Évolution du droit de la famille en France
Évolution du droit de la famille en France
2e partie : La famille
Nous avons étudié les personnes prises isolément – en réalité pas tout à fait puisque l’étude des
personnes vulnérables a déjà montré l’importance des liens familiaux – il convient maintenant
d’apprécier plus précisément la construction et les effets des rapports familiaux. On verra,
historiquement, l’importance du mariage. Il était à l’origine le seul couple reconnu par le droit.
Il est encore, aujourd’hui, l’institution fondatrice de la famille (même s’il apparaît aujourd’hui
menacé dans cette fonction). Il appellera donc des développements substantiels. A côté du
mariage, il existe d’autres formes de couple, le concubinage et le pacte civil de solidarité (le
PaCS). Il faut toutefois relever que ces autres formes de couple ne sont pas en elles-mêmes
constitutives d’une famille. En dehors du mariage, la famille ne peut se constituer qu’à partir
de l’enfant ➣ la famille se crée alors à partir des liens tissés par la filiation. On étudiera donc
successivement le mariage (titre 1), puis les autres formes de couple (titre 2) et enfin la filiation
(titre 3).
Avant cela, il convient, dans une introduction, de préciser l’objet de cette partie – la notion de
famille – et les évolutions qu’elle a connues.
I) La notion de famille
La famille apparaît comme une constante de l’histoire humaine. Il n’existe pas de sociétés sans
famille.
Elle est considérée comme la « cellule sociale par excellence » ➣ on concevrait mal une société
constituée d'individus isolés d’un côté et de l'État de l’autre. Aucun régime, aucune idéologie
politique n'a jamais proposé la disparition pure et simple de la famille.
Si la famille est une constante, elle est toutefois appréhendée différemment selon les époques
et les lieux. Pour la France, on peut ainsi dessiner les grandes lignes de l'évolution récente. Elle
se caractérise d'abord par une baisse sensible du nombre des mariages mais aussi par des
mariages plus fragiles. Parallèlement, on a vu apparaître de nouvelles formes de vie familiale
(plus de la moitié des enfants naissent hors mariage1). Le concubinage, marginal dans les années
1960, s'est considérablement développé et les recompositions familiales sont fréquentes.
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(63,8 % en 2022, chiffre INSEE).
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De là, on peut décrire la famille comme une série de cercles concentriques au contenu variable.
Le cercle le plus large englobe toutes les personnes descendant d'un auteur commun auxquelles
on peut ajouter les alliés. En resserrant progressivement le cercle, la famille peut se réduire au
couple et à ses enfants, voire au seul ménage. Dans ce cercle plus étroit, on trouve également
les familles monoparentales ou les familles recomposées.
Comment le droit se saisit-il de ce phénomène social ? D’abord, il faut relever que le code
civil ne contient pas de définition de la famille. Il n’y a pas de subdivision qui lui soit
directement consacrée. Le terme de famille apparaît seulement au travers d'expressions lorsque
le code envisage la « direction de la famille » (article 213), « le logement de la famille » (article
215), ou encore « l'intérêt de la famille » (article 217). Pourtant, au travers des règles relatives
au mariage, au divorce, à la filiation et aux autres formes de couples, le code civil exprime
indéniablement une certaine conception de la famille.
Cette conception est fondée principalement sur la parenté et sur l'alliance. Au travers de
ces liens, le droit civil fixe les conditions de constitution de la famille et les obligations qui en
découlent.
➤ La conception de la famille en droit civil s’exprime d’abord au travers de l’alliance. Celle-
ci résulte du mariage (➣ qui est le lien de droit unissant les époux ainsi que chacun d'eux aux
parents de son conjoint). À l'inverse, le concubinage ne crée pas de lien d'alliance, ni entre les
concubins, ni entre chacun d'eux et les parents de l'autre. Le pacte civil de solidarité ne crée pas
non plus de lien d'alliance, ni entre les partenaires, ni à l'égard de leurs familles respectives.
C’est pourquoi, on l’a dit, le concubinage ou le PaCS ne sont pas des structures juridiques
familiales même si leur étude intègre les ouvrages de droit de la famille. Pour ces couples, la
famille se construit à partir de l’enfant.
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La parenté unit des personnes qui descendent les unes des autres (parenté en ligne directe) ou
d'un auteur commun (parenté en ligne collatérale).
- La ligne directe est celle qui relie les ascendants et les descendants : arrière-grands-
parents, grands-parents, parents, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants.
- La ligne collatérale est celle qui relie les personnes issues d'un auteur commun : frères
et sœurs, oncles et neveux, cousins.
La famille du code civil repose tout entière sur le mariage. Le mariage donne alors naissance à
des statuts inégaux entre les individus. Au sein de la famille elle-même, il y a une inégalité
fondamentale entre les époux. La famille est placée sous la direction d’un chef, le mari, qui
détient tous les pouvoirs. Le mari détient la puissance paternelle qui lui donne tout pouvoir sur
les enfants et la femme mariée est placée elle aussi sous la domination du mari, tant au plan
personnel qu’au plan patrimonial. Pour favoriser le mariage sur les autres formes d’unions, le
droit consacre également une inégalité entre les enfants. Les enfants nés d’un couple marié
sont appelés « enfants légitimes » et ceux issus d’un couple non-marié « enfants naturels ». Les
enfants naturels ont alors des droits diminués par rapport aux enfants légitimes.
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Toute l’évolution postérieure au code civil va se faire dans le sens des progrès continus de la
liberté et de l’égalité des individus. Si le droit de la famille a connu certaines réformes au
début du XXe siècle, il convient de souligner l’importance des grandes réformes des années
1960/1970 conduites par le Doyen Carbonnier : réforme des régimes matrimoniaux en 1965 qui
instaure l’égalité entre les époux ; réforme de la filiation en 1972 qui instaure l’égalité entre les
enfants légitimes et naturels (mais pas avec les enfants adultérins) ; réforme du divorce en 1975.
Au court du dernier quart du XXe siècle, le législateur est encore intervenu pour aller vers
toujours plus d’égalité concernant les enfants. Par ailleurs, une nouvelle pression sociale est
apparue venant des couples de personnes de même sexe, revendiquant au nom de l’égalité le
droit de se marier et de fonder une famille. C’est ainsi qu’a été créé notamment le PaCS en
1999. Le début du XXIe siècle a été marqué par une série d’autres réformes pour parachever
celles menées précédemment et leur donner plus de cohérence. Tous les domaines ont été
concernés : la filiation qui a vu disparaître la distinction entre enfants naturel et légitime, le
divorce, le PaCS mais aussi le mariage avec l’ouverture de l’institution aux couples de
personnes de même sexe. En dernier lieu, on mentionnera l’ouverture toute récente de
l’assistance médicale à la procréation (l’AMP) aux couples de femmes et aux femmes seules.
Enfin, depuis quelques années, on observe un mouvement de déjudiciarisation (on l’a vu avec
la réforme de l’administration légale en 2015, on le verra encore en étudiant le divorce par
consentement mutuel sans juge introduit en 2016).
C’est en gardant en tête, que le droit de la famille a connu des mutations profondes ces dernières
décennies que nous allons entamer son étude par le mariage (Titre 1). Après quoi nous
étudierons les autres formes de vie de couple (Titre 2) puis la filiation (Titre 3).
Titre 1 : Le mariage
Le mariage, on l’a dit, est l’institution fondatrice de la famille. Le code civil de 1804 n’en
donnait pas de définition tant celle-ci semblait évidente. L’institution a profondément évolué
avec la loi du 17 mai 2013.
Nous étudierons dans un premier temps la formation du mariage (chapitre 1) puis ses effets
(chapitre 2) et enfin sa dissolution (chapitre 3).
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Il existe des conditions de fond et des conditions de forme qui si elles ne sont pas respectées
entraînent la nullité du mariage dont il faudra préciser l’étendue.
La validité du mariage est soumise à des conditions de fond (§ 1) et à des conditions de forme
(§ 2). Concernant l’appréciation de ces conditions, il faudra relever les rôles spécifiques de
l’officier d’état civil et du ministère public (§ 3).
