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Introduction à la Topologie Mathématique

Le document traite des concepts fondamentaux de la topologie, en se concentrant sur des espaces topologiques spécifiques et des notions telles que la compacité, la connexité et la complétude. Il présente également des définitions clés, des exemples d'espaces topologiques, et explore les relations entre topologie, métriques et normes. Enfin, il souligne l'importance des applications concrètes des concepts topologiques dans divers domaines, y compris l'ingénierie.

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Introduction à la Topologie Mathématique

Le document traite des concepts fondamentaux de la topologie, en se concentrant sur des espaces topologiques spécifiques et des notions telles que la compacité, la connexité et la complétude. Il présente également des définitions clés, des exemples d'espaces topologiques, et explore les relations entre topologie, métriques et normes. Enfin, il souligne l'importance des applications concrètes des concepts topologiques dans divers domaines, y compris l'ingénierie.

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Topologie

Christophe Antonini1 , Olivier Teytaud2 , Pierre Borgnat3, Annie Chateau4 , and


Edouard Lebeau5
1
Enseignant en CPGE, Institut Stanislas, Cannes
2
Chargé de rechercher INRIA, Université d’Orsay, Orsay
3
Chargé de recherche CNRS, ENS Lyon, Lyon
4
Maitre de conférence, Université Montpellier-2, Montpellier
5
Enseignant en CPGE, Lycée Henri Poincaré, Nancy

5 octobre 2022

Après avoir rapellé les définitions de base en topologie, nous nous intéressons à 5 espaces topo-
logiques particuliers. Nous complétons alors le cours par les notions d’espaces compacts, connexes
et complets.

1 Topologie
Fondement de l’analyse, la topologie est une belle partie des mathématiques, qui s’avère toujours
utile pour l’analyse de convergences de suites dans des espaces compacts par exemple. En utilisant
l’index pour les mots clefs ci-dessous, on trouvera de nombreuses applications à ce chapitre ; le
symbole k en signale directement un grand nombre parmi les plus élégantes.
Les différentes sections de ce chapitre sont (i) les espaces topologiques (ii) la construction de
topologies (iii) la compacité (iv) la connexité (v) la complétude (vi) une importante section ’zoologie’
riche d’exemples.
Une classe importante des espaces topologiques est la classe des espaces vectoriels topologiques.
Une synthèse pour voir vite ce vaste champ est la figure ??.

1.1 Espaces topologiques


Nous verrons dans cette section (i) le cas le plus général des espaces topologiques (ii) le cas plus
spécifique des espaces métriques voire normés (iii) quelques éléments sur la notion de voisinage (iv)
diverses notions autour de la notion de fermeture (v) les bases d’ouvert (à ne pas négliger malgré
un premier abord plus abstrait - cette notion permettra d’introduire la séparabilité, en particulier
utile pour construire une métrique de la boule unité fermée du dual d’un espace séparable ; nous

1
Figure 1 – Un aperçu des espaces topologiques.
Commentaire : Les espaces de fonctions et leurs inclusions. Signalons pourquoi la case « espaces
de Fréchet » déborde des espaces métriques complets : un espace de Fréchet n’est pas néces-
sairement métrique complet (puisqu’il n’est pas nécessairement métrique), mais sa topologie est
métrisable par une métrique complète. Les espaces polonais sont les espaces séparables métrisable
par une métrique complète.
préciserons ce point important plus loin) (vi) des notions plus facilement parlantes comme la limite
et la continuité et leurs applications multiples (vii) les valeurs d’adhérence qui nous serviront à
divers prolongements ou à étendre des propriétés de connexité du local au global.
Le symbole k (désignant les applications) apparaît souvent dans ce chapitre ; les notions parfois
abstraites de topologie sont en fait très concrètement applicables, même dans une vie d’ingénieur,
et les applications font bien sentir l’importance des notions introduites et pourquoi elles sont intro-
duites.

1.1.1 Cas le plus général d’espace topologique

Définition 0.1 Topologie


Une topologie T sur l’ensemble X est une partie T ⊂ P (X) vérifiant :
•L’ensemble vide ∅ et X sont dans T
•T est stable par réunions arbitraires
•T est stable par intersections finies
Un tel couple (X, T ) est appelé espace topologique. Les éléments de T sont appelés les ouverts
de la topologie.
Une partie de X est dite fermée si son complémentaire est ouvert.

Exemple 0.1 •La topologie discrète sur l’ensemble X est la topologie Td = P (X)
•La topologie grossière sur l’ensemble X est la topologie Tg = {∅, X}
•Sur N = N ∪ {+∞}, la topologie usuelle est l’ensemble des U tels que soit (i) U ⊂ N soit (ii)
+∞ ∈ U et N \ U est fini.
On verra aussi d’autres exemples en parties 1.1.2 et 1.2.

Proposition 0.1

Si X est un espace topologique alors


•X et ∅ sont des fermés de X
•Une intersection quelconque de fermés est un fermé
•Une union finie de fermés est un fermé

Démonstration Immédiat, par passage au complémentaire.

Définition 0.2 Séparation par des ouverts

On dit que la partie A et la partie B sont séparées par des ouverts s’il existe deux ouverts
U et V tels que A ⊂ U et B ⊂ V tels que U ∩ V = ∅.

1.1.2 Espaces métriques et espaces normés


Définition 0.3 Métrique

Une métrique ou distance sur l’ensemble X est une application d : X × X → [0, +∞[
vérifiant :
•d(x, y) = 0 ⇐⇒ x = y
•d(x, y) = d(y, x)
•d(x, y) ≤ d(x, z) + d(z, y) (propriété dite inégalité triangulaire)
On dit alors que (X, d) est un espace métrique.

ExempleP0.2 Exemples sur Rn :


•dp = ( |xi − yi |p )1/p pour p ≥ 1
•d∞ = max|xi − yi |
(nous verrons qu’il s’agit de distances issues de normes)
Application 0.3 l’inégalité triangulaire donne rapidement l’inégalité |d(x, z) − d(y, z)| ≤ d(x, y)
(connue aussi sous le terme d’inégalité triangulaire) ; elle sert aussi pour la continuité de la distance
à une partie (proposition 0.121).
Définition 0.4 Boules

Si x est un point de l’espace métrique X et r ∈ [0, +∞[, on appelle boule ouverte (resp.
fermée) de centre x et de rayon r, l’ensemble des y tels que d(x, y) < r (resp. d(x, y) ≤ r).
On appelle sphère de l’espace métrique X de centre x et de rayon r l’ensemble des y tels que
d(x, y) = r.

Définition - proposition 0.5 1

Si X est un espace métrique, la famille de parties de X dont les éléments sont les réunions
arbitraires de boules ouvertes est une topologie sur X. Cette topologie est appelée la topologie
associée à la métrique.
Une partie X d’un espace métrique E est dite bornée si étant donné un point e dans E la
distance de x à e pour x dans X est majorée par une certaine constante 1 . Cela équivaut aussi au
fait que la distance entre deux points quelconques de X est bornée. C’est-à-dire que :
– si pour un point x de X, y 7→ d(x, y) est bornée, alors pour tout point x de X, y 7→ d(x, y)
est bornée.
– si pour tout point x de X, y 7→ d(x, y) est bornée, alors (x, y) 7→ d(x, y) est aussi bornée sur
X × X.

Démonstration La vérification est fastidieuse et ne présente pas de difficulté.


Attention 0.4 La notion de borné dépend de la métrique et pas de la topologie ! C’est-à-dire
que même si deux métriques sont topologiquement équivalentes (voir définition 0.7) elles n’ont pas
nécessairement les mêmes parties bornées. En fait pour toute métrique d, on peut construire une
métrique équivalente d′ par
d(x, y)
d′ (x, y) = ln(1 + ).
1 + d(x, y)
telle que toute partie soit bornée.
Propriétés : •Dans un espace métrique, une partie est fermée si et seulement si elle contient la
limite de toute suite convergente à valeurs dans cette partie.
•Une boule ouverte est ouverte, et donc un espace métrique est séparé
•Une boule fermée est fermée
•Une sphère est fermée
•Dans un espace métrique, une suite (xn )n∈N tend vers x si et seulement si d(xn , x) tend vers
0.
Exemple 0.5 •La topologie usuelle sur R ou C est la topologie associée à la distance d(x, y) =
|x − y|.
•La fonction qui à x et y associe 0 si x = y et 1 sinon est une métrique. Cette métrique est
associée à la topologie discrète, pour laquelle toute partie est à la fois un ouvert et un fermé.
•Si f est injective de X dans R ou C, alors la fonction qui à x et y associe |f (x) − f (y)| est une
distance sur X.
•La topologie usuelle sur R = R ∪ {−∞, ∞} est définie par la distance d(x, y) = |f (x) − f (y)|,
x
avec f (x) = 1+|x| , f (+∞) = 1 et f (−∞) = −1.

Définition 0.6 Isométrie

Étant donnés deux espaces métriques E et F , une application f de E dans F est une isométrie
si ∀(x, y) dF (f (x), f (y)) = dE (x, y).

Définition 0.7 Métrisable

Une topologie est dite métrisable si et seulement si il existe une métrique telle que la topologie
soit associée à cette métrique.
Deux métriques d1 et d2 sont dites équivalentes si il existe α et β tels que αd1 < d2 < βd1 2 ,
avec α, β > 0.
Deux métriques sont dites topologiquement équivalentes si elles définissent la même to-
pologie.

Intuition Soient deux distances d1 et d2 sur un espace E ; alors l’identité de (E, d1 ) dans (E, d2 )
est un homéomorphisme si et seulement si d1 et d2 sont topologiquement équivalentes, et elle est
lipschitzienne et d’inverse lipschitzien 3 si et seulement si d1 et d2 sont équivalentes.

Proposition 0.2 Existence de topologies non métrisables

Il existe des topologies, même séparées 4 , non métrisables.

Démonstration Il est clair que toute topologie non séparée n’est pas métrisable.
Considérons, pour avoir un contre-exemple plus intéressant, une topologie séparée non métrisable.
Ce contre-exemple fait appel à quelques notions qui seront définies ultérieurement, et peut donc être
laissé de côté en première lecture.
Soit RR , muni de la topologie produit.
3. Une application est dite bilipschitzienne si elle est lipschitzienne et d’inverse lipschitzien.
Supposons que cet espace topologique soit métrisable.
Alors par définition tout point est à base dénombrable de voisinages. Nous allons montrer que cela
entraine une contradiction.
Soit (Un ) une base de voisinages de 0 (= fonction nulle de R dans R).
Alors par définition d’une base de voisinage, pour tout n, Un contient un voisinage de 0 (la fonction
nulle de R dans R) de la forme

Vn = {f ∈ RR |∀i ∈ [1, Nn ]|f (xn,i )| < ǫn }

On considère alors T l’ensemble des xn,i pour i ≤ Nn et n ∈ N.


Cet ensemble est dénombrable comme union dénombrable d’ensemble finis.
Soit maintenant x dans R n’appartenant pas à T .
Alors {f ∈ RR /|f (x)| < ǫ} est un ouvert, qui manifestement ne contient aucun Vn , donc aucun Un .
Il est à noter que {0, 1}R convient aussi.
Proposition 0.3

Une topologie métrisable est entièrement caractérisée par les propriétés de convergence de
suites.
C’est-à-dire que si pour deux topologies métrisables, les suites convergentes sont les mêmes et
ont mêmes limites, alors ces deux topologies sont égales.

Démonstration Il suffit de voir que l’on caractérise un fermé F d’un métrique par le fait qu’il contient
les limites de toute suite convergente d’éléments de F . Donc les fermés sont caractérisés par les propriétés
de convergence de suite, et donc les ouverts aussi par passage au complémentaire.
Proposition 0.4

•Si deux distance d1 et d2 sont équivalentes alors d1 et d2 définissent la même topologie.


•On peut avoir la même topologie sans avoir cette relation.

Il est à noter que le second point ne serait pas vrai pour des normes (cf plus bas).
Démonstration Le premier point, aisé, est laissé en exercice au lecteur. Le second s’obtient en
considérant d′ (x, y) = min(1, d(x, y)), avec d une distance quelconque non bornée.
Il est intéressant de noter que même en ajoutant une condition à l’équivalence traduisant que
l’on peut se limiter aux « petitesp » distances, on a un contre-exemple avec par exemple sur R
d(x, y) = |x − y| et d′ (x, y) = |x − y| qui définissent la même topologie sans être Lipschitz-
équivalentes, même sur les petites distances.
On peut aussi noter que les dp pour p ≥ 1 sont Lipchitz-équivalentes entre elles, cela se montre
par d∞ ≤ dp ≤ n1/p d∞
Dans la suite K désigne un des deux corps R ou C muni de sa topologie usuelle.

Définition 0.8 Norme

Soit E un espace vectoriel sur le corps K, avec K = R ou K = C. Une norme sur E est une
application k . k de E dans [0, +∞[ vérifiant :
•k x k= 0 si et seulement si x = 0
•∀x, y ∈ E, on a k x + y k≤k x k + k y k
•∀λ ∈ K ∀x ∈ E on a k λ.x k= |λ| k x k
S’il ne manque que la première propriété, on parle de semi-norme.
On appelle vecteur unitaire un vecteur x tel que k x k= 1.
Un espace muni d’une norme est appelé espace normé ou espace vectoriel normé. Pn
Dans un espace normé une série ( xn ) est dite normalement convergente si i=1 kxi k
P
converge.
Enfin une définition nécessitant la notion de continuité (définie ultérieurement) : on appelle
isomorphisme de l’espace vectoriel normé E dans l’espace vectoriel normé F
une application linéaire continue bijective de réciproque continue (c’est-à-dire qu’il s’agit d’un
morphisme algébrique (i.e. au sens des espaces vectoriels ) et d’un homéomorphisme).

Exemple 0.6
•Sur Rn ou Cn , les applications suivantes sont des normes :
– (x1 , ..., xn ) 7→ kxk∞ = maxi∈{1,...,n} |xi |
– pour p réel ≥ 1, x 7→ kxkp = ( i∈{1,...,n} |xi |p )1/p
P

•Sur R[X], les applications suivantes sont des normes :


– P 7→ kP k0 = supx∈[0,1] |P (x)|
R1
– P 7→ kP k1 = 0 |P (t)|dt
La norme est convexe.

Définition 0.9 Distance associée

Étant donnée une norme on définit une distance associée par

d(x, y) =k x − y k

Définition 0.10 Normes équivalentes

Deux normes k . k1 et k . k2 sur un même espace vectoriel sont équivalentes si il existe


α, β > 0 tels que α. k x k1 <k x k2 < β. k x k1

Théorème 0.5

Deux normes sont équivalentes si et seulement si elles définissent la même topologie.

Démonstration L’une des deux implications (si deux normes sont équivalents, alors elles définissent
la même topologie) résulte de 0.4. L’autre s’obtient facilement, l’une des deux inégalités après l’autre,
en constatant qu’une boule de centre 0 et de rayon 1 pour l’une des normes contient une boule de rayon
non nul pour l’autre norme.
1.1.3 Notion de voisinage

Définition 0.11 Voisinage

Soit X un espace topologique. Un voisinage V de x ∈ X est un ensemble tel qu’il existe un


ouvert U avec x ∈ U ⊂ V .
On note par V(x) l’ensemble des voisinages de x.

Proposition 0.6

Un sous-ensemble d’un espace topologique est ouvert si et seulement si il est un voisinage de


chacun de ses points.

Démonstration
•Soit un ouvert U , et x dans U . On a x ∈ U et bien sûr U ⊂ U . Donc U est voisinage de x. Un
ouvert est donc bien voisinage de chacun de ses points.
•Soit U voisinage de chacun de ses points. À chaque point x associons l’ouvert Ux tel que x ∈ Ux ⊂ U .
La réunion des Ux est un ouvert, contient tous les x de U et est incluse dans U ; c’est donc U . Donc U
est un ouvert.

Proposition 0.7

•Si x ∈ X, X espace topologique, et V ⊂ V ′ , et V ∈ V(x), alors V ′ ∈ V(x).


•pour tous V, V ′ ∈ V(x), alors V ∩ V ′ ∈ V(x)

Démonstration
•V contient par définition un ouvert contenant x ; V étant inclus dans V ′ , V ′ contient ce même
ouvert. Donc V ′ est un voisinage de x.
•V et V ′ contiennent chacun un ouvert contenant x ; l’intersection de ces deux ouverts est un ouvert,
contient x et est inclus dans V ∩ V ′ ; donc V ∩ V ′ est un voisinage de x.

1.1.4 Fermeture, intérieur, extérieur, frontière

Définition 0.12 Fermeture ou adhérence

Si A ⊂ X, l’adhérence (dite aussi fermeture) de A est l’intersection de tous les fermés


contenant A, c’est donc le plus petit fermé contenant A. On note A l’adhérence de A.

A, B parties de X ; alors A ∪ B = A ∪ B et A ∩ B ⊂ A ∩ B.

Définition 0.13 Point d’accumulation d’une partie

On appelle point d’accumulation d’une partie A un point x adhérent 5 à A \ {x}.


On appelle ensemble dérivé de A l’ensemble des points d’accumulation de A.
Un ensemble dérivé dans un espace séparé est toujours un fermé.

Lemme 0.8

Si A est une partie de l’espace topologique X, on a l’équivalence suivante :

x ∈ A ⇐⇒ ∀V ∈ V(x), V ∩ A 6= ∅

Démonstration Il suffit de constater les points suivants :


•y 6∈ A si et seulement si on peut trouver un fermé F contenant A et ne contenant pas y.
•On considère le complémentaire de F . C’est un voisinage de y n’intersectant pas A.

Définition 0.14 Ensemble dense

Un sous-ensemble de l’espace topologique X est dense dans X si son adhérence est X.

Application 0.7 La densité sera utilisée dans les théorèmes de prolongement, prolongement des
identités, prolongement de fonctions uniformément continues (capital par exemple pour le théorème
de Plancherel, cité dans la partie 1.1.8 et démontré dans [1]). Le prolongement de fonctions conti-
nues servira aussi à construire des solutions maximales d’équations différentielles (voir théorème de
Cauchy-Lipschitz ??). On pourra aussi utiliser la densité pour montrer que tout espace métrique
complet connexe localement connexe est connexe par arcs.
La densité servira aussi pour prouver le théorème d’Arzéla-Ascoli ??, le théorème de Moore,
l’inégalité de Hardy (voir livre [2]).
De nombreux résultats de densité dans les espaces de Banach auront de vastes applications ;
il y a déjà toutes les applications du théorème de Baire 0.113 (théorème de l’application ouverte,
théorème du graphe fermé, théorème d’isomorphisme de Banach, que l’on trouvera tous à la suite
du théorème de Baire 0.113).
Par ailleurs, la séparabilité est par définition liée à la densité, voir la définition 0.20 et la liste
d’applications qui y est donnée.
Enfin, certains résultats de densité seront fondamentaux pour de multiples applications pratique
(approximation) : on pourra consulter le chapitre ??. Cela servira par exemple pour la transformée
de Fourier - en fait les bases hilbertiennes sont basées sur la densité.
N’oublions pas aussi de petits résultats dus à la densité de Q dans R : le fait que tout ouvert de
R s’exprime comme union dénombrable d’intervalles ouverts.

Proposition 0.9
A est dense dans l’espace topologique X si et seulement si tout ouvert non vide de X intersecte
A.

Démonstration Cela résulte directement du lemme ci-dessus.

Définition 0.15 Intérieur

L’intérieur du sous-ensemble A de l’espace topologique X, noté Int(A), est la réunion de


tous les ouverts inclus dans A, c’est donc le plus grand ouvert contenu dans A.
Propriétés : •A, B inclus dans X ; alors Int (A ∪ B) ⊃ Int A ∪ Int B et Int (A ∩ B) =
Int A ∩ Int B.
•Si deux ouverts sont disjoints, alors les intérieurs de leurs adhérences sont disjoints.
•Int(X \ A) = X \ A (ou de manière équivalente Int A = X \ (X \ A)).

Proposition 0.10

Le point x est dans Int(A) si et seulement si A ∈ V(x).


Le point x est dans Int(A) si et seulement s’il existe V ∈ V(x) avec V ⊂ A.

La démonstration, simple, est laissée en exercice.

Définition 0.16 Extérieur

L’extérieur de A, noté Ext(A), est l’intérieur du complémentaire de A.

Proposition 0.11

Ext(A) = {x|∃V ∈ V(x)/V ∩ A = ∅}

Démonstration Découle de la proposition 0.10.

Définition 0.17 Frontière

La frontière de A, notée F r(A) est son adhérence privée de son intérieur.

F r(A) = A ∩ X \ A.

Proposition 0.12

Un ensemble est à la fois ouvert et fermé si et seulement si sa frontière est vide.

Démonstration
•Soit A un ensemble ouvert et fermé. Comme A est fermé, il est égal à son adhérence, et comme il
est ouvert, il est égal à son intérieur, donc sa frontière, égale à son adhérence privée de son intérieur,
est vide.
•Réciproquement, si la frontière de A est vide, cela signifie que son intérieur contient A, donc qu’il
est ouvert. Et si sa frontière est vide, cela signifie que son adhérence ne peut pas être strictement plus
grande que lui, donc il est fermé.
Théorème 0.13

•Int(A) = {x ∈ X; ∃V ∈ V(x), V ∩ X \ A = ∅}
•Ext(A) = {x ∈ X; ∃V ∈ V(x), V ∩ A = ∅}
•F r(A) = {x ∈ X; 6 ∃V ∈ V(x), V ∩ A = ∅ ∨ V ∩ (X \ A) = ∅} = {x ∈ X/∀V ∈ V(x), V ∩ A 6=
∅ ∧ V ∩ (X \ A) 6= ∅}
X est réunion disjointe de son intérieur, son extérieur et sa frontière.

Démonstration Chacune de ces propriétés se démontre en deux lignes, simplement en écrivant bien
formellement ce que l’on cherche à démontrer.

1.1.5 Base d’ouverts et base de voisinages

Définition 0.18 Base d’ouverts

Soit X un espace topologique. Une famille B d’ouverts de X est une base d’ouverts si tout
ouvert est une réunion d’éléments de B.

Proposition 0.14

Une famille B d’ouverts est une base d’ouverts si et seulement si quel que soit l’ouvert U et
x ∈ U il existe V ∈ B tel que x ∈ V ⊂ U .

Démonstration Si B est une base d’ouverts, alors étant donnés x et U , on considère un élément V
de B qui contient x ; la réciproque se fait en considérant, pour un ouvert donné, la réunion U des V
obtenus par la propriété en considérant les différents x ∈ U .
Exemple 0.8
•Dans un espace métrique, les boules ouvertes de rayon rationnel forment une base d’ouverts
•Dans le cas de Rn muni de la métrique usuelle, les boules ouvertes de rayon rationnel et à
coordonnées toutes rationnelles forment une base dénombrable d’ouverts
•Dans R tout ouvert est en fait une réunion dénombrable d’intervalles ouverts deux à deux
disjoints (et réciproquement).
•Dans R un fermé n’est pas nécessairement une réunion dénombrable d’intervalles fermés deux
à deux disjoints, et une réunion dénombrable d’intervalles fermés deux à deux disjoints n’est pas
nécessairement fermée.
Démonstration
•Soit U un ouvert d’un espace métrique, et x dans U ; on montre que U contient une boule de rayon
rationnel contenant x. Pour cela on note que U est réunion de boules ouvertes, donc contient au moins
une boule ouverte B de rayon r et de centre O contenant x ; on note alors r ′ la distance de x à O ;
toute boule ouverte centrée en x de rayon rationnel inférieur à r − r ′ convient (on peut aussi choisir de
raisonner sur les boules centrées sur O de rayon adéquat).
•Soit U un ouvert de Rn , et x un point de U . On considère une boule ouverte contenant x et
incluse dans U ; soit O son centre et r son rayon. Alors soit r ′ la distance de x à O, et y un point de

coordonnées rationnelles situé à une distance d inférieure à r−r 3
de O. Alors toute boule centrée sur y
′ ′
de rayon rationnel compris entre r ′ + r−r
3
et r ′
+ 2. r−r
3
convient.
•En plusieurs points :
– Soit U un ouvert de R ; alors étant donné un rationnel de U on considère l’intervalle maximal le
contenant. On parcourt ainsi tout U , et on a bien un ensemble dénombrable d’intervalles ouverts.
– Une réunion d’ouverts est toujours un ouvert.
•Deux contre-exemples :
– le cantor K 3 (voir partie 1.6.13) n’est pas une réunion dénombrable d’intervalles fermés disjoints.
– l’ensemble des 1/n est une réunion dénombrable d’intervalles fermés disjoints, mais n’est pas fermé.

Définition 0.19 Base dénombrable d’ouverts

X est à base dénombrable d’ouverts si on peut trouver une base d’ouverts qui soit dénom-
brable.

