les processus participatifs sont souvent mis
donc pas des revirements sociétaux plus ambitieux (Blondiaux & Fourniau, 2011). De plus,
avoir recours à ce type de procédé peut exacerber les tensions plutôt que de les apaiser (Han et
al., 2023). Néanmoins, les échecs de ce type de démarche permettent de considérer les facteurs
et les contextes dans lesquels elle ne fonctionne pas, permettant éventuellement d’affiner les
paramètres nécessaires à sa réussite. Et l’objectif visé n’est pas toujours seulement de répondre
à une problématique donnée mais aussi parfois de sensibiliser les citoyens et d’encourager une
forme d’empowerment de ces acteurs souvent en mal d’écoute et de possibilité d’agir (Blondiau
42
& Fourniau, 2011). Une méthode participative qui s’est beaucoup développée depuis les années
2000 est celle du jeu sérieux, issue du croisement entre la pédagogie et l’informatique, qui vise
risques côtiers n’associent pas forcément leur lieu de vie à ces risques, mais plutôt aux enjeux
de gestion du territoire à la fois face aux risques côtiers mais également concernant d’autres
domaines tels que le tourisme. La question de l’acceptabilité des modes de gestion du territoire
est donc prégnante sur les littoraux. Malgré une tradition technocratique de la gestion des
d’une gestion décentralisée vers les communes ou communautés de communes, pouvant ainsi
relocalisation/du repli est souvent la moins bien acceptée par les habitants (Chadenas et al.,
2023; King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016a; Rey-Valette & Rulleau, 2016).
Les méthodes de maintien du trait de côte sont généralement préférées. Pourtant, ces méthodes
ne sont pas forcément évidentes pour les gestionnaires et décideurs, qui leur voient certaines
limites : les digues par exemple questionnent ces acteurs quant à leur effet redistributif
puisqu’elles déplacent le risque (Touili et al., 2014). Des travaux ont mis en évidence un biais
d’optimisme comparatif chez les habitants exposés aux risques côtiers : ces habitants sont
conscients du risque mais sous-estiment le risque, ou se sentent moins exposés à titre individuel
que le reste de la communauté (Dachary-Bernard et al., 2019; Guillemot et al., 2014). Ils ont
donc tendance à valoriser une approche individualiste de la gestion des risques, par exemple
en n’acceptant la relocalisation que pour des enjeux bien définis avec une responsabilité
43
individualistes inconscients », à l’inverse des « solidaires éclairés » qui ont plus conscience du
risque et sont plus favorables à une approche solidaire de recul maîtrisé. Les gestionnaires et
décideurs peuvent eux aussi faire preuve de biais ou tout du moins d’a priori. Mineo-Kleiner
et Meur-Ferec (2016) ont en effet constaté qu’ils considèrent la population comme peu
stratégies telles que la relocalisation. Au-delà de savoir s’il s’agit effectivement de la posture
des citoyens, le risque de se fier à des opinions plus qu’à des faits peut nuire à la communication
et à la confiance entre les parties prenantes et donc réduire les capacités d’adaptation d’un
territoire.
Différents facteurs ont été identifiés comme influençant l’acceptabilité des scénarios
et ses collaborateurs (2014) ont par exemple mis en évidence que les personnes qui ont
tendance à envisager positivement la relocalisation après une catastrophe naturelle sont les
jeunes adultes de classe moyenne, au niveau de vie moyen, plutôt qualifiés et appartenant à une
famille composée d’un couple et d’enfants. Les locataires envisagent également plus
facilement le repli que les propriétaires. La relocalisation dépend des possibilités de se reloger,
statut de résident dont dépend le niveau de vulnérabilité. Les simples usagers (non-résidents)
étant moins vulnérables que les habitants exposés aux risques, ils sont aussi plus favorables à
négatifs sur leur rapport au littoral et leurs usages, ce qui n’est pas le cas pour les habitants
exposés (Rey-Valette & Rulleau, 2016). Se pose donc la question de qui doit prendre part à la
définition des stratégies d’adaptation et qui doit les financer. Mais l’acceptabilité peut
également varier entre les habitants car les degrés de vulnérabilité économique ou sociale sont
différents entre les résidents secondaires ou nouveaux propriétaires et les propriétaires ayant
44
acheté leur bien avant l’augmentation des prix de l’immobilier ou encore les locataires (Rey-
D’autres travaux montrent que le manque de confiance dans les gestionnaires et décideurs
politiques peut nuire de façon importante à l’acceptabilité de ces stratégies, remettant en cause
soit leurs motivations, soit leurs compétences (Han et al., 2023; Myatt et al., 2003; Philippenko
et al., 2021). La communication et la transparence sont donc des leviers essentiels à la mise en
des différentes stratégies (Myatt et al., 2003). L’attachement au lieu est également un facteur
contraignantes (Amundsen, 2015), parfois à son encontre (King et al., 2014 ; Philippenko et
al., 2021). La question de l’attachement au lieu est par ailleurs à croiser avec les caractéristiques
que les habitants originaires de l’île, très attachés à leur lieu de vie, sont moins favorables aux
également attachés au lieu, qui eux sont plus pro-actifs dans l’adaptation. Les auteurs
expliquent cette différence par le fait que les habitants originaires du continent sont présents
sur du plus court-terme donc ne subiront pas les conséquences négatives de l’adaptation à long-
terme, ils sont également plus éduqués et donc potentiellement plus éclairés sur le changement
climatique et les méthodes d’adaptation possible. Enfin, ils sont aussi plus inquiets à l’égard
45
Chapitre 3: La dimension temporelle des risques côtiers
L’adaptation aux risques côtiers intègre nécessairement une dimension temporelle, que ce
soit au regard du risque en lui-même, ou au regard de la mise en place des diverses stratégies
possibles. Le changement climatique est associé à une élévation du niveau des océans continue
sur le long-terme, ainsi qu’à l’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes qui
eux sont soudains et éphémères. Ces différents effets ne s’envisagent donc pas de la même
manière. De plus, l’adaptation individuelle est souvent envisagée sur le court-terme pour faire
face à des événements météorologiques majeurs tandis que l’adaptation publique visant
l’adaptation du territoire à plus grande échelle nécessite plus de moyens et plus de temps et est
donc souvent plutôt envisagée à long-terme (Guillemot et al., 2014). Ce regroupement n’est
social, les risques côtiers constituent également un dilemme temporel puisqu’il s’agit de trouver
un équilibre entre des coûts d’adaptation à court-terme et des bénéfices à plus long terme
(Joireman, 2005). Pourtant, cette dimension temporelle est assez peu étudiée en psychologie
environnementale (Moser & Uzzell, 2003). Néanmoins, elle est conceptualisée en psychologie
temps objectif et temps subjectif et symbolique, avec l’idée que non seulement le présent «
mémoire et le futur faisant l’objet d’anticipation, mais également que le temps est représenté
2006). Une distinction épistémologique naît alors entre l’étude au travers du temps objectif
46
dans le courant béhavioriste, permettant notamment dans le cadre expérimental de mesurer les
Guyau (1890, cité par Fieulaine, 2006) propose un pont entre ces deux visions en considérant
le temps comme à l’intersection du réel et du perçu, puisqu’il ne peut être perçu sensiblement
mais perçu puis représenté au travers des changements dans l’espace. Le temps est donc d’une
certaine manière spatialisé puisqu’il est entrevu au travers de l’environnement extérieur. Lewin
(1943) théorise ensuite une vision psychosociale du temps en l’intégrant à sa théorie du champ,
champ comme « tous les faits qui existent à un moment donné pour un individu ou un groupe
(perceptions, émotions etc.) que de faits non psychologiques (environnement physique, normes
culturelles etc.) détermine le comportement de l’individu au travers des différentes forces qu’il
exerce sur celui-ci. Mais Lewin insiste sur le fait que ce « moment donné » contient également
les représentations passées et futures de l’individu, puisqu’il a des attentes, des peurs, des
proposée par Franck (1939, cité par Lewin, 1943) pour définir cette prise en compte à un instant
ce concept dans le champ de la psychologie sociale tentent de déterminer les interactions entre
passé, le présent et le futur. Concourant à la structuration de cet espace de vie dans une relation
47
dynamique d’interdépendance avec l’environnement, elle détermine la perception des
situations et la signification qui leur est assignée par le sujet, ainsi que ses comportements »
(p.65). Ajoutons à cela que les passé, présent et futur psychologiques sont interdépendants, car
les expériences passées déterminent en partie les aspirations futures, et les faits présents
peuvent redessiner les souvenirs passés et les projections futures (Lewin, 1943).
concept développé par Lewin, et a été approfondi par des travaux ultérieurs en psychologie
sociale. Elle ferait ainsi l’objet d’une double contextualisation : le rapport au temps définit les
ce rapport au temps est lui-même définit par cet environnement et notamment le contexte social
(Fieulaine et al., 2006). En effet, Thiébaut (1997) propose une revue des études ayant démontré
comme l’insertion sociale des individus peut définir leur rapport au temps et comme ce rapport
nombre selon les approches. Trois dimensions sont classiquement retrouvées (Apostolidis &
Fieulaine, 2004) : l’extension temporelle, c’est à dire la capacité à se projeter plus ou moins
loin dans le passé ou le futur, l’orientation temporelle prédominante, c’est à dire le registre
temporel privilégié, et l’attitude temporelle, c’est à dire la valence positive ou négative associée
à chacun des registres de temps. D’autres dimensions, moins étudiées, constituent également
la perspective temporelle (Hoornaert, 1973 cité par Demarque, 2011) : la densité temporelle,
autrement dit la richesse du contenu de chaque registre, et la cohérence, c’est à dire le lien entre
48
La plupart des travaux portant sur le rapport au temps se centrent sur le registre temporel
futur, et ce d’autant plus s’agissant de l’étude des risques puisqu’il s’agit généralement
d’anticiper ou déterminer des comportements orientés vers l’avenir (Bonnefoy et al., 2014).
coping. Quelques auteurs ont proposé de tenir compte dans ce cadre de la temporalité du
de considérer le fait qu’un même stimulus ne soit pas stressant pour tous, et surtout qu’il puisse
se définir par sa durée, son niveau d’occurrence (fréquent ou non), sa périodicité, et son pattern
du SPEC et de ses conséquences, qui peuvent se situer dans le passé (par exemple un mauvais
temporalités mais la mise en place de réponses à celui-ci également. McGrath & Beehr (1990)
proposent ainsi une classification des styles de coping selon leur temporalité, classification que
Schwarzer et Knoll (2003) reprennent et complètent. Ils définissent le coping réactif comme
une stratégie de faire face à un événement passé ou présent (par exemple une perte ou une
douleur quelle qu’elle soit). Tout comme l’approche classique du coping, les stratégies peuvent
ici être orientée vers l’action, la gestion des émotions, ou la recherche de soutien social, et
quant à lui est un processus plutôt de court-terme, et fait référence à un événement à venir plus
ou moins certain. De la même manière, il est possible de se focaliser sur la gestion de la menace
49
par exemple en redoublant d’effort, de chercher du soutien social pour y faire face, ou bien
d’essayer de considérer la situation comme moins menaçante. C’est pourquoi ce type de coping
préventif à l’inverse concerne des événements moins certains et sur du plus long cours.
L’objectif ici est de réduire au maximum les conséquences négatives d’un événement s’il devait
arriver. Bien que le coping préventif en tant qu’anticipation d’un problème soit souvent
considéré comme idéal, il peut paradoxalement être trop efficace ce qui finit par masquer sa
nature adaptative ou bien le risque en lui-même, et donc se traduire par des comportements de
résolution de problèmes certes efficaces, mais aussi des comportements superstitieux ou des
réactions psychonévrotiques (ex : phobie). S’agissant des risques côtiers, ce phénomène peut
par exemple être transposé à la construction de digues protégeant efficacement des enjeux
exposés mais risquant également de donner un sentiment de sécurité trop important et de faire
oublier la menace (McGrath & Beehr, 1990). Enfin, le coping proactif ou dynamique ne dépend
pas d’une menace mais vise plutôt à se donner les moyens d’atteindre ses objectifs, il est donc
proactif et non réactif à un événement : « le coping devient une gestion du but plutôt qu’une
Dans le cadre des risques d’inondation et d’érosion, Porter et ses collaborateurs (2014)
notamment que face à un risque imminent, les habitants exposés mettent d’eux-mêmes en place
certaines mesures peu coûteuses, rapides, et temporaires (ex : protection des portes, bouchons
de toilettes…), mais que des mesures plus coûteuses et permanentes (ex : déplacer les
L’adaptation à une menace dépend donc de la temporalité de cette menace (passé, présent,
futur proche ou lointain), mais dépend aussi de la temporalité des résultats de la stratégie
50
d’adaptation : ses effets peuvent être immédiats ou plus lointains dans le temps. L’évaluation
de ce laps de temps et de ce qu’il implique pour l’individu ou le groupe fait l’objet d’autres
peuvent être à l’origine de mécanismes d’adaptation. De nombreux travaux ont par exemple
montré comment les expériences passées d’inondation peuvent non seulement favoriser la
perception du risque (Botzen et al., 2009; Keller et al., 2006; Lawrence et al., 2014; O’Connor
et al., 2005), mais aussi favoriser des comportements adaptatifs (Brink & Wamsler, 2019;
proposée par Slovic et ses collaborateurs (2004) distinguant le « risk as analysis » et « risk as
feelings » explique ce phénomène par l’idée que le système expérientiel (« risk as analysis »)
s’appuie sur les sentiments associés aux expériences passées pour évaluer le risque.
Mais la plupart des travaux sur l’adaptation au risque s’appuyant sur la perspective
temporelle ou les concepts liés, se focalisent sur le temps futur, étant donné que l’adaptation
perspective temporelle future a été démontrée comme favorisant la perception du risque et les
comportements adaptatifs, aussi bien dans le champ de la santé (Robbins & Bryan, 2004;
Zimbardo & Boyd, 1999) que du changement climatique (Demarque, 2011). Ainsi, la
Considération pour les Conséquences Futures (CFC), autrement dit « le degré de considération
qu’ont les individus pour les conséquences potentielles à long terme vs à court terme de leurs
actes » (Demarque, 2011), influencerait la perception des risques (Demarque, 2011) ainsi que
l’attitude (Strathman et al., 1994), la perception des risques environnementaux jouant le rôle
51
D’autres travaux ont montré une relation directe entre l’orientation future et l’adoption de
2014; Strathman et al., 1994; Vainio et al., 2020). Toujours dans le cadre de l’adaptation au
changement climatique, Milfont et al. (2012) ont quant à eux mis en évidence dans leur méta-
analyses que les travaux montrent un lien plus fort entre perspective temporelle future et
et ses collaborateurs (2010) observent qu’une perspective future à long terme renforce le
Arnocky et ses collaborateurs (2014) mettent également en évidence que pour favoriser
l’adaptation à long terme, il est plus utile de réduire les préoccupations immédiates plutôt que
d’encourager la préoccupation future. En effet, dans leurs études, la préoccupation pour le futur
Peu de travaux s’appuyant sur la perspective temporelle portent spécifiquement sur les
risques côtiers. Néanmoins, la notion de temps est tout de même considérée en distinguant les
effets et les modes d’adaptation à court-terme et à long-terme. Les différentes parties prenantes
de l’adaptation aux risques côtiers peuvent par exemple évoquer aussi bien des stratégies à
court terme (ex : évacuation de l’eau avec système de pompage, construction d’enrochement)
qu’à long terme (ex : diffusion de l’information sur les risques, adaptation du logement), à
52
l’échelle individuelle ou collective (Guillemot et al., 2014). Les auteurs mettent cependant en
et tiennent les organisations institutionnelles pour responsables de l’adaptation sur le plus long
terme. Ils notent également une incertitude importante dans les discours des participants,
rendant difficile la projection future et l’anticipation, et donc limitant les possibilités d’une
adaptation sur le long-terme. Comme cela a déjà été remarqué dans la littérature (Lennings,
2000), les personnes âgées interrogées dans l’étude de Guillemot et ses collaborateurs sont plus
orientées vers le court-terme. De plus, le discours semble mettre en évidence une cohérence
importante entre les différents registres de temps avec de nombreux aller-retour entre le passé
et le futur pour expliquer les phénomènes. L’échelle de temps futur est également un sujet
important dans le discours des différents acteurs de l’adaptation aux risques côtiers (Mineo-
Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Poumadère et al., 2015). D’une part, une distinction est faite
entre les deux n’est pas nécessairement la même selon les acteurs ou les contextes, bien que la
soit reconnue. D’autre part, les acteurs soulignent le dilemme temporel auquel ils sont
déterminer un calendrier et des objectifs temporels précis afin de garantir leur aboutissement
et de rassurer la population sur une stratégie durable et stable, tandis que d’autres au contraire
proposent une gestion flexible dans le temps et modulable selon les aléas.
permet lui aussi d’appréhender dans quelle mesure le rapport au temps des individus peut
53
été étudié dans le cadre du changement climatique et des risques environnementaux. C’est
d’abord le phénomène d’hyperopia environnementale qui a été mis en évidence par Uzzell
(2000), c’est à dire le fait de considérer les risques environnementaux plus menaçants lorsqu’ils
sont lointains physiquement que lorsqu’ils sont plus proches. Ce biais d’optimisme spatial a
notamment été mis en évidence à propos du changement climatique par Gifford et ses
collaborateurs (2009) dans leur enquête de très grande ampleur rassemblant 18 pays. L’étude
a également montré un biais de pessimisme temporel dans 17 de ces 18 pays, c’est à dire une
tendance à envisager les risques comme plus importants à l’avenir qu’actuellement. Les auteurs
l’expliquent de deux façons : les participants ont connaissance de l’augmentation à venir des
impacts négatifs liés au changement climatique et perçoivent donc l’avenir comme plus négatif,
mécanisme de défense que peut constituer l’optimisme ne soit pas nécessaire à l’égard des
conséquences futures, mais bien utile pour faire face aux phénomènes actuels. Néanmoins, à
l’heure actuelle les effets du changement climatique et des risques qui l’accompagnent sont de
plus en plus fréquents et visibles sur l’ensemble de la planète (Calvin et al., 2023), ce qui
d’optimisme ou pessimisme.
caractère abstrait ou concret de l’objet traité et donc de son niveau de construit. Ce concept
repose sur la théorie des niveaux de construit proposée par Liberman & Trope (Liberman &
Trope, 1998; Trope & Liberman, 2010), qui suggère que nos représentations mentales sont
structurées selon un bas niveau et un haut niveau. Le premier permet des représentations
concrètes, ancrées dans la réalité au travers de la faisabilité d’une action et de ses conséquences
concrètes, tandis que le deuxième renvoie plutôt à des représentations générales schématiques
54
attitudes (Bonnefoy et al., 2014). Ainsi, le haut niveau de construit est moins sensible à la
distance psychologique que le bas niveau de construit. Trope et Liberman (2010) donnent
l’exemple de l’objectif d’appeler un ami, qui est donc de plus haut niveau de construit que le
fait de lui envoyer un email, et sera donc moins susceptible de varier selon le lieu ou dans le
temps que le fait de lui envoyer un email qui est plus sensible à certains paramètres. Dans
l’autre sens, la distance psychologique module aussi la construction de haut ou bas niveau de
construit : pour construire une représentation de haut niveau, il est souvent nécessaire d’avoir
une vue d’ensemble de l’objet selon les contextes, selon le temps, pour en tirer les grandes
lignes directrices qui la constitue. A l’inverse, construire une représentation de bas niveau
nécessite plus de détails mais un horizon mental moindre pour son développement. C’est donc
en cela que le niveau de construit et la distance psychologique sont liés. Quatre dimensions de
la distance psychologiques sont proposées proposées (Trope & Liberman, 2010) : la distance
dimensions sont interdépendantes et automatiquement liées, c’est à dire que si un objet est
distant sur une de ces dimensions il le sera également sur les autres (Liberman & Trope, 2010).
le rapport entre distance psychologique et comportements adaptatifs n’est pas toujours évident.
En effet, on pourrait supposer qu’une faible distance psychologique liée au risque facilite la
concret et applicable. Spaccatini et ses collaborateurs (2021) ont par exemple observé qu’une
conséquences comme proches ne favorise pas nécessairement à lui seul le passage à l’action
55
(Guillard, 2020; Spence et al., 2012). Mais c’est plutôt la concordance entre le niveau de
construit et le but qui prime et pousse à l’action. Par exemple, des attitudes ou valeurs générales
(haut niveau de construit) combinées à une distance psychologique élevée seront plus
56
PROBLEMATIQUE
Les zones littorales sont soumises à des risques croissants en raison du changement
climatique. Ces territoires et les risques qui les menacent constituent un cas paradigmatique
mobilisées dans l’évaluation des risques et les réponses en matière d’adaptation. Ces
face à des situations nouvelles : des territoires convoités entrainant à la fois un fort attachement
élévation du niveau des océans accentuant les phénomènes d’érosion. En concomitance avec
la forte anthropisation du littoral liée au tourisme et à l’urbanisation croissante, ces zones aux
forts enjeux économiques et humains sont de plus en plus vulnérables. Face à l’évolution rapide
ont déjà été mises en place, localement ou à l’échelle de l’Etat. Des maisons trop proches de
démolie à Wimereux, cette dernière ayant commencé à s’effondrer (Meur-Férec et al., 2008).
Suite à la tempête Xynthia, ayant causé 47 décès sur le littoral atlantique en 2010, l’Etat a lancé
les Plans de Prévention des Risques littoraux (PPR) afin d’organiser l’urbanisation et de limiter
l’exposition aux risques (Chadenas et al., 2014). Ce type de phénomène nécessite donc à la fois
des stratégies de prévention en amont des conséquences, ainsi que des stratégies réactives en
situation d’urgence.
relocalisation des enjeux trop exposés vers l’arrière-pays, en passant par des méthodes plus
57
“douces” basées sur la réintroduction ou protection des éléments de nature telles que le
rechargement des dunes. La gestion des risques littoraux a été longtemps techno-centrée
(Mocaer, 2021) en essayant d’appliquer la plupart du temps des méthodes “dures” de maintien
du trait de côte luttant contre les phénomènes naturels. Mais l’application de ces mesures
protection telles que la construction de digue peuvent par exemple impacter les échanges
sédimentaires et questionnent donc sur l’effet redistributif de ces méthodes : les enjeux sont
protégés localement mais le problème est déplacé, en sacrifiant souvent des enjeux moins
proches des intérêts des décideurs (espaces naturels, agricoles...) (Touili et al., 2014). Ce
phénomène d’injustice sociale peut conduire à un rejet plus ou moins violent de la part des
groupes lésés, non seulement de la solution en elle-même mais aussi et surtout des logiques qui
ont conduit à la mise en place de cette solution (Boissonade et al., 2016). Un sentiment
travers de leur financement et de leur entretien, qui peuvent poser plus de questions que le
choix de la méthode en elle-même (Touili et al., 2014). De façon plus individuelle, des
pendant une catastrophe, mais les comportements préconisés ne sont pas toujours appliqués,
ou en tout cas pas assez vite, entraînant parfois des drames (Mahdavian et al., 2015).
Face aux difficultés d’application de certaines mesures sur le terrain et aux débats qui
les animent, force est d’admettre que l’adaptation aux risques côtiers est à la fois physiquement
et socialement construite (Touili et al., 2014). Une réponse donnée à ces difficultés est souvent
l’apport de connaissance aux parties prenantes et surtout aux citoyens, considérés comme naïfs
face à ces problématiques. Ces derniers ne seraient pas assez conscients du risque, pas assez
inquiets, car trop peu informés. Mais cette hypothèse du “déficit de connaissance” ignore les
58
scientifique (Kahan et al., 2012; Navarro, 2022a). D’une part, la littérature a déjà montré que
développement d’un sentiment de vulnérabilité. D’autre part, les citoyens, certes non-experts
(Joffe, 2003) offrent un autre regard sur le rapport au risque des citoyens, permettant de mieux
comprendre les divergences vis-à-vis des décisions prises par les décideurs politiques ou les
préconisations faites pour s’adapter aux risques côtiers. Afin de dépasser cette vision erronée
d’un public naïf et de favoriser une gestion des risques côtiers plus juste et efficace, on peut
donc s’interroger dans un premier temps sur le regard que portent les citoyens sur les risques
côtiers auxquels ils sont exposés, qui peuvent être de nature diverse et donc évalués et
représentés différemment.
au-delà de comprendre comment ces risques sont pensés, la communauté scientifique se doit
d’information (ex : Stancu et al., 2020). La deuxième concerne plutôt des stratégies
d’adaptation implémentées à plus large échelle visant des bénéfices collectifs et nécessitant des
59
risques en France (Slovic, 1993) est de plus en plus remise en cause par la population qui
réclame parfois d’être mieux considérée dans la mise en place des stratégies d’adaptation. La
psychologie sociale permet donc d’intégrer le point de vue des citoyens dans le cadre de
façon plus ascendante (ex : Monfort et al., 2020), ou bien par la mesure de l’acceptabilité
sociale à l’égard d’un projet proposé de façon plus descendante (Boissonade et al., 2016).
représentations sociales est l’un des déterminants de l’adaptation (Stancu et al., 2020). Se pose
donc la question de son impact sur l’adaptation aussi bien privée que publique, et ce pour des
risques littoraux certes mais de natures différentes. Plus spécifiquement, nous nous
interrogeons ici sur la façon dont l’évaluation du risque impacte la mise en place de
publique. Néanmoins, les études menées en psychologie de manière générale proposent une
travers des dimensions qu’il évalue, ne permet pas d’aborder l’évaluation du risque de façon
dynamique. Le temps est plus souvent considéré comme une variable parasite plus ou moins
contrôlée mais rarement réellement investiguée en tant que telle (Demarque, 2011). S’agissant
de la théorie des représentations sociales, différents auteurs ont mis en évidence les dynamiques
de transformation des représentations, parfois par des processus de résistance (Abric, 1994),
par des changements de pratiques, ou encore par l’influence sociale (Guimelli, 1999).
Néanmoins, cette dimension temporelle reste peu explorée. Pourtant, dans le cadre de la
60
le cadre de référence familier des individus détermine leur pensée sociale, dépend des
particularités sociospatiales dans lesquelles ces individus évoluent, mais s’inscrit aussi dans
une dimension temporelle (Moser & Uzzell, 2003). Plus concrètement, le rapport au lieu et
donc aux risques environnementaux qui peuvent l’accompagner, dépend bien souvent du temps
développé dans le temps (Domingues et al., 2021; Navarro et al., 2020). Le rapport à
l’environnement et aux risques est également façonné par les expériences passées et les
projections futures (Strathman et al., 1994). Concernant les risques environnementaux, et plus
s’agit d’anticiper des événements ou des conséquences futures aux impacts plus ou moins
importants, plus ou moins personnels. Des études ont par exemple montré que la capacité à se
temporelle : étudier les phénomènes dans le temps par des études longitudinales, ou étudier le
variables contextuelles liées au temps (par exemple des variables historiques) (Demarque,
2011; Kooij et al., 2018). Mais d’une part, étudier les phénomènes dans le temps au moyen de
protocoles longitudinaux est coûteux, et d’autre part il est plus aisés de conceptualiser des
phénomènes en les pensant stables que dynamiques et fluctuants (McGrath & Kelly, 1992).
Pourtant, comme vu précédemment, les études intégrant la dimension temporelle dans le cadre
approche. Dans le cadre de l’adaptation individuelle, des travaux ont montré comment la
projection future peut influencer non seulement la perception du risque mais aussi les
comportements adaptatifs (Arnocky et al., 2014; Demarque, 2011; Joireman, 2005; Vainio et
al., 2020). S’agissant de l’adaptation collective, le dilemme temporel auquel font face les
61
acteurs de l’adaptation littorale entre la balance coût/bénéfice à court-terme et à long-terme est
un enjeu majeur auquel ils doivent faire face (Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Poumadère
et al., 2015), et qui peut également influencer le rapport des habitants aux risques.
La dimension temporelle est donc une dimension omniprésente dans l’adaptation aux
risques environnementaux. S’agissant des risques côtiers, on peut distinguer plusieurs axes de
temporalité. D'une part, ces derniers sont de natures diverses et varient notamment selon leur
temporalité intrinsèque : le risque d’érosion est un risque au long cours, pouvant être plus ou
moins anticipé, tandis que les submersions marines ou les tsunamis sont des risques soudains
2020), il est important dans un premier temps de comprendre comment ces temporalités
différentes influencent l’évaluation de ces risques de la part des citoyens. Ensuite, comment
différentes temporalités de risque ? D’autre part, l’adaptation peut se formaliser avant, pendant
et après l’occurrence d’un phénomène (Schwarzer & Knoll, 2003). Se pose donc la question
de savoir comment s’articulent évaluation du risque et adaptation aussi bien avant l’aléa que
pendant. En effet, si la majorité des études sur l’adaptation aux risques littoraux portent sur la
situation d’exposition. Cette thèse propose donc quatre études permettant de mieux comprendre
La première étude qualitative permet d’explorer une vision d’ensemble de ces différentes
auprès d’habitants exposés aux risques côtiers. Les représentations sociales se prêtent mieux à
62
l’appréhension du contexte général et surtout social du rapport au risque, les représentations
sociales formant un prisme de lecture de l’environnement et des phénomènes vécus par les
individus. Cette étude interroge donc les représentations de deux risques aux temporalités
l’adaptation à ceux-ci, qu’elle soit individuelle ou collective. L’étude interroge également les
expériences passées, présentes, et futures de ces risques afin d’appréhender leur impact sur ces
représentations.
