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Protection de l'environnement et biodiversité

Le module aborde les principes de protection de l'environnement et de la biodiversité, en mettant en lumière les distinctions entre conservationnisme et préservationnisme. Il explore les théories morales et les valeurs associées à la protection de la nature, ainsi que les implications de ces concepts dans le développement durable. Les philosophies de John Muir et Gifford Pinchot illustrent les débats éthiques autour de l'utilisation et de la préservation de la nature.

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Jacques Din
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Protection de l'environnement et biodiversité

Le module aborde les principes de protection de l'environnement et de la biodiversité, en mettant en lumière les distinctions entre conservationnisme et préservationnisme. Il explore les théories morales et les valeurs associées à la protection de la nature, ainsi que les implications de ces concepts dans le développement durable. Les philosophies de John Muir et Gifford Pinchot illustrent les débats éthiques autour de l'utilisation et de la préservation de la nature.

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Module 5

Principes de
protection de
l’environnement & de
la biodiversité – entre
conservationnisme &
préservationnisme
PHI-2910 : Génie et
Développement Durable
(Hiver 2025)
Frédéric Dubois (Chargé de cours)

1
Plan de la séance

1- Protection de la Nature
2- Préserver vs. Conserver:
Deux conceptions de la
protection
3- Trois constats: théories
morales, valeurs & finalités
de la protection
2
Protection de la « Nature »
Vous êtes de bons scientifiques…
c’est quoi la « Nature » pour vous?

« Ensemble de forces ou principe supérieur,


considéré comme à l'origine des choses du monde,
de son organisation » (Dictionnaire Larousse).

« Monde physique,
l’univers, l’ensemble des
choses et des êtres, la
réalité » (Dictionnaire
Larousse).
Synonyme d’ « environnement »? 3
➢ On comprend en Occident
Distinction nature/culture généralement le monde en termes
dichotomiques.
Nature Culture
Naturel Artificiel
Sauvage Civilisé
Instinct Rationalité
Animalité Humanité

➢Ces dichotomies ne sont pas universelles, mais « Société » et


propres à la culture occidentale moderne. Le DD « Environnement », c’est
conserve cette dichotomie moderne. deux piliers différents
➢Plusieurs cultures ont des catégories différentes dans le DD… l’un concerne
(Descola, 2005). Pour certaines sociétés, le concept
les humains, l’autre la
même de « nature » n’existe pas (ex.: spiritualités « Nature »
autochtones, animisme, shintoïsme, etc.). 4
Protéger des habitats
(lieu naturel) concrets La Loi sur le développement durable au
Québec: 3 principes de « protection » de
la Nature
Protéger les espèces Protection de l’environnement: « Pour parvenir à un
vivantes dans les habitats développement durable, la protection de l’environnement doit
faire partie intégrante du processus de développement » (Loi sur le
susmentionnés développement durable, 2006);
Principe de préservation de la biodiversité: « la diversité biologique
rend des services inestimables et doit être conservée pour le
bénéfice des générations actuelles et futures. Le maintien des
espèces, des écosystèmes et des processus naturels qui
Protéger autant des entretiennent la vie est essentiel pour assurer la qualité de vie des
habitats, des lieux que des citoyens » (Loi sur le développement durable, 2006);
espèces vivantes ayant un Protection du patrimoine: « le patrimoine culturel, constitué de
lien avec notre culture biens, de lieux, de paysages, de traditions et de savoirs, reflète
l’identité d’une société. Il transmet les valeurs de celle-ci de
génération en génération et sa conservation favorise le caractère
durable du développement. il importe d’assurer son identification,
sa protection et sa mise en valeur, en tenant compte des
Au prochain composantes de rareté et de fragilité qui le caractérisent » (Loi sur
cours le développement durable, 2006). 5
Trois « sujets » différents à protéger
6
Protection de l’environnement – un concept
flou, mais pas tant…
➢Principe de protection de l’environnement: « Pour
parvenir à un développement durable, la protection de
l’environnement doit faire partie intégrante du
processus de développement ».
➢Ce principe est un calque de l’Article 4 de la
Déclaration de Rio (1992).
➢Le principe demeure vague… mais, au Québec, la Loi
sur la qualité de l’environnement précise:
➢Environnement: « eau, l’atmosphère et le sol ou
toute combinaison de l’un ou l’autre ou, d’une Parler d’Environnement avec un « E »
manière générale, le milieu ambiant avec lequel les
espèces vivantes entretiennent des relations majuscule (toute la Terre en général) et de
dynamiques » (LQE, 1978) l’environnement comme habitat précis et
circonscrit localement, ce n’est pas la même
➢En résumé, on cherche à désigner des habitats
concrets, et géolocalisés dans un (eco)système clos. chose… L’un se situe dans des solutions
On ne parle pas nécessairement de l’Environnement globales (atténuation), l’autre locales
(Système-Terre) général. (adaptation). 7
Principe de préservation de la biodiversité
Principe de préservation de la biodiversité: « la diversité
biologique rend des services inestimables et doit être
conservée pour le bénéfice des générations actuelles et
futures. Le maintien des espèces, des écosystèmes et des
processus naturels qui entretiennent la vie est essentiel
pour assurer la qualité de vie des citoyens. » (Loi sur le
développement durable, 2006)
Biodiversité: « Ensemble des organismes vivants d'une région
donnée, considérés dans la pluralité des espèces, la diversité
des gènes au sein de chaque espèce et la variabilité Comme le pilier économique qui traite
des écosystèmes. » (Office québécois de la langue française) des interactions entre humains (voir
Module 1), on parle ici d’interactions entre
Bref, c’est le vivant non-humain, dans sa pluralité de formes, et êtres vivants non humains, en tant qu’ils
les processus d’interactions entre lui et son environnement (ce peuvent influencer leur habitat
que l’on nomme l’écosystème). (environnement) et notre habitat (société).
8
***Évident… et pourtant, une distinction qui n’est pas toujours faite
En résumé dans les cas pratiques du cours… Il faut pourtant utiliser le bon principe,
au bon fait, et au bon raisonnement.