Proposition 0.15
Un espace à base dénombrable d’ouverts contient un ensemble dénombrable dense.

Démonstration Il suffit de considérer un point par ouvert non vide d’une base dénombrable.

Définition 0.20 Espace séparable

Un espace est séparable si il contient un ensemble dénombrable dense.

Attention 0.9 On parle parfois aussi de séparation pour la propriété des normes ||x|| = 0 ⇒
x = 0.
Application 0.10 Cela sera notamment utile pour définir une métrique sur la boule unité fermée
du dual d’un espace séparable (pour la topologie faible). Ceux qui veulent en savoir plus peuvent
aller voir la proposition 0.73. Le théorème de Banach-Mazur fournit une application à la séparabilité
pour les espaces de Banach : tout espace de Banach séparable est isométrique à un sous-espace fermé
de C([0, 1], R), espace des fonctions continues de [0, 1] dans R pour la norme du supremum.
On note en particulier qu’un ensemble à base dénombrable d’ouverts est séparable (il suffit de
prendre un point dans chaque ouvert) ; il s’agit de la proposition précédente. La réciproque est vraie
dans le cas des espaces métriques :

Théorème 0.16

Un espace métrique est séparable si et seulement s’il admet une base dénombrable d’ouverts.

Application 0.11 Ce résultat permettra de conclure que tout espace métrique compact admet
une base dénombrable d’ouverts (voir résultat 0.75) et d’en déduire que tout espace métrique
compact est de cardinal au plus la puissance du continu (voir résultat 0.73).
Démonstration La remarque précédente donne l’un des deux sens. Réciproquement supposons que X
soit métrique séparable. Soit {xn ; n ∈ N} un ensemble dense dénombrable. Alors l’ensemble des boules
de centre xi et de rayon 1/j avec (i, j) ∈ N × N∗ est une base dénombrable d’ouverts.
Définition 0.21 Base de voisinages

Soit x ∈ X, une famille B(x) de voisinages de x est une base de voisinages de x si pour tout
V ∈ V(x) il existe V ′ ∈ B(x) avec V ′ ⊂ V .

Définition 0.22 à base dénombrable de voisinages


Un espace est à base dénombrable de voisinages si chacun de ses points admet une base
dénombrable de voisinages.

Exemple 0.12 Tout espace métrique est à base dénombrable de voisinages.


Démonstration Il suffit de considérer les boules de rayon 1/i de centre x pour avoir une base
dénombrable de voisinages de x.

1.1.6 Continuité et limite

Définition 0.23 Continuité ponctuelle

Soit f une application entre espaces topologiques. f est continue en x si et seulement


si quel que soit V ∈ V(f (x)), l’image réciproque f −1 (V ) est un voisinage de x (i.e. si ∃U ∈
V(x) tel que f (U ) ⊂ V ).
f est continue si f est continue en tout point.

Exemple 0.13
•La distance est continue (en vertu de la propriété |d(x, z) − d(y, z)| ≤ d(x, y)).
•La norme est continue (comme composée d’applications continues, puisque x → 7 (x, x) est
continue, et (x, y) 7→ d(x, y) est continue, avec d la distance associée à la norme).
•La multiplication par un scalaire et l’addition sont continues pour la topologie associée à la
norme.

Définition 0.24 Semi-continuité

Une application f de X dans R est semi-continue inférieurement si pour tout c on a


f −1 (]c, +∞[) ouvert.
Une application f de X dans R est semi-continue supérieurement si pour tout c on a
f −1 (] − ∞, c[) ouvert.

Proposition 0.17

•Une fonction à valeurs dans R est continue si et seulement si elle est à la fois semi-continue
inférieurement et semi-continue supérieurement.
•La borne sup d’une famille de fonctions semi-continues inférieurement est semi-continue in-
férieurement.
•La fonction caractéristique d’un ouvert (resp. fermé) est semi-continue inférieurement (resp.
supérieurement).
Théorème 0.18 Stabilité de la continuité par composition

Si f est continue en x et si g est continue en f (x), alors g ◦ f est aussi continue en x.

Démonstration L’image réciproque d’un voisinage de g(f (x)) est un voisinage de f (x), l’image
réciproque d’un voisinage de f (x) par f est un voisinage de x, donc l’image réciproque d’un voisinage
de g ◦ f (x) par g ◦ f est un voisinage de x. D’où la continuité de g ◦ f en x.

Corollaire 0.19

Si f et g sont continues, alors g ◦ f est continue.

Démonstration L’image réciproque d’un ouvert par f est un ouvert, l’image réciproque d’un ouvert
par g est un ouvert, donc l’image réciproque par g ◦ f est un ouvert.
(on peut aussi simplement utiliser le théorème 0.21)

Proposition 0.20

Soit B une base de voisinages de f (x).


f est continue en x si et seulement si quel que soit V ∈ B, f −1 (V ) ∈ V(x).

Démonstration Soit un voisinage U de f (x), il contient un certain V appartenant à B. L’image


réciproque de V étant un voisinage de x, l’image réciproque de U contient f −1 (V ) et est donc aussi un
voisinage de x.

Théorème 0.21

Les assertions suivantes sont équivalentes :


•f est continue
•Pour tout ouvert U , f −1 (U ) est un ouvert de X.
•Pour tout fermé F , f −1 (F ) est un fermé de X.
•Pour tout ouvert V ∈ B, avec B une base d’ouverts, f −1 (V ) est ouvert
•Pour tout A, f (A) ⊂ f (A)

Démonstration L’équivalence entre les 4 premières assertions est laissée en exercice. La cinquième
assertion est une conséquence de la continuité de f (il suffit de voir qu’elle équivaut à A ⊂ f −1 (f (A))
et de rappeler que l’adhérence de A est l’intersection de tous les fermés contenant A). Réciproquement,
en supposant la cinquième assertion vraie, on montre tout d’abord que tout fermé F de l’image de f
vérifie f −1 (F ) fermé. Il suffit de voir alors que f est continue de X vers Y si et seulement si elle est
continue en tant que restriction de X sur f (X).
Application 0.14 On peut noter alors que si f est une application de X dans Y , alors si X est
muni de la topologie discrète (topologie égale à l’ensemble des parties de X) ou si Y est muni de la
topologie grossière (topologie limitée à {∅, Y }) alors f est nécessairement continue.
Définition 0.25 Limite

Soit f : X \ {x0 } → Y , avec x0 ∈ X. On dit que y est une limite de f en x0 , si pour tout
voisinage V de y dans Y , la réunion f −1 (V ) ∪ {x0 } est un voisinage de x0 .

Proposition 0.22

Les propriétés suivantes sont équivalentes au fait que l soit limite de xn :


•pour tout voisinage V de l, il existe un nombre fini de xn en dehors de V .
•Dans le cas où l’espace est métrique : la distance de xn à l tend vers 0.

Donnons sans démonstration le lemme suivant :


Lemme 0.23

f est continue en x0 si et seulement si f (x0 ) est limite de f|X\{x0 } en x0 .

Définition 0.26 Point isolé

x0 est isolé si et seulement si {x0 } est ouvert.


Un espace topologique est dit discret si tous ses éléments sont des points isolés.

Le lemme suivant résulte directement de la définition :


Lemme 0.24

Le point x0 n’est pas isolé si et seulement si V \ {x0 } =


6 ∅, pour tout V ∈ V(x0 ), et encore si
et seulement si x0 ∈ X \ {x0 }.

Un problème est la non-unicité de la limite, a priori. Nous avons donc besoin de la notion
d’espace séparé, que l’on définira un peu plus loin.
Définition 0.27 Homéomorphisme

Un homéomorphisme est une application bijective continue et de réciproque continue.

Propriétés des homéomorphismes •L’identité est un homéomorphisme.


•Une composition d’homéomorphismes est un homéomorphisme.
•Sur un espace normé, la translation et l’homothétie de rapport non nul sont des homéomor-
phismes.
•L’ensemble des homéomorphismes de X vers X est un sous-groupe de l’ensemble des bijections
de X vers X.
Démonstration Rien de difficile dans tout ça ; notons que la réciproque d’une homothétie est une
homothétie, et qu’une homothétie est continue parce que les opérations algébriques sont continues (voir
proposition 0.51).
1.1.7 Espace séparé

Définition 0.28 Espace séparé

Un espace est séparé si pour toute paire de points distincts (x, y) on peut trouver un voisinage
de x et un voisinage de y disjoints.

Exemple 0.15 Exemples


•Un espace métrique est séparé.
•Une topologie discrète est séparée.
Exemple 0.16
Tout sous-ensemble fini d’un espace séparé est fermé.
Démonstration Dans le cas d’un singleton il est clair que le complémentaire est voisinage de chacun
de ses points, donc ouvert, par 0.6. Le passage à un ensemble fini se voit par les propriétés immédiates
des fermés données en 0.1.

Théorème 0.25

Soit f : X → Y .
Si x0 n’est pas isolé et si Y est séparé, alors l’application f a au plus une limite en x0 .

Démonstration Supposons que f a au moins deux limites en x0 . On considère les voisinages distincts
respectifs de ces deux limites, et on considère l’intersection de leurs images inverses respectives ; cette
intersection est réduite à un singleton ; or c’est un voisinage de x0 .

Théorème 0.26

Soient f1 et f2 deux applications continues ayant même ensemble de départ et même ensemble
séparé d’arrivée. Alors {x|f1 (x) = f2 (x)} est fermé.

Attention 0.17 L’hypothèse de séparation est nécessaire (de même que dans le théorème
suivant, même contre-exemple) ; considérer par exemple f1 et f2 deux applications de R (muni de
sa topologie usuelle) dans {0, 1} muni de la topologie grossière. f1 est l’application nulle, f2 est
nulle sauf en 0 ; f2 (0) = 1.
Démonstration On montre que l’ensemble complémentaire est ouvert. Pour cela on considère x dans
ce complémentaire, et deux voisinages disjoints de f1 (x) et f2 (x) ; l’intersection des images réciproques
de ces voisinages est un voisinage de x qui montre que notre complémentaire est bien un voisinage de x.

Corollaire 0.27

Si f1 et f2 coïncident sur un ensemble dense et ont valeurs dans un espace séparé, alors elle
coïncident partout.

Démonstration Il suffit de se rappeler qu’un fermé est égal à son adhérence, et que l’adhérence d’un
ensemble dense est l’espace tout entier.
Lemme 0.28

Si f est continue et injective, et si l’espace d’arrivée est séparé, alors l’espace de départ est
aussi séparé.

Application 0.18 Ce lemme servira à montrer le théorème 0.49 (condition pour qu’un espace
produit soit séparé).
Démonstration Soit f continue et injective. On considère deux points distincts de son domaine ;
leurs images sont distinctes par l’injectivité, on peut les séparer par deux ouverts, d’images réciproques
ouvertes. Ceci conclut la preuve.

1.1.8 Continuité et limite dans les espaces métriques ou normés

Définition 0.29 Continuité séquentielle

f est séquentiellement continue en x si et seulement si pour toute suite xn convergeant


vers x les f (xn ) convergent vers f (x).

Théorème 0.29

Soit X à base dénombrable de voisinages, alors toute fonction séquentiellement continue est
continue.

Démonstration Soit un tel X et soit f séquentiellement continue avec pour domaine X. On considère
une base de voisinages décroissants (Vn ) de x. Soit W un voisinage de f (x). Il suffit de montrer que
f −1 (W ) est un voisinage de x. Si f −1 (W ) n’est pas un voisinage de x, alors on peut trouver xn ∈
Vn \ f −1 (W ) ; xn tend vers x ; or f (xn ) 6∈ W , et donc f (xn ) ne peut pas tendre vers f (x).

Corollaire 0.30

Si f est séquentiellement continue sur un espace métrique, alors f est continue.

Démonstration Considérer l’exercice 0.12.


Application 0.19 Ce corollaire servira notamment pour le théorème ??.

Proposition 0.31 Définition ǫ − δ de la continuité

Soit f application entre espaces métriques ; f est continue en x si pour tout ǫ il existe δ tel
que d(x, x′ ) < δ → d(f (x′ ), f (x)) < ǫ

Démonstration Il suffit de remarquer que la famille des boules ouvertes de rayon ǫ et de centre f (x)
est une base de voisinages de f (x), et que la famille des boules ouvertes de rayon δ et de centre x est
une base de voisinages de x.
Définition 0.30 Continuité uniforme

Une application f d’un espace métrique dans un autre espace métrique est dite uniformément
continue si, pour tout ǫ > 0 il existe α > 0 tel que, pour tout (x, y) ∈ X 2 , d(x, y) < α →
d(f (x), f (y)) < ǫ.

Démonstration Attention : La continuité uniforme n’est pas une notion topologique mais une notion
métrique ; i.e. deux distances équivalentes ont la même notion de continuité uniforme (que l’on change
la distance dans l’espace de départ ou dans l’espace d’arrivée), mais le fait que deux métriques soient
associées à la même topologie ne suffit pas pour qu’elles aient la même notion de continuité uniforme.
La continuité uniforme est une notion très importante ayant de nombreuses applications.
Pour montrer la continuité uniforme, on dispose des outils suivants :
– une fonction Lipschitzienne entre métriques est uniformément continue
– une fonction bornée de R dans R et monotone est uniformément continue
– une fonction continue sur un compact est uniformément continue (théorème de Heine 0.77,
voir le dit théorème pour d’innombrables applications)
– si p et q sont conjugués et si f et g appartiennent respectivement à Lp (Rn ) et Lq (Rn ) , alors
f ∗ g (convoluée) est uniformément continue.
Quitte à échanger f et g, on peut supposer p < ∞. L’inégalité de Hölder implique grâce au
théorème de Fubini (cas positif) que f ∗ g est définie en tout point de Rn et que cette fonction est
bornée sur Rn (par k f kp . k g kq ).
Montrons maintenant l’uniforme continuité de f ∗ g : on a

∀x, t ∈ Rn |f ∗ g(x + t) − f ∗ g(x)|


Z
= [f (x + t − y) − f (x − y)]g(y) dy
Rn
Z 1/q
≤ k g kq |f (x + t − y) − f (x − y)|p dy ≤ k g kq k Tt f − f kp ,
Rn

où Tt est l’endomorphisme de Lp (Rn ) défini par Tt f (x) = f (x + t).


On peut démontrer que ∀f ∈ Lp (Rn ), k Tt f − f kp tend vers 0 lorsque t → 0 (preuve laissée
en exercice au lecteur : on le prouve pour les fonctions continues à support compact (qui sont donc
uniformément continues), et on conclut par densité de ces fonctions dans Lp (Rn )). Ceci achève la
preuve de l’uniforme continuité de f ∗ g.
Une propriété essentielle est le théorème 0.110.

Définition 0.31 converge uniformément

On dit qu’une suite fn d’applications de X dans Y avec Y un espace métrique converge


uniformément vers f si pour tout ǫ positif il existe N tel que pour tout n ≥ N et tout x dans
X d(f (x), fn (x)) < ǫ.

Application 0.20 Les applications et des exemples classiques :


Tout d’abord, quelques résultats célèbres de densité pour la topologie de la convergence uniforme :
voir le théorème de Runge ??, le théorème de Stone ?? (avec son corollaire
Pn le théorème de Stone-
Weierstrass ; voir en particulier les polynômes de Bernstein Bn (f )(x) = k=1 f ( nk )Cnk xk (1 − x)n−k
qui convergent uniformément vers f sur [0, 1], voir théorème ??).
Il faut absolument se rappeler la convergence uniforme d’une série entière sur tout disque de
rayon strictement inférieur au rayon de convergence.
Quelques résultats célèbres utilisant la convergence uniforme : ?? (limite de limites uniformes),
?? (intégration de fonctions réglées), ?? (sur la limite uniforme d’une suite de fonctions holo-
morphes). Quelques variantes à notre convergence uniforme ci-dessus définie, et d’autres résultats
(notamment métrisabilité) : voir définition ??, et les résultats qui suivent ; voir aussi Ascoli et ses
conséquences, en section ??.
Il convient enfin de signaler quelques applications de la convergence uniforme aux espaces Lp et
à l’intégration :
– théorème de Plancherel : il existe un unique isomorphisme de L2 dans L2 appelé transformation
de Fourier L2 notée f 7→ fˆ telle que pour tout f dans L1 ∩ L2 fˆ est la transformée de Fourier L1
de f , kfˆk2 = kf k2 (voir par exemple le livre [1])
– théorème de Sard : voir [3].
– Intégration au sens de Riemann : voir partie ??.

Définition 0.32 Applications lipschitzienne

Une application h est dite lipschitzienne s’il existe K ∈ [0, +∞[ tel que

d(h(x), h(x′ )) ≤ K.d(x, x′ )

On dit aussi qu’elle est K-lipschitzienne.


On définit la constante de Lipschitz par

d(h(x), h(x′ ))
Lip(h) = sup{ |x, x′ ∈ X, x 6= x′ }
d(x, x′ )

Proposition 0.32
• Les fonctions lipschitziennes sont continues, et même uniformément continues.
•Les fonctions C 1 d’un compact de R dans un espace vectoriel normé sont Lipschitziennes,
ainsi que les fonctions dérivables de R dans un espace vectoriel normé à dérivée bornée (voir le
théorème ??).

Exemple 0.21 La distance x 7→ d(x, x0 ) sur un espace métrique E avec x0 appartenant à E


est 1-lipschitzienne de E dans R. La distance de E × E dans R est lipschitzienne, pour toutes les
normes usuelles.

Définition 0.33 Norme d’une application linéaire


Si φ est une application linéaire entre espaces normés, on définit sa norme k φ k par k φ k=
sup{k φ(x) k / k x k≤ 1}
Cette norme peut a priori être infinie - ce qui signifie donc que l’appellation « norme », bien que
classique, est abusive. Il ne s’agit d’une norme qu’en se restreignant à l’ensemble des applications
pour lesquelles cette « norme » est finie.

Sans démonstration, donnons le lemme suivant :

Lemme 0.33

k φ(x) k
k φ k= sup{k φ(x) k / k x k= 1} = sup{ ; x 6= 0}
kxk

Théorème 0.34

Une application linéaire entre espaces normés est continue si et seulement si sa norme est
< ∞. Elle est continue si et seulement si elle est lipschitzienne et son coefficient de Lipschitz est
égal à sa norme.

Démonstration Si φ est continue en zéro, il est clair que pour r suffisamment petit, k x k< r implique
k φ(x) k< 1 ; on constate alors par linéarité que k φ k≤ r −1 .
Réciproquement si φ a une norme finie, alors φ est lipschtzienne k φ(x) − φ(y) k=k φ(x − y) k≤k φ k
. k (x − y) k, et Lip(φ) ≤k φ k ; en considérant x de norme 1, on constate que Lip(φ) =k φ k ; d’où le
résultat.
Critère de continuité pour une forme linéaire sur un espace normé
φ forme linéaire de E dans son corps K = R ou K = C est continue si et seulement si son noyau
φ−1 (0) est fermé.
Démonstration Si φ est continue, il est clair que l’image réciproque d’un singleton est un fermé.
Réciproquement, par contraposée, supposons que φ n’est pas continue, alors f n’est pas non plus sé-
quentiellement continue (voir le corollaire 0.30), donc il existe une suite xn tendant vers 0 telle que
xn
φ(xn ) ne tend pas vers 0. La suite yn = φ(x n)
(définie pour les n tels que φ(xn ) > ǫ pour un certain
ǫ > 0 après extraction d’une sous-suite) tend vers 0. On considère alors un certain a tel que φ(a) = 1 (si
φ est nulle elle est continue et le résultat a bien lieu, donc on peut supposer l’existence de a sans perte
de généralité), et on constate que la suite zn = yn − a tend vers −a 6∈ φ−1 (0), alors que zn ∈ φ−1 (0).
Cela contredit φ−1 (0) fermé et conclut donc la preuve.

Définition 0.34 Borné

Soit E un espace normé. Un sous-ensemble A ⊂ E est dit borné si sup{k x k |x ∈ A} < +∞.
On dit que l’application f est bornée sur B si et seulement si f (B) est borné.

Exemple 0.22
Soit φ une application linéaire entre espaces normés. Les assertions suivantes sont équivalentes :
•φ est continue
•φ est continue en 0
•φ est bornée sur une boule de rayon > 0
•φ est bornée sur une sphère de rayon > 0
Démonstration Ces preuves sont aisées, nous nous contenterons de rappeler quelques faits qui
permettent de les rédiger proprement.
La topologie est invariante par translation (puisque toute translation est un homéomorphisme), donc
la continuité en 0 équivaut à la continuité en un point quelconque.
Le fait que φ soit bornée sur une boule équivaut trivialement au fait que φ soit bornée sur une sphère
(par linéarité).
Si φ est bornée sur une boule, par linéarité il est clair qu’elle tend vers 0 en 0.
Enfin si φ est continue, on a montré un peu plus tôt que sa norme est finie, ce qui se voit au fait que
pour x suffisamment petit (disons de norme plus petite que r), on doit avoir φ(x) de norme plus petite
que 1, et donc pour kxk < 1, kφ(x)k ≤ 1/r.

1.1.9 Valeur d’adhérence

Définition 0.35 Valeur d’adhérence

Soit f : X \ {x0 } → Y , avec X et Y des espaces topologiques ; on dit que y ∈ Y est une
valeur d’adhérence de f en x0 si et seulement si pour tout Vx0 ∈ V(x0 ) et tout Vy ∈ V(y) on a
Vy ∩ f (Vx0 \ {x0 }) 6= ∅.

Lemme 0.35
L’ensemble des valeurs d’adhérence de f en x0 est donné par l’intersection des f (Vx0 \ {x0 }), pour
Vx0 voisinage de x0 ; en particulier c’est un fermé.

Démonstration Soit y une valeur d’adhérence, alors par définition y appartient à l’adhérence de
f (V \ {x0 }) pour tout V voisinage de x0 . La réciproque, du même niveau de difficulté, est laissée au
lecteur en exercice.
Le lecteur peut aussi s’exercer à montrer le corollaire suivant :

Corollaire 0.36

Si x0 n’est pas isolé, alors les limites sont des valeurs d’adhérence.

Proposition 0.37 Le cas des suites

Soit xn une suite dans un espace topologique X.


•Les limites de suites extraites sont des valeurs d’adhérence
•Si une valeur d’adhérence a une base dénombrable de voisinages, alors c’est la limite d’une
suite extraite.
Démonstration
•l’infini n’est pas isolé pour la topologie usuelle de N. Donc les limites d’une suite sont des valeurs
d’adhérence. Et les valeurs d’adhérence d’une suite extraite sont clairement des valeurs d’adhérence de
la suite.
•Soit (Vn ) une suite de voisinages de l, valeur d’adhérence de xn ; soit φ(1) tel que xφ(1) soit inclus
dans V1 , φ(2) tel que φ(2) soit inclus dans V2 et φ(1) < φ(2), φ(3) tel que φ(3) soit inclus dans V3 et
φ(2) < φ(3), et ainsi de suite...

Corollaire 0.38

Dans un espace métrique, les valeurs d’adhérence d’une suite sont exactement les limites des
sous-suites extraites.

Attention 0.23 Attention à l’hypothèse métrique ! Dans le cas général, ce n’est pas vrai, voir
1.6.7.
1.2 Construction de topologies
Nous allons voir dans cette section différentes méthodes pour construire des topologies inté-
ressantes. Comme dans tout le chapitre, des applications seront proposées via le symbole k ; en
particulier, espaces projectifs (compacts), continuité pour des applications « multivariées », espaces
séparés. Nous verrons (i) ci-dessous quelques cas simples (ii) les topologies quotient (iii) les topolo-
gies associées à des espaces d’applications linéaires (iv) les topologies définies par des familles (de
parties ou d’applications) (v) les topologies produit.

Définition 0.36 topologie induite

Étant donné A ⊂ X, on appelle topologie induite par la topologie de X sur A l’ensemble


des intersections d’ouverts de X avec A.

Il convient de vérifier qu’il s’agit bien d’une topologie.


Exemple 0.24
• Si X est séparé, alors A est séparé pour la topologie induite.
•A est ouvert (resp. fermé) dans X si et seulement si les sous-ensembles ouverts de A pour la
topologie induite sont exactement les sous-ensembles de A ouverts pour la topologie de X.
•Si A est ouvert (resp. fermé) dans X, alors l’intérieur (resp. l’adhérence) de B ⊂ A est le même
dans X et dans A
1.2.1 Topologie quotient
On suppose X muni d’une relation d’équivalence R. On note Π la projection canonique de X
sur l’ensemble quotient.

Définition 0.37 Topologie quotient

La topologie quotient est définie comme suit :


U ⊂ X/R est ouvert si et seulement si Π−1 (U ) est ouvert.
On peut (doit) vérifier qu’il s’agit bien d’une topologie.