Les conditions de fond du mariage sont de plusieurs ordres. Classiquement, les auteurs les
répartissent en trois catégories : les conditions d’ordre physiologiques (A) ; les conditions
d’ordre psychologique (B) et les conditions d’ordre sociologique (C).
Le mariage entre personnes de même sexe était traditionnellement interdit. Selon le tribunal de
grande instance de Bordeaux, saisi pour la première fois de la question à propos d’un mariage
célébré entre deux hommes à Bègles en 2004, la différence de sexe était une évidence pour les
rédacteurs du code civil, et elle ressortait implicitement des textes (notamment les article 75 et
144) (TGI Bordeaux 27 juillet 2004). La cour d'appel de Bordeaux avait confirmé ce jugement
en affirmant que la différence de sexe était une condition de l'existence du mariage (Bordeaux,
19 avril 2005). La Cour de cassation, comme il était prévisible, a rejeté le pourvoi formé contre
l'arrêt de la cour d'appel de Bordeaux en affirmant que, au regard de la loi française, « le mariage
[était] l'union d'un homme et d'une femme » et que ce principe n'était contredit par aucune
disposition de conventions internationales applicables en France (Civ. 1re, 13 mars 2007, n° 05-
16.627).
Le Conseil constitutionnel, saisi par la voie d'une question prioritaire de constitutionnalité, avait
également affirmé que les dispositions des anciens articles 144 et 75 du code civil, qui posaient
l'exigence d'une différence de sexe entre époux n’étaient pas contraires à la Constitution (Cons.
const. 28 janv. 2011, n° 2010-92 QPC).
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exigent une différence de sexe entre les futurs époux. Elle a considéré que l'absence de
consensus entre les États membres doit conduire à leur laisser la décision d'autoriser ou non le
mariage entre personnes de même sexe et que l'article 12 de la Conv. EDH n'impose pas
d'accorder un tel accès (CEDH 24 juin 2010, Shalk et Kopf c/ Autriche, req. n° 30141/04).
La validité du mariage entre personnes de même sexe a été finalement admise par la loi du 17
mai 2013. La disposition fondamentale de cette loi réside dans l'article 143 du code civil qui
prévoit que : « Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même
sexe ».
Toutes les dispositions du livre Ier du code civil (à l'exclusion de celles prévues aux chapitres
Ier à IV du titre VII relatif à la filiation) ainsi que les dispositions du livre III (et, plus
particulièrement, celles relatives aux successions) leur sont transposables (art. 6-1 modifié par
la loi du 2 août 2021). Les époux de même sexe peuvent bénéficier également des dispositions
relatives à l'adoption et de la possibilité d'adopter ensemble un enfant (art. 343) ou d'adopter
l'enfant de l'autre ( art. 370-1 nouveau) [➣ depuis l’entrée en vigueur de la loi du 21 février
2022, cette possibilité n’est plus réservée aux époux].
2. L’âge
L’article 144 du code civil dispose que pour pouvoir contracter mariage, les futurs époux
doivent avoir atteint l'âge de 18 ans. Jusqu’en 2006, cet âge minimum était fixé à 15 ans pour
les filles. La loi du 4 avril 2006 l'a porté à 18 ans pour les filles comme pour les garçons, par
souci d'égalité et surtout dans la perspective de lutter contre le mariage forcé de jeunes filles.
Des dispenses peuvent toutefois être accordées par le procureur de la République pour motifs
graves (art. 145). Le motif généralement invoqué est la grossesse de la future épouse. Enfin, il
faut relever que s'il fixe pour le mariage un âge minimum, le code civil ne prévoit pas, à
l'inverse, d'âge maximal. Les personnes très âgées ne sont frappées d'aucune interdiction et
peuvent parfaitement se marier. La vieillesse ne sera appréhendée que par son impact possible
sur la lucidité du consentement
3. La santé
Aucune maladie (ou infirmité) ne peut à elle seule interdire à une personne de se marier, dès
lors qu'elle n'empêche pas le consentement de s'exprimer. Même l’approche de la mort n’est
pas un obstacle à la formation du mariage puisque les mariages in extremis sont admis.
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L’article 146 du code civil dispose qu’il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a pas de
consentement. On peut douter de l’existence de la volonté en cas d’altération des facultés
mentales ou en l’absence d’intention matrimoniale d’un des époux.
Ainsi qu’on l’a déjà vu, le majeur sous tutelle ou sous curatelle peuvent désormais se marier
sans y être autorisés. Cela ne fait pas pour autant disparaître la nécessité d'un consentement
valable du principal intéressé au moment de la célébration. Une action en nullité pour défaut de
consentement sur le fondement de l'article 146 du code civil est concevable si la preuve d'un
état de démence lors de la célébration est rapportée.
L’intention matrimoniale est la volonté, pour les époux, de vivre une vraie vie conjugale et
d’assumer toutes les conséquences, personnelles et patrimoniales, de l’engagement qu’ils vont
prendre.
Or, certaines personnes espèrent par le biais de la célébration du mariage, obtenir un avantage
précis sans qu’il y ait de leur part de véritable volonté de se marier. Les buts recherchés sont
divers : bénéficier d’avantages patrimoniaux notamment fiscaux ou acquérir la nationalité
française (on parle alors de mariages naturalisants). Il s’agit de ce que l’on appelle un mariage
simulé ou un mariage fictif. On parle encore de « mariages blancs ». La difficulté vient de ce
qu’il n’est pas forcément évident de déterminer à partir de quel moment le mariage est fictif.
Un critère avait été posé dans l’arrêt Appietto rendu par la première chambre civile de la cour
de cassation le 20 novembre 1963 : Que posait la Cour de cassation ?
1re chose : lorsque les époux n’ont eu en vue que des avantages étrangers à l’union
matrimoniale, leur mariage est nul sur le fondement de l’article 146 du code civil, faute de
véritable consentement.
2nde chose : En revanche, le mariage est valable lorsque les conjoints ont cru pouvoir limiter
ses effets légaux. On parle alors de mariage a effet conventionnellement limités lorsqu’au
moins un effet a été recherché : c’est le cas du mariage légitimant (dans l’arrêt Appietto le
mari n’avait consenti à cette union que dans le but de conférer la légitimité à l’enfant dont il
était le père).
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Cette position a été critiquée. La doctrine a notamment fait valoir que la distinction était
artificielle et que le prononcé systématique de la nullité était préférable lorsqu’était établie
l’absence d’intention matrimoniale.
Dans ses décisions ultérieures, la Cour de cassation s'est souvent contentée de rappeler le
pouvoir souverain des juges du fond et de se retrancher derrière leur appréciation des faits.
Cependant, dans un arrêt de principe rendu par la première chambre civile le 28 octobre 2003
(n° 01-12.574), la Cour de cassation a rappelé que « le mariage est nul faute de consentement
lorsque les époux ne se sont prêtés à la cérémonie qu’en vue d’atteindre un but étranger à
l’union matrimoniale ». Il s’agissait en l’espèce d’un but successoral : le mari atteint d’une
grave maladie avait épousé son amie d’enfance juste après avoir choisi devant notaire le régime
matrimonial de la communauté universelle. S’étant rétabli, il avait agi en nullité sur le
fondement de l’article 146 du code civil. L'éventuelle validité du mariage dont les époux
auraient cru pouvoir limiter les effets légaux n'est plus évoquée (ce qui semble marqué
l’abandon de la jurisprudence Appietto).
Postérieurement, la Cour de cassation dans un arrêt rendu par la première chambre civile le 19
décembre 2012 (n° 09-15.606) a encore approuvé une cour d’appel d’avoir annulé le mariage
alors que l’épouse condamnée pour coups et blessures ayant entraîné la mort de son mari, s’était
mariée dans le but exclusif d’appréhender le patrimoine de ce dernier, sans aucune intention de
se soumettre aux obligations nées de l’union conjugale.