Ceci est un habitat (environnement) Ceci est un habitant (biodiversité)

Vous voyez ici un


environnement aménagé
pour sa protection, comme
le font les parcs nationaux.
9
Cas Pratique: Les
Parcs Nationaux

Protéger la Nature: entre preservation et


conservation
10
Code d’éthique du randonneur
– Activité de discussion en
équipe
En équipe, réfléchissez…
Vous allez faire une randonnée
pédestre dans un milieu
protégé…
Sans même connaitre le code
d’éthique officiel de l’endroit,
selon vous, quel comportement
un bon randonneur devrait-
il/elle adopter?
Et pourquoi?

11
Exemple: Code
Du Randonneur
de Rando
Québec
12
Préservationnisme vs
Conservationnisme vs. – La
bataille philosophique de
Yellowstone (1872)
Profit ($) ou l’intégrité de la
nature
Dans un premier temps…

John Muir

Dans un deuxième temps

Gifford Pinchot

2 philosophies…
13
Préservation : « Protéger quelqu'un, quelque chose, le
mettre à l'abri d'un mal éventuel : Ce manteau vous
préservera du froid. Empêcher l'altération, la perte de
quelque chose : La loi préserve les intérêts des
propriétaires. » (Dictionnaire Larousse)
Préservationnisme Bref, on l’isole… on cherche à préserver coute que coute
vs. l’intégrité physique de la chose à protéger.

Conservationnisme Conservation: « Maintenir, garder quelque chose,


quelqu'un dans un certain état (surtout favorable) : J'ai
conservé intact le souvenir de notre rencontre. Faire que
quelque chose reste en bon état, continue d'avoir la même
*Note méthodologique: Remarquez que nous qualité : Cette crème conservera tout leur éclat à vos
avons utilisé la stratégie de rédaction cheveux.»
« reformuler » pour rendre plus claires les
Bref, protéger, c’est en prendre soin et entretenir dans le
définitions.
temps la chose protégée (durabilité), même si elle peut se
transformer... Tant qu’elle en conserve les qualités…

14
John Muir (1838 - 1914)
➢ « John of the Mountains », aussi connu comme le père des parcs nationaux
américains;
➢ Son militantisme aura grandement contribué à établir le parc national
Yosemite, officialisé en parc national par le Congrès Américain en 1890.
➢ Président Théodore Roosevelt campa 3 jours et nuits avec John Muir à
Yosemite
➢ Fait intéressant: Theodore Roosevelt a inauguré pendant sa présidence 18 monuments
nationaux, 55 sanctuaires d’oiseaux et d’animaux sauvages, et 150 forêts nationales.
➢ Jusqu’à son décès, John Muir se sera battu (c’est un militant
environnementaliste) en faveur de la préservation de la « deuxième »
Yosemite, la vallée d’Hetch Hetchy.