Proposition 0.39

Soit X un espace topologique, et R une relation d’équivalence sur X. On note Π la projection


canonique de X sur X/R.
Les propriétés suivantes de la topologie quotient sur X/R sont fondamentales :
– la projection canonique est continue (c’est-à-dire que l’image réciproque de tout ouvert est
un ouvert)
– la projection canonique est ouverte (c’est-à-dire que l’image de tout ouvert est un ouvert)
si la relation d’équivalence est associée à un groupe agissant par homéomorphismes sur X (voir
partie ??).

Démonstration Il est clair par définition que la projection canonique est continue. Pour le second
point il suffit de voir que si U est un ouvert de X, Π−1 (Π(U )) est la réunion des g(U ) pour g dans le
groupe d’homéomorphismes agissant sur X.
Application 0.25 La topologie quotient sert un peu partout, par exemple elle définit une topologie
sur un espace projectif et le rend compact pour cette topologie (voir le théorème ??).

1.2.2 Topologie sur un espace d’applications linéaires


On note L(E, F ) l’espace vectoriel des applications linéaires continues de l’espace normé E dans
l’espace normé F . Cet espace est normé par
k φ(x) k
k φ k= sup{k φ(x) k | k x k≤ 1} = sup{ | k x k6= 0}
kxk
On peut vérifier qu’il s’agit bien d’un espace vectoriel normé, et on a la formule

kφk = inf{C ∈ [0, +∞[ | ∀x ∈ E, kφ(x)k ≤ [Link]}.

Définition 0.38 Dual topologique

L’espace dual topologique du K-espace vectoriel normé E est l’espace E ′ = L(E, K) des
formes linéaires continues.

Par le mot « continu » on introduit une restriction ; ainsi le dual topologique est inclus dans le
dual algébrique (dit aussi « dual » tout court).

Définition 0.39 Topologie forte

On appelle topologie forte la topologie définie sur le dual par la norme usuelle.

Attention 0.26 On va voir un peu plus loin (chapitre ??, analyse fonctionnelle) d’autres
topologies utiles sur le dual. La topologie usuelle sur le dual est la topologie faible, et pas la
topologie forte (voir définition plus loin).
1.2.3 Topologie définie par une famille de parties d’un ensemble

Lemme 0.40
Une intersection quelconque de topologies est une topologie.

Démonstration Évident en revenant à la définition d’une topologie.

Définition 0.40 plus fine


Si une topologie T est incluse dans une topologie T ′ , on dit que T ′ est plus fine que T , ou que
T est moins fine que T ′ .

Proposition 0.41
Soit A une famille de parties de X ; l’intersection de toutes les topologies contenant A est une
topologie, c’est la plus petite topologie contenant A. On la note T (A), et on dit que c’est la
topologie engendrée par A. T (A) est la famille des réunions arbitraires d’intersections finies
de parties de A∪{∅, X}. Les intersections finies de parties de A∪{∅, X} forment une base d’ouverts
pour cette topologie.

Démonstration Il suffit de considérer le lemme 0.40 pour avoir l’existence de la plus petite topologie
contenant A. Le reste est un petit exercice.

1.2.4 Topologie définie par une famille d’applications

Proposition 0.42
Étant donné Z un ensemble, et Xi une famille d’espaces topologiques, avec fi : Z → Xi , il existe
une plus petite topologie sur Z rendant toutes les fi continues ; c’est la topologie engendrée par
les fi−1 (U ) avec U ouvert. Une base de cette topologie est donc l’ensemble des intersections finies
d’images réciproques d’ouverts par des fi .

Démonstration Découle de la proposition 0.41


Remarquons que pour A ⊂ X la topologie engendrée par la fonction (dite injection canonique)
qui à x dans A associe x dans X est la topologie induite sur A par celle de X.
Théorème 0.43
Dans la situation ci-dessus, une application f de Y dans Z est continue si et seulement si toutes
les composées fi ◦ f sont continues.

Application 0.27 On verra une application pour la continuité lorsque l’espace d’arrivée est un
espace produit ; théorème 0.48. Ce théorème permet aussi de montrer la proposition 0.45.
Démonstration Application immédiate des définitions.

Définition 0.41 séparante

On dit que la famille d’applications fi est séparante si et seulement si pour tout (x, y) il
existe i tel que fi (x) 6= fi (y).

Proposition 0.44

Si les fi sont séparantes et si les topologies sur les Xi sont séparées, alors la topologie engendrée
est séparée.

Application 0.28 Ce lemme permettra de montrer qu’un produit d’espaces séparés est séparé,
théorème 0.49.
Démonstration Supposons que x et y soient distincts ; alors puisque la famille d’applications est
séparante il existe fi telle que fi (x) 6= fi (y) ; et puisque Xi est séparé, il existe un ouvert U contenant
x et un ouvert V contenant y tels que U et V sont disjoints. Les ensembles fi−1 (U ) et fi−1 (V ) sont
ouverts, puisque fi est continue (par définition de la topologie engendrée !), et disjoints. Le résultat en
découle.

Définition 0.42 Topologie faible et topologie faible-*

On appelle topologie faible sur l’espace normé E la topologie engendrée par l’ensemble des
formes linéaires continues de E dans K. On appelle topologie faible-* sur le dual de l’espace
normé E la topologie engendrée par l’ensemble des applications qui à φ associent φ(x), étant
donné x ∈ X.

Proposition 0.45

Sur E ′ , la topologie forte définie en 0.39 est plus fine que la topologie faible-*.

Démonstration En vertu du théorème 0.43, il suffit de voir que pour tout x la fonction qui à φ associe
φ(x) est continue pour la norme, ce qui est aisé à prouver (en se ramenant en zéro, une application linéaire
étant continue si et seulement si elle est continue en zéro).
Proposition 0.46

La topologie forte d’un espace vectoriel normé est plus fine que la topologie faible.

Démonstration En vertu du théorème 0.43, il suffit de voir que toute φ dans E ′ est continue pour la
norme, ce qui est immédiat.

Proposition 0.47

La topologie forte sur le dual E ′ est plus fine que la topologie faible, elle même plus fine que
la topologie faible *.

Démonstration La première partie étant déjà montrée, il suffit de voir que la topologie faible est
plus fine que la topologie faible *. Or ceci découle simplement du fait que si deux familles d’applications
sont incluses l’une dans l’autre, alors les topologies engendrées sont plus fines l’une que l’autre.

1.2.5 Topologie produit

Définition 0.43 Topologie produit

On appelle topologie produit sur le produit des Xi la topologie engendrée par les projections
canoniques de X = Πi Xi sur Xi .

Théorème 0.48

Avec πi les projections canoniques, une application f de Y dans X est continue si et seulement
si pour tout i πi ◦ f est continue.

Démonstration Il suffit d’utiliser le théorème 0.43.

Théorème 0.49

Un produit d’espaces topologiques non vides est séparé si et seulement si chacun des facteurs
l’est.

Démonstration Les πi sont séparantes, donc si chaque Xi est séparé, X est séparé, par la proposition
0.44.
Réciproquement, il suffit de considérer un élément du produit, grâce à l’axiome du choix ; grâce à
cet élément, on peut aisément construire une application de Xi dans X qui soit continue et injective ;
donc Xi est séparé par le lemme 0.28.
Proposition 0.50

La topologie sur X1 × X2 avec Xi métrique est la topologie associée à la métrique


d((x1 , x2 ), (y1 , y2 )) = max(d(x1 , y1 ), d(x2 , y2 )) ; on pourrait aussi prendre la somme.

Démonstration On rappelle simplement que les boules constituent une base d’ouverts dans un espace
métrique
Attention 0.29 Cette proposition se généralise à un produit fini, et même à un produit
dénombrable ; la distance entre (x1 , x2 , ...) et (y1 , y2 , ...) est donnée par n min(1,d2nn(xn ,yn )) , avec
P
dn la distance sur Xn .
Exemple 0.30
Écrire la généralisation du lemme précédent à un produit fini quelconque.

Proposition 0.51

Sur un espace normé la somme (opération entre deux élément de l’espace) et la multiplication
(d’un élément du corps par un élément de l’espace) sont continues.

Démonstration L’addition est continue grâce à l’inégalité triangulaire. La multiplication est continue
grâce à kλxk = |λ|kxk.
Exemple 0.31
Soit E1 , ..., En et F des espaces vectoriels normés . Soit f multilinéaire de E1 × ... × En dans F ,
alors f est continue si et seulement si k φ k= sup{k φ(x1 , ..., xn ) k | k x1 k≤ 1, ..., k xn k≤ 1} < +∞
Contrairement au cas des applications linéaires, notons qu’une application multilinéaire continue
(non nulle) n’est pas nécessairement lipschitzienne dès que n ≥ 2.
Exemple 0.32
Une application multilinéaire continue entre un produit d’espaces vectoriels normés et un
espace vectoriel normé est lipschitzienne sur chaque sous-ensemble borné.

1.3 Compacité - liens entre complétude et compacité


La compacité est un des développements majeurs de la topologie ; c’est un outil utile même dans
des cadres applicatifs. Le symbole k plus bas, ainsi que l’index au mot clef « compacité », sont donc
très importants. On verra ici (i) quelques généralités (ii) le théorème de Tykhonov (iii) le cas des
espaces vectoriels normés (iv) le cas des espaces métriques compacts. Des exemples importants de
compacts sont la boule unité fermée du dual d’un espace vectoriel normé pour la topologie faible-*,
les espaces projectifs (théorème ??), les fermés bornés de Rn , les fermés d’un compact. Les propriétés
fondamentales sont notamment l’existence de suites extraites convergences dans les compacts, et
le fait que de tout recouvrement d’un compact par des ouverts on peut extraire un recouvrement
fini (propriété de Borel-Lebesgue). La terminologie est un peu piège, puisqu’en anglais, un espace
compact ne devient pas un « compact space » mais un « compact Hausdorff space » (la différence
tient à la séparabilité).
1.3.1 Généralités

Définition 0.44 Recouvrement ouvert

Un recouvrement ouvert de l’espace topologique X est une famille d’ouverts Ui avec X =


∪i Ui .

Définition 0.45 Compact

X est compact s’il est séparé et si de tout recouvrement ouvert on peut extraire un sous-
recouvrement fini.
Un sous-ensemble K de l’espace X est dit compact s’il est compact pour la topologie induite.
Une partie A de X est dite relativement compacte si sa fermeture A est compacte.

On verra plus tard (voir lemme 0.58) que tout compact d’un espace séparé est fermé, et que
tout compact d’un métrique est borné (s’il n’était pas borné on extrairait une sous-suite conver-
gente d’une suite non bornée, par le théorème de Bolzano-Weierstrass 0.78, pour aboutir à une
contradiction).
Attention 0.33 Un compact, dans le cas général, n’est absolument pas nécessairement fermé !
Considérer par exemple un point, dans un ensemble X contenant au moins deux points et dont la
topologie est réduite à {∅, X}.

Définition 0.46 propriété de Borel-Lebesgue

Un espace vérifie la propriété de Borel-Lebesgue si de tout recouvrement ouvert on peut


extraire un recouvrement fini.

Application 0.34 Quoique d’autres caractérisations existent, la propriété de Borel-Lebesgue sert


souvent directement ; voir par exemple une généralisation au théorème de Heine aux familles de
fonctions équicontinues ??.
Un espace est ainsi compact s’il est séparé et s’il vérifie la propriété de Borel-Lebesgue.
Intuition k La compacité : éclaircissements, utilisation.
On verra d’autres caractérisations de la compacité que la définition par « séparé+Borel-Lebesgue ».
Néanmoins cette définition servira par exemple pour le théorème ?? (résultats de régularité sous le
signe somme). Elle permettra aussi, en partie 1.6.12, de montrer que le compactifié d’Alexandrov
est compact. Les deux premiers points de l’exercice 0.36, la proposition 0.53 (l’image continue d’un
compact dans un séparé est compact), le théorème 0.57 de séparation des compacts, le théorème ??
(semblable au théorème de Heine dans le cas de familles équicontinues), le résultat selon lequel tout
métrique compact est homéomorphe à une partie du cube de Hilbert en partie 1.6.9, le théorème
de Stone ??, le corollaire du champ rentrant dans la sphère 0.160, le théorème d’Ascoli ?? utilisent
cette même caractérisation.
Les méthodes usuelles pour montrer la compacité d’un ensemble sont le fait qu’un sous-ensemble
fermé d’un compact est compact, le fait qu’un produit (quelconque) de compacts est compact (voir
le théorème de Tykhonov 0.66 6 , le théorème d’Arzéla-Ascoli ?? (aux multiples applications), et le
fait que l’image continue d’un compact dans un séparé est compacte (par exemple, dans le cas des
espaces projectifs).
Des théorèmes incontournables en matière de compacité sont le théorème de Banach-Alaoglu
0.72 (utilisant Tykhonov), le théorème de Heine 0.77 ; le théorème de Baire 0.113 (sous une forme
moins connue que la forme classique basée sur la complétude) s’applique aux espaces localement
compacts. Citons aussi le théorème de Riesz 0.71, le théorème de Krein-Milman (soit E un espace
vectoriel normé de dimension finie, K un compact convexe de E non vide, alors K est l’enveloppe
convexe de ses points extrémaux : on trouvera une preuve dans [4]), le théorème de Montel ??.
La compacité dans le cas métrique offre des résultats fondamentaux :
•théorème de Bolzano-Weierstrass 0.78
•un espace métrique compact est séparable
•une isométrie d’un espace métrique compact dans lui-même est une bijection 7
Un sous-ensemble discret 8 dans un compact est fini ; on en déduit en particulier qu’une fonction
holomorphe non nulle a un nombre fini de zéros dans un compact connexe.
Enfin notons le point fondamental suivant : l’image d’un compact par une application continue à
valeurs dans un espace séparé est compacte (voir théorème 0.53). Cela entraine en particulier qu’une
fonction continue sur un intervalle fermé de R atteint ses bornes (d’où le théorème de Darboux ??,
le théorème de Rolle ??, et certains critères de recherche de minima - voir partie ??).
En prenant un peu d’avance sur la notion de complétude, que l’on verra en section 1.5.1, on
peut encore citer le fait qu’un espace métrique compact est complet (voir corollaire 0.102) 9 , ainsi
que le théorème ci-dessous :

Théorème 0.52
Un espace métrique précompact 10 et complet est compact.

Démonstration
Comme dit ci-dessus, on verra plus loin qu’un espace compact métrique est complet. Il est donc
aussi précompact. Mais ici, il s’agit de la réciproque.
Supposons donc E précompact et complet, et montrons sa compacité. Pour montrer sa compacité,
nous allons utiliser le théorème de Bolzano-Weierstrass 0.78. Considérons donc une suite (xn ) de E.
Nous allons en chercher une sous-suite convergente.
Il existe, par définition, pour i entier ≥ 1, yi,1 , yi,2 , ..., yi,Ni tels que les boules centrées sur les yi,j et
de rayon 21j recouvrent E. Construisons par récurrence sur i 1 ≤ ji ≤ Ni tel qu’une infinité de points
xn soit dans l’intersection des boule de rayon 21l centrée sur xl,jl pour l ≥ i. On choisit alors ai ∈ N,
construit aussi par récurrence, tel que la suite des ai soit croissante, et xai soit dans l’intersection des
boules de rayon 21l centrée sur xl,jl pour l ≥ i.
Ceci définit une suite extraite de la suite des xn , dont on montre aisément qu’elle est de Cauchy.
Elle converge donc, par complétude de E. Donc, E est compact.
6. Le théorème de Tykhonov, conjoint au fait qu’un fermé d’un compact est compact, implique d’ailleurs que la
sphère unité de Rn est compacte, et donc notamment l’équivalence des normes en dimension finie - voir théorème
0.68
7. On en trouvera une preuve en application de Bolzano-Weierstrass.
8. Un espace topologique est discret si tout point est isolé.
9. On en déduit notamment que le théorème du point fixe ?? s’applique dans un compact métrique et donc que
la boule unité fermée l2 (N) n’est pas compacte ; en cas contraire, l’application (xn )n≥0 7→ (yn )n≥0 avec yi = xi−1 si
i > 0 et y0 = 0 serait bijective car une isométrie d’un espace complet compact sur lui-même est une bijection comme
dit ci-dessus.
Application 0.35 Une belle application est la proposition 0.139 (compacité d’un certain ensemble
de compacts pour la distance de Hausdorff).
Dans les ouvrages en anglais, « compact space » est simplement un espace vérifiant la propriété
de Borel-Lebesgue. L’équivalent de notre espace compact est « compact Hausdorff space ».
Exemple 0.36
On peut montrer que
•Toute partie finie d’un espace séparé est compacte.
•Tout intervalle fermé borné [a, b] de R est compact.
•Soit (xn )n∈N une suite d’éléments d’un espace topologique X séparé tendant vers une limite
x. Alors {xn /n ∈ N} ∪ {x} est un compact (preuve aisée, en considérant un recouvrement par
des ouverts, puis en considérant un des ouverts contenant x, et en voyant qu’un nombre fini des
éléments de la suite est en dehors de cet ouvert.
•On (R), SOn (R) sont des compacts (en tant que fermés bornés de Mn (R), qui est de dimension
finie).
•Les espaces projectifs sont compacts (voir ??).
•Le cube de Hilbert (voir section 1.6.9) est compact.
•Le compactifié d’Alexandrov d’un espace séparé non compact localement compact est compact
(voir section 1.6.12)
Démonstration La première assertion est aisée. Pour la deuxième, on se donne un recouvrement
ouvert U de l’intervalle [a, b] et on considère le plus grand x tel que [a, x] peut être recouvert par un
recouvrement fini extrait de U et l’hypothèse x 6= b conduit à une contradiction. Les points suivants
sont simples ou comportent une référence vers une preuve complète.

Proposition 0.53

Si f est une application continue d’un espace compact K dans un espace séparé Y , alors f (K)
est compact.

Démonstration f (K) est évidemment séparé. Étant donné un recouvrement ouvert de f (K) on peut
considérer le recouvrement ouvert de K constitué des images réciproques de ces ouverts ; on en extrait
un recouvrement fini, et il n’y a plus qu’à repasser dans Y pour conclure.
Application 0.37 Cette propriété servira notamment pour le théorème de Rolle ??, ou pour
montrer qu’un espace projectif est compact (théorème ??). Elle permettra aussi de montrer que
tout compact métrique est isomorphe à un sous-espace topologique du cube de Hilbert (voir partie
1.6.9). Enfin, elle permet de montrer que toute isométrie d’un métrique compact sur lui-même est
une bijection (corollaire 0.122).
Il faut noter qu’une propriété plus fine sera parfois utile :

Proposition 0.54

Soit f une application semi-continue supérieurement d’un compact dans R. Alors f est majorée
et atteint sa borne sup.

Application 0.38 Cela servira notamment pour le théorème de Montel ??.


Démonstration
•Soit K un compact, et f semi-continue supérieurement de K dans R. Soit x la borne sup de f (t)
pour t dans K (a priori x peut être égal à +∞).
•Soit (xn )n∈N suite croissante de réels tendant vers x avec xn élément de l’image de f pour tout n.
Supposons que la borne sup ne soit pas atteinte (soit elle est infinie, soit xn tend vers x sans jamais
l’atteindre).
•On a alors K = ∪n∈N f −1 (] − ∞, xn [). On peut extraire de ce recouvrement de K un recouvrement
fini (en fait, un recouvrement par un seul des f −1 (] − ∞, xn [) puisque ces ensembles sont croissants) ;
donc f est bien majorée.
•K est alors égal à f −1 (] − ∞, xn [) pour un certain n, ce qui contredit le fait que xn croisse vers x
sans jamais l’atteindre - en effet xn < x implique qu’il existe t dans K tel que f (t) > xn .

Définition 0.47 Propriété d’intersection finie non vide

Une famille A de parties de X a la propriété d’intersection finie non vide si et seulement


si tout sous-ensemble fini de A a une intersection non vide.

Proposition 0.55
Un espace topologique est compact s’il est séparé et si toute famille de fermés qui a la propriété
d’intersection finie non vide a une intersection non vide.

Démonstration Il suffit de considérer les complémentaires des fermés, qui ont le bon goût d’être
ouverts.
Application 0.39 Outre les corollaires qui suivent, on pourra voir la proposition 0.64 (adhérence
non vide d’une suite dans un compact), ou le lemme ?? (intercalage d’ouverts). L’une des formes
du théorème de Baire (cas localement compact) utilise aussi cette proposition.

Corollaire 0.56

Un fermé d’un compact est compact.

Application 0.40 Voir par exemple ?? pour l’intercalage d’ouverts.


Démonstration Un fermé d’un compact est évidemment séparé ; il suffit ensuite de voir qu’un fermé
de notre fermé est un fermé de notre espace et d’utiliser la proposition précédente.
Théorème 0.57

Deux compacts disjoints d’un espace séparé peuvent être séparés par des ouverts.

On montre tout d’abord le lemme suivant :

Lemme 0.58

Si X est séparé, et K compact inclus dans X, alors K est fermé.

Application 0.41 Cela servira à chaque fois qu’on voudra montrer que compact équivaut à
fermé borné dans un espace donné, par exemple ?? (caractérisation de l’ensemble des compacts de
l’ensemble des fonctions holomorphes sur un ouvert de C).
Démonstration On considère x dans le complémentaire de K ; pour tout y appartenant à K on
peut séparer x et y par des ouverts Uy et Vy . On peut alors considérer le recouvrement de K par les
ouverts Vy et en extraire un recouvrement fini. En prenant l’intersection des Uy correspondants à notre
recouvrement fini, on a un ouvert autour de x, n’intersectant pas K. Cela vaut pour tout x ; donc le
complémentaire de K est ouvert, donc K est fermé.
On peut donc terminer la preuve de notre théorème, en considérant un deuxième compact K ′ ,
et pour tout x de K ′ , on peut trouver un ouvert Uy autour de x et un ouvert Vx contenant K ; on
applique la compacité de K ′ , et on obtient ainsi deux ouverts disjoints séparant K ′ de K.

Corollaire 0.59

Dans un espace compact, les sous-ensembles fermés sont les sous-ensembles compacts.

Démonstration Il suffit de considérer le corollaire 0.56 et le lemme 0.58.

Corollaire 0.60

Tout point d’un compact possède une base de voisinages compacts.

Démonstration (voir figure 2) Soit W un voisinage ouvert de x dans l’espace compact X. Le fermé
X \ W est compact. On peut donc (théorème 0.57) séparer les compacts {x} et X \ W par deux ouverts
U et V . Alors X ∈ U ⊂ X \ V ⊂ W ; et donc X \ V est un voisinage compact de x inclus dans W .

Corollaire 0.61

Une fonction continue bijective d’un compact dans un espace séparé est un homéomorphisme.

Application 0.42 On peut citer en applications les résultats 0.136 et 0.126 (propriétés du cube
de Hilbert et du Cantor triadique).
Démonstration Il suffit de voir que l’image d’un fermé (donc compact) est compacte dans l’espace
image, et donc elle est aussi fermée. Donc l’image réciproque de tout fermé par la fonction inverse est
un fermé.
Figure 2 – Construction d’une base de voisinages compacts dans un [Link] croix désigne x.
Application 0.43 On peut utiliser ce résultat pour montrer que tout compact métrique est
homéomorphe à une partie du cube de Hilbert, partie 1.6.9.

Théorème 0.62

Les compacts de R sont les fermés bornés.

Démonstration Il suffit de considérer un interval fermé borné autour d’une partie bornée pour
montrer aisément ce résultat à partir des résultats précédents et de l’exercice 0.36.

Corollaire 0.63
Étant donnée une fonction continue d’un compact dans R, ses bornes supérieures et inférieures
sont atteintes.

Application 0.44 Ce résultat sert dans la vie de tous les jours, mais on peut par exemple citer le
théorème du champ rentrant dans la sphère 0.160, le theorème de Rolle ??, la recherche de points
extrémaux sur un compact (voir ??). Citons aussi le résultat 0.144 sur les billards strictement
convexes du plan. Enfin, il servira pour le théorème 0.143 (point fixe commun à un sous-groupe
compact d’automorphismes d’un espace de Hilbert).
Démonstration Immédiat au vu du résultat précédent et de la proposition 0.53.

Proposition 0.64

Toute suite à valeurs dans un compact admet une valeur d’adhérence.

Démonstration Soit (xn )n∈N une suite à valeurs dans un compact. La suite des {xm /m ≥ n} a la
propriété d’intersection finie non vide ; il ne reste plus qu’à appliquer la proposition 0.55.

Définition 0.48 Localement compact

Un espace topologique est localement compact s’il est séparé et si tout point possède un
voisinage compact.

Proposition 0.65

Tout point d’un espace localement compact possède une base de voisinages compacts.