Reste alors à établir le défaut d’intention matrimoniale : c’est la volonté des époux de
respecter les devoirs et obligations du mariage qui permet d’établir le consentement des époux.
Au contraire, le non-respect de ces obligations permettra d’établir le défaut d’intention
matrimoniale. L’existence d’une communauté de vie après le mariage sera souvent un élément
déterminant pour établir l’intention matrimoniale. ➣ Voir, récemment, le rejet d’un pourvoi
par la Cour de cassation à l’encontre d’un arrêt ayant refusé d’annuler un mariage parce que la
preuve du défaut d'intention matrimoniale n'était pas rapportée. Pour la Cour de cassation,
même si l'épouse avait admis qu'il s'agissait « d'un mariage de raison » destiné à lui procurer
une aisance financière, « les époux avaient connu une communauté de vie effective » et la
preuve n'était pas rapportée que l'épouse ait eu l'intention de ne pas honorer ses engagements
(Civ. 1re, 13 janv. 2021, n° 19-16.703).
La preuve du défaut d’intention matrimoniale peut être rapportée par tous moyens et relève de
l’appréciation souveraine des juges du fond.
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Par ailleurs, il convient de relever que l’interprétation de l’article 146 du code civil faite par la
Cour de cassation a été validée par le Conseil constitutionnel, saisie d’une QPC dans une
décision du 22 juin 2012. Le Conseil reproduit l’attendu de principe de la Cour de cassation
dans sa décision du 28 octobre 2003 et affirme que « la protection constitutionnelle de la liberté
du mariage ne confère pas le droit de contracter mariage à des fins étrangères à l’union
matrimoniale ». Il en conclut que l’article 146 tel qu’interprété par la Cour de cassation ne porte
pas atteinte à la liberté du mariage.
➤ La lutte contre les « mariages blancs ». Le législateur a entrepris de lutter contre les mariages
fictifs, célébrés en vue d’obtenir la nationalité française ou un titre de séjour. Il est notamment
intervenu pour durcir les conditions d’acquisition de la nationalité par mariage (article 21-2 du
code civil). Par ailleurs, la cessation de la communauté de vie dans entre les époux dans les
douze mois qui suivent la déclaration d'acquisition de la nationalité française par mariage
prévue à l’article 21-2 du code civil constitue une présomption de fraude (article 26-4 du code
civil). Enfin, les contrôles en amont ont été renforcés (➣ à voir avec l’étude des conditions de
forme). Sur ce point, on relèvera que, par le passé, le Conseil constitutionnel a censuré, une
disposition de la loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l'immigration,
au séjour des étrangers en France et à la nationalité, qui aurait permis à l'officier de l'état civil
de considérer que le séjour irrégulier était un indice sérieux du caractère fictif du mariage (Cons.
const., 20 nov. 2003, n° 2003-484 DC).
Pour que le mariage soit valablement formé, il ne suffit pas que l'intention existe. Il faut encore
que la volonté soit exempte de vices, qu'elle soit libre mais aussi éclairée. Cette liberté du
consentement doit s’apprécier avant le mariage lui-même et au moment de sa célébration.
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La liberté du mariage a plusieurs facettes : celle de se marier mais aussi celle de ne pas se
marier. Parce qu’on doit pouvoir rester libre de se marier, la jurisprudence a condamné les
clauses de célibat dans certains contrats de travail. Concernant les hôtesses de l’air d’Air
France, par exemple, la CA de Paris dans un arrêt du 30 avril 1963 a jugé que « le droit au
mariage est un droit individuel d'ordre public qui ne peut se limiter ni s'aliéner ». La Cour de
cassation a également rappelé, à propos d’une institution religieuses qui avait licencié une
enseignante qui s’était remariée après un divorce « qu'il ne peut être porté atteinte sans abus à
la liberté du mariage par un employeur que dans des cas très exceptionnels ou les nécessites des
fonctions l'exigent impérieusement », Affaire Sainte-Marthe, AP, 19 mai 1978. La CJUE
considère également que la restriction à la liberté matrimoniale « est subordonnée à l'existence
objectivement vérifiable d'un lien direct entre l'exigence professionnelle imposée par
l'employeur et l'activité concernée » (CJUE, 11 septembre 2018, C-68/17).
De même, parce que les futurs époux doivent rester libres de ne pas se marier, la
jurisprudence ne reconnaît aucune force obligatoire aux promesses de mariage ou aux
fiançailles qui peuvent toujours être rompues. Elle refuse de considérer les fiançailles comme
un contrat juridiquement obligatoire. En ce sens, la promesse de mariage est dénuée de valeur
juridique. Toutefois les juges reconnaissent la possibilité pour la ou (le) fiancé(e) délaissé(e) de
réclamer des dommages et intérêts en réparation du préjudice que peuvent lui causer les
circonstances fautives de la rupture. S'agissant d'une responsabilité de nature délictuelle, elle
exige que soient réunies les conditions d'application de l'article 1240 du code civil (ancien
article1382) (faute, préjudice et lien de causalité). Encore faut-il d’abord faire la preuve de ces
fiançailles. Pendant longtemps, la jurisprudence a exigé que la preuve de la promesse soit
administrée, comme en matière contractuelle, par écrit ou avec un commencement de preuve
par écrit. Cette position est aujourd’hui abandonnée. Mais ni l’existence d’un concubinage,
quelle que soit sa durée, ni la naissance d’un enfant ne suffisent à faire la preuve des fiançailles.
Cette preuve pourra être établie par la fixation d’une date de mariage ou bien par
l’accomplissement des formalités en vue du mariage.
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Il reste que la rupture ne peut donc donner lieu à réparation que si elle est intervenue dans des
circonstances révélant une faute de la part de son auteur, cette faute ayant entraîné un préjudice
pour l'autre fiancé. Par exemple, la rupture une semaine, avant le mariage, après avoir annulé
les préparatifs sans en informer la fiancée constitue une faute ; même chose pour le futur mari
qui ne se présente pas à la mairie alors qu’il y est attendu par sa fiancée et les invités. Mais
certains auteurs s’interrogent à propos de cette position et se demandent « comment expliquer
[…] que l'on puisse commettre une faute en rompant une promesse trop peu de temps avant la
célébration, tout en considérant que la liberté de la volonté doit être préservée jusqu'au prononcé
même du « oui » ? » (J. Hauser). Le fiancé qui entend obtenir réparation doit établir, outre la
faute imputable à l'auteur de la rupture, le préjudice qu'il subit du fait de cette rupture. Ce n'est
que l'application des règles générales de la responsabilité civile. En l'absence de tout préjudice,
la rupture d'une promesse de mariage ne peut donner lieu à réparation. Ce préjudice peut être
matériel ou moral. Pour le préjudice matériel, il s'agira, le plus souvent, de réparer le préjudice
résultant des dépenses faites en vue du mariage et devenues inutiles du fait de la rupture ou des
frais d’installation d’un appartement destiné aux futurs époux. Le préjudice moral pourra
notamment résulter de l'atteinte portée à la réputation.
Les fiançailles créent une situation de fait qui peut produire certains effets juridiques. Après
la rupture se pose notamment le sort des cadeaux. Les tribunaux considèrent, en principe, que
les cadeaux doivent être restitués. C’est une application de l’article 1088 du code civil selon
lequel « toute donation faite en faveur du mariage sera caduque, si le mariage ne s'ensuit pas ».
Les présents d’usages peuvent néanmoins être conservés. La bague de fiançailles est
généralement considérée comme un présent d'usage. Elle restera donc acquise à la fiancée, à
moins que sa valeur n'excède les facultés respectives des futurs époux ou qu'il ne s'agisse d'un
bijou de famille.
Il ressort de l’article 180 du code civil que le consentement au mariage doit être exempt de
vices. En droit commun, les vices du consentement sont le dol (càd la tromperie), l’erreur et la
violence. Pour le mariage, le dol n’est pas retenu car il serait trop difficile à distinguer des
manœuvres de séduction. Selon la formule de Loysel, « en mariage, trompe qui peut ».
Seuls deux vices sont retenus pouvant entraîner l’annulation du mariage : l’erreur et la violence.