Les études suivantes explorent le rapport aux risques côtiers sous l’angle plus individuel
de la perception du risque, en tenant toujours compte de l’inscription dans le temps des risques
conscience du risque ne suffit pas à engendrer des processus d’adaptation, mais plutôt à
favoriser la perception du risque. Cette étude vise donc à déterminer comment et par quelles
réalité virtuelle, permettant ainsi d'explorer la phase encore peu étudiée d’exposition immédiate
au risque. La simulation en réalité virtuelle ainsi que des mesures physiologiques permettent
63
danger et d’adaptation par l’adoption ou non d’un comportement de protection (ici,
l‘évacuation).
l’aléa, vise à comprendre le lien de la perception du risque mais aussi de la projection future
sur l'adaptation collective. Au travers d’une enquête par questionnaire, cette étude interroge
à long-terme.
64
PARTIE EMPIRIQUE
65
Etude 1 - Représentations sociales des risques côtiers et adaptation
selon les perspectives passée, présente et future
I. METHODOLOGIE
1. Rappel des objectifs
Cette première étude exploratoire a pour objectif, à partir d’une méthodologie qualitative,
d’appréhender les interactions entre évaluation des risques côtiers, modalités d’adaptation à
ces risques et prise en compte de la temporalité chez des habitants exposés au risque. L’étude
aborde cette thématique au travers des représentations sociales, qui se prêtent particulièrement
bien à l’appréhension du contexte général et surtout social du rapport au risque (Bertoldo et al.,
2021; Krien & Michel-Guillou, 2014; Lemée, Guillard, et al., 2019; Poumadère et al., 2015).
Ces dernières offrent en effet un prisme de lecture de l’environnement et des phénomènes vécus
par les individus, et constituent donc un cadre qu’il est intéressant de considérer avant de se
focaliser sur une approche plus individuelle. De plus, les représentations sociales sont
socialement utiles car elles déterminent à la fois notre lecture du monde mais également nos
pratiques et nos attentes (Rateau, 2022). Favoriser l’adaptation aux risques nécessite donc
d’appréhender aussi bien les processus mentaux propres à l’individu que les représentations
socialement construites vis-à-vis de cet objet (Krien & Michel-Guillou, 2014). Ensuite,
rapport des individus au monde, par la cohabitation d’informations contradictoires dans les
représentations d’un même individu ou groupe (Castro & Lima, 2001). Cette approche est donc
pertinente auprès du public profane qui peut à la fois être conscient du risque mais le percevoir
faiblement (Luís et al., 2016), ou encore le percevoir sans pour autant agir pour se protéger
(Bubeck et al., 2012). Il semble donc pertinent non pas de quantifier ces phénomènes mais
d’essayer d’en comprendre leur nature au travers de l’étude des représentations sociales.
66
Plus concrètement, nous étudions ici les représentations sociales des risques côtiers, en
mises en œuvre face aux risques, et évaluatives vis-à-vis des jugements à l’égard de l’objet et
des pratiques associées (Moliner & Guimelli, 2015). Le choix a été fait d’interroger
zones littorales sont concernées par ces deux risques, et ceux-ci peuvent être liés : le recul du
trait de côte peut augmenter la vulnérabilité de certains enjeux face aux submersions marines,
tandis que les événements tempêtueux associés aux submersions peuvent accélérer fortement
protection « en dur » face aux risques de submersion tels que les digues peut perturber les flux
sédimentaires et donc modifier les phénomènes d’érosion ou d’accrétion des zones en aval
(Narayan et al., 2016). Ces phénomènes et leurs conséquences plus ou moins confondues
peuvent donc entraîner une confusion entre l’érosion côtière et la submersion marine chez la
Les communes littorales étant un environnement de vie prisé (Cazaux, 2022), elles
comportent une part importante de résidents secondaires. Ces derniers n’étant présents sur ces
communes qu’une partie de l’année, on peut supposer une moindre connaissance et une
moindre implication à l’égard des risques côtiers. Ainsi, cette plus grande « distance à l’objet »
(Abric, 2001) permet de suggérer une distinction des représentations sociales des risques
côtiers entre les résidents principaux et les résidents secondaires. De plus, les représentations
puisqu’elles permettent de se positionner en tant que groupe (Abric, 2011; Amer & Howarth,
territoire, qui constitue le lieu où se partagent les expériences et savoirs constituant une
67
mémoire collective et contribuant à la fois à la construction de représentations partagées, et
d’une identité commune (Dias et al., 2024). Les résidents secondaires, par leur présence
discontinue sur le territoire ont possiblement moins accès à cette mémoire collective. On peut
donc supposer que d’une part les identités de lieu diffèrent entre les résidents principaux et
sociales des risques côtiers différentes. L’identité de lieu consiste en l’identification à une
communauté (ici relative à son lieu de vie ou d’usage) au travers d’un sentiment
d’appartenance, et se traduit par des cognitions, des processus affectifs et des comportements
relatifs au lieu (Bonaiuto & Chiozza, 2022). L’étude investigue donc également comment le
statut résidentiel (principal ou secondaire) peut influencer l’identité de lieu, et si celle-ci peut
constituer un rapport aux risques différent. De plus, les représentations sociales doivent être
étudiées au travers de leurs dimensions cognitives, conatives, mais aussi affectives (Grenon et
al., 2013). Cette approche permet donc également d’explorer comment les dimensions
affectives de l’identité de lieu interagissent avec les représentations sociales des risques côtiers.
Demarque, 2011; Vainio et al., 2020). Or les représentations sociales « remplissent une fonction
d’orientation des pratiques sociales et constituent des systèmes d’attente ou d’anticipation qui
permettent l’ajustement des comportements » (Rateau, 2022). Elles participent donc au rapport
au temps des individus et contribuent à l’adaptation par anticipation. Cette première étude vise
donc non seulement à déterminer comment les habitants du territoire se représentent les risques
côtiers mais aussi à étudier comment la dimension temporelle s’intègre dans ces représentations
68
L’interrogation simultanée de ces différentes dimensions permet de mieux comprendre le
contexte social de croyances et de normes dans lequel s’inscrit l’adaptation aux risques côtiers
en adoptant une analyse explicative plutôt que purement descriptive (Dany, 2016). Pour
résumer, les objectifs de l’étude sont les suivants : (1) explorer le contenu des représentations
sociales des risques côtiers et en particulier leur dimension prescriptive relative à l’adaptation,
(2) identifier les influences sociales de ces constructions en termes de statut de résidence
2. Contexte de l’étude
L’étude a été menée dans la communauté de communes Océan Marais de Monts comportant
trois communes, accueillant respectivement en 2021 8741, 2298 et 2160 habitants, comportent
comportent des enjeux d’un point de vue résidentiel puisque des logements sur le front de mer
et dans l’arrière-pays sont exposés aux risques côtiers. Les enjeux économiques sont également
élevés puisque le tourisme constitue une part importante de l’économie locale mais est
également vulnérable car il y est développé autour de l’accès à la mer, des activités nautiques,
et des structures d’hébergement en bord de mer. Les activités agricoles sont également une part
de l’économie locale vulnérable par l’exposition aux risques côtiers de certaines structures
agricoles (cultures, élevage et conchyliculture). Les enjeux naturels sont également importants
puisqu’un massif dunaire borde le marais et que ce territoire comporte également une forêt
domaniale. Ces trois environnements sont donc caractérisés par une grande biodiversité. Bien
que ce littoral fasse plutôt l’objet d’une stabilisation, voire d’une accrétion depuis une dizaine
d’années, les événements tempêtueux intenses peuvent rapidement dégrader ces espaces qui
69
doivent donc être protégés (Océan Marais de Monts, s. d.). Le cordon dunaire, au-delà de
cette accrétion globale, certaines zones restent sensibles à l’érosion. Des digues et un système
La gestion des risques côtiers applique donc des stratégies de nature différentes selon les
enjeux et les risques. Les gestionnaires et décideurs misent de manière générale plutôt sur des
méthodes « douces » bien que la construction de digues ait été privilégiée face au risque de
submersion. Aucune relocalisation n’a encore été appliquée mais ce scénario est envisagé. Des
actions de sensibilisation sont menées afin d’informer la population des risques et des méthodes
aussi bien individuelles (ex : exposition itinérante sur les risques littoraux et les comportements
de protection) que publiques (ex : serious game, animations technologiques sur l’évolution des
Ainsi, l’enjeu sur ce territoire est donc de considérer l’adaptation à la fois à court terme
processus est coûteux, long, et souvent rejeté (Chadenas et al., 2023). Il doit donc être réfléchi
en tenant compte du contexte social dans lequel il s’inscrit, ce que vise cette étude.
3. Outils
Les représentations sociales des risques côtiers sont ici interrogées au moyen d’entretien
semi-directifs. Les représentations se construisent au gré des échanges au sein d’un groupe et
Guimelli, 2012). L’entretien favorise donc l’identification des représentations par le langage
en mettant en évidence les liens et logiques entre les discours des individus. De plus, les
70
données qualitatives ont l’avantage de leur richesse, de leur ancrage fort dans l’expérience au
monde des individus, et de leur nature explicative des processus en jeu (Dany, 2016).
Un guide d’entretien (Annexe 2) a été élaboré à partir des dimensions sur lesquelles se centre
cette étude et interroge donc l’identité de lieu, les dimensions descriptives, prescriptives et
évaluatives des représentations sociales des risques côtiers, ainsi que les dimensions
temporelles du rapport au risque. Une carte a été proposée à chacun des participants afin de
faciliter leur discours et de les faire identifier à l’écrit les zones d’évolution des risques.
Une carte imprimée en noir et blanc du littoral local ne représentant que les communes et
les axes routiers principaux a également été proposée aux participants en cours d’entretien,
avec des stylos de couleur afin qu’ils puissent illustrer leur discours quant aux évolutions
4. Participants et procédure
Les entretiens semi-directifs ont été menés auprès de 20 habitants répartis sur les trois
submersion marine (Tableau 1). Les services de l’Etat (commanditaires de l’étude) ont proposé
une première liste de potentiels contacts dans les trois communes, et les associations locales et
mairies ont également été contactées afin qu’ils puissent diffuser l’appel à participants.
D’autres participants ont été ensuite contactés par effet boule de neige. La classe la plus âgée
est surreprésentée dans les deux groupes d’habitants tout comme dans la population parente,
71
60-74 ans 10 6
Saint-Jean-de-Monts 6 2
Notre-Dame-de-Monts 4 3
La Barre-de-Monts 4 1
Total 14 6
Les entretiens ont été conduits dans différents environnements selon les préférences et
possibilités des participants (foyer, lieu de travail, espaces publics etc.). Chaque entretien était
initié par la présentation de l’étude et des acteurs associés, suivie d’une demande
l’évolution des risques côtiers était abordée, la carte imprimée du littoral ainsi que les stylos de
couleur étaient proposés afin d’aider les participants à illustrer leur discours. Les
analyse lexicale a permis d’analyser la forme et la proximité des formes lexicales employées
les unes par rapport aux autres. Cette dernière permet de définir la fréquence des éléments et
leur cooccurrence afin de déterminer leur importance et leur force dans les représentations
(Negura, 2006). La structure du discours suit en effet les « lois de distribution du vocabulaire
dans les énoncés d’un corpus comme une trace linguistique d’un travail cognitif de
reconstruction d’un objet par un individu » (Dany, 2016, p. 29). Cette analyse permet donc de
dire la relation entre les éléments selon leur caractère signifiant (Negura, 2006).
L’analyse thématique a été menée par un processus itératif manuel d’aller-retour entre le
repérage des thématiques dans l’ensemble du corpus et leur catégorisation en une structure
72
organisée. Cette analyse permet de distinguer les différentes thématiques évoquées et leur
appropriation par les deux groupes sociaux interrogés : les résidents principaux et les résidents
secondaires. L’un des objectifs de cette étude est d’identifier plus particulièrement la dimension
prescriptive des représentations sociales des risques côtiers. Une analyse précise en
pourcentage d’occurrence des modalités d’adaptation dans chacun des groupes a donc permis
Pour l’analyse lexicale, le choix a été fait de diviser le corpus en deux sous-corpus (résidents
comme « variable étoilée » (Ratinaud, 2008) dans un seul corpus. Cela permet une analyse plus
fine, d’autant plus que les thématiques abordées par le guide d’entretien sont variées et donc
possiblement structurées différemment entre les deux groupes. Diviser les deux corpus permet
donc de faire apparaître de façon plus flexible la structuration du discours entre ces deux
groupes. Les mêmes analyses ont ensuite été mises en œuvre sur chacun de ces sous-corpus
grâce au logiciel Iramuteq (Ratinaud, 2008). Trois types d’analyse ont été menées : 1) la
leur contenu et les segments de texte associés, 2) l’analyse factorielle des correspondances
permettant d’identifier la proximité entre ces classes et les facteurs les distinguant, et 3)
leur cooccurrence.
Les cartes proposées pendant l’entretien n’ont pas été analysées car trop pauvres en
données : les participants n’ont pas été en mesure de s’approprier ce type de matériel auquel
ils ne sont pas habitués, bien que les cartes aient favorisé la précision de leurs observations
orales.
73
II. RESULTATS
1. Analyse thématique des entretiens
L’analyse thématique révèle 14 thèmes évoqués aussi bien par les résidents principaux que
par les résidents secondaires, mais pas nécessairement avec la même richesse (Annexe 1) :
« Gestion des situations d’urgence », « Mesures d’adaptation publique aux risques côtiers »,
« dynamique des risques côtiers » mettent en évidence la façon dont les habitants évaluent les
Tout d’abord, le discours des participants confirme la façon dont les risques d’érosion et de
submersion se confondent. Ensuite, les habitants perçoivent les risques en s’appuyant à la fois
sur des observations personnelles, sur les connaissances historiques du territoire, mais
également sur des analogies avec d’autres lieux et d’autres risques (parallèle entre submersion
et tsunami). Les résidents principaux comparent également les risques côtiers à d’autres risques
afin de les relativiser, supposant une stratégie de réduction de la tension émotionnelle. Cette
inquiétude est également réduite par la confiance qu’accordent les résidents principaux aux
secondaires, évoquent également leur acceptation de ne pas pouvoir léguer leur bien immobilier
à leurs enfants, indiquant à la fois la projection dans un futur de quelques décennies mais aussi
une forme de fatalisme. Les représentations sociales des risques côtiers comprennent
effectivement une dimension temporelle puisqu’elles sont construites à la fois grâce au passé
74
et à l’anticipation. Les expériences passées et les connaissances historiques permettent
d’évaluer leur vulnérabilité en les mettant en cohérence avec leurs observations actuelles. Les
habitants s’appuient également sur le caractère cyclique des risques côtiers à court
exprimer une forme de fatalisme. La question de l’avenir est également très présente chez
l’ensemble des participants au travers de l’incertitude quant aux évolutions de ces phénomènes
et leur faible prédictibilité. La perspective future semble légèrement plus claire chez les
résidents principaux qui évoquent une possible augmentation et/ou accélération du risque. Ces
aujourd’hui un impact sur les phénomènes côtiers, signe de la cohérence entre les actions
évidence comment les représentations intègrent un ensemble plus large de phénomènes liés au
les éléments relatifs à l’environnement mais de façon déconnectée, sans lien évident avec les
risques côtiers. Les résidents principaux illustrent plus clairement l’interaction entre le
changement climatique et les risques côtiers puisqu’ils évoquent d’une part l’atténuation
possible et nécessaire du changement climatique qui amplifie les risques côtiers, et d’autre part
les agriculteurs.
institutions dans la gestion des risques », « Conflits d’intérêt et arbitrage » et « Gestion des
situations d’urgence » renvoient toutes trois à l’adaptation publique et aux enjeux politiques
75
qui l’accompagnent. Les mesures d’adaptation publiques sont globalement évoquées de la
même manière entre les deux groupes. Elles sont représentées notamment au travers de leur
dimension temporelle puisque les habitants s’appuient sur les expériences passées (ainsi que
sur les connaissances historiques et traditions locales pour les résidents principaux) pour
évaluer les bonnes ou mauvaises pratiques. Les habitants évoquent beaucoup la temporalité de
la mise en place des stratégies d’adaptation (échéance courte ou plus longue) mais font part
d’une grande incertitude sur cette question, et les avis divergent entre les habitants. Les
résidents principaux sont cependant les seuls à évoquer le coût financier de ces mesures et la
prise en charge de ce coût par la collectivité. Ils évoquent également la notion de tradition dans
le mode de vie littoral, qui peut orienter aussi bien vers des pratiques plus adaptées qu’au
contraire être dépassées face à la vulnérabilité croissante de certaines zones. Ces deux éléments
s’agit d’une part de penser la gestion pratique des risques mais également d’émettre un
jugement.
risques côtiers au travers des divergences d’intérêt entre différents groupes sociaux (institutions
publiques, habitants, touristes, agriculteurs) dans la gestion des risques, opposant avantages
économiques et sécurité. On remarque simultanément une confiance dans les experts (et les
l’adaptation aux risques et en même temps la reconnaissance de divergences d’intérêt entre ces
institutions et les habitants (e.g. délivrer des autorisations de construire dans des zones à
risques), ainsi qu’une distance trop importante entre les institutions et la réalité de terrain.
Cependant les résidents principaux proposent de dépasser ce constat en évoquant les bienfaits
d’une approche collective et holistique de la gestion des risques ainsi que la complémentarité
76
du savoir local et expert. Cette approche collective est d’ailleurs également abordée par ces
La gestion des situations de crise est très peu évoquée, en particulier chez les résidents
secondaires. Ces derniers étant peu présents en hiver, ils sont également moins exposés à ces
l’adaptation individuelle, qui est abordée de façon assez pauvre et peu fonctionnelle et ce
d’autant plus par les résidents secondaires. L’ensemble des participants témoigne à la fois
d’une faible capacité d’action perçue et d’une volonté d’investissement face aux diverses
menaces dont celle des risques côtiers. Les actions individuelles évoquées portent
les clients.
principaux et renvoie à la double facette double du marais. Il est considéré comme une source
très exposé au risque d’inondation. Mais il constitue également une ressource de gestion du
échanges d’eau douce et d’eau de mer, géré par les agriculteurs. Les résidents secondaires
mer.
77
f. Identité et attachement au lieu forts
La thématique « Identité et attachement au lieu » est évoquée par les deux groupes, mais
semble à première vue détachée de la question des risques. Les deux groupes témoignent d’un
fort attachement au lieu et d’une forte implication dans la communauté, ce qui peut expliquer
leur volonté de s’investir à titre individuel dans l’adaptation du territoire aux différentes
menaces environnementales afin de préserver ce lieu, malgré une faible efficacité perçue. La
façon dont le rapport au risque s’inscrit dans le temps au travers des expériences passées,
connaissances historiques (et traditions chez les résidents principaux) laisse cependant deviner
une connexion entre une forme de mémoire collective et le rapport aux risques côtiers, en
particulier chez les résidents principaux. Ces derniers complètent ce rapport au lieu par une
dimension identitaire en distinguant les habitants de bord de mer et ceux du marais, sans que
sociales des risques côtiers. Les différentes pratiques évoquées par les deux groupes d’habitants
ont donc été analysées plus précisément selon leur pourcentage d’évocation (Tableau 2).
Certaines pratiques peuvent être plus ou moins corrélées, mais ces résultats donnent un aperçu
complémentaire de l’appropriation de l’adaptation aux risques côtiers par les deux groupes de
la population littorale.
Tableau 2: pratiques et méthodes d'adaptation aux risques côtiers évoquées par les habitants
Fréquence d’évocation (%)
Pratiques d’adaptation mentionnées
Résidents principaux Résidents secondaires
Adaptation privée
Sensibilisation 100 67
Alerte téléphonique / sirène 29 17
Préparation individuelle à la crise 7 0
Vente/Déménagement 36 17
Gestion hydraulique du marais 57 0
Adaptation publique
Sensibilisation 100 67
78
Batardeaux 14 0
Réglementation/adaptation des constructions 64 17
Expropriation/Relocalisation 50 17
Établissement de zones tampons 36 0
Laisser-faire 29 0
Végétalisation des dunes 64 67
Fil lisse, ganivelles 57 67
Rechargement des plages 36 33
Réduction du nettoyage des plages 29 33
Enrochement, épis 57 33
Digue 71 67
Brise-lame 14 0
Les habitants ont une vision relativement large des mesures pouvant être mises en place
dans le cadre de l’adaptation aux risques côtiers puisqu’ils citent 17 pratiques s’agissant des
résidents principaux, et 11 s’agissant des résidents secondaires. Cela témoigne donc d’une
connaissance plutôt élevée de la gestion des risques, bien que les résidents secondaires
évoquent des pratiques moins diverses. Cinq pratiques relèvent de l’adaptation individuelle
dont une seule est très fréquemment citée : la sensibilisation. Les résidents principaux sont plus
de la moitié à également citer le rôle des agriculteurs dans la gestion hydraulique des marais,
dont ils ne sont pas forcément eux-mêmes acteurs mais dont ils savent qu’elle revient à des
très peu mentionnée par les deux groupes. S’agissant de l’adaptation publique, les deux groupes
reconnaissent des méthodes aussi bien « douces » (e.g. végétalisation des dunes) que « dures »
(e.g. digue), cependant les résidents secondaires évoquent peu la stratégie de recul
Cette dernière est également très peu évoquée par les résidents principaux.
79
2. Analyse lexicale des entretiens
a. Analyse lexicométrique
Tableau 3: analyse lexicométrique des entretiens selon les deux sous-corpus
Résidents principaux Résidents secondaires
Nombre de textes 14 6
Nombre d’occurrences 89000 42743
Nombre de types 5951 3767
Nombre d’hapax 2906 (48,83 % des formes, 1935 (51,37 % des formes,
3,27 % des occurrences) 4,53 % des occurrences)
Indice de diversité 0,07 0,09
Indice de variabilité 0,49 0,51
similaire entre les deux groupes d’habitants, avec un indice de diversité (ratio
types/occurrences) faible pour chacun des groupes, indiquant une faible hétérogénéité des
formes utilisées et donc une certaine pauvreté lexicale dans le discours, ce qui est commun
d’une part s’agissant du discours oral spontané et d’autre part compte-tenu de l’absence
d’expertise des personnes interrogées. L’indice de variabilité (ratio hapax/types) est moyen
pour les deux groupes, ce qui indique une homogénéité relative dans le discours des habitants
Tableau 4: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents principaux
Classe (n° et thématique) 10 premières formes lexicales significatives (Chi²)
[Link] des risques côtiers Eau (136,7), Mer (109,24), sable (87,5), Submersion (66,35),
par le marais Digue (64,39), Monter (61), Marée (55,82), Haut (49,47),
Dune (47,9), Inonder (45,9)
80
[Link] collective et Penser (115,56), Chose (92,25), Dire (75,69), Savoir (70,76),
incertitude Falloir (65,47), Commun (46,58), Population (33,92), Parler
(31,94), Informer (30,5), Pouvoir (28,39)
[Link] au lieu et Forêt (112,44), Plage (106,96), Activité (67,47), Touriste
tourisme (65,02), Gens (59,67), Balader (55,76), Incroyable (54,62),
Station (54,51), Quartier (49,83), Vélo (47,78)
[Link] dans la Association (346,92), Naître (102,94), Ecole (97,83), Famille
communauté et le territoire (86,71), Originaire (77,42), Syndicat (76,83), Producteur
(67,91), Connaître (67,32), Parent (66,16), Politique (64,12)
i. Gestion des risques côtiers par le marais
La première classe, « gestion des risques côtiers par le marais », représente près de la moitié
du discours (44,3%) et est la plus isolée. Elle réfère aux risques côtiers mais se concentre en
hydraulique du marais par les agriculteurs. Ces habitants ont une connaissance assez précise
des mécanismes d’échange d’eau douce pluviale et d’eau salée et de la gestion du niveau et du
débit d’eau grâce aux canaux, étiers et écluses. En témoignent l’utilisation significative de
nombre relatifs aux distances, aux coefficients de marée ou à la vitesse du vent, ou encore la
présence significative de prépositions spatiales (« jusqu’ », « au-dessus »…). Le marais est ici
évoqué à la fois comme une solution de gestion du risque de submersion, et comme zone
• « enfin elle monte comme ça et puis après elle descend au niveau des marais, la mer
• « il faut pas trop d’eau douce d’un coup en mer, il y a une qualité d’eau à respecter,
La vulnérabilité est ici évoquée de façon technique et factuelle. Tandis que la gestion du
risque, bien qu’évoquée également au travers des aspects techniques de la gestion hydraulique,
a également une dimension normative si l’on se réfère aux jugements émis par certains
81
risque de submersion et l’évaluation de cette gestion par les participants démontrent une forme
• « aujourd’hui pour vider les marais qui se remplissent d’eau douce quand il pleut, on
met toute la partie de Notre-Dame qui est plus haute que Saint-Jean-de-Monts à sec
proche de la classe 3. Elle révèle une forte incertitude quant à l’évolution des risques et aux
méthodes d’adaptation. Elle réfère à la nécessité de s’adapter aux risques mais de manière très
entre les différents acteurs (« population », « collectivité », « maire »…), ainsi qu’une certaine
vision collective de la situation (« nos », « nous »…). Cette catégorie reste très abstraite
(« chose », « machin ») et les habitants énoncent la nécessité de l’adaptation mais sans certitude
• « il y a ceux qui disent on fera autre chose, on fera autrement, en fait on est plusieurs
à y penser mais personne pour l’instant on en parle mais on ne fait rien de concret »
de la classe 2. Elle semble révéler un fort attachement au lieu par l’évocation des différentes
aménités offertes par le lieu de vie (paysages, activités, praticité…), le terme « incroyable »
Les communes sont décrites comme des stations balnéaires dans lesquelles le tourisme est
encouragé ce qui motive entre autres la gestion du risque d’érosion, mais le tourisme peut
82
• « l’érosion côtière c’est une peu comme la dune, la forêt, les plages et les touristes, on
du corpus, et renvoie essentiellement à l’insertion des individus dans la communauté aussi bien
au travers des racines familiales qu’au niveau associatif ou même par l’engagement politique.
Les individus semblent également fortement ancrés au le territoire, que ce soit au travers des
2. AFC
L’AFC (Figure 1) montre que les classes « adaptation collective et incertitude » et
« attachement au lieu et tourisme » sont entremêlées, et situées dans la même valence positive
de la dernière classe « gestion des risques côtiers par le marais ». Ces trois classes sont en effet
les activités jugées essentielles comme le tourisme et surtout l’attachement fort à l’égard du
lieu de vie et l’insertion dans la communauté. A l’inverse, la classe « gestion des risques côtiers
au lieu et tourisme », aux deux autres classes, celle relative aux risques et à leur gestion étant
un peu plus proche. Ces classes semblent s’opposer relativement à leur dimension temporelle :
les deux classes entremêlées font explicitement référence au devenir du territoire face aux
risques quels qu’ils soient, tandis que les deux autres classes sont plus ancrées dans le présent
83
et la description de phénomènes actuels, voire relativement aux expériences passées (« gestion
de nombreux termes relatifs aux risques côtiers ou leur gestion. S’y rattachent d’autres
regroupements, dont la majorité est relative à la dynamique côtière et aux risques qui
84
Figure 2: Analyse de similitude appliquée au corpus des habitants en résidence principale
c. Analyse lexicale du discours des habitants en résidence secondaire
1. Classification hiérarchique descendante
La CHD appliquée au discours des résidents secondaires met en évidence trois classes
Tableau 5: Formes lexicales significatives et Chi² des classes thématiques évoquées par les
résidents secondaires
Classe (n° et thématique) 10 premières formes lexicales significatives (Chi²)
[Link] du littoral et Chose (31,07), Enfant (30,23), Gens (28,81), Littoral
sensibilisation (27,96), Essayer (27,96), Faire (24,75), Personne (24,19),
Falloir (22,31), Information (22,15), Sûr (21,88)
[Link]é des risques côtiers Sable (61,59), Mer (46,13), Côté (39,4), Maison (31,53),
Plage (28,97), Remblai (27,24), Marée (26,92), Eau (23,93),
Dernier (20,83), Vague (19,53)
[Link] du territoire Tourisme (76,31), Changement (45,31), Nature (44,69),
face au changement Rôle (43,84), Réchauffement (43,84), Jouer (37,49), Activité
climatique (37,03), Touriste (34,42), Vélo (33,69), Important (33,69)
85
i. Protection du littoral et sensibilisation
La première classe, « protection du littoral et sensibilisation » représente 39,5% du corpus
et est directement liée à la classe 3. Elle réfère à la sensibilisation des habitants et usagers au
passer par l’information et l’éducation notamment des jeunes générations, et la classe reflète
• « on me dirait est ce que vous pouvez nous aider pour faire telle chose oui dans le
domaine de mes possibilités je le ferais comme de ramasser je vous dis les détritus et
de la forêt, de la plage, du littoral en général elle était très orientée, très pédagogique
auxquels est exposé le littoral de la région, et est présentée sous le nom « exposé des risques
spatiaux (« mètre », « haut », « côté », « bas »…) et temporels (« an », « semaine »…) associés
à cette classe démontrent sa dimension descriptive et concrète. Bien que cette classe soit
essentiellement axée sur le risque d’érosion et la dynamique des plages, le risque de submersion
86
• « et du coup le sable du sud de la plage sud a tendance à s’en aller vers la mer et la
• « les plages me semblent de plus en plus longues avec des phénomènes très originaux
la première et représente 20,2% du discours. Elle concerne l’évolution du territoire d’un point
de vue essentiellement économique, le tourisme étant le secteur le plus évoqué car il constitue
en grande partie l’attractivité du territoire et est une ressource à développer. Cette classe évoque
également l’interaction entre tourisme et changement climatique à la fois par rapport aux
possibles impacts négatifs du second sur le premier, et d’autre part par rapport au rôle que peut
dans sa station, il a ouvert cette année à la demande assez générale des pistes de
VTT »
• « D’un autre il y aura le risque sur le tourisme, sur l’économie, parce que l’économie
dans ces villes de Vendée, quand même le tourisme ça joue un rôle premier »
2. AFC
L’AFC (Figure 3) montre une distinction claire et relativement équivalente entre les trois
« évolution du territoire face au changement climatique » sont toutes deux associées aux
valences négatives du premier facteur, et opposées à la classe « exposé des risques côtiers ».