Démonstration Si x ∈ Int(K) avec K compact, alors x possède une base de voisinages compacts
dans K muni de la topologie induite (par 0.60). Comme x ∈ Int(K), cette base de voisinages est aussi
une base de voisinages de x dans X.

1.3.2 Le théorème de Tykhonov


Théorème 0.66 Théorème de Tykhonov

Soit Xi une famille d’espaces tous non vides. Le produit est compact si et seulement si chacun
des facteurs l’est.

Démonstration On a déjà montré que le produit est séparé si chacun des facteurs l’est (voir 0.49).
La compacité du produit X entraîne la compacité de chacun des facteurs comme on peut s’en rendre
compte en considérant la projection canonique sur chacun des facteurs et en appliquant la proposition
0.53 (image continue d’un compact dans un séparé). Il reste donc à voir la réciproque, c’est-à-dire que
X est compact, si chacun des facteurs l’est. On trouvera une démonstration dans Bourbaki, ou bien
dans [4]. La démonstration utilise le lemme de Zorn ??.
Intuition Il est important de noter que l’on peut prouver Tykhonov dans le cas d’un produit
dénombrable de compacts métriques (Xi , di ) sans faire appel à l’axiome du choix (qui est à la base du
lemme de Zorn). Cela se fait simplement en considérant :
•La métrique d′i associée à la métrique di , avec d′i = min(di , 1). P
1 ′
•La métrique sur le produit des compacts définie par D(x, y) = d (xi , yi ).
2i i
•La topologie de cette métrique est la topologie produit.
•Il ne reste plus qu’à utiliser la caractérisation des compacts métriques par les sous-suites (théorème
de Bolzano-Weierstrass, théorème 0.78).
Intuition Dans le cas d’un produit fini de compacts métriques, la preuve est immédiate.

Corollaire 0.67

Les compacts de Rn sont les fermés bornés.

Application 0.45 Voir par exemple la compacité du K3 de Cantor 0.134, le lemme 0.123 sur
l’approximation d’ouverts par des compacts.
Démonstration Étant donnée une partie bornée, on considère un produit d’intervalles fermés bornés
dans lequel cette partie est incluse, et le résultat vient tout seul.
1.3.3 Application aux espaces vectoriels normés

Théorème 0.68

Toutes les normes sur un R- ou C- espace vectoriel de dimension finie sont équivalentes.

Démonstration On considère une base, et la norme qui a un élément de E associe la somme des
valeurs absolue de ses composantes. On montre qu’une norme quelconque est équivalente à cette norme.
Il suffit pour cela de noter que la sphère unité (pour notre norme) est compacte, par compacité de la
même sphère dans Rn (ou Cn ) et continuité des opérations algébriques, et de vérifier que toute norme
est continue et donc atteint sur cette sphère un minimum et un maximum (nb : toute norme est continue
car K-lipschitzienne avec K le max des normes d’images d’éléments de la base).
Dans un espace vectoriel de dimension finie, on pourra éviter de préciser la topologie, ce qui
sous-entendra qu’on considère la topologie définie par n’importe laquelle des normes (puisque des
normes équivalentes définissent la même topologie).
Corollaire 0.69
Un sous-espace vectoriel (de dimension finie) d’un espace normé est fermé.

Application 0.46 Une application se trouve juste après le théorème de Baire 0.113 : un espace
de Banach de dimension infinie ne possède pas de base dénombrable.
Démonstration Nous avons tout d’abord besoin d’un lemme :

Lemme 0.70

Un sous-espace vectoriel d’un espace vectoriel de dimension finie est fermé.

begindivdemonstrationbegintext endtext On considère la même norme que dans le théorème pré-


cédent. Pour cette norme notre espace est clairement fermé (au vu des équations le définissant). Plus
précisément, on considère une base de notre espace vectoriel E, telle que F soit engendré par les k
premiers éléments de cette base (c’est possible grâce au théorème de la base incomplète). Alors F est
l’intersection d’hyperplans fermés d’équations xi = 0.
On peut maintenant finir notre preuve ; soit x ∈ F , avec F de dimension finie ; alors on se
place dans l’espace généré par une base de F plus le vecteur x, et on utilise le lemme ci-dessus.
enddivdemonstration
Exemple 0.47
Toute application linéaire d’un espace normé de dimension finie dans un espace normé est
continue.
Démonstration Il suffit de considérer une base et la norme définie plus haut.

Théorème 0.71 Théorème de Riesz

Un espace normé est de dimension finie si et seulement si sa boule unité fermée est compacte.

Application 0.48 On verra une application amusante avec le corollaire ?? (H(Ω) n’est pas nor-
mable), une autre (utilisant aussi le théorème d’Arzéla-Ascoli et le théorème d’isomorphisme de
Banach) avec le théorème ?? quant à l’espace des applications continues de [0, 1] sur R.
Démonstration Supposons E de dimension finie, alors toutes les normes sont équivalentes, on peut
se ramener à E = Rn ; comme la boule unité est fermée bornée, elle est compacte. Réciproquement (voir
figure 3), supposons la boule unité fermée compacte, alors on peut la recouvrir par des boules ouvertes
de diamètre 0.5 en nombre fini. On considère alors l’espace F engendré par les centres de ces boules,
et on montre que l’on peut approcher tout point de la boule arbitrairement bien avec des points de F ;
ensuite on utilise le fait que F est de dimension finie et donc est fermé.

Théorème 0.72 Théorème de Banach-Alaoglu

Soit E ′ le dual d’un espace normé, alors sa boule unité fermée est compacte pour la topologie
faible-* (i.e. la topologie engendrée par les applications qui à φ ∈ E ′ associent φ(x) pour un
certain x ∈ E).

La boule unité fermée est l’ensemble des formes linéaires φ telles que kφ(x)k ≤ kxk.
Figure 3 – Le théorème de Riesz.
Commentaire : Recouvrons la boule unité par des boules de diamètre 21 . Donnons-nous x dans
la boule unité. On approxime x par le centre du cercle le plus proche, et on réitère avec le double
du vecteur reliant ce centre à x.
Démonstration (voir figure 4) On identifie E ′ à une partie du produit KE , en identifiant φ à
(φ(x))x∈E . La topologie faible-* est alors la topologie induite sur E ′ par la topologie produit sur KE .
La boule unité BE ′ est contenue dans Γ = Πx∈E B(0, k x k) ⊂ KE . Par le théorème de Tykhonov ce
produit est compact. Il suffit donc maintenant de montrer que B E ′ est fermé comme sous-ensemble de
Γ muni de la topologie produit, ce qui se fait aisément en considérant les équations définissant B E ′ (qui
sont simplement les équations définissant les fonctions linéaires).
Application 0.49 Voir la proposition ?? par exemple.

Proposition 0.73
La boule unité fermée du dual d’un espace séparable est métrisable pour la topologie faible-*.

Démonstration Soit E un tel espace. On considère une suite xn dense dans E, à valeurs non nulles ;
la topologie faible sur la boule unité fermée peut être définie par la métrique
X |φ(xn ) − ψ(xn )|
d(φ, ψ) =
k xn k .2n
n≥0

Cette (courte) vérification étant faite, le résultat est acquis.

Corollaire 0.74

On peut en outre extraire de toute suite de cette boule unité fermée une suite convergeant
*-faiblement.

Démonstration Laissée au lecteur.

1.3.4 Espaces métriques compacts

Théorème 0.75

Un espace métrique compact est séparable. Il possède donc une base dénombrable d’ouverts.

Démonstration Soit X métrique compact. Pour tout n on peut trouver une suite finie de points telle
que les boules centrées sur ces points et de rayon n1 recouvrent X. La suite obtenue en mettant bout à
bout toutes ces suites finies est dense dans X.

Corollaire 0.76
Un espace métrique compact est de cardinal inférieur ou égal à R.

Démonstration Un espace métrique compact est séparable ; donc il admet une base dénombrable
d’ouverts. En prenant un xi dans chaque ouvert, on obtient donc que tout point est limite d’une suite
de xi . Il suffit alors de voir que l’ensemble des suites d’un ensemble au plus dénombrable est de cardinal
au plus la puissance du continu, ce qui se voit en considérant par exemple la fonction qui à un réel
x ∈ [0, 1] dont le développement binaire comporte une infinité de 1 associe la suite (un )n∈N telle que un
est égal au nombre de 0 entre le n-ième 1 et le n + 1-ième 1.
Figure 4 – Schéma explicatif de la preuve du théorème de Banach-Alaoglu.
Théorème 0.77 Théorème de Heine

Une application continue d’un espace métrique compact vers un espace métrique est unifor-
mément continue.

Application 0.50 Ce théorème servira par exemple pour le théorème ?? (densité de fonctions C ∞
à support compact dans l’ensemble des fonctions C k ). Il peut aussi servir à montrer qu’une appli-
cation continue de R dans R tendant vers une limite finie en plus et moins l’infini est uniformément
continue.
Démonstration On considère, pour ǫ > 0, pour chaque x ∈ X, αx > 0 tel que d(x, y) < αx →
d(f (x), f (y)) < ǫ/2. Par compacité, on peut recouvrir X par un nombre fini de boules de centre x et de
rayon αx /2. On prend alors α = inf αi , et le résultat vient tout seul.

Théorème 0.78 Théorème de Bolzano-Weierstrass

Un espace métrique est compact si et seulement si toute suite à valeurs dans X contient une
sous-suite convergente.

Application 0.51 par exemple le théorème de Brouwer 0.158, le théorème de Tykhonov dans le
cas d’un produit dénombrable d’espaces métriques (voir juste après le théorème 0.66) sans utiliser
l’axiome du choix. Le théorème est aussi utilisé dans le lemme ??, qui servira à démontrer le
théorème de Runge. Le corollaire 0.80 est une autre application : toute isométrie d’un espace
métrique compact dans lui-même est une bijection. On pourra aussi voir le lemme ?? qui sert pour
l’approximation de fonctions holomorphes par des fractions rationnelles.
Démonstration Si X est métrique compact, alors toute suite (xn ) a une valeur d’adhérence (considérer
la suite décroissante de parties de X constituées des adhérences Xn = {xk /k ≥ n} ; la suite de ces
parties a la propriété d’intersection finie), et X étant métrique, une sous-suite converge vers cette valeur
d’adhérence.
Pour la réciproque, considérons tout d’abord les deux lemmes suivants :

Lemme 0.79 Lemme de Lebesgue

Soit (X, d) un espace métrique tel que toute suite contienne une sous-suite convergente. Si Vi
est un recouvrement ouvert de X, alors il existe ǫ > 0 tel que pour tout x ∈ X, il existe i tel que
B(x, ǫ) ⊂ Vi .

Démonstration Dans le cas contraire, on peut pour tout entier n trouver un xn tel que la boule de
centre xn et de rayon 1/n ne soit contenue dans aucun Vi . Alors on extrait de cette suite une sous-suite
convergente. On obtient que pour n assez grand les boules en question seront incluses dans le Vi qui
contient x.

Corollaire 0.80

Une isométrie d’un espace métrique compact sur lui-même est une bijection.
Démonstration Supposons E un tel espace, et f une isométrie de E dans E. Supposons que x
n’appartienne pas à l’image de f . Alors, x est à distance > ǫ > 0 de l’image de f (en effet l’image
de f est compacte comme image continue d’un compact, voir proposition 0.53, or la distance entre un
compact et un fermé disjoint de lui est > 0, voir corollaire 0.122).
Considérons alors un = f n (x), et supposons que ukn converge, pour (kn ) une certaine suite stricte-
ment croissante. Si l’on aboutit à une contradiction, alors le théorème de Bolzano-Weierstrass permettra
de conclure que l’espace ne peut être compact.
d(ukn , ukn+1 ) = d(ukn+1 −kn , x) puisque f est une isométrie. Or d(ukn+1 −kn , x) > ǫ par définition de
x et puisque les un appartiennent à l’image de f pour n > 0. D’où la contradiction recherchée.

Lemme 0.81

Sous les mêmes hypothèses que le lemme 0.79, pour tout ǫ > 0, il existe une suite finie xi telle
que les boules B(xi , ǫ) recouvrent X.

Démonstration Si le lemme est faux pour un certain ǫ, alors on peut construire par récurrence une
suite telle que chaque point soit à une distance au moins ǫ des autres points, ce qui contredit l’hypothèse.
Démonstration Avec ces deux lemmes on conclut : si toute suite contient une sous-suite convergente,
alors étant donné un recouvrement ouvert (Vi ), on peut construire par le premier lemme un ensemble
de boules recouvrant X et tel que chaque boule est incluse dans l’un des Vi ; ensuite par le deuxième
lemme, on se ramène à un nombre fini de points, et il ne reste plus qu’à « cueillir » le bon sous-ensemble
des Vi .

1.4 Connexité

Définition 0.49 connexe

Un espace topologique est dit connexe si les seuls sous-ensembles de X à la fois ouverts et
fermés sont ∅ et X. Une partie d’un espace topologique est connexe si elle est connexe pour la
topologie induite.

Application 0.52 On utilisera la connexité pour montrer :


– certaines formes du théorème des valeurs intermédiaires 0.87.
— le corollaire ?? sur la dérivabilité d’une limite d’une suite de fonctions.
— la proposition ?? (distance dans un connexe) qui utilisera la connexité pour définir une dis-
tance dans un ouvert connexe d’un espace vectoriel normé
— le théorème de Runge, ??.
— tous les résultats basés sur l’indice, par exemple le théorème de Cauchy ??, et beaucoup de
résultats sur les fonctions holomorphes.
— l’exercice de la partie 1.6.17, montrant qu’une fonction f C ∞ de R dans R telle que ∀x ∃n f (n) (x) =
0 est polynomiale.
On trouvera diverses autres applications de la connexité plus loin dans ce chapitre.
Proposition 0.82

Les assertions suivantes sont équivalentes :


(i) X est connexe
(ii) Toute application φ de X dans {0, 1} continue est constante, avec {0, 1} muni de la
topologie discrète.
(iii) Pour tout couple d’ouverts A et B de X, si X = A ∪ B et A ∩ B = ∅, alors A = ∅ ou
B=∅
(iv) Pareil avec des fermés
(v) Toutes les parties de X non triviales (i.e. autres que X et ∅) ont une frontière non vide.

Démonstration Facile :
(i) → (ii) Si X est connexe, montrons que toute application continue de X dans {0, 1} est constante.
En effet, si une telle application f n’était pas constante, on partitionnerait X en deux ouverts non
vides (f −1 ({0}) et f −1 ({1})) ; chacun d’eux serait alors à la fois non trivial, et ouvert et fermé (car {0}
et {1} sont des parties ouvertes et fermées de {0, 1}).
La réciproque (ii) → (i) est non moins simple (raisonner par contraposée : si A ouvert et fermé non
vide et différent de X, alors prendre la fonction caractéristique de A dans X).
(i) → (iii) Facile, en voyant que si A et B contredisent l’hypothèse, A est ouvert et fermé et non
trivial.
Le reste est du même niveau de difficulté.

Proposition 0.83

On peut montrer que :


•Si A ⊂ X est connexe et si A ⊂ B ⊂ A, alors B est connexe.
•Si les Ai sont des parties connexes de X et ∩Ai 6= ∅, alors ∪Ai est connexe.
•Si les Ai sont des parties connexes de X et pour tout couple Ai , Aj il existe i0 , ..., ik avec
i0 = i et ik = j tels que Ail intersecte Ail+1 , alors ∪Ai est connexe.

Démonstration Pour montrer la première assertion on utilise la deuxième des caractérisations des
connexes donnée en 0.82.
La deuxième assertion n’est qu’un cas particulier de la troisième.
La troisième assertion là aussi se montre en utilisant la seconde des caractérisations des connexes
donnée en 0.82.
On donne sans démonstration les deux théorèmes suivants :

Théorème 0.84
Les connexes de R sont les intervalles.

Théorème 0.85

L’image d’un connexe par une fonction continue est un connexe.

(à prouver en utilisant la même 2nde caractérisation des connexes)


Théorème 0.86

Soit f une application continue définie sur un connexe et à valeurs dans R. Alors l’image de
f est un intervalle.

Démonstration Conséquence des deux théorèmes précédents.

Corollaire 0.87

Le théorème des valeurs intermédiaires (dans le cas d’une fonction continue, pas dans le cas
d’une fonction dérivée) découle immédiatement du théorème ci-dessus.

Application 0.53 Théorème des valeurs intermédiaires pour une fonction dérivée, dit aussi théo-
rème de Darboux, ??.

Théorème 0.88 passage à la douane

Soit X un espace topologique, A une partie connexe de X et B ⊂ X. Si A intersecte à la fois


B et son complémentaire, alors A intersecte la frontière de B.

Démonstration Il suffit de voir que les deux ouverts Int(B) et Ext(B) ne peuvent recouvrir A sans
contredire la connexité de A.

Théorème 0.89

Un produit d’ensembles (tous) non vides est connexe si et seulement si chacun des facteurs
l’est.

Démonstration Via les projections canoniques, on voit que si le produit est connexe, chacun des
facteurs l’est. La réciproque est plus difficile. On commence par le cas où le produit est un produit de
deux espaces.
Soient X1 , X2 deux connexes non vides. Montrons que X1 × X2 est connexe.
On va utiliser la deuxième des caractérisations des connexes données en 0.82.
Soit donc une fonction continue f de X1 × X2 dans {0, 1}. Il nous faut montrer que f est constante.
On considère donc deux éléments x = (x1 , x2 ) et y = (y1 , y2 ) de X1 × X2 . On doit prouver que
f (x) = f (y).
Étudions la fonction f1 : X1 → {0, 1}t . La fonction f1 est continue sur X1 connexe, donc
7→ f (t, x2 )
f1 est constante.
On a ainsi f1 (x1 ) = f1 (y1 ), ce qui s’écrit f (x) = f (x1 , x2 ) = f (y1 , x2 ).
En étudiant la fonction f2 : t 7→ f (y1 , t) on obtient de même f (y1 , x2 ) = f (y1 , y2 ) = f (y).
On déduit de ce qui précède que f (x) = f (y), et par suite que f est constante sur X1 × X2 , ce qui
achève de prouver que X1 × X2 est connexe.
Par récurrence, on généralise ce résultat à tout produit fini de connexes.
On considère maintenant un produit quelconque X de facteurs (Xi )i∈I connexes non vides. On
considère un élément y de X, en utilisant l’axiome du choix. Pour A fini inclus dans I, on définit alors
le sous-ensemble XA de X défini par (xi ) ∈ XA si et seulement si xi = yi pour tout i tel que i 6∈ A.
XA est connexe puisqu’homéomorphe à un produit fini de Xi . On peut vérifier que la réunion des XA
est dense dans X (en se rappelant qu’une base d’ouverts d’une topologie produit est l’ensemble des
intersections finies d’images d’ouverts par les projections inverses) et connexe (par le deuxième point de
la proposition 0.83), et on conclut par le premier point de la proposition 0.83.

Théorème 0.90

Une fonction localement constante sur un connexe est constante.

Démonstration Il suffit de voir que l’image réciproque d’un singleton est à la fois ouverte et fermée.
Application 0.54 On se servira par exemple de ce théorème pour montrer que Lipα (Ω) n’a pas
d’intérêt pour α < 1 (cf section ??).

Définition 0.50 Composante connexe

Avec x ∈ X, la composante connexe de x, notée C(x), est la réunion de tous les connexes
contenant x.

Proposition 0.91

•Tout point appartient à sa composante connexe


•La composante connexe d’un point est le plus grand connexe contenant ce point
•Les composantes connexes sont fermées
•Deux composantes connexes sont disjointes ou confondues. En particulier, la famille des
composantes connexes forme une partition de l’espace.

Démonstration Le premier point est immédiat, le deuxième découle de la proposition 0.83, le troisième
découle de la connexité de C(x), le quatrième point découle du fait que la réunion de deux connexes
non disjoints est un connexe (deuxième point de la proposition 0.83).

Définition 0.51 Arc ou chemin, ligne brisée

Un arc ou chemin est une application continue de [0, 1] dans X. L’image de 0 et l’image de
1 sont les extrémités de l’arc.
On appelle longueur d’un arc C 1 l’intégrale de la norme de sa dérivée, lorsque cette intégrale
est bien définie.

Application 0.55 On verra une application des lignes brisées amusante avec le corollaire ?? des
accroissements finis.
Exemple 0.56 Exemples
• Dans un espace normé, l’application qui à t associe (1 − t).x + t.y est un arc d’extrémités x
et y (on dit aussi un arc entre x et y). L’image de cet arc est appelée segment, noté [x, y]. La
longueur de cet arc est d(x, y) = y − x.
Figure 5 – Cette figure fournit un exemple de connexe
Commentaire : qui n’est (i) pas localement connexe (ii) pas connexe par arcs. Il s’agit de la
courbe des (x, sin(1/x)) pour x ≤ 0, plus la frontière {0} × [−1, 1]. On voit que la figure n’est pas
localement connexe en considérant ce qu’il se passe au voisinage du point (0, 1).

•Une ligne brisée entre a et b est une suite finie de segments [xi , xi+1 ] avec i ∈ [0, n − 1],
x0 = a et xn = b.
•On appelle longueur d’une ligne brisée la somme des longueurs de ses segments.
•D’un arc entre x et y et un arc entre y et z on peut déduire un arc entre x et z.

Définition 0.52 Connexe par arcs

Un espace topologique est dit connexe par arcs si il existe un arc entre toute paire de points.
Une partie d’un espace topologique est dite connexe par arcs si elle est connexe par arcs pour
la topologie induite.

Exemple 0.57 Un convexe est connexe par arcs.


Démonstration Cela découle des exemples ci-dessus.

Proposition 0.92

Un connexe par arcs est connexe. La réciproque est fausse.

Démonstration On fixe x dans un espace connexe par arcs. Chaque arc est un connexe, car image
d’un connexe ([0, 1]) par une fonction continue ; la réunion des arcs partant de x est connexe (par la
proposition 0.83), or par définition cette réunion est l’espace tout entier. Pour la réciproque, considérer
la figure 5.
Exemple 0.58
Soit l’application f : ] − ∞, 0[ → R, qui à x associe 1/ sin(x). Montrer que la fermeture de son
graphe est connexe mais pas connexe par arcs.
Démonstration On suppose qu’il existe une fonction φ continue (de [0, 1] dans la fermeture du graphe
de f ) qui à 0 associe (0, 1) et à 1 associe (−1, sin(−1)). On considère x0 le sup de l’ensemble des x tels
que la première composante de φ(x) soit nulle. Il suffit ensuite de considérer la limite de la deuxième
composante pour x tendant vers x0 .
Exemple 0.59
Soit Ci une famille de parties connexes par arcs. Si pour toute paire i, j il existe une suite finie
Ca0 , ..., Cak avec Cah ∩ Cah+1 6= ∅ et a0 = i et ak = j, alors la réunion est connexe par arcs.

Définition 0.53 Composante connexe par arcs

La composante connexe par arcs de x est la réunion de tous les connexes par arcs passant
par x ; on la note Ca (x).

Proposition 0.93

•La composante connexe par arcs d’un point est connexe par arcs.
•Deux composantes connexes par arcs sont soit disjointes soit confondues. Ainsi, la famille des
composantes connexes par arcs d’un espace forme une partition de cet espace.
•Ca (x) ⊂ C(x), car Ca (x) est un connexe contenant x, et C(x) est le plus grand connexe
contenant x par définition.

Définition 0.54 Localement connexe (par arcs)

Un espace est localement connexe (resp. par arcs) si tout point de l’espace possède une
base de voisinage connexes (resp. par arcs).

Attention 0.60 Attention ; un espace peut être connexe sans être localement connexe. Voir
par exemple la figure 5.
Notamment, alors qu’un espace dont tout point possède un voisinage compact (par exemple un
espace compact !) est localement compact, un espace dont tout point possède un voisinage connexe
n’est pas nécessairement localement connexe.
On donne sans démonstration le théorème (peu difficile) suivant.

Théorème 0.94

Dans un espace localement connexe (resp. localement connexe par arcs), les composantes
connexes (resp. par arcs) des ouverts sont ouvertes.

Corollaire 0.95

Dans un espace localement connexe (resp. localement connexe par arcs) tout point possède
une base de voisinages ouverts et connexes (resp. connexes par arcs).
Démonstration Il suffit de considérer, étant donnés x et un voisinage V de x, un ouvert inclus dans
V et contenant x, et la composante connexe (resp. par arcs) de x dans cet ouvert.
On peut noter le théorème suivant :

Théorème 0.96

Dans un espace localement connexe par arcs, les ouverts connexes sont connexes par arcs.
Notamment, les ouverts connexes de Rn , ou de tout espace vectoriel normé 11 sont connexes par
arcs.