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La violence, d’abord. ➣ Définition : la violence est une contrainte exercée à l’égard d’une
personne qui, en raison de la crainte qu’on lui a inspirée donne un consentement forcé. Il peut
s’agir d’une contrainte physique ou d’une contrainte morale. La violence physique est difficile
à envisager au moment de la célébration du mariage du fait de la présence de l’officier d’état
civil. Elle a cependant pu intervenir avant la célébration pour contraindre la victime à consentir
au mariage.
Cette question a connu un renouveau d’actualité avec la question des mariages forcés. Ces
mariages sont le plus souvent imposés aux jeunes filles. La loi du 4 avril 2006 sur la prévention
et la répression des violences au sein du couple et contre les enfants a aligné l’âge légal du
mariage des femmes sur celui des hommes et modifié l’article 180 du code civil pour permettre
une sanction a posteriori des mariages forcés sur le fondement de la violence. L’action est
désormais ouverte au ministère public.
Par ailleurs, l’article 180 précise expressément que la contrainte procédant « d’une crainte
révérencielle » envers un ascendant constitue aussi un cas de nullité du mariage. La crainte
révérencielle peut se comprendre comme le sentiment d’obéissance, de respect et de crainte
ressentie à l’égard de ses parents.
Enfin, il faut évoquer la loi du 9 juillet 2010 « relative aux violences faites spécifiquement aux
femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants ».
Cette loi a introduit dans les articles 515-9 et 515-13 du code civil « l’ordonnance de
protection » qui permet au JAF de prendre des mesures d’éloignement du conjoint ou du
concubin violent. Cette ordonnance de protection peut également être délivrée par le juge à la
personne majeure menacée de mariage forcé (article 515-13 du code civil) ➣ dispositions
modifiées en dernier lieu par loi n° 2024-536 du 13 juin 2024 renforçant l'ordonnance de
protection et créant l'ordonnance provisoire de protection immédiate.
L’erreur, maintenant. Il faut distinguer l’erreur sur l’identité de la personne et l’erreur sur ses
qualités.
L’erreur sur l’identité : il est difficile d'imaginer aujourd'hui une erreur sur l'identité
physique du conjoint (cas où il y aurait substitution de personne). L’hypothèse est peu
vraisemblable. On peut en revanche envisager l'erreur sur l'identité civile du conjoint. La
personne est bien celle avec laquelle on entendait se marier, mais elle est une autre personne
sous l'angle de l'état civil. Ce sera le cas d’un individu qui utilise de faux papiers et contracte
un mariage sous cet état civil d'emprunt.
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L’erreur sur les qualités essentielles de la personne : à l’origine, cette erreur n’était pas prise
en considération. La Cour de cassation, dans un arrêt célèbre, l’arrêt Berthon, arrêt de chambre
mixte rendu le 24 avril 1862, avait refusé d’annuler un mariage contracté avec un ancien forçat.
Après quelques hésitations jurisprudentielles, la loi du 11 juillet 1975 a modifié l’article 180
qui dispose désormais que « s'il y a eu erreur dans la personne, ou sur des qualités essentielles
de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage ». La question se pose alors
de savoir ce qu’on entend par qualité essentielle. Est-ce que ce sont des qualités que l’on
apprécie objectivement (par rapport à ce qui est communément attendu d’un mariage) ou
subjectivement (en fonction de chaque individu) ? Certaines qualités sont considérées comme
essentielles sans difficulté. C’est le cas de la santé mentale. Encore faut-il prouver que la
maladie est antérieure au mariage et qu’elle était ignorée du conjoint au moment de l’échange
des consentements. On l’a admis également pour l’aptitude aux rapports sexuels ou l’activité
de prostituée de l’épouse avant le mariage. La question de l’appréciation objective ou subjective
des qualités essentielles s’est posée à propos la virginité de la future épouse. Dans cette affaire,
le mari demandait la nullité du mariage au motif que son épouse lui avait caché le fait qu’elle
n’était plus vierge, ce qu’il avait découvert après la célébration du mariage. Le TGI de Lille,
dans une décision rendue le 1er avril 2008 avait prononcé la nullité du mariage et admis que la
virginité de l’épouse pouvait être considérée comme une qualité essentielle Sur appel du
parquet, la Cour d’appel de Douai a infirmé la décision et considéré que la virginité n’était pas
une qualité essentielle « en ce que son existence n’a pas d’incidence sur la vie matrimoniale »
(17 nov. 2008). Il ressort de cette décision que « les qualités essentielles doivent s’apprécier
objectivement, en fonction de l’état des mœurs et des valeurs de la société à un moment donné »
(Virginie Larribau-Terneyre).
Notons que la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la
République a inséré dans le code de la santé publique un article L. 1110-2-1 qui dispose que
« Un professionnel de santé ne peut établir de certificat aux fins d'attester la virginité d'une
personne ».
3. La volonté de la famille
La volonté de la famille peut s’exprimer à deux niveaux : lorsqu’une autorisation est nécessaire,
ou indirectement, pour faire opposition au mariage.
On l’a déjà vu, l’autorisation est nécessaire, à peine de nullité relative, pour le mariage des
mineurs. Depuis la loi de 2006 qui a aligné l’âge légal du mariage des filles sur celui des garçons
(soit 18 ans), le consentement parental n’a, en principe, plus d’objet. Il subsiste néanmoins dans
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
les cas où un mineur se marie du fait d’une dispense accordée par le procureur de la République
(voir articles 148, 149, 150 et 159 du code civil).
La volonté familiale peut aussi s’exprimer en faisant opposition au mariage. L’opposition est
un acte juridique par lequel certaines personnes font connaître à l’officier d’état civil l’existence
d’un empêchement au mariage (c’est-dire d’une cause de nullité) et lui demandent de surseoir
à la célébration. Le droit de faire opposition appartient essentiellement à la famille : père, mère,
ascendants, certains collatéraux (article 173 et 174) ou au ministère public (notamment pour
éviter les mariages « naturalisants »).
La loi du 23 mars 2019 a également donné un droit d’opposition au tuteur et au curateur (article
175 du code civil). L’opposition pourra notamment être fondée sur le fait que le majeur n’est
pas en état de consentir au mariage.
1. L’interdiction de la bigamie
L’article 147 du code civil dispose qu’« on ne peut contracter un second mariage avant la
dissolution du premier ». Pour pouvoir se marier, il faut donc être célibataire, veuf ou divorcé.
Dans le cas contraire, il y aurait bigamie et nullité du second mariage. La loi ne fait pas que
poser un interdit. Elle s'efforce d'abord de prévenir la réalisation de la situation de bigamie.
Ainsi, toute personne qui souhaite se marier doit remettre à l'officier de l'état civil une copie
intégrale de son acte de naissance délivrée depuis moins de trois mois. La production de cette
copie doit, en principe, permettre de révéler l'existence d'un mariage antérieur puisque l'article
76 du code civil impose la mention de toute célébration de mariage en marge de l'acte de
naissance de chaque époux ainsi que le nom du conjoint. Enfin, la prévention est également
assurée par le droit d'opposition au mariage accordé à la personne déjà mariée avec l'une des
deux personnes souhaitant de nouveau se marier (article 172).
2. L’interdiction de l’inceste
Le mariage entre parents par le sang et alliés à un degré prohibé est interdit à peine de nullité
absolue. Ces interdictions concernent tant la famille par le sang que la famille adoptive.
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
Le mariage est toujours prohibé entre ascendants et descendants sans limitation de degré
(article 161 du code civil).
En ligne collatérale, le mariage est interdit, en principe, jusqu’au troisième degré, c’est-à-dire
entre frères et sœurs, et depuis la loi du 17 mai 2013, entre frères et entre sœurs (article 162)
mais également entre l’oncle et la nièce ou, depuis la loi du 17 mai 2013, l’oncle et le neveu.
Même chose pour la tante et le neveu ou la tante et sa nièce (article 163).
Il ressort des articles 161 et 162, que l'alliance résultant du mariage entraîne un empêchement
à mariage ultérieur en ligne directe mais non en ligne collatérale.