« Restez proche du cœur de la


Nature... et prenez de la distance,
de temps en temps, grimpez une
montagne ou passez une semaine
dans les bois. Lavez votre esprit ».
John Muir, cite par Samuel Hall Young
Les séquoias du parc national Yosemite, un Le barrage O’Shaughnessy Dam15 dans le
dans Alaska Days with John Muir (1915) « temple » selon John Muir. réservoir Hetch Hetchy.
John Muir: Un
préservationniste

➢ Pour John Muir, la nature est un sanctuaire, un


refuge.
➢ La nature s’oppose à l’aspect destructeur de la
civilisation.
➢ Exploiter la nature est un blasphème.
➢ Préservationnisme: le modèle du « parc sans les
habitants ».
Citations
« Et dans la forêt je pars, pour perdre mon esprit et retrouver mon
âme. » (Un été dans la Sierra, 1911)
« Mais la Nature est le seul jardinier capable d’un travail aussi raffiné. » Idées clés: Nature sacrée, valeur intrinsèque (donc,
(Un été dans la Sierra, 1911)
« Je me sentais complètement perdu au milieu de ces foules immenses,
plus qu’un simple objet marchandable), préserver = ne
du vacarme des rues et de ces immeubles énormes. Je me disais souvent pas toucher.
que cette ville, j’irais volontiers l’explorer si, comme une région de
collines et de vallées sauvages, elle était vide d’habitants. » (Quinze cents
kilomètres à pied à travers l’Amérique profonde, 1916)
16
Gifford Pinchot (1865 - 1946)
➢ Premier forestier américain, et, plus tard dans sa carrière, politicien
en devenant le 28ème Gouverneur de l’État de la Pennsylvanie.
➢ Puisque la foresterie n’était pas encore une science enseignée aux
États-Unis à son époque, Pinchot quitta Yales pour se diriger vers la
France.
➢Il devint en 1905, avec la bénédiction de son ami, le président
Theodore Roosevelt, le premier chef du nouveau Service Forestier du
Département d’Agriculture du gouvernement américain.

« La question n’est pas de sauver des


arbres, car tout arbre doit inévitablement un
jour mourir, il s’agit de sauver les forêts par
des pratiques de coupes conservatoires. Si
les forêts doivent être conservées, la coupe
des arbres doit être réalisée de manière à
assurer la possibilité de nouvelles coupes
dans l’avenir ». Un parc national est nommé en son
Pinchot, 1905, A Primer of Forestry honneur en Pennsylvanie 17
Pinchot avec le Président Roosevelt
Gifford Pinchot: un conservationniste
➢ Faire un bon usage de la nature, afin que les générations futures
puissent aussi en profiter.
➢ Conservationnisme: usage limité et durable de la nature, où la
protection inclue l’intervention humaine. L’humain doit être un
« bon intendant ».
➢ Dans son livre The Fight for Conservation (1910), Pinchot propose
trois principes fondamentaux en vue de créer une politique de
conservation efficace: le développement (development), la
prévention des gâchis (prevention of waste) et l’utilité́ publique
(public benefit).
Quelques citations
« La conservation signifie le plus grand bien, pour le plus grand
nombre, pour le plus longtemps » (Pinchot, 1910, The Fight for
Conservation)
« La question n’est pas de sauver des arbres, car tout arbre doit
inévitablement un jour mourir, il s’agit de sauver les forêts par des
pratiques de coupes conservatoires. Si les forêts doivent être
conservées, la coupe des arbres doit être réalisée de manière à assurer
Idées clés: Nature utile et nécessaire à la possibilité́ de nouvelles coupes dans l’avenir » (Pinchot, 1905, A
l’humain, durabilité, progrès contrôlé. Primer of Forestry)
18
D’un côté… De l’autre côté…
Le préservationnisme John Muir Le conservationnisme de Gifford Pinchot

La nature est un sanctuaire, l’humain ne devrait y pénétrer que La nature devrait être utilisée pour le plus grand bien
pour s’y recueillir; du plus grand nombre;

La nature a une valeur intrinsèque; La nature a une valeur d’échange et d’usage

Préserver la nature signifie alors de tout faire pour qu’elle Conserver la nature signifie alors d’en faire la bonne
demeure inchangée et à l’abri des malheurs des sociétés gestion afin qu’elle puisse subsister pour les futures
industrielles humaines. générations.