Ce facteur peut être interprété comme l’orientation temporelle distinguant d’une part les classes
orientées vers le futur et l’avenir du territoire et d’autre part une classe plus axée sur le présent
87
Le second facteur divise les trois classes sur un continuum distinguant légèrement la classe
implication forte puisqu’elle valorise la protection du littoral et est empreinte d’une volonté de
contribuer à l’avenir positif du littoral. La deuxième décrit les risques côtiers mais aussi
bien que le risque ne soit pas particulièrement valorisé ou que la classe ne réfère pas
personnelle, comme en témoigne d’ailleurs les termes renvoyant à autrui associés à la classe
88
3. Analyse de similitude
L’analyse de similitude (Figure 4) montre la centralité du terme abstrait « chose »,
préfigurant une appropriation limitée de la question des risques côtiers ou tout du moins de leur
gestion. Ce halo central comprend cependant différents risques côtiers ainsi que l’émotion de
« peur », mais reste plutôt hétérogène et pas forcément associé au risque. Les sept
regroupements périphériques ne sont pour l’essentiel pas associés aux risques côtiers mais
III. DISCUSSION
Cette première étude exploratoire a pour but d’appréhender l’articulation entre les
dimensions abordées dans cette thèse sous l’angle des représentations sociales : l’évaluation
des risques côtiers, l’adaptation privée et l’adaptation publique, et la dimension temporelle dans
89
s’insère le rapport au risque. On considère ici cette dimension sociale en distinguant deux
groupes au sein de la population côtière ayant un rapport différent au littoral : les résidents
principaux et les résidents secondaires. Cette distinction est également abordée au travers de
l’identité de lieu. L’une des dimensions explorées dans cette étude étant l’adaptation, cette
étude porte une attention particulière à la dimension prescriptive des représentations sociales
des risques côtiers qui menacent le territoire, le statut résidentiel influence malgré tout le
contenu des représentations sociales des risques côtiers. Cela corrobore donc l’influence déjà
observée dans la littérature de variables contextuelles sur les représentations sociales du risque
(Baggio & Rouquette, 2006). D’une part, la représentation des résidents principaux, plus dense
et centrée sur les risques côtiers que celle des résidents secondaires, s’accompagne d’une plus
personnelle plus importante chez les résidents principaux semble contribuer ici à la
responsabilité aux institutions publiques, et leur implication personnelle est plutôt relative aux
côtiers spécifiquement. Ainsi, ces deux représentations sociales ont, comme souvent s’agissant
des risques environnementaux, tendance à externaliser la gestion des risques côtiers (Castro et
al., 2010). L’adaptation publique est plutôt considérée au travers de la lutte active, plutôt par
des méthodes douces voire plus artificielles pour les zones exposées à la submersion. La
90
stratégie de recul est très peu évoquée, seulement s’agissant de l’érosion et seulement par les
résidents principaux. Cela peut être lié au fait que dans la représentation des résidents
principaux, le risque de submersion est plutôt associé aux habitants (notamment du marais),
tandis que le risque d’érosion est plutôt associé au secteur du tourisme. Il est donc peut-être
plus évident pour ces résidents d’imaginer la relocalisation d’activités économiques que
d’habitants. Les résidents secondaires évoquent très peu les stratégies de recul ou de laisser-
faire, indiquant possiblement leur volonté de conserver leur lieu de vie. Le recul n’étant pas
rejeté mais simplement pas considéré, cela peut être mis en perspective avec le très fort
attachement au lieu des résidents secondaires qui a déjà été observé dans la littérature (Urbain,
2002), ne leur permettant pas de s’imaginer abandonner ce lieu. L’adaptation individuelle aux
risques côtiers est souvent difficile à solliciter (Krasovskaia et al., 2007; Kreibich et al., 2011)
et on constate dans cette étude que malgré le désir des habitants de s’impliquer dans
effectivement plus difficile à concevoir et est associée à une faible capacitée d’action perçue.
inondations est encore moins présente dans ces représentations sociales. Comme cela a déjà été
observé (Krien & Michel-Guillou, 2014), les habitants se préoccupent des risques côtiers mais
également des impacts de la gestion des risques, en questionnant les intérêts divergents entre
à ce que Guillemot et ses collaborateurs (Guillemot et al., 2014) ont observé, les résidents
collective et anticipatrice de la gestion des risques et ne se focalisent pas sur une approche
Malgré les considérations sur l’adaptation publique et privée, une forme de fatalisme voire
d’acceptation des risques (« la nature/mer reprend ses droits ») est présente dans le discours
91
des participants qu’ils illustrent par l’histoire du territoire. Cette acceptation pourrait permettre
d’expliquer le paradoxe entre d’une part la confiance dans la gestion des risques menée par les
autorités locales, et d’autre part l’incertitude quant à l’avenir qui est malgré tout bien présente.
L’Homme peut faire ce qu’il peut pour tenter de s’adapter aux risques côtiers, il ne pourra pas
résidents principaux, la densité des thématiques abordées, leur caractère aussi bien pratique
qu’évaluatif, ainsi que la structure du discours organisé explicitement autour de la mer, des
risques et de leur gestion témoignent d’une représentation des risques côtiers bien définie, qui
bien qu’associée à d’autres phénomènes, a son existence propre et qui détermine le rapport des
risques côtiers semblent plutôt dilués dans un ensemble plus large de phénomènes évolutifs
au risque y est envisagée de façon plus restrictive et avec une moindre considération du
contexte historique et des rapports sociaux dans lequel elle s’insère. Mais bien que les
représentations des risques côtiers ne soient pas les mêmes selon le statut résidentiel, celui-ci
ne semble pas constituer un facteur identitaire chez les habitants. Les seules références dans le
discours à cette distinction entre résidence principale et secondaire résident dans l’observation
la population qui se traduit notamment par le passage d’une résidence secondaire à principale
au moment de la retraite. Les résidents secondaires de ce territoire sont en effet très intégrés à
la population, car ils y passent une grande partie de l’année, sont investis dans la communauté
92
personnelle associée à ce lieu, des phénomènes déjà observés dans la littérature (Hellequin et
al., 2013). Urbain (2002) parle à ce propos de « bi-résidences » pour désigner ces forts
attachement et investissement des résidents secondaires vis-à-vis de leur second lieu de vie.
Cependant, une distinction est formulée par les résidents principaux entre les « maraîchins »
(habitant du marais) et les habitants du bord de mer. De plus, le territoire du marais est
considéré à la fois comme vulnérable mais aussi comme une ressource pour l’adaptation au
risque de submersion grâce à la gestion hydraulique de ses habitants. La façon dont le lieu de
vie (littoral / arrière-pays) détermine l’adaptation aux risques côtiers pourrait donc être
s’inscrit dans les représentations des risques côtiers. On observe tout d’abord une forte mise en
passées pour analyser les risques actuels, à venir et les enjeux. Cela peut expliquer la
représentation plus pauvre des résidents secondaires qui ont une expérience moindre, et en
particulier s’agissant du risque de submersion puisque ces habitants sont généralement absents
l’hiver (Hellequin et al., 2013). Des références historiques au passé plus lointain sont également
utilisées, surtout par les résidents principaux pour comprendre les risques côtiers mais
également l’impact de l’Homme sur ceux-ci. C’est d’ailleurs sur la base de ces connaissances
que les habitants conçoivent le caractère cyclique des risques côtiers, et que naît l’acceptation
du risque par certains habitants, évoquée plus haut. Cette mémoire collective mêlée aux
expériences personnelles peut nourrir une culture du risque (Baggio & Rouquette, 2006) chez
les résidents principaux, dont ne bénéficient pas forcément les résidents secondaires, ayant
moins accès à cette mémoire collective. Cette culture du risque pourrait d’ailleurs réduire
93
certains résidents principaux. Le futur est donc perçu de façon plutôt positive chez ces habitants
mais ne semble pas pour autant aisé à se représenter. Pour les deux groupes, l’incertitude relève
à la fois de l’évolution des risques et du pas de temps auquel appliquer des mesures
d’adaptation. Ce dernier point est d’ailleurs l’objet de divergence entre les habitants quel que
soit leur statut résidentiel : certains voient une forme d’urgence à agir d’une manière ou d’une
(Demarque, 2011), il semble donc essentiel de favoriser la projection future des habitants du
littoral.
4. Limites de l’étude
L’ensemble de ces observations fait cependant face à certaines limites. Certaines sont
des résultats des analyses lexicales. De plus, l’utilisation d’un guide d’entretien semi-directif,
bien que garantissant mieux d’accéder aux dimensions visées, oriente également le discours,
ce qui est problématique lorsqu’il s’agit d’étudier les représentations sociales. D’autres limites
six entretiens, ce qui d’une part est difficilement représentatif de l’ensemble du groupe source,
et d’autre part augmente le risque que certaines classes ou thématiques soient associées
uniquement à un entretien. De plus, certaines variables sont confondues telles que le rôle dans
la communauté (habitant, acteur économique, anciens élus, acteur associatif) qui pourrait avoir
un impact sur la façon de se représenter le littoral. Certaines catégories étant trop peu
IV. CONCLUSION
L’approche des représentations sociales a permis au cours de cette étude d’appréhender le
rapport des habitants aux risques, tout en se focalisant notamment sur leur dimension
94
fonctionnelle. Cette dimension est ici plutôt solide mais essentiellement axée sur les pratiques
à l’échelle publique. Comme souvent à l’égard de risques côtiers (Navarro, 2016), la capacité
d’action individuelle perçue reste faible. Cependant, les résidents principaux font preuve d’une
plus grande implication personnelle et d’une vision plus collective de l’adaptation dont
pourraient se saisir les autorités. Les résidents secondaires sont moins vulnérables aux risques
côtiers puisqu’ils ne sont pas directement exposés aux phénomènes météorologiques l’hiver, et
que le bien immobilier exposé n’est pas le seul dont ils soient propriétaires. Mais leur plus
faible implication peut rendre leur capacité d’adaptation moins effective. Ces résidents
constituant une part très importante de la population totale sur une période de l’année, il serait
l’ensemble des connaissances permettant aux acteurs et aux citoyens d’anticiper les impacts
d’une situation et d’adopter des comportements adaptés en cas de catastrophe » (Courant et al.,
2021, p. 12) chez ces habitants en s’appuyant sur leur désir de s’investir dans l’adaptation du
Enfin, la dimension temporelle des risques côtiers offre certaines pistes de réflexion sur les
caractère dynamique et cyclique du littoral et donc le fait que la mer puisse reprendre les terres
que l’Homme a conquises offre une perspective positive à d’éventuelles stratégies de recul
mises en place sur ces territoires (Rulleau et al., 2015). Enfin, malgré des difficultés à concevoir
individuelle dans les deux groupes de participants suggère qu’il est nécessaire de développer
leur capacité de projection future, qui est démontrée comme favorisant les comportements
adaptatifs (Demarque, 2011). Du point de vue des représentations sociales, les risques côtiers
en tant qu’objet de pensée sociale, renvoient à une série de croyances concernant l’adaptation
95
et le devenir du territoire qui sont spécifiques au type d’habitant. Ces croyances réfèrent aux
risques côtiers comme un tout, qui au travers de leur dynamique particulière intègrent une
dimension temporelle forte. Ces croyances sont ainsi dépendantes à l’expérience du risque mais
aussi au rapport que les individus ont avec l’objet et déterminé par leur appartenance aux
temporelle du rapport au risque ainsi que le type d’habitant pour qui les enjeux ne sont pas
96
Etude 2 - Communiquer le risque d’érosion : effets de la
communication par cartographie sur la perception du risque et
l’affect
La première étude de cette thèse montre une difficulté d’appropriation de l’adaptation aux
risques côtiers de la part des habitants, qui se traduit par une faible efficacité personnelle perçue
ainsi qu’une externalisation de la gestion des risques côtiers vers les experts et l’Etat. En effet,
ces habitants évoquent très peu les mesures d’adaptation individuelle. L’étude montre
également un fort sentiment d’incertitude chez les habitants au regard de l’évolution future des
2022), on peut supposer que faciliter la projection future des citoyens les aide à s’approprier
l’adaptation face aux risques côtiers. En effet, Demarque (2011) a pu mettre en évidence le rôle
changement climatique). D’autres travaux montrent également que la perception du risque est
un préalable à l’adaptation (Botzen et al., 2009 ; Lin et al., 2008). Encourager la capacité de
projection future des citoyens constituerait donc un moyen de favoriser leur perception du
risque, et par conséquent leur adaptation. Cette étude vise donc à déterminer si communiquer
important des processus affectifs dans la perception du risque (Finucane et al., 2000; Finucane
& Holup, 2006). Le deuxième objectif est donc de déterminer comment perception du risque
97
temporelle. Plus concrètement, un protocole expérimental permet ici d’évaluer dans quelle
évoluer la perception du risque et les affects chez des individus non-experts de la gestion du
risque d’érosion. L’ensemble des participants observe donc quatre cartes de risque, et la
perception du risque ainsi que les affects sont mesurés et comparés avant et après l’observation.
Pour avoir les effets escomptés, la communication du risque doit permettre à la population
la façon dont les individus observent et lisent chaque carte. Afin de permettre l’interprétation
de ces mesures implicites, un court questionnaire d’évaluation de la carte est proposé à l’issue
de l’observation de chaque carte, et un entretien semi-directif est mené en fin de protocole pour
98
I. INTRODUCTION
La communication du risque est un outil essentiel à l’adaptation des citoyens aux
mais aussi de façon plus implicite d’influencer leur évaluation du risque, et leur prise de
décision et comportements. Une des méthodes parfois utilisée pour communiquer les risques
excellent support (Dransch et al., 2010). Elle peut répondre à différentes finalités, que Givone
prévention des risques a déjà été étudiée concernant le risque d’inondation (e.g. Fuchs et al.,
2009), ou les risques sanitaires (e.g. Mills & Curtis, 2008) mais aucune étude à notre
connaissance ne l’a étudiée concernant le risque d’érosion côtière. Cette étude vise à
comprendre comment la représentation du risque d’érosion côtière par carte peut influencer la
l’oculométrie.
de processus aussi bien cognitifs (Tversky & Kahneman, 1982) (Slovic, 1987), qu’affectifs
(Finucane et al., 2000; Slovic et al., 1991, 2004). D’un point de vue cognitif, des heuristiques
permettent d’élaborer un jugement sur le risque sans démarche analytique, le rendant simple et
rapide à effectuer (Tversky & Kahneman, 1982), mais aussi parfois source de biais (ex :
également des valeurs sociales, tels que celui du paradigme psychométrique (Fischhoff et al.,
99
1978) proposant trois facteurs influençant la perception du risque : son caractère redoutable,
son caractère familier ou inconnu, et le nombre de personnes exposées (Slovic, 1987). A partir
experts et citoyens profanes, ces derniers adoptant plutôt un « jugement intuitif du risque ».
L’évaluation du risque naîtrait ainsi de la combinaison de ces deux concepts, et elle doit être
D’autre part, Slovic et ses collaborateurs (Finucane et al., 2000; Slovic et al., 1991,
2004) proposent le concept d’heuristique d’affect : les réactions affectives associées au risque
naît l’hypothèse d’un processus double du traitement de l’information avec deux systèmes
parallèles interdépendants (Finucane & Holup, 2006; Van Der Linden, 2014) : un processus de
« risk as analysis » (Chauvin, 2014) consiste en un traitement intentionnel basé sur la logique
formelle, et est lent et coûteux. Le deuxième est le mode « risk as feelings » (Loewenstein et
al., 2001) et propose un traitement heuristique reposant sur l’affect, automatique et donc plus
rapide : les objets ou événements sont représentés dans l’esprit par des images auxquelles sont
associées des sensations positives ou négatives qui facilitent ensuite et accélèrent le jugement
d’un risque (Chauvin, 2014). Ces dernières années, de nombreuses études ont pu détailler
l’impact des réponses affectives sur la perception des risques environnementaux, notamment
pour le risque d’inondation (Kwon et al., 2019; Lebel et al., 2018). Dans le cadre de la
a beaucoup été employé au travers de l’appel à la peur, visant à influencer les décisions des
individus par des messages effrayants relatifs à différents types de risques (sanitaires, naturels,
technologiques...). Or l’appel à la peur n’est pas systématiquement efficace et peut même être
100
contre-productif. La peur peut être source de comportement adapté à condition que le message
augmente le sentiment d’efficacité face au risque (Blondé & Girandola, 2016). Ainsi, la
communication du risque se doit de considérer aussi bien l’affect que la perception du risque
l’information, car l’information y est concrète et facile à extraire notamment grâce aux
(Loewenstein et al., 2001). Ce phénomène serait particulièrement vrai pour les populations
profanes ce qui est donc utile dans le cadre de la communication aux citoyens (Dransch et al.,
2010). La saillance visuelle des éléments de cartographie, c’est à dire leur qualité à être
clairement le message (Fabrikant et al., 2010). Il existe différentes typologies de carte variant
adressées (Quodverte, 1997). Elles peuvent notamment varier selon leur niveau d’abstraction,
est constituée de trois composantes : l’abstraction sémantique (choix des éléments représentés),
ainsi classer les cartes selon différentes typologies. Celle de Quodverte (1997) comprend 3
types de carte : les cartes d’analyse, qui ne présentent qu’un thème, les cartes de corrélations,
101
plus complexes et présentant plusieurs thèmes, et les cartes de synthèses, qui combinent
plusieurs thèmes selon des procédures d’analyse spatiale. Ainsi, les possibilités de
représentation de l’information sont variées mais comment sont-elles reçues pas le public ?
sociodémographiques. Les études sur la communication des risques par cartes portent la plupart
population exposée (Mills & Curtis, 2008). D’autre part, bien que certaines études comparent
la perception selon le niveau d’expertise, et que l’efficience des cartes ait été étudiée par
oculométrie (Fuchs et al., 2009; Spachinger et al., 2008), cela n’a été fait la plupart du temps
qu’au regard des besoins de l’usager et des patterns de lecture et rarement à travers la perception
l’ensemble des mécanismes qui permettent de sélectionner une partie de l’information visuelle
dans le but de la traiter en priorité et d’orienter correctement son comportement » (Ibos, 2009,
p.16). On distingue notamment le processus attentionnel bottom-up, influencé par des facteurs
exogènes, et le processus top-down, régi par des facteurs endogènes. Le premier relève de la
saillance visuelle des éléments, c’est-à-dire leur faculté à être perçus parmi les autres éléments
élément saillant visuellement (Borji & Itti, 2013) telles que la taille (Francolini & Egeth,
102
1980), la couleur (Lohse, 1997), la localisation (Chandon et al., 2009), l’orientation (Wolfe,
1994; Wolfe & Horowitz, 2004). Ces études s’apparentent à ce que Henderson (2020) appelle
les Feature Integration Theory, c'est-à-dire l’étude des facteurs exogènes, propres à la scène
ou à l’objet, qui influencent l’attention. Il s’agit donc d’un processus bottom-up, automatique,
rapide et involontaire (Borji & Itti, 2013). Ce type de processus est plus étudié car plus facile
dépendant de facteurs endogènes. Une étude pionnière de Loftus & Mackworth (1978) met en
évidence son rôle prépondérant : la sémantique de l’objet prévaut sur sa saillance visuelle car
c’est d’abord la non-congruence d’un objet avec le contexte de la scène ou « gist » qui attire le
regard, et non pas la saillance visuelle. Cependant, les résultats restent divergents quant à
Graef, 1998; Underwood & Foulsham, 2006). Ce paradigme donne néanmoins naissance aux
cognitive-guidance models, d’après lesquels l’attention est guidée par des facteurs propres à la
personne et au sens, reposant sur « des représentations cognitives qui sont activées ou
de la scène, ainsi que de l’état antérieur et général du système cognitif » (Henderson, 2020,
p.98). Trois facteurs endogènes essentiels impactent donc l’orientation du regard : le contexte
ou « gist », l’objectif ou la tâche (Hayhoe & Ballard, 2005), ainsi que la mémoire, aussi bien
sémantique qu’épisodique (Henderson et al., 2009). L’attention est donc ici volontairement
dirigée vers certaines zones (Boloix, 2007). Il est admis aujourd’hui que les orientations
bottom-up et top-down peuvent être toutes deux sollicitées sur une même tâche (Itti & Koch,
2001) : les processus top-down peuvent être menés volontairement et donc être sollicités, ou
inhibés et donc supplantés par des processus bottom-up (Muller & Rabbitt, 1989). Cela se
vérifie au niveau neuronal puisque deux réseaux différents sont activés par ces deux types
103
l’orientation exogène (Ibos, 2009). Il faut cependant distinguer le type de stimulus visuel
observé par un individu car les processus et patterns d’observation peuvent être différents.
L’attention visuelle est souvent abordée dans les études par des supports de « scènes
visuelles », ou images « naturelles », c'est-à-dire des « scènes visuelles telles qu’un œil humain
rencontre habituellement » (Jégou & Deblonde, 2012, p.20). Mais peu d’études, à notre
question se pose donc de savoir comment les caractéristiques des cartographies de risque
L’oculométrie est idéale pour étudier l’attention visuelle car elle permet de relever avec
précision les mouvements oculaires et les points de fixation successifs du regard d’un individu.
La pupille est détectée et suivie grâce à un algorithme permettant de mettre ces informations
en correspondance avec l’image que l’individu observe, et donc de déterminer avec précision
où son regard se dirige. Elle permet donc de mesurer implicitement, objectivement et avec
précision la façon dont les individus observent un stimulus visuel, en rendant compte du
nombre de fixations et de leur durée sur différentes zones. Les caractéristiques des fixations
difficulté d’analyse du stimulus (Eckstein et al., 2017). Plus précisément, les fixations
correspondent à des intervalles de temps durant lesquelles le regard reste sur une zone très
réduite, entre 0,7 et 1,3° (Blignaut, 2009), car celui-ci n’est jamais totalement fixe, mais fait
oculaires lors de toute fixation (van Gompel et al., 2007; Krauzlis et al., 2017; Rayner, 1998).
L’intervalle de temps des fixations dépend quant à lui de la tâche effectuée (fixations plus
longues en observation de scène qu’en lecture par exemple (Rayner, 1998, 2009) et varie selon
les études. Il est en moyenne de 180 à 330 millisecondes selon le type de tâche (Rayner, 2009)
mais étant donnée la très grande variabilité interindividuelle, le temps de fixation peut parfois
104
dépasser les 600 ms, ou même ne durer que 100 ms, comme l’ont démontré Manor et Gordon
(2003).
connaissances, des attitudes, et du comportement (Neresini & Pelllegrini, 2008). Cette étude
Le premier consiste à déterminer les effets de la communication par carte sur la perception
notamment chez le public profane (Weidenmann, 1988, cité par Dransch et al., 2010), nous
émettons l’hypothèse que l’observation par les citoyens non-experts de cartes de risque
d’érosion côtière favorise la perception du risque (H1a). A partir des travaux sur l’heuristique
d’affect (Finucane et al., 2000), nous émettons également l’hypothèse qu’après observation des
cartes de risque, la perception du risque est positivement corrélée aux affects négatifs (H1b) et
négativement corrélée aux affects positifs (H1c). Nous émettons donc également l’hypothèse
que cette observation engendre des réactions affectives en augmentant les affects négatifs (H2)
l’attention visuelle par des processus bottom-up (Borji & Itti, 2013), et notamment les couleurs
(Lohse, 1997). Nous émettons donc l’hypothèse que les couleurs des cartes influencent la
répartition du regard sur celles-ci (H4), ainsi que la transmission du message véhiculé par la
carte (H4bis). Toujours sur la base des processus bottom-up, nous émettons également
l’hypothèse que la nature du fond de carte influence la répartition du regard (H5), ainsi que la
105
transmission du message véhiculé (H5bis). Ensuite, les processus top-down de l’attention
visuelle sont influencés par les facteurs endogènes (sens du stimulus, informativité...)
(Henderson, 2020). Les cartes de risques pouvant être construites selon différents degrés
d’abstraction (Quodverte, 1997), nous émettons l’hypothèse que le niveau d’abstraction des
cartes influence la répartition du regard sur celles-ci (H6), ainsi que la transmission du message
véhiculé (H6bis). Le cartouche régalien représentant l’État comme auteur de la carte illustre la
confiance pouvant être accordée à l’information, par exemple via un biais d’autorité.
Également sur la base des processus top-down, nous émettons donc l’hypothèse que la présence
d’un cartouche régalien sur la carte de risque influence la répartition du regard (H7), ainsi que
III. METHODOLOGIE
1. Participants
Afin de répondre à ces deux objectifs, un échantillon par convenance de 50 citoyens a
50.1, SD = 18.2). Les participants résident dans des communes littorales autres que celle
représentée sur les cartes de risque. Aucun participant n’est personnellement exposé au risque
d’érosion. 32 personnes connaissaient la commune représentée sur les cartes. Ils ont été
sollicités par affichage dans ces différentes communes, par la newsletter de certaines mairies,
ou par contact direct avec le public. Tous les participants ont une vue normale ou corrigée par
des dispositifs adaptés. Il a préalablement été demandé aux participants de porter lorsque c’était
possible des lentilles de contact afin d’éviter les reflets, et de ne pas porter de maquillage
sombre autour des yeux afin de ne pas perturber le captage de la pupille par l’appareil
d’oculométrie.
106
2. Procédure
Lors de l’expérimentation, chaque participant était tout d’abord invité à lire une
échelle mesurant l’affect. Une fois le questionnaire terminé, des définitions étaient présentées
à l’écran afin de s’assurer que tous les participants aient bien un même niveau minimum de
connaissances sur le sujet (l’érosion côtière) pour comprendre l’ensemble des cartes. Cela
permet aussi de contrôler que le participant est bien en mesure de lire et voir clairement ce qui
est affiché à l’écran. Ensuite, la calibration des lunettes d’oculométrie a été effectuée par la
points de l’écran. Il était donc demandé au participant de trouver une position confortable dans
laquelle il puisse rester parfaitement immobile. Lorsque le taux d’erreur était trop élevé
(>20%), la procédure a été réitérée autant de fois que nécessaire jusqu’à obtention d’un taux
satisfaisant. Une fois la calibration effectuée, une première carte était affichée, représentant le
participant avait pour seule consigne d’observer cette carte pendant deux minutes. Cette
procédure a été réitérée trois fois pour que le participant ait observé quatre cartes au total. A la
suite de chaque observation, il lui était demandé de répondre à un bref questionnaire sur la
tablette tactile par lequel il devait évaluer la carte qui venait de lui être présentée, selon
différentes caractéristiques détaillées plus loin. Une fois toutes les cartes observées, la personne
du participant, au cours duquel sont interrogés les défauts et qualités de la carte, la sémantique
107
de la carte et la saillance des éléments, mais également la compréhension et l’interprétation du
message transmis.