1.5 Complétude
On présente ci-dessous respectivement les suites de Cauchy (fondamentales en matière de com-
plétude) et la notion de complété d’un espace métrique.

1.5.1 Suites de Cauchy. Espace complet

Définition 0.55 Suite de Cauchy

Une suite (xn ) dans un espace métrique est dite suite de Cauchy si pour tout ǫ > 0 il existe
un N ∈ N tel que ∀n, m > N on a d(xn , xm ) < ǫ.

Attention 0.61 La notion de suite de Cauchy est une notion métrique et non une notion
topologique. Même si deux distances sont équivalentes, on ne peut être sûr que les suites de Cauchy
soient les mêmes pour les deux métriques. Par exemple avec d(x, y) = |arctan(x) − arctan(y)|, la
topologie sur R est la même que pour la topologie usuelle, mais la suite un = n n’est pas de Cauchy
pour la métrique usuelle, alors qu’elle est de Cauchy pour cette métrique.

Proposition 0.97

•Étant donnée une suite xn , notons Xn = {xk ; k ≥ n} ; alors la suite xn est de Cauchy si et
seulement si le diamètre de Xn tend vers 0.
•Dans un espace métrique toute suite convergente est de Cauchy.
•L’image d’une suite de Cauchy par une application uniformément continue est une suite de
Cauchy.

Définition 0.56 Espace complet

Un espace métrique X est complet, si toute suite de Cauchy de X a une limite dans X.

Quelques exemples d’espaces complets :


•voir les exemples d’espaces de Banach donnés un peu plus loin.
•C k (Ω) avec Ω un ouvert de Rn , voir partie ??.
Une propriété fondamentale des espaces complets est le théorème du point fixe ??.

Définition 0.57 Espace de Banach

Un espace de Banach est un espace vectoriel normé complet.


Un isomorphisme entre l’espace de Banach E et l’espace de Banach F est un iso-
morphisme des espaces vectoriels normés sous-jacents.

Quelques exemples d’espaces de Banach :


•R
•Rn muni d’une des normes P suivantes :
– x = (x1 , ..., xn ) 7→ kxk1 = p ni=1 |xi |
Pn
– x = (x1 , ..., xn ) 7→ kxk2 = i=1 |xi |
2
pPn
– Plus généralement, x = (x1 , ..., xn ) 7→ kxkp = p i=1 |xi |p si p ≥ 1
– x = (x1 , ..., xn ) 7→ kxk∞ = maxni=1 |xi |
•L’ensemble des applications continues bornées d’un espace topologique X dans R ou C, muni
de la norme f 7→ supx∈X |f (x)|
•Les espaces Lp , comme on le verra en section ??.
•Si F est un Banach et E un espace vectoriel normé , alors L(E, F ) (ensemble des fonctions
linéaires continues de E dans F ) est un Banach (pour la norme f 7→ supkxk=1 kf (x)k).
Un résultat important, le théorème de Banach-Mazur, fournit une caractérisation des espaces
de Banach séparés (section 1.1.5).
On rappelle que deux normes sont équivalentes si elles définissent la même topologie (ce n’est
pas la définition, mais la définition est équivalente à cela, voir le théorème 0.5).
Tout d’abord quelques propriétés des espaces de Banach issues directement de la partie 1 :
•Un isomorphisme algébrique (i.e. un isomorphisme au sens des espaces vectoriels ) continu
entre espaces de Banach est un isomorphisme d’espaces vectoriels normés .
•Toutes les normes sont équivalentes sur des R- ou C-espaces vectoriels de dimension finie.
•Un espace vectoriel normé de dimension finie est complet, et donc est un Banach.
•Les compacts d’un espace vectoriel normé de dimension finie sont les fermés bornés.

Proposition 0.98

Étant donné un nombre fini d’espaces métriques E0 , ..., En , le produit E0 × ... × En peut être
équipé
P d’une métrique définie par d((xi ), (yi )) de l’une des formes suivantes (entre autres) :
•p i d(xi , yi )
d(xi , yi )2
P

Pi
i d(xi , yi ) (p ≥ 1)
p
• p p

•maxi d(xi , yi )
Ce sont bien des distances et elles sont équivalentes entre elles (leur équivalence vient de celles
des normes k.k1 , k.k2 , [Link] et k.k∞ dans Rn+1 ). La topologie ainsi définie est la topologie produit,
que l’on a définie plus tôt.
Proposition 0.99

Un espace métrique est complet si et seulement si l’intersection de toute suite décroissante de


fermés non vides de diamètre tendant vers 0 est non vide (et donc réduite à un point).

Application 0.62 Une application de cette proposition est le théorème de Baire 0.113.
Démonstration Si l’espace métrique est complet, alors on considère xn appartenant au n-ième fermé ;
la suite est de Cauchy, et converge donc vers un point ; quel que soit n, ce point est limite d’une suite
de points de Xn ; donc il appartient à Xn puisque Xn est fermé. L’intersection des Xn est donc bien
non vide. En outre, le diamètre tendant vers 0, le diamètre de l’intersection est 0 ; donc il s’agit d’un
seul point.
Réciproquement, étant donnée une suite de Cauchy xn , on considère la suite des Xn avec Xn =
{xk /k ≥ n} ; cette suite vérifie les hypothèses, donc l’intersection des Xn est réduite à un point. On
montre ensuite aisément que ce point est limite des xn .

Proposition 0.100

Un produit fini d’espaces métriques, muni d’une métrique comme définie ci-dessus, est complet
si et seulement si chacun des facteurs l’est.

Démonstration La démonstration (pas très difficile) est laissée au lecteur.

Proposition 0.101

Si une suite de Cauchy a une valeur d’adhérence, elle est convergente.

Cette proposition sera appliquée aux théorèmes 0.103 et 0.105.


Démonstration Soit (xn )n∈N une telle suite. L’astuce est de considérer une suite extraite qui converge.
On note x sa limite. Le critère de Cauchy montre immédiatement que la suite (xn )n∈N tend vers cette
même limite.

Corollaire 0.102

Un espace métrique compact est complet.

Démonstration Si l’espace est compact, toute suite a une valeur d’adhérence (par le théorème de
Bolzano-Weierstrass 0.78) ; il suffit alors d’appliquer la proposition précédente.

Théorème 0.103

Le corps R est complet pour sa métrique ; de même Rn muni d’une norme est complet pour
cette norme. Plus généralement un espace normé de dimension finie est complet.
Démonstration On considère une norme sur E, espace normé de dimension finie, et une suite de
Cauchy (xn )n∈N . On montre que pour un certain N ∈ N, pour tout n ≥ N , xn est dans la boule de
centre xN et de rayon 1 : ceci découle directement de la définition d’une suite de Cauchy. On a donc une
suite (xn )n≥N dans un compact. Cette suite a donc une valeur d’adhérence. Donc par la proposition
0.101 la suite de Cauchy converge vers un élément de ce compact (cette boule).
Application 0.63 trouvera par exemple une utilisation de ce théorème dans le théorème 0.109,
qui stipule que tout espace métrique est isomorphe à un sous-espace métrique dense d’un espace
métrique complet (qui est en fait son complété).

Proposition 0.104

Un sous-ensemble d’un métrique complet est complet si et seulement si il est fermé.

Application 0.64 On trouvera une application avec le corollaire 0.139 (topologie d’un certain
ensemble de compacts) ou la définition de l’intégrale de Riemann (??).
Démonstration Soit A un sous-ensemble fermé de X complet. Si xn est une suite de Cauchy dans
A, c’est aussi une suite de Cauchy dans X, donc elle converge. Si A est fermé la limite est dans A.
Réciproquement, on suppose x dans A, et on choisit une suite xn d’éléments de A qui tend vers x ; et
on remarque que xn est de Cauchy et donc converge vers une limite dans A puisque A est complet.

Définition 0.58 Série absolument convergente

Soit EPun espace vectoriel normé. (xn ) dans E est appelée une série absolument conver-
gente si n≥0 k xn k< +∞.

Théorème 0.105
Un espace vectoriel normé E est complet si et seulement si toute série absolument convergente
(xn ) est convergente dans E.

Démonstration Supposons E complet.


Soit une série xn absolument convergente. Pour m > n on a
n
X m
X m
X
d( xi , xi ) =k xi k
i=0 i=0 i=n+1

m
X +∞
X
≤ k xi k≤ k xi k→ 0
i=n+1 i=n+1
Pn
Donc la suite yn = i=0 xi est de Cauchy, et donc converge par définition de la complétude.
Réciproquement supposons maintenant que toute série absolument convergente converge. On se
donne xn une suite de Cauchy. Par définition du critère de Cauchy, on peut en extraire une sous-suite
(xnk )k∈N telle que k xm −xnk k≤ 21k pour m ≥ nk . La série xnk+1 −xnk est ainsi absolument convergente ;
donc elle converge. La suite xn a ainsi une valeur d’adhérence, et donc elle converge par application de
la proposition 0.101.
Théorème 0.106

Si E est normé et si F est de Banach, alors l’espace normé L(E, F ) est aussi de Banach.

Démonstration Soit fn une suite de Cauchy dans L(E, F ). Pour tout x ∈ E, on a


k fn (x) − fm (x) k≤k fn − fm k . k x k,
donc la suite fn (x) est de Cauchy dans F ; elle converge vers un élément que l’on note f (x). Il est clair
que f est linéaire. On fixe alors ǫ > 0. On choisit N tel que k fn − fm k≤ ǫ, pour n, m > N , et on
considère x de norme ≤ 1. En faisant tendre m vers l’infini on obtient que
∀n > N, ∀x tel que k x k≤ 1, k fn (x) − f (x) k≤ ǫ
donc f est bornée sur la boule unité, et donc f est continue. On obtient avec la même formule 100
la convergence de fn vers f au sens de la norme. En résumé, la preuve s’obtient en montrant (i) la
convergence simple, puis (ii) que la limite est linéaire, puis (iii) qu’elle est continue et enfin (iv) qu’il y
a convergence de fn vers f dans L(E, F ).

Corollaire 0.107

Le dual E ′ d’un espace normé E est un espace de Banach.

Démonstration Par application immédiate du théorème précédent.


Application 0.65 Voir le corollaire ??.

Théorème 0.108
Si K est un espace compact et Y un espace complet, alors l’espace C 0 (K, Y ) est métrique
complet pour la distance d(f, g) = supx d(f (x), g(x)).

Démonstration La compacité de K permet de vérifier que la fonction d est bien définie ; elle est
clairement effectivement une métrique. Étant donnée fn une suite de Cauchy dans l’espace considéré, on
montre que cette suite converge simplement vers une certaine fonction f ; en utilisant la continuité de
fn et la convergence uniforme on conclut à la continuité de f . La convergence uniforme des fn découle
ensuite du critère de Cauchy dans l’espace considéré.
Application 0.66 Voir par exemple le théorème ??. On peut citer aussi le fait que l’espace des
applications continues d’un espace K compact dans un espace E de Banach est de Banach pour la
norme kf k∞ = supx kf (x)kE .
Exemple 0.67
Si E1 , ...En sont des espaces vectoriels normés et si F est de Banach, montrer que l’espace normé
L(E1 , ..., En ; F ) est aussi de Banach.
Démonstration La preuve est similaire à celle du théorème 0.106, en normant L(E1 , ..., En ; F ) par
kϕk = sup{ϕ(x1 , ..., xn ) | kx1 k ≤ 1, kx2 k ≤ 1, ...kxn k ≤ 1}.
On pourra alors remplacer l’inégalité kfp (x) − fq (x)k ≤ kfp − fq [Link] par kϕp (x1 , x2 , ..., xn ) −
ϕq (x1 , x2 , ..., xn )k ≤ kϕp − ϕq k · kx1 k · kx2 k · ... · kx1 k et on conclut par la même méthode.

1.5.2 Complété d’un espace métrique


Théorème 0.109

Tout espace métrique (X, d) se plonge isométriquement dans un espace complet (X̃, d) ˜ avec
X dense dans X̃.
Si on se donne deux tels plongements, alors l’identité sur X s’étend de manière unique en une
isométrie de X̃1 et X̃2 .

Définition 0.59 complété

Un tel espace métrique complet est appelé complété de X.

Démonstration
Existence :
• on commence par introduire une relation d’équivalence entre les suites de Cauchy : on dit de deux
suites qu’elles sont équivalentes si la distance entre l’une et l’autre tend vers 0 (i.e. (xn ) est équivalente
à (yn ) si lim d(xn − yn ) = 0).
•On considère X̃ l’ensemble des classes d’équivalences pour cette relation.
•On remarque que la distance entre xn et yn , suites de Cauchy de X, donc éléments de X̃, tend
vers une limite donnée pour n tendant vers +∞ (noter que pour ce point on utilise la complétude de R
montrée un peu plus tôt).
•On peut donc prendre pour distance sur X̃ la limite de la distance entre deux suites pour n tendant
vers l’infini ; on vérifie aisément qu’il s’agit bien d’une distance.
•On peut prendre pour plongement la fonction qui à x associe la suite constante égale à x.
•On constate alors que ce plongement est une isométrie.
•On peut voir alors que l’image du plongement est dense dans X̃ en considérant pour une suite
donnée (xn )n∈N la suite (x′n )n∈N des suites de Cauchy constantes égales à xn , i.e. (x′n )m = xn .
•On peut maintenant identifier X et son image.
•On considère maintenant une suite de Cauchy dans X̃, notée (yn )n∈N . On va montrer que cette
suite converge, pour conclure à la complétude de X̃.
•Pour tout n yn est une suite de Cauchy dans X et par densité (montrée ci-dessus) on peut choisir
xn dans X tel que la distance (dans X̃) entre la suite constante égale à xn et yn soit inférieure à 1/n.
•La suite xn est de Cauchy dans X̃, et donc aussi dans X. Par définition de X̃, la limite l de la suite
xn est la classe des suites dont la distance à xn est nulle.
•Il ne reste plus qu’à constater que yn tend vers cette même limite l.
L’unicité résulte du corollaire 0.111.

Théorème 0.110

Soient deux espaces métriques A et B avec B complet. Si D est une partie dense de A
et f : D → B est uniformément continue, alors il existe un et un seul prolongement continu
f˜ : A → B. Cette fonction f˜ est de plus uniformément continue.

Démonstration
•L’unicité est immédiate, par unicité de la limite et par la densité de D dans A.
•Pour l’existence, considérons f˜ définie pour a dans A

f˜(a) = lim f (d)


d→a,d∈D

f˜ prolonge bien f et est bien définie car si dn → a avec dn ∈ D, alors dn est de Cauchy, et donc
(f (dn ))n∈N est de Cauchy par uniforme continuité de f , et donc f (dn ) converge par complétude de B.
On peut en outre montrer que la limite de cette suite f (dn ) est indépendante de la suite dn convergeant
vers a (grâce à l’uniforme continuité de f ).
•Il reste à montrer l’uniforme continuité : soient x et y distincts dans A. Soit xn → x et yn → y,
avec xn et yn dans D. d(f˜(x), f˜(y)) ≤ 2d(f (xn ), f (yn )) si n est assez grand. L’uniforme continuité de f˜
en découle immédiatement.
Application 0.68 Ce résultat servira à montrer quelques propriétés simples des espaces de Hölder,
voir ??, et le théorème de Plancherel. L’escalier de Cantor utilise aussi ceci (voir partie 1.6.13). Cela
permet aussi de voir que si E est métrique complet connexe localement connexe, alors E est connexe
par arcs.

Corollaire 0.111

Une isométrie i : D → B d’un sous-ensemble dense de l’espace métrique A sur une partie de
l’espace métrique complet B s’étend de manière unique en une isométrie ĩ : A → B de A sur une
partie de B. L’extension ĩ est une bijection de A sur B si et seulement si i(D) est dense dans B.

Démonstration Preuve similaire à celle du théorème 0.110.

1.6 Zoologie de la topologie


1.6.1 Séparation de fermés par des ouverts dans un métrique

Proposition 0.112

Soient F1 et F2 deux fermés disjoints d’un espace métrique (E, d). Alors il existe deux ouverts
U1 et U2 tels que F1 ⊂ U1 et F2 ⊂ U2 , U1 et U2 étant disjoints.
En outre il existe une fonction continue de E dans [0, 1] dont la restriction à F1 est égale à 0
et dont la restriction à F2 est 1 (c’est-à-dire que χF2 ≤ f ≤ χF1c ).
On peut même définir f telle que f −1 ({0}) = F1 et f −1 ({1}) = F2 .

Démonstration Considérer la fonction f définie par


sup(d(x, F1 ) − d(x, F2 ), 0)
f (x) =
d(x, F1 )

si x 6∈ F1 et f (x) = 0 sinon, puis U1 = f −1 ([0, 0.5[) et U2 = f −1 (]0.5, 1]).

1.6.2 Théorème de Baire


On se penche ici sur le théorème de Baire, aux très nombreuses applications.
Théorème 0.113 Théorème de Baire

Soit X un espace topologique. Si X est localement compact, ou s’il est métrique complet,
alors
•toute intersection dénombrable d’ouverts denses est dense
•une réunion dénombrable de fermés recouvrant X comporte un fermé d’intérieur non vide

Notons que les espaces de Fréchet sont une autre catégorie d’espaces vérifiant le théorème de
Baire. On appelle espaces de Baire les espaces topologiques dans lequels l’une des deux propriétés
équivalentes énoncées est vraie.
Démonstration Il suffit de montrer la première assertion, la seconde étant équivalente par passage
au complémentaire.
On se donne Ui une famille dénombrable d’ouverts avec Ui = X. Soit V un ouvert non vide. On veut
montrer que l’intersection des Ui a une intersection non vide avec V . On pose V0 = U0 ∩ V (ouvert non
vide par densité de U0 ). Ensuite, par récurrence, pour tout entier n > 0 on construit Vn ouvert non vide
tel que :
•Vn ⊂ Vn−1 ∩ Un pour n ≥ 1
1
•Cas métrique complet : on impose diam(Vn ) ≤ 2n
•Cas localement compact : Vn compact
Il convient de bien vérifier la possibilité de cette construction. L’intersection des Vn est non vide,
car :
•Dans le cas localement compact, il s’agit d’une suite décroissante de compacts non vides (voir la
proposition 0.55).
•Dans le cas métrique complet, il s’agit d’une suite décroissante de parties non vides de diamètres
tendant vers 0 (voir la proposition 0.99).
Il suffit alors de choisir un élément dans l’intersection des Vi .
Application 0.69 Les lignes qui suivent fournissent de nombreuses applications du théorème de
Baire. Il y a aussi par exemple la section 1.6.17 pour prouver la polynomialité de fonctions à partir
de propriétés locales des dérivées.
Exemple 0.70
espace de Banach de dimension infinie n’a pas de base algébrique dénombrable.
Démonstration
Supposons que E, espace de Banach de dimension infinie, ait une base dénombrable (en ) pour n ∈ N.
Définissons alors Fn , espace vectoriel engendré par les ei pour i ≤ n.
Fn est alors un fermé (car de dimension finie, résultat 0.69) et d’intérieur vide (ce point est laissé
en exercice au lecteur). Or l’union des Fn est égale à E ; donc E devrait être d’intérieur vide grâce au
théorème de Baire, ce qui est absurde (E est ouvert et donc d’intérieur égal à E).

Corollaire 0.114

R[X] n’est de Banach pour aucune norme.

Théorème 0.115 Théorème de Banach-Steinhaus

Soit Tα : E → F une famille d’applications linéaires continues de l’espace de Banach E dans


l’espace normé F . Si
∀x, sup k Tα x k< ∞
α

alors supα k Tα k< ∞.

Application 0.71 On verra une application à la transformation de Toeplitz (proposition ??), qui
fournit une preuve élégante de la moyenne de Césaro (corollaire ??).
Démonstration On pose Bn l’ensemble des x tels que ∀α on a k Tα (x) k≤ n.
Bn est fermé comme intersection de fermés. L’hypothèse (0.115) permet de dire que l’union des Bn
est E. Par le théorème de Baire 0.113, l’un des Bn est d’intérieur non vide. Ce Bn contient donc une
boule B de diamètre r > 0 telle que supα supx∈B ||Tα x|| ≤ n et donc ||Tα || ≤ n/r. On en déduit alors le
résultat.
On notera le corollaire suivant :

Corollaire 0.116
Soit Tn : E → F une suite d’applications linéaires continues de l’espace de Banach E dans
l’espace normé F . Si T (x) = limn→+∞ Tn (x) existe pour tout x, alors T est une application
linéaire continue.

Définition 0.60 Application ouverte


Une application est dite ouverte si l’image de tout ouvert est un ouvert.

Théorème 0.117 Théorème de l’application ouverte

Une application linéaire continue surjective entre espaces de Banach est ouverte.

Ce théorème est parfois aussi appelé théorème de Banach-Schauder. Comme diverses consé-
quences du théorème de Baire et le théorème de Baire lui-même, il se généralise aux espaces de
Fréchet (c’est-à-dire aux espaces localement convexes métrisables et complets).
Démonstration Donnons nous une telle application f , entre deux espaces de Banach E et F . f est
donc supposée linéaire, continue, et surjective. On montre qu’elle est ouverte.
•Soit U un ouvert de E. Il s’agit de montrer que f (U ) est ouvert dans F .
•Soit x dans f (U ). Il suffit de montrer que f (U ) est un voisinage de x.
•Par translation, on peut supposer x = 0.
•Il suffit donc de montrer qu’une certaine boule BF (0, r) dans F centrée en 0 de rayon un certain
r > 0 est incluse dans l’image par f d’une boule arbitraire BE (0, r ′ ) dans E, centrée en 0, de rayon r ′ ,
avec r ′ tel que BE (0, r ′ ) ⊂ U . Par linéarité de f , on peut se limiter à r ′ = 1. Il convient donc de montrer
qu’il existe r tel que BF (0, r) ⊂ f (BE (0, 1)).
•Définissons, pour n ∈ N, Fn = f (BE (0, n)).
•D’après le théorème de Baire (ci-dessus), l’union des Fn étant égale à E et chaque Fn étant fermé,
il existe un Fn d’intérieur non vide. Du coup, F1 , par linéarité, est lui-même d’intérieur non vide.
•Il existe donc une boule BF (y, ǫ) centrée en y de rayon ǫ > 0 incluse dans F1 .
•Par symétrie −y ∈ F1 . Finalement, BF (y, ǫ) − y ⊂ F1 + F1 , donc BF (0, ǫ) ⊂ F2 (on a F1 + F1 = F2
comme on s’en convaincra aisément).
•BF (0, 2ǫ ) ⊂ F1 , d’où le résultat.

Corollaire 0.118
Théorème d’isomorphisme de Banach

Une application continue linéaire bijective entre espaces de Banach a un inverse continu (et
donc est un isomorphisme).

Démonstration Conséquence immédiate du théorème de l’application ouverte.


Application 0.72 Voir par exemple le théorème ??, utilisant aussi le théorème de Riesz et le
théorème d’Arzéla-Ascoli.
Corollaire 0.119

Si un même espace vectoriel E est de Banach lorsqu’il est muni d’une norme N1 ou d’une
norme N2 , alors les normes N1 et N2 sont équivalentes.

Démonstration
•Notons N la norme N = N1 + N2 . Les suites de Cauchy pour N sont de Cauchy pour N1 et N2 ,
donc convergentes dans E pour les deux normes, donc convergentes pour la norme N .
(E, N ) est donc un espace de Banach.
•L’identité de (E, N ) dans (E, N1 ) est continue, bijective, linéaire ; donc c’est un isomorphisme. On
en déduit l’existence de c > 0 tel que cN ≤ N1 ≤ N .
Les normes N1 et N sont donc équivalentes.
•On peut montrer de manière analogue que les normes N2 et N sont équivalentes, d’où l’équivalence
des normes N1 et N2 .

Corollaire 0.120 Théorème du graphe fermé

Soit T : E → F , linéaire entre les Banach E et F . L’application T est continue si et seulement


si le graphe de T est fermé dans E × F .

Démonstration Un sens ne pose pas de problème ; le graphe d’une application continue est toujours
fermé.
Réciproquement, supposons le graphe fermé, voir figure 6.
•L’espace E × F est en fait un espace de Banach.
•Le graphe est en fait un Banach (la linéarité de T permet de conclure que le graphe est en fait un
espace vectoriel, qui est fermé par hypothèse ).
•La projection du graphe sur E (qui à (e, T (e)) associe e) est une application linéaire bijective du
graphe sur E ; par le corollaire 0.118, son inverse est aussi continue.
•La projection du graphe sur F (i.e. l’application qui à (e, T (e)) associe T (e)) est aussi continue.
•Combinons les deux points précédents : la fonction considérée T , composition de deux fonctions
continues, est donc continue.

1.6.3 Distance d’un point à une partie

Proposition 0.121

Soit A une partie non vide d’un espace métrique (E, d). L’application d˜ qui à x dans E associe
d(x, A) = inf{d(x, a); a ∈ A} est continue et 1-lipschitzienne.