La philosophie de John Muir découle du transcendantalisme, et Cette philosophie est anthropocentrique… (ou, on le
pourrait être qualifiée de biocentrisme (moins l’homme?) verra la semaine prochaine, peut-être écocentrique)
19
Constat 1 de 3: Conséquentialisme vs.
Déontologie
La nature devrait être utilisée pour le plus grand bien du plus grand
nombre
vs.
Jeremy Bentham (1748 – 1832),
père de la formule « le plus grand
bien pour le plus grand nombre)
La Nature est un sanctuaire, l’humain ne devrait y pénétrer que
pour s’y recueillir
➢Il faut bien voir comment le conservationnisme (protéger la nature avec
l’aide de l’humain) a une affinité avec le conséquentialisme (utilitarisme)
puisque ce sont les conséquences pour le plus grand nombre qui
comptent.
➢Alors que le préservationnisme a une affinité avec l’approche
déontologique. Il n’y a pu lieu à la discussion, lorsqu’on est
d’accord avec le principe premier que la nature ne doit pas être
Emmanuel Kant (1724 –
1804) grand philosophe de
exploitée.
20
la déontologie
Théories éthiques en rappel
Nous les prenons dans notre cours
comme synonyme, étant donné la
➢ Conséquentialisme : une théorie éthique qui détermine le
bien d’une action en fonction du calcul des bienfaits et préséance de l’utilitarisme. Or,
des méfaits (bref, des conséquences). sachez quand même la différence
➢ Utilitarisme : une théorie issue du conséquentialisme qui technique.
évalue le calcul des conséquences en fonction de la
maximisation de l’utilité de ces dernières en vue de
garantir le plus grand bonheur du plus grand nombre
(utilité publique, ou « public benefit » dans les mots de Pinchot)
➢ Déontologie : théorie éthique qui détermine le bien moral
d’une action en fonction du respect des règles, de lois et
des principes préétablis, et cela indépendamment des
conséquences d’une action.
✓ En vertu de la déontologie, il faut toujours suivre les
règles morales. Briser une règle une seule fois, et je
ne peux plus vous faire confiance. Il n’y a jamais
d’exception, cela tient du maintien de la raison d’être
des règlements.
21
Exemple pratique (le
tramway de Québec)
➢ Dans le cadre du projet de tramway de la ville
de Québec, il a été prévu que 330 arbres
devraient être abattus sur le campus de
l’Université Laval afin d’accueillir la station de
tramway sur le terrain de l’Université. Des
arbres seront aussi coupés le long du Boulevard
René-Levesque, pour un total de 731 arbres.
➢ La ville s’est engagée à replanter 1,200 arbres
sur le campus, à termes des travaux.
➢ Un tramway favorise la qualité de l’air en
substituant des voitures sur la route et améliore
l’environnement sonore.
➢ Le replantage d’arbres va verdir les quartiers et
réduire les îlots de chaleurs.
➢ Selon les données de la ville, 89,000 tonnes de
GES seront évitées d’ici 2041 grâce au tramway.

Bref, calcul des conséquences = +++ pour le plus grand


nombre 22
Pourtant…
l’opposition…
➢Nous ne devrions pas couper
d’arbres… POINT À LA LIGNE
➢Couper un arbre = blasphème.
➢Un arbre (qu’on nomme ici
Raymond!), c’est un être vivant,
avec sa propre valeur
intrinsèque.
➢Bref, il ne faut pas toucher.
23
Photo : FM 103,3

Un autre exemple: les cerfs de


Longueuil
➢ La ville de Longueuil est aux prises depuis plusieurs années avec un
problème de surpopulation de cerfs de Virginie au parc Michel-
Chartrand. Ce parc régional de 1 850 000 m2 est encloisonné par les
développements résidentiels des dernières décennies dans la
banlieue montréalaise.
➢ L’absence de prédateurs combinée à une abondance de nourriture
dans la région a contribué à la prolifération des populations de
cervidés.
➢ Leur nombre s’est ainsi multiplié… et ils sont maintenant un danger
pour l’équilibre écologique du parc… et aussi de la population… En
effet, il n’est plus rare de voir un cerf s’aventurer sur les routes
passantes.
➢ Le conseil municipal a donné son aval à une opération de capture et
d’abattage d’une quinzaine de cerfs, suivant les conseils d’experts
biologistes.
➢ Les cerfs seront abattus avec un minimum de souffrance et que la
viande serait « valorisée » en la redistribuant à des banques Bref, calcul des conséquences = +++ pour
alimentaires qui en ont grandement besoin. le plus grand nombre 24
Photo : Olivier Jean, Archives La Presse