3. Outils
L’attention visuelle est mesurée grâce à un outil d’oculométrie. Les lunettes d’eye-tracking
Pupil Core développées par Pupil Labs© comportent une caméra filmant l’œil à une fréquence
de 120Hz. Les données oculométriques relatives aux fixations sont recueillies par le logiciel
Pupil Capture, et extraites par le logiciel Pupil Player. L’attention visuelle est plus
Afin de pouvoir calculer la répartition du regard sur les différentes cartes, des zones d’intérêt
(ZI) ont été définies et sont identiques d’une carte à l’autre. Elles sont au nombre de trois
ZI « Ouvrage » comprend les différentes zones d’enjeu fort de la carte dans lesquelles se situent
un ouvrage de protection face à l’érosion côtière, puisque ces zones comportent la plupart du
l’ensemble des autres zones représentées sur la carte constituant des enjeux moindres : il n’y a
pas d’ouvrage de protection, peu ou pas de bâti et/ou une moindre exposition à l’érosion. Pour
chacune de ces ZI, les variables suivantes ont été mesurées : la densité de fixations, c’est-à-dire
divisé par la surface totale de la ZI, et le temps moyen de fixation, c’est à dire la durée moyenne
de l’ensemble des fixations posées sur la ZI par chaque participant sur toute la durée de
l’observation. Pour calculer le nombre de fixations (et donc ensuite leur densité), le seuil de
dispersion des fixations a été fixé ici à 1.3°. La moyenne d’âge relativement élevée et un
nombre important de participants portant des lunettes justifient le fait de choisir un seuil de
dispersion relativement haut car ces deux facteurs peuvent être source de « tremblements » du
regard (Blignaut, 2009), et donc « éparpiller » une fixation unique dans un espace un peu plus
108
grand. Les cartes mêlant observation et lecture (dont on sait que les fixations sont très courtes
en raison du balayage des mots par le regard), un seuil minimum d’identification de la fixation
participant a observé quatre cartes représentant l’érosion côtière d’une même commune, mais
ces quatre cartes n’étaient pas toutes les mêmes selon les participants, exceptée la carte
contrôle. Celle-ci, présentée à tous, est la carte officielle utilisée par l’État pour communiquer
le risque d’érosion à la population. Cette carte officielle issue du PPRL (Plan de Prévention des
Risques Littoraux) est une carte d’analyse, aux couleurs rouges et bleues et comporte le
cartouche régalien de l’Etat. Les trois autres cartes observées par le participant représentaient
109
également l’érosion de la même commune mais sous différentes formes, permettant de tester
• H4 et H4 bis – effet des couleurs (VI intra-individuelle) : l’autre moitié des participants
(groupe 2) a quant à elle vu une version aux couleurs modifiées (marron et vert) de la
carte contrôle ;
ont vu trois niveaux d’abstraction de carte différents à savoir une carte d’analyse (carte
la moitié des participants (groupe 1), la carte de corrélation observée avait un fond basé
sur un plan parcellaire (peu détaillé, représentation du bâti uniquement), tandis que
l’autre moitié des participants (groupe 2) a observé une carte de corrélation avec un
fond basé sur une orthophotographie (très détaillé, représentation du bâti, des espaces
naturels etc.) ;
la moitié des participants (groupe 1), la carte de synthèse observée avait un fond basé
sur un plan parcellaire (groupe 1), tandis que pour l’autre moitié (groupe 2) la carte de
110
Figure 6: Jeu de sept cartes de l'étude
b. Mesures
Deux variables dépendantes (VD) ont été mesurées avant et après l’observation de
l’ensemble des cartes de risque (H1, H2, H3) au moyen d’échelles validées
scores selon leurs quatre dimensions respectives. La perception du risque a été mesurée par la
Coastal Flooding Risk Perception (CFRP) (Lemée et al., 2018), adaptée ici pour le risque
111
participants devaient répondre dans quelle mesure ils étaient en accord avec l’affirmation sur
(MAVA) (Congard et al., 2011) permet d’évaluer l’expérience affective en tenant compte des
Cette échelle comprend donc 16 items évaluant quatre dimensions composées chacune de
quatre affects : les Affects Positifs à Fort Niveau d’Activation (APFONA), les Affects Positifs
à Faible Activation (APFANA), les Affects Négatifs à Forte Activation (ANFONA), et les
Affects Négatifs à Faible Activation (ANFANA). Pour chaque item, le participant devait
exprimer dans quelle mesure il ressentait chacune des affects cités (un par item) sur une échelle
en 11 points. Pour alléger le protocole expérimental, une version réduite de ces échelles a été
proposée avant l’observation des cartes (un item par dimension). Les scores de chaque
dimension des deux échelles après l’observation ont donc été divisés par le nombre d’items
Une autre VD a donc été mesurée à l’issue de chaque observation de carte afin de
véhiculé par la carte. Cette variable a été mesurée au moyen de sept questions évaluant les
caractéristiques de la carte sur une échelle de 0 à 10 : « Cette carte exprime bien le risque »,
« Cette carte est lisible », « Cette carte est difficile à comprendre », « Cette carte donne envie
de se renseigner plus avant », « Le message de cette carte est facile à retenir », « Cette carte
est anxiogène », « Cette carte est rassurante ». Le protocole a également été complété par un
c. Analyses statistiques
Afin de répondre aux hypothèses H1 pour la perception du risque, et H2 et H3 pour les
affects (MAVA), un t de Student apparié a été appliqué au score total de perception du risque
(CFRP), ainsi qu’aux scores de chacune des dimensions des deux échelles avant et après
112
l’observation des quatre cartes pour chaque participant. Les données de trois participants sont
manquantes pour l’échelle MAVA, et d’un seul participant pour l’échelle CFRP. Lorsque la
distribution des données n’était pas normale pour certaines dimensions des deux variables, un
test de Wilcoxon a été appliqué à celles-ci. Pour répondre aux hypothèses H1b et H1c relatives
à la corrélation entre perception du risque et affect, les corrélations entre chaque dimension de
la perception du risque et chaque dimension affective sont calculées après l’observation des
cartes.
validation des hypothèses H4, H5, H6 et H7. Pour chacune, les deux VD (densité de fixations
et temps moyen de fixation) ont été comparées entre les ZI des différentes cartes : chaque ZI
est comparée à celle de/des autre(s) carte(s) opérationnalisant la VI, et ce pour les deux VD.
Certains participants n’ont pas été immobiles malgré la consigne, limitant donc le nombre de
mesures valides pour l’ensemble des cartes. En raison du faible nombre de données (inférieur
tests non-paramétriques ont été appliqués. S’agissant de l’hypothèse H5, l’échantillon n’étant
pas équilibré n'a pas permis de comparer l’ensemble des cartes au fond parcellaire à l’ensemble
(carte de corrélation ou carte de synthèse). Deux comparaisons ont donc été menées en
parallèle : une comparaison entre fond de carte pour les cartes de corrélation et une
comparaison entre fond de carte pour les cartes de synthèse. De la même manière, pour
l’hypothèse H6 relative au niveau d’abstraction, les comparaisons entre les cartes au fond
parcellaire ont été faites séparément des comparaisons entre les cartes au fond en
orthophotographie.
113
Tableau 6: Tests statistiques de comparaison de la répartition du regard sur les différentes
cartes
Hypothèse VI Comparaison Mesures Test statistique
H4 Couleurs de la carte 3 ZI x 2 cartes Répétées Test de Wilcoxon
H5 Fond de carte (cartes de 3 ZI x 2 cartes Indépendantes Test de Mann-Whitney
corrélation)
Fond de carte (cartes de 3 ZI x 2 cartes Indépendantes Test de Mann-Whitney
synthèse)
H6 Niveau d’abstraction 3 ZI x 3 cartes Répétées Test de Friedman (post-
(fond de carte parcellaire) hoc de Conover)
Niveau d’abstraction 3 ZI x 3 cartes Répétées Test de Friedman (post-
(fond de carte en hoc de Conover)
orthophotographie)
H7 Cartouche régalien 3 ZI x 2 cartes Répétées Test de Wilcoxon
Enfin, s’agissant des hypothèses relatives à la qualité de transmission du message des
différentes cartes (H4bis, h5bis, H6bis, H7bis), les scores de chaque question relative à la
qualité de transmission du message ont été comparés entre les différentes cartes relatives à
chacune des hypothèses, soit par un test de Wilcoxon pour les comparaisons intra-individuelles
(H4bis, H6bis, H7bis), soit par un test de Mann-Whitney pour les comparaisons inter-
d’éviter les variables confondues, les deux groupes de comparaisons inter-cartes ont été menés
séparément : les comparaisons entre les cartes au fond parcellaire avec la carte contrôle, et les
IV. RÉSULTATS
1. Effets de la communication du risque par cartes sur la perception du
risque et les affects
a. Perception du risque
L’hypothèse H1 selon laquelle l’observation de cartes de risque d’érosion côtière
l’observation des cartes sur le score général de perception du risque. Cependant, la dimension
114
(m=1.78, SD=0.73) par rapport à avant (m=1.43, SD=1.22) (t(48)=-2.29, p<.05, d=-0.33). A
l’inverse, la dimension de peur du risque est supérieure avant l’observation des cartes (m=3.69,
SD=1.05) par rapport à après (m=2.84, SD=0.94)(t(48)=6.27, p<.001), avec une taille d’effet
élevée de 0.90.
b. Réactions affectives
Les hypothèses H2 et H3 relatives à l’augmentation des affects négatifs et à la diminution
des affects positifs suite à l’observation des cartes de risque est validée (Tableau 3). A partir
des scores du MAVA, on observe une diminution significative des affects positifs à fort niveau
d’activation avec une forte taille d’effet (t(46)=7.62, p<.001, d=1.111) après observation des
même, les affects positifs à faible niveau d’activation diminuent significativement entre la
(t(46)=3.43, p<.001, d=0.50). Les affects négatifs augmentent significativement entre la phase
(W=229.5, p<.01, d= -0.492). Il n’y a cependant pas de différence significative concernant les
dimensions de l’échelle d’affect montre une corrélation significative positive entre les affects
corrélation significative négative entre les affects négatifs à fort niveau d’activation et la
vulnérabilité collective (r=-.29, p<.05). Les autres corrélations ne sont pas significatives.
115
2. Influence des caractéristiques cartographiques sur leur observation et
interprétation
a. Effet des couleurs de la carte sur l’observation
Afin de répondre à l’hypothèse H4, la carte contrôle a été comparée à la carte aux couleurs
L’hypothèse H4bis relative à la transmission du message selon les couleurs de la carte est
partiellement confirmée : la seule différence significative sur les sept items évaluant cette
variable, concerne la carte aux couleurs modifiées (m=2.33, SD=2.37) évaluée comme
significativement moins facile à retenir que la carte contrôle (m=3.17, SD=2.79) et ce avec une
en orthophotographie ont été comparées entre elles, de même pour les cartes de synthèse.
Aucune différence n’est à noter dans la répartition du regard selon le fond de carte, qu’il
s’agisse des cartes de corrélation ou des cartes de synthèse, et ce pour les deux VD.
L’hypothèse H5bis relative à la transmission du message selon le fond de carte n’est pas
validée. Aucune différence sur les sept items n’est relevée entre les deux cartes de corrélation.
Une seule différence est à noter entre les deux cartes de synthèse : celle avec fond en
orthophotographie est significativement plus anxiogène que celle avec fond parcellaire
comparées, mais en deux temps : d’un côté les cartes au fond parcellaire, de l’autre les cartes
au fond en orthophotographie. Les résultats des analyses sont présentés dans le Tableau 7.
116
S’agissant des cartes au fond parcellaire, on constate que la densité de fixation est moins
importante sur la légende de la carte contrôle que sur celle de la carte de synthèse, mais que
ces fixations sont en moyenne plus longues. On note également que la ZI « Ouvrage » de la
carte de contrôle est moins fixée (en termes de densité ou de durée) que celle des cartes de
corrélation et de synthèse. La ZI « Sans ouvrage » est fixée moins longuement sur la carte de
contrôle que sur les deux autres cartes. Enfin, la légende de la carte de corrélation fait l’objet
S’agissant des cartes au fond en orthophotographie, on observe que les fixations sur la
légende de la carte de corrélation sont plus courtes que sur les deux autres cartes. La ZI
« Ouvrage » de la carte de synthèse fait l’objet d’une plus grande densité de fixations que celle
de la carte contrôle, tandis que la même ZI de la carte de corrélation fait l’objet de fixations
plus longues que sur la carte contrôle. On n’observe aucune différence entre les ZI « Sans
ouvrage ».
117
Carte contrôle > Carte de synthèse***
(d=0.89)
Carte de synthèse > Carte de
corrélation*** (d=-1.25)
ZI « Sans 999.98 1394.46 1352.35 8.11* Carte contrôle < Carte de corrélation*
ouvrage » (401.08) (504.80) (420.30) ( d=-0.89)
Carte contrôle < Carte de synthèse*
( d=-0.79)
Fond de carte en orthophotographie
Densité de fixation
ZI 109.07 114.77 134.31 1.37 /
« Légende » (68.18) (84.06) (104.27)
ZI 90.79 162.50 220.40 12.19** Carte contrôle < Carte de synthèse**
« Ouvrage » (84.05) (164.15) (152.84) (d=-0.94)
ZI « Sans 99.16 111.37 142.61 2.11 /
ouvrage » (56.89) (83.83) (88.20)
Temps de fixation (en Durée moyenne)
ZI 456.04 306.29 419.34 19.18** Carte contrôle > Carte de corrélation**
« Légende » (198.15) (92.47) (103.70) * (d=1.07)
Carte de synthèse > Carte de
corrélation*** (d=-0.81)
partiellement validée. Les trois cartes avec fond en orthophotographie variant selon le niveau
d’abstraction ont été comparées d’une part, et les trois cartes avec fond parcellaire ont été
comparées d’autre part (Tableau 8). Le niveau d’abstraction ne semble pas influencer l’envie
de se renseigner plus avant, ni le caractère anxiogène des cartes. Mais quel que soit le fond de
carte, les cartes de corrélation et de synthèse expriment mieux le risque, sont plus lisibles, sont
moins difficiles à comprendre, sont plus faciles à retenir que la carte contrôle. On note enfin
118
que la carte contrôle est jugée significativement moins rassurante que les cartes de corrélation
119
Tableau 8: Comparaison de la qualité de transmission du message en fonction du niveau d'abstraction
Items Carte Carte de Carte de Friedman (2) post-hoc
contrôle corrélation synthèse
Fond parcellaire
« Cette carte exprime bien le 4.58 (3.43) 8.54 (1.56) 7.75 (1.94) 24.33*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
risque » Carte contrôle < Carte de synthèse***
« Cette carte est lisible » 3.88 (3.15) 7.96 (1.92) 7.29 (1.90) 23.87*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
Carte contrôle < Carte de synthèse***
« Cette carte est difficile à 6.25 (3.35) 2.33 (2.37) 4.00 (3.18) 14.34*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
comprendre » Carte contrôle < Carte de synthèse**
« Cette carte donne envie de 6.08 (3.43) 7.08 (1.86) 7.25 (2.21) 2.00 /
se renseigner plus avant »
« Le message de cette carte 3.17 (2.79) 7.96 (1.78) 7.17 (2.46) 29.03*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
est facile à retenir » Carte contrôle < Carte de synthèse**
« Cette carte est anxiogène » 4.25 (2.79) 5.04 (2.81) 5.79 (2.52) 5.31 /
« Cette carte est rassurante » 2.88 (2.29) 3.21 (2.43) 2.50 (1.79) 0.73 /
Fond en orthophotographie
« Cette carte exprime bien le 5.38 (3.10) 7.83 (2.22) 7.17 (2.73) 9.69** Carte contrôle < Carte de corrélation**
120
risque »
« Cette carte est lisible » 3.79 (2.78) 8.21 (1.93) 7.38 (2.16) 25.78*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
Carte contrôle < Carte de synthèse***
« Cette carte est difficile à 5.88 (3.03) 2.58 (2.92) 3.33 (2.55) 9.30 Carte contrôle < Carte de corrélation**
comprendre »
« Cette carte donne envie de 5.88 (3.03) 6.17 (2.84) 6.88 (2.54) 4.11 /
se renseigner plus avant »
« Le message de cette carte 2.96 (2.44) 7.29 (2.27) 7.04 (2.27) 29.95*** Carte contrôle < Carte de corrélation***
est facile à retenir » Carte contrôle < Carte de synthèse***
« Cette carte est anxiogène » 3.21 (2.78) 3.54 (3.02) 3.41 (2.65) 1.97 /
« Cette carte est rassurante » 2.00 (2.00) 3.25 (3.08) 3.14 (2.21) 8.38* Carte contrôle < Carte de corrélation*
Carte contrôle < Carte de synthèse*
121
d. Effet du cartouche régalien sur l’observation des cartes
Afin de répondre à l’hypothèse H7 concernant l’impact de la présence d’un cartouche
régalien sur l’observation de la carte, la répartition du regard sur la carte contrôle a été
comparée à celle sur une même carte sans cartouche. On n’observe aucune différence
pour les ZI « Légende » ou « Ouvrage » entre la carte contrôle et la carte sans cartouche. La
durée de fixation est similaire entre les ZI « Sans ouvrage » des deux cartes, cependant, la
densité de fixations sur la ZI « Sans ouvrage » de la carte sans cartouche régalien est
significativement plus élevée que sur la carte contrôle (m=84.15, SD=64.10) (W=58.00, p<.05,
régalien n’est pas validée : aucune différence significative n’est relevée sur les sept items
V. DISCUSSION
1. Impact de la communication par cartes sur la perception du risque et
l’affect
La comparaison pré-observation et post-observation de la perception du risque d’érosion
résultat est plutôt attendu. Mais il reste tout de même surprenant que l’exposition
connaissance. Cela peut s’expliquer à l’aune des entretiens puisque la totalité des participants
déclare ne pas avoir compris la carte contrôle, et certains ont également eu des difficultés à
sur la dynamique côtière (« Le reste après c’est stable, et après tout d’un coup ça se dégrade.
engendrant difficulté de compréhension, plus des nouvelles questions et mettant à mal les
certitudes et croyances. D’un autre côté, d’après la littérature sur l’adaptation au risque, cette
adaptatifs (Salas Reyes et al., 2021), et d’autre part, ce sentiment de manque de connaissance
de la gestion des risques. Prendre conscience de son manque de connaissance peut donc être
risque, de nombreux participants ont relevé l’aspect rassurant des cartes de corrélation en raison
de son échelle : les projections des traits de côte successifs dans le temps sont visuellement très
proches. Le choix de l’échelle de la carte est donc une variable essentielle à prendre en compte
problématique car la peur n’est pas la seule composante de la perception du risque et n’explique
pas nécessairement les comportements adaptatifs (Navarro, 2022b). De plus, les études sur
l’appel à la peur dans la communication du risque ont montré que la sollicitation de cette
émotion est parfois contre-productive, s’il n’est pas accompagné d’un sentiment d’efficacité
(Blondé & Girandola, 2016). Néanmoins, ce résultat est contradictoire avec ceux de l’échelle
d’affect qui montrent une augmentation significative des affects négatifs à fort niveau
d’activation. Cette divergence peut cependant s’expliquer par le fait que l’échelle d’affects
mesure ici l’état affectif général actuel, tandis que la mesure de peur dans l’échelle de
perception est spécifiquement relative au risque d’érosion. Or les participants ne sont pas eux-
mêmes exposés à ce risque. L’augmentation des affects négatifs pourraient donc être due à
d’autres facteurs tels que la lassitude en fin d’expérimentation. De manière cohérente, les
affects positifs diminuent suite à l’observation des cartes. Les résultats apparemment
123
contradictoires entre ces deux échelles nécessiteraient des approfondissements, d’autant plus
que la littérature a montré l’importance du rôle joué par l’affect dans la perception du risque
(Finucane & Holup, 2006), mais également dans l’adoption de comportements à l’égard de ce
risque (Harries, 2012; Yang & Kahlor, 2013) . Zaalberg et al. (2009) suggèrent quant à eux
que la communication sur le risque gagnerait à être plus vive émotionnellement, ce qui est
difficile à déterminer dans le cadre de cette étude. Les corrélations entre perception du risque
et affects permettent cependant d’émettre une interprétation à ces résultats à première vue
négatifs à fort niveau d’activation. La vulnérabilité collective renvoie au fait que d’autres
personnes soient elles aussi exposées au risque. Or les participants n’étant pas eux-mêmes
exposés au risque d’érosion, on peut interpréter ce résultat comme une forme d’optimisme
comparatif (Weinstein, 1980) selon lequel les autres sont plus exposés au risque que soi-même,
ce qui a un côté rassurant et réduit donc les affects négatifs. D’autre part, le fait que la
méconnaissance du risque soit positivement corrélée aux affects négatifs à faible niveau
d’activation peut être interprétée comme une forme d’intolérance à l’incertitude, dont la
littérature à déjà démontré les effets sur les affects négatifs (Ladouceur et al., 2000).
cartes et leur interprétation : les cartes de corrélation et de synthèse guident mieux l’attention
vers les zones d’enjeux, ici représentées par les ZI « Ouvrage », que la carte contrôle (carte
d’analyse), et ces cartes sont évaluées comme plus efficaces dans la transmission du message
véhiculé par la carte. Les entretiens corroborent ces résultats puisque ces deux cartes semblent
progression qui est relativement homogène, en dehors des pointillées […] » (P2)), ainsi que
des variations de niveau d’érosion et des zones à risques (« Et puis on voit que ça empiète un
124
peu aussi sur... Alors je sais pas si c'est ça exactement mais que ça empiète sur du bâtiment. »
(P32)). La répartition du regard sur ces trois cartes ainsi que les entretiens montrent que la
légende est moins accessible sur la carte contrôle en raison de fixations moins denses mais plus
longues (« […] la légende pour moi elle était incompréhensible. Je comprenais pas ce que
c’était Rn, R machin et tout ça. » (P1)). Le pattern inverse sur la légende de la carte de synthèse
(plus de fixations mais plus courtes) peut témoigner d’une plus grande informativité (« Alors
moi j’aime bien les chiffres. […] c’était bien parce que les chiffres étaient bien parlants […]. »
(P17), bien que les entretiens mettent tout de même en évidence une certaine complexité (« Les
chiffres on se dit alors là moins, plus... Y a combien, 36 ? On est obligé de faire des calculs. »
(P34), « Et j'ai mis plus de temps à analyser parce que du coup c'était un mot que je ne
connaissais pas l'accrétion. » (P36)). Des travaux ont montré l’effet du manque de familiarité
avec certains stimulus (facteur endogène) sur le temps d’observation nécessaire pour le
comprendre, notamment dans le cadre de la lecture. De plus, une attention plus élevée peut être
nécessaire face à un stimulus trop peu lisible. Ainsi, qu’il s’agisse de la légende de la carte
contrôle ou de celle de la carte de synthèse, l’insistance sur cette zone pourrait être expliquée
par sa complexité ou tout du moins le manque de familiarité à son égard. La durée des fixations
plus longue sur la légende de la carte de corrélation peuvent quant à elle s’expliquer par son
format en phrases, induisant un processus de lecture, lors duquel les fixations de l’observateur
sont plus courtes et se suivent dans l’ordre des mots. S’agissant de la qualité de transmission
de l’efficience de ces deux cartes. Et bien que l’on n’observe pas de résultat tranché quant à
entretiens éclairent un peu leur interprétation. Les cartes de synthèse provoquent à la fois
inquiétude (« Mais par contre oui 83 cm par an c’est inquiétant. » (P11)), et soulagement (« Ca
m’a un petit peu rassurée en voyant que c’est pas… 13 cm oui…. » (P18)), tandis que les cartes
125
de corrélation semblent plutôt rassurantes en raison de l’échelle utilisée et donc de la distance
entre les traits de côte successifs, minimisant le risque perçu (« Mais l’échelle lui rendait pas
grâce. Parce que les traits sont relativement proche donc ça donne une impression de peu
d’érosion. » (P5)). A l’inverse, la carte contrôle semble être moins rassurante, comme en
témoigne les résultats aux questions d’évaluation de transmission du message, ainsi que les
entretiens : « Ouais donc elle serait peut-être quand même relativement anxiogène cette carte.
Au vu de l'ampleur en fait des zones qui sont... Du nombre de maisons qui sont dedans, du bâti,
enfin... » (P37). Pour terminer, les résultats de cette échelle ne montrent pas d’effet du niveau
d’abstraction sur l’intention de s’informer plus avant. Cependant, les participants semblent plus
curieux ou tout du moins questionnés à la lecture des cartes de synthèse : « Je me suis posée
des questions sur la toute petite zone bleue d'accrétion... » (P41), « Le reste après c’est stable,
et après tout d’un coup ça se dégrade. Pourquoi ? A cause du réchauffement toujours ? Je sais
pas. » (P10). Ce résultat est intéressant dans le cadre de la communication du risque puisqu’elle
vise aussi généralement à inciter à la recherche d’information pour ensuite faciliter l’adoption
de comportements d’adaptation (Terpstra et al., 2014). Un autre facteur endogène testé dans
cette étude était la présence d’un cartouche régalien, mais aucun effet n’a réellement été mis
S’agissant des processus bottom-up, peu d’effets des facteurs exogènes ont été mis en
évidence dans cette étude. Aucun effet du fond de carte n’est observé sur la répartition du
regard. Pourtant, Spachinger et ses collaborateurs (2008) ont mis en évidence que des cartes
comprennent significativement plus de fixations que des cartes au fond noir et blanc, et ce
particulièrement chez les participants profanes. De plus, Carter & Luke (2020) suggèrent que
des cartes avec un faible contraste rendent l’information moins accessible car le regard
s’éparpille plus sur l’ensemble de la carte. Le fond de carte n’impactant pas non plus la
126
transmission du message véhiculé, le rôle de cette variable devrait donc être approfondi dans
de futurs travaux. L’autre facteur exogène testé ici était les couleurs de la carte, mais aucun
effet n’a été mis en évidence sur la répartition du regard ou l’interprétation du message, si ce
n’est que la carte aux couleurs modifiées serait moins facile à retenir que la carte contrôle.
Néanmoins, les participants ont évoqué l’importance de la sémiologie des couleurs au cours
des entretiens, notamment le fait que le rouge soit associé au danger, et le vert soit au contraire
3. Limites de l’étude
La première limite pouvant être relevée dans le cadre de cette étude est la taille restreinte
chaque participant ainsi que le nombre de variables testées dans l’étude, les participants ont
observé plusieurs cartes mais pas nécessairement les mêmes ce qui divise également environ
par deux l’échantillon de la plupart des analyses. Ensuite, la perception du risque et l’affect
n’ont été mesurés qu’après l’observation de l’ensemble des quatre cartes observées, ne
permettant pas de distinguer l’effet propre de chacune des cartes sur ces variables. De plus, le
protocole expérimental étant long et lourd, le choix a été fait de réduire le temps de
et d’affects ont donc été présentées en version réduite avec un seul item par dimension. Ces
versions réduites ont été créées pour l’étude et n’ont pas été validées psychométriquement.
S’agissant des données oculométriques, comme évoqué au cours de l’article, ces dernières
constituent des données objectives dont les questionnaires et entretiens ont tenté de faciliter
l’interprétation, mais celle-ci reste malgré tout à la discrétion des chercheurs. De plus,
l’attention n’est pas forcément centrée sur la vision fovéale (Duchowski, 2017) et une
127
« cachée » (covert). La première consiste en la concentration de l’attention vers là où la vision
fovéale se centre, tandis que la deuxième concerne les situations lors desquelles l’attention se
dirige soit vers la périphérie du regard, soit vers d’autres stimuli sensoriels (Borji & Itti, 2013).
Mesurer l’activité oculaire ne garantit donc pas de mesurer spécifiquement l’attention. Enfin,
les cartes choisies pour l’expérimentation représentent toutes la même commune dont les
participants ont été sélectionnés pour ne pas y vivre. L’objectif était d’éviter des biais
visuelle puisse-t-être focalisée sur des lieux connus par le participant (son propre lieu de vie,
des lieux habituellement fréquentés etc.), car ces facteurs sont difficiles à identifier précisément
et donc à contrôler. Néanmoins, en situation réelle, les citoyens observeraient plutôt des cartes
concernant leur propre commune et donc avec laquelle ils seraient éventuellement plus
familiers, ce qui pourrait donc engendrer des processus différents. De plus, ces habitants
n’étaient pas eux-mêmes exposés au risque d’érosion, ce qui pourrait avoir un impact sur la
lecture, l’interprétation des cartes, ainsi que sur leur influence sur la perception du risque et
l’affect. Il serait donc pertinent de réitérer ce type d’étude avec des habitants de la commune
VI. CONCLUSION
Les résultats mitigés concernant l’influence de la communication par carte sur la
perception du risque démontrent la nécessité de continuer les travaux sur ce type de support,
L’utilisation de ce type de support n’est donc pas anodine et peut même être contre-productive
selon le but recherché si l’on n’en considère pas tous les paramètres. Bien souvent, les citoyens
dits « naïfs » font finalement preuve d’une bonne connaissance du risque, même si celle-ci
n’est pas nécessairement technique, que ce soit par leurs propres observations ou encore par
128
les échanges informels au sein de la population. De plus, Luis et ses collaborateurs (2016) ont
risque ne doit donc pas se contenter de simplement transmettre de l’information. Elle peut
notamment s’attacher à faire appel aux affects, qui à leur tour peuvent impacter la perception
du risque et les comportements (Salas Reyes et al., 2021). Mais la perception du risque et la
peur ne déterminent pas à elles seules l’adoption de comportements adaptatifs, la peur pouvant
les limiter si elle n’est pas accompagnée d’un sentiment d’efficacité face au risque (Blondé &
Girandola, 2016 ; Navarro et al., 2020). Les résultats de cette étude ne font donc pas des
cartographies du risque des supports inadaptés pour la communication, mais montrent que ce
champ de recherche gagnerait à explorer plus loin les processus à l’œuvre face à ce type de
Enfin, cette étude permet aussi d’aiguiller les choix de support de communication dans le
cadre de la communication par carte, car les différentes cartes ne sont pas observées et
contrôle, proposée par les services de l’État aux citoyens exposés aux risques côtiers, montrent
d’une part qu’elle n’est pas suffisamment claire, et d’autre part que l’attention n’est pas dirigée
vers les zones d’enjeux qui pourtant devraient être au cœur du message véhiculé par la carte.