En conséquence, est interdit le mariage entre un père ou une mère et celui qui a été le conjoint
de son enfant ou le mariage entre un fils ou une fille et celui qui a été le conjoint de son père
ou de sa mère.
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paternelle pour elle (au moins sur le plan symbolique), que le mariage annulé n’avait duré que
huit ans et qu’aucun enfant n’en était issu.
Les prohibitions à mariage se retrouvent pour la parenté adoptive qu’il s’agisse de l’adoption
plénière (article 356 du code civil) ou de l’adoption simple (article 361, nouveau). Pour
l’adoption plénière, il y a là une exception à la règle selon laquelle l’adopté cesse d’appartenir
à sa famille par le sang.
c) Les dispenses.
Certaines conditions de forme sont aussi imposées au mariage. Certaines formalités sont
préalables à la célébration (A) ; d’autres lui sont concomitantes (B).
La remise de diverses pièces, visées à l’article 63 du code civil, est destinée à permettre à
l’autorité publique de contrôler le respect des conditions de fond du mariage.
L’article 63 du code civil prévoit également une éventuelle audition des futurs époux. Cette
audition est destinée à vérifier que le mariage n’est ni simulé, ni forcé.
L’audition commune des futurs époux a lieu « sauf en cas d'impossibilité ou s'il apparaît, au vu
des pièces fournies, que cette audition n'est pas nécessaire au regard des articles 146 et 180 ».
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
L’officier d’état civil demandera à s'entretenir individuellement avec chacun des futurs époux
lorsqu'il a des raisons de craindre que le mariage envisagé est susceptible d'être annulé au titre
des articles 146 ou 180 (➣ le texte modifié concernant les modalités de cette audition par la loi
n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République).
La loi impose aussi une publicité du projet de mariage sous la forme des bans qui doivent être
publiés 10 jours avant la célébration (sauf dispense éventuelle accordée par le procureur de la
République : article 169 du code civil).
B. La célébration du mariage
Le mariage sera, en principe, célébré à la mairie de la commune où l’un des époux, ou l’un de
leurs parents a son domicile ou sa résidence établie depuis au moins un mois (article 74 et 165
du code civil). Par exception, le mariage peut ne pas se dérouler à la mairie (not. en cas de péril
imminent de mort de l’un des époux). Il peut également être célébré dans un autre bâtiment
communal.
Le mariage doit être public. Les portes de la mairie doivent restées ouvertes afin que toute
personne puisse y assister. Afin d'éviter les fraudes concernant l'identité des futurs époux, la
célébration exige la présence d’au moins deux témoins.
La présence des époux est obligatoire pour garantir la liberté de leur consentement (article 146-
1 du code civil). ⚠ Même si on l’évoque dans l’étude des conditions de forme, il s’agit pour la
jurisprudence d’une condition de fond. Elle est donc soumise au régime des nullités absolues
(Civ.1, 28 mars 2006, n° 03-10.072).
✓ L'officier de l'état civil interpelle ensuite les futurs époux pour demander s'il a été fait un
contrat de mariage, et, dans l'affirmative, la date de ce contrat ainsi que les nom et lieu de
résidence du notaire qui l'a reçu (article 75, al.4).
✓ L'officier de l'état civil reçoit ensuite de chaque partie, l'une après l'autre, la déclaration
qu'elles veulent se prendre pour époux . Il prononcera, ensuite, au nom de la loi, qu'elles sont
unies par le mariage, et il en dressera acte sur-le-champ. (article 75, al. 6).
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Par ailleurs, l'article 171 du Code civil, prévoit à titre exceptionnel la possibilité d’un mariage
posthume. Le Président de la République peut, pour des motifs graves, autoriser la célébration
du mariage en cas de décès de l'un des futurs époux, dès lors qu'une réunion suffisante de faits
établit sans équivoque son consentement. Il apprécie discrétionnairement l'existence et la
gravité du motif. À l'égard de l'époux survivant, le mariage posthume produit des effets limités
qui remontent fictivement à la date du jour précédant celui du décès de l'époux (article 171 al.
2). L’époux survivant peut porter le nom du défunt. Les effets patrimoniaux du mariage
posthume sont limités (pas de droits de succession hors testament, pas de régime matrimonial).
➤ L’officier d’état civil doit auditionner les futurs époux lorsqu’il suspecte que le mariage qui
doit être célébré est fictif ou entaché du vice du violence. Toutefois, il ne peut s’opposer seul à
la célébration du mariage : il doit alors alerter le ministère public.
➤ Le ministère public peut former opposition « pour tous les cas où il pourrait demander la
nullité du mariage » (article 175-1 du code civil) : ce qui vise les cas de nullité absolues de
fond ou de forme. Notons que saisi d’une QPC portant sur cet article 175-1, le conseil
constitutionnel a jugé dans une décision du 22 juin 2012 que le droit d’opposition du ministère
public ne portait pas une atteinte excessive à la liberté du mariage.
Par ailleurs, l’article175-2 du Code civil prévoit que le ministère public peut faire opposition
au mariage lorsqu'il aura été prévenu par l'officier de l'état civil qu'il existe des indices sérieux
laissant présumer qu'un mariage fictif ou forcé va être célébré (cela peut apparaître au moment
de l’audition ou des entretiens individuels prévus à l’article 63 du code civil).
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Il faut ici distinguer les nullités relatives et les nullités absolues avant d’envisager les effets des
nullités du mariage.
Comme en droit commun, la nullité relative du mariage est une nullité de protection. Il n’existe
que deux cas de nullité relative :
✓ Un vice du consentement de l’un des époux : l’erreur ou la violence (article 180 du
code civil).
✓ Le défaut d’autorisation familiale lorsque celle-ci était requise par la loi : ce qui
concerne le mariage des mineurs (article 182 du code civil)
Le régime de l’action en nullité relative du mariage est dérogatoire au droit commun. Il faut
envisager le régime de la nullité du point de vue des personnes qui peuvent l’invoquer et du
délai de prescription.
- En cas de vice du consentement : en vertu de l’article 180 alinéa 1er, l’action en nullité
ne peut être intentée que par l’époux dont le consentement a été vicié (et non son
conjoint). Par ailleurs, depuis la loi du 4 avril 2006 renforçant la prévention et la
répression des violences au sein du couple, l’article 180 a été modifié et l’action en
nullité pour vice de violence a été ouverte au ministère public.
- En cas de défaut d’autorisation des parents ou du conseil de famille : selon l’article 182
du code civil, peuvent agir : les parents ou le conseil de famille dont le consentement
était requis ainsi que l’époux qui devait obtenir l’autorisation, une fois devenus majeur.
B. Le délai de prescription
Les délais de prescription ont connu certaines modifications avec la loi du 4 avril 2006.
- En cas de vice du consentement : le délai de prescription est de 5 ans et le délai court à
compter du mariage (article 181 du code civil)
- En cas de défaut d’autorisation des parents ou du conseil de famille : les parents ou le
conseil de famille ont 5 ans, à partir du moment où ils ont eu connaissance du mariage,
pour en demander l’annulation (article 183 du code civil). Pour l’époux qui était mineur,
le délai court à partir de ses 18 ans.
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Notons que la confirmation du mariage est possible. Elle peut intervenir de manière tacite en
laissant s’écouler les délais. Par ailleurs, il résulte de l’article 183 du code civil, que ceux qui
devaient donner leur autorisation au mariage peuvent le confirmer et ainsi faire échec à l’action
en nullité.
L’article 184 prévoit 5 cas de nullité absolue sanctionnant des conditions de fond :
✓ L’absence de consentement des époux (article 146)
✓ La bigamie (article 147)
✓ La minorité (article 144)
✓ L’inceste (article 161 et s).
✓ La non comparution d’un Français lors de son mariage (article 146-1).
L’article 191 du code civil, prévoit deux hypothèses où l’inobservation d’une condition de
forme est susceptible d’entraîner la nullité absolue du mariage.