Application 0.73 Cette proposition servira un peu partout, par exemple pour le lemme ?? (très
utile pour approximer des fonctions par des fonctions C ∞ ), ou pour le lemme 0.123, ou pour voir
que les ǫ-voisinages sont ouverts.
Démonstration Soit x dans E, montrons que d˜ est continue en x. Considérons t dans E, et donnons
nous ǫ > 0 (figure 7).
Figure 6 – Schéma explicatif de la preuve du théorème du graphe fermé.
Figure 7 – Continuité de la distance à une partie : une simple application de l’inégalité triangulaire.

Par définition de d˜ et de l’inf, il existe a ∈ A tel que d(x, a) ≤ d(x, A) + ǫ. Alors d(t, A) ≤ d(t, x) +
d(x, a) ≤ d(t, x) + d(x, A) + ǫ, donc d(t) ˜ ≤ d(x)˜ + d(t, x) + ǫ. En faisant tendre ǫ vers 0 on obtient
˜ ≤ d(x)
d(t) ˜ + d(x, t). De même on obtient d(x) ˜ ˜ + d(x, t). Donc
≤ d(t)
˜ − d(t)|
|d(x) ˜ ≤ d(x, t)
˜
On en déduit le caractère 1-lipschitzien et la continuité de d.

Corollaire 0.122

La distance entre un compact et un fermé disjoints est > 0.

Application 0.74 On verra une application géométrique avec le théorème ??.


Intuition Par distance entre un compact et un fermé on entend l’inf de la distance entre un
point du compact et un point du fermé.
Démonstration La distance à un ensemble étant continue, la distance d’un point du compact au
fermé atteint son minimum sur le compact (voir 0.63). Si la distance est nulle, alors elle est nulle en
un certain point x du compact. On prend alors une suite xn du fermé tendant vers x (par exemple
d(xn , x) < 1/n) ; sa limite est nécessairement dans le fermé, donc x est à l’intersection du fermé et du
compact, donc ces deux ensembles ne sont pas disjoints. D’où la contradiction, et le résultat.
Attention 0.75 La distance entre deux fermés disjoints n’est pas nécessairement non nulle !
Considérer dans R les fermés F1 et F2 définis par

F1 = N
n+1
F2 = { /n ∈ N ∧ n ≥ 2}
n
Un autre contre-exemple classique est une courbe et son asymptote. Par exemple, on peut
considérer F1 = {(x, y) ∈ R2 | xy = 1} et F2 = (Ox) ∪ (Oy) = {(x, y) ∈ R2 | xy = 0}

1.6.4 Approximation d’ouverts par des compacts

Lemme 0.123

Soit U un ouvert de Rn . Pour m ≥ 1, notons Km l’intersection de

′ 1
Km = {x ∈ U ; d(x, U c ) ≥ } et de B(0, m)
m
Alors :
•Pour tout m > 0, Km est compact
•Km ⊂ Int(Km+1 )
•U = ∪i Ki
•∀K compact de U , ∃m tel que K ⊂ Km

Application 0.76 Ce résultat servira par exemple pour le corollaire ?? (sur la non-normabilité
de H(Ω)), ou pour l’utilisation de la définition ?? (distance sur C k (Ω)), ou pour la proposition ??
(métrisabilité de la convergence uniforme).
Démonstration •Prouvons que pour tout m > 0, Km est compact. Km est borné (clairement),

Km est une intersection de deux fermés (Km est fermé en tant qu’image inverse d’un fermé par une
c
application continue qui est x 7→ d(x, U ), car étant donnée une partie non vide l’application qui à un
point associe sa distance à cette partie est continue, voir la proposition 0.121). Un fermé borné de Rn
est compact (corollaire 0.67).
•Preuve de Km ⊂ Int(Km+1 ) : il suffit de se rappeler que l’intérieur d’une intersection finie est
l’intersection des intérieurs.
•La distance d’un point x de U au complémentaire de U est > 0 car le complémentaire de U est
fermée (un point à distance nulle d’un fermé est dans ce fermé).
•Soit K un compact inclus dans U . L’inf de la distance d’un point de K au complémentaire de U est
> 0 grâce au corollaire précédent 0.122. Donc cette distance est supérieure à 1/m pour m assez grand.
Il suffit ensuite de prendre m assez grand pour que K soit en outre inclus dans la boule fermé B(0, m).

Lemme 0.124 Approximation d’ouverts du plan par des compacts

Soit Ω un ouvert de C (on pourrait dire R2 ). Alors il existe une suite de compacts Kn inclus
dans Ω tels que :
•Kn ⊂ Int(Kn+1 )
•Tout compact de Ω est inclus dans un certain Kn
•Toute composante connexe de (C ∪ {∞}) \ Kn contient une composante connexe de (C ∪
{∞}) \ Ω

Intuition La dernière condition signifie simplement qu’il n’y a pas de « trous » superflus dans
les Kn . La seconde condition implique que la réunion des Kn est Ω.
Démonstration On utilise les mêmes Kn que dans la partie précédente (avec Ω = U ).
Il suffit pour conclure de vérifier que la dernière condition est vérifiée.
On se donne donc C une composante connexe de Ĉ \ Kn 12 , et x appartenant à cette composante
connexe.
Alors nécessairement |x| > n ou |x − f | < 1/n pour un certain f dans F , avec F le complémentaire
de Ω.
Dans le cas |x| > n, alors les λ.x, pour λ réels ≥ 1, forment une demi-droite, qui unie à {∞}, forme
un connexe, inclus dans C, et intersectant une composante connexe de Ĉ \ Ω (puisque ∞ 6∈ Ω !).
Dans le cas |x − f | < 1/n, le segment [x, f ] est inclus dans C, donc C contient f , et donc intersecte
Ĉ \ Ω, au moins en f .
D’où le résultat.

1.6.5 Homéomorphisme entre une boule fermée et un compact convexe d’intérieur


non vide

Proposition 0.125

Soit K un compact convexe d’intérieur non vide de Rn .


Alors K est homéomorphe à la boule unité fermée.

Démonstration
•On peut supposer que 0 appartient à l’intérieur de K.
•On peut agrandir K jusqu’à ce qu’il contienne la boule unité fermée.
•On définit la fonction f de la boule unité fermée dans K qui à x associe T.x avec T le sup des
t ∈ R+ tels que t.u appartient à K, avec u le vecteur directeur de x (u = x/kxk). On définit f (0) = 0.
•Montrons tout d’abord que f est bien définie. Si x est non nul, K étant borné, le sup des t en
question est bien défini si x est non nul (le cas f (0) étant séparé).
•t.u appartient à K pour tout t < T , par convexité de K. Le fait que K est fermé fait que T.u
appartient à K. Si x est de norme 1, le problème est donc résolu. Si x est de norme plus petite que 1, a
fortiori, T.x appartient à K par convexité de K.
•Il faut maintenant montrer que f est continue.
•f est continue en 0, car f (x) tend vers 0 quand x tend vers 0 puisque ||f (x)|| ≤ (supk∈K ||k||)||x||.
•Il convient maintenant de montrer que f est continue en x autre que 0. Pour cela il suffira de
montrer que la fonction qui à u associe T le sup des t ∈ R+ tels que t.u appartient à K est continue sur
la sphère (ensuite il est clair que la multiplication par un scalaire est continue, que la fonction qui à un
vecteur associe son vecteur directeur est continue (par quotient x/kxk).
•La figure 8 parle d’elle même.
Application 0.77 Cela permet d’appliquer des « triangulations » (précisément, l’image d’une
triangulation d’un simplexe via un homéomorphisme) sur la boule unité fermée, voir théorème 0.159.
12. Ĉ est le compactifié d’Alexandrov de C (i.e. Ĉ = C ∪ {∞})
Figure 8 – Par hypothèse, la boule B est incluse dans K.
Commentaire : On se donne z le point f (u), c’est-à-dire le « bord » de K dans la direction u.
Alors la zone grisée appartient nécessairement à K par convexité. f (v) est alors nécessairement au
delà de ∆1 par convexité de K, et en deça de ∆2 , par définition de z. Donc si v tend vers u, f (v)
tend vers z = f (u). D’où la continuité de f .
Exemple 0.78 Dans le même ordre d’idée, on peut montrer que dans un espace E de dimension
finie qu’une partie B est une boule unité fermée ssi B est compacte, connexe, symétrique (par
rapport à 0) et dont l’intérieur est non vide (→ l’intérieur contient 0).
Démonstration On définit jB : E → R+ par
x
∀x ∈ E, jB (x) = inf{t > 0 | ∈ B}.
t
On laisse en exercice le fait que jB est une norme et que sa boule unité est B.

1.6.6 Intersection vide d’une suite décroissante de fermés convexes non vides bor-
nés d’un espace vectoriel normé
Sur R l’intersection d’une suite décroissante de convexes fermés bornés non vides ne saurait être
vide. De manière plus générale, une telle intersection ne peut être vide dans un espace vectoriel normé
de dimension finie (voir proposition 0.55). Dans le cas général il en est tout autrement.
•Soit E l’espace des fonctions continues de [0, 1] dans R.
•C’est un espace vectoriel normé pour la norme infinie. C’est même un espace de Banach.
•Soit (xn )n∈N une suite de rationnels dense dans [0, 1].
•Soit Cn l’ensemble des applications de E nulles en xi pour tout i dans [[0, n]], bornées par 2 et
d’intégrale 1 sur [0, 1].
•Les Cn sont non vides, convexes, fermés, bornés, décroissants.
•L’intersection des Cn ne peut contenir que des fonctions nulles sur tous les rationnels, et continues,
donc l’intersection des Cn ne peut pas contenir de fonction non nulle. Or l’intersection des Cn ne peut
contenir que des fonctions d’intégrale 1.

1.6.7 Valeurs d’adhérence 6= limites de suites extraites


L’ensemble des valeurs d’adhérence d’une suite n’est pas nécessairement égal à l’ensemble des
limites de sous-suites extraites. Rappelons que par contre les valeurs d’adhérence, lorsqu’elles sont à
base dénombrable de voisinage, sont des limites de suites extraites, et que dans un espace métrique,
les valeurs d’adhérence sont bien les limites de sous-suites extraites.
En effet, soit E l’ensemble des applications continues de [0, 1] dans [0, 1] ; on le munit de la
topologie produit, c’est-à-dire de la topologie de la convergence simple (le lecteur peut vérifier que
topologie de la convergence simple et la topologie produit coïncident ici).
•Un voisinage de la fonction nulle dans E est de la forme {f ; ∀i ∈ [[1, n]], |f (xi )| ≤ ǫi } (∗),
avec les ǫi positifs, et les xi dans [0, 1].
•On considère les applications en dents de scie, égales à 0 en x0 , en x1 , en x2 , ... , en xn , avec
xi < xi+1 , x0 = 0 et x1 = 1 ; et affine entre xi et xi +x
2
i+1
et xi +x
2
i+1
et xi+1 , avec f ( xi +x
2
i+1
) = 1,
avec les xi rationnels.
•On peut énumérer ces fonctions, et donc il s’agit d’une suite.
•La suite nulle est clairement dans l’adhérence de cette suite (prendre un voisinage de la fonction
nulle écrit sous la forme (∗), et regarder ce qu’il se passe.
•Aucune suite extraite ne peut tendre simplement vers la fonction nulle, sinon le théorème de
convergence dominée de Lebesgue permettrait de dire que l’intégrale de la fonction nulle est la
limite de l’intégrale des fonctions de la suite - or toute fonction de notre suite a une intégrale 12 .
1.6.8 Les espaces projectifs
Les espaces projectifs sont compacts et connexes par arcs. On trouvera plus d’informations sur
ce sujet dans la partie ??.

1.6.9 Le cube de Hilbert

Définition 0.61 cube de Hilbert

On appelle cube de Hilbert l’espace produit [0, 1]N , muni de la topologie produit ([0, 1] étant
muni de la topologie usuelle sur les segments de réels).

Propriétés : •Le cube de Hilbert est connexe par arcs (considérer, étant donnés deux suites de
réels (xn )n∈N et (yn )n∈N , l’application qui à t associe (xn + t.(yn − xn ))n∈N ). Chaque composante
étant continue, cette application est continue.
•Le cube de Hilbert est métrisable (considérer l’application qui à (xn ) et (yn ) associe n∈N |xn2−y n|
.
P
n

•Le cube de Hilbert est compact, par application du théorème de Tykhonov.

Théorème 0.126

Tout espace métrique compact K est homéomorphe à un sous-espace topologique du cube de


Hilbert.

Démonstration
•Étant donné n ∈ N, on considère un recouvrement de K par des boules bn,i pour i ∈ [[1, t(n)]],
en nombre fini et de rayon 1/n (on peut toujours construire un recouvrement fini, en extrayant un
recouvrement fini du recouvrement comportant toutes les boules de rayon 1/n, via la compacité de K).
•On note Bn,i la boule de même centre que bn,i , mais de rayon double (2/n)
•On peut, par le lemme d’Urysohn ??, trouver une fonction continue fn,i égale à 1 sur bn,i , comprise
entre 0 et 1, et nulle en dehors de la boule Bn,i .
•On peut alors construire l’application f qui à un point x de K associe (f1,1 (x), ..., f1,t(1) (x), f2,1 (x), ..., f2,t(2) (x), ..., fm,1 (x), .
qui est un élément du cube de Hilbert.
•Cette application est continue, puisque toutes ses composantes sont continues.
•Elle est injective, on l’a construite pour ça.
•f de K dans f (K) est alors une application continue bijective d’un espace compact dans un espace
séparé ; ceci implique que f est un homéomorphisme, d’après le corollaire 0.61.

1.6.10 Fonction non continue vérifiant la propriété des valeurs intermédiaires


Il suffit, pour montrer l’existence d’une application de R dans R non-continue et telle que pour
tous a < b et tout c dans [f (a), f (b)] il existe un x ∈ [a, b] tel que f (x) = c, de considérer la fonction
qui à un réel x associe sin(1/x) si x est non nul et 0 sinon.
1.6.11 Tous les fermés de Rn s’expriment comme zéros de fonctions indéfiniment
dérivables

Lemme 0.127

Il existe une fonction C ∞ de R dans R qui s’annule exactement sur ] − ∞, 0].

 Des fermés particuliers, le cas de la dimension 1


Démonstration
•On pose f (x) = exp(−1/x) pour x > 0, f (x) = 0 sinon.
•Il est clair que f est C ∞ sur R∗ .
•En 0 on peut alors voir que toutes les dérivées sont nulles, car leurs limites sont nulles, puisqu’elles
s’expriment par 0 pour x < 0 et comme produit d’une fraction rationnelle par un exp(−1/x) (pour
x > 0).

Lemme 0.128

Tout intervalle ouvert de R s’exprime comme complémentaire de l’ensemble des zéros d’une
fonction C ∞ .

Démonstration
•]a, +∞[ ou ] − ∞, a[ : voir lemme précédent.
•]a, b[ est l’ensemble des zéros de x 7→ f (x − a).f (b − x).

Lemme 0.129

Tout fermé de R s’exprime comme ensemble des zéros d’une fonction C ∞ .

Démonstration
•On note U le complémentaire du fermé à étudier.
•U est ouvert.
•U est réunion dénombrable d’intervalles ouverts disjoints (preuve de la dénombrabilité en vérifiant
qu’il y a un rationnel dans toute composante connexe d’un ouvert)
•On note φn une fonction positive (voir lemme précédent) C ∞ qui s’annule exactement sur le
complémentaire du n-ième intervalle de la partition ci-dessus.
•On note φ la somme des φn . Cette somme est bien définie car il y a au plus un des φn qui est non
nul en un point donné.
•φ est indéfiniment dérivable, comme on s’en rend compte en regardant ce qu’il se passe au voisinage
d’un point donné - qui n’appartient qu’à un seul (au plus) support de φn .

Lemme 0.130

Soit B une boule ouverte de Rn ; il existe une fonction C ∞ nulle partout sauf dans cette boule,
où elle est > 0.

 Des fermés particuliers, le cas général : dimension quelconque


Démonstration On montre le résultat pour la boule unité ouverte, la généralisation étant immédiate.
1
•Soit f (x) = exp(− 1−kxk 2 ) pour x tel que kxk < 1, et f (x) = 0 sinon. La norme ici évoquée est la

norme euclidienne.
•la situation étant invariante par rotation, on se contente de montrer que la fonction est C ∞ sur le
premier axe (i.e. l’ensemble des (x, 0, 0, ...0) pour x ≥ 0).
•Pour cela on montre que chaque dérivée partielle est C ∞ .
•Tout d’abord dans le cas d’un point autre que 0 ou 1 :
– La dérivée partielle suivant un autre axe que le premier est clairement nulle, par symétrie du
problème.
– La dérivée partielle suivant le premier axe est clairement C ∞ , comme composée d’applications
C ∞ , voir le lemme 0.128.
•Et en zéro, il suffit de voir que le carré de la norme euclidienne est une fonction polynômiale, donc
C∞.
•Le cas 1 se traite, comme dans le lemme 0.127.

Lemme 0.131

Tout ouvert s’écrit comme réunion dénombrable de boules ouvertes.

Démonstration
•On considère la suite xn des points à coordonnées rationnelles de U , un ouvert.
•Pour tout xn , on définit rn le sup des r tels que B(xn , r) ⊂ U .
•rn est bien positif strictement, puisque U est ouvert.
•Il est clair que tout rationnel de U est inclus dans la réunion des B(xn , r).
•Tout point x est inclus dans une boule centrée sur x de rayon ǫ incluse dans U ; donc une boule
centrée sur un rationnel situé à une distance au plus ǫ/3 de x et de rayon maximal va contenir x. En
effet ce rayon maximal est ≥ ǫ/3.
•Des deux •précédents, on déduit donc que notre ouvert s’exprime comme réunion dénombrable de
boules ouvertes.

Théorème 0.132 Le résultat tant attendu

Tout fermé de Rn s’exprime comme zéro d’une fonction C ∞ .

Démonstration
•Soit F un fermé. On considère U son complémentaire. On écrit U comme une réunion dénombrable
de boules ouvertes Bn de rayon rn .
•On fait alors une somme pondérée de fonctions comme définies dans le lemme [Link] φ la fonc-
tion donnée par le lemme 0.130 pour la boule unité, on peut écrire cette somme comme ∞ ci φ( x−x i
).
Pi=1N
ri
x−xi
•Il faut choisir les ci afin d’assurer la convergence normale de la dérivée k-ième de i=1 ci φ( ri )
pour N → ∞ ; ainsi on aura convergence normale de toutes les dérivées et donc la somme sera C ∞ . La
difficulté est que contrairement au cas de la dimension 1, les boules ne sont pas disjointes.
•Il est suffisant pour cela que la somme des ci /rik soit convergente. En effet, dans ce cas la dérivée
k-ième de ci φ( x−xri
i
) sera majorée par la borne sur la dérivée k-ième de φ, divisée par rik , conduisant à
une convergence normale de toutes les dérivées.
− 1 P −i − r1 k
•Il suffit de choisir ci = e ri .2−i ; ainsi
P −i
ci /rik = 2 .Mk avec Mk le sup de
P
2 .e i /ri ≤
1
xk .e− x .
1.6.12 Le compactifié d’Alexandrov
On se donne X un espace topologique séparé, non compact, localement compact. L’objectif va
être de construire un espace X̃, dit compactifié d’Alexandrov, à peine plus gros que X, qui lui sera
compact, et qui contient un sous-espace topologique homéomorphe à X.
On pose X̃ = X ∪ {∞}. On définit T l’ensemble constitué :
– des ouverts de X
– des X̃ \ K, où K est un compact de X.
•Montrons que T est une topologie. L’ensemble des ouverts de X est bien stable par intersection
finie et par réunion quelconque ; et l’ensemble des complémentaires de compacts de X dans X̃ est
bien lui aussi stable par intersections finies et réunion quelconques (rappelons qu’une réunion finie
de compacts est compacte et qu’une intersection quelconque de compacts est compact - comme
fermé d’un compact) ; il suffit donc de vérifier que l’intersection (resp. la réunion) d’un ouvert de
X et d’un complémentaire de compact de X est bien un ouvert de X ou un complémentaire de
compact de X.
Voyons tout d’abord le cas de l’intersection. Pour cela soit U un ouvert de X, et K un compact
de X, de complémentaire V . U ∩ V est l’intersection d’un ouvert avec V \ K qui est un ouvert ;
donc c’est un ouvert de X.
Passons à la réunion. U ∪ V est le complémentaire de K ∩ U ′ , avec U ′ le complémentaire de U
dans X̃. U ∪ V est donc bien le complémentaire d’un compact de X.
•Montrons que X est dense dans X̃. Pour le voir il suffit de voir que tout voisinage de ∞
intersecte X ; ce qui est clair car X n’est pas compact 13 .
•On va maintenant montrer que X est homéomorphe à un sous-espace de X̃. L’identité de X
dans X̃ est injective. Les ouverts de X̃ inclus dans X étant exactement les ouverts de X, il est clair
qu’il s’agit bien d’un homéomorphisme.
•Montrons maintenant que X̃ est séparé (premier pas pour montrer qu’il est compact). On peut
séparer deux points de X par des ouverts, puisque X est séparé. Montrons maintenant qu’on peut
séparer un point x ∈ X de ∞. On se donne pour cela K un voisinage compact de x, ce qui peut
se faire puisque X est localement compact. Int(K) (intérieur de K) et X̃ \ K sont des ouverts
séparant x et ∞.
•Montrons maintenant que X̃ vérifie la propriété de Borel-Lebesgue, c’est-à-dire que de tout
recouvrement d’ouverts de X̃ on peut extraire un recouvrement fini. Soit X = ∪i∈I Ui , avec les Ui
ouverts. Un certain Ui0 contient ∞. Son complémentaire est compact, et recouvert par les Uj , pour
j 6= i0 ; on peut donc le recouvrir par les Uj , pour j ∈ J fini. L’ensemble des Ui pour i ∈ J ∪ {i0 }
est un recouvrement fini de X̃.
Exemple 0.79 R˜n est homéomorphe à la sphère unité de Rn+1 14 .

1.6.13 Le cantor K3

Définition 0.62 Cantor K3

On note C0 l’ensemble [0, 1].


On note C1 l’ensemble [0, 31 ] ∪ [ 23 , 1].

13. On souligne dans cette démonstration, par souci de clarté, les endroits où s’appliquent les hypothèses
14. Cette sphère est de dimension topologique n.
Figure 9 – Construction de l’ensemble de Cantor.
Les lignes successives représentent C1 , C2 , C3 , C4 .

On note C2 l’ensemble [0, 91 ] ∪ [ 29 , 39 ] ∪ [ 69 , 79 ] ∪ [ 98 , 99 ]


...
On note Cn l’ensemble 13 .Cn−1 ∪ (Cn−1 + 2). 31 .
On note K3 l’intersection des Cn , pour n ∈ N. On appelle cet ensemble ensemble triadique
de Cantor.
On le munit d’une topologie en considérant la restriction de la distance usuelle à K3 .

On trouve figure ?? un graphique proche du Cantor, appelé « éponge de Sierpinski », avec le


programme Matlab qui le génère.

Proposition 0.133

K3 est aussi l’ensemble des réels de [0, 1] dont le développement 3-adique ne comporte que des
0 ou des 2.

Démonstration La proposition 0.133 se prouve en considérant l’intersection des Ci jusqu’à un certain


rang, et en prenant la limite en l’infini.

Proposition 0.134

K3 est compact.

Démonstration K3 est fermé, car c’est une intersection de fermés, et borné car inclus dans [0, 1].
Donc il est compact, comme tout fermé borné de R (corollaire 0.67).

Proposition 0.135

K3 est de mesure nulle et d’intérieur vide.


Démonstration K3 est mesurable, comme intersection dénombrable de fermé. La mesure de K3 est
inférieure à la mesure de Cn , pour tout n ; or Cn est de mesure tendant vers 0 comme n → ∞ ; donc K3
est de mesure nulle. K3 est d’intérieur vide, sinon il ne serait pas de mesure nulle.

Proposition 0.136

K3 est homéomorphe à {0, 1}N, ensemble des suites de {0, 1}, muni de la topologie produit de
la topologie discrète sur {0, 1}.