A l’inverse, les cartes de synthèse et de corrélation sont plus accessibles et dirigent mieux
l’attention vers les zones pertinentes, la carte de synthèse semblant néanmoins un peu plus
complexe pour les citoyens non-experts. A nouveau, ces résultats témoignent de l’importance
de penser en amont les cartographies de risque destinées aux citoyens afin de s’assurer que
129
ETUDE 3 – Réactions physiologiques de stress et
comportementales au cours d’une exposition à un tsunami simulé
en réalité virtuelle
études sur les risques environnementaux portent sur les phases de prévention et de préparation
au risque ou sur la phase de récupération après que l’aléa s’est manifesté. Mais peu d’étude se
centrent sur la phase en situation d’exposition imminente à l’aléa, puisqu’il est difficile
Ensuite, la première étude de cette thèse montre une faible considération pour l’adaptation
individuelle aux risques côtiers de la part des habitants exposés. D’une part ceux-ci se reposent
essentiellement sur la gestion publique des risques, et d’autre part ils évoquent assez peu les
situations de catastrophe. Se pose donc la question des capacités adaptatives des citoyens en
partie de la prise de décision et de la réactivité des individus. Des travaux ont donc essayé de
dans ce type de situation. Les indices sociaux (médias de communication, autres citoyens…)
ainsi que les indices environnementaux tels que le son peuvent déclencher des comportements
de protection comme l’évacuation (Dudley et al., 2011; Harnantyari et al., 2020; Lindell et al.,
2015; Lindell & Perry, 2012). Cette étude propose donc de mesurer les réactions individuelles
130
des facteurs contextuels (influence sociale, indices visuels, indices sonores) influencent les
réactions des individus. Pour ce faire, un protocole expérimental a été élaboré visant à
immerger les participants dans une simulation de tsunami en réalité virtuelle d’environ 3
minutes. Les réactions physiologiques de stress ont été mesurées au travers du rythme
131
Abstract
The simultaneous study of physiological stress and behavioral reactions in an individual when
they evacuate in a disaster situation is rare. Virtual reality (VR) makes it possible to study this
phenomenon in an ecological way. We studied stress and behavioral reactions, as well as the
modeled in VR.
Eighty-eight participants (43 women, 45 men, mean age: 26.8 (SD = 9.4)) took part in this
experiment. Three experimental conditions were defined to study emotional contagion: being
alone on the beach; being in the presence of calm virtual agents; or being in the presence of
“panicked” ones (random assignment). The feeling of presence in the virtual environment was
assessed by scale to check the effectiveness of the VR device. Emotional/Stress response was
measured with physiological measures (heart rate, electrodermal conductance) repeated over
the course of the scenario. The behavioral variable of escape was assessed using the movement
The mean presence score was 3.32/6 (SD = 0.90). Random-effects mixed models for
longitudinal data showed an increase in movement speed as soon as the wave appeared (b=0.60,
p<.001), followed by an increase in stress when the alarm was triggered (electrodermal
conductance: b=0.76, p<.01; heart rate: b=2.23, p<.01), with no difference with or without
virtual agents.
The results suggest a rational, moderate reaction to danger. Complemented by the absence of
emotional panic contagion, this study challenges the irrational panic reactions of disaster
132
I. INTRODUCTION
With climate change, the number and scale of natural disasters will intensify (Botzen et al.,
2019). To keep human and economic losses to a minimum, we need to anticipate natural
hazards and develop more effective adaptation strategies. However, two psychosocial factors
undermine these strategies in disaster situations: individual emotional and stress reactions, and
terms of mental health (Boudoukha et al., 2017; Neria et al., 2008). Indeed, people exposed to
such disasters enter a state of stress, i.e., “a transaction between [themselves] and their
environment that exceeds their capacity to manage it and endangers their well-being” (Lazarus
& Folkman, 1984). The lack of information or the presence of ambiguous information
(environmental cues such as noise, smell, etc.) maintain this state. According to (Endler, 1997),
in anxiety. When the threat is prolonged, given the sudden, violent and potentially lethal nature
of a disaster, the person may develop mental symptoms or even post-traumatic stress disorder
(Ehring et al., 2011). Thus, an emotional dimension is inherent to disaster exposure. However,
work on evacuation situations in the face of disaster generally does not take sufficiently into
account the human aspect of these phenomena, and even less so the emotional processes (Wang
et al., 2021). A vast body of literature has developed on evacuation modeling, particularly in
the event of fire or earthquake. In particular, it has made it possible to study the movements of
individuals in relation to each other, the influence of the architectural characteristics of the site
or the choice of exit. Most of this research focuses on the operational phase of evacuation and
analogy(Jiang et al., 2016; Kok et al., 2016). It is therefore difficult to include the emotional or
133
stress dimension in such work. Other approaches focus on the adoption of protective behaviors.
These works were first applied to health behaviors, then in particular to disaster situations
Loewenstein (2001). Nevertheless, most of these models are difficult to transpose to natural
disaster situations, notably due to different temporalities and communication fields (Lindell &
Perry, 2012). These models tend to focus on the adoption of long-term health behaviors adapted
aimed at immediate and temporary behavior. However, Lindell & Perry’s (2012) Protective
Action Decision Model, first developed in 1992 and revised in 2012, was designed specifically
for disaster and emergency situations, and therefore seems particularly suited to the context of
this study. This model integrates several psychological processes leading to the adoption of a
nature, but they are also linked to individual characteristics. Perception processes are then
initiated with regard to the threat, the protective action and the stakeholders involved, leading
to protective action decision-making. Yet the resulting behavioral response will also depend
on situational facilitators and impediments. The authors suggest that the behavioral response
focused coping. The advantage of this model is that it is perfectly suited to emergency situations
During a disaster, the exposed person processes continuously available information and has
to make rapid decisions to ensure survival; for example, to evacuate quickly from the risky
environment. A disaster therefore meets the DSM-5 “traumatic event” criterion (American
Psychiatric Association, s. d.), i.e., exposure to a vital risk. Proulx (1993) reminds us that
134
the vital stakes involved, the significant time pressure, but also the lack of information or its
ambiguity. The literature on modeling evacuation situations does, however, point to confusion
between stress and panic. Panic can be defined as “an acute reaction involving terror,
confusion, and irrational behavior” (Goldenson, 1984, quoted by Dynes (2006), p. 1).
Moreover, the myth of the panicked victim has been so widely publicized that it has spread
rapidly and remains particularly tenacious (Sheppard et al., 2006; Walters & Hornig, 1993).
Yet this image of people panicking in a disaster bears little resemblance to reality (Dynes, 2006;
Glass, 2001; Goltz & Bourque, 2017; Helton et al., 2013; Hiroi et al., 1985; Proulx, 1993). As
far back as the 1950s, Quarantelli (1954) observed that panic reactions only occurred in very
specific circumstances of confinement and exposure to a very sudden and direct threat, and a
feeling of helplessness in the face of danger leaving only the possibility of fleeing. Some
studies in the field of risk response have demonstrated the significant effect of emotions on
reactions and behaviors (e.g. Miceli et al., 2008; Takao et al., 2004; Terpstra, 2011), notably
through the “risk-as-feelings” theory (Loewenstein et al., 2001), although this is often applied
to longer time scales than that of exposure to a disaster. Goltz & Bourque (2017) have observed
in several studies that the feeling of fear experienced in a situation of exposure to an earthquake
does not lead to panic and therefore to irrational behavior, but on the contrary engages
traumatic situation can impair cognitive abilities and compromise adaptation to the urgency of
a situation (Kobes et al., 2010). Finally, it should be emphasized that the stress felt by
individuals can be shared and influence the emotional and behavioral reactions of others. This
135
these individual reactions are influenced by social interactions through a phenomenon known
mimic and synchronize expressions, vocalizations, postures, and movements with those of
another person’s and, consequently, to converge emotionally” (p. 96). Emotional contagion is
vocalizations and the suchlike, and then through a system of physiological feedback from these
movements, facial expressions, etc., the brain is believed to trigger the corresponding emotions
There are some studies on emotional contagion in emergency evacuation situations, but they
generally concern crowd modeling on a macroscopic scale and are based on theoretical
principles, including the notion that individuals systematically panic in these situations, thus
ignoring the possibility of rational behaviors (e.g., Liu et al., 2021). Thus, there seems to be
studies carried out in the laboratory in the context of simple interactions between individuals
It would be interesting therefore to consider the automatic aspect of this contagion process
in relation to the more “conscious” approach of evacuation modeling and models of the
adoption of protective behaviors. For example, Weinstein et al., (2020), writing about the
Precaution Adoption Process Model (PAPM), state that “Adoption of a new precaution or
cessation of a risky behavior requires deliberate steps unlikely to occur outside of conscious
awareness.” (p. 3). Yet we could imagine this phenomenon of emotional contagion occurring
just as much in everyday life as it does in the case of stress reactions in disaster situations. This
type of phenomenon has been observed on very different scales, from dyads to social networks
136
(Kramer et al., 2014). It has also been observed for different types of emotion, such as anxiety
The scientific literature on adaptation to risk focuses primarily on risk preparation, or the
pre-crisis phase (e.g., Bubeck et al., 2012; Joffe et al., 2016; MacGregor et al., s. d.; Navarro
et al., 2020; Terpstra, 2011). Although this approach is essential, psychological knowledge is
lacking with regard to the exposure phase, i.e., adaptation reactions in direct danger situations
during a disaster. Yet the human damage caused by certain natural disasters due to
experiment using virtual reality (VR). Today, immersive virtual environments make it possible
to study the reactions of individuals in dangerous situations while respecting their safety and
allowing a high degree of control over the situation. VR is defined as a ‘real or simulated
immersion. Some studies have shown the transposability of emotional processes (Chirico &
Gaggioli, 2019) and also of behaviours in emergency evacuation situations (Ronchi et al.,
2019). Thus, immersive VR is often used to study risk communication to promote risk
awareness and preparedness (Bernhardt et al., 2019; Duarte et al., 2014; Mol et al., 2022). But
studies have also investigated affective or behavioural reactions in evacuation situations (Cao
et al., 2019; Deng et al., 2024; Fujimi & Fujimura, 2020; Ronchi et al., 2015; Zou et al., 2017).
However, the simultaneous study of stress and behavioral reactions in individuals when they
evacuate in a disaster situation is rare, even with simulation tools such as VR. The aim of this
137
study is therefore to complement the existing literature on understanding adaptation to natural
We will focus here on a tsunami situation, which models the feeling of extreme urgency
given the very short time between the communication of the risk and the arrival of the danger.
Various stimuli associated with the disaster were created to determine their impact on
individual reactions. Environmental cues were formulated in the form of visual and sound
stimuli associated with the tsunami; social cues were represented by the presence and behavior
of virtual agents; and warning messages were communicated in the scenario, since they are
triggered by the processing of ambiguous information in the face of danger, i.e., the
visualization of the appearance of a wave whose height is much less than that conveyed by the
news or entertainment media, and which, although constituting a real danger, is not necessarily
threatening at first sight. A second hypothesis suggests that the protective behavioral response
occurs only after explicit danger cues have been received, i.e., when concrete threat information
II. METHOD
1. Participants
Table 9: Distribution of participants in each condition by gender
Conditions Gender Age, mean Total
(SD)
Women Men
Calm 15 15 27.5 (9.97) 30
Panic 14 15 27 (9.4) 29
Alone 14 15 25.8 (9.07) 29
Total 43 45 26.8 (9.4) 88
138
Eighty-eight people took part in the experiment, including 43 women and 45 men, with an
average age of 26.8 years (standard deviation (SD) = 9.4). They were recruited by convenience
from the city of Nantes, France, a non-coastal city and therefore not exposed to tsunami risk.
participants, and the “Panic” condition 29 participants (c.f. Table 9). The majority of
participants (95%) were completely new to the tool and immersion, while 5% had already used
VR (once). Nineteen participants had actually been to the beach modeled in the environment,
transmitted image and sound, and they moved around the virtual environment by using manual
(Schubert, 2003). Sense of presence refers to the subjective impression of being present in the
virtual environment and not in one’s real environment (Barfield & Hendrix, 1995). It was
effectiveness of the simulation. In addition to the overall score (ranging from 0 to 6), four sub-
139
dimensions representing general presence, spatial presence, involvement and realism are also
via electrodes using the Nexus 10 MKII device at a frequency of 32Hz. As suggested by
Laborde et al. (2017), prior to experimentation we asked participants to sleep normally and not
to engage in strenuous exercise the day before experimentation, not to eat or consume
caffeinated beverages two hours beforehand, and not to drink alcohol 24 hours beforehand.
Heart rate is considered an indicator of stress: the higher the heart rate, the higher the stress
level. “Cardiac defense” is said to be a physiological stress response of the heart rate
comprising two successive alternating accelerations and decelerations spanning several tens of
Skin conductance is also considered a stress indicator. It has been measured through the
integrated skin conductance response (ISCR), the integral of the area under the phasic activity
curve. This is the most appropriate measure for assessing electrodermal responses (Droulers et
al., 2013). The higher its value, the greater the stress response is considered to be. The
latency of between 1 and 3 seconds, with a rise time of between 1 and 2.5 seconds, then a
decrease over several seconds as well (Sequeira & D’Hondt, 2013). Thus, a significantly
elevated ISCR certainly stems from a stimulus close in time rather than a continuous evolution
The individual’s speed of movement, measured in meters per second, is considered here as a
behavioral indicator of stress: the higher the speed, the more the individual can be considered
to be adopting an escape behavior and thus adapting to danger, speed being an essential factor
140
in a well-executed evacuation (Gates et al., 1982). The duration of immersion in the VR
d. Socio-demographic questions
A questionnaire prior to VR immersion collected socio-demographic information on age,
3. Procedure
a. Recruiting participants
Participants were recruited via a poster campaign in a French city, on social networks, and
through an article in a regional newspaper. The study received a positive opinion from the
b. VR Scenario
tsunami scenario was created in VR (Unity software). The participant was immersed in a virtual
141
environment representing the Promenade des Anglais beach in Nice, France. This was a
of extremely long length and period, usually generated by disturbances associated with
earthquakes occurring below or near the ocean floor.” The environment and images in the
software were inspired by observations made in the field. The simulated wave respects the
predictions for this event, in terms of wave size (around 1.50 m high) and low water withdrawal
Once immersed in VR, the participant was instructed: “You are going to be immersed in a
beach environment, so enjoy this moment at the beach”. In order to operationalize and identify
the different types of cues that could trigger a stress and/or behavioral response, a timeline
identical for all participants was designed (see Figure 8), integrating different stimuli
• The first stimulus was a visual and aural environmental cue, corresponding to the slight
receding of the water and the appearance of the wave in the background, starting at 60
seconds. This was an ambiguous stimulus due to the moderate size of the wave, which
• The second stimulus, a communicative cue, was the sounding of an alarm siren from
90 seconds onwards.
• The third stimulus was the flight of the virtual agents (for the “panic” and “calm”
conditions).
• The fourth and final stimulus was the triggering of a voice announcement telling people
that a tsunami was on its way and asking them to evacuate the beach.
142
The scenario could end in one of three ways: once the participants had reached one of the
two arches to enter the city, when they were hit by the wave if they had stayed on the beach,
or after five minutes if they stayed on the embankment (see Figure 9).
physiological variables, on the chest or arm for heart rate, and on the hand for skin conductance.
Once the signal from these measurements had been verified, the participant was first
immersed in an environment which was totally different from the subject of the study, a Viking
village, to avoid any bias. This phase enabled the participant to become accustomed to
immersion in VR, to get to grips with how to control their movement in the environment, and
allowed the experimenters to check that the physiological measurements were working
correctly. Once the participants had become accustomed to VR immersion, they were
immersed in the virtual scenario of the experiment. Following VR immersion, the participant
The process ended with the debriefing interview. It included questions about the tsunami
scenario, such as “What happened?” and “How did you react?”, and was also designed to
ensure the participant’s well-being, and that they had no symptoms related to VR immersion,
143
4. Data processing
Three experimental conditions were defined to assess the influence of virtual agent
• In the “Alone” control condition, the participant was alone on the beach.
• In the “Calm” experimental condition, virtual agents were present and calmly evacuated
Physiological data were processed using BioTrace software. Skin conductance was
processed using Ledalab software (Benedek & Kaernbach, 2010) to calculate ISCR. All data
First, we described the study sample and the course of the experiment (presence score,
immersion time, distance traveled in the virtual environment). The dependent variables (i.e.,
heart rate, skin conductance and movement speed) were compared according to the three
experimental conditions and for each time point (corresponding to the five stimuli: Start, Wave,
Escape, Alarm and Voice). Ten-second windows were sampled (three seconds before and
seven seconds after) around each of these stimuli. The mean and standard deviations for each
of these windows were computed in order to compare the physiological reactions of individuals
over time and according to the different stimuli. The Time variable thus corresponded to the
following five ordered modalities: 1-Start (between 57 and 67 sec), 2-Wave (between 87 and
97 sec), 3-Alarm (117 and 127 sec), 4-Escape (between 152 and 162 min) and 5-Voice
(between 177 and 187 min). Movement speed in the virtual environment was available for only
four of the stimuli (no measurement available at 4-Escape time point for technical reasons).
144
The means and standard deviations of these measurements for each condition were presented,
and Fisher’s tests (ANOVA) were carried out to compare the means of the dependent variables
between the conditions at each time. Depending on the data distribution, Kruskal-Wallis tests
We then used a statistical model to consider longitudinal data and directly estimate change
over time of the heart rate, the skin conductance and the escape velocity. Since the participants
could leave the scenario as soon as they wished, the experimental mortality increased as the
scenario progressed. Consequently, certain data were missing as many participants escaped
from the virtual environment early in the scenario. Thus, we used linear mixed effect models
that fit longitudinal data (estimating slope across time) and allow missing data throughout the
follow-up. We first described the observed dependent variables (heart rate, skin conductance
and movement speed) across time. We expected that this evolution would not be entirely linear.
Indeed, we assumed that the stimuli would impact the natural evolution of dependent variables,
and not necessarily in a progressive and linear way. When the evolution was observed as
nonlinear, we tested segmented models with a change in the slope (with one segment of time
estimating evolution before and after a time cut-off). The choice of the time cut-off was guided
graphically and using data fit parameters (AIC and BIC maximization). We thus estimated a
mixed model for each dependent variable with a random intercept and a random slope, and
integrated a fixed effect for the condition and the time, and an interaction between time and
condition (i.e. we tested a difference in the slope across conditions). We used a symmetric
performed secondary analyses: 1) to test the presence of agents (comparing the “Calm”
condition versus the “Panic” and “Alone” conditions combined); 2) to test the panic context
(comparing the “Panic” condition versus the “Alone” and “Calm” conditions combined).
145
Finally, Student tests for paired series (or Wilcoxon tests if non-normal distributions) were
used to specifically compare the measurements between two time points. Indeed, stress-related
reactions could be very sudden, in particular for skin conductance, meaning that this specific
pattern of change would not be captured well by the linear mixed model. This bivariate test
would thus allow us to investigate evolutions between two stimuli more precisely, as a lens for
a specific moment of the experiment instead of a global evolution captured by the linear mixed
model representing the whole sequence of the natural disaster. The software used for the
III. RESULTS
1. Description of participants and descriptive statistics
Table 10: Comparison of VR simulation data as a function of experimental condition using a
Kruskal-Wallis test
Mean score of 3.39 (0.90) 3.47 (0.86) 3.17 (1.12) 3.34 (0.96) 0.79 2 .673
total presence
Spatial presence 3.93 (0.99) 3.80 (1.16) 3.88 (0.90) 3.87 (1.01) 0.05 2 .98
Involvement 3.43 (1.53) 3.39 (1.59) 3.95 (1.34) 3.59 (1.49) 2.47 2 .291
Experienced 2.25 (1.27) 2.10 (0.92) 2.01 (1.02) 2.12 (1.05) 0.31 2 .858
realism
Global presence 3.93 (1.36) 4.03 (1.47) 3.41 (1.82) 3.80 (1.57) 1.53 2 .465
Immersion time 158.67 (54.72) 152.19 (31.01) 152.57 (34.91) 154.48 (41.15) 0.04 2 .982
Distance covered 211.95 (118.12) 236.75 (131.19) 269.74 (131.39) 273.2 (129.2) 4.822 2 .09
excluded from the analyses owing to the absence of measurements for certain dependent
variables. (Three participants for heart rate, two participants for electrodermal conductance and
146
five participants for movement speed). In the case of skin conductance, this corresponded to
poor electrode adhesion and pressure applied to the electrodes by the participant during
The feeling of presence during immersion in the virtual environment was the same in all
conditions (Table 10). Similarly, the duration of immersion in the virtual environment and the
The debriefing interviews revealed that five participants in the “Alone” condition did not
understand that a tsunami was coming until the end of the scenario. In addition, three
participants in the “Panic” condition reported trying to help the virtual agents evacuate the
147
Table 11: Description and comparison of physiological and behavioral stress measures by time and condition, using a parametric test (Fischer's
F) for heart rate and a non-parametric test (Kruskal-Wallis test) for electrodermal conductance and movement speed.
148
Mean 81 28 1.0 (0.3) 29 0.9 (0.4) 26 0.8 (0.4) 2.1 2, 78 .13
149
Means and standard deviations of the three dependent variables were calculated for each
time/stimulus per condition (Table 11). This allowed comparison of means between conditions
for each stimulus by ANOVA, or by the Kruskal-Wallis test for electrodermal conductance and
movement speed, as the data were not normally distributed. Overall, there were no significant
differences in any of the three measurements between the conditions for each time/stimulus.
There was only one significant difference between conditions for movement speed at the start
of the scenario (H(2)=7.8, p<.05): speed was significantly higher in the control condition than
in the panic condition (p<.05*) and than in the calm condition (p<.01**).
Figure 10. Observed data on changes in heart rate over time as a function of condition
From the observed heart rate curve (shown in Figure 10), it appears that the heart rate
increased from Time 2, when the alarm was triggered. We therefore proposed a model with a
150
change in slope at Time 2. A random effect on the slope was incorporated only on the second
For this analysis, 85 participants were considered. The mean scores are presented in Table
3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5. There was a significant
increase in heart rate from Time 2 onwards, i.e., from the triggering of the alarm, b=2.25 95%
There was no significant variation in heart rate before the alarm was triggered (p=.645). The
experimental condition was not significantly associated with changes in heart rate either before
or after the alarm was triggered (respectively for the “Calm” versus “Alone” condition, p=.638,
p=.336, for the “Panic” versus “Alone” condition, p=.368, p=.592). The graph of the fit
between this model and the observed data is presented in Appendix 6 (with diagnosis in
Appendix 7). The model specifically investigating the presence of agents showed similar
results, i.e., no effect of the panic context before or after the alarm (respectively p=.798,
p=.380).
The model investigating only the panic context also showed no difference according to
It therefore appears that heart rate increased significantly in all participants from the moment
151
4. Changes in electrodermal conductance during exposure to a virtual
tsunami
Figure 11. Observed data on changes in skin conductance over time as a function of
condition
For this analysis, 85 participants were considered. According to the observed skin
conductance curve (shown in Figure 11), there appears to be an increase in conductance from
the start of the scenario to Time 2, when the alarm is triggered. This appears to be followed by
a decrease. We therefore proposed a model with a change in slope at Time 2, after logarithmic
transformation (log(x+0.5)) of the data, in order to improve the fit of random-effect mixed
models with observed data. A random effect on the slope was incorporated only on the second
slope, which showed more variability (AIC = 903.67, BIC = 954.44). The mean scores are
presented in Table 3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5.
Skin conductance increased significantly until the alarm was triggered: b = 0.29 IC95%
(0.11, 0.46), p<.01. This increase in skin conductance appears to follow on directly from the
triggering of the alarm: mean (SD) Start, Wave and Alarm respectively: 0.89(1.68), 1.15(1.75),
152
2.36(2.79). A Wilcoxon test specifically tested the differences between the 1-Start/2-Wave and
2-Wave/3-Alarm times to determine the moment of increase in skin conductance. It was found
that there was no significant difference between 1-Start/2-Wave, W=1345; p=.188. However,
there was a significant difference between 2-Wave/3-Alarm, W=774; p<.001. We can therefore
consider that the increase in skin conductance, a rather sudden physiological reaction, took
place when the alarm was triggered. Then, after the alarm was triggered, there was a significant
The experimental condition was not significantly associated with changes in electrodermal
conductance either before or after the alarm was triggered (respectively for the “Calm” vs.
“Alone” condition, p=.19, p=.21; for the “Panic” vs. “Alone” condition, p=.62, p=.40). The
graph of the fit between the model and the observed data is presented in Appendix 8 (and the
Models specifically investigating the presence of agents or the panic context showed no
significant effect of these variables on skin conductance, either before or after the alarm was
triggered (respectively for the presence of agents, p=0.61; p=0.25; respectively for the panic
It therefore appears that skin conductance rose significantly when the alarm was triggered,
and then fell significantly until the end of the scenario. Furthermore, the results show no effect
153
5. Changes in movement speed during exposure to a virtual tsunami
Figure 12. Observed data on the evolution of movement speed over time as a function of
condition
The observed speed curve (shown in Figure 12) shows an increase in speed from the start
of the scenario to Time 1, when the wave appeared. We therefore proposed a model with a
change in slope at Time 1-Wave. A random effect on the slope was incorporated only on the
second slope, which showed more variability (AIC = 558.72, BIC = 605.92). The mean scores
are presented in Table 3, and the results of the models are presented in Appendices 3, 4 and 5.
There was a significant increase in movement speed up to wave onset: b = 0.60 95% CI
(0.31, 0.88), p<.001. This increase in movement speed appears to be directly consecutive to the
onset of the wave: mean (SD) Start and Wave respectively: 0.66(0.37), 1.28(0.87). Then,
following wave onset, there was a significant decrease in movement speed: b=-0.45 95% CI (-
0.67, -0.23), p<.001. Experimental condition was not significantly associated with movement
speed at the start of the scenario (“Calm” vs. “Alone” condition, p=.11, “Panic” vs. “Alone”
condition, p=.13). On the other hand, a smaller decrease in movement speed in the “Panic”
154
condition compared to the “Alone” condition was revealed after the onset of the wave: b=0.34
95% CI (0.02, 0.66), p<.05; and the results tend to show the same phenomenon for the “Calm”
condition compared to the “Alone” condition: b=0.27 95% CI (-0.05, 0.58), p=.098. The small
sample size may explain the lack of significance by a lack of statistical power.
The model specifically investigating the presence of agents showed that their presence was
significantly associated with a smaller reduction in movement speed after the alarm was
triggered: b=0.30 95% CI (0.03, 0.57), p<.05, compared with the absence of agents. However,
the presence of an agent was associated neither with the speed’s starting level (p=.07), nor with
its evolution before the alarm (p=.73). A graph of the fit between the model and the data
The model investigating only the panic context showed no association with movement speed
and how it changed at the beginning, before or after the onset of the wave (respectively p=.42;
p=.42; p=.14).
It therefore appears that, whatever the experimental condition, movement speed made a
significant initial jump from the start of the scenario to the appearance of the wave (probably
suddenly at the moment of the wave’s appearance), then fell considerably from the wave’s
appearance to the voice announcement. The presence of agents induced a greater movement
speed after the wave appeared than when the individual was alone (for whom there was a
IV. DISCUSSION
This study enabled us to explore stress reactions and protective behaviors (evacuation) in
the face of natural disasters in situations of exposure to a sudden risk such as a tsunami. The
use of VR enabled us to make use of simulation and implicit measures (physiological and
155
1. A rational response to imminent danger
The first objective focused on the intra-individual aspect of adaptation, aiming to determine
the individual stress response to danger. Measurements of heart rate and electrodermal
conductance revealed that the stress response occurs when the alarm is triggered. Thus,
contrary to our expectations, the stress response seems to occur only once the danger has been
made explicit by a stimulus clearly connoting a threat. An ambiguous stimulus such as the
appearance of the wave was not sufficient here to trigger stress and physiological activation,
suggesting that either the perception of danger is rather delayed, or that it is uncorrelated with
physiological stress reactions. Moreover, the fact that participants in the “Alone” condition
were the only ones who failed to understand that a tsunami was coming corroborates Lindell
& Perry’s PADM model (2012), according to which the behaviors of others are a source of
information. In terms of behavioral response, our results reveal that the participants moved
faster when the wave appeared. If we interpret this increased speed as flight from danger, this
means that participants adopt evacuation behavior even before they have interpreted the
stimulus as a real threat. This therefore runs counter to our second hypothesis, according to
which the protective behavioral response occurs only after explicit danger cues have been
received. However, Mahdavian et al. (2014) had observed a delayed evacuation of residents
permanent residents may evacuate later than individuals who are temporarily present and
therefore have no particular attachment to a dwelling (as was the case here). It would therefore
be interesting to investigate this question of residence and belonging to a place exposed to risk,
or the role of attachment to one’s place of residence. During the debriefing, moreover, many
participants expressed that they had expected “something to happen”, “without knowing
exactly what”. Thus, even before identifying the wave as a danger, participants were able to
adopt a more cautious attitude than in a real situation and evacuate earlier. An explanation for
the subsequent drop in the speed of movement for all conditions may be found in the fact that
156
participants quickly took shelter on the embankment and would have been waiting or seeking
information about the event. This link between threat perception and evacuation behavior
remains to be investigated.
virtual agents on the stress and behavioral reactions of the individual in a disaster situation.