✓ L’incompétence de l’officier d’état civil (article 191)
✓ La clandestinité (article 191).
Pour ces inobservations d’une condition de forme, le juge n’est jamais obligé de prononcer la
nullité lorsque les conjoints ont la possession d’état d’époux. Ce sont des nullités facultatives
laissée à l’appréciation du juge. Ce pouvoir d’appréciation a notamment été utilisé dans l’affaire
dite de Montrouge où l’on a refusé d’annuler tous les mariages célébrés pendant une certaine
période par un officier incompétent à la mairie de Montrouge (Civ. 7 aout 1883).
Certaines personnes n’ont pas à justifier d’un intérêt particulier : les époux (même celui
responsable de la cause de nullité), le premier conjoint en cas de bigamie, les ascendants ou le
conseil de famille.
Les autres personnes ne peuvent exercer l’action que si elles invoquent un intérêt pécuniaire :
c’est le cas par exemple pour les collatéraux et les enfants (l’intérêt est en général successoral).
Enfin, le ministère public peut intervenir dans tous les cas de nullité absolue.
➣ Textes : article 184 , 187 et 188 du code civil.
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B. Le délai de prescription
La durée de la prescription de l’action en nullité absolue du mariage est de trente ans à compter
de sa célébration (articles 184 et 191).
En se mariant, les époux adhèrent à un statut matrimonial de base qui est prévu par la loi dans
les articles 212 à 226 du code civil. Ce statut impératif est applicable à tous les couples mariés,
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quel que soit leur régime matrimonial. Ce statut organise les rapports personnels des époux
(section 1) ainsi que leurs rapports patrimoniaux (section 2).
Les époux sont soumis à un certain nombre d'obligations personnelles qui découlent de plein
droit du mariage (article 226) : le devoir de communauté de vie (article 215 al. 1er ), le devoir
de fidélité, le devoir d'assistance et, depuis la loi du 4 avril 2006, le devoir de respect (article
212).
A. Le devoir de fidélité
C’est un devoir qui n’est pas défini dans les textes. C’est un devoir spécifique du mariage dans
la mesure où il n’est imposé qu’aux époux. Il n’y a pas d’obligation de fidélité entre concubins
ou entre partenaires.
Mais la façon dont le juge appréhende le devoir de fidélité peut parfois se révéler tout à fait
étonnante et affaiblir ce devoir. Dans une affaire opposant à un éditeur un homme politique et
ancien ministre dont l’adultère était divulgué dans un ouvrage, les juges ont considéré que
l'évolution des mœurs comme celle des conceptions morales ne permettent plus de
considérer à elle seule l'imputation d'une infidélité conjugale comme une atteinte à l'honneur
ou à la considération du conjoint (Civ. 1re, 17 déc. 2015, n° 14-29.549).
C’est une manière de dire que, du point de vue de la société, l’infidélité n’est pas bien grave.
C’est un peu cette conception de la fidélité qui a bénéficié à une société exploitant un site de
rencontres en ligne pour infidèles qui avait utilisé les murs du métro parisien pour une
campagne d'affichage publicitaire. Le TGI de Paris a ainsi débouté une association qui
souhaitait obtenir l'annulation pour cause illicite des contrats conclus par la société avec les
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utilisateurs de son site et l'interdiction de faire référence à l'infidélité conjugale dans ses
publicités (TGI Paris, 9 févr. 2017, n° 15/07813). La solution a été confirmé en appel, puis par
la Cour de cassation (Civ. 1re. 16 décembre 2020, n°19-19.387).
Elle l’a aussi admis pour la conclusion d'une convention de courtage matrimonial par un homme
marié (Civ. 1re , 4 nov. 2011, n° 10-20.114) ➣ le contrat 'est pas nul, comme ayant une cause
contraire à l'ordre public et aux bonnes mœurs, du fait qu'il est conclu par une personne mariée.
Quelle sanction ?
Depuis la loi du 11 juillet 1975, l'adultère n'est plus sanctionné pénalement. Il n'y a donc plus
qu'une sanction civile dont la nature est double.
D’une part, l’adultère est une cause de divorce ou de séparation de corps. La sanction sera
alors le divorce ou la séparation de corps pour faute (si les conditions en sont remplies) car
l’adultère n’est plus une cause péremptoire de divorce (obligation de prononcer le divorce si la
preuve en est établie).
Toutefois, il faut ici observer que le divorce peut perdre son caractère fautif en cas
d’approbation de l’autre époux. Là aussi, on peut y voir un affaiblissement de l’obligation de
fidélité : les époux sont censés ne pas pouvoir exclure d’un commun accord l’application des
devoirs conjugaux personnels (articles 226 et 1388 du code civil). Or, lorsque l’adultère d’un
époux a été autorisé par son conjoint, les juges ont tendance à considérer que la faute n’est pas
suffisamment grave pour justifier le divorce.
D’autre part, l’infidélité peut aussi être sanctionnée par la condamnation de l’époux
infidèle à des DI sur le fondement de l’article 1240 du code civil (ancien article 1382). Mais
cela ne saurait concerner le ou la complice de l’adultère. Ainsi, il a été ainsi jugé que la
maîtresse d'un homme marié ne pouvait être tenue à réparer le dommage de l'épouse trompée
(Civ. 2, 4 mai 2000, n° 95-21.567).
B. Le devoir d’assistance
Le devoir d’assistance, prévu à l’article 212 du code civil, est une manifestation de l’entraide
conjugale extrapatrimoniale.
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Le devoir d’assistance est celui d’aider et de soutenir son conjoint dans les difficultés de la vie :
le soigner s’il est malade, lui apporter un réconfort dans les moments difficiles. Il peut aussi
prendre la forme d’une aide ponctuelle à l’activité professionnelle de son conjoint.
1. La communauté de résidence
Depuis la loi du 11 juillet 1975, l’article 108 du code civil permet aux époux d’avoir des
domiciles distincts. Cela ne signifie pas pour autant que les époux sont dispensés du devoir de
communauté de vie. Les époux peuvent avoir des domiciles distincts pour des raisons
professionnelles, par exemple, tout en maintenant une communauté de vie. La résidence de la
famille correspond alors au lieu où cette communauté de vie trouve à s’exprimer et où les époux
remplissent leur obligation de communauté de vie.
Notons que le dispositif de lutte contre les violences au sein du couple permet au juge aux
affaires familiales d’ordonner à un époux violent de quitter le logement conjugal (article 515-
11 du code civil).
2. La communauté de lit
On parle ici de ce qui est parfois qualifié de « devoir conjugal » (la copula carnalis dans le droit
canonique). Le refus de se prêter au devoir conjugal a pu être invoqué comme cause de divorce
pour faute et a pu justifier une condamnation à des dommages et intérêt. Plus rarement, il peut
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être invoqué pour demander l’annulation du mariage (l’aptitude aux relations sexuelles pouvant
être considérée comme une « qualité essentielle » de la personne).
L’existence de ce « devoir conjugal » est aujourd’hui très discuté. Dans une décision du 17
septembre 2020 (n° 20-10.564), la première chambre civile de la Cour de cassation avait rejeté
le pourvoi formé contre un arrêt ayant prononcé un divorce pour faute à l'encontre d'une femme
ayant refusé d’avoir des relations sexuelles avec son mari. Très récemment, la Cour EDH saisie
dans cette affaire « a considéré que la réaffirmation du devoir conjugal et le fait d'avoir
prononcé le divorce pour faute au motif que la requérante avait cessé toute relation intime avec
son époux constituent des ingérences dans son droit au respect de la vie privée, dans sa liberté
sexuelle et dans son droit de disposer de son corps » et a conclu à une violation de l’article 8
de la Convention (CEDH, 23 Janvier 2025, req. n° 13805/21). Les juges judiciaires sont donc
invités à revenir sur leur jurisprudence.
Cela, alors qu’il était dans le même jugé que les relations sexuelles doivent rester consenties et
ne peuvent être imposées.
Après une modification de la loi sur le viol et les agressions sexuelles en 1980, la Cour de
cassation a accepté de retenir la qualification de viol pour des rapports contraints entre époux.