Démonstration Soit la fonction f qui à une suite un de {0, 1} associe la somme des [Link] /3n . Cette
fonction est injective, clairement. Elle est surjective (proposition 0.133). Voyons maintenant la continuité
de f ; en fait on va considérer la continuité de f −1 . Pour cela on considère l’image réciproque d’un ouvert
non vide de la base d’ouverts de la topologie produit constituée des produits d’ouverts tels qu’un nombre
fini d’ouverts seulement soient différents de {0, 1}. Il est suffisant pour que l’image réciproque de x soit
dans cet ouvert que les premiers chiffres soient les mêmes, et donc que la distance soit suffisamment
petite.
Enfin toute fonction continue bijective d’un compact dans un séparé est un homéomorphisme (d’après
le corollaire 0.61), ce qui permet de conclure.
function [x,y] = serp(a,b,c)

% Executer: [x,y] = serp(1,1,3); plot(x,y,’*’);

x=[];y=[];
gset nokey
hold on
if (c<0.07)
x=[a];
y=[b];
else
for i=0:2,
for j=0:2,
if ((i!=1)|(j!=1))
[u,v]=serp(a+i*c/3,b+j*c/3,c/3);
x=[x,u];y=[y,v];
endif;
endfor;
endfor;

endif;
function [x,y] = serp(a,b,c)

% Executer: [x,y] = serp(1,1,3); plot(x,y,’*’);

x=[];y=[];
gset nokey
hold on
if (c<0.07)
x=[a];
y=[b];
else
for i=0:2,
for j=0:2,
if ((i!=1)|(j!=1))
[u,v]=serp(a+i*c/3,b+j*c/3,c/3);
x=[x,u];y=[y,v];
endif;
endfor;
endfor;

endif;
Proposition 0.137

K3 est totalement discontinu, ce qui signifie que la composante connexe d’un point est
réduite à ce point.

Démonstration Il suffit de montrer qu’étant donnés x et y dans K3 , il existe deux ouverts fermés
disjoints contenant l’un x et l’autre y. En effet ainsi la composante connexe de x sera différente de la
composante connexe de y.
Pour cela on peut considérer indifférement K3 comme le produit {0, 1}n ou comme l’intersection des
Cn ; dans le premier cas il suffit de considérer le premier rang auquel les deux suites diffèrent, dans le
deuxième cas, le premier chiffre dans le développement triadique pour lequel x et y diffèrent.
Exemple 0.80
Montrer que K3 ne comporte pas de point isolé.
On appelle ensemble parfait un ensemble fermé et dépourvu de point isolé.
K3 sera donc un ensemble parfait.
Démonstration Facile, soit en considérant un ouvert de la base d’ouverts dans le cas du produit
{0, 1}N , soit en considérant l’intersection d’une boule ouverte avec K3 dans le cas de l’intersection des
Cn (bien entendu, une seule de ces deux preuves suffit !).

Proposition 0.138

K3 et ∅ sont les deux seuls compacts K inclus dans [0, 1] qui vérifient
1 1 2
K. ∪ (K. + ) = K
3 3 3

Démonstration Il est tout d’abord aisé de vérifier que ∅ et K3 sont des solutions de l’équation donnée.
On considère maintenant l’ensemble K([0, 1]) des compacts non vides inclus dans [0, 1], et l’applica-
tion f qui à un compact K associe ( 31 K) ∪ ( 13 K + 23 ).
Cette application associe bien un compact inclus dans [0, 1] à un compact inclus dans [0, 1]. On va
considérer un compact A donné, non vide, et on va montrer que f n (A) tend vers K3 pour la distance
de Hausdorff. Cet élément, prouvé plus bas, permettra de conclure ; mais nous allons pour cela devoir
définir la distance de Hausdorff et voir quelques unes de ses propriétés.

Définition 0.63 Définition de la distance de Hausdorff

On définit tout d’abord :


Vǫ (A) = {x; d(x, A) < ǫ}
Vǫ (A) est appelé ǫ-voisinage ouvert de A. Il est ouvert par la proposition 0.121.
Ensuite on note D(A, B) et on appelle distance de Hausdorff le réel

D(A, B) = inf{x ∈ R+ ; A ⊂ Vx (B) ∧ B ⊂ Vx (A)}

défini sur l’ensemble K(E) des compacts non vides d’un espace métrique E donné.

Il s’agit bien d’une distance ; comme on peut le voir en vérifiant que D(A, B) ≥ 0 et D(A, B) < ∞ ;
que D(A, B) = 0 →A = B ; et que l’inégalité triangulaire est bien vérifiée.
Proposition 0.139

Si E est un espace métrique complet, alors l’ensemble des compacts non vides de E muni de la
distance de Hausdorff est complet.

begindivdemonstrationbegintext endtext Soit Kn une suite de Cauchy dans l’ensemble des compacts
non vides de E.
Alors il existe une suite ǫN → 0 telle que

∀k, n > N D(Kk , Kn ) < ǫN

et donc ∀k, n > N, Kk ⊂ VǫN (Kn )


On considère alors K l’ensemble des x tels qu’il existe une suite xn telle que xn ∈ Kn et xn admet x
pour valeur d’adhérence. Nous allons montrer (i) que K est fermé et complet (ii) que K est précompact
(iii) que K est compact et enfin (iv) que Kn → K ce qui conclura la preuve.
K est fermé. En effet :
– soit y∞ dans K. Il existe (ym ) suite dans K tendant vers y∞ .
– ym est limite d’une certaine suite d’éléments xn tels que xn ∈ Kn . On considère une suite extraite
xnm telle que d(xnm , ym ) → 0 comme m → ∞. On définit xn pour n n’appartenant pas à l’ensemble
des nm , en le choisissant de manière quelconque dans Kn .

Alors d(xnm , y∞ ) ≤ d(ym , y∞ ) + d(xn,m , ym ) → 0

Donc y∞ est valeur d’adhérence des xn , donc y∞ ∈ K. D’où K ⊂ K, et donc K est fermé. Fermé d’un
complet, il est donc aussi complet (proposition 0.104).
K est aussi précompact. En effet :
Soit ǫ > 0.
– Par l’équation (134), il existe N tel que K soit inclus dans Vǫ (KN ).
– pour tout y dans K, il existe xy dans KN tel que d(y, xy ) < ǫ.
– On peut construire sur Kn (puisqu’il est compact) un recouvrement fini par des boules centrés sur
les zi ∈ Kn de rayon ǫ.
– Les boules centrées sur les zi ∈ Kn de rayon 2ǫ recouvrent donc K. On peut supprimer les zi
inutiles, i.e. tels que B(zi , 2ǫ) ∩ K = ∅. Il reste les zi , pour, disons, i ∈ [[1, M ]].
– On peut alors déterminer, pour tout i ∈ [[1, M ]], un élément zi′ de K à distance < 2ǫ de zi
(puisqu’on a supprimé les zi inutiles).
– Les boules centrées sur les zi′ et de rayon 4ǫ couvrent K et montrent que K est précompact.
Précompact et complet, K est donc compact (voir théorème 0.52).
Il convient de montrer que K est non vide (cf. l’énoncé de la proposition), ce qui sera fait en même
temps que la preuve de la convergence des Kn ci-dessous (en effet on va montrer que Kn est inclus dans
Vǫ (K), ce qui implique que K est non vide).
On va donc montrer que K est limite des Kn pour la distance de Hausdorff ; pour le montrer il suffit
de montrer que pour tout ǫ il existe un N tel que pour n ≥ N on a
•K ⊂ Vǫ (Kn ) (immédiat)
•Kn ⊂ Vǫ (K) : pour cela on considère x dans Kn , avec n tel que ǫn ≤ ǫ. On considère alors
— n0 > n tel que ǫn0 ≤ ǫ/21 , et xn0 dans Kn0 , tel que d(x, xn0 ) ≤ ǫ/20
— n1 > n0 tel que ǫn1 ≤ ǫ/22 , et xn1 dans Kn1 , tel que d(xn0 , xn1 ) ≤ ǫ/21
— n2 > n1 tel que ǫn2 ≤ ǫ/23 , et xn2 dans Kn2 , tel que d(xn1 , xn2 ≤ ǫ/22
— ...
— np > np−1 tel que ǫnp ≤ ǫ/2p+1 , et xnp dans Knp , tel que d(xnp−1 , xnp ) ≤ ǫ/2p
— ...
La suite des xnp est de Cauchy, donc elle converge vers un certain y ; en sommant les distances on
obtient alors que d(x, y) ≤ 2.ǫ. Pour compléter la suite des xn pour np ≤ n ≤ np+1 , il suffit de prendre
un point quelconque dans Kn .
On a donc bien y ∈ K et d(x, y) ≤ 2ǫ, donc Kn ⊂ Vǫ (K), ce qui conjointement à K ⊂ Vǫ (Kn ) (plus
haut) montre que D(Kn , K) ≤ ǫ. On a donc bien montré
— que Kn → K pour la distance de Hausdorff,
— que K est non vide.
(ceci conclut la preuve de la proposition 0.139 ; toute suite de Cauchy converge, donc l’ensemble
des compacts non vides de E munis de la distance de Hausdorff est bien complet)
On peut maintenant terminer notre démonstration du fait que K3 est le seul compact non vide
tel que K3 = f (K3 ) (nous finissons ici la preuve de la proposition 0.138, à l’aide de la proposition
0.139 que nous venons de prouver)).
On montre alors que f est contractante de rapport 31 pour la distance de Hausdorff. On peut
donc conclure par le théorème du point fixe ?? ; K est le seul compact non vide satisfaisant à
l’é[Link]
Une autre propriété de K(E) (ensemble des compacts non vides de E) est le fait que pour E
métrique compact, K(E) est compact.
On peut utiliser le Cantor triadique K3 pour construire une fonction continue, croissante, déri-
vable presque partout, de dérivée nulle presque partout, et pourtant non constante (égale à 0 en 0
et à 1 en 1). Cette fonction est souvent désignée sous le terme d’escalier de Cantor.

1.6.14 Une distance sur les sous-espaces vectoriels


d’un espace vectoriel de dimension finie
On se donne E un espace vectoriel de dimension finie n. On appelle S l’ensemble des sous-
espaces vectoriels de E. Alors on définit la distance d sur S par

d(F, G) = dim(F + G) − dim(F ∩ G)

Définition 0.64 distance de Grassman

Cette distance est appelée distance de Grassman.

Proposition 0.140

Il s’agit bien d’une distance.

Démonstration En effet :
•d est bien positive.
•d est symétrique.
•d(F, G) = 0 implique dim F ∩ G = dim F + G or F ∩ G ⊂ F ⊂ F + G et donc F ∩ G = F et donc
F ⊂ G ; de même on obtiendrait G ⊂ F ; et donc au final F = G.
•Il reste à montrer l’inégalité triangulaire. Pour cela on aura besoin de la définition suivante :
Définition 0.65 chaîne entre les sous-espaces vectoriels F et G

On appelle chaîne entre les sous-espaces vectoriels F et G une suite finie de sous-espaces
vectoriels , le premier étant F , le dernier étant G, et chaque élément de la chaîne étant un hyperplan
du sous-espace vectoriel suivant, ou au contraire le sous-espace vectoriel suivant étant un hyperplan
de ce sous-espace vectoriel ; formellement cela signifie qu’il existe F1 , ..., Fp tels que F = F1 , G = Fp ,
et pour tout i ∈ [1, p − 1], Fi est un hyperplan de Fi+1 ou Fi+1 est un hyperplan de Fi .
p est appelé longueur de la chaîne.

On procède comme suit :


— Si F ⊂ G, il y a entre F et G une chaîne de longueur dim G − dim F .
— Dans le cas général il y a entre F et G une chaîne de longueur d(F, G) (se montre en passant par
l’espace F ∩ G - il suffit de se rappeler que dim F + G = dim F + dim G − dim F ∩ G). On va
maintenant se préoccuper de montrer que cette chaîne est de longueur minimale.
— Si on a une chaîne A, B, C, avec A et C hyperplans de B (c’est-à-dire que B est le plus grand de
nos 3 éléments A, B et C), alors on a aussi une chaîne A, A ∩ C, C, à moins que A = C.
— En appliquant aussi souvent que nécessaire le point ci-dessus à une chaîne minimale entre F et
G, on constate qu’on peut la remplacer par une chaîne de même longueur entre les deux mêmes
sous-espaces vectoriels F et G et de manière à avoir des inclusions décroissantes puis croissantes.
— La chaîne obtenue passe par F ∩ G et a longueur d(F, G). On sait donc que d(F, G) est la longueur
minimale d’une chaîne entre F et G. On peut remarquer qu’on aurait pu raisonner de même en
utilisant une chaîne croissante puis décroissante en passant par F + G au lieu de décroissante puis
croissante en passant par F ∩ G.
— L’inégalité triangulaire en résulte.

Proposition 0.141

Pour la distance de Grassman, tout isomorphisme algébrique est une isométrie.

Démonstration Découle du fait que la distance de Grassman ne dépend que de dimensions d’espaces,
qui sont préservées par isomorphisme algébrique.

1.6.15 Topologie et approximation de fonctions caractéristiques


Les approximations de fonctions caractéristiques sont présentées en section ?? (et les parties
suivantes pour des applications).

1.6.16 Points fixes

Lemme 0.142

Soit K un compact convexe d’un espace vectoriel normé E, et f un endomorphisme continu


de E tel que f (K) ⊂ K ; alors il existe x ∈ K tel que f (x) = x.

 Point fixe d’un endomorphisme dans un compact convexe


Démonstration
•On se donne x0 ∈ K, et P on définit la suite (xn ) par xn+1 = f (xn ).
•On définit alors yn = n1 n−1 i=0 xn ; yn ∈ K par convexité de K.
•Par compacité de K, on peut extraire une suite convergente de la suite des (yn ) (puisque E est un
espace vectoriel normé , donc un espace métrique, le théorème de Bolzano-Weierstrass 0.78 s’applique).
•Soit y la limite de cette suite.
•f (yn )−yn = xn −x
n
0
; la suite (xn ) étant bornée (puisque K est compact dans un métrique) f (yn )−
yn → 0 et en passant à la limite puisque f est continue f (y) = y.

 Un théorème de point fixe dans un espace de Hilbert Ce résultat est directement inspiré
de la note « Un théorème de point fixe en dimension finie : application aux sous-groupes compacts
de Rn », de Richard Antetomaso, dans la 104ème intégrale de la Revue de Maths Spé, 1993-1994.

Théorème 0.143

On se donne H un espace de Hilbert, et K un compact convexe non vide de H, et un


sous-groupe compact G de l’ensemble des automorphismes de H (qui sont aussi des homéomor-
phismes). On suppose que pour tout g dans G, g(K) ⊂ K. Alors il existe a appartenant à H
point fixe commun, i.e. tel que ∀g ∈ G, g(a) = a.

Intuition Il faut bien comprendre pour quelle topologie G est compact. Il s’agit de la topologie
produit de H H .
Démonstration
•On définit sur H une norme k.k′ (on va montrer qu’il s’agit bien d’une norme) définie par

kxk′ = sup{kg(x)k; g ∈ G}

Cette norme est bien définie et à valeurs finies, car G est compact ; utiliser le corollaire 0.63 avec la
fonction qui à g associe kg(x)k.
•Montrons qu’il s’agit bien d’une norme.
– Linéarité :
kλxk′ = sup{kg(λx)k; g ∈ G}
= sup{k|λ|g(λx)k; g ∈ G}
= |λ| sup{kg(λx)k; g ∈ G}
= |λ|kg(x)k′
– kxk′ = 0 implique clairement x = 0.
– Enfin,

kx + yk′
= sup{kg(x + y)k; g ∈ G}
= kg0 (x + y)k pour un certain g0 (cf texte ci-dessous)
≤ kg0 (x)k + kg0 (y)k ≤ kxk′ + kyk′

L’existence de g0 (équation 138) provient du fait que par hypothèse G est compact et une fonction
continue sur un compact atteint ses bornes (voir corollaire 0.63).
Le cas d’égalité est atteint si kg0 (x)k + kg0 (y)k = kg0 (x + y)k, donc si g0 (x) et g0 (y) sont posi-
tivement liés (car H est un espace de Hilbert), donc si x et y sont positivement liés puisque g0 est
un automorphisme (les éléments de G sont des automorphismes ). Cela signifie précisément que notre
norme est strictement convexe.
•Supposons maintenant, pour arriver à une contradiction, que

∀x∃g ∈ G; g(x) 6= x.

•Considérons, pour g ∈ G, l’ensemble Ωg des éléments de x de K tels que g(x) 6= x.


•pour tout g, Ωg est ouvert, puisque g, l’identité, et l’addition sont continues (g est continue par hypothèse,
l’identité est continue 15 , et voir la proposition 0.51 pour vérifier que l’addition est bien continue).
•Les Ωg recouvrent K (c’est ce qu’on a supposé ci-dessus pour arriver à une contradiction).
•Par définition des compacts, et puisque K est compact, on peut extraire un recouvrement fini
K = ∪i∈[[1,n]] Ωgi . On note que n ≥ 1, car K est non vide.
•On applique alors le lemme 0.142 à l’endomorphisme continu
1
x 7→ (g1 (x) + · · · + gn (x)) ;
n
c’est un endomorphisme de K dans K, bien P défini par convexité de K, continu par continuité des gi .
On en déduit qu’il existeP x tel que nx = i gi (x).
•On a alors nkxk′ ≤ i kgi (x)k = nkxk
(car les gi sont des isométries et car les isomorphismes d’espaces de Hilbert sont des isométries.).
•On a montré plus haut que la norme était strictement convexe ; donc pour avoir le cas d’égalité
ci-dessus il faut que les gi (x) soient positivement liés ; or ils ont tous même norme, puisque les gi sont
des isométries ; donc tous les gi (x) sont égaux.
•Du coup pour tout i dans [[1, n]], ngi (x) = nx ; donc gi (x) = x. D’où la contradiction ; x n’appartient
pas à l’union des Ωgi , alors qu’il appartient à K, et que ces Ωgi recouvrent K.

1.6.17 f : R → R est C ∞ et ∀x∃n/f (n) (x) = 0, alors f est polynomiale


Cet exercice est extrait du livre [5].
Démonstration Une démonstration possible est comme suit :
•On considère Ω l’ensemble des points au voisinage desquels f est polynomiale
•Ω est ouvert. En effet, soit x ∈ Ω. Alors f est polynomiale sur un voisinage ouvert V de x. Pour
tout y dans V , f est polynomiale sur V , c’est-à-dire sur un voisinage de y ; donc y est dans Ω. Donc V
est inclus dans Ω. Donc Ω est bien ouvert.
•Montrons que pour tout ]u, v[ inclus dans Ω, il existe un polynôme P tel que f est égale à P sur
[u, v].
Pour le prouver, on se donne un tel ]u, v[⊂ Ω, et on considère
— x0 dans ]u, v[,
— un couple (x1 , x2 ) tel que f est polynomiale sur ]x1 , x2 [ et x1 < x0 < x2 ,
— l’ensemble J des x ∈]x0 , x2 [ tels que f est polynomiale sur ]x0 , x[.
On a les propriétés qui suivent :
— J est non vide car contenant x2 par définition ;
— il est fermé dans ]x0 , v[ par continuité de f (il faut aussi dire que si f est polynomiale égale au
polynôme Px sur ]x0 , x[ pour x ∈]x0 , x2 [, alors tous les Px pour x ∈]x0 , x2 [ sont égaux car ayant
une infinité de racines en commun) ;
— si x ∈ J alors ]x − ǫ, x + ǫ[⊂ J pour un certain ǫ ; donc J est ouvert dans ]x0 , v[.
15. L’image réciproque de tout ouvert est bien un ouvert !
donc J =]x0 , v[ par connexité. On a donc f = P sur ]x0 , v[ avec un certain polynôme P , et de même
on aurait f = P sur ]u, x0 [.
•Soit F le complémentaire de Ω. F est fermé. Montrons qu’il ne comporte pas de point isolé. S’il
comporte un point isolé a, alors
— pour un ǫ > 0, ]a, a + ǫ[⊂ Ω et donc par le point précédent f est polynomiale égale à un certain
P sur ]a, a + ǫ[ ; de même f = Q sur ]a − ǫ, a[ ;
— P et Q coïncident par égalité des dérivées en a ;
— f = P = Q sur ]a − ǫ, a + ǫ[ (même en a donc) par continuité de f en a.
On a donc bien montré que

F ne contient pas de point isolé

•On suppose maintenant F non vide pour arriver à une contradiction.


•On définit Fn l’ensemble des x ∈ F tels que f (n) (x) = 0.
•On montre qu’il existe un intervalle ouvert non vide I de longueur finie dont l’intersection avec F
est non-vide et incluse dans un certain Fn0 :
— Les Fn sont fermés dans le fermé F et recouvrent F par hypothèse. Donc on applique le théorème
de Baire 0.113 dans F ; il existe Fn0 d’intérieur non vide dans F .
— On peut alors choisir un intervalle I ouvert d’intersection non vide avec F , et cette intersection
I ∩ F est incluse dans Fn0 : il suffit de choisir I inclus dans Fn0 .
On a donc bien montré
I ∩ F 6= ∅I ∩ F ⊂ Fn0
•Montrons que I ∩ F ⊂ Fn , pour tout n ≥ n0 . Pour cela, on procède comme suit :
— soit a ∈ I ∩ F ; a n’est pas isolé dans F (équation 139), a n’est pas non plus isolé dans F ∩ I car
I est ouvert, et a est donc limite d’une suite ap d’éléments de F ∩ I différents de a.
f (n0 ) (ap )−f (n0 ) (a)
— Il suffit alors d’écrire la dérivée de n0 + 1-ième de f comme limite de ap −a
pour
constater que a ∈ Fn0 +1 .
Par récurrence, l’équation 139 devient donc

I ∩ F ⊂ Fn pour tout n ≥ n0

•On montre maintenant que f (n0 ) est nulle sur toute composante connexe de I ∩ Ω. I ∩ Ω est ouvert ;
donc c’est une réunion disjointe d’intervalles ouverts. Soit ]u, v[ une telle composante connexe ; il sera
suffisant pour montrer que f (n0 ) est nulle sur I ∩ Ω que f (n0 ) est nulle sur tout ]u, v[ de cette forme.
Comme montré plus haut, f = P sur [u, v]. ]u, v[6= I sinon F ∩ I = ∅ (or F ∩ I non vide, équation
??).
Donc u ∈ I ou v ∈ I ; supposons sans perte de généralité u ∈ I. Alors u ∈ I ∩ F , et pour un certain
n0 , u ∈ Fn pour tout n ≥ n0 (équation 139).
Le degré de P est donc inférieur à n0 . Donc f (n0 ) = 0 sur [u, v]. Ca marche sur toutes les composantes
connexes de I ∩ Ω, donc
f (n0 ) = 0 sur I ∩ Ω
mais aussi f (n0 ) = 0 sur I ∩ F
par l’équation ??. Donc f (n0 ) est nulle sur I, donc f est un polynôme sur I donc I ⊂ Ω, ce qui est
impossible puisque I ∩ F 6= ∅ (équation ??). On est donc bien parvenu à une contradiction en supposant
F non vide.
1.6.18 Les billards strictement convexes

Proposition 0.144

Soit K un ensemble strictement convexe de R2 ; on suppose que par tout point de la frontière
de K il passe une unique tangente à K. On définit une trajectoire périodique de période n par la
donnée de n points a0 , . . . , an−1 de la frontière de K tels que pour tout i ∈ [[0, n − 1]], θi = θi+1
(voir figure 10) en notant an = a0 .
Alors pour tout n ≥ 2 il existe des trajectoires périodiques de période n.
Figure 10 – Illustration de la définition d’une trajectoire périodique
Démonstration
•On se donne n ≥ 2.
•Notons δK la frontière de K.
•On considère l’ensemble
K̃ = {(a0 , . . . , an−1 ); ∀i, ai ∈ δK}
Il est égal à (δK)n .
•On définit f : K̃ → R défini par
n−1
X
f (a) = |ai − ai−1 |
i=0

(|.| désigne ici la norme euclidienne)


•f est C 0 .
•K̃ est compact (comme produit de compacts - s’agissant d’un produit fini d’espaces métriques il
n’est pas nécessaire d’invoquer le théorème de Tykhonov, voir le paragraphe qui suit le théorème 0.66).
•f atteint son maximum sur K̃.
•Tout point où f atteint son maximum vérifie la propriété énoncée, comme le lecteur le vérifiera
aisément.

1.6.19 Deux élégantes inégalités géométriques


On s’inspire ici de [6] que l’on pourra consulter pour plus d’informations. On présentera ici
l’inégalité isopérimétrique, qui explique la sphéricité des bulles de savon et beaucoup d’autres choses,
et l’inégalité isodiamétrique.

1.6.20 Inégalité isopérimétrique

Lemme 0.145
R1
On se donne Γ une fonction C 1 de [0, 1] dans C. On suppose 0
Γ = 0. Alors
Z 1 Z 1
4π 2 |Γ|2 ≤ |Γ′ |2
0 0

et il n’y a égalité que si Γ est une combinaison linéaire de e2iπx et e−2iπx .