The various models concerning heart rate and electrodermal conductance showed no effect of
the condition on their level or evolution. As far as heart rate is concerned, the lack of effect of
the presence of others on its evolution could be linked to a “plateauing” effect of heart rate and
less variability compared to electrodermal conductance. As the heart rate had already increased
before the virtual agents escaped, it had already reached a certain level of stress and therefore
might be less sensitive to the behavior of others, all the more so as a heart rate changes less
suddenly overall than electrodermal conductance. Nevertheless, the lack of influence of the
there is indeed no emotional contagion effect. Thus, the hypothesis that the physiological stress
reaction is more intense when virtual agents panic cannot be confirmed here. Regarding the
behavioral reaction, the presence and behavior of virtual agents do not influence the initiation
of an evacuation. However, a smaller reduction in speed was observed in the presence of virtual
agents. Several explanations can be proposed. The presence of virtual agents could have acted
process: panicking virtual agents could have altered the location of the exit and the movement
itself, thus limiting evacuation speed, while calm virtual agents evacuating at a moderate speed
could have prompted participants to adapt their speed to follow or at least observe them, again
reducing movement speed. Moreover, the fact that three participants in the “Panic” condition
claimed to have wanted to help the virtual agents evacuate, thus wasting time, corroborates
157
work reporting altruistic behavior in disaster situations (Barfield & Hendrix, 1995; Quarantelli,
1954). The results therefore run counter to our hypothesis that movement is faster when virtual
agents panic.
representative of the general population, with a relatively young average age of 26.8(SD=9.4)
relation to actual exposure. Indeed, the rather moderate presence scores call into question the
transferability of our results to a real-life situation. Although Gromer et al. (2019) did not
observe a causal link between the feeling of presence in VR and fear, they admit that this
relationship needs to be investigated further, given the divergent results between studies. In
addition, the tsunami modeled is based on a realistic scenario for this environment, with a fairly
low wave height, far removed from the images conveyed by the media. In fact, during the
debriefing, a number of participants expressed their perplexity at the size of the wave. The
distance between this model and the participants’ representations may have minimized the
Secondly, the rather small sample size puts the statistical power of the random-effects mixed
models into perspective, given the number of variables studied. In addition, the fit of the
electrodermal conductance and speed models is relatively mediocre (Appendices 8 and 9, and
Appendices 10 and 11 respectively). As a result, certain effects, notably that of the presence
and behavior of virtual agents, may have appeared insignificant here due to the small sample
size. However, this observation needs to be qualified according to the meta-analysis by Lanier
et al. (2019), who found that the median number of participants in VR psychology experiments
is 45, with a median number of participants per condition of 25. This sample distribution is
considered sufficient to detect large effects, but not medium-to-small effects (Cohen, 1992,
158
cited by Lanier et al., 2019) and a fortiori with longitudinal modeling as carried out in this
study. The longitudinal modeling performed in this study was preferred as it can consider
missing data over time (owing to technical issues or the escape of participants during the
experiment). In particular, this choice was guided by the need to avoid inducing selection bias
implemented in our study, have been shown to improve the validity of estimates (Droulers et
al., 2013; Sequeira & D’Hondt, 2013). Admittedly, one could indeed wonder if the missing
data might not be informative, perhaps indicating emotional levels that trigger escape and
leading to missing data, and should this be so, the model would not minimize the bias properly.
Nevertheless, our results show that premature escape from the experiment was unrelated to the
conditions, allowing us to assert that our results are reliable, particularly concerning the effects
of agent presence. This choice seems appropriate for modeling the stress response via heart
rate, which showed finer results than the time-by-time approach. Nevertheless, it is very
demanding in terms of statistical power and should be implemented with larger sample sizes
in future research, notably to allow non-linear evolutions (by integrating splines into the model
equation). Other types of mathematical modeling could also be used, developed specifically in
the context of using Experience Sampling Method data (data repeated over time via sampling
of measurement times), making it possible to define activation phases for example (Vennin,
2019). The approach of experimentation via virtual reality could greatly benefit from larger
samples in order to implement such finer mathematical or statistical methods to inform more
Finally, there are some limitations to the operationalization of escape behavior in terms of
movement speed. It can be considered that it is also dependent on the participant’s movement
path and position in the environment, since they are free to move from the start of the scenario.
For example, the further away a person is from the exits, the faster they will have to move to
159
reach them before the tsunami arrives, or a person may wish to move quickly from the start of
the scenario before the wave appears, simply to explore the environment, which is therefore
Nevertheless, the results of this study corroborate the assertion of previous work that crowd
panic behavior during natural disasters is more a myth relayed by the media than a scientific
reality (Barfield & Hendrix, 1995; Hiroi et al., 1985; Quarantelli, 1954). Not only did the
individuals exposed to the tsunami not react irrationally to the danger, but the panic behavior
simulated by the virtual agents did not seem to have led them to panic in their turn. Thus, we
did not observe any emotional or behavioral contagion in this context, and some participants
even engaged in self-help behaviors instead. Certain participants’ early evacuation preceding
their stress reaction testifies to the prudence and rationality of behavior adapted to the
circumstances. Helton et al. (2013) complement this notion of rationality with the idea that
seemingly irrational behaviors (e.g., heading towards the risk zone) may in actual fact simply
terms of risk management on the ground, it may be advisable to specify the nature of the hazard
at an early stage, identifiable for example by a specific alarm, but also to ensure that inhabitants
and non-permanent residents have the opportunity to learn how to recognize it. Indeed, the
nature of the hazard determines the location of the danger or safety zones, so it is essential to
guide people in the right direction, and as early as possible. The capacity of keeping a certain
critical distance in individuals exposed to natural disasters must therefore be taken into account
in risk management strategies, and be optimized by better communication during such events.
160
ETUDE 4 : L’adaptation collective à un risque au long cours :
l’acceptabilité de stratégies d’adaptation à l’érosion côtière selon
la temporalité future
I. METHODOLOGIE
1. Rappel des objectifs
La première étude, mobilisant une approche des représentations sociales, a permis de
constater le poids de la dimension temporelle dans l’adaptation aux risques côtiers. Elle a
également montré que les habitants sont plus à même de se représenter les stratégies
d’adaptation collective plutôt que d’adaptation individuelle, et que les propriétaires des
résidences secondaires ont plus de difficultés à se représenter les risques côtiers et surtout
l’adaptation à ceux-ci. Les représentations sociales des risques côtiers reposent en partie sur
les attentes et projection des individus, malgré des difficultés certaines à anticiper aussi bien
l’évolution des risques que les stratégies d’adaptation nécessaires à l’avenir. L’un des résultats
importants de cette étude reposait sur le fatalisme de certains habitants quant à l’inéluctabilité
de la submersion de terres autrefois gagnées sur la mer. Cela offre donc une perspective positive
à d’éventuelles stratégies de recul pour ces territoires (Rulleau et al., 2015). En parallèle, nous
avons constaté que parmi les méthodes d’adaptation publique citées, la plupart du discours se
centre sur la lutte active (par des méthodes dures ou douces), tandis que la recomposition
spatiale est moins « populaire », et le laisser-faire quasiment pas évoqué. Ainsi, entre une
discours pourtant ancré sur les approches plus classiques, se pose la question de l’acceptabilité
161
dynamique en se centrant sur les processus d’évaluation de la part du public (Batellier, 2016).
Quelle que soit l’approche, la question se pose de connaître les facteurs d’acceptabilité afin de
mieux comprendre le rapport du public aux projets d’adaptation et de gestion des risques
côtiers. Une faible perception du risque peut être associée à une approche individualiste de la
gestion des risques côtiers (Dachary-Bernard et al., 2019), on peut donc imaginer que le niveau
lieu est souvent révélé comme impactant l’acceptabilité sociale de projets d’aménagement,
mais cet impact n’est pas clairement déterminé dans la littérature (Amundsen, 2015; King et
al., 2014; Philippenko et al., 2021). Certaines stratégies permettent de maintenir des aménités
coûte que coûte dans une vision statique du territoire (lutte active), tandis que d’autres
proposent au contraire des évolutions aussi bien physiques qu’en termes de pratiques ou de
valeurs (recomposition spatiale). On peut supposer qu’un attachement fort au lieu favorise des
stratégies conservant au mieux les qualités actuelles du lieu. Enfin, le manque de confiance
dans les institutions serait associé à un rejet des mesures contraignantes d’adaptation
(Philippenko et al., 2021), et la confiance dans les institutions à une adhésion aux stratégies de
gestion des risques côtiers, qu’il s’agisse de la relocalisation ou de la lutte active (Jones &
Clark, 2014). De plus, le sentiment d’injustice aussi bien procédurale que distributive dans le
cadre de la gestion du territoire et des risques est une cause de rejet de certains aménagements
(Batel, 2022; Jones & Clark, 2014; Rey-Valette et al., 2019; Visschers & Siegrist, 2012).
de l’évaluation d’un objet constituant à la fois une solution et de possibles nuisances ou risques.
Elle consiste donc entre autres en une évaluation coût -bénéfice à l’échelle locale,
contrairement aux projets d’aménagements souvent étudiés dans la littérature, dont les
bénéfices sont à plus large échelle que les risques. Il est donc possible d’emprunter à la fois au
162
concept d’acceptabilité sociale dans le champ de la psychologie environnementale (Batel,
2022; Casal & Devine-Wright, 2014; Lima, 2006b), et à celui de l’acceptabilité des nouvelles
technologies ou des solutions (Boissonade et al., 2016; Dubois & Bobillier-Chaumon, 2010).
D’une part, de nombreux modèles ou approches tels que la Théorie du Comportement Planifié
(Ajzen, 1991), les Modèles d’Acceptabilité des Technologies (Davis, 1989), l’UTAUT 2
(Unified Theory of Acceptance and Use of Technology2) (Venkatesh et al., 2012), la crédibilité
de l’outil (Fogg & Tseng, 1999) ont mis en avant diverses variables pour modéliser
d’application du projet (Batellier, 2016) et donc des facteurs cités plus haut (perception du
risque, attachement au lieu, confiance dans les institutions, sentiments de justice). Nous
proposons de combiner ces deux approches en évaluant dans quelle mesure le résultat d’une
en amont. L’étude se centre sur le risque d’érosion côtière, caractérisé par son évolution lente,
conséquences : son efficacité perçue face au risque, son impact hédonique. Nous émettons
plusieurs hypothèses relatives aux facteurs associés à l’acceptabilité sociale des différentes
mise en place des stratégies d’adaptation, selon lesquels l’acceptabilité sociale de toute
stratégie :
considérée (H1a),
163
• Est associée à la mise en place à court terme de la stratégie (H1b),
Nous émettons également plusieurs hypothèses relatives au contexte de la mise en place des
stratégies, selon lesquelles l’acceptabilité sociale de toute stratégie est associée à la perception
du risque (H2a), à l’attachement au littoral (H2b), à la confiance dans les institutions (H2c),
Nous émettons également l’hypothèse que, comme souvent présenté dans la littérature, la
stratégie de lutte active est plus acceptable que celles de recomposition spatiale ou de laisser-
faire (H3) (Chadenas et al., 2023; King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Rey-
2. Contexte
L’adaptation préventive aux risques côtiers repose en grande partie sur des stratégies
planifiées de grande ampleur menées à l’échelle du territoire. On peut distinguer trois grandes
laisser-faire n’intervenant aucunement sur l’évolution du trait de côte en visant une stabilisation
Cette étude porte sur l’adaptation de la plage du Goulet (France), dont cinq habitations
(quatre en résidence secondaire) sont exposées à plus ou moins court-terme au risque d’érosion
côtière. Dans une démarche d’intégration de l’ensemble des acteurs à la réflexion sur
164
l’adaptation du territoire au changement climatique, des ateliers participatifs ont d’abord été
menés par l’équipe de chercheurs. Ces ateliers avaient pour but d’une part d’esquisser des pistes
de réflexion et d’autre part de mettre les citoyens en situation de réfléchir à la gestion des
risques côtiers afin également de les sensibiliser aux différents enjeux. Quatre ateliers ont été
organisés auxquels des habitants et anciens élus de la commune et des communes avoisinantes
ont participé. Le premier atelier consistait à redéfinir collectivement les concepts clefs de la
gestion du trait de côte. Le second consistait en un parcours commenté in situ sur deux lieux
emblématiquement exposés au risque d’érosion afin de présenter les enjeux, une seconde phase
atelier consistait en l’élaboration collective, par groupes, de stratégie d’adaptation pour le site.
Les participants étaient assistés au besoin par des géographes mais avec une intervention
minimale de la part de ces derniers. Les trois groupes d’habitants constitués pour cet atelier ont
proposé chacun un scénario différent, proposant tous une évolutivité des stratégies dans le
temps. Ces scénarios reprennent les trois grandes stratégies de gestion de trait de côte. Le
premier groupe propose une stratégie de lutte active avec renforcement des infrastructures
croissante dans le temps. Le second groupe propose une stratégie de laisser-faire avec un
des enjeux au moyen de méthodes souples puis la relocalisation à long terme de l’ensemble des
enjeux. Ces trois scénarios ont fait l’objet de représentations paysagères ainsi que d’une
estimation des coûts par année sur le long terme. Un quatrième atelier permettait enfin
d’échanger autour de ces trois scénarios avec l’appui des informations précitées.
questionnaire a été menée auprès d’un échantillon plus large d’habitants de ces mêmes
communes afin de répondre aux objectifs de cette étude. Cette enquête consistait à présenter
165
les trois grandes stratégies d’adaptation et d’évaluer l’acceptabilité de chacune de ces stratégies
accompagnées d’un bref descriptif oral. L’acceptabilité de chaque stratégie était mesurée à la
suite de sa présentation. L’ordre de présentation des stratégies variaient aléatoirement entre les
participants pour chacune des trois stratégies et au travers de quatre variables mesurées sur une
• L’attitude à l’égard de la solution (Ajzen, 1991; Fishbein & Ajzen, 1975) a été mesurée
166
• L’efficacité perçue (Davis, 1989; Terrade et al., 2010; Venkatesh et al., 2012) de la
stratégie face au risque d’érosion a été mesurée par l’item suivant : « Ce scénario est la
• La crédibilité de la stratégie a été mesurée par trois items mesurant chacun la crédibilité
de réputation (« D’après ce que j’ai entendu sur le sujet, ce scénario semble crédible »),
la crédibilité de surface (« D’après ce que je vois sur les documents ici, ce scénario
semble crédible »), la crédibilité liée à l’expérience (« D’après mon expérience des
• L’impact hédonique (Brown & Venkatesh, 2005; Venkatesh et al., 2012) de la stratégie
a été mesurée par deux items : « Ce scénario est celui qui prend le plus en compte l’aspect
ont été mesurées pour chacune des trois stratégies sur une échelle de 1 à 5 par des items ad-
hoc :
• La faisabilité (Davis, 1989; Terrade et al., 2010) de la stratégie a été mesurée au moyen
• Les normes subjectives (Ajzen, 1991) ont été mesurées grâce à deux items (« Les
• L’application à court terme à été mesurée par l’item « Ce scénario doit s’appliquer dès
maintenant » ;
167
• L’application à long terme a été mesurée par l’item « Ce scénario doit s’appliquer plus
tard » ;
• L’application définitive a été mesurée par l’item « Ce scénario doit être définitif »).
été mesurées une fois pour chaque participant avant de présenter les trois scénarios :
• La perception du risque a été mesurée par une version courte (4 items) créée ad-hoc à
partir de la Coastal Flooding Risk Perception (CFRP) (Lemée et al., 2018), et adaptée
ici pour le risque d’érosion. Sur les 14 items de l’échelle d’origine, l’item contribuant
le plus à chaque dimension dans l’étude de Lemée et al. (2018) a été conservé pour
répondre dans quelle mesure ils étaient en accord avec l’affirmation sur une échelle en
cinq points ;
• L’attachement au littoral a été mesuré par une version courte (4 items) créée ad-hoc à
adaptée ici pour le littoral. Sur les 12 items, 4 ont été conservés, 1 (sur 4 items) pour la
Pour chaque item, les participants devaient répondre dans quelle mesure ils étaient en
• La confiance dans les institutions a été mesurée par une échelle ad-hoc inspirée des
168
participant devait indiquer sur deux échelles en cinq points sa confiance en les
compétences de l’institution, et la fiabilité de cette institution. Ces deux scores ont été
additionnés afin d’obtenir un score total de confiance dans chacune des institutions ;
• Le sentiment de justice a été mesuré par quatre items ad-hoc, deux relatifs à la justice
procédurale (« En tant que citoyen, je peux agir sur le choix des stratégies d’adaptation
à l’érosion du littoral mises en place », « J’estime ne pas être impliqué.e dans les
d’autres ne le seront pas », « Face à l’érosion du littoral, il est normal que l’on mette
en place des stratégies d’adaptation »). Pour chaque item, les participants devaient
indiquer leur degré d’accord sur une échelle en cinq points. Un score total de sentiment
Le statut résidentiel a également été interrogé afin de dissocier les résidents principaux et
4. Participants
164 habitants de la commune exposée et des communes avoisinantes ont été interrogés. Cent
trente-trois connaissaient la plage du Goulet. La répartition par genre est plutôt équilibrée
d’origine.
169
5. Plan d’analyse statistique
La cohérence interne des différentes mesures a été calculée par un α de Cronbach lorsque
Une MANOVA (test de Pillai) a permis de comparer la combinaison des quatre variables
relatives à l’acceptabilité sociale entre chacune des trois stratégies. Des ANOVAs ont ensuite
été appliquées à chacune de ces quatre variables pour identifier plus précisément comment
l’acceptabilité diverge entre les trois stratégies. Des tests post-hoc ont également permis de
comparer les stratégies deux à deux lorsque les ANOVAs étaient significatives.
Ensuite, afin de réduire le nombre de variables explicatives (Field et al., 2012), une Analyse
en Composantes Principales (ACP) a été menée sur les scores de l’échelle de confiance dans
Puis, les corrélations entre les différentes variables déterminées relatives à l’acceptabilité
sociale (attitude, efficacité, crédibilité, impact hédonique) ont été calculées, afin de pouvoir
ensuite appliquer une régression multiple multivariée pour mesurer les liens entre la
mise en place à court terme, à long terme, définitive, faisabilité perçue, normes subjectives).
Les régressions multivariées n’ont été appliquées qu’à 132 participants : les différentes
réponses complètes. Des régressions multiples ont ensuite été appliquées afin de détailler les
liens entre chaque variable dépendante et l’ensemble des variables indépendantes. Une
MANOVA a enfin été appliquée entre la combinaison des variables relatives à l’acceptabilité
170
sociale comme variable dépendante et le statut résidentiel (résidence principale ou secondaire)
comme facteur.
II. RÉSULTATS
1. Cohérence interne des mesures
L’attachement présente un ω de McDonald satisfaisant (α=.72). La perception du risque
indique une cohérence faible (α=.41) qui remonte à un niveau moyen (α=.47) en supprimant le
troisième item relatif à la méconnaissance du risque. Cette variable n’étant mesurée que par
trois items et le résultat du calcul de cohérence interne étant souvent assez faible lorsqu’il y a
peu d’items, la variable est malgré tout conservée. La confiance dans les institutions présente
une cohérence interne satisfaisante (α=.76). Le sentiment de justice présente un α très faible
(α=.30), mais passe à un niveau moyen en supprimant les deux items relatifs à la justice
distributive (α=.57). Les deux autres items sont conservés et la variable relative au sentiment
de la stratégie d’adaptation a été mesurée pour chacune des trois stratégies, et présente un α
très élevé pour chacun (lutte active : α=.99 ; Recomposition spatiale : α=.99 ; Laisser-faire :
α=.99). La faisabilité présente une cohérence interne satisfaisante étant donné qu’elle n’est
mesurée que par trois items (lutte active : α=.52 ; Recomposition spatiale : α=.61 ; Laisser-
faire : α=.62). L’impact hédonique présente une cohérence interne élevée pour les trois
même pour les normes subjectives (lutte active : α=.83 ; Recomposition spatiale : α=.83 ;
Laisser-faire : α=.62).
comme un test robuste tant que l’échantillon est équilibré et qu’il dépasse les 20 mesures par
groupe et par variable, ce qui est le cas ici. Le test montre que l’acceptabilité sociale varie
171
significativement selon la stratégie d’adaptation évaluée (F(8, 866)=31.63, p<.001). Les
ANOVAs non paramétriques appliquées par le test de Kruskal-Wallis mettent en évidence une
différence significative entre les stratégies pour l’ensemble de ces variables déterminées.
Le test non-paramétrique post-hoc de Dunn met en évidence que l’attitude positive à l’égard
spatiale (m=9.42, ET=1.40) est significativement supérieur à celui de la stratégie de lutte active
(promax). Le nombre de composantes de l’ACP a été déterminé à partir du scree plot (Figure
14) et du critère de Keiser (K>1) laissant apparaître trois composantes (Tableau 14) : la
172
composante 3 aux experts et associations. L’ensemble des items sont donc conservés. Les
caractéristiques des composantes sont détaillées dans le Tableau 15. L’ensemble des valeurs
KMO est supérieur à .60 indiquant une « factoriabilité » moyenne voire bonne pour l’ensemble
des items (Berger, 2021). Les composantes 1 et 2 présentent une corrélation de .20, les
de .25.
Figure 14: Scree plot de l'ACP relative à la confiance dans les institutions
Tableau 14: Composantes issues de l'ACP relative à la confiance dans les institutions
Comp. 1 Comp. 2 Comp. 3 Singularité
Département .91 .16
Intercommunalité .86 .25
Région .82 .20
Commune .77 .40
État .84 .24
Europe .83 .28
Experts scientifiques .76 .38
Secteur privé .69 .44
Associations de riverains .61 .64
173
Solution non rotative Solution rotative
Variance Poids de la somme des Variance
Eigenvalue Cumulative Cumulative
proportionnelle carrés proportionnelle
Comp. 3 1.09 0.12 0.67 1.48 0.16 0.67
4. Facteurs d’acceptabilité sociale des trois stratégies d’adaptation
a. Stratégie de lutte active
Les hypothèses de normalités multivariées et bivariées étant réfutées, un test non-
paramétrique de Spearman a été appliqué pour calculer les corrélations entre chacune des
dans les experts et associations, à l’application de la stratégie à court terme et à long terme, et
aux normes subjectives (Tableau 17). Le graphique de distribution des résidus montre une
Les régressions multiples appliquées à chaque variable dépendante montrent que l’impact
hédonique (R² ajusté=.31) est positivement lié à la faisabilité de la stratégie (β=0.15, p<.05)
ainsi qu’aux normes subjectives (β=0.46, p<.001). L’attitude (R² ajusté=.69) est négativement
l’application à court terme (β=0.61, p<.001), à long terme (β=0.24, p<.001), et définitive
(β=0.18, p<.05). L’efficacité perçue (R² ajusté =.67) est positivement associée à l’application
174
de la stratégie à court terme (β=0.59, p<.001), à long terme (β=0.19, p<.01), et définitive
(β=0.22, p<.01), et est négativement associée à la confiance dans les experts et associations
(β=-0.11, p<.05). Enfin, la crédibilité de la stratégie de lutte active (R² ajusté =.27) est
positivement associée aux normes subjectives (β=0.46, p<.001). Un test de corrélation non-
paramétrique (ρ de Spearman) montre que les résultats relatifs à l’application à court terme
paramétrique de Spearman a été appliqué entre chacune des variables relatives à l’acceptabilité
(Tableau 18).
175
Tableau 18: Corrélations entre les variables constitutives de l'acceptabilité de la stratégie de
recomposition spatiale
Variable Attitude Efficacité perçue Crédibilité Impact hédonique
ρ —
Attitude
P —
ρ 0.76 —
Efficacité perçue
P < .001 —
ρ -0.01 0.04 —
Crédibilité
P .87 .65 —
ρ -0.02 0.07 0.40 —
Impact hédonique
p .79 .39 < .001 —
La régression multivariée montre que la combinaison des variables constituant
liée à la faisabilité de la stratégie, à son application à court terme, à son application à définitive
(Tableau 19). Le graphique de distribution des résidus se rapproche d’une distribution normale
(Annexe 13). La régression multiple appliquée à l’attitude à l’égard de cette stratégie (R² ajusté
=.48) montre qu’elle est associée à son application à court terme (β=0.49, p<.001) et définitive
(β=0.32, p<.001). La crédibilité de cette stratégie (R² ajusté =.16) est significativement associée
à sa faisabilité (β=0.35, p<.001). Son efficacité (R² ajusté =.54) est positivement associée à sa
faisabilité (β=0.15, p<.05), son application à court terme (β=0.50, p<.001) et définitive
(β=0.32, p<.001). Enfin, l’impact hédonique de cette stratégie (R² ajusté =.12) est
176
Application à long terme 1 0.64 4 131 .63
Application définitive 1 6.43 4 131 <.001***
Normes subjectives 1 2.32 4 131 .06
territoriale et le statut résidentiel ne montre aucune différence entre les résidents principaux et
c. Stratégie de laisser-faire
Les hypothèses de normalités multivariées et bivariées étant réfutées, un test non-
paramétrique de Spearman a été appliqué entre chacune des variables relatives à l’acceptabilité
du scénario de laisser-faire. Nous observons une corrélation significative parfois élevée entre
(Tableau 20).
sa mise en place à court terme, à long terme et définitive, et aux normes subjectives (Tableau
21). Le graphique de distribution des résidus se rapproche d’une distribution normale (Annexe
14). L’attitude (R² ajusté =.68) est significativement et positivement associée à l’attachement
au littoral (β=0.11, p<.05), à la confiance dans les institutions locales (β=0.11, p<.05), à
l’application à court terme de la stratégie (β=0.41, p<.001) mais également à long terme
177
(β=0.26, p<.001) et définitive (β=0.27, p<.01). La crédibilité de la stratégie (R² ajusté =.23) est
p<.05), et aux normes subjectives (β=0.17, p<.05). L’efficacité de cette mesure (R² ajusté =.75)
à son application à court terme (β=0.47, p<.001), à long terme (β=0.15, p<.05) et définitive
(β=0.33, p<.001). Enfin, l’impact hédonique de la stratégie de laisser-faire (R² ajusté =.25) est
associé positivement à sa faisabilité (β=0.26, p<.001), à son application à court terme (β=0.10,
entre l’application à court terme et l’application à long terme (ρ =.53, p<.001), ainsi qu’entre
178
III. DISCUSSION
1. Acceptabilité de la recomposition spatiale
Cette étude visait d’une part à déterminer l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation
publique face à l’érosion côtière, et d’autre part à déterminer les facteurs associés à cette
démontre pourtant qu’elle est généralement très peu populaire (Chadenas et al., 2023; King et
al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016; Rey-Valette & Rulleau, 2016). Plusieurs
phénomènes pourraient expliquer ce résultat. Le premier, plus évident, est le fait que les
participants à l’étude ne sont pas les habitants qui seraient concernés directement par une
relocalisation (Rey-Valette & Rulleau, 2016). Cette étude était appliquée à une plage française
au bord de laquelle se situent cinq habitations, dont quatre en résidence secondaire et dont les
propriétaires résident à l’étranger. Ces résidents étaient donc difficilement joignables, et surtout
trop peu nombreux pour permettre l’approche quantitative appliquée ici. Néanmoins les études
directement concernés par le projet. L’acceptabilité de cette stratégie pourrait donc être aussi
bien liée à un changement de posture vis-à-vis de la relocalisation qu’à la distance de cette zone
concernée. De plus, la première étude de cette thèse montrait que, bien que cette stratégie soit
très peu évoquée spontanément, donc certainement encore faiblement représentée, les habitants
étaient nombreux à montrer une forme de fatalisme quant au retour de la mer sur certaines
terres gagnées autrefois. Cette acceptation de la submersion des terres sur le long terme pourrait
résultat des stratégies d’adaptation, en se focalisant sur le contexte et le processus de leur mise
en place. Tout d’abord, contrairement à ce qui est observé dans la littérature (Lima, 2006a), on
179
n’observe pas d’effet de la perception du risque sur l’acceptabilité des stratégies d’adaptation,
l’hypothèse H2a n’est donc pas validée. Cette variable n’est ici mesurée que par trois items et
mesure. Le lien entre perception et acceptabilité devrait donc être approfondi à partir de
l’environnement tel quel, on peut aisément supposer que les personnes très attachées au littoral
minimisation du risque et donc une attitude plutôt attentiste, sans sentiment d’urgence à passer
à l’action. Ensuite, l’effet limité de l’attachement au littoral pourrait s’expliquer ici par le
manque d’identification des participants aux enjeux concernés. Bien que 133 personnes sur les
164 interrogées connaissent la plage du Goulet ciblée par cette étude, leur fréquentation de ce
lieu est très occasionnelle. L’attachement a été mesuré à l’égard du littoral en général, donc
l’attachement à ce lieu spécifique ne permet sans doute pas de justifier l’acceptabilité de l’une
ou l’autre des stratégies d’adaptation. Ce point devrait être approfondi en interrogeant des
laisser-faire, et plus particulièrement à l’efficacité de cette stratégie, l’hypothèse H1a est donc
d’injustice à l’égard des mesures prises par les autorités politiques peut nuire à l’acceptabilité
de projets d’aménagement du territoire (Batel, 2022; Jones & Clark, 2014; Visschers &
Siegrist, 2012). On observe ici qu’un faible sentiment de justice procédurale est associé à
180
l’acceptabilité de la stratégie de laisser-faire. On peut interpréter ce phénomène comme le fait
que lorsque les citoyens ressentent un sentiment d’injustice, ils préfèrent ne rien voir être mis
l’acceptabilité des deux autres stratégies ne permet pas d’affirmer qu’un sentiment d’injustice
entraîne le rejet de ces deux stratégies. Cette relation entre justice et acceptabilité doit donc être
approfondie, en incluant également la notion de justice distributive qui a ici été exclue pour des
raisons méthodologiques.