Elle a par la suite posé comme principe que « la présomption de consentement des époux aux
actes sexuels accomplis dans l’intimité de la vie conjugale ne vaut que jusqu’à preuve
contraire » (Crim. 11 juin 1992, n° 91-86346).
Cette jurisprudence a par la suite fait l’objet d’une consécration légale par la loi du 4 avril 2006
renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple. Par la suite, la loi n°
2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux
violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants a modifié l'article
222-22, alinéa 2, du code pénal et supprimé toute référence à la présomption simple de
consentement des époux à l'acte sexuel. Ce texte incrimine le viol « quelle que soit la nature
25
Usage réservé. Ne pas diffuser.
des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du
mariage ».
Par ailleurs, le viol commis par le conjoint (mais cela vaut pour le concubin ou le partenaire)
est une circonstance aggravante (article 222-24, 11° du code pénal).
La difficulté reste de rapporter la preuve du viol. Par ailleurs, de nombreux rapports relèvent la
difficulté pour les victimes de porter plainte en cas de violences sexuelles et, encore plus,
lorsque ces violences ont lieu au sein du couple.
D. Le devoir de respect
La loi du 4 avril 2006, déjà évoquée, a complété l'article 212 du code civil en ajoutant un
nouveau devoir au mariage, le devoir de respect. Ce devoir revêt essentiellement une valeur
symbolique. On englobe désormais dans le devoir de respect tous les devoirs qui n’étaient
auparavant pas précisément nommés et dont le juge avait pu néanmoins par le passé reprocher
la violation aux époux. Les violences physiques ou morales, le harcèlement ou bien encore les
atteintes à la personnalité morale de l'autre conjoint, à son honneur, à sa dignité seront ainsi
qualifiés de manquement au devoir de respect.
La loi du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences
au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants a renforcé l’importance
de ce devoir et a mis à disposition du JAF un nouveau dispositif de protection contre les
violences conjugales ➣ l’ordonnance de protection prévue aux articles 515-9 à 515-13 du code
civil. Ce dispositif a été modifié plusieurs fois.
L’article 515-11 du code civil organise les conditions dans lesquelles une ordonnance de
protection peut être délivrée. La délivrance de l’ordonnance de protection est soumise à deux
conditions cumulatives :
- La vraisemblance des faits de violences (du conjoint, concubin ou partenaire) à l’égard
de l’autre membre du couple ou des enfants,
- Le danger auquel la victime ou les enfants sont confrontés,
L’apport majeur des dernières réformes est de permettre à l’époux victime de rester au domicile
conjugal. La jouissance du logement conjugal est attribuée, sauf ordonnance spécialement
motivée justifiée par des circonstances particulières, au conjoint qui n'est pas l'auteur des
violences (la règle vaut également pour le partenaire ou le concubin).
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
Outre ces mesures spécifiques en cas de violences, la violation du devoir de respect peut être
sanctionnée par la voie d’une action en divorce et éventuellement l’attribution de DI.
On l’a dit, le droit contemporain de la famille place les époux dans un rapport d’égalité. Cette
association est expressément posée dans le code civil.
A. La direction de la famille
L’article 213 du code civil dispose que « les époux assurent ensemble la direction morale et
matérielle de la famille. Ils pourvoient à l’éducation des enfants et préparent leur avenir ». Ce
principe d’une direction collégiale de la famille peut être tempéré. On verra qu’en cas de
désaccord un recours au juge est envisageable (➣ voir les mesures de crise).
Jusqu’en 1970, le lieu de la résidence de la famille était choisi par le mari. Une loi de 1970 a
posé que le choix devait être fait par les deux époux mais en cas de désaccord, le mari avait le
dernier mot. Depuis la loi du 11 juillet 1975 l’article 215 alinéa 2 dispose que « la résidence de
la famille est aux lieux qu’ils choisissent d’un commun accord ». En cas de désaccord le juge
pourra intervenir pour organiser une séparation des époux.
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Les règles du régime primaire sont celles qui sont la conséquence nécessaire de tout mariage.
➣ C’est un régime impératif : la loi l’impose aux époux qui ne peuvent l’écarter.
Ces règles ne se situent pas dans le titre relatif aux régimes matrimoniaux mais dans celui relatif
au mariage : ce sont les articles 214 à 226 du code civil.
Il faut faire attention à cette terminologie de « régime primaire » qui peut être trompeuse. Le
régime primaire ne se suffit pas à lui-même : les époux sont mariés sous un régime déterminé
(la communauté ou la séparation de biens par exemple) et ils sont en même temps soumis au
régime primaire.
Les règles du régime primaire ont une grande importance pratique. Ce sont des règles
d’application quotidienne : par exemple, elles concernent la libre perception des salaires ou la
possibilité d’ouvrir seul un compte en banque.
On peut donc observer que le régime primaire prévoit des règles qui ont vocation à s’appliquer
hors temps de crise (§ 1) et des règles qui ont vocation à s’appliquer en temps de crise (§ 2).
Les mesures de coopération (A) et les mesures assurant l’indépendance des époux (B).
L’article 212 du code civil prévoit que les époux sont tenus au devoir de secours tandis que
l’article 214 dispose qu’ils doivent contribuer aux charges du mariage (à défaut de l’avoir
déterminé par convention, les époux contribuent à proportion de leurs facultés respectives) :
➤ Le devoir de secours est traditionnellement défini comme l’obligation, pour chaque époux,
de fournir à son conjoint, si celui-ci est dans le besoin, tout ce qui lui est nécessaire pour vivre
(logement, nourriture, vêtement…). C’est une application de l’obligation alimentaire entre
époux.
➤ La contribution aux charges du mariage, quant à elle, permet à un époux de demander à
son conjoint une participation financière à l’ensemble des dépenses du ménage (elles dépendent
du train de vie du ménage : dépenses de logement, d'assurance, de transport, de santé, les frais
d'éducation des enfants mais aussi les dépenses d'agrément comme les voyages ou les loisirs).
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Lorsque les époux vivent ensemble : le devoir de secours est masqué par la contribution aux
charges du mariage. Quand un époux assume sa contribution aux charges du mariage, il exécute
l’obligation alimentaire qui pèse sur lui. Le devoir de secours réapparaît quand les époux sont
séparés en droit : séparation de corps ou procédure de divorce. Le devoir de secours prend alors
la forme d’une pension alimentaire déterminée par le JAF.
Quand les époux s’entendent, ils sont très libres pour organiser les modalités de leur obligation
de contribuer aux charges du mariage. Le plus souvent la contribution se fait par le versement
des revenus professionnels. Mais cette contribution peut se faire en nature par la collaboration
d’un des époux à l’activité de l’autre ou par du temps consacré aux tâches domestiques.
L’article 214 al 2 prévoit que « si l'un des époux ne remplit pas ses obligations, il peut y être
contraint par l'autre dans les formes prévues au code de procédure civile ». L’époux créancier
doit saisir le juge aux affaires familiales pour qu’il fixe le montant de la contribution et
condamne l’époux récalcitrant au paiement.
La jurisprudence considère que la contribution aux charges du mariage ne disparaît pas en cas
de séparation de fait. Cependant, la Cour de cassation estime que le juge peut tenir compte
« des circonstances de la cause ». Il peut notamment, à titre de sanction, refuser la contribution
au demandeur si celui-ci est responsable de la séparation.
Les actes de disposition relatifs au logement de la famille et aux meubles qui le garnissent sont
soumis au double consentement des époux. Cela vise notamment la vente, la constitution
d’une sûreté réelle comme une hypothèque, la résiliation du bail ou la mise en location.
Si un tel acte est passé par un époux seul, l’autre peut en demander la nullité, dans un délai d’un
an à compter de la connaissance de l’acte (article 215 al. 3).
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
L’article 220 du code civil pose le principe de la solidarité des dettes ménagères.