Pourtant… l’opposition…

➢ En haut à droite, une photo de l’avocate et militante


des droits des animaux, Me Goldwater.
➢ Pour elle et des organismes de protection des
droits des animaux, l’idée d’abattre un seul cerf et
tout simplement immorale, même l’action illégale.
➢ La Loi sur le bien-être animal dit que les animaux
sont des êtres sensibles, et qu’ils ont des
impératifs biologiques (bref, ils veulent vivre, ils ont
aussi des intérêts).
➢ Nous ne tuerions pas 15 humains pour régler un
problème de surpopulation. Nous ne devrions pas
non plus tuer des cerfs. Tuer = immoral, peu
importe les raisons!

25
Constat 2 de 3: Valeur
instrumentale et intrinsèque

La nature a une valeur instrumentale


(d’échange et d’usage)
vs.
La nature a une valeur intrinsèque
➢Le conservationnisme de Gifford Pinchot
fait appel à des valeurs d’échange et
d’usage, alors qu’on peut l’utiliser en
raison de son utilité. C’est aussi ce que l’on
appelle une valeur instrumentale.
➢Le préservationnisme de John Muir fait
plutôt appel à une valeur intrinsèque,
inaliénable.
26
Valeur d’échange et valeur
d’usage
➢ Valeur instrumentale : Terme général qui couvre l’utilité et la capacité
d’user (tout comme de disposer) et d’échanger une chose, bref de se
l’approprier, en tant que moyen pour une fin.
➢ Valeur d’échange: Dans un contexte économique, attribuer à une chose
une valeur d’échange revient à lui accorder une valeur marchande,
souvent traduite en une valeur monétaire, qui peut ainsi servir à
l’échange et l’administration des biens et des services (ce qui est, en retour,
la définition de l’économie).
➢ Valeur d’usage: Valeur que porte une chose ou un être en fonction de
son utilité pour un individu (ce à quoi cette chose sert à un individu) et de la
manière effective dont l’individu se sert de la chose (comment une chose
est utilisée).

➢ Valeur intrinsèque : Valeur propre à un sujet, et inaliénable (on ne peut le


retirer, ou en faire une « chose ») qui existe indépendamment de toute
utilité ou bénéfice qu’une personne extérieure pourrait vouloir y
attribuer. Chez les humains, ce serait notre dignité. 27
Retour sur les exemples précédents
➢Un arbre a une fonction utile pour l’humain,
que l’on peut remplacer en replantant d’autres
arbres (*bon, ce n’est pas aussi simple de recréer les
conditions d’un écosystème, mais vous voyez le point!)
➢ Bref, 330 arbres, ça se replante.
VERSUS
➢Un arbre est un être vivant. Il n’est pas qu’une
ressource naturelle, qu’on peut utiliser,
disposer et/ou échanger. Il a une valeur en soi,
intrinsèque.
Photo: [Link]
Des arbres replantés devant le Pavillon
*L’intégrité d’un écosystème au complet (donc, sa valeur intrinsèque) Ferdinand-Landry, à l’Université Laval.
qui n’est pas nécessairement reproduisible ou remplaçable, peut aussi
être en jeu… Or, c’est au prochain cours que nous ajouterons cette
nuance, avec l’introduction de l’écocentrisme. 28
Constat 3 de 3: Finalité
du développement (pour
qui?)

29
Anthropocentrisme vs biocentrisme
Le conservationnisme de Pinchot est
anthropocentrique
Versus
Le préservationnisme est biocentrique (voire
sans même les humains)

Le conservationnisme considère l’utilité pour


l’humain, place ainsi l’humain au centre des
considérations morales. *Attention! Au prochain cours, nous
Le préservationnisme qui cherche à préserver étudierons une autre forme de
l’intégrité de la nature peu importe les intérêts conservationnisme, qui lui peut être dit
« écocentrique », c’est-à-dire qui inclue une
humains et par principe moral que la Nature a
valeur intrinsèque aux processus
une valeur intrinsèque, place la nature au d’interactions de la biodiversité.
même pied que l’humain. 30
Anthropocentrisme vs.
Biocentrisme
➢Anthropocentrisme : Position éthique et
épistémologique qui place l’être humain (anthropos :
être humain en grec) au centre de toute démarche de
valorisation du monde et de considérations
morales.
➢Biocentrisme : « Bio » signifiant la « vie » en grec,
le biocentrisme place l’ensemble du vivant (bref,
autant les humains que la faune et la flore en général) au centre
de toutes démarches de valorisation du monde et
des considérations morales.