confirme donc partiellement l’hypothèse H2c. La confiance dans les institutions locales
pas associée à l’acceptabilité. Pourtant la confiance dans les institutions publiques a déjà été
leur efficacité perçue (Cvetkovich & Winter, 2003). Cependant, la confiance dans les experts
et associations de riverains est ici plus déterminante. Plus les participants leur font confiance,
plus ils rejettent la stratégie de lutte active, à la fois en matière d’attitude et d’efficacité perçue,
des scientifiques suggère plutôt d’adopter des stratégies alternatives à celle de la lutte active,
qui tend à déplacer le risque et à causer d’autres dommages de façon plus ou moins directe
(Narayan et al., 2016; OCDE, 2019b), en promouvant aussi bien la surveillance passive dans
l’attente d’un potentiel équilibre du trait de côte dans le temps, que la relocalisation en cas de
situation extrême. Les scientifiques mais aussi les associations au travers des savoirs locaux
sont généralement jugés comme étant les plus légitimes pour évaluer les risques (Rey-Valette
et al., 2019; Rocle et al., 2016), ce qui explique en partie que la confiance que leur accorde les
sont souvent considérées comme légitimes dans la mise en place de stratégies de relocalisation
181
(Rey-Valette et al., 2019), ce qui n’est pas mis en évidence ici. Les institutions publiques faisant
généralement l’objet d’une confiance limitée, cela peut justifier le fait que seule la confiance
publique.
items interrogeant la faisabilité réfèrent également aux risques que peut constituer une stratégie
d’adaptation aux risques côtiers. La faisabilité économique reflète le sujet sensible du coût et
de la détermination des acteurs finançant le projet. La faisabilité politique reflète quant à elle
le risque d’opposition de la part du public mais également la volonté des autorités locales à
prendre des décisions parfois mal perçues par l’opinion publique ou bien favorisant des intérêts
collectifs et durables plutôt qu’économiques et politiques sur le court terme (Adger et al., 2009;
Gibbs, 2016). La stratégie de recomposition spatiale est encore peu connue et peu ou pas
appliquée, ce qui peut engendrer des doutes quant à d’une part l’accueil que lui ferait la
population et d’autre part la prise de risque que seraient capables d’assumer les autorités locales
pour porter ce type de projet. La faisabilité politique peut donc effectivement être déterminante
pour cette stratégie. La faisabilité économique également, puisque son coût, bien que moindre
sur le long terme que la lutte active, est très conséquent dès le début de sa mise en place et peut
donc refroidir aussi bien les habitants que les autorités locales. Enfin, sa faisabilité technique
peut également légitimement questionner puisqu’il s’agit d’une méthode encore peu connue et
nécessitant entre autres de déterminer des zones de relocalisation pour les biens détruits, ce qui
n’est pas forcément aisé dans des zones aussi densément peuplées que les zones côtières. Tous
puisse être associée à son acceptabilité. S’agissant de la stratégie de laisser-faire, cette stratégie
182
ne nécessitant précisément aucune action, elle semble techniquement et économiquement facile
à mettre en œuvre ce qui encourage donc certainement son acceptabilité. On peut supposer
cette stratégie, qui elle aussi peut être difficile à porter politiquement dans un contexte de forte
exposition au risque.
laisser-faire, mais pas à celle de la recomposition spatiale. Cette dernière est moins connue et
appliquée que la lutte-active, l’influence sociale est donc certainement moindre. La stratégie
de laisser-faire est celle mise en place depuis quelques années sur le site ce qui pourrait
Enfin, la première étude de cette thèse présentait une différence de représentation des risques
côtiers entre les résidents principaux et secondaires, et notamment quant aux stratégies
d’adaptation publique envisagées. De plus, cette question du statut résidentiel doit être
considérée puisque les résidents secondaires constituent généralement la majorité des résidents
des communes littorales. Néanmoins, quel que soit la stratégie envisagée, aucune différence
n’est observable entre ces deux groupes. Il est pourtant admis dans la littérature que des
(Navarro et al., 2021a). Cette question doit donc être approfondie, mais les résultats sont malgré
tout encourageant puisqu’ils signifient également qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’aborder
stratégie, ce qu’on observe également dans les résultats de cette enquête. La lutte active,
lorsqu’elle est jugée acceptable, est considérée comme une solution envisageable rapidement
mais également plus tard, cependant elle n’est pas acceptée de façon définitive. On peut donc
183
en déduire plusieurs choses. Quelle que soit la temporalité de sa mise en place, la lutte active
est considérée comme une mesure temporaire qui peut remédier à la vulnérabilité des enjeux
un certain temps mais pas définitivement. Ensuite, les réponses aux items relatifs à la
temporalité de mise en place de la lutte active sont corrélées, c’est-à-dire que les personnes
souhaitant voir cette stratégie mise en place à court terme, souhaitent également la voir mise
en place à long terme, et les personnes rejetant cette stratégie ne l’envisagent ni à court terme
ni à long terme. Ainsi, cette stratégie constitue donc potentiellement une stratégie d’escalade
qui, si elle est adoptée à court terme, doit également être poursuivie à long terme pour être
efficace. Ou bien à l’inverse, si elle est rejetée, elle l’est quelle que soit la temporalité. La
stratégie de laisser-faire quant à elle est envisagée à court terme, à long terme, et de façon
définitive. Les corrélations significatives entre les réponses à ces trois items indiquent que les
participants qui envisagent cette solution l’envisagent sur ces trois temporalités à la fois. Le
fait que les participants insistent également sur sa mise en place à long terme illustre la nature
résiliable de cette méthode mais qui ici au contraire est souhaitée comme durable. Ces
corrélations signifient également qu’à l’inverse, les personnes rejetant cette stratégie la rejettent
quelle que soit sa temporalité d’application. On note que l’impact hédonique positif de cette
stratégie n’est visible qu’à court terme, ce qui peut s’expliquer par l’absence d’aménagement
de cette zone sur le long terme et donc par une sorte de laisser à l’abandon nuisant à l’aspect
paysager et aux pratiques. La lutte active et le laisser-faire comportent une certaine flexibilité
dans le temps car ils peuvent être abandonnés ou repris. Les résultats suggèrent que les
sans pour autant considérer cette évolutivité dans leurs choix puisqu’aucune stratégie n’est
envisagée qu’à court terme. Le laisser-faire est pourtant généralement considéré comme une
stratégie permettant d’observer les évolutions naturelles du trait de côte, soit en espérant une
stabilisation spontanée soit dans l’attente d’autres que d’autres stratégies soient mises en place
184
en fonction des évolutions. On pourrait interpréter le souhait d’une application définitive du
laisser-faire comme un rejet de toute stratégie active face à l’érosion. L’une des raisons
négativement au sentiment de justice perçue. C’est-à-dire que les personnes ayant un faible
sentiment de justice tendent à accepter la stratégie la plus passive et la moins coûteuse, celle
de laisser-faire.
La recomposition spatiale a quant à elle un caractère plus définitif puisque que lorsqu’elle
est jugée acceptable elle est envisagée comme étant mise en place à court terme et de façon
définitive, sans besoin de réitérer son application à long terme. Pourtant, d’autres travaux ont
montré l’importance de l’échelonnement de la mise en place d’une relocalisation, non pas dans
l’objectif de repousser son application mais plutôt de l’anticiper dans les meilleures conditions
cette étude, et d’autre part la considération pour le futur de ces participants, qui en étant limitée
pourrait réduire leur capacité à se représenter des évolutions à long terme (Demarque, 2011).
4. Limites de l’étude
Les limites de cette étude résident notamment dans le fait que les participants à l’enquête ne
sont pas directement concernés par l’étude de cas présentée. Cette limite peut néanmoins être
relativisée grâce aux travaux ayant démontré que l’acceptabilité sociale d’aménagements du
territoire n’est pas nécessairement liée à la distance géographique avec le projet, la proximité
pouvant même parfois l’encourager (Devine‐Wright, 2005). Ensuite, les résultats suggèrent
qui est proposé dans d’autres travaux. Cela pose donc la question de l’opérationnalisation du
185
rapport au temps qui devrait être améliorer dans de futurs travaux, par exemple en incluant des
variables aux modèles statistiques. Ce type de modélisation gagnerait à être appliqué à des
Enfin, l’une des limites majeures concerne l’opérationnalisation des variables et est associée
au contexte de l’étude. Tout d’abord, l’acceptabilité sociale est un concept complexe dont les
approches très diverses n’offrent pas de mode d’opérationnalisation unanime. Cette étude tente
donc de proposer une approche globale en incluant un certain nombre de variables issues de
différents champs de la littérature. Certaines de ces variables n’ont pas d’échelles validées
associées ou tout du moins pas dans ce contexte particulier mêlant à la fois acceptabilité de la
peuvent donc être discutées. Ensuite, s’agissant d’une recherche-action pluridisciplinaire, cette
étude a fait l’objet d’une commande précise et donc a fait face à certaines contraintes. Les
questionnaires ont été passé en face à face. D’une part car le protocole mêlait présentation
visuelle et orale des stratégies et questionnaire. D’autre part car cela favorisait le contact avec
l’objectif secondaire était également de sensibiliser et d’échanger de façon plus informelle sur
ces thématiques, ainsi que de réduire ce sentiment souvent évoqué de distance entre les experts
et la population. Pour toutes ces raisons, le questionnaire se devait d’être relativement court ce
qui explique le faible nombre d’items pour l’ensemble des variables mesurées, mais ce qui
186
IV. CONCLUSION
Cette étude vise à évaluer l’acceptabilité sociale de stratégies d’adaptation publique à
l’érosion côtière, et donc de projets qui constituent aussi bien une solution qu’un risque ou une
nuisance pour les habitants du territoire concerné. Pour cela, elle propose de concilier deux
territoire et ceux sur l’acceptabilité des nouvelles technologies. L’étude met ainsi en évidence
des liens significatifs entre l’acceptabilité de trois stratégies d’adaptation publiques à l’érosion
leur mise en place. Certains résultats confirment les observations d’études précédentes quant
Cependant la perception du risque n’influence pas l’acceptabilité sociale des stratégies dans
Ensuite, les trois stratégies étudiées ici semblent se distinguer selon leur caractère plus ou
moins définitif : la recomposition territoriale est admise comment définitive tandis que le
laisser-faire et la lutte active sont de nature plus flexible dans le temps. La lutte-active est
d’ailleurs envisagée plutôt de façon temporaire, tandis que le laisser-faire est malgré tout
souhaité de façon définitive lorsqu’il est jugé acceptable. Cette évolutivité plus ou moins
importante selon les stratégies rejoint donc partiellement ce qui a été montré dans des travaux
précédents (Rey-Valette, 2019) et dans les ateliers participatifs menés en amont de cette étude.
semblent avoir du mal à planifier de façon cohérente l’évolution de ces stratégies. On peut donc
s’interroger sur leur capacité de projection future sur le long terme. Les études portant sur
l’acceptabilité sociale gagneraient donc à mieux intégrer la perspective temporelle. Les ateliers
précédant l’enquête ont permis aux participants de discuter et d’échanger longuement sur les
nombreux paramètres à prendre en compte pour anticiper l’avenir de cette plage ce qui a sans
187
doute encouragé leur projection future, ce que ne permettait pas ici le protocole de l’enquête.
Faciliter la perspective temporelle future semble donc essentielle et devoir passer par une
Ensuite, le caractère définitif de la recomposition spatiale est loin de rebuter les habitants
qui sont significativement plus favorables à cette stratégie et surtout à sa mise en place
(Abel et al., 2011; Rey-Valette et al., 2019; Sahin & Mohamed, 2013). L’acceptabilité de cette
stratégie est ici uniquement associée à sa faisabilité perçue, le rôle des autres dimensions
devrait donc être approfondi dans un protocole plus riche afin de déterminer si elles ne sont
effectivement pas associées. D’autre part, ces trois stratégies pourraient renvoyer à différentes
valeurs voire idéologies : la lutte active témoigne d’une vision du mondé centrée sur une forme
de domination technique de l’Homme sur la nature dans des objectifs souvent économiques et
consuméristes (protéger des biens matériels, conserver l’attractivité économique d’une zone
etc.), tandis que le laisser-faire et la recomposition spatiale renvoient plutôt à une recherche
d’équilibre entre les modes de vie et les contraintes naturelles. Différentes visions du monde
peuvent s’entrechoquer entre les différentes parties prenantes de la gestion du territoire ce qui
explique souvent les incompréhensions et conflits dans ces situations (Huybens, 2011).
L’apparente acceptabilité de la recomposition spatiale dans cette étude pourrait témoigner d’un
passage du « lutter contre » à « faire avec » chez ces habitants, et donc d’une éventuelle
évolution des valeurs dont il serait légitime d’essayer de comprendre la nature et les raisons
important de garder à l’esprit que même si une majorité d’individus soutient ce projet il n’en
188
est pas juste pour autant, les dimensions éthiques de ce projet doivent toujours être
189
DISCUSSION GENERALE
I. Rappel des objectifs de la thèse et des résultats
En considérant la vulnérabilité croissante des populations littorales face aux risques côtiers,
cette thèse vise à appréhender le rapport de l’Homme aux risques côtiers et en particulier ses
capacités adaptatives à ceux-ci. L’adaptation est ici abordée dans le contexte du littoral,
risques côtiers dont l’ampleur et la temporalité varient selon les sites considérés. L’une des
particularités des risques environnementaux réside dans le fait que l’adaptation au risque
et dépendant donc fortement des acteurs publics. Face aux risques environnementaux, il est
bien souvent difficile pour les citoyens de s’approprier la question de l’adaptation et d’imaginer
leur contribution à ce processus. Se pose donc la question des capacités adaptatives des citoyens
face aux risques côtiers. Leur étude offre également l’opportunité de considérer la dimension
temporelle du rapport au risque. Ces derniers peuvent en effet s’actualiser de façon soudaine
ou continue et sur un pas de temps court ou à plus long terme. On peut donc imaginer que des
processus différents sont à l’œuvre selon que l’on considère l’adaptation à l’érosion côtière,
risque au long cours dont les conséquences sont parfois lointaines, ou l’adaptation en situation
d’exposition immédiate à un tsunami par exemple. D’une part, l’objectif de cette thèse était de
contribuer à la compréhension du rapport des citoyens aux risques côtiers en déterminant les
part, elle a également tenté de proposer une approche plus dynamique de l’adaptation aux
190
résidents principaux et secondaires. Les communes littorales comportent une importante part
de résidents secondaires, or ces derniers n’étant présents qu’une partie de l’année ils sont moins
générale de s’approprier la problématique des risques côtiers. Des entretiens semi-directifs ont
ainsi permis d’identifier une représentation sociale du risque axée sur une conscience élevée
du risque pour l’ensemble des habitants. Une autre dimension est identifiée, axée sur une
externalisant la gestion des risques vers les autorités et les experts. Les habitants font
effectivement preuve d’une faible implication au risque et plus précisément d’une faible
capacité d’action perçue, ce qui explique une très faible connaissance de l’adaptation
individuelle. Les habitants font ainsi part de leur incertitude face à l’avenir et de leur difficulté
à se projeter, aussi bien quant à l’évolution des risques que quant aux mesures à appliquer et à
leur pas de temps (court terme ou long terme). Leur discours n’est néanmoins pas très connoté
affectivement. Les habitants laissent même transparaître une forme de fatalisme quant au fait
que « la mer reprenne ses droits ». Cette forme de rationalisation laisse donc entrevoir la
possibilité d’une relocalisation des biens en rendant des terres à la mer. Pourtant, les stratégies
plutôt évoquée en termes de lutte active. Cette étude met également en évidence comment la
représentations sociales, et cela en particulier chez les résidents principaux. Cela peut en partie
expliquer le fait que les résidents principaux ont une représentation sociale des risques côtiers
à la fois plus dense et plus fonctionnelle, au sein de laquelle les risques et les enjeux sont
centraux. A l’inverse, les résidents secondaires, dont l’expérience de ces risques est moindre
(une forte distance à l’objet de représentation), font état d’une représentation sociale plus
191
diffuse et non pas centrée sur les risques côtiers mais sur un certain nombre d’autres
Alors que la première étude montre des difficultés de projection future quant à l’évolution
des risques côtiers, la deuxième étude vise à déterminer comment des représentations
réactions affectives. Les résultats montrent que l’observation de cartes de risque augmente le
sentiment de méconnaissance du risque et réduit la peur face à celui-ci. Ces résultats à première
vue contre-intuitifs ne sont finalement pas forcément contre-productifs. D’une part le sentiment
souhaitable. D’autre part, l’appel à la peur dans la communication peut aussi bien favoriser les
comportements adaptatifs que les inhiber lorsqu’il n’est pas accompagné d’un sentiment
d’efficacité personnel (Blondé & Girandola, 2016). Le voir diminuer n’est pas donc pas
forcément négatif si dans le cas présent les cartes n’étaient pas accompagnées de solutions face
au risque. Les objectifs de la communication sur le risque doivent donc être précisément définis
avant toute campagne. Les résultats montrent également une diminution des affects positifs et
une augmentation des affects négatifs, pouvant soit révéler la lassitude et la fatigue des
participants en fin d’expérimentation, soit une forme d’intolérance à l’incertitude étant donné
efficientes dans la transmission du message. Le niveau d’abstraction est l’une d’entre elles : les
cartes de corrélation et de synthèse sont mieux comprises, retenues et interprétées que les cartes
d’analyse jugées beaucoup moins claires et compréhensibles. Les couleurs de la carte n’ont pas
d’effet sur sa lecture, mais les participants insistent néanmoins sur l’importance de respecter la
sémiologie classique des couleurs. Les résultats de cette étude permettent donc d’une part
192
d’émettre des recommandations quant à la communication visuelle des risques, et montrent
d’autre part que communiquer sur l’évolution des risques ne semblent pas permettre de réduire
l’incertitude.
d’exposition à un risque imminant. Alors que l’étude 1 témoigne d’une faible capacité d’action
perçue face aux risques côtiers, et d’une externalisation de la gestion des risques, la question
se pose sur des capacités adaptatives des citoyens en situation d’exposition à un danger
immédiat. Cette expérimentation en réalité virtuelle a permis de mettre en évidence que face à
situation, en se protégeant (évacuation) dès les premiers signaux ambigus et avant même les
réactions physiologiques de stress. Ces résultats permettent d’appuyer les travaux remettant
déjà en cause le mythe de la victime paniquée (Hiroi et al., 1985; Mileti & Nigg, 1984;
Quarantelli, 1954), et ce d’autant plus qu’aucune contagion émotionnelle n’est observée, c’est-
à-dire que les comportements de panique des agents virtuels n’entraînent pas d’augmentation
du stress des participants. Bien qu’il n’y ait pas d’influence sociale sur les réactions
émotionnelles, les indices sociaux transmis au travers des comportements des agents virtuels
constituent une information grâce à laquelle les participants peuvent interpréter la situation.
Enfin, la dernière étude investigue cette fois-ci l’adaptation publique et les réponses des
individus en termes d’acceptabilité sociale des stratégies d’adaptation. Elle se focalise sur
l’érosion côtière, et montre que, contrairement aux travaux précédents (Chadenas et al., 2023;
King et al., 2014; Mineo-Kleiner & Meur-Ferec, 2016), la recomposition spatiale et la stratégie
la plus acceptable pour l’ensemble des participants. L’acceptabilité sociale des stratégies
leur faisabilité, des normes subjectives et donc de l’influence sociale. Les sentiments de justice
193
laisser-faire. Cette étude montre également que l’acceptabilité sociale des stratégies
alors que les participants aux ateliers précédant l’enquête suggèrent une évolutivité des
stratégies dans le temps, cette nécessité ressort moins dans les résultats de l’enquête. Les
court terme et de façon définitive. La stratégie de lutte-active n’est certes pas acceptée
définitivement, néanmoins elle est significativement associée à une mise en place à court terme
et à long terme. Ces différents résultats suggèrent une certaine difficulté à envisager les
interrogés. Luís et al. (2016) ont identifié que la conscience du risque ne s’accompagne pas
nécessairement d’une perception élevée du risque. Les résultats de cette étude corroborent cette
plupart des habitants s’identifient assez peu aux risques côtiers et leur accordent une ampleur
toute relative, suggérant une assez faible perception du risque. L’étude 2 soutient elle aussi la
sur le risque d’érosion, bien qu’offrant des informations précises sur les enjeux les plus
aux risques aussi bien avant, pendant, qu’après l’exposition (Alipour et al., 2020). Les études
194
menées dans le cadre de cette thèse mettent elles aussi en évidence le rôle de ces processus.
Les résultats de l’étude 1 montrent une dimension affective assez peu prégnante dans les
représentations sociales des risques côtiers chez l’ensemble des habitants. Ces mêmes habitants
témoignent également d’une faible identification aux risques côtiers, et évoquent également
très peu d’actions individuelles mises en place pour s’adapter à ces risques. En ce sens, les
résultats de cette étude rejoignent les travaux démontrant qu’une faible évaluation du risque
ainsi que la réduction des affects négatifs dissuadent d’adopter des comportements de
protection (Terpstra, 2011). Cependant, les habitants évoquent également un fort sentiment
d’incertitude à l’égard de l’avenir qui concerne aussi bien l’évolution à venir des risques que
les nécessités d’adaptation en termes de stratégies mais aussi de temporalité de leur application
(agir vite, attendre, anticiper…). L’incertitude est définie par Defays (1991, cité par Marchand
individu, d’une situation, d’une assertion ». Les travaux relatifs à l’intolérance à l’incertitude
(Ladouceur et al., 2000) montrent que l’incertitude engendre des réactions affectives négatives
dans le discours des participants de la première étude. Mais puisque l’on remarque également
une assez faible identification aux risques côtiers ainsi qu’une valorisation des risques plutôt
réduite et cantonnée à certaines zones auxquelles les habitants ne se disent pas appartenir, on
peut imaginer qu’il s’agit là d’une forme de relativisation (rationalisation ?) du risque visant à
réduire les possibles tensions émotionnelles liées à l’incertitude. En effet, la faible capacitée
d’action perçue face aux risques relatée dans ces entretiens suggère que les habitants ne peuvent
faire face à ce sentiment que par une forme de régulation émotionnelle à travers une stratégie
fatalisme évoqué peut également correspondre à une stratégie de régulation des émotions.
195
L’étude 2 quant à elle met en évidence comment la communication du risque par
le sentiment de méconnaissance du risque. L’incertitude n’est pas liée ici à la peur à l’égard du
risque qui au contraire diminue à la suite de l’observation des cartes. Mais elle semble être mise
en évidence par une augmentation des affects négatifs après observation, révélant possiblement
à nouveau une forme d’intolérance à l’incertitude, puisque dans cette situation expérimentale,
Dans l’étude 3, le participant est immergé dans une situation ambigüe d’urgence dont les
dispose de très peu de temps pour réagir, et il fait également face à un manque d’information
(Zhou et al., 2018). Les participants à cette étude résolvent cette situation d’incertitude très tôt
et cette fois-ci par l’action, en évacuant rapidement avant même toute réaction de stress
physiologique.
Ces trois études mettent donc en évidence d’une part comment l’exposition aux risques
côtiers peut-être source d’incertitude, et d’autre part comment ce sentiment engendre différents
types de réactions parfois d’ordre plutôt émotionnel ou bien comportemental selon les
et non pas relatifs au risque en lui-même. En effet, cette étude montre que l’attachement au
littoral chez les résidents côtiers conduit à prôner une posture attentiste face au risque en
favorisant l’adoption de la stratégie de laisser-faire. Ce résultat suggère que les individus très
attachés refusent de voir leur environnement modifié, tout du moins artificiellement. D’autres
travaux mettent également en évidence que l’attachement au lieu peut parfois nuire à
196
l’adaptation en amenant les habitants à refuser le changement par exemple au travers d’un
déménagement (Weiss et al., 2006). Pourtant, dans l’étude 1, les habitants témoignent d’un fort
attachement au lieu et se représentent plutôt l’adaptation aux risques côtiers au travers des
stratégies de lutte active. Ces deux résultats apparemment divergents témoignent du rôle
(résident principal ou secondaire) sur le rapport au risque, puisque les représentations sociales
des risques côtiers varient selon ce statut. Les résidents principaux présentent des
représentations sociales plus denses, fonctionnelles et centrées sur les risques côtiers, tandis
que les résidents secondaires se représentent les risques côtiers comme plus dilués dans un
représentation sociale moins consolidée chez les résidents secondaires peut accroître leur
vulnérabilité face aux risques puisqu’en étant moins fonctionnelle, elle encourage moins à
l’implication et donc à l’action. Le rôle du statut résidentiel dans l’adaptation au risque est
cependant difficile à déterminer puisqu’à l’inverse, Navarro et al. (2021) observent que les
résidents principaux sont moins actifs face aux risques côtiers et ont même plus tendance à
sous évaluer leur exposition en exprimant une forme d’habituation au risque. L’influence du
statut résidentiel n’est pas observée dans l’étude 4, selon laquelle l’acceptabilité des trois
stratégies d’adaptation ne varie pas entre les résidents principaux et les résidents secondaires.
Le statut résidentiel semble donc peu influencer le rapport des habitants à l’adaptation
publique, mais la question reste de savoir dans quelle mesure cela impacte leur adaptation
individuelle.
197
5. L’influence sociale dans l’adaptation aux risques côtiers
La première étude, par l’approche des représentations sociales, met en évidence les
connaissances et croyances partagées à l’égard des risques côtiers, d’une part chez les résidents
principaux et d’autre part chez les résidents secondaires. Comme évoqué précédemment,
l’appartenance à l’un de ces deux groupes distincts détermine la façon dont les individus se
par un rapport différent au territoire, les résidents principaux construisant leurs représentations
en grande partie sur leurs expériences personnelles et sur une culture partagée entre les
générations, tandis que les résidents secondaires ont moins accès à ces éléments. Cependant,
les deux groupes font preuve d’une forte identité de lieu, au travers de leur attachement au
secondaires à l’égard de leur lieu de vie secondaire peut expliquer leur conscience des risques
côtiers malgré tout élevée. On trouve également une forme d’influence sociale dans l’étude 4
des normes subjectives, évaluées ici au travers de l’influence des proches et des autres
habitants. Cependant, l’appartenance au groupe des résidents principaux ou celui des résidents
Dans l’étude 3 relative aux réactions en situation de danger immédiat, on n’observe pas
d’influence sociale sur les réactions affectives, ce qui soutient les résultats de travaux
relayés au travers de médias (Hiroi et al., 1985; Mileti & Nigg, 1984; Quarantelli, 1954).
Cependant, les agents virtuels constituent des indices sociaux permettant d’analyser la situation
et sont donc considérés par les participants comme des sources d’information. En ce sens, on
peut considérer que l’adaptation à une situation de danger immédiate est elle aussi influencée
socialement.