Cet article édicte une double règle :
1) Chacun des époux a pouvoir pour passer seul les contrats qui ont pour objet l'entretien
du ménage ou l'éducation des enfants
2) toute dette ainsi contractée par l'un oblige l'autre solidairement.
Quels sont les effets de la solidarité ? Cela signifie que chacun des époux est engagé pour
l’intégralité de la dette à l’égard du créancier. Et cela même s’il n’a pas participé au contrat. Le
créancier a alors deux débiteurs : il peut exercer ses poursuites à l’encontre du débiteur de son
choix. Et le créancier peut saisir tous les biens du ménage même les biens personnels du
conjoint qui n’a pas contracté la dette. ➣ C’est une règle qui renforce le crédit du ménage.
Quelles ont les dépenses donnant lieu à solidarité ? L’article 220 vise les dettes « qui ont
pour objet l’entretien du ménage ou l’éducation des enfants ». Cela concerne les dépenses
courantes : nourriture, vêtements, frais médicaux, le loyer du logement.
En cas de séparation, la solidarité continue à jouer. Encore faut-il que le caractère ménager de
la dépense soit établi. Par exemple : des dépenses de loyer durant une procédure de divorce
n’ont pas été considérées comme une dette solidaire (Civ. 1. 14 février 1995).
La solidarité conjugale est exclue pour trois types de dépenses alors mêmes qu’elles sont
ménagères :
1) Les dépenses manifestement excessives.
Le texte donne trois critères : le train de vie du ménage ; l’utilité ou l’inutilité de l’opération et
la bonne ou mauvaise foi du tiers.
C’est un faisceau d’indices. Dans ces cas, en dépit de son caractère ménager, si la dépense est
disproportionnée par rapport au budget familial, elle est exclue de la solidarité.
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3) Les emprunts.
C’est un peu plus compliqué que pour les achats à tempéraments
Principe : il n’y a pas de solidarité pour les emprunts ayant un caractère ménager s’ils sont
conclus par un seul des époux.
Exception : « à moins que ces derniers ne portent sur des sommes modestes nécessaires aux
besoins de la vie courante ».
Que se passe-t-il si les conditions de l’article 220 ne sont pas remplies ?
Le contrat n’est pas nul. Il n’engage que celui qui a contracté selon les règles de son régime
matrimonial.
- S’il est marié sous le régime de séparation de bien, il n’engage que ses biens personnels.
- S’il est marié sous le régime de la communauté, il engage ses propres et les biens communs
(mais pas les propres de son conjoint).
2. L’indépendance professionnelle.
Il existe un principe d’autonomie professionnelle qui a pour corollaire la libre disposition par
l’époux de ses salaires .
L’article 223 du code civil dispose que « chaque époux peut librement exercer une profession,
percevoir ses gains et salaires et en disposer après s'être acquitté des charges du mariage ».
Chaque époux peut donc librement travailler sans avoir besoin d’une autorisation de son
conjoint et chaque époux peut librement […] percevoir ses gains et salaires et en disposer après
s'être acquitté des charges du mariage.
3. L’indépendance bancaire
L’article 221 du code civil dispose que « chacun des époux peut se faire ouvrir, sans le
consentement de l'autre, tout compte de dépôt et tout compte de titres en son nom personnel.
A l'égard du dépositaire, le déposant est toujours réputé, même après la dissolution du mariage,
avoir la libre disposition des fonds et des titres en dépôt ».
Chacun des époux peut se faire ouvrir un compte sans le consentement de l’autre et cela qu’il
s’agisse d’un compte de dépôt (compte chèque, compte courant) ou d’un compte de titre
(valeurs mobilières).
Cela implique que la banque n’a pas de justificatifs à l’époux qui veut ouvrir un compte :
ni quant à son régime matrimonial, ni quant à la nature juridique des fonds qu’il veut déposer.
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
Dans certaines situations, on constate qu’un époux est hors d’état de manifester sa volonté ou
qu’il refuse de consentir sans que ce soit justifié par l’intérêt de la famille.
➣ Il va falloir organiser une extension de pouvoirs.
Dans d’autres situations, un époux manque gravement à ses devoirs et met de la sorte en péril
les intérêts de la famille.
➣ Il va falloir restreindre ses pouvoirs.
A. L’extension de pouvoir.
Deux textes organisent une extension de pouvoirs : l’article 219 et l’article 217.
1. L’article 219.
L’article 219 al. 1 prévoit que « si l'un des époux se trouve hors d'état de manifester sa
volonté, l'autre peut se faire habiliter par justice à le représenter, d'une manière générale, ou
pour certains actes particuliers, dans l'exercice des pouvoirs résultant du régime matrimonial,
les conditions et l'étendue de cette représentation étant fixées par le juge ».
L’application de l’article 219 du code civil peut être due à l’altération des facultés mentales du
conjoint.
L’habilitation judiciaire délivrée sur le fondement de l’article 219 du code civil permet au
conjoint de l’époux empêché de le représenter. L’article 219 permet à un conjoint d’agir sur les
biens propres ou personnels de son époux.
Les effets de cette représentation judicaire sont ceux du mandat. C’est l’époux empêché qui se
trouve engagé.
2. L’article 217.
L’article 217 al. 1 dispose que « un époux peut être autorisé par justice à passer seul un acte
pour lequel le concours ou le consentement de son conjoint serait nécessaire, si celui-ci est hors
d'état de manifester sa volonté ou si son refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille ».
Ce texte concerne les hypothèses où un des époux n’obtient pas le consentement de son conjoint
pour un acte pour lequel ce consentement est nécessaire.
Le juge peut alors autoriser le conjoint qui le demande à agir seul. L’autorisation de l’article
217 est une autorisation spéciale. Elle ne peut être donnée que pour un acte particulier.
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Usage réservé. Ne pas diffuser.
L’époux autorisé accomplit alors l’acte en son nom personnel. Cet acte est opposable à son
conjoint mais il n’entraîne aucune obligation personnelle pour lui.
L’article 220-1 al. 1er énonce que « si l'un des époux manque gravement à ses devoirs et met
ainsi en péril les intérêts de la famille, le juge aux affaires familiales peut prescrire toutes les
mesures urgentes que requièrent ces intérêts ».
L’article 220-1 laisse au juge une marge de manœuvre importante quant à la nature des mesures
qu’il peut prendre. Les alinéas 2 et 3 fournissent une liste de mesure. Cette liste n’est pas
limitative.
Par exemple, le juge peut interdire à l’époux fautif, sans le consentement de l’autre, des actes
de disposition sur ses biens propres.
Il y a bien une restriction de pouvoirs puisque le juge va soumettre au double consentement des
actes qui relèvent normalement du pouvoir exclusif de l’époux fautif.
Les mesures prescrites par le juge aux affaires familiales sont temporaires : leur durée, précisée
dans l'ordonnance rendue par le juge, ne peut dépasser trois ans (C. civ., art. 220-1, al. 3). Elles
sont, en outre, provisoires il est possible au juge de revenir sur la mesure qu'il a prescrite ou de
modifier celle-ci. Les actes accomplis en violation de l'ordonnance rendue par le juge sont
annulables à la demande du conjoint (art. 220-3, al. 1er).
✓ Bibliographie :
- A. BATTEUR et L. MAUGER-VIELPEAU Droit des personnes, des familles et des
personnes protégées, 12e éd. LGDJ, 2023
- Y. BUFFELAN-LANORE et V. LARRIBAU-TERNEYRE, Introduction, Biens, Personnes,
Famille, 23e éd. Sirey, 2024
- P. COURBE, A. GOUTTENOIRE et M. FARGE, Droit de la famille, 8e éd. Sirey, 2022
- M. LAMARCHE, J.-J LEMOULAND, V° Mariage : généralités, Rép. Civ. Dalloz, 2014
- M. LAMARCHE, J.-J LEMOULAND, V° Mariage : conditions, Rép. Civ. Dalloz, 2014
- M. LAMARCHE, J.-J LEMOULAND, V° Mariage : effets, Rép. Civ. Dalloz, 2014
- J.-J LEMOULAND, V° Famille, Rép. Civ. Dalloz, 2015
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