31
Nouveau retour sur les exemples précédents

➢Les animaux n’ont pas les mêmes intérêts


rationnels et conscients que nous… on peut les
exploiter, pour notre bien. Tant qu’on ne leur
fasse pas de mal (ce sont quand même des êtres
sensibles), bref que ce soit bien fait.

VERSUS
➢Les animaux ont une conscience, et cela est
suffisant pour les inclure dans notre
communauté morale. Nous devons élargir nos
considérations morales au vivant, et même avoir
des responsabilités supplémentaires étant
donné notre conscience plus développée (comme
j’aurai une plus grande responsabilité avec un enfant). Source: Disney

32
Les limites du biocentrisme

➢ Pouvons-nous vraiment considérer TOUTES


les espèces vivantes au même niveau
(biocentrisme égalitaire; ex: les bactéries vs. un
chat) ou devons-nous (arbitrairement?) faire une
hiérarchie (biocentrisme hiérarchique)?
✓ Si l’on fait une hiérarchie… sur quel critère?
➢ Une fois les droits aux vivants établis,
comment pouvoir répondre à nos
besoins? Est-ce praticable et réalisable?
✓ Rappel: Valeur intrinsèque & sacré = Ne
pas toucher!
➢ Ne pas intervenir peut parfois être pire pour
la faune ou la flore qu’on cherche à protéger
(le contraire est aussi vrai, c e pe nd an t … si on le fait
avec les mauvaises connaissances et pratiques)
33
Résumé: Protéger, c’est…
➢ L’idée de « protéger » à elle seule reste vague sur la finalité. On peut ainsi se le réapproprier à sa
sauce…
➢ Ainsi, il est important (et obligatoire dans le cadre de notre cours ☺) de préciser dans quelle
conception de la protection nous nous situons, et quelles sont les valeurs plus précises qui
orientent notre action.

Conservationnisme de Gifford Pinchot Préservationnisme de John Muir


Théorie morale Conséquentialisme Déontologie
Finalité (pour qui?) L’humain (anthropocentrisme) Le vivant (biocentrisme)

Valeurs Instrumentale (Utilité, usage) Intrinsèque, intégrité


Bref On peut l’exploiter, et en faire un bon usage La nature a une part sacrée. On ne
devrait pas l’exploiter, mais la
laisser être.
34
Anthropocentrisme (centré sur les
besoins de l’humain)
Protéger l’environnement,
pour qui? Pour quoi?
Approche Conservationnisme: Pour
l’humain et l’usage futur (valeur d’usage)
Protection de
l’environnement: « Pour
parvenir à un développement
durable, la protection de Approche Préservationnisme: Pour la nature
l’environnement doit faire (tout l’habitat et les espèces y vivant) en soi
(valeur intrinsèque)
partie intégrante du
processus de
développement » (Loi sur le Biocentrisme (centré sur les besoins du
développement durable, 2006) vivant, de manière élargie): L’environnemen
est un Temple, le vivant y habitant des
« sujets » sacrés
35
Anthropocentrisme (centré sur les
besoins de l’humain) Protéger la biodiversité,
pour qui? Pour quoi?
Approche Conservationnisme: Pour l’humain
(présent et futur) et la qualité de vie que la nature
lui procure (service écosystémique) Principe de préservation de la
biodiversité: « la diversité biologique rend
des services inestimables et doit être
conservée pour le bénéfice des générations
actuelles et futures. Le maintien des
Approche Préservationnisme: espèces, des écosystèmes et des processus
Pour les humains (ne pas toucher la biodiversité naturels qui entretiennent la vie est
pour les préserver pour les humains) essentiel pour assurer la qualité de vie des
OU Pour le vivant en soi… s’applique ainsi mal à la citoyens. » (Loi sur le développement durable,
définition… 2006)
(Rappel: Le DD est fondamentalement anthropocentrique)
ATTENTION! Même une approche
préservationniste serait ici
anthropocentrique… si nous protégeons
Anthropocentrisme (centré sur les besoins pour la qualité de vie des humains
de l’humain) suivant la définition du DD
36

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