198
6. Contribution à l’intégration de la dimension temporelle dans l’étude de
l’adaptation aux risques côtiers
Cette thèse propose de distinguer l’adaptation au risque selon la temporalité d’exposition à
d’une part (étude 1, 2 et 4), et les réactions à un danger immédiat d’autre part (étude 3). La
plupart des travaux portent sur la première approche, notamment car il est difficile d’accéder
aux processus à l’œuvre en situation d’exposition à une menace soudaine et importante, tel
qu’une submersion marine ou un tsunami. L’étude 1 se situe justement en amont des risques,
et notamment de celui de submersion marine. Bien que les expériences passées (vécues
personnellement ou au travers des proches ou des médias) aient laissé des traces affectives
font plutôt référence aux mesures de gestion publiques, à l’exception de quelques habitants du
appropriation de l’adaptation au risque soudain peut donc laisser perplexe quant à la capacité
de réponse adaptative des habitants en situation de danger immédiat. L’étude 3 offre des
cependant être approfondie puisque l’étude 3 porte sur le risque de tsunami, dont les effets
peuvent s’étaler sur plusieurs heures voire jours. Il se peut donc que les réactions ne soient pas
aussi vives et adéquates dans ce contexte et que d’autres facteurs aient le temps d’entrer en jeu,
Les différentes études constituant cette thèse questionnent également la façon dont
l’expérience du risque s’inscrit dans le temps. L’étude 1 met en évidence l’importance des
(2024) qui mettent en évidence comment cette cohérence temporelle permet la construction des
l’identité de lieu. Intégrer la possibilité d’un risque à venir nécessiterait des changements aussi
bien à l’échelle individuelle que du territoire, mettant donc en péril cette identité de lieu, ce qui
pousse à relativiser le risque (Dias et al., 2024). C’est sans doute ce qui explique en partie le
sentiment de sécurité et de confiance dans la gestion des risques de la part des participants de
l’étude 1, qui eux-mêmes témoignent d’une forte identité de lieu. Bien qu’ils évoquent
également une forme de fatalisme et d’acceptation des risques, ces derniers ne sont projetés
que dans un futur relativement lointain, souvent à l’échelle d’une génération, permettant de
L’étude 1 montre également la difficulté des habitants à se projeter dans l’avenir. Cette
difficulté se retrouve également d’une certaine manière dans l’Etude 4. Les habitants interrogés
applicable à court et à long terme. Pourtant, une adaptation dynamique est appelée dans les
publique aux risques côtiers par des processus participatifs peut faciliter et concrétiser la
projection future à long terme. La question des capacités de considération future semble donc
essentielle pour favoriser les capacités adaptatives des citoyens, les démarches participatives
seraient donc un outil pertinent en ce sens. L’efficacité de la communication par carte de risque,
proposée dans l’étude 2, pour faciliter cette projection future reste à approfondir étant donnés
200
III. Contributions pratiques
1. Rapprocher les adaptations individuelles et publiques
L’étude 1 met en évidence l’externalisation de la gestion des risques déléguant la
(Alipour et al., 2020; Navarro et al., 2021b), ce qui se traduit également par une faible capacitée
d’action perçue. Cette externalisation de la gestion des risques est également associée à une
certaine confiance dans les institutions malgré la conscience d’intérêts parfois divergents. La
confiance dans les institutions est ainsi une façon de se décharger de la nécessité d’une analyse
rationnelle de la situation pour s’en remettre aux autorités ou aux experts (Jacquez &
environnementaux. Jacquez et Rouquette (2024) ont également constaté ce paradoxe chez des
habitants apparemment peu impliqués dans l’adaptation aux risques mais demandeurs d’une
pourquoi sensibiliser le public sur les risques. La culture technocratique en France suggère une
gestion centralisée des risques par les experts et l’Etat (Slovic, 1993), engendrant une
déresponsabilisation des citoyens. Ainsi, la simple distribution d’information n’est sans doute
pas suffisante pour inciter les citoyens à s’impliquer dans l’adaptation aux risques
les citoyens à devenir acteurs de l’adaptation de la communauté aux risques. Les initiatives
participatives à différents degrés tels que les procédés de sciences participatives ou encore les
serious games (Amalric & Becu, 2021; Becu, 2020; Chlous et al., 2017) permettent justement
une forme d’empowerment des citoyens (Blondiaux & Fourniau, 2011) et gagnent donc à être
publique à l’érosion côtière entre des habitants ayant participé à plusieurs ateliers de co-
évolutivité de l’adaptation à l’érosion. Néanmoins, l’étude 3 montre que les individus semblent
l’externalité de la réponse n’est plus possible. Les divers résultats de cette thèse suggèrent donc
les risques aussi bien entre les autorités locales et les habitants, qu’entre les habitants eux-
mêmes. La communication sur les risques s’appuient souvent sur la « vividness » des stimuli
visuels puisque les images notamment tendent à provoquer plus facilement des réactions
émotionnelles (Xie et al., 2011). Cependant, l’étude 2 montre également que les outils de
peuvent avoir des effets indésirables. Communiquer sur le risque d’érosion par carte peut
qui n’est pas nécessairement souhaitable chez les populations, mais peut aussi pousser les
l’adaptation au risque. A l’inverse, l’observation de ces cartes réduit la peur du risque, ce qui
peut être problématique dans la mesure ou les affects négatifs à l’égard d’un risque peuvent
faciliter l’adoption de comportements de protection (Terpstra, 2011), mais ce qui peut aussi
être un avantage si l’on considère les travaux montrant que l’appel à la peur peut conduire à un
rejet du message (Blondé & Girandola, 2016). Cette deuxième étude propose également des
(ex : rouge pour indiquer le danger) doit être conservée, le message véhiculé par les cartes de
corrélation et de synthèse est mieux compris qu’au travers des cartes d’analyse, et la légende
202
des cartes doit être adaptée à un public non-initié. La première étude montre d’ailleurs que les
cartes présentées pour faciliter l’entretien n’ont quasiment pas été utilisées, appuyant donc les
vulnérabilité croissante des littoraux et aux inconvénients qui accompagnent les différentes
méthodes de lutte active (Narayan et al., 2016; OCDE, 2019b). Bien que des travaux antérieurs
l’étude 4 la désigne au contraire comme la stratégie la plus acceptable face au risque d’érosion.
De plus, le fatalisme des habitants de l’étude 1 quant au fait que « la mer reprenne ses droits »
un jour ou l’autre laisse également imaginer que cette stratégie puisse être envisagée par les
habitants comme une évidence. Bien-sûr, cette question doit être approfondie afin de
l’étude 4 met en évidence l’importance de la faisabilité de la stratégie pour qu’elle soit jugée
confiance dans les institutions ou encore du sentiment de justice. Or ces facteurs sont largement
2022; Dias et al., 2024; Lima, 2006a). Il s’agirait dont d’approfondir ces questions dans de
futures travaux.
à la plupart des études en psychologie lorsqu’elles sont basées sur des mesures explicites. Les
quatre études de cette thèse comprennent des questionnaires ou entretiens pouvant donc
engendrer un biais de désirabilité sociale. Ce biais de désirabilité sociale est sans doute encore
203
plus prégnant dans les études 1 et 4, pour lesquelles les réponses des participants ont été
formulées à voix haute auprès des chercheurs. Des mesures implicites dans les études 2 et 3,
subjectivité du chercheur. Cette subjectivité constitue elle aussi une limite qui s’applique
l’immersion en réalité virtuelle. En effet, bien que des études aient montré que certains
processus soient similaires entre une situation réelle et une immersion en réalité virtuelle
(Barfield & Hendrix, 1995 ; Laborde et al., 2017), simuler une situation aussi extrême que celle
d’une catastrophe naturelle nécessite de considérer les résultats avec du recul. La mesure du
sentiment de présence (Schubert, 2003) visait à limiter ce biais en s’assurant que l’immersion
soit efficace, mais les scores, bien que satisfaisants, restent moyens. Malgré tout, la réalité
virtuelle reste une le seul moyen pour mesurer de façon objective et éthique les réactions en
situation de catastrophe naturelle, et les résultats obtenus dans l’étude 3 restent cohérents avec
nombre de participants. Les échantillons sont en effet relativement faibles, ce qui a dû être pris
en compte dans les analyses statistiques appliquées, car des modèles statistiques complexes
nécessitent des échantillons importants. Ainsi, des modèles plus poussés tels que des modèles
les interactions entre les diverses variables interrogées dans les trois études quantitatives (étude
204
2, 3 et 4). De plus, certaines variables dont on sait pourtant qu’elles peuvent avoir un impact
n’ont pas été prises en compte dans les analyses pour en limiter le nombre (âge, genre, catégorie
socio-professionnelle, durée de résidence). L’âge et le genre ont été contrôlés dans une moindre
mesure en essayant d’équilibrer au mieux les échantillons de chaque étude par rapport à ces
deux variables.
Une deuxième limite tient au fait que les échantillons des quatre études sont constitués non
seulement d’individus différents, mais également groupes sociaux différents, ce qui peut limiter
la comparaison et les mises en perspective entre les quatre études. Bien qu’elles aient toute été
menées auprès d’habitants d’une même région (Pays de la Loire, France), les participants
résident dans des communes différentes et donc des environnements différents, ce qui peut
engendrer un rapport au lieu et aux risques environnementaux différents. On peut ajouter à cela
le fait que les divers travaux sur lesquels s’appuient ces différentes études portent eux-mêmes
sur des populations différentes, appartenant parfois même à d’autres cultures (e. g. Guillemot
et al., 2014; Han et al., 2023; Lima, 2006a; Mahdavian et al., 2014).
plusieurs variables dans les études 2 et 4. Dans l’étude 2, la longueur du protocole expérimental
faisait craindre un faible nombre de participants. Il a donc été décidé de mesurer certaines
protocole qui en présentant plusieurs cartes et questionnaires aux participants peut engendrer
une fatigue cognitive nuisant à la qualité des réponses. Le protocole étant long et complexe, il
a également été décidée de réduire certaines échelles en version courte afin d’alléger la charge
cognitive. Dans l’étude 4, la conduite de l’enquête par questionnaire en face à face a nécessité
205
de réduire au mieux sa longueur, et ce d’autant plus que trois stratégies d’adaptation étaient
Dans ces deux études, l’utilisation de certaines échelles en versions courtes non-validées
constitue un biais statistique qui nécessiterait d’être résolu en utilisant des échelles complètes
questions relatives au pas de temps futur dans l’étude 4) soit par la nature de l’étude et ce
qu’elle interroge (évaluation de cartes de projections du trait de côte dans l’étude 2, simulation
de l’adaptation pendant une catastrophe naturelle dans l’étude 3). Mais des outils validés et
mesurant explicitement la dimension temporelle existent (Strathman et al., 1994; Zimbardo &
Boyd, 1999) et mériteraient donc d’être appliqués à ces problématiques dans de futurs travaux
afin d’approfondir le rôle de cette dimension dans l’adaptation aux risques environnementaux.
206
CONCLUSION
Les zones littorales font l’objet d’un paradoxe entre un territoire valorisé et désirable,
souvent à l’origine d’une identité de lieu forte, et une vulnérabilité importante face aux risques
traduit souvent par une minimisation du risque, entravant les capacités adaptatives des
populations (Jacquez & Rouquette, 2024). Cette thèse visait donc à mieux comprendre
permettant de différencier les échelles d’adaptation (individuelle ou publique) mais aussi leur
temporalité (en amont des conséquences de l’aléa ou en situation d’exposition immédiate). Les
comportements de préparation mais aussi la réponse à l’aléa sont déterminants pour la sécurité
des individus, mais les risques côtiers menaçant les territoires à grande échelle, l’adaptation
dépend aussi et surtout de la gestion du territoire et des stratégies adoptées soit pour y faire
visiblement distant aux risques auxquels les citoyens sont soumis, et propose des pistes
explicatives en termes de régulation des émotions face au sentiment d’incertitude provoqué par
amont de l’aléa (étude 1), on constate tout de même des réactions individuelles autonomes,
prévenantes voire altruistes en situation d’exposition directe (étude 3). Face à la faible capacité
d’action perçue en amont, les citoyens délèguent l’adaptation aux risques côtiers aux autorités
échelle. La dimension temporelle prend toute son importance dans la façon dont les individus
en grande partie les représentations sociales des risques, mais les difficultés de projection à
long terme accentuent non seulement le sentiment d’incertitude, mais entrave également
207
l’adaptation aux risques des citoyens. Communiquer sur le risque et son évolution peut donc
être considéré comme une solution afin de favoriser cette projection future, mais peut
contribuent donc à appréhender la complexité du rapport des citoyens aux risques littoraux et
encouragent d’un point de vue théorique à mieux intégrer la dimension temporelle dans les
travaux sur l’adaptation aux risques, et d’un point de vue pratique à favoriser l’implication des
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Annexes
Annexe 1: Analyse thématique catégorielle du discours des résidents principaux et des
conductance and movement speed over time as a function of experimental condition (étude 3)
................................................................................................................................................ 265
conductance and movement speed over time, as a function of the presence of virtual agents
conductance and movement speed over time, as a function of virtual agent behavior (panic or
Annexe 6 : Fit of observed and predicted data by the mixed model with fixed effect of the
Annexe 7: Diagnostic accuracy of the mixed model of heart rate evolution over time with
Annexe 8: Fit of observed skin conductance data and data predicted by the mixed model with
Annexe 9: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of skin conductance over time with
Annexe 10: Fit of observed movement speed data and data predicted by the mixed model
Annexe 11: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of movement speed over time with
255
Annexe 12: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à
iv.
256
Annexe 1: Analyse thématique catégorielle du discours des résidents principaux et des résidents secondaires (étude 1)
THEMATIQUES ABORDEES PAR LES RESIDENCES PRINCIPALES ABORDEES PAR LES RESIDENCES SECONDAIRES
GENERALES
Perception du Prédictibilité / probabilité des aléas Prédictibilité / probabilité des aléas
risque
Relativisation vis-à-vis d'autres risques
Sentiment d'incertitude et de peur Sentiment d'incertitude et de peur
Incontrôlabilité du risque Incontrôlabilité du risque
Impact émotionnel Impact émotionnel
Lien/confusion entre l'érosion côtière et la submersion marine Lien/confusion entre l'érosion côtière et la submersion marine
Rapprochement entre la submersion marine et le tsunami Rapprochement entre la submersion marine et le tsunami
Perception visuelle des risques côtiers Perception visuelle des risques côtiers
Comparaison perception visuelle/faits scientifiques Comparaison perception visuelle/faits scientifiques
Augmentation/accélération du risque
Vulnérabilité et Optimisme comparatif (le risque est plus importants ailleurs) Optimisme comparatif (le risque est plus importants ailleurs)
conséquences des
Acceptabilité du risque Acceptabilité du risque
risques côtiers
Sentiment de protection grâce aux infrastructures naturelles et
artificielles
Impact des expériences passées sur le sentiment de vulnérabilité / le
Impact des expériences passées sur le sentiment de vulnérabilité / le
risque perçu
risque perçu
Variabilité de la vulnérabilité du territoire selon les zones
Variabilité de la vulnérabilité du territoire selon les zones
257
Vulnérabilité accrue par l'Homme actuellement et par le passé Vulnérabilité accrue par l'Homme actuellement (urbanisation,
(urbanisation, tourisme) tourisme)
« La mer reprend ses droits » « La mer reprend ses droits »
Culture du risque et vulnérabilité accrue Culture du risque et vulnérabilité accrue
Expériences passées traumatisantes (vécu personnel) Expériences passées traumatisantes (faits relatés)
Conséquences économiques Conséquences économiques
Impact sur l’habitat et le paysage Impact sur l’habitat
Héritage des biens immobiliers Héritage des biens immobiliers
Dynamique des Caractère cyclique des risques côtiers Caractère cyclique des risques côtiers
risques côtiers
Les souvenirs personnels comme témoins des variations Les souvenirs personnels comme témoins des variations
Déséquilibres engendrés par l'Homme
L'Histoire et les expériences passées comme source de compréhension L'Histoire et les expériences passées comme source de
des risques présents et à venir compréhension des risques présents et à venir
Changement Pollution engendrée par les risques côtiers
climatique et
Le changement climatique comme amplificateur des risques côtiers Le changement climatique comme amplificateur des risques côtiers
environnement
Phénomènes météorologiques associés aux risques côtiers Climatoscepticisme
Atténuer le changement climatique
Autres effets locaux du changement climatique Autres effets locaux du changement climatique
Pollution de l'environnement par les déchets Pollution de l'environnement par les déchets
258
Communication/s Différents acteurs/sources de communication (services de l'Etat, Communication de la part des autorités locales/gestionnaires des
ensibilisation autorités locales, écoles...) risques
Communication par l'art
Sensibilisation du public, notamment des jeunes Sensibilisation du public, notamment des jeunes
Echanges entre les citoyens Echanges entre les citoyens
Recherche d'information Recherche d'information
Impacts de la communication (sensibilisation, risque Impacts de la communication (sensibilisation)
d’inquiétude/panique)
Réceptivité des citoyens
Réceptivité des citoyens
Efficacité des Crédibilité/compétences des experts/scientifiques Crédibilité/compétences des experts/scientifiques
institutions dans
Complémentarité du savoir expert et du savoir local
la gestion des
risques Distance entre les institutions (publiques et scientifiques) et le terrain Distance entre les institutions publiques et le terrain
Confiance dans la gestion des risques par les institutions de l'Etat
Contribution des différentes institutions de l'Etat (communes,
intercommunalité, observatoires, services départementaux...)
Gestion des Rôle des institutions publiques dans la gestion des urgences Rôle des institutions publiques dans la gestion des urgences
situations
Mesures de gestion des situations d'urgence Mesures de gestion des situations d'urgence
d’urgence
Formation des fonctionnaires en charge de la gestion d'urgence
Efficacité des institutions publiques dans la gestion d'urgence
Adaptation collective en situation d'urgence
259
Mesures Méthodes de gestion douces des risques Méthodes de gestion douces des risques
d’adaptation
Mesures de lutte active contre les risques Mesures de lutte active contre les risques
publique aux
risques côtiers Efficacité des mesures de gestion / possibilité d'action perçue Efficacité des mesures de gestion / possibilité d'action perçue
Incertitude quant à l'efficacité et le bien-fondé des mesures de gestion Incertitude quant à l'efficacité et le bien-fondé des mesures de
gestion
Traditions et adaptation aux risques
Coût financier et prise en charge des mesures d'adaptation
Temporalité de la mise en place des mesures d'adaptation
Temporalité de la mise en place des mesures d'adaptation
Réglementations de l’immobilier
Réglementations de l’immobilier
Gestion des risques côtiers complexe et technique
Gestion des risques côtiers complexe et technique
Souvenirs personnels des modes de gestion passés
Références historiques et souvenirs personnels des modes de gestion
passés
Adaptation Difficultés de se représenter des mesures d'adaptation individuelles Difficultés de se représenter des mesures d'adaptation individuelles
individuelle aux
Sensibilisation des proches / des clients
risques côtiers
Respect de l'environnement Sensibilisation des proches
Volonté d'investissement dans la réduction des risques côtiers Volonté d'investissement dans la réduction des risques côtiers
Approche individuelle et collective de la réduction et de l'adaptation
aux risques côtiers
Conflits d’intérêt Divergence d'intérêts entre les institutions de l'Etat et la population Divergence d'intérêts entre les institutions de l'Etat et la population
et arbitrage
Balance bénéfice-risque/coût des mesures d'adaptation aux risques
Arbitrage entre les enjeux, les intérêts divergents Arbitrage entre les enjeux, les intérêts divergents
260
Vision holistique de l'adaptation du territoire aux risques (pratiques
agricoles, urbanisme, rapport à la nature...)
Responsabilité et coordination des différentes parties prenantes dans la
gestion hydraulique
Marais et risques Interaction hydraulique marais-mer Interaction hydraulique marais-mer
côtiers
Le marais comme une zone vulnérable
Le marais comme une ressource adaptative
Gestion hydraulique complexe du marais
Biodiversité Protection de la biodiversité Protection de la biodiversité
Co-bénéfice de la gestion de l’eau
Respect de la biodiversité par les individus Respect de la biodiversité par les individus
Vulnérabilité de la biodiversité face aux risques côtiers Vulnérabilité de la biodiversité face aux risques côtiers
Identité et Implication dans la communauté Implication dans la communauté
attachement au
Cadre de vie valorisé Cadre de vie valorisé
lieu
Attachement au littoral Attachement au littoral
Identités de lieu (marais VS bord de mer)
Renouvellement de la population Renouvellement de la population
Racines familiales et/ou souvenirs de jeunesse Racines familiales et/ou souvenirs de jeunesse
Modifications du paysage urbain Modifications du paysage urbain
Variabilité du dynamisme du lieu selon la saison
261
Statut de station balnéaire Statut de station balnéaire
262
Annexe 2: Guide d’entretien (étude 1)
« Bonjour, nous sommes ingénieures d’études pour l’OR2C (Observatoire Régional des Risques
Côtiers). L’Observatoire dépend de Nantes Université et il s’intéresse au devenir des espaces habités
littoraux dans un contexte de changement climatique.
Nous souhaitons vous poser quelques questions concernant les phénomènes d’érosion et de
submersion marine. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses. Nous souhaitons recueillir
votre représentation des choses, la plus complète et fidèle possible. L’entretien devrait durer environ
45 minutes, et si ça ne vous dérange pas nous souhaiterions l’enregistrer pour pouvoir être
pleinement à votre écoute sans avoir besoin de tout noter. Etes-vous d’accord ? L’entretien restera
anonyme. »
Questions de confiance :
• Quelle est votre commune de résidence ?
• Habitez-vous en résidence principale ou secondaire ? Où se situe-t-elle ?
• Est-ce que d’après-vous il y a une différence entre submersion et l’érosion ? Quelle différence
feriez-vous ?
« Si cela vous convient, on vous parlera dans la suite de l’entretien de risques côtiers pour parler de
l’érosion et de la submersion. Si à un moment, lors d’une question vous pensez plus à l’érosion ou à la
submersion, n’hésitez pas à nous le dire. »
263
• Pensez-vous que ces changements peuvent se poursuivre à l’avenir ? (Investiguer les
temporalités à court ET long terme)
• Si pas d’évocation des risques côtiers : Avez-vous perçu des changements liés à l’érosion
ou à la submersion par ici ?
Au-delà des informations que vous avez formulées :
• Parlez-vous de ces changements avec votre entourage ? Qu’en dites-vous ?
o A quelle fréquence ?
o Y a-t-il des moments de l’année où c’est plus régulier ?
o Y a-t-il des lieux qui ressortent de vos discussions ?
• Selon-vous, la commune vous informe-t-elle suffisamment des risques côtiers ? Essayez-vous
de vous informer sur ces phénomènes, ces changements ? (Littérature, sur internet…)
• D’après-vous que peut-on faire pour adapter le littoral aux risques côtiers ?
• La collectivité prend-elle les risques côtiers suffisamment en main, d’après vous ? Par quels
moyens en particulier ?
o Y a-t-il un risque plus concerné ?
• Etes-vous informé de ce qui est fait à ce sujet ? De quelle manière ?
• Selon-vous à quel pas de temps faut-il agir pour adapter le territoire ?
• Pensez-vous pouvoir agir à votre échelle ?
• Selon-vous, dans ce contexte de changements climatiques et en particulier d’élévation du
niveau marin, comment les activités économiques du littoral peuvent-elles s’adapter ?
Variables sociodémographiques :
• Genre
• Âge
• CSP
« Nous vous remercions pour le temps que vous nous avez consacré. Après cette première petite
enquête, nous allons mener des ateliers participatifs avec des habitants afin d’imaginer ensemble des
scénarios d’adaptation à l’érosion. Seriez-vous intéressé(e) pour y participer ? Connaîtriez-vous du
monde qui pourrait l’être ? »
264
Annexe 3: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time as a function of
experimental condition (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed
Predictors Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p
(Intercept) 87.55 2.23 83.17 – 91.94 <.001*** 0.02 0.14 -0.26 – 0.30 0.891 0.83 0.12 0.60 – 1.06 <.001***
T1 -0.30 0.65 -1.59 – 0.98 .645 0.29 0.09 0.11 – 0.46 <.01** 0.60 0.14 0.31 – 0.88 <.001***
Condition [Panic] -4.31 3.15 -10.51 – 1.88 .172 0.08 0.21 -0.32 – 049 .686 -0.25 0.17 -0.58 – 0.08 .134
Condition [Calm] -2.45 3.21 -8.76 – 3.86 .446 -0.35 0.20 -0.75 – 0.04 .081 -0.26 0.16 -0.58 – 0.06 .113
T2 2.25 0.85 0.58 – 3.92 .008** -0.32 0.12 -0.54 – -0.09 <.01** -0.45 0.11 -0.67 – -0.23 <.001***
T1 * Condition [Panic] 0.83 0.92 -0.99 – 2.65 .368 -0.06 0.13 -0.31 – 0.18 .621 -0.14 0.21 -0.55 – 0.27 .500
T1 * Condition [Calm] 0.46 0.94 2.31 – 1.39 .628 0.16 0.12 -0.08 – 0.41 .191 0.01 0.20 -0.39 – 0.40 .976
Condition [Panic] * T2 -0.66 1.23 -3.08 – 1.76 .592 0.14 0.16 -0.18 – 0.46 .402 0.34 0.16 0.02 – 0.66 .035*
Condition [Calm] * T2 -1.20 1.25 -3.66 – 1.25 .336 0.21 0.17 -0.12 – 0.54 .209 0.27 0.16 -0.05 – 0.58 .098
Random Effects
265
ICC 0.82 0.31 0.19
N ID 85 86 83
Marginal R2 /
0.029 / 0.823 0.088 / 0.367 0.150 / 0.312
Conditional R2
Annexe 4 : Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time, as a function
of the presence of virtual agents (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed
Predictors Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p
T1 -0.30 0.66 -1.59 – 0.99 .646 0.28 0.09 0.11 – 0.46 <.01** 0.60 0.14 0.32 – 0.88 <.001***
Agent -3.41 2.73 -8.78 – 1.96 .212 -0.14 0.18 -0.49 – 0.21 .420 -0.26 0.14 -0.54 – 0.02 .074
T2 2.25 0.85 0.58 – 3.92 .008** -0.32 0.12 -0.55 – -0.09 <.01** -0.45 0.11 -0.67 – -0.23 <.001***
T1 * Agent 0.21 0.81 -1.38 – 1.80 .798 0.06 0.11 -0.16 – 0.27 .610 -0.06 0.18 -0.41 – 0.29 .726
Agent * T2 -0.93 1.06 -3.02 – 1.15 .380 0.17 0.11 -0.12 – 0.45 .254 0.30 0.14 0.03 – 0.57 .030*
266
Random Effects
N ID 85 86 83
Marginal R2 /
0.028 / 0.820 0.076 / 0.358 0.149 / 0.307
Conditional R2
Note : *** p<0.001, **p<0.01, *p<0.05
Annexe 5: Double-slope random-effects mixed models of changes in heart rate, skin conductance and movement speed over time, as a function of
virtual agent behavior (panic or not) (étude 3)
Heart Rate Skin Conductance Movement Speed
Estimate
Predictors std. Error CI p Estimates std. Error CI p Estimates std. Error CI p
s
267
0.06 <.001** 0.10
T1 -0.54 0.47 -1.47 – 0.39 .252 0.37 0.25 – 0.49 0.60 0.41 – 0.80 <.001***
*
Panic -3.14 2.74 -8.53 – 2.26 .253 0.26 0.18 -0.09 – 0.61 .148 -0.12 0.15 -0.41 – 0.17 .451
T2 1.68 0.62 0.46 – 2.90 .007** -0.22 0.09 -0.39 – -0.05 <.01** -0.33 0.08 -0.49 – -0.17 <.001***
T1 * Panic 1.07 0.81 -0.51 – 2.66 .185 -0.14 0.11 -0.36 – 0.07 .187 -0.15 0.18 -0.50 – 0.21 .421
Panic * T2 -0.09 1.08 -2.21 – 2.04 .937 0.04 0.15 -0.25 – 0.33 .786 0.21 0.14 -0.07 – 0.49 .144
Random Effects
τ11ID.T2
Note : *** p<0.001,1.83
**p<0.01, *p<0.05. 0.04 0.09
N ID 85 86 83
Marginal R2 /
0.014 / 0.821 0.076 / 0.359 0.13 / 0.317
Conditional R2
268
Annexe 6 : Fit of observed heart rate data and predicted data by the mixed model with fixed effect of the “Condition” variable (étude 3)
Measured data for Heart Rate
269
Annexe 7: Diagnostic accuracy of the mixed model of heart rate evolution over time with effect of the “Condition” variable (étude 3)
270
Annexe 8: Fit of observed skin conductance data and data predicted by the mixed model with fixed effect of the variable “Condition” (étude 3)
271
Annexe 9: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of skin conductance over time with effect of the “Condition” variable (étude 3)
272
Annexe 10: Fit of observed movement speed data and data predicted by the mixed model with fixed effect of the variable “Agent” (étude 3)
Measured data for movement Speed
273
Annexe 11: Diagnosis of the accuracy of the mixed model of movement speed over time with effect of the “Agent” variable (étude 3)
274
Annexe 12: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité de la lutte active (étude 4)
275
Annexe 13: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité de la recomposition territoriale (étude 4)
Annexe 14: QQ plot des résidus du modèle de régression multivariée appliqué à l'acceptabilité du laisser-faire (étude 4
276
Titre : S’adapter aux risques littoraux – De la perception à l’adaptation au travers des différents
temporalités du risque
Mots clés : Risques côtiers ; Adaptation ; Perception du risque ; Représentations sociales ; Temps ;
Catastrophe naturelle
Résumé : Cette thèse explore comment Les deux études suivantes explorent ensuite
s’articulent la perception du risque et l’interaction entre perception du risque et
l’adaptation en considérant la dimension adaptations individuelle et publique selon
temporelle du risque (au long cours ou différentes temporalités de risque et
soudain) et de l’adaptation (avant et pendant d’exposition. La première a permis d’identifier
l’exposition). Quatre études ont appliqué cette les réactions individuelles en situation
approche aux risques côtiers. d’exposition à un risque soudain (tsunami)
La première, qualitative, offre une vision grâce à une simulation en réalité virtuelle, et
d’ensemble au travers de l’étude des notamment de reconsidérer le « mythe de la
représentations sociales des risques côtiers et victime paniquée » face à une catastrophe
leur dimension prescriptive. La deuxième naturelle. La deuxième considérait cette fois-
étude a déterminé comment la communication ci l’adaptation publique à un risque au long-
par cartes de risque présentant des projections cours (érosion côtière). Elle a montré que la
futures influence la perception d’un risque au stratégie généralement très contestée de
long cours tel que l’érosion côtière, en relocalisation des enjeux est finalement la
mesurant notamment l’observation de cartes plus acceptée et a permis de déterminer des
de risque grâce à l’oculométrie. facteurs d’acceptabilité des différentes
stratégies, le pas de temps (court terme ou
long terme) de leur application n’en étant pas
un.
Title : Adapting to coastal risks – From perception to adaptation through the different temporalities of
risk
Keywords : Coastal risks; Adaptation; Risk perception; Social representations; Time ; Natural
disaster
Abstract : This thesis explores the The following two studies then explore the
relationship between risk perception and interaction between risk perception and
adaptation, taking into account the temporal individual and public adaptations according to
dimension of risk (long-term or sudden) and different temporalities of risk and exposure. The
adaptation (before and during exposure). Four first identified individual reactions to exposure
studies have applied this approach to coastal to a sudden risk (tsunami) using a virtual reality
hazards. simulation, and in particular reconsidered the
The first, a qualitative study, provides an “myth of the panicked victim” in the face of a
overview of the social representations of natural disaster. The second looked at public
coastal risks and their prescriptive dimension. adaptation to a long-term risk (coastal erosion).
The second study determined how risk map It showed that the generally hotly contested
communication presenting future projections strategy of relocating the stakes is ultimately
influences the perception of a long-term risk the most accepted, and identified factors in the
such as coastal erosion, by measuring risk acceptability of different strategies, with the
map observation using eye-tracking. time step (short or long term) of their
. application not being one of them.
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