Démonstration On procède comme suit :


•On considère Γ sur [0, 1[, et on considère sa série de Fourier.
X
Γ(x) = cn e2iπnx
n∈Z

•On applique Parseval (théorème ??) ;


Z 1 X
|Γ|2 = c2n
0 n
•On applique Parseval à la dérivée de Γ, Γ′ (x) = 2iπ ncn e2iπnx
P
n
Z 1 X
|Γ′ |2 = 4π 2 (ncn )2
0 n
R1
•On sait que c0 = 0, car 0 Γ = 0.
•On a donc l’inégalité souhaitée, et le cas d’égalité.

Théorème 0.146 Inégalité isopérimétrique

La courbe C 1 fermée du plan qui à longueur donnée délimite une aire maximale est le cercle.

Démonstration
•On se donne une courbe fermée C 1 Γ de [0, 1] dans C.
•Quitte à reparamétrer, on suppose queR Γ′ est constant.
•Quitte à translater Γ on suppose que Γ = 0.
•On applique alors le théorème de Green-Riemann, qui affirme que l’aire A est donnée par la formule
Z
1
A= xy ′ − x′ y
2
avec Γ = x + iy, et x et y à valeurs réelles.
•Or Z Z
ΓΓ′ = (x + iy).(x′ − iy ′ )
Z
= xx′ + yy ′ + iyx′ − iy ′ x

or xx′ = yy ′ = 0 par périodicité de x2 et de y 2 donc


R R

Z Z
ΓΓ = i yx′ − y ′ x

et donc sZ sZ
2A ≤ |Γ|2 |Γ′ |2
Z
1
≤ |Γ′ |2

grâce au lemme précédent. Or Γ′ étant constant, on obtient

l2
A≤

avec l la longueur de l’arc.
•Il y a égalité si et seulement si l’inégalité de Cauchy-Schwarz est en fait une égalité, et donc si et
seulement si on a non seulement tous les ci nuls sauf c1 et c−1 (avec les ci les coefficients de Fourier du
lemme précédent), mais aussi Γ et Γ′ liés ; la famille (x 7→ e2iπx , x 7→ e−2iπx ) étant libre, on constate
que les solutions se trouvent pour un des deux coefficients c1 et c−1 nul, c’est-à-dire que Γ est un cercle.
1.6.21 Inégalité isodiamétrique
On considère l’espace Rn muni de sa structure usuelle d’espace euclidien, et de la mesure de
Lebesgue.

Théorème 0.147

Quel que soit K compact de Rn de mesure finie, µ(K) ≤ µ(B(0, δ(K)/2)), avec δ(E) pour E
une partie de Rn le diamètre de E, c’est-à-dire le sup des distances entre deux points de E.
Intuition Cela revient à dire que le plus grand volume possible à diamètre donné est celui d’une
boule.
Démonstration
Nous aurons besoin de la définition suivante :

Définition 0.66 symétrisé de Steiner

Étant donné K un compact de Rn , on appelle symétrisé de Steiner de K par rapport à l’hy-


perplan P l’ensemble
1 ′
SP (K) = {x = p + tu/p ∈ P ∧ D(p, u) ∩ K 6= ∅ ∧ |t| ≤ µ (K ∩ D(p, u)}
2
où u désigne un vecteur directeur unitaire de la droite orthogonale à P , et où D(p, u) désigne la droite
de vecteur unitaire u passant par p.
µ′ désigne la mesure de Lebesgue sur la droite D(p, u).

Intuition Géométriquement, le symétrisé de Steiner d’un ensemble F par rapport à un hyperplan


H se construit comme suit :
— soit u un vecteur de norme 1 orthogonal à H
— pour chaque droite D orthogonale à H, considérer F ∩ D ;
— déterminer t tel que F ∩ D + t.u soit centré (au sens du barycentre) sur H ;
— le symétrisé SH (F ) est l’union des F ∩ D + t.u.
On va montrer que, sous des hypothèses réduites,
— le symétrisé de F a la même mesure que F ;
— le symétrisé de F a un plus petit diamètre que F ;
— si l’on applique suffisamment de symétrisations, on transforme F en une boule.
En combinant ces trois propriétés, on prouvera l’inégalité isodiamétrique.

Lemme 0.148 Première propriété fondamentale du symétrisé de Steiner

Quel que soit K compact et P hyperplan, SP (K) a même mesure que K.

begindivdemonstrationbegintext endtext Il suffit de considérer le théorème de Fubini, appliqué à la


fonction caractéristique de K, pour voir que l’intégrale est l’intégrale sur p ∈ P de la mesure µ′ (K ∩
D(p, u)), cette dernière quantité étant la mesure de {t ∈ R/|t| ≤ 12 µ′ (K ∩ D(p, u))} ⊂ R.

Lemme 0.149 Deuxième propriété fondamentale du symétrisé de Steiner

Quel que soit K compact et P hyperplan, SP (K) a un diamètre inférieur ou égal à celui de
K.

Démonstration Il est conseillé de faire un dessin soi-même pour suivre la preuve. On considère deux
points x et y de SP (K), à une distance d l’un de l’autre ; on cherche à montrer qu’il existe deux points
x′ et y ′ de K à distance supérieure ou égale à d.
•On note xP et yP les projetés orthogonaux de x et y sur P .
•On note lx et ly les mesures de K ∩ D(x, u) et K ∩ D(y, u).
•On note d′ la distance entre xP et yP .
•d2 est majorée par d′2 + (lx /2)2 + (ly /2)2 .
•On note Lx et Ly les diamètres de SP (K) ∩ D(x, u) et SP (K) ∩ D(y, u).
•Il est clair que Lx ≥ lx et que Ly ≥ ly . Une étude de cas montre rapidement qu’en considérant
les points extrémaux x1 , x2 , y1 et y2 de SP (K)
p ∩ D(x, u) et SP (K) ∩ D(y, u) respectivement, l’une des
distances d(xi , yi ) est supérieure ou égale à d′2 + (Lx /2)2 + (Ly /2)2 , donc à d.
On a encore besoin d’un nouveau lemme :

Lemme 0.150 Symétrisation d’un compact de Rn

On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn , et P1 , ..., Pn les hyperplans orthogonaux aux ei
passant par 0. On se donne K un compact de Rn .
Alors SP1 ◦ SP2 ◦ SP3 ◦ · · · ◦ SPn (K) est stable par x 7→ −x.

Démonstration
Il suffit de procéder tranquillement, par récurrence ; SPn (K) est clairement invariant par symétrie
par rapport à Pn , SPn−1 est clairement invariant par symétrie par rapport à Pn−1 , et par rapport à Pn
aussi car la symétrisation de Steiner par rapport à un hyperplan P ne perturbe pas les symétries par
rapport à des hyperplans orthogonaux à P (vérification immédiate sur la formule !), et ainsi de suite...
L’invariance par rapport aux symétries par rapport aux n hyperplans donnent aussi l’invariance par
x 7→ −x.
On peut maintenant finir la preuve du théorème, en se donnant un compact K quelconque, en
lui associant un compact K ′ égal à SP1 ◦ SP2 ◦ SP3 ◦ · · · ◦ SPn (K), qui, par les lemmes précédents,
est invariant par symétrie par rapport à l’origine, et donc est inclus dans la boule B(0, δ(K ′ )/2). Il
ne reste qu’à appliquer les différents lemmes pour conclure...enddivdemonstration

1.6.22 Triangulations d’un simplexe. Lemme de Sperner, conséquences


On s’inspire ici du livre [6].

Définition 0.67 simplexe

On appelle simplexe de dimension n l’enveloppe convexe de n + 1 points formant un repère


affine.
On appelle face d’un simplexe l’enveloppe convexe d’un nombre fini (quelconque) de ses
points. Sa dimension est par définition le nombre de points de cette face moins 1. On appelle
g-face une face de dimension g.

Lemme 0.151

élément P appartenant à un simplexe ∆ est décrit de manière unique par ses coordonnées
barycentriques dans le repère des sommets de ce simplexe, si l’on impose que la somme des dites
coordonnées est 1. Chaque coordonnée est ≥ 0.

Démonstration Voir la proposition-définition ??.


On se donne pour la suite un simplexe ∆ de Rn de sommets x0 , x1 , ... , xn .
Tout point x de ∆ est donc repéré par ses coordonnées barycentriques c0 (x), ... , cn (x), avec
Pn Pn −→ − →
i=0 ci (x) = 1, et i=0 ci (x).xxi = 0 .

Définition 0.68 triangulation d’un simplexe ∆

Soit σ ∈ σn+1 une permutation de [[0, n]].


On note ∆σ l’ensemble des points x de ∆ tels que

cσ(0) (x) ≥ cσ(1) (x) ≥ ... ≥ cσ(n) (x)

Proposition 0.152

•∆ est l’union des ∆σ .


•Pour tout σ ∈ σn+1 , ∆σ est un simplexe.
•Les intérieurs des ∆σ sont disjoints.

Démonstration
Le premier • est aisé.
Pour le second •, c’est plus difficile, et nous allons donc détailler :
Un point x est dans ∆I avec I la permutation identité, si ses coordonnées c0 , c1 ,...,cn vérifient
c0 ≥ c1 ≥ ... ≥ cn . En écrivant
t0 = c0
t1 = c1 − c0
t2 = c2 − c1 − c0
ti = ci − ci−1 − ci−2 − ... − c0
tn = cn − cn−1 − cn−2 − ... − c0
on voit que x est dans ∆I si et seulement si il est dans l’enveloppe convexe des points de coordonnées
barycentriques
(1, 0, 0, 0, ..., 0)
(1, 1, 0, 0, ..., 0)
(1, 1, 1, 0, ..., 0)
...
(1, 1, 1, 1, ..., 1)
Nous n’avons pas normalisé pour ne pas alourdir la notation, sinon on obtient

(1, 0, 0, 0, ..., 0)
1 1
( , , 0, 0, ..., 0)
2 2
1 1 1
( , , , 0, ..., 0)
3 3 3
...
1 1 1 1 1
( , , , , ..., )
n n n n n
Donc il s’agit bien d’un simplexe. Il est non vide car les sommets définis ci-dessus forment bien un
repère affine et donc l’intérieur est un voisinage de leur isobarycentre.
Il en va de même pour autre chose que l’identité ; ∆σ est l’enveloppe convexe de n points comportant
respectivement un 1 et seulement des 0 ailleurs, deux 1 et seulement des 0 ailleurs, trois 1 et seulement
des 0 ailleurs, et ainsi de suite, chaque fois les 1 étant conservés, et un nouveau 1 étant ajouté.
Le troisième • est démontré dans le lemme qui suit.

Définition 0.69

On appelle triangulation d’un simplexe ∆ un ensemble fini de simplexes ∆i tels que :


•∪i ∆i = ∆
•Si i 6= j, Int(∆j ) ∩ Int(∆i ) = ∅
•L’intersection d’une face de ∆i et d’une face de ∆j (pour i = j ou i 6= j) est soit vide soit
une face de ∆i et une face de ∆j .

Lemme 0.153

L’ensemble des ∆σ pour σ ∈ σn+1 est une triangulation de ∆.


Démonstration
•Il est bien clair que la réunion des ∆σ est bien égale à ∆.
2
•L’intersection des intérieurs de ∆σ et ∆τ avec (σ, τ ) ∈ σn+1 est incluse dans l’intérieur des inter-
sections, et donc incluse dans un hyperplan ; donc elle est vide.
•Regardons ce qu’est une face de simplexe, par exemple le simplexe ∆I , avec I la permutation
identité.
Il s’agit du barycentre d’un nombre fini de sommets, de la forme

(1/p, 1/p, ..., 1/p, 1/p, 0, 0, ..., 0, 0).

C’est-à-dire d’une somme pondérés de


(1, 0, 0, ..., 0)
1 1
( , ..., , 0, ..., 0)
i i
1 1
( , ..., , 0, ..., 0)
i j
On constate donc qu’une face est entièrement décrite par des équations du type c0 (x)r0 c1 (x)r1 c2 (x)r2 ...rn−1 cn (x)rn 0,
avec ri opérateur = ou ≥.
Une intersection de faces va encore être du même type, car au plus elle va remplacer des ≥ par des
=. D’où le résultat.

Lemme 0.154

Dans la triangulation de ∆ en les ∆σ où σ appartient à σn+1 , les ∆σ ont un diamètre inférieur


n
à n+1fois le diamètre de ∆.

Démonstration
•le centre de gravité x (ou isobarycentre) de ∆ appartient à tout simplexe ∆σ (car tous les ci (x)
1
sont égaux, égaux à n+1 ).
•la distance de x à un point de ∆ est inférieur ou égale aux distances aux sommets de ∆, donc la
n
distance d’un point de ∆σ à x est toujours inférieure ou égale à n+1 fois la longueur d’une médiane de
D.
•le diamètre de ∆σ , qui est la longueur maximale d’un de ses côtés, est donc majoré par la longueur
maximale des côtés sur la face opposée à x, ou par la longueur maximale des arêtes débouchant sur x...
Dans tous les cas, cette longueur est majorée par celle d’une médiane de ∆ ou d’une face du simplexe
n
(une face de dimension quelconque, éventuellement une arête, donc par n+1 fois le diamètre de ∆).

Lemme 0.155

Pour tout ǫ on peut obtenir des triangulations de ∆ en simplexes de diamètre inférieurs à ǫ.

On donnera ici une preuve rapide, peu détaillée.


Démonstration
On va utiliser par récurrence le lemme précédent. Les deux premiers • de la définition d’une tri-
angulation sont aisés à obtenir, le problème est de montrer qu’une partition de chaque élément d’une
partition donne encore une partition vérifiant le troisième point, c’est-à-dire le fait que l’intersection de
deux faces de deux éléments distincts de la partition est soit vide soit égale à une face de chacun des
deux éléments. Intuitivement, le problème est de voir que les faces se « recollent » bien.
Pour cela il suffit de voir que la triangulation faite selon le lemme précédent induit une triangulation
de chacune des faces du dit simplexe - triangulation égale à celle qu’aurait donné le même lemme sur
cette face. Cela se voit en constatant qu’une face est une partie du simplexe où l’on annule une des
composantes.

Définition 0.70 Numérotation standard d’un simplexe

Étant donnée une triangulation ∆i d’un simplexe ∆, on note S l’ensemble des sommets des
éléments de cette triangulation. On appelle numérotation standard d’une triangulation d’un
simplexe de sommets x0 , ..., xn une application f de S dans [[0, n]] telle que f (xi ) = i et si pour
tout s dans S f (s) = i pour un certain i tel que xi est un sommet de la face de ∆ de dimension
minimale contenant x.

Attention 0.81 La caractérisation « pour tout s dans S f (s) = i pour un certain xi tel
que xi est un sommet de la face de ∆ de dimension minimale contenant x » inclue la condition
f (xi ) = i, car une face peut très bien avoir une dimension 0.
On constate donc que dans une triangulation comme celles que l’on a construites plus haut,
l’isobarycentre est autorisé à prendre n’importe quelle valeur puisque la seule face qui le contienne
est ∆ lui-même.

Proposition 0.156

Une numérotation standard f d’une triangulation du simplexe ∆ enveloppe convexe de


(x0 , ..., xn ) induit une numérotation standard de la triangulation induite sur le simplexe ∆′ enve-
loppe convexe de (x0 , ..., xn−1 ).

Démonstration
•Il est clair que tout sommet de la triangulation de ∆′ a bien un numéro < n.
•Soit x sommet de la triangulation de ∆′ appartenant à une face F minimale de ∆.
•F est forcément incluse dans ∆′ .
•F est donc la même face que la face minimale contenant x dans ∆′ .
•Donc la numérotation induite est bien standard.

Lemme 0.157 Lemme de Sperner

Toute triangulation d’un simplexe de dimension n munie d’une numérotation standard possède
un élément numéroté (0, ..., n), c’est-à-dire de sommets numérotés 0, 1, 2, . . . , n (pour chaque
i ∈ [[0, n]], un des sommets de cet éléments est numéroté i, et un seulement).

On ne donnera pas ici la preuve (difficile).

Théorème 0.158 Théorème de Brouwer

Soit f une application continue de ∆ dans ∆. Alors f admet au moins un point fixe.
Démonstration
•On suppose pour arriver à une contradiction que f n’a pas de point fixe. On note ci (x) les coefficients
de x en coordonnées barycentriques comme précédemment.
•Soit ∆i , pour i ∈ [[0, n]], l’ensemble des x ∈ ∆ tels que ci (x) > ci (f (x)) (intuitivement f « éloigne »
x du sommet i - attention, pas au sens de la distance, mais au sens du poids barycentrique du sommet
i ; les points les plus « loin » étant les points de la face opposée, le point le plus proche étant le sommet
lui-même).
•∆ = ∪i ∆i . En effet, soit x ∈ ∆.
– P
Supposons P ci (x) ≤ ci (f (x)) pour tout i.
– ci (x) = ci (f (x)) = 1
– donc ci (x) = ci (f (x)) pour tout i
– alors on a f admettant un point fixe en x.
– c’est une contradiction, donc il existe i tel que ci (x) > ci (f (x)).
•xi appartient à ∆i (immédiat : f ne peut qu’« éloigner » un point de lui-même, puisque f n’a pas
de point fixe)
•xi n’appartient pas à ∆j si j 6= i (non moins immédiat : x est déjà « loin » autant que possible de
xj , puisqu’il appartient à la face opposée)
•Si x appartient à la face de ∆ engendrée par les xi pour i ∈ I pour un certain sous-ensemble I de
[0, n], alors x n’appartient pas aux ∆i si i 6∈ I (toujours immédiat : si x appartient à la face engendrée
par les xi pour i ∈ I, il appartient à la face opposée à xj pour tout j 6∈ I, et ne peut donc en être
éloigné).
•Soit T une triangulation de ∆, ayant pour ensemble de sommets l’ensemble S. Soit g l’application
qui à s ∈ S associe g(s) avec s ∈ ∆g(s) ; on cherche à montrer qu’il s’agit bien d’une numérotation
standard. Pour cela,
— g est bien définie (sans unicité), puisque l’on a montré que les ∆i recouvraient ∆.
— le fait que g(xi ) = i a déjà été prouvé (xi ∈ ∆i , xi 6∈ ∆j quand j 6= i).
— soit s ∈ S, et F une face minimale de ∆ contenant s. Il faut montrer que g(s) est le numéro d’un
sommet de F .
— si F = ∆, le résultat est clair.
— si s appartient à une face stricte de ∆, alors s n’appartient pas aux ∆j pour j ne désignant pas
un numéro de sommet de F (prouvé un peu plus haut) ; donc g(s) est forcément le numéro d’un
sommet de F .
•g est donc bien une numérotation standard.
•On a montré qu’on pouvait construire des triangulations aussi fines que l’on voulait, au sens où
chaque simplexe de la triangulation pouvait être imposé de diamètre inférieur à 1/n. On se donne Tn
une telle triangulation, avec gn la numérotation correspondante, donnée par les questions précédentes.
•D’après le lemme de Sperner, il existe un élément de la triangulation T qui a la propriété P évoquée
plus tôt, c’est-à-dire qu’il comporte un sommet numéroté i pour tout i dans [[0, n]].
•On peut considérer alors la suite de sommets numérotés 0 dans des simplexes ayant la propriété P
de la triangulation Tn .
•Puisque l’on est dans un compact métrique, on peut en extraire une sous-suite convergente, par le
théorème de Bolzano-Weierstrass (voir théorème 0.78). Soit x la limite.
•x est aussi la limite des suites de sommets numérotés i dans des simplexes ayant la propriété P ,
pour i ∈ [1, n], car le diamètre des simplexes tend vers 0.
•ParP continuité Pde f , ci (f (x)) ≥ ci (x) pour tout i.
•Or i ci (x) = i ci (f (x)) = 1, donc ci (f (x)) = ci (x) pour tout i.
•On en déduit alors que x = f (x). D’où la contradiction, et ainsi le résultat.
Corollaire 0.159 Brouwer

Toute application continue d’une boule unité fermée de Rn dans elle-même comporte un point
fixe.

Démonstration
Il suffit (i) de montrer que la boule unité fermée est homéomorphe à un simplexe (cela est fait dans
la proposition 0.125) et (ii) d’appliquer le théorème précédent.
Via des homéomorphismes pertinents, on montre que le théorème de Brouwer se généralise à
tout compact convexe au lieu de la boule unité fermée.
Exemple 0.82 Exemples d’applications :
— quand votre café circule dans votre tasse, au moins un point du café ne bouge pas (considérez
l’application fǫ qui à x associe sa position ǫ-secondes plus tard).
— toute boule de billard poilue « bien peignée » (continument...) a un épi (un cheveux vertical).
Le théorème de Brouwer est apparenté au théorème de la boule chevelue, dit aussi lemme de
Milnor, selon lequel pour toute sphère S de dimension paire (donc dans Rd avec d impair), il
n’existe aucune application continue φ de S dans S telle que φ(x) est orthogonale à x. Le théorème
de Brouwer permet de montrer de théorème de Schauder ([7]) : soit E un espace vectoriel normé sur
R, et soit X ⊂ E non vide, symétrique, convexe, fermée et bornée. Si T est une application continue
de X dans X, si T (X) est relativement compact, alors T admet un point fixe. De manière amusante,
ce théorème permet de montrer l’existence de solutions à certaines équations différentielles.
Des preuves alternatives du théorème de Brouwer reposent sur le lemme de non-rétraction,
stipulant qu’il n’existe pas d’application C 1 de la boule vers sa frontière (en dimension ≥ 1) égale
à l’identité sur la frontière. Le corollaire 0.159 a aussi une application élégante quant aux champs
rentrants dans la sphère :

Corollaire 0.160 Champ rentrant dans la sphère

Soit V un champ de vecteur continu de la boule unité fermée de Rn dans Rn . Si pour tout x,
Ṽ (x) =< V (x), x > est négatif strictement 16 , alors V s’annule au moins en un point de la boule
unité.

Démonstration
•On note S la sphère unité fermée, et Cr la couronne constituée par la boule unité fermée privée de
la boule ouverte de rayon 1 − r.
•On considère pour tout ǫ l’application fǫ de B (la boule unité fermée) dans Rn qui à x associe
x + ǫ.V (x).
•fǫ est continue.
•Ṽ étant continue sur le compact B, on peut lui trouver un maximum kṼ k (corollaire 0.63). Notons
M ce maximum.
•V étant continue sur un compact S, elle y atteint son maximum, qui est négatif. Notons m ce
maximum ; on a m < 0 et
∀x ∈ S, Ṽ (x) =< V (x), x >≤ m < 0
•En tout point x de S, on peut centrer une boule ouverte de rayon rx sur laquelle t 7→< t, V (t) >
est inférieur à m/2. La sphère S est recouverte par les boules centrées en x de rayon rx /2 ; on peut
donc extraire de ce recouvrement un recouvrement fini. Les boules de rayon rx recouvrent elle aussi S,
et elles recouvrent aussi une couronne Cr pour un r assez petit. On obtient ainsi l’équation suivante
comme amélioration de l’équation 154 :

∀x ∈ Cr , Ṽ (x) =< V (x), x >≤ m/2 < 0

•Pour x ∈ Cr , on a donc
— < x, V (x) > inférieur à m/2 (équation 154) ;
— kfǫ (x)k2 = kxk2 + ǫ2 kV (x)k2 + 2ǫ < V (x), x > ;
— kfǫ (x)k2 ≤ kxk2 + ǫ2 .M 2 + 2ǫ < V (x), x >
— On a alors kfǫ (x)k2 ≤ kxk2 + ǫ2 .M 2 + ǫ.m
— Pour ǫ suffisamment petit, on a donc kfǫ (x)k2 < kxk2
— Pour ǫ suffisamment petit, on a aussi kf (x)k ≤ 1 (puisque V est borné).
•On déduit de tout cela que fǫ , pour ǫ assez petit, est une application de la boule unité fermée dans
la boule unité fermée. fǫ est par ailleurs continue. Par le résultat 0.159, on en déduit donc que fǫ admet
un point fixe, et que donc V s’annule quelque part.

Références
[1] W. Rudin, Analyse réelle et complexe, Masson 1992.
[2] H. Brézis, Analyse fonctionnelle, Masson, 1983.
[3] A. Chambert-Loir, S. Fermigier, Exercices de mathématiques pour l’agrégation, Analyse 3, Mas-
son, 1996.
[4] S. Lang, Real analysis, Addison-Wesley Publishing company, 1969.
[5] A. Chambert-Loir, S. Fermigier, Exercices de mathématiques pour l’agrégation, Analyse 2, Mas-
son, 1995.
[6] A. Chambert-Loir, S. Fermigier, V. Maillot, Exercices de mathématiques pour l’agrégation, Ana-
lyse 1, Masson, 1997.
[7] Wikipédia, L’encyclopédie Libre, Wikipédia, Wikipédia Fondation